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                  <text>����������PSAUMES

DE

DAVID
TRADUITS

EN

VERS GASCONS

PAR PIERRE DE GARROS
LECTOUROIS
DÉDIÉS

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5EKÉN1SSIME

MAJESTÉ

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LA

REINE

DE

NAVARRE

PREMIER VOLUME

TRADUITS DU GASCON" EN FRANÇAIS

PAR

ALCÉE

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DURRIEUX

BïBifOTfiCA
DE

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INSTITUT

EdiUo /D ifpswtàt s

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A TOLOSA

r JACQUES COLOMES, impremedo jurat de l'Uniuersitat
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�PSAUMES

DE

DAVID
TRADUITS EN VERS GASCONS

PAR PIERRE DE GARROS
LECTOUROIS
DÉDIÉS A

LA

SÉRÉNISSIME

MAJESTÉ

DE LA REINE DE NAVARRE

BIBLIOTÊCA
DE

L'INSTITUT
D'ESTUDIS
OCCITANS
A TOULOUSE
par

JACQUES

imprimeur juré de l'Université
avec privilège du Roi

COLOMÈS,

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�TULLE,

par Lectoure, le 8 octobre 1894

A M. L. Couture, Directeur de la Revue de Gascogne,
Doyen de la Faculté libre des lettres, à Toulouse.
MON CHER COMPATRIOTE,

Vous nous aviez si bien parlé dans votre savante
Remte des Œuvres rarissimes de Pey de Garros, le
Poète Lectourois, que j'entrepris de les reconstituer, si
faire se pouvait. J'y suis parvenu, après de fort longues
recherches quedes insuccès nombreux n'ont pu décourager. Mais je m'empresse de reconnaître que j'en ai
été amplement dédommagé par les mérites de notre
Auteur, la beauté du style, l'élévation des pensées, &amp;
la morale si profondément Chrétienne dont il est
l'Apôtre convaincu.
Or, savez-vous ce qui est arrivé? que quelques
enthousiastes, purs Gascons comme vous &amp; moi,
jaloux de nos titres de noblesse &amp; des gloires de la
petite Patrie, ont absolument tenu à la publication
1

�d'une Edition nouvelle dont la préparation aété confiée
à mes soins.
Je vous demande la faveur d'en accepter l'hommage.
Le Sud-Ouest, doit, en effet, à votre initiative, à
votre foi persévérante, à vos remarquables travaux de
tout ordre, la résurrection de ses traditions oubliées,
l'exhumation des vieilles épaves* dispersées, témoins
fidèles de notre glorieux passé, le renouveau de sa
langue, fort injustement dédaignée depuis trop longtemps, &amp; aujourd'hui réhabilitée. Engagé à votre suite
par la contagion de l'exemple, &amp; encore par le sentiment Patriotique, je grave votre nom sur la modeste
pierre que j'apporte à la reconstitution de notre histoire littéraire Gasconne. Elle aura tout au moins,
à défaut d'autre mérite, l'honneur de rappeler auxérudits votre nom inoubliable.
ALCÉB DURRIEUX.

�PRÉFACE

Nous avions dit dans notre Prospectus, qu'en
publiant une Edition des Œuvres de Pey de Garros,
nous nous étions proposé un double but : préserver de
la destruction des Poésies charmantes devenues rarissimes, &amp; sauver de l'oubli l'un des plus illustres fondateurs de la langue Gasconne moderne.
Nous disions encore, qu'elle était destinée principalement aux Bibliothèques &amp; Dépôts publics, aux
Collections des amateurs curieux de raretés bibliographiques.
Pierre de Garros fut, dans notre Aquitaine, un des
hommes considérables du xvie siècle, le premier qui
osa faire chanter notre langue proscrite, après nos
épouvantables malheurs. Savant en toutes sciences,
investi des plus hautes fonctions par la Cour de
Navarre, il traduisit de l'Hébreu en Gascon quelques-

�uns des Psaumes de David, pour les besoins religieux
des nombreux Protestants dépendant de la couronne
de Béarn. Calvin, entraîné par les nécessités d'une
polémique formidable, devint, peut-être sans y penser, l'un des principaux créateurs de la langue Française. Garros, son correligionnaire, dans un intérêt
de prosélytisme, &amp; grâce à sa science de polyglotte,
rendit sciemment le même service à la langue maternelle. Sa traduction est certainement le plus pur
échantillon du Gascon de son époque. Les beaux
esprits de la Cour de Nérac, groupés autour de la
Marguerite des Marguerites, leur muse &amp; leur idole,
avaient commencé la transformation. Et sous le règne
de Jeanne sa fille, Garros put affirmer dans sa dédicace, &amp; prouver par son texte, que le résultat était
définitivement acquis.
Le livre des Eglogues contient sous forme allégorique, notamment l'histoire des événements malheureux
dont il fut le témoin &amp; la victime : Et il enseigne
dans ses Héroïdes, d'une façon fort originale d'ailleurs, la morale indestructible de son Dieu, le
sublime Crucifié.
Quant à la Pastourado de Jean, frère puîné de
Pierre, nous avons cru devoir l'associer à l'honneur
de l'Edition, pour sa rareté d'abord, &amp; pour ses mérites, principalementencequ'ilnousinitieà la vie intime,
aux habitudes des paysans Gascons du xvie siècle.

�L'impossibilité de se procurer ces poésies introuvables, même à des prix insensés, indiquait suffisamment la nécessité d'une nouvelle Edition. L'empressement des souscripteurs, en France, en Allemagne,
en Angleterre, &amp; jusque dans nos possessions Africaines, a justifié nos prévisions.
Nous nous sommes attaché d'abord à connaître la
famille des Garros, &amp; à établir ensuite l'histoire vraie
de nos Poètes : histoire absolument ignorée jusqu'à
présent, malgré les notes biographiques de la plupart
des dictionnaires.
Les Archives de Lectoure (sans parler de celles de
Pau, de Toulouse, etc.), devaient nous fournir des
renseignements dignes de foi. Elles ont été fouillées
avec un plein succès ; &amp; nous pouvons alfirmer aujourd'hui, en nous appuyant sur des documents authentiques, l'origine de nos deux Poètes Lectourois,
&amp; les faits principaux de leur vie si honorablement
remplie.
Nous avons cru devoir placer en regard de chaque
vers Gascon sa traduction Française, pour en rendre la lecture accessible à tous. Ces précautions
s'imposaient : quatre siècles ne passent impunément,
ni sur la langue, ni sur les coutumes d'un peuple
en transformation.
Nous avons encore ajouté des notes &amp; des annexes
chaque fois qu'elles nous ont semblé justifiées par un

�— 6 —
intérêt historique, ou même purement littéraire.
En résumé, nous avons .voulu réparer une injustice
dont la mémoire d'un vrai Poète avait à souffrir :
restituer à Lectoure, sa patrie, une de ses gloires les
plus pures, sauver peut-être de la destruction, &amp;
replacer dans le trésor Gascon, un de ses joyaux les
plus précieux.
Nous espérons que les érudits qui suivent l'évolution des langues, que les friands de belles poésies,
sans distinction de nationalité, que nos chers Compatriotes nous sauront gré de notre entreprise.

�NOTICE BIOGRAPHIQUE
Le lieu de naissance des deux frères Pierre &amp; Jean
de Garros ne saurait faire l'objet d'un doute. Ils revendiquent l'un &amp; l'autre leur qualité de Laytores à côté
de chacune de leurs signatures. Disons d'abord que
Lectoure, place de guerre importante à cette époque,
n'avait jamais cessé d'être administrée par des Consuls
&amp; des Conseils élus, moyennant l'acquit de certaines
charges fiscales &amp; militaires. Cette organisation,
essentiellement démocratique, y assura la permanence
des pouvoirs municipaux notamment aux mains des
riches marchands &amp; des hommes de loi qui gravitaient
au tour de son Sénéchal.
Nos Poètes naquirent donc dans un milieu très favorable aux ambitions légitimes, &amp; à l'indépendance des
caractères.
§ I". —

FAMILLE

DES GARROS

Le nom de Garros apparaît, pour la première fois,
dans un contrat de vente de 1293 consenti à la Com-

�mûrie par Ramon &amp; Ouchin (Joachin) de Garros père
&amp; fils, d'une maison située sur la grande rue de Lectoure, &amp; lui appartenant encore aujourd'hui (i). Sans
&amp; (Augerius) Auger de Garros figurent en 1373 dans
une Assemblée générale des habitants de Lectoure
qui abandonnaient au Comte d'Armagnac la moitié de
la justice haute, moyenne &amp; basse dépendant de la ville
en entier (2). Enfin un Guilhem de Garros s'inscrivait
en 1412 pour 2 écus sur une liste de souscription à un
emprunt fait aux habitants par le Comte d'Armagnac,
Bernard VII, le célèbre Connétable (3).
Tout fait présumer la parenté des Garros dont nous
venons de parler avec la famille des Poètes. Mais la
filiation régulière ne peut être établie qu'à partir de
la fin duxv' siècle : voici pourquoi. Notre malheureuse
ville de Lectoure fut détruite de fond en comble, arse
&amp; bruslée, &amp; les habitants passés au fil de l'épée, par
l'armée de Louis XI (1473), commandée parle terrible
Cardinal d'Albi (4)
(1) Inventaire des archives 1531. C'est l'emplacement de la
Halle aux Grains.
(2) Charte de cession.
(3) Aux archives: liasse spéciale.
(4) Il est fort difficile d'établir exactement les circonstances qui
valurent son triste sort à la ville de Lectoure. Jean V, Comte
d'Armagnac était le petit-fils du terrible Bernard, Connétable de
France, massacré lui-même parles Parisiens indignés de ses extorsions &amp; de ses violences (1418) : Ce Jean V épousa d'abord sa propre sœur dont il eut deux enfants. Pour arrêter les effets des

�— 9 —
L'auteur ou chef de la famille, cette fois authentique, fut Johan de Garros, hoste du cheval blanc &amp; de
excommunications lancées contre cet inceste effronté, il se maria
avec Jeanne de Foix, mais sans abandonner sa première femme.
Louis XI lui rendit ses domaines dont il avait été privé par Arrêt
du Parlement de Paris, sous le règne de Charles VII. Il reconnut
la générosité de son bienfaiteur en se révoltant plusieurs fois
contre lui, &amp; malgré les pardons répétés à lui accordés. Telle est
la version Royaliste.
Le Comte, maître de la ville de Lectoure, s'y défendit vaillamment pendant deux mois, contre les troupes Royales commandées
par le Diable d'Arras, Jean Goffredi, Cardinal d'Albi.
Sur l'ordre exprès du Roi, celui-ci engagea des négociations
avec l'assiégé. Les parties tombèrent d'accord, au moins en apparence. Le Cardinal, pour solenniser le traité convenu, rompit une
hostie consacrée dont il donna la moitié au Comte &amp; garda l'autre.
Tandis que les conditions de la capitulation s'exécutaient, les
troupes Royales, profitant de la confiance imprudente des assiégés,
pénétrèrent dans la place sans résistance. Le Comte fut massacré
dans sa maison, au milieu de sa famille. Le soldat Gorgias, qui
avait porté le premier coup, reçut de Louis XI une tasse d'argent
pleine d'écus, &amp; fut fait archer de la garde (*). Citons un second
témoignage tout aussi concluant sur les prétendues bonnes dispositions du Roi à l'égard de son cousin. A la séance de la Société
Archéologique du Gers du 5 mars 1894 (**), M. l'abbé de Carsalade du Pont a communiqué, une notice fort intéressante qu'il
intitule : Un Complice de Louis XI. Elle est relative à un Sieur
Antoine Tournemine, gentilhomme Auvergnat remplissant les
fonctions de pannetier &amp; de chambellan auprès du Roi. Il saccagea
d'abord notre malheureux pays, par provision.Après la destruction
de Lectoure &amp; l'égorgement de Jean V, il reçut, comme les autres
complices, une part des biens d'Armagnac, c'est-à-dire le Château
(*) Biog. Michaud, V° Armagnac, p. 494 &amp; suiv.
(**) Revue de Gascogne, 1894, p. 266 &amp; suiv.

�— 10 —
Saint-Georges, de 1491 à 1501 (1). Il avait un frère
Pey de Garros qualifié marchand aux papiers officiels.
&amp; terres de Malarticprès d'Auch, érigé en Comté en 1765,sous le
nom de Tournemine, au profit d'un de ses descendants.
D'autres ont prétendu que la catastrophe fut la conséquence
d'une rixe accidentelle provoquée par quelque nouvelle perfidie
du Comte.
Ecoutons Pierre de Beloy dont suit le texte (*) :

« Et pour lors fut la ville de Lectoure assiégée dans laquelle
étoit le Conte (sic) &amp; sa sœur; il fit semblant de se vouloir rendre,
&amp; sous prétexte de parlement, avoit résolu de mettre à mort touts
les chefs de l'armée qui dévoient entrer pour conférer. Mais eux
avertis firent une contraire entreprise; &amp; estant une partie
entrés dans la ville, firent suivre l'armée à grands pas, entrèrent pèsle mèsle dans Lectoure, la pillèrent, &amp; tuèrent touts
les habitants avec leur Conte, sans réserver que la seule sœur
d'ycelui, &amp; deux siennes chambrières. »
On a soutenu enfin, que Jean V avait péri victime d'inimitiés
particulières, au grand désespoir de Louis XI lui-même! ! !
Dans ce conflit d'opinions contraires, nous partageons l'avis
d'H. Martin, (t. 7, p. Ü2.Hist. de France), lorsqu'il dit: « Le choix
» d'agens tels que le Cardinal d'Alby, indique assez que le Roy
» avait résolu une chose effroyable ». L'historien aurait pu y
ajouter celui de Tournemine.
Louis XI, fidèle à la'politique traditionnelle de la Royauté, dont
la guerre des Albigeois fut l'abominable moyen, voulut écraser la
Nationalité Gasconne, &amp; comme le Pape, lui arracher jusqu'à la
»
»
»
»
»
»
»
w

(*) Edit &amp; Déclaration du roi Henri IV sur l'union &amp; incorporation de son ancien patrimoine mouvant de la Couronne de
France, etc., etc. (Tolose, Colomès, 1608, in-8°, p. 174 et suiv.).
Le livre est dédié au Roi. Bibliothèque Nationale, F. 4,421.

(1)

Livres terriers aux dates.

�L·'hostelier Johan fut porté aux honneurs du Consulat (1492) par le suffrage universel qui se pratiquait
alors sans restriction. Pey dit Peyrot y fut appelé à
langue heretjo, chose moins facile (*). Notre indépendance
relative, que le caractère indomptable des Armagnac rendait irri"
tante sinon dangereuse, alarmait son despotisme &amp;; ses successeurs marchèrent vers le même but, jusqu'au jour où Louis XIV
put dire : La France, c'est moi. Ainsi la Royauté accomplit son
œuvre Nationale, foulant les peuples massacrés &amp; les cités en
cendres, à la conquête de cette unité dont nous sommes si légitimement fiers. Reste à savoir, si une Centralisation abusivement
oppresive ne nous en fait pas payer le loyer beaucoup trop cher;
&amp; si l'heure n'est pas venue d'en desserrer les chaînes qui nous
meurtrissent, nous étouffent, &amp; paralysent l'essor de la vie Provinciale.
(*) Cette lutte contre les langues Provinciales date des Empereurs Romains. En voici la preuve authentique (Plutar. Ed.
Clavier. T. 10. Paris 1802 (an X, p. 16;. Anton. Pius.)
« Il y avait douze truchemens &amp; interprètes de toutes langues
» qui prenoient grands salaires, &amp; servoient pour les Ambassa» deurs qui venoient de loingtaines &amp; estranges nations: lesquels
)) Antonin cassa, disant : qu'ils étoit convenable à la grandeur de
» Rome que toutes les nations apprissent à parler la langue, &amp; au
» contraire indecent que Rome apprinst aucun langage estrangier. »
Tous les despotes ont tenu le même raisonnement.
(Suétone, Tibère, § 7/.) Tibère, quoique parlant la langue
Grecque avec facilité, s'en abstint au Sénat si scrupuleusement,
qu'ayant à prononcer le mot de monopole d'origine Grecque il
s'en excusa. Il voulut que le Sénat par la même raison, changeât
pardècret, le mot emblème; on le remplacerait par une périphrase.
Il fit défense à un soldat auquel on demandait son témoignage
en Grec, de répondre autrement qu'en Latin ! ! !

�— 12 —

son tour, mais cette fois par les notables, pour les
années

1514,

1515,

1519,

1520(1). Les propriétés

rurales des Garros étaient déjà assez importantes sur le
territoire de la Commune (2). Johan de Garros mourut
en 1513, laissant un fils Pey loujouen (Pierre le jeune)
pour le distinguer de son onclePeyrot (petit Pierre) ou
Pey lovielk (Pierre le vieux). Le fils de Johan survécut
peu àsonpère, étant décédéen 1519. Mais il laissa deux
fils &amp; une fille. Il avait figuré en 1506 à l'une des deux
Assemblées des notables qui supprimèrent le suffrage
universel (3.).
• L'un des fils de Pierre le Jeune, prénommé Bernard,
marchand &amp; bourgeois de Lectoure, éleva la fortune
de la famille au faite de la prospérité, grâce à des
opérations

de

banque heureusement

dirigées (4).

Bernard, né vers 1492 ou i495 &amp;mort eni572, c'est-àdire à peu près octogénaire, régna, peut-on dire sans
partage, à Lectoure, dont il fut Consul en 1535-1536,
1546-1547, 1552-1553, 1558-1559, 1565-1566.Ileutplu-

sieurs enfants, parmi lesquels nos deux poètes Pierre
&amp; Jean.

Indépendamment des biens considérables

situés dans la Commune de Lectoure, il possédait en
Armagnac la Seigneurie de Sainte-Chrestie, dont un
(1) Livre blanc aux dates.
(2) Livres terriers.
(3) Archives communales, livre de la Coutume.
(4) Terriers.

�— 13 —
troisième fils prit le nom (i), des droits sur la Seigneurie de Castelnau de Fimarcon (Castelnau sur
l'Auvignon), &amp; encore sur la Seigneurie du Mas de
Fimarcon (Mas sur l'Auvignon), ou tout au moins
une propriété des plus importantes audit lieu.
§ II. —

NAISSANCE

&amp;

ÉDUCATION

DES

DEUX POÈTES

PEY &amp; JEAN

Tous les biographes semblent d'accord pour faire
naître Pey de Garros, vers 1482, &amp; mourir, à Lectoure, à peu près centenaire, en 1581. (Brunet, Man.
'du Lib. Rev. de Gascog., t. 11, p. 571. Supplément de
la Biog. univ. Michaud, p. 161, etc., etc.).
Sur quels documents a-t-on affirmé cette date de la
naissance du Poète, sa longévité &amp; le lieu de sa
mort??? S'il est né, en effet, en 1482 ou 84, il aurait
été pris de la iantaisie de publier ses œuvres en 1565
&amp; 1567 (dates des publications), c'est-à-dire à 81 &amp; 83
ans!!!! C'est bien tard.
D'autre part, Jean, son frère cadet, a publié la
Pastourado en 1611, tandis qu'il était encore Conseiller au Sénéchal. Mieux encore ; après avoir cessé
ses fonctions, il fut nommé Consul par les notables de
la cité, en 1616.
(i) Transaction de 1599 aux Archives du Département E,n° 153.
Nous en parlerons plus longuement un peu plus tard.

�— 14 —
Celui-là serait donc mort 35 ans après son Frère
aîné, &amp; plus que centenaire ! ! !
Enfin, Pierre est qualifié Licencié dans une délibération du Conseil de 1553, et Docteur en droit aux
registres de la Sénéchaussée de 1557.
C'est donc entre ces deux dates qu'il aurait pris
son dernier titre. Or, s'il naquit en 1484, il parvint à
la licence à 69 ans, &amp; au grade de Docteur à plus de
73 ans!! !

A ce compte, on ne pouvait pas dire qu'il fut avancé
dans ses études.
Si nous raisonnons sur l'âge de son père Bernard,
nous savons, par la transaction de 1599, analysée ciaprès, qu'il mourut en 1572. Il est vrai que la date de
sa naissance reste incertaine. Il dut mourir assez
avancé en âge, puisque dans les derniers temps de sa
vie il faisait gérer ses affaires par l'un de ses enfants,
s' de Sainte-Chrestie. Mais sa première promotion aux
honneurs du Consulat ( 1535) &amp; la dernière (1566) permettent de supposer qu'il était âgé d'environ 35 ou
40 ans lorsqu'il accepta pour la première fois les
fonctions municipales. Or, si les indications des
biographes étaient exactes, le fils serait né avant son
père!!!! Ce qui n'est vraiment pas ordinaire, même
en Gascogne.
Nous reconnaissons volontiers que les jeunes hommes au xvie siècle, se mariaient beaucoup plutôt qu'à

�— i5 —

notre époque. Pierre, l'aîné de la famille, dut naître
peut-être entre 1520 et 1530. Licencié à 26 ou 27 ans,
il avait conquis en 1557 son bonnet de docteur qui lui
valut à 35 où 40 ans, un peu plutôt ou un peu plus
tard, sa nomination deConseiller au Sénéchal.Et tout
alors s'explique naturellement. Il publia ses œuvres
après 45 ans. Son frère Jean plus jeune que lui de 15
ou 18 ans si l'on veut, publia la pastourado à 70 ou
72 ans,&amp; tout rentre dans le cours ordinaire de la vie.
Des documents d'origine différente &amp; analysés un
peu plus loin, corroborent singulièrement nos présomptions. En effet, Garros étudiant en droit à Toulouse fut exilé en 1549; il est qualifié licencié en 1553.
LesDocteurs de la gaie science lui accordent la violette
le 3 mai 1557 sous le titre à'Escolier de la ville de
Lectoure. Il est donc encore sur les bancs de l'école.
Or, le 17 septembre de la même année, il prennait
siège au Sénéchal d'Armagnac comme docteur en
droit. Il obtint donc ses parchemins entre les mois
de mai &amp; de septembre 1557.
Nous n'admettons pas non plus, que les Garros
aient été élevés à Toulouse. Lectoure avait à cette
époque, un Collège jouissant d'une certaine renommée,
&amp; dont les habitants étaient légitimement fiers. Les
chefs de la famille Garros, principaux dignitaires de
la Cité, n'auraient pas voulu donner le mauvais exemple d'expatrier leurs enfants au préjudice du Collège

�— i6 —

municipal. Leurs jeunes gens allèrent à Toulouse
seulement pour y prendre leurs degrés à l'Ecole de
Droit. Etudièrent-ils, en même temps, la Théologie &amp; la langue Hébraïque ? C'est possible, mais rien
n'établit ces assertions des biographes; nous verrons
ailleurs ce qu'il en faut penser. D'autre part, on peut
affirmer que Jean écrivait également en Grec,enLatin,
en Italien, en Espagnol, en Gascon &amp; en Français, si
nous en croyons les épitaphes en six langues placées
à la fin de sa Pastourado. Et son frère ne devait pas
lui être inférieur dans la science des langues. Chacune
de leurs pages témoigne d'ailleurs que les deux frères
furent des érudits de premier ordre (i).
§ III. —

DÉTAILS BIOGRAPHIQUES

Nous avons dit précédemment que dès 1553, nous
avions trouvé le nom de Pey de Garros, pour la première fois, délibérant à côté de son père dans les
Assemblées de la Commune. Il y est qualifié licencié (2).
(1) Sur Pierre de Garros.
Manuel du libraire, Notices et extraits, pp,

BRUNET,

Du

MÊGE,

88, 93.

Statistique, t. 11, p. 301.

Revue d'Aquitaine, t. I, pp. 125, 126; t. ix, p. 204, 205.
Revue de Gascogne, t.

1,

pp.

355,

405,

t. xiii, p. 537.
MM. DE SoLiRÈNE, Manuel du libraire,
DUPLEIX,
(2)

468,

5E

t.

11,

édition, t. iv,

Mémoires des Gaules, liv. iv, c. 14.

Livre des délibérations de la Jurade.

499;

p.

571;

C. 428.

�A partir de cette date, nulle affaire municipale importante n'est traitée sans son intervention : Il était alors
dans la plénitude de la force et du talent.
En effet, nous le voyons chargé notamment de
diverses missions à la Cour de Navarre. Ainsi, en
1555, il était délégué avec le Consul Vacquier pour
assister à Lescars, aux honneurs funèbres rendus à
Henri II d'Albret, roi de Navarre, mort en Béarn
dans le courant du mois de mai (1). C'est ainsi, sans
doute, qu'il se fit apprécier à la Cour dont il devait,
plus tard, mériter toutes les«faveurs. On en trouve la
preuve certaine dans cette circonstance que le 24 juin
1561 &amp; sur l'ordre exprès de la Reine (2), il partait en
poste, avec un des Secrétaires des Commandements,
pour rendre compte des troubles survenus à Lectoure
le 17 du même mois (3). En 1563, il s'excuse d'aller
(1) Livre des comptes de la Commune.
(2) Livre des délibérations.
(3) M. Tierny a raconté à la Société Archéologique du Gers
(6 février 1893, Revue de Gasc, 1893, P- '86) comment l'Edit de
Pacification du Chancelier de l'Hôpital, de janvier 1561, avait été
interprété à Lectoure. Il a cité une délibération du 22 février 1561,
prise par les Magistrats du Sénéchal, aux termes de laquelle les
Conseillers seraient tenus d'assister, les uns au presche du matin, et
les autres à la messe : et ceux qui avaient entendu la messe devaient
aller au presche du soir, tandis que ceux qui, le matin, avaient suivi
\epresche, devaient aller aux Vespres le soir,pour esviter esmotion
et trouble, et tenir le peuple en paix et bonne union. Garros a pris
part à cette délibération, et peut-être l'avait-il provoquée. '
Vrai modèle de tolérance et d'impartialité, elle ne put cepen2

�trouver la Reine à l'occasion de la défense de Lectoure, &amp; des Edits de Pacification, sur ce motif « qu'il
» est simple fils de famille &amp; que semblable mission
)) doit être confiée à un gentilhomme du pays. »
Ce scrupule, pour nous si singulier, était tout
naturel à cette époque. On admettait encore alors, que
la gestion des affaires importantes devait appartenir
à la seule .Noblesse. Cependant ce fut P. de Garros qui
fit le voyage avec Idron, Conseiller comme lui au
Sénéchal d'Armagnac. En effet, les registres de la
Sénéchaussée nous apprennent (i) que par lettres
d'Antoine et de Jeanne,Roi et Reine de Navarre, Pierre
de Garros, Docteur en droit, avait été nommé Conseiller à la Cour &amp; Siège présidial de la Sénéchaussée
d'Armagnac, àLectoure, le 17 septembre 1557.
Jeanne, la Politique habile, avait bien vite apprécié
la valeur de notre Poète. Aussi s'était-elle empressée
de se l'attacher, en lui confiant un poste dans la
Magistrature; &amp; quatre années plus tard, c'est-à-dire
en 1571, nous le voyons Lieutenant particulier, c'est-àdire Chef hiérarchique du Sénéchal. Dans le courant de
cette même année, il était délégué avec d'autres, pour
dant prévenir des émotions, graves certainement, puisque le Conseiller Pey de Garros était appelé à la Cour, en 1561 et 1563, pour
s'expliquer sur les désordres dont l'Edit avait été l'occasion ou le
prétexte.
(1) Archives Départementales.

�—

ig —

aller saluer la Reine de Navarre &amp; le Prince son fils à
Nérac (i), (le futur Henri IV).
§ IV. —

PEY DE GARROS PROTESTANT

Les Biographes sont encore unanimes à affirmer
que notre Poète embrassa la doctrine de Calvin à
Toulouse, d'où il aurait été chassé par la réaction
Catholique. Nous avons déjà établi que Garros n'avait
passé dans cette ville que le temps nécessaire à l'obtention de ses grades Universitaires.
Quant à l'évolution religieuse, elle fut générale
dans les Provinces dépendant de la maison d'Albret,
par une raison historique à laquelle on n'a pas pris
garde. Je l'expose telle que je la vois.
Dès le commencement du xme siècle, Innocent III,
complice de la Cour de Paris, fit prêcher la Croisade
contre les Albigeois (1204). Il avait ainsi déchaîné sur
nos malheureuses contrées méridionales tous les
bandits de l'Europe, sous le commandement du pire
d'entre eux, Simon de Montfort, son Général de prédilection. Les abominables massacres par lui commandés, ses perfidies, ses trahisons infâmes qui l'ont
cloué au pilori de l'Histoire, ne pouvaient pas s'effacer de la mémoire de ses victimes. Et Comme un mal(1) Livre des délibérations.

�— 20 —

heur n'arrive jamais seul, son fils, Comte de Leicester
par sa femme, obtint du Roi d'Angleterre, le gouvernement de la Gascogne, vers 1240, avec le titre de
Grand Sénéchal. Bon sang ne saurait mentir. Son
administration fut tellement odieuse qu'il encourut la
disgrâce de son maître. Les favoris de la Papauté ne
devaient pas lui mériter les sympathies Gasconnes.
D'autre part, l'occupation Anglaise pendant près de
trois siècles, cause incessante de troubles &amp; de désordres, fut constamment favorisée par Rome, en haine de
l'intervention Française dans les affaires d'Italie. De
plus, on n'avait pas oublié, à Lectoure, qu'un Cardinal brûla la ville, &amp; en égorgea les habitants. La
plaie était encore saignante. Enfin la raison générale
des abus de tout ordre, si-cruellement reprochés au
Clergé, était fondée dans nos Provinces méridionales
comme ailleurs.
Il était réservé à Jules II, le Pape belliqueux, de
faire déborder des antipathies trois fois séculaires.
Profitant des embarras créés à Louis XII par ses
machinations &amp; par ses intrigues, il lança contre Jean
d'Albret, son allié &amp; son parent, une bulle ( 1512) qui
livrait la Navarre au premier occupant! ! !
C'était, en style de la Curie, lever les scrupules des
usurpateurs, &amp; déchaîner toutes les calamités sur ce
malheureux pays, dépendance d'une famille très
populaire en Gascogne.

�— 21 —

Ferdinand le Catholique, le vrai bénéficiaire de la
Bulle (i), n'avait pas à se plaindre du Roi de Navarre
avec lequel il était en paix. Mais prompt à utiliser la
présence d'une armée Anglaise, mise à sa disposition
pour une toute autre destination, il s'empara de la
haute Navarre, au préjudice de son voisin surpris et
désarmé. La Province ainsi envahie n'a pas cessé
d'appartenir à l'Espagne, sans compensation d'aucune
espèce, &amp; malgré le traité de Noyon (1516), dans
lequel Charles Quint, successeur du conquérant,
s'était obligé de contenter la Reine de Navarre et ses
enfans selon la raison. Le misérable traité de Cateau
Cambresis (1559) ne devait pas acquitter la dette
si nettement contractée précédemment.
C'était
cependant de notre Maison d'Albret que devait
sortir le vengeur de tant de hontes &amp; d'iniquités (2).

(1) Mézeray, (t. v, p. 86), dit qu'il lui a été impossible de se
procurer cette Bulle. Elle ne serait pas la seule à propos disparue. Les Espagnols l'auraient-ils inventée? L'effet produit n'en
fut pas moins funeste pour la Papauté qui ne la démentit pas.
(2) Je rappelle ici l'article trop peu connu du Glossarium de
Iv v
Du Cange (Paris, 1733,
&gt; °&gt; Leporeto) sur les d'Albret :
« Dicta arva inculta, ubi lepores morari amant. Hinc sumpsit
» appellationem Alebrelorum nobilis familia in Vasconibus, quo» rum sedes prœcipuo in Landis seu arvis eremis et incultis Vas» conum exstat, qui in veteribus tabulis latinis de Leporeto, apud
» Froissardem de Lebret fere semper cognominantur. Vide Histo-

�— 22 —

Cette spoliation, par application du droit des
grands chemins, dont le Pape prit l'initiative, ou la
responsabilité tout au moins, blessait profondément
le sentiment patriotique de nos Provinces.
Henri d'Albret avait épousé, en 1527, Marguerite,
sœur de François Ier, l'auteur de l'Heptameron, Marguerite, pénitente de l'Evéque de Meaux Briçonnet,
élève de Lefèvre d'Etapleâ, sœur en Poésie de Clément
Marot, la Conteuse charmante, libre de tout préjugé
religieux, puisque dans les derniers temps de sa vie
elle écrivait à Calvin de venir l'instruire &amp; la consoler.
L'influence de son génie supérievfr devait être décisive
en un terrain si bien préparé.
Et voilà comment, en haine du Pape, le Patriote
Garros, le protégé reconnaissant de la famille de
Navarre, se fit Calviniste, avec la très grande majorité
de la Bourgeoisie de ses Etats ; &amp; voilà pourquoi la
ville de Lectoure reconstituée, devint, plus tard, l'une
des places de sûreté du parti Protestant.
Grâce à son évolution religieuse, la Gascogne eut
besoin de prières en sa langue, pour ses Temples
récemment ouverts. La science, le dévouement
» riam Abbatiœ Condomensis, p. 447, 468 et Marcam, in hist.
» Beneharn. lib. 7, c. 10, n. 3. »
11 est assurément bien étrange que le lièvre ait donné son nom
à la famille de Henri IV,

le plus brave soldat de son époque

héroïque. Ainsi nous savons que la chasse du lièvre peut conduire
à la conquête de la Couronne de France!!!! Qu'on se le dise.

�— 23 —
éprouvé, &amp; les aptitudes déjà notoires du Poète, le
désignaient pour y pourvoir utilement. Son Epitre
dédicatoire, malgré la discrétion de son aveu, nous
autorise à penser que Garros devint lou Dauid Gascoun par les ordres de la Cour, car il dit lui-même :
pux que lo Rey ac vo ; sa traduction d'ailleurs dégénère bien souvent en paraphrase, le Traducteur
n'ayant que ce moyen de porter un peu de lumière
dans les ténèbres.
Que dire, en effet, d'un livre jetant le défi à des
Savants de la taille de Saint-Jérôme, qui posséda la
science des langues à un degré supérieur. Après avoir
corrigé, par deux fois, la traduction Latine primitive,
sur l'ordre du Pape Damase, il en fut si peu satisfait
qu'il se décida à la refaire en entier ; c'est la Vulgate
en usage dans l'Eglise, le Concile des Trente l'ayant
adoptée comme Canonique!!! Ce qui n'empêchait pas
le Cardinal Bellarmin, un des illustres parmi les
grands Théologiens du xvie siècle, de se plaindre, de
ne pas toujours comprendre le vrai sens des textes ;
&amp; il encourageait les exégètes à redoubler d'efforts
pour les élucider.
Que pouvait faire le traducteur Gascon, aux prises
avec la langue Hébraïque, dont les caractères présentaient alors autant de difficultés que le véritable sens
des mots, dans une œuvre sans méthode, où les idées
&amp; les sentiments se heurtent bien souvent sans

�enchaînement &amp; sans suite, enveloppés de voiles
déchirés quelquefois par les éclats éblouissants de la
foudre. Son livre était destiné à de nouveaux convertis, à des humbles, illettrés pour la plupart. Il essaya
d'adoucir des arduités qui firent reculer les plus
intrépides, espérant que la paraphrase faciliterait aux
ignorants l'accès du Sanctuaire. Ainsi se trouve justifiée l'œuvre du David Gascon par son zèle d'Apôtre
avide d'acquérir des serviteurs à Dieu.
D autre part, nous croyons d'autant plus volontiers
que cette traduction ne fut pas spontanée (1565), que
nous savons comment, six années plus tard (1571),
Jean de Lissarague de Briscous, traduisit le Nouveau
Testament en langue Basque. Il était ministre de la
religion Réformée en Béarn, &amp; se mit à l'œuvre sur
l'ordre exprès de Jeanne d'Albret. Le livre fut imprimé
aux frais de la Reine, à La Rochelle, chez Pierre
Haullin (1). La Calviniste zélée pourvoyait ainsi, &amp;
dans la mesure du possible, aux nouveaux besoins
religieux de ses sujets de toutes langues.
§ V. —

LA TRANSACTION DU

4

JANVIER

1599(2)

Cet acte, déjà mentionné, nous a semblé d'une telle
importance, à cause de son authenticité, que nous
( 1 ) Jules Vinson. Essai d'une Bibliographie de la langue Basque.
Paris, Maisonneuve, 1891. Un exemplaire du livre rarissime de
Lissarague appartient à la bibliothèque Rotschild.
(2) Archives départementales, E. 153.

�— 25 —
avons cru devoir lui consacrer un paragraphe spécial.
En matière historique les précautions ne sont jamais
exagérées. Il est retenu parLafargue, notaire Royal à
Lectoure, &amp; passé entre M. Bernard Garros (fils direct
du poète &amp; filleul de son ayeul) (i), &amp; les enfants &amp;
héritiers de feu Jean Garros, Sieur de Sainte-Chrestie.
Arrêtons-nous ici d'abord, pour éviter une confusion.
Bernard, père de Pierre, avait eu trois fils, dont le
second &amp; le troisième prénommés également Jean.
(i) Dans nos Coutumes méridionales l'aïeul est généralement
le parrain de son petit-fils, qui prend ainsi son nom (loti payrin)
le petit père.
Cette Coutume si profondément Gasconne fut aussi une Coutume Grecque, comme l'établit l'Epitaphe suivante en dialogue,
d'Antipater de Sidon. (Analect. Veter. Poè'tar, Grcecor. t. H, p. 30,
n° 134).
A. Répondez femme, qui êtes vous? B. Praxo.
A. Qui était votre père? B. CALLITELEUS.
A. De quel pays êtes-vous? B. de Samos.
A. Qui vous a élevé ce monument? B. Théocrite, mon mari.
- A. Comment êtes-vous morte? B. Dans les douleurs de l'enfantement.
A. Quel âge aviez-vous? B. Deux fois 11 ans.
A. Laissez-vous un enfant? B. CALLITELEUS. Agé de 3 ans.
A. Puisse-t-il parvenir au terme de la vie dans un âge avancé.
B: Voyageur, puisse la fortune vous être toujours prospère.
Ainsi l'aïeul &amp; le petit-fils portent le même nom. Cette observation s'applique au fameux Alcibiade, fils de Clinias, &amp; dont
l'ayeul s'appelait aussi Alcibiade, etc., etc. Nous pourrions citer
encore des noms historiques nombreux passés de l'aïeul au petitfils.

�— 26 —

Le cadet avait pris le nom de Sieur de Sainte-Chrestie;
le second Jean, qui était le dernier des trois frères, fut
l'auteur de la Pastourado. Nous allons le voir à
l'oeuvre dans quelques instants.
Bernard, l'aïeul des co-litigans, avait nommé pour
ses héritiers, Pierre, Avocat-Général à la Cour Souveraine de Pau, &amp; Jean de Sainte-Chrestie. Le testateur
mourut en 1572. Cette date suffirait à détruire la
légende de la mort de Pierre à peu près centenaire en
1581. Jean, l'un des légataires, administra les biens
comme présent, Pierre étant absent jusqu'en
à
cause des troubles. Nous avions pensé que Pey, Protestant militant, le traducteur des Psaumes, le protégé
de Jeanne, que sa situation déjà considérable désignait
aux coups des fanatiques, avait dù renoncer, à Lectoure, au moment delà Saint-Barthélemy (août 1572),
pour échapper à la mort. C'était une erreur.
A cette date de 1576 il restait des créances litigieuses, entre autres une créance d'Auxion de 722
écus prêtés en 1569, par Bernard, l'ayeul commun. Le
débiteur prétendit s'être libéré aux mains de Jean de
Sainte-Chrestie. Bernard Garros, Lieutenant principal
en la Sénéchaussée, fils &amp; héritier de Pierre, répondait, que cette quittance ne lui était pas opposable.
D'Auxion appela alors en assistance de cause JeanPaul-Mathieu &amp; Joseph de Garros de Sainte-Chrestie,
fils &amp; héritiers de feu Jean. L'acte explique en outre,

�— 27 —

que les deux frères, Pierre &amp; Jean, héritiers testamentaires de Bernard, avaient eu des difficultés sur le
partage des biens meubles &amp; immeubles de la succession de leur père commun, &amp; qu'ils auraient constitué un arbitrage en 1582. Mais Bernard, le Lieutenant-, proteste, &amp; soutient que les créances d'Auxion &amp;
Molié n'ont pas été débattues devant les arbitres; que
les héritiers de Sainte-Chrestie doivent compte de la
gestion de leur père pendant quatre ans, c'est-à-dire
pendant l'absence de Pierre, son père.
Ceux-ci offrent le compte, non compris les créances
d'Auxion &amp; Molié, compte qu'ils ont communiqué à
M"Jean Garros, Conseiller en ladite Sénéchaussée, ONCLE
DE TOUTES LES PARTIES &amp; jadis tuteur desdits Sieurs de
Sainte-Chrestie.
Nous voilà donc avec le plus jeune des trois frères,
l'Auteur de la Pastourado.
En présence de ces difficultés, avec l'advis de Sieur
de Garros Conseiller, Broa, Macary &amp; Solas,,sieur de
Garros Lieutenant, Jean-PauF-Mathieu &amp; Joseph de
Sainte-Chrestie, transigent sur la succession de Bernard de Garros leur ayeul commun. Et dans le dispositif de l'acte on répète : ont été présents lesdits Sieurs
de Garros, Lieutenant, &amp; lesdits Jean-Paul-Mathieu &amp;
Joseph assistants, en présence dès susdits, &amp; de Garros,
LEUR ONCLE. Garros Lieutenant donne certaines décharges en faveur de ses cousins, &amp; de touts différents

�— 28 —
meus &amp; à mouvoir entre eux pour raison de la succession dudit feu Bernard, leur ayeul. Ils se garantissent
les partages faits antérieurement entre leurs pères.
Nul acte ne saurait mériter une confiance plus absolue. Il confirme tous les documents tirés de nos Archives. L'état civil des Garros se trouve ainsi établi par
deux ordres de preuves parfaitement concordantes,qui
échappent à la critique la plus exigeante.
En outre, &amp; grâce à lui, nous pouvons affirmer
avec la même certitude : i° L'absence de Lectoure de
Pierre pendant quatre années, de 1572 à 1576 ; 2" Son
titre d'Avocat Général à la Cour Souveraine de Pau ;
3° Nous pouvons taxer d'erreur les Biographes qui le
font mourir en 1581, puisque l'année suivante il constituait des arbitres avec son frère de Sainte-Chrestie.
Nous devons donc placer sa mort entre 1582 &amp; 1599
dans un âge peu avancé, puisque Jean, son troisième
frère, fut Consul de Lectoure en 1616.
Maintenant est-il vrai que Pierre mourut à Lectoure? Non, répondrons-nous, mais-bien à Pau, en
plein exercice de ses hautes fonctions; car la mort
d'un homme aussi considérable aurait laissé quelques
traces dans nos Archives, même à défaut d'actes de
l'Etat-Civil. Or, elles sont muettes à cet égard.
La Biographie de Pey de Garros serait complète
s'il nous avait été possible de découvrir les dates de
sa naissance &amp; de son décès. Mais, jusqu'à nouvel

�— 2g —
ordre, chaque lecteur peut, avec les données mises à
sa disposition, suppléer à leur défaut, sans que la
vérité historique en souffre une atteinte appréciable.
Pey de Garros appartient tout entier au xvie siècle (i).
(i) Pour suppléer au silence de nos Archives de Lectoure,
muettes sur l'âge des Garros, nous nous sommes. adressé au
Professeur-Archiviste de la Faculté de Droit de Toulouse. Il a
bien voulu nous répondre sous la date du 21 octobre 1892 :
« Le xvie siècle, où se placent vos personnages, nous manque
» tout entier. »
Nous n'avons pas été plus heureux à Pau.
Le 2 décembre 1892, M. ^Archiviste nous faisait savoir :
« Que le Palais du Parlement a été détruit par un incendie en
» janvier 1716, &amp; que les Registres des Actes de l'Etat-Civil
)) commencent en 1646 seulement. ))
Nous nous sommes adressé, sans plus de succès, aux Garros du
Gers, de la Haute-Garonne, de Tarn-et-Garonne, de la Gironde.
Ils ont tous également perdu la trace de nos Poètes. Mais, fort
heureusement, M. l'Abbé V. Dubarat, Aumônier du Lycée de Pau,
a publié dansles numérosde septembre &amp; octobre 1894 de la Revue
de Gascogne, p. 447, un article précieux sur Pey de Garros, &amp;
duquel il résulte : que l'auteurpossède un recueil manuscrit intitulé :
Extrait des choses principales qui se trouvent sur le Registre des
enregistrements du Parlement,. soit lorsqu'il n'était que Conseil,
soit depuis qu'il a été érigé en Parlement (sous Louis XIII, jecrois).
Aux f°' 108, 109, 110, étaient les : « Provisions d'un office
)) d'Avocat Général, en faveur de Pierre de Garros, à la place de
» Guilhem Dareau, décédé, du 12 octobre 1571, reçu le 16°. »
Qu'il possède aussi un registre appelé Livre blanc où étaient
insinuées les « Provisions de l'office d'Avocat Général en faveur
» de Jean de Landresse, à la place de Pierre de Garros, décédé,
» du 19 septembre 1583, reçu le 21= (p. 17 &amp; 33 du recueil). »
Dans un autre manuscrit, contenant la liste des Avocats Géné-

1

�— 30 —

§ VI. —

LES DEUX EXILS DE PIERRE DE GARROS

Est-il vrai, comme l'ont prétendu les Biographes,
que ses ardeurs de nouveau converti aux doctrines de
Calvin, valurent l'exil à notre Poète, tandis qu'il était
simple étudiant à Toulouse? Nous n'avions pas
accepté d'abord cette affirmation que rien ne justifiait. Mais notre sentiment a changé grâce à une
circonstance toute fortuite.
En effet, M. le Conservateur de la Bibliothèque
Protestante de Paris nous signala au fonds Latin de la
rue Richelieu, sous le n° 8,641, un journal manuscrit
contenant des projets de lettres, des notes diverses,
etc., etc., &amp; la liste des Elèves de VEcole Protestante
de Lausanne dans la première moitié du xvie siècle.
Il est en entier de la rrain de Joannis Ribitti, directeur de cette Ecole où il professait l'Hébreu.
Comment ce manuscrit se trouve-t-il à Paris? Dans
quel intérêt, à quelle époque, &amp; à quel titre y fut-il
apporté? Nul ne le sait.
raux qui.se sont succédés de 15 19 à 1759, se trouve la mention
suivante : « 151g, Lamothe; Gm= Dareau; 16 octobre 1571, Pierre
» de Garros; 21 septembre 1583, Jean de Landresse. »
Ainsi se trouvent justifiés nos calculs faits sur des probabilités.

�Quoi qu'il en soit, au f° 28 R. se trouve la mention
suivante, sous le numéro 28, entre juin &amp; juillet
1549 :
»
»
»
»
»

« Certificat pour Landry, de GarroZ, &amp; Adeneus. Quant au Latin ils sont bien foibles, &amp;
ils ont faculté d'étudier entre tous, mais principalement celui qui se nomme Adeneus. En
François &amp; en l'Escripture Saincte avons quelque
espérance. ))

Plus bas, f° 31, à la date du 2 septembre 1549 :
« Encore Landry &amp; GarroS; répétition de ce que
» dessus : foibles en Latin, espérance pour le reste,
» &amp; pour le temps à venir. En leur vie n'avons rien
» aperçu qui soit scandaleux. Vrai que Landry sem» ble avoir opinion qu'il est plus savant qu il n'est. »
Ce Garros était-il bien le nôtre?
Son nom, d'abord, si parfaitement Gascon, ses
entraînements de néophyte, &amp; les dates, ne nous laissent aucune hésitation, malgré l'omission de la particule, &amp; la variante de l'ortographe du nom (Z &amp; S).
Nous savons ainsi comment il utilisa le temps de son
premier exil. A cette époque, l'Ecole Protestante de
Lausanne brillait du plus vif éclat. Elle comptait,
parmi ses Professeurs, Andrée Zébédée, ancien
Régent du Collège de Guyenne ; Mathurin Cordier,
du Collège de Bordeaux; François Béraud, d'Orléans;
Théodore de Bèze y enseignait les lettres Grecques,

�— 32 —

&amp; le célèbre François Hautman la Jurisprudence.
C'est sans doute à cette Ecole fameuse, beaucoup
plus tôt qu'à celle de Toulouse, que Garros apprit la
Théologie, &amp; se familiarisa suffisamment avec l'Hébreu
pour traduire les Psaumes.
Son second exil dé quatre années (1572 à 1576) est
authentiquement établi puisque son absence pour
cause de troubles devint l'occasion des difficultés terminées par la transaction du 4 janvier 1599. Nous
avions pensé d'abord que la Saint-Barthélémy en
déterminait exactement la date (août 1572). Mais,
indépendamment des notes de l'Abbé Dubarat, nous
trouvons aux pp. 20 21, 22 du t. xxxvi du Bulletin de
la Société de l'Histoire du Protestantisme Français, une
délibération du Conseil Ecclésiastique de Béarn qui
détruit cette présomption. Le Conseil statuait sur une
réclamation de Robert de la Taulade, ministre à Dax,
ruiné par une sédition de 1569; &amp; la délibération est
signée comme suit, à la date du iç novembre 1572 :
MM. De Saule, Martel, GARROS, Salinis, Laguardère,
Paradge.Cc Garros était bien le nôtre, à n'enpas douter.
D'autre part, l'Abbé Dubarat, Aumônier du Lycée
de Pau, a bien voulu nous communiquer la copie
d'un autographe, unique sans doute, et portant la
date du 25 juin 1574, preuve certaine que Garros
était, à cette date, en plein exercice de ses hautes
fonctions. En effet, l'Avocat Général donne ses con-

�— 33 —

clusions, dont suit le texte (i), sur une requête de la
Veuve du Président d'Etchart, en style alors pratiqué
à la Cour, &amp; dont l'échantillon nous a semblé mériter mieux qu'une simple mention.
Voilà certes deux documents sérieux : comment les
concilier avec les énonciations de la transaction de
1599? Nous admettrons volontiers que Garros avait
(1) Archives des Basses-Pyrénées. B. 2,216, autographe,
Lo Procuraire General ditz que la requeste précédente a besonh
de counexense de cause per saber que &amp; quand &amp; de quale sorte
lodit D'Etxart a feyt las despenses ou suffertat las pertes &amp;
domadges y contengutz, &amp; si es estat per lou servici dou Rey ou
per lou bien public, &amp; quoal profleyt es abiengut a Sa M. ou
au pays de las penes deu D'Etxart mentiounade en la d. requeste.
Per aixi &amp; d'autant que la suplicante au nom que procedeix, es
estade condemnade a render compte au d. Procuraire de cinq
cens tant de liures recebudos deu fisc per lou d. D'Etxart, et per
audir los d. comptes, lo Segnor de Gassion es estat députât Coumissaire, et que besounh es la supplicante, qui a desja ballat soun
rolle de despense, rende un compte per toutz au quoal dedusisque tout so que prétend luy estar degut per lo Rey, afin que
arrestat lod. compte sere feyte coumpensatioun, ótlou Rey sapie
si luy combiendra pagar ou demandar à la d. supplicante. Requereix la présente requeste sie rembiade per lo d. Sr Commissari,
&amp; si per davant lui cause counegude per lo Rey.se trobe debitor
a la supplicante, lou Procuraire consentira que per vostre S. lui
sie ballade taie assignation que de rason.
Feyt a Pau le xxv de juin 1574.
GARROS, Adv. Gen.
N.-B. — Vòilà bien la preuve que l'Ordonnance de 1539, qui
supprimait l'usage des Langues Latine &amp; Provinciales, ne fut pas
exécutée en Gascogne : cette pièce étant aussi authentique qu'Officielle. Il est vrai que le Royaume de Béarn jouissait encore de
son indépendance.

�— 34 —
été appelé à Pau antérieurement à 1572, d'abord pour
prendre rang dans l'Etat-major du Protestantisme, &amp;
poury exercer ensuite les fonctions d'Avocat Général (1).
La ville de Pau, toute dévouée à la famille de
Navarre, devait, mieux que toute autre, résister aux
fureurs de Charles IX, surtout deux mois après la
mort de Jeanne, la bien-aimée du Béarn, empoisonnée à Paris, suivant les Réformés, par les ordres de
la Cour. Le vte D'Hortes, Gouverneur de Bayonne,
traduisait certainement les sentiments de la Province,
lorsqu'il répondit fièrement aux ordres sanguinaires
du Roi :
« Sire, j'ai communiqué la lettre de votre Majesté
)) à la garnison, &amp; aux habitants de cette ville : Je n'y
» ai trouvé que de braves soldats, de bons citoyens,
» et pas un bourreau. ))
Lectoure, au contraire, d'une Orthodoxie plus que
douteuse, se trouvait aux mains des soldats du Roi,
commandés par un Monluc, ou toute autre variété de
Montfort, assez peu tendre pour les Heretjes. Dès 1568,
beaucoup de Protestants avaient dû quitter la ville (2),
four cause de troubles ; &amp; on comptait parmi les plus
compromis la plupart des Magistrats du Sénéchal.
Voilà pourquoi, sans doute, Garros dut s'absenter
)i) Octobre 1571. Voir la note p. 29.
(2) Voir Rev. de Gascog., p. 362, communication de M. Tierny
à la Soc. hist., 27 mars 1893.

�de Lectoure pendant quatre années, continuant à
Pau, où il était en sûreté, sa double fonction Judiciaire &amp; Religieuse.
§ 7.

— GARROS

POÈTE

FRANÇAIS

Certains Auteurs, ne sachant à qui attribuer deux
pièces de vers du xvi5 siècle, fort curieuses d'ailleurs (1), en ont fait honneur à Pierre de Garros (2).
Il n'était pas possible de proposer une erreur plus
manifeste. Notre Poète, en effet, n'eut jamais en
Français, nous leverrons bientôt, l'aisance charmante
&amp; la hardiesse décolletée qui caractérisent ces deux
Poèmes. D'autre part, les sujets traités ne devaient pas
éclore dans son génie grave deCroyant rigoriste, toujours en bons termes avec la morale la plus scrupuleuse.
Je prends le premier, intitulé : Testament et Efitaphe
de Maistre Levrault, &amp; j'en cite la strophe suivante
seulement :
«
»
»
»

A jeunes filles de quinze ans,
Qui ont les attraicts si plaisans.
Gentilz habitz, doux musequin,
Ne leur laisse que bien disâns, .

(1) Recueil des Poésies Françaises des xve &amp; xvie Siècles, t. X,
p. 18-128, Paris, 1875, Montaiglon (B. Maz. 37,145 T
(2) Lanusse, sur l'Influence du Dialecte Gascon, p. 171 &amp; la
note, 1893, Paris, Maisonneuve.

�- 36 ))
))
))
))
))
»
))

Petits muguetz, propres, duisans,
Pour leur serrer le vibrequin
En assemblant c... z contrec... z,
Puis le matras vers le c... in,
Autant le jour comme au matin,
Dont quelc'un soit pris pour Jénin
Et mis au nombre des cocux. »

Et les strophes suivantes se développent à l'avenant.
Le second Poème, intitulé : Apologue nouveau du
débat d'Eole &amp; Neptune, est, sous forme allégorique,
un épisode des ambitions &amp; des intrigues qui s'agitaient à la Cour de François Ier (1545).
Garros, Provincial endurci, ne quitta la Gascogne
que pour aller en exil. Il ne connut que la Cour de
Navarre, parfaitement désintéressé de celle de Paris
qu'il ne vit jamais. Comment aurait-il pu étudier cette
comédie politique, tournant quelque fois au drame.
Grâce à quel singulier privilège aurait-il pu peindre
sur nature, avec la précision d'un témoin oculaire, des
acteurs inconnus jouant leurs rôles dangereux ou ridicules, à des centaines de lieues de distance ! L'orientation des idées comme le style de ces Poésies permettent également de désavouer cette paternité impossible. Et Garros lui-même va nous fournir l'argument
décisif.

�— 37 —

Nous avons de lui, malheureusement, deux pièces
de vers Français absolument authentiques.
La première, son Chant Royal lui valut le prix de la
Violette ( i ) dans la session du 3 mai 1557, à la Société
Toulousaine de la Gaie Science (2). Ses vers eurent
ainsi la faveur d'être transcrits au Registre Rouge sur
lequel notre copie a été prise.
Chant Royal Allégorique de la Trinité

(3)

La terre lorde print sa place &amp; résidance
Au plus loing des haults cieulx, la vagabonde mer
A l'entourn de la terre esleust sa demeurance,
Et l'air jusqu'au plus hault se voulut sublimer;
Mais l'élément plus noble &amp; léger davantaige
De l'air, dés cieulx prochains reprit pour son partaige;
Je ne dis pas ce feu que l'art &amp; le savoir,
Du larron Promethée aux hommes fit avoir
Et feust devoratif, qui tout réduit en cendres, .
Mais j'entends par mon chant descripre le pouvoir
Du feu qui tout nourrist comme tout il engendre.
(1) La Violette était la récompense principale réservée au Chant
Royal, qui, paraît-il, fut quelquefois l'occasion de Poèmes extravagants : celui de Pierre Garros n'est qa'ennuyeux.
(2) Voici la mention textuelle du Registre : « La fleur de la
» Violette fut adjugée à Maistre Pierre Garros, Escolier de la ville
» de Lectoure. »
(3) Registre rouge, f° 141, v°, aux Archives de l'Académie des
Jeux Floraux.

�-

38

-

Le domestique feu d'ailleurs print sa naissance
Et ne peult un moment sans maîtrise durer
Mais lui ne retraint que de soi mesme essence,
Il est simple et ne peult en fumée vapirer.
A bon droit l'appela Héraclite le saige
Commencement e tout père du grand ouvraige,
Qui morne de tourner, ne finit son devoir
Si à cela le feu ne lui voulait pourvoir.
On voit sous lui les sens insensibles se rendre,
Tout confesse tenir le vivre et le mourir
Du feu qui tout nourrist comme tout il engendre.
Il est diffus partout produit toute semence,
Tout purge, ne pouvant immondice endurer,
Sa chaleur fait partout sentir sa véhémence,
Le fait jusqu'au parfond des Enfers honorer :
De chauffer vivement ne se lasse en nul aige ;
C'est elle qui d'amour enflamme le couraige,
Qui chasse le soulcy, la crainte, et désespoir.
La force de la mort n'a sur elle que prendre.
Par son moyen pouvons les effets recepvoir
Du feu qui nourrist tout comme tout il engendre.
La lueur de ce feu met tout en évidence
Elle éclaire la nuit, et d'un coup fait couler
Nostre sel(?); en nuls lieux nous n'avons connaissance
Du feu s'il ne se fait par elle réveller ;
Mesmes il se cachait soubs un obscur nuaige,

�— 39 —
Mais sa lueur pourta de son feu tesmoignaige.
Nul peult devant le feu sans elle comparoir
Sans la clarté ne peult bien ou mal apparoir ;
C'est elle qui nous fait les sciences apprendre
Reçues par les yeulx bons elle est le vrai miroir
Du feu qui tout nourrist comme tout il engendre.
Elle guide nos pas, nous garde de nuysance,
Nous fait par la chaleur à son feu adhérer.
Elle, le feu, le chaut ne font qu'une substance,
Ce n'est que trois en ung qu'on ne peut séparer,
Qu'ung ne prendra jamais dessus l'aultre avantaige.
0 fort &amp; triple nœud d'éternel mariaige,
L'homme mortel qui pense à plain te concepvoir
Se fourvoyé, &amp; par trop se laisse décepvoir,
Car si quelc'un l'accorde tous trois veult entendre
Perd son temps s'il ne va le palais riche voir
Du feu qui tout nourrist comme tout il engendre.
Allégorie
Prince, Dieu le père est le feu qui attirer
Nous veult par sa chaleur, son fils se déclarer
Se faict par sa lueur, l'Esprit saint qui descendre
Vient sur nous, tous deux joincts ne peuvent s'esgarer
Du feu qui tout nourrist comme tout il engendre.
Que signifie cette pièce de vers, cependant couronnée à Toulouse! ! ! L'Auteur a-t-il voulu soutenir dans

�— 40 —
cet amphigouri,, la doctrine de la vieille philosophie
Payenne sur l'origine de la matière, ou expliquer de
bonne foi le mystère de la Trinité? Inutile d'insister
sur ce style d'un élève médiocre, étudiant une langue
étrangère dont il se sert encore fort mal. Pour un
Aquitain du xvie siècle, la langue Gasconne était la
seule Nationale. Voilà pourquoi Garros l'écrivit si
bien : On n'est Poète qu'en sa langue.
Quant au sonnet qui suit, M. J. de Lahondès, à la
bienveillance duquel j'ai dû le Chant Royal, en explique ainsi l'origine.
Il fut composé à l'occasion du transfert d'une Statue
sépulcrale de l'Eglise de la Daurade au Consistoire
du Capitole, où la Gaie science tenait ses Assises.
Une légende, contestée il est vrai, affirmait que cette
Statue était celle de Clémence Isaure, &amp; il ajoute :
« Ce sonnet est le seul qui ait été conservé de ceux
)) que les Docteurs de la Gaie science exigeaient, séance
» tenante des concurrents, pour s'assurer de leurs
» aptitudes à versifier congruement. ))
Et voilà pourquoi, sans doute, il fut pendant longtemps réputé pour fameux.
Sonnet à Madame Isaure

(i)

Tholose avait dressé un tombeau que les mains
Plus doctes de ce temps &amp; plus industrieuses
(i) Regist. roug., f. 143, rect.

�.

— 4i —

Avaient fait surmonter les œuvres somptueuses
Des vieux Assyriens &amp; des riches Romains.
Et ja d'Isaure avoit la cendre et les os saints
A ce marbre voué reliques précieuses,
Pour être en un repos éternel glorieuses
Par une suite d'ans prisée des humains.
Lorsqu'Appollo marri voir son Isaure au nombre
Des hommes qui jà sont devenus noires ombres,
A Tholose parla d'un sourcilleux desdain ;
Plus cruelle que n'est le Scythe ni le Maure
Rile ce Jaspe bas, &amp; mets ce marbre au coing :
Veulx-tu mettre au tombeau celle qui vit encore?
Qui donc aurait pensé qu'un aussi grave personnage fut un amant passionné de Clémence Isaure,
mythe gracieux &amp; charmant, sorti du flot Garonnais,
comme Vénus naquit un jour du sein d'Amphitrite.
Il eut tort assurément de tresser son bouquet à Chloris
en rimes Françaises; &amp; voilà pourquoi il écrivit ses
livres en langue Gasconne, heureusement pour sa
gloire.
,
§ VIII. —

QUELQUES MOTS

SPÉCIALEMENT SUR

JEAN DE GARROS

Nous savons que Jean, l'Auteur de la Pastourado,
était le plus jeune des trois fils de Bernard, et qu'il
ne figurait pas dans le testament paternel. Cependant

�il dut être généreusement doté pour sa part : car on
le trouve, après la mort de son père, possesseur de
propriétés importantes dans la Commune de Lectoure (i).
11 fut nommé Conseiller au Sénéchal d'Armagnac
en 1576 (2).
Mais il avait cessé d'exercer ses fonctions en 1615.
S'était-il démis au profit de quelqu'un des siens? Sa
plume très hardie lui valut-elle une disgrâce? Quoi
qu'il en soit, sa caducité ne peut pas servir à expliquer sa retraite, puisque nous le trouvons en 1616
investi du Consulat à Lectoure (3).
Jean n'a pas la gravité doctorale de son frère, don
précieux, fort rare d'ailleurs chez les Méridionaux.
Nature ardente, tempérament quelquefois excessif, sa
plume est la servante de ses sensations sans ambages.
Son Poème, qui n'a de Pastoral que l'étiquette,
révèle partout l'Erudit nourri de la moelle des Classiques.
Il est émaillé de vers souvent fort beaux, de périodes qu'il affectionne. Mais les réminiscences de ses
Auteurs favoris, se trahissent, malgré lui, sous sa
langue Patoise qui est aussi celle d'un Novateur. 11
n'égala pas son frère, le traducteur des Psaumes.
Liv. terriers.
Regist. du Sénéchal, Archiv. Départementales.
(3) Regist. dea délibérations.

(1)

(2)

�— 43 —
La Paslourado fut-elle l'œuvre unique de Jean?
Des hommes très compétents d'ailleurs, prétendent
qu'il existe aux Archives Départementales du Gers,
un manuscrit attribué, contre toute vraisemblance,
au Père Montgaillard. On y trouve, sous la signature
Garros, tout court, des notes fort curieuses sur certains Evêques de Lectoure. Elles semblent avoir été
rédigées après la mort de Henri IV, et s'arrêtent à
l'année 1614. Il est prudent d'attendre de nouveaux
éléments de certitude avant de se prononcer sur la
paternité légitime de ce manuscrit.
Les dates de la naissance et de la mort de Jean de
Garros restent aussi incertaines que celles de Pierre,
son frère (1).
(1) Voici le sonnet que lui adressa Dastros, le Poète SaintClarais :
Ande plan arrousa Garros
Apoulloun amasso l'arrôs
Que tout lou Parnasso emperlaouo.
Ataou qui nou troubare boun
Si d'aro'nla Ion aperaouo
Garros gouard'arros d'Apoulloun.
Pour bien arroser Garros
Appollon ramasse la rosée
Qui emperlait tout le Parnasse :
Ainsi qui n'approuverait
Si dès à présent on appelait
Garros, gardien de la Rosée d'Apollon,

�— 44 —
§ IX.

—

RÉFLEXIONS

HISTORIQUES

(i)

Cette Monographie à vol d'oiseau d'une famille des
xve &amp; xvie siècles, vouée au petit commerce à son
point de départ, est singulièrement instructive. Le
groupe familial, fidèle à des habitudes de travail et
d'épargne, continue de père en fils, les industries
qui lui valurent d'abord le titre effacé de Marchand
dans les papiers publics. Le négoce accumulait les
richesses dans les caisses de ses agents, complices
conscients de la Royauté, contre les hommes d'Armes, &amp; ce qui restait de la Féodalité. Telle fut
la formation de l'alluvion grossissant peu à peu
les ressources Nationales, grâce à l'effort des générations successives.
De son côté, le Paysan, dans les campagnes, semble
encore plus admirable, avec sa ténacité, que les exactions &amp; les violences furent impuissantes à décourager. Le Gaulois, le vaincu se relève insensiblement
de la déchéance de la conquête. A la modeste qualité
primitive s'adjoindra plus tard celle de Bourgeois, qui
semble arriver d'abord comme appoint aux faveurs de
la fortune. Les Parvenus se saisissent des fonctions
Municipales dès qu'ils le peuvent, donnant à leurs
(i) Ce paragraphe est peut-être une banalité ou un horsd'œuvre : que le lecteur me le pardonne.

�— 45 —
enfants, élevés avec soin, des professions libérales,
achetant les Honneurs et les Charges, notamment
celles de la Judicature.
Tandis que les Nobles gaspillent leurs ressources
dans une vie fastueuse &amp; inoccupée pendant la paix,
les seconds ouvrent leurs caisses pour satisfaire les
besoins factices toujours inassouvis des dominateurs,
et font patiemment la conquête de ce sol inféodé pendant des siècles à la Caste privilégiée. Elle semblait
ignorer que la terre n'est qu'un instrument de travail
qui ruine, tôt ou tard, le détenteur négligent ou
paresseux. Ainsi s'éleva la Noblesse de robe à côté de
la Noblesse d'épée. Ainsi fut constituée la Bourgeoisie
opposant à la valeur bruyante et incommode des
Gentilshommes ses qualités modestes de labeur et
d'épargne, de science &amp; d'aptitude aux affaires, de
dignité &amp; de courage civique. Elles lui valurent une
grande influence, &amp; une popularité telle qu'elle finit
par dicter la loi.
La famille des Garros est typique à ce point
de vue.
Elle eut la bonne chance de tomber un jour, comme
nous l'avons établi précédemment, aux mains d'un
chef d'une valeur vraiment supérieure : je veux parler
de Bernard, le père de nos Poètes. Nous avons déjà
signalé ses acquisitions successives d'immeubles considérables, preuve irrécusable de l'importance de sa

�- 4Ô -

maison de banque, du succès continu de ses opérations.
Elles établissent, en outre, qu'il pourvoyait aux
existences fastueuses des grands Seigneurs de la Province, &amp; notamment des Fimarcon : Et voilà comment
plusieurs des magnifiques domaines de cette Maison
passèrent aux mains du banquier, &amp; furent partagés
entre ses enfants après sa mort.
N'ayant plus rien à souhaiter du côté des richesses,
son ambition change d'objet : il voulut faire de ses
fils des Magistrats, des hommes d'Etat peut-être ; il
n'avait certes pas rêvé de les armer de la lyre des
Poètes. ,
Quant au second, il ne put devenir que Sieur de
Sainte-Chrestie, nom d'un domaine qu'il tenait de la
munificence paternelle : Le voilà Noble &amp; Blasonné!! (i).
Ainsi procédèrent les Chastanet de Puysegur, dont
le Lieutenant Bernard, fils de Pierre, avait épousé la
fille. Ainsi firent beaucoup d'autres, qui forgèrent
leurs Armes, non pas sur un bouclier ou sur une cuirasse, mais sur un modeste comptoir.
Tandis que quelques-uns de ces fils de Marchands
(i) Armes des Garros : D'azur au lion d'argent, armé &amp; rampant, accompagné de trois étoiles de même, un en chef, deux en
pointe, &amp; abaissé sous un chevron aussi d'argent. (Monlezun,
Hist. de la Gasc, suppl', p. 647, A.-L.)

�s'engageaient dans la Caste privilégiée, les autres restaient fidèles à leur origine roturière. L'Auteur de la
Pastourado, notamment, fut de ceux-là. Ses vers
audacieux osent, en plein régime du bon plaisir,
revendiquer la Justice dans le Gouvernement, &amp; stigmatiser l'un des abus les plus funestes de l'ancien
Régime, la vénalité des Charges.
Ainsi les deux tendances de la Bourgeoisie sont
prononcées dès le xvie siècle, &amp; dans la même famille.
Les uns s'efforcent de jeter un font d'or sur le fossé
qui les sépare de la Noblesse, pour arriver jusqu'à
elle ; les autres restent fidèles à la roture, avec une
affectation non exclusive d'un certain orgueil.
C'est parmi ceux-là surtout que le formidable
Novateur qui osa porter une main sacrilège sur
l'Arche Sainte qui protégeait la Société toute entière,
c'est dans la classe des lettrés que Luther devait
recruter ses disciples &amp; ses coadjuteurs les plus fer^
vents. Le cerveau humain s'agitait depuis des siècles
sous l'oppression implacable de l'Eglise.
Nul ne pouvait, sans péril, franchir les barrières
étroites qui enserraient la pensée, sous de vains prétextes Dogmatiques. Les intelligences ardentes,
affranchies par les Doctrines nouvelles, devaient les
embrasser avec l'enthousiasme du prisonnier pour le
libérateur qui a brisé ses chaînes. Pierre devait se
faire Protestant, c'était fatal. L'Hérésiarque dispa-

�-

48

-

raissait à peine (1546), que Descartes, le Révolutionnaire de la Philosophie, naissait à Lahaye, en Touraine(i59Ó). Inventeur d'uneMéthode audacieuse, qui
a pris son nom, il réduisit en poussière les arguties
des Casuistes, comme la Science Scholastique, &amp;
reconstitua les connaissances humaines sur des principes inconnus jusqu'à lui.
Tout périt, le vieil enseignement après la Foi dans le
vieux Dogme; c'était une rénovation de fond en comble. Le xvie siècle triompha sur des ruines, ouvrant
sa large voie à la liberté de penser mieux disciplinée, &amp; hors de laquelle tout progrès humain est
impossible.
Au milieu de ce déchaînement gigantesque, à travers une tempête furieuse de plus de cent années,
l'oreille attentive saisit déjà des retentissements
sourds comme le grondement de la lame de fond,
dans la mer démontée. Les Castes privilégiées se
trouvaient dans l'impossibilité de résister à ses
assauts. La Doctrine, dont Sieyès devait plus tard
trouver la formule, prend corps dans les livres des
Novateurs :
Qu'est-ce que le Tiers? Rien.
Que doit-il être? Tout.
Le Corps social, comme le Corps humain, élimine
ce qui lui est préjudiciable ou seulement inutile, &amp;
par la même raison : Ni l'un ni l'autre ne veut périr.

�— 49 —
e

Dès le xvi Siècle, on conteste déjà la place du Parasytisme au banquet de la vie. Chacun sera tenu d'y payer
son écot en services rendus, ou devra disparaître, qu'il
s'appelle Bourgeoisie, Noblesse ou Cité. Jeunes gens,
s'il en est qui me lisent, tenez-vous pour avertis :
Hors de travail pas de Salut.
En écrivant ceci, je me reporte par la pensée dans
ma chère Ville, alors qu'elle était gouvernée par le
Consul Bernard de Garros. L'essaim Lectourois
bourdonne à l'intérieur de sa ruche fortifiée, actif,
infatigable. Il trouve le temps, en amassant des
richesses, de cultiver les lettres, de s'administrer par
ses élus, de défendre ses privilèges contre des voisins
envieux, d'entretenir &amp; de garder ses murailles
redoutables, de se battre vaillamment suivant les'
occurences, &amp; d'échapper, grâce à sa vigilance, aux
chercheurs d'aventures si nombreux à cette terrible
époque. J'ai voué toute mon admiration à nos vaillants aïeux.
§ X. —

NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

Autant qu il m'en souvient, ce fut dans le courant
de 1887 que mon bon ami Michelet me communiqua
quelques vers de Pey de Garros extraits de l'un de
ses Psaumes.
Je le connaissais à peine de nom à cette date. Sa
4

�langue me sembla si belle que je me mis aussitôt en
campagne pour découvrir ses Œuvres. Après l'arôme
je voulus le bouquet. J'eus la chance de trouver à la
Bibliothèque Mazarine (i) un exemplaire de Las
Poesias, d'une conservation parfaite : &amp; un second à
la Bibliothèque Richelieu, maculé de corrections d'une
écriture ancienne (2). Ce sont, je crois, les deux seuls
exemplaires connus. Brunet, cependant, en signale
un troisième adjugé au prix de 142 francs à la vente
Solar. Je n'ai pas pu en retrouver la trace.
Michelet, qui fouillait de son côté, découvrit à la
Bibliothèque de l'Arsenal, non pas les œuvres de Pey
qui n'y étaient pas, mais celle de son frère, La Pastourado; cet exemplaire avait appartenu à LaVallière;
il est le seul connu, dit Brunet, jusqu'à nouvel ordre du
moins (3).
Quant aux Psaumes, nos recherches cessèrent le
jour où M. E. Camoreyt, de Lectoure, &amp; le Docteur
Dejeanne, de Bagnères-de-Bigorre, eurent la gracieuseté de mettre à notre disposition leurs copies manuscrites, excellentes d'ailleurs, &amp; qui ne laissent rien à
désirer pour la correction du texte (4).
ji) O. n° 10,917.
(2) Peut-être du xvn" Siècle.
(3) Gust. Brunet, le Manuel du Lib. l'indique au Catalog. : La
Vallière, par Nyon, n° 18,252.
(4) Ces deux copies ont été prises : 1° Celle de E. Camoreyt,
sur celle que F. Taillade, l'Editeur recommandable des Poésies

�— 5' —
Nous avions réussi au-delà de nos espérances,
après la réunion non seulement des Œuvres éparses
de Pey, mais encore de la Pastourado de Jean oubliée,
&amp; savoureuse comme un fruit nouveau.
Nous étions certains par les déclarations géminées
du Poète, &amp; par sa langue, de son lieu d'origine :
mais nous ne savions rien de sa famille, de sa jeunesse, des faits principaux de sa vie, ses Biographes
nous ayant donné leurs imaginations pour la réalité.
Dans ce dénuement absolu, nous eûmes recours à
deux compatriotes Erudits (i), dont la complaisance
est inépuisable, comme leurs approvisionnements sur
nos curiosités locales. Tous les éléments d'une Edition complète se trouvèrent ainsi réunis dans nos
mains. Mais qui voudrait l'entreprendre? traduire
l'OEuvre, l'orner de notes de tout ordre faisant valoir
l'Auteur, &amp; rendant ses vers accessibles à tous, au
point de vue de la langue &amp; du style comme de la
pensée?? Vaincu plutôt que converti par les sollicitations pressantes d'amis trop bienveillants, surtout par
la promesse si largement tenue de concours de l'excellent &amp; distingué Michelet, le Septuagénaire entreprit
Gasconnes de J.-G. Dastros (Tros, Paris, 1869), avait pu faire directement sur l'exemplaire de la Bibliothèque de Bordeaux avant
son détournement ; 2° Celle du Dr Dejeanne, sur la copie du
Dr Noulet dont nous ignorons l'origine.
(1) E. Camoreyt &amp; P. Druilhet.

�— 52 —
la besogne dont il était fort loin de prévoir toutes les
difficultés. Il a subi, malgré son âge, le sort de l'imprudent qui engage son doigt dans l'engrenage.
D'autre part, pourquoi ne pas convenir que les travaux de ce genre passionnent ceux qui les suivent.
Le plaisir d'avoir atteint le but, indemnise ici comme
ailleurs, des fatigues du chemin. Et puis, n'est-ce
donc rien que de tirer de l'oubli un homme qui méritait si bien de lui échapper ; de restituer à la Renaissance Méridionale son premier Poète, à sa Patrie
l'Œuvre d'un de ses plus glorieux enfants, et à la
Gascogne le principal Rénovateur de la langue qu'elle
parle encore aujourd'hui? J'en éprouve la satisfaction
du Juge qui prononce la réhabilitation de la victime
d'une erreur Judiciaire.
On s'est demandé pourquoi P. de Garros n'avait
pas écrit en langue Française. La réponse est facile
pour les Psaumes. Ils furent traduits à l'usage des
Gascons, devenus Protestants : On ne pouvait donc
leur proposer que la seule langue alors parlée dans
leur Pays, même à la Cour Souveraine de Pau. Le
Gascon était alors, comme aujourd'hui, la langue
Nationale.
Mais dans sa lettre au Medix, Garros en donne luimême une raison encore plus décisive, &amp; toujours
chère aux cœurs bien nés : son Patriotisme. Après
avoir déploré l'abandon de la langue maternelle,

�— 53 —
dédaignée majgré ses mérites, au profit de la nouvelle
venuë, if accuse ses déserteurs d'ingratitude, &amp; nous
expose ainsi sa profession de Foi :
Mes de ma part jo bz asseguri
E religiosament vos juri,
Que jo seruiré dam vehemència,
No m' cararé, n'aurè patientia
De quia qe sian totz accordatz
E d'ua conspiration bandatz,
Per l'hono deu pays sostengue,
E per sa dignitat mantegue,
No pas d'espazas aguzadas,
Ny lansas de sang ahamadas.
Om sab prou, que l'arnes luzent
No es de nature plazent,
E que u saben plan maega,
Qui nos ven tarabusteja ;
Mes au loc dé lansas pontxudas,
Armen nos de plumas agudas,
Per orna-lo Gascoun lengatje,
Perque empreziqe d'atge en atge
La Gent, la béra parladora
Com en armas es vencedora.
Felibres, mes Frères de Languedoc ou de Provence, pourquoi dépensez-vous, depuis quarante ans,

�des trésors de travail &amp; de génie ? Vous obéissez au
Décalogue que Garros écrivit, il y a trois siècles &amp;
demi, sur le Sinaï Gascon! ! ! !
In hoc signo vinces.
Je m'incline avec admiration devant les opulents
Sanctuaires de la Clèmenço Moundino, &amp; de sa sceu1'
cadette YEstello del Roze. Mais je revendique pour
Garros le Patriarchat du Félibrige. Seul, en plein
xvie Siècle, le premier après nos épouvantables désastres, il descendit vaillamment dans l'Arène pour y
défendre la langue Nationale : Et les Nobles champions d'aujourd'hui ont enfin entendu l'appel Patriotique de l'héroïque lutteur de Lectoure.
J'avoue que lorsque j'entrepris la traduction de
l'Œuvre, je craignis de me heurter à des vers enflammés, à des interprétations malsonnantes, dont certaines consciences pourraient être alarmées. La lutte
des partis en cause était si furieuse au xvie Siècle,
les haines si implacables, la bataille si acharnée, que
la plume, cette arme formidable, pouvait aussi s'égarer, même dans les mains du plus sage, &amp;, ne pas
toujours calculer la portée de ses coups.
Hâtons-nous de dire, à l'honneur du Poète, que ses
Psaumes sont d'une correction irréprochable, &amp; ses
Poésies d'une morale si pure, si noble, d'un style si

�— 55 —
réservé, qu'elles ne seraient pas déplacées dans un
Couvent de jeunes filles.
On y retrouve à chaque ligne, le Croyant sincère,
l'honnête homme, le Philosophe pondéré, Platonicien
partout &amp; nulle part Sectaire. Pas un mot de plainte
ou de récrimination, pas une accusation blessante ou
seulement téméraire, nul reproche, pas mçme une
tentative risquée de représailles.
Le Docteur éminent, le Lettré supérieur prend les
allures graves, austères d'un Philosophe spiritualiste^
pour propager la morale immuable appuyée sur le
sentiment Religieux, celle des honnêtes gens &amp; non
des fanatiques. Sa conscience de convaincu imprime
à son Œuvre sa valeur &amp; son originalité. Pey de
Garros est, avant tout, un moraliste Chrétien.
Au point de vue Philologique, son action devait
être considérable. Les Troubadours, auxquels il succédait, n'étaient généralement pas des savans7 mais
des âmes tendres, inspirées, enthousiastes, vraies
harpes Eoliennes rendant des sons harmonieux en
un langage consacré, plus Limousin que Gascon, suivant que soufflait le vent de l'amour, de la joie, de la
tristesse, ou du Patriotisme. Il n'en fallait pas davantage pour charmer leur clientèle de Châtelaines &amp; de
Chevaliers aux pesantes armures. Mais Garros, le
savant Polyglotte, qui fait le Psautier du peuple en
sa langue, ne se contente pas de celle qu'il a trouvée,

�-

56

-

&amp; qu'il qualifie lui-même de barbare (i). Il la saisit
de sa main puissante, la pétrit dans sa science, lui
donne des allures nouvelles, la discipline avec des
formes correctes, grammaticales, &amp; l'enrichit de mots
inconnus jusqu'à lui. Les Puristes peuvent le regretter. Mais une langue, quelle qu'elle soit, ne progresse
&amp; ne devient Littéraire qu'à cette condition. Ils conviennent, cependant, qu'il a largement racheté ses
audaces, par la vigueur du style, la noblesse &amp; la
grandeur des sujets. Abandonnant les sentiers étroits
du sentimentalisme, trop battus jusque-là, il ose tout
aborder avec un égal succès : la Poésie Biblique,
Héroïque, Pastorale, Familière : l'arme ne faiblit
jamais dans sa main de Novateur, &amp; le langage est
partout au niveau de la pensée. Mieux encore, il lui
prête quelquefois un relief que le Français serait
inhabile à lui donner.
Au milieu de ces profonds changements, que va
devenir l'orthographe?
Pey continua celle de ses prédécesseurs : il écrit
• porto, usura, plassa, &amp; presque toujours e pour le
verbe ey, (j'ai) : les accents sur e ont une valeur
( i )

Epîlre Dédicatoire
Coumensant de parla la lenga Laytouresa
Qui m'hoc grossèrament en Vatge bas aprêsa,
Mes pux que Diù mercé dà lou teps s'es càbiada
Au serbice de Diu era sera mersada.

�inverse de celle admise aujourd'hui, è se prononce
aigu &amp; é grave au contraire.
Son frère Jean substitue souvent l'e à Va final : &amp;
Dastros (Lou Caperan de Sencla), qui les suit de si
près, lève résolument l'étendard de la révolte, &amp; écrit
partout porto, usuro, plaso, &amp; convertit u non tonique
en ou : Hespitaw - hespi taou, dawan tau - áaouarítaou.
Est-ce à dire que la prononciation se soit modifiée
en même temps que l'écriture? Le savant L. Couture
avait déjà répondu à la question : « l'orthographe
» seule a changé, mais non (je crois en être sûr) la
» prononciation; a final non accentué se prononçait o;
» o non tonique se prononçait ou. On disait comme
» aujourd'hui biado, oîimbreto » (i).
A cette heurev l'écriture obéit à la prononciation.
C'est l'un des griefs de la Provence contre la Gascogne.
Soyons généreux en famille, &amp; pardonnons-nous
nos petits travers. Mais il nous semble que l'écriture,
loyalement conforme à la prononciation, est une
sauvegarde contre les erreurs.
Les jaloux de notre langue m'ont adressé le reproche
d'avoir trop élégamment traduit Las Belhados de Leytouro. Ce soin, suivant eux exagéré, porte atteinte aux
tournures propre à l'original, comme à ses mots
quelquefois si pittoresques. Ils trouvent insuffisant
que la pensée de l'auteur se dégage sous son enve(i) Revue de Gascogne, t. xn, p. 468-469.

�-

58

-

loppe nouvelle. Il est vrai que j'avais le droit de disposer de mon bien à ma fantaisie.
Mais la solution devrait être différente lorsqu'il s'agit
du Poète National; car celui-là n'appartient àpersonne.
Ici, la langue du Traducteur sera sacrifiée à l'Œuvre
primitive, &amp;quoiqu'ilencoûte à son génie propre, à sa
prosodie, à ses susceptibilités, ou à ses délicatesses.
Esclave soumise de l'original, elle doit, vile matière,
le photographier, sans autre préoccupation que celle
de l'exactitude servile.
Nous avons essayé la méthode; &amp; l'expérience a
produit un hybride, ne ressemblant à rien en aucune
langue, d'une lecture impossible, hésitant entre le grotesque &amp; l'ennuyeux, le pire des genres, moyen infaillible de faire prendre nos chers Poètes en horreur.
Ce que voyant, nous nous sommes décidé à traduire
en Français correct le plus possible, le contraignant
souvent, &amp; malgré nos tentations &amp; nos regrets, à
subir les exigences des mots Gascons, sous la stricte
condition de rendre exactement la pensée; car pour
nous, tel est bien le double devoir du traducteur :
employer purement la langue de son choix, mais de
façon à faire valoir le style, &amp; à rendre saillante la
pensée de l'Auteur.
Si on se reporte à la Table Alphabétique qui termine le volume des Psaumes, on y verra que Garros
a pris la précaution d'indiquer la musique sur laquelle

�— 59 —
chacun d'eux pouvait être chanté. Elle avait été composée d'abord pour les Psaumes en langue Française
de Clément Marot, &amp; continuée pour ceux de Théodore de Bèze. Elle existe dans les premières Editions
de ces Auteurs mises gracieusement à notre disposition à la Bibliothèque Protestante de Paris ( i ).
Désirant que notre publication prit la forme de ses
aînées èn langue Française, nous avons ajouté à chaque
Psaume Gascon la musique du chant simplement indiqué par Garros. Nous en avertissons le lecteur, pour
lui éviter de penser qu'elle se trouvait dans le texte
primitif.
Telle est la source de tous ces chants, sauf de celui :
Gaude flore virginali approprié aux deux Psaumes
nos 16 et 17 de la Table. Nous l'avons retrouvé au
Dictionnaire de Plain-Chant de D'Ortigue. (Migne.
Nouv. Encyclop. Théolog.

29

B. Nat. D. 402; D. 62g.)

Quant à l'air du Chant de ma Jeunesse, appliqué au
Psaume n° 15, je m'en suis expliqué dans la note en
renvoi qui suit le texte..
Cher Lecteur, j'ai fait tous mes efforts pour t'amuser
&amp; pour t'instruire : tiens moi compte de ma bonne
volonté, de mes pénibles efforts, &amp; sois moi bienveillant.
ALCÉE DURRIEUX
(1) Notamment Edition de 1549. Lyon, chez Godefroy &amp; Marcellin Berminger frères.

��EXTRAIT DU PRIVILÈGE DU ROY

Il est permis à Maistre Pierre de Garros, Conseiller
de la Royne de Nauarre, faire imprimer les Psalmes
de David, par luy traduitz en langue Gasconne selô la
vérité Hébraique, par tel Imprimeur du Royaume
que bon luy semblera, sans que aucun autre Imprimeur le puisse faire sans exprès congé de Garros, de
neufz ans après la première impression, sur peyne de
confiscation des liures &amp; amande arbitraire, comme
plus a plain est contenu et déclaré par lettres patentes
du priuilège donné par le Roy (i) a Tolose le cinquièsme iour de Mars, l'an de grâce mil cinq cens
soixante &amp; cinq &amp; du Régne dudict Seigneur le cinquièsme, signées par le Roy en son Conseil : de
Vabres, &amp; scellées du grand Scel Royal en cire iaune
&amp; simple queue pendant.
(i) Ce roi était Charles IX, Il régna de 1560 à 1574. Il ordonna
le massacre de la saint Barthélémy (août 1572).

�A TRÈS ILLUSTRA È TRÈS HAVTA PRINCESSA
LA REGINA DE NAUARRA
SENORESSA MAJORESSA DE BÉARN, &amp;c.
PEY DE GARROS
SON HUMIU SUBJEC, E DEVOT SERVIDO. S.

Regina très Illustra, et tres Hauta Princessa,
Inspirada amplament de Celesta sauiessa,
Qui ses corre ta lôn en Terra Palestina,
Après de Salomon as la Sancta doctrina,
E d'un meste plus Grann que Salomó no hoc,
E de qui Salomon sas vertutz aprengoc.
Admiratiô deu mode, e Gloria de noste atge
Quant jo côtêply en my ton invêsut coratge
Com un roc marterat d'ardêtas peyrassadas,
De tempestas batut, hurtat de cornassadas
Deus vens et de la ma, qui no dina pertant
Se maue de sa plassa, ans se manten constant :
Labetz jo vezi en tu trencada e dessobuda
D'aquet Rey mentagut la question nozeruda,

\

�A TRÈS ILLUSTRE &amp; TRÈS HAUTE PRINCESSE
LA REINE DE NAVARRE
SEIGNEURESSE &amp; MAITRESSE DE BÉARN, &amp;c.
PIERRE DE GARROS
SON TRÈS HUMBLE SUJET &amp; DÉVOUÉ SERVITEUR, SALUT

Reine très Illustre &amp; Très Haute Princesse,
Largement inspirée de la science Céleste,
Qui sans courir si loin en terre Palestine,
As appris de Salomon la Sainte doctrine,
Et d'un Maître plus Grand que ne fut Salomon,
Et de qui Salomon apprit ses vertus.
Admiration du monde, &amp; Gloire de notre âge,
Quand je contemple en moi ton invincible courage
Comme un roc martelé par violente pluie de pierres,
Battu par la tempête, heurté par les coups de corne
Des vents &amp; de la Mer, sans cependant daigner
Broncher de sa place, &amp; qui se maintient inébranlable :
Alors je rapporte à toi, frappée &amp; résolue,
La question noueuse de ce Roi à l'esprit aigu

�- 64 Quan'et emperpensat dizé d'aqesta sorta,
Qui poyra rêcôtra hemna côstâta et horta ?
Perqë tu n'as passat la natura hemnenca
Solament, mes vensut la vertut homenenca,
Don ven aqo ? de tât q'en Diu plâsas ta hiza,
E qu et es de tos pés la lanterna, e la guiza :
Ec qu'aurés tu de bèn si d'èt tu no l'aués ?
Tu reconeixes plan, qe tot ço que tu és,
Tas valos, ton podé ta magniphic corn' s'ès,
E ton bon esperit tengues de sas mercès.
Aixi Dauid deu grann Goliath massado,
E de tribulatios gloriós vencedo,
De despullas cargat, prezas sur Amalech,
Siria, Ammon, Moab, a Diu l'auno balhèc :
No pas à son carrey, ny a sa man adextrada,
Aus combatz perilhos en goerras vzitada.
Plagos à Diu qu'asso hiquès en la memòria,
Lo Gascon qui se da de las armas la gloria :
E que dauant los oeilhs tostem agos la vita
De Dauid, qi a lauza Diu solet, nos incita :
E ben que sia adromit, et nos exhortarà
Per son libe daurat, tant que u monde sera :
Son libe de Cansos on et ès plan pertreyt,
Mustra de dize, e ha, com et a dit e heyt :
Tot home plus sçabent e milho se hara
Qi d'un bon et sancè coratge u lègira.

�- 65 Quand, pensif, il disait de cette sorte :
Qui pourra rencontrer femme constante &amp; forte ?
Pourquoi n'as-tu pas dépassé la nature féminine
Seulement, mais vaincu la vertu des hommes;
D'où vient cela? de ce que tu places en Dieu ta confiance,
Et qu'il est de tes pieds la lanterne &amp; le guide :
Qu'aurais-tu de bien si tu ne l'avais de lui ?
Tu reconnais certainement, que tout ce que tu es,
Tes mérites, ton pouvoir, si magnifique qu'il est,
Comme ton beau génie, tu le tiens de sa faveur.
Ainsi David assommeur du grand Goliath,
Et glorieux vainqueur des tribulations,
Chargé des dépouilles prises sur Amalech,
LeSyrien, Ammon, Moab enreportal'honneur à Dieu,
Et non à ses chariots, ou à sa main exercée,
Familière des combats périlleux de la guerre.
Plaise à Dieu que tu figes ceci en la mémoire
Du Gascon qui se donne la gloire des armes :
Que devant les yeux tu aies toujours la vie
De David, qui nous incite à louer Dieu seul :
Et bien qu'il soit endormi, il nous exhortera
Par son livre doré, tant qu'au monde il sera :
Son livre de Chants, où il est si bien représenté,
Montre à dire &amp; faire comme il a dit &amp; fait :
Tout homme deviendra plus savant &amp; meilleur
Qui le lira avec une bonne et sincère résolution.
I

�— 66 —
Certas la razon vo, que las mas om netéje,
Dauant qu'vn ta sagrat libe degun maêje :
Peu qau se passejan tota amna alanguiada,
Se desaueja léu, e se troba aleuiada;
Qui sçabé peu menut von sas vtilitatz,
Legiscan Athanazi, e seran contentatz.
Assegurat jo son, que Gascon y pot prené
De bonàs instructios, més et lo qau entene.
Perqué doncq libe plen de doctrina tant bona
Sià cômanicat à la nation Gascona,
Per l'amo deu pays qau qe jo m'diligente,
E qe Dauid Gascon en public jo présente:
Pux que lo Rey ac vo, e tant de gens sçabens
Me pican, accusans mos trigotejamens.
Jo son acertenat, qu'aqo son causas granas :
Vertat es, qe taus gatz om no pré ses mitanas:
Mon lezé n'ês pas grann, jo no son ses destric
Ny ses occupatios : e lo sens Prophétie
Es volontès^escu : de mon cos las ménigas
Horsas, sonn de repaus alternatiu amigas;
Lo lengatge Gascon no s'ieixa coeytiua:
E ma vêà no s'pot bonament aviuà.
Més dam lo bon secos deu Creato jo speri,
Que tu veyras en breu Gascó tot lo Psauteri :
Qi de bon co déjà t'es dat e consagrat,
Si lo cantét aquest te platz de prene en grat :
E mon volé de t'da dauant qe jo m'en leixe,

�- 67 Certes la raison veut qu'on lave ses mains,
Avant de manier ce livre si sacré
Par lequel, en le parcourant, toute âme attristée
Se desennuie vite, &amp; se trouve soulagée.
Qui voudra savoir par le menu ses utilités
Lise Athanase, &amp; il aura satisfaction.
Je suis certain qu'un Gascon peut y prendre
De bons enseignements, mais il faut le comprendre.
Pour donc que ce livre plein de doctrine tant bonne
Soit communiqué à la nation Gasconne,
Pour l'amour du pays il faut que je fasse diligence,
Et que je présente au public un David Gascon :
Puisque le Roi le veut, &amp; que tant de gens savants
M'excitent, accusant mes atermoiements,
Je suis certain'que ce sont là des choses grandes.
Ilest vrai,qu'on ne prend pas de tels chats sans mitaines:
Mon loisirn'est pas grand,je ne suis pas sans embarras,
Ni sans occupations; j'ai le sentiment Prophétique
Plutôt obscur : de mon corps les faibles
Forces sont amies du repos alternatif.
Le langage Gascon ne se laisse guère accommoder,
Et ma veine ne se peut bonnement aviver.
Mais avec le bon secours du Créateur, j'espère
Que tu verras bientôt en Gascon tout le Psautier,
Qui dès à présent t'est dédié &amp; consacré de bon coeur;
S'il te plaît de prendre à gré cette partie;
Ma volonté est de te donner, avant que je ne m'en lasse,

�— 68 —
Lo plus bet e milho qé de my poyré neixe.
A ta Grandessa donq agrade de boutà
Qauqe pauc de lezé, per David escouta
Comensant de parla langa Laytoresa
Qui m'hoc grosseramênt en l'atge bas apreza :
Mes pux qe. Diu mercè, dâ lo têps s'es câbiada,
Au service de Diu era serà mersada.
Seno hé me la gratia, e pux qe charament
M'as amat deqi acy, ama m'eternament :
Hé per nosta salut, e l'amo (i) de ta glòria,
Que nos autes Gascos celebrem ta memòria :
E qe deu bon David las tralhas seguiscam,
E tas glorias cantàn nos arregauziscam.
Seno tu qi lauzàt vos este en totas lengas,
Sur nos autes Gascos ton oeilh amorós tègas,
E volhas que Ghorès de ta Sancta Capera,
Nos te cantèm o Diu deu Ceu qi tot capera.
Susdòq anàt hilhotz, n'auzetz Dauid qi crida,
E de symphoniza sos canticz vos convida ?
Cantatz ara com' et, pux q'ara l'entenetz,
De segui sos acordz e sos cantz aprenetz.
E tu Regina, entenn coma Dauid t'apera,
E vo qe sas cansos ëntoès la prumera,
Jo m'gauzi assegurà, q'eras Gasconizadas
(i)

Peut-être auno, il l'emploie ailleurs.

�- 6g -

Le plus beau &amp; meilleur qui de moi pourra naître;
Qu'il plaise donc à ta Grandesse, d'accorder
Quelque peu de loisir pour écouter David
Commençant de parler la langue Lectouroise
Qui me fut apprise grossièrement en mon bas âge;
Mais puisque, Dieu merci, elle s'est changée avec le
Elle sera dépensée au service de Dieu.
[temps,
Seigneur,fais-moi cettegrâce,&amp; puisque-tu m'as chèreAimé jusqu'à présent, aime-moi éternellement, [ment
Fais pour notre salut, et l'amour de ta gloire,
Que nous autres Gascons, célébrions ta mémoire:
Et que du bon David nous suivions les traces;
Que nous nous réjouissions en chantant tes grandeurs.
Seigneur, toi qui veux être loué en toutes langues,
Tiens tes regards bienveillants sur nous Gascons,
Et veuilles que, Choristes de ta Sainte Chapelle,
Nous te chantions, o Dieu du Ciel, qui tout couvres.
Sus donc, enfants, allez, n'entendez-vous pas David qui
Et vous invite à symphoniser ses cantiques ~í
[crie,
Chantez maintenant comme lui, puisque vous l'entendez
Apprenez à suivre ses accords et ses chants, [à présent,
Et toi, Reine, entends comme David t'appelle;
Et veut que la première tu entonnes ses chants;
J'ose m'assurer que, quoique Gasconisés

�Per aqo not' seran rudas ny mespresadas.
Jo son hora de my, si cantà jo no t'auzi
Qauqe Psaume d'aqetz qe prezêta jot' gauzi.
E me sembla déjà qe ta votz angèlica,
Penetranta au dessus de la vota Cœlica
Apazauga, adossix, mitiga lo corros
Deu Seno justament cprrossat contra nos.
Certas de tas câsos tant dossos la mes braça,
Goarirè d'vn Saül la huro maniaca :
Ton cant melodios lo herr amodirè,
Ton cant harmoniós los rochs arromperè :
Perqe no serè donq per ta musica dossa
Virât de nos lo dard de Diu qi se corrossa?
Mes que nosautz subjécz hassam a ton exéple
Deu laus de l'Eternau rfisoà tot lo Temple.
Donqas au loc d'vn gay de dolos limitat,
Nostas amnas pescam d'ua sancta voluptat,
Comensament deu ben que nosautz esperam,
E deu gay consommât au qau nos aspiram :
Hount d'aiga agilamêt deqi au Ceu sesausauta :
Consolation lo sens de l'home surpassanta,
Qi peus eixuperotz, e brocz d'aqesta vita,
Nos myà alegramèt aus Ceus on Dius habita.
Hassam regnà Dauid, acoplem (et es hora)
Dam la Gascona votz sa harpa cantadora.
La lenga a detracta de nostras gens auzarda
Cohesse, etz an lo cos e l'amna en Diu goallarda

�— 7' —

Ils ne te seront malgré cela ni pénibles, ni en dédain.
Je serais hors de moi, si je ne t'entendais pas chanter
Quelques-uns de ces Psaumes que j'ose te présenter.
Il me semble déjà que ta voix angélique,
Pénétrant au-dessus de la voûte Céleste,
Apaise, adoucit, mitigé le courroux
Du Seigneur justement irrité contre nous.
Certes, de tes chansons tant douces, la plus courte
Guérirait d'un Saül les fureurs insensées;
Ton chant mélodieux amollirait le fer,
Ton chant harmonieux romprait les rochers :
Pourquoi donc ta musique délicieuse
[courroucé?
Ne détournerait-elle pas de nous le dard de Dieu
Pourvu que nous, sujets, fassions, à ton exemple,
Résonner tout le Temple des louanges de l'Eternel.
Ainsi, au lieu d'une joie limitée par les douleurs,
Nos âmes se repaîtront d'une sainte volupté,
Commencement du bien que nous espérons tous,
Et du bonheur parfait auquel nous aspirons.
Source d'eau qui jaillit jusqu'au ciel agilement :
Consolation surpassant le sentiment humain,
Qui à travers les douleurs, &amp; les épines de cette vie,
Nous conduit joyeusement au Ciel où Dieu habite.
Faisons régner David (il est temps), &amp; marions
Sa harpe chanteuse avec la langue Gasconne;
Que la Languede nos gens, audacieuse à la médisance,
Confesse qu'ils sont vaillantsenDieudecorps etd'âme.

�— 72 —
Regina atau regnà poscas hurosament :
Atau nos goberna tu poscas longament,
Atau pauze ton hilh ornat degratias raras
Lo jun de servitud sur las Natios Barbaras.

�— 73 —
Reine, puisses-tu ainsi régner heureusement,
Puisses-tu nous gouverner encore longuement,
Que ton fils (i) orné des grâces les plus rares,
Pose le joug de servitude sur les Nations Barbares.

(i)

Henri IV.

���PSAVME I

L'home qui dam gens scélérats
No s'acosella, ny camina,
E dam tacans asseguratz,
Gaynardz, mauparlés, no gorrina
Qi no pren plassa en la setina
Deus mesprezius de disciplina,
Més de tota sa volentat
Amoros de la ley Diuina,
Tostem la contempla e rumina :
Qi seguix aquesta doctrina,
Huros pot este nomentat.
Sera coma l'arbe plantat
Au long d'ua ribera correnta,
Qui porta a l'opportunitat
Phruta saboroza e plazenta,
De qui la hoelha n'es cajenta :
Atau la persona crenenta
La ley de Diu, prosperarà;

�PSAUME I &lt;]&gt;

L'homme qui avec gens scélérats
Ne prend Conseil ni ne chemine,
Ni avec méchants avérés,
Persiffleurs, médisants ne vagabonde;
Qui ne prend place sur le siège
Des contempteurs de discipline,
Mais qui, de toute sa volonté
Amoureux de la loi Divine,
La contemple toujours &amp; la rumine ;
Qui suit cette doctrine
Peut être proclamé heureux.
Il sera comme l'arbre planté
Au long d'une eau courante,
Qui porte en temps opportun
Fruits savoureux &amp; agréables,
Et dont ne tombe la feuille;
Ainsi la personne craignant
La loi de Dieu, prospérera.
(i) Vulgate — Beatus vir qui non abiit in consilio impiorum.

�-

78

-

Mes coma l'auratge é tormenta
En l'aire las palhas esventa :
Com un esporbilh, l'amna ateiita
D'impietat, se perderà.
En indici (i) no s'ieuarà.
Demést los bos prene assistentia,
E de comparé hugira
Déjà damnada en sa conscientia;
Perqé lo Seno d'excellentia
D'aquetz qi l'an enreuerentia
Coneix plan lo camin tengut :
Mes abusa de sa clementia,
Amya tarda pœnitentia :
Per camin de tau consequentia,
A bon port degun n'es vengut.
(i) Judici rend le sens plus clairement.

�— 79 —
Mais comme'l'orage &amp; la tempête
Emportent la paille dans les airs,
Comme en un tourbillon, l'âme
Entachée d'impiété disparaîtra,
Et ne se lèvera pas pour être jugée.
Parmi les bons prendre assistance,
Elle évitera de comparaître,
Déjà condamnée en sa conscience;
Car le Seigneur de toute bonté,
De ceux qui l'ont en révérence
Connaît bien la voie suivie :
Mais abuser de sa clémence,
Produire tardive pénitence,
Par chemin de telle conséquence
Personne à bon port n'est venu.

�PSAVME II

Per què hén brut, e s'amassan las gens
Dam lo cosselh deus Princes &amp; Regès ?
Perqe bastix castetz en l'aire u pople
. Brutos e moble ?
Contra u Seno, e contra son Unctat,
En plen record s'es lo monde apunctat :
Petitz e grans tau sententia acordada
An pronuntiada.
Trenquèm los lass de lou domination,
E los colas de longa subjèction
Qi debat etz, si regnan, nos demora,
Gitem la hora.
Mes lo qi au Ceu a son seti é repaus,
Se trupha é ridz de totz aqetz prepaus,
Deqi a q'vn jorn sa huro qau'qe s'trigue,
Contra etz darrigue.

�PSAUME II «

Pourquoi les peuples s'amassent-ils faisant bruit,
Avec le conseil des Princes &amp; des Rois &gt;
Pourquoi une foule brutale &amp; agitée
Bâtit-elle des châteaux en l'air ?
Contre le Seigneur, et contre son Oint
Tout le monde s'est mis d'accord :
Petits &amp; grands ont accepté sentence telle
Et l'ont prononcée.
Rompons les liens de leur domination,
Et les colliers de longue servitude
Qui sous eux subsistera s'ils régnent,
Jettons-la dehors.
Mais celui qui au Ciel a son siège &amp; repos
Se moque &amp; rit de tout ces propos,
Jusqu'au jour où sa fureur, bien qu'attardée,
Se déchainera contre eux.
(i) Vulgate : — Quare fremuerunt gentes.

�— 82 —

Labetz sa votz herotja toâra,
E totz de poou (1) los estrementira,
E no y aura qui u gauze contradize,
Qan'vira dize.
Qui presumix au contra de mon grat,
Sçapia qe jo son lp qui e consagrat
Rey en Syôn ma montana sagrada,
Rey qi m'agrada.
Jo narraré, e no tyré segrèt
Deu tot-potent lo perpetuau decret :
Perqe de totz l'ordenanza entenuda
Sia recebuda.
Lo Seno m'a d'aqestes motz ondrat,
Mon Hilh es tu, jo té œy engendrat.
Demandam'tot en' que plaze tu prengas,
E te l'obtengas.
Ton heretatge estenut amplament
Serâm las gens semoatz espessament,
Ta possession qi de tot ben abonde,
Lo torn deu Monde.
Verga de herr en ta man portaràs,
Com vn topi de son vaix'et, haras
Qant te plaira de la contraria tourba
Cascalh, e pourba.
(i) Nous trouvons aussi pUou.

�- 83 Alors, sa voix farouche tonnera
Et les glacera tous de crainte :
Et pas un n'osera contredire,
Quand il se tournera, disant:
Que le présomptueux contre ma volonté,
Sache que c'est moi qui ai consacré
Roi, sur Sion, ma montagne sacrée,
Roi qui me plait.
J'enseignerai, &amp; ne tiendrai pas secret
Le Décret Eternel du tout puissant,
Afin que, chacun ayant compris son ordonnance
Elle soit admise.
Le Seigneur m'a orné de ces paroles :
Tu es mon Fils, je t'ai engendré aujourd'hui,
Demande-moi tout ce en quoi tu prends plaisir,
Et tu l'obtiendras.
Ton héritage amplement étendu
Seront les nations semées épaisses,
Ta possession qui de tous biens abonde,
Le tour du monde.
Tu porteras en ta main une verge de fer,
Comme un potier de son vase de terre, tu feras
Quand tu voudras, de la foule en révolte
Des débris &amp; de la poussière.

�84 E pertant donq vosautz Reys entenetz,
Gobernados de la Terra aprenetz,
Vodatz a Diu, netz e porgatz de vici,
Voste seruici.
Sos seruidos tremolatz dam plazé,
En gay crenetz de ly ha desplazé,
L'amo, lo gay, la crenansa s'amassen,
E phrem s'abrassen.
Baizatz las mas de son hilh tant amat,
Qe contra vos no u vejatz animat,
Perqe degun son camin no phalhisca,
E no perisca.
Qe si vn cop &amp; pren, tant sia petit,
De se venja son ardent appétit :
Oh q'a bon dret huros aqet s'apera
Qi en &amp; espera.

�Donc &amp; maintenant, vous tous Rois, entendez.
Gouverneurs de la Terre, apprenez :
Vouez à Dieu nets &amp; purgés de vice
Votre service.
Soyez ses serviteurs tremblants, avec plaisir,
En joie craignez de lui déplaire;
L'amour, la joie, la crainte se groupent
Et fermement s'embrassent.
Baisez les mains de son fils tant aimé;
Que vous ne le voyez irrité contre vous,
Pour que personne ne défaille en son chemin,
Et ne périsse.
Que si une fois il prend, si peu que ce soit,
Son ardent appétit de vengeance,
Oh ! qu'à bon droit heureux celui-là s'appelle
Qui en lui espère.

�PSAVME III

Oh coma qe Seno multiplicatz
Sonn los mutjs qi m'molestâ e greuà,
Oh que de gens contra my rebecatz,
Pies de despieyt et de verense leuam.
Ca ditz de my trop vn,
Heyt ès, perdut s'en va;
• Adjutori degun
En Diu no pot troba.
Si es Diu pertant mon broqué saubado,
lo tengui d'et ma glòria e dignitat :
Si es &amp; lo men baston dehenedo,
E qui mon cap de Corona a cinctat
Lo crid a entenut
De ma votz supplicanta,
E si m'a responut
De sa montana Sancta.

�PSAUME III

(1)

Oh Seigneur! comme sont multipliés
Les rebelles qui m'insultent &amp; m accablent :
Oh! que de gens tournés contre moi,
Se lèvent pleins de colère &amp; de venin.
Plus d'un dit de moi,
C'est fait, il s'en va perdu :
Il ne pourra trouver
Nul secours en Dieu.
Et pourtant Dieu est mon bouclier sauveur,
De lui je tiens ma gloire &amp; ma dignité,
11 est mon bâton de défense,
Et celui qui a ceint ma tête d'une Couronne.
Il a entendu le cri
De ma voix suppliante,
Et il m'a répondu
De sa montagne Sainte.
(i) Vulgate : — Domine quid mulüplicati sunt.

�Jaze m'en son anat, hardidament,
Plan e dromit', e paou ni m'deshoraua :
Pux revelhat me son alegramen,
Perço que Dius entretant me goardaua :
Venga cent cops autant
De pople m'embarra,
Etz no poyren pertant
De paou mon co sarra.
Leua t'Seno : qe ta'leu no seras
De mon costat, q'aus Enemicz mordens
De trucz pezans las gautas macaràs,
E deus maixans arromperas las dens.
Salut, e secos prest
De tu vèn, e ta Sancta
Bénédiction demest
Ton pople es habitanta.

�Et bravement je suis allé me coucher,
J'ai dormi paisible, sans quela peurm'ait réveilléavant
Puis, je me suis allègrement réveillé,
[l'heure,
Parce que Dieu me'gardait ce pendant :
Vienne cent fois autant
De peuple me cerner,
II ne pourrait pourtant
Serrer de crainte mon cœur.
Seigneur, lève-toi : dès que tu seras
De mon côté, aux Ennemis mordants
Tu meurtriras les joues par de pesants coups;
Et tu briseras les dents des méchants.
Salut &amp; secours prompt
Viennent de toi; &amp; ta Sainte
Bénédiction habite
Au milieu de ton peuple.

�PSAVME IV
Diu de ma iustitia en tu speri :
Entenn me donc qand jo t'aperi :
E corn au larg soen m'as boutât
Au tems de mas tribulatios,
Volhas auè de my pietat,
E responn a mas oratios.
Deqi a qant superbios liatge
Homes, dam vostè greu coratge
Ma glòria desestimaratz,
Mespresaratz ma dignitat,
E los cosselhs abrassaratz
Pies de messonja e vanitat ?
Siatz asseguratz, qe l'alheyta
D'vn debonari Diu s'a heyta,
Q'et l'a miraculosament
Approbat, é leuat sur totz:
Sçapiatz, qe Diu gratiosament
Auzira lo crit de ma votz.

�PSAUME IV (1&gt;
Dieu de ma justice en toi j'espère :
Entends-moi donc quand je t'appelle:
Et comme tu m'as souvent mis au large
Au temps de mes tribulations,
«
Veuilles avoir pitié de moi,
Et répondre à mes prières.
Jusques à quand race superbe,
Hommes avec votre courage funeste,
Déprécierez-vous ma gloire,
Mépriserez-vous ma dignité?
Embrasserez-vous des conseils
Pleins de mensonge &amp; de vanité)
Soyez assurés que le choix
Que s'est fait un Dieu généreux,
Il l'a miraculeusement
Approuvé, &amp; élevé au dessus de tous :
Sachez que Dieu gracieusement
Ecoutera le cri de ma voix.
(i) Vulgate : — Cum invocarem exaudivit me Deu

�— Q2 —

Corrossatz vos, mes nobs escaja
Q'en peccat voste corros caja:
Dam voste co en voste lheyt
Parlamentatz segretament,
E ses mautalent, ny despieyt,
Viuetz arrepauzadament.
Dam las mas voeytas de malitia
Hetz sacriphicis de iusticia :
Damb vn co batut e matat.
De contriction, e pendiment,
Déclaratz vosta praubetat,
E speratz en Diu phremament.
Trop'vn demanda, q'om l'ensene
Com &amp; poyra lo ben atene :
Mes de ma part, per este huros,
Lo camin qe voli cauzi
Es de t'supplica que sur nos
Hassas ton visatge luzi.
Qant los autz an sazon mostoza
E de blat l'annado abondoza,
Jo n'ac porti dam corraco, (i)
Jo non son dolent ny jaussos :
Ans Seno tu m'as dat vn co
De lou prosperitat gaujos.
(i) Composé sans doute de raca. souffrir, &amp; de co, cœur

�— 93 —
Soyez irrités, mais qu'il ne vous arrive pas
Qu en péché tombe votre courroux :
En votre cœur dans votre lit
Parlementez secrètement ;
Et sans malice ni dépit
Vivez en repos.
Avec les mains vides de malice
Faites des sacrifices de justice :
Avec un cœur abattu &amp; humilié,
De contrition &amp; repentir,
Reconnaissez votre faiblesse!
Et espérez en Dieu fermement.
Beaucoup demandent qu'on leur enseigne,
Comment ils pourraient atteindre le bien :
Mais de ma part pour être heureux,
Le chemin que je veux choisir
Est de te supplier, que sur nous
Tu fasses luire ton visage.
Quand les autres ont saison mouteuse
Ou une année abondante en blé,
Je le supporte sans souffrance de cœur,
Je n'en'suis ni jaloux ni fâché:
Car Seigneur tu m'as donné un cœur
Réjoui de leur prospérité.

�— 94 —
Tu m'das solèt asseguransa,
Tu m'ahortixes d'esperansa :
Tant qe io t'sentiré dam my,
Anga com s'anga, jo poyré
Ses nada crenensa dromi,
E de dos repaus gauziré.

�— 95 —
Toi seul me donnes confiance;
Tu me fortifies d'espérance :
Tant que je te sentirai avec moi,
Arrive que voudra, je pourrai
Dormir sans nulle crainte,
Et jouir d'un doux repos.

�PSAVME V
A mas clamos Seno presta l'aurelha,
Mon Diu mô Rey, mô crid segret auzi
E l'oration que mon co t'aparelha
Volhas doman au matin exauzi.
De bon matin, si tu m'en hes la gratia,
Prumerament en tu jo pensaré,
En y pensan, Diu te cohessaré
No pas aqet a qui maubestat plassia.
Jamés dam tu n'habitara malitia :
Lo mauhazéc dauant tu no stara:
En odit grann tu prenes injustitia :
Lo messongé de ta man périra.
Gens carnassés, gens de sang abhominas
E desplazent t'es l'home cautelos
Qi se desguiza en contrarias colos,
Trazix darré, dauant hé beras minas.
Mes pux que tu abondas en clementia,
En ta maizon devot m'en entraré,
E compânat de crenta e reuerentia
Dauant ton Sanet Templé t'adoraré.

�PSAUME V m
A mes plaintes, Seigneur, prête l'oreille,
Mon Dieu, mon Roi, entends mon cri secret,
Et la prière que mon cœur t'adresse,
Veuilles l'exaucer dès demain matin.
De bon matin si tu m'en fais la grâce,
Premièrement, à toi je penserai,
En y pensant, Dieu je te confesserai
Non pas celui à qui l'iniquité plaît.
Jamais malice n'habitera avec toi,
Le malfaisant ne se tiendra pas debout devant toi;
Tu as l'injustice en grande haine,
Et le menteur de ta main périra.
Tu abomines les gens de carnage, les gens de sang
11 te déplait l'homme-cauteleux
Qui se dissimule sous contraires couleurs,
Traître derrière, il fait belles mines par devant.
Mais puisque tu abondes en clémence
dévot, dans ta maison,
Et accompagné de crainte &amp; de respect,
Je t'adorerai devant ton Saint Temple.

J'entrerai,

(i) Vulgate : — Verba mea auribus percipe.

�-

98

-

Seno, mos pas en ta justitia guiza,
Que d'ennemicz jo n e tot plen a tort:
Ten l'oeil sur my, goarda m'deu camin tort
Que l'Enemic per me ha caje aliza.
En sos parlas no cap ua vertat sola,
E peu deguens es entecât de tot:
Son gaüt es d'un sepulchre la gola,
E son lengatge es hintos de qiau bot.
Pauza Seno sur &amp; ton jutjamen,
Caja abuzat de sas holas ententas:
Heu recula, s dau dignas atentas
Deu mau q'et pensa, e cornet jornaument.
Més tot solas ajan los qi en tu speran :
Etz gitaran siscletz d'exultation :
Los qi ton nom aman e soen aperan,
S'alegraran debat ta protection.
Perqé Seno a la justa persona
Alargaras tas liberalitatz
E las tiras sauba de totz costatz,
Deu grann broqè de ta volentat bona.

�— 99 —
Seigneur, guide mes pas dans ta justice,
Que d'Ennemis n'ai-je pas, &amp; bien à tort :
Tiens l'œil sur moi, préserve-moi de la voie oblique,
Quel'Ennemi rend glissante pour me faire tomber.
En ses paroles n'est contenue une seule vérité,
Son intérieur est tout infecté;
Son gosier est l'ouverture d'un sépulcre,
Et son langage est honteux jusqu'au bout.
Seigneur, pose sur lui ton jugement,
Qu'il tombe abusé par ses projets insensés ;
Fais-le reculer, &amp; impose-lui des châtiments dignes
Du mal qu'il a chaque jour médité &amp; commis.
Mais que ceux qui espèrent en toi aient tout contenteIls lanceront des cris d'exultation.
(ment;
Ceux qui aiment ton nom &amp; t'invoquent souvent,
Se réjouiront sous ta protection.
C'est pourquoi, Seigneur, tu prodigueras
A la personne juste tes libéralités,
Et tu assureras son salut de tous côtés
Sous le grand bouclier de ta bienveillance.

�PSAVME VI
En ta huro no hi'corrégiscas,
En ta rauco (i) no m'arguiscas;
Més Seno pren de my pietat :
Ton secos'au prop de my sia,
E deliure de malauzia
Mon praube cos débilitât.
Io n'c nat os per me sostengue,
lo n'e vigo qi posca tengue;
Don la mya Amna es ses repaus;
Mes tu las. o mon Diu, mon Meste
Deqi a quant contra my vos este
Goardant ton corrosat prepaus?
Las, ta cara ent'a my revira;
Ma vita de perilh retira,
Hé, per l'amo de ta bontat,
E misericòrdia lauzada
Qe la persona desbarjada
Torne au camin de saubetat.
(i) Peut-être ranco, rancune.

�PSAUME VI (1&gt;
Ne me châtie pas dans ta fureur,
Ne me reprends pas avec ta voix rauque;
Mais Seigneur prend-moi en pitié :
Que ton secours soit auprès de moi,
Et délivre de maladie
Mon pauvre corps débilité.
Je n'ai aucun os pour me soutenir
Ni de vigueur qui puisse résister;
Ainsi mon Ame est sans repos;
Mais elle est à toi, ô mon Dieu, mon Maître
Jusques à quand veux-tu être contre moi,
Et garderas-tu ta résolution courroucée)
Hélas! tourne vers moi ton visage;
Retire ma vie du péril,
Fais par l'amour de ta bonté
Et par ta miséricorde vantée,
Que la personne dévoyée
Rentre dans la voie du salut.
(■) Vulgate : — Domine ne in furore tuo arguas me.

�—

102 —

Perqé tu sçabes, qe l'extrema
Lina de viue nos destrema
De tu l'arbrembansa e renom :
Qina sera la boca arida
Deguens la hossa sepelida
Qui magnificarà ton nom ?
A sospira no m'esparani,
En arriu de plos mon lheyt bani;
E deqia que jo sentiré
De mon Diul'ajuda pezenta?
De lermas cada neyt vertenta
Tota ma coca agoazaré.
L'humo deus oeilhs tant m'amareja
Qe juxta m'goarda que no y veja :
Mos Enemicz d'aute costat
Vsantz de minas truphanderas,
M'an en mila modas maneras
Avilhuit de la mitât.
Arre de my hugetz ven d'hora
Gent d'iniquitat obradora,
Pux qe Diu a mon plan auzit.
En ma reqesta aphectionada,
E oration humiliada;
M'a recebut, e exauzit.

�— 103 —
Car tu sais qu'à l'extrême
Limite de la vie s'efface en nous
De toi le souvenir &amp; renom;
Quelle sera la bouche desséchée
Ensevelie dans la fosse
Qui glorifiera ton nom ?
Je ne m'épargne pas à soupirer,
Je baigne mon lit d'un ruisseau de pleurs.
A quel moment éprouverai-je
L'aide pesante de mon Dieu ?
Au cours de chaque nuit j'arroserai
Toute ma couche de larmes.
L'humeur des yeux m'est si amère
Que j'ai peine à y voir encore :
Mes Ennemis, d'autre part,
Usant de mines moqueuses,
M'ont, en mille façons &amp; manières,
Fait vieillir de moitié.
Arrière de moi sur l'heure, fuyez
Hommes artisans d'iniquité,
Puisque Dieu m'a bien écouté
En ma requête affectionnée
Et ma prière humiliée;
Il m'a accueilli &amp; exaucé.

�— 104 —
E pertant honan de vergofia,
E de mau acarada trofia
Hujan, trebollatz de lous sens,
Los qi de m'perde machinauan
E los qi volontés anauan
A l'entrepreza d'etz cossens.

�— 105 —
Et maintenant qu'ils soient confondus de honte,
Qu'ils fuient la face de travers,
Et les sens bouleversés,
Ceux qui avaient machiné ma perte,
Ou qui volontiers allaient
Complices de leur entreprise.

�PSAVME VII
En tu speri, Seno, deliura m'dôq mô Diu,
Sauba m'de totz aqétz qui m'hén mala persuta
Que praste &amp; no m'arrape, e m'eskisse tot viu,
Com un Léon qui sort ahamat de sa tuta,
Ses qe per mon secos nat se gauze ajusta.
O mon Diu, mon Seno, jo podi protesta
Dauant ta Majestat totas cauzas vezenta,
Dauant tu qi es vertat, e vertat t'es plazenta,
Si jo s heyt, enteprès (i), ni perpausat aqo,
Si de ta vilan cas, si dé tant escosenta
Taca nada, jo e plap, en las mas, ny au co :
Si ly dé mau per mau, si james lo greué,
Si jo trenqé james lo nozet d'amistansa,
Si l'home jo trazi qi dam my patz aué,
E m'hazé per dauant d'amo bera semblànsa,
Més encoara si jo le renontiat aus bos cops,
Si no son estat prést deu secorre a sos ops,
Encoara q'et nac diga, e grat ne m'en sêtisca,
La mya amna adezas en goerra perseguisca,
(i) Pour Entrepris, probablement

�PSAUME VII «
J'espère en toi, Seigneur, délivre-moi donc,monDieu,
Sauve-moi de tous ceux qui me font poursuite méchante;
Depeurqu'unneme saisisse et ne me déchire prestement
Comme un Lion qui sort affamé de son antre, [tout vif
Sans que personne ose venir à mon secours.
0 mon Dieu, mon Seigneur, je puis protester
A la face de ta Majesté, voyant toutes choses,
Devant toi qui es la vérité, à qui la vérité plaît;,
Si j'ai fait, entrepris, ou délibéré cela,
Si de si vilain cas, ou si d'aucune tache
Tant cuisante j'ai nulle trace, sur les mains, ni au cœur :
Si j'ai rendu mal pour mal,si jamais j'ai porté préjudice,
Si j'ai jamais rompu le nœud de l'amitié,
Si j'ai trahi l'homme qui était en paix avec moi, [tié,
Et qui me faisait par devant belledémonstrationd'amiMais encore si je l'ai abandonné aux bonnes occasions,
Si je ne fus pas prêt à le secourir suivant ses besoins,
Encore qu'il ne le dise &amp; ne m'en sache point gré,
Que la guerre soit déclarée sur l'heure à mon âme,
(i) Vulgate : — Domine Deus meus, in te sjoeravi.

�— io8 —
De mon seti Rejau me veja descassat,
Me déspulhe d'auno, dam los talos trepisca
Mon cos vilanament per la pourbà (i) ajassat.
Leuat' en ton corros, abat los manemens
De mos hortz Enemicz, ten lou choiera en brida
Desplega, bouta auant per my los jutjamens;
Seno, de ton cosselh l'ordenansa deixida,
E los poples a grans tropetz arribaran,
E tu haut enayrat sur etz daràs sententia,
Saubaras mô bon drèt, et ma simpla innocêtia,
Deus maixans la malitia, e lo tort perderas.
Més l'home just, huros sera per ta clementia,
E qui va dretament péri no leixaras.
Noste Diu justitié, coneixent l'entreco, (2)
Las entras hormilhant, los simples n'arrepossa :
Diu mô broqé, goardât los homes dretz de co,
Diu, jutge dreturé, ca'dun jorn se corrossa,
Myassa los maixans, crida incessantament
Qe cambièm en millo (3) nosta vita, autament
Et darriga déjà sa spaza aguzerada,
Et engauta déjà la balesta bandada,
Et apresta déjà los azerens de mort,
Et carga treytz ardès per la gent obstinada,
E per aqèt qi m'es enemic a gran tort.
(1) Peut-être bourba., boue, fange, etc.
(2) Je le dérive de Tpa^if, rude, hérissé, etc.
)3) Le sens indique H au lieu du second t.

�— io9 —

Que je me voie chasse de mon siège Royal,
Que dépouillé d'honneur, mon corps
Foulé aux pieds reste vilainement gisant dans la boue.
Lève-toi dans ton courroux, détruis les combinaisons
De mes puissants ennemis; tiens leur colère en bride,
Déploie &amp; mets avant pour moi tes jugements;
Seigneur, réveille le règlement de ta sagesse,
Et les peuples arriveront à grands troupeaux, [tence,
Et toi, haut élevéen l'air, sur eux tu prononceras la senTu sauveras rnon bon droit &amp; ma simple innocence;
Tu détruiras la malice &amp; le tort des méchants.
Mais l'homme juste sera heureux par ta clémence,
Et tu ne laisseras pas périr celui qui va droitement.
Notre Dieu justicier, qui connaît la difficulté, [simples '■
Ne repousse ni ceux qui fourmillent aux entrées, ni les
Dieu, mon bo-uclier, qui protège ses serviteurs au coeur
Dieu, jugedroiturier, chaque jourse courrousse, [droit,
Menaçant les méchants; il crie sans cesse
De changer en mieux notre vie: autrement
Il dégaine déjà son épée aiguisée,
Il met en joue déjà l'arbalète bandée,
Disposant déjà les instruments de mort,
Il charge des traits aigus pour la gent obstinée
Et pour celui qui m'est ennemi bien à tort.

�— MO —

Vezetz lo, com et ês prêns de pena &amp; tormêt,
Consideratz un pauc corn &amp; suza &amp; s'ahana :
Et no concèp qe vens en son entenement,
Per hinaument pari cauza humosa e vana :
Et pregondix lo putz, e caua lo barat,
Mes au hoûs cajera contra my preparat :
So q'et a hargat, sur (i) son tuqêt debara.
E jo mou Gardean arréconeixeré,
E coma sa justifia, en tot illustra, e clara,
Mérita, deu Très Haut lo nom jo cantaré.
(i) Le mot sur, plusieurs fois répété, se prononce SER; le
Gascon dit : sus, sou, sui, ser, dessus, suber, suivant le mot qui
suit : sou naz, sui l'aygo, ser et, suber os, dou dessus debat, etc.;
sur le nez, sur l'eau, sur lui, sur os, du dessus dessous, etc.

�Voyez-le, comme il est plein de chagrin &amp; tourment
Observez un peu comme il sue &amp; se dépêche.
En son entendement il n'engendre que vents
Par haine, pareille à chose fumeuse &amp; vaine;
Il approfondit le puits, &amp; creuse le fossé
Préparé pour ma perte, mais il tombera au fond.
Le mal qu'il a forgé descendra sur sa tête,
Et moi je serai reconnaissant à mon Sauveur,
Et comme sa justice en tout illustre, éclatante,
Le mérite, je chanterai le nom du Très Haut.

�PSAVME VIII

Oh qé ton nom, Diu habitant lassus,
D'admiration plea la terra tota :
L'auno de ta magniphicentia bota
Son cap deguens los Ceus, e au dessus,
Tos Enemicz creban, perquè tu hés
Dize ton laus au maynatjou qi popa:
E d'etz atau la malitiosa tropa.
Ayzadament destruzes e dehès.
Vezen los Ceus, obratge de tos didz,
A contempla los Lugras, e la Luâ,
Totz bastimens de l'ordenansa tua,
Ta'plan goardans tas leys, e tos édicz:
L'home q'ès'et qu'en sias tant amoros,
E l'ajas tant en memòria ses pauza?
Ec qu'ès lo hilh de l'home ta gran'cauza,
Qe dines d'ôt este tà cossiros?

�PSAUME VIII «
Oh ! comme ton nom, Dieu habitant les hauteurs,
Remplit toute la Terre d'admiration !
L'honneur de ta magnificence place
Sa tête jusqu'aux Gieux, &amp; au dessus.
Tes ennemis crèvent, parce que tu fais
Chanter tes louanges par l'enfantelet qui tête :
Ainsi leur troupe perverse
Est aisément rompue &amp; détruite par toi.
Ils voient les Cieux, œuvre de tes doigts,
En contemplant les Etoiles, la Lune,
Tous édifices de ton ordonnance,
Gardant si bien tes lois &amp; tes prescriptions.
Qu'est donc l'homme que tu en sois si amoureux,
Et que tu l'aies sans cesse en ta mémoire?
Et le fils de l'homme est-il si grande chose
Pour que tu daignes être de lui si soucieux ?
|i) Vulgate : — Domine Dominus noster quam admirabile.

�—

ii4 —

-

Tu l'as de glòria e d'auno coronat,
Anjo serè damb vn pauqèt de sobras :
Au demorant, dessus totas tas obras
Tu l'as Seno e gran meste ordenat.
Débat sos pés tot as assubjegat,
La saubatjua, e los moustres qi passan
Per l'Océan, e grans camis y trassan,
Bestia de lan e de pelam cargat : .
Auzétz deu Céu, peix de tota nation,
Los elementz as heytz a son seruici,
Qe tas vertutz, o noste Diu propici,
Lo monde bas plean d'admiration.

�—

ii5

—

Tu l'as couronné de gloire &amp; d'honneur;
Ange il serait avec un peu de reliefs;
En tout cas, sur toutes toutes tes œuvres
Tu l'as établi Maitre &amp; Seigneur.
Sous ses pieds tu as tout assujetti,
Les animaux sauvages, comme les monstres qui passent
Par l'Océan, &amp; y tracent leurs grands chemins,
Les bêtes chargées de laine &amp; de poil;
Les oiseaux du ciel, les poissons de toute espèce :
Tu as créé les éléments à son usage.
Que tes vertus, ô notre Dieu propice,
Remplissent ce bas monde d'admiration.

�PSAVME IX
De tout mon co Sefio t'exaltaré,
Cantic de tas merbellas cantaré,
E plen de gay qu'en tu jo preneré,
Plen de joyas celestas,
Celebraré tas gestas.
O Diu Très Haut, tot l'ayre trenira,
E aprop my ton nom resonarà,
E ma canson per son subject aurà
Los triumphes e las glorias
De tas granas victorias.
Mos enemicz (i), corn' an heyt, seguiran
Lou Capitani, eus talos mustraràn,
Vigo-perdutz ardurà no poyràn,
Dauant ta cara ardenta
Ta cara vehementa.
Entenut as tot noste playtejàt,
E hautament en cadiera pujàt
Dé nosta cauza as lo mèrit jutjàt,
Tu qi jutjas dretura
Entre nos, qui em ta cura.
(i) Nous trouvons quelquefois ex, et x, au lieu de

�PSAUME IX
De tout mon coeur, Seigneur, je t'exalterai,
Je chanterai l'hymne de tes merveilles,
Et plein de bonheur que je puiserai en toi,
Plein des joies célestes,
Je célébrerai tes actes.
Oui, Dieu Très Haut, tout l'air retentira,
Et, grâce à moi, ton nom raisonnera,
Et mon chant aura pour objet
Les triomphes &amp; les gloires
De tes grandes victoires.
Mes ennemis, comme ils ont fait, suivront
Leur Capitaine, montreront les talons :
Destitués de force, ils ne pourront pas brûler
Devant ta face ardente,
Ta face irritée.
Tu as entendu tout notre plaidoyer,
Et assis sur ton trône élevé,
Tu as jugé le mérite de notre cause,
Toi qui juges en droiture
Entre nous, l'objet de tes soins.
(0

Vulgate. — Confitebor tibi, Domine, in toto corde meo.

�— n8 —
Contra las gens aspre t'es corrossat,
L'impiètos per terra as abyssàt,
E per jamés, lo grann jamés, trassat
Lo nom de la gent braua,
Qi los tos mesprezaua.
O enemic, noste pays goastàt
En un dezert aués deja boutât,
Razat tout bourg, e de tota ciutàt
Per a james perida
La memòria abolida.
Més dispauzat a de nos autament
Lo grann Sefio qi regna Eternaument,
E qui per hà razon e jutjament,
Sa cadiera a pauzada
E phrem asségurada.
Damb acquitat la terra jutjarà,
A las natios dret administrarà,
Deus nesseros la retreyta serà,
E de la gent cajuda
L'arreléu e l'ajuda.
Que vosautz donq qui son nom coneguétz,
E seruidos deu Grann vos mantenguétz
Speretz en et, pux qe segu tenguétz
Qu'et jamés en la preixa
Lo qui u cerca no leixa.

�—

ii9 —

Apre, tu t'es courroucé contre les gens,
Tu as abymé l'impie à terre;
Et pour jamais, au grand jamais, tu as effacé
Le nom de la vaillante Nation
Qui avait méprisé les tiens.
Oh ! ennemi, notre pays saccagé
Tu avais déjà mis en désert,
Détruit tout hameau, &amp; de toute ville
A jamais anéantie,
Le souvenir effacé.
Mais autrement a disposé de nous
Le grand Seigneur qui règne clans l'Eternité,
Et qui pour rendre raison &amp; justice
A posé son trône
Et solidement affermi.
Il jugera la terre avec équité,
Appliquera le droit aux Nations;
Il sera le refuge des nécessiteux,
Et de la gent tombée
Le relèvement &amp; l'aide.
Donc vous tous qui connaissez son nom,
Maintenez-vous serviteurs du Grand,
Espérez en lui, puisque vous tenez pour certain
Que jamais dans l'affliction
Il ne laisse qui le cherche.

�—

120 —

Qe sos cosselhs qe son gobernament
Qe sos expleitz preziqetz hautament
Dauant las gens, &amp; cantetz clarament
Diu tota vosta bita,
Qui en Syon habita.
Perqé deus sos hé recerc, e hara,
Et deu sang just conde demandarà,
A tems degut la pena arbrembara,
E los critz lamentables
Deus praubes miserables.
Las (cridé jo) las Sefto, compassion
Ajas de my! vey la persécution
Deus enemicx, vey la dura aphliction:
Retira m' de la porta
De mort, per ta man horta.
Perqe m'en anga autà leu com poyré
Ent aus portautz, on amassatz veyré
Los de Syon, a qui ton laus diré,
Cantan dab alegransa
Diu qi es ma deliuransa.
Escassament mon crid era acabàt,
Quant los Gentils cajôn de cap embàt
Au clot pregond q«etz auen adobàt, •
E se traben las camas
En lous medixas tramas.

�Que ses conseils, que son gouvernement,
Que ses exploits vous prêchiez hautement,
En présence des Nations, &amp; chantiez à voix claire
Pendant toute votre vie, le Dieu
Qui habite en Sion.
Pourquoi fait-il recherche des siens, &amp; fera,
Et demandera-t-il compte du sang du juste!
Il se souviendra en temps opportun de la douleur
Et des cris lamentables
Des pauvres misérables.
Hélas! (ai-je crié) hélas! Seigneur, prends pitié
De moi ! vois l'acharnement
De mes ennemis, &amp; mon affliction profonde!
Sauve-moi des portes
De la mort, par ta main forte.
Pour que j'aille, sitôt que je le pourrai,
Vers les portes ou je verrai groupés
Ceux de Syon; je leur dirai tes louanges,
Chantant, avec allégresse,
Dieu qui est ma délivrance.
A peine ma plainte était-elle achevée,
Que les Gentils tombaient la tête en bas
Dans le gouffre profond qu'ils avaient préparé;
Us se prirent les jambes
Dans leurs propres pièges.

�—

122 —

On coneix Diu per aqet argument,
E que lo monde &amp; jutja justament.
Quant lo maixant a hargat lo torment
On qan aprop q'et sia
Perdut per sa mestria.
Totz los maixans au barat cajeràn,
E totz aquétz qi Diu desbrembaran,
Mes los qu'om houra assi s'arleuaràn,
Et lou patientia grana
No sera tostem vana.
Leua t'Sefio, no leixes ahorti
L'home mortau qui vo t'arresisti:
Que dauant tu la gent venga assisti,
Bas a tos pes se boute,
E ta sententia escoute.
Baixa lo grann filh deu mondan uros,
E los maixans myassa en tas huros,
Perquè batutz d'espauens e heros,
Nudz homes se conegan
E Diu t'arreconegan.

�On connaît Dieu par cet argument,
Et qu'il juge le monde avec justice,
Quand le méchant a forgé l'instrument de torture
Il faut qu'il soit plus tard
Perdu par son art.
Tous les méchants tomberont au fossé,
Et tous ceux qui oublieront Dieu,
Mais ceux qu'on foule ici bas se relèveront,
Et leur grande patience
Ne sera pas toujours vaine.
Lève-toi, Seigneur, ne laisse pas fortifier
L'homme mortel qui veut te résister:
Que le peuple vienne s'incliner devant toi,
Qu'il se mette bas à tes pieds,
Et écoute ta sentence.
Humilie le fils orgueilleux du mondain heureux,
Menace les méchants en tes fureurs,
Pour que battus d'épouvantes &amp; frayeurs
Ils s'avouent hommes nus,
Et te reconnaissent pour Dieu:

�PSAVME X

Don ven Serio, que tu t'tengas ta Ion,
Au tems que més d'ajuda auen bezofl?
T'escones tu quant om nos persécuta,
E quant perilh de prop nos executa?
Los gros maixans hén persuta au praubet
Qi n'a degun per son secos damb èt,
E lou cosselh ès pozon ou lo praube
S'embescara, ses que james s'en saube.
Per aute cas no hé ta grann aprest,
L'avaritios qi ten per un arrest
Tot ço q'et a près en sa phantazia,
No prézan Diu tant qe sa cobezia.
En sos ahas (tant ès corna-dressat)
Son co n'a pas enta Diu adressât,
Ans tot ça q'et en son esperit bota
Es que Diu drom, ou qeDiu noy vè gota.

�PSAUME X «

D'où vient Seigneur, que tu te tiens si loin
A l'heure où nous avons le plus besoin d'aide?
Te cacherais-tu lorsqu'on nous persécute,
Et quand le péril nous menace de près?
Les gros méchants persécutent le faible
Qui n'a personne poar son aide avec lui.
Et leur conseil est poison ou le pauvre
S'engluera, sans que jamais il s'en sauve.
D'autre part, &amp; sans faire grand apprêt.
L'avare qui retient comme par une digue
Tout ce qu'il a pris en sa fantaisie,
Estime Dieu beaucoup moins que sa convoitise,
Dans ses combinaisons, (tant il est corne dressé,)
Son cœur ne s'est pas tourné vers Dieu;
Plutôt ce qu'en son esprit il met
C'est que Dieu dort, ou que Dieu n'y voit goûte.
(i) Vulgate. — Ut quid, Domine, recessisti longe.

�— I2Ô —

Lo corromput va tostem dam talent,
E dam prepaus de hà qaucun dolent,
Tos jutjamens sonn arré de sa vista:
Atau hazèn prou d'enemicz conquista:
Més et estima u bohèt, tot aqo
Q'etz poyren hà, perquè &amp; ditz en son co :
No creni pas que degun vent maueje
Mas arrazicz, ou que nat mau m'agrege ?
Sa boca plea a d'esparjurament,
Malédiction, usura, enganament:
Arré debat sa lenga serpentina
N'esconn que tort, vexation, e ruina:
Entau peyràt s'acohina, quant sent
Apropria lo praubèt innocent,
Estretament à l'esconut l'estaca,
Txuca son sang, mort aganit lo placa.
Pux torna au goeyt de tau hame picat,
Com un Leon en sa tuta emboscat:
Dâ l'oeilh torbàs tostem lo praube argoeyta,
Per l'arrapa qauqa emboscada atreyta,
E si &amp; lo ten un cop embelopàt
En sos hilatz, aqèt es arrapat :
Et s'agropix, se sarra, bas s'inclina,
Se he petit, s'arruca, e suau ( i ) camina :
(i)

Siau probable.

�— I27 —

Le corrompu avance toujours avec empressement,
Et avec résolution de rendre quelqu'un malheureux;
Tes jugements sont hors de sa vue :
Ainsi se fait-il beaucoup d'ennemis.
Mais il estime non plus qu'un souffle, tout
Ce qu'ils peuvent faire; &amp; il dit en son cœur :
Je ne crains pas qu'un vent quelconque ébranle
Mes racines, ou que nul mal m'aigrisse.
Sa bouche est pleine de parjure,
Malédiction, usure, tromperie :
Et sous sa langue serpentine
Ne s'abrite que méchanceté, vexation &amp; ruine :
Il se dissimule sous la pierre, quand il sent
Approcher le pauvre innocent;
Il l'attache étroitement en cachette,
Suce son sang, et le laisse mourir de faim.
Puis il retourne au guet aiguillonné par la faim,
Comme un lion embusqué dans sa tanière;
Son œil agité toujours guette le pauvre
Pour le saisir dans l'embuscade préparée.
Et s'il le tient une fois enveloppé
Dans ses filets, celui-là est pris :
Il s'accroupit, se serre, bas s'incline,
Se fait petit, se ramasse &amp; chemine doucement.

�128 ^
Om no se dà la goarda, qe debàt
Sos pes arputz mila praubes abat,
Et cre, qe Diu qi s'arrepauza en gloria,
De. ço q'es heyt n'arreten la memòria :
Ans es clucat, tant q'assi bas nos ém,
Perqè jamés no veja ço qe hem.
Helas Seno arrebella t', et leua
Ton bras robust per tos praubes qu'on greua :
Per tot jamés nous volhas desperà?
Vos tu tostem lo maixant endurà
Qi contra tu s'arrapa, qant protesta
Qe de sos maus tu no haras enquesta?
Vist as Seno L'indigné tractament,
Considerat as la pena e forment:
Lo miserable a tu s'arrecomanda,
E de tas mas l'arcolhiment demanda,
Las mas de tu, qui sabes ajuda
Los aphligitz, e los pepius goarda :
Arromp lo bras deu maixant ton contrari,
Carga u maixant de forment exemplari :
Perque son crin (i) de totz arreproba't,
No sia jamés entre us homes trobatt
Diu qi es Rey deus secles, de la Terra
Darrigaras los qi aus petitz hen goerra :
( i ) N'est-ce pas crim ?

�— 129 —
On ne se méfie pas, que sous
Ses pieds crochus il abat mille malheureux :
Il croit que Dieu qui se repose dans sa gloire
Ne gardera pas le souvenir de ce qui est fait:
Plutôt qu'il est aveuglé,tandis quenous sommes ici-bas;
Pourquoi il ne voit jamais ce que nous faisons.
Hélas! Seigneur, réveille-toi, et lève
Ton bras robuste pourprotégertespauvresqu'ongrève.
A tout jamais veux-tu nous désespérer !
Veux-tu toujours tolérer le méchant
Qui contre toi s'insurge, quand il proteste
Que tu ne feras pas recherche de ses méfaits.
Seigneur, tu as vu l'indigne traitement,
Et tu as considéré la peine et la souffrance :
Le malheureux se recommande à toi,
Et demande l'accueil de tes mains,
De tes mains qui savent aider
Les affligés, &amp; protéger les pauvres d'esprit;
Brise le bras du méchant ton ennemi,
Frappe le méchant de peine exemplaire :
Pour que son crime, réprouvé de tous,
Ne soit plus trouvé parmi les hommes.
Dieu qui es Roi des siècles, de la Terre,
Tu arracheras ceux qui font la guerre aux petits.
9

�— 130 —
Détz, astà léu com t'an arreclamat,
Lo vot auzit, 6 lo phlac co phremat;
E la tua aurelha es attentiua, e presta,
Per apuncta de l'orphan la requesta,
Per ministrà justitia, e ha razon
Aus degitatz, perquè en nada sazon
L'home terrenc n'espandisca sas alas,
Ny pense a ha crefie sas arpas malas.

�— ni —
Tu as entendu leur vœu sitôt qu'ils t'ont
Appelé au secours, et tu as réconforté le cœur faible
Et ton oreille est attentive, et prête
Pour accueillir la requête de l'orphelin,
Pour appliquer la justice, et faire raison
Aux disgraciés, pour qu'en aucune saison
L'homme terrestre ne développe ses ailes,
Et ne pense à faire craindre ses griffes cruelles.

�PSAVME XI
Av grann pauzada e jo ma hiza:
Donqas amicz perque m'dizétz,
De mont en aute horaniza
A huta, a huta, despaïza
Ta Ien d'acy, com los auzétz :
Qe los impietos esperan
Prop de nos aneyt campejà,
L'arc bandan, lo treyt encleqeran (i),
E a l'escu se deliberan
Los homes co-dretz treytejà.
Més d'entepresa mau hondada
Lo bastiment ès ja desheyt :
Era medixa s'ès crebada ;
Q'atau sia, qi t'a tustada?
E que y a lo just'home heyt?
Lo Grann n'a pas tà haut son Temple,
Ny tà lofl son seti Rejau,
(i) Je le dérive de

ex'X^™

per, faire à la dérobée, etc.

sX""XeX^E&lt;PK&gt;

cacher,

trom

�PSAUME XI (1&gt;
Dans le grand reposoir j'ai ma confiance;
Donc, amis, pourquoi me dites-vous
De dénicher d'une montagne à une autre
Vite, vite, de me dépayser
Tant loin d'ici, comme les oiseaux :
Que les impies espèrent
Camper près de nous cette nuit:
L'arc bandé, ils cacheront le trait
Et se décideront à l'obscur
A frapper de ce trait les hommes au coeur droit.
Mais d'une entreprise mal fondée
Le bâtiment est bientôt détruit; •
Elle s'est crevée d'elle-même :
Ainsi soit-il; qui l'a frappée-1
Et l'homme juste qu'y a-t-il fait?
Le Grand n'a pas son Temple si haut,
Ni si loin son siège Royal,

(i) Vulgate. — In Domino confido.

�— 134 —
Qe lo bas monde no contemple.
E qe no mustre per exemple
Com &amp; ama l'home lejau.
Dam sos pepètz ghifia, e recerca
Tot lo.mond' d'vn solet espià.
Et assaja los de sa merca,
Leixa l'irhpiëtos qui cerca
Tostem matèria d'arraspia.
Diu sus aqet maixant liatge
Hoec e tormerîtina plaurà,
Eyhoc, e tempestos auratge,
Per là portion de lou beuratgé
Aux ( i ) extorsius escajera.
Perqè lo Diu qi tot empara,
Ama justitia coraument,
Acquitat ès sa hilha chara,
E james de l'oeilh no despara
Los qui caminan dretament,
(i) Pour aus.

�Que le petit monde ne le contemple,
Et qu'il ne montre par exemple
Combien il aime l'homme loyal.
Avec ses paupières il regarde et recherche
Le monde entier d'un seul regard;
Il éprouve ceux de sa marque,
Et abandonne l'impie qui cherche
Toujours occasion de rapiner.
Dieu, sur cette méchante lignée
Fera pleuvoir le feu et la désolation.
Il l'engloutira : et la tempête déchaînée
Comme leur lot, pour leur breuvage
Echerra aux coupables d'extorsions.
Parce que le Dieu qui-tout soutient,
Aime la justice fermement.
L'équité est sa fille chère,
Et jamais son œil ne se détourne
De ceux qui suivent le droit chemin.

�PSAVME XII

Ubrix me de Salut la porta :
Que bontàt assi bas es morta
Perdutz sonn ara los plazès :
O Seno, deus homes sancês
La sazon n'es plus ara viua,
Cadun a son companon ment,
E parla asseguradament,
Auta'plan corn si no mentiua.
En aquesta mala tempora
Lo monde ès plèn de gent traydora,
Dam la boca vntada de meu,
E lo co caperat de heu,
Gent dobla, gent mau coneguda,
Qui ditz un, e pensa autament,
E qui porta segretament
En l'arc mes d'ua corda tenuda.

�PSAUME XII &lt;»

Ouvre-moi la porte du Salut,
Car la bonté est morte ici-bas;
Les plaisirs maintenant sont perdus,
0 Seigneur; des hommes sincères
La saison à présent n'est plus vive,
Chacun ment à son compagnon.
Et parle avec assurance
Aussi bien que s'il ne mentait pas.
A cette époque détestable
Le monde est plein de traîtres
A la bouche ointe de miel,
Et le cœur couvert de fiel.
Race fourbe, gent mal connue,
Qui dit une (chose), et pense autrement;
Et qui porte secrètement
Sur son arc plus d'une corde tendue.
(i) Vulgate. — Salvum me fac Domine.

�- i?8 -

Diu perda ia boca phlatarda,
Trauqe la lenga babolarda
Qi ditz, nos haram, nos diràm,
Per noste bét parlà serâm
Authorizatz, venga qi venga :
Qi va més qé nos auansat?
Nos ém aqetz, tot plan pensat,
Aus qaus aperten d'aue lenga.
Peu praube aterrat qi gemica
Vexat d'aqera gent iniqa,
(Ditz lo Serio) jo m'ieuaré,
A saubetat lo tornaré,
Eu dare de parlà l'audacià.
Sefio de tot podè complit,
De veze ton mot acomplit,
Plus leu qe tard he nos la gratià.
Nos auém crezensa certana,
Qe ton dize n'es pas la vana
Paraula de l'humana gent:
Ton parlà cast es un argent
Coeyt bet tems dauant q'om l'amassa
En las bonas véas coàt,
Pux sept cops au hoec esproàt,
E denejat(i) de tota crassa.
(i) Ou netejat probable.

�Que Dieu perde la bouche des flatteurs,
Et perce la langue bavarde
Qui dit: nous ferons, nous dirons,
Par notre beau langage nous serons
Autorités, quoiqu'il advienne:
Qui donc marche, plus que nous avancé ?
Nous sommes ceux, tout bien pensé,
Auxquels il appartient d'avoir langue.
Pour le pauvre terrassé qui gémit
Vexé par cette race inique,
Je me lèverai, (dit le Seigneur),
Et j'assurerai son salut.
Je lui donnerai le courage de parler.
Seigneur, qui disposes de tout pouvoir,
Plus tôt que plus tard fais-nous la grâce
De voir accomplie ta promesse.
Nous avons confiance certaine
Que ton dire n'est pas la vaine
Parole de la gent humaine :
Ton parler châtié est un argent
Cuit beau temps avant qu'on l'amasse
Couvé dans les bonnes veines,
Eprouvé sept fois par la flamme,
Et nettoyé de toute crasse.

�— 140 —

Manten aus praubes ta paraula,
Goardaus per jamés, d'aqesta aula
Génération, qi ça e la
No hé qe nos arredola ;
E qu'es ua vergona sagnanta,
En la casa deus grans Senos,
Aqetz truantz sonn los minos,
E tau canalha es gobernanta.

�—

I4i

—

Tiens aux malheureux ta parole,
Préserve-les à jamais, de cette impure
Génération, qui ça et là
Ne fait que nous circonvenir;
Et c'est un honte saignante
Qu'en la demeure des grands Seigneurs,
Ces truands soient les mignons,
Et que pareille canaille nous gouverne.

�PSAVME XIII

Per quant de tems sera, qe tu m'auras
Estraniàt de ton coratge? (i)
Es aqo heyt qe tu t'esconeràs
De my Seno, e m'arreviraràs
Per tostèm ton clà visatge?
Quant durarà, que jo tornejaré
Mila cosselhs d'hora en auta?
Quant serà u tems qe jo no portaré
Neyt e jorn pena, e plus no sentiré
Sur my l'enemiga pauta?
Vey me Seno, responn me dossament,
Mon Diu, mos oeilhs illumina,
Que jo no caja adromit mortaument,
E los qui m'dânn haixuga (2), e mau torment,
N'arrigan de ma ruina.
(1) Peut-être courtatge, suite, cortège.
(2) Je le dérive de aỳt%opta, ennui, dégoût, etc.

�PSAUME XIII

Pour combien de temps sera, que tu m'auras
Banni de ton escorte?
Est-il décidé que tu te cacheras
De moi, Seigneur, &amp; que tu détourneras de moi
Pour toujours ton visage lumineux?
Combien de temps tournerai-je
D'heure en heure entre mille projets?
Quand sera le temps où je ne porterai plus
Nuit et jour le chagrin, et ou je ne sentirai plus
Sur moi la lourde main ennemie?
Regarde-moi, Seigneur, réponds-moi doucement,
Mon Dieu, éclaire mes yeux:
Que je ne tombe pas endormi mortellement;
Et que ceux qui me donnent ennuis et tourments
Ne se réjouissent pas de ma ruine.

(i) Vulgate. — Usque quo. Domine oblivisceris.

�— 144 —
E qauqe jorn no posca hà vantât
Lo cap de nosta discòrdia,
Dizen, jo lé vensut, e supplantât
Hiza en ta misericòrdia.
Mon co déjà prenn sa còsolation
Certena en ton salutari:
Segu d'auè, per ua tribulation,
De plus grans bes cambi, e compensation,
A t'canta déjà m'prepari.

�— 145 —
Que le chef de notre discorde
Ne puisse pas faire vanterie quelque jour,
Disant : je l'ai vaincu, et supplanté :
Je me confie en ta miséricorde.
Mon cœur prend déjà sa consolation
Ferme dans ta salutaire (espérance),
Certain d'avoir de plus grands biens
En échange et compensation de ma tribulati
Et déjà je me prépare à te chanter.

�PSAVME XIV
L'home dessenat pesa, e cre que no y a Diu :
Plen d'abhomifiatiô, brutamêt l'home viu;
Arrè qe corruptiô n'es la semêsa humana,
E d'entre totz degun n'a la côscientia sana :
De plan viue degun n'es en solicitud,
Degun n'es occupât à l'obra de vertut.
L'oeilh de Diu qui james de velha no se lassa,
Deus Ceus a spéculât tot en la terra bassa,
Si praste (i) veyrè nat home d'entenement,
Curos de cercà Diu, camina dretament.
Mes deus terra-creatz la rassa desregglada
Deu bon camin de Diu s'es tant horaviada,
Que no s'en troba nat, deu grann dequiau petit,
Qui desbridàt no corra aprop son appétit,
Aprop peccatz enorms taus qu'ô no deu mentaûe,
Ses qe pha (2) deu bê vn pas volha maue.
Tant es descerberat lo monde dissolut
Que no hé cas degun de sa propria salut.
.N'an los maixans aqetz lo sens, e coneixensa,
Que Diu condânarà tot crim, &amp; tota ohensa,
|i) Ou preste, prêt, préparé, etc.
(2) Pha et non fa. La langue gasconne emploie le f de la langue grecque, &amp; comme elle repousse F.

�PSAUME XIV &lt;»
L'homme insensé pense &amp; croit qu'il n'y a pas de Dieu,
11 vit brutalement, plein d'abomination;
La semence humaine n'est que corruption;
Et entre tous nul n'a la conscience saine :
Personne n'est en sollicitude de bien vivre,
Personne ne s'attache à l'œuvre de vertu.
L'œil de Dieu, qui jamais ne se lasse de veiller,
(Du haut) des Gieux a tout examiné sur l'humble terre,
[posé,
Pour y découvrir quelque homme d'entendement, disSoucieux de chercher Dieu, de cheminer droitement.
Mais la race déréglée des pétris de terre,
S'est tant dévoyée du bon chemin de Dieu,
Qu'il ne s'en trouve aucun, du grand jusqu'au petit,
Qui ne courre débridé après ses appétits,
Après péchésjsi énormes qu'on ne peut les mentionner,
Sans vouloir se mouvoir d'un pas pour faire le bien.
Le monde dissolu est tellement écervelé
Que nul ne fait cas de son propre salut.
Les méchants n'ont ni le sentiment, ni la connaissance
Que Dieu condamnera tout crime &amp; toute offense,
(i) Vulgate. — Dixit insipiens in corde suo.

�148
Qui com' vn tros de pan minjaren a gros mos,
Arroganan atau mon pople deqiaus os,
Qui d'arrecore a Diu serio de tot lo mode,
E qui de s'emenda no hén mention ny côde.
Trossàtz au pé leuàt, vn jorn herissaràn,
De glazi ( 1 ) segotitz : E labetz sçaberàn
Qe Diu porta e manten la génération justa,
E dam los dreturês, &amp; dreturé, s'ajusta.
Vos autes, entretant, auetz en dérision
L'avisament qe pren lo praube en aphliction .
Son Cosselh n'es human, mes &amp; a sa speransa
Qe de lassus : a tems aura sa deliuransa.
Oh l'hurosa sazon : qui la trameterà,
E de Syon salut a Israël dara?
Quant de captiuitat Diu, segnêt sa promessa
Tirât aura son pople e botàt en phranqessa,
Labetz Jacob en gay sa dolo cambiarà,
Alabetz Israel qui plora, cantarà.
(1) Ou d'eglazi,

�— '49 —
Qui comme un morceau de pain mangé à grandes bouRongent mon peuple jusqu'aux os,
[chées
Sans faire mention ni compte de recourir à Dieu
Seigneur de tout le monde, &amp; de s'amender.
Troussés au pied levé, un jour ils se hérisseront
Frémissant de terreur; ils sauront alors
Que Dieu porte &amp; conserve la génération juste,
Et lui, le droiturier, s'accorde avec les droituriers.
Vous autres, pendant ce temps, tournez en dérision
L'avisement que prend le malheureux affligé :
Son conseil n'est pas humain, mais il a son espérance
Dans le Ciel : il aura sa délivrance en son temps.
Oh! l'heureuse saison : qui nous l'enverra,
Et donnera de Sion son salut à Israël ?
Quand de captivité Dieu, suivant sa promesse,
Aura tiré son peuple &amp; assuré sa liberté,
Alors Jacob changera sa douleur en joie,
Alors Israël qui pleure, chantera.

�PSAVME XV
Qui es aquet qe tu dinaràs
En ton Tabernacle arretreze?
E lo que tu, Sefio, haras
En ta Sancta montafia seze?
Qui camina ses corruption,
Aus heytz de justitia s'emplega,
Parla atau com'a l'intention,
Lenga a maudize no desplega,
No nodz au proxàn, ny sosten
Qu om lo contriste en degua sorta,
Los malignes en pretz no ten,
Aux qui Diu crefien auno porta,
Plus dauid qe s'esperjurà,
La perda de son ben endura,
Son argent presta, ses tirà
Deu qui la maleuat vsura,
Qui l'innocent no premsarà,
Per ta grann prezent qu'om ly hassa
Qui taus estudis amarà
No séra magut de sa plassia.

�PSAUME XV (I&gt;
Quel est celui que tu daigneras
Abriter dans ton Tabernacle?
Et celui que tu feras, Seigneur,
Asseoir sur ta Sainte montagne?
Celui qui chemine sans corruption,
Qui s'emploie aux pratiques de justice,
Qui parle comme il pense,
Et ne déploie pas sa langue pour mal dire,
Qui ne nuit pas au prochain, ni ne supporte
Qu'on l'afflige en aucune sorte,
Qui n'a pas les méchants en estime,
Et honore ceux qui craignent Dieu;
Qui plutôt que de se parjurer
Endure la perte de son bien,
Qui prête son argent, sans retirer
Une usure de celui qui emprunte;
Qui n'opprime pas l'innocent,
Quelques présents qu'on lui fasse :
Celui qui aimera ces préceptes
Ne sera pas privé de sa place.
(1) Vulgate. — Domine qui habitabit in Tabernaculo.

�PSAVME XVI
Sefio goarda m'de mau, perqe de tu jo m'hizi;
Tu sçabes qe de boca e de co soen jo t'dizi :
Sefio, mon Diu tu ès; arrè no t'es mon ben,
E quin ben que jo hassa a ton proheyt no ven,
E pertant jo e prepaus e deuotion ardenta
D'ama tota persona en vertut excellenta;
Lo qui per drèt l'auno de sanctetat aura,
Sur terra estant, sos ops en mos bes trobarà.
Lo cobès son argent vénère, adora, cola;
Anga multiplican ydola surydola;
Bade aprop l'autru bé, mes qe demest los mes
Sacriphicis,Tos sos heytz de sang no siâ mess:
Sas hostias jo no toqe, e son ben no s'amasse
Dam lo men, e son nom per la boca no m'passe.
Aqest monde n'es pas ma dreta possession :
Diu de mon heretatge es la dreta portion :
En Diu es assignât mon viue, e mantenguda
Per et sera la part à mon sort avenguda;
Per my, la perja aus locz de plazensa cajoc;
Vn qilhet (i) heretatge a ma part escajoc.
(i) Je le dérive de qilhè, quillier, carré plénier sur lequel on
plante les quilles. Peut-être vient-il de !T%&lt;S»), éclat de bois dans
le sens de petit.

�PSAUME XVI «
Seigneur préserve-moi du mal,car j'ai confiance en toi:
Tu sais que de bouche et de cœur je te dis souvent :
Seigneur, tu es mon Dieu; mon bien ne t'est rien,
Et quelque bien que je fasse il ne te profite pas.
Et cependant j'ai résolution et dévotion ardente
D'aimer toute personne excellente en vertu;
Celui qui par droit aura l'honneur de sainteté
Sur terre, trouvera dans mes biens ses satisfactions.
L'avare soigne, chérit, adore son trésor;
Qu'il aille entassant idole sur idole :
Qu'il baille après d'autres biens;tels nesont pas [miens.
Mes sacrifices,les siens faits de sang ne seront pas les
Je ne touche pas à ses victimes, son bien ne se confond pas
Avec le mien, &amp; son nom ne passe pas par ma bouche.
Ce monde n'est pas mon domaine légitime,
Dieu est le lot légitime de mon héritage.
Ma vie est consacrée en Dieu, &amp; maintenue
Sera par lui la part à mon sort advenue;
Pour moi, la perche tomba en lieu de plaisance;
Un héritage régulier m'est échu pour ma part.
(i) Vulgate. — Conserva me Domine, quoniam speravi in te.

�— 154
Pertant jo lauzaré mô Diu qui m'acosselha,
E mon entenement totas neytz arrevelha,
M'ensenàn de discorre en pregond pensamêt
Lo degut de ma carga, e mon gobernament.
Tostem los oeilhs hicatz sur et jo voli têghe,
Et es au men costat perqe mô pé n'eylenghe.
Mô co s'en argauzix, e ma harpa, instrument
De ma gloria, a mos câtz responn gaujêtamêt
Dauantatge ma carn en hiza, s'arrepauza
Qe no la leixaràs demora longa pauza
Deguens la caixa crôza, e n'as pas intention
Que tô fâct ben-hazéc devêga côrruptiô.
Ans tu m demostraràs las dresseras de vita,
E myaràs au camp on l'abondantia habita
De totz gays que los tos prenen, a contêplà
La suprema beutat de ton visatge clà,
On las joyas estann, e las gratias plazentas
A ta man dreta sonn per jamés phlorixentas.

�C'est pourquoi, je louerai mon Dieu qui me guide,
Et tient toutes nuits ma raison en éveil,
M'enseignant de méditer les graves pensées
Sur les devoirs de ma charge, &amp; mon gouvernement.
Je veux tenir constamment mes yeux fixés sur lui.
Il est à mes côtés pour empêcher mon pied de glisser.
Mon cœur s'en réjouit, &amp; ma harpe, instrument
De ma gloire, répond joyeusement à mes chants.
En outre ma chair se repose, confiante
Que tu ne la laisseras pas demeurer longtemps
Dans la caisse creuse, car tu ne veux pas
Que ton serviteur bienfaisant devienne corruption.
Ainsi tu m'enseigneras les devoirs de la vie,
Et tu me conduiras au camp où habite l'abondance
De tous plaisirs dont jouissent tes élus, en contemplant
Les suprêmes beautés de ton visage lumineux,
Où les joies résident, &amp; les faveurs plaisantes
A ta main droite sont pour jamais florissantes.

�PSAVME XVII
Mon Diu, jo t' demandi justifia,
Presta m' donq l'aurelha propitia,
Amos cridz atennte Sefio :
Pux que ma boca vertadera,
De mon coratge compafiêra,
T'invôca, no m' digas de no. :
Volhas t'y veze, los oeils pauza.
Sur la justitia de ma causa
En ta coustumada acquitat;
Tu qui no t' trompas, ny t'abuzas,
Més vezes totas cauzas nuzas
Deu haut thronn de ta Majestat.
Ma vita a l'esproa as botada,
De neyt l'amna m'as visitada,
Tu m'as honut, examinat,
M'arrebotiga t'e mustrada :
Més de la bauzia controbada
No m'as trobat contaminat.
Vertat, qe jo m'tengui en ma goarda
Ses auè lenga babilharda,

�PSAUME XVII

(,)

Mon Dieu, je te demande justice :
Prête-moi donc une oreille favorable.
A mes cris fais attention, Seigneur :
Puisque ma bouche véridique,
Compagne de mon courage,
T'invoque, ne me dis pas non.
Daigne regarder, &amp; poser les yeux
Sur la justice de ma cause
Suivant ton équité accoutumée :
Toi, qui ne te trompes, ni ne t'abuses,
Mais vois toutes choses nues,
Du haut trône de ta Majesté.
Tu as soumis ma vie à l'épreuve,
Tu as visité mon âme pendant la nuit,
Tu m'as fondu, scruté,
Je t'ai montré mon arrière boutique :
Mais d'une fourberie calculée
Tu ne m'as pas trouvé contaminé.
Vrai, que je me tiens sur mes gardes
Sans avoir langue babillarde;
(i) Vulgate. — Exaudi, Domine, justitiam meam.

�Quant jo e qaucom a bezofià
Dam los homes, maixanta raca,
Tostem ma boca no desclaca
Ço que monco pensat s'en a:
Mes de tau sorta jo m'deheni,
Que per ma vita n'entrepreni
De passà ço que tu mas dit.
Ans, segon ta paraula digna,
De la coniuration maligna
Deu bandolé jo m'son gandit.
Tu m'as acostumat d'entene,
Volhas me donq l'aurelha tene,
Jo m'hizi qe tu m'auziras :
Pausa m'en loc d'asseguransa;
Jo t'apéri, damb esperansa
Que ma pregaria acordaràs.
Tas misericordias illustra,
Tas bontatz meruelhosas mustra
Qui saubas los en tu sperans,
De la canalha superbiosa
Qui, contra ta man poderosa
Siée la partida deus Tyrans.
Deu maixant, qui ma mort machina,
Goarda m'aixi coma la nina
De l'oeilh om goarda charament :

�—

159

—

Et lorsque j'ai quelque chose à besogner
Avec les hommes, race méchante,
Jamais ma bouche n'exprime
Ce que j'ai pensé en mon cœur.
Mais je me défends de telle sorte
Que pour ma vie je n'entreprends
De dépasser ce que tu m'as dit.
Ainsi, suivant ta parole digne,
Je me suis préservé de la mauvaise
Fréquentation du débauché,
Tu m'as habitué à écouter,
Daigne donc me tendre l'oreille,
J'ai confiance que tu m'entendras :
Dépose-moi en lieu sûr;
Je t'invoque, avec espérance
Que tu accorderas ma prière.
Illustre tes miséricordes,
Montre tes bontés merveilleuses
Qui préservent ceux qui espèrent en toi,
De la canaille orgueilleuse
Qui, contre ta puissante main,
Suit le parti des Tyrans.
Du méchant, qui machine ma mort,
Préserve-moi ainsi que la prunelle
De l'œil on conserve avec sollicitude :

�— i6o —

Esconn m'a l'ombra de tas alas,
Deliura m'de las arpas malas
Deus qui m'tormentan durament.
Harsitz de gréix, braus en lengatge,
Me tenguen barrat lo passatge: •
L'un goeyta on jo m'apauzaré,
L'aute, qui m' hé lo més de goerra,
N'espia so qe quant per terra
Cajut debat sos pés seré.
De traués jé deja, e ten trofia
D'un leon ahamat, qui grofia,
Quant vo pleà lo vente voeyt :
Sembla un leoûat qui la pauta
Susleua, e bada grossa gauta,
A l'esconut hazent lo goeyt.
Leua t' Seno, mustra ly cara,
Ton gran podé sur &amp; declara;
Plega las aussas deu traydo;
Que no m' posca ha pernabate,
Qui ton baston és per me bate,
Ton bras e hoet corregido.
Tota aqesta mondana rassa
Qui lo secle present abrassa,
E cuda que tostem viurà,
Se trobarà trop decebuda,

�Cache-moi à l'ombre de tes ailes,
Délivre-moi des ongles méchants
De ceux qui me tourmentent durement.
Farcis de graisse, fiers en langage,
Ils me tiennent le passage fermé:
L'un guette où je me poserai,
L'autre, qui me fait le plus la guerre,
N'attend que ma chute par terre
Pour me fouler aux pieds.
Menaçant hier déjà, il porte la face
D'un lion affamé, qui rugit
Quand il veut remplir son ventre vide :
Il ressemble à un lionceau qui soulève
Sa griffe, et ouvre son énorme gueule
En cachette faisant le guet.
Lève-toi, Seigneur, montre-lui ta face,
Déclare ton pouvoir souverain sur lui;
Plie les os du traître;
Qu'il ne puisse pas me faire me débattre à terre,
Lui, qui est ton bâton pour me battre,
Ton bras et fouet cerrecteur.
Toute cette engeance humaine
Que dans ses bras étïeint le siècle présent,
Croit qu'elle vivra toujours;
Elle se trouvera trop déçue

�— IÔ2 —

Quant ta man dam la spaza aguda
De terra la sospartira :
Entretenant la pensa ly pleas,
E hés qu'era a grossas las veas
De las pervezios e deu ben
Qui de tos armaris abonda,
Per sos hilhs, e per la seconda
Génération .qui d'era ven.
Mes ( i ) vot ês, en ta presentia
Damb justitia e damb innocentia
Aprop mon dessann(2) comparé:
La mia amna sera sadora,
Quant tu vengueràs en bona hora
Luzent en gloria m'apparè.
(1) Peut-être mon.
(2) Dessann, d'où vient ce mot : est-ce de descendere descendre,
venir en bas : ou de decedere s'en aller, quitter : quelle que soit
son origine, il implique l'idée de la mort.

�— I6J —

Quand ta main avec l'épée aiguë
L'effaçera de la terre.
En attendant tu lui remplis la panse,
Tu fais qu'elle a les veines grosses
Des provisions &amp; du bien •
Qui de tes armoires abonde,
Pour ses fils, &amp; pour la seconde
Génération qui d'elle viendra.
Mon vœu est en ta présence
Avec justice &amp; avec innocence
De comparaître après ma descente :
Et mon âme sera rassasiée
Quand tu viendras en bonne heure
M'apparaître resplendissant de gloire

�PSAVME XVIII
Jo t'amaré Serio, mon secos, mon susport,
Ma torr, mon bastion, ma horta assegurâsa,
Mô pauès, mo boloard, ma retreyta, mon port,
Ma coma de salut, mô roch, ma deliuransa:
En tu m'apiejaré,
Ton nom reclamaré
Digne Seno qe tota boca t'lauze;
Per aixi tu m'preservaràs,
E mon enemic goardaras
Que dessus my botà la man no ga'uze.
Jà los cordetz mortaus me tenguén atrapàt,
E los maixans aygatz mô co deja negauan,
Los hilatz de la mort m'auén anticipat,
Los ligams sepulchraus mô cos enbolopauâ :
En tau punct tormentat
A Diu e lamentât,
E de mon crid l'aurelha e penetrada
De Diu, qui de son Temple Sanet
Demustréc per tot qanteqant,
Com et aué ma pregaria acordada.
Terras estrementic, montafias desloguéc,
Mentre que corrossat per las naziez humaua,

�PSAUME XVIII «
Je t'aimerai, Seigneur, mon secours, mon support,
Ma tour, mon bastion, ma forte assurance,
Mon bouclier, mon boulevard, ma retraite, mon port,
Ma corne de salut, mon roc, ma délivrance :
Sur toi je m'appuierai,
J'invoquerai ton nom,
Digne Seigneur, que toute bouche te loue;
Tu me préserveras ici-bas,
Et tu empêcheras mon ennemi
D'oser mettre sur moi la main.
Déjà les cordes de la mort me tenaient attaché,
Les eaux corrompues noyaient déjà mon cœur,
Les filets de la mort m'avaient atteint,
Et les liens du sépulcre enveloppaient mon corps:
Tourmenté à ce point
J'ai lamenté vers Dieu :
Ma plainte a pénétré jusqu'à l'oreille
De Dieu, qui de son Saint Temple
Démontra partout, &amp; en toute occasion
Comme il avait accueilli ma prière.
La terre chancela; il disloqua les montagnes,
Tandis que, courroucé, il fumait par les narines,

(i)

Vulgaie. — Diligam te Domine, fortitudo mea.

�— i66 —
Lo monde segotic, e carbos ahoeguéc
Aus ardens e goastius lamos qu'et aleydaua;
Los Ceus baixec, vengoc,
Debàt los pés prengoc
Un gros brolhàs qui destrema l'esclaire,
Sur Chérubin pujec rebent,
E dessus las alas deu vent
Leugè volée, e hec broni tot l'ayre.
De crums aygoss, espess, negres s'êbosséc,
Comma d'un pabalho cubert de neyt éscura;
Mes tantos, a l'array qui d'èt sorté passée
La tenebra, qui pauc dauant tau lustre dura,
Carbos usclatz lanséc,
E grenissa arronséc,
Toêc, brugic de sa votz grossa e horta,
Eixarruscléc, peyrabatoc,
Plagoc dardz, esbarguec, batoc.
Mos enemiez carguée de ruda sorta.
Aux lambrètz cop sur cop tiratz ardentamêt
Se sentin eyglaziats, perde (i) sens e memòria:
Tau era lo humét, tau lo petonament
Deu Serio q mesclec tât d'auratge e vêtoria,
E tà grans mauemens,
Que totz los hondamens
(i) Avec n sans doute.

�— 167 —
Il secoua le monde, &amp; mit en feu des charbons
Aux ardentes &amp; dévorantes flammes qu'il exhalait;
Il abaissa les Cieux, il vint,
Et prit sous les pieds
Un brouillard si épais qu'il voilait l'éclair;
Il s'éleva éblouissant sur le Chérubin,
Et sur les ailes des vents
Il s'envola léger, &amp; fit retentir tout l'air.
Des nuages épais, chargés d'eau, noirs, s'épandirent
Comme d'un pavillon entouré de nuit obscure :
Mais bientôt,aux rayons qui sortaient de lui,disparurent
Les ténèbres; elles, peu avant de teinte si dure,
Lancèrent des charbons enflammés;
Et la grêle se déchaîna,
Il tonna, desa voix grosse &amp; forte il gronda,
La foudre éclata, il plut des pierres,
Il plut des flèches; il battit &amp; broya
Ainsi mes ennemis, les chargeant de rude façon.
Aux éclairs qui jaillissent ardemment &amp; coup sur coup
Ils se sentent glacés d'effroi, perdant sens &amp; mémoire :
Telle était la fumée &amp; le pétillement
Du Seigneur qui mêlait tant d'orages &amp; de tempêtes,
Et des mouvements si grands,
Que tous les fondements

�— i68 —

Deu monde ardon descubertz se mustrauan :
Las aygas aus camps se gitén
Dua cossa nauera, e quitén
Lo vente voeyt on n'a goàire phlotoan.
Mes lo Sefio son bras m'estenoc de lassus,
E m'tregoc san et saub de las aygas emphladas
De mos hortz enemicz qui m'dauâ au-dessus,
A mas gens, e ma vita, e mas bagas saubadas;
Etz mauén preuengut,
E ta sarrat tengut,
Qu'en aqèt jorn etz criden : mort es ara :
Més Diu, qui m'aue reservat
Per son seruici, m'a sauvât
E mes au larg, on èt me goarda encoara.
Et a remesurat a my, praube aphligit,
Segon que m'a trobat goardât sas vias dretas,
De tant que jo e mon pople en justitia regit,
De tant que jo e portat las mas puras e netas :
Contra sa Sanctetat
N'e heyt impiëtat,
Ny Ion de my sas justifias gitadas :
Dauant mos oeilhs tos mandamens,
Tas coustumas, e jutjamens,
Segon tas leys mas obras e regladas.
Dam tu jo m'son portat ses taca e corruptiô,
De mas iniquitatz e ma vita goeytada:

�—

6

I Q

—

Du monde arrondi se montraient à nu;
Les eaux se jetèrent aux champs
Dans une course nouvelle, &amp; laissèrent
Le ventre vide où naguère on flottait.
Mais le Seigneur me tendit son bras d'en haut,
Et me retira sain &amp; sauf des eaux enflées,
Me donnant le dessus sur mes fiers ennemis,
Avec mes gens, ma vie, &amp; mes biens préservés.
Ils m'avaient prévenu,
Et tenu si serré
Qu'en ce jour ils crièrent : il est mort à présent :
Mais Dieu, qui m'avait réservé
Pour son service, m'a sauvé,
Et mis au' large, où il me protège encore.
Il a remesuré pour moi, pauvre affligé.
Selon qu'il m'a trouvé gardant ses voies droites;
Autant que j'ai gouverné mon peuple avec justice
Et que j'ai porté mes mains pures et nettes:
Contre sa Sainteté
Je n'ai fait d'impiété,
Ni repoussé loin de moi sa justice:
Devant mes yeux tes commandements,
Tes coutumes &amp; jugements,
Et mes œuvres furent conformes à tes lois.
Avec toi je me suis porté sans tache ni corruption
J'ai préservé ma vie de l'iniquité :

�— 170 —
Aixi tu m'as, Serio, dat ma rétribution
Segon ma lejautat, et justitia approbada:
Tornas dadas tu m'as,
Segon qu'aquestas mas
Tengudas e puras dauant ta phacia :
Dam l'home dret vas dretament,
E dam lo simple simplament,
Au bon hés ben, au gratiôs das gratia :
Deu costat és d'aqetz qui tôguen ton partit,
Mes aus caraviratz tabé tu t'carraviras,
Tu baixas l'oeilh môdàn de glòria arrevestit,
E l'aphligit humiu de perdition retiras :
Per my tu hés lo goeyt;
Ma tenebrosa neyt
Se pérd, taleu que m'alucas la halha:
Dam tu jo trauqui los millos (i)
Més hortz e harsitz batalhos,
En ta vertut jo sautí la muralha.
Heytz souna perphection los heytz de l'Immortau,
Las vias deu Serio sonn vias de hizansa.
Las paraulas de Diu com vn sancè metau
Porgat au lam deu hoec, sonn motz d'asseguransa,
Broqés enbroqérans
Los en Diu esperans,
( i ) La rime &amp; le sens donnent milhos.

�— I7i —

Ainsi, Seigneur, tu m'as donné ma récompense
Suivant ma loyauté, &amp; justice approuvée:
Tu m'as donné en retour
Suivant que ces mains
Ont été tenues pures devant ta face :
Avec l'homme droit tu vas droitement,
Avec le simple simplement,
Au bon tu fais du bien, au bienveillant tu accordes grâce.
Tu es du côté de ceux qui suivent ton parti,
Mais tu te détournes de ceux qui se sont détournés;
Tu humilies l'œil mondain revêtu d'arrogance,
Et tu retires de perdition l'humble affligé :
Pour moi tu fais le guet;
Ma nuit ténébreuse
S'éclaircit, dés que tu m'allumes ton feu de joie:
Avec toi je troue les meilleurs
Les plus forts &amp; plus serrés bataillons :
Avec ton secours je franchis la muraille.
Proclamez la perfection des actes de l'Immortel,
Les voies du Seigneur sont voies de confiance.
Les paroles de Dieu, comme un pur métal
Purifié à la flamme du feu, sont paroles de certitude;
Boucliers protecteurs
De ceux qui espèrent en Dieu.

�— 172 —

Més autabé qu'om me diga, e conteste,
Qui manda, qui regna, ,qui viu,
Qui es meste que noste Diu,
Ou qui es Diu ou hort que noste meste?
De horsa &amp; m'a cinctat côtra lo plus auzard,
Et a heyt mô camí voeyt de traucz ( i ) e tarrocas,
Per et mos pés goalhés aus deu cervi gôalhard
Goazanan, a l'abord :
Tu m'hés adrèt, escord,
Prompt a la man, e de robusta brassa,
Dam mos dus pufis jo boti en tros
Vn arc d'aràm massiu e gros,
En ta vertut qui totas autas passa.
Ton broqé me gandix, ta man dreta m'sostê,
Ta bontat me he grann, e perqe jo m'passege,
Curada d'enemicz la campaüa m'esten
E goarda qe mô pas no phloqe, ny simpleje:
Jo us e cassatz, atenz,
E dequia qe destentz
Los e leixatz, la brida né virada
Passatz peu talh de mon arnès,
E cap arleuàt no s'en ès
De tât de gent debat mos pés hourada.
Tu m'armas aus côbatz d'heroïcas vertutz;
Los côtra my leuatz, au saut de la camada
(i) Variante trois, trocs, travers, traverses.

�— '73 —
Mais aussi bien qu'on me dise &amp; conteste
Qui commande, qui règne, qui vit,
Qui est maître que notre Dieu,
Et qui est Dieu ou fort que notre maître?
Il m'a ceint de force contre le plus audacieux,
Il a fait mon chemin vide de trous &amp; d'embarras :
Par lui mes pieds légers, comme ceux du cerf agile,
Gagnent à l'abord :
Tu m'as fait adroit, dégagé,
Prompt à la main, &amp; de bras robustes;
Avec mes deux poings je mets en mouvement
Un arc d'airain massif &amp; gros,
Grâce à ta vertu qui dépasse toutes les autres.
Ton bouclier me garantit, ta main droite me soutient.
Ta bonté me fait grand, &amp; pour que je me promène
Il m'étend la campagne débarrassée d'ennemis,
Et préserve mes pieds de chopper ou de fléchir.
Je les ai chassés, atteints
Et puis défaits;
Je les ai laissés &amp; ayant tourné bride,
Passés au tranchant de mon armure,
Pas une tête ne s'est relevée
De tant de gens foulés sous mes pieds.
Tu m'as armé aux combats d'héroiques vertus;
Les ennemis levés contre moi, au saut de l'enjambée

�— 174 —
As bôtatz debat my, per eskia as batutz,
Destrut mos mauvolês, e lou gloria àterrada.
Etz cridén, ses trobà
Qui los vengo sauba,
A Diu medix, qui hazé la sordera,
Lus leixant en necera :
Atau los e jo sparbalhatz,
Prestitz, caupitz, coma hâga en carrera.
Tu m'as desgarrabit de mos contradizens,
Tu m'as ordenat cap de gens inconegudas,
Granas Natios, de lofi ma nomeada auzens,
M'an las mas de seruici e subjection tenudas,
Los poples estrangés
Se troban messongés
E decebutz los qui m'amyassauan,
. De paou tremolan miey honutz,
Deguens lous tutas esconutz,
Taus qui dauant que vence jo, cantauan.
Visca donq lo Serio, sia mon Diu benazit, '
Sia de mon saubado la gloria susleuada
Qui debat mon podé grann mode a reduzit,
E de mos enemicz l'audacia anyêntada,
Qui de perilh m'a treyt,
Qui venga au sus m'a heyt
Deu rebécos e mutiu populari,
Qui l'arreuenja e tourn m'a dat,

�Tu les as soumis à moi, &amp; frappés dans le dos,
Détruit mes malveillants, &amp; renversé leur gloire.
Ils ont crié sans trouver
Qui les vienne sauver,
A Dieu lui-même qui a fait la sourde oreille,
Les laissant en détresse :
Ainsi je les ai dispersés,
Pétris, foulés, comme boue en rue.
Tu m'as débarrassé de mes contradicteurs,
Tu m'as ordonné chef de Nations inconnues.
Grands peuples, qui entendant de loin ma renommée,
M'ont tendu les mains de servitude et subjection.
Les peuples étrangers
Se sont trouvés mensongers
Et déçus, alors qu'ils me menaçaient;
Tremblants de peur, à demi confondus,
Cachés dans leurs repaires,
Eux qui me chansonnaient avant que de me vaincre.
Vive donc le Seigneur ! qu'il soit mon Dieu béni,
Que de mon Sauveur la gloire soit éclatante,
Lui qui a soumis à ma puissance beaucoup de monde,
Et anéanti l'audace de mes ennemis :
Qui m'a arraché du péril,
Qui m'a fait venir à bout
Des révoltes d'un peuple mutin,
Qui m'a donné la vengeance &amp; la revanche,

�E gandit de l'autrecudat,
Enhaleugit e mortau adversari.
E per autant Seno, de tu no m'cararc,
A l'auno de ton nom, jo ema canson vodada
En mos càntics serà tant que canta poyré
Ta vertut a l'auzent (i) de totas gens lauzadc
Ta Sancta Majestat,
A sa gràn' potestat.
Au saubament de ton Rey il·lustrada :
Ta misericòrdia e bontat
Capéra Dauid ton vnctat
E sa semensa as per recommandada.
( i )

Je le dérive de ouf, oreille — ouïe.

�Garanti de l'outrecuidant,
Et soulagé de mon ennemi mortel.
Voilà pourquoi Seigneur, je ne me tairai pas sur toi;
Mon chant est voué à l'honneur de ton nom.
Dans mes cantiques, tant que je pourrai chanter,
Sera louée ta vertu à l'oreille de toutes gens,
Ta Sainte Majesté,
Et ta grande puissance
Illustrée par le sauvetage de ton Roi.
Ta miséricorde et bonté
Ont couvert David ton oint,
Et tu as sa semence pour recommandée.

12

�PSAVME XIX

La vota deu Céu hautament
Deu Serio la gloria pronuntia,
E l'ample espandit clarament
De sas mas las habrica anontia :
Los jorns, qui tornan per compas,
Entre étz déu Sefio parlamentan,
E las neytz no s'en caran pas,
Mes l'ua l'auta s'assabentan,
Entre tant de poples diuérs
De territoris e de lenga,
Non y a nat qui de l'Vniuérs
Lo prepaus n'auja e no comprenga
Sur tota la terra s'estenn
La Cœlesta reggla, e balansa,
Peus cornés deu monde s'entenn
Lo sonn de la hauta ordenansa.

�PSAUME XIX (1&gt;

La voûte du Ciel hautement
Proclame la gloire du Seigneur;
Et sa large étendue clairement
Publie les oeuvres de ses mains.
Les jours, qui reviennent par mesure,
Entr'eux s'entretiennent du Seigneur,
Et les nuits ne s'en taisent pas,
Mais s'instruisent l'une l'autre.
De tant de peuples différents
De territoires &amp; d'idiomes,
Il n'en est pas qui de l'Univers
N'entende &amp; ne comprenne le langage.
Sur la terre entière s'étend
La loi Céleste, son équilibre,
Et jusqu'aux encoignures du monde on entend
La voix de son ordonnance souveraine.
(i) Vulgate. — Cœli enarrant gloriam Dei.

�— i8o —

Aus Céus, en loc plan preparat,
Deu soreilh la tenda es pauzada,
Qui nos sembla vn espòs parat
Quand sort de sa cramba daurada
Com vn gygant dispost e'hort
Alegrament prenn sa carrera,
E de l'vn deqià l'aute bord
Se possa d'ua cossa leugera :
Rôda los Céus rebentament,
D'ana jamés no s'arrepauza,
E de sa calo viuament
Penetra au co de tota cauza.
Deu Grann lo perheyt document
Reduzix l'amna estermenada,
E son vertadé testament
Sauiessa inspira a la maynada.
Son testimoniatge hizan
E sa ley justa, sancta, e bona,
Aixi q'un grann trobat thezau,
Argauzix tota la persona :
L'array de son comandement
Aus oeilhs da vista e coneixensa;
Deu Seno dura éternaument
La casta e sancera crenensa.

�Aux Cieux, en lieu bien préparé,
Est posée la tente du soleil.
Qui nous semble un époux paré
Quand il sort de sa chambre dorée.
Comme un géant agile &amp; fort
Il prend allègrement sa carrière,
Et de l'une à l'autre extrémité
Il se pousse d'une course légère.
Il sillonne les Cieux fièrement,
D'aller jamais ne se repose;
Et de sa chaleur vivement
Il pénètre au cœur de toutes choses. .
L'enseignement parfait du Grand
Relève l'âme anéantie,
Et son testament véridique
Inspire la sagesse même à la fillette.
Son témoignage digne de confiance
Et sa loi juste, sainte, excellente,
Ainsi qu'un grand trésor trouvé,
Réjouit toute la personne.
Le rayon de son commandement
Donne aux yeux lumière &amp; discernement
La crainte du Seigneur, chaste
Et sincère, dure éternellement.

�I

— l82 =

Sos proheytos ensenamens
Aportan promessa segura,
Totz sos decretz e jutjamens
Sonn vertat e justitia pura :
Dezirà trop plus om deurê
D'auè aqera sancta doctrina
Que l'au tres(i) pretios, qu'om poyrè
Tira de l'abondoza mina :
Aqet sçabè, vengut deu Céu,
Es plus dos qe nat méu qu'om veja,
Jo die que las sobras deu meu
Qui de la bresca prefis goteja :
Aqui ton seruido comprenn
So q'ês l'amna salutari,
E goardant la doctrina, prenn
De son seruici grann salari.
Mes qui es aqet tant avisat
Qui poyra sos peccatz entene ?
Quin home, quant q'et sia rusât,
De mes péc se poyrè dehene ?
(i) Gallicisme pratiqué au xri" siècle, mais aujourd'hui disparu.
Goudoulin s'en est servi aussi.
11 dit, en effet, dans la lettre dédicatoý-e à Adrien de Montluc.
« Bousè Pallas ets uno metisso causo; car elo n'es qu'un ran» countre miraculous de sagesso, de balou, de sabe, tres raros
n qualitats qu'en bous hurousomen se trobon, etc., etc. »

�- i83 Ses enseignements profitables
Apportent promesse certaine;
Tous ses décrets &amp; jugements
Sont vérité &amp; justice pure. •
On devrait désirer plus ardemment
Avoir cette sainte doctrine,
Que l'or très'précieux, qu'on pourrait
Extraire d'une abondante mine.
Cette science, venue du Ciel,
Est plus douce que nul miel qu'on voie;
Je dis que les parcelles du miel
Qui goûtent des rayons gonflés.
Là ton serviteur comprend
Ce qui est salutaire à l'âme:
En suivant ta doctrine, il acquiert
Grand salaire de son service.
Mais où est celui-là assez avisé
Qui pourra comprendre ses fautes?
Quel homme, quelque rusé soit-il,
Pourrait se défendre d'un plus sot.

�Neteja'm, o mon Saubado,
De tota pecca d'ignorentia,
Sur tot goarda ton seruido
Deu vent de glòria e d'arrogantia.
Supèrbia, com'ja t'e pregat,
N'aja dessus my senoria,
Labetz seré net e porgat
Deu plus maixant vici que sia.
Mon Seno, mon roch, ma ranson,
Dauant ta sancta e digna phacia,
Mon prepaus, mon vers, ma canson,
E mon co, poscan troba gratia.

�- i85 -

Nettoie-moi, o mon Sauveur,
De tout péché d'ignorance,
Surtout, préserve ton serviteur
Du vent d'arrogance &amp; de vanité.
Que l'orgueil, comme je t'en ai prié,
N'ait pas seigneurie sur moi :
Alors je serai net &amp; purgé
Dn pire des vices qui soit.
Mon Seigneur, mon rocher, ma rançon,
Que devant ta sainte &amp; digne face,
Mes paroles, mes vers, mes cantiques,
Et mon.cœur, puissent trouver grâce.

�PSAVME XX

Lo Grann tas pregarias entena,
Lo Diu de Jacob te dehena
Contra totz accidens contraris,
E contra totz tos adversaris,
Dou lotgis sanct on &amp; habita,
E de Syon goarda ta vita :
De tas vphertas s'arrecorde,
E de ton co los votz t'acorde,
Tas hostias grassas en grat prene,
E converti las volha en cène;
Tos cosselhs a port conduzisca,
E tas demandas acomplisca :
Aixi saubatz per ta mestria,
E desplegaran las baneras
Deu Grann qui t'enten quant Taperas
E diram, ara pot om creze,
Que u Sefio vengut es no (i) veze,
E que de sa maison Coelesta,
(i) Nos, certainement.

�PSAUME XX

(Que) le Grand entende tes prières,
(Que) le Dieu de Jacob te défende
Contre tous accidents contraires,
Et contre tous tes ennemis,
Du saint logis où il habite.
Et préserve ta vie du haut de Sion :
(Qu'il) se souvienne de tes offrandes,
Et réalise les vœux de ton cœur;
(Qu'il) ait pour agréables tes grasses victimes,
Et veuille les convertir en cendres;
Qu'il conduise au port tes projets,
Et satisfasse tes demandes :
Ainsi, sauvés par tes mérites,
Nous déploierons les bannières
Du Grand qui t'entend quand tu l'appelles;
Et nous dirons, maintenant on peut me croire,
Que le Seigneur est venu nous visiter:
Et que de sa maison Céleste

(i)

Vulgate. — Exaudiat te Dominus in die.

�-mA son Vnctat l'aurelha presta,
E de sa dreta saubadoza
Ly tramet secos quan'es hora.
Los autes de gendarmaria,
Carriotz, e caualaria;
Més nosautes haràm memòria
De noste Diu e desa glòria.
Nos los vim phlacz e courbs, e caje
Plan apiloutatz aderedje;
Dam nosta resistentia horta,
Nos los auén sobtatz de sorta
Que la victorià desirada
Nos es en la man demorada.
Seno volhas lo Rey dehene,
E nostras pregarias entene.

*

�i8g —

Il prête l'oreille à son Oint;
Et de sa main droite préservatrice
II lui porte secours quand il est heure.
Les autres de gendarmerie,
De charriots &amp; cavalerie;
Mais nous tiendrons compte seulement
De notre Dieu &amp; de sa gloire.
Nous les avons vus faibles, courbés, &amp; tomber
Bien entassés sans interruption;
Grâce à notre vigoureuse résistance,
Nous les avons traités de sorte
Que la victoire désirée
Nous est restée dans la main.
Seigneur, veuillez protéger le Roi,
Et écouter nos prières.

�PSAVME XXI

En ta vertut lo Rey s'alegrarà,
En ton salut plen gay arcolhéra,
Tot lo dezi de son co tu ly as dat,
E ço qu'et t'a de boca demandat.
A l'endauant, Seno, d'et és vengut,
D'au pretiôs son cap gloriosament
As coronat, et t'aué solament
Demandat vita, e ta grana bontat
Ordena, e vo qu'et aja ^Eternitat.
Grana es l'hono qu'et pren a ton salut;
De lustre e glòria ornà tu l'as volut,
De tas bontatz e benedictios
Sera l'exemple, e totas las Natios
Ara è tostem, ta léu com lo veyràn
Memoratius de tas gratias séran,
D'un gratios visatge l'espiaras,
L'espiàn son co de tôt argauziràs,
O Rey, Diu es lo pilà qui t'sosten,

�PSAUME XXI(1)

Le Roi se réjouira dans ta vertu,
Et accueillera ton secours à joie pleine.
Tu lui as donné tout le désir de son cœur,
Et ce qu'il t'avait demandé par sa bouche.
Seigneur, tu es venu au devant de lui,
Tu as couronné glorieusement sa tête
D'or précieux. Il t'avait seulement
Demandé la vie, &amp; ta grande bonté
Veut &amp; ordonne qu'il jouisse de l'Eternité.
Grand est l'honneur qu'il prend à ton salut;
Tu as voulu l'orner de grandeur &amp; de gloire;
Il sera l'exemple de tes bontés
De tes bénédictions; &amp; toutes les Nations,
Aujourd'hui &amp; toujours, dès qu'elles le verront,
Se souviendront de tes grâces;
Tu le regarderas d'un gracieux visage,
En le regardant tu réjouiras tout son cœur.
0 Roi, Dieu est le pilier qui te soutient,
(0 Vulgate. — Domine in virtute tua lœtabitur Rex.

�E sa bontat t'assegura e manten.
Tos enemicy ton bras dret trobarà,
Tos mauvolens ta man àtenera,
Etz no seràn so q'un ardent canhorn,
Quant sentiran de ton corros lo jorn :
L'ira de Diu los engolomirà,
Lo hoec rozent los embolopara,
Lo phrut d'aqetz de terra segaràs, •
E de l'human liâtge rasclaras
Détz la semensa, aixi q'etz an tirat
Malignament de t'prene au mauparat ■
Més etz podén prou tene, prou pensà
Cosselhs nauétz, no pas arrô auansà :
En un pilot a part los botaràs,
Los passados dam l'arc acotraràs
Per dretament corn' au boize tirà,
E de taus gens trauca la maixerà.
Mustra, Seno, contra ton haut podê
Podè degun n'este comparadè :
De tas vertutz, nos autz tât que viuran,
Gaujens canticz a ta glòria diran.

�Et sa bonté te maintient &amp; consolide.
Ton bras droit trouvera tes ennemis,
Ta main atteindra tes malveillants..
Ils seront comme en ardente fournaise
Quand ils sentiront le jour de ton courroux.
La colère de Dieu les anéantira,
&gt;Le feu ardent les enveloppera,
Tu faucheras les fruits de leurs terres,
Tu racleras leur semence
De l'humaine espèce, eux qui complotent
Malicieusement, pour te prendre en défaut :
Mais ils peuvent bien tendre, bien chercher
Des combinaisons nouvelles sans en rien avancer:
Tu les mettras à part en un tas,
Tes javelots sur l'arc disposeras
Pour tirer droit sur eux, comme au but,
Et trouer la joue de pareilles gens.
Montre, Seigneur, que contre ta haute puissance
Nulle force n'est comparable :
Et nous, tant que nous vivrons, sur tes vertus
Nous chanterons des cantiques joyeux à ta gloire.

�PSAVME XXII
Mon Diu, que t'e jo heyt, qu'atau m'ajas leixat.
Praube, calamitos, de totz punctz abaixat?
Lon de my, lôn deu bram que jo trezi dehôra
Lo crôs de l'estomach, ton remedi demôra.
Jo no héy tot lo jorii qe ton nom aperà,
Mes jo no podi mot de respos atirà,
E la neyt, alabétz que tot es en silentia,
Encoara mas clamos ne troban audientia :
Si son jo deu pays on es lauzat ton nom,
Si ès tu d'Israël la glòria e lo rénom,
E noste domèstic, lotjas au Sanctuari :
Tostem a nostes païs t'es mustrat salutari.
An etz en tu sperai ? e tu los as saubatz :
An etz a tu cridat? e phrancz se sonn trobatz:
An etz agut en man nada horta besona?
Speràn en tu, no sonn cohonutz de vergona :
Mes jo son q'un verm, home jo no sô pas,
Ans deus homes l'arcast, de pople lo harpàs :
Totz los qui m'an espiat se son botatz a rize
A manejà lo cap, a m'hà la moa, e dize:

�PSAUME XXII w
Mon Dieu,que t'ai-jefait, qu'ainsi tu m'abandonnes,
Pauvre, infortuné, de tous points abaissé?
Loin de moi, loin des cris que j'arrache
Du creux de l'estomac, ta ressource me reste.
Je ne fais tout le jour qu'implorer ton nom,
Sans pouvoir attirer un seul mot de réponse :
Et la nuit, tandis que tout est en silence,
Encore mes clameurs ne trouvent pas audience.
Et pourtant je suis du pays où ton nom est loué.
Car tu es d'Israël la gloire &amp; la renommée,
Et notre (Dieu) domestique, logeant au Sanctuaire :
Toujours tu t'es montré salutaire à nos pays.
Ont-ils espéré en toi ? &amp; tu les as sauvés :
T'ont-ils invoqué? &amp; ils se sont trouvés affranchis:
Ont-ils eu en main quelque forte besogne?
Espérant en toi, ils n'ont pas été confondus de'honte:
Mais je ne suis qu'un ver, homme je ne suis pas,
Mais plutôt le rebut des hommes, la balayure du peuple :
Tous ceux qui m'ont regardé se sont mis à rire
En secouant la tête, me faisant la moue, ils ont dit :
(i) Vulgate. — Deus, Deus meus respice in me.

�— iç6 —

Quant de tribulation &amp; se troba tentât,
Et presica de Diu e canta la bontat,
Et s'arreporta a Dru, en Diu &amp; s'arrepauza,
En Diu &amp; s'argauzix, aute que Diu no lauza :
Si Diu ly porta donq ta bona volentat,
Ara qe reduzit ès a l'extremitat,
Lo saube, lo deliure : 0 Diu causa es certana
Qu'en tu jo e ma sperâsa, razô q'en e grana.
Tu es aqet qui m'as treyt deu vête mayrau,
Noyrit, entretégut, près en ton senc payrau :
Au tems qe de ma May las popas jo tiraui,
A cajuda subgéc, dessus tu m'emparaui:
Jo son un heix dessus tas espaulas gitat,
D'autà léu q'agu vist aquesta claretat
Seno, tu es mon Diu, e despux manaixensa
D'un aute Diu que tu jo n'agu coneixensa :
No m'leixes dcnq, qe prop es la tribulation,
E degun n'ès dam my per ma consolation.
Granas tropas de taus verêcoss (i) m'enbirôan,
De totz costatz los braus de Bazâ m'agulhoàn.
Coma leos ugglàns ahamatz d'arrapa,
An ubert un gaüt gros per me horrupà:
Tot m'en van en arri ? mêbre n'e qi m'sostête,
Coma cera mô co se m'hon au miey deu vête.
(i) Je le dérive de vereor. craindre, redouter, etc.

�— 197 —

Quand de tribulation il se trouve tenté,
Il prêche de Dieu &amp; chante la bonté,
11 se reporte vers Dieu, sur Dieu il se repose,
Il se réjouit en Dieu, &amp; ne loue autre que Dieu:
Donc si Dieu lui porte si bonne volonté,
A présent, qu'il est réduit à l'extrémité,
Qu'il lesauve,&amp; le délivre: O Dieu,la chose est certaine
Qu'en toi j'ai mon espérance, &amp; j'en ai grande raison.
C'est toi qui m'as tiré du ventre maternel,
Nourri, entretenu, pris sur ton sein paternel;
Au temps où je têtais les mamelles de ma mère,
Exposé aux chutes, je m'appuyais sur toi:
Je suis un fagot jeté sur tes épaules,
Depuis que j'eus vu cette clarté
Seigneur, tu es mon Dieu, &amp; depuis ma naissance,
D'un autre Dieu que toi je n'eus pas connaissance.
Nem'abandonne doncpas,car la tribulation estproche,
Personne n'est avec moi pour ma consolation, [nent.
Grandes troupes de taureaux redoutables m'environEt les taureaux de Basanm'aiguillonnent de tous côtés.
Comme lions rugissants avides de saisir,
Ils ont ouvert une gueule béante pour m'avaler d'un trait:
Je m'en vais tout en eau ! membre n'ai qui me soutienne;
Moncœuriond comme cire au milieu du ventre :

�— 198 —
Mos os e dessobutz com un test son eixuc,
Au trazidé gahada es ma lenga ses txuc.
A la porba de mort ma vertut reduzida,
Grans tropétz de mastis ma vita an assalhida.
Los maixans m'an cinctat, e côtra my bâdatz,
M'â traucat pés e mas, totz mos os an côdats:
Pux m'an espiat : entre etz ma rauba au dat jogada
S'an partida, mes tu ma horsa exprimentada,
Bon Diu lo ton secos no leixes plus tardà:
Las volhas(i) deu cotet la mia amna goarda,
De las urpas deu can la mia unicà e chara,
Contra u leon gorjut rêhorsa mé rempara :
Sauba deus anicorns ma prauba humilitat :
Aus phrais jo narraré ton nom, ta charitat,
Ton podè; ta vertut sera per my lauzada,
Aus locz on jo veyré mes de gent amassada.
Vosautz qi crenetz Diu, só nom sàct hestejetz;
Liatge de Jacob, james nobs auejètz
De lauza lo Serio : Deu Seno la crenensa
Acompafie tostem d'Israël la semensa.
Perqe et na desdinat ny tengut à mespretz
Lo praube patient vengut deqià la hétz;
Au modest nesseros la cara n'a virada,
Aus cridz de l'esclossit l'aurelha na barrada.
(1) Jeledérive de Sovlri, volonté, sanségard ala substitution du
V au B &amp; vice versa, si fréquente dans les dialectes méridionaux.

�— i99 —

Mes os en dissolution comme un tesson sont secs,
Ma langue sans suc adhère à mon palais,
Ma force est réduite à la poussière de mort;
Une meute de gros chiens a assailli ma vie.
Les méchants m'ont entouré, &amp; contre moi conjurés,
M'ontpercépieds&amp;mains, &amp;i!sont coniptétousmesos:
Puis ils m'ont regardé: ma robe ils l'ont jouée au dé
Et partagée. Mais toi ma force éprouvée,
Bon Dieu, ne me laisse plus attendre ton secours:
Préserve ma vie des volontés du couteau,
Des ongles du chien, (ma vie) unique &amp; chère,
Contre le lion gorgu renforce moi &amp; me rempar.e :
Sauve des anicroches ma pauvre humilité;
Je raconterai aux frères ton nom, ta charité,
Ta puissance; ta vertu sera par moi louée, •
Aux lieux où je trouverai le plus de gens réunis.
Vous qui craignez Dieu, fêtez son saint nom;
Race de Jacob, ne vous lassez jamais
De louer le Seigneur : que la crainte du Seigneur
Accompagne toujours la semence d'Israël.
Parce qu'il n'a pas dédaigné ou tenu en mépris
Le pauvre malheureux venu jusqu'où vous êtes :
Il n'a pas détourné son visage du besogneux modeste,
11 n'a pas fermé l'oreille aux cris de l'estropié.

�— 200 —

En la congrégation grana lo lauzaré,
E dauant sos crenens mon vot accomplirê :
Los humius mîjaràn, la gèt prauba ahamada,
La bona e simpla gent sera ressasiada.
Los cercados de Diu, Diu gloriphicaràn,
E pies de gay corau, a jamès phloriran;'
Las tropas venghéran, gaujosas, ahestidas,
De totas partz deu môd'au Seno côvertidas.
Haran celebritat e commémoration,
Dauant et plegarà los jolhs tota Nation:
Perqe d'esté Rey ès sa dreta apertenentia,
E sur las gens aura Senoria eregentia.
Lo gras e lo goalhard minjant l'adorarà,
Lo qui debara en cene a sos pés cajerà,
No s'trobarà, de rassa en rassa, amna viuenta
Qui volontés deu Grann-no se diga sirvêta :
Los aviedos Seno l'arreconeixeràn,
E au libe de sos subjécz s'enrogglaràn,
Venghéran a la hourra, e sa predicadera
Justícia anontiaran à la gent naixedera.

�201

—

Je le louerai, dans la grande assemblée,
Et j'accomplirai mon vœu devant ceux qui le craignent:
Les humbles mangeront; &amp; la foule pauvre &amp; affamée,
La gent bonne &amp; simple sera rassasiée.
Ceux qui cherchent Dieu, Dieu glorifieront,
Et pleins d'une joie cordiale,ils prospéreront à jamais;
Les foules viendront, réjouies, en fêtes,
De toutes les parties du monde converties au Seigneur.
Elles feront des célébrations &amp; commémorations;
Devant lui toutes Nations ploieront les genoux;
Parce que d'être Roi est sa légitime appartenance,
Etil aura sur les peuples Seigneurie &amp; gouvernement.
Le gras &amp; le gaillard l'adoreront en mangeant,
Celui qui descend en cendre tombera à ses pieds;
Il ne se trouvera, de génération en génération, âme
Qui ne se dise volontiers servante du Grand, [vivante
Les peuples futurs le reconnaîtront Seigneur,
Ils s'enrôleront au livre de ses sujets :
Ils viendront en foule, &amp; ils annonceront
Son enseignement de justice à la gent à naître.

�PSAVME XXIII

Seno, pux qe tu m'apastengas,
Mon co no langhira,
Dam ua qe dam my tu t'tengas,
Arre no m'qalera:
Tu hés qu'en cabana segura
Jo m'eston acoydat,
La phresca e la gaya verdura,
Lo loc herbos m'as dat.
Aus estrems l'arriu cla murmura
Qui siau hilant son cos,
Pauc a pauc he la vista escura
Per un dromilhon dos :
L'amna tu m'as arrecreada,
E tirada en darré
Tapec que l'as vista aviada
Peu camin esqarré (i).
(i) Peut-être esqerre.

�PSAUME XXIII &lt;*&gt;

Seigneur, puisque tu me donnes la pâture,
Mon cœur ne languira;
Tant que tu te tiendras avec moi,
Rien il ne me faudra :
Tu fais qu'en cabane sûre
Je me repose accoudé,
Tu m'as donné de la fraîche &amp; gaie
Verdure le lieu enherbé.
Sur les côtés le clair ruisseau murmure
Doucement suivant son cours;
Peu à peu il trouble la vue
Par un agréable sommeil :
Tu as récréé mon âme,
Et tu l'as tirée en arriére
Sitôt que tu l'as vue dirigée
Dans la voie gauche.
(i) Vulgate. — Dominus regit me &amp; nihil mini deerit.

�— 204 —
Per ton nom ta bontat propitia
Me tracta dossament,
E peu bon camin de justifia
Me mya dretament :
Encoara que la mort me sobte
E que m'donga au traués,
Jo n'auré crenensa ny dobte
Pux que dam my tu es.
La comba umbrosa arredobtada
Dam tu jo passaré,
De tot mau e d'oixuperada
Per tu goardat seré:
Ton pâlot e ta verga horta
Soun ma consolation,
Ton garrot brônent me susporta
En ma tribulation.
Au vezent de mos adversaris
Ma taula goarniras,
E de totz los bes necessaris
Me la perveziràs.
Mon cap de greixa audorejanta
Luzent se mustrarà,
E ma couppa en vin abondanta
Per dessus s'en irà.

�— 205 —
Pour ton nom ta bonté propice
Me traite doucement,
Et par le.bon chemin de justice
Me mène droitement:
Encore que la mort me poursuive
Et me donne à travers,
Je n'aurai ni crainte ni hésitation
Puisque tu es avec moi.
La vallée ombreuse &amp; redoutée
Avec toi je passerai :
De tout mal &amp; disgrâce
Par toi je serai préservé.
Ta pelle &amp; ta verge forte
Sont ma consolation :
Ton garrot qui bruit me soutient
En ma tribulation.
Au vu de mes ennemis
Tu garniras ma table,
Et de tous les biens nécessaires
Tu me la pourvoiras.
Ma tête de graisse odorante
Se montrera luisante,
Et ma coupe pleine de vin
Débordera par dessus.

�206 '—

De ta liberalitat larga
Cubert tant que viuré,
Au debat de ta spessa targa
Segu m'asombrarè.
Atau passaré mas jornadas,
Ta maison esperant,
On longas mila e mila annadas
Jo seré demorant.

�De ta libéralité large
Couvert tant que je vivrai,
Sous ton épais bouclier.
Sûrement je me mettrai à l'ombre
Ainsi je passerai mes journées,
Espérant ta maison,
Ou pendant mille &amp; mille longues années
Je serai demeurant.

�PSAVME XXIV
Au Seno la terra aperten
Tot so qu'èra claus e conten,
Lo cercle qui'stren e abrassa
Aqesta grossa e lourda massa,
Los poples en terra habitàns,
Entre etz tant diuers e distans :
E là dessus la ma hondada,
E sus la ribêras pauzada.
Au mont de Diu qui pujarà,
E sou sanctua'ri veyrà?
L'home qui ten net son coratge,
De sas mas no porta damnatge.
Lo qui no prenn envaganau
L'amna de son Diu yEternau,
Lo qui per decebe no jura,
E qui messonja n'âssegura.
Lo Diu de salut balherà
Sa bénédiction, e harà
Sos homes lauatz de malitia
Participans de sa justitia.

�PSAUME XXIV w
Au Seigneur la terre appartient
Et tout ce qu'elle enferme &amp; contient,
Dans le cercle qui étreint &amp; embrasse
Son immense &amp; lourde masse,
Les peuples habitants de la Terre,
Si différents entr'eux &amp; si éloignés :
11 l'a fondée sur la mer,
Et posée sur les rivières.
Qui gravira la montagne de Dieu,
Et verra son sanctuaire?
L'homme qui garde son cœur pur,
Et de ses mains ne.porte pas préjudice.
Celui qui n'atteste pas en vain
L'âme de son Dieu Eternel,
Celui qui ne jure pas pour tromper,
Et qui n'affirme pas le mensonge.
Le Dieu de salut donnera
Sa bénédiction, &amp; fera
Ses hommes purifiés de malice
Participants de sa justice.
(') Vulgate. — Domini est terra &amp; plenitudo eju

�2-10 —

Aqetz son ta génération
Qui ton Diu cercan d'aphection,
Aqetz, Jacob, tos-hilhs, que creze,
Qui demàndan sa phacia veze.
Leuàtz los caps en sus, portautz,
Portêtz d'^Eternitat siatz hautz,
Que lo Rey "de glòria exaltada
Vo ha sa magniphica entrada.
Quin ès aqet Rey gloriós?
Lo Seno hort.e victoriós.
Lo Seno redobtat en goërra
Darrocant enemicz per terra.
Susleuatz los viscles, portautz,
Portétz deu sêcle tyetzvos hautz,
Que lo Rey de glòria exaltada
Vo ha sa magnifica entrada.
Quin ès aqet Rey gloriós?
Lo robust, lo hort victoriós,
Príncep de las gendarmarias,
Vertutz, potestatz, Sefiorias.
Aqet ès lo Rey, per vertat,
En glòria sur totz exaltat.

�211

Ceux-là sont ta génération
Qui cherchent Dieu d'affection,
Ceux-là, Jacob, sont» je crois, tes fils
Qui demandent à voir sa face.
Levez les têtes en haut, portails,
Portes de l'Eternité soyez hautes,
Car le Roi de gloire exaltée
Veut faire sa magnifique entrée.
Quel est ce Roi glorieux?
Le Seigneur fort &amp; victorieux,
Le Seigneur redouté en guerre
Qui renverse les ennemis par terre.
Soulevez les montants des portes,
Portes du siècle tenez-vous hautes,
Car le Roi de gloire exaltée
Veut faire sa magnifique entrée.
Quel est ce Roi glorieux?
Le robuste, le fort, victorieux
Prince des gendarmeries.
Vertus, puissances, Seigneuries.
Celui-là est le Roi en vérité,
E* gloire sur tous exalté.

�PSAVME XXV

Haut ent'a tu, Seno, mô co jo leuaré,
En tu, mon Diu, jo m'hizi e tostem hizaré.
Goarda qu'envergofiit e matat jo nq caja, *
Que de my l'enemic causa d'arrize n'aja.
Aus qui greuges e tortz hargan envaganau.
No pas aus aphligitz, qui deu Rey /Eternau
Esperan lo secos, e demoran l'ajuda,
Vilana decajensa, e vergofia es deguda.
Endretia m', Seno, ghizam'en ta vertat,
Ensena m'tos sendés, Diu de ma saubetat:
Tostem son aus escoutz quât tô secos me vêga
De ta misericòrdia antiqa te sovenga.
Brembe t'qe nostes pàis t'an exprimêtat dos,
E que d'/Eternitat es estat pietados :
Debremba los peccatz de mô sot e joen atge,
E mas iniquitatz n'artengas au coratge.

�PSAUME XXV -(,)

Haut jusqu'à toi, Seigneur, mon coeur j'élèverai,
En toi,n\on Dieu, je me confie &amp; toujours me confierai.
Préserve-moi d'être couvert de honte ou de tomber maté,
;
Et que mon ennemi n ait pas sujet de rire de moi.
Vilaine déchéance &amp; vergogne sont dues
A ceux qui forgent en vain torts &amp; préjudices,
Non pas aux affligés, qui du Roi Eternel
Espèrent le secours, &amp;.attendent l'aide-.
Redresse-moi Seigneur, dirige-moi dans ta vérité,
Enseigne-moi tes voies, Dieu de mon salut, [viendra;
Toujours je suis aux écoutes quand ton secours me
Et qu'il te souvienne de ta miséricorde antique.
Souviens-toi que nos pays t'ont expérimenté bienEt que tu fus de toute Eternité pitoyable;
[veillant,
Oublie les écarts de mon sot &amp; jeune âge,
Et n'impute pas à mon cœur mes iniquités passées.

(i)

Vulgate. — Ad te Domine levavi animam meam.

�Mes qe nos siam humius, mes qe nos abaixem
Mes qu'a noste bon Diu côduzi nos leixèm,
E no perseverêm en nosta mauheytura,
Diu mustra volontés sas vias de detrura ( i ) :
Las neubas destremàn de noste entenement
Per conegué Io bon da reggla et jutjament,
Plen de misericòrdia en tot pér tot se trôba,
Constant en sa promessa, e vertadé s'apprôba,
Per totz aqetz qui son arden's, e deuotios
A mantengue e goarda las leys e côditios
De la liga qu'et a dam los homes jurada,
E n'an deslejaument l'ahara trencada.
O Sefío, lourdament e soen jo e trabucat:
Per l'amo de ton nom absob'me de pecat,
Quin es l'home qui a deu Seno la crenensa?
E aura de lassus l'adressa e la sçabensa,
Per segui lo camin que Diu ly a cauzit:
Demorarà content, de bes plen e sazit:
En l'esperit aura patz dossa, e son liatge
L'amplitud de la terra aura per heretatge.
Lo Seno sos segretz segretz no tenguerà,
N'y sos pactes cubertz a qui lo crenera:
Los mes oeilhs a cap-sus, e lo men co sospire
A Diu, perqe mos pés de l'esclipet retire.
(i) Le sens et la rime indiquent drelura.

�Pourvu 'que nous soyons humbles, &amp; que nous nous
Pourvu quenous nous laissions conduire par [abaissions
Que nous ne persistions pas clans la malfai- [notre Dieu,
Dieunousmontreravolontierssesvoiesdedroiturefsance
Nous dissipons les nuages de notre entendement
Pour connaître le bien de ta règle &amp; jugement;
Il se trouve en tout &amp; partout plein de miséricorde,
Constant en ses promesses, &amp; reconnu véridique,
Pour tous ceux qui sont ardents &amp; dévotieux
A maintenir &amp; garder les lois &amp; conditions
De l'alliance qu'il a jurée avec les hommes,
Et jamais n'ont rompu déloyalement l'affaire.
Oh! Seigneur, j'ai lourdement &amp; souvent bronché:
Pour l'amour de ton nom absous-moi de péché.
Quel est l'homme qui a la crainte du Seigneur ?
Et aura de la haut la connaissance &amp; la direction,
Pour suivre le chemin que Dieu lui a choisi;
Celui-là demeurera content,plein de biens,&amp; rassasié :
Son esprit jouira d'un doux repos, &amp; sa descendance
Aura pour héritage l'étendue de la terre.
Le Seigneur ne tiendra pas ses secrets cachés,
Ni ses pactes dissimulés à qui le craindra :
Mes yeux en haut, &amp; mon cœur soupire
Vers Dieu, pour qu'il arrache mes pieds du piège.

�— 2l6 —

Vey pietadosament, Seno, ma praubetat,
E-con jo son solèt de totz horagitat :
Las dolos de mon co passan tota mesura:
Làs, deliura m', Seno, d'aqesta pena dura.
Contempla ma câjuda e ma tribulation,
E de totz mos peccatz autreja m'remission :»
Vey de mos enemicz la malitiosa morga,
Vey com'etz soun espess, e m'portâ en gran'gorga.
Ten lo goeyt sur ma vita, e tira m'de tormèt,
E preserva m'de caje en envergoniment,
Qu'om ho diga de my, goaràtz com's'abuzaua
L'home qui solament en son Diu se hizaua.
L'innocentia, lo dret, la simpla integritat,
Pux qe tà longament deja t'e demorat,
Ses en arrè qu'en tu collocà ma speransa,
Serviscan per m'auè salut e deliuransa.
Jo t'suppliki, Seiio, qe volhas deliura
La maison d'Israël de totz los maus qu'era a.

�Seigneur, regarde ma pauvreté en pitié,
Et comme je suis seul, &amp; rejeté de tous;
Les douleurs de mon âme passent toute mesure.
Hélas! Seigneur, délivre-moi de cette dure affliction.
Considère ma chute &amp; ma tribulation,
Et m'accordes rémission de tous mes péchés :
Vois de mes ennemis la morgue malicieuse,
Voiscommeilssontnombreux,&amp;metraitent en mépris
Tiens le guet sur ma vie, &amp; tire-moi de tourment :
Préserve-moi de tomber en confusion;
Qu'on ne dise pas de moi : voyez comme il s'abusait,
L'homme qui seulement en son Dieu se confiait.
L'innocence, le droit, la simple intégrité,
Puisque si longuement déjà je te suis resté,
N'ayant sur rien autre que toi placé mon espérance,
Me serviront pour avoir salut &amp; délivrance.
Je te supplie, Seigneur, de vouloir délivrer
La maison d'Israël de tous les maux qu'elle supporte.

�PSAVME XXVI

L'home m'es daras e déjà
Suspect per ma causa jutjà;
Mes he tu, Sefio, solament
De nosta cáusa jutjament :
En tu jo m'hizé, conneixent
Qu'en asso jo son innocent :
E d'aqetz punctz assegurat,
Jo m'tengui tot escauhurat.
Espeluga, jou son content,
Mas costuras a bon escient,
Mas rheas esproa /Eternau
Tasta de mon co lo honau :
Dauant mos oeilhs es ta bontat,
Mon camin tengui en ta vertat :
Quant aus homes sonn sourds e trums,
Ens qui n'an que minas e hums,

�PSAUME XXVI &lt;«&gt;

L'homme m'est dès à présent &amp; déjà
Suspect pour juger ma cause;
Mais toi seulement fais, Seigneur,
De notre cause jugement.
Je me confie en toi, sachant
Qu'en ceci je suis innocent.
Et assuré de ces points.
Je me tiens tout échauffé :
Je suis content que mes coutures
Soient épluchées à bon escient,
Et que l'Eternel éprouve mes reins
Pour tâter le fonds de mon cœur.
Devant mes yeux est ta bonté,
Je tiens mon chemin dans ta vérité :
Quant aux hommes, ils sont sourds &amp; aveugles;
Il n'y a chez eux que grimaces et fumées,

(i)

Vulgate. —Judica me domine, quoniam, etc.

�— 220 —

Dam los us no hey mon percàs,
Et deus autes jo no hey cas.
Lo mauhazec m'es desplazent,
Dam lo maixant no vaù corrent,
Jo Iaui las mas a la hont
D'innocentia, pux d'un co prompt,
D'un cô phranc, me vau presenta
Per enviroà ton autà,
E de totas parts deu Sanet Claus
Estene la votz dé ton laus :.
A canta jo son ardelos
&lt;
Tos heyts grans e miraculós :
Ta maison nanti dam plazè;
E dam grat preni aqet lezè,
D'ana lo Sanct locvisità
On e t'a plazut de planta
Ton Tabernacle gloriós.
Sias me, Seno, ta gratios
De m'autrejà qu'entre las mas
Deus maixans jo no caja pas,
Qui volerèn auè tregut
Tot mon sang, l'auè begut.
Qui portan en aqesta man
Vn maixant conseilh inhuman,

�— 221

—

Je ne recherche pas les uns,
Et des autres je ne fais cas.
Le malfaisant m'est déplaisant,
Je ne vais pas courir avec le méchant.
Je lave mes mains à la'fontaine
D'innocence, puis d'un cœur prompt,
D'un cœur sincère, je vais me présenter
Pour entourer ton autel,
Et de toutes parts du Saint Cloître
Etendre la voix de tes louanges :
Je suis très ardent à chanter
Tes faits grands &amp; miraculeux ;
Je fréquente ta maison avec plaisir;
Avec gré je prends ce loisir,
D'aller visiter le Saint lieu
Où il t'a plu d'établir
Ton Tabernacle glorieux;
Sois-moi, Seigneur, assez bienveillant
Pour m'octroyer de ne pas tomber
Entré les mains des méchants,
Qui voudraient avoir tiré
Tout mon sang, &amp; l'avoir bu :
Qui portent dans cette main
Un dessein inhumain &amp; perfide,

�E l'auta plean de prezens.
Sefio no mescles dam taus gens.
E com jo hey per ta mereê,
Dam totz me portaré sancè.
Deliura m' de calamitat,
E capera m' de ta pietat.
Au planiu dams lo secos ton,
De pès e'segu jo m'eston.
E tas vertutz, tant que viuré.
Dauant tot lo monde diré.

�— 22J

—

Et emplissent l'autre de présents.
Seigneur, ne me confonds pas avec de pareilles gens.
Et comme je fais pour ton service.
Avec tous je me porterai sincère.
Délivre-moi de calamité,
Et couvre-moi de ta pitié :
En plaine unie avec ton secours,
Je serai sur pied &amp; solide.
Et tant que je vivrai, je proclamerai
Tes vertus devant tout le monde.

�PSAVME'XXVII

Diu me he ludz, me goberna, e mâten :
Ec perque donq en crefiensa viuré ?
Lo hort pilà qui m'a vita sosten
Es lo Seno : perqe tremolaré?
Quant los maixans m'auen acornerat,
E de minja ma carn s'aparelhauan,
Phlacz son cajutz; é n'an qe pauc durat
Los enemicz qui ma vita preixauan.
Quant tout un camp contra my s'armarà
Deguens mon co jo m'trebolharé :
Si la batalha on me ven deliurà,
De goazaiïa jo m'asseguraré.
Ço
Lo
Es
En

qe monco diu prega, e pregarà,
punct que jorn e neyt me sollicita,
qe mon Diu me hassa demorà
sa maison totz los jorns de ma vita.

�PSAUME XXVII &lt;*&gt;

Dieu m'éclaire, me gouverne, &amp; maintient;
Et pourquoi donc vivrai-je dans la crainte ?
Le fort pilier qui soutient ma vie
C'est le Seigneur : pourquoi tremblerai-je ?
Quand les méchants m'avaient acculé,
Et se préparaient à dévorer ma chair,
Ils sont tombés impuissants; ils n'ont que peu duré
Les ennemis qui menaçaient ma vie.
Quand tout un camp s'armera contre moi,
Dans mon cœur j'en serai troublé;
iMais si on vient me livrer bataille,
Je m'assurerai de gagner.
Ce qu'en mon cœur je dois demander, je demanderai
Le point qui jour &amp; nuit me sollicite,
Est que mon Dieu me fasse habiter
En sa maison tous les jours de ma vie,
(i) Vulgate. — Dominus illuminatio mea.
15

�Per veze la plazensa e voluptat
De mon Serio, e diligentament
Revisita, d'vn e d'aute costat,
Deu temple son e l'orde e l'estament.
Si myassat ou tormentat jo son
De mau subit ou de trista aventura,
A l'esconut deu Tabernacle son
Et me darà ma retreyta segura.
Hort com vn roch, e segu me harà
Corn' la massiua e plan caussada tour,
E la victorià aras et me darà
Deus enemicz qui m'goeytan à l'entour.
Decyudauant jo sacriphicaré
En la maison de Diu cridz e pregarias,
Diu en canticz e psaumes lauzaré :
Aqo seran mas hostias ordinarias.
Volhas ma votz e mon crid escoutà,
Volhas, Sefio, de my prene pietat,
Volhas, Sefio, la requesta apunctà
Que jo t' prezenti en ma calamitat.
Deguens mon co jo t'auzi jorn e neyt
Tusta, crida, que totz cerquèm ta phacia
De la cercà mon arrest jo n'e heyt :
De la m'mustra, Sefio, donqas te plassia
En ton corros no leixes trebucà
Ton servido, qui tostem a trobàt

�227
Pour voir la plaisance &amp; volupté
De mon Seigneur, &amp; diligentement
Visiter à nouveau, d'un &amp; d'autre côté,
L'ordre &amp; l'état de son Temple.
Si je suis menacé ou tourmenté
De mal subit ou de triste aventure,
A l'abri de son Tabernacle
Lui me donnera ma retraite assurée.
Ferme comme un rocher, il me fera solide
Gomme la tour massive &amp; bien chaussée:
Et il me donnera maintenant la victoire
Sur les ennemis qui me guettent à l'entour.
A l'avenir, j'offrirai en sacrifice
Dans la maison de Dieu cris &amp; prières,
Je louerai Dieu en psaumes &amp; cantiques :
Telles seront mes victimes ordinaires.
Veuilles écouter ma voix &amp; mes plaintes,
Veuilles, Seigneur, me prendre en pitié?
Veuilles, Seigneur, faire droit à la requête
Que je te présente dans ma misère.
Je t'entends jour &amp; nuit dans mon cœur
Frapper, crier, que tous cherchent ta face :
Je n'ai pas fait de cesse de la chercher;
Tu me la montreras, Seigneur, quand il te plaira :
Dans ton courroux ne laisse pas broncher
Ton serviteur, qui toujours a trouvé

�En tu secos, no ly volhas mancà
Pux qe ta soen deqlacy l'as saubat.
Jo m'vy ses pay ses may, e ses amicz,
Tu m'arcolhis : mustra m'tos sendés ara,
E mya m'dret : que de mos enemicz
Dam tu jo m'saùbe aqeste cop encoara.
A la mercè no m'permetas d'aqètz
Qui m'dann forment, e quant me tenguerôn,
Sur my caytiû, deu maixant volé, qu'ètz
An de longtemps, se destalentarên.
No m'dongas pas au plazè d'ètz, vezent
Que côtra my testimonis aprestan,
Don l'un vô prene e Faute este plazent,
E totz messonja e maixantiza attestan.
Aqo serè per me ha desperà,
Si n'era qe jo crey q'aqestes vens
Léu passaràn; lo Sefio m'harà
Veze sos bes au pais deus viuens :
Don l'Esperit me consola, dizent,
Sostâ ton Diu, en et ajas coratge,
E si tu es tempestat au présent,
Tantos veyràs passat aqest auratge.

�220. '—

Secours en toi; veuilles ne pas lui manquer
Puisque tu l'as si souvent sauvé jusqu'ici.
Je me suis vu sans père ni mère, ni amis :
Tu m'accueillis: montre-moi tes sentiers à cette heure,
Et conduis moi droit : que de mes ennemis
Avec toi je me sauve encore cette fois.
Ne m'abandonne pas à la merci de ceux
Qui me donnent tourment, &amp; quand ils'me tiendraient
Ils satisferaient sur moi, chétif,
Leurs mauvais desseins conçus depuis longtemps.
Ne me livre pas à leur discrétion, voyant
Que contre moi ils préparent des témoins
Dont l'un veut prendre, &amp; l'autre être agréable,
Pour attester des mensonges &amp; des méchancetés.
Cela serait pour me faire désespérer,
Si n'était que je crois que ces vents
Passeront bientôt; le Seigneur me fera
Voir ses biens au pays des vivants;
Donc l'Esprit me console, disant:
Reposes-toi en ton Dieu, en lui aie courage,
Et si tu subis la tempête à présent.
Tantôt tu verras cet orage dissipé.

�PSAVME XXVIII
A tv mon roch s'en va ma pjanenta oration,
No me la passes dôq pef dissimulation;
Si respone nom' vos, e ta boca tu m'barras,
Si tu m'leixas dobtos, en la hossa m'êbarras.
Entenn la votz de my prégant ta" Majestat
E susleuant las mas dauant ta Sanctetat :
No m'volhas acoplà dam las personas aulas
Qui la goerfa an au co, la patz en las. parauals
Com etz auràn servit atau los pagaràs,
A l'obré mauhazent mau goazardon daràs :
Deu maixant, qui jamés en tas obras no pesa,
Cajuda ses reléu serà la recompensa.
Ma horsa,- mô broque, mô Diu sias benazit,
Qui m'as tenut l'aurelha, e mô crid-exauzit :
En tu'sperant, de tu jo e secos e gaujensa :
E jo voy en canticz t'en hà reconeixensa.
Mos gendarmas tu mas agoerritz hortamêt,
E saubât ton Vnctat as vigorosament.
Volhas peixe, goarda, leua ton heretatge,
E ton pople cauzit no leixes en nat atge.

�PSAUME XXVIII (1&gt;
A toi mon roc s'en va ma plaintive oraison;
Ne me la passes donc pas par dissimulation; [bouche,
Si tu ne veux pas me répondre, &amp; que tu me fermes ta
Si tu me laisses dans le doute, tu m'enfouis dans la fosse.
Entends ma voix sollicitant ta Majesté,
Et soulevant les mains devant ta Sainteté.
[chantes
Veuilles ne pas m'accoupler avec les personnes méQui ont la guerre au cœur, la paix dans les paroles.
Tu les paieras comme ils auront servi;
Tu' donneras au mauvais ouvrier un mauvais salaire.
Pour le méchant, qui jamais ne pense à tes œuvres,
La chute sans relèvement sera la récompense.
Ma force, mon bouclier, mon Dieu sois béni,
(Toi) qui m'as tendu l'oreille, &amp; as écouté ma plainte :
En toi espérant, j'ai de toi reçu secours &amp; joie,
Et je veux en cantiques t'en faire reconnaissance.
Tu m'as fortement aguerri mes gens d'armes,
Et tu as vaillament sauvé ton Oint;
Veuilles paître, garder, élever ton héritage,
Et n'abandonne en aucun âge ton peuple élu.
Ii) Vulgate. — Ad te Domine clamabo.

�PSAVME XXIX
La Principautat e l'auno,
La gloria dongas au Sefio :
Tota excellenta creatura
Adora Diu solennament,
E prezica incessantament
Lo nom deu meste de natura.
Per dessus las aygas bronix,
E peux ayres arretronix
La grann' votz de sa Majestat;
Diu sur las neulas se manten,
E de sa votz per tot estenn
La vertut é l'auctoritàt.
Sa votz he croixi los cedros,
Los arbes arromp tot estros
De Liban la' montafla hauta :
Com' vn brau trepa Sirion,
E Liban es heyt parion
Au hilh de l'anicorn quant sauta.

�PSAUME XXIX &lt;»

Donnez au Seigneur la gloire,
La puissance &amp; l'honneur.
Toute excellente créature
Adore Dieu solennellement,
Et proclame sans cesse
Le nom du maître de la nature.
La grande voix de sa JVlajesté
Gronde par dessus les eaux,
Et fait retentir les airs :
Dieu se maintient sur les nuées,
Et desa voix propage partout
La vertu &amp; l'autorité.
Sa voix fait craquer les cèdres,
Et rompt tout net les arbres
De la haute montagne du Liban :
Comme un taureau bondit le Sirion,
Et le Liban est fait pareil
Au fils du daim quand il saute.

(i|

Vulgate. — Afferte Domine filii Dei afferte.

�— 234 —
Sa votz escampilha los dardz
De hoec pruzent (i), per totas partz,
E los dezértz segotirà,
La saubatjua de Cadés,
Qui triscaua (2) peu erms adés,
Escapadement hugirà.
La horest espessa esclarí,
E las cervias harà pari
La votz de Diu seôeriosa :
Entretant au Temple seràn
Sos seruidos qui cantaran
Ensems sa vertut gloriosa.
Diu qui dessus lo grann aygàt
A son Rejau seti alogeàt,
Rey sezent per tostem serà:
Diu l'emparament e susport,
E de sas gens lo pilà hort,
En sa patz nos benazirà.
(1) De irvptkçM, allumer, reluire, etc.
(2) Peut-être trissaua, de ~ov'», T^ÙCW, broyer, triturer, etc.

�Sa voix disperse les dards
Brillants de feu de toutes parts,
Et ébranlera les déserts;
Les animaux sauvages de Cadés (i),
Qui tout à l'heure trituraient dans les plaines,
S'enfuiront épouvantés.
La voix souveraine de Dieu
Eclaircira la forêt épaisse.
Et fera paraître les cerfs :
Pendant ce temps, au Temple seront
Ses serviteurs, qui chanteront
Ensemble sa vertu glorieuse.
Dieu qui a établi son siège Royal
Au-dessus des grandes eaux,
Sera Roi siégeant pour toujours :
Dieu le soutien &amp; le support,
Le pilier fort de ses gents,
En sa paix nous bénira.
(i)Cadès, horrible désert appelé aussi désert de Pharan, désert
de Sin, selon l'endroit particulier dont on parle. C'est là que les
Hébreux errèrent pendant quarante ans.

�PSAVME XXX
En mas cansos tu seras susleuàt,
Pux qe, Sefio, tu m'as arreleuat,
E nas volut de ma mort argauzi
Mos enemicz-; ans t'a plazut d'auzi
Mon crid dolent, e tira de la hossa
Mon cos atent de malauzia grossa.
Surbonas gens lo brut espandixétz
De son nom Sanct, pux qe plan coneixétz
Per my, que Diu deu conde a retirat
D'aqetz qui van caje au pregond barat;
Q'en vn moment sa choiera passada,
A nos destruze, e perde no s'agrada :
Ans tot co qu'ès, son este; e viue ten
D'aqet Serio qui nos vo tant de ben;
Que si dolo sur nos au vespe cay,
L'endematin et nos tramet lo gay,
E ses l'amo qe tostem et nos porta
Deja serè tota persona morta.
Jorn' son trobat en tau prosperitat,
Qu'a mon parlà qui l'agos escoutat,
Dura m'deué l'aizansa éternaument :

�PSAUME XXX «
Tu seras glorifié dans mes chants,
Seigneur, puisque tu m'as relevé,
Et que par ma mort tu n'as pas voulu réjouir
Mes ennemis; ainsi il t'a plu d'écouter
Mes cris de douleur, &amp; retirer de la fosse
Mon corps frappé d'une grosse maladie.
Répandez parmi les bonnes gens le bruit
De son Saint nom, puisque vous savez bien
Par moi, que Dieu a retranché du compte
De ceux qui allaient tomber dans le fossé profond;
Qu'en un instant sa colère calmée
Il ne se plaît à nous détruire ou perdre.
Voilà ce qu'il est, son être : &amp; la vie dépend
De ce Seigneur qui nous veut tant de bien;
Que si l'affliction tombe sur nous le soir,
Le lendemain matin il nous envoie la joie;
Et sans l'amour que toujours il nous porte
Toute personne serait bientôt morte.
Je me suis trouvé en telle prospérité
Que sur ma parole que tu as écoutée
L'aisance me devait durer éternellement.
(i) Vulgate. — Exaltabo te Domine, quoniam suscepisti me.

�— 23« —
Ton bon plazé m'aué ta phremament
Ma Rejautat com vn mont apiejada,
E de totz punctz ma glòria assegurada :
Mes autà léu que tu m'desemparés,
E que de my ta cara arrevirés,
Tot trebolhat a tu m'arretregù,
A tu cridé, tau prepaus te tengu:
Que haras tu de ma sang abessada,
Ny de ma carn quant l'auras aterrada?
Que volontés la porba t'iauzarà,
E ta vertut, e hizautat dira,
Que. volontés grann goazafï tu haras,
Quant de tas mas l'obratge desharas :
Entenn, Seno, goarda,-dehenn, ajuda
Per ta pietat la persona cajuda.
Labetz en gay mon plan as convertit,
Tu m'as deu sac despulhat, e vestit
D'argausiment : E per autant ses paus
Om cantarà de ta glòria, e ton laus :
Mon prepaus es, e mon arrest de conde,
De t'exalta tostem dauant lo monde.

�— 239 —
Ton bon plaisir avait étayé ma Royauté
Aussi solidement qu'une montagne,
Et assuré ma gloire de tous points.
Mais dès que tu m'eus désemparé,
Et que tu détournas ta face de moi,
Tout troublé je me retirai vers toi,
Vers toi je criais, &amp; te tins tel propos :
Que feras-tu de mon sang répandu,
Et de ma chair, quand tu l'auras jetée à terre ?
La poussière te louera-t-elle volontiers,
Dira-t-elle ta vertu &amp; fidélité.
Quel grand profit volontiers feras-tu
Quand de tes mains tu auras défait ton œuvre !
Entends, Seigneur, préserve, défends, soutiens,
Dans ta pitié, la personne déchue.
Alors tu as converti ma plainte en joie,
Tu m'as dépouillé du sac, &amp; couvert
D'allégresse: voilà pourquoi, sans repos,
On chantera ta gloire et tes louanges :
Mon intention &amp; mon arrêté de compte
Est de t'exalter à jamais devant le monde.

�PSAVME XXXI

Jo m'hizi en ta bontat propitia,
Seiïo goarda m'eternaument
De vergoiïau trebucament,
E deliura m'en ta justitia.
Ten enta my l'aurelha bassa,
E gaudix la mia amna lassa,
Porta m'secos coeytadament,
Ou jo son perdut autament.
Volhas este ma tour goarnida,
E mon haut arroch ou trobà
Jo posca plassa, per saubà
Ma vita-quasiment perida.
Tu és ma rôcca horta, e dura,
Tu es ma retreyta segura,
On per ton nom tu m'ghizaràs,
E de qui viue m'embiaràs.

�PSAUME XXXI w

Je me confie en ta bonté propice,
Seigneur, préserve-moi éternellement
De toute défaillance honteuse,
Et délivre-moi dans ta justice.
Tends vers moi ton oreille baissée,
Et réjouis mon âme découragée.
Viens à mon secours en toute hâte,
Ou je suis perdu autrement.
Veuilles être ma forteresse munie
Et le rocher élevé où trouver
Je puisse, une place pour sauver
Ma vie à peu prés perdue.
Tu es ma roche dure &amp; résistante,
Tu es mon refuge assuré,
Et pour ton nom tu me conduiras
Et m'enverras de quoi vivre.
(i) Vulgate. — In te Domine speravi, non confundar.

�— 242 —
E pux donq que tu es ma horsa,
Retira m'deu hilat tenut
Qu'om m'a de nauét esconut,
E de my prene om s'esphorsa.
Sur totz los bes que jo t'demandi
Mon esperit arrecomandi
Entre tas mas, Diu de vertat,
Qui m'as tornat en libertat.
Un tas d'esperitz jo detesti
Qui sonn deceptius, vitios,
E de vanitat curiós.
Mes en Diu solèt jo m'arresti :
En ta clementia jo m'consoli,
D'aute loc gaujensa no voli,
Diu qui vezes ma praubetat,
E sçabes ma necessitat.
Tu volos que l'injuriôsa
Man de l'enemic no m'txarpés,
Labetz que ta bontat mos pés
Tirée en plassa spatiosa.
Volhas mos cridz encoara entene,
E ta misericòrdia estene
Sur my, qui de maus embarrat,
De dolos e mon co sarrat.

�— 243 —
Et donc puisque tu es ma force,
Retire-moi du filet tendu
Qu'on m'a de nouveau caché.
Et dans lequel on s'efforce de me prendre.
Entre tous les biens que je te demande
Je te recommande mon esprit 1
Entre tes mains, Dieu de vérité
Qui m'as rendu la liberté.
Je déteste un tas d'esprits
Qui sont trompeurs, vicieux,
Curieux de vanité :
Mais je m'arrête en Dieu seul !
Je me console en ta clémence,
Et d'autre lieu je ne veux joie :
Dieu qui vois ma pauvreté,
Et connais ma nécessité.
Veuilles que l'injurieuse
Main de l'ennemi ne me déchire pas,
Alors que ta bonté a tiré
Mes pieds en place spacieuse.
Veuilles écouter encore mes plaintes.
Et étendre ta miséricorde
Sur moi, enveloppé de maux,
De douleurs, &amp; le cœur oppressé.

�— 244 —
Ma vista es tota trebolhada
Deu grann heu qui s'es amassat
En mos oeilhs : mon vente eslansat,
E la mya amna es tormentada :
De do ma vita es consumida,
E ma vertut tant aphligida
Que mos ans passi en gemican,
E mos os sèn van en sècàn.
Los mes vezis m'envergofiissen,
M'arcastàn, qu'ç tant d'enemicz
Mos coneixens e mos amicz,
Corn vn espauent me hugissen.
Tà lèu que jo sorti dehora
Dauant my degun no demora;
Jo son près per cruguet arrot,
E per mort desbrembat de tot.
Mos maus volens a l'entourn auzi,
E mentre qu'etz van consulta
Corn me poyran à mort boutà,
De paou los pes maue no gauzi.
Mes per autant qu'en tu jo'speri,
Mon Diu, mon Sefio, jo î'aperi:
Ma vita, mon oey, mon doman,
E m'aventura es en ta man.

�Ma vue est toute troublée
Par un grand fiel qui s'est amassé
En mes yeux : mon ventre est lancinant,
Et mon âme est tourmentée.
Ma vie est consumée en regrets,
Et ma vertu tant affligée
Que je passe mes années en gémissant,
Et mes os s'en vont se désséchant.
Mes voisins me font honte
Et m'adressent des reproches; j'ai tant d'ennemis
Que mes amis &amp; connaissances,
Me fuient comme un épouvantail.
Dés que je sors dehors
Personne ne s'arrête devant moi :
Je suis pris pour une cruche cassée,
Ou pour un mort oublié de tous.
J'entends autour de moi mes malveillants,
Et tandis qu'ils vont recherchant
Comment ils pourront me mettre à mort,
De peur'je n'ose remuer les pieds.
Mais pour autant que j'espère en toi,
Mon Dieu, mon Seigneur, je t'appelle :
Ma vie, mon aujourd'hui, mon demain
Et mon sort sont dans ta main.

�— 246 —
No dongas treyta au mau coratge
Deus enemicz argoeytados;
Mes sur vn de tos servidos
Hè luzi ton plazent visatge :
Per ta bontat he que destruta
No sia ma vita a lou persuta.
E jo no sia vituperat
Per t'aue en badas aperat.
Plus léu los qui de tu n'an cura,
Envergonitz e desondratz,
Per dérision au did mustratz,
Espozen la prezon escura.
Hé carà la bauarda lenga,
Que plus mespresiua ho venga
Detractà superbiosament
De l'home qui viu justament.
Oh que grans sonn més qu'om no pensa,
Los bes que tu goardas aus tos,
Gran auno préparas aus bos
Qui viuen debat ta crefiensa :
E déjà ta bontat auansa
Aus qui plantan en tu speransa
Tot plen de grans bes, au veusent
Deus qui son au secle present.

�— 247 —
Ne fournis pas des traits au funeste courage
Des ennemis aux aguets :
Mais sur un de tes serviteurs
Fais luire ton plaisant visage.
Fais, par ta bonté, que ma vie
Ne soit pas détruite par leurs poursuites,
Et que je ne sois pas vitupéré
Pour t'avoir vainement invoqué :
(Que) plus tôt ceux qui de toi n'ont cure,
Humiliés &amp; déshonorés,
Montrés au doigt par dérision,
Epousent la prison obscure.
Fais taire la langue bavarde,
Qu'elle ne vienne plus méprisante
Diffamer orgueilleusement
L'homme qui vit justement.
Combien sont plus grands qu'on ne pense,
Les biens que tu réserves aux tiens.
Tu prépares de grands honneurs pour les bons
Qui vivent sous ta crainte.
Et déjà ta bonté avance,
A ceux qui plantent espérance en toi,'
Une foule de biens, au vu
De ceux qui vivent au temps présent.

�— 248 —
La lustro de ta phacia digna
La caperada serà
Que tos homes abrigarà
Contra touta empreza maligna,
Contra las seditios mutinas,
Contra las lengas serpentinas,
Contra tota conspiration
Tu seras nosta protection.
Au Sefio la glòria sia dada
Qui mustrec sur my sa bontat
Miraculosa, en la ciutat
Plan goarnida e plan murralhada,
On este segu jo m'pensaui,
Diu vezent que jo m'enclaustraui,
Per me ha medix aclapà,
Me hèc de bon'hora escapà.
Au pé leuat prengu la cossa,
Desvariàt de jutjament,
Pensan en mon entenement
Que Diu plus veze no m'volossa, ■
E m'agossa Ion de sa phacia
Horobandit, e de sa gratia
Descassat, més quant jo l'agu
Pregat, d'et secos obtengu.
Amatz Diu totz sos debonaris,
Qui sentens vosta praubetat

�— 249 —

L'éclat de ta face digne
Sera la couverture
Qui abritera tes hommes
Contre toute entreprise méchante,
Contre les mutineries &amp; séditions,
Contre les langues reptiliennes;
Contre toute conspiration
Tu seras notre protection.
Que la gloire soit donnée au Seigneur
Qui a montré sur moi sa bonté
Miraculeuse, en la cité
Bien garnie &amp; bien murée.
Où, pensais-je en moi-même, j'étais en sûreté;
Dieu voyant que je m'ençloîtrai
Pour mieux me dissimuler
Me fit de bonne heure échapper.
Au pied levé je pris la course
La raison affolée,
Pensant en moi-même
Que Dieu ne voulait plus me voir :
Qu'il allait loin de sa face
Me bannir, &amp; de sa grâce
Me chasser: mais lorsque je l'eus prié
De lui j'obtins secours.
Aimez Dieu tous ses dévoués
Qui sentant votre pauvreté

�— 250 —
Cercatz dam tota humilitat
En Diu remedis salutaris,
E trobatz a l'experiêntia
Qu'et prompt a pietat e clementia,
N'a pas los humius decebutz,
Ans à sa mercè recebutz.
E torna dobla recompensa
Aus superbios, e los abat,
Mes los sos s'esconen debat
Sa saubagoarda e mantiensa :
Sos lejaus subiecz et prospera,
E debat sa manta capera
Los qui ly goardan Sanctament
De hizautat lo sagrament.
Pux donqas qu'et es vosta guiza
E que d'et arreconcguetz,
E pauzatz sur et vosta hiza
Pramo qu'en sa bontat creguets.
Per tribulation qui surbenga,
De dobtà jamés nobs avenga,
Ny de murmurà pas un mot,
Ny d'aué lo coratge mod.

�Cherchez en toute humilité
En Dieu remèdes salutaires.
Et vous trouvez à l'expérience
Que prompt à la pitié &amp; clémence,
Il n'a pas déçu les humbles,
Mais les a reçus dans sa faveur.
Il rend double récompense
Aux superbes, &amp; les abat,
Tandis que les siens s'abritent
Sous sa sauvegarde &amp; protection :
Il fait prospérer ses loyaux sujets,
Et couvre sous sa mante
Ceux qui lui gardent Saintement
Le serment de fidélité.
Donc puisqu'il est votre guide
Et que de lui vous vous reconnaissez,
Que vous placez en lui votre confiance
Parce que vous comptez sur sa bonté;
Quelque tribulation qui survienne,
Que jamais un doute ne vous vienne,
Ni de murmure pas un mot :
Ni d'avoir le courage mou.

�PSAVME XXXII

Vros aqet, de qui l'iniquitat.
Es caperada, e qui se sent quitat
De sos peccatz, vros aqet au mode
De qui los maus Diu no ten plus en conde
Vros, de qui l'esperit n'ès goastat
D'argoeyt, d'engàn, ny de malignitat.
Jo m'son tengut vn tems boca-barràt,
E de mos gros peccatz me son carat,
Quant mas dolos de ta'prop me tocauan
Que totz mos os a vista d'oeilh secauan,
Quant tot lo jorn passaui en ganitàn,
E de mon co grans brugglamens gitàn.
En my premut, e de mos crims cargàt,
E de ta man corrossada plagàt
Honé lo greix, e mon txuc cambiat era
En vn estju plen d'ardenta seqera :
Tot en vn cop jo perdu ma colo,
E demoré ses horsa, nv valo :

�PSAUME XXXII «
Heureux celui dont l'iniquité
Est couverte, &amp; qui se sent acquitté
De ses péchés; heureux, dans ce monde, celui-là
Dont Dieu ne tient plus les fautes en compte,
Heureux celui-là, dont l'esprit n'est gâté
De supercherie, de tromperie ni de méchanceté.
Je me suis tenu bouche close à une époque,
Et me suis tu sur mes gros péchés,
Quand mes douleurs m'étreignaient de si près
Que tous mes os se desséchaient à vue d'œil;
Quand je passais tout le jour à me plaindre,
Et que mon coeur lançait de grands hurlements:
Abîmé en moi-même, chargé de mes crimes,
Oppressé sous ta main courroucée,
Ma graisse fondait, &amp; mon suc était changé
En un été plein d'une brûlante sécheresse.
Tout à la fois je perdis ma couleur,
Et restai sans force, ni valeur.
(i) Vulgate. — Beati quorum remissœ sunt.

�— 254 —
En my tornàt, mon mau te déclaré,
E n'agu pas plus léu dit, jo seré
L'accusado de ma mala heytura,
E contra my diré ma vita impura,
Que sobtament de mon peccat commès
Perdon de (i) Ceu tu no m'ajas tramés.
E per autant plan s'acosselharà
Qui de bona hora a tu s'adressarà
Et pregarà dementre qu'et a plassa,
E que lo tems de t'podè trobà passa.
Quant los aygatz de grans maus vengueràn,
A l'home aqèt atene no poyran.
Tu es mon gay, tu es ma protection
On jo recorri en ma tribulation.
Quant l'ennemie déjà tengue se m'pensa,
Labetz tu m'das matèria de gaujensa.
Sias donq, Seno, au maixant tems qui courr,
Au torn de my com'ua gràn horta tourr.
Tu qui n'és pas belèu trop cossiros
De ton salut, ny de ton ben euros
Hé t'entà my, que jo t'donga entenensa
E deu camin qu'as a tengue sçabensa :
Jo tengueré l'oeilh dessus tu plantat
Per t'endressa com'experimentat.
(i) Peut-être dû, ou deu.

�Revenu à moi-même, je t'ai déclaré mon mal,
Et je n'eus pas plutôt dit : je serai
L'accusateur de ma mauvaise action,
Je dirai contre moi ma vie impure;
Qu'aussitôt de mon péché commis
Tu m'as transmis le pardon du Ciel.
Ainsi celui-là se dirigera bien
Qui de bonne heure à toi s'adressera
Et te priera, tandis qu'il a place,
Et avant que le temps de te. trouver ne soit passé.
Lorsque viendront les déluges de calamités,
Ils ne pourront plus atteindre cet homme.
Tu es ma joie, tu es ma protection
A laquelle j'ai recours dans ma tribulation.
Quand l'ennemi croit me tenir déjà,
Alors tu me donnes matière de joie.
Sois donc, Seigneur, au mauvais temps qui court,
Autour de moi comme une grande &amp; forte tour.
Toi qui peut-être n'es pas trop inquiet
De ton salut, ou soucieux de ton bien,
Viens avec moi, que je te donne discernement
Et connaissance du chemin que tu dois suivre :
Je tiendrai l'oeil planté sur toi
Pour te diriger comme expérimenté.

�- 256

-

E no te qau, per ton ensenament,
Que prene exemple en mos maus solament.
No volhas pas ses entenement este
Corn'l'arrossin ou mulet, qui deu meste
La volentat no hé, ny harà pas,
Deqià serà trucat a pleg de bras.
A ton bestià, perqe no hassa maus,
Dam brida e mos on estren los caixaus,
Om l'enbilhôta, e goarda per costrenta,
Qu'aus qui sonn prop et no donga l'attenta,
De taus dolos e hoetz serà tractât
Lo qui s'ahonsa en sa perversitat.
Mes lo qui sçab en son Diu esperà.
Misericòrdia e gratia trobarà;
Sus vosautz donq, qui deu monde etz la tria,
Homes co-dretz myatz gran' alegria
E joya en Diu; vosautz simples e bos,
Si prenétz gloria, en Diu gloriejatz vos.

�— 257 —
Il ne te faut, pour ton enseignement,
Que prendre exemple sur mes maux seulement;
Ne veuilles pas être sans entendement,
Comme l'âne ou le mulet qui du maître
Ne fait ou ne fera la volonté
Tant qu'il ne sera pas frappé à pli de bras.
A ton bétail, pour qu'il ne fasse mal,
On serre les grosses dents avec mors &amp; brides,
On l'attache, on le retient par contrainte,
Pour qu'il ne donne pas l'atteinte à qui l'approche.
Avec telles douleurs &amp; fouets sera traité
Celui qui s'obstine en sa perversité.
Mais celui qui sait en son Dieu espérer,
Trouvera grâce &amp; miséricorde;
Sur vous autres donc, qui du monde êtes le choix,
Hommes au coeur droit, menez grande allégresse,
Et réjouissez-vous en Dieu; vous les simples &amp; bons
Si vous vous glorifiez, en Dieu glorifiez-vous.

15

�PSAVME XXXVIII
En ta huro no m'corregiscas,
E dam rigo no m'arguîscas,
Seno, perqé plan atent m'as?
En my tas viras enhonsadas.
E rudament sur my pauzadas
Sentixi tas pesantas mas.
En nat corné de ma carn tota
De sanetat n'as leixat gota
Contra my tant es indignât :
Mon mau, don jo son cap e cauza,
De vexà mos membres no s'pauza,
Deu peccat qui m'a dominat.
Peccat qui de ta gratia m'cassa,
Tot aixi que de plomb ua massa
M'està suu cap e m'greua tant,
Tant se suspeza, tant m'encarga,
Que de porta tà lourda carga
Mon podé n'es pas abastant (i).
(i)

JÎKtrTaçD, soulever un poids, avec

peut soulever.

A

privatif,poids qu'on

�PSAUME XXXVIII

(1)

Ne me châtie pas dans ta fureur,
Ne me reprends pas avec rigueur;
Seigneur pourquoi m'as-tu atteint gravement?
En moi tes-flèches enfoncées,
Et rudement sur moi posées
Je sens tes pesantes mains.
Dans nul coin de toute ma chair
Tu n'as lais'sé goûte de santé
Tant tu es indigné contre moi :
Mon mal, dont je suis cause et fin,
Ne cesse pas de vexer mes membres
Pour le péché qui m'a dominé.
Péché qui me chasse de ta grâce,
Ainsi qu'une masse de plomb
Pèse sur ma tête &amp; me grève si fort,
Tant m'alourdit &amp; tant me charge,
Que de porter si lourd fardeau
Mon pouvoir n'est pas suffisant.
(i) Vulgate. — Domine ne in furore tuo arguas me.

�De mas ulcéras pestilentas
E de sang courrada gotentas,
Hum de sento pudenta sort:
En tau tormenta si jo viui,
A degun aute jo non deui,
Qu'a ma holia da lo tort.
Misèria tant me hé la goerra
Que courb e plegat de qui a terra
Jo m'en vau de nas inclina,
Tant molesta tant importuna,
Que damb escura e trista suna
Matin et sé m'hé caminà.
La hétz de mas plagas poyridas
M'a las ancas envilanidas,
Corn' vn hocc escozent y e
Qui m'singla tota la mieja costa,
E ma carn de tau sorta goasta,
Qu'era n'a plus arrè d'entié:
Mas juncturas son desnozadas,
Mas carns croixidas e piladas,
Mon co debàt tant de tormens
Bronix, e m'segotix de sorta
Que per senti dolo tà horta
Jo giti estranis vgglamens.

�— 261

—

De mes ulcères infectes
Dégoûtantes de sang corrompu,
Sort fumée d'odeur fétide :
Et si je vis en telle souffrance,
je ne le dois à nul autre qu'à moi
Qui à ma folie donne le tort.
La misère me fait une telle guerre
Que courbé &amp; plié jusqu'à terre
Je m'en vais le nez incliné,
Si vexante, si importune,
Qu'avec sombre &amp; triste mine
Matin &amp; soir elle me fait cheminer.
La lie de mes plaies pourries
A envilaini mes hanches,
Y est comme un feu cuisant
Qui sangle à moitié mes côtes.
Et gâte ma chair de telle sorte,
Qu'elle n'a plus rien d'entier.
Mes jointures sont dénouées,
Mes chairs déchirées &amp; pil-ées;
-Mon cœur, sous tant de tourments
Gronde, &amp; me secoue de sorte
Que pour sentir douleur si forte,
Je pousse des hurlements étranges.

�2Ò2

0 Seno. mas pœnas dobladas
No t'sonn cubertàs, ny celadas,
Mon dezi no t'ès esconut,
Dauant que james jo m'plangosi,
E mos sospis te trametosi,
Deja tu m'aués entenut.
Laguens lo co m'bat e pantaixa,
Mon pauc de coratge s'abajxa,
De tot en tot mos esperitz
A m'dezemparà se dispauzan,
Los crums qui a ma vista s'appauzan
M'an déjà los oeils totz peritz.
Totz mos amicz me leixan ara,
E mos companos cara a cara
De my demoran totz plantatz:
Los qui mos parens se clamauan,
E qui tot dià m'acostauan
Loft de my se sonn absentatz.
En tant los qui ma mort percassan,
Tot plen de cordetz entrelassan,
A dize maus e murmurà,
Tot dia ma patientia tentan;
E mila torns de ruza inventan
Per plan de mi s'assegurà.

�— 2ÓJ —

0 Seigneur, mes peines redoublées
Ne te sont couvertes ni dissimulées,
Je ne t'ai pas caché mon désir;
Avant que jamais je ne me plaignisse
Et te transmisse mes soupirs,
Tu m'avais déjà entendu.
En dedans mon cœur bat &amp; raie.
Mon peu de courage s'affaiblit,
De tout en tout mes esprits V ;'
Se disposent à me désemparer;
Les nuages qui s'apposent sur ma vue
M'ont déjà tout péri les yeux.
Tous mes amis me délaissent maintenant,
Et mes compagnons face à face
Avec moi restent immobiles :
Ceux qui se proclamaient mes parents,
Et qui chaque jour me faisaient accueil
Loin de moi se sont absentés.
En même temps ceux qui poursuivent ma mort
Tout plein de cordeaux entrelassent,
A dire du mal &amp; murmurer,
Chaque jour éprouvant ma patience;
Ils inventent mille tours de ruse
Pour mieux s'assurer de moi.

�— 2Ó4 —

Mes jo' ston aqi com ua soca,
Plus qu'vn mort n'vbrixi ma boca.
No y auzi mes qu'vn eixordàt;
Jo £on coma l'home qu'om pica,
Qui n'a, per responsa ou replica,
Jamés vn cop de lenga dat.
Mes jo m'consoli, corn' que s'anga,
Esperàn que d'aqesta hanga
A tems tu m'arreleuaràs,
Jo t'demori, jo temporizi,
O mon Diu, mon Sefio, jo m'hizi
Qu'a mon vot tu responeras.
Jo t'é pregat en mon coratgé
Que no poscan de mon damnatge
S'en arrize e las mas trucà,
Los qui dam braua vantaria
Se prometen ma darreria,
Tàléu que m'vezen trebucà.
Certas lo qui venghera veze
Corn jo arrenkegi, poirà crcze
Que jo son heyt per maus porta:
En quin loc que jo prenga mira,
Mau qui damb et mila maus tira,
Se ven a mos oeilhs prezentà.

�— 265 —

Mais je suis là comme une souche,
N'ouvrant la bouche plus qu'un mort,
Je n'entends plus qu'un sourd;
Je suis comme l'homme qu'on pique.
Qui n'a, pour réponse ou réplique,
Jamais donné un coup de langue.
Mais quoi qu'il arrive, je me console,
Espérant que de cette boue
A temps tu m'arracheras,
Je te reste, je temporise,
0 mon Dieu, mon Seigneur, j'ai confiance
••Que tu répondras à mes vœux.
Je t'ai prié en mon cœur
Qu'ils ne puissent de mon dommage
Se moquer ou battre des mains,
Ceux qui avec une insolente vanterie
Se promettent mon dernier (jour)
Dès qu'ils me voient broncher.
Certes, celui qui viendra voir
Comme je boite, pourra croire
Que je suis fait pour porter maux:
En quelque lieu que je me dirige
Un mal, qui traîne mille maux après lui.
Vient se présenter à mes yeux.

�— 266 —
Quant a mos vicis, jo n'atesti,
E phranqement jo maniphesti
Qu'etz m'an en gran' pena botat;
E no y a de mau qui m'avenga,
Qui pensiu e premut me tenga
Plus que ma propria iniquitat.
Au contrari, los qui ses nada
Occasion plan arrazoada
A m'noze sonn tà diligens,
Viuen en triumphanta alegressa,
Tant augmentatz en hortalessa,
Que cresentz en nombre de gens.
Los qui ben de mau recompensan,
Corn me poyràn acabà pensan,
Per plan ha jo son mau-volut :
No m'ieixes, de my no t'separes,
Entenn a my, no m'dezempares,
O Serio, Diu de mon Salut.

�— 2Óy —

Quant à mes vices, je les avoue,
Et franchement je manifeste
Qu'ils m'ont mis en grande peine:
Et quelque mal qui m'advienne,
Il ne me rendra pas pensif &amp; repentant
Plus que ma propre iniquité.
Au contraire, ceux qui sans nulle .
Occasion bien raisonnable
Sont si empressés à me nuire,
Vivent en triomphante allégresse,
Augmentent en force autant
Qu'ils croissent en nombre de gens.

«

Ceux qui rendent le mal pour le bien
Calculent comment ils pourront m'achever.
Je suis mal vu pour avoir bien fait:
Ne m'abandonne pas, ne te sépares pas de moi,
Entends-moi, ne me désempare pas,
0 Seigneur, Dieu de mon Salut.

�PSAVME XLII

Coma lo cervi cassât
Alassat
Brama e I'arriu phresc dezira,
Atau mon co combatut
Abatut
Au Diu hort, viuent, aspira.
Auta hont ma set n'escant
Helas, quant
Arrivara u journ de gratia.
Au quau jo compariré,
E veyre
De mon Greato la phacia ?
Mon pan e mon tractament
Es torment,
Plos, sanglotz, tristessa amara,
Mentre que m'cridan tot jorn
A l'entorn,
En quin loc es ton Diu ara?

�PSAUME XLII

(1)

Comme le cerf chassé
Harassé
Brame &amp; aspire après le frais ruisseau,
Ainsi mon cœur combattu
Abattu
Soupire après le Dieu fort, vivant:
Nulle autre fontaine n'éteindra ma soif.
Hélas ! quand
Arrivera le jour de grâce
Ou je comparaîtrai,
Et verrai
La face de mon Créateur?
Mon pain &amp; mon aliment
Est tourment,
Pleurs, sanglots, tristesse amère,
Tandis qu'on me crie sans cesse
A l'entour:
En quel lieu est maintenant ton Dieu?
(i) Vulgate. — Quemadmodum désirât cervus.

�Hanta lo Temple no m'ès
Plus permès,
Plus un pople imnumerable
Nom' siée ara, trauessant
Au loc Sanct
Deu Tabernacle admirable.
En Diu gaujoss, banquetans
E sautans,
Nos hestejauam sa gloria :
Oh quin ela, quin creba-co
Més d'aqo
N'auè arrè que la memòria:
M'amna com me vas -tu tant
Tormentant?
Ajas en Diu bon coratge;
Qu'encoà jo cantaré més
Que jamés
Son porta-salut visatge.
E dauant sa majestat
Presentat
Dam ma prumera alegransa,
Vn Psaume regratiatiu
A mon Diu
Diré per ma deliuransa.

�Fréquenter le Temple ne m'est
Plus permis;
Plus un peuple innombrable
Ne me suit à présent, traversant
Le Saint lieu
Du Tabernable admirable.
Joyeux en Dieu, par des banquets
Et par des danses
Nous sollennisions sa gloire:
Oh! quel clou, quel crève-cœur
Cela me fait
De n'en avoir rien que le souvenir.
0 mon âme, pourquoi me tourmentes-tu
Si fort?
Aie bonne confiance en Dieu;
Et encore je chanterai plus
Que jamais
Son visage porte-salut.
Et devant sa Majesté
Présenté
Avec mon allégresse première,
Je chanterai à mon Dieu
Un Psaume de repentir
Pour ma délivrance.

�— 272 —

Ilugitiu de ma maison
Trist jo son
En misar, en la montafia
D'Hermonim, deçà u Jordan,
Recordan
Ton corros qui m'accompafïa.
Los gophres s'atiran totz
A la votz
De tas briuentas paixêras :
Tu qui m'vezes abyssàt
Ahonsat
De phlotz d'ondas me capêras.
Tant es qu'un jorn, ta pietat,
E bontat
Dossa, tu m'auras mandada:
E sera la neyt, cantànn,
E pregann
Diu mon saubado, passada.
Dam tu labetz parlaré
E diré,
O roch sur qui jo m'empari,
Perqe m'as taut corregit,
Aphligit,
Per las mas de l'aduersari?

�— 27? —

Fugitif de ma maison
Je suis triste
Dans ma misère, sur la montagne
D'Hermon(i), deçà du Jourdain,
Me souvenant
Que ta colère m'accompagne.
Les gouffres s'attirent tous
A la voix
De tes déluges déchaînés :
Tu me vois abîmé
Enfoncé
Dans les flots d'eau dont tu me couvres.
Tant est qu'un jour, ta pitié
Et bonté
Douce tu m'enverras;
Et nous passerons la nuit chantant
Et priant
Dieu, notre Sauveur.
Alors avec toi je parlerai,
Et dirai:
0 rocher sur lequel je m'appuie,
Pourquoi m'as-tu tant châtié
Et affligé
Par les mains de l'ennemi?
(i) Ces collines sont appelées dans le texte Hébreu, Hermoniim,
monticules d'Hermon.
18

�Et me croixis totz los os
De mon cos,
Quant dam sa gaynarda cara,
Rizen, m'arretré tout jorn
A l'entorn,
E quin loc es ton Diu ara?
M'amna perqe m'vas tu tant
Tormentant ?
Ajas en Diu bon coratge :
Qu'encoà jo cantarà mes
Que jamès,
Son porta-salut visatge.

�— 275 —

II brise tous les os
De mon corps,
Lorsqu'avec sa moqueuse face,
Riant, il répète tout le jour
Autour de moi :
En quel lieu est maintenant ton Dieu
0 mon âme, pourquoi vas-tu tant
Me tourmentant?
Aie bonne confiance en Dieu :
Et je chanterai encore
Plus que jamais
Son visage porte-salut.

�PSAVME XLVI

Ta léu qu'adversitat nos tenta,
Diu nos es ajuda prezenta,
A qui, quan en perilh seram.
Prou d'esconedes trobaram.
Quant totas las terras magudas
E las montafias dessobudas
Deguens la ma s'ahonsarèn,
Noste co n'espauentarèn.
Broniscan sas ondas hangozas
E tempestejen eygrumozas,
Tant embohidas, que déjà
Hassan los Rocs cabussejà.
Mès los arrius de la Ribêra,
Engaydran la ciutat bera,
Ou lo Diu tres haut a botat
La maison de la Sanctetat.

�PSAUME

XLVI&lt;1}

Sitôt que l'adversité nous éprouve.
Dieu nous est un aide présent,
C'est en lui, quand, nous serons en péril,
Que nous trouverons assez d'abris.
Quand toutes les terres en mouvement
Et les montagnes ébranlées
S'engloutiraient dans la mer,
Notre âme n'en serait pas épouvantée;
Ses eaux fangeuses gronderaient-elles,
Et déchaîneraient-elles la tempête irritée,
Assez enflées déjà
Pour faire jouer de la tête aux rochers.
Mais les afflux de la rivière
Egayeront la belle cité
Où le Dieu très haut a placé
La maison de la Sainteté.

(i)

Vulgate. — Deus noster refugium et virtus.

�— 278 —
Diu rezident es au miey d'era
E per autant n'es mauedera:
Quant la Diana apropiarà,
Diu secos ly trametarà.
Et trebolhéc las gens perversas,
Eyglaziéc Natios diversas,
Tota la terra cohonoc
Ta léu que sa votz entenoc.

,

En las escozentas alarmas
Per nos ès lo Diu de las armas,
Lo Diu de Jacob es rempart
Qui nos garda de tota part.
Venguetz, contemplatz sas mervelhas,
Espiatz sas obras non parelhas,
Vezetz com' et a barejat
Lo país on s'es passejàt.
Et hara retira la goerra
Deqi aus darrés borns de la Terra,
Los arcz e lâsas croixirà,
E los carriotz arderara.
Et commanda qu'om se contenga,
Lo qui n'ac sçab (ditz et) aprenga,
E tostem aquesta leçon
Arretenga. que Diu jo son :

�— 279 —
Dieu résidant au milieu d'elle
Et pour autant elle n'est pas ébranlable;
Et quand la Diane retentira
Dieu lui portera secours.
11 a troublé les peuples pervers,
Effrayé Nations diverses,
Il confondit toute la Terre
Dès qu'elle entendit sa voix.
Dans les cuisantes alarmes
Pour nous il est le Dieu des armées;
Le Dieu de Jacob est rempart
Qui nous protège de toutes parts.
Venez, contemplez ses merveilles,
Regardez ses œuvres sans égales,
Voyez comme il a balayé
Le pays où il a passé.
Il fera reculer la guerre
Jusqu'aux dernières limites de la Terre,
Brisera les arcs &amp; les lances,
Et brûlera les chariots.
Il commande qu'on se contienne,
Que celui qui l'ignore, dit-il, apprenne,
Pour toujours cette leçon
Et retienne que je suis Dieu :

�— 28o —

E no serà Nátion ta ruda
On ma glòria no sia crefmda,
Ny païs ta superbiôs,
On no sia mon nom gloriós.
Aus assautz e caudas alarmas
Per nos es lo Diu de las armas,
Lo Diu de Jacob ès rempart,
Qui nos sauba ide tota part.

�— 281

—

Et il n'y aura Nation si grossière
Où ma gloire ne soit redoutée :
Ni pays si orgueilleux
Où mon nom ne soit glorifié.
Aux assauts &amp; chaudes alarmes
Il est pour nous le Dieu des armées
Le Dieu de Jacob est rempart
Qui nous protège de toutes parts.

�PSAVME L
Lo Diu deus Dius, lo Serio parlarà,
Lo Rey deus Reys, au hort crid de sa boca,
En un instant la Terra assemblera
De l'Orient au Soreil qui se coca:
De Siôn ornat d'excellenta
Beutat apparira,
E d'aqui sa cara luzenta
Per tot s'esplandirà.
Noste grann Diu peu segu venguerà,
Dissimulat no tyrà son coratge,
Cinctat de gran tempesta brugirà,
E hoec pruzent gitarà deu visa'tge.
Comparé dauant sa presentia
Ceus e Terra harà,
E sur son pople sa sententia
Justa pronuntiarà :
Botatz mas gens de ben au men costàt,
Triâtz a part los qui lejau seruici
Man heyt, segon qu'etz m'en auén prestat
Lo segrament, damb hòstia e sacriphici,

�PSAUME L&lt;"
Le Dieu des Dieux, le Seigneur parlera,
Le Roi des Rois, au fort appel de sa bouche,
Assemblera la Terre en un instant,
De l'Orient jusqu'où le Soleil se couche.
11 apparaîtra de Sion orné
De beauté excellente,
Et de là sa face resplendissante
Rayonnera de toutes parts.
Notre grand Dieu viendra à coup sûr,
Il ne tient pas son courage dissimulé,
Ceint de tempête grandiose il grondera,
Et de son visage jaillira un feù étincelant.
Il fera comparaître en sa présence
Ciel &amp; Terre,
Et il prononcera sur son peuple
Sa juste sentence :
Placez à mon côté mes gens de bien :
Triez à part ceux qui m'ont fait
Loyal service, suivant le serment qu'ilsm'avaientprêté,
Avec victimes &amp; sacrifices.
(i) Vulgate.— Deus Deorum Dominus lociitus est.

�— 284 —
Que los Céus cornen sa justitia,
Perqe et medix sera
Lo Grann Jutge, qui la malitià
Deus homes damnara.
Entenn mon pople, e dam tu parlaré :
Diu, ton Diu son, jo qui dam tu contesti,
O Israël, escota que t'diré,
E brembe t'plan de ço que jo t'protesti.
De tant de bestias que m'atucas,
E m'en hés oblation,
De tant de hoecz que tu m'alucas,
Jo no haré mention.
Jo n'ç que hà de brau près de ton ben,
Ny deu crabot qui sauta en tas campanas,
Tot ço que paix per la horest es men,
Men lo bestia d'vn mi-lé de montaiïas.
No viuen qu'a ma coneguda
Los auzetz montafiencz,
La saubatjua entretenguda
N'es que de mos pastencz.
Si jo e talent arrè no t'en diré,
L'vniversau monde es mon heretatge,
Més si deus braus la carn jo minjaré,
Ou sang de Boucs auré per mon beuratge?

�- 285 - .
Que les Cieux cornent sa justice,
Puisque lui-même sera
Le Grand Juge qui condamnera
La malice des hommes.
Ecoute mon peuple, &amp; je parlerai avec toi .
Dieu, je suis ton Dieu, moi qui conteste avec toi,
Oh! Israël, écoute ce que je te dirai,
Et souviens-toi de ce que je t'affirme.
De tant d'animaux que tu m'immoles,
Dont tu me fais oblation;
Et de tant de feux que tu m'allumes,
Je ne ferai mention.
Je n'ai que faire du taureau pris de ton bien,
Ni du chevreau qui bondit dans tes campagnes;
Tout ce qui paccage dans la forêt est mien,
Mien le bétail d'un millier de montagnes.
Les oiseaux des hauteurs ne vivent
Qu'à ma connaissance,
Et les bêtes sauvages ne sont entretenues
Que de mes pâturages.
Si j'avais faim, je ne t'en dirai rien :
Le monde entier est món héritage;
Mais si j'avais mangé la chair des taureaux,
Aurais-je pour breuvage le sang des boucs ?

�— 286 —
Laus donq au Sefio sacriphica
De boca e co devot,
Au Tres Haut tà speransa hica,
Deliura a Diu ton vot.
A ton secos apera ma bontat,
Si mau te pren e si dolo te pica,
Pux treyt per my hora d'aduersitat;
Lauza mon nom, e ma gloria puplica.
Mes tu, maixant, mas ordenansas
Andeque vas cantann,
Perqe vas tu mas aliansas
De boca recitann?
Pux qu'enemic de la disciplina ês,
E darré tu mas paraulas regitas,
E d'autà léu q'as vist los putanés
Ou los lairos, ta léu damb etz te gitas :
Jamés ta boca tu n'applicas
Qu'a mau e corruption,
E de ta lenga las practicas
No son que déception.
Sur un taulé tu t'sêzes a plazè,
Per té gaynà de ton prosme qui passa,
Pux volontés tu prenes lo lezè
De dize mau de ta medixa rassa.

�— 287 —
Sacrifie donc au Seigneur des louanges
De bouche &amp; cœur sincère,
Fixe ton espérance dans le Très haut,
Et livre tes voeux à Dieu.
Appelle ma bonté à ton aide :
Si malheur te surprend, &amp; si douleur te pique,
Viens à moi à l'heure de l'adversité ;
Loue mon nom, &amp; publie ma gloire.
Mais toi, méchant, pourquoi vas-tu
Chantant mes ordonnances,
Pourquoi vas-tu récitant
De bouche mes alliances)
Puisque tu es ennemi de la discipline,
Que derrière tu rejettes mes paroles,
Et que aussitôt que tu vois les débauchés
Ou les voleurs, tu te jettes avec eux:
Jamais tu n'appliques ta bouche
Qu'au mal &amp; à la corruption;
Et les habitudes de ta langue
Ne sont que déception.
Sur un établi assis à ton aise
Pour te moquer de ton prochain qui passe;
Puis volontiers tu prends le loisir
De mal parler même de ta race.

�— 288 —
De mentre qu'aixi tu t'eygrimas,
Per dissimulation
Passi tos cops, don tu m'estimas
Vn de ta condition.
Més qauque jorn jo t'en repreneré,
E t'en haré la cara vergonoza,
De punct en punct tos heytz jo condaré,
Mustran a totz ta vita malhurosa.
Sus donqas, sus gent dissoluda,
Qui ses reggla viuétz, .
E qui la memòria perduda
Deu Sobiran auétz.
Prenétz de gratia aqest ensefiament,
Notatz lo plan, perqe jo nobs arrape
Ses qe degun vos donga aleujament,
Ny qe degun des vosautes n'escape.
Qui de laus hara sacriphicis
Me gloriphicarà,
Qu'et s'acoustume a taus seruicis,
E mon salut veyrà.

�— 289 —
Tandis que tu t'escrimes ainsi,
Par dissimulation
Je passe tes coups : pourquoi tu m'estimes
Un de ta condition.
Mais quelque jour je te reprendrai,
Et t'en ferai la face vergogneuse,
Je conterai tes faits de point en point,
Montrant à tous ta vie malheureuse.
Debout donc, debout gent dissolue
Qui vivez sans règle,
Qui avez perdu la mémoire
Du Souverain.
Comprenez de grâce cet enseignement,
Notez le bien, de peur que je ne vous saisisse
Sans que nul ne vous donne allégement,
Et qu'aucun de vous n'échappe:
Celui qui fera des sacrifices de louanges
Et me glorifiera,
Qu'il s'habitue à tels services,
Et il verra mon salut.

19

�PSAVME LI

Misericòrdia au praube criminos,
Diu la bontat aqera tua alarga,
E per ta gran'clementia me descarga,
De mos peccatz, e de mas desaunos.
Laua m', Sefio, de mas iniquitatz,
Escura, brega, e neteja m'encoara.
Tant que mos crims per ta gratia quitatz
No vengan plus dauant ta Sancta cara.
Helas, jo m'vezi e conexi tacàt.
Mon mau tostem m'escorria e m'accuza,
A tu solet ç jo ses nada excusa,
E contra tu e dauant tu peccat.
Aixi sera d'autant plus la vertat
E certitud de tos dizes notaria,
E, que qu'om diga, auran de puritat
Tos jutjamens e sententias la gloria.

�PSAUME LI ■&gt;

Miséricorde au pauvre criminel, oh! Dieu,
Montre cette bonté qui est tienne :
Et par ta grande clémence que tu me décharges
De mes péchés &amp; de mes deshonneurs.
Lave-moi, Seigneur, de mes iniquités,
Recure, nettoie, &amp; frotte-moi encore,
Jusqu'à ce que mes crimes effacés par ta grâce
Ne viennent plus devant ta Sainte face.
Ilélas! je me vois &amp; reconnais tâché,
Mon mal toujours m'écorche &amp; m'accuse,
Devant toi seul j'ai péché sans excuse aucune,
Cojitre toi &amp; en ta présence.
Ainsi sera d'autant plus notoire la vérité
Et certitude de tes paroles,
Et quoi qu'on dise, tes jugements &amp; sentences
Auront la gloire de la pureté.
(i) Vulgate. — Miserere mei Deus.

�— 292 —
Certa-atau ès com' jo e tostem sçabut
Qu'iniquitat prengoc dam my naixensa;
Jo ç Diu mercè, certana coneixensa
Qu'en peccatz hu de ma may concebut :
E que vertàt simpla e nuza te platz,
E que tu m'as dat clara intelligentia
De tos segretz; e m'as arrevelatz
Mysteris grans de ta hauta sapientia.
Damb hysop donq mon peccat agreuat
Escoba tant, qu'au prop de my no sia
Blanca la néu, alabetz d'orrezia
Jo n'auré plus, quant tu m'auras lauàt.
Naueras donq gàujozas hém' auzi,
Plea m'de gay l'aurelha temeruga :
Labetz, Seno, se poyran argauzi
Los os croixitz de ma carn desastruga.
De mos peccatz volhas tos oeilhs virà,
E destintà mas iniquitatz totas
Qui m'pêzan tant, que mas costas arrotas
N'an plus que tu dessus qui s'emparà.
En my pauzà volhas vn co sancé,
E m'amaui l'esperit de dretura,
Tant que la mia amna, per ta mercè,
Semble de tot nauera creatura.

�— 293 —
J'ai toujours su comme chose indubitable
Qu'iniquité prit naissance avec moi; ■
Et Dieu merci, j'ai connaissance certaine
Que ma mère m'a conçu dans le péché.
Et que vérité simple &amp; nue te plaît,
Et que tu m'as donné claire intelligence
De tes secrets; &amp; tu m'as révélé
Les grands mystères de ta profonde sagesse.
Balaie si bien avec l'hysope, mon péché aggravé
Que la neige auprès de moi
Ne soit pas blanche; alors je n'aurai plus
De souillure, quand tu m'auras lavé.
Fais-moi donc entendre nouvelles joyeuses,
Remplis de joie mon oreille craintive:
Alors, Seigneur, pourront se réjouir
Les os brisés de ma chair ravagée.
Veuilles détourner tes yeux de mes péchés,
Et déteindre toutes mes iniquités
Qui me pèsent si fort, que mes côtes rompues
N'ont plus que toi sur qui s'appuyer. •
Veuilles placer en moi un cœur sain,
Et renouveler mon esprit de droiture,
Jusqu'à ce que mon âme, par ta faveur,
Semble une créature toute nouvelle.

�— 294 —
No
No
Hé
Da

m'casses Ion de ton visatge dos,
m'volhas pas ton Sanet Esperit tore,
que dam my per tostem et demore;
m'a senti que tu m'ès pietados :

Torna m', Sèno, lo gay de ton salut,
L'home qui per ton salut perd gaujensa :
E que sia atau, mon peccat m'a valut
Que tot plazé me torna en desplazensa.
He m'espouzà l'esprit de libertat
Ta' stretament, que phrem jo m'assegure.
E plus de paou e marriment n'endure
La seruitud on jo m'eri botat.
Alabetz jo, com vn exprimentat,
Aus desbarjatz mustraré tas dresseras;
E tornaran, arnegans maubestat.
Au bon camin au quau tu nos aperas.
Macta ma carn, deliura m'de ma sang,
Per my sera ta justitia exaltada :
Quant tu m'auras la lenga desligada,
Labetz ton laus jo' diré d'un co phranc.
Si tu volés sacriphici externau
Jo t'auri heyt prezeht de bestias grássas,
Més lo plazé contentant l'Eternau,
N'es pas lo hum de las carboadas assas (i).
(i) De

brûler, rôtir, torréfier.

�Ne me chasse pas loin de ton doux visage :
Veuilles ne pas m'enlever ton Saint Esprit,
Et qu'il reste avec moi à jamais;
Fais-moi sentir que tu m'es miséricordieux.
Seigneur, rends-moi la joie de ton salut;
L'homme qui perd ton salut perd le bonheur;
Et qu'il en soit ainsi, mon péché m'a valu
Que tout plaisir me tourne en déplaisir.
Fais-moi épouser le sentiment de liberté
Si solidement, que je m'assure ferme,
Et que je n'endure plus par peur ou regret,
La servitude où je m'étais mis.
Alors moi, comme un expérimenté,
Je montrerai tes voies aux égarés;
Et ils reviendront, en reniant ce qui est mauvais,
Au bon chemin où tu nous appelles.
Mâte ma chair, délivre-moi de mon sang,
Et par moi ta justice sera exaltée:
Quand tu m'auras délié la langue
Alors je chanterai tes louanges d'un coeur sincère.
Si tu voulais un sacrifice extérieur
Je t'aurais fait présent de bêtes grasses :
Mais le plaisir qui réjouit l'Eternel
N'est pas la fumée des grillades brûlées.

�— 296 —
Lo sacriphici on et s'agradarà,
Serà dolo de la pecca passada,
L'esperit trist e l'arana humiliada.
Lo co contrit et no mesprezarà.
Seno, ta gratia et bona volontat
A Syon bes en abondantia donga,
Perqe long temps ta naixenta ciutat
Hierusalem, ses murralhas n'estonga.
Labetz jejaus sacriphicis auràs;
E te seran prou d'uphertas portadas,
Dat prou de sang, prou de bestias vscladas.
Labetz vetétz sur -ton auta veyràs.

�— 297 —
Le sacrifice qui lui agrée
Sera le regret du péché passé,
L'esprit triste &amp; l'âme humiliée.
11 ne dédaignera pas un cœur contrit.
Seigneur, que ta grâce &amp; bonne volonté
Donnent à Sion des biens en abondance,
Pour que longtemps ta cité naissante, Jérusalem,
Ne demeure pas sans murailles.
Alors tu auras de joyeux sacrifices;
11 te sera porté assez d'offrandes,
Donné assez» de sang &amp; assez de bêtes passées au feu
Alors tu verras les veaux sur ton autel.

�PSAVME LXXIX
Diu, en la tua hereditat
La maligna gentilitat
Es violentament entrada :
La prophana gent a goastat
Ton palais Sanct, e ta ciutat
Hierusalem apilotada :

'

Etz an botat', aqetz traydos,
A mort tos praubes seruidos,
E dat lou cos a las auzeras.
Etz an, aquetz mau-talentos,
Heyt de la carn deus amicz tos
Pasteng a las bestias gangueras.
E coma qui' d'ayga harè
Bon marcat e l'escamparè,
Aixi lou sang an abessada,
Don etz an heyt los enviros;
E n'an persona sosterrada
Ne debarat au suberhos.

�PSAUME LXXIX w
Seigneur, en ton hérédité
La maligne gentilité
Est entrée violemment.
La gent profane a souillé
Ton Saint palais &amp; ta cité,
Jérusalem en ruines.
Ces traîtres ont mis
A mort tes pauvres serviteurs,
Et livré leurs cadavres aux oiseaux de proie.
Ils ont, ces êtres voués au mal,
Fait de la chair de tes amis
La pâture des bêtes immondes.
Et comme qui ferait d'eau
Bon marché, et la prodiguerait,
Ainsi ils ont versé le sang,
Là où ils ont fait le siège;
Personne ne fut mis sous terre
Ni descendu dans une fosse (2).
(1) Vulgate. — Deus venerunt gentes in hœreditatem.
(i) Ce vers
M. Durrieus.

manque aux

manuscrits,

il

a

été

ajouté

par

�— 300 —
Los qui vezis de nos autz sonn
Eixiulan ( i ) mantua canson
De nos hargada en joclaria.
Aus tena-tyens seruixém,
Tà malastrucz corn nos vezem.
De conde e de gaynardaria,
Helas donq, Seno, deqiaqant,
Seras tu nostes caps trucant
De ta pezanta man irada ?
Serà et tostem ton corros '
Com vn hoec ardent contra nos,
E caut coma braza coada }
Tas tempestas aras aumens
Arrevira contra las gens
Qui no t' conneixen e no t'aman,
Pausa tas indignatios
Sur las estranias Natios,
Qui no t'adoran ny reclaman.
Perqe tu vezes, quetz an trop
Gormandejat deu bon Jacob
La posteritat desolada,
Etz an a goast e destruction
Botat tota la possession
Que Jacob no aué leixada.
(i) Peut-être eixiuban, montrer, exhiber, produire. L en fait
un mot de nous inconnu,

�Ceux qui sont nos voisins
Exibent maintes chansons
Sur nous forgées en dérision.
Elles servent à nos terre tenants
Qui nous voient si malheureux,
De quolibets &amp; de moqueries.
Hélas donc, Seigneur, jusques à quand
Frapperas-tu nos têtes
De ta pesante main irritée?
Ton courroux sera-t-il toujours
Comme un feu ardent contre nous,
Et chaud comme une braise couvée ?
De grâce, retourne à présent
Tes tempêtes contre les gents.
Qui ne te connaissent ni ne t'aiment;
Fixe tes indignations
Sur les Nations étrangères
Qui ne t'adorent, ni ne t'invoquent.
Car tu vois qu'ils ont trop
Durement traité la postérité désolée
Du bon Jacob,
Et qu'ils ont mis à sac &amp; détruit
Toutes les possessions
Que Jacob nous avait laissées.

�— 3°2 —
Las, no nos volhas, corrossat
Arrevelhà deu tems passat
Los peccatz, e non tengas conde :
Ta misericòrdia deu Céu
Debare, e nos prenga plus léu
Que sian la perdition deu monde.
Diu que nostes pais an colut,
E de qui penn noste salut,
Goardam per l'auno de ta gloria,
Per ton nom volhas aboli
Totz nostes maus, e sepeli
De nostes peccatz la memòria.
Vos tu que las gens arrizens
Nos vengan tarridà dizens,
On està lo Diu d'aqet pople?
No Seno : Mes ton jutjament,
Rigorós contra aqera gent,
Sia per tot celebrat e noble.
Que la mort de nostes parens,
En la sang encoara borens
Qu'om a largament despenuda,
Dauant qu'a mpuri totz ajàn,
Arrevenjada nos vejàn
E carestiosament venuda :

�— 303 —
Hélas, ne veuilles pas, courroucé,
Réveiller du temps passé
Les péchés, &amp; n'en tiens compte;
Que ta miséricorde du Ciel
Descende, &amp; nous vienne avant
Que nous soyons la perdition du monde.
Dieu que nos pères ont servi,
Et de qui dépend notre salut,
Conserve-nous pour l'honneur de ta gloire;
Veuilles, pour ton nom, abolir
Tous nos maux, &amp; ensevelir
Le souvenir de nos péchés.
Veux-tu que les gens en riant
Viennent nous agacer, disant :
Où est le Dieu de ce peuple?
Non, Seigneur : mais ta sentence
Rigoureuse contre de telles gens
Sera partout célébrée &amp; noble.
Que la mort de nos parents
Encore bouillants dans le sang
Si abondamment répandu,
Qu'avant de mourir tous
Nous la voyons enfin vengée,
Et chèrement payée.

�— 304 —
Que lo crid deus nostes, plorans.
En captivitat demorans,
Puje aii Céu dauant ta presentia,
Per ton bras poderós e hort,
Los qui sonn au cotét de mort
Escapen la dura sententia.
Tourna au seng deus vezis, Seno,
Tourna au sept en la deshono,
L'arcast e la gaudissarià
Don etz an, en noste torment
Vitupérât indignament
No pas nos, més ta Seiïoria.
E nosautz qui tos homes em,
Qui nos prezicàm e dizém
Lo tropet de ton pasturatge;
Ton jutjament benaziràm (i),
Eternaument celebraràm
Tos heytz aus nostes d'atge en atge.
(1)

Ce vers

M. Durrieux.

manque aux

manuscrits,

il

a

été

ajouté

par

�Que le cri des nôtres, pleurants,
Retenus en captivité,
Monte au Ciel en ta présence :
Par ton bras puissant &amp; fort,
Que ceux qui sont sous le couteau
Echappent à la dure" sentence de mort.
Seigneur, fais rentrer au cœur des voisins
Fais rentrer sept fois la honte,
L'insulte &amp; la moquerie
Dont ils ont, pour notre tourment,
Vitupéré indignement
Non pas nous, mais ta Seigneurie.
Et nous, qui sommes tes hommes,
Qui nous disons &amp; proclamons
Le troupeau de ton pâturage,
Nous bénirons ta sentence.

Nous célébrerons éternellement
Tes faveurs pour les nôtres degônération en génération.

�PSAVME CXIII

Hilhotz, que lo Seno prezêtz,
E que sur tot son nom lauzètz,
Que sa bontat sia prezicada,
E de secle en secle cantada :
Deu soreilh coc deqiau leuât
Per tot son nom sia susleuat,
E demest totas Natios
Sia tengut Sanct e pretios.
Son podé grann s'es illustrât
E dessus totas gens mustrat,
Sa gloria totas glorias passa,
E dessus los Ceus a sa plassa.
Quin es qui s'gauzarà
Dam noste Diu acomparà?
Qui s'es volut haut assetià
Per la Terra e los Céus espià.

�PSAUME CXIII

Enfants, priez le Seigneur,
Et surtout que son nom soit loué,
Que sa bonté soit divulguée
Et chantée de siècle en siècle :
Du soleil couchant jusqu'au levant
Que partout son nom soit exalté.
Et que devant toutes les Nations
Il soit tenu Saint &amp; précieux.
Son grand pouvoir s'est'illustré
Et a rayonné sur tous les peuples;
Sa gloire dépasse toutes les gloires,
Et a sa place au-dessus des Cieux.
Quel est celui qui osera
Se comparer à notre Dieu?
Qui a voulu s'asseoir si haut
Pour regarder la Terre &amp; les Cieux,
(i) Vulgate. — Laudate pueri Dominum.

�— 308 —
Qui leua lo praube abyssat
Deguens la hanga bardissat,
Copia dam los Seriós e Princes
De son pople los homes minces.
A la qui no pot maynadà
En casa demoransa dà,
E la remplix tota de gay
En la hazent de betz hilhs may.

�— 3og —

Qui relève le malheureux déchu
Couvert de fange,
Et couple avec les Princes &amp; Seigneurs
De son peuple les hommes minces.
A celle qui ne peut enfanter
Il accorde d'habiter sa maison.
Et la remplit toute de joie
En la faisant mère de beaux enfants.

�PSAVME CXIV

Quant Israël d'Aegypte s'espartic,
Et de Jacob la família sortie
Dé la terra bàrbara,
Juda hoc heyt la sanctiphication
La horta man e la domination
De Diu qui tot empara.
La ma qi vie a la huta s'botéc,
A l'endarré Jordan son briu portée;
Qui hoc grana mervelha,
Los montz sautén aixi corn betz motos,
E los tucos corn anerètz leytos
Quant seguixen l'auelha.
Perqè Jordan a cap-sus t'en tornés ?
Don tu partie ma que tu t'espamés
E hugis a la porta ?
Quibs hèc o montz sauta com bétz motos,

�PSAUME CXIV (1&gt;

Quand Israël quitta l'Egypte,
Et que la famille de-Jacob sortit
De la terre barbare,'
Judas fut fait la sanctification
La forte main &amp; la domination
Du Dieu qui tout protège.
La mer le voyant se mit en fuite,
Le Jourdain porta son cours en arrière;
Ce qui fut grande merveille,
Les montagnes bondirent comme beaux moutons,
Et les collines comme agnelets à la mamelle
Quand ils suivent la brebis.
Pourquoi, Jourdain, t'en es-tu retourné en arrière?
D'où vient, ô mer, que tu te pâmais
Et que tu fuyais à la porte?
Qui vous fit montagnes, bondir comme beaux moutons,
(i) Vulgate. — In exitu Israel de jEgypto.
Les Psaumes 114 et 115 n'en font qu'un dans les éditions
catholiques, &amp; deux, au contraire, dans les éditions hébraïques,
&amp; protestantes.

�Vosautz tucos com aneretz leytos,
Quant an la may de costa?
Quant lo Serio, lo grann Diu de Jaco
Mustra sa cara, e segotix d'un cop
La terra estrementida :
Qui deus calhaus ua gran'lacà tirée,
E qui sas gens de la rôca abeuréc
En aygas conuertida.

�Vous collines, comme des agneaux à la mamelle
Quand ils ont la mère à côté?
Quand le Seigneur, le grand Dieu de Jacob
Montre sa face, il ébranle d'un coup
La Terre frémissante,
Lui qui tira un grand lac des cailloux,
Et abreuva son peuple avec le rocher
Converti en eau.

�PSAVME CXV

No pas a nos Seno, no pas a nos.
Més a ton nom tot laus, totas aunos
E tota glòria assigna;
Per approbà la constantia e vertàt
De ta promessa, e mustrà ta bontàt
E ta dosso benigna.
Perqe de nos las gens se jonglaràn,
E per gaudi nos interrogaran :
On es aqet Diu voste?
En qui crezétz, quibs ajuda e sosten,
On es campat? en quin monde se ten,
Que tant de veze coste?
Certas au Cêu, pux qu'ac voletz sçabè,
Es noste Diu qui tot lo monde vè,
Tot ordonna, e dispauza,
Tot hé segon sa bona volentat,
De son podô arrè n'es exemptât,
Petita, ny gran' cauza.

�PSAUME CXV w

Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous,
Mais à ton nom toute louange, tout honneur
Et toute gloire attribue;
Pour établir la constance &amp; vérité
De ta promesse, &amp; montrer ta bonté
Et ta douce bénignité.
Pourquoi les gens se moqueront-ils de nous
Et nous demanderont-ils, en raillant:
* Où donc est ce Dieu votre?
En qui croyez-vous, qui vous soutient &amp; vous aide?
Où est-il campé? Quel monde habite-t-il,
Qu'il en coûte tant pour le voir.
Puisque vous voulez le savoir,notre Dieu certainement
Est au Ciel d'où il voit tout le monde,
Ordonne tout &amp; dispose,
Et tout fait selon sa bonne volonté:
Rien-n'est exempt de son pouvoir
Ni petite, ni grande chose.
(■) Vulgate, — Non nobis Domine non nobis.

�-

3i6

-

Més vostès Dius, no soun que Dius pertreitz,
Dius simulatz, Dius d'aur e d'argent heytz,
De vostas mas obratge:
Aurelhas an ses nat entenement,
Oeilhs an ses vista, e nas ses sentiment,
E boca ses lengatge.
Mas an ses toc, pes ses pas, gaüt an
Qui no poyrè, ny parlann ny cantann,
A la votz da passada.
A comparat a sas obras serà
L'obré qui us talha, e lo qui en etz aurà
Sa hizansa pauzada.
O Israël, ta speransa e recos
Sia lo Sefio : lo Seno es ton secos,
Rondela e saubagoarda :
Maison d'Aron, ta speransa e recos
Sia lo Seiïo, qui prompt à ton secos,
De mau te sauba e goarda.
Qui crenetz Diu, ajatz hiza e recos
A tau Seno, qui es rondêla e secos,
A qui l'ama e l'abrassa:
Diu en son co nos porta e portarà
Més que jamés, d'Aron benazirà
E d'Israël la rassa.

�— 3i? —

Mais vos Dieux ne sont que Dieux peints,
Dieux simulés, Dieux faits d'or &amp; d'argent,
Ouvrage de vos mains :
Ils ont des oreilles sans nul entendement,
Des yeux sans vue, un nez sans odorat,
Et une bouche sans langage.
Ils ont des mains sans tact,des pieds sans mouvement
Un gosier qui ne peut, ni parlant ni chantant,
Donner passage à la voix.
A ses œuvres sera comparé
L'ouvrier qui les taille, &amp; celui qui aura
Placé en eux sa confiance.
0 Israël, que ton espérance &amp; ton recours
Soit dans le Seigneur : Le Seigneur est ton secours
Bouclier &amp; sauvegarde :
Maison d'Aaron, ton espérance &amp; ton recours
Sera dans le Seigneur qui, prompt à te secourir,
Te préservera de mal &amp; te sauvera.
Vous qui craignez Dieu, ayez confiance &amp; recours
A tel Seigneur, qui est bouclier &amp; protection
De qui l'aime &amp; lui tend les bras.
Dieu nous porte dans son coeur &amp; nous portera
Plus que jamais; il bénira
La race d'Aaron &amp; d'Israël.

�-1&lt;§ Petitz e grans qui reconeixeràn
Diu per Serio, de bes abondaràn
Etz e lou parentela:
Diu vos darà bes sur bes largament,
Diu vo sos bes estene longament
Dessus vosta seqüela:
Perquè vosautz etz charament amatz
D'aquet Serio qui los Ceus a hormatz,
E la Terra creada :
Dam l'home a heyt de sos bes partizon,
Et a goardàt lo Céu per sa maison,
La Terra a l'home a dada.
Los cos, Serio, de vita desparatz
Not' lauzaràn, ny los qui debaratz
Sonn aus locz de silentia :
Nos autz viuens per tot on aniram
D'ara a jamés ton nom prezicaram,
E ta gran' excellentia.

�=—319 —
Petits &amp; grands qui reconnaîtront
Dieu pour Seigneur, jouiront de biens en abondance
Eux &amp; leur parente :
Dieu vous donnera largement biens sur biens,
Dieu veut les étendre longuement
Sur votre descendance.
Parce que vous êtes chèrement aimés
Par ce Seigneur qui a formé les Cieux,
Et la Terre créé.
Il a fait avec l'homme le partage de ses biens :
Il a gardé le ciel pour sa maison
Et a donné la Terre à l'homme.
Seigneur, les corps destitués de vie
Ne te loueront pas, ni ceux qui sont
Descendus aux lieux du silence :
Pour nous vivants partout où nous irons
D'aujourd'hui à jamais nous publierons ton nom,
Et ta grande excellence..

�PSAVME LXX

O Diu présentament
Volhas ta man estene,
Plassia t'coeytadament
Jo Judà me dehene.
Lo qui m'argoeyta au pas
E de m'aucize pensa,
Anga tot cara bas,
Cargat de cohonensa.
Qui porta indignament
Sur my la dent maligna,
Porte envergôniment
Per recompensa digna.
De son conseilh mocat ( i )
Sia lo qui m'hé la moâ,
Qui m'a tant aücat,
E cridat, hoà, hoà.
(i) Je le dérive de fi«XacJ&gt;

se

moquer, tourner en ridicule.

�PSAUME LXX

(1)

0 Dieu présentement
Daigne étendre ta main,
Et qu'il te plaise bientôt
De me défendre, moi Judas.
Que celui qui guette mes pas
Et pense à me tuer,
S'en aille tête basse,
Chargé de confusion.
Qui porte indignement
Sur moi la dent malfaisante,
Soit couvert de honte
Pour sa juste récompense.
Que celui qui me fait la moue
Soit tourné en ridicule pour son intention,
Lui qui m'a si souvent hélé,
Et crié : hoé, hoé.
(0

Vulgate. — Deus in adjutorium meum intende.

�— 322 —
Mes tot contentament
JE solas en Diu aja
Qui devotiosament
De troba Diu s'assaja.
Los qui sa protection,
Aman lo bon coratge,
Digan : Tota Nation
Lauze Diu en tot atge.
Jo bas é apraubit
De caje son en vias,
Diu, si prompt e subit
Secos tu no m'embias.
O mon exprimentat
Sosten e deliuransa,
Espia ma praubetat,
E ton secos m'auansa.

�Mais tout contentement
Et toute satisfaction ait en Dieu
Qui dévotieusement
Essaie de trouver Dieu.
Ceux qui aiment de bon cœur
Sa protection,
Diront : que tout peuple
Loue Dieu en tout âge.
Moi, humble &amp; appauvri
Je suis sur la voie de là chute,
Dieu, si tu ne m'envoies
Un secours prompt &amp; immédiat.
0 mon expérimenté ,
Soutien &amp; qui me délivres,
Considère ma misère,
Et hâte-toi de me secourir.

�PSAVME CXVI

Damb vn cô plen d'ardêta a-mô
Leuan ent' a Diu ma clamo,
Jo trobi la sua aurelha presta
Per entérina ma requesta :
En et donqas jo m' hizaré
E son nom Sanct inuocaré.
Quant virà la jornada escura
De ma tribulation plus dura,
Deus cordetz de mort entrabat,
E de maus hôssaris trobat,
Jo senti mon cô de destressa
Cajut en pregona tristessa.
Mes alabetz l'acoustumat
Remedi men ç reclamat,
Seno (cridan en mon coratge)
Deliura m' de mortau passatge.

�PSAUME CXVI &lt;»

Avec un cœur plein d'amour ardent
Elevant ma clameur vers Dieu,
Je trouve son oreille favorable
Pour entériner ma requête :
C'est pourquoi j'aurai confiance en lui,
Et son Saint nom j'invoquerai.
Quand tourne la journée obscure
De ma tribulation plus dure,
Les liens de la mort m'étreignant,
Les terreurs de la tombe me troublant,
Je sens mon cœur de détresse
Tombé en profonde tristesse.
Mais alors mon accoutumé
Remède j'ai demandé.
Seigneur (ai-je crié en mon cœur),
Délivre-moi de cette épreuve mortelle.

(i)

Vulgate. — Dilexi quoniam exaudiet Dominus.
Ce Psaume forme les n0i 114 &amp; 115 dans la Bible catholique &amp;
116 seulement dans la Bible hébraïque, juive &amp; protestante.

�Noste Diu es bon, just e dos,
Promp a secorre e pietados :
Los petitz, e simples esproa,
Més de secos los enviroa.
Et m'aué leixat ahonsa;
Més leuàt m'a despux en ça,
Tourna que Diu tant de ben m'a heyt
Que deu pas de mort et m'a treyt,
Goardat mos pes de trebucadas,
E m'a las lermas eixugadas.
Ë pertant jo caminaré
Dauant Diu, tant que jo viuré,
Parlà m'a heyt la mià crezensa,

De maus son estat en la premsa,
Mes en huta precipitat,
E tot de glazi tresportat
Quant l'home era prest dé m'aucize.
Jo n'ç pertant leixat de dize :
Tot home s'abuza e mentix,
Se m'esconda, e decep medix.
Mes rjuina recompensa bona
Te dare jo prauba persona,
Sefto, de tant e tant de bés
Que de ta larga man ç pres ?
De salutz préneré la covppa,

�— 327 —
Notre Dieu est bon, juste &amp; doux,
Prompt à secourir &amp; pitoyable.
Il éprouve les simples &amp; les faibles,
Mais il les entoure de secours..
Il m'a laissé m'enfoncer;,
Mais depuis il m'a relevé;
En échange il m'a fait tant de bien
Qu'il m'a arraché du pas de mort,
Gardé mes pieds de broncher,
Et essuyé mes larmes.
Et c'est pourquoi tant que je vivrai
Je marcherai devant Dieu.
Ma croyance m'a fait parler.
(Ici finit le Psaume 114 dans la Bible catholique &amp; commence
le Psaume 115.)

J'ai été sous l'oppression du mal,
Mais précipité en fuite,
Et tout transporté de frayeur
Quand l'homme était prêt à m'égorger,
Je n'ai pourtant pas laissé de dire :
Tout homme s'abuse &amp; ment,
Me surprend s'il trompe de même.
Mais quelle récompense bonne
Te donnerai-je, pauvre hère,
Seigneur, pour tant &amp; tant de biens
Que j'ai reçu de ta main généreuse?
Je prendrai la coupe des saluts,

�Mos votz dauant tota la troupa
De ton pople t'acompliré,
E ton Sanet nom invocaré.
Ta bontat deus tos es curoza,
E d'etz la mort t'es pretioza.
Serio, ton servido jo son,
E deus mendres de ta maison
Nascut son hilh de ta sirventa;
Tu m'as dequia l'hora presenta
Deliurat de maus, e trencat
Las herrias on eri estacat.
Jo t' presentaré sacriphici
De laus e de deuot seruici.
Jo m'en vau tot presentament
Réclama Diu públicament,
Perquè totz y prengan exemple
Au parauis de son Sanet tempk
Jo m'en ire solennament
Ha de mos votz l'acompliment
Au miey de la sagrada plassa
On tot Hierusalem s'amassa :
Atau los convidaré totz;
Sus, lauzatz l'Eternau dua votz

�— 329 —
Et devant toute la foule
De ton peuple j'accomplirai mes vœux,
Et ton Saint nom j'invoquerai.
Ta bonté-est pleine de sollicitude pour les tiens,
Et leur mort t'est précieuse.
Seigneur, je suis ton serviteur
Et des moindres de ta maison,
Js suis né fils de ta servante :
Tu m'as jusqu'à l'heure présente
Délivré de maux, &amp; brisé
Les liens de fer dont j'étais attaché.
Je t'offrirai sacrifice
De louanges &amp; de pieux services;
Je m'en vais tout présentement
Invoquer Dieu publiquement,
Pour que tous en prennent exemple.
Au parvis de son Saint Temple,
Je m'en irai solennellement
Accomplir mes vœux,
Au milieu de la place sacrée •
Où tout Jérusalem se réunit :
Ainsi je les convierai tous;
Sus, louez le Seigneur d'une voix.

�PSAVME CXVII

Totas gens lauzen lo Seflo,
Totz poples ly dongan auno :
Perqe gratiôs e clement
S'es mustràt a nos grandament;
Tostem dura sa hizautat :
Lauzatz lo Diu d'Eternitat.

�PSAUME CXVII

N

Que toutes les Nations louent le Seigneur,
Que tous les peuples lui rendent honneur
Parce qu'il s'est montré grandement
Bienveillant &amp; généreux pour nous;
Sa fidélité dure toujours :
Louez le Dieu d'Eternité.
(i) Vulgate. — Laudate Dominum omnes gentes.

�PSAVME CXX
En mas tribulatios
Leui mas oratios
A tu qui m' vos entene :
Deus homes mau-'parles,
Desbocatz. messongés,
Sefio, sabi m' dehene.
Lengut, que t' seruirà,
De que t'auansarà
Ta lenga envércada ?
Totz treytz aguzeràtz
Ardentament tiratz
De mau arrehorsada ?
Perqe ton parlà gréu
Sembla lo hoec d'agreu,
Si nat ben no t'en resta ?
E son més ton lardos
Escozens que carbos
Alucatz de giësta ?

�PSAUME CXX &lt;»

Dans mes tribulations
J'adresse mes prières
A toi qui veux m'entendre :
Des hommes mal-parlans
Insulteurs et menteurs,
Seigneur, je sais me défendre.
Bavard, à quoi te servira,
En quoi t'avancera
Ta langue chargée de venin?
Tes traits aiguisés
Lancés violemment
Renforcés de malice ?

.

•

Pourquoi ta parole malfaisante
Ressemblant à un feu de houx
S'il ne t'en reste aucun bien ?
Et tes lardons qui sont
Plus cuisants que charbons
Enflammés avec des genêts ?
(0

Vulgate. — Ad dominum cum tribularer clamavi

�— 334 —
Ah dé my, malhuros,
Qui vau, mulhân de pics
Las Terras Mesechias,
D'auejansa acabàt
Per tant està debàt
Las tendas Kedarias.
Hugit de ma maison,
Long tems a qué jo son
Acy dam gent bàrbara :
Jo n'amy que la pazt
Era brusca se platz,
Quant en combat debara.
Jo parli dossament
E moderadament
Per baralhas abaté :
Mes quant plus jo son dos,
Tant més pies de corros
No demandan que bate.

�Ah pour moi, malheureux,
Qui vais, mouillant de larmes
Les terres de Mecheck,
D'ennui accablé
Pour avoir tant été sous
Les tentes de Kédar.
Enfui de ma maison,
11 y a longtemps que je suis ici
Avec gent barbare :
Je n'aime que la paix
Elle brutale, se plaît
Quand elle descend au combat.
Je parle doucement
Et avec modération
Pour abatre les clôtures;
Mais, plus je suis calme,
Plus ils sont en courroux
Ne demandant que battre.

�PSAVME CXXI

Leuàt ent' aus pôtxutz cabelhs
De las môntanas, ç mos œilhs
Espiàn don secos me vayrà,
Més mon secos es e sera
Diu, qui de sa man poderoza
Hec Céus e Terra spatiosa.
Per te ha caje en un mau pas
Ton pé n abandonarà pas,
Ton gardean no dromirà,
Lo dromilhon no tentarà
Jamés l'ceilh vigilant e noble
Qui goarda d'Israel lo pople.
Diu te goarda, Diu te manten,
A ton costat dret Diu se ten :
Quant lo soreilh escauharà,

�PSAUME CXXI &lt;"

J'ai levé mes yeux
Vers les cimes pointues des montagnes,
Cherchant d'où viendra mon secours;
Mais ce secours est &amp; sera
Dieu, qui de sa main puissante
A fait les Cieux &amp; la Terre spacieuse.
Pour te faire tomber en un mauvais pas
Il n'abandonnera pas ton pied :
Ton gardien ne dormira pas,
Et l'assoupissement ne tentera
Jamais l'œil vigilant &amp; noble
Qui garde le peuple d'Israël.
Dieu te garde, Dieu te conserve,
Il se tient droit à ton côté :
Quand le soleil échauffera
('I Vulgate. — Levavi oculos meos in montes.

�3?8 Lo miey jorn, &amp; no t'vsclara,
E la Lua, dam sa mahêra,
De neyt no t'sera daumatgera.
Damb et, tu no perilharas
De cos ny d'amna; e trobaràs
Que tos ahas prosperaràn,
E que dams sa guiza seran,
Per ara e tostem, benazidas
Tas entradas e tas eixidas.

�— ÌÌ9 —

Le midi, il ne te brûlera pas;
Et la lune, avec ses hésitations,
Ne te sera pas préjudiciable la nuit.
Avec lui, tu ne péricliteras
Ni de corps ni d'âme; &amp; tu trouveras
Que tes affaires prospéreront,
Et que grâce à lui, tes entrées &amp; tes sorties,
Aujourd'hui comme toujours.
Seront bénies.

�PSAVME CXXIII

A tv mon Diu, deus Céus habitado,
Leui mos oeilhs, e com un seruido
Ent'a la man deu meste l'oeilh adressa,
E la sirventa ahita la maistressa,
A tau los oeilhs a tu leuatz syram,
Tant que de tu pietat impetraràm.
Estenn Seno dessus nos tas bontatz,
Perqe nos ém trop pies, e hastiatz
De tantas premudas que nos bentejan

(i)

Deus orgolhoss qui de nos bauardejan:
Nos n'enteném arrè qu'aqestes gras
Qui ses prepaus tot cop nos dann deu (2) nàs.
(1) Ce vers qui manque aux manuscrits a été ajouté par
M. Durrieux.
(2) Ou plutôt seu.

■f

�PSAUME CXXIII^

Vers toi mon Dieu, habitant des Cieux,
Je lève mes yeux, &amp; comme un serviteur
Regarde la main de son maître,
Et la servante flatte sa maîtresse,
Ainsi nos yeux vers toi seront levés,
Tant que nous n'aurons pas obtenu de toi pitié.
Seigneur répands sur nous tes bontés,
Parce que nous sommes obsédés &amp; fatigués
Parles vexations nombreuses qui nous laissent sans repos,
Des orgueilleux qui bavardent sur nous.
Nous n'entendons que ces vauriens
Dont les propos à tout coup nous donnent sur le nez
(0

Vulgate. — Ad te levavi oculos meos.

�PSAVME CXXIV

Si no hos (Israël diga)
Que Diu de sa man amiga
Noste dret a sostengut,
E bon per nosautz tengut,
Quant la gent de rauja armada
Contra nos s'era leuada
De coratge despulhatz,
Vius nos aurê trangolhatz.
Ja la soberua a)rgassera
Dessus nostes caps passera,
Au pregond deus maus aygatz
Ara serem engorgatz.
Sia benazida e lauzada
La bontat de Diu sagrada,
Qui nos goardèc de las dens
De sos enemicz ardens.

�PSAUME CXXIV(1&gt;

Israël réponds : si Dieu n'avait pas
De sa main amie
Soutenu notre droit,
Et tenu bon pour nous,
Quand un peuple armé de rage
S'était levé contre nous
Destitués d'énergie,
Ils nous auraient engloutis vivants.
Déjà le déluge envahissant
Passait par dessus nos tètes,
Et nous serions maintenant
Perdus au fond des gouffres des eaux.
Soit louée &amp; bénie
La bonté de Dieu sacrée,
Qui nous préserva des dents
De ses ennemis acharnés.
(i) Vulgate. — Nisi quia Dominus erat in nobis

�— 344 —
Aixi com' l'auzet escapa
De la matola ou latrapa
Deu hilat qui s'es desheyt,
Un bet escap auém heyt.
Diu qui los Céus e la Terra
Créée, per nos hè la goerra:
De Diu lo nom grann' e hort
Es nosta ajuda e susport.

�— 345 —
Ainsi comme l'oiseau échappe
Au piège ou à la trappe
Du filet qui s'est défait,
Nous nous sommes bien échappés.
Dieu qui créa le Ciel &amp; la terre,
Afait la guerre pour nous:
Le nom Saint &amp; puissant de Dieu
Est notre abri &amp; notre soutien.

�PSAVME CXXV

Lo qui sa speransa en Diu pauza
Tostem constant demorarà
Com' lo mont Syon; quifia cauza
Que venga, no s'maujarà.
Hiersusalém per totz costàtz
De montafias es tornejada,
E Diu per tostern a cinctatz
Los sos de goarda assegurada.
Diu no vo que la verga dura
Deus maixans sur la condition
Deus bos s'arrepauze; e n'endura
Qu'ajan tostem domination;
Perqe lo bon croixit e las
De las oppressios tyrannicas,
Hinaument n'auanse las mas
A hà nadas obras iniqas.

�PSAUME CXXV(1&gt;

Celui qui pose son espérance en Dieu
Demeurera toujours ferme
Comme la montagne de Syon; &amp; quelque chose
Qui advienne, il ne sera pas ébranlé.
Jérusalem de tous côtés
Est entourée de montagnes,
Et Dieu enveloppe à tout jamais
Les siens dans sa protection assurée.
Dieu ne veut pas que la verge dure
Des méchants sur la condition
Des bons s'appesantisse; il ne supporte pas
Qu'ils aient toujours domination;
Pour que le bon écrasé &amp; lassé
Des oppressions tyranniqUes,
Finalement ne prête les mains
A nulles oeuvres d'iniquité.
(i) Vulgate. — Qui confickmt in Domino.

�- 348 —
Seno he ben a las gens bonàs,
E no leixes pas a l'estrèt,
Au grat de las aulas personas,
Los homes qui sonn de co dret.
Mes lo qui tira obl'iqament
Lon deus bos, damb aqetz camine
Qui hén maus descubertament:
E pats en Israel domine.

�Seigneur, fais du bien aux bonnes gens,
Et ne laisse pas à l'étroit,
Au gré des méchantes personnes,
Les hommes qui sont de cœur droit.
Mais que celui qui tire obliquement
Loin des bons, chemine avec ceux
Qui pratiquent le mal à face découverte.
Que la paix règne sur Israël.

�PSAVME CXXVI
Quant Diu Syôn de servitud tiraua,
Cadun de nos sauneja se pensana,
D'admiration tant eran arrapatz,
Quant ses pensà nos trobem escapatz.
Nos, arrizens a boca desbarrada,
Vengom cantans a lenga desplegada:
De nos dizén las Natios alabètz,
Diu s'es portat miraculós damb etz.
E de vertat, a sa gent desolada
Diu sa bontat merbelhosa a mustrada:
Don nos auem tres ( i ) justa occasion
D'aué lo co plen d'exultation.
Coma l'autan aprop longa sekera
Los delauàs e las plojas apera,
Atau, Serio, he tornà los captius
Restant encoara au demest deus gentius.
Aixi lo qui semôa dam tristessa
Estuarà dam cansos d'alegressa,
Aixi dam gay sas garbas portarà
Lo qui dam plos heyt semoados aurà.
( i ) Encore tres.

�PSAUME CXXVI&lt;»
Quand Dieu arrachait Syon de servitude,
Chacun de nous croyait rêver,
Tant nous étions transportés d'admiration,
Et nous nous trouvâmes échappés sans y penser.
Nous, riant à bouche ouverte,
Rentrâmes, chantant à langue déployée :
Et les Nations dirent alors de nous :
Dieu est intervenu miraculeusement pour eux.
Et en vérité, à son peuple désolé
Dieu a montré sa bienveillance merveilleuse;
Et ce nous fut une occasion très légitime
D'avoir notre cœur plein de joie.
Comme l'autan après longue sécheresse
Appelle la pluie &amp; les averses,
Ainsi, Seigneur, fais revenir les captifs
Qui restent encore parmi les gentils.
Ainsi celui qui a semé dans la douleur
Récoltera pendant l'été avec chansons d'allégresse
Ainsi il portera joyeusement ses gerbes
Celui-là qui aura fait semailles dans les larmes.
(i) Vulgate. — In convertendo Dominus captivitatem Sion

�PSAVME CXXVII
Si lo Seno no bastix la maison
Envaganan s'ahana lo masson;
Si lo Seno no goarda la ciutat
Voste velha n'es so (i) que vanitat.
Que dauant jorn leuatz, tard arpairètz (2),
Que pan de pcena e dolo devorètz
Tât quebs volhatz; Diu ses ta grann tormêt
Ilara dromi sos amicz dossament.
Si nos auém hilhs e posteritat,
De Diu nos ven aqera haereditat;
Lo phrut deu vente es son gratuït don;
Mes non content deus da tau goazardon.
Aprop que dat nos a de betz enhans,
E los hê creixe en horsa e vigo d'ans;
Comparadès aus tréytz plan empenàtz
Qu'vn home hort manten a pies punatz.
Qui de taus tréytz lo son boyrac a plen,
Dize se pot embiroât dé ben,
Quant aperat en jutjament serà,
Sos enemicz aqi no creûerà.
(1) Sonque, probablement.
(2) Ajow 7rs5ov, s'accommoder en son logis, se coucher,
mettre à l'aise.

�PSAUME CXXVII(,)
Si le Seigneur ne bâtit pas la maison
Le maçon se presse en vain;
Si le Seigneur ne veille pas sur la cité
Votre vigilance ne sera qu'inutile.
Que vous soyez levés avant le jour, &amp; couchés tard,
Que vous dévoriez le pain de misère &amp; douleur
Tant que vous voudrez : Dieu sans tant de fatigues
Fera dormir ses élus doucement.
Si nous avons fils &amp; postérité,
Cet héritage nous vient de Dieu :
Le fruit des entrailles est son don gratuit,
Et non seulement il les donne, mais il les conserve.
Après qu'il nous a donné de beaux enfants,
11 les fait croître en force &amp; en vigueur d'années :
Comparables aux flèches bien empennées
Qu'un homme robuste maintient à pleines poignées.
Celui qui a son carquois plein de telles flèches,
Peut se dire comblé de biens,
Et quand il sera appelé en jugement
Il ne craindra pas là ses ennemis,
(i) Vulgate. — Nisi Dominus

cedificavertt

Domum

�PSAVME CXXVIII

Qui crenes Diu, e de sas vias
Entaus extrems no horivias,
Mes tira drèt vos a jamés,
Vros home es.
Perqe de tas mas diligentas
Laboran, ta vita sostentas,
Aürat, en ço que haras,
Tu t'trobaràs.
Aixi q'ua vit de gran' leuada
De costa ta maison plantada,
La molhé que Diu te dara
Phrut portarà :
Tos hilhs com beras arrenguetas
De plantas d'oliués jonetas,
Embiron ta taula seràn
Plaze t'daràn.

�PSAUME CXXVIII(1)

Qui crains Dieu, &amp; ne dépasses
Pas les limites de ses voies,
Mais qui veux marcher toujours droit,
Es un heureux homme.
C'est pourquoi, de tes mains diligentes
Travaillant, substente ta vie;
Dans ce que tu feras,
Doré tu te trouveras.
Comme une vigne de grande vigueur
Plantée contre ta maison,
La femme que Dieu te donnera
Fruit portera :
Tes fils, comme belles rangées
De jeunes pousses d'oliviers,
Seront autour de ta table
Et te donneront du plaisir.
(i) Vulgate. — Beati omnes qui timent Dominum.

�- î&gt;6 Goera t aqui ta recompensa,
De tu qui as de Diu la creiïensa
Dauant los oeilhs, e deu Seno
Amas l'auno.
Diu de Syon a veze t'donga
Totz los jorns de ta vita longa
Au miey de sa Sancta ciutat.
Prosperitat :
Los enhans de tos enhans vejàs,
E, sopidas totas envejas,
Patz en Israël gobernà,
Patz y regnà.

�Telle sera ta récompense,
A toi qui as la crainte de Dieu
Devant les yeux, &amp; du Seigneur
Aimes l'honneur.
Que le Dieu de Syon te donne de voir
Tous les jours de ta longue vie
Au sein de sa Sainte cité,
Prospérité :
Que tu voies les enfants de tes enfants,
Et assoupies toutes envies;
Que la paix gouverne Israël,
Que la paix y règne.

#

�PSAVME CXXIX

Trop-vn cop despux ma joentut,
(Israël ara diga, e pense)
Trop-vn cop despux ma joentut
Man assalhit; més ma vertut
N'an poscut destruze ny vence.
Dessus la skia m'an laurat,
E dam las relhas aguzadas
M'an deqiau viu descaperat.
E, deu cap deqiau pé, tirat
Las regas de prop ajustadas.
Mes Diu just' trenqec hortament
La corda qu'etz auén estorta :
Caja en darré vergonament
Au plus Ion de son pensament
Qui mau-volensa a Syon porta.

�PSAUME CXXIX'1'

Plus d'une fois depuis ma jeunesse,
(Quoiqu'Israël dise ou pense)
Plus d'une fois depuis ma jeunesse
J'ai été assailli; mais ma vertu
N'a pu être ni détruite ni vaincue.
Ils ont labouré sur mon échine,
Et avec des socs aiguisés
Ils m'ont dépouillé jusqu'au vif,
Et tracé, de la tête aux pieds,
Des sillons ajustés de prés.
Mais le Dieu juste brisa violemment
La corde qu'ils avaient tordue;
Que celui-là tombe en arrière honteusement,
Au plus loin de sa pensée
Qui porte malveillance à Syon.
|i) Vulgate. — Sccpe expugnavcrunt me.

�— 360 —
A l'herba semble u percado
Qu'om ve suus tectz venghe en sekera,
Tant que james l'estiuado
Non hé pufiat, ny u granado
Non porta heix debat l'aixera.
Ta pauc degun qui passarà
No dira, Diu vos benazira,
En son nom poscatz madurà,
E deu bon phrut qui n provirà
Voste meste s'en argauzisca.

�- )6i Semblable'à l'herbe perchée
Qu'on voit pousser sur les toits dans'la sécheresse.
Si bien que jamais la moisson d'été
N'y fait poignée, ni une glaneuse
N'y porte gerbe sous l'aisselle.
Non plus aucun qui passera
Ne dira : Dieu vous bénira;
En son nom puissiez-vous mûrir,
Et du bon fruit dont il vous gratifiera,
Votre maître se réjouira.

�PSAVME CXXX

Deu pregond mas exclamatios
A tu van, l'aire hene,
A la votz de mas oratios
Volhas l'aurelha tene.
En totas mas necessitatz
A tu jo scabi corre,
Entenn mos cridz a tu portatz,
E volhas me secorre.
Si tu volés considerà
Las iniquitatz nostas,
Las, Seno, qui poyrè durà
Dam tau heix sur las costas?
Mes de misericòrdia Rey,
E pay és de la Clementia.
Pertaut és colut, e ta ley.
Om ten en reuerentia.

�PSAUME GXXX^

Du fond de l'abîme mes plaintes
A toi vont fendant l'air;
Veuilles prêter l'oreille
A la voix de mes prières.
Dans toutes mes nécessités
Je sais recourir à toi :
Entends mes cris vers toi portés,
Et daigne me secourir.
Si tu-voulais considérer
Nos iniquités,
Hélas ! Seigneur, qui pourrait tenir
Avec un tel fardeau sur les côtes.
-Mais tu es un Roi de miséricorde.
Et père de Clémence;
Partout tu es adoré, &amp; ta loi
Est tenue en vénération.
(i) Vulgate. — De profundis clamavi ad te,

�— 364 —
En tu la mia amna speràn
Sosten, comporta, escota,
E de ton mot s'asseguràn
Es coradjuda tota.
De matin en aute jo son
En sentinela e goarda,
Segu que Diu, a la sazon
Qv'et sçab, promessa goarda.
Israël hardiosament
En Diu ajas speransa,
Per qe d'et abondosament
Ven gratia e deliuransa.
Deus peccatz et t'aquitarà
Qui t'empozoan l'amna,
E deu jutjamen saubarà
Qui a mort te condamna.

�Mon âme espérant en toi
Soutient, supporte, écoute,
Et confiante en ta parole
Est toute courageuse.
D'un matin à l'autre je suis
En sentinelle &amp; surveillance,
Certain que Dieu, à la saison
Qu'il connaît, tiendra sa promesse.
Israël hardiment
Place ton espérance en Dieu,
Pour que de lui abondament
Viennent grâce &amp; délivrance.
Il t'affranchira des péchés
Qui t'empoisonnent l'âme;
Et il te sauvera de la sentence
Qui te condamne à mort.

�PSAVME CXXXI
Serio mon co gros n'es estat,
Ny ma routera susleuada,
E dessus ma capacitat
Grana besofia n'ç brassada;
Jo m'son comportat
En humilitat
Jo m'son tengut sarradament
Devengut semblant
Au petit enhant
Despopat tot escassament ( i )
Qui tapée com cay
S'arrapa a sa may.
Israël donq asso contemple,
E spere en Diu a mon exemple.
(i) Ne serait-il pas dérivé de tt'/J*-, peu, un peu. Au superi.
, très peu de temps : tot escassament, tout récemment; tot

«^«TTCÍ

escay, un tant soit peu.

�PSAUME CXXXI(1&gt;
Seigneur, mon cœur ne fut pas enflé,
Ni ma roture surélevée;
Je n'ai pas recherché grande besogne
Au-dessus de ma capacité :
Je me suis comporté
Modestement;
Je me suis tenu humblement,
Devenu semblable
Au petit enfant
Qui vient à peine d'être sevré,
Et qui sitôt qu'il tombe
Se rattrape à sa mère.
Donc Israël, contemple ceci,
Et espère en Dieu à mon exemple.
(i) Vulgaie. — Domine non est exaltatum cor meum

�PSAVME CXXXIII
Oh plazè grann més qu'om no poyre creze,
Oh ben que totz deurèn cerca : de veze
Los phrais en patz bona entrocatz:
Certas etz sonn com los engoens bocatz
Svu cap d'Aron lo sacriphicado,
Pleans tot de plazenta audo.
Qui sur sa barba anà tot dos se leixan,
Pux a cap-bat e los orédz engreixan .
De son sagrat abilhament:
Ou corn' l'arros s'estingla dossament
Deu mont Ilermon, e s'estenilhant bas
Lo pais de Syon hè gras.
Aixi deus phrais la concòrdia amorosa
Sera creixenta e de totz bes vrosa:
Diu de patz e dilection
Assigna aqui sa bénédiction :
Aus phrais aqetz lo bon Seno dara
Vita qui tostem durara.

�PSAUME CXXXIIIw
Oh! plaisir grand plus qu'on ne pourrait croire,
Oh! bien que tous devraient chercher : de voir
Les frères vivant en bonne intelligence :
Certainement ils sont comme les parfums versés
Sur la tête d'Aaron le sacrificateur,
Remplissant tout d'odeur agréable,
Qui se laissent aller doucement sur sa barbe;
Puis, en bas graissent les ourlets
De son vêtement sacré :
Ou comme la rosée scintille doucement
Du mont Hermon, &amp; s'étendant en bas
Féconde le pays de Syon.
Ainsi la concorde affectueuse des frères
Sera croissante &amp; favorisée de tous biens,
Le Dieu de paix et dilection
Leur réserve sa bénédiction :
A ces frères le bon Seigneur donnera
La vie qui dure toujours.
(i) Vulgate. — Ecce quam bonum et quam jucundum.

�PSAVME CXXXVII
Prop las aygâs Babilonicas
Grans arrius de lermas gitanan
Nostas amnas melancholicas.
Quant de Syon s'arrecordauan :
Nos.eram de pœna lassatz
Sus las riberas ajassatz,
E nostes cythres destenutz
Peus aubàs leixauam penutz.
Los qui nos tenguén en destressa
D'en jogà nos importunauan.
Los authos de nostra tristessa
Alegria nos comandauan:
Sus donq auant, que be trigatz,
Ua canson de Syon digatz :
Corn cantarèm de Diu lo laus
En estrani païs esclaus?
Despux Hierusalem perduda,
Nosta man es desmemoriada,
E ses art nosta lenga muda

�PSAUME CXXXVIU1'
Près des eaux de Babylone,
Grands ruisseaux de larmes jetaient
Nos âmes mélancoliques,
Quand elles se souvenaient de Syon :
Nous étions accablés de chagrins
Etendus sur les rives,
Et nous laissions nos citres distendus
Aux saules suspendus.
Ceux qui nous tenaient en détresse
Nous sollicitaient d'en jouer;
Les auteurs de notre tristesse
Nous commandaient l'allégresse.
Sus, allez donc, pourquoi différez-vous?
Chantez un cantique de Syon?
Comment chanterions-nous les louanges.de Dieu
En pays étranger esclaves?
Depuis Jérusalem perdue
Notre main n'a plus de mémoire;
Et notre langue muette, sans art,
(i) Vulgate. — Super tlumina Babylonis.

�— î72 —
Au céu de la boca es gahada;
Nos absens de Hierusalem,
Arrè per cantà no valém,
De plaze no podem gauzi
Ny ses era nos argauzi.
Brembe t' Sefio, qu'a la jornada
Que Hierusalem om pilhaua,
La gent d'Edom dezamorada
Nostes enemicz aliscaua,
Cridan, entratz, possatz vos hort,
Botatz a sang, a hoec, a mort,
Prenetz, sakejatz, abrazatz,
E tota la vila razàtz.
E tu Babilonia gloriosa,
Sçapias que seras ruinada,
E sera la persona vrosa,
Per qui sera de tu venjada
L'injuria que heyta nos as.
Vros aqèt qui de tos bras
Los tos enhans darrigarà,
E sur la peyra arromperà.

�— 373 —
Adhère au ciel de la bouche;
Nous, absents de Jérusalem,
Ne valons rien pour chanter;
D'aucun plaisir nous ne pouvons jouir
Ni sans elle nous réjouir.
Souviens-toi, Seigneur, qu'au jour.
Où on pillait Jérusalem,
La gent d'Edom (i) haineuse,
Excitait nos ennemis,
Criant : entrez, poussez-vous fort,
Mettez à feu, à sang, à mort,
Prenez, saccagez, incendiez,
Et rasez la ville entière.
Et toi, Babylone orgueilleuse,
Saches que tu seras ruinée:
Qu'il viendra le personnage favorisé
Par qui sera vengée
L'injure que tu nous as faite.
Heureux celui qui de tes bras
Arrachera tes enfants,
Et les écrasera sur la pierre.
(i)

Fils d'Eclom, Iduméens.·

�PSAVME CXXXVIII

De tot mon co Diu te cohessaré,
E mon Seno t'arreconeixeré,
De tas vertutz hautamêt l'exellêtia
Jo cantaré, deus grans en la presentia.
En ton Sanct temple a tu m'ajulharé,
E de ton nom parlam prezicaré
Que ta bontat tant larga e tant benigna,
E ta vertut de canticz és tres digna.
Heyt as ton nom sur totas causas grann,
Certan en tas paraulas te mustrànn.
Perqe la votz de mos cridz es auzida,
M'as responut, e m'as l'amna ahortida.
Pertant los Reys a tu s'abaixaràn
Ta léu qu'vn mot de ta boca auziràn,
Celebraran de tos heytz la memòria,
Grana (diran) es deu Sefio la glòria.

�PSAUME CXXXVIIIw

De tout mon cœur Dieu je te confesserai,
Et te reconnaîtrai mon Seigneur;
Et je chanterai hautement l'excellence
De tes vertus, en présence des puissants.
Je m'agenouillerai devant toi en ton Saint temple,
Et prononçant ton nom, je prêcherai
Que ta bonté si large &amp; si bénigne,
Que tes vertus sont bien dignes de nos chants.
Tu as fait ton nom grand sur toutes choses,
En te montrant fidèle en tes paroles.
C'est pourquoi tu as entendu la voix de mes cris,
Tu m'as répondu, &amp; tu as réconforté mon âme.
Les Rois partout s'abaisseront devant toi
Dès qu'ils entendront un mot de ta bouche;
Ils célébreront la mémoire de tes faits,
Et ils diront que la gloire du Seigneur est grande.
(i) Vulgate. — Confitebor tibi Domine.

�— 57° —
Perqe comben qu'et sia haut habitant,
Tot ço de bas et contempla pertant,
Coma de Ion coneix e ten en conde
Tot ço de grann e de haussât au monde.
Quant tornejat de tormens tu m'veyras.
De viua horsa e bon co m'armaras,
Mos enemicz sarràn de brida estreta,
E deliura m' de mau dam ta man dreta.
Ço qu'as en my comensat hiniras,
E de ta man l'obra mo leixaras,
Perqe deus tos per un pauc tu n'as cura
Ans per tostem ta benignitat dura.

�C'est pourquoi il convient qu'il habite les hauteurs
Pour embrasser partout les choses inférieures;
Comme il reconnaît de loin &amp; tient compte
De tout ce qui est grand &amp; relevé dans le monde.
Quand tu me verras assailli par les ennuis,
Tu m'armeras de force vive &amp; d'un vaillant coeur,
Serrant étroitement la bride à mes ennemis,
Préserve-moi de mal avec ta main droite.
Tu achèveras en moi ce que tu as commencé,
Et tu n'abandonneras pas l'entreprise de ta main;
Pourquoi tu n'as cure des tiens pour un peu,
Mais pour toujours ta bienveillance dure.

�PSAVME CXLVI
Amna de my que Diu tu lauzes,
Que tu t'apieges e repauzes
Sur aqet que jo lauzaré
Lo long de ma vita, e diré,
Tant que poyré durà, cansos
Qui parlaran dé sas lauzos.
No pauzêtz pas vosta hizansa
Aux Princes qui n'an que bôbansa,
E n'ajatz a l'home recos
Qui no pot da degun secos :
L'esperit d'et se partira,
E son cos en la terra irà.
Labetz sas grossas entrepresas
Seràn totas en porba mezas;
Labetz ben-vros om dirà
Qui per ajuda pres aurà
Lo Diu de Jacob, e prezat
Sera qui s'es en et hizat,
En et, qui de sa man sagrada
A Terra, Ceus, e Ma créada,
E ço que lo monde conten,

�PSAUME CXLVU1'
Ame de moi, loue le Seigneur,
Cherche un appui, &amp; repose-toi
Sur celui que je louerai
(Tout) le long de ma vie; &amp; je dirai,
Tant que je pourrai durer, des chants
Qui célébreront ses louanges.
Ne placez pas votre confiance
Dans les Princes qui n'ont que bombance;
Et n'ayez recours à l'homme
Qui ne peut donner aucun secours :
Son esprit se séparera de lui,
Et son corps s'en ira dans la terre.
Alors ses grosses entreprises
Seront réduites en poussière;
Alors on proclamera bienheureux
Celui qui aura pris pour appui
Le Dieu de Jacob, et il sera apprécié
Celui-là qui a mis en lui sa confiance :
En lui, qui de sa main sacrée
A créé le Ciel, la Terre et la Mer,
Et ce que le monde contient;
(i) Vulgate. — Lauda anima mea^Dominum.

�— 38o —
Qui sa vertut tostem manten,
Qui hé drèt aus injuriatz.
Destaca los enherriatz,
Qui tira de seruitud dura
Los sarratz en preson escura,
Los de ham' alanguitz noirix,
E deus orbs los œilhs esclarix.
Qui dressa los courbs e plegatz,
E los qui sonn de mau cargatz,
Qui charament ama la bona
Gent, qui no ten tort a persona,
Lo dehoràn en goarda prenn
Dam l'orphe la veuza dehenn,
Lo cosseilh deus maixans destru
Perqe no destrugan autru.
D'aqet Serio que mon vers canta
La vertut sera dominanta,
0 Syon, lo ton Saubado
Sera tostem Emperado,
E viurà son gobernament
De secle en secle éternaument.

T

�- 38i -

Qui maintient toujours sa vertu.
Qui fait droit aux victimes de l'injustice,
Et détachée les enchaînés,
Qui tire de dure servitude
Les prisonniers en noirs cachots,
Nourrit ceux qui souffrent de la faim,
Eclaire les yeux des aveugles,
Qui redresse les bossus &amp; les pliés
Et guérit ceux qui sont chargés de mal :
.Qui chèrement aime les bonnes
Gens, qui ne préjudicie à personne,
Prend l'étranger sous sa protection,
Et protège la veuve &amp; l'orphelin :
Détruit les complots des méchants
Pour qu'ils ne ruinent pas autrui.
De ce Seigneur, chanté dans mes vers,
La vertu sera dominante;
0 Syon, ton Sauveur
Sera toujours Empereur,
Et son gouvernement vivra
De siècle en siècle éternellement.

��TABLE DES MATIÈRES
Pages
LETTRE

DÉDICATOIRE

DE

L'AUTEUR

A

M.

L.

i

COUTURE

3

PRÉFACE
NOTICE

BIOGRAPHIQUE

SUR

LA

FAMILLE

DES

GARROS

7

NOTE EN RENVOI SUR LA DESTRUCTION DE LA VILLE
DE LECTOURE
NAISSANCE

ET

8
ÉDUCATION

DES

DEUX

POÈTES

13

GARROS

16

DÉTAILS BIOGRAPHIQUES

19

P. DE GARROS PROTESTANT
LA TRANSACTION DU
LES DEUX EXILS DE

15
P.

JANVIER

159g

DE GARROS

24
30

P. DE GARROS POÈTE FRANÇAIS

35

QUELQUES MOTS SUR JEAN DE GARROS

41

RÉFLEXIONS HISTORIQUES

44

EXTRAIT DU PRIVILÈGE DU ROY
LETTRE DÉDICATOIRE DE

P.

61

DE GARROS A JEANNE,

REINE DE NAVARRE

62

Suit la Table des Psaumes dressée par P. de Garros
lui-même, mais à laquelle nous ajoutons la Musique des
Chants qu'il n'avait qu'indiqués.

��TABLE ALPHABÉTIQUE
.
i

A

A masclamos. — Psalme cinquième, folio 96*

—

accommodes luy le chant de Donnes secours, Seigneur,
il en est heure.
CL. MA

Donnes

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secours,

Seigneur,

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car d'hommes droits sommes tous des1

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niiez : Entre les fils des hommes ne demeu-

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Un qui ait

I
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tant

sont

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diminuez

�2 — Au grarm pauzada. — Psal. u, feuillet 13;
Châtes le côme : Quâl ie t'invoque helas cscote.

PSEAUME IIIÏ

Quand ie t'invoque helas escoute,

CL. MA.

0

Dieu de ma cause et raison

Mon cceur serré au large houle. De ta pitié ne me reboute.

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Mais exauce mon oraison. Jusques à quand, gens inhumai-

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ftes, Ma gloire abbatretascherez? Jusques à quand emprises vai

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nés, Sans

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d'abusion pleines, Aimerez-vous et cercherez

�3 — Au Sefio la Terra. — Psal. 24, feuillet 208
Comme: De tout mon cœur t'exalteray.

CL. MA.

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tout

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mon

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çneur, et ai raconteiay Toutes tes oeuvres nompa-

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reines, Qui sont dignes de grans merueilies.

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1 il

�4 — A tu mon Roc. — Psal. 28, feuillet 230.
5 — A tu mon Diu, deus Ceus. — Psal. 123,
feuillet 340. Corne Qui au, Conseil.
PSEAUME I

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CL. MA.

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Qvi au conseil des malins n'a esté,

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n'est au trac des pécheurs arresté, Qui des moc..

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la Loy contemple et prise De l'Eternel, et en est

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désireux: Certainement ccstuy-la est heureux.

�6 — Amna de my. Psal. 146, feuillet 382, Come
0 pasteur d'Israël escoute.
Théodore de

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BEZE.

1.

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O Pasteur d'Israel escoute, ïoy qui con-

duis la troupe toute de Joseph ainsi qu'vn trou-

peau: Monstre-nous ton visage beau, Toy qui

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J.

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" * ^

P

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te sieds en màiesté, Entre les Cherubiijs

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monté.

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�c
7 — Coma lo Ccrui Cassât. — Psal.42, feuillet 268.

D
8 — Diu de ma Justifia. — Psal. 4, feuillet 90,
Corne 0 Pasteur d'Israël escoule.
Théodore de Bèzg

3

HE
O Pasteur d'Israël escoute, Toy qui con-

duislatroupetoute de Joseph ainsi qu'vn trou-

peau: Monstre-nous ton visage beau, Toy qui

te sieds en maiesté, Entre les Chérubins

monté.

�9 — De tot mon Co. — Psal, 9, feuillet ri6.
10 — Don ven Seiïo. — Psal. 10, feuillet 124,
Corne Sus, sus, mon aine il le failli dire bien.
CL. MA.
.SIS::

Z3

Sus, sus, mon ame, il te faut dire bien De l'Eternel; Ô mon vray

Dieu, combien Ta grandeur est excellente et notoire : Tu es ve-

yLi——1*M

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H

v

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&gt; * „
-*—'

stu de spiendeuret degloire:Tu es vestu de splendeur, proprement

Neplus ne mans que d'vn accoustrement: Pour pauillon qui d'vn tel

Roy

digne. Tu tends le Ciel ainsi qu'v ne courtine.

�VIII —

11 *-* Diu me he lutz. — Psal. 27 feuillet 224.
Vous y pouves accomoder Le chant du même psalme

François.
Théodore de

BÈZE

Le Seigneur est la clairté qui m'adresse Et mon salut, que doy-ie

redouter?Le Seigneur est l'appuy qui me redresse, Où est celuy

qui peut m'espouanterf Quand les malins m'ontdressé leurs combats

Pour me cuider manger à belles dents, Tous ces haineux ces enne-

...

mis mordens J'ay veu

.

j

broncher et trcbuscher en bas.

�i2 — Diu en la tua hereditat. — Psal. 79, fol.299.
Vous y accomoderez facilement le chant de : Du malign le maichâi vouloir.
CL.

MA

1

: 1 /Í»
C3

Du malign le mcschât vouloir, parie en mon cœur, et me fait voir,

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!

1

!

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qu'il n'a de Dieu la crainte : car tant se plaist en son erreur que l'a-

uoiren haîne et horreur.c'est bien force et contrainte.Son parler est

i

A A A

! ) .Y

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9

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I
i

1

nuisant et fin : doctrine va fuyant à fin de iamais bien ne faire!

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—H-H

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Hl

Songe en son lit méchanceté : au chemin tort n'est arresté : à nul
mal n'est contraire.

�i3 — Dev pregond mas exclamatios. — Psal. 130,
feuillet 363. Côme, qui en la garde du haud Dieu.
CL. MA

V3 À-I j-*-» ^^f^.&amp;*:*
Qvi en la garde du Ilaud Dieu pour ïamais se retire,

—t9-4
H—0—

!

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e H-*—f

y-

En ombre bonne et en fort lieu retiré se peut dire.

TE
Conclu donc en l'entendement, Dieu est ma garde seure,

Ma haute tour et fondement, sur lequel ie m'asseure.

�,4 — De tout mon Co. — Psal.
feuillet 374,
Je luy accomode Le Chant de ma Ieunesse. (A)

Plus

(A)

ne

suis

ce

que j'ai

é-té,

Et

L'indication par trop sommaire de la table sur l'air acco-

modê au Psaume i -38, (Le chant de ma jeunesse) m'a occasionné

de grands emharras. Tous les Poètes ont chanté leur jeunesse: et
quel est l'homme qui, sans Être Poète, n'en fait pas autant, lorsqu'il se reporte, par le souvenir, aux beaux jours de son printemps
envolé.
Mais connaissant l'admiration universelle dont C. Marot fut
l'objet au xvi* siècle, sachant d'ailleurs les nombreux emprunts
faits par Garros à la musique de ses Psaumes, j'ai cru deviner
sa pensée, en accomodant au Psaume 138 la musique delà chanson
de ma jeunesse de son correligionnaire, chef-d'œuvre d'exquise

naïveté.
Quel est l'homme de goût, qui, après l'avoir lue, oserait me
reprocher mon erreur, si je me suis trompé??

���Ah ' si je pouvais deux fois naître, combien

njffife

4^4^
*! 1

±^ =4=

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À

�— XV —

15 — Damb vn co plen d'ardenta amo. Psal. 116,
feuillet 325. Je luy accomode le chant de : Deba
contre mes dóbateurs.
Th. de Be.

.» ^

»&gt; •

Dcba contre mes debateurs, comba, Seigneur, mes

^-1

V

MY—*T~ó

1

combateurs, empoigne - moy

et pour

me

secourir t'avance.

bouclier et

lance,

Charge - les et

marche au - devant, garde - les d'aller plus avant. Di

3EI
à mon âme. Ame, ie suis Ceiuy qui garantir te puis.

�XVI

E
16 — En ta huro. Psal. 6, feuillet roi.
17 — En ta huro. Psal. 38, feuillet 25g. Vous pouvez accomoder à l'un et à l'autre de ces psalmes le
chant de l'hymne que l'on chante en l'église romaine,
« Gaude Flore Virginali, » rangeant la mesure du triple
à la commune.

D'Ortigue, Dict. de plain chant. Bib. Nat. D. 402.
Migne D. 629.
Gaude

Gau - de

m

V

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flo - re

^ -3

,—1

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vir - gi - na - ü

4
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ho -

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�ho - re - que spe - ci - a - li

44

I

m

^ «, -J_ i j —+—
-O *

T
—i—

-VA

W- «

JU J, J&gt; IIJ.JVfl
íranscen - dens

3

splen - di - fe - rem.

et
6/

15»

%

l

i

m11
1

-0r

Nouvelle encyclopédie Thioi. 29.

1

�XVIII —

i8 — En tu speri Seno. Psal. 7, feuillet 106.
ìŷ — En ta vertut lo Rey. Psal. 21, feuillet 190.
Côme Or sus,toutz humains, si la mesure ne coupe pas
quelques notes qu'il y a, le chant s'en portera mieux
et aura plus de grauité.
Th. de Be.'

■ ! /iï"
(-

—.

H

1

'i

—&amp;—

&gt;—1
-. V

—

_

—_

V-

Or sus, toutz humains, frapcz en vos mains : qu'on oye sonjn —

1

1

n__

(

— .^.sz

—*

1

^

&lt;&gt; V

ner, qu'on oye entonner le nom solennel de Dieu Ei
I.

* A

Ó

-

1

1

I

ternel. C'est le Dieu très - haut que craindre il nous faut,

U4

£■ &amp;

:

.

. .

Le grand Roy qui fait sentir en effect

1 X
_|
L_

t
7

- -

;
i

,

xr
".I ~ò À ►—2

trauers de tout Pvniuers

sa

force

w

1
i
il

W—

—

�XIX

20 — En mas causas. Psaí. 30, feuillet 236. Corne,
Le Dieu le fort.
CL. MA

H—I-

-I—h
Le Dieu le fort l'Eternel parlera, Et haut et

clair la terre appelera : De l'Orient iusques
■V2

à l'Occident, Deuers Sion Dieu clair et euident

23EE
apparoistra, orné de beauté toute : Rostre grand
35:

4
—r ■

Dieu viendra, n'en faites doute

�— XX —

2i — En mas tribulaîios. Psal. 120, feuillet 532,
Côme, 0 Seigneur, que de gens.
CL. MA
U .

-1

-

-

0 Seigneur,

-ç—4-1
25
Ŷ » J»
»
X*——'" r v—

que

de

à

ïen 5,

nuire

diligens,

qui

—„
.—
4
1
j
1
:-b- ^
&lt;»
i
H
^-32-^_
me troublent et greuent : Mo i Dieu que d'ennemis, qui aux
:

1
i

l

»

r

—r—f-H-rf
4-ár=-

champs se sont mis,E; contre moy s'esIeuentICertes plusieurs i'en

voy, qui vont disans de moy,

H T~

1

II

La force est abolie, Plus

-

M
i. . - J

'1 TL

~JH IA

s

N

ne trouuen son Dieu Sícours en aucun lieu : mais c'est à eux folie

�— XXï —

H
22 — Haut ent'a tu Seno. Psal. 25, feuillet 212.
23 — Hillotz que lo Seno. Psal. 113, feuillet 306.
Côme Si est ce que Dieu est très doux.
Th. de Be.

f-

4f

^

-

&lt;

Si est ce que Dieu est tres doux A son Israel voire à

tous, Qui gardent en toute droiure Leur conscience entière
■

H

[

r-^&amp;^

f

v

h^-iz

^r

et pure. Mais i'ay esté tout prest à voir Mes pieds le

bon chemin laisser : Et mes pas tellement glisser; Que

me suis veu tout prest de choir.

�— XXII

I
24 — Jo t'amare Seno. Psal. 18, feuillet 164.
25 — Jo m'hizi en ta bontat. Psai. 31, feuillet 240.
Je lui accommode le chant de Vous totttz Princes et
Seigneurs.
The. de B.

3=
Vous

tous

Princes

et

Seigneurs,

Remplis

3EÏ
de gloire et d'hôneurs, Rêdez, rendez au Seigneur,

1

t

4.

Ò O

ir ^

Toute force et

tout

1
honneur.

X -5—f-2

^f—k^
1
.

Faites lui re-

cognoissance, Qui responde è sa puissance : En sa

^—
demeure tres saincte Ployez les genoux en crainte.

�— XXIII —

L
26 — L'home qui dam gens sceleratz. Psal. 1.
feuillet 76.
27 — L'home dessenat. Psal. 14, feuillet 146.
28 — La vota deu Céu. Psal. 19, feuillet 178.
Côme. // fault que de toulz mes esỳritz.
CL. MA.

r
*C

j &lt;y y -» -■»

À

I! faut que de toutz mes espritz To los et pris i'exalte

_—

o

~-~

—j=

et prise : Deuant les grans me présenter Pour te

chanter i'ay fait emprise, En ton sainet temple adoreray

celebreray ta renommée, Pour l'amour de ta grand'

borté,

Et

beaulté

tant

estimée.

�XXIV

29 — Lo grann tas pregarias. Psal. 20, feuillet 186.
Comme : O bienheureuse 2a personne.
Th. de Be.

O bienheureuse la personne Qui craint l'Eter-

nel, et s'adonne Du tout à sa Loy tres - entie

I
A. «A.

re :

i

1

I

!

.h i

Sa race en terre sera forte. Car Dieu bc-

r.it en toute sorte. Des bôs la race droituricre.

�— xxv —
30 — L'home m'es d'aras e déjà. Psa!. 26, feuilet 218. Comme, Veuilles, Seigneur, esire recors, y
ajoutant la.musique d'un vers.
Th. de Be.

•P
T

&lt;y

s

/

^

Vveilles,

——

t

Seigneur,

estre recors

De

Dauid

de son tonnent, Luy qui à Dieu

a fait

1

1

&lt;&gt; £
et

-°

1

.—j—1
0 ■

-fi►

&lt;:

'

1

,

serment, Dieu de Jacob, le fort des forts, Et

~"1
E
fait vœu solennellement.

�— XXVI

ji —La Principautat. Psal. 29, feuillet 232. Accommodez-y le chant de : En/ans qui le Seigneur serués.
CL. MA.

Enfans qui le Seigneur seruez, Louez-le, et son

nom esleuez; Louez son nom et sa hautesse : Soit

presché, soit fait solennel, Le nO du Seigneur Eter-

ne!,

Partout

en

ce

têps

et

sans

cesse.

�-— XXVII —

32 — Lo Diu deus Dius. Psa!. 50, feuillet 282. Je
lui accommode ie chant de r Sois moy, Seigneur, ma
garde.
Th. de Be.

SET3S
Sois moy, Seigneur, ma garde et mon appuy, Car

«o

1 &lt;&gt;

&amp;

en toy gist toute mon espérance. Sus donc aussi,

t
H— :
H

v

1—y
xi

O

0

_

O

—

J

1 ~'
ô mon ame,' di luy, Seigneur, tu as sur moy tou

r—ô-^&lt;&gt; ,
1
^4A

&amp;

te puissance : Et touteffois point n'y a d'œuvre mie-

g
ne,

Dont

^ ^

iusqu'à

toy

quelque

profit

reuiene.

�— xxvin —
33 —Leuàtent' auspôtxutz. Psal. 121, feuillet 336
Comme Seigneur, puisque m'as retiré.
Th. de Be.

H—

» 0»

^ 0 0 0 :
9

Seigneur, puisque m'as retire,

Puisque n'as ia-

mais enduré, Que mes haineux eussent de quoy

25

Se rire, et se mocquer de moy. La gloire qu'en as me-

-4

-X
1

ritée,

Par

mes

vers

te

sera

L_U
chantée.

�—' -XXIX —

M
34 — Mon Diu, jo t' demandi justitia. Psal. 17,
feuillet 156. Je lui accommode le chant de : Les deux
en chacun lieu.

CL. MA.

Les Cieux en chacun lieu La puissance de Dieu, Racontent aux

humains. Ce grand entoures pars, Publie en toutes pars, L'ou-

vrage de ses mains. Iourapresiourcoulant, Du Seigneurvaparlant,

1

HÔ-^-

1—s

ri
-

Par logue expérience. La nuict suyuant la nuict, Nous presche et

H

^
nous

instruit,

De

sa

grand'

sapience.

�XXX

35 — Mon Diu que t e jo heyt. — Psal. 22, feuillet 194. Comme Donne au Seigneur gloire : ostant la
dernière note du premier et quatrième vers.

Clem. Mar.

Donnez

au

et" clemêt,

Seigneur

Et

sa

^kzzz^psi^z^L

gloire,

bonté

y

Il

notoire

est

doux

Dure

pr_zz=z__

1

E-

I

_

terneilemêt. Ceux qu'il a rachetez, Qu'ils châtent

JL
14—
|_L

*—2S—^

*

sa haujtesse : Et ceux qu'il a iettez Hors de la
_J

II

5=^0.
H

r—7^—/*

a

main d'oppressé.

H
|-

�— xsxi —
3ô — Misericòrdia. Psal 51, feuillet 290. Comme
Le masme françois.
Clem. Mar

4

; 1" ^ —--4M-- ^

—-Í

Miséricorde au

selon

j

poure

vicieux,

Dieu

tout puissant,

ta grand'clemence . Vse à ce couq de ta bonté

■■■■■ ^

*Ŷ

f f î OifrlÌ^

immense, Pour effacer mon faict pernicieux^ Laue moy

Sire, et relaue bien fort De ma commise iniquité mauvaise, Et du

i

]

I

ri—

péché qui m'a rendu si ord. Me nettoyer d'eau degracete piais

41

�—

XXXII

N
37 — No pas a nos. Psal. 115, feuillet 314. Comme
Le mesme français.

Non point à

nous, non point à nous Sei-

gneur, mais à ton nom donne gloire et hon-

=3^

^3

neur, Pour ta grâce et foi seure, Fourquoi di

royèl les gens en se mocquât, ou est ce Dieu qu'ils

r—1—
H

^

&gt;
iront

g
Me

t

tant

B
heure.

&lt;

■

y

Z—Js

1

inuoquant ?

*

~

ou

est

il

a

ce

�— xxxm —

O
38 — Oh! que ton nom. Psal. 8, feuillet 112.
Comme J'ayme mcn Dieu.
Th. de Be.

'A »

k

j'ayme

*

*■

mon

» A * —^—£—_

Dieu

:

car

lorsque

i'ay crié,

S 22

Z3C

le sçay qu'ii a ma clameur entêdiie : Et puisqu'il

3E

ma son aureilîe tendue En mon dur têps, par

4—^
moy sera

prie.

S

�XXXIV —

39 — Oh coma que. Psal. 3, feuillet 86.
40 — Oplazègrann. Psal. 133, feuillet 368. Comme
Le mesrne français.
Th. de Be.

O

combien est

plaisant

et souhaitable, De

veoir ensemble, en corcorde amiable, Frères v-

rh
ny
■ -\r—

1—._—_—A—-—&lt;•

1

—

*

.;'■»&gt;

nis s'entretenir! Cela me

*
fait

de

l'onguét

332
souuenir Tant précieux, dont perfumer ie voy

Aaron le Prestre de la Loy.

�— xxxv —
4i — O Diu presentamen. Psaì. 70. feuillet 36S.

42 — Perquè hen brut. Psal. 2, feuillet 80.
43 — Per quant de temps. Psal. 13, feuillet 142.
44 — Prop las aygas. Psal. 137, feuillet 370.
Comme O Dieu qui es ma forteresse.

Th. de Be.
V

EH:
O

Dieu

qui es ma forteresse, C'est

à

&lt;V - —- ■

toy

1

y
32E
taire, Autrement ie ne sçay que faire, Sinon

à ceux me comparer,

-9
B-17
chre enterrer.

Qu'on veut au

uz
T.

que mon cri s'adresse : Ne vueilles au besoin te

n '

Tf,

sepul

�XXXVI

Q
45 -— Qui es aquet. Psal. 15, feuillet 150.
46 — Quant Israel. Psal, 114, feuillet 310, Comme
Le mesme en françois.
CL. MA.

55

^
Qvâd

Israel

hors

d'Egypte

sortit, Et

la

mai-

son de Jacob se partit D'entre le peuple estrâge,

3&amp;£
Juda fut fait la grand gioirede Dieu : Et Dieu se fit Prin-

1

7*

"
-Y O ^

1

ce du

peuple Hebrieu, Prince de grâd' louange.

�— XXXVII —

47 — Quant Diu Syôn. Psal. 126, feuillet
Comme O nostre Dieu &amp; Seigneur amiable.

324.

CL. MA.
J

-\

3

C

^

+ S
0

CM

_

nostre
O

Dieu,

G&gt; ^ &amp;

et

Combien

ton

h—
-j

4—}
1—-v

L

.. ...

nom

Seigneur

O
1
est

V

/V

;&gt;&lt;&gt;

v

grand

.

T.

amiable,

Y
et

«V ^

1

^

0 ^ -,
vi^r
admirable

A

0 «o

^g

_. -,

-y ^

Par tout ce val terrestre spacieux, Que ta puis-

sance esleue sur les cieux !

_

�— XXXVIII —

48 — Qui crefies Diu. Psal. 128, feuillet 354. Je
luy accommode le chant de : Vouloir in'est pris,

CL. MA.
T

■p r i
• C'

\s
y

^
Vouloir

m'est

T

/V ^
y

J^

0
pris

de

mettre

*S&gt;

en

*.

J

M

escri-

—1—1—,
&gt;
ture, Pseaume

parlant

&lt;&gt;
de bonté et droitu-

f.·»f.'T?»li.U*·&lt;v&lt;j
re, Et si le veux à toy, mon Dieu châter, Et

présenter.

�— XXXIX —

s
49 — Sefio goardam'de mau. Psal. 16, feuill. 152

50 — Sefio pux que tu rn'apastengas. Psal. 23,
feuillet 202. Côme Tes jugemês Dieu véritable.
CL. MA.
y-&amp;- —
) «fr—1
Tes

iugemens,

.

j

Dieu veritable, Baille au Roy

«gazais?
pour régner

:

VueUles

ta

iustice

équitable

Au fils du Roy donner. Il tiendra ton peuple en ius-

Chassant

Hcé,
!
...

. J
.

1
"V

sera

inio,uité

1O
propice,

.

A

tes

poures

&lt;T&lt;

P"

1
Leur

gardât

eausté

�— XL —
51
342.

— Si no hos (Israel diga), Psal. 124, feuillet
Comme Mon Dieu presie moy l'oreille.
CL. MA.

Mon

Dieu, preste-moy l'aureille, Par ta bonté nom

3?
pareille : Respons-moy. car plus n'en puis, Tant poure et at-

fligé suis.

Garde, ie te pri ma vie : Car de bien faire

2?
ay enuie :

Mon Dieu, garde ton seruant En

de toy viuant.

l'espoir

�XLÎ —

52 — Sí lo Sefto. Psal. 127, feuillet 352. Comme
Onpeult bien dire Israël maintenât, oste de la musique
le pénultième vers du françois.

Th. de Be.
-i

\

On peut bien dire

Israël

maintenant,

Si

le

Seigneur

pour nous n'cust point esté, Si ie Seigneur nostre droit

n'eust porté, Quand tout le mode à grâd

-i
Pour nous

fureur venSt

-^r

meurtrir dessus nous s'est

iettc.

�XLÏI —

S 3 — Serio mon co. Psal.

13

r, feuillet 366.

T
&gt;4 — Ta leu qu'aduersitat nos tenta. Psal.. 46,
feuillet 276. Côme Le mesme français.
Th. de Be.
■j

„j

I

Des qu'aduersité nous offense, Dieu nous est appuy et defen-

t.

22*
s:

se : Au besoin l'auons esprouué, Et grand secoursen luy trouué : Dont

plus n'aurons crainte ne doute, Et deust trembler la terre toute

Et les montagnes abysmer Au milieu de la haute mer.

�— xun —
55 — Totas gens lauzen. Psal. 117, feuillet 330.
Comme Le mesme françois.
Th. de Be.

i

I

i

1—: -Ì-H

*

t-T- -

r

Toutes gens, louez le Seigneur, Tous peuples, chantez son non

H
fet

1 1

_L_J_

r

^TS^H H*
neur. Car son vouloir bénin et doux, Est multiplié des-

-!

^dr^VÀT^
«S
..-SZ^-l—f-S,

3

Fi^»-5-4-14=-!

sus nous, Et sa tres ferme vérité Demeure â perpétuité.

�— XLIV —

s6 — Trop vn cop. Psal 129, feuillet 358 Comme

Qui esl ce qui conuersera.
CL. MA.
,
t

1

y»
^

1j

1

—7 «

Qvi

est-ce

^
qui

'+
en

ton

tabernacle ?

1

1

n.—

1

L~

*r &lt;

-

conuersera,

«Ui i

O

"1ZZT

Et

qui

est

A *
celuy

Seigneur,

1^
qui

se-

ra Si heureux, que par grâce aura Sur ton sainet mont

seur habitacle,?

�V
57 — Vbrix me de saint. Psal. 12, feuillet ÏJÔ. Je
iuy accommode le chant de : Or auons nous de noz
oreilles.

Th. de Be.
1

!

—1

—7-*

f

i

——r —r—1

J^TTS?

'—1

^ii

1

l
j—_____

Or

auons-nous de

nos

aureilles.

Seigneur,

entendu

^___a___

zW=T^p
v V ŷ&gt;

tes merueilles Raconter

à nos

—-tr

:

_

_!

1—I

"I

peres vieux. Faites

r

jadis

et deuant eux. Ta main a tes peupleschassez, Plantant nos peres
„ _
;

1
j

—

—1

—

L_

1

—. ^

^ _» -—1»

^—___—,
: —TA
4
—
=—y

j

.

i

en leur place : Tu as les peuples oppressez, Y faisant ger-

mer nostre race.

�— XLVI —

&lt;;8 — Vfos aquet. Psalme 32, feuillet 252. Comme
Qui au conseil.
CL

MA.

^ 0
Qvi
-

*v.

au conseil des malins n'a esté, Qui n'est au trac

yv O /S

/».

A

1

A.

&gt; 0 3" ^
des pécheurs arresté, Qvi des mocqueurs au banc pla

r—1

1

- -Z—J —x

X—

1

_7Î

1

-

ce n'a prise, Mais nuictet iour la Loy contemple et prise

h
n "7"

;
De

l'Eternel,

et en

—
F
cestuy-!a est heureux.

est

désireux : Certainement

•

�AV LECTEVR

Or as-tu (mon bon Amy) cinquante huict Psalmes
Gascons, Lesquelz j'eusse accompagnés de chant
propre, &amp; conuenable a vn chacun, selon îe peu
d'experiêce que i'ay en la musique, et d'orthographié
si certaine que les plus estràge d'Alemagne n'eut peu
faillir de biê lire &amp; prononcer îe Gascon, si ieusse
trouué en ce lieu les charactère3 à ce nécessaires :
Mais i'ày esté constrainct de châger partie de mes
desseings &amp; procéder au moins mal qu'il m'a esté
possible. J'espere que comme Ion dict,Ia suite vaudra
mieux q le cômencemêt. Cependêt tu jouiras de ce peu
de biô, que ie t'ay acquis auecq vne peine si angoisseuse, que si tu le sçauois, tu aurois certes pitié de
moy. Je ne t'en fairay poinct le discours : Ains fairay
côme la Fôme qui ne se souiôt poinct du mal q elle a
souffert en l'enfâtemêt, mais seulemêt de la joye qu'elle
a reçeue, d'auoir produict en ce monde la maistresse
créature des autres. Biê te diray, q si messieurs les
amoureux, qui se dièt mourir le jour mile fois, ont
jamés enduré après leurs phantasies. plus que moy

�— XLvni —

après ceste mienne entreprise, ie leur quite &amp; consens
d'ores et desja qu'on leur deluire les gages. Aussi a la
vérité, ceste fille du Roy Dauid, ceste. escripture est
tàt approbative de nostre foy Chrestiène, tât admirable mesme aux enemis de Dieu, tât chaste, tant
noble, tant bele, tant ornée de bones grâces, qu'il
fault que je côfesse, que j'en suis extrêmement amoureux. Il est vray que du commencement elle m'a esté
dure &amp; fâcheuse : Mais i ay auec humilité inuoqué le
nom de Dieu, qui me l'a rendue a présent plus familière : &amp; si est ce pourtant que iamais ie ne l'aimay
mieux. Jé languy, ie brûle, de son amour, qui m'occupe le cœur, les veines &amp; les muscles : C"est faict :
Je mourrai à la poursuite, ou j'en auray le bout, &amp; en
châteray iuanges &amp;
Grâces a Dieu, auquel
Soit honneur &amp; gloire
Toujours mais
Arnen.

�DU

MHME AUTEUR

LAS

BELHADOS DE LEYTOURO
CONTES ET NOUVELLES EN LANGUE GASCONNE

A PARIS,

chez

ROUQUETTE,

A

AUCII,

A

passage Choiseul, 69-73

chez G. Foix

L ETUDE

ICTIONNAIRE ÉTYMOLOGIQUE
LA LANGUE GASCONNE
PRECEDE

L) UNE

ETUDE

HISTORIQUE

DEP

�PSAVMES

DE

DAVID

V1RATZ

EX RIIYTIIME ÜASCOÜN

PER PEY DE GARROS
LAYTORÈS
DEDICATZ

A

SA

SERENISSIMA

MAIF.STAT

DE

T A

REGINA

DE

NAUARUA

TOMO PRUME

BIRATS DOU GASCOUX EX FRAXCIMAXD
PER

ALCÉE

DURRIEUX

LAyTORÈS
XBOCCAT

EN

r.

A

CORT

D'A PEL

DE

PARIS

Editioun naûèro

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LIT O G R A F I O

1895

GASTÜ V X FO

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                <text>Ce set contient les imprimés numérisés par le CIRDÒC issus des collections  des partenaires d'Occitanica</text>
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              <text>Oeuvres complètes. Premier volume, Psaumes de David traduits en vers gascons / de Pey de Garros ; [trad. du gascon en français par Alcée Durrieux]</text>
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              <text>Oeuvres complètes. Premier volume, Psaumes de David viratz en rhythme gascoun / de Pey de Garros ; [trad. du gascon en français par Alcée Durrieux]</text>
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              <text>Oeuvres complètes / de Pey de Garros. Premier volume. Psaumes de David. [trad. du gascon en français par Alcée Durrieux] </text>
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              <text>Ce premier tome des &lt;em&gt;Oeuvres compl&amp;egrave;tes&lt;/em&gt; de Pey de Garros contient la r&amp;eacute;impression des "&lt;em&gt;Psaumes de David viratz en rhythme gascoun&lt;/em&gt;"&amp;nbsp;&amp;eacute;dit&amp;eacute;s pour la premi&amp;egrave;re fois en 1565. Il s'agit de sa premi&amp;egrave;re oeuvre gasconne. Pey de Garros a d&amp;eacute;di&amp;eacute; &amp;agrave; l'&amp;eacute;poque son texte &amp;agrave; Jeanne d'Albret, reine de Navarre,&amp;nbsp;m&amp;egrave;re du futur Henri IV. [trad. du gascon en fran&amp;ccedil;ais par Alc&amp;eacute;e Durrieux].</text>
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              <text>Mediatèca occitana, CIRDOC-Béziers, CAB 784-1-2</text>
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