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                    <text>Les livres du Bayle-vert : L'activité éditoriale singulière de
Mas-Felipe Delavouët
Estelle Ceccarini, Caer, EA 854, AMU

Mas-Felipe Delavouët est un poète qui se distingue dans le panorama de la littérature
d'oc tant par l'ampleur de son œuvre poétique, Pouèmo et ses cinq tomes, que par son
éclectisme. En effet, à côté de l'écriture poétique se développe aussi une œuvre théâtrale
importante, et une pratique omniprésente de l'illustration qui accompagne une activité
éditoriale singulière. Cette activité éditoriale qui s'est étendue de 1950 à 1990, avec des
évolutions intéressantes à noter, trouve aujourd'hui un prolongement dans les publications
du Centre Mas-Felipe Delavouët.
Il est particulièrement intéressant d'aller voir de plus près comment et pourquoi se
développa cette activité, quelles en étaient les motivations et quelles en furent les modalités.

Les sources
- De nombreuses ressources sont disponibles sur le site du Centre Mas-Felipe Delavouët :
http://www.delavouet.fr/ (pour les illustrations, le contexte, la correspondance, y compris des
enregistrements de poèmes dits par Delavouët).
- Un outil essentiel pour l'étude de l'œuvre de M-F Delavouët est la bibliographie établie par
Claude Mauron1 ainsi que sa notice biobibliographique2 parue dans le numéro spécial de la
revue Polyphonies (n°21-22, 1996), de même que les autres articles de ce numéro spécial.
- Les articles de Clément Serguier et de Jean Rouy du catalogue de l’exposition Calèndo3 dont
le propos sur Delavouët imagier dépasse largement le cadre des cartes de vœux réalisés par
M-F Delavouët4 et sont d'un grand intérêt pour comprendre le rapport entre texte et image
chez ce poète.
- Les « Cahiers du Bayle-vert », revue éditée par le Centre Mas-Felipe Delavouët chaque
année, la plupart du temps en lien avec la réédition d'une œuvre : ici, pour la question de
l'illustration et de l'édition, il faut consulter en particulier le n°1 consacré au Pouèmo pèr Evo
et le n°4 consacré à L’istòri dóu Rèi mort qu’anavo à la desciso.
- Certains des fascicules et catalogues d’exposition publiés par le centre Delavouët : Peintres
au Bayle-vert (2007), Livres de photographes illustrés par un poète (2008), et tout
1

Mauron, Claude. Bibliographie de Mas-Felipe Delavouët, Saint-Rémy-de-Provence, Centre de Recherches et
d’Études Méridionales, 1992.
Mauron, Claude. Bibliographie de Mas-Felipe Delavouët. Premier Supplément, Saint-Rémy-de-Provence, Centre
de Recherches et d’Études Méridionales, 2001.
2

Accessible sur le site du centre MFD: http://www.delavouet.fr/docs/notice_bio.pdf

3

Catalogue de l'exposition Calèndo, avec des textes de Sylvestre Clap, Claude Mauron, Jean Rouy, Clément
Serguier, Avignon, Palais du Roure, éditions "À l'azard Bautezar", 2013, 126 p.
4

Tous les ans Delavouët réalisait des cartes de vœux pour ses amis, belles et souvent drôles. Le catalogue cité
ci-dessus reprend celles qui furent exposées lors de la belle exposition du Palais du Roure en 2013.

1

�particulièrement Naissance d’un caractère (2009) où figurent de nombreux éléments sur la
mise au point du caractère typographique Touloubre5 et sur la mise en pratique du procédé
sérigraphique d’impression élaboré par Delavouët et Yves Rigoir (des extraits plus ou moins
longs de ces fascicules sont disponibles en ligne).
- Le fonds privé Delavouët : la correspondance notamment avec les illustrateurs, ou encore
Louis Jou6.
Les livres du Bayle-vert, par leur nom 7 même, s'enracinent dans le lieu de vie et
d'écriture du poète, le mas du Bayle-vert où il passe la majeure partie de son existence8. Elles
se démarquent dans le panorama de l'édition d'oc de cette période par l'exigence esthétique
qui préside à la fabrication des livres. Il s'agit, pour la plupart, de ce que l'on appellerait des
« livres d'artistes » : des livres qui ont non seulement pour but de rendre accessible des textes,
mais aussi à le faire avec une préoccupation esthétique, affirmant la valeur du livre non
seulement en tant que partition renfermant la parole poétique9 mais le pensant aussi comme
un écrin qui devait, par sa configuration matérielle, être à la hauteur de la parole qu'il
renferme.
Ces livres sont des livres de dialogue10 associant toujours un poète et un illustrateur,
(puisque Delavouët n'illustrait pas ses propres poèmes dans leur version publiée 11 à
l'exception de textes spécifiques comme les « petites images écrites et gravées » d'Amour di
quatre sesoun). Delavouët en est l'éditeur, et tour à tour l'auteur ou l'illustrateur, ou encore
l'auteur de « textes d'illustration » pour des livres de photographes12.
Face à une pensée de la poésie comme d'un art total, associant texte et parole, image
et support matériel, on comprend également que, poussé à la base par des contraintes
matérielles et contextuelles, Delavouët découvrit dans la pratique de l'édition un lieu où faire
exister de façon plus complète, plus autonome et, finalement, plus personnelle, sa conception
de la poésie, rejoignant peut-être en cela ce que disait Paul Éluard au sujet des livres
d'artistes : « Pour collaborer, peintres et poètes se veulent libres. La dépendance abaisse,
empêche de comprendre, d’aimer »13.
5

Portant le nom de la rivière qui passe par le village du poète, Grans.

6

Nous citons ici les lettres déjà publiées par ailleurs.

7

Pour une compréhension de l'univers dans lequel évolue le poète, de son importance jusque dans son œuvre,
l'article de Claude Mauron « Initiation à la géographie poétique de Max-Philippe Delavouët », paru dans la revue
La Pensée de Midi est une référence extrêmement précieuse. Il est consultable en ligne :
https://www.cairn.info/revue-la-pensee-de-midi-2000-1-page-74.htm.
8

Puisqu'il y est recueilli à neuf ans après le décès de sa mère, lui qui avait perdu à quatre ans son père.

9

Cf. préface à l'édition de Villon par Louis Jou.

10

Cf. « Pour désigner un volume rassemblant sous une même couverture au moins deux œuvres appartenant à
des modes artistiques différents, les spécialistes utilisent plusieurs formules comme "livre de peintre", "grand
livre illustré", "œuvre croisée" ou "livre de dialogue"... » notice bibliographique « livre d'artiste de la BNF »,
http://www.bnf.fr/documents/biblio_livre_artiste.pdf, consultée le 24/01/2018.
11

Dans la version publiée uniquement puisque les manuscrits étaient souvent accompagnés d'esquisses, souvent
très intéressantes, que le poète qualifiait, avec modestie, de « gribouillages », et dont on trouve de nombreux
exemple dans les Cahiers du Bayle vert qui accompagnent les rééditions de l'œuvre de Delavouët par le Centre
M-F Delavouët.
12

L'expression est de Claude Mauron.

13

Œuvres complètes, Paris, Gallimard, 1968, p. 983.

2

�Par ailleurs, il faut, pour bien comprendre le contexte relationnel dans lequel se
déploient ces éditions, y voir, toujours, le signe d'une amitié, amitié dont témoigne
l'abondante correspondance que Delavouët a entretenu avec les différents artistes avec
lesquels il a collaboré.

I. Origine de la démarche éditoriale
Il s'agit à l'origine de rendre accessible des œuvres de valeur, d'une activité que Claude
Mauron dans la biobibliographie qualifie de "militante"14 mais qui relève aussi de la volonté
de faire des livres tels qu'il les pense15, avec toujours avec une double exigence de qualité et
d'amitié "faire peu mais faire beau".
En effet, ces livres, numérotés, associent le texte à de belles illustrations sur un papier
de qualité (avec un tirage de tête particulièrement soigné).
Pour son tout premier livre, l'impression des lithographies se fera chez Berto pour les
Quatre Cantico et Francou et à Salon de Provence pour le texte. Les suivants seront imprimés
à Salon les suivants, jusqu'à Amour di quatre sesoun qui est le premier essai sérigraphique,
mais de faible ampleur, en 1964. Se soubro un pau de iéu de Vianès, le premier livre 16
entièrement imprimé en sérigraphie.
La contrainte financière
La correspondance révèle la prise en compte précise de la contrainte financière. On y
trouve de nombreuses traces de calculs : volume des ouvrages, coût, possibilités de diffusion
(liste de personnes susceptibles d'acquérir les ouvrages), réaction aux difficultés de vente et
les moments de découragement qui en découlent. La correspondance montre aussi
l'évolution de la recherche d'une impression à moindre coût à la découverte du plaisir de la
création physique du livre.
L'accueil de ces nouvelles éditions: critiques et réponse de Delavouët
À l'automne 1955, la revue FE publie un article de Delavouët consacré à Henri Pertus,
« L'imagié dins la ciéutat »17 où il développe sa réflexion sur le rôle du peintre dans la cité et
où il établit un lien entre l'illustration du livre et la peinture murale. Il y défend également le
soin apporté à ses éditions (avec en ouverture une référence au « jouine e amistadous
14

Cf. Claude Mauron, Biobibliographie de M-F Delavouët : « Ces réalisations s’inscrivent dans une activité
militante en faveur du provençal, qui s’exprime par nombre d’articles et s’exerce essentiellement au sein du
Groupamen d’Estùdi Prouvençau, fondé en 1952. Très critique à l’égard du Félibrige traditionnel comme de
l’idéologie "occitane", Delavouët s’y montre partisan déterminé d’une littérature en quête constante de qualité
et, dans les débats orthographiques du temps, du système moderne d’écriture, mis au point par Mistral. »
15

cf. sa réponse aux critiques qui lui reprochent de faire des « livres de luxe » citée plus loin (dans l'article
« L'imagié e la ciéutat », FE n°171, automne 1955).
16

Avant cela, le premier texte composé à la main par Delavouët, en utilisant le caractère Touloubre (et qui fut
sérigraphié à la main par Yves Rigoir), est la préface du livre Objets Sculptés par les Bergers de Provence, Lambesc,
1965.
17

FE n°171.

3

�groupamen » du GEP18, et une conclusion ironique sur l'action félibréenne) :
Lou libre es lou recatadou mounte [lou pintre] pòu encaro sarra si sounge. Sian d'uno epoco
mounte se pòu, emé peno es verai, faire encaro de libre. Que vengon pas nous dire que fasèn de
libre de « lùssi » ! es pas nosto fauto se de faire un travai coume l'entenden costo mai. Costo bèn
mai à lou que lou fai. Fasèn de libre ansi pèr ço qu'avèn besoun de metre dins un libre ço que
poudèn pas realisa pèr aiours entre li muraio de la ciéutat. Parié, lou pouèto fai de pouèmo de
tóuti li sounge que pòu pas realisa.
Quand li felibre saran mèstre dóu païs, après un darnié arrambage vitourious, alors Pertus
poudra leissa lou libre pèr pinta lou triounfle de la Causo e dóu secrèt di gènt jouine dins lou
Palais di Capoulié. Faguèn fisanço au Counsistòri e is armado mantenencialo.

Les limites de l'auto-édition
Malgré les réussites que constituent les ouvrages produits par les éditions du Baylevert, Delavouët, se trouve confronté aux limites de cette démarche, pour l'édition de son
grand œuvre, ce Pouèmo, immense texte qui se développe au fil des ans selon une structure
qui, si elle est sujette à évolutions, est pensée dès ses débuts.
Ainsi, dans une lettre confie-t-il son désarroi quand, tentant de trouve un éditeur
susceptible d'accueillir les premiers cycles de Pouèmo, il se heurte à des refus:
Pour changer de compte, je viens cet après-midi de mettre le nez dans mes cahiers pour faire
de savantes statistiques comparatives. J'ai donc fait un peu plus de 1300 vers dans mon poème
(Ève: 804 vers) et d'après mes prévisions, ça fait presque la moitié de la première partie. Il me
faut finir les morceaux commencés (ça n'ira pas tout seul) puis faire complètement L'Arbre
(l'Arbre + chemin de croix dans les 800 vers) et la Navigation fluviale du mort (dans les 400 vers
au motus). En principe la première partie (sans titre encore) ira chercher entre 3000 et 3300
vers. Ce qui m'effraye c'est que je ne pourrais jamais publier ça moi-même et que je me
demande où je pourrais bien trouver un éditeur. Si j'en avais trouvé déjà un ça irait tout seul et
ne me ferais pas de souci. Mais ce premier et catastrophique échec, tu le vois, va prolonger ses
répercussions et m'empoisonner la vie dans deux ans lorsqu'il me faudra publier la première
partie. C'est quand-même extraordinaire de s'atteler à un travail qui n'intéresse personne alors
que le premier finaud venu qui écrit une vague histoire appelée roman trouve toujours
quelqu'un qui s'en charge.19

En outre, au-delà de la volonté d'éditer des textes afin de les proposer au public,
Delavouët s'intéresse de près à la réalisation technique de l'édition, en s'impliquant dans les
étapes fondamentales à la réalisation d'ouvrages tels qu'il les pensait que sont l'illustration et
l'impression.

18

Groupamen d'Estùdi Prouvènçau, fondé en 1952.

19

Extrait lettre du 16/11/1955 à A.G. Cahier du Bayle-vert n°4 sur L'istòri dóu Rèi mort..., p. 10.

4

�II. Les techniques et les collaborations
Delavouët nourrissait un intérêt poussé pour l'illustration20. Parmi les livres publiés aux
éditions du Bayle-vert, on trouve différentes techniques d'illustration : gravures sur bois,
lithographies et linographies, papiers découpés, carte à gratter (pour le S-A Peyre),
photographies.
La mise en page
Delavouët pense la mise en page de façon très précise, prenant soin de la répartition
du texte sur la page, de la place des blancs et des « signes typographiques », ces petits
symboles (fleurs, oiseaux, cœurs, naïades, en accord avec les thèmes du poème) qui
ponctuent la page et dont Delavouët dit qu'ils sont essentiels parce qu'ils correspondent aux
silences lors de la lecture.
La typographie
Delavouët s'intéresse évidemment à la typographie, et va jusqu'à mettre au point un
caractère, le caractère « Touloubre »21, du nom de la rivière qui passe à Grans. Il est aussi un
habile calligraphe, et calligraphie intégralement le texte de Peyre qu'il édite (après avoir passé
des jours à trouver une écriture qui convienne).
Le papier
Delavouët soigne aussi le type de papier qui portera la « partition » du poème et les
illustrations : il s'intéresse aux types de papiers, parfois difficile à se procurer en fonction des
périodes (il suffit de penser aux difficultés liées à l'immédiat après-guerre). La correspondance
avec Louis Jou en est un beau témoignage : il lui écrit au printemps 1960 pour lui demander
s'il sait où il pourrait trouver du papier Monval, pur Chiffon. Jou lui répond 22 qu'il trouvera ce
papier chez lui et peut venir en prendre la quantité qu'il souhaite23.
La gravure sur bois
Delavouët fait, avec bonheur, l'apprentissage de la gravure sur bois dès 1951, en
témoigne une lettre à Sully-André Peyre de janvier 195124:
J'ai pu commencer les gravures dans le bois. Comme je n'avais jamais fait ce travail cela m'a
passionné. Il y a là toute une technique difficile et des problèmes qui partant de la matière
aboutissent à l'esthétique, et qui m'ont en fin de compte appris des choses. Par exemple le goût
20

Cela apparaît dans l'article que nous avons cité, « L'imagié dins la ciéutat », mais aussi dans de nombreux ses
articles, dans des préfaces (à un livre sur Chabaud, à une édition de François Villon par Louis Jou), ainsi que dans
la correspondance, et, également, des passages de Pouèmo.
21

Sur ce sujet, voir bien sûr le fascicule Naissance d'un caractère cité plus haut.

22

Lettre du 4 mai 1960, fonds privé MFD.

23

Il n'osera en prendre que pour 10 exemplaires.

24

Citée par Clément Serguier dans le catalogue Calèndo p. 22.

5

�tout solitaire que l'on peut avoir de garder une seule ligne nette et précise (comme chez les
Égyptiens).

Le procédé sérigraphique : se faire imprimeur
Confronté aux contraintes financières de l'impression, ne pouvant, à son grand regret
acquérir une presse à bras25, Delavouët, avec l'aide de son ami Yves Rigoir, met au point un
procédé sérigraphique qui lui permet de se passer de l'imprimerie traditionnelle.
Ainsi, dans une lettre du 26 octobre 1964 adressée au peintre et ami Charles-François
Philippe26 :
... ce qui m'intéresse au premier chef c'est d'imprimer des plaquettes en me passant de la
typographie traditionnelle (pour une grosse question de sous: elle est trop chère pour moi). Avec
des caractères photographiés je pense pouvoir composer des pages, les photographier, en faire
des typons, ensuite les tirer au pochoir de soie.

Cette technique fonctionnera grâce à l'implication et à la complicité de son ami
photographe Yves Rigoir qui assurera la sérigraphie, comme le rappellent les « achevé
d'imprimer » de nombreux livres du Bayle-vert. Delavouët a immortalisé avec humour cette
collaboration amicale de deux « artisans » du livre dans un joli dessin intitulé « Sérigraphie
noire », reproduit dans le fascicule Naissance d'un caractère27.
Les collaborations
Delavouët n'illustrait jamais ses propres textes, et c'est l'amitié qui le conduit à
proposer à des peintres ou photographes de participer à ses projets d'édition Pour les
photographes c'est aussi parfois l'inverse qui se produit, certains d'entre eux lui proposant des
photos que, lui, à son tour, « illustrera » de textes. La correspondance est le reflet précieux de
ces amitiés, de ces dialogues autour de l'art, et de l'avancée des projets communs.
Les peintres
Auguste Chabaud
Louis Malbos
Henri Pertus
Jean-Pierre Guillermet
Paul Coupille
Marie-Jeanne Rufener
Charles François Philippe (ami, concrétisation posthume)
Les photographes
Yves Rigoir : une collaboration non seulement pour l'illustration mais aussi le partenaire avec
25

Comme la correspondance le révèle: il aurait souhaité pouvoir installer une petite imprimerie chez lui.

26

Citée par Jean Rouy p. 29 du catalogue Calèndo.

27

Naissance d'un caractère, cit. et également dans le Catalogue Calèndo, cit.

6

�lequel il mettra au point le procédé sérigraphique.
Martha Jordan, Ben Lisa.
Un dialogue permanent, qui va au-delà d'une simple demande d'illustration
Les demandes d'illustration de Delavouët relèvent toujours d'une démarche active: le
poète guide, encourage, et participe même directement à la réalisation technique28.
Ainsi, dans une lettre à Guillermet pour les bois gravés d'Evo29 :
Occupez-vous surtout de vos toiles. Si pour vous reposer vous voulez graver, faites plutôt, dans
l'ordre, les griffons, les papillons etc. ... après l'Ève au miroir, bien entendu. Je pense que vous
n'avez pas gravé l'Ève dansante qui me paraît bien satisfaisante dans le dessin que vous avez fait
avant de partir et que j'ai gravé. D'ailleurs vous pourrez juger par vous-même. De toutes façons,
toujours pour conserver tout votre temps pour peindre, vous pouvez fort bien dessiner les bois
et me les envoyer: tant bien que mal j'essaye de les graver le plus fidèlement possible.

Ou dans ce témoignage de Paul Coupille qui illustra L'istòri dóu Rèi mort...
Ont suivi d'innombrables conversations au cours desquelles Max me fit part de son admiration
pour les gravures sur bois de Maillol et n'eut de cesse que de m'engager à découvrir cette
discipline, s'ingéniant à me procurer les pièces de bois nécessaires à des gravures. Il est difficile
d'imaginer combien cette quête était quasiment impossible dans ce pays et à cette époque.
Mais il réussit à me convaincre d'apprendre cette technique puis me demanda d'illustrer
l'histoire du Roi mort qui descendait le fleuve. Ce qui a eu pour effet les trois bois illustrant cet
ouvrage.30

III. Panorama et périodisation des éditions du Bayle vert


On trouvera les couvertures de la plupart des ouvrages cités, ainsi que de nombreux
détails sur l'édition ici: http://www.delavouet.fr/oeuvre-poetique/ (cliquer sur les
couvertures pour avoir d'autres illustrations).

Périodisation
Œuvres de Delavouët publiés aux éditions du Bayle-vert
-1950: Quatre cantico pèr l’age d’or, réunissant Cantico dóu bóumian que fuguè torero ;
Cantico de l’ome davans soun fiò ; Cantico pèr lou blad ; Cantico pèr nosto amo roumano,
lithographies d’Auguste Chabaud.
28

On trouve souvent dans les « achevé d'imprimer » du début (et ailleurs) la mention de la « colo dóu Baileverd », il s'agit en fait d'une façon de ne pas mettre en avant son action. Le travail collectif se fera, plus tard,
après la rencontre avec Yves Rigoir dans les années cinquante, pour le travail d'impression sérigraphique. Il faut
ajouter que les livres non reliés sont pliés et assemblés par Delavouët lui-même.
29

Fonds privé, octobre 1951.

30

Cahier du Bayle-vert n°4 sur L'istòri dóu Rèi mort..., p. 32.

7

�- 1951: Uno pichoto Tapissarié de la Mar, bois gravés d’Henri Pertus.
- 1952: Pouèmo pèr Evo, bois gravés de Jean-Pierre Guillermet.
- 1961: Istòri dóu Rèi mort qu’anavo à la desciso, Bayle-Vert.
- 1964: Amour di Quatre Sesoun, quatre petites images gravées, essai sérigraphique,
- 1966: Camin de la Crous, papiers découpés de Jean Thunin.
- 1968: Fablo de l’Ome e de si soulèu, illustré par Marie-Jeanne Rufener.
Œuvres d'autres poètes publiés aux éditions du Bayle vert
- 1951: Joseph d'Arbaud Espelisoun de l'autounado, (pas d'illustrations, à la demande de Mme
D'Arbaud, seuls quelques signes typographiques)
- 1962: Fernand Moutet, Fenèstro, bois gravés de Delavouët.
- 1966: Jean-Calendal Vianès, Se soubro un pau de iéu, bois gravés de d'Henri Pertus.
- 1968: Sully-André Peyre, La cansoun de Jaume e Bèumouno Vivarès, gravures au trait sur
cartes à gratter de Delavouët, qu'il qualifie, avec humour et modestie, de "graffitis.
On note un « creux » dans l'activité éditoriale pour la période 1953-1960, qui
s'explique peut-être 31 par la poursuite de l'écriture de l'œuvre poétique (qui paraît, par
ailleurs, en revue) et par l'écriture et l'implication dans la représentation de pièces de théâtre,
puisque dans les années 1957-1958 Delavouët fait jouer trois pièces32. La mise au point du
procédé d'impression sérigraphique, à moindre coût donc, en 1964 permet-il aussi peut-être
de relancer les projets d'édition.
La notice biobibliographique de Claude Mauron, de façon particulièrement
intéressante, met en évidence le fait que cette activité éditoriale se concentre sur la période
1951-1971. Après la publication chez Corti, il publiera uniquement des livres de
photographes : « En 1971, la parution des deux premiers livres de Pouèmo (à la librairie José
Corti) inaugure, en quelque sorte, une nouvelle période, privilégiant nettement l’œuvre
poétique. » On peut émettre l'hypothèse que le fait d'avoir trouvé un éditeur pour Pouèmo
l'amène peut-être à recentrer son activité sur l'écriture du grand œuvre afin de pouvoir mener
à bien son écriture et sa publication, sachant que l'activité éditoriale menée par l'artisan du
livre qu'est MF Delavouët prenait beaucoup de temps...

Livres de photographes33
- 1964 : Les arbres de Ben Lisa, photographies originales de René Ben Lisa, tirage sérigraphique
d’Yves Rigoir, poèmes de Max-Philippe Delavouët, (13 exemplaires).
- 1967 : Moisson, photographies originales d’Yves Rigoir accompagnées de poèmes de Max31

La consultation de la correspondance mettrait aussi peut-être au jour d'autres raisons, telles que des
contraintes financières, ou de temps retardant des projets.
32

cf. Claude Mauron, notice biobibliographique, cit.: "En 1957-1958, il fait jouer trois comédies, Ercule e lou
roussignou (« Hercule et le rossignol »), Benounin e li capitàni (« Bénounin et les capitaines ») et Tistet-la-Roso o
lou quiéu dóu pastre sènt toujour la ferigoulo (« Tistet-la-Rose, ou le cul du berger sent toujours le thym ») dont
la version française obtient un succès notable au Théâtre Grignan de Marseille, puis au festival de Cassis, dans
des mises en scène de Michel Fontayne et Jean-Luc Léridon, avec une distribution comprenant, entre autres,
Roland Monod et Antoine Vitez."
33

Certains des textes d'illustration, notamment les plus tardifs, sont uniquement en français.

8

�Philippe Delavouët, Lambesc, (14 exemplaires).
- 1988 : Sabo, photographies originales d’Yves Rigoir accompagnées de textes bilingues de
Max-Philippe Delavouët, Lambesc, (14 exemplaires).
- 1988 : Écritures, photographies originales de Martha Jordan, accompagnées de poèmes de
Max-Philippe Delavouët, Genève, (30 exemplaires).
- 1990 : L’Ange foudroyé, photographies originales de Martha Jordan, accompagnées de
poèmes de Max-Philippe Delavouët, Genève, (30 exemplaires)34.

Conclusion
Le Centre Mas-Felipe Delavouët, créé pour faire rayonner l'œuvre du poète, se pose,
dès 1993, dans le prolongement de cette activité éditoriale. Les publications sont réalisées
dans le même esprit, conjuguant exigence esthétique et collaboration avec des artistes. Le
Centre publie d'une part des beaux livres qui sont la réalisation de projets plus ou moins
achevés au moment de la disparition de Delavouët tels :
- Cansoun de l’amour dificile (Chanson de l’amour difficile), Bayle-Vert, 1993.
- Cansoun de la Printaniero (Chanson de la Printanière), illustrations de Charles-François
Philippe, Bayle-Vert, Grans, 2005.
Par ailleurs, le centre Delavouët réédite l'œuvre de Delavouët, au rythme d'une
publication par an, par cycle et avec des illustrations, dans un format sobre et élégant qui le
rendent peu onéreux. Chaque publication est accompagnée de la sortie d'un exemplaire des
Cahiers du Bayle-vert, la revue du Centre MFD, qui propose des articles et documents (facsimilés de manuscrits, extraits de correspondance, dessins de Delavouët) permettant une
mise en perspective particulièrement intéressante. À ce jour, ont été ainsi réédités:
- Pouèmo pèr Evo, Centre Mas-Felipe Delavouët, Grans, 2010.
- Cor d'amour amourousi, C.M.F.D., Grans, 2011.
- Courtege de la bello sesoun, C.M.F.D., Grans, 2012.
- Istòri dóu rèi mort qu’anavo à la desciso, C.M.F.D., Grans, 2013.
- Cansoun de la mai auto tourre, C.M.F.D., Grans, 2014.
- Lou pichot Zoudiaque ilustra, C.M.F.D., Grans, 2015.
- Amour di Quatre Sesoun, C.M.F.D., Grans, 2015 [réédition en fac-similé réduit].
- Tistet-la Roso: coumèdi, C.M.F.D., Grans, 2016.
- Ço que Tristan se disié sus la mar, C.M.F.D., Grans, 2017.
- Blasoun de la Dono d'estiéu, C.M.F.D., Grans, 2017.
- Danso de la pauro ensouleiado, C.M.F.D., Grans, à paraître en 2018.

34

Ce dernier texte, composé quelques mois avant la disparition de Delavouët, a une tonalité presque
prophétique.

9

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                <text>Vignette d'illustration : Par Clem13450 — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=38416914</text>
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                    <text>Max Allier, a la raja dau temps1
Marie-Jeanne VERNY, Univ Paul Valéry Montpellier 3, LLACS, EA 4582, F34000, Montpellier, France

Quand moriguèt Max Allièr en 2002, Ives Roqueta lo saludèt dins Occitans !, la revista
de l’IEO. D’aquel tèxt esmogut que repreni en annèxe, ne tiri qualquas frasas :
A 66 ans, sabi totjorn de còr son poema :
Aicí ma cara
A la raja dau temps
l’ai quilhada
Es nuda
Coma la ròca del vent batuda
Emai barrada coma un ponh.

[…] Del meme biais, ambe son Emperau, es Allier que me dobriguèt los camins d’una
pròsa d’òc en presa sus l’univers urban, la condicion obrièira, lo bonur que i a, tanben, a cò
del proletariat, la dignitat e la grandor dels paures.
L’òbra de Max Allier, coma la de tantes maites escriveires d’òc de la colleccion
« Messatges », aguèt pas la recepcion que s’ameritava. Sovetam qu’aquela jornada siá
escasença de faire tornar legir aqueles poètas. Nos a semblat util, abans de ne venir a un
primièr ensag d’analisi del recuèlh A la raja dau temps (Quasèrn n° 10 de la colleccion
« Messatges »), de tornar sus l’itinerari de Max Allier entre sos divèrses engatjaments politics
e culturals. Nos apiejarem sus la correspondéncia amb Lafont conservada al CIRDOC (36 letras
entre 1946 e 1971), e sus las publicacions de e sus Allier, mai que mai dins las revistas Oc2 e
L’Ase negre.

L’autor
Nascut en 1912 a Montpelhièr, d’una familha protestanta, filh del pintor – comunista
– Paul Allier, Max Allier grandís e e fai d’estudis à París. Presonièr de guèrra en 1940, s’escapa
e rejonh Montpelhièr. Membre de l’Armada secrèta, se sap menaçat après l’arrestacion de
dos amics par la Gestapo et se recapta amb sa femna e lor drolleta a L’Esperon, sus Aigoal, fins
a la Liberacion. Sosten lo maquís mas i dintra pas, que s’estima tròp vièlh per rapòrt als mai
1

Ai volontàriament causit per aquela comunicacion lo quiti títol del primièr recuèlh poetic de Max Allier dins la
colleccion « Messatges ».
2

Per çò qu’es de Oc, se dirà pas jamai pro l’interès del trabalh de benedictin de Georges Ricard amb sas Tables
signalétiques et analytiques de la revue Oc (CIDO, 1985).

�2

joves…3 Membre del Partit comunista, foguèt a l’origina, amb qualques autres, del tèxt
bilingue de 1976 adoptat per las « Cinq Fédérations Communistes du Languedoc –
Roussillon. » : « les communistes soutiennent le développement de la Culture Occitane » e fai
partida dels actors que permetèron, a la fin de las annadas 70, un raprochament entre
communistas e occitanistas.
Per Allier, aqueles contacts son ancians, probablament ligats a la Resisténcia e a
l’influéncia màger, dins la França d’après-guèrra, del PCF e de son aparelh intellectual (premsa
nacionala e regionala, revistas – Europe, Les Lettres françaises – edicions ligadas al Partit, coma
los EFR / Éditeurs français réunis – que publiquèron l’Anthologie de la poésie occitane
d’Andrée-Paule Lafont, amb un prefaci d’Aragon4…). Bona part dels occitanistas progressistas
d’aquel temps, quina que siá lor sensibilitat politica, agèron de relacions amb aquela nebulosa.
Coma amb d’autres de la movença comunista (Jòrdi Gibelin, Fèlix Castan o Robèrt
Allan), l’amistat de Max Allier amb Robert Lafont es una amistat de joinessa, coma ne
testimònian las letras conservadas al CIRDOC5. Totes dos èran nimesencs (al mens après la
guèrra per Allier), e protestants, çò qu’explica d’unas afinitats que transpareisson d’aquí d’alai
dins la correspondéncia.
Après la guèrra, Allier venguèt jornalista a Nimes, d’abòrd dins l’efemèr quotidian,
presa de guèrra de la Resisténcia, titolatRenaissance républicaine du Gard6 (1946-1947), puèi
à La Marseillaise, quotidian de la movéncia comunista, ont passèt l’essencial de sa vida
professionala, en acabar a l’agéncia de Montpelhièr. A partir de las annadas 60 fins a sa mòrt,
demorèt a Montpelhièr ont sa femna fasiá profession de permanenta del Partit.
Parallèlament, joguèt un ròtle dins l’IEO de l’après-guèrra, puèi que bailegèt la
colleccion « Pròsa », parallèla de la colleccion « Messatges », de 1956 a 1957, abans de dever
partajar aquela direccion amb Ives Roqueta, puèi de la li abandonar (de bon o de marrit gra…).
Las letras a Lafont fan tanben allusion a de problèmas de santat, puèi, en 1953, a un
accident e a sas seguidas. Aqueles problèmas, ne patiguèt mantun còp Max Allier entre 1948
e 1955 e son probablament causa de l’interrupcion de la correspondéncia pendent de longs
periòds.

3

Mercegi l’istorian Patrick Cabanel de m’aver comunicats los elements d’aquela biografia. Felip Martel
m’assabenta tanben del fach que, per de rasons de ravitalhament, las plaças al maquís èran limitadas.
4

Andrée-Paule Lafont, Anthologie de la poésie occitane, Paris, EFR, préface Aragon, 1962.

5

Mercegi Aurelian Bertrand, archivista al CIRDOC, de m’aver comunicadas aquelas letras.

6

Cf. Library of congress : https://www.loc.gov/item/sn90048416/. L’istòria d’aquel jornal quotidian es estada
reconstituida en 2014, per un trabalh de las Archives départementales du Gard « La Libération dans le Gard » :
« Le Républicain du Gard tombe sous le contrôle des résistants le 24 août 1944. Aussitôt rebaptisé La Renaissance
Républicaine du Gard, le journal devient à compter du 28 août le représentant officiel du CDL sous la direction de
Philippe
Lamour
(en
linha
a
l’adreiça :
http://www.archives.gard.fr/fileadmin/mediathequesatellite/archives/documents/04_TRANSMETTRE/Expositions/Liberation/Lib%C3%A9ration.pdf).

�3

La correspondéncia amb Lafont, – qu’analisam en annèxe –7 dona qualques elements
sus la cultura occitana d’Allier e sus los que foguèron sos mèstres. Es una lectura (a 12 ans) de
La Miugrana entredubèrta8 que foguèt per el la revelacion, en causa, çò ditz, e serà una de sas
preocupacions, l’existéncia de la revirada.
… je ne peux oublier que si La Miugrana entreduberta ne m’était pas à l’âge de 12 ans
tombée entre les mains pourvue de sa traduction je n’aurais sans doute jamais appris notre
occitan.

Los autors los mai citats son L’Abat Fabre e son Jan-l’an-pres e lo Nimesenc Bigòt .
Las annadas de gestacion de l’òbra que ne parlam presentan d’elements pro
caracteristics de la bastison de l’occitanisme d’après-guèrra que l’estudi ne demòra encara de
precisar, al-delai del mit – aisit – d’un IEO nascut de la Resisténcia.
Dins aquela bastison, l’òbra d’Allier aguèt sa justa plaça, e es pas per azard que AndréePaule Lafont causiguèt lo títol « À la rigueur du temps » (çò qu’es la títol francés del recuèlh
d’Allier) per la darrièra seccion de son Anthologie de la poésie occitane.
Abans la parucion d’A la raja dau temps, Allier publiquèt de tèxtes en revista o en
antologia. Lo primièr tèxt poetic publicat qu’avèm retrobat data del n°168 de Òc, (4en trimèstre
de 45, p. 10). Titolat « Ombra que vira », evòca una siloeta de joventa, entre onirisme e
realisme, a l’encòp fugidissa e sensuala, trufarèla e seductritz, que se fond amb lo còsmos.Lo
poème evòca irresistiblament un dels dos tèxtes retenguts per Lafont e Lesfargues dins lor
antologia del Triton bleu9: « Marsejada », daté de 1945.
Basta de comparar las doas estròfas finalas :
Marsejada

Ombra que vira

- Saique ! Ai pas acabat encara
Jove de te faire patir !...
E s’esquifet dins lo matin
Sens que vejesse mai sa cara.

Mas l’ombra a fusat sus la dralha
Lo sorelh torna a trelusir
La jova a mas rasons badalha
E fug… D’aquò qu’una ombra ditz

Ara enanat per long pais
Qu’enchaut se lo vent me basela,
Se lo cel plora o ris : plen d’ela
Tot mon cor macat trefolis…

S’enchauta ben manida urosa
Als dius agrada : dins sa man
Legis son astrada corosa
E ritz : Fara sorelh deman !...

La jeune poésie occitane, Lafont et Lesfargues
Le Triton bleu, Paris 1946, p. 50.

Oc, [168], 4ème trim. 1945, p. 10.

7

Coma – fach anecdotic e pasmens eloquent – la siá bibliotèca qu’es a l’ora d’ara a se vendre en cò de boquinista.
Bibliotèca rica, entre autres, d’obratges en occitan dels relargs montpelhierenc e nimesdenc, totes religats amb
una granda elegància.
8

9

Aital escriu dins una letra del 29 de decembre de 1957.

Bernard Lesfargues et Robert Lafont, La jeune poésie occitane, préface Pierre Darmangeat, Paris, Le Triton bleu,
4ème trimestre 1946. Contient 2 poèmes de Max Allier dans la section « Odor del temps » :

�4
Paregut primièr dins L’Ase Negre, 1er de mai de 194610

Aquela inspiracion sensuala, mesclada d’onirisme, percorrís l’ensemble de l’òbra,
coma la percorrís lo motiu de l’ombra.
Dins la primièra letra a Lafont que figura dins lo fons conservat al CIRDOC (març de
1946), Allier dona una responsa positiva a la proposicion de Lafont de collaborar al journal
L’Ase negre, qu’èra en gestacion11. Le primier numèro pareis en agost de 1946, Allier figura
dins le comitat de redaccion. I publica un tèxt titolat « A nòstre causit »12 ont analisa amb una
granda pertinéncia lo processus de minoracion diglossica de la lenga, e mai dins una societat
rurala que pasmens l’occitan n’es la lenga majoritària. Insistís sus lo ròtle essencial dels
intellectuals conscients per regussar (segon un concept lafontian emplegat plan de temps pus
tard) aquela diglossia.Lo segond article, en abrial de 1947, dins lo n° 8 es titolat : « La ròda
vira ». Repren lo prepaus precedent e i ajusta de repròches sus l’emplec del francés dins los
acamps d’occitanistas e sa demanda que la lenga siá parlada. Lo tresen pareis dins lo n° 11
(Julh-agost 47). Titolat « Lenga d’Oc, lenga dau poble »13, fai una plaça granda al poèta
nimesenc Bigòt.
De poèmas d’Allier son publicats dins lo numèro d’Oc que Yan Lespoux ne parla aquí
(n° 169, 1946-1947-1948, p. 67, 68, 69) : « La Grana » (datat de setembre 1946), « Lo
Cocarro », de junh de 1946 (p. 37 dins lo recuèlh), « …Sonque l’estiu », de mai de 1946 (p. 51
dins lo recuèlh).
Lo numèro 173 (datat de julhet 1949), p. 12-26, conten la pròsa titolada « Lo coguu
estivenc » e lo 174 (d’octòbre de 1949), p. 5-6, lo poèma « Aicí sèm », que serà représ dins A
la raja dau temps (p. 65).

10

S’agís aquí d’un primièr « Ase negre », estudiat per Felip Gardy dins lo n° 81 de la revista Lengas :
http://journals.openedition.org/lengas/1192 : Citam Gardy « En mars 1946, deux jeunes défenseurs de l’occitan,
Hélène Cabanes (Gracia) et Robert Lafont prirent l’initiative de créer une nouvelle revue d’action occitaniste, qu’ils
intitulèrent L’Ase Negre (L’Âne Noir, à partir du proverbe « Têtu comme un âne noir »). Les ambitions de cette
publication, qui ne connut que quatre minces livraisons mensuelles, étaient à la fois politiques (en faveur du
fédéralisme), linguistiques (la revue est entièrement en occitan) et littéraires (on y publie de nouveaux auteurs).
Ces quatre livraisons furent imprimées de façon toute artisanale, avec le matériel que la Coopérative de
l’enseignement laïc (Célestin Freinet) venait tout juste de procurer depuis Vence à Hélène Cabanes, institutrice à
Abeilhan (Hérault). De là sans doute leur rareté aujourd’hui. Après juin 1946, L’Ase Negre revêtit une forme plus
aboutie : imprimé sur des presses professionnelles, avec un format plus grand, et des contenus beaucoup plus
développés. ». Lo poèma, nos apren Gardy, es presentat aital : « Lo jove propagandista lengadociàn es tambén
poeta d’eime requist, coma o monstra lo darrier numero d’OC. Vaqui un poema de Max Allier.
11

Legir : Philippe Canalès, « L’Ase Negre (1946 - 1949), primièira revista d’occitanisme politic d’après-guèrra »,
Lengas 75, 2014 : http://journals.openedition.org/lengas/600. NB : aquel article conten pasmens una confusion
entre La Renaissance du Gard e La Marseillaise, qu’Allier i trabalha pas encara.
12

Que reprenèm en annèxe.

13

Que reprenèm en annèxe.

�5

Los numèros 176 (abrial de 1950, p. 32-38) e 177 (julhet de 1950, p. 34-35) contenon
una critica de l’edicion de Joan l’an pres per Marcel Barral dins la colleccion dels classics
occitans bailejats per Camprós. Lo primièr article d’Allier es titolat « L’istòria de Joan l’an pres
e la necessitat d’un trabalh de cotria », lo segond simplament « L’istòria de Joan-l’an-pres »
(2). S’agís de rendre legidoiras las òbras e las transcriure dins una grafia unificada, rai, mas
Allier repròcha a Barral de servar los gallicismes e las formas patesas del tèxt de Fabre, sens
utilizar l’italic per o senhalar. Allier revèla aquí sa cultura (coneis las divèrsas edicions de Favre)
e sas exigéncias scientificas. La critica de l’edicion es sevèra. Allier pòrta una atencion precisa
al parlar de Montpelhièr, atencion que retrobam dins la correspondéncia amb Lafont.
Lo numèro 180 (d’abrial de 1951, p. 21-22) conten un poèma d’Allier titolat « Lo
Motle », que portarà dins A la raja dau temps lo títol « Ma cara », e que serà aital dedicat :
« Per Ismaël Girard ».

Qualques nòtas sus A la raja dau temps, Messatges n° 10, 1951
Lo recuèlh, de 73 paginas conten 26 poèmas, divisat en 3 partidas a pauc pres equivalentas :
I-

« Per los que casèron a l’auba » : 9 poèmas sens títol, numerotats de I a IX
Lo poèma IV es paregut dins lo n° 180 de Òc (Abrial de 1951), sota lo títol de « Auba »
II« La mòla » : 9 poèmas amb un títol per cadun
- « Una jornada d’avalida »
- « La Clapa »
- « Lo Cocarro » : paregut dins lo n° 169 de òc (1946-47-48), p. 69.
- « Lunada »
- « La Font »
- « Aiga d’estiu »
- « Trelutz »
- « Calinhatge »
- « Sonque l’estiu » : paregut dins lo n° 169 de òc (1946-47-48), p. 68, poèma datat de junh 1946.
IIILa contèsta : 7 poèmas
- « Ai virat la fuôlha »
- « Deliure »
- « Dins la contesta »
- « Romieu de nuoch »
- « Novembre »
- « Aici sèm » : paregut dins lo n° 174 de Òc, d’octòbre 1949, poèma datat de març de 49.
- « La Maia » : paregut dins lo n° 180 de Òc (Abrial de 1951), p. 23
- « Ma cara » : paregut dins lo n° 180 de Òc(Abrial de 1951), sota lo titol « Lo Mòtle », dedicat a
Ismaël Girard.

L’arquitectura del recuèlh es estudiada per que la part centrala rempliga l’ofici que li
es donat per son títol « La mòla », qu’Allier revira per « La halte ». Aquesta part centrala se
tròba entre doas seccions que presentan dubèrtament una poesia engatjada, dins los combats
del temps o de l’Istòria en general. Los títols ne son eloquents « los que casèron a l’auba » son
los Resistents tombats al combat o dins la repression, e « la contèsta » remanda a la lucha.

�6

Aquela dobla inspiracion qu’a fach de còps comparar Allier a Aragon, se retròba d’alhors dins
lo títol causit per l’antologia compausada en 2003 per las edicions Jorn : D’amor e de contèsta.
« Per los que casèron a l’auba »
D’accents aragonians e rimbaldians se devinhan dins aqueles poèmas que lo títol de la
seccion lor es donat coma una dedicaça. Aital dins lo primièr se i pòt legir un remembre del
« Dormeur du val » de Rimbaud :
Paures Lo solelh qu’espelís
onchèt per res sas boquetas
de sa melica Engrepesits
chorravan lo cap dins la rega
(v. 16-19)

Hélas Le soleil qui jaillit
pouvait leur agacer la bouche
du miel de ses doigts Engourdis
ils rêvaient le chef sur la glèbe

Coma en cò de Rimbaud, l’escandal de la mòrt apareis en contrapunt amb la beutat de
la natura environanta e las promessas de l’alba – Allier emplega lo diminutiu « a l’aubeta »
dins lo second vers – amb sa valor ipocoristica ; aital dels vèrses « Lo jorn s’es pas jamai levat
/ per eles » (I, 1-2), o d’aqueste : « D’òmes vius dins lo cròs jaguts » (III, 36).
Aquel contraste violent es tanben present dins lo poèma IV : la segonda estròfa i repren
la posicion rimbaldiana dels « paures mòrts espandits dins la bauca », escandal d’autant mai
grand que lo mond contunha de virar. Aital los tèxtes son marcats per una pietat immensa a
l’egard dels mòrts que son remembre es estat oblidat. « Cada causa a tornat a son agre » ditz
lo primièr vèrs del tèxt V. Causa que ditz encara mai clarament l’estròfa finala :
Los mòrts degun se tracha pas pus d’eles
nimai de saupre un còp per de que son casuts
Barrejats a l’espés de la tèrra
fantaumas que lo vent dins la polsa carreja
los paures mòrts diriàtz qu’an pas jamai viscut.

E lo poèta, el, o vei plan que « La Patz » a « de suja sus la cara » e qu’es filha de la mòrt,
çò qu’exprimís l’allegoria de la fin de l’estròfa 1 :
« De sas alas de ploma a begut los desaires
e lo sang que marcara la pèl »

Los eveniments tragics que son contats prenon plaça dins los païsatges aimats, coma
aquel de la Cevèna e son bestiari fantastic que remanda a l’imaginari popular qu’inspirèt La
Fara-Alès
… l’uòlh creserèl au Fantastic que trèva
un còp que la gacha flaquís
e que la Cauca-Vièlha fugís (IV – 7-9)

�7

La mòrt, dins aquel poèma, apareis solament a la fin de cada estròfa, al moment qu’es
evocada l’alba e l’ombra que s’engruna, es mostrada coma una avalida, sens que res ne
demòre (estr. 1).
« Los que casèron a l’auba », los mòstra, lo poèta, dins la pèça VI, amb sa set de vida,
son amor dels demans, òmes de desirs e d’esperança. Las notacions sensualas s’amolonan
dins una evocacion d’estiu entre lutz de las albas, « flambejar » del solelh e fresquièra del
« rajòu de la fònt ».
Per Allier, a costat de l’Istòria comuna que n’es estat un dels actors, l’istòria culturala
de l’occitanisme es presenta. O avèm vist per L’Abat Fabre, per La Fara-Alès o per Bigòt. Aital,
dins lo poèma II d’aquela primièra part, l’allusion a l’« amor de luònh » (v. 13), coma i es
probable un remembre del mit de Narcís revisitat per Ventadorn : « El tan gelós de son aimada
/ que se miralhava en sos uòlhs… »
Dins aquela seccion, lo poèma VII sembla esmarrat : cap d’allusion a una mòrt que
menaça o qu’es ja passada… Sonque l’evocacion sensuala d’un temps d’estiu coma ne
trobarem dins la seccion seguenta amb sas notacions eroticas. Es que s’agís d’establir un
contraste amb la mòrt a l’alba ?
Lo poèma VIII se centra sus las figuras dels Resistents que ne fai un retrach collectiu :
Frairaus descauces e pelhandras
coma nautres batián la tèrra granda
en aguent pas res de dieu que sos ponhs.

Notarem la bèla trobalha poetica del vèrs 8 qu’associa l’advèrb « deman » amb
l’emplec de l’imperfach : « Deman lo blau deman risiá dins sas parpèlas ».
Aquí tanben lo tèxt ditz lo desir de vida, l’amor de las causas sensualas ont tornan los
motius del solelh d’estiu, del « calimàs dau jorn » e de la fònt, torn a torn « fònt dau temps »
o « fònt que clareja ». Pasmens la darrièra estròfa del poèma fai intervenir una ombra,
premonitòria saique de la malastrada. E nos remembram lo poèma « Ombra que vira » evocat
çai-sus. Aquel motiu de l’ombra, entre observacion realista e coloracion fantastica, apareis
mai d’un còp dins l’òbra :
Un còp qu’aclatats sus sa fònt que clareja
interrogavan l’avenir
sempre vesián montar dau prigond de l’aigueta
milantas rebats de sa cara que ritz
son eles que vesián dins l’espandida en fèsta
esperlongar son ombra sul camin

La primièra seccion se claus per las envoladas liricas del poèma VII que celèbra la fòrça
del refús e la valor del sacrifici. Lo poèma es bastit sus un sistèma d’enonciacion complèxe : lo
poèta parla dels mòrts a la tresena persona (« An dich de non », v. 1, « lo mond es aprens dau
creis de sas amors » al darrièr vèrs) mas aquela tresena persona dominanta es entrecopada
amb la segonda persona del plural :

�8

Mòrts vòstres uòlhs veiràn pas pus
Coneisseretz jamai la vira de l’istòria
Demoraretz jaguts en riba dau camin
jaguts sols ambé ieu dins la nuòch que fai òrre
Estatz suau Per vautres i a pas cap de matin (v. 25-29)

La mòla
Aquela segonda part representa una pausa.Los poèmas an benlèu pas l’unitat de la
precedenta. Altèrnan evocacions sensualas urosas coma las dels primièrs poèmas publicats e
aparicions oniricas coma dins « Lo cocarro ».
Lo poèma 1, sens títol, es en acòrd amb la pausa anonciada :
Una Jornada d’avalida
un jorn de trabalh qu’a mainat e
ja lo rambalh de la vida
que d’aise merma al caladat

Pasmens, amb lo trabalh de l’escritura, e malgrat lo besonh d’« oblit » (paraula represa
quatre còps dont tres en posicion anaforica), i venon tombar (v. 23) « totes los passes de [l]a
vida »del poèta, entre remembre e oblidança.
I trobam tanben, per exemple dins lo segond poèma, de notacions descriptivas brèvas
ont s’amaga benlèu quicòm de l’inspiracion roquetiana
Una clapa que barrutla
una ombra qu’òm vei fusar
dins la garriga que brutla
un perdigal s’es levat

Lo motiu de l’ombra (que caldriá probable estudiar dins sa complexitat) apareis aquí
coma apareisserà mai d’un còp :
Sol dins la lutz que s’engruna
un elze acata jot el
son ombra cauda que fuma (« La Clapa, v. 1-4)

« Lo cocarro » 14 qu’una version francesa pareguda en 1946 portava lo títol « Le
gueux », coma la revirada francesa de nòstre recuèlh, es justament una d’aquelas figuras
d’ombra que poiriá faire pensar a la « Nuit de décembre » de Musset, en mai realista de segur :

14

« Lo Cocarro », nos apren Felip Gardy, « es puslèu una version occitana d’un poèma adejà paregut coma "Le
Gueux" dins Les Cahiers du Triton bleu, n° 3, juin-juillet 1946 e après, ont apareis coma una seguida de quatrens,
dins lo recuelh francés Visages, Nimes, Jules Salles, 1947, p. 49-50. Seriá interessant, fai remarcar Gardy, de veire

�9
Amb aquels jorns palles d’ivèrn
que dins la nebla se rebalan
qu’a miegjorn òm trampèla encara
engrepesit jos son cobert
aqueles jorns entre levat
ieu vese detràs lo veiratge
un qu’a ‘mpegat son grand caratge
e que me bada desvariat.

Dins aquel tèxt colorat de fantastic, lo « ieu » esita sus la natura d’aquela « trèva » que,
coma l’ombra, « s’estrassa » « ambé lo vespre qu’a tornat ». Es qu’es l’« emmascaire visatge »
de « l’ivèrn » ? Es qu’es « [s]a trassa de vida » ?
Se l’estiu e lo plen solelh son privilegiats per Allier, li arriba tanben d’evocar la nuech e
la « Lunada » dins lo poèma eponim ont se remembra de sensacions d’enfança :
La luna davala dau cèl
l’ora luseja sus la vitra
sente bolegar dins mon pitre
dels jorns passats lo flaire greu. (v. 17-20, p. 41)

Autres motius, aqueles en rapòrt amb l’aiga, totjorn ligats a de connotacions sensualas
e/o eroticas. « La fònt » (p. 43), es l’escasença d’evocar « Una filha d’estiu [que]
….cantorleja a mon latz
amb tot lo pes de sa cabeça sus ma fauda (v. 5-6).

La vision erotica s’esperlonga puèi fins a la fin del poèma, amb una natura compliça :
Sus sa cuòissa una aureta a rebonbat sa rauba
los uòlhs meita cugats agacha l’aire blau
E de çò que la fònt dins la prada gorgolha
e qu’un bresilh d’aucèl nos ven tèner solaç
fau salir de son esa una espatla redonda… (v. 7-11)

Aital l’« Aiga d’estiu » (p. 45) es una metafòra per designar l’aparicion d’una « votz de
joventa » e lo tèxt s’acaba en promessas de plasers sensuals.L’amor, un dels dos elements
retengut per Allier dins l’antologia personala que compausèt al ser de sa vida en cò de Jorn,
es de segur present ; un « tu » es interpelat dins lo poèma, aquel d’una joventa qu’apareis
« d’ausida » e « destrasson[a] lo vièlh casau ». Lo poèma s’acaba dins lo bonaür del parelh
constituit a la primièra persona del plural : « dintrèrem ». L’evocacion del solelh que fringa es
puèi lo biais de suggerir la fusion amorosa dins lo bonaür dels elements. :
I agèt un bufe de solaç
dins la calor de la vesprada
solets dintrèrem puòi Pensatz
amont se lo solelh fringava. (p. 45, v. 19-22)

se d’autrei poèmas en francés d’aqueu recuelh son pas estats "recuperats", en totalitat o pas que per part, dins
A la raja dau temps.

�10

Natura mai que compliça dins lo poèma « Calinhatge » (p. 49), que i es objècte de
desirança e compliment d’aquesta :
Jove tròp cofle d’una amor
que s’assadola pas d’estrenchas
soi vengut solet aiçamont
me jaire amb la Nuòch consenta.
[…]
E puòi tot maina sus l’aupatge
Ambé sas mans frescas la Nuòch
a d’aise agantat mon caratge
e ras de ieu dormís sul puòg (v. 1-4 e 21-24)

L’ombra es presenta tanben dins aquel poèma, doble evident del poèta dins son acte
d’amor amb lo còsmos :
E quora amb un doç ferniment
que fai jos ieu mon Ombra urosa
vese dins tot lo firmament
tresanar destèlas urosas.

Autra(s) ombra(s) dins lo poèma « Sonque l’estiu » (p. 51) ; s’agís d’abòrd d’una
sequéncia de notacions movedissas d’ombras de de lutz :
Ombras trelutz nivols d’estiu
fuòlhas tebesas que verdejan (v. 1-2)

abans que siá evocat aquel doble que rescontram tan sovent dins l’òbra :
ara que lo Mai s’espandís
e que tot per òrtas bolega
quau es aquest un que m’agacha
e que me fai cugar los uòlhs (v. 3-6)

abans tanben que lo poèta accepte sa solesa al mitan de l’immensitat cosmica, mèscla
d’onirisme e de sensacions efèctivament esprovadas :
Paure siás sol. I a pas degun
que venga picar a ta pòrta
sonque una aureta e lo treslutz
dins la lucada d’un jorn bèl
Siás sol. Aquela ombra que treva
dins la lucada d’un jorn bèl
aquel un que per lo campèstre
te desgruna un bresilh d’aucèl
es lo cèl blau e secutaire (v. 13-21)

�11

Dins la contèsta
Lo primièr poèma d’aquela seccion, sens títol « Ai virat la fuelha… » (p. 55), sembla de
faire una transicion amb la precedenta. Bonaür cosmic, imatges sensuals d’una figura feminina
nusa a se penchenar, esitacion entre lo moment arrestat d’un « jorn nòu », d’un « bèl jorn » e
son « ala d’eternitat ». Certesa que son luenh los « malordits15 de ièr », que « … la vida / a tot
refrescat de l’oblit » (v. 18-19) e que « un monde nòu fai respelida » (v. 20. lo poèta i celèbra
lo bonaür d’èsser viu dins una natura solara erotizada :
Jorn de ma vida oras que cantan
gansa color de l’orizont
qu’un dieu a la muda m’alanda
entre que salisse dau sòm
joventa fresca coma una aiga
que se penchina a mon lindau (1èr poèma, v. 5-11)

Lo segond poèma, « Deliure », dedicat a Max Roqueta, ressona amb lo poèma « Ma
cara », lo darrièr d’aquela tresena seccion. Lo poèta se presenta amb una « cara d’òme
complida », dins una postura de volontat :
« Ara que mon còr es pastat
e ma cara d’òme complida
tot drech au solelh de la vida
que trai mon ombra al caladat (v. 1-4)

Mon dieu dins mon còr embarrat
e ma cara d’òme complida
m’avare al solelh de la vida
ambé mon ombra a mon costat (4 darrièrs vèrses)

mas totjorn amb aquela ombra que lo seguís que se retròba al vèrs 4 e al darrièr vèrs.
Lo poèma eponim « Dins la contèsta (p. 59), dedicat a Lafont, fai lo ligam entre las luchas
de menar e las luchas passadas, e religa aquela seccion a la primièra ; lo poèma insistís sus la
cadena entre las generacions :
Son totes los qu’un jorn casèron
los uòlhs dobèrts e qu’an servat
dins lo mortalatge e la guèrra
aquel agach de libertat
Cau qu’avaligam los enfants
per que demòren a nòstre image
per que non seguem pas demàn
los faidits dins nòstre terraire.
S’un còp es rota la cadena
qu’estaca lo paire amb lo filh
tot lo ben acampat s’abena
la sòrga antiga s’estorrís (v. 13-25)

15

Allier revira per « désordres ».

�12

Un retrach de resistent apareis amb lo « Romieu de nuòch »16 (61) ; Allier lo mòstra a
travèrs sas Cevenas que n’enumèra los toponims coma tantes senhals de reconeissença
(Orgon, Puèg Aut, La Tribalha, Aulàs, Roca saltas…).
Libertat ò negra companha
apara de mau lo faidit (v. 11-12)

L’evocacion del faidit nos mena a un autre aspècte de la poesia de Max Allier, que
senhoreja dins lo darrièr poèma, aquel qu’Ives Roqueta presava tant : « Ma cara », es lo biais
d’Allier de frairejar amb los « omes vius » qu’abans el menèron « las contèstas seculàras »,
aquelas dels « eretges » que lo « fuòc » los « cremèt », o de « las Uganaudas / jorgadas per
los Dragons del rei » :
Aici ma cara
A la raja dau temps l’ai quilhada
Es nuda
coma la ròca dau vent batuda
e mai barrada coma un ponh
[…]
D’òmes vius abans ieu l’an cargada
e mai auborada dins las contèstas seculàras
per la libertat
Son uscle sauvertós l’a pres dau fuòc
que cremèt los eretges
[…]
Ambé sos aires de faidit
qu’a grand afàn trauquèt l’istòria
se membra de las Uganaudas
jorgadas per los Dragons del rei.
[…]
Ma cara en un pantais
mascarat de sang de polvera
que sus los vius cent còps an volgut esclapar
Mas lo mòtle es sencèr D’unes lo sauvèron
Los manits i seràn pastats

Una seria de poèmas s’estaca a las luchas socialas e politicas de l’après-guèrra. Aital
« Novembre » (63) comença per un vèrs d’aspècte prosaïc : « La cauma es generala ». Lo
poèma alterna la descripcion prosaïca de l’aparelh productiu arrestat e lirisme oniric. Una lutz
blava d’auton esclaira a pena lo tèxt, un silenci pesuc i senhoreja.
Tot autre es lo ton del poèma « Aici sèm » (65), dedicat a Felix Castan.
Marcat per la colèra e la revòlta « d’òmes desconoguts de l’ombra » que « se son trachs
/ sus lo caladat » (v. 31-32). Lo poèma glorifica lo pòble et sa revòlta, entre fòrça de vida e
acceptacion del sacrifici :
de l’aiga vesètz pas que coma un uòlh s’obrís

16

Allier revira per « Le partisan »

�13
lo pòble panlevar sa cara rafida
e ‘scampar sos otilhs (v. 16-18)

ou encara
Lo pòble es mascarat solid emai pelhandra
dins sa boca i a de mots qu’escarnís en parlant
e rauqueja un pauquet e sa paraula canta
tira de lòng coma son pas a travèrs camps
Pasmens paure que paure a l’aire de familha
çò que fasètz cofir cataus dins vòstra aisina
siá la guèrra o la patz
es el demán qu’o pagarà
e quand paga lo pòble es totjorn de sa vida. (41-49

Lo poèma titolat « La Maia », tot evocant una manifestacion del primièr de mai (títol
francés) fai evidentament allusion al « Mouvement de la paix » d’après guèrra, eissit de la
resisténcia e que los comunistas ne prenguèron la direccion. Allier retròba lo ton liric e l’usatge
de l’allegoria que li fai celebrar cotria la natura sensuala e lo mond nòu que i aspira :
Es vengut lo temps nòu
lo bufe caud dau vent lo pòrta
Es la prima que fai anuòch lo pòrta a pòrta
e d’estatge en estage que vai […]
despertar l’Enclausida e sas milanta caras
tornar votz a la Patz
Lo poèma a-de-reng la joventut dau mond
l’escriu amb de milions de passes
vèrs de fubes de gents que lo cantorlejavan (v. 25-34)

La version francesa : un autre tèxt

O aviái ja agut remarcat a l’escasença d’un trabalh precedent sus l’òbra de Max Allier
(http://uoh.univ-montp3.fr/1000ans/?p=276), las doas versions son fòrça prigondament
diferentas. S’aquela particularitat se retròba en cò de mantun autor occitan, lo resultat, coma
o a analisat J.C. Forêt dins un article récent17, testimònia d’actituds plan diferentas. En cò de
Max Allier, revèla una paradòxa fondamentala entre un desir d’obrir la creacion occitana a un
lectorat mai larg en publicar d’òbras bilinguas, e una revirada qu’es pas una revirada, mas un
autre tèxt. E se compren mal los tèrmes d’Allier dins sa letra a Lafont del 29 de decembre de
1957 : « Sans compter que la fixation de notre langue littéraire ne peut se faire sans qu’une
traduction précise, en face, le sens que nous voulons donner à certains de nos mots d’Oc ».
Seriá refastigós d’enumerar totes los cases ont lo francés s’alunha de l’occitan, e mai aqueles
ont l’idèa iniciala perd de sa fòrça dins de formulacions sovent tròp preciosas o artistas.

17

« L’auteur occitan et son double » in « L'autotraduction : une perspective sociolinguistique », Glottopol, 25,
Université de Rouen, http://glottopol.univ-rouen.fr/telecharger/numero_25/gpl25_09foret.pdf

�14

Qualques exemples :
-

-

Lo poèma IV de la primièra seccion : Allier revira « Eran los fabres [forgerons] de la
nuòch » per « C’étaient des lutteurs de la nuit » ; lo tèrme « Fantastic », èsser
legendari de Cevenas, es revirat per « mauvais rêves » que li lèva tot son aspècte
fantastic, justament ; aital coma « la Cauca-Vièlha » que perd son estatut d’èsser en
venent « cauchemar » - sens majuscula -. Lo tèrme « agre » (« Cadun es tornat a son
agre »), d’emplec corrent en Lengadòc-Bas per designar lo territòri, es rendut per lo
preciós « aîtres ».
Dins lo poèma seguent, los tèrmes « … Lo paure / patís a se levar lo jorn » venon « Le
pauvre / songe que le soleil est bien long à percer ».
Dins lo poèma VI, lo primièr vèrs « Sai que sabián pas pus la sabor d’un jorn nòu » es
rendut per « Ne savaient-ils donc plus la paix des samedis ».

Dins una recension de l’obratge publicada per la revista Europe, que reprenèm en annèxe,
lo poèta Jean Malrieu, que saluda lo tèxt d’Allier en parlar de « plus rare densité poétique »,
regreta las causidas fachas dins la version francesa. Es parièr per Robert Lafont dins una nòta
critica sus lo recuèlh ulterior, Solstici, que reprenèm en annèxe.
Segur qu’un estudi seriá de faire puèi que, nos agrade o pas, aquela version foguèt volguda
per Allier e tot un trabalh seriá d’entreprene per estudiar l’escritura de las òbras francesas
d’aqueste, dins una comparason sistematica amb l’escritura de las òbras occitanas e, dins lo
cas de las edicions bilingues, d’estudiar las relacions entre los dos tèxtes aital congrelhats.

L’itinerari singular de Max Allier, element fondamental de l’occitanisme d’après-guèrra

La lectura d’A la raja dau temps, tant coma la reflexion qu’avèm ensajat d’entamenar
sus lo contèxt de l’espelison de l’òbra e sus lo decèni que ne seguiguèt la parucion, nos
semblan que meton en evidéncia la singularitat e l’importància de Max Allier coma actor de
l’occitanisme d’après-guèrra e autor tròp desconegut. Sembla, a se clinar sus aquel itinerari,
que, coma per tantes maites, la foga occitanista e lo desir d’escriure se siá bresat sus la
dificultat de rescontrar un lectorat : los locutors naturals qu’aimava tant de parlar amb eles
estent pas alfabetizats en occitan e lo lectorat letrat pas pro nombrós per que l’òbra aja una
vertadièra recepcion.
Podèm pas que desirar de novèlas lecturas de son òbra, que l’edicion, en 2003, per
Jorn, de l’antologia D’amor e de contèsta nos en liura bona part. Demòra de sovetar de
reedicions de las pròsas que permetèsson un agach global sus son òbra.

Bibliografia de las òbras de Max Allier en volum


1947, Visages, Nîmes, Jules Salles. [recueil de poèmes en français].

�15
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

1951 : A la raja dau temps / À la rigueur du temps, Toulouse, IEO « Messatges ».
1965 : Solstici / Solstice, avec cinq dessins originaux de Claire Jallois, Avignon, Aubanel.
1975 : Lenga muda / Bouche cousue, Marseille, Éditions la Marseillaise.
1978 : « Ai viscut los jorns de vergonha », Clàudia Galibert, disque Escota, mon grand,
Ventadorn VS3L26.
1982 : Lo Plag / Le Procès, poème épopée de Max Allier, couverture et 10 illustrations
originales de Jacques Brianti, éditions Mostra.
2003 : D’amor e de contèstas, anthologie poétique avec une version française de l’auteur,
Montpeyroux, Jorn.

Annèxe 1- Referéncias bibliograficas d’autras publicacions de e sus Max Allier
RevistaOc
1945
168 (4ème trimestre 1945), p. 10 : poèma « Ombra que vira »

1946
Ase negre n° 1, agost de 1946. Article de Max Allier : « A nostre causit »

1946-47-48
169 (46-47-48), p. 67, 68, 69 « La Grana » (setembre 1946), « Lo Cocarro », junh 1946 (p. 37),
« …Sonque l’estiu », mai 1946 (p. 51).

1947
Ase negre n° 8, abrilh de 1947. Article de Max Allier : « La roda vira »
Ase negre n° 9, mai de 1947. Recension per Ramon Vincens d’un recuelh de poesia francesa de Max
Allier : Visages18
Ase negre n° 11, julhet-agost de 1947. Article de Max Allier : « Lenga d’òc Lenga dau pòble ».
Ase negre n° 12, setembre-Octobre de 1947. Article de Max Allier : « Lenga d’òc Lenga dau pòble »
(seguida).

1948
Occitania n° 2, fev. Març 48. Poèma de Lafont : « Enfant perdut » : A Max Allier

1949
[173] (07-49), p. 12-26 : pròsa « Lo coguu estivenc »
[174] (oct. 49), p. 5-6 : poèma « Aicí sèm » (p. 65) – figura dins A la raja dau temps

1950
[176] (04-50), p. 32-38 : « L’istòria de Joan l’an pres e la necessitat d’un trabalh de cotria » :
[177] (07-50), p. 34-35 « L’istòria de Joan-l’an-pres » (2) : lectura de l’òbra per Barral

1951
180 (04-51), p. 21-22 « Lo Motle » ; dins « A la raja » : « Ma cara », Per Ismaël Girard.

18

Louis Salles – éditeur, Nîmes.

�16
181 (07-51), p. 45 : recension, per Castan del n° 360-361 de Les Lettres françaises, dins lo quadre de la
Batalha del Libre de Vauclusa, 2 articles, de M. Allier (Les vrais chemins d’Oc mènent à la France) e de
Lafont (Peintres, poètes, paradoxes) ont nòstres amics, dins una forma emmiramelanta, poguèron
cantar lo laus d’Avinhon, ciutat de glòria reviudada per la vida vidanta. »

1952
183 (01-52), p. 28-35 : « Discussion. Responsa de Max Allier »19
184 (04-52), p. 29-31 : « La batalha dau libre de Pireneus-Orientals » (Allier)
187 (01-52), p. 35-37 : recension de A la raja dau temps per Campros, p. 35-36

1953
190 (09-53), p. 21-22, poèma « Lo temps s’escota »

1954
191 (01-54), p. 13-21, pròsa : « L’Emperau »
192-193 (04-07-54), p. 13-21, pròsa : « L’Emperau » (2)
194 (10-54), p. 13-21, pròsa : « L’Emperau » (3)

1956
196 (prima 56), p. 94-96, recension :Les Prouesses extraordinaires du grand Zapata, Marcel Alleman,
Gallimard 1955.
200 (04-05-06-56), p. 96, poèma : « Consents »

1957
204 (04-05-06-57), p. 79, poèma : « L’òme que ven ».
205 (07-08-09-57), p. 156, Cronica « Los periodics » de Pèire Lagarda : « lo N° 673 [Les Lettres
françaises] publica una presentacion de Montpelhièr, plena de tendresa, per Max Allier, « Le Peyrou
de Montpellier ».

1958
208 (06-58), p. 92-93 : « Opinions » : « lo problèma de la revirada francesa » (Trach dau rapòrt de Max
Allièr, director de Pròsa, au Conselh d’Administracion de l’IEO, Tolosa, Genièr de 1958)
209 (07-09-58) : p. 140 – responsad’Enric Pinhet a l’opinion d’Allier.
p. 120 Revirat de l’antic, Catul – 76 e Properci – I,19.

1959
211 (01-03/ 59) : recension de Nelli, Le Languedoc, le Comté de Foix et le Roussillon, NRF, 1958.

19

La revista remanda als n°s d’octòbre de 50, Gener, Abril, Julh e Octobre de 51. Es Fèlix Castan qu’aviá dubert
lo debat sus lo bilinguisme dels escriveires occitans e sa causida d’escriure en occitan

�17

Annèxe 2- La correspondéncia amb Lafont
Las letras d’Allier, sovent marcadas per l’umor, mòstran una granda complicitat, una
amistat franca entre los dos òmes. Per rapòrt a d’autras correspondéncias, aquesta es
relativament limitada, mas revèla pasmens una bona coneissença de la part d’Allier de
l’anament de l’occitanisme, tant de la bastison del moviment coma de la literatura novèla que
s’escriviá. Los primièrs escambis conservats datan visiblament de 1946, e mai se d’unas letras
donan pas l’annada. Presentam aquí las letras dins l’òrdre que son conservadas al CIRDOC20.
Allier utiliza de còps lo francés, d’autres l’occitan, mas las letras en francés abondan de tèrmes
e expressions occitans.21
Lo 15 de mars de 1946, Allier saluda la creacion per Lafont d’un « jornal per la
joventut » – lo futur Ase negre – e prepausa una ajuda materiala a partir de l’estampariá de
Renaissance du Gard républicain. Demanda lo relarg de difusion del jornal que designa coma
« L’Aze negre ». Aquel corrièr fai tanben allusion a una collaboracion de Lafont al jornal
Renaissance…, titolada « Papiers e galejadas »22, e a la siá« Cronica d’òc » setmanièra, dins lo
meteis jornal que sa parucion regulara, çò ditz Allier, es mai que mai entrepachada per la
manca de plaça23.
Una letra datada del 7 de febrièr (que supausam anteriora a l’autra, e donc tanben de
1946), evòca un desacòrd amb Lafont sus la question de la grafia. Allier pausa la question
recurrenta de la dificultat per los que coneisson la lenga parlada de la legir, e prepausa de
solucions pedagogicas per explicar als legeires la grafia emplegada. Aquelas preocupacions
d’Allier son las de bona part dels correspondents de Lafont, escriveires que coneisson la lenga,
e que se preocupan delas relacions entre los letrats e las populacions de locutors naturals24,
non alfabetizats en occitan. Retrobam mai d’un còp aquelas questions de grafia dins las letras.
bleu25

Lo 21 de mai, Allier anóncia a Lafont lo mandadís de poèmas per l’antologia del Triton
e evòca son desir d’anar al contact dels locutors naturals :
Me triga de me pausar un pauc que soi las d’ime e de cors e que n’ai un vòmi de la politica.

20

E mai aguèssem consciéncia de la risca de redicha ; mas nos a semblat qu’aquela cronologia èra fòrça eloquenta
quant a l’evolucion de l’itinerari d’Allier.
21

Reprodusissi las letras dins lo grafia e lor ponctuacion d’origina. Pasmens emplegui l’italic cada còp que pòt
facilitar la lectura.
22

7 articles senhalats per Francés Pic dins sa bibliografia in Robert Lafont, le Roman de la langue, D. Julien, C.
Torreilles, 2005, p. 255.
23

De segur que i auriá d’estudis de reprene sus la plaça de l’occitan dins la premsa d’expression francesa.

24

Las retrobam tanben dins las letras de Bodon a Lafont, coma o mòstra l’edicion critica que ne faguèt Miquèl
Pedussaud sota nòstra direccion : Edicion critica de la correspondéncia de Joan Bodon a Robèrt Lafont (19511974) : http://occitanica.eu/omeka/items/show/11222.
25

Robert LAFONT et Bernard LESFARGUES, La jeune poésie occitane, Le Triton bleu, Paris 1946.

�18
Tire de plans per anar passar una quinzenada aquest estiu dins un vilatjot de l’Erau o en
Cevenas per i parlar en òc amb los pescaires o los pageses.
Un cop de mai n’ai besonh de sentir que la lenga es encara viva e de la parlar.

Lo dimècres 3 de julh [1946], anóncia un article per L’Ase Negre26 e ditz esperar amb
impaciéncia las Paraulas al vièlh silenci de Lafont27. Fai estat de las dificultats amb « Paris »
per la publicacion d’una cronica « Renaissance d’oc », evòca un editorial sieu per cridar contra
la reintegracion de Maurras dins lo Consistòri28 : « Ai fach petar lo tron de Diu », çò escriu.
Prepausa un rescontre d’estiu a Montpelhièr amb Max Roqueta e Camproux « que conoissi
pas », çò ditz. Merceja per lo Triton bleu.
Una letra d’Atèna en francés del 8 de julh (sens cap de dobte de 1947) evòca un país
meravilhós, fai allusion a la naissença esperada del « Lafontulus en puissance » e deplòra sa
pròpria mesa al caumatge [que coïncidís amb la fin de La Renaissance du Gard républicain].
Los escambis reprenon pas qu’amb una letra del 19 d’octobre de 1954. Dificil de saber
se las letras son estadas perdudas o se i a aguda una interrupcion de la correspondéncia…
Dins lo fons Lafont, la letra es acompanhada d’una tròç de La Marseillaise (8-3-53)
consacrat a Mistral o l’illusion29. Allier aviá legit l’ensag de Lafont, un an abans sa parucion en
cò de Plon, e lo saludava aital : « Le Nîmois Robert Lafont nous offre un essai sur Mistral qui
fera date dans la critique mistralienne ». A l’auton 1954, sabèm que bona part de la Provença
mistralenca se desencadena contra Lafont e que l’occitanisme tot pren la defensa de Lafont.
Ton bouquin m’a emballé, escriu Allier. C’est vraiment le premier ouvrage qui apporte sur
Mistral quelque chose de nouveau et d’intelligent. En outre tu as cette qualité majeure qui se
traduit dans le jargon du parti par « avoir les pieds sur terre » (Letra del 29 d’octòbre 1954).

Evòca tornar, Allier, de problèmas de santat mentala, « l’impression de "perdre la
boule" », que l’empachan d’acabar, çò ditz, un estudi sus Bigòt. En 1964, dètz ans mai tard,
pareguèt efèctivament dins Oc, 231, p. 30-4130 un estudi sieu, mas presentat per la redaccion
coma « Tròces d’un obratge en preparacion »… Obratge que sembla pas qu’aja paregut, e mai
se la quita redaccion n’evòca la debuta, que la publica pas…

26

Pareis dins lo n° 1, es titolat « A nostre causit ». Cf. annèxe en fin d’article.

27

Paraulas au vielh silenci / Paroles au vieux silence, Toulouse, IEO « Messatges », 1946.

28

MercejamFelip Martèl que rectifica : « Maurras a la Santa-Estela de Dinha es pas « reintegrat » : es solament
prepausat de tornar discutar pus tard de son exclusion votaa lo 20 de mai 45 ; la discussion se mena a Arle lo 28
de decembre. L’exclusion es confirmaa, mas se decida que la cigala de Maurras serè pas tornar atribuaa dau
vivent de son portaire (solucion eleganta ja trobaa per l ‘ Academia Francesa. La premsa comunista d’Arle avia
fach un article incendiari lo 6 de julhet, Allier l’a benlèu lejut. »
29

Cf. nòstre estudi, « Mistral ou l'Illusion (1954) de Robert Lafont : genèse et réception », in Carmen Alén
Garabato, Claire Torreilles et Marie-Jeanne Verny (éd.), Los que fan viure e treslusir l'occitan. Actes du Xe Congrès
de l'AIEO, Limoges, Lambert-Lucas, 61-73, 2014.
30

MercejamClara Torreilles que nos a senhalat aquel article. Per de rasons practicas, lopodèm pas reprodusir
aquí mas i remandam los legeires que i trobaràn de ressons amb l’òbra d’Allier e lo present estudi.

�19

Aqueles problèmas tornaràn dins las letras dels meses seguents. Fai allusion, sens s’i
atardar, als debats de l’ora amb Castan, que li semblan mens importants que son pròpri desir
de se’n prene a Charles Mauron. Prepausa son ajuda al prèp de René Lacôte per que se parle
de l’afaire dins Les Lettres françaises que Lacôte n’èra un dels principals responsables.
Tres letras de 1955 evòcan un accident de la rota d’Allier31 que li laissèt de sequèlas ;
las doas primièras datadas d’abril, en occitan, son plenas de vèrbia e umor, la tresena, en
francés, es mai trista e amara. La primièra letra deplòra lo contengut del darrièr n° d’Oc,
regreta lo temps qu’èra bailejat per Castan, anóncia la candidatura d’Allier al prèmi de las
letras occitanas. La segonda letra merceja Lafont de son signe d’amistat. « L’accident, çò ditz,
a reviudat la malautiá de nèrvis que l’an passat, durant quatre meses, me venguèt
tarabastar. »
Es tornamai question del Prèmi de las letras occitanas lo 20 d’abrial de 1955 : Allier es
estat refusat al motiu, çò li auriá escrich Girard, que lo prèmi coronava d’òbras inedichas, e
que la siá èra ja estada publicada. Allier se planh d’un cambiament de règlas que ne seriá pas
estat assabentat32.
Dins una letra datada « diluns », Allier promet un article per la revista Europe33, evòca
son acòrd amb Lafont per çò qu’es de l’anament de l’occitanisme :
Me pensi coma tu. L’aura que bufa a l’IEO sentís a la reaccion. Lo manifèst de Bec pudis a
trotzkisme34 e pòrta en el la rompedura de l’IEO. Cau que s’acampem còntra. Mas de verai pense
pas que podem comptar sus Castan. Aquel tras de rebossier volguet pas comprene a Tolosa la

31

Una de las letras lo data del 27 de febrièr.

32

Efèctivament, sabèm dempuèi nòstres estudis sus Robèrt Allan qu’es el qu’obtenguèt lo Prèmi, que deviá
consistir en l’edicion de son òbra, Los cants de la tibla, dins la colleccion « Messatges », edicion que se faguèt pas
qu’en 1961, al prètz d’un cambiament de títol e d’una demesida considerabla del volum de l’òbra. Aqueles
elements en aparéncia anecdotics, meton l’accent sus las condicions materialas precàrias de l’edicion occitana,
que tòcan, entre autres, la colleccion « Messatges ». Cf. nòstre estudi : « Lei Cants de la tibla de Robert Allan : de
l’histoire d’une édition impossible au projet de réédition » in Les manuscrits du Poème (1930-1960) – Journée
d’études RedOc, actes réunis et édités par Marie-Jeanne Verny, en ligne à l’adresse
http://occitanica.eu/omeka/items/show/17061
33

S’agissiá probable d’una recension de Mistral o l’illusion. Lo sol article d’Allier qu’aguèssem retrobat figura dins
lo n° d’abril de 1959 consacrat a Mireille de Mistral. Es mai que probable qu’es aquel numèro que Lafont
preparava, dins la seguida de l’ofensiva occitanista del temps per disputar a las movenças mistralencas
provençalas la filiacion de l’òbra de Mistral. Lo dorsièr conten d’articles de Lafont, S.A. Peyre, Allier, Jean Deyris.
Pierre Abraham, director de la revista, nòta, just abans una « Chronologie mistralienne » : « À la lecture des
articles qui précèdent, nos lecteurs auront pu constater quelles divergences subsistent, cent ans après la
publication d’une grande œuvre, sur son caractère d’œuvre unique ou, au contraire, d’œuvre-mère à laquelle
succèderait une nombreuse progéniture. / Une revue comme la nôtre doit à son public de présenter les opinions
littéraires dans leur diversité. Nous n’avons pas en ces matières à jouer le rôle de directeurs d’opinion. Remercions
nos collaborateurs d’avoir accepté de défendre ici chacun leur thèse. »
34

MercejamFelip Martel que nos pòrta l’esclargiment seguent : « En defòra del fach que lo tèrme de
« trotskiste » constituissiá una escòrna pro normala et politicament polivalenta dins lo lengatge estalinian,
conven de rampelar que lo manifèste de Bec que n’es question èra largament inspirat per Francés Fontan, que
son itinerari politic èra pro complicat : en 54 e 55 aviá agut de contactes avec lo trotskisme, e tanben amb
l'anarquisme, segon Laurent Abrate (1900-1968,Occitanie, des idées et des hommes, IEO, 2001, p. 496. »

�20
dicha de Malrieu, o puslèu son conselh, nimai agantar la partega que li èra aparada. A quitat
tombar la redaccion en cap de Oc dins de mans que n’ai pas fisa. Fai lo parier per lo bull.
pedagogic. Malrieu de Tolosa m’a demandat de li escriure per veire de qué se pòt faire amb
aquel obrièr.
Te mande un poèma per Las Letras35 amb la revirada. Ne faràs çò que voldràs. »

Aquela letra nos apren tanben qu’Allier trabalha pas mai a la Marseillaise (que la
direccion del jornal li faguèt una « salopariá » dos ans en reire, que soveta de i tornar, mas
que fai de « representacion de libres », çò que definís coma una « conariá ». Sens rencura,
Allier prepausa tanben de parlar dels « prèmis d’Avinhon » e dels poèmas d’Allan.
La letra seguenta, datada del 1er mars 1956, en francés, evòca la colleccion « Pròsa »
de l’IEO e lo manuscrit de Pessamessa, Nhòcas e bachòcas, qu’Allier prepausa de publicar
malgrat d’unas resèrvas estilisticas.Fai allusion a de tèxtes recebut del « Gascon sarrois »
[Manciet] :
« C’est bon évidemment. Mais c’est tout de même malheureux que les jeunes Occitans
attendent 1956 pour découvrir le surréalisme soit en poésie soit en prose. Est-ce donc fatal que
nous ayons toujours une trentaine d’années de retard ? «

Dins una letra del 20 de junh de 1956, Allier regreta de pas poder entresenhar Lafont
sus Panazòl36 e li suggerís de s’adresser à Castan, plus proche géographiquement de l’Écho du
Centre où travaille Panazol.
Un corrièr de decembre de 1956 fai allusion a las consequéncias de la repression
sovietica de l’insurreccion de Budapest (octòbre de 1956) suls locals montpelhierencs de La
Marseillaise37 :
Tu dois te douter que nous avons été secoués par les événements. Ici par deux fois notre agence
a été saccagée et brûlée et depuis près de deux mois nous y travaillons sans feu, et en plein
courant d’air.

E mai se pòt pas, per de rasons de subrecarga de trabalh, participar al CA de l’IEO, Allier
confirma sa disponibilitat per bailejar la colleccion « Pròsa ». Pasmens, lo 6 de genièr de 1957,
Allier fai allusion a un corrièr de Lafont que li reprochava d’èsser pas pro actiu per la colleccion.
Allier accepta lo repròche e s’explica :
- La manca de mejans de la colleccion empacha de publicar fòrça : a donc d’escrupuls per
demandar de tèxtes que seràn benlèu pas publicats. E mai el, manca de gost per
escriure, estent lo gaire de perspectivas de publicacion
- L’investiment creissent que li demanda La Marseillaise e sos autres engatjaments
culturals e politics, qu’enumèra li prenon tot son temps.
35

Les Lettres Françaises, mai que probable. Caldrà un jorn inventoriar las contribucions d’aquel jornal a la
coneissença de la matèria d’òc.
36

Escais-nom d’André Dexet, militant comunista lemosin, qu’escriviá en occitan dins lo quotidian L’Écho du
Centre e faguèt d’emissions occitanas fòrça escotadas a Radio Limoges. Lo fons Robert Lafont conten d’unas
letras sieunas.
37

Los comunistas franceses faguèron a mai d’un endrech los fraisses de l’indignacion suscitada per la repression
sovietica.

�21

Torna tanben sus sas criticas de l’escritura de Manciet, sus sas crentas quant a la
direccion novèla de Òc, e sus la question de la grafia :
« … le surréalisme est un courant tard venu dans les lettres d’oc et qui m’irrite un peu car il me
semble détourner notre poésie et notre prose de leur vocation.
[…]
Sur la question de la graphie nous en reparlerons mais je la considère plus importante que tu ne
fais. En dehors de certains cas précis où le choix d’Alibert m’a hérissé, je m’énerve surtout parce
que les variations dont tu parles proviennent surtout de ce qu’on n’applique pas les règles qu’il
a édictées. Ainsi pour les vulgarismes. Il n’a jamais, tu te le rappelles toi-même, dit qu’on devait
les corriger quand ils se trouvent dans le texte d’un auteur. Or c’est toujours ce qui se produit. Et
on te les remplace par la forme toulousaine ou carcassonnaise. D’autre part un système
graphique est une chose perfectionnable comme le reste. Or Alibert a décrété pour l’éternité. Or
des formes comme rosegar ou rosigar n’ont jamais empêché à l’époque où la langue était plus
répandue l’intercompréhension. Et l’on assiste à mon avis, chez certains, à une manie
comparable à celle de la Renaissance en France qui sous prétexte d’étymologie a surchargé les
mots de lettres inutiles et souvent absurdes. C’est le cas pour cabùs que j’ai vu chez Espieux je
crois surchargé d’un « p » (capbùs) alors qu’il apparaît évident que le « b » est la transformation
de ce « p » (Tant pis si je me trompe). Je ne parle pas enfin des « Classiques occitans » publiés
par Camproux et Barral qui semblent tout ignorer de la graphie de l’IEO. On y lit entre autres
horreurs des notes de ce genre uòlh forme dialectale pour le classique uelh. Sans blague ! Uòlh
est de toute évidence plus ancien que uelh. Et quand on a voulu une fois donner à la fin des
explications de mots supposés difficiles (n° de janvier 54), on a sorti des trucs insensés. Par
exemple Max Allier, L’Emperau :
[seguís una critica argumentada de totas las nòtas de vocabulari donadas a la fin del numerò sus
los tèrmes emplegats per Allier dins sa novèla : Allier contesta l’ensemble de las explicacions
donadas e mai los sinonims prepausats]
Alors nom de Dieu qu’on emploie les équivalents français car enfin nous sommes en France et le
français a des sens précis qu’on peut trouve dans tous les dictionnaires. Et par contre dans le
même numéro on donne deux mots de vocabulaire pour Xavier Ravier Huec = fuòc ce que tout le
monde sait et Trindòla = timbolejar fr. tituber. Or je ne connais pas timbolejar tandis que
trantalhar est connu en Languedoc et Provence. En outre j’ignore ce que veut dire Parsan, ua
herida de còsta (une blessure de côte ?), Bigo, Muishaire, Baram, Doriu, Vajut, s’ahutant
(s’ajudant ?), cantèras, s’esperreca…38
Comprends-tu un peu mieux pourquoi entre autres je tiens tellement au texte français vis-à-vis
de nos Pròsas ?
[…]
As-tu une version française de ta Vida de J.L. ? Voici pourquoi : une de mes amies russes (la fille
d’Ilya Ehrenbourg) avec qui j’étais étudiant à Paris, fait actuellement à Moscou des traductions
de romans français. Elle en réclame. Je lui ai parlé du tien. Mais c’est en provençal m’a-t-elle
écrit. Impossible ! Or elle viendra me voir au printemps : si je pouvais lui présenter la traduction,
je crois que ce serait gagné. Songes-y.

Una letra non datada fai estat de l’acceptacion d’Allier qu’Ives Roqueta li siá adjunt per
bailejar la colleccion « Pròsa ». Una mencion manuscrita de Lafont en naut de pagina senhala
(a l’intencion d’Ives Roqueta ?) « Voici une lettre d’Allier. Je lui ai répondu. Mettez-vous
d’accord. » Dins sa letra, Allier senhala qu’Ives Roqueta lo segondava ja : « tu penses bien que

38

Òm nos perdonarà aquela longa citacion. La correspondéncia conten de paginas entièiras de remarcas
linguisticas que passionavan Allier. Avèm pres aquesta coma exemple.

�22

je ne risque pas de m’en formaliser », çò ditz, tot en respondre a çò qu’a degut èsser de criticas
et en donar son vejaire sur las prioritats que deurián èsser aquelas de la colleccion :
Mais je tiens à te préciser que je n’ai laissé traîner aucun manuscrit en retard. On m’en a transmis
trois en tout. Celui de Pessemesse. Tout a été fait en temps voulu. Un autre d’un Provençal que
m’a communiqué Yves que je trouve très mauvais et impubliable et celui de Bernard Manciet.
Dès que je l’avais reçu je t’avais donné mon opinion à ce sujet. Tu as dû mal l’interpréter. Je
t’indiquais je crois que ça ne me paraissait pas du tout nouveau, que ça sentait la mode actuelle,
mais que c’était bon. Non pas comme langue car je la trouve atroce et il me semble que l’IEO
devrait insister pour faire corriger sur manuscrit les gallicismes employés par les auteurs. Mais
j’étais tout à fait d’accord pour la publication. Je trouvais seulement et c’est encore mon opinion
que l’on devrait publier les fameuses proses de Rouquette qui sont une œuvre maîtresse et qu’il
est inadmissible qu’on laisse dormir.

Lo 9 d’abrial de 1957, Allier dona son avejaire sus de novèlas recebudas d’Elèna Gracia :
« Deliure », « La Reina de saba », « La mòrt del mainatge » e « La Marionnette » [que se
demanda ont n’es la version occitana]. Exprimís son opinion argumentada sus aqueles tèxtes,
que ditz opausada a aquela d’Ives Roqueta :
J’aime beaucoup Deliure e La Reina de Saba, ensuite La Marionnette et enfin La mort del
mainatge.
[…] Je suis donc tout à fait d’accord pour la publication de ces nouvelles. J’estime qu’elles
apportent à notre littérature une note vraiment originale, une contribution féminine qui lui
manque.

Reitèra son jutjament dins una letra del 28 d’abrial tot en demandar se son opinion es
presa en compte :
Maintenant j’aimerais savoir dans le cas d’un désaccord entre Yves et moi qui décide. Car si je
suis actuellement secrétaire de la collection Pròsa je tiens à en assurer la responsabilité. Sinon
mettez quelqu’un d’autre.

La letra evòca tanben de manifèstes del temps, dont un dels escrivèires provençals,
lançat per Lafont e publicat per Les Lettres39, çò ditz e un autre de Montauban, lançat per
Castan :
… sa déclaration me gêne principalement en ce paragraphe 8 où elle veut mettre la littérature
occitane à la remorque des créations littéraires d’avant-garde et ce paragraphe 4 où elle déclare
révolu le naturalisme à base littéraire.

Dins una letra de junh de 1957, torna sus sos multiples engatjaments culturals que li
manjan tot son temps e qu’explican son abséncia a un rescontre setòri ont èra esperat.
Contunha son trabalh de ligason entre lo PCF e la cultura occitane :
Les 29 et 30 juin à Montpellier le Parti organise ici la journée du Livre marxiste et progressiste.
J’ai fait admettre par les camarades que le livre d’òc y soit représenté. Peux-tu :
1°- Envoyer pour la vente quelques exemplaires de Joan Larsinhac et de ton Mistral ?
2°- Accepter de faire partie du comité de parrainage ?
3°- venir dans la journée de samedi, matin ou soir, ou du dimanche matin ?

39

Abreviacion qu’Allier utiliza per Les Lettres françaises.

�23

Lo 11 de decembre de 57 fai allusion a Verd Paradís, a la question de la revirada
francesa e a son idèa de la programacion de las parucions dins la colleccion :
J’ai vu Rouquette. Son Verd Paradís est complètement tapé. Mais quand je lui ai fait part de ton
propos sur la version française il a été étonné et est allé chercher le paquet tapé de cette version
qui est lui presque achevé. Il est entièrement de mon avis et il estime lui aussi que les Proses
devraient paraître avec la traduction. D’après les pages à la machine cela constituerait me
semble-t-il un ensemble équivalent de grosseur à la Grava sul camin.
Je sais que la question finances se pose. Mais je persiste à maintenir qu’il vaut mieux sortir dans
la collection Prose un livre tous les 2 ans (et bien choisi, avec la traduction française en regard)
plutôt qu’un ou deux par an en oc seul. Car le français lui ouvre un public beaucoup plus large
que la centaine de [mot illisible] (et encore) qui les liront dans le texte original. Je suis prêt à
défendre ce point de vue dans un article sur Pròsa dans Oc.
[…] J’ai lu les nouvelles d’Hélène Gracia que tu m’avais passées. Elles me confirment dans le
premier jugement que je portais sur elle. C’est plein de talent. Il y en a même quelques-unes
d’excellentes. Je n’ai pas encore choisi. J’hésite. Il me semble qu’après Verd Paradis ce serait une
des premières Prose à sortir. Je trouve cela un peu plus fort que Pessemesse (Nhòcas e Bachòcas).

L’opinion d’Allier sus la revirada li a valgut, çò escriu amb umor lo 29 de decembre de
1957, una « volée de bois vert »de Lafont amb de comparasons sus los afrontaments entre
« bolchevik « e « Menchevik »… Persista pasmens, Allier, a plaidejar per d’edicions bilinguas
que li semblan necitas per alargar lo lectorat. Apièja son argumentacion sus sa pròpria
experiéncia.
… je ne peux oublier que si La Miugrana entreduberta ne m’était pas à l’âge de 12 ans tombée
entre les mains pourvue de sa traduction je n’aurais sans doute jamais appris notre occitan. Sans
compter que la fixation de notre langue littéraire ne peut se faire sans qu’une traduction précise,
en face, le sens que nous voulons donner à certains de nos mots d’Oc. J’ajoute que ton opinion à
ce sujet me semblait exprimer le point de vue, ou une décision, de l’IEO, et qu’en pareil cas, je
trouvais profitable de soulever le problème dans Oc.

Evòca d’autra part los cambiaments dins la direccion de l’IEO. Compren la partença de
Lafont del pòste de secretari general per prene aquel de cap-redactor de Oc e regreta que
Lafont siá remplaçat per Manciet. Fai allusion a de novèlas qu’es a escriure e, en jornalista
acostumat a las questions tecnicas e materialas, senhala la quantitat de dialògs que riscan de
demultiplicar las linhas… Fai estat de sas dificultats per faire passar dins La Marseillaise un
papièr sus lo recuelh Dire de Lafont :
Ces putes de Marseillais après m’avoir affirmé qu’ils le passeraient en Magazine (toutes
éditions), s’en sont servis pendant ces fêtes pour boucher un trou dans la locale de Montpellier.
J’ai protesté et hier ils m’ont juré qu’ils le passaient aussi en locale des Bouches du Rhône et du
Gard.

Evòca l’avançament del trabalh d’edicion de Verd Paradís :
Je fais une première correction des fautes de frappe et de certains provençalismes (avec
l’assentiment de Max) coma soleu pour solelh qui se trouvait dans des pièces antérieures.
L’ensemble est excellent.

�24

Fai de proposicions per melhorar la difusion de las publicacions occitanas, amb l’embaucha
d’un vendeire que fariá tanben de campanhas de soscripcions. E torna sus las questions de
grafia e, mai generalament, de nòrma escricha :
Qu’on fasse une guerre à outrance aux gallicismes dans le vocabulaire et plus encore qu’on ne le
fait dans la syntaxe, entièrement d’accord. Mais qu’on s’excite surtout sur ce qu’on nomme les
vulgarismes zut !... Qu’on m’oblige à écrire penchenar au lieu de penchinar, employé dans les ¾
du Languedoc, eime pour ime (idem), c’est trop !... Et qu’on n’admette même pas des
phénomènes qui se manifestaient au temps de l’Empire romain comme le passage de rs à ss,
dans acossar, qu’on m’imprime acorsar, ça passe la mesure. Encore plus quand on s’entête à
imprimer confle pour cofle, avec une nasale qui d’Agen à Montpellier et plus loin encore ne se
fait jamais entendre, et qu’on veut ressusciter !... Pourquoi ? Pour justifier le provençal gonfle
que Roque-Ferrier considérait comme un gallicisme ? On n’a pas pris tant de précaucions
unitaires quand il s’est agi d’établir la graphie du gascon où l’on insiste avec plaisir sur les
moindres particularités de la prononciation locale !

Torna, en febrièr de 1958, sus la question d’un « courtier » per vendre las publicacions
occitanas, question ligada, segon el, a la revirada francesa que sola permetriá al vendeire de
ganhar pro en vendent a un public mai larg. Prepausa que se presente Verd Paradís al prèmi
Aubanel de pròsa e dona las condicions per aquò, estudiadas amb Max Roqueta, çò ditz. Evòca
tanben la possiblitat de se presentar el a aquel prèmi. Fai allusion a son poèma Solstici40,
mandat a Dòna Lafont e a son trabalh d’escritura de doas longas novèlas en occitan e mai d’un
roman en francés, escrich, mas pas encara picat a la maquina.
Las discussions linguisticas contunhan dins una letra del 8 de març de 58, amb umor.
Tant que tu t’entêteras, coma un cap de borra que sias, à me glisser dans tes lettres cet « enluòc
mai » en lui donnant le sens de quelque part ailleurs, alors qu’il signifie exactement le contraire
« nulle part ailleurs » (et je ne te parle pas par expérience livresque mais pour l’avoir ouï à
Lespérou dans la bouche des paysans), en guise de sanction, je t’écrirai en français… Me fas
enfalenar quand ne farcisses ta pròsa e tos vèrses d’aquel òrre solescisme, tu que tène per un
purista.

Mas i es tanben question de batèstas politicas :
Diga mon quèco, vène de veire Raoul Calas41, e de li far téner lo pregit de modificacion de la lei
Deixonne. Es d’acòrdi dau tot. Ne vai parlar au camarada que se’n triga de l’Educacion Nacionala.
Seguirà l’afaire e me farà saupre consí vira. Pensa pas que i aja d’embolh.

Dins aquela letra contunhan tanben las allusions al prèmi Aubanel, qu’Allier comptava
de se i presentar dins lo cas que seriá pas possible per Verd Paradís. Las causas, après aver
rebalat, an virat autrament, e Allier sollicita Lafont per que siá pasmens publicat un long tèxt
sieu :
… ièr rescontrèri aquela puta de Max Roqueta que me diguèt : T’entanches pas per Verd Paradís,
perdequé ai vist Campros e ai decidit de mandar ma pròsa per lo prèmi Aubanel.

40

Que pareisserà en 1965 : Solstici / Solstice, avec cinq dessins originaux de Claire Jallois, Avignon, Aubanel.

41

Deputat PCF d’Erau (1946-1951, 1956-1958).

�25
Adonc i a pas desenant la mar en fuòc ! Solament, dau moment que Roqueta manda son Verd
Paradís, ieu me garde ma novèla. E dins aquelas escasenças ai idèa de te demandar una causa.
Vau te mandar lo tèxt de ma novèla, coma fai un libre, te demande de la publicar dins la tièira
« Pròsa ». Farai çò que voliai faire per Verd Paradís, la farai imprimir au Clapàs, ambé de
retraches, e donarai los bulletins de soscripcion au corretièr. Perdequé n’ai pro d’aver publicat
a 46 ans qu’un librilhon de poemas e d’èsser « director » de Pròsa.
[…] Per Verd Paradís aviai demandat a Roqueta de l’alaugierir que quauquas peças… mas pas de
l’Autboi. Mas el ne vòl ajustar una !

La discussion sus « enluòc mai » e autres punts de lenga s’arrèsta pas aquí. Probable
que Lafont a degut respondre, e Allier i torna lo 12 de març de 1958 e mai dona d’explicacions
demandadas per Dòna Lafont sus tal o tal tèrme. I torna encara dins una letra non datada42.
Una letra del 16 d’abrial de 1958 debuta tanben per de questions linguisticas. Lo ton
es sempre parièr que lo de la correspondéncia tota : se sentís entre los dos òmes una
connivéncia delai de las diferéncias de sensibilitat politica ; que s’agisca de questions de lenga,
d’estrategia militanta o de vejaire literari, la franquesa es evidenta, e l’umor i es present :
Ta disciplina d’occitanista me fai badar ieu, paure comunista, e m’estrementís un pauc !...
Consí !... Ieu m’i plegui per poder escriure coma parle e tu t’empachas d’escriure las paraulas
que dises ! ?... I a quicòm aquí que me làguia. Mas lo moment es pas vengut per ieu de t’espandir
tot çò que me pense d’aquò. Soi en [mot illisible], fai de meses, d’espepidar la gramatica
d’Alibert, e las òbras que naissèron a son aflat coma « De la langue au pays », e m’embalausisse
de veire las contradiccions que cabisson. Quand serai prèste te mandarai a aquel prepaus un
ensag critic. Lo pantais vielh d’imperialisme occitan es polit, polit. Mas me pense que l’Alibert
d’en primièr, e sos discípols mai que mai, sabon pas consí s’endevenir. Mai ne parlarem mai.

Lafont li a mandat, coma a d’autres amics43, lo manuscrit de son libre Li Camins de la
saba. Max Allier dona son vejaire argumentat sus lo recit, tot en faire de remarcas criticas sus
la bastison narrativa, presa lo biais que Lafont a pausat dins son recit lo problèma de la lenga
e sus çò que se disiá pas encara correntament lo foncionament diglossic :
D’aquesta ora, vène, a la perfins, de legir, d’una alenada, tos Camins de la saba. As botat lo cotèl
dins la plaga. Aquel testimòni planteja per lo còp primièr e milhor que cap d’estudi l’agesse pogut
faire lo poblèma de la lenga – o puslèu lo problema occitan. Es lo sol libre que faguèsse comprene
a las gents que los Miegjornals son de mond qu’arpatejan dins de condicions mai embolhosas
que los Guaranís, per amor que se pòdon pas dessostar ni mai confessar. Brave !...
Mas, a vista de nas, me demande s’un quauqu’un qu’es en defòra d’aquel afaire, o sentirà d’a
fons. Vòle dire que tas idèas me pareisson, per ròdols, pas pro claras. N’es antau per exemple
dins l’episòdi de Simon e Rogièr. Se vei pas pro s’es lo caractèr dau dròlle que lo fai « parlar coma
un libre » o s’es sa condicion occitana que lo fai legir luòga de calinhar. Es parièr per lo raconte
tot. Me demande se caudriá pas « étoffer » lo demescòr entre Rogier e sa femna, se cauria pas
d’aquel costat donar mai de pes a « l’intrigue ». E mai a l’acabada l’istòria de fidelitat e d’avenir,

42

43

Que lo CIRDOC pensa tanben d’abrial de 58.

Sergi Bèc en particular, coma nos o apren la correspondéncia crosada qu’avèm consultada, que legiguèt lo tèxt
après Pessemessa, o encara Robèrt Allan.

�26
amb Antonin es bòna. Mas me basta pas que li diga que sa sola malafacha foguet de pas i aprene
la lenga. Car la malafacha es pas sieuna.
[…]
Coma que siague es una òbra garruda, que te manda un petassau dins l’estomac e que te fai
chifrar. E mai escricha dins una lenga aisida, mai saborosa, mai vertadièira que çò que legiguèri
de tu fins ara, una lenga bòna que ben talament.

La fin 1958 es un temps d’inquietud per Allier. Los eveniments politics marginalizan los
comunistas44 e riscan de lo veire al caumatge, çò ditz dins una letra del 27 d’octòbre, ont fai
allusion tanben a de tèxtes mandats a Lafont : « deux extraits de "Vert Paradis" […] et deux
extraits de "Les témoins sont morts" de mézig »45.
Estent lo contèxt politic, li apareis necessari de pensar a una reconversion, çò
qu’explicita un corrièr del 10 de novembre :
Pour le choix de prose languedocienne j’ai du retard. D’abord parce que je ne t’ai pas encore
demandé si deux ou trois textes assez longs te convenaient. En effet un premier choix que j’ai fait
porte sur le conte de Jean de l’Ours dans sa version montpelliéraine recueillie vers 1880 de la
bouche de deux indigènes (5 pages) et sur un morceau de Joan l’An pres (idem). Puis-je ajouter
un troisième ?
Je suis heureux que les extraits de Les Témoins sont morts t’aient plu. Mais bien sûr que la version
originale est en oc. Puisque c’est la version française de « Lo Malordit » que j’avais envoyé pour
le prix Aubanel.
[…]
PS. Je voulais te voir. Essentiellement pour ceci : j’ai fait lire La Nuoch dau gibos que tu connais
an français par mon même ami46. Il a été emballé et m’a conseillé de proposer deux ou trois
nouvelles de ce genre à Gallimard ou Julliard. Il me donne 90 pour 100 de chances d’être édité.
Or avec les menaces qui pèsent sur notre presse il faut que je prévoie le pire. Et je n’ai aucune
envie et je n’aurais pas la force physique de reprendre la représentation des bouquins. Dans ces
3 nouvelles je mettrais « Les témoins sont morts ». Dans cette éventualité, je ne peux pour
lemoment et ça m’emmerde que retarder un essai de publier tout ça en oc dans Prose. Je voulais
en discuter avec toi et avoir ton avis car pour mon roman mes chances de succès sont plus
hasardeuses.

Allier, pasmens, contunha d’obrar per l’edicion occitana, per l’edicion de Verd Paradís
mai que mai. Lo 18 de decembre de 58, escriu a Lafont :
Robert, mon bèl, sabe que « Time is money », mas despuòi la prima espere, Max pòt esperar
quauques jorns de mai. Ieu fai vint ans qu’espere de faire un cap d’òbra e de lo veire publicat !
[…]

44

Cf. aquel document de l’INA a prepaus del segond torn de novèmbre de 1958 : « Le deuxième fait marquant
est la défaite du Parti communiste qui, avec 10 députés (contre 150 en 1956), apparaît comme le grand perdant
de la nouvelle loi électorale. » (http://fresques.ina.fr/jalons/fiche-media/InaEdu00072/le-deuxieme-tour-deselections-legislatives-de-novembre-1958.html)
45

Ignoram, pel moment, de qu’èra la destinacion d’aqueles fragments. Una antologia de pròsa ?

46

Un amic parisenc qu’Allier ne parla dins la letra, al qual fai legir las versions francesas de sas òbras.

�27
aurai, passat deman, dissate, lo « devis » de Dehan47. M’a assegurat que me fariá quasi lo meteis
pretz que Subervie, a quauques mila francs près… per çò qu’ai causit un format un pauquet mai
grand. Enfin dimentge aurai la coberta nòva que lo pintre Gerard Calvet me pinta per lo format
que li diguère e que ne farai faire lo « cliché ».
[…] Entre que Verd Paradís serà en trin farai entreprene a Dehan Lo Malordit.
Per La Marseillaise, en d’aquel temps pòde pas dire quicòm lai que Se deman plòu pas farà bèl !...

Lo 11 de julhet de 59, Allier se regaudís qu’un article sieu sus La Loba de Lafont siá
paregut dins las Lettres françaises : « me fai gaug, çò ditz, que ta Loba m’a fòrça agradat, fòrça,
e es pas l’amistat que parla. ».
Las letras se van puèi faire raras… Lo 16/2/63, Allier, tot en reprene sas criticas contra la
grafia alibertina, fai part a Lafont d’una presa de distància mai generala :
Il est exact que j’ai fait part à Yves Rouquette de mon éloignement grandissant à l’égard de l’IEO.
Mais ce n’est pas tant une question politique. Une question d’âge plutôt. La fe sens òbra mòrta
es. J’en suis toujours persuadé. Mais je restreins de plus en plus le domaine de l’òbra jusqu’à le
faire coïncider avec le seul domaine de l’œuvre littéraire. Prose ou poème. Car je viens d’avoir
cinquante ans. Et il ne me reste pas tant de temps devant moi. Juste celui de sortir ce que je peux
encore avoir dans le ventre. Mais pas celui d’épiloguer sur le destin de la langue, sur l’économie
du Languedoc dont je me fous, ou sur celle de la Gascogne dont je me contrefous. Pas plus que
sur celui de participer à des assemblées, réunions ou colloques littéraires. N’ai mon sadol amb
aqueles dau Partit.
Si j’étais né il y a cent ans j’aurais sûrement été un fédéraliste occitan enragé. L’histoire a tourné.
La question ne se pose plus. J’ai la langue d’oc dans la peau et j’écris en oc… comme j’écris à
d’autres moments en français. Y aura-t-il longtemps encore des gens pour nous lire autrement
que dans la traduction ? J’ai peur que non. Mais tant pis. C’est notre drame. Et nous n’y pouvons
rien ou si peu.
À part ça je suis depuis le début en désaccord avec la graphie alibertine. Sur des points de détail
qui peuvent paraître négligeables certes. Mais en fait ils sont la preuve de divergences
essentielles sur le fonds.
L’œuvre littéraire, je te l’ai dit est pour moi ce qui compte. Votre graphie, comme l’affirmait ce
pauvre Peyre, est un pur outil de grammairien, un outil très bien monté (encore que les
contradictions n’y manquent pas, et qu’il soit parfois enmanché sur des étymologies douteuses
et sujettes à révision) mais qui est un inutile casse-tête pour les auteurs et pour leurs lecteurs.

Pas mai de letra fins al 3 d’octòbre de 71, ont Allier manda un corrièr puslèu freg, que
completa una telefonada recenta :
… concernant l’insertion d’un extrait de « L’Emperau » dans ton bulletin de la fac […] mon accord
porte sur la version revue et corrigée de cette nouvelle, refaite même en très grande partie dans
sa seconde moitié.
Je ne sais si tu possèdes ce texte, que j’avais adressé, sur leur demande, au Club du Livre occitan,
avec une autre nouvelle, pour être publiée, et dont je n’ai jamais pu obtenir qu’on me renvoie le
texte tapé.
Heureusement j’ai pu en reconstituer un double, que je pourrai te faire parvenir si tu ne possèdes
que le texte d’Oc d’il y a… quelques années.

47

Un dels principals estampaires de Montpelhièr.

�28
J’insiste à ce sujet. Cordialement.

Avèm volgut donar aquí de tròces pro importants d’aquela correspondéncia perque
nos a semblada revelatritz de la plaça d’Allier dins l’occitanisme d’après-guèrra, que Lafont
èra lo pivòt. Coma d’autres48, revèla tanben l’escart entre lo desir d’Allier de faire òbra, d’èsser
legit, e las realitats tant de la disponibilitat personala coma de las condicions materialas de
l’edicion occitana.

Annexe 3 - Qualques tèxtes49
De Max Allier
1946 - « A nostre causit !... », Ase negre n° 1, agost de 1946.
D’unis dison que nostra lenga d’oc es a cap de camin, que los manits a cada jorn li viron mai
l’esquina, qu’es condamnada a s’avalir dau tot… Volon nos persuadir que ne vai de nostra
lenga coma ne vai de nautres : un cop vengut om s’engrepesis e totes los metges nos
empachan pas de morir.
Aquel fatalisme es messorguier coma son totes. La lenga d’Oc es pas son astre de crebar. En
ela porta pas sa maganha. Se s’endevén un jorn que s’avalisca, aquò, solide, serà de per la
colontat dels omes.
Abasta per o compréner de s’anar passejar dins quauques endrechs dau campestre, d’agachar
e d’ausir…
Totis amai lo Consol i parlan sempre en Oc. A la Comuna coma a las bochas, coma a la beguda,
galejan, pachejan, tablan, charran en Oc. Consi vai que sos manits emplegan pas mai la lenga ?
Per ço que a l’escola lo mèstre los aliçona en francés ?...
Non ! Aquò vai que lo fotrau de guerra que fan a nostra lenga a pas jamai calat que i a pas
jamai agut cap de trega50, qu’en mau despiech de las semblanças, qu’en mau despiech dels
felibres amai de Mistral, l’occitan demora « lo patoes », la parladura dau poble e que los que
lo parlan n’an vergonha coma d’una deca e que volon pas que sos enfants patisson [sic] mai
d’aquela deca !
Uei coma ièr, coma cent ans a, los paires pican los pichots entre que parlan patoes. « Te ! Fas
vergonha ! Parlas coma un pelharot o coma un carraco » li venon e zo ! te li mandan un
mostàs…
E aquo es l’emperi. Poiretz persuadir un mestre d’escola, un professor, un forestier amai, de
la beutat de nostra lenga… De badas assajaretz amb un pagés d’aici. A totas las rasons amai

48

Es lo cas, entre autres de Lafont, que ditz dins sas letras a Sergi Bec son patiment de sacrificar a son desir
d’escritura literària las obligacions de « la causa ».
49

Avèm gardada tant coma avèm pogut la grafia dels originals, plan mai eterogèna que la grafia emplegada per
Allier dins sa correspondéncia, en causa, a l’evidéncia de problèmas tecnics recurrents dins l’edicion occitana.
Notar que l’Ase negre pareguèt cada mes, dins un temps d’après-guèrra ont mancava de tot, a començar per lo
papièr, e que nos sembla un expleit qu’aja aguda aquela regularitat de parucion.
50

Es que cal legir « treva » ?

�29

sa lenga li agradesse vos respondrà « Benlèu la trobatz ben polida mas vautres la parlatz
pas ! »…
E solide a rason. Lo pagés saup qu’es sol ara o quasi a emplegar lo patoes coma una lenga
naturala. Tot aquò qu’es un pauquet amonedat, totes los que volon jogar als cataus renòncian
sa lenga. Volan [sic] que sos manits parlan [sic] coma « tot lo monde » e los badan quand
parlan patoes.
Mas quau pot li cercar rena ? Quau de nautres li agradarià qu’au primier mot que ditz las gents
rebecan « Tu sies un pagés, un metge o un pelharot ? » Las gents, siàn o non dau poble, volon
esser d’omes d’en primier, son mestieraus, obriers o poetas d’en seguida…
M’es vejaire qu’avem pas lo causit per nos tirar de l’embolh. Tota la propaganda que fasem
serà de badas tant de temps coma lo poble non poirà la legir. Poesia, letradura, revista, solide
aquò es de brave besonha per manténer a l’occitan son reng de lenga literara, per l’empachar
d’èsser pas qu’un patoes per ajudar l’espelison d’una « elita » necessara. Als uolhs de nostres
pageses demora un joc un pauquet nesci de letruts, d’endarreirats, de borgeses, que lo poble
s’o pensa, volon a tota fin lo colhonar !... « Es per la mostra aquo ço dison. Ambe nos aquelas
gents occitanizan, mas a son ostal parlan francés. »
Aquel jutjament es pas d’un talos. Lo poble a mai de sen qu’o pensan nostres felibres. Quantis
d’aqueles e quantis de nautres emplegan l’occitan cada jorn de sa vida ? Quantis de nautres
sabon lo parlar correntament ? Quantis de nautres, de verai, an pas un pauquet vergonha, a
la beguda, au teatre, sus lo tranvai, de charrar a nauta votz en Oc ? Quantis de nautres51 o
fan ?
Un cop qu’avèm fach paréisser un article, un poema, dins una revista nostra, cresem d’avedre
complit la jornada a l’emperau per lo sauvament de la lenga !...
E be ! O cau dire ! Nostra lenga viurà que se volem que visca ! Un cop que lo poble veirà que
mai que mai de monde « coma se deu » tornan, per ciutat e per camps, a emplegar
publicament la lenga, d’aquesta ora enfin calarà, de tot segur, d’en tirar vergonha !
A passat tems es lo poble sol qu’a sauvat l’occitan, que li es demorat fisel. Ara son sauvamebt
es tot entre las nostras mans. Se n’avem l’afecion e la volontat, se sabem pagar d’exemple,
aquel poble lo sauvarà tornar. Senon, e per tostems, li virarà l’esquina…
Es a nostre causit.
1947 - « La roda vira », Ase negre n° 8, abrilh de 1947.
Om pot arpatejar, om pot amanhagar una fantauma vesiada, la roda vira e l’istoria pecaire,
tira camin. Es dins las annadas que vivem, aperaqui la generacion que leva, que nostra lenga
joga son esper darrier ! Son jamai estadas tant vertadieiras las paraulas de La Copa : E se
tomban los felibres tombarà nostra nacion… I a pas qu’a bigar los felibres per l’Institut
d’Estudis Occitans e semblarà que la cancon es facha per nautres. Dins l’IEO e dins sos omes
cabis l’aparament darrièr de la nacionalitat e de la cultura occitanas.
Soi mausegur que totes nostres amics ajan la sentida coma ieu d’aquel pessuc de temps que
nos sobra e que nos raja entre los dets, que totes coma ieu ajan la conoguda dau pretz
d’aquela vida que s’en vai…

51

Allier emplega la màger part del temps « nautres », de còps « nautris ». Avèm armonizat.

�30

O sabe pro ! Los felibres nos an desvariats. Se son enchichorlats ambe de charradissas… De
tant barjar de « respelida », de tant badar lo jorn dins lo ceu de Malhana an agut de
farfantelas !... An cresegut que lo jorn venià !... An cresegut qu’avian l’eternitat per eles e
qu’eron mestres, los calucs, d’estrassar tot son temps…
Saique sem liont d’aquel desvari nos autres qu’avem l’ur d’acampar un escach d’ômes de sen,
un Cassou coma Président, un decàn de la Facultat coma Borciez, dels Girard, Camprox,
Roqueta, Nelli e passa, de segur es pas lo cap que vai nos [mot illible]. Cau nos forviar pasmens
d’una autra desaviadura. Cau pas creire que la qualitat suplis la quantitat e qu’avem pas
besonh de nos entrigar dau demai, mas que venga a nos la flor d’Occitania.
Sabetz, amics, de qu’aquô me retrais ?... Lo vielh embolh de la prova ontologica ! Totas las
qualitats podon ésser acampadas, totas las volontats s’endevenir per que visca la lenga d’Oc,
tot aquô serà de badas se la vida li fai sofracha, se lo poble s’enchauta pas pus s’a tancat a
malas fins de l’emplegar dins la vida vidanta se lo darrier talôs que la parlava encara se quita
un cop morir !...
Om poirrà ben aqueste jorn faire la beba a la vertat, repotegar que d’unis e dels milhors,
escullan sempre en Oc de libres causits, de tesis de filosofia, d’etnografia o de folclore.
Botatz ! La lenga d’Oc serà morta, tant morta coma o son lo grec o lo latin. De que voletz
aladonc que faguesse au monde que d’unis s’aclatan mai sus de vielhs cartabels, que cossejan
de trabalhs scientifics sus los segles abenats, qu’un rodol d’afogats s’entacha a revenir aquela
paura morta ?... De tot aquô la vida se sera avalida e nos, primiers, s’en revirarem coma om
se revira totjorn d’un cros.
Non ! Sem pas nos que mantenem la lenga d’Oc en vida ! Aquô sol que podem i bailar son de
rasons de viure, son d’estiganças per se manténer, es la volontat majora de non se quitar
morir. Mas, mos amics, aquelas rasons, aquelas estiganças, aquela volontat es au poble d’Oc
que la devem donar. Es a aquelas chormas de pageses, de mesteiraus e de pescaires que son
los darriers aparaires de la lenga d’Oc, que son lo sang de son cors e que justifican nostra
accion.
E per tot dire, crese pas d’aquesta ora qu’ajéssem trapat lo camin de son cor. Lo poble occitan
qu’encara parla nostra lenga la parla sens amor e s’afeciona pas pus de la transmetre a sos
manits. Nostras rasons lo tocan pas o venon pas a son ausida. Dau mai rajan los jorns, dau mai
son estequidas las chormas que parlan occitan, dau mai son embarradas dins lo païs naut liont
dels carraus e liont de las ciutats. La vida a belis paucs s’esbeu e s’avalis coma quand ven l’estiu
om vei las aigas mortas s’estequir e s’esveure en palus…
Es uoi que cau se faire entendre e se faire escotar. Se lo rescontre o vou, emai se nosautres o
volem, avem encara uoi lo poder d’esclapar aquel ceucle de mort qu’estequis de contunha
l’emperi de la lenga parlada e leu qu’acabaria per l’escanar. Deman l’aurem pas pus !...
Se me permete aici a quauqui meses de nostre acamp annal de bolegar aquel limpum, es que
soi per sens aver dessostat dins las paraulas d’unis amics nostres d’ideias que m’an trach en
greu pensament. Se destria a l’IEO una tendéncia qu’a mon vejaire s’ela s’espandissià serià
pas gaire facha per nos tirar de l’embolh.

�31

Los felibres se son enganats sus los mejans. Aviàn legit los verses de Mistral que sabon de per
cor : car cantam que per vautres o pastres e gents di mas solament s’aviseron d’afogar lo poble
coma om fai d’un enfant a la muda en ié cantant de cansons per dormir…
Nautres auriàm pus leu dau mau dels monges, e per sauvar lo segle s’embarrariam dins una
clastra.
Se dirià que per nos l’occitan retrais au sanscrit, mort fai un briu, que s’apren dins de libres
vielhs e que degun s’avisarià pas de s’en servir a la beguda o en luoc-mai… Es tant verai aquô
qu’emai dins nostres acamps la lenga d’Oc resta au lindau. Om i parla pas que francés, degun
se’n estona pas e d’unis messatges nos venon coma aquô qu’om se comprendria pas !
Anatz puoi dire al monde, a los qu’en montanha o palus, a son trabalh coma a l’ostau,
mantenon viva la lenga, que degon l’aparar, l’apréner a sos enfants e qu’es tant valenta coma
lo francés.
Cossî voletz qu’espofigan pas a vostre nas !...
1947 - « Lenga d’òc Lenga dau pòble », Ase negre n° 11, julhet-agost de 1947.
La lenga d’Oc, avem mai d’un cop afortit que pot esser dins lo miegjorn la clau de la cultura
populara. Aquô es pas una dicha per rire ! Vole per ne donar la prova prene l’exemple sol dau
Bigot.
Saique conoissetz l’autor de las « Borgadieiras », aquela michanta grana de Nimes que fasià
emmaliciar los felibres per ço que era iganaud e que « cantava a plens gosier li vielhs ers de la
Republica »52 ! Mas jogue qu’avetz pas legit sas poesias francesas. Se las avetz legidas vos
endevendretz amb ieu per dire que s’aurià pogut passar de las escriure…
E ara ? Anam dire que l’engeni fasià sofracha au Bigot ? que sa renomada se l’es acassada
solament per aquò qu’escrivià en patés o per aquô que sas galejadas fasiàn cacalassar lo
monde.
Aquô serià d’un talòs ! Quantis mai d’occitans, abans e despuoi, an volgut « cantar » dins lo
biais satiric e burlesc e quantis mai que emai son nom nos escapa per ço que lor desfautava
aquô que la lenga pot pas donar : l’engeni !
Lo Bigot, el, avià força engeni força gaubi e de biais e, se sabià faire rire, avià tanben l’estec de
faire plorar53. I a pas que de s e remembrar d’unis poemas de las « Borgadieiras » coma Lo
bonet de mon Oncle Jaque, Lo siaume de ma grad, lo Rachalan de Nonanta Tres e mai que
mai aquel pichot cap d’obra teissut d’esmoguda qu’es Mioneta per se persuadir de sa
sensibilitat, de son gost, de la qualitat de sa poesia.
Consi vai que lo Bigot sià tant entreprés en francés ? Perque son gost tan linde aici li fai
sofracha ? Aquô vai per la meteissa rason que nos fai assegurar que Mistral aurià escullat una

52

Mercegi Clara Torreilles qu’a identificada la referéncia. S’agís d’una allusion al poèma de Bigot « Lou bounet
de moun ouncle Jaque », Li Bourgadieiro : « Coumo èra esta-un pauc courdounié / Caussavo encara tres pratico.
/ Toujour cantavo a plen gousié / Li vièls èr de la Republico ». Dins nòstra edicion (Henry Michel &amp; G. Gory, Nîmes,
1891), se tròba p. 31.
53

Allier fai aquí una guinchada a çò qu’es escrich plaça Sant Roch, a Montpelhièr, al pè de l’estatua de
l’Abat Fabre : « Tant que sa lenga durarà / Lo paure pòble t'aimarà / Tus qu'en son jornalièr martire / As
l'estèc de lo faire rire / Quand tant d'autres l'an fach plorar. »

�32

obra pas tan valenta se l’avià escricha en francés ! Es pas que l’usatge d’aquela lenga o de
l’autra poguesse faire oblidar lo defaut d’engeni, mas perque l’usatge de la lenga d’Oc buta
los autors occitans a se deliurar d’aquels imatges tot fachs, d’aquels « poncius », d’aqueles
luocs comuns e de las modas besuquetas d’onte lo francés escana mai que mai los autors de
provinça.
Per aquô mai que lo francés per un coma per l’autre, era pas qu’un instrument manlevat, una
lenga facha per un autre parlatge, o per una autra casta de la societat.
Un autre cop se voletz, parlarem per d’exemples.
1947- « Lenga d’òc Lenga dau pòble » (seguida), Ase negre n° 12, setembre-Octobre de 1947.
La poesia es una obra de tuca. Un mot i es causit per ço que vou dire, solide, mas encara mai
per ço que ditz pas, per las ressonadas que ten ; per aquel image que farà nàisser dins lo cap
d’un legeire e pas de totes, que sap coma el las endevenenças qu’aquel mot desperta, los
remembres que fai espelir, lo passat literari que i es estacat. Los mots d’un poema se pesan a
mai d’unas balanças que son pas las meteissas per una autra lenga.
Aquô, me diretz, cadun o sap. Oc-ben ! Mas om oblida que nostre poble occitan pensa e sentis
encara en oc, e mai parle francés, d’onte ven que cuba tot a bel eime coma un ome qu’a perdut
sa romana.
« Un euse » aquel arbre de nostras garrigas se ditz « une yeuse » en francés. E pasmens en
poesia une yeuse es pas lo parier d’un euse. Un euse desperta en nos l’image d’un aubre
rabinat que trachis sus la roca pelada, que lo pagès de Cevenas n’en mos dins l’estiu de faisses
de garrigas per abarir son tropèl dins l’ivern. Mas en francés saique une yeuse es un aubre de
pargue, estringat coma un farboquet que salis dau perruquier ! Amb sa consonança me fai
pensar a [mots illisibles] unas legendas bretonas coma fai l’if, a un païs de nebla e de pantais…
Ai ! Paure se l’emplegas per pintar nostra garriga !
Una prova de mai. Quau s’entrevaria de dire qu’un pastre e un bergier podon s’entrecanviar
en poesia ? Lo pastre, aquô se sap es un pastre verai de Cevena o de Crau, es lo menaire del
tropel, que se trai dins la bressa e, venga l’estiu, que mena estivar sas bèstias en montanha.
Es pas un prince, es pas un catau ! Son baston es pas florit, son jargau es pas de seda. Parla la
lenga rusta dau poble. Se s’entriga de las femnas, es pas per faire un viatge a Citera e s’es
maridat es amb una pastressa que fai coire la [mot illisible] de las bèstias, que i alestis sa biaça,
que se leva de matins e vai se jaire tard…
Mas un berger, ai, ai, ai ! en francés a tot un passat literari. Nos remembra lo grand segle, lo
Rei Sorelh, lo Trianon e las donas que jogan au berger e que s’esvanirian de paur s’un morre
de buou venia i bufar e i niflar contra !...
Me diretz beleu qu’e mai nostres trobaires an fach de pastoralas. Solide ! Mas las pastressas
d’aquelas obras son de pagesas per de bon. Se son polidas saique es pas un cop d’astre dins
nostre terraire. S’an mai d’un cop pro de tuca per se trufar dau senhor saique las femnas dau
miegjorn son totjorn estadas pro escarrabilhadas. Mas aici es pas un joc. Sabon pro de que se
triga. Las diferéncias de casta son ben marcadas. An besonh de s’aparar per que se lo senhor
a la boca florida, sabon que fai pas gaire cas d’elas e qu’aquô s’acaba mai d’un cop dins lo
margalh d’un valat o sota una sebissa… E coma ditz lo Bigot « lo paure paire de familha garda
la vaca e lo vedel »…
Aquô se capita tant vertadier que nostres poetas occitans dau segle XVI au segle XIX emai se
pleguesson a la moda e escriguesson de pastoralas se gardavan ben de revirar lo francés
« bergère » per lo lengadocian pastressa. Servavan lo mot francés vestit a l’occitana :
BERGIERA !

�33

Lo Bigot coma los autres en passant de sa lenga au francés podià pas esquifar una lei comuna.
Emai el era tengut de quitar dins aquela muda sas sentidas popularas contra lo biais besuquet
d’una borgesia endecada. I a pas de que s’estonar se dins aquela muda estrassa tot un floc de
son engeni, se son legeire i retroba pas pus lo Bigot de « Las Borgadieiras ».
Agachatz aqueles dos poemas que pintran totes dos un moment parier de la jornada. Aici lo
lengadocian :
Me sembla qu’era ier e pasmens i a long temps
Mon fraire dormissià ma maire samponava,
Dins nostre paure fuoc l’olivier petejava
E defora l’aura bramava
En brandolhant li contra-vent
Ma grand, que lo Bon Dieu i aga l’anma pecaire
Ma grand dins son gros libre a auta votz legissia
Ma sor tricotava ambe son er somniaire
E ieu qu’aviai pas res a faire
Regardave landar li fuelhas d’olivier…

Aquela simplessa dins l’expression, aquelas regas essencialas, aquel ostau au vespre d’una
jornada son d’un grand poeta. S’enauça d’aquel tableu un fort relent d’umanitat, om i sentis
tot lo pes de la vida un cop la jornada acabada, om dessosta la permanéncia dau visatge de
l’ome, qu’es lo pretz d’una literatura classica…
De que demora d’aquô dins aqueles verses franceses de Bigot fachs pasmens amb la meteissa
toca ?
La buche au feu flambe et pétille
Et l’on entend le vent gémir.
Venez pendant qu’on déshabille
Petite sœur pour l’endormir,
Venez enfants que je vous dise
Ce que la nuit pleure la bise
Dans le chemin blanc et désert
Ce que murmure à notre oreille
Quand autour de nous tout sommeile
En passant le vent froid d’hiver.

Non l’esmoguda es pas pus aqui. Las frasas son cargadas d’adjectius que las grevon. Dins lo
fuoc es pu l’olivier que peteja, es la « buche » literara que pot èsser de pertot.
1952- « La batalha dau libre54 de Pireneus-Orientals », Òc 184 (04-52), p. 29-31
Aquò s’endevenguèt a Ribasaltas lo 18 de Novembre passat. Quauque temps puòi, dins las « Lettre
françaises », Pierre Abraham saludava coa se deu aquel rescontre istoric mas, sus lo moment, dins lo

54

Operacion menada, en 1952, per lo PCF, per faire se rescontrar los escriveires e las classas popularas. Preniá la
forma, per exemple, de signaturas sus los mercats. Lafont evòca sa participacion a l’operacion dins son libre
Pecics de mièg sègle (Federop 1999) dins lo capítol « Companhs de camin » ont evòca sas relacions amb los

�34
palle sorelh dau jorn d’ivèrn que l’aura escobilhava, tot se faguèt tan simplament qu’auriàtz dich
d’amics vièlhs que se retrobavan…
Es sus lo plan relargat e tot enfarinat de polvèra qu’esperàvem, nosautres d’Oc e de Rosselhon, los
escrivèires de la Batalha dau libre. Venguèron, se toquèrem la man e sens gaire de paraulas se
coneguèrem amics… Un còp qu’assetats defòra, dins l’òrt, a la meteissa taula de fusta, en torn d’un
platàs de cagaraulas ne mangèrem l’alhòli, tot bevent a la gargata un vin que fai trepar, mai que
d’amics semblàvem de soldats a la pausa, de companhs que menan de cotria una batalha comuna.
Me pòde pas acordar d’aquela dinnada sens que me treve un autre acamp, lo de Fònt Segunha fai
gaireben cent ans… La comparason es pas aici un jòc de l’eime. Sai que los Sèt de Font-Segunha
mancavan pas d’estrambòrd. De proclamacions embriagantas n’espeliguèron de Provènça. La Cigala
alandèt sas alas e se’n anèt clantir dins totas las pinedas : lo sorelh me fai cantar. Mas per tant de bruch
que faguèsson, los felibres atropelèron pas degun, qu’avián pas convidat cap que visquèsse a sa taula.
Bòrnhes au pòble que lucha, la qu’assetavan sus sos genolhs, la qu’afogats amanhagavan, èra aquesta
Provença « en idèa », aquela Comtessa de pantais, mòrta fai sièis cents ans, que se juravan de deliurar
de saber pas quinta una càrcer per li tornar l’Empèri dau Sorelh…
Erem pas sols a Ribasaltas. S’i aviá pas de Comtessa a la taula, i aviá en torn de nosautres tot loo varalh
d’un pòble viu que brusissiá. D’en carrièira nos veniá lo chafaret dau mond que coma un tròn a
moments udolava lo nom d’Enric Martin55. Drech, un pè sus lo banc, tot quichant la guitarra, ras de
Pierre Abraham, un catalan dins lo vent terral degrunava unas cançons de lucha. E degun podiá pas
doblidar que l’aura que bufava las bandissiádetràs los Pirenèus dins lo païs qu’i faguèron morir Lorca…
E totes amb de ponhs e mai de còrs de lucha, de Naut o de Miegjorn, nos sentissiàm afrairats, dins la
contèsta comuna, comptables d’un tresaur qu’èra nòstre e qu’aviàm totes ensems per dever d’aparar.
***
Aquela sentida es nòva en Lengadòc. Los occitans, nostra pèca, es de pensar sempre un pauquet que
sèm de monde de la pichòta mena. La fauta n’es dels felibres. Per se conóisser occitans, nos
acostumèron de nos pensar, senon còntra França, dau mens en fòra de França. E saique, se nos volèm
desempachar de tot çò que nos fai franceses, se tenèm per nòstre aquò solament que pòt pareisser
estrangièr a la cultura francesa, nos sobra pas que de rafatalha e nòstre tresaur es ben pichotet… Aquò
es una operacion quirurgicala polida de vèire benlèu, mas que sa resulta es de segur de nos derrabar
la vida…
Per tal astre, los escriveires de l’IEO començan de vèire las causas d’un autre biais. Son pas pus de
felibres. An espolsat d’eles tota polsa d’un pantais medieval que los voliá persuadir de prene lo revenge
de la Crosada e de mai assucar lo Simon de Montfòrt. Se ronzan pas pus còntra de molinasses de vent
e davalats de « l’Empèri dels Astres » que Mistral los i volguèt un còp enclaure, coma se foguèsse
amont sa patria, los occitans vivon demèst los òmes de son temps e luchan a son costat. A son costat

comunistas : « Poiriái apondre [...] que foguèri, amb Castan e Allièr, de la Batalha del Libre, a laquala devi lo
rencontre, marcant per una vida, de Jòrdi-Père Cerdà » (p. 90).
55

Sus aquel faire d’un militant contra la guèrra en Indochina condemnat a 5 ans de preson, l’istorian Renat
Merle remanda a Hélène Parmelin, Matricule 2078 : L'affaire Henri Martin, Paris, Éditeurs français réunis,
1953 ; Jean-Paul Sartre, L'affaire Henri Martin, Gallimard, 1953 ; Alain Ruscio, L'affaire Henri Martin et la lutte
contre la guerre d'Indochine, Le Temps des Cerises, 2005. Legir tanben, del quiti renat Merle : « Encore autour
du "complot de Toulon » (1952) » : http://merlerene.canalblog.com/archives/2014/09/23/30642727.html

�35
aparan aquel ben ufanós qu’es la cultura francesa, aquel tresaur que s’i entremescla estrechament
aquò que ven de Naut e de Miegjorn.
D’aquesta ora cau que quitèm d’aver vergonha de reconóisser dins França una semblança nòstra, dins
lo francés tant de paraulas dau terraire, dins la cultura e l’istòria nacionalas d’idèas e de luchas
qu’esperlongan e que crèisson a l’espandia [sic] dau mond d’idèas qu’avèm agudas, de luchas que çai
avèm menadas. Tot aquò, que França faguèt sieune, sèm nosautres que li avèm donat. Nòstre estèc se
retira pas a las bòlas estrechas de la lenga d’òc, qu’aquò seriá lo faire ben tras. Montaigne es nòstre
coma Mistral, la resisténcia dels Camisards, la França de uòi la recaliva, afogada, amb un caratge nòu,
franceses sèm e lo francés es nòstre tant coma a los de París.
***
Aquel engatjament de la lenga d’Oc dins una batalha d’idèas que tempassa las bòlas dau terraire e que,
coma totas las contèstas de l’ora, s’espandís sus l’airau dau mond vièlh e mai dau nòu, sai que benlèu
ne farà liscar d’unes emai risolejar d’unes mai. Que se rigan se lor fai enveja. Aquel dimenge que vos
parle, en Perpinhan despuòi de Ribasaltas, degun de la molonada qu’avá respondut au rampèl dels
escrivèires franceses, lor venguèt a l’eime de se trufar.
Entre que nòstres amics Robèrt Lafont, d’en primier, Castan e Cairol56 puòi, e d’autres mai, faguèron
clantir lors poëmas bels e que lo parlar de cada jorn, lo dau talhièr e dau campèstre, afoguèt los espèrs,
las òdias, las amirs que son aquels dau pòble de França, la sala sestrementiguèt e los aplaudiments
petèron. E cadun s’avisèt que l’occitan es pas una parladura mòrta, un jòc bufèc per los provincials
qu’an de léser, mas que patís dels patiments e que s’arriba dels espèrs de totes los que vivon e que
luchan. Lo sirventès dels trobadors s’avaliguèt pas tot dins lo rebaladís de la Crosada.
Basta. La lenga d’Oc per aquò se crèi pas tant que se vòlga quilhar a la nautor de nòstra lenga nacionala.
Non. Mas demòra nòstre ben, nòstra glòria d’occitans, lo signe de familha que nos fai gaug d’arborar
dins la comunalesa francesa.
Un pauc coma aqueles gents, que mai aguèsson l’aiga dau Ròse a l’ostau, se’n van per lo dinnar ne
traire un ferrat de son potz. Que d’aiga linda, blosa emai tan fresca coma la sieuna ne conoisson pas
cap…57
1952- « Discussion : responsa de Max Allier », Òc 183, genièr de 1952, p. 29-36

Me languissiá, o confesse, de veire bolegar dins Oc aquesta question que nòstre amic Fèlix
castan plantejèt […] : per que qué escrivèm en Oc ? […]
E d’en primièr m’avise que sembla pas de bòn que l’òm se trigue de saupre per de que l’òm
escriu dins una lenga e non pas dins una autra. […] un Francés, un Espanhòu o quauqu’un mai
a bon drech sai que, de plegar las espatlas e de repotegar :

56

Antoine Cayrol, escriveire communista catalan, Jordi-Père Cerdà de son nom de pluma. Ives Roqueta cita un
poèma sieu dins la novèla « Entremitan de totas tèrras » (L’ordinari del monde, p. 55). Per ne saupre mai : Actes
du colloque Jordi Pere Cerdà / Actes del col.loqui Jordi Pere Cerdà, Presses universitaires de Perpignan, 2004.
Òm trobarà dins aquela brocadura d’elements precioses sus aquel grand poèta : http://evolution66.monsiteorange.fr/file/ded47b0f982fe377dde6f26ee10c493d.pdf.
57

Aquel article es seguit d’una N.D.L.R : « Es pas besonh de dire que las opinions expremidas dins OC per los
escrivèires occitans engatjan sa sola responsabilitat. » Òm se poiriá demandar perqué es estat necite de metre
aquela nòta après l’article d’Allier, alara que, fins ara, l’avèm pas rescontrada…

�36

- Perqué ?... Mas per amòr qu’es ma lenga, mon bèl !... […]
Que per lo comun dels òmes non es pas un afaire de causida de lenga. Lor es donada entre
nàisser coma sos paires e sa patria. […]
Mas i a pas degun que faguèt responsa tala. Degun s’estomaguèt pas. Nostres amics, au
contrari, se quichèron los cervèls per assajar de justificar çò que per eles demòra un empèri.
Car de trobar dins son brès una lenga bèla e bòna qu’es sieuna, aquò’s l’astre de totes benlèu,
de totes levat de l’òme, de l’escrivèire d’oc. […] sa lenga procedís tostemps d’una causida, es
un afaire de volontat. E i a pas de causida sens lucha, sens trantalh, e que lo francés vencisca
o que siá l’occitan, sobra totjorn un pauquet de maucòr, una escarraunhada que de temps
escòi.
[…] E mai ieu, a belas oras, ai pas vergonha d’o confessar, me pensère que m’enganave […]
dins las luchas per viure, qual non coneis que lo Francés es l’esplech mai afustat ? […] Cabís un
public de quauques milions de legèires. L’occitan non solament n’a pas gaire mas sa valor es
contestada […]
Cau puòi tot dire… Es una lenga de per rire. Degun s’espanta pas sai que d’ausir de monde far
clantir son anglés en París. […] Mas que de Miègjornaus se caprician de charrar en Oc per
carrièiras, dins lo tren, a la beguda, ne vai d’un autre biais. D’ausida fan espelir de riseta
consentas. Las gents, a son entorn, diriatz que creson que galejan […].
E vejaici la deca màger de la lenga d’Oc, sa deca e son estèc : diriatz que per fòrça monde
constituís una inegalitat entrepachosa dintre de ciutadans d’un meteis païs […] Car de çò que
las lengas dichas nacionalas, sas bòlas s’endevènon amb las d’una nacion, l’occitan s’espandís
sus un terraire sens frontièiras, es la lenga d’una comunalesa que sus las mapas a ges de nom.
[…] aquela question es escabilhosa ! Mas o seriá pas tant se los felibres l’avián pas empobolada
de tota una florida plorosa de « ma maire m’a fach », e « parladura mamada au brès », de
« paraulis que ma grand me parlava » […]
E d’en primier nos cau escobilhar tot aquel nacionalisme vergonhós. […] La lenga, m’es vejaire,
es pas un ben entre ela. Despuòi que mond es mond milantas lengas umanas se son avalidas
dau tot sens qu’empachèsse aquò la ròda de l’istòria de virar, de lengas e mai de pòbles e de
ciutats. […]
L’occitan quant a ieu non m’i vòle estacar qu’aitant coma poirai amb el pesar sus las
endevenenças. Mon amor per el es pas una afecion un pauc desesperada per un testimòni
dau passat. […] Es amb los uòlhs virats cap a l’endevenidor qu’acampe aquel esplech que se
rovilhava. Non es pas per gaubejar amb el un monument a la glòria de çò que s’avaliguèt, mas
per tal qu’ajude a l’òme dins las contèstas de l’en que vèn !
Sabe que pòt paréisser una escomessa, e mai crudèla, de despolhar antau ma lenga de son
rovilh amb de sa fatòrga, de la quitar puèi desnuda a la raja dau temps58 que sembla facha per
s’i engrepesir. […]
Lo monde es en vira-passa. Las nacions se languisson dins las bòlas que lor donèt l’istòria, los
pòbles pantaissan de las escrafar. Dins las mans dels Govèrns la sapiéncia a botat de mejans
espetacloses per bastir e per engrunar. Mas se’n podèm pas servir per nos far mai astrucs, que
lo vièlh profièch velha e que pòt pas s’endevenir amb lo paure monde, amb l’òrdre nòu que

58

Notam aquí la represa de l’expression-títol del recuèlh « Messatges ».

�37

poncheja. Per nos melhor enganar los cataus nos remenan qu’aquest òrdre novèl pòt pas anar
de cotria amb las nacionalitats e las diversitats dels pòbles. Aqueles romputs nos cantan que
l’egemonia es lo prètz que nos cau pagar perfin que la patz dau monde vènga. E per que se
forvièsson pas dau camin de caitivièr que nos i adralhèron, an pas trobat melhor que de penjar
la mòrt sus nostre cap, que de quilhar la mòrt de cada costat sus la dralha.
E las gents desvariadas perdon l’estèla…
***

Volèm e mai podèm amb la lenga d’Oc far conoisser au monde que la conquista paga pas, que
l’òme es deliure e que sol farga son astre e son malastre, que non es pas una fatalitat que faga
qu’un pòble o qu’una lenga mòria, qu’es sempre l’encausa d’una volontat, d’una fòrça que los
rebufa de la vida, d’una egemonia qu’un còp los vòu escanar.
Dins nòstre amor destemporat per nòstra lenga cau legir lo creire prigond d’un pòble que se
pensèt totjorn qu’òm podiá viure frairalament e se comprene dins la diversitat dels creires,
dels pessaments e de las lengas. Sem totjorn estats, los òmes dau Miègjorn, al crosador dels
camins. Avèm sempre luchat, peltirats demèst d’idèas que se fasián cap per aparar nòstre
drech de causir, per alestir lo drech de las idèas de viure en patz dins lo monde, d’i trachir e
de s’i confrontar d’un autre biais qu’amb las armas e lo fuòc. E son nòstres aujòus que trobèron
primièrs aquela paraula trelusenta : Resistir ! e que l’escriguèron dins los cairons de la Torre
de Constança.
[…]
Occitania es un grand exemple. S’existís en nosautres emai non aguèsse d’existéncia sus cap
de papièr, se nos ten caud l’amor de nòstra lenga emai foguèssem cabits e barrejats forraborra dins las bòlas de la nacion francesa, s’amb aquò sèm afrairats au demai dels franceses
per un sentit que res lo pòt pas rompre, vai que la lèi, dels cataus es messorguièra e que
quicòm de mai poderós nos unís […]
Aquel quicòm es benlèu mai que l’amor de la diversitat. Mas occitans e franceses avèm per lo
dire una paraula de requista : la tolerància !... e se sap que dins lo passat faguèrem veire tant
a Tolosa coma a Paris que sabiam atanben l’aparar.
De lònga tòca acostumats au biais dels envaseires emai dels enquestaires nos faguèron
sempre fastic, sempre se rebelèrem contra totas las cresenças que volguèron de raca-còr nos
faire confessar. […]
***
[…] tot aquò es bèl, me van dire trufaires. […] vòstras rasons son çò que son […] Lo pòble d’Oc,
aquel pòble d’un païs qu’existís pas qu’en idèa, faguèt pas coma vos. El qu’aviá de causir,
causiguèt la libertat de renonciar a sa lenga emai d’aprene lo francés. Es el qu’apeguèt a sa
lenga aquel escais-nom de patés que la desondra coma una casseta a la coa d’un cat. […]
Aicí plantejat lo problèma de l’existéncia de la lenga d’Oc emai d’un public occitan.
Serai franc : la lenga d’Oc es una lenga un pauquet rustica. D’aquesta ora, per dire de qu’es
devèrs ela la sentida del monde occitan, me cau cercar d’ajuda amb un racònte dau païs, amb
una legenda catara que tras l’espandida dels sègles encara nos atuba. Avèm dau mau los òmes
dau Miègjorn d’aquel paure monde qu’un jorn, fai un bòn brieu, vegèron passar per carrièiras

�38

una femna, polida a venir baug. Aquela una, pecaire, non sabe quintes romputs l’enganèron
nimai consí aquò s’endevenguèt. Mas d’aquesta ora, enclausa dins la fanga, es pessada,
escampilhada en un centenat de tròsses, es barrejada a la tèrra nòstra. D’unes pasmens ne
gardan lo remembre trelusent de sa cara, d’aquel ilhauç lèu damoçat, que sa beutat los
tresvira. Amb aquò n’es pas tant resconduda nimai mascarada que per tal astre d’unes
occitans non desvistan d’aquí entre aquí demèst la polsa que l’acata un agach fugitiu, una
riseta meravelhosa, una claror que los embalausís. E n’an pro d’aquelas entresenhas per la
devinhar tota e per se’n faire amoroses a la perduda !
[…] Los òmes dau Miègjorn avèm perduda la conoguda d’aquò qu’es de verai lo parlar nòstre.
La lenga d’Oc, gardam memòria d’un temps que foguèt rèina e que mestrejava, mas a passat
d’aiga au Ròse, e d’ara enlai pensam qu’es mòrta… Sèm pas qu’un escach per entreveire dins
lo patés que parlam a l’ostau, per camps, au talhièr, a la carbonièira, […] que de milions d’òmes
encara fan clantir, la lenga d’Oc que subreviu. Lo demai sabon pas pus de que parlan, un patés,
çò dison, un patés clapassièr per aquestes, nimesenc per d’unes, gavach per los de naut. Lo
nom bèl de Lengadòc que demòra apegat a nòstre terraire es pas per eles qu’un rescontre
voide de sentit.
L’occitan, non, es pas un patès. Es una messòrga, mas una messòrga que fai de sègles que nos
ne volon persuadir e que talament tant nos la remenèron que nòstre pòble a malas fins l’a
creguda e qu’a renegat sa lenga. Sèm sols que la conoissem aquela messòrga, sols que sabèm
qu’aqueles pateses, que de Garona fins a Niça de milions d’òmes fan clantir, son pas que de
semblanças desparièiras, pas que de rebats d’una meteissa lenga. […]
Lo public que deman serà nòstre se lo sabèm endevenir es un public popular e mai que mai
pagés.
Aicí se cau pausar un momenet. D’unes nos venguèron, en s’avisar d’aquò, que la lenga d’Oc
èra una lenga de classa […]. E se pensavan que lo pòble d’Oc trobariá dins lor afortiment una
rason d’aimar mai son patés e de tibar l’aurelha a sos racòntes.
Es una sorneta. I a pas cap de lenga de classa. La lenga d’Oc, pas mai que lo francés, foguèt
jamai lo paraulís dels trabalhaires solets. S’es prestada als pelòts, als creba-paures de tot peu
que s’acampan moneda amb la susor de l’obrièr, tant coma als carbonièrs de la Crand-Comba
o de Carmaus qu’an mai d’un còp de demescòrds amb sos mèstres. Serviguèt a Pétain per
escampar d’endormidoira sus lo patriotisme des Miègjornaus tant coma als joves de Cevenas
que luchavan contra el.
Amb aquò cau confessar qu’aquel vejaire cabís un pessuc de vertat. L’occitan es la lenga d’un
pòble qu’un còp foguèt, vencit. E coma tal s’es plegat a la lei que s’i plegan tostemps las lengas
dels vencits. […] El que senhorejava, los senhors lo reneguèron primièrs, foguèt puòi la
borgesia nauta de las ciutats. Qu’aqueste monde bèl, es sa costuma de desgaunhar sempre
los uses dels envazeires e de faire plèti als cataus que lor escampan onors emai poder. Dins
son ensèm lo pòble demorèt fidèl a sa lenga […] d’aquí qu’aquela lenga qu’òm disiá unpatés,
venguesse un còp una entrepacha sus lo camin de sa liberacion.
L’occitan, es verai, es vengut un jorn la lenga dau paure monde… E vai coma aquò que lo pòble
d’òc, obrièrs d’en primièr, pageses puòi, lo volguèron espolsar d’eles coma volguèron secotir
se desconoissença, lo caitivièr, que lor pesavan e lor fasián vergonha. Despuòi un sègle o dos,
e saique mai benlèu, lo francés foguèt sempre sentit dins lo Miègjorn coma la lenga dels
amonedats […]. E lo pòble que parlava patés quitèt pas de luchar per conquistar lo francés,

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lenga nacionala, coma luchèt per avalir totas las inegalitats […] per conquèrre totes los dreches
que li fasián sofracha.
D’aquesta ora cadun sap lo francés. L’occitan viu encara. Mas, per la màger part, s’es retirat
per camps qu’es aquí lo darrièr qu’i tenon còp las lengas vencidas e se conois qu’i pòdon
resistir de temps. […]
Entre lo sègle dètz e nòu per lo còp primièr dins l’istòria los escriveires d’Oc se capitèron
davant aqueste embolh : conquèrre un public popular o renonciar sa lenga. […]
Los felibres saique n’aguèron l’estida mas faguèron amb aquò coma faguèron pecaire amb los
vinhairons de 1907 : se’n creguèron tirar amb de cançons e de cambiroladas. Despuòi Mistral
nos acostumèron de clantir que cantavan que per vosautres o pastres e gents dels mases. Mas
n’i a pas pro d’afortir qu’òm escriu per lo pòble per qu’aqueste vos bade ! E los felibres, sus
las pesadas dau « Mèstre », tot cargant sa Mirèio jota lo braç, virèron l’esquina au pagés e
l’enanèron portar a París, « amb la revirada francesa » dins l’ostau letrut de Lamartine e de
Daudet.
Los felibres an mau capitat dins son estigança de se sarrar dau pòble. Lo poèta vièlh ne
saupeguèt quicòm que nos faguèt aquesta confesson rimada « las pagesas entendon gaire als
vèrses e las borgesas entendon de travèrs ». Lo pòble es pas una peteta que se quita prene a
las moninariás dau faròt que l’alisa. Es un ase caput que tròp de cantadissas li venon en òdi.
Amb aquel temps serà tibat dòrs lo deman. De çò que los felibres li cantavan la glòria de çò de
passat, el se voliá desfaire de la barda que l’entrepachava. Son ambicion èra de semblar tot lo
monde, li venián presicar la beutat dels uses d’arreire, lo quichavan de cargar los vestiments
de sos paires-grands. Se podián pas endevenir.
E lo pòble, sens mai se’n trigar d’eles, virèt l’esquina als cantaires que demorèron solets.
***
Nosautres a l’IEO nos cau pas faire antau. Despuòi Mistral, i a pas res de cambiat e sèm totjorn
d’escriveires sens public. […] Nos cau cabir dins nòstres libres un contengut novèl, aquel que
lo pòble espèra e que li fai de besonh. […] E res nos ten de prene part dins las luchas de l’ora
qu’es dins aquelas luchas que nòstra lenga d’oc, tot clantissent d’aqueste costat e mai de
l’autre, se tornarà fargar e provarà qu’es viva.
Ieu dins aquelas contestas m’endevene dau costat de nòtres amics los escriveires d’oïl que
menan la « Batèsta dau Libre ». La rason que me buta es la que buta aqueles escriveires a virar
l’esquina al public acostumat de las Letras per prene boca amb los trabalhadors de las
carbonièiras o dels camps. Es una rason politica. Mas n’ai atanben lo creire prigond, los camins
de la « Batèsta dau Libre » non pòdon pas que s’endevenir amb los camins d’Oc qu’en çò
fasent los escriveires d’Oïl nos prestaràn d’ajuda.
Sabe que pòt paréisser aquò una escomesa ! D’unes me diràn qu’es pas lo ròtle d’un carbonièr
d’en Cevenas que, quasi tot lo jorn, parla pas gaire que son patés occitan de recaptar dins sa
saqueta los poèmas d’Eluard e d’aparar de sas mans negras lo tresaur de la libralha francesa.
Saique benlèu ! Mas un còp que se trachèt d’aparar França demandèron a deguns s’èra de
naut o de miegjorn. E los trabalhadors occitans aurián de que se’n irar s’èran tractats d’un
autre biais que sos fraires d’aut. De miègjorn o de naut l’aparament de la cultura francesa
aquò es l’afaire de totes.

�40

Cau èsser bornhe per pas veire puòi qu’avèm tot a ganhar dins aquela batèsta. De que n’es la
mesa ? Lo parier que per nosautres. An coma nautres de derrabar aqueste mau crèire que los
libres, es una causa polida… mas per lo monde que son de léser ; […] que lo legir lo cal quitar
als […] que rebalèron d’ans sas bragas dins las escòlas ; qu’a totas fins los libres aquò es l’afaire
d’aquela manicha, aquela « intelligenzia » que fai mestièr de pensar !
E n’ai pas paur que los escriveires d’Oïl nos lèvan59 antau de cassòla e nos rauban un public
que pòt deman se virar dòrs nosautres. Que soi segur qu’aquel public s’un còp se destrasonarà
serà per caminar d’en primièr sus lo camin occitan. Car, per temps encara, lo francés per lo
pòble dau miègjorn demorarà una lenga apresa e serà per la letradura d’Oc que los
trabalhadors donaràn tota la florida de son estèc.

Sus Max Allier
1947- « Max Allier : Visages »60 : Recension per Ramon Vincens. Ase negre n° 9, mai de 1947.
L’originaletat de l’inspiracion dels joves poetas occitans pot paréisser dins d’obras francesas
coma dins d’obras occitanas. Es ço que provarà un esforç temptat per Félis Castan un
d’aqueles jorns venents e ço que provan uoi los poemas de Max Allier.
Vole dire que lo mirgalhament dels imatges, la poténcia d’esmoguda caupuda dins una
enonciacion de biais simple e despolhat, la jovissença mieg-pagana que pren l’autor au
dansejament de la vida universala nos fan pensar sensa dobtança a la nova lirica d’Oc :
Dehors paressent les grands dieux…
L’ombre infiniment se balance
e la Mi-Nuit d’un geste immense
baille en peignant ses longs cheveux.

E, coma en co dels Occitans lo tableu s’alarga dors de perspectivas infinidas de temps e
d’espaci :
ombre qui tourne, oiseau perdu,
oui, c’est ici que tout commence

Lo joc de l’eternitat e dau moment, de la fugida del temps e del repaus de las oras, la retrapam
aici parlar coma dins Max Roqueta, dins Nelli, dins Delfin Dario :
car c’est l’éternelle poussière
débris immense des vivants
en quoi changent en rêvant
les races éphémères…

59

Nos sembla que aquí e mai dins lo vèrb seguent « rauban » caldriá un subjonctiu present.

60

Louis Salles – éditeur, Nîmes.

�41

Tot aquô nos baila fisança qu’aurem leu un recuelh occitan que botarà Max Allier demest
nostres poetas melhors.
Ramon Vincens.
1948 « Enfant perdut », poèma de Robert Lafont, Occitania n° 2, fev. Març 48
A Max Allier
Enfant perdut e retrobat
sus lo camin dis automnadas
joia espelida esper raubat
entre neblàs e solelhada
un jorn ven que puei te pausas
au relarg de quatre lausas
que lo soleu d’esmaut redónd
garda lo cros dis orizonts.
Au relarg sus la valenga
entre l’escrancament di gerlas
e la victòria di ciprès
clina la flor de ta carn teba
vers lo remenbre di vernedas
enfant perdut de femna en femna
cremor moreta aiga frescosa
cueissas de carn, car de potona
enfant saunant sus un autor
que van ciuclant lis automnadas
tot semenant de flor raubadas
verda’a l’argent du vielhs clar.

1952- Recension de A la raja dau temps, Carles Camprós, p. 35-36, Oc 187, genièr de 1952
Aicí ma cara Voudriái pas contuniar d’un biais novèu la batèsta levada per la mòrt dau Pau

Eluard. De tant qu’ai de parlar d’un bèn viu, d’un poèta novèu de lenga d’Oc. Pasmens
l’exemple de Max Allier non se pòt que non faga pensar a de problèmas de l’ora d’ara que
destorban li mitans intellectuaus parisencs e afranchimandits. Mas aqueli problèmas son d’un
gaubi pron originaus quand se pausan a prepaus d’una òbra en lenga occitana.
Max Allier es un poëta occitan comunista. Aquò bastarà benlèu, a d’uni que i a, pèr dire que li
poëmas d’Allier pòdon pas aver ges de valor. Çò fasent, faràn parlar coma d’unis que lausenjan
lo poëta per çò que cantèt la glòria de son Partit e de sa Capèla. Per quant a ieu, se m’es
permés, m’encapinhe de pas voler jutjar l’òbra d’un poëta segon sis afrairatges politics.
Creseguessiatz pas que, çò fasent, vòle me faire prodèu de la tradicionala – e tan faussa –
distinccion de la forma e dau fons : l’òbra es una coma l’òme. Aladoncas la disputa tròp famosa
de la poësia engatjada o non a pas ges de significacion. Engatjament o pas engatjament una
causa es de comptar : se la convencion es rota ! Dich autrament se lo poëta es liure ! E lo poëta
pòt trapar sa libertat mai completa dins l’engatjament mai sarrat. Se que de non, i auria pas
pus de Sants, pas mai d’eròs. Jamai auriam agut un Dante.
Tot bèu-just, li poèmas de Max Allier son esmovènts per son sentit prefons de la libertat.
L’essenciau dau recuèlh, m’agrada de lo veire dins lo poëma titolat Deliure, es-a-dire « libertat
en movimènt », « libertat crearèla de se-meteissa ». Anessiatz pas crèire pasmens que se
tracha d’aquela libertat dins lo biais dau Sartre. Amb Max Allier siam luènh di jòcs fantasierós

�42

e ilusòris d’una umanitat descarnada, e quitament nècia. Aicí la libertat dau poëta es de se
sentre èstre çò qu’es. Mas coma podriá anar d’autre biais amb un poëta que se sentís trefons
pòble occitan e que trefons es pòble occitan ?
Es remirable de tornar trobar dins li poëmas de Max Allier li vièlhs tèmas mistralencs que tan
lèu pareisson tan nòus. Lo poëma Dins la contèsta, pèr exemple, en l’estil de 1952, amb la
mentalitat di barginas proletarianas de la França de uèi, tòrna cantar de bòn lo tèma tan cantat
per Mistrau de « la raça raceja ». Tèma pèr plaser afelibrenquit, tèma de rimejaires d’òc,
dempuèi Mistrau. Coma vai que sòne, en cò de Max Allier, d’un biais tant esmovènt ? Pèr la
rason simpla qu’es fonsament ligat i grèus problèmas de l’òme de uèi. D’aquí son esmoguda
s’espandís i raras de l’univèrs modern.
Ligat i grèus problèmas de l’òme de uèi, Max Allier, pèr lo tèmps passat, balha la man au
realisme san que foguèt lo gaubi di mai occitans dis escrivans d’Oc, de mieg l’istòria de nòstra
civilizacion que vai prene sòrga d’aquí a taus sirventèscs de nòstri Trobadors. Se, de còps, fai
pensar au marselhés Jòrdi Rebol es amb mai de retenguda, que sèmbla pas coma aqueste aver
alenat l’aire de nòstris escrivans proletaris de 1848. Om61 legiga aqueli polits poëmas, sens
raca ni traca, qu’an nom « Aici sèm » ò « La Maia » e veirem coma se pòt evocar lo pòble de
çò nòstre dins de manifestacions e de moviments inspirats de çò que li dison « Internacionala
di Trabalhadors ».
Mas Allier es un poëta de la ciutat, pus lèu qu’un poëta de l’urbe, mai una ciutat ont la gròssa
part di trabalhadors son sortits mai o mens de nòstri garrigas e de nòstri montanhas. Si
poëmas an la gravitat di gèsts dis ancians, lo balanç sord di pas pèr la tèrra espessa, lo pes
enebriant dau solèu, d’aquèu solèu pesuc, lordàs, terrible d’Agost. Tau lo visatge di poëmas
de Max Allier, tau lo visatge dau poëta :
A la raja dau temps
l’ai quilhada
Es nuda
Coma la ròca dau vènt batuda
Emai barrada coma un ponh.

E n’es antau pèr de qué Max Allier es òme de Lengadòc, òme demorat òme, despièch de tot,
es-a-dire liure d’èstre, liure d’èstre çò qu’es òme pastat per la font que « canta mai dins la
nauta montanha », la font ont « vène en varalhant i banhar mas mans vanas ». E n’es antau
pèr de qué Max Allier, poëta de la vila ont se discutís l’avenidor de l’òme, a sachut demorar
capable d’entendre e de sentre tot çò que la vila i dèu, a la terra primièra. N’es antau pèr çò
que Max Allier es capable d’escriure, – còsta de poëmas greus, e sonant dolorós li laguis
trefons de l’umanitat tala coma l’an pastada d’ans e d’ans d’una civilizacion que non aguèt pèr
tòca primiera, l’òme, mas bèn l’argènt, – de tròç d’antologia coma li poëmas titolats « la font »
o « Aiga d’estiu ». I a entre la « filha d’estiu… amb tot lo pes de sa cabeça sus sa fauda », entre
« son pèu que fumava quand risèire – sol a sa pòrta a tustat tot » e lo pòble « mascarat e

61

Comprene « Qu’òm » ?

�43

pelhandre », un ligam estrech qu’es pas que la realitat de la vida. La realitat de la vida, la sola
vertadièra poësia. Que cau saber faire sentit. Max Allier l’a sachut. E tot çò autre es politica !
1952- Note de lecture Jean Malrieu, Europe62, septembre 1952, p. 138-140
Max ALLIER : A la raja dau temps, poèmes occitans avec traduction française (Institut d’études
Occitanes).

Voici la plus rare densité poétique La poésie doit avoir pour but la vérité pratique, dit
un mot d’ordre célèbre. Et Max Allier pour donner le plus d’efficience possible à son recueil
l'a partagé en trois parties, en trois paliers où la poésie va de degré en degré jusqu’à l’explosion
finale.
Le poème, car c'est un seul poème, après s'être assuré une base de départ, de solides
assises et des racines dans son chant dédié à « ceux qui sont morts avant l’aube », s‘épanouit
un moment, cherche dans la halte ses aises et sa forme démesurée à la mesure de l‘amour,
s’affûte, s‘affine, se change en arme pour faire sa trouée vers l’avenir.
Tout de suite nous sommes pris par ce ton majestueux à la gloire des disparus mais qui
ne sont pas absents de notre temps « Les forgerons de la nuit » ont frappé sur les ténèbres
pour que l’aurore, l’amour, la liberté viennent chanter sur les pays. Vivants et morts sont
fraternels dans la lumière méditerranéenne et la terre mère, la terra maire, se prête à toutes
les métamorphoses.
Ils dorment, mais le siècle est un siècle qui change
prend des formes de fleurs et parfume le jour
Il nous grise déjà le vin de leurs vendanges
et le pays est gros du fruit de leurs amours

Avec la halte nous sommes à la plus forte chaleur du jour (la raja), à la grande
amplitude de l’âge d‘homme. C'est bien l’homme au paroxysme de l’été de la vie, et si à
certains endroits, « les moments sont suspendus comme la pierre qui bascule », si s’approche
un visage inquiet :
ce n'est peut-être qua ma vie
ma pâle vie qui me regarde
et qui jusqu’à la nuit hagarde
semble m’attendre et me supplie.

Loin de s'abandonner à la rêverie, au temps qui passe, Max Allier entend « tous les pas
de la vie qui marche dans sa tête ».
C’est une poésie solaire qui s‘épanouit, avec la source-désir, le miroitement de l’août
sur les eaux, l’été, rien que l’été qui brûle dans la poitrine et sur les tuiles comme un coq
multicolore.
Alors, fier de ses morts dont il a hérité, Max Allier avec la terre et le soleil et la mer et
l’amour, entre dans la bataille :

62

Mercegi Jean-Baptiste Para, director de la revista Europe de m’aver comunicat aquel tèxt.

�44

Nous, d’un élan qui nous sommes portés en ce jour
à la pointe de l’histoire
dans la bataille il nous faudra veiller
il ne doit pas mourir le vieux message.

Le poète célèbre le partisan l’hérétique, le Camisard, le FTP qui dans les Cévennes veille
la liberté, couronné par les astres de la nuit qui font la roue au-dessus de lui.
Le poète est dans la ville silencieuse le jour de la grève générale et il est présent dans
le combat pour la paix.
Le peuple s’est levé entre les pavés, entre dans le poème et s’approche.
Ne vous étonnez pas qu’il ait quitté la mine
Et laissant la truelle et la bigue
Qu’il soit venu tâter sur le pavé
L’événement qu’on lui destine.

Et le poète avec le printemps est allé faire le porte à porte pour la paix.
C'est le printemps ce soir qui fait du porte à porte
et d'étage en étage qui va
les bras chargés de touffes de lilas
réveiller la Recluse aux millions de visages…
… le printemps cette nuit
est fait de notre amour et de notre vouloir.

Ainsi dans les triptyques du Moyen-Age où dans un coin figurait le donateur, Max Allier
termine son recueil en dévoilant son visage, mais s’il est le visage de l’auteur il est aussi tête
de proue de tous ceux qui avec lui et comme lui, enrichis de toute la sagesse des morts et de
l’émerveillement des vivants héritiers de la liberté et campés dans leurs traditions de fidélité
regardent avec assurance les temps futurs.
Il n’oublie pas ses camarades
ce sont eux qui l’accompagnent
nu quand il fait front dans les batailles
sur Ie chemin des temps nouveaux.
Mon visage est un rêve
souillé de sang et de poussière
sur les vivants cent fois qu’on a voulu briser
Mais le moule est intact. D’autres le sauvèrent
nos enfants y seront coulés.
(Doblida pas sos camaradas — son eIes que li fan companha – nuda quand ten còp dins las batalhas —
sus lo camin dels temps novels — ma cara es un pantais — mascarat de sang de polvera — que sus los
vius cent cops an volgut esclapar — Mas lo motle es sencer. D'òmes lo sauveron — los manits i seran
pastats.)

�45

Je devais faire entendre Max Allier dans sa langue. Elle est rauque, troublante et
brillante et la traduction que le poète a faite lui-même de son œuvre ne donne qu'une très
faible idée de sa puissance
Certes Max Allier n'a pas pensé ni écrit son œuvre en français et la langue d'oc est
particulièrement incarnée et convient à son message. Mais il aurait dû, et c’est le seul
reproche que je lui ferai, ne pas sous-estimer le génie littéraire de la langue française qui peut
et sait aussi traduire le même mouvement poétique. Les poètes de langue française sont
heureux de saluer en Max Allier un grand poète; mais que Max Allier dans ses prochains
recueils n’offre pas au lecteur qui malheureusement ne comprend pas la langue d‘oc, une
traduction « poétique ». L’élégance poétique et son parti pris n‘ont rien à voir avec la poésie.
Une traduction littérale aurait eu beaucoup de force.
Jean Malrieu.
1966- Max ALLIER : SOLSTICI... Aubanel 1965, Robert Lafont, Viure, 7, p. 46-47, auton 1966
Còr que polsèja aucèl de Iuònh perdut
ailà dins Io tarral mon amorosa
trampèla agacha amondaut lo cèl nut
e Ia trumada en l'aiga blosa.

I a dins lo libre de Max Allier d'aquelas preséncias de l’amor e del mond, evidentas.
Indefugiblas. I a una noblesa del ton, qu'es noblesa de l'òme. Lo poèta Allier es un vivent. O
disi coma o senti, coma o sabi aprèp qu'aja tornat legit aqueles poëmas qu'als uèlhs dels
occitanistas mai joves fan una gròssa dificultat. O disi per donar mai mon adesion a çò que
l'Allier voldriái pas que finiguès d'escriure :
Luche contra l'ombrum d'un temps de carestiá
e plegue pas mon cap qu'au dieu de mon idèia...
N’autres sèm reis. Virat dòrs l’envenidor
t’acampère pas res mas d'un biais de cocarro
dobèrta Ia camisa e desnuda Ia cara
t’ofrisse sus ma pèl aquest sorelh d'amor.

O disi per esparpalhar los problèmas fausses. Vertat es qu'Allier escriu pas coma la
majoritat dels poètas nòus escrivon, que son vers n'es un, entraïnat de formas e de paraulas.
Es un vers d'òme d’estudis tradicionals ont la tradicion de versifiacion francesa se cròsa amb
l’estudi de la lenga d'òc. Vertat es qu'aicí lo biais d'escriure alencòp fa lo poèma coma es e
sacrifica al marge tota una poësia possibla, possibla per Allier primièr. Mas al ponch ont ne
sèm, en Occitània, en França, en Euròpa e mai endacòm mai, que totas Ias experiéncias
poëticas se son amolonadas, consí condemnar una retorica, que de retoricas, tantas n'i a?
Sufís de trapar a de moments lo poèta victoriós de sas entravas.
Pr'aquò la dificultat, la vesi, e compreni qu'Allier a mougut un guespièr que lo ponhís
bèl primièr. Son error foguèt de pausar una question, e la mai tilhosa, a perpaus de sa poësia
: la question del bilinguisme. Del cop se sabiá d'aver l'ajuda de principi dels que pensan coma
el, e mai levar contèsta amb los que pensan autrament. La poësia n'es desvirada dins los
jutjaments.

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Mas me demandi se n'es pas, abans lo jutjament, al nivel de Ia quita creacion, s'Allier
s'es pas desvirat a el mai d'un còp. Es una tala aventura de se far poèta, demanda tantes
d'esfòrces, de meditacion del lengatge qu'un òme o pòt pas far doas vegadas dins una vida.
S'òm es poèta occitan, òm pòt pas gaire èstre qu'occitan, e mai òm saupès fòrça plan lo
francés. Es question de realitat viscuda.
Que s'acompare las doas versions. Tot còp l'occitana a un pes de paraulas gostosas, Ia
retorica versificaira porta una invencion sintaxica e un pes de significacion que i a pas dins lo
francés :
Era una messòrga Io monde
Jota sa sembIança que ritz
vesiái un gorg d’aiga prigonda
qu’i treva un poble alobatit
Le monde n'était que mensonge...
Et je voyais, sous son vernis,
dormir un gouffre d'eau profonde
des Iois de la jungle régi.
Chacun y Iuttait seul dans I'ombre
face à Ia mort et à Ia vie !

D'un band la mestresa del lengatge, de l'autra totas Ias flaquesas d'escola. Aquo vol
pas dire que l'occitan sia superior al francés per la poësia; aquo vol dire que lo poèta Allier es
res qu'occitan. E mai aquò pertòca pas son que los faches de lenga. Se traparà de versions
desparièras de contengut, coma se lo poèta voliá nos donar aquela pròva en mai, que sa
cultura e sa cèrca son de dos monds sens comunicacion :
Bòrni Idolant jot tant d'escombres
mon temps aurà pasmens sauvat
l'òme. A dapàs de l'emboIh monta
dòrs Io rescontre que se fai
Pinhastre s'agandís son ombra
Sul camin que Sant Jaume trai.
Hurlant, tout saignant de ses crimes
notre âge aura pourtant sauvé
l’homme. Sur un monde en gésine
son enfer jette des clartés.
C'est Ie char du passé qu'iI tire
par Ie chemin des voies Iactées.

Lo sentit de la permanéncia umana es remplaçat pèr un ponciu pòst-hugolian. Lo cèl
de Lengadoc ven un cèl literari.
Dualitat, dessospartiment, estrifament de l'ome : detràs lo bilinguisme e sa malaisanca,
i a la dolor del I: situacion occitanista. Ai coma diriam l'idèa que mon fraire Allier en
occitanisme, amb un long capuditge, vela aquel drama. Aquel ome viu aima la térra a non plus,
mas aquela possession del mond aquel agach sus lo pais entre Cevenas e mar !). Sentis tanplan
l'istoria mai que non pas degun de nosautres, mas la sentís fòra l’occitanitat. D'aqui Ias mancas
que se respondon : dins son occitanitat i a pas gaire d'omes, de temps present, mas al contra

�47

una distorsion folclorica qu'arribi pas a i veire la vida (amont au pais naut qu'i chorra / lo Joan
de I'Ors...); dins sa vista de l'istòria, i a pas Occitània, mas al contra una traduccion d'èime, una
literaritat apresa.
I auri’a pas qu'una solucion : seriá de sentir l'istòria en occitanitat. Me diretz que se fa
pas per decision, e auretz rason. Mas cresi qu'òm pot pas defugir lo problèma. Lo recuèlh
d’Allièr es important per aquí. Perque foguèt un temps de culhida granda, qu'Allier escrivia los
poèmas del moment, que los sabiam de testa. E ara es pas pus aquel temps. Ne demorarà dins
Solstici I'ome que ven, coma un remembre e una promesa...
Avètz remarcat benlèu aquela dualitat a la fin de l'Avertiment : « Tras Ias doas lengas
son dos rebats d'un sol fanau. Se lo tròbas fosc, la peca non es dau veire o de sa color. Vai
simplament qu'au lum de I'autor es de manca l'òli ! Seul I'auteur est coupable. II aura oublié
d’aIIumer sa Ianterne ». Encara un còp occitan e francés dison pas co parièr. E mai se poiriá
plan qu’aquí lo francés aguès rason.
Çò que desfauta a Allièr es pas l'òli. Pusléu, coma a nosautres totes, lo lum, la vista
clara e volontària de nòstra situacion. Se la poësia es la vertat, — Allièr o crei coma ieu —, de
la malaisanca poëtica cal far una vertat avenidoira.
Robert LAFONT.
2002 (Mai-juin), necrologia de Max Allier per Ives Roqueta63 : A DIEU, PAURE MAX ALLIER
Cal una meuna coneissenca, anticomunista cronic e pas occitanista per un sou per m’anonciar
que Max Allier es mort e qu’es ara al cementèri uganaud de Montpelhier. La novèla me desòla.
D’ORAS A PARLAR
Tot, o gaireben, nos desseparava, Max e ieu. Èra uganaud de formacion, ieu papista. Lo sabiái
del PCF perinde ac cadaver, quanas sèrps que i agèsse degut engolir e ieu soi totjorn estat d’un
antistalinisme primari, segondari, terciari e quinquennal.
En lenga d’òc, aviá la passion del mot rare, ieu aimavi pas que la lenga dels fieirals.
Esteticament, èrem pas d’acordi tanpauc.
E, pr’aquo, li devi fòrça. Nos siam vistes pro sovent, dins son ostal de la carrieiròta qu’èra ﬁèr
que s’apelèsse Bona Nioch, jol Peiron de Montpelhier esclairada de telas de son paire, bel
pintre de la vièlha escòla e de Claire Gallois qu’illustrèt quauques-uns de sos libres. Las oras
parlavem.
POESIA DE VERTAT
Aviái 17 ans quand, « khagnos » coma o èra estat, agèri la pròva en legiguent sos poèmas
d’Arma de Vertat64 que l’occitan escrich podiá èsser portaire d’un contengut moral, social,
politic e sens politicalhariá. En tot cas, que s’i podiá dire quicòm mai que flors, aucelons e

63

Ives Roqueta, Occitans ! - n° 106, mai-junh 2002, p. 4. Los intertítols son de la redaccion. De la redaccion tanben
l’emplec de las majusculas.
64

Nòta MJV : confusion evidenta amb Nelli. S’agís del recuèlh A la raja dau temps.

�48

pivelament del desèrt. Qu’al contrari òm podiá, en patés, n’apelar a metre lo mond vielh cuol
sus cap.
A 66 ans, sabi totjorn de còr son poema :
Aicí ma cara
A la raja dau temps
l’ai quilhada
Es nuda
Coma la ròca del vent batuda
Emai barrada coma un ponh.
E compreni pas qu’aquel texte fulgurant — que me reciti pas sens ferniment lo long
del carrastel — tòrne tanpauc sovent dins las espròvas oralas del bac.
UNA PROSA D’OC EN PRESA SUS L’UNIVERS
Del meme biais, ambe son Emperau, es Allier que me dobriguèt los camins d’una pròsa
d’òc en presa sus l’univers urban, la condicion obrièira, lo bonur que i a, tanben, a cò del
proletariat, la dignitat e la grandor dels paures.
Aital faguèri, de mon biais mai anarcho-sindicalista que lo seune, mai « tremendista »,
mai « jazzy » que lo seune, mens plan penchenat e mens aragonian. Mas qué pòt far ? Çò qu’es
degut es degut.
Es clar, per ieu, qu’es en resson de la poesia d’Allièr, de las grèvas « insurreccionalas »
de 1946 onte mon paire me preniá, qu’escriguèri L’òda a sant Afrodisi e, aprèp 1968, la Messa
pels pòrcs. A contra-pè benlèu mas en reconeissenca a çò qu’aviá portat de nòu e d’urgent a
l’escritura d’òc, coma Còrdas per exemple.
UNA IMPACIENCIA COMUNA
D’acòrdi o pas, esbleugit o non, ai totjorn legit coma venguent d’un fraire ainat, çò que
sortissiá d’el. E es amb una emocion aisida a comprene que me soveni dels articles de La
Marseillaise onte saludet d’una pluma aguda e urosa ma femna Maria Roanet cantant a
Issanka65 e l’encantant, el, de sa ﬁnesa, de son coratge, de la tenguda de sos tèxtes e de
l’eﬁcacitat de sas musicas.
Tot aquò fa que, uèi, soi trist. Parlarem pas mai, Allier e ieu, de Valéry qu’aimàvem
totes dos, del Capital (que voliá apelar lo Cabal dins son ipernacionalisme occitan refolat) e de
sas malafachas, de l’amor que consòla lo paure monde e met las constellacions en movement,
de nostra impaciéncia comuna a veire los ofensats e los umiliats de la planeta se quilhar, libres,
majors, egals en dignitat.
MAX DE LA DEGANAUDALHA

65

Se i tenián las fèstas popularas del Partit Comunista, que duravan 2 o 3 jorns e qu’acampavan de milhierats de
mond.

�49

A Dieu, Max de la Deganaudalha (coma disèm al Pont, marridament, e ieu, uòi,
tendrament). Se i a un Paradís — que i cresiás pas e que m’atissi a esperar que siaga —, i anam
reprene nòstras polemicas entre quatre uòlhs. Va castanhar. E serà bon !
Ives Roqueta

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                <text>2018-02-28 Françoise Bancarel</text>
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&lt;/head&gt;&#13;
&lt;body&gt;&#13;
&lt;a href="http://occitanica.eu/omeka/items/show/19161"&gt;La colleccion &amp;laquo; Messatges &amp;raquo; de l'IEO 1945-1960 : Jornada d'estudis ReDoc / LLACS&lt;/a&gt;&#13;
&lt;/body&gt;&#13;
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&lt;/head&gt;&#13;
&lt;body&gt;&#13;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&#13;
&lt;p&gt;Communication de Marie-Jeanne Verny dans le cadre de la journ&amp;eacute;e d'&amp;eacute;tudes&amp;nbsp;ReDoc-LLACS : La collection &amp;laquo; Messatges &amp;raquo; de l'IEO 1945-1960, Montpellier, 27 janvier 2018.&lt;/p&gt;&#13;
&lt;/div&gt;&#13;
&lt;/body&gt;&#13;
&lt;/html&gt;</text>
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&lt;html&gt;&#13;
&lt;head&gt;&#13;
&lt;/head&gt;&#13;
&lt;body&gt;&#13;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Comunicacion de Maria-Joana Verny dins l'encastre de la&amp;nbsp; jornada d'estudis&amp;nbsp;ReDoc-LLACS :&amp;nbsp;La colleccion &amp;laquo; Messatges &amp;raquo; de l'IEO 1945-1960, Montpelhi&amp;egrave;r, 27 de geni&amp;egrave;r de 2018.&lt;/div&gt;&#13;
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                    <text>La collection Messatges, de 1951 à 1955.
Le chant de l'aube : une génération au milieu du siècle.
Sylvan Chabaud, Université Paul Valéry, Montpellier.

En 1955, la collection Messatges fait paraître le recueil Accidents de Bernard Manciet, une
œuvre qui marqua son époque et imposa le poète gascon comme l'une des voix majeures de la
seconde moitié du 20e siècle. Dans quel contexte éditorial cet événement littéraire a-t-il vu le jour ?
Nous avons voulu ici retracer les quatre années qui ont précédé ce moment, en voyageant de recueil
en recueil à travers les univers de Max Allier, Félix Castan, Pierre Lagarde, Bernard Lesfargues, Pierre
Bec, Xavier Ravier. Nous remontons, en quelque sorte, la source. Nous essayons de tracer les
contours d'une période particulière, depuis la présence encore angoissante de la guerre jusqu'aux
promesses d'un jour nouveau. C'est une véritable « génération » qui se dessine (la plupart sont des
enfants des années 1920) pleine d'espoir, mais marquée par l'expérience du conflit, et lucide face
aux enjeux de son temps. Accidents est un recueil charnière qui prolonge tout autant qu'il brise (dans
un double mouvement) la trajectoire poétique de ce début des années 1950. Visiter les textes qui
précèdent son édition permet de mettre en relief cette ambivalence et de proposer une étude
comparative riche en enseignements. Au-delà de Manciet, c'est toute la poésie occitane à venir qui
est en germe à travers ces auteurs. Nous sommes en présence de sept voix qui se ressemblent
parfois, mais creusent, chacune à leur manière, un chemin unique pour sortir de la nuit et accueillir
l'aube, avec sa charge de mystère. Sept voix pour sept bergers au beau milieu du siècle : suivons-les,
ou perdons-nous sur leur pas tant ils sont passés maîtres dans l'art de métamorphoser le monde.

1. Encore la nuit, encore la guerre.
Voici donc sept recueils, tous de la même ampleur, autour d'une cinquantaine de pages : ce
qui est relativement court puisqu'ils sont accompagnés de leur version française. Le recueil le plus
long est celui de Max Allier, le plus bref celui de Pierre Lagarde. Seul Manciet y déploie une prose
poétique, les autres déroulent des pièces, en vers libres la plupart du temps. Une unité formelle se
dégage donc, à première vue, dont Accidents semble se démarquer nettement. La forme « courte »
est en grande partie liée au contexte économique. La collection Messatges fonctionne avec peu de
moyens et se sont bien souvent les auteurs eux-mêmes qui engagent de l'argent pour pouvoir
réaliser l'édition. La volonté de produire une grande quantité de textes, de donner leur place à tous
les auteurs (ils sont nombreux) du moment, va également dans le sens de la brièveté. Nous sommes
alors dans une période de conquête : il faut déployer cette poésie, dans sa richesse, dans sa variété,
afin d'asseoir les lettres d'oc, définitivement, au cœur de leur temps. Nous comprenons donc bien
que les responsables de la collection aient opté pour des recueils brefs, mais denses. Le choix du
bilinguisme (la version française est toujours proposée, en regard) est affiché : cette poésie doit être
accessible aux non-occitanophones. Cependant, pour les auteurs que nous avons étudiés, aucune
précision n'est donnée : s'agit-il d'une traduction de l'auteur ? Si non, qui s'en est chargé ? Nous ne
le savons pas.
Au-delà de ces considérations formelles, et d'ensemble, un premier élément permet une
lecture transversale de la plupart de ces œuvres : l'ombre du grand conflit. La seconde guerre
mondiale est là, encore omniprésente. Ces auteurs l'ont vécue, y ont participé activement pour
certains. Ils cherchent à s'en détacher tout en entretenant la mémoire, collective, militante. Les
recueils de 1951, plus proches dans le temps, sont bien sûr les plus marqués. Chez Max Allier ou

�chez Félix Castan, la poésie garde en elle l'écho des combats, la trace des années sombres. Tous deux
sont des témoins directs. Félix Castan1 nous livre ainsi des poèmes écrits au plus près de la bataille,
lors d'un jour de pause, alors qu'il fait partie des mobilisés pour le combat de la pointe de Grave (où
les alliés ont affronté une poche de résistance nazie) :
PRIMIER d'abrilh, jorn trebol !
Pascas de 1945 !
Identitat del mond e de la vida !
Las andadas ont se guerreja
menan al païs de l'ombra...
Berchtesgaden !
L'abrilh que vivi jos las nívols
poja a l'altissima solelhada,
mal-despièch lo fum dels mosquilhs musicaires.
Los vinatièrs soldats còmpran a la forèst
un talhon de repaus bressat dels canons.
La plana canta e rebombís.
Es amb l'èime bartassièr
que recèbi ora per ora
dels quatre vents lo resson de l'eveniment...
Punta de Grava, I d'Abrilh de 1945. Jorn de Pascas

L'expérience du conflit et les textes issus de cette période sont aussi très présents chez Max
Allier ou chez Pierre Lagarde2. Lagarde évoque d'ailleurs l'ombre de la guerre à travers une autre
épreuve, celle du STO (Service Travail Obligatoire) en Silésie :
Darrièr estiu,
matin de Silesia,
matin bronzinaire de fabricas,
lusejant d'esquinas nusas,
matin d'estiu encadenat.

Et nous y sentons déjà une amertume, un sentiment de culpabilité peut-être : celle de faire
partie des vivants, d'être de ce nouveau monde en devenir, contrairement aux amis qui sont , eux,
partis3 :
mon cambarada

1

Félix Castan, De campèstre d'amor e de guèrra, 1951, poème IX, « Pausa », p. 17. Trad : Premier avril, jour plein de
trouble ! / Pâques 1945 ! / Identité du monde et de la vie ! / Les avenues où l'on fait la guerre / mènent au pays de
l'ombre... / Berchtesgaden ! / L'avril que je vis sous les nuées / au plus haut du soleil s'élance, / en dépit de l'essaim des
insectes chanteurs. / Avinés, les soldats empruntent à la forêt / un morceau de repos bercé par les canons. / La plaine
retentit et chante. / C'est avec un esprit buissonnier / que je reçois heure par heure / des quatre vents l'écho de
l'événement... La Pointe de Grave, jour de Pâques, 1er avril 1945.
2

Pierre Lagarde, Espèra del jorn, 1953, « Darrièr estiu », p. 25, vers 11-15.Trad : Dernier été, / matin de Silésie, / matin
bourdonnant d'usines, / luisant de dos nus, / matin d'été enchaîné.
3

Idem, vers 22-25. Trad : mon camarade / mort au matin de l'espérance / pardonne-moi d'avoir encore / deux yeux
voyant le ciel.

�mòrt al matin de l'esperança
desencusa-me d'aver encara
dos uèlhs vesent lo cèl.

C'est exactement la même idée que l'on retrouve chez Max Allier. Avec le poème Cada causa
a tornat a son agre (Tout a repris ici sa place), le poète évoque la vie qui a repris son cours, sans les
disparus, sans les morts. D'ailleurs il se pose cette question cruelle : Les morts seraient-ils morts
pour rien ? La vie qui recommence porte la marque de la guerre mais cette marque s'efface peu à
peu soulignant, avec cruauté, l'absurdité du conflit4 :
Los mòrts degun se tracha pas pus d'eles
nimai de saupre un còp per de que son casuts
Barrejats a l'espés de la tèrra
fantaumas que lo vent dins la polsa carreja
los paures mòrts diriàtz qu'an pas jamai viscut

Mélangés à la terre, oubliés tels des fantômes emportés par le vent, les disparus s'effacent
et l'ombre de la guerre s'estompe aussi. Le conflit n'est plus là chez Pierre Bec, chez Xavier Ravier ou
Bernard Lesfargues. Il faudra attendre Accidents pour qu'il ressurgisse, soudainement, et de façon
puissante, depuis l'autre côté, du point de vue des perdants : dans une Allemagne réduite en
poussière. Continuation et rupture, le Gascon est à la fois celui qui file la métaphore et change de
regard. Chez les autres poètes, des années 1952 à 1954, la guerre mondiale s'est effacée. On est
passé à autre chose, définitivement, même si une ombre, une angoisse reste palpable. La guerre
n'est plus mais le temps qui passe laisse planer un sentiment de honte : la honte de ne pouvoir
retenir ce qui nous file entre les doigts, inexorablement. Nous pensons ici au poème qui ouvre le
recueil de Bernard Lesfargues5, une évocation lucide d'un Bergerac passé, d'un temps perdu, et un
lent mouvement d'eau qui fuit, sans cesse :
Brageirac sus la Dordonha
Brageirac del mes de mai,
te perdèri per jamai
amb l'amor e la vergonha.

La poésie se fait alors chant de la disparition, volonté de dire la fin de quelque-chose en
même temps que le début d'une autre époque... Nous plongeons dans un temps perdu, celui des
anciens mondes peuplés de fées, chez Pierre Bec. L'une de ses pièces 6 , d'ailleurs dédiée à Félix
Castan, illustre parfaitement cette dualité en évoquant le printemps, les fleurs et la mort dans un
seul et même mouvement poétique :
Morta que m'èra a jo-medeisha
De tan doça qu'èra la prima,
De tan pregon qu'èra lo viver ;
4

Max Allier, A la raja dau temps, 1951, poème V, p. 21. Trad : Les morts qui donc encore s'en inquiète / et pourquoi se
sont-ils battus / mêlés à l'épais de la terre / fantômes que le vent lève dans la poussière / on dirait que jamais les morts
n'ont vécu.
5

Bernard Lesfargues, Cap de l'aiga, 1952, « Brageirac ». Trad : Bergerac, sur la Dordogne, / Bergerac du mois de mai, /
je te perdis à jamais / avec l'amour, avec la honte.
6

Pierre Bec, Au briu de l'estona, 1955, « Jòcs de hada », p. 11.Trad : Morte me semblais-je à moi-même / De tant doux
qu'était le printemps, / De tant profond qu'était le vivre ; / Alanguie aux souffles des brises, / La neige blanche du cerisier
/ M'avait, mourante, ensevelie...

�Alanguida a l'alen de l'aura,
La nèu blanca dau cesirèr
M'aviá, morenta, sebelida...

Le texte est ambivalent, il essaie de dire la finitude et le commencement. Tout est poésie du
passage, de la transition, du seuil. Pour prendre une image aquatique, nous dirions que se développe
alors une poésie du gué. Le poète est au cœur de l'écoulement du temps, il passe, il change de rive
mais il risque, en même temps, de chuter et de ne faire plus qu'un avec l'élément, avec le
mouvement du liquide. C'est d'ailleurs bien ce que fait Lesfargues avec sa Mère des eaux : un
véritable chant des rivières et des fleuves, de l'écoulement des sources au fil d'une langue d'oc, rare
et fragile. Une eau qui, comme ce Limousin sonore, ruisselle mais nous échappe. La langue est
l'image d'un monde qui disparaît : elle est une quête sans fin des reflets. Aux antipodes de
l'affirmation forte et déterminée que lançait Max Allier7 un an plus tôt : « Aici ma cara / A la raja
dau temps l'ai quilhada », Lesfargues8, lui, poursuit un visage noyé :
Peis o pèrla o ben tot pèira
s'es negada aquesta cara
e lo recòrd s'es negat
dins lo fons del fons de l'aiga.

Fuite de l'eau, encore et toujours chez Pierre Bec9 :
E húge', e véder húger l'aiga amorosida,
N'audir lo briu dinc'a ne pèrder la sentida,
Este lo crum que hug e la flor de l'abriu.

Cette fleur d'avril laisse s'éloigner l'avril combattant de la Pointe de Grave de Félix Castan. La
nuit s'éloigne chez Pierre Bec qui se laisse aller au « briu de l'estona10 », elle est encore là mais pleine
du jour à venir chez Pierre Lagarde dans « l'espèra del jorn 11 », alors que Xavier Ravier s'inscrit
définitivement dans le printemps avec son « troç de prima12 » : les titres des recueils sont éloquents.
Un monde nouveau appelle l'urgence de vivre, le désir de s'inscrire dans le présent. Tous ces poètes
chantent l'aube, la naissance, le renouveau, et pourtant nous sentons poindre une angoisse.
L'angoisse de ce qu'il va advenir, l'angoisse de vivre, d'attraper chaque instant, de ne rien manquer...
L'angoisse de la langue aussi, bien sûr, de l'enjeu de la transmission et de l'œuvre littéraire en langue
d'oc. Un jour nouveau s'ouvre mais l'innocence est perdue et il faut être à la hauteur des enjeux à
venir.
Citons Xavier Ravier13 :
7

Allier, p.74, « Ma Cara », vers 1-2.Trad : Voici mon visage / Levé dans le temps qui fait rage.

8

Lesfargues, « Cançon de la cara negada », quatre derniers vers. Trad : Poisson, perle ou si l'on veut pierre, / ce visage
s'est noyé / et s'est noyé le souvenir / au fond de l'eau tout au fond.
9

Pierre Bec, « brius d'aiga », p. 15, vers 7-9. Tard : Et fuir, et voir fuir l'eau amoureuse, / En entendre le flot jusqu'à en
perdre le sens, / Être la nue qui passe et la fleur de l'avril.
10

Trad : Au rythme de l'instant

11

Trad : L'attente du jour

12

Trad : Morceau de printemps

13

Xavier Ravier, Paraulas entà tròç de prima, 1954, p.11, vers 1-5. Quand notre pas aura marqué cette plaine / Quand
notre ombre aura vêtu les herbes / quand notre cri aura fait lever le songe des oiseaux / nous serons déjà partis / de ces

�Quan lo nòste pas auja marcat aquera plana
quan nòst'ombra auja vestit las erbas
quan nòste cric auja heit lhevar la saunejada deus auseths
que seram partits
d'aqueths endrets de l'inocéncia.

Ce poème du départ, du détachement, est à l'image de l'ensemble du corpus que nous avons
défini : nous pouvons cependant dégager deux tendances qui sont à la fois thématiques et formelles.
Une poétique de l'instant, du microcosme, qui est aussi celle du temps ralenti, traverse les œuvres,
par opposition à la poétique de l'accélération et du vertige qui atteint son apogée chez Bernard
Manciet.

2. Entre ralentissement et accélération poétique.
Chez tous ces auteurs, malgré les grandes variations de ton et d'approche esthétique,
l'écriture est une expérience de l'instant, un ancrage dans le monde. Le jour se lève et la lumière
éclaire les détails, dévoile la silhouette des choses : le poème prend alors le temps, il s'attarde et
peint, avec attention, la nature retrouvée. Nous pensons bien-sûr à Max Rouquette qui développa
cette poétique à travers l'œuvre de toute une vie. Le recueil de Pierre Bec en est un autre exemple
(mais cette tendance se retrouve chez Castan et Allier déjà). Cette idée est au cœur du poème qui
ouvre Au briu de l'estona14 :
Ièr, uèi, deman, volastrejada
Depunts dens l'encant de la vita,
Dens la doçor deu desbrembèr
Nega ton anma adolentida.

Plus loin :
Non penses mès ! Huja l'idèa !
Que l'encens de la flor majenca
T'enclauda'th món en un moment
D'eucaristica prigondor...

C'est, évidemment, le même regard que porte Pierre Lagarde sur « sept grillons » qui
« grelottent », avec une petite musique très rouquettienne15 :
Set grilhs tridòlan
entre lo potz
e lo pesquièr vèrd de luna,
sèt grilhs paurucs
dins la nuèit d'èrba.
parages d'innocence.
14

Pierre Bec, « Au cercaire de Benaurança », p. 7. Trad : Hier, aujourd'hui, demain, voltigement / De points dans
l'enchantement de la vie ; / Dans la douceur de l'oubli / Noie ton âme endeuillée. // Ne pense plus ! S'enfuie l'idée ! /
Que l'encens de la fleur de mai / Enclose pour toi le monde dans un moment / D'eucharistique profondeur...
15

Pierre Lagarde, p. 7, vers 1-5. trad : Sept grillons grelottent / entre le puits / et l'étang vert de lune / sept grillons
peureux / dans la nuit d'herbe.

�C'est aussi l'attention portée par Bernard Lesfargues à « Ce que fredonne l'eau », « çò que
l'aiga jonjoneja » (titre du poème de la page 33) ; et c'est, enfin, loin des angoisses et des regrets ou
des détachements, le plaisir pur du moment célébré, comme un retour à la source, à la sensualité,
qui est déjà présent chez Max Allier16 :
E de çò que la fònt dins la prada gorgolha
E qu'un bresilh d'aucèl nos ven tèner solaç
Fau salir de son esa una espatla redonda
Leva un parpelh d'enfant e çò ditz Esta suau
Fai tròp caud E li beque sas bocas que fonhan

Le chant de l'instant, soucieux de dire le moment rare et fugitif, peut également basculer
dans une fuite effrénée. Ce n'est plus le petit détail, le calme d'une parenthèse arrachée au passage
du temps, mais plutôt l'accélération, l'emballement, la brusque envie d'être au monde et de n'en
rien manquer. Le poète veut être au cœur des événements et des batailles (Nous retrouvions cela
chez Castan dans le premier poème cité plus haut: « que recèbi ora per ora / dels quatre vents lo
resson de l'eveniment... »). L'écriture est alors au plus près des cataclysmes et des orages : il faut
éprouver, sentir, vivre au-delà des limites. Il faut s'engager dans ce monde naissant, être dans la
lueur de l'aube. En 1951, Félix Castan résumait bien cette dimension avec son Hic et Nunc17 (De
Campèstre d'amor e de guèrra, p. 27, vers 7-18) :
Aimi mai de beure l'aire de la vida
a ricas alenadas
abans de tombar dins lo cròs
per tant d'èsser dolent
quand ne virarà
de m'anar jaire dins la mòrt...
Soi nascut demèst la raça umana
per me regaudir longtemps
de sas femnas
e de sos trabalhs
e de sa carn perdurabla e viva.
Car tot es jove e s'encamina.

Cet extrait nous fait immédiatement penser à Jòrgi Rebol qui lui aussi, un peu plus tard, a
développé une poésie de l'engagement charnel et total, d'esprit et de corps, pour le monde qui naît.
Cet engagement est aussi politique et social (et culturel, avec l'occitanisme), en connexion avec les
préoccupations de ce temps. L'idée est très présente chez Max Allier qui souhaite être « dans la
mêlée », « Dins la contèsta » (Max Allier, p. 59), et s'affirme comme poète politique dans son fameux
Aici sèm18 (dédicacé à Castan, d'ailleurs) :

16

Max Allier, « La fònt », p.43, vers 9-13. Trad : Et tandis que dans l'herbe la source bougonne / et qu'un oiseau sonde le
calme de l'été / je fais saillir sa gorge ronde du corsage / Ouvrant un œil d'enfant elle me dit Sois sage / il fait trop chaud
Et je baise ses lèvres boudeuses.
17

Trad : J'aime mieux boire l'air de la vie / par fortes lampées / avant de culbuter dans la tombe, / afin de regretter /
quand ce sera l'heure / d'aller m'allonger dans la mort... / Je suis né parmi la race humaine / pour longtemps me réjouir
/ de ses travaux / et de ses femmes / et de sa chair perpétuelle et vivante ! / Car tout est jeune et tout se met en chemin.
18

Trad : Ne vous étonnez pas qu'il ait quitté la mine / et laissant la truelle et la bigue / qu'il soit ici venu tâter / sur le
pavé / l'événement qu'on lui destine.

�Vos cau pas espantar s'el a quitat la mina
s'a trach la manaira e la tibla
e s'es vengut aicí tastar
sus lo caladat
l'endevenença que s'aisina

Nous nous rapprochons là des textes de circonstance, d'une poésie qui se fait l'écho des
problèmes du siècle et cadre avec tout un contexte social. Nous pensons au poème Militant (p.31)
de Félix Castan ou à son Mac Gee écrit le 10 mai 1951, donc deux jours après l'exécution de cet afroaméricain condamné à mort pour viol, sans preuve réelle (cette affaire défraya la chronique à
l'époque, en pleine lutte pour les droits civiques aux États Unis). Mais, après les textes d'Allier et de
Castan, cette dimension-là sera abandonnée. Nous ne retrouvons plus de verve politique et sociale,
plus de références aux luttes du moment même si, chez Manciet par exemple, le contexte historique
tisse une toile de fond apocalyptique (Accidents dépeint une ville de Berlin réduite en cendres par
les bombardements alliés). L'engagement se déplace, il devient purement poétique. C'est l'homme
au cœur d'une histoire effondrée que l'on découvre, et le texte devient chaos initial, bigbang
poétique et linguistique... L'instant chez Bernard Manciet se transforme en un enchaînement brutal
et précipité, une plongée dans le chant de la rapidité, des chocs. Nous sommes toujours au beau
milieu de ce siècle, inscrit dans la grande et longue Histoire, et, comme chez Allier, Lagarde, Castan,
encore dans la guerre : il y a donc tout autant rupture que continuité. Manciet s'éloigne pourtant
des autres poètes de sa génération, parce qu'il accélère le rythme et ne s'embarrasse plus du vers.
Sa prose poétique est unique dans le corpus que nous avons défini, elle déroule une écriture lancée
à pleine course, totalement libre. Mais, nous sommes comme chez Castan, Allier ou même Lagarde,
dans un appel à la vie, à l'action. L'aube est un réveil brutal19 :
Soi jo. Deishida-te. Lèva-te. Ven ! Qu'èi besonh deus esquiç deus tos vint ans. Qu'èi besonh de ta man
dens la mia. Sias-me complice. Lèva-te.
Qu'èi besonh de marchar dab tu dens la nueit.

Ensuite, tout s'accélère 20 , comme s'il fallait s'extraire de quelque-chose ou aller vers un
ailleurs, un horizon inconnu (et que l'on ne peut connaître, l'essentiel étant l'accélération ellemême) :
Deishida-te. Mes viste. Enquèra. Mès que dròms, Diu vivant !
Autostradas ? Que n'i a tot jamès. Tots-temps. N'an pas nada fin. Sufeish de har virar, de passar sus las
vilas, los fluvis, los camps. De har virar tan viste que hessin grans gestes, arbres, vilas, de pas nos arrapar.
E après ets que i a lor sovenir per virar dessús. Après... ah ! Qu'es aquò, çò que cau véder : après...

Après ? Justement, nous ne saurons pas. Tout le recueil n'est ensuite plus qu'une envolée, un
moteur qui tourne à plein régime. Cette écriture du mouvement nous évoque Jack Kerouac (qui
publie d'ailleurs Sur la route en 1957), l'écrivain « beat21 » qui marqua toute la génération suivante.
19

. Bernard Manciet, 1955, Accidents, p. 5. Trad : C'est moi. Réveille-toi. Debout. Viens ! J'ai besoin des craquements de
tes vingt ans. J'ai besoin de ta main dans la mienne. Sois-moi complice. Lève-toi. J'ai besoin de marcher avec toi dans la
nuit.
20

. Idem, p. 7. Trad : Réveille-toi, accélère. Davantage. Mais tu dors, tu dors, parbleu. Des autostrades ? Elles se succèdent
sans fin inépuisables. L'essentiel est de rouler, de passer sur les villes, les fleuves, les champs. De rouler si vite que nous
voyions, arbres, villes, faire de grands gestes de désespoir, désespoir de ne pouvoir nous rejoindre. Et même après eux,
nous pourrons toujours rouler sur leur souvenir. Et quand il n'y aura plus leur souvenir ?... Ah ! Mais voilà le passionnant,
voilà justement...
21

Le terme beat chez Jack Kerouac peut être rapproché de la béatitude mystique qui n'est pas sans lien avec le tableau

�Manciet déroule son texte comme l'asphalte et tout est emballement d'images et de sons, bruits de
machines, de motos, de camions, tourbillon de cerfs-volants et de poteaux télégraphiques.

3. Mitrailler l'aube, ou la piquer au bout d'un bâton ?
Après, demain ? La question de l'avenir nous paraît essentielle. Tous ces textes tissent un
rapport complexe au temps ; tous ces auteurs ont pleinement conscience de leur situation : ils sont
à la charnière, ils ferment un cycle et en ouvrent un autre. Ils sortent de la nuit mais ne sont pas
encore en plein jour. L'image de l'aube revient, sans cesse. Elle est partout présente. Ces sept recueils
déploient une poésie de l'aube et de l'éveil, une écriture qui oscille (mais ne choisit pas
véritablement) entre obscurité et lumière. Cependant, ce ne sont que des aubes naissantes, nous ne
pourrons pas savoir ce que sera le jour à venir. Les poètes œuvrent à son apparition, ils s'extraient
de la nuit et du sommeil, mais ce qu'il leur reste à vivre demeure nimbé de mystère.
Voilà donc des poètes du réveil, debout, des poètes prêts à partir : ils s'ouvrent au jour mais
qui ont du mal, visiblement, à s'extraire de la nuit, citons Pierre Bec22 :
Partit a l'auba, dab un punhau de lutz negra,
cap d'estela qu'estèsse amara au cèu d'abòr,
[...]
Partit, e cap de vent que'm posquèsse jumpar
devath la huelha hòla e fremerenta.
L'auba, de ròsa negra, e ridenta de dòu,
capvirava la nueit en dia, e caminavi
cap a la fin deu dia,
e sempre nueitejava...

La nuit qui n'en finit pas, c'est une nuit sans étoile, une aube en deuil... Aucune étoile non
plus chez Bernard Manciet puisqu'il l'affirme clairement : « i a pas nada estela » (p.5). L'aube est
donc double, elle est renouveau mais aussi fin, elle est espoir mais garde une forte charge d'ombre
et de trouble. L'aube permettra de voir le monde en face, tel qu'il est, c'est elle qui éclairera l'horreur
de la guerre et l'immense chantier qui se dresse sur les ruines du monde. Bernard Manciet veut
d'ailleurs en finir avec l'aube, il est déjà ailleurs et c'est avec violence qu'il décide de passer à autre
chose, définitivement23 :
Cala la mitralhadora. Ua banda que serà pro, ben. Son que ua tirada. Es prest ? En plen dins lo matin.
Cau har càder tots las cortías deu cèu. Cau fóter l'auba per terra. D'aubas, en cau pas mes jamès. Ni de
nueits. Ni de jorns.

Radicalité poétique : d'un coup de mitrailleuse bien placé, Bernard Manciet assassine l'aube.
Voilà un coup de feu, un coup de maître qui inaugure une belle carrière littéraire. Il fallait cela,
apocalyptique d'Accidents.
22

Pierre Bec, « Partenças », p. 53. Trad : Parti à l'aube, avec un poignard de lumière noire, Pas une étoile qui fût amère
au ciel d'automne, / [... ]/ Parti, et pas de vent qui me pût bercer / sous la feuille folle et frémissante. / L'aube, de rose
noire et riante de deuil, / chavirait la nuit en jour, et je cheminais / devers la fin du jour, / et la nuit tombait toujours...
23

Bernard Manciet, p. 17. Trad : Cale la mitrailleuse. Une bande suffira, sans aucun doute. Une seule rafale. Prêt ? En
plein dans le matin. Il faut abattre tous les rideaux du ciel. Il faut jeter l'aube à terre. D'aubes, il n'en faut plus jamais. Ni
de nuits. Ni de jours.

�semble-t-il, pour sortir des ruines de Berlin, pour quitter la guerre et assumer le renouveau.
Accélération, vertige : c'est d'ailleurs bien à la mitrailleuse que Manciet écrit ses Accidents : des
rafales poétiques capables de redonner du rythme et du souffle à l'occitan, à la poésie, capables
d'aller plus loin, de déclencher un mouvement puissant et de projeter l'écrivain gascon au devant
du siècle, au-delà des barrières, des clichés et des habitudes qui taraudent l'ancien monde. Une
rafale poétique qui ne doit cependant pas faire oublier les eaux calmes et mystérieuses de Lesfargues
ou, plus encore, les errances de Xavier Ravier qui retourne, lui, au sommeil, à la douceur et à
l'onirisme. Face à l'aube mitraillée, il dessine un « soleil piqué » au bout d'un bâton de berger,
comme un retour au calme, comme un apaisement qui n'en est pas moins riche de sensations et de
force poétique24 :
Aqueth vielhòt qu'amía de cap au men temps de mainatge
tot un tropeth de còstas,
aus sons còts quauqu'esquira
dab martheth de printemps.
Lo solelh ei gahat au cap de son baston,
dens las suas mans granas que sarra
aqueth païsatge de lana on me soi adromit.

Le poète dévoile ici la silhouette d'un berger qui rassemble le monde et bouleverse les
périodes d'une vie, au-delà de la linéarité (on retrouve, dans une certaine mesure le bouleversement
que constitue Accidents), ce qui nous ramène aussi à Pierre Bec25 :
Pastre, descauç, shumant la prima,
[…]
Levant au cèu d'un gèste hòu / Sa tocadèra embriagada

Ce bâton de berger qui pique le soleil, cette « houlette ensorcelée », indiquent d'autres
chemins, dévoilent des « drailles26 » insoupçonnées. Le jour peut venir, enfin. Ces sept poètes sont
les bergers sur la ligne d'horizon, au loin : sur la ligne de partage des eaux, au beau milieu d'un siècle.
Plonger dans leurs œuvres, c'est découvrir une période pleine d'espoir, c’est aussi revivre cette aube
ambivalente de l'après-guerre, et suivre des trajectoires poétiques en devenir ; certaines seront
longues et prolifiques, d'autres plus discrètes ou sans suite. Des lectures transversales sont possibles,
nous venons de le voir, elles permettent d'aborder l'unité mais aussi la grande variété des approches
esthétiques de ce temps. C'est là toute l'importance, toute la pertinence de la collection Messatges :
une collection qui a su créer, entre 1951 et 1955, un espace ouvert aux expérimentations d'une
génération féconde. Les Accidents de Bernard Manciet s'inscrivent, malgré leur originalité formelle,
dans cette période poétique occitane pleine de promesses. Ils ferment peut-être ce cycle de l'aube,
cette série de recueils d'éveil qui, jaillis des obscurités de la guerre, indiquent la route à suivre pour
les années à venir. Mais l'aube n'en finit pas : c'est toute une langue qui s'éveille, qui s'ébroue au
petit jour et chaque poète en reflète la lueur, avec singularité.

24

Xavier Ravier, p.25. Trad : Ce vieil homme mène vers mon enfance / tout un troupeau de collines, / sur leur cou je ne
sais quelle cloche / à marteau de printemps. / Le soleil est piqué au bout de son bâton, / dans ses grosses mains il presse
/ ce paysage de laine où je me suis endormi.
25

Pierre Bec, p.18, vers 9-12. Trad : Pâtre, nu-pieds, humant le printemps / […] / Levant au ciel d'un geste fou / Sa
houlette ensorcelée
26

Draille : sentier de transhumance, en francitan (dralha en occitan)

�Bibliographie27
Max Allier, A la raja dau temps, 1951.
Félix Marcel Castan, De campèstre d'amor e de guèrra, 1951.
Bernard Lesfargues, Cap de l'aiga, 1952.
Pierre Lagarde, Espèra del jorn, 1953.
Xavier Ravier, Paraulas entà tròç de prima, 1954.
Pierre Bec, Au briu de l'estona, 1955.
Bernard Manciet, Accidents, 1955.

27

. Un décalage entre la date d'édition et la numérotation dans la collection affecte la parution des recueils de Manciet,
Bec et Ravier (respectivement numérotés de 14 à 16).

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                <text>La collection Messatges, de 1951 à 1955. Le chant de l'aube : une génération au milieu du siècle / Sylvan Chabaud </text>
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                <text>LLACS (Langues, Littératures, Arts et Cultures des Suds) Université Paul-Valéry, Montpellier 3</text>
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            <name>Is Part Of</name>
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&lt;html&gt;&#13;
&lt;head&gt;&#13;
&lt;/head&gt;&#13;
&lt;body&gt;&#13;
&lt;a href="http://occitanica.eu/omeka/items/show/19161"&gt;La colleccion &amp;laquo; Messatges &amp;raquo; de l'IEO 1945-1960 : Jornada d'estudis ReDoc / LLACS&lt;/a&gt;&#13;
&lt;/body&gt;&#13;
&lt;/html&gt;</text>
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                <text>&lt;!DOCTYPE html&gt;&#13;
&lt;html&gt;&#13;
&lt;head&gt;&#13;
&lt;/head&gt;&#13;
&lt;body&gt;&#13;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&#13;
&lt;p&gt;Communication de Sylvan Chabaud dans le cadre de la journ&amp;eacute;e d'&amp;eacute;tudes&amp;nbsp;ReDoc-LLACS : La collection &amp;laquo; Messatges &amp;raquo; de l'IEO 1945-1960, Montpellier, 27 janvier 2018.&lt;/p&gt;&#13;
&lt;/div&gt;&#13;
&lt;/body&gt;&#13;
&lt;/html&gt;</text>
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                <text>&lt;!DOCTYPE html&gt;&#13;
&lt;html&gt;&#13;
&lt;head&gt;&#13;
&lt;/head&gt;&#13;
&lt;body&gt;&#13;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Comunicacion de Silvan Chabaud dins l'encastre de la&amp;nbsp; jornada d'estudis&amp;nbsp;ReDoc-LLACS :&amp;nbsp;La colleccion &amp;laquo; Messatges &amp;raquo; de l'IEO 1945-1960, Montpelhi&amp;egrave;r, 27 de geni&amp;egrave;r de 2018.&lt;/div&gt;&#13;
&lt;/body&gt;&#13;
&lt;/html&gt;</text>
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                <text>Vignette :  http://occitanica.eu/omeka/files/original/21faf04da1818cae4db32b51660bfa0b.jpg</text>
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                <text>Manciet, Bernard (1923-2005) --  Critique et interprétation</text>
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            <name>Source</name>
            <description>A related resource from which the described resource is derived</description>
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                    <text>Mas-Felipe Delavouët, désirs de l’Œuvre : de Pouèmo à Pouèmo
Jean-Yves Casanova, Université de Pau et des Pays de l’Adour
PLH – ELH, Université de Toulouse Jean Jaurès

Tout est une affaire de nombre, tout tient dans une marque du singulier ou du pluriel
renvoyant Pouèmo à l’ambiguïté voulue et assumée, à ce qui préfigure une geste poétique
inégalée pour les lettres d’oc, mouvement ascensionnel du poème, élévation inspirée par un
« mysticisme de la terre ». On pourrait également concevoir a contrario cette œuvre comme
une fragmentation poétique de ces voix multiples habitant le poète et l’homme ; Pouèmo,
au singulier ou au pluriel, définirait alors ce qui est de l’ordre d’une unité, d’une convergence
et d’une élévation ou ce qui demeurerait à jamais brisé, éparpillé, ce qui décrirait
l’émiettement de l’homme et de sa parole. Levons d’entrée de jeu l’ambiguïté : pour nous,
ce Pouèmo est nécessairement ascensionnel, conjonction d’éternité d’une poésie accédant
dans son acmé à la somme que constituent ces cinq volumes publiés de 1971 à 1991, mais
initiés par un cheminement poétique trouvant son origine dans une trajectoire biographique
singulière et ses premiers pas après-guerre, plus sûrement dans les années 1950. Nous
pouvons considérer le pluriel de Pouèmo si nous acceptons l’idée d’une autonomisation
poétique, celle par exemple souvent évoquée pour l’Istòri dóu Rèi mort qu’anavo à la
desciso1, mais nous devons néanmoins comprendre ces poèmes « épars » comme des
tentatives convergentes d’une parole plus ample prenant pleinement son sens dans sa
globalité, cette Istòri trouvant ses échos les plus évidents dans une conceptualisation globale
de la poétique delavouetienne. L’œuvre ainsi constituée2 apparaît occuper aujourd’hui une
place originale que le Temps lui restitue peu à peu, comme si l’évidence littéraire constituait
une certitude œuvrant contre le déroulement éreintant de la nature biologique et
physiologique de l’être3. L’œuvre de Delavouët souligne, comme bien d’autres, une volonté
affirmée de réunir l’être, de retrouver son essence dans une place qui lui avait été destinée,
mais qu’il a le plus souvent perdue, ignorant ainsi qu’elle est sienne ; elle désigne la lutte
1

Les titres des poèmes de Delavouët étant la plupart du temps imprimés en capitales, il est difficile d’accorder
des majuscules aux mots qui devraient en comporter sans effectuer un travail précis concernant cette
restitution, travail qui par ailleurs a été accompli pour les textes réédités par Claude Mauron. Nous nous
conformons à la pratique des éditions de textes instituée par l’éditeur et recensés dans ses bibliographies
(Mauron 1992, 2001).
Nous remercions Estelle Ceccarini, Claude Mauron et René Moucadel pour leurs conseils avisés lors de la
rédaction de cet article.
2

Le mot « œuvre », au masculin ou au féminin, est sans aucun doute le plus approprié en ce qui concerne
Delavouët, désignant une opera omnia trouvant son accomplissement à la fois dans sa totalité et le chemin
parcouru.
3

Nous distinguons ainsi « Temps », en référence proustienne, et « temps », désignant seulement la mesure
d’une durée biologique et non son implication philosophique. Sur le Temps dans l’œuvre de Delavouët cf. le
dossier d’un des Cahiers du Bayle-Vert et les différentes études consacrées à ce thème (Cahiers Bayle-Vert 6
2015).

1

�contre l’éparpillement et la désunion qui le caractérisent dès sa naissance déterminée par la
perte psychique. Restituer une place, retrouver si ce n’est une unité du moins une union
fondamentale qui pourraient lui permettre de vivre et de découvrir, en lui et au-delà, les
aspirations les plus nobles caractérisant sa nature et ses désirs, telle est, brièvement et
imparfaitement dessinée, une quête poétique de plus de cinquante années, au service d’une
parole, celle de l’homme qui ne doit jamais être empêché de parler à travers le Temps.
Comme celle de Bernard Manciet à l’autre extrémité de la géographie d’oc, l’œuvre
poétique de Mas-Felipe Delavouët témoigne à sa manière de la ténacité inéluctable
saisissant l’homme : celle du dire qui, tout en lui permettant d’exprimer douleurs, désirs,
doutes et peurs, signifie tout autant à lui-même qu’au lecteur la force inexorable qui
l’habite4.
Nombreux sont les critiques qui ont insisté sur l’unité d’une œuvre qui doit être
analysée selon une trajectoire poétique singulière ; le poème devenu Pouèmo, s’il est le plus
souvent divisé en parties plus ou moins égales et publiées séparément, trouve sa
signification profonde dans la description de cette quête (Mauron 2000, Magrini 2010a).
Unité ne signifie pas pour autant uniformité, et ce que l’on pourrait noter comme un
« retour » d’images obsédantes illustrées par une forme unique s’appuie justement sur un
dialogue fécond entre la convergence et la mise à distance, les différents poèmes trouvant
par ailleurs une autonomie relative, mais regroupés dans leur « effet » ascensionnel, ils
révèlent la puissance d’une voix. Philippe Gardy a mis l’accent sur la temporalité poétique de
cette œuvre et sur ce qui constitue cet « equilibri d’arquitectura » :
Dins aquel ordenament ont lei poèmas desseparats e « lo » Poèma vist coma una totalitat se
destrian pas, tot es jòc d’interdependéncia. Son, lei cinc volums de Pouèmo, l’expression
d’aqueu jòc e sa realizacion en fonccion dau projècte que governèt tota una escritura dins lo
temps lòng d’una existéncia. Se legisson, Pouèmo, coma un itinerari dins lo temps, lo debanar
d’una vida i fasent pas qu’un amb lo de l’escriure. (Gardy 2003, 53)5

La tentation serait grande d’examiner cette poésie à l’aune d’une vie somme toute
immobile, du moins dans son apparence, car si l’horizontalité de l’espace de Delavouët est
demeurée toute son existence sensiblement identique, il en est tout autrement de sa
verticalité, l’horizon poétique étant souvent bien à tort assimilé à une ligne éloignée où,

4

Encore, faut-il pour que l’on puisse la lire, que cette œuvre soit connue, éditée et accompagnée dans son
cheminement. Mas-Felipe Delavouët a bénéficié de cette reconnaissance et de cet accompagnement grâce à
des initiatives précieuses, ce qui n’est pas souvent le cas des écrivains d’oc de sa génération (Max Rouquette et
Delavouët constituent des exceptions notables). Mas-Felipe Delavouët a souvent donné de son vivant au BayleVert des éditions qui ont été reprises dans la publication des quatre volumes chez José Corti et pour le
cinquième au Centre de Recherches et d’Études Méridionales sous le titre générique de Pouèmo. La
connaissance de son œuvre, depuis la disparition du poète en 1990, a été poursuivie par le travail remarquable
effectué par le « Centre Mas-Felipe Delavouët » (http://www.delavouet.fr) et par diverses contributions
critiques dont le recensement a été effectué par Claude Mauron jusqu’en 2001 (Mauron 1992, 2001).
5

« Dans cet ordonnancement où les poèmes séparés et « le » Poème vu comme une totalité ne se partagent
pas, tout est jeu d’interdépendance. Les cinq volumes de Pouèmo sont l’expression de ce jeu et de sa
réalisation en fonction du projet qui a conduit toute une écriture dans le long temps d’une existence. On lit
Pouèmo comme un itinéraire dans le temps, le déroulement d’une vie ne faisant qu’une avec celui de
l’écriture. » (traduction de notre fait. En absence du nom du traducteur, les versions françaises sont le fait de
l’auteur). Philippe Gardy met en perspective dans cet ouvrage diverses trajectoires poétiques, celles de
Delpastre, Delavouët, Manciet et Nelli dont on peut penser, au moins pour les trois premières, qu’elles se
répondent dans l’amplitude de l’œuvre et la forme choisie.

2

�comme le provençal le dit admirablement, la vièio danso6 et les formes troubles occupent le
lointain de la vue. L’espace est également vertical, ce qui chez Delavouët ne fait aucun
doute, empreint de culture savante, notamment ce qui est de l’ordre de la mystique romane
(Magrini 2008) ou de savoirs et de légendes populaires dont le poète ne se départit jamais et
qui fondent une poétique où ciel et terre ne dialoguent pas du seul point de vue
métaphysique, mais considèrent le lien unissant l’homme aux « astres » et autres étoiles. La
question de l’unité de l’œuvre demeure ainsi posée, ou, pour le dire de façon encore plus
précise, sa convergence en une seule route, un seul chemin que dessine le Pouèmo parfois
divisé en Pouèmo, mais toujours reliés entre eux par le fil évident d’une couture poétique
constituant une trame unique que révèle d’évidence la forme fixe choisie qui s’impose peu à
peu à la création à partir de 1950-1952.
Mas-Felipe Delavouët a lui-même commenté l’affirmation de ce poème unique
recueilli en plusieurs « volumes », accordant à sa poétique ce mouvement directionnel :
[…] il y aura cinq volumes, je le sais depuis longtemps, mais ils doivent tous être considérés
comme un seul poème en plusieurs parties, comme les mouvements d’une symphonie. Je
sais que c’est un grand mot, mais pourtant… Je n’ai fait que donner des numéros aux livres
parce que, pour l’instant, je ne connais pas le titre de l’œuvre achevée.

Il insiste ensuite, considérant la périodisation poétique, sur l’unité caractérisant le
Pouèmo et sur l’achèvement nécessaire, exprimant le sentiment inexorable de la fin de
toutes choses :
Tout a un début et une fin. Non, je n’ai pas encore fini. Au début, je rattrapais le temps
perdu. Quelques poèmes sont assez anciens ; il y a des choses qui remontent à 1952 – après
tout cela fait 25 ans. Puis il y a des choses plus récentes, et bien sûr il me reste encore les
deux derniers volumes. Je me répète que la nuit va bientôt tomber et que je dois continuer
jusqu’au dernier moment, du moins essayer. (Polyphonies 1996, 25)7

Ainsi mise en perspective par le poète lui-même, la quête poétique s’inscrit dans le
mouvement et trouve dans le Temps un obstacle de taille, de telle façon que l’on pourrait
affirmer qu’elle constitue une lutte incessante jusqu’à cette « nuit » entropique et
inéluctable. Le poème devient donc une parole dressée face à l’inexorable qui nous menace
et nous anéantit, la seule voix qui, malgré « l’impasse » qui la caractérise8, s’inscrit dans une
6

« La vieille danse », métaphore désignant les mirages de chaleur observables dans les pays de plaine
provençale.
7

Nous aurions pu nous en tenir aux seules déclarations de Delavouët et considérer uniquement ce que dit le
poète. S’il est certainement le plus indiqué pour signifier le chemin qu’il veut parcourir, le travail du critique est
néanmoins indispensable, car il repose sur l’analyse textuelle et historique qui permet, non de vérifier les
affirmations des écrivains, mais de les placer en perspective dans le cadre d’une périodisation poétique et plus
largement dans le mouvement de l’histoire littéraire. L’entretien que nous citons a été publié une première fois
dans la revue Fountains, daté du printemps 1978, repris ensuite dans la revue Polyphonies en 1996 (traduction
de l’anglais de Jean-Yves Masson).
8

Le mot « impasse » fait référence à une critique que nous avons publiée dans la revue Impressions du Sud en
1984 à propos de la parution de Pouèmo 4 (Impressions du Sud 1984, 24). Son titre, « Une Voix, comme une
impasse » a été souvent compris dans un sens qui n’était pas le nôtre, relevé par quelques « occitanistes »
comme une attaque contre le plus grand poète provençal de sa génération et par quelques « provençalistes »
comme une volonté de nuire à cette œuvre. Une lecture de cette recension aurait suffi à démontrer que cette
« impasse » était pour nous purement existentielle et se heurtait, comme toutes les impasses, au mur du
Temps et à la « nuit » dont parle Delavouët. Nous pensions en 1984, à tort, que le lecteur pouvait de lui-même
comprendre le sens que nous signifions (le choix de ce titre a pu porter à confusion et fut de notre part

3

�conjonction d’éternité. Rappelons les vers de Mistral extraits de La Founfòni de l’oustau et
accordant la parole à l’eau s’écoulant dans l’évier:
[…] « Tout fau que passe,
Fau que tout passe au reguié ! »9

Il nous faut ainsi revenir au sentiment de la fragilité existentielle qui prend toute sa
place dans un cheminement poétique relevant de la quête et de l’ascension, seule élévation
possible du Pouèmo qui permet non d’effacer cette fin, mais de la dire et ainsi de situer la
parole poétique dans une forme d’éternité que seuls le livre et la voix peuvent figurer.
*
Cette convergence doit être analysée selon trois aspects différents : son entame,
dans les années d’après-guerre, sa permanence tout au long du cheminement poétique et
son acmé, si nous considérons le dernier volume de Pouèmo composé essentiellement de
Cant de la tèsto pleno d’abiho comme l’aboutissement de cette quête ascensionnelle10.
Cette analyse entendrait donc comprendre l’ensemble du cheminement poétique, y compris
les productions plus marginales constituées par les premiers essais, essentiellement les
poèmes publiés dans Fe ou diverses anthologies et revues, ainsi que les livraisons des
Cantico qui semblent préfigurer l’idée même de ce qui apparaît être de l’ordre d’un
« ensemble poétique » (Delavouët 1950). Ainsi, nous pourrions définir un Delavouët vouant
son travail à une recherche d’un cadre littéraire, tâche constituée par les Cantico et plus
sûrement par la somme des Pouèmo, cheminement nécessitant des appropriations
poétiques à la fois formelles, stylistiques et métaphoriques, des tentatives que l’on pourrait
considérer comme éparses, mineures, mais qui, de ce point de vue, ne le sont pas. Les
éditions des Cantico, puis celle du Pouèmo pèr Èvo11 ne réduisent pas l’intensité des
recherches formelles à ces seules productions ; les publications effectuées entre les années
1950 et 1960, même après la livraison princeps du Pouèmo pèr Èvo en 1952, sont constituées
de poèmes divers qui n’empruntent pas tous la même forme strophique. Le long poème
Calendié pèr Eleno publié dans Fe au printemps et à l’automne 1958 (Delavouët 1958) ne
peut pas être considéré comme une déviance ou une hésitation eu égard à la forme
strophique trouvée, mais plus sûrement comme l’alternance d’avancées et de pauses dans
« maladroit », nous le confessons). Si nous avons à plusieurs reprises et dans différentes revues ou actes de
colloque parlé en critique ou étudié l’œuvre de Delavouët, c’est bien sûr pour lui rendre hommage et en
affirmer la valeur exceptionnelle. Plus de trente ans après cette publication, nous tenions à justifier notre
position qui, en 1984 comme aujourd’hui, n’a pas varié.
9

[…] « Il faut que tout passe, – Que tout passe par l’égout » (Mistral 1970, 564-565).

10

Nous nous préoccupons dans cette étude du premier aspect, celui de l’entame poétique des années 45-55 et
de la première livraison d’importance que constitue Pouèmo pèr Èvo.
11

Evo est orthographié Èvo dans la réédition de 2010, mais Evo dans celle de 1952 et de 1971, ainsi que sur le
titre figurant dans le manuscrit. Mistral graphie Èvo, mais il cite un exemple (« Dóu tèms d’Adam e d’Evo ») où
le mot Evo ne porte pas d’accent grave. Le provençal rhodanien a tendance à ouvrir la voyelle « e » en position
tonique ; la zone maritime présente quelques réalisations plus fermées (soulèu – souleu par exemple). Est-ce le
cas pour Evo – Èvo ? La position « intermédiaire » de la zone salonaise et de Grans en particulier a-t-elle joué
sur l’orthographe de ce nom ? S’agit-il plus simplement d’une notation propre à Delavouët dans les années
1950-1971 qu’il aurait corrigée par la suite ou une coquille se répétant d’édition en édition ? Une coquille ou
une erreur orthographique sur ce nom emblématique nous semblent exclues. Claude Mauron précise dans
l’édition de 2010 que Delavouët a apporté des « corrections et modifications de détail » sur son exemplaire
personnel de Pouèmo 1 ; Èvo peut donc en être une. Nous nous conformons donc aux modifications de
l’édition de 2010.

4

�l’appropriation poétique. On peut toutefois affirmer que, parallèlement à la recherche et à
l’adoption d’une forme appropriée au dire poétique, Delavouët s’adonne également à
d’autres travaux qui, et ce n’est pas les mésestimer que de les considérer de cette manière,
apparaissent être de l’ordre de l’accompagnement de l’œuvre dessinée en ce lieu et ce
temps uniques constitués par le Pouèmo. Si nous examinons donc l’ensemble de la
production poétique des années 1945-1960, depuis la première « Cansoun » publiée dans Fe
en janvier-février 1945 jusqu’à celle de L’Istòri dóu Rèi mort qu’anavo à la desciso en 1961,
l’œuvre tend singulièrement vers l’adoption de cette forme unique strophique qui demeure
aujourd’hui sa caractéristique majeure, même si quelques poèmes, principalement des
« Cansoun » et des activités périphériques au domaine poétique, mais en relation étroite
avec l’expression de ce dernier, semblent occuper Delavouët. La publication emblématique
des Pouèto Prouvençau de vuei de 1957 est l’occasion pour Delavouët non seulement
d’asseoir définitivement sa présence dans le concert provençal et de livrer quelques poèmes
qu’il juge suffisamment caractéristiques de sa production, un extrait du Cantico dóu
Bóumian que fuguè torèro, un autre tiré d’Uno pichoto Tapissarié de la mar et deux extraits
du Pouèmo pèr Èvo, ensemble représentatif de sa création poétique, mais présentant
clairement son évolution vers la forme fixe qui s’est imposée au fil des ans (Pouèto
prouvençau de vuei 1957, 214-223). En réalité, pour être plus précis, il nous faudrait
considérer la production littéraire et artistique du poète dans sa globalité ; se dessineraient
ainsi plusieurs Delavouët : le poète stricto sensu qui nous occupe, mais aussi l’écrivain
dramatique, le critique littéraire, l’animateur des regroupements poétiques provençaux,
essentiellement le Groupamen d’Estùdi Prouvençau dont il fut l’un des fondateurs en 1952,
puis, lien primordial avec la poésie, l’éditeur du Bayle-Vert et les relations étroites nouées en
ces années avec les peintres Auguste Chabaud, Henri Pertus et Jean-Pierre Guillermet. De la
même façon que nous posons comme préalable le singulier de Pouèmo, il faudrait
comprendre l’ensemble de ces activités créatrices comme l’accompagnement majeur d’une
direction que l’œuvre poétique a déjà prise. En effet comment ne pas concevoir par exemple
que la publication en 1981 de la remarquable préface à l’album Patrimòni intitulée La Dicho
dóu Vièi Granouien n’exprime pas une considération poétique élaborée sous d’autres formes
dans l’ensemble du Pouèmo ? Nous sommes donc en présence d’une œuvre protéiforme
dont on peut deviner sans grands efforts d’analyse le caractère unique, celui considérant
une « géographie poétique » relevant d’une cosmogonie, car, comme l’écrit Delavouët : « I’a
pas ges d’autre biais pèr coumprene lou mounde que de n’en poussedi plenamen un
moussèu »12 (Delavouët 1981, Mauron 2000).
L’unité s’élabore sur deux présupposés à l’œuvre très tôt chez Delavouët : l’adoption
d’une temporalité singulière du poème et la recherche d’une forme idoine qui conviendrait
le mieux à son expression13. Ainsi, des premières « Cansoun » aux dernières livraisons
poétiques, le poème apparaît chez Delavouët s’être largement étendu, empruntant les
cadres d’une amplitude remarquable dans la production d’oc de ces années, en aucune
façon comparable sur ce point aux autres tentatives poétiques, exceptée celle de Bernard
Manciet et son Enterrament a Sabres. Le temps s’est, semble-t-il, étiré très tôt, laissant place
à une durée poétique que singularise la forme strophique répétée à l’envi et plus

12

« Il n’y a pas d’autre façon pour comprendre le monde que d’en posséder pleinement un morceau. »
(traduction de notre fait).
13

Cf. l’exposition consacrée en 2015 et intitulée « Mas-Felipe Delavouët, poète du temps » et le catalogue qui a
été édité à cette occasion.

5

�généralement la scansion des vers et une prosodie inhérente au Pouèmo. Depuis les Cantico,
jusqu’au Calendié pèr Eleno et au Pouèmo pèr Èvo, l’œuvre poétique s’enclot dans ce temps
étiré qui est aussi temps de la langue et de toutes les possibilités linguistiques, lexicales et
syntaxiques que le provençal suscite. L’organisation en « ensembles » l’emporte sur
l’éparpillement, et la volonté de rassembler ce qui git épars dans la conscience devient une
quête, comme si le poète et l’homme, en recueillant ce qui avait été perdu, égaré, était en
quelque sorte un intermédiaire entre ce qui existe de toute évidence dans le dire et ce qu’il
faut réunir. La poétique de Delavouët apparaît très tôt liée à une volonté délibérée de
réunir, de façonner, de modeler le monde et d’en retrouver les signes dissimulés, de les
représenter et les mettre en lumière dans le poème. Que ce soit dans le Calendié pèr Eleno,
les Cantico ou évidemment le Pouèmo pèr Èvo, le poème tend à échapper au temps ou
plutôt à le suspendre, à l’enclore dans les cadres spatiaux et temporels de la page et de la
lecture, signifiant donc l’épreuve d’une lutte inexorable de celui qui dit contre le Temps qui
« l’enfrumino » (Delavouët 1971, 38, 2010, 66). Qu’il soit rythmé par les saisons et les jours,
reprenant en cela une veine hésiodique et virgilienne à l’œuvre dans la littérature d’oc
depuis le XVIe siècle, plus simplement calendaire ou renvoyé aux premiers instants de la
Création, la tentative de circonscrire le temps dans le poème apparaît manifeste et cela,
pour Delavouët, s’effectue dans le cadre d’une durée signifiée échappant aux contingences
de l’histoire pour se lover dans le mythe. La forme recherchée puis adoptée est donc une
nécessité primordiale de l’œuvre mise en chemin dès les années d’après-guerre et ne
constitue pas seulement ce qui apparaît de l’ordre d’une prouesse versificatrice ou
linguistique, mais ce qui modèle la pulsation poétique en lui imprimant un sens et en
accueillant en son sein une parole librement déployée.
Cinq attendus sous-tendent ce cheminement : le premier est évidemment
conditionné par le choix d’une poétique, le second se noue à la temporalité, le troisième
peut se poser en termes de filiations littéraires, le quatrième est plus spécifiquement
linguistique et le dernier renvoie à des considérations psychiques. Ces présupposés ne
signifient aucunement un cheminement théorique clairement assumé, mais se définissent
dans la geste poétique bien plus que dans le discours. Même si Delavouët ne répugne pas à
s’expliquer, notamment lors de ses entrevues écrites ou filmées, il ne souhaite pas accéder
aux formes classiques de la théorisation poétique, au « traité » qu’il n’a jamais écrit, mais qui
demeure exprimé en filigrane de ses poèmes. Le seul commentaire clairement assumé du
poème est le poème lui-même ou son accompagnement majeur constitué par le dessin, les
bois gravés, les lithographies ou autres expressions picturales liées aux éditions. Le caractère
d’imprimerie d’ailleurs créé par le poète lui-même14, s’il figure comme un travail de la main
au sens noble de cette expression, rehausse par l’œuvre calligraphique l’image que le poème
donne de lui-même ainsi que sa spatialité unie au temps.
La quête d’une forme adaptée et unique reflète une entreprise pensée et ordonnée
suivant une direction bien précise. Elle est bien repérée dans l’appropriation des formes
poétiques et littéraires depuis les origines du poème telles que la littérature occidentale le
conçoit. En réalité, qu'elle soit d’ailleurs occidentale ou orientale, la forme influe sur le sens
et le modèle à son tour, le choix du cadre spatial et linguistique n’étant en aucune façon
neutre et dégagé de tous présupposés littéraires et même psychiques. Nous ne disserterons
pas ici sur ce qui est relatif à l’histoire littéraire des formes fixes, même s’il serait intéressant
14

Cf. l’exposition organisée au Centre Delavouët en 2009 intitulée « Naissance d’un caractère » (reprise à
Gréoux-les-Bains en 2015), ainsi que le catalogue édité retraçant les conditions de cette création
typographique et son développement (cf. la communication d’Estelle Ceccarini dans les actes de ce colloque).

6

�d’examiner le choix de Delavouët à l’aune de la littérature d’oc et plus largement française
et européenne. L’affirmation de la strophe telle qu’elle se révèle dans Pouèmo ne souffre
d’aucune contestation : la poésie de Delavouët évolue peu à peu vers cette forme singulière
qui n’est pas, comme l’a noté Claude Mauron, un calque ou même un simple reflet de la
versification mistralienne (Mauron 1995). On peut affirmer que les germes de cette strophe
se trouvent dans les productions antérieures au Pouèmo pèr Èvo, que ce soit dans les
Cantico ou plus sûrement dans le Calendié pèr Eleno dont la forme, des dizains comportant
des décasyllabes, apparaît la plus proche de l’aboutissement final de Pouèmo15. On peut
donc dire qu’au tout début des années cinquante l’affaire est entendue : la forme strophique
singulière est acquise, même si l’écriture et la publication du Pouèmo pèr Èvo la sanctifient a
posteriori. Le lecteur de 1952 peut penser qu’il s’agit d’une appropriation singulière,
inhérente à ce seul poème, d’autant plus que le Calendié pèr Eleno vient quelque peu
troubler le jeu lors de ses publications postérieures à 195216, jusqu’à la livraison définitive
dans deux numéros de Fe (Delavouët 1958). Le poète publie d’ailleurs dans des revues des
poèmes déjà connus, des traductions en français, ce qui a pu laisser penser que sa
production poétique n’obéissait pas à cette forme unique.
En réalité, la périodisation d’écriture et l’ordre des publications semblent être deux
choses différentes : Delavouët commence le Pouèmo pèr Èvo le 11 juillet 1950 et l’achève le
22 janvier 1952 comme il l’indique lui-même sur son manuscrit (Cahiers du Bayle-Vert 1
2010, 18) ; il publie en 1955 dans une livraison de Marsyas une Alegourìo de la Bello Sesoun
et La Dansairis dans un numéro de Fe, extraits du Courtege de la Bello Sesoun et de la Danso
de la pauro Ensouleiado qui prendront place pour le premier poème dans Pouèmo 1 et pour
le second dans Pouèmo 2. Si l’on ajoute à ces deux publications celle en 1957 de l’Istòri dóu
Rèi mort qu’anavo à la desciso dans Fe, nous pouvons penser qu’une grande partie des
poèmes réunis par la suite dans Pouèmo 1 et 2 ont été écrits entre 1952 et 1957, et tous
dans cette même forme strophique17. La quête formelle apparaît donc aboutie dès 1952,
sans que le lecteur puisse vraiment le constater ; il le peut lors des livraisons successives
dans quelques revues des extraits du Courtege et de la Danso de la pauro Ensouleiado et
plus sûrement lors de celle de l’Istòri dóu Rèi mort qu’anavo à la desciso, soit en revue en
1957, soit lors de l’édition du Bayle-Vert en 1961. Enfin, il est évident que cette
appropriation s’expose pleinement lors de la publication de Pouèmo 1 en 1971. À bien y
penser, les années 1950 paraissent fécondes, comme si, la forme enfin révélée, Delavouët
avait pu librement déployer une parole trop longtemps retenue et qu’il ait trouvé pour son
poème un cadre adéquat, un espace linguistique et poétique convenant à sa juste mesure.
La strophe n’est plus une strophe, un outil poétique, mais devient un miroir où la langue et

15

Claude Mauron ayant étudié la strophe du Pouèmo, nous n’y reviendrons pas (Mauron 1995). Quant aux
rapports à la fois formels et thématiques avec le Calendié pèr Eleno, ils nous paraissent féconds, mais
complexes, et demanderaient une étude spécifique.
16

Le Calendié pèr Eleno fut commencé en septembre 1952 et terminé le 22 février 1953. Quelques livraisons en
revue : « Mai » (Fe, n°155-156-157, printemps 1953), « Mars » (Armana Prouvençau 1954), « Avoust (La Vierge)
– Abriéu » (lou Gabian 1, 1955), « Un Nouvè pèr Eleno (Desèmbre) » (Reflets de la Provence et de la
Méditerranée, n°10, décembre 1955-janvier 1956). Le Calendié pèr Eleno devient par la suite Lou Calendié
d’Eleno, révélant un changement de préposition à l’inverse de celui du Pouèmo pèr Èvo. Le poète eut de
nombreuses fois l’idée de publier ce poème dans sa collection des livres du Bayle-Vert (Cahiers Bayle-Vert 6
2015, p. 34-36).
17

Le manuscrit de l’Istòri dóu Rèi mort qu’anavo à la desciso porte la date d’achèvement du 11 avril 1957
(Cahiers du Bayle-Vert 4 2013, 26).

7

�la poésie peuvent se refléter et, au-delà d’une simple image, atteindre des dimensions
inégalées, celles de « l’être-au-monde » que ne cesse d’interroger le poète. Fausta Garavini
résume bien cette tension entre la forme et la parole, de telle sorte que la forme devient
elle-même parole :
[…] le costruzioni che Delavouët […] pazientemente elabora sul canovaccio di partenza, strofa
dopo strofa, in un uguale susseguirsi di allessandrini tesi a rendere in cadenze piane e robuste
il colloquio dell’uomo col monde. (Garavini 1967, 239)18

Le choix de la forme révèle une temporalité poétique. Outre le fait que toute cette
somme est clairement orientée contre le Temps, signifiant à l’homme d’une part sa fragilité
et d’autre part sa place bien souvent ignorée, elle met en œuvre un dialogue fécond entre
l’être et le monde – minéral, végétal, animal, céleste, liquide… – et au-delà envisage de
définir ce qui demeure de l’ordre du mystère. Éclaircir tant soit peu ce mystère qui fait
demeurer l’homme sur terre, tenter d’en cerner si ce n’est le sens du moins les raisons de
vivre qui l’attachent à la beauté et à l’amour, tout cela figure en germe dans les premiers
textes de Delavouët, mais s’exprime plus librement à partir de 1952. La forme longue et
strophique, qu’il ne faut pas par ailleurs confondre avec le poème narratif, initie non
seulement un affrontement au Temps, mais inscrit la parole dans la durée, la voix n’étant
plus semblable à celle de l’éclair, de la fulgurance chère à René Char, mais à l’étirement dans
l’espace et à la propre temporalité du poème. Si le poème delavouetien s’inscrit dans cette
forme et pas dans une autre, c’est qu’elle lui offre une durée singulière qui ne doit pas être
assimilée au Temps ; elle en est un aspect somme toute fragmentaire, comme une partition
ne serait que le lieu et l’écoute d’une composition plus ample, sans commencement ni fin. La
forme tend le vers et la phrase poétique où se déploie la parole selon son appropriation
particulière, d’un point à un autre, reprenant les images délaissées afin de les poursuivre
légèrement modifiées par une nouvelle perception. On aurait pu penser que le poème conçu
comme une « machinerie » tournerait en quelque sorte « à vide », pouso-raco de paroles et
d’images, mais si Delavouët demeure comme l’affirme Robert Lafont un « posandièr »
(Lafont 1993), il ne puise pas en vain de l’eau à un puits poétique ; ce qu’il trouve dans le
monde réel et mythique est restitué dans ce temps du poème, préfigurant un lieu où
l’homme pourrait être, pour un instant, à l’abri et où, il est accompagné par des mythes
fondateurs et des images qui sont les siennes afin de les offrir, de les pourgi et de les
semoundre avant que la nuit ne se fasse et que la mort n’accomplisse notre destin19. Nous
nous trouvons devant une quête que le déploiement de la forme facilite, car le logement du
poème s’en trouve à son aise, à la fois dans la répétition quasi obsessionnelle, du moins
entêtée, et dans le modelage auquel la langue se plie.
D’une certaine manière, Delavouët crée ainsi, comme tous les grands poètes de son
siècle, Manciet en premier lieu, une langue, non pas du point de vue strictement
linguistique, mais en fonction des modalités intrinsèques du provençal mises au service
d’une parole : langue tendue et syntaxe étirée, quelquefois fragmentée mais jamais
disloquée, langue rendue avec souplesse et constituant une image d’un provençal propre à
son œuvre. Peu d’écrivains d’oc sont arrivés à ce point de l’élaboration linguistique et
littéraire, exceptés dans les siècles derniers Mistral et d’Arbaud, puis Max Rouquette,
18

« […] les constructions que Delavouët […] élabore patiemment sur le canevas de départ, strophe après
strophe, en égales successions d’alexandrins tendus afin de restituer en cadences mesurées et robustes
l’entretien entre l’homme et le monde. » (traduction de notre fait).
19

Sur les mythes dans l’œuvre, nous renvoyons bien sûr à l’ouvrage de Jean Thunin (1984).

8

�Bernard Manciet, Lafont dans la Cantata de la misèria dins Arle et plus près de nous Joan-Luc
Sauvaigo qui façonne admirablement un niçois singulier à bien des égards. Le fait est assez ?
rare pour qu’il puisse être remarqué : on peut reconnaître la voix poétique de Delavouët à la
première lecture, on y perçoit non seulement ce qui est de l’ordre du littéraire, mais aussi ce
lien singulier entre langue et littérature que la critique d’oc, engluée dans d’autres
reconnaissances et d’autres préoccupations, n’a pas su reconnaître à sa juste valeur. Nous
touchons là à l’élaboration la plus profonde et la plus secrète liant le poète à sa langue, à ce
qui ne doit pas être assimilé à une référence linguistique locale empreinte d’un discours
régionaliste20, mais ce qui demeure de l’ordre de l’appropriation linguistique, formelle et
littéraire. Reconnaître dans la poésie de Delavouët une temporalité singulière et
ascensionnelle ne peut pas être séparé d’une référence linguistique qui ne se contenterait
pas de signifier une appartenance provençale. On objectera à cela que cette poésie est écrite
en langue d’oc, et personne ne pourra le nier, mais Delavouët façonne, modèle à tel point
son provençal, à partir des connaissances orales et écrites qui furent les siennes, pour que le
Pouèmo en demeure à ce point si singulier dans l’évidence du lien tissé entre Temps et
langue.
L’incipit du Pouèmo pèr Èvo nous permet d’illustrer notre propos. On y trouve ce qui
constitue pour nous une marque linguistique et littéraire qui rapproche par exemple
Delavouët de d’Arbaud, curieusement le prosateur plutôt que le poète, et qui fonde le
poème.
Mai liuen que dous lebrié se courrènt à l’après
se batrien dins un jour dóu camin que s’estiro,
i’ avié la terro e sa fourruro de fourèst
que prenié lou soulèu mai liuen que touto amiro ;
i avié mai liuen que mi dous iue,
la terro e lou soulèu que sourtien de la niue.
(Delavouët 1971a, 8, 2010,6)21

Le renvoi de la proposition principale, procédé que l’on retrouve très souvent chez
Delavouët et qui existait déjà chez d’Arbaud, participe à l’élaboration d’une syntaxe où le
lecteur ne peut agir qu’en actant du sens ; il ne se contente pas de comprendre, il doit
nécessairement recomposer non seulement ce qui est de l’ordre de sa compréhension
immédiate, mais plus encore le propos dans son ensemble. Les « jeux d’échos » de « mai

20

La reconnaissance linguistique entamée depuis l’œuvre mistralienne s’entête parfois à reconnaître dans la
poésie de Mistral la juste restitution du parler de Maillane (ce qui d’un strict point de vue linguistique est
d’ailleurs erroné), comme si la langue employée par les écrivains d’oc devait être le miroir d’une expression
linguistique locale. Ce débat, en germe dans le mistralisme des années d’après-guerre ainsi que dans
l’occitanisme, efface les liens évidents entre l’élaboration littéraire et la langue, pour y substituer ceux entre les
références dialectales, sociolinguistiques, et l’usage que la littérature doit en faire. Ainsi, le débat entre les
tenants de « la langue mistralienne », essentiellement Sully-André Peyre et ceux d’un provençal plus en
conformité avec un autre usage (la variante marseillaise pour Jòrgi Reboul) dans les années d’après-guerre
pourrait être analysé de ce point de vue, tout comme les réflexions occitanistes sur le rapport entre dialecte et
langue littéraire. Nous avons conscience de soulever un problème bien plus complexe, mais la poésie de
Delavouët nous apparaît justement vouloir être, sans que cela soit sa première intention, un dépassement de
cette problématique pour le moins contraignante.
21

« Plus loin que ce que deux lévriers se poursuivant, – pourraient parcourir en un jour du chemin qui s’étire, –
il y avait la terre et sa fourrure de forêts – qui prenait le soleil plus loin que tout point de repère ; – il y avait,
plus loin que mes deux yeux, – la terre et le soleil qui sortaient de la nuit. » (Delavouët 1971a, 9, 2010, 7).

9

�liuen » et « i’ avié la terro » induisent non seulement une insistance, ce qui est leur propre
fonction, mais participent à l’équilibre d’architecture qu’évoque Philippe Gardy et que nous
ramenons ainsi à celui de la strophe, comme si « mai liuen » entendait pleinement
« soutenir » l’aplomb ainsi constitué, par l’appui sur l’incipit proprement dit et le cœur de la
strophe, répondant en écho à cette « niue » originelle fermant le propos de la période. La
langue dissimule et découvre à la fois : elle n’est pas constituée par l’évidence du propos,
comme si le texte poétique n’avait ni commencement ni fin, ce que souligne l’emploi de
l’imparfait et du conditionnel, le poète prenant la parole à cet instant afin de décrire ce qui
est apparu aux yeux de l’Homme lors des premiers temps de la Création. En fin de compte, la
langue employée ici se love dans la durée, laissant le lecteur en attente du propos central,
étirement du souffle poétique dont on devine pourtant l’évidence. L’image des deux lévriers
parcourant l’espace à l’infini accompagne la dimension temporelle, l’espace étant
nécessairement Temps, étendue illimitée à la vue – que l’on songe à l’horizon de plaine se
découvrant vers la Crau ou à l’étendue des coussou environnant le Bayle-Vert – que l’homme
et ses chiens ne peuvent pas épuiser22. Les choix lexicaux participent également à cet
étirement du temps et de l’espace, notamment ce « se courrènt à l’après », tout comme les
orientations syntaxiques et morphologiques, telles ce « jour dóu camin que s’estiro »,
référence évidente à ce même étirement du temps que la nuit va pourtant enténébrer, le
« jour » devenant ainsi une mesure du temps et de l’espace. Ce « courrènt à l’après » est
choisi à dessein : non seulement il vient supplanter un banal « se perseguissènt » ou « se
seguissènt », mais il définit par l’emploi de « à l’après » de la locution ce temps d’après
comme si les hommes et les lévriers devaient poursuivre éternellement une route qu’ils ne
pourront jamais tout à fait parcourir, comme s’il n’y avait pas de fin à cet « après ». Le choix
est ici à la fois populaire, la locution étant couramment employée dans la langue orale, et
savant, car l’usage oral rencontre une organisation réfléchie du temps et de l’espace, course
sans fin que celle de la vie des hommes. Les choix lexicaux se réfèrent à un usage courant en
ces années d’écriture, ou plus sûrement au provençal que Delavouët a entendu dans son
enfance et sa jeunesse, mais c’est leur composition et leur ordonnancement qui révèlent un
lien patiemment tissé entre la forme strophique, le propos sur la Création et le Temps et la
langue elle-même sujette à l’étirement. Ainsi à cette strophe correspondrait une seule
période qui entendrait définir le propos de l’espace et du temps infinis, tous deux
métonymiques de la parole poétique et du Pouèmo qui va se faire, en somme déjà conçu
avant d’être écrit.
Si l’on fait exception de la forme strophique, voisine mais pas identique, l’incipit du
Calendié pèr Eleno procède de la même manière et diffuse les mêmes effets poétiques et
linguistiques :
Vers li merlet auturous de la vilo
pèr ié vèire aquest jour se leva d’ouro,
Se vènes, tu, ‘mé la danso tranquilo,
Eleno ! ‘mé ti man, ti dos tourtouro
nascudo dins li trefouns de la niue,
que saches, tu, qu’aièr, bello finido,
Ivèr es mort sus un lié de plouvino
e que bèn lèu, bèn lèu rejouvenido

22

Le lien entre l’homme et le lévrier est signifié dans la langue, « lebrié » désignant également selon Mistral un
vagabond.

10

�Primo sara, se toun cor la devino
i nòvi flour que van frusta tis iue.
(Delavouët 1958, 49)23

Le propos n’a pas ici la force cosmogonique des premiers vers du Pouèmo pèr Èvo,
mais apparaît plus circonstancié, utilisant des ressources linguistiques moins élaborées, mais
toujours choisies avec soin. L’inversion syntaxique qui fait la force de l’incipit précédent se
retrouve ici, ainsi que l’étirement de la phrase institué dans la période de la strophe. Il est
remarquable que le procédé poétique delavouetien, qui n’est certes pas de son invention,
agisse ici en dénominateur et révélateur d’une poétique en train de s’installer dans le cœur
même du poème. Nous assistons, sans doute à peu de temps de distance, avec ces deux
poèmes à une naissance d’une écriture, à une installation dans la langue poétique constituée
par un provençal d’écriture inégalé en ces années d’après-guerre.
L’amont de l’écriture a été maintes fois repéré et notamment analysé par la
psychanalyse du texte littéraire. Delavouët l’a lui-même explicité en signifiant le paradoxe de
la facilité de l’écriture stricto sensu et la complexité de ce que Didier Anzieu a nommé
comme un « saisissement psychique » (Anzieu 1981). S’exprimant à propos de l’écriture
quotidienne, le poète affirme :
Écrire, c’est ce qu’il y a de plus facile. […] Vous savez, j’avais un vieil ami qui me disait
toujours : « Ce qu’il y a de plus dur quand on écrit un livre, c’est d’attendre. » On ne cesse de
se dire : « Mais tu ne fais rien ! » Pour moi, c’est le pire moment. J’attends jusqu’à ce que
j’aie envie de travailler, et c’est très fatigant. […] En réalité, on ne crée rien. On découvre. Et
si l’on découvre quelque chose, cela veut dire que c’était là avant. (Polyphonies 1996, 2526)24

La découverte du monde est donc celle de ces signes plus ou moins dissimulés que le
poète met en lumière, alchimie poétique, « œuvre au noir » que la langue façonne dans son
creuset et qui existait au préalable du poème. De ce point de vue, le poète découvreur lit le
monde tout autant qu’il le crée, devenant un intercesseur entre ces signes, leur fondement
métaphysique et les hommes, n’étant pas celui qui sait, mais celui qui fait, celui qui trouve
ce qui se cachait et qui était pourtant à portée de main, de voix, puissions-nous voir ces
signes et écouter cette parole. Il n’est donc pas étonnant que l’essentialité du poème
précède sa réalisation, Mas-Felipe Delavouët concevant sa poésie comme celle d’un
déchiffreur, d’un laboureur des mots. De cette attente dans l’amont du poème et de cette
nature de descuberto découle l’attention portée au monde minéral et végétal, comme si
sous la feuille, sous la pierre, tout un monde pouvait se révéler, un monde tout aussi
complexe que celui organisé par les hommes et où demeure, insoupçonnée, la parole de la
Création.
*
23

« Vers les créneaux altiers de la ville, – pour y voir ce jour se lever de bonne heure, – si tu viens, avec ta
danse tranquille, – Hélène, avec tes mains, tes deux tourterelles – nées dans les tréfonds de la nuit, – que tu
saches, toi, qu’hier, heureuse fin, – Hiver est mort sur un lit de gelée blanche – et que bientôt, bientôt
ressuscité – Printemps sera, si ton cœur le devine – aux jeunes fleurs que vont frôler tes yeux ».
24

Delavouët ne donne pas le nom de ce « vieil ami ». S’agit-il de Charles Mauron ? D’Auguste Chabaud ? De
Jean-Calendal Vianès ? D’un autre écrivain ? L’imparfait employé lors de cette entrevue en 1978 laisse penser
que cet ami n’est plus vivant à cette date.

11

�Il n’est pas de notre propos de proposer une lecture critique complète du Pouèmo
pèr Èvo ; cette étude a été effectuée et nous n’y reviendrons pas (Magrini 2010 a, Moucadel
2010). Nous voudrions simplement, et de façon nécessairement imparfaite, relire le Pouèmo
pèr Èvo à l’éclairage de notre préoccupation, celle de l’espelido d’une écriture et de tenter
d’en désigner l’orientation singulière trouvant son accomplissement dans l’ascension du
Pouèmo. Il est toutefois évident que cette assomption influe sur la lecture du Pouèmo pèr
Èvo dans la mesure où son étude strictement limitée à ce seul poème ne peut laisser
découvrir ce qu’est réellement le déploiement de la parole poétique de Delavouët. Elle
prend tout son sens dans l’analyse globale du Pouèmo, y compris le dernier volume publié
post mortem qui doit être compris comme l’ultime marche de cette ascension (Delavouët
1992). Cette perspective pose un problème de critique littéraire : l’étude d’un ensemble
poétique, qu’il soit assumé ou pas, ne peut s’effectuer que dans sa globalité, ce qui induit
l’idée d’une méconnaissance de fait de cette projection vers le poème unique en 1952, date
de la première publication du Pouèmo pèr Èvo ; ce qui aurait pu toutefois être de l’ordre
d’un sentiment devient, les années s’écoulant, une certitude. La lecture critique de l’œuvre
de Delavouët pose ce problème et il n’est pas étonnant que les études qui ont été menées
depuis une quarantaine d’années aient mis du temps à se mettre en place, à dégager ce qui
est de l’ordre et de la matière d’une poétique singulière en acquérant de plus en plus
d’amplitude. Si dans les années cinquante le Pouèmo pèr Èvo, puis les autres publications qui
s’ensuivent jusqu’à celle de l’Istòri dóu Rèi mort qu’anavo à la desciso peuvent revêtir un
caractère d’étrangeté dans le concert provençal, la perspective en demeure
considérablement changée à l’orée des années soixante. De 1945 à 1952, Delavouët est
reconnu comme l’un des jeunes poètes prometteurs que la publication des Cantico sanctifie
(le prix Frédéric Mistral lui est attribué en 1951), tout comme son ami Jean-Calendal Vianès
ainsi que d’autres poètes, Charles Galtier, Pierre Millet, Fernand Moutet par exemple. Ce qui
est en germe en ces années n’est pas visible, sauf chez quelques esprits éclairés qui ont, à
des degrés divers, reconnu en Delavouët des possibilités poétiques remarquables25. Il fallait
toutefois posséder un don certain de « divination » poétique ou une connaissance fine de la
langue et la littérature d’oc pour qu’un lecteur puisse reconnaître aux seules premières
livraisons le poète que Delavouët est devenu. On peut donc considérer que les Cantico
constituent l’affirmation de la naissance à la poésie à partir de 1950, date de leur publication
en volume sous le titre générique de Quatre Cantico pèr l’Age d’Or (Cantico 1950),
production remarquée à laquelle s’ajoute Uno pichoto Tapissarié de la mar l’année suivante.
25

Relevons d’entre tous ces articles ceux de Pierre Boutang parus dans Aspects de la France en 1951 et 1954
(réunis en volume en 2003 dans La Source sacrée (le Rocher) sous le titre « Max-Philippe Delavouët : L’Âge d’or
et le Poème pour Ève », publiés partiellement in Cahiers du Bayle-Vert 1 2010, 24-32) ainsi que ceux de René
Jouveau dans Fe en 1951 et 1952 et de Sully-André Peyre dans Marsyas en 1954 (Mauron 1992, 20, 28, 24). Il
faut attendre les deux articles de Jean Larzac dans les Cahiers du Sud et Òc en 1962 pour que la critique
occitaniste s’intéresse à la poésie de Delavouët, si l’on excepte bien sûr les correspondances privées. Les
articles de Pierre Boutang ont servi de prétexte à des allusions politiques parfois douteuses comme celle
proposée par Ives Roqueta dans un numéro de la revue Occitans ! en 1991, ce qui suscita une réponse de
Claude Mauron dans la même revue (Mauron 2001, 10, 13). Pour notre part, nous n’avons pas attendu
« l’onction » d’Ives Roqueta pour signifier l’importance de cette poésie (cf. Impressions du Sud 1984, 24, 1991,
80, Les Lettres françaises 1991, 7), tout comme Philippe Gardy qui donna en 1984 une recension de Pouèmo 4
dans la revue Jorn (Mauron 1991, 87). Il faut aujourd’hui réévaluer ce jugement politique qui n’engageait que
l’auteur de cet article, non seulement du point de vue de l’histoire littéraire, mais aussi de celui de la
personnalité de Pierre Boutang qui, si elle n’est pas exempte d’un certain engagement, n’en demeure pas
moins celle d’un philosophe exigeant et d’un critique fin et intelligent.

12

�On peut également affirmer que la publication en 1952 du Pouèmo pèr Èvo constitue non
seulement l’approche finale vers la forme unique, mais également l’entrée dans l’œuvre
singulier se déroulant sur près de quarante ans d’écriture. Ces considérations posent
clairement le principe d’une lecture du Pouèmo privilégiant la continuité du Pouèmo pèr Èvo
jusqu’à Cant de la tèsto pleno d’abiho, dans un seul mouvement, une seule respiration,
même si ce temps est nécessairement long et étiré26. Cette lecture pose évidemment le
problème des éditions partielles du Pouèmo qui répondent à une tout autre destination et
entendent faire connaître une œuvre à un public que la somme des cinq volumes rebuterait.
La solution idéale n’existe pas en ce domaine, mais le mouvement directionnel donné en
1952 par le Pouèmo pèr Èvo se clôt de toute évidence par le dernier volume publié après la
mort du poète, chaque poème composant cette somme et devenant une partie d’une
totalité livrant son unité avec parcimonie. C’est d’ailleurs ce dialogue fécond entre ces
« parties » – et d’entre elles l’Istòri dóu Rèi mort qu’anavo à la desciso a souvent été lue de
façon autonome – qui constitue la richesse de cette œuvre ; elle n’en devient pas moins
insaisissable, le lecteur, quoi qu’il fasse, étant frustré d’être soumis à la fragmentation ou à
l’unité, même si pour nous, le sentiment ascensionnel prime sur toute autre considération.
Le manuscrit du Pouèmo pèr Èvo comporte la mention : « Ataca lou 11 de juliet de
1950, acaba lou 22 d’abrieu de 1952 au Baile-Verd » (Cahiers du Bayle-Vert 1, 2010, 18). La
composition du poème s’effectue donc en deux années qui occupent à plein temps
Delavouët. La correspondance échangée entre le poète, ses amis et Arlette – qui deviendra
son épouse – évoque une écriture parfois difficile, pour le moins exigeante. Le titre original
est quelque peu différent : le manuscrit comporte la mention Pouèmo d’Èvo, ce qui peut
donner lieu à plusieurs commentaires, la préposition initiale n’étant pas absolument liée à
une dédicace ou à une destination, mais plus assortie à une appartenance ou à une
description de la « première femme ». Le « pèr » indique plus clairement l’origine de la voix
d’Adam, celui qui est à la fois narrateur et auteur, métonymie sur ce seul point du poète
créateur. L’intention d’écriture est explicitée par le poète, recourant aux bas-reliefs du dôme
de Bologne ou à une épiphanie maritime distribuée entre Gien où le poète est caserné et
Campu dell’Oru, plage ajaccienne où l’idée du poème lui vint en esprit (Cahiers du Bayle-Vert
1, 2010, 20). La mer apparaît ici fondatrice de la création, rivages méditerranéens que le
poète affectionnait et qui, au-delà de leur propre présence physique, ressourcent les mythes
bibliques et antiques. Enfin, dernière remarque, le poème est dédié à « Arlette » dans
l’édition de 1971, dédicace certainement rajoutée lors de la publication chez Corti : ce « pèr
Arleto » renforce évidemment le transfert vers Èvo, ne serait-ce que par la préposition
partagée, mais également par l’intention de louer la femme aimée, inspiration dantesque et
pétrarquisante manifeste. La dédicace ne figurant pas dans la réédition de 2010, seul le
volume de Pouèmo établit un lien entre Èvo et la femme à qui le poème est dédié, ce que
nous devons reconnaître pour notre propos.
L’évidence cosmogonique du Pouèmo pèr Èvo s’impose. Nous notons ici ce qui a déjà
été relevé : la naissance à l’œuvre s’appuie sur des éléments bibliques inspirés par La
Genèse, fondus parfois avec d’autres images mythologiques, notamment celle de Vénus
sortant des eaux, tout cela mettant en lumière quelques idées fondamentales constituant un
socle primordial pour l’œuvre. Ce sont ces idées, notamment celles du Paradis perdu et du
désir sur lesquelles nous voudrions mettre l’accent en nous préoccupant des premières

26

Ainsi pouvons-nous souhaiter une lecture orale de cette œuvre d’un seul tenant, à plusieurs voix, en un soir
clair d’été provençal…

13

�strophes, mais ne nous privant pas d’incursions dans l’ensemble du poème et même du
Pouèmo. Le pari critique qui est le nôtre se fonde sur le sentiment que les images
récurrentes révélées par l’œuvre, notamment celles de l’arbre et du soleil repérées et
analysées notamment par Céline Magrini (2010b)27, s’inscrivent dans un cadre général
répondant à deux ou trois idées maîtresses, celle du Paradis perdu, ainsi que sur une
« écriture du désir » souvent dissimulée, ne se limitant pas aux seules manifestations de la
libido au sens freudien du terme, mais plus sûrement ancrée dans la nature de « l’être-aumonde » se définissant avant tout comme un « être-désirant ». Ainsi, le Paradis perdu que
l’homme recherche et que le poème recompose s’élabore-t-il comme une volonté affirmée
de « l’être-désirant » de découvrir un paysage dissimulé à sa vue ; les signes du monde qu’il
dévoile permettent au poète de les mettre en lumière et ainsi d’accorder à toute vie
humaine un sens, celui du déploiement de la parole et de l’affirmation de son être par la
puissance du dire. Comment ne pas concevoir alors que le mouvement directionnel ne soit
pas celui d’une assomption, élévation de l’être vers un ailleurs intelligible, pourtant façonné
par une réalité première, celle des éléments naturels qui composent le monde, géographie
physique et humaine qui a été celle du poète tout au long de son existence ? Comment ne
pas comprendre que cette aspiration ne soit pas spirituelle, religieuse au sens premier du
terme28, définissant l’homme par sa pensée, ses sensations et ses sentiments existentiels
tout autant que par sa geste, ces deux natures n’étant en aucune façon incompatibles ? La
recherche de cette parole originelle s’articule donc autour de la notion du Pouèmo inscrit
dans le Temps, mais s’affronte à son action, à son usure, celle de l’homme et des objets, à
son déroulement auquel s’oppose avec force toute la ténacité et la majesté de l’élévation,
celle de l’arbre inversant ses racines vers le soleil ou celle de l’homme qui, patiemment, tisse
une demeure de paroles afin de déchiffrer les signes enfin reconnus de l’espace qu’il habite.
Les premiers vers affirment l’immensité de la terre que le regard d’Adam parcourt
sans en trouver les limites, terre échappée des ténèbres que le soleil réchauffe et éclaire –
« soulèu » est sans aucun doute une des occurrences les plus rencontrées dans ce poème et
même dans l’ensemble de l’œuvre – en ce jour nouveau de la Création. La terre n’est pas en
soi « gaste », pas encore dévastée par les hommes, car ce temps est celui de l’après
immédiat du Péché originel, le fruit ayant déjà été mordu, le désir ayant déjà été rencontré.
Elle n’est pas une « waste land » selon la description qu’en donne T. S. Eliot29, mais ne
constitue pas un jardin d’Eden, au sens propre et figuré du mot, car l’accent n’est pas mis sur
la luxuriance de ce Paradis, ni même sur la « faute », mais tout au long du poème sur la
quête amoureuse d’Adam et la rencontre d’Ève. Cette rencontre, semblable à celle illustrée
par la lyrique amoureuse, induit l’idée de la perte du Paradis, mais aussi celle du désir, car la
27

Elles sont reprises dans le titre du film de Jean-Daniel Pollet, L’arbre et le soleil : Mas-Felipe Delavouët et son
pays, tourné en 1989 et 1990 et diffusé en octobre 1991 sur la chaîne de télévision « la Sept » dont on peut
regretter qu’il ne soit pas actuellement accessible.
28

Au sens premier de « religere ». Cette religiosité pose indirectement que la question de Dieu qui, comme
René Moucadel l’a justement remarqué, est effacé dans le Pouèmo pèr Èvo au profit d’une « astrado »
(Moucadel 2010, 82).
29

Notre référence à Eliot n’est pas neutre. Elle souligne la connaissance de la littérature anglaise par
Delavouët, de Milton jusqu’aux écrivains de Bloomsbury. Charles Mauron, ami intime du poète, était lecteur et
traducteur de littérature anglaise (Sterne notamment) et a fréquenté les membres de Bloomsbury, notamment
les Woolf (il est cité de nombreuses fois dans le Journal de Virginia Woolf qui le rencontre lors de ses séjours
provençaux). Une photographie publiée sur le site du Centre Delavouët montre le poète au Bayle-Vert en 1961
en compagnie de Charles Mauron et d’E. M. Forster. Tout un cheminement d’intertextualité et de lectures
devrait ainsi être défini.

14

�caractéristique d’Adam et d’Ève est celle de leur double naissance : apparition au monde
selon la volonté divine, mais également pulsion de désir qu’ils ressentent l’un pour l’autre
une fois le fruit de l’arbre de la connaissance cueilli et mangé. Tout cela ne peut exister sans
la perte originelle du Paradis. Or ce qu’exprime Delavouët, au-delà des ornements bibliques
du poème, c’est bien le sentiment d’un Paradis perdu que l’homme aurait fui, négligé, oublié
et qu’il lui faudrait retrouver. Cette idée prend sa source évidemment dans la lecture de La
Genèse, mais aussi dans le mythe de l’Âge d’or dont on sait qu’il est ovidien et virgilien. Nous
pourrions gloser à l’infini sur l’intertextualité qui se dessine, des écrivains de l’Antiquité
jusqu’à Milton30 et tous les poèmes cosmogoniques, La Divina Commedia en premier lieu.
L’Âge d’or et le Paradis perdu demeurent de ces thèmes littéraires qui renvoient
immanquablement à la situation de « l’être-au-monde » : la définition d’un espace et d’un
Temps égarés de la conscience humaine signifient a contrario que la place de l’homme en
son époque et son habitat demeure étroite, et qu’il garde le souvenir ancestral d’un lieu
paradisiaque où justement Temps et espace alliés devaient être considérés autrement et
non pas à l’échelle de la mesure humaine. Or il ressort de ce Pouèmo pèr Èvo une
dichotomie de l’entre-deux, comme si l’homme se tenait toujours à l’errour comme le dit le
provençal, au crépuscule où le fruit dans le pommier est remplacé par « lou grand soulèu
saunous »31 (Delavouët 1971, 8, 2010, 8). Images du soleil, du sang et du père sont ainsi
associées et définissent le cadre spatial d’un Paradis, celui d’Adam donc celui d’après, où
règnent les éléments sanguinolents du crépuscule et où l’homme n’aura d’autre quête que
celle d’une recherche infinie.
La quête d’Adam, quête d’Ève et de l’image de la femme, est celle découverte par le
désir. La Genèse dit en d’autres mots ce que le freudisme a affirmé : la naissance de
l’homme est double, elle est premièrement biologique et s’accentue ensuite dans l’évolution
de la personnalité psychique que la libido, l’impulsion première du désir, signifie plus que
tout autre. Tout cela est étape, construction, élaboration, comme si l’être devait, d’un point
de vue religieux, renaître autre qu’il n’était après le Péché originel, se découvrant nu et
attiré par la beauté du corps de la femme. La Genèse désigne donc l’irruption du désir qui,
allié au Péché originel, transforme le dessein de Dieu. Delavouët ne met pas l’accent sur le
Péché originel, tout au plus est-il évoqué comme un « fru gardant la mourdeduro de nòsti
dènt »32 (Delavouët 1971, 10, 2010, 8), comme une trace, une cicatrice. La fusion amoureuse
peut avoir lieu, union charnelle et mystique confinant au fantasme des origines :
Èvo, moun Èvo, dins lou nis moufle que fan
ti geinoun dessarra, ti bras dubert, ti pousso,
plega dins ta calour d’erbo coume un enfant
vole me perdre long li flot d’uno mar douço
mounte jamai m’ère perdu
e retrouva ma maire en me negant dins tu ;
aquelo maire qu’a ni visage, ni noum,
qu’es la terro e lis aigo e lou vènt d’uno bouco
e que retrove enfin, coucha dins ti geinoun,
30

N’oublions que le Paradise Lost de Milton, par le truchement de la traduction de Châteaubriand, est l’un des
ouvrages les plus prisés par les jeunes félibres, Mistral et Aubanel en premier lieu.
31

« le grand soleil saignant ».

32

« fruit gardant la morsure de nos dents ».

15

�moun Èvo, au founs de tu, quand moun desir s’abouco,
e que, lava di jour amar,
retrove l’infini de la terro e di mar.
(Delavouët 1971a, 20, 2010, 30)33

L’érotisation manifeste de l’écriture se rapporte à l’image maternelle et terrestre.
Ainsi, l’imago féminine demeure-t-elle ancrée dans l’évocation de la terre nourricière, mais
n’est pas dénuée d’une description érotique, les genoux « dessarra » d’Ève dessinant un
« nis moufle » accueillent le premier Homme comme identification d’une « origine du
monde » découverte après le Péché originel, Adam et Ève, puis tous les hommes et toutes
les femmes étant livrés à la chair et à ses voluptés. Cette mère constitue une imago
féminine, ce qui, en soi, n’est pas singulier, mais ce qui rapporté à la terre trouve un
aboutissement quasi naturel dans la littérature d’oc. Nous savons en effet que la trinité
« terre-mère-langue » est singulièrement opérante chez le sujet Mistral, Delavouët se
trouvant ici en filiation mistralienne, mais bien plus qu’une filiation, nous voudrions y voir
une constitution psychique que le poète du Bayle-Vert investit comme une thématique
poétique. Nous serions donc enclin à y relever une marque biographique puis littéraire : la
première signifie les thématiques de l’œuvre, du moins ce qui est de l’ordre de son
saisissement, la seconde s’inscrit dans les codes. L’investissement effectué par Delavouët n’a
rien d’une quelconque idéologie de la terre, mais procède de la remembranço d’une fusion
originelle entre la terre et les hommes, ce qu’Adam souligne en disant que cette mère n’a
pas de visage et de nom. Cette référence maternelle hypothétique se perd dans la nuit des
temps à laquelle l’apparition de la femme donne un sens, celui du désir, de la quête
amoureuse et de l’amour. De la même façon que Dante rencontre Béatrice aux portes du
Paradiso, la quête d’Ève signifie l’existence d’Adam, non seulement par l’altérité qu’il
découvre, mais aussi par le désir qui est désormais le sien et qui le constitue comme « êtredésirant ». Cette aspiration est celle d’un infini, d’une conjonction d’éternité que seul
l’amour peut offrir à l’homme après avoir été chassé du Paradis terrestre et qu’il erre sur la
terre. Cette éternité en quelque sorte « égarée », il peut la retrouver dans les bras d’une
Ève, l’amour apparaissant comme le seul sentiment pouvant affronter la dimension du
Temps et son étroitesse.
Nous pouvons considérer que le Pouèmo pèr Èvo prend appui sur quelques idées
fondamentales qui seront celles de l’ensemble du Pouèmo ; ces lignes de force conduisent le
lecteur vers la situation de « l’être-au-monde » en dégageant quelques constatations
premières : l’homme demeure à jamais marqué par le Paradis perdu dont la recherche
constitue sa principale quête, un homme marqué par l’irruption du désir, de sa force et du
visage de la femme aimée. L’œuvre tisse également un tissu tramé avec les symboliques que
les éléments naturels lui offrent : arbres, feuilles, étendues, vagues où terre et mer
dialoguent, portant la vue vers l’infini désiré, homme aspirant à relier matérialité et
intelligibilité. D’entre tous ces éléments se distinguent bien sûr les astres, soleil, lune,
étoiles, mais également l’arbre comme symbole éminent du religere. Le sens d’une vie
d’homme réside donc dans la quête, celle qui emprunte le chant du poète-Orphée, parole
défiant le Temps qui sera toujours vainqueur, mais qui ne peut pas empêcher l’homme de
parler :
33

« Ève, mon Ève, dans le nid moelleux que font – tes genoux desserrés, tes bras ouverts, tes seins, – roulé
dans ta chaleur d’herbe comme un enfant – je veux me perdre le long des flots d’une mer douce, – où jamais je
ne m’étais perdu – et retrouver ma mère en me noyant en toi » (Delavouët 1971a, 21, 2010, 31)

16

�que vèngue sout la terro uno grand gàbi d’os
ount coume un aucèu mort un cor s’empergamino
quand, se mudant en verme e l’arnant coume un bos,
lou tèms, toujour lou tèms longo mai l’enfrumino,
iéu, mort deman e vuei rascla,
lou tèms m’empacho pas, iéu l’ome, de parla.
(Delavouët 1971a, 38, 2010, 66)34

Le pouvoir absolu de l’homme, celui que l’on ne peut pas lui ôter, consiste dans la
prise de conscience de ce qu’il est, dans la réflexion qui le porte à considérer sa place dans le
monde et dans sa parole, son dire qui d’une certaine façon, souligne le sens de sa vie. Adam
est un homme qui parle, le premier affirmant la puissance de la parole pour tous ceux qui
après lui viendront. Il est celui qui décrit la geste, ordonne l’idée qui nature son état, sa
double appartenance au monde et la conscience qu’il en a, relation étrange de découverte
de l’espace et de sa volonté affirmée d’en repousser les limites. Adam, du début à la fin, est
cet homme qui ne peut s’empêcher de parler et qui revient, à la toute fin du Pouèmo,
signifier sa lutte contre le Temps, cette ultime « Paraulo encaro i coumpagnoun dóu vèspre »
qui clôt toute l’œuvre :
Chascun retroubara la niuechado e sa pas
e saupra plus se, pèr bressa sa sounnoulènci,
lou tèms toujour dins éu picara coume un pas
o se, mai liuen qu’un cor mesurant lou silènci,
entendra marcha, dins lou tard,
toujour vers sa vièio orto Adam toujour testard.
(Delavouët 1991, 182)35
*

Cette élaboration poétique complexe, qu’elle soit formelle, thématique ou
métaphorique, trouve son origine dans le creuset psychique de l’écrivain. Loin de nous l’idée
d’assimiler l’homme Delavouët et l’écrivain, fidèle en cela à l’identification du Moi-écrivain
que nous avons définie pour Mistral (Casanova 2004, 2016). La question essentielle qui
demeure posée est celle du choix : pourquoi ces thématiques, ces métaphores, cette forme
unique ? Définir un choix pour le poète revient à interroger ses motivations conscientes et
inconscientes36. René Moucadel a pleinement raison quand il relève dans les premières
strophes du Pouèmo pèr Èvo les images de la « terro-maire, caudo, lisco, pleno, redouno » et
celles d’un « Paire-soulèu » :

34

« qu’il devienne, sous la terre, une grande cage d’ossements – où, comme un oiseau mort, un cœur se
parchemine, – quand, se changeant en vers et le rongeant comme un bois, – le temps, toujours le temps, à
jamais l’anéantit – moi, mort demain et aujourd’hui étrillé, – le temps ne m’empêche pas, moi l’homme, de
parler. (Delavouët 1971a, 39, 2010, 67).
35

« Chacun retrouvera la nuit et sa paix – et ne saura plus si, pour bercer sa somnolence, – le temps toujours
en lui frappera comme un pas – ou si, plus loin qu’un cœur mesurant le silence, – il entendra marcher, dans le
soir, – Toujours vers son vieux jardin Adam toujours têtu. (Delavouët 1991, 183).
36

Nous ne nous livrerons pas ici à une étude psychanalytique qui n’aurait ni sa place ni l’ampleur qui lui serait
nécessaire.

17

�[…] i a pas rèn que la neissènço d’un mounde mai tambèn l’enfanço d’un ome, enfanço
marcado d’ouro pèr lou dòu e lou malur. Image tambèn d’uno enfanço perdudo liuen e que
s’agis belèu de retrouva, meme fantasmaticamen, pèr pousqué renaisse e reparti sus lou
camin que s’estiro, aquéu camin e aquéu camina que soun de tematico forto de l’obro de
Delavouët. (Moucadel 2010, 82)37

On objectera à une démarche psychanalytique qu’il est sans doute réducteur
d’expliquer ce « camina » poétique à partir des deuils d’une enfance douloureuse. Ce n’est
certes pas le chemin que nous emprunterons, ni sans doute celui de René Moucadel, mais
plutôt celui d’une ouverture vers une prise en compte dans l’élaboration de l’œuvre des
blessures psychiques de l’enfance. Comment résoudre ces blessures que le sujet lui-même
ne peut tout à fait exprimer et qui demeurent enfouies dans la psyché ? L’entreprise
formelle et poétique de Delavouët tend à s’affronter au Temps, comme s’il avait, comme
chacun ou plus que chacun, des comptes à lui demander. Vouloir retrouver un Paradis
perdu, c’est affirmer l’idée d’une recomposition du Temps enfui et inaccessible. Qui peut-on
et veut-on retrouver dans ce Paradis ? Quoi, quel lieu, quelles images ? La réponse est
nécessairement singulière et personnelle. Ce que Mas-Felipe Delavouët a trouvé en
accomplissant ce chemin et en trouvant les clés qui ouvrent les portes ne nous appartient
pas et ne nous regarde pas. Le chemin, celui de l’œuvre inscrite dans le Temps, nous
regarde, car il nous est offert dans les cadres d’une assomption de parole inégalée.
L’essentiel réside dans le chemin et non pas dans son aboutissement – s’il en existe un par
ailleurs –, du Pouèmo et les formes de sa quête, comme si chercher demeurait plus
important et plus gratifiant pour l’homme et le poète que de trouver. Le voyage nécessaire
s’est accompli et sa fin est souvent illusoire. Seule l’affirmation de ce voyage est réelle ; elle
existe comme viatique donné aux lisières de la mort afin de voyager encore et pour
l’éternité dans les mondes autres que les ténèbres façonnent, mais où brillent quelques
« lus » imperceptibles :
Perqué, perqué, se dis, just pèr quàuqui sesoun,
lou tèms me douno dre d’afrounta soun empèri
sèns jamai me douna la clau de si resoun ?
E que mande sus iéu embelido o tempèri,
coume me distraire autramen
qu’en estènt soun badaire avans de dire amen ?
M’acò, soun pes de car sus la terro mantèn
un ome descoura dóu cèu que revouluno.
E meme s’à la fin, ‘mé la mar, vèn lou tèms
pèr escafa si pas di sablo sout la luno,
coume, aiours, poudrié s’escafa
lou trafé qu’afourtis qu’un viage s’es esta fa ? (Delavouët 1983, 156)38
37

« […] il n’y a pas seulement la naissance d’un monde, mais aussi l’enfance d’un homme, enfance marquée tôt
par le deuil et le malheur. Image également d’une enfance perdue loin et qu’il s’agit peut-être de retrouver,
même fantasmatiquement, pour pouvoir renaître et repartir sur le chemin qui s’étire, ce chemin et ce
cheminement qui sont des thématiques fortes de l’œuvre de Delavouët. » (Moucadel 2010, 83)
38

« Pourquoi, pourquoi, se dit-il, à peine pour quelques saisons, – le temps me donne droit d’affronter son
empire – sans jamais me donner la clé de ses raisons ? – Et qu’il envoie sur moi embellies ou tempêtes, ––
comment me distraire autrement – qu’en étant son spectateur avant de dire amen ? –– Sur ce, son poids de
chair sur la terre maintient – un homme que rend nauséeux le ciel qui tourbillonne. – Et même si à la fin, avec

18

�Bibliographie
Éditions de Delavouët
1950
Quatre Cantico pèr l’Age d’or (Quatre cantiques pour l’Âge d’or), Grans, Le Bayle-Vert, comprenant :
- Cantico dóu Bóumian que fuguè torèro (Cantique d’un Gitan qui fut torero) ; rééd. Cantico dóu
Bóumian que fuguè torèro (Cantique d’un Gitan qui fut torero), Saint-Rémy-de-Provence,
Centre de Recherches et d’Études Méridionales, 1990.
- Cantico de l'Ome davans soun fiò (Cantique de l’Homme devant son feu) ; rééd. Cantico de l’Ome
davans soun fiò (Cantique de l’Homme devant son feu), Saint-Rémy-de-Provence, Centre de
Recherches et d’Études Méridionales, 2001.]
- Cantico pèr lou Blad (Cantique pour le Blé) ; rééd. Cantico pèr lou Blad (Cantique pour le Blé) et
Cantico de l’Ome davans soun fiò (Cantique de l’Homme devant son feu), Saint-Rémy-deProvence, Centre de Recherches et d’Études Méridionales, 2001.
- Cantico pèr nosto amo roumano (Cantique pour notre âme romane), lithographies d’Auguste
Chabaud, Grans, Bayle-Vert, 1950 ; rééd. Cantico pèr nosto amo roumano (Cantique pour
notre âme romane), Marseille, C.R.D.P., 1979.
Pouèmo pèr Evo, Grans, Le Bayle-Vert, 1950. rééd. Pouèmo pèr Èvo, Grans, Centre Mas-Felipe
Delavouët, 2010.
1957
Pouèto prouvençau de vuei. Poètes provençaux d’aujourd’hui, s.l., Groupamen d’Estùdi Prouvençau,
1957.
1958
Calendié pèr Eleno, Fe, n°181, Aix-en-Provence, printèms 1958, p. 49-54, n°183, outouno 1958,
p. 135-140. Une édition pour bibliophile a été effectuée en 2015 dans la collection des
« livres du Bayle-Vert » (livres d’artiste), accompagné par une traduction française de MasFelipe Delavouët.
1971a
Pouèmo I : Pouèmo pèr Evo (Poème pour Eve) ; Courtege de la Bello Sesoun (Cortège de la Belle
Saison) ; Blasoun de la Dono d’Estiéu (Blason de la Dame d’Eté) ; Cansoun de la mai Auto
Tourre (Chanson de la plus Haute Tour) ; Ço que Tristan se disié sus la mar (Ce que Tristan se
disait sur la mer), Paris, José Corti.
1971b
Pouèmo II : Danso de la pauro Ensouleiado (Danse de la pauvre Ensoleillée) ; Camin de la Crous
(Chemin de la Croix) ; Pèiro escricho de la Roso (Pierre écrite de la Rose) ; Istòri dóu Rèi mort
qu’anavo à la desciso (Histoire du Roi mort qui descendait le fleuve) ; Lou Pichot Zoudiaque
ilustra (Le petit Zodiaque illustré) ; Lusernàri dóu Cor flecha (Lucernaire du Cœur fléché),
Paris, José Corti.
la mer, vient le temps – sans effacer ses pas des sables sous la lune, – comment, ailleurs, pourrait s’effacer – la
trace qui atteste qu’un voyage a été fait ? » (Delavouët 1983, 157)

19

�1977
Pouèmo III : Balado d’aquéu que fasié Rouland (Ballade de celui qui faisait Roland), Paris, José Corti.
1981
Patrimòni (Patrimoine), La Dicho dóu Vièi Granouien, (Le Dire du Vieux Gransois), Marseille, C.R.D.P.
1983
Pouèmo IV : Inferto à la Rèino di mar (Offrande à la Reine des mers) ; Ouresoun de l’Ome de vèire
(Oraison de l’Homme de verre) ; Dicho de l’Aubre entre fueio e racino (Dire de l’Arbre entre
feuilles et racines), Saint-Rémy-de-Provence, Centre de Recherches et d’Études
Méridionales.
1991
Pouèmo V : Cant de la tèsto pleno d’abiho (Chant de la tête pleine d’abeilles), Saint-Rémy-deProvence, Centre de Recherches et d’Études Méridionales.
1996
Polyphonies 1996 : Polyphonies, « Poètes provençaux d’aujourd’hui », n°21-22, Paris, La Différence,
1996-1997.

Autour de Delavouet
MAURON 1992 : Claude Mauron, Bibliographie de Mas-Felipe Delavouët, Saint-Rémy-de-Provence,
Centre de Recherches et d’Études Méridionales, 1992.
MAURON 2001 : Claude Mauron, Bibliographie de Mas-Felipe Delavouët. Premier Supplément, SaintRémy-de-Provence, Centre de Recherches et d’Études Méridionales, 2001.
Cahiers Bayle-Vert 1, 2010 : Les Cahiers du Bayle-Vert, n°1, « Autour d’Ève », Grans, Centre MasFelipe Delavouët, 2010.
Cahiers Bayle-Vert 4, 2013 : Les Cahiers du Bayle-Vert, n°4, « Autour de Histoire du Roi mort qui
descendait le Fleuve », Grans, Centre Mas-Felipe Delavouët, 2013.
Cahiers Bayle-Vert 6 2015 : Les Cahiers du Bayle-Vert, n°6, « Avec le temps… », Grans, Centre MasFelipe Delavouët, 2015.
GARAVINI 1967 : Fausta Garavini, L’Empèri dóu soulèu. La Ragione dialettale nella Francia d’oc,
Milano – Napoli, Riccardo Ricciardi, 1967.
GARDY 2003 : Felip Gardy, Figuras dau poèta e dau poèma dins l’escritura occitana contemporanèa.
Marcela Delpastre, Mas-Felipe Delavouët, Bernat Manciet, Renat Nelli, Montpeirós, Tèxtes
Occitans, Jorn, 2003.
Impressions du sud 1984 : Impressions du Sud n°5, Aix-en-Provence, mai 1984.
Impressions du Sud 1991 : Impressions du Sud n°27/28, Aix-en-Provence, hiver-printemps 1991.
LAFONT 1993 : Robert Lafont, « Posandièrs », La Revista occitana, n°1, octobre 1993, p. 125-211.
Les Lettres françaises 1991 : Les Lettres françaises, n°12, Paris, septembre 1991.
MAGRINI 2008 : Céline Magrini-Romagnoli, « Max-Philippe Delavouët et l’art roman en Provence »,
La France Latine, n°147, 2008, p. 151-191.
MAGRINI 2010a : Céline Romagnoli-Magrini, « Une Lecture du Pouèmo pèr Èvo », Les Cahiers du
Bayle-Vert, n°1, « Autour d’Ève », Grans, Centre Mas-Felipe Delavouët, 2010, p. 38-80.

20

�MAGRINI 2010b : Céline Magrini-Romagnoli, « Adam et son arbre chez trois écrivains de
l’enracinement : André de Richaud, Charles-Ferdinand Ramuz et Max-Philippe Delavouët »,
La France Latine, n°151, 2010, p. 117-192.
MAURON 1995 : Claude Mauron, « Notes sur la strophe de Max-Philippe Delavouët », Mélanges Paul
Roux, La Farlède, Association Varoise pour l’Enseignement du Provençal, 1995, p. 241-250.
MAURON 2000 : Claude Mauron, « Initiation à la géographie poétique de Max-Philippe Delavouët »,
La Pensée de midi, vol. 1, n°1, Toulouse, 2000, pp. 74-79.
MOUCADEL 2010 : René Moucadel, « Quàuqui noto sus lou proumié mouvamen d’Èvo… », Les Cahiers
du Bayle-vert, n°1, « Autour d’Ève », Grans, Centre Mas-Felipe Delavouët, 2010, p. 82-87.
THUNIN 1984 : Jean Thunin, La Présence et le mythe : lecture de l’œuvre poétique de Mas-Felipe
Delavouët, 2 vol., Salon-de-Provence, La Destinée, 1984.

Autres
ANZIEU 1981 : Didier Anzieu, Le Corps de l’œuvre, Paris, Gallimard, 1981.
CASANOVA 2004 : Jean-Yves Casanova, Frédéric Mistral. L’Enfant, la mort et les rêves, Perpignan,
Trabucaire, 2004.
CASANOVA 2016 : Jean-Yves Casanova, Frédéric Mistral. L’Ombre et l’écho, Paris, Classiques Garnier,
2016.
MISTRAL 1970 : Frédéric Mistral, Lis Isclo d’Or, édition de Jean Boutière, Paris, Didier, 1970. Première
édition, Paris, Lemerre, 1876.

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&lt;head&gt;&#13;
&lt;/head&gt;&#13;
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&lt;html&gt;&#13;
&lt;head&gt;&#13;
&lt;/head&gt;&#13;
&lt;body&gt;&#13;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&#13;
&lt;p&gt;Communication de Jean-Yves Casanova dans le cadre de la journ&amp;eacute;e d'&amp;eacute;tudes&amp;nbsp;ReDoc-LLACS : La collection &amp;laquo; Messatges &amp;raquo; de l'IEO 1945-1960, Montpellier, 27 janvier 2018.&lt;/p&gt;&#13;
&lt;/div&gt;&#13;
&lt;/body&gt;&#13;
&lt;/html&gt;</text>
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&lt;html&gt;&#13;
&lt;head&gt;&#13;
&lt;/head&gt;&#13;
&lt;body&gt;&#13;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Comunicacion de Joan-Ives Casanova dins l'encastre de la&amp;nbsp; jornada d'estudis&amp;nbsp;ReDoc-LLACS :&amp;nbsp;La colleccion &amp;laquo; Messatges &amp;raquo; de l'IEO 1945-1960, Montpelhi&amp;egrave;r, 27 de geni&amp;egrave;r de 2018.&lt;/div&gt;&#13;
&lt;/body&gt;&#13;
&lt;/html&gt;</text>
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                <text>Delavouët, Max-Philippe (1920-1991)</text>
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        <name>Colleccion Messatges = collection Messatges</name>
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        <name>Poesia occitana = poésie occitane</name>
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                    <text>Entre occitanistas e mistralencs :
D. Saurat
Joan-Francés COUROUAU, Universitat de Tolosa, UT2J, PLH-ELH

Es sul ser de sa carrièra e de sa vida que Danís Saurat (1890-1958) venguèt a l’escritura
poëtica occitana. Après aver dirigit pendent mai de vint ans (1924-1945) l’Institut francés de
Londres e aver redigit un nombre impressionant de libres e d’articles tant en francés coma en
anglés, faguèt irrupcion dins lo mond de las letras d’òc per un còp d’esclat e en passant per
una pòrta inacostumada. La publicacion de poèmas en occitan entitolats « Poèmes cathares »
dins la liurason del 1er d’octòbre de la prestigiosa revista francesa NNRF que dirigís lo
Nimesenc Jean Paulhan es assortida d’una presentacion istorica signada de Saurat ont afirma
qu’aqueles poèmas en occitan foguèron compausats al sègle XIV. Una polemica s’enseguís sus
aquela datacion que dura mantuns meses avant que Saurat finisca per reconéisser, dins la
NNRF del 1er de genièr de 1954, que los poèmas catars de la NNRF son l’òbra de son amiga,
Laurença de Beylié, sens pr’aquò donar d’explicacions sus la version occitana que confessèt
pas jamai èstre estada de sa man. La polemica dona l’escasença als intellectuals occitanistas
de dintrar en contacte amb Saurat qu’a aquel moment de sa vida es installat amb sa femna,
Ella, sus las nautors de Niça. Aital, d’intellectuals occitanistas coma Carles Camproux, PèireLoís Bertaud, Robèrt Lafont, Ismaël Girard… establisson una correspondéncia amb Saurat, de
còps lo visitan o lo rescontran personalament, de ligams se teisson, una collaboracion se bota
en plaça. Que desemboca sus de realizacions editorialas. Pro rapidament, en efièch, tre 1954,
Saurat, dins de condicions que vòl environadas de mistèri, se bota a escriure una poësia en
occitan particularament originala dins lo paisatge literari occitan, noirida de sa pensada
ocultista e d’experiéncias divèrsas qu’afirma viure en ligason amb sas originas familhalas
situadas en país de Foish.
La colleccion « Messatges » de l’IEO va aculhir dos volums d’el del temps qu’es viu. En
1954 publica un librilhon que compòrta un sol poèma que li balha son títol, Ac digas pas (13
paginas). Un an mai tard, en 1955, es sa granda òbra, Encaminament catar (125 paginas),
recuèlh compausat de cinc ensembles poëtics :
- « Le Soldat »
- « La Veusa »
- « Los Gigants catars », poèma publicat l’an d’avant dins Òc (1954)
- « Ac digas pas », représ de l’edicion de la colleccion « Messatges » de 1954
- « La Verge »
A aqueles dos volums cal apondre, publicat en 1956, un recuèlh de poèmas que
compren los « Poèmes cathares » de la NNRF, amb aqueste còp lo nom de l’autora, Laurença
de Baylié. Aquestes Poèmas mistics (23 paginas) pareisson « amb una version catara en
occitan per Denis Saurat ».
Saurat compausa tanben en 1957 dos autres poèmas longs, Le Cassaire e Blaco qu’es
previst que parescan dins la colleccion « Messatges ». Lo projècte es ja plan endralhat per la
primièra òbra quand Saurat morís, lo 7 de junh de 1958. Finalament, cal esperar 1960 per

1

�veire sortir de las premsas, totjorn dins la colleccion « Messatges », Encaminament catar II. Lo
Caçaire (59 paginas)1.
Malgrat sa corta carrièra de poèta de lenga occitana (cinc ans, a la gròssa, de 1953 a
1958), Saurat es un autor que son òbra publicada apareis ligada essencialament a la colleccion
« Messatges » de l’IEO. La sola infidelitat que li aja facha es la publicacion en 1954 de La Bierjo
lhi diguec, en cò d’Edoard Aubanel, a Avinhon, que serà représ un an mai tard dins lo volum
Encaminament catar de 1955.
Aquela constància dins las causidas editorialas que lo pòrtan de tota evidéncia cap a
l’occitanisme de l’IEO amaga pr’aquò, coma o senhala ja un pauc la publicacion del librilhon
en grafia non alibertina de La Bierjo lhi diguec, una cèrta complexitat dins lo posicionament
d’un autor vengut d’en defòra del microcosme poëtic d’òc. Saurat, quand comença d’escriure
en occitan, a darrièr el una longa experiéncia d’escrivan e es ligat per una amistat anciana amb
un dels defenseires mai acarnassits de la causa provençalista, Sully-André Peyre. Rapidament,
se va trobar escambarlat entre sa fidelitat a Peyre e sos novèls amics occitanistas. Mercé a la
rica correspondéncia de Saurat, conservada a l’Institut francés del Reiaume-Unit2, a Londres,
dispausam d’un observatòri de tria sus las garrolhas ferotjas qu’opausan occitanistas e
mistralencs e que Saurat se retròba al mitan.

D’un costat, Sully-André Peyre e lo mistralisme
Los ligams entre Saurat e Sully-André Peyre datan pas de ièr. Remontan a la debuta
dels ans 1920, probablament en 1921, al moment que Peyre fonda la revista literària Marsyas
que ne serà l’animator inlassable pendent quaranta ans. La revista Marsyas es, amb la revista
Òc, l’una de las doas revistas literàrias mai importantas per la literatura d’òc per aquel periòde
1920-1960 (Auglans 2008). Dins sa revista, Peyre publica d’autors de lenga francesa e de lenga
occitana, amb una atencion marcada pels autors provençals mas tanben d’autres venguts
d’orizonts diferents del domeni provençal. Saurat es associat estrechament a la gestion de la
revista, primièr en fornissent el-meteis quantitat d’articles de son calam, principalament per
de subjèctes ligats a las literatura francesa e anglo-saxona, segond en favorizant, mercé a sas
rets relacionalas fòrça diversificadas e amplas, de collaboracions mai o mens regularas
d’autors de nivèl internacional que participan a la notorietat de la revista. Aquela
collaboracion entre Peyre e Saurat coneis un temps d’interrupcion quand susven la Segonda
Guèrra mondiala, d’un costat perqué Saurat se retròba « blocat » a Londres, e d’autre costat
perqué la revista, a l’instigacion de Peyre, daissa de paréisser. A la Liberacion, quand torna
prene la publicacion, los dos òmes que sovent lor es arribat de se rescontrar amb lors esposas
respectivas tornan establir lor comèrci intellectual, al benefici de la revista. La
correspondéncia entre los dos, per aquel periòde, sembla de pas èstre estada conservada,
mas avèm tota rason de pensar que contunhèt d’èstre intensa e fruchosa. Saurat e Peyre
aiman d’escambiar d’idèas, d’impressions e de conselhs de lectura, se tenon informats l’un e

1

Aquel tèxt compren un passatge, la balada « A l’entrada del temps clar », qu’èra estat publicat jos una forma
diferenta dins Òc (203, genièr-febrièr-març de 1957). Vej. Courouau 2015.
2

Las citacions de las correspondéncias se fan a partir de las letras conservadas dins lo fons Denis Saurat de
l’Institut francés de Londres (IFL), lo numèro indicat es lo del dorsièr.

2

�l’autre de l’actualitat culturala de lor temps. Lor amistat, intellectuala e umana, dura despuèi
mai de trenta ans quand Saurat comença son activitat de poèta de lenga d’òc.
La fisança entre los dos intellectuals ja trantalha un pauc a la parucion dels « Poèmes
cathares » en octòbre de 1953 dins la NNRF. Peyre fa partida de los, nombroses, que dobtan
de lor autenticitat. Dins una letra a Saurat datada del 13 d’octòbre, fa estat d’un article
dubitatiu que Carles Camproux ven de publicar dins Le Midi libre e formula l’ipotèsi que los
poèmas sián de Saurat. Tot en reconeissent lor qualitat estetica, bota en causa lor ancianetat,
d’un costat, e d’autre costat, critica lor lenga e la grafia emplegada :
Ce charabia et cette cacographie ne les empêchent pas d’être fort beaux mais, malgré le
prétendu psychologique dont parle Denis, je ne vois guère la possibilité qu’ils remontent au XIVe
siècle, ni comme idées, ni comme sentiments, ni comme prosodie.
Je commence à croire que Denis qui a commencé à traduire ses Dialogues Métaphysiques en
patois ariégeois, est l’auteur de ces poèmes cathares.
Je retrouve d’ailleurs dans la traduction le style poétique de Denis […] mais Denis aurait pu, avec
un peu d’aide complice de ma part, éviter le patois et la cacographie. (IFL 12, SAP a DS, 13
d’octòbre de 1953)

Totas las letras de Saurat a Peyre son pas conservadas, mas ne deu anar aital amb el coma
amb sos autres correspondents pendent los meses que seguisson sus aquel subjècte : Saurat
entreten lo mistèri sus la paternitat e la datacion dels poèmas « catars », distilla las
informacions amb parcimonia amb la risca de metre a l’espròva la paciéncia de sos
interlocutors. Es una mena de jòc del gat e de la mirga que s’instaura entre los dos
correspondents que va pas brica far arrestar la publicacion, dins la liurason de la NNRF de
genièr de 1954, d’una nòta de Saurat censada dissipar lo mistèri. Saurat e Peyre debaton dins
las colonas de Marsyas (307) mentre que Peyre remanda a Laurença de Beylié los
manuscriches de poèmas d’ela que Saurat li aviá fach passar dos ans aperabans. N’aprofiècha
Peyre per dire un pauc mal de Paulhan :
Je maintiens que Paulhan est un doux fumiste mais je dis doux parce que si d’un côté il y a un
engouement pour Dubuffet et les promesses faites à Lochac jamais tenues, il y a d’un autre côté
qu’il faisait de la Résistance pendant que Drieu La Rochelle et Marcel Jouhandeau faisaient de
la collaboration ; et qu’ensuite Paulhan s’est élevé contre les excès des Résistants.
Vous voyez que je sais être juste.
Je répondrai courtoisement à Mme Laurence de Beylié malgré le peu de temps que j’ai.
[…]
N’est-ce point une étrange destinée que de tomber des Turcs chez les Cathares, et de la
bronchite aux cathares ? (IFL 12, SAP a DS, 14 de genièr de 1954)

La remarca finala, allusion a un viatge a Istanbul que Saurat n’èra tornat amb una bronquiti,
es caracteristica de l’umor de Peyre, mescladís de benvolença e de corrosivitat que manifèsta
amb fòrça correspondents e particularament amb Saurat que li es ligat per de ligams d’estima
e de fisança recipròcas. Pauc a cha pauc, las relacions çaquelà se van destendre. Peyre se planh
pro d’ora que Saurat escriga pas mai dins Marsyas. En se referissent a una letra ont Saurat
auriá anonciat son intencion de laissar sa collaboracion a la revista que los ligavan totes dos3,

3

Se seguissèm Peyre, aquela novèla seriá contenguda dins la letra de DS a SAP del 8 [de febrièr, a priori], mas
dins la letra del 8 de febrièr de 1954, conservada a l’IFL, se tròba pas brica aquel tipe d’anóncia de la part de

3

�Peyre manifèsta sa contrarietat que los occitanistas (qu’apèla « les Occitans ») tiren Saurat de
lor costat :
En même temps que cette lettre dans laquelle vous nous dites que Denis n’écrira plus d’article,
nous avons reçu le n° de janvier des Annales de l’Institut d’Etudes Occitanes avec l’article de
Denis sur Blake et le catharisme anglais (que nous allons lire à loisir).
Cette coïncidence nous a fait beaucoup de peine car les Occitans qui, depuis La Branche des
oiseaux et faut d’arguments valables m’accablent d’injures, y verront autre chose qu’une
coïncidence dont l’origine est certainement antérieure à la décision de Denis, et se flatteront
d’avoir dérobé Denis à Marsyas pour l’accaparer. Outre le déchirement que cela nous fait, il y a
que cela paraît me tirer dans les jambes au moment où je fais de vastes efforts pour, d’une part,
nettoyer les écuries d’Augias du Félibrige et, d’autre part, pour rassembler l’élite mistralienne
autour de moi avec les poètes de Marsyas et l’étonnant Charles Mauron […].
Les Occitans ont d’ailleurs déjà vu le parti qu’ils pouvaient tirer contre moi de la collaboration
de Denis puisque, quoique ne m’envoyant d’habitude que la revue Oc, où je suis injurié dans
chaque numéro, ils m’envoient maintenant ce n° des Annales avec l’article de Denis.
Bien entendu, je ne prétends pas demander à Denis de refuser sa collaboration aux Annales mais
pourquoi juste en même temps la supprimer à Marsyas ? Je laisse à son amitié les décisions à
prendre.
J’ai l’impression que Denis est en train de miser sur le mauvais cheval car les Occitans finiront
par sombrer dans le ridicule et les mistraliens triompheront. (IFL 12, SAP a DS, 11 de febrièr de
1954)

Una incompreneson s’installa que totes los elements son ja presents dins aquesta letra. Las
publicacions que Saurat fa dins la colleccion « Messatges » de l’IEO (Ac digas pas, 1954 ;
Encaminament catar, 1955) mas tanben, dins una mesura mendra, la en cò d’Aubanel (La
Bierjo lhi diguec, 1954), alimentan la contrarietat de Peyre contra son amic de trenta ans. Lo
diferend pòrta sus tres ensembles de rasons que pareisson pas necessàriament ligadas entre
elas.
Primièr, Peyre es un actor del conflicte qu’opausa los occitanistas de l’IEO e los
mistralencs (apelacion mai precisa que lo Felibritge que recruta de cada costat de la frontièra
ideologica). Tal coma Peyre presenta l’origina de l’ostilitat entre las doas tendéncias, son los
occitanistas que prenguèron l’iniciativa de se’n prene a el :
Je tiens à mettre au point que je ne hais pas les occitans quoique je me batte contre leurs idées ;
ce sont eux qui ont commencé à me haïr, même avant la publication de La Branche des oiseaux
et qui depuis me couvrent d’injures (faute de pouvoir me réfuter). (IFL 12, SAP à DS, 8 de genièr
de 1955)

Dins son discors, abondosas son las metafòras emprontadas al mond militar. D’occitanistas
coma Nelli e Berthaud son qualificats d’ « ennemis » (SAP a DS, 2 de març de 1954). Sus Nelli,
lo jutjament es sevèr e mai se se laissa percebre una marca d’admiracion per son òbra :
J’ai depuis longtemps cessé de correspondre avec René Nelli qui me paraît un poète très subtil
et peut-être aussi un philosophe mystique mais qui, dans sa correspondance, et toujours faute
d’arguments au sujet de La Branche des oiseaux, se montre peut-être plus méchant, plus
venimeux que les autres. (SAP a DS, 11 de febrièr de 1954)
Saurat. A mens de considerar que i aguèsse agut una segonda letra de Saurat mandada lo meteis jorn, i a aquí
un pichòt mistèri.

4

�L’ostilitat de Peyre es tanben dirigida contra Camproux. Tot en admetent que
publiquèt d’el « de beaux poèmes dans Marsyas en graphie provençale », l’acusa
d’oportunisme :
Charles Camproux est avec les Occitans, mais l’occitan est pour lui une langue artificielle quoique
il ne l’avoue pas, et son expression naturelle est le provençal. Je suis d’ailleurs persuadé que cet
ambitieux laisserait tomber les Occitans si ceux-ci sombraient dans le ridicule comme cela peut
leur arriver tôt ou tard.
Charles Camproux me loue dans les causeries radiophoniques qu’il fait à Montpellier et me
rabaisse dans un livre : Histoire de la littérature occitane qu’il vient de publier chez Payot4. (IFL
12, SAP a DS, 13 d’octòbre de 1953)

Dins aquel contèxt, lo raprochament de Saurat d’aqueles enemics occitanistas e
l’adopcion de lor grafia representan una traïson. L’acusacion torna sovent dins la
correspondéncia, amb, en variacion, lo motiu de la « desercion » :
Tout cela me fait beaucoup de peine : d’être trahi par un ami ; et de voir un homme intelligent
se fourvoyer dans une cause absurde. (IFL 12, 24 de novembre de 1954)
Ce qui m’attriste davantage que de voir Denis écrire en patois (et c’est pourtant bien triste) c’est
sa trahison de la Cause provençale qu’il avait faite sienne, trahison dont je ne passe pas de mois
sans avoir quelque nouvel écho. (IFL 12, 17 de mai de 1955)
[…] l’effroyable déchirement qu’a été pour moi sa désertion de la Cause provençale qu’il avait si
bien comprise et si bien défendue dans Marsyas et dans Les Marges à plusieurs reprises et son
entrée dans le camp occitan. (IFL 12, 25 de junh de 1955)

L’animositat contra l’occitanisme apareis aital coma un leitmotiv dins las letras de
Peyre a Saurat, dins una forma que se pòt far cruda, e mai violenta. La reconciliacion entre las
doas tendéncias es impossibla (encara mens que la entre Mendès-France e Edgar Faure, escriu
en genièr de 1956) e es pas rar que Peyre acabe sas letras per una variacion de la formula
Delenda Carthago que ven jos son calam Delenda Occitania [cal destruire Occitània]5.
La segonda rason perqué Saurat e Peyre s’aluènhan l’un de l’autre es l’incompreneson
de Peyre per las causidas lingüisticas e graficas de Saurat. Tre que comença d’escriure sa
pròpria poësia – mas se pòt aplicar aquò a la lenga dels « Poèmes cathares » –, Saurat emplega
la forma dialectala que recebèt oralament de sa familha ariegesa. Per transcriure a l’escrich
aquel parlar foishenc se servís d’una grafia bastida per l’essencial sul sistèma grafic del francés.
S’agís doncas d’una forma de lenga ipèr-localizada transcricha a la basa dins un sistèma qu’es
ni lo del Felibritge ni lo de l’IEO. Per las publicacions dins la colleccion « Messatges » de l’IEO,
Saurat fisa sos tèxtes a sos correspondents que s’encargan de la transcripcion en grafia
alibertina. Per Peyre, aquelas causidas lingüisticas (dialècte foishenc) e graficas (grafia
« patesejaira » o alibertina) son inacceptablas.
Quand pareis La Bierjo lhi diguec dins la grafia de l’autor, la reaccion de Peyre es plena
d’ironia. Nòta non sens satisfaccion que lo librilhon escapa a la colleccion « Messatges » (e
4

Meteis argument dins una letra del 7 de decembre de 1957, a un moment que Camproux a daissat de mandar
a SAP los tèxtes de las emissions que fa a Radio-Montpellier « que si peu écoutent, et [il] m’a diminué autant
qu’il a pu dans son Histoire de la littérature occitane qui aura un large public ».
5

L’expression pòt paréisser rufa mas se tròba la meteissa costat occitanista, coma dins tala letra de Girard a
Rouquette de decembre de 1944 : « Il faut tuer Mistral ! Delenda est… » (citat in Gardy 2015, 87).

5

�doncas a l’occitanisme, als « occitans » e a lor sistèma grafic) e s’amusa tanben a relevar las
incoëréncias del sistèma adoptat per Saurat :
Très chers,
Nous avons reçu La Bierjo lhi diguec.
Je préfère ce poème patois au précédent [Ac digas pas] […] et c’est un poème que j’aurais publié
volontiers dans Marsyas s’il avait été écrit en provençal ou en français, c’est-à-dire dans une
vraie langue, et si l’auteur ne l’avait pas banni de la littérature en le patoisant.
Dès la première page, je tombe sur ceci : e sitot que sera mourto… sitot est évidemment un
affreux gallicisme comme il y en a dans tous les patois de la langue d’oc.
Mais je dois ajouter qu’il y aurait eu une autre condition préalable, c’est le retour de l’enfant
prodigue, comme je l’ai déjà suggéré.
Je remarque d’ailleurs que ce second poème paraît s’éloigner des normes de la graphie occitane
puisque le son ou n’y est pas représenté par o, etc…
Je vois aussi que cette brochure ne fait pas partie de la collection Messatges.
Merci pour la dédicace « affection éternelle » ; malheureusement, ni Sylvie ni moi ne croyons à
la vie éternelle et nous préférerions que Denis nous prouve son affection dans le présent.
Nous vous embrassons temporellement. (IFL 12, SAP a DS, 8 octobre 1954)

En realitat, segon Peyre, Saurat auriá degut escriure son òbra en adoptant lo provençal
mistralenc, exactament coma el, originari del Cailar, dins Gard, faguèt :
Ai-je écrit en patois du Cailar ? – pas même en dialecte languedocien. Pourtant, Le Cailar, où je
suis né, est plus près de Toulouse que ne l’est Maillane (mais par contre, et si l’on compte par
kilomètres, il est plus près de Maillane, qu’il ne l’est de Toulouse !). Trois dialectes, c’est trois de
trop. La Langue provençale, par Droit de Chef d’œuvre, est une et indivisible. Et delenda
Occitania. (IFL, SAP a DS, 27 de genièr de 1958)

Retrobam aquí las idèas que Peyre ja formulèt dins son assag La Branche des oiseaux
(1948) que li arriba sovent de i remandar Saurat e de li recomandar la lectura de cèrts capítols6.
La forma de lenga emplegada per Mistral dins sos caps-d’òbra justifica que los autors se
serviscan d’ela dins lors pròprias composicions e abandonen doncas lor parlar dialectal
qualificat de « patois ».
Autre motiu d’incompreneson de la part de Peyre : la dobertura de Saurat a la pensada
catara. Las teorias de tipe ocultista que defend Saurat al fial de son òbra e de sa
correspondéncia suscitan en cò d’el una mesfisança ironica qu’a l’escasença se pòt
transformar en trufariá crudèla. Aital, dins una letra del 2 decembre de 1954, s’amusa de
donar lo tèxt d’un poèma en forma de pastiche compausat dins un lengatge enfantin ont el
« retrouve le langage des enfants lequel est encore très vivant dans la bouche de leurs parents,
de leurs grands-parents, de leurs oncles et de leurs tantes ». Dins lo marge, Saurat nòta a la
man « très insultant et très bête. montre que SAP n’a pas le sens du langage. je ne réponds
pas. très méchant » e de l’autre costat del poèma « cherche à faire souffrir ». Pregondament,
Peyre, pastat de mistralisme, d’un costat, e de racionalisme, d’autre costat, aderís ni a
l’estetica ni a la pensada de Saurat, demòra estrangièr a un univèrs que ne compren pas las
fondamentas. Sas reaccions, totjorn marcadas per un umor mai o mens devastaire, pòdon pas
que nafrar, a la longa, la sensibilitat de Saurat. Aital, a la correspondéncia regulara despuèi
tant d’annadas succedís un long silenci, entre lo 6 de genièr de 1956 e lo 7 d’octòbre de 1957,
6

Sus aquel assag ont es expausada la pensada de Peyre, vej. Blanchet 1990 e Gardy 2015.

6

�siá quasiment dos ans ont se vei plan que Saurat se retira fàcia a çò que considèra coma d’atacs
incessants. De fach, un còp que reprendràn los escambis, Peyre cambiarà pas ni de pensada
ni d’actitud, contunharà de manejar la meteissa ironia mordenta amb son amic tot en fasent
pròva d’un cèrt tendrum e en protestant de son amistat indefectibla. Pasmens, en efièch, los
dos intellectuals son estacats l’un a l’autre. Es dins sas letras a Ella Saurat qu’o ditz benlèu
Peyre lo mai explicitament, en fasent referéncia al deute qu’espròva per son amic e a la plaça
qu’ocupa per el despuèi la mòrt d’Alfred Orage (1934) :
Now I feel unhappy if Denis is unhappy – the more so as I have a great affection for him, and I
owe so much to him. I think that my mental development since 1921 is greatly due to him, to
the stimulus his mind has given to mine. (IFL 12, SAP a Ella Saurat, 17 de novembre de 1953)
As to me, who after Orage, who is dead, was Denis’ second friend, I ask for more, like Oliver
Twist. Do not twist my hope, – for Denis’ sake. You know I love you both7. (IFL 12, SAP a Ella
Saurat, 11 de febrièr de 1954)

E mai se los ligams entre los dos amics se restabliguèron, la crisa que coneguèt lor
relacion se vei qu’es clarament impactada per l’oposicion entre los tenents del mistralisme
que Peyre n’es lo pòrtavotz emblematic e los de l’occitanisme. Un comèrci intellectual de mai
trenta ans que risquèt de s’abissar dins lo borbolh de las brègas ideologicas e foguèt pas sauvat
qu’in extremis, qualques meses avant la mòrt de Saurat, per la comuna volontat de
sauvagardar lor amistat.

En fàcia, los occitanistas
Las causas avián puslèu mal començat del costat dels occitanistas. La publicacion dels
« Poèmes cathares » dins la NNRF d’octòbre de 1953 fa nàisser lor suspicion ironica. Es lo
romanista Carles Camproux, lingüista e medievista de l’Universitat de Montpelhièr, que reagís
lo primièr en publicant un article tras que dubitatiu dins Le Midi libre (17 de novembre) e
sustot una analisi circonstanciada, a carga, dins la NNRF de decembre. Rapidament, pr’aquò,
las causas van prene una autra tornura mercé a l’entremesa d’un autre romanista, Renat
Lavaud (1874-1955) que Saurat dintra en relacion amb el. Lavaud, establit a Sant-Rafèu (SaintRaphaël, Var), coneis Renat Nelli qu’an trabalhat ensemble suls trobadors, e Pèire-Loís
Berthaud (1899-1956) que sa ret relacionala es ampla8. Es Berthaud que li a adreiçat lo tèxt
dels « Poèmes » per sollicitar lo vejaire del medievista. Dins la meteissa letra de Lavaud del 26
d’octòbre9, aprenèm que Renat Nelli li a anonciat que se prepausa de respondre a Saurat « sur
le mode ironique ». La confrontacion, ça que la, aurà pas jamai luòc. Ja a la fin del mes de
7

Ara me sentissi malurós se Danís es malurós, d’aitant mai qu’ai una granda afeccion per el e que li devi tant.
Cresi que mon desenvolopament mental despuèi 1921 es largament degut a el, a l’estimulus que son esperit
balhèt al mieu.
Per quant a ieu que, après Orage qu’es mòrt, èri lo segond amic de Danís, demandi mai, coma Oliver Twist.
Arroïnetz pas mon esperança, pel ben de Danís. Sabètz que vos aimi totes dos.
8

Fins a sa retirada, Lavaud èra professor al licèu Buffon, a París (Villot 2008). Berthaud es majoral del Felibritge,
coma Lavaud.
9

Contràriament a çò qu’indiqui dins la cronologia de mon edicion de Saurat (p. 359), aquela letra es pas adreiçada
a Saurat mas a una coneissença comuna, qualificada de « cher collègue », benlèu Andrèu Compan.

7

�novembre (lo 25), Saurat escriu a Camproux per li anonciar que los « Poèmes cathares » son
de Laurença de Beylié e comença alara una correspondéncia regulara entre los dos
universitaris que durarà fins a la mòrt de Saurat. Un pauc de temps avant (lo 17), es Berthaud
qu’escriu a Saurat una longa letra plena de deferéncia ont cerca de ne saber mai sus
l’autenticitat dels poèmas catars. Los escambis sus aquela question se van succedir a bon
ritme entre Saurat e sos correspondents, Lavaud, Camproux e Berthaud. Puèi, a flor e a
mesura qu’espelís l’òbra pròpria de Saurat e qu’es question de l’editar, d’autres occitanistas
apareisson : Robèrt Lafont, secretari general de l’IEO, Ismaël Girard, director de la colleccion
« Messatges », Pèire Bèc que s’ocupa de la transcripcion en grafia alibertina, Enric Espieux que
li escriu espontanèament. Los correspondents occitanistas de Saurat son nombroses, mentre
que Saurat es pas en contacte qu’amb un sol representant del mistralisme, Peyre, qu’avèm
vist la complexitat de lors relacions.
Totes aqueles correspondents coneisson la natura dels ligams de Saurat amb Peyre.
Abòrdan lo subjècte amb prudéncia mas sens amagar completament los diferends entre
occitanistas e mistralencs. Berthaud (17 de novembre de 1953) rapèla incidentament que
Peyre concebèt una « supercherie » en usant de l’escais d’Escriveto (Auglans 2008), mas pro
rapidament, cerca de diabolizar – finament – Peyre :
[…] l’hostilité rencontrée vient surtout de ce que les « Occitans philocathares » renâclent
(comme les chevaux dans la fresque de Pise) devant le diabolisme, le talent, la malice de SullyAndré Peyre. Le diable est capable de tout – même d’écrire de beaux poèmes pour
compromettre et séduire les gens. Mais ils oublient que, comme on dit en Provence, « le diable
peut aussi porter pierre » aux cathédrales… et que la sagesse des pauvres hommes est peut-être
de virer en bien ce que d’autres ont conçu en mal, ou du moins d’essayer. (IFL 11, Berthaud a
DS, 19 de novembre de 1953)

Lafont, el, al moment que pareis son libre-botafuòc Mistral ou l’illusion, se’n ten
primièr a una critica del poèta :
Ce qui m’amuse chez Peyre, c’est qu’il écrive maintenant des poèmes cosmogoniques. Mais ils
sont mauvais. Peyre est coupé du génie de la langue ; il n’a de communication ni avec le passé
ni avec le présent. C’est fort triste après tout : P[eyre] est un poète véritable. Quelquefois un
grand poète, qui a succombé sous le poids de l’académisme (IFL 73, Lafont a DS, letra non
datada, posteriora a la publicacion de Mistral ou l’illusion)

avant de passar a l’atac – prudent – del polemista :
Oui, à Marsyas on se trompe. Je répondrai à Peyre comme j’ai déjà répondu à Mauron (dans Le
Provençal). Si Mauron est un triste sire, Peyre est un personnage complexe et complexé, qui
mérite mieux que la guerre stupide qu’il nous fait… (IFL 73, Lafont a DS, 13 de decembre de
1954)

Camproux, autor que foguèt publicat dins Marsyas, usa d’eufemisme en evocant las
garrolhas :
Je suis un ami et un admirateur de Sully-André bien que des divergences de points de vue entre
lui et moi aient fait qu’il m’a appelé un jour « son cher ennemi » (IFL 80, Camproux a DS, 11 de
decembre de 1953)

8

�Lo temps aguent passat, las posicions s’estent aregdidas, lo jutjament es mai trencat
qualques annadas mai tard :
Ço que me disetz de S. A. Peyre non m’estona pas. E ço que, oc ben, m’estona es de veire auqueu
poeta incapable de reconésisser la poesia en lenga d’oc se non es escricha en mistralenc ! I a
aqui una curiosa desformacion per l’esperit [mot illegible] (o sectari) de l’esperit poetic. S. A.
Peyre a per lo mistralenc la supersticion di latinistas per lo lengatge de Ciceron. Mai tot ço que
s’es fach en lenga de Ciceron es letra morta. (IFL 80, Camproux a DS, 31 de març de 1957)

Dins totes los cases, las criticas son mesuradas que tenon versemblablament compte
de la relacion coneguda entre Peyre e Saurat mas tanben de la qualitat literària qu’es
reconeguda a l’òbra del poèta provençal. Aquel equilibri dins los jutjaments, e mai s’es dictat
per una cèrta prudéncia, contrasta amb la violéncia que ne fa ocasionalament pròva Peyre
contra los occitanistas dins sa correspondéncia amb Saurat e endacòm mai.
Al prèp de sos novèls amics, Saurat que torna aprene la lenga de sos aujòls, tròba fòrça
conselhs lingüistics. Es mai que mai Lavaud que li suggerís de lecturas e li fornís de libres mas
en fach es a totes sos correspondents que Saurat li arriba de pausar de questions sus tal o tal
ponch de lenga. Son parlar claufit de francismes pausa tot un ensemble de problèmas als
responsables de l’edicion de sas òbras. Mentre que Peyre los li fasiá remarcar sens
precaucions particularas, los occitanistas formulan de recomandacions en laissant la causida
a l’autor : « Bref, examinez les suggestions qui vous sont faites en marge et voyez celles que
le poète en vous peut admettre », li escriu Berthaud a prepaus d’Ac digas pas (IFL 11, 3 de julh
de 1954).
Es una actitud comparabla qu’es adoptada per la grafia. De correspondents coma
Camproux li recomandan la grafia de l’IEO, mas quand Saurat pren l’iniciativa, sens ne referir
a sos amics occitanistas, de publicar La Bierjo lhi diguec dins sa grafia d’origina, aquestes
pòdon pas que sentir lo novèl convertit lor escapar. Es Berthaud que s’encarga – amb
abiletat –, après li aver distribuit fòrça compliments sus la qualitat de l’òbra, de lo far atentiu
a las riscas censadament encorregudas amb aquel cambiament de grafia al prèp del lectorat :
Ce qui me surprend un peu, c’est que vous n’ayez pas conservé, pour cette seconde plaquette,
les disciplines graphiques auxquelles s’était pliée la première. Tout cela fait corps, Ac digas pas
et La Bierjo, puis ce qui viendra ensuite. Je sais bien que ces questions de graphie ne sont pas
aussi importantes que le pensent certains. Mais ne croyez-vous pas que le public qui vous suit
sera quelque peu dépaysé de vous voir aujourd’hui adopter telle forme et demain telle autre ?
peut-être cela va-t-il nuire à la nécessaire unité de cette œuvre. Les gens, vous savez, s’en
tiennent souvent aux apparences, aux impressions…
Je vous fais ces simples remarques en passant. Elles n’ont pas beaucoup de poids. (IFL 11,
Berthaud a DS, 7 d’octòbre de 1954)

Aquel destacament – fenh – portarà sas fruchas, ja que tot lo demai de l’òbra publicada
de Saurat o serà dins la grafia de l’IEO.
En cò dels occitanistas, Saurat tròba tanben una escota, una atencion e mai un
estrambòrd per sas creacions. Los mai entosiastas son probablament Lavaud e Camproux.
Poèta el-meteis, Camproux, un còp passat l’afar embolhós dels « Poèmes cathares », es
subjugat per la qualitat dels poèmas que Saurat compausa e li manda sul pic per vejaire. El
qu’aviá cercat de desmontar l’afabulacion catarista de la NNRF, notadament mercé als
francismes, se laissa convéncer per las tematicas ocultistas de Saurat, lo confòrta dins sas
teorias :
9

�Votre poème rêvé [Ac digas pas] est très surprenant. Inutile d’en souligner la poésie
mystérieuse : le sujet s’y prête si naturellement. Ce qui me frappe c’est la facilité avec laquelle
tous ces sentiments et toutes ces idées sont exprimés dans un langage qui semble remonter du
fond des âges, malgré les gallicismes. Tout se passe comme si une aïeule parlait par vos lèvres,
une aïeule du XVIe ou du XVIIe siècle qui aurait retenu l’essentiel de ses ancêtres du XIIIe ou du
XIVe. Il y a là quelque chose de fort curieux – ce quelque chose c’est vous d’ailleurs. Mais
comment se fait-il qu’avec la culture internationale que vous avez acquise vous soyez une voix
si occitane ?
Que je souhaite que ces poèmes soient un jour publiés !! une fois revêtus de la graphie occitane
qui ne changera rien. (IFL 80, Camproux à DS, 28 d’abrial de 1954)

e a l’encòp l’endralha dins lo camin de la bona grafia. Per Camproux, poèta vengut sensible,
per son catolicisme, a diferentas formas d’espiritualitat, lo poèma Le Souldat es « magique »
(29 de julh de 1954), Los Gigants catars, « c’est superbe, merveilleux. Pour moi, “es
miraclós” » (10 d’agost de 1954). Espieux tanben fa part a Saurat de son « émotion » a la
lectura d’Ac digas pas (IFL 73, 3 d’agost de 1954) e lo plaça e mai al dessús de Mistral :
Rien de savant, rien de travaillé, une pâte nécessaire et primordiale. Mistral est un esthète
auprès de vous. En pleine Rhodanie, exposé aux mille souffles du monde, il ne pouvait – même
à Maillane – retrouver, comme vous avez fait, le chant premier des cavernes de l’Ariège, ni parler
dans le grand souffle des origines. (IFL 73, Espieux a DS, 27 de setembre de 1954)

L’expression es sincèra. Espieux revira espontanèament Le Souldat e aderís a l’univèrs
espiritual de Saurat. Es mens evident per Robèrt Lafont que res dins sa personalitat lo
predispausa pas a aculhir amb tant pauc de resèrvas de teorias ocultistas. Lafont s’exprimís
pauc sus las qualitats literàrias de las òbras de Saurat, se concentra sus de questions
organizacionalas ligadas a l’edicion. Per Le Souldat, sonque, lo vesèm privilegiar explicitament
la dimension ficcionala e epica de l’escritura al detriment del contengut espiritual :
Contrairement à ce que vous pensiez, je préfère Le Soldat à tout ce que j’ai lu, en oc, de vous.
Sans doute mon jugement n’obéit-il pas à vos critères… Je suis beaucoup plus sensible à
l’affabulation qu’au « message » spirituel qu’elle exprime. Et l’affabulation ici est d’une force
singulière : ce dialogue mythologique avec ses oppositions éclatantes du héros à son trivial
auditoire, ses arrières-plans folkloriques ou liturgiques, son ton soutenu d’ample révélation.
Bref, sa complexité chatoyante, ce dialogue rend un son épique. Et la langue m’y paraît d’une
vigueur plus grande. Je place haut une telle création. (IFL 73, Lafont a DS, 6 d’agost de 1954)

La posicion racionalista de Lafont sembla de trantalhar un pauc après que Saurat, dins
una letre qu’es pas conservada a Londres, li a donat d’explicacions sus la genèsi dels tèxtes
que compausan Encaminament catar :
Je suis rationaliste avec rigueur, ce qui veut dire que je reconnais l’incroyable comme vrai quand
on me l’affirme comme tel. L’incroyable n’est souvent que le nom de notre ignorance. Vous avez
reconnu le lecteur de Breton !
Donc j’admets votre contribution personnelle, d’abord accidentelle puis méditée, l’élucidation
des « circulations poétiques temporelles ». J’y vois un des faits poétiques les plus importants de
cette portion du XXe siècle et j’attends avec impatience le moment où tout pourra être dit, où
vous pourrez apporter la démonstration sans fissure de votre « aventure ». Comme je l’ai

10

�indiqué d’un mot dans les Cahiers du Sud, les familiers du fait occitan, s’ils sont émerveillés de
cette révélation qui les dépasse, n’en sont pas surpris autant que les autres. Au fond il s’agit de
souligner qu’une langue est porteuse d’une tradition spirituelle et qu’on n’a rien dit du tout en
en faisant une algèbre. La langue d’oc, du fait de son destin unique, doit être chargée plus qu’une
autre de potentialités que jadis on y enferma, et qui se libèrent à notre contact.
Mais vous dites cela mieux que moi. Au fond, nous sommes bien d’accord sur notre tâche
essentielle : creuser la notion de langage, bien au-delà des simples et superficielles
déterminations que classe la sociologie. (IFL 73, Lafont a DS, 16 de genièr de 1955)

Lo sens de donar a aquela dobertura inatenduda jol calam de Lafont a las idèas de
Saurat es complèx. Sens remetre en causa la sinceritat del racionalista qu’accèpta que las leis
empiricas de l’univèrs pòscan obesir a d’autres determinismes que los que coneissèm, sembla
que Lafont aderisca d’aitant mai aisidament a aquela alternativa espiritualista que plaça
aquesta en relacion amb las « potencialitats » de la lenga. Per Lafont, l’òbra de Saurat ofrís
una dralha a l’escritura occitana, li permet d’ocupar un terren que d’autras lengas (lo francés)
ocupan pas. Coma los autres occitanistas, que crega o pas a las idèas de Saurat, a comprés
que l’òbra d’aquel intellectual representa una oportunitat per la literatura e la lenga occitanas.
Dins lo fuèlh separat « Au Lecteur » inserit a la debuta d’Ac digas pas e signat per Renat
Nelli, la novèla recruta es presentada al public occitanista e saludada per los meritis qu’an
assegurat sa notorietat :
Rien ne pouvait être plus encourageant pour les Occitanistes de cœur et d’esprit que de voir
Denis Saurat rejoindre la ronde de nos poètes et la guider vers les hauteurs de liberté. Denis
Saurat – l’une des intelligences les plus complexes, les plus ouvertes sur les mystères de notre
siècle […]

Pels intellectuals de l’IEO, la conversion de Saurat a l’occitan e a l’occitanisme apareis
senon coma una benediccion, al mens coma un còp d’astre qu’auguran favorablament de
l’avenidor. Quand lo benastruga Berthaud per la publicacion de La Bierjo (que per sa grafia
deu èstre de mal acceptar), se servís, coma Peyre, d’un imatge militar per exprimir çò que
pòrta son adesion a la causa occitanista :
Cette seconde plaquette marque ou plutôt confirme votre venue aux lettres d’oc. Vous savez ce
que je pense du double phénomène que représente cette adhésion de vous : cette résurgence
en votre personne, tant des vieux thèmes que de la vieille langue, est quelque chose d’unique
et d’extrêmement précieux pour notre langue. Il faudra le dire. Vous nous apportez beaucoup
plus que vous ne pouvez penser et en vous récupérant, nos lettres remportent une
encourageante victoire. (IFL 11, Berthaud a DS, 7 d’octòbre de 1954)

La victòria es dobla. Es remportada fàcia al fenomèn de francizacion dels intellectuals
meridionals mas tanben fàcia a l’ « enemic » mistralenc. Amb una cèrta ingenuitat, Bèc associa
los adversaris mistralencs de l'occitanisme amb l'abséncia de consciéncia de lor lenga de la
part dels Meridionals.
Je suis bien persuadé que le travail qui se fait, parfois obscurément, à l’Institut d’études
occitanes, portera un jour ses fruits et rendra à notre langue un prestige que les mistraliens,
malgré l’éclat du nom dont ils se réclament, n’ont pas réussi à lui donner. Il suffira que tous les
Méridionaux prennent enfin conscience des possibilités esthétiques et humaines de leur langue.
Un « cas » comme le vôtre, de « renversement linguistique », si j’ose parler ainsi, permet le plus

11

�grand espoir, je pense, en ce qui concerne l’avenir de la langue d’oc. (IFL 80, Bec a DS, lo 29 de
novembre [de 1954])

E al delà d’èstre un exemple de recuperacion lingüistica, aplicable a l’ensemble de la
populacion occitana, Saurat es tanben un intellectual renomat. Dins lo quadre del conflicte
qu’opausa occitanistas e mistralencs, representa una « presa de guèrra » que pesa lo pes de
sa notorietat dins los mitans cultivats non pas sonque franceses mas tanben britanics e mai
largament anglo-saxons. Amb el, es un pauc lo mond entièr que se dobrís a l’IEO10.
Plan d’ora grelha l’idèa, exprimida per Lafont e partejada amb Berthaud, de demandar
a Saurat de fargar a destinacion del public anglo-saxon una antologia de literatura occitana en
anglés. Los autors ja publicats dins la colleccion « Messatges » fornirián un còrpus que s’i
apondrián « les jeunes qui n’ont pas encore trouvé place dans Messatges […]. Une trentaine
de noms » (IFL 73, 29 de julh de 1954). Saurat dona son acòrdi, Lafont se regaudís mas lo
projècte semble de s’èstre enlisat puèi que ne foguèt pas jamai tornarmai question 11. Es en
tot cas la meteissa ambicion que repareis jol calam de Camproux quand es prepausat a Saurat
que son poèma Blaco, centrat sul poèta anglés William Blake, paresca dotat d’una traduccion
en anglés (IFL 80, 31 de març de 1957). Aquí Saurat s’aquitèt de la tasca, mas sa mòrt
n’empachèt la realizacion jos qualque forma que foguèsse.
La susfàcia internacionala, diriam uèi, de Saurat ofrís una escasença sens precedent a
l’IEO. Que publique un article dins un jornal de Manchester (abrial de 1955), que faga una
conferéncia al Congrès del Pen Club (julh de 1956), Saurat dispausa d’una tribuna que li
permet, tot en fasent estat de son experiéncia de reconversion lingüistica, d’assegurar la
notorietat e la respectabilitat de la lenga e de la literatura occitanas davant un public
prestigiós. Es doncas sens suspresa que se vei prepausar de venir membre del comitat d’onor
de l’IEO (novembre de 1956) o que li es suggerit per Camproux e Bec, qualque temps avant sa
mòrt, de s’exprimir al Congrès de langue et littérature du Midi de la France que se deu téner
dins la vila d’Ais al mes de setembre de 1958. L’afar pels occitanistas es d’importància puèi
que s’agís tanben aquí de contrar l’influéncia dels mistralencs « encore tenace chez beaucoup
d’universitaires, surtout étrangers » (IFL 80, Bec a DS, 26 de febrièr de 1958). Dins lo conflicte
que los opausa als mistralencs, Saurat es pas sonque un nom, es una arma. Quand Espieux lo
vei a l’Académie française (IFL 73, 27 de març de 1955), es, delà el, una reconeissença
qu’espèra per la lenga que defend l’IEO.
Pendent totas aquelas annadas, s’activan los occitanistas a l’entorn de Saurat. Al prèp
d’eles, tròba mantun subjècte de satisfaccion. Sas òbras pareisson imprimidas, Lafont, Girard
e Clara Girard, sa femna, s’afanan per que sortican sos libres de las premsas a las datas que li
agradan. Saurat a trobat de legedors que remiran sincèrament lo fons espiritual de sas òbras
(Camproux, Espieux, Lavaud, Nelli12) sens botar en dobte sas experiéncas susnaturalas. Se vei
10

Es tanben, amb mai de proximitat, las rets relacionalas de Saurat en França que s’ofrisson als occitanistas. Aital
Espieux que demanda a Saurat se pòt intervenir al prèp de Paulhan per venir legedor a las edicions Gallimard (IFL
73, 27 de setembre de 1954).
11

Saurat conservava pas sistematicament los dobles de sas letras dactilografiadas e pas cap de letra d’el a Lafont
se tròba pas a l’IFL. Se’n tròba qualquas-unas dins lo fons R. Lafont del CIRDOC (LAF.O/268Denis Saurat).
12

La correspondéncia conservada a l’IFL entre Nelli e Saurat es magra. Compren la letra de Nelli a Saurat (22 de
novembre de 1955) amb lo comentari de son poèma « Diu Crone » (Courouau 2007), la responsa de Saurat e una
letra del 22 d’abrial de 1958 de Saurat a Nelli. Entre los correspondents occitanistas de Saurat, cal far mençon
tanben d’A.-P. Lafont, la femna de R. Lafont, qu’apreciava fòrça la poësia de Saurat e redigiguèt de criticas finas
sus ela avant d’integrar dins son antologia de poèmas de Saurat (1960).

12

�environat de fisança, de respècte e de consideracion, de sentiments que Berthaud sap
meravilhosament far jogar per lo manténer dins lo camp de l’IEO. L’incorporacion de Saurat a
l’IEO, d’aquel punt de vista, es plan la « victòria » celebrada per Berthaud e redobtada per
Peyre.

E al mitan, Saurat
Esquichada entre las doas tendéncias que devesisson lo mitan renaissentista d’òc, la
posicion de Saurat, un còp que se lança dins l’escritura personala occitana, es inconfortabla.
Son aluenhament de Peyre s’explica largament per l’actitud rigorista e ironica qu’adòpta
aqueste fàcia a çò que viu Saurat coma una mena de revelacion susnaturala. Jòga tanben la
posicion a l’encòp estetica e ideologica de Peyre sus çò que deu constituir, segon el, la nòrma
literària aplicabla a la produccion d’òc. Peyre arbora Mistral coma modèl absolut mentre que
Saurat, el, demòra relativament ermetic a l’univèrs del poèta de Malhana. Son admiracion va
a d’Arbaud que ne revira La Bèstio dóu Vacarés en anglés (1947) e a Baroncelli que rescontrèt
dins las annadas 1920. L’insisténcia de Peyre sul « drech de cap d’òbra » en favor de Mistral
tròba pas vertadièrament de resson en cò de Saurat. Tanpauc lo modèl lingüistic preconizat
per Peyre a pas res per convenir a un poèta que se percep coma lo darrièr locutor del bordalat
foishenc que sa familha n’es originària. Son precisament los sons e las modalitats pròpris a
aquel parlar que lo restacan a sos aujòls familhals e, segon sa pensada, catars, que Saurat vòl
transcriure menimosament. L’adopcion de la « lenga » mistralenca contravendriá en plen a la
concepcion que se fa de sa « recuperacion lingüistica ».
Aquela redescobèrta tardièra de la lenga fonciona per Saurat coma una revelacion que
son sens s’impausa a el. A aquel intellectual d’una activitat inlassabla que manifestèt pendent
tota sa carrièra una curiositat ampla dins de domenis pro variats, aquel novèl espaci que los
occitanistas de l’IEO li ofrisson permet d’investir son energia en defendent una novèla causa.
L’eterodoxia qu’incarna dins los mitans intellectuals es pas per l’esglasiar, acostumat qu’es a
sostenir de tèsis pauc convencionalas, que siá per l’ocultisme o sus de tematicas que l’ocupan
un còp retirat a Niça, coma lo mond dels gigants e lo dels insèctes. La diferéncia, pr’aquò, amb
aquestas teorias iconoclastas, residís dins l’investiment personal e afectiu que realiza dins son
òbra poëtica occitana. L’occitan li permet de far se rejónher dos fials de son existéncia : la
filiacion ariegesa, d’un costat, e, d’autre costat, tot un ensemble de cresenças personalas que
poiriam resumir pel vocable d’ocultistas. D’aquí l’impression que manifèsta sovent, enfortit
sus aquò per sos novèls amics de l’IEO, un zèl de neo-convertit, desplegant una activitat de
propagandista, que pòt pas que comolar las espèras dels occitanistas.
Saurat, de son costat, es aürós de veire sas òbras occitanas publicadas. Nòta
precisament las avançadas de las diferentas etapas de la fabricacion ; demanda de precisions
a Ismaël Girard e a sa femna, Clara Girard, a Lafont, que se debaton de còps amb d’imprimeires
subrecargats o pauc fisables e, un còp qu’a recebuts sos exemplaris, manda a sos
correspondents d’exemplaris dedicaçats. Per el, la publicacion de sas òbras occitanas es una
sorsa de satisfaccion. Coma n’es una tanben la transcripcion que realizan los occitanistas a
partir de sos manuscriches redigits dins lo sistèma que li es pròpri. Ne merceja Bec e Lafont
que ne son responsables, tot en reconeissent pasmens qu’aquel sistèma li demòra estrangièr :
Je voulais depuis longtemps vous remercier du travail que vous avez mis à transformer mes
poèmes ariégeois en belle langue d’oc. Je vous suis infiniment reconnaissant ; la Gramatica

13

�d’Alibert (que je vous dois peut-être ?) que je viens de recevoir me remplit de joie et de
modestie : il va me falloir des années pour l’absorber, et d’ici là sans doute, je n’écrirai plus –
alors ? Vous et Lafont m’êtes indispensables et cela me donne tant de plaisir de me lire en oc,
c’est une sorte de parallèle sonore très proche de ma ligne : que j’entends et que je sens
supérieure, mais que je ne puis imiter. J’ai déjà bien du mal à tenir ma ligne. (IFL 80, DS a Bec,
14 d’octòbre de 1954)

Las idèas lingüisticas de Saurat semblan de còps imprecisas e es a se demandar se li
arriba pas de confondre lenga e grafia. Sos correspondents li explican a l’escasença que
l’occitan englòba lo provençal e s’arrèsta pas a Ròse. El-meteis identifica occitan e
lengadocian, occitan e grafia alibertina, e mai provençal e… mistralenc :
Je crois que le S.A.P. ferme délibérément les yeux devant le problème, car il y a un problème :
En mistralien, je ne reconnais plus ni le rythme, ni le ton, ni la mentalité de mon ariégeois. Mon
Ecaminament prend une allure Mireille. Or, il n’y a vraiment aucune ressemblance.
Par contre, en occitan, je retrouve le rythme, le ton et la mentalité de l’ariégeois. Un peu faible,
sans doute, mais encore reconnaissable.
[…]
Je crois qu’il faudra arriver à admettre trois grands dialectes : le mistralien, l’occitan, le gascon.
(IFL 12, DS a SAP, 21 de genièr de 1958)

La transcripcion equival per el a una mena de transdialectalizacion, e mai quasiment a
una traduccion. La pedagogia dels occitanistas de l’IEO tròba aquí sos limits.
En realitat, coma o ditz dins la letra a Bec citada supra, Saurat es relativament
indiferent a las questions de grafia. Dins sa darrièra letra a Camproux (22 d’abrial de 1958)13,
s’estima « trop vieux » per aquesir lo sistèma grafic d’Alibert e dins l’ultima còpia definitiva
d’Encaminament catar que realiza en abrial-junh de 1957, demòra fidèl al sistèma que s’èra
fargat mai o mens tre la debuta. Occitanistas e mistralencs se pòdon plan batre ferotjament
sus la question de la nòrma grafica, Saurat, el, se’n ten a çò que li permet, segon el, de rendre
lo mai precisament possible totas las mendras particularitats del parlar de son bordalat
foishenc.
*
L’irrupcion de Danís Saurat dins lo camp de las letras d’òc se fa dins lo contèxt de la
lucha entre los occitanistas, regropats al dintre de l’IEO, e los provençalistas mistralencs,
menats per S.-A. Peyre. Estent sos ligams despuèi mai de trenta ans amb Peyre, Saurat se
retròba expausat als repròchis de son amic. Peyre viu coma una traïson, una desercion, una
anexion (son sos mots) lo raprochament operat per Saurat amb los occitanistas. Aquestes
veson plan l’interès que pòdon aver a cultivar los ligams amb un intellectual de renommada
internacionala e fan tot per lo conservar dins lors rengs. Saurat, aürós de far de descobèrtas a
l’encòp umanas e intellectualas e mai espiritualas tròba son compte dins aquel cambiament
d’orientacion. Peyre que campa sus sas posicions ne fa los fraisses. L’amistat entre los dos
fondators e animators de la revista Marsyas patís una eclipsi de quasi dos ans. Tala un fènix,
la relacion torna nàisser, mas quicòm sembla copat, victima collaterala de l’efièch corrosiu
qu’entrainan suls òmes las brègas tenaças e pregondas entre los occitanistas e los mistralencs.
13

Citada dins l’ed. Courouau 2010, 55.

14

�Referéncias bibliograficas
Tèxtes
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15

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&lt;p&gt;Communication de Jean-Fran&amp;ccedil;ois Courouau dans le cadre de la journ&amp;eacute;e d'&amp;eacute;tudes&amp;nbsp;ReDoc-LLACS : La collection &amp;laquo; Messatges &amp;raquo; de l'IEO 1945-1960, Montpellier, 27 janvier 2018.&lt;/p&gt;&#13;
&lt;/div&gt;&#13;
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&lt;head&gt;&#13;
&lt;/head&gt;&#13;
&lt;body&gt;&#13;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Comunicacion de Joan-Franc&amp;eacute;s Courouau dins l'encastre de la&amp;nbsp; jornada d'estudis&amp;nbsp;ReDoc-LLACS :&amp;nbsp;La colleccion &amp;laquo; Messatges &amp;raquo; de l'IEO 1945-1960, Montpelhi&amp;egrave;r, 27 de geni&amp;egrave;r de 2018.&lt;/div&gt;&#13;
&lt;/body&gt;&#13;
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                <text>Poésie occitane -- 20e siècle</text>
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                <text>Saurat, Denis (1890-1958)</text>
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                <text>Peyre, Sully-André (1890-1961)</text>
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                <text>X:\CAMPUS\Journee_Messatges\04-Courouau-Messatges</text>
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                    <text>Lo numèro manifèst d’Oc (1946-1947-1948)
Yan Lespoux, Univ Paul Valéry Montpellier 3, LLACS EA 4582, F34000, Montpellier

En octòbre de 1948 pareis un numero triple de la revista OC per las annadas 19461947-1948. Lo numero precedent, paregut al quatren trimèstre de 1945, anonciava la
naissença de l’Institut d’Estudis Occitans. Fondator d’OC e de l’IEO, Ismaël Girard passèt la
man per la redaccion de la revista al jove Félix-Marcel Castan qu’aviá liurat un primièr article,
consacrat a Antonin Perbòsc, dins lo numero 167 paregut a la fin de 1944. Al meteis
moment, Castan es designat per s’entrevar de la colleccion « Messatges ».
La redaccion d’aquel numero d’OC es longa : cal quasi tres ans per ne fargar lo plan
general, contactar los autors, obténer los tèxtes, relegir las espròvas e estampar. Cal dire
que lo projècte de Castan es ambiciós : vòl publicar un numero que seriá un manifèst de la
renaissença d’òc e tanben la mesa en davant de la jove generacion.
S’agirà pas aicí de faire l’estudi detalhat dels tèxtes prepausats dins aquel numero
d’OC, mas de comprene dins quin contèxt se farga, amb quinas amiras e quinas son tanben
las rompeduras que pòdon aparéisser.

L’estructura del numèro

Dins una letra en data del 3 d’abrial de 1946 adreiçada a Robèrt Lafont, Félix Castan
prepausa un plan pro detalhat :
lo second projecte es per lo libre que deu préner la plaça d’Oc a la fin de l’annada. Ai pensat de
suggerir a Girard un vertadier manifest literari d’ensemble de la SEO. Aicì consì : lo plan te dirà
sol los principis generators :
Presentación per Girard
I Lo cant de Max Rouquette (Poemas)
II Cap a l’avenir (Esteve, E. Durand, Lagarde, tu e io) : prosas
III La pensada de Carles Camproux (textes)
IV Preludis (poemas de la SEO, de Pons a Roudin)
V La votz de Renat Nelli (poemas)
Simple artifici de presentación que deu metre en valor la diferença entre 2 generacions e de
mai l’importança capitala de 3 de nostres representants ; 2 causas que cal dire ardidament se
volem que lo movement siá intelligible als uelhs extrangiers.1

Aquela estructura de basa prepausada per Castan va plan cambiar dins los meses
seguents.

1

Letra de Félix Castan a Robèrt Lafont, 3 d’abrial de 1946. Fons Robèrt Lafont, Besièrs, CIRDOC, 566.

1

�Coma previst inicialament, Ismaël Girard introdusís lo numero. Presentat dins lo
somari amb lo títol « Manifest occitanista », pòrta en fait pas de títol e la composicion de sa
pagina evòca una inscripcion lapidària. E es verai que son contengut pòrta la volontat de
gravar dins lo marme a l’encòp una passacion de poder e la determinacion d’una nòva linha
de seguir.

Seguís un tèxt de Pèire Cardenal que Castan a titolat « Sirventés » e que, coma o ditz
Castan dins una letra a Girard en data del 27 de junh de 1947, representa « en soi seul tout
un symbole d’orgueil occitaniste »2. Aquel tèxt, « Una ciutatz fo, no sai cals… » conta una
pluèja que rend fòla la populacion d’una ciutat al moment ont la tòca. Lo sol de i escapar es
un òme que dormissiá dins son ostal al moment de l’eveniment. Sol òme senat que
demorèsse dins la vila, es batut pels autres que lo considèran coma fòl.
La seguida es mens « personalizada » que çò previst inicialament : la primièra part
serà pas consacrada exclusivament a Max Roqueta mas als « Mèstres e davansiers », seguits

2

Letra de Félix Castan a Ismaël Girard, 27 de junh de 1947. Fons Ismaël Girard, Béziers, CIRDOC.

2

�de la jove generacion. Castan aviá a la debuta pensadas aquelas doas partidas coma de
tèxtes literaris mas, fin finala, de tèxtes de creacion literària se mesclan a d’elògis, de
reflexions sus la renaissença d’òc, sus l’ensenhament, lo provincialisme, d’articles de critica
literària, o encara un omenatge a Raimu, mòrt en 1946.
La partida seguenta, « En cerca de veritat », es un regropament de poëmas de Leon
Còrdas, Edmond Brazès, Joan Mozat, Pèire-Joan Rodin e Adrien Pic (Castan aviá tanben
previst d’i integrar Gumersind Gomila, mas sembla qu’aqueste, aparentament macat
involontàriament per Castan, agèsse refusat de participar al numero) que Félix Castan estima
que son « les témoins purs d’une ambiance occitaniste homogène […] : des poètes
d’ambiance qui ne cherchent pas spécialement dans leur art l’exaltation d’une destinée
particulière »3.
Enfin, una granda darrièra part es consacrada als divèrses aspèctes de la renaissença
culturala portada per l’IEO : istòria literària, critica, lingüistica, folclòr, catarisme… Exit la
pensada de Camprós e Nelli que devián aparéisser dins lo primièr plan de Castan e que se
trapan fin finala dins lo capítol consacrat als mèstres e davancièrs a travèrs una novèla pel
primièr, de poëmas pel segond qu’es pas tanpauc present dins la part consacrada al
catarisme, estent que l’article es signat per Deodat Roché.
Il est remarquable […] que tous les textes, je dis tous, qui m’ont été envoyés, poèmes y
compris, portent en eux un dynamisme qui en font de véritables prises de positions
catégoriques. […]
En somme c’est une formule de manifeste collectif qui me paraît seule compatible avec nos
ambitions de travail en commun4,

escriu encara Castan a Girard. E podèm pas que reconéisser que i a dins l’estructura
d’aquel numero tant coma dins son contengut la matièra d’una presa de pausicions que met
clarament en avant la volontat de fondar l’occitanisme sus de basas nòvas a travèrs un
esfòrç collectiu e, malgrat la referéncia als « grands davancièrs », de rompre per bona part
amb las generacions precedentas.

Un projècte collectiu e coërent

Dins son rapòrt a prepaus d’OC e de « Messatges » presentat a l’Assemblada generala
de l’IEO tenguda a Montpelhièr lo 29 de decembre de 1946, Castan a insistit sus la coëréncia
del projècte, non solament del manifèst que lo numero especial d’OC ne deu èsser lo
suppòrt e l’expression, mas tanben sus son ligam estreit amb la colleccion « Messatges ».
En tant que point de départ de la nouvelle série, le numéro unique de 1946 a une valeur de
manifeste : il définit les limites d’une « école occitaniste » et nous met en face non point d’une
3
4

Ibid.
Ibid.

3

�esthétique prédominante, d’un nouvel impérialisme, mistralien sans la lettre, mais de notre
réalité littéraire faite de contradictions. Il nous permet de fonder l’espoir d’une nouvelle
époque de notre renaissance sur des bases solides. Les catégories provinciales sont désormais
dépassées et une ère de concentration occitaniste peut s’ouvrir sur la base d’une nouvelle
conscience de l’actualité occitane et de l’universalité du sentiment occitaniste de la vie. De là
l’attitude que se fixera la revue vis-à-vis de l’ensemble de nos lettres, accueil aux écrivains
venus d’autres origines, à titre strictement individuel (et dans le cadre de notre propre
graphie) ; quant aux autres tendances qui correspondent à des moments que nous
considérons comme révolus de notre Renaissance, notre maxime sera à leur égard : "ni pour,
ni contre" (ni contre, car notre vocation est de travailler, je pense, dans le positif et non dans le
négatif, et de faire face de tous nos efforts aux conditions nouvelles qui requièrent de nous
l’élaboration d’une intellectualité complète).
Notre mouvement travaille de contradictions qui sont sa richesse la plus précieuse, doit
trouver dans notre revue le lieu où les conflits d’idées prendront toute leur fécondité, au lieu
de tourner à sa désagrégation en restant souterrains et occultes.
L’effort principal doit se porter vers le développement de la pensée critique, vers
l’élaboration de vraies échelles de valeurs particulières à notre littérature, de critères
littéraires, en relations avec ceux de l’époque, ceux de la littérature française entre autres,
mais non importés de toutes pièces de l’extérieur.
La collection « Messatges » est le corollaire nécessaire d’une telle conception du travail de la
revue, et doit fournir la revue de ses matériaux mêmes, rester donc essentiellement un
instrument d’enquête et de découverte, donner leur relief nécessaire aux personnalités,
fatalement mal éclairées dans la trame même d’une revue orientée et dynamique.
Poursuivre par la revue d’autres fins que celles d’une intellectualité intrinsèque serait lâcher
la proie pour l’ombre, et laisser se tarir les sources mêmes de la création collective.5

OC e « Messatges » son doncas estacats un a l’autre. E OC, quitament, se deu
exprimir d’orientacions, es pas una revista de propaganda. Demòra una revista intellectuala
que sas causidas de tèxtes, tant coma los articles critics qu’aculhís, representan en se de
presas de posicions cap a un occitanisme dinamic que sa literatura es lo rebat d’una cultura
particulara mas qu’es tanben integrada a de moviments literaris mai largs, franceses e
internacionals. Una concepcion de la literatura e de la cultura d’òc que Castan contunharà
de defendre de longa. O farà en particular dètz ans mai tard dins lo « Manifèst de Nerac »
cosignat amb Bernat Manciet. Idèa que Castan resumís en partida en una frasa dins son
rapòrt a l’Amassada generala de l’IEO del 2 d’abrial de 1950 – représ dins lo numero d’OC de
julh de 1950 – que i fa justament referéncia al numero manifèst de 1946-1947-1948 :
« Nòstra fòrça vendrà pas d’èsser los representants d’una nacion menora, mas d’una cultura
superiora »6.
La propaganda es necita, mas es daissada a L’Ase Negre – Occitania que, el, es pas
una publicacion oficiala de l’IEO (OC e « Messatges » o son dempuèi l’AG de l’IEO de
5
6

« Rapport de Félix Castan sur "Oc" et "Messatges" », Circulaire de l’IEO n° 1, 15 janvier 1947, p. 15-16.
Felix Castan, « Orientacion », OC, n° 177, julh de 1950, p. 4.

4

�decembre de 1946). D’autant mai que L’Ase Negre defend encara una linha federalista
ereitada per bona part de las teorias de Camprós que Castan, quitament se ditz las trapar
interessantas, i aderís pas forçadament (« te farai un article marxisme e federalisme : veiràs
que soi un marrit federalista »7, çò escriu a Lafont en junh de 1946 en li prepausant un
article per L’Ase Negre8). Pasmens, l’idèa federalista es abordada dins lo numero manifèst
d’OC : dins l’article d’Enric Espieut sul regionalisme de Vichèi ont l’autor explica que fàcia al
fals regionalisme de l’Estat francés, los occitanistas, eles, sabián çò qu’èra lo vertadièr
federalisme, e dins l’omenatge de Joan Lesaffre a Joan Charles-Brun, fondator de la
Fédération Régionaliste Française. Pasmens la separacion entre L’Ase Negre e OC significa
pas forçadament que Castan volguèsse pas se mesclar d’accion. Sonque que desira plan
desseparar l’accion de propaganda de l’accion culturala e intellectuala : « Veni de recebre
l’Ase, sempre interessant. (Una suggestion : los articles en francés poirián pas èsser
estampats amb d’autras letras que ço autre ?) Un acte d’anti-intellectualitat pura : es son
rotle. Aimi l’estil clar e « materialista » de Cordas… Riscaràn gaire de far doble emplec amb
Oc ».9
Coma o ditz clarament dins son rapòrt sus OC e « Messatges », Castan pensa qu’una
de las ambicions de la revista deu èsser de pas defugir los conflictes d’idèas e mai que se’n
deu noirir per avançar. E d’alhors, dins aquel quite rapòrt, pausa clarament las basas d’un
conflicte d’idèas amb lo Felibrige – e mai que mai los provençalistas – sus las questions
grafia, de dialècte e de la plaça de Mistral dins la Renaissença d’òc. Se pòt quitament dire
que Castan o espèra, aquel conflicte, amb una mena d’impaciencia alègra quand escriu a
Girard a prepaus de la parucion dins Marsyas d’un article de Max-Felip Delavouët ont l’autor
provençal s’ataca als dialèctes e pren per cibla l’occitanisme : « J’ai lu Marsyas. Je suis
heureux de l’article de Delavouët. De bonnes bagarres en perspective, ça fait plaisir. Laissonsles s’échauffer un peu la bile. (Nous ne pouvons rien dire tant que nous n’avons pas de solides
publications parvenues à leur terme…)10 ». Tot aquò, solide, transpareis dins lo numero
manifèst.

La volontat de rompedura amb lo Felibrige

Volontat afortida de dubrir la revista a tot lo mond mas dins la grafia adoptada per
l’IEO e afirmacion a mots a pena cobèrts que lo Felibritge mistralenc es un moment passat e
despassat de la Renaissença d’òc son enonciats dins aquel rapòrt. E se veson encara mai dins
lo numero manifèst per lo jòc d’un vertadièr amolonament d’atacas mai o mens dubertas e
de remesa en causa de l’associacion.
Dins son article « Reflexion dins lo sens de la vita », Ismaël Girard met en davant lo
ròtle essencial de Mistral e son engenh dins l’encastre de la Renaissença d’òc, mas ne fa una
etapa e non pas un abotiment. Subretot explica qu’a partir de 1914-1918, una nòva fasa de
la renaissença comença, portada mai que mai per l’influéncia catalana. Un biais de remandar
Mistral a un temps passat.
7

Letra de F. Castan a R. Lafont, 15 de junh de 1946, Fons Robèrt Lafont, Besièrs, CIRDOC.
Aquel article pareisserà dins lo n° 2 de setembre 1946, en primièra pagina. Lo títol general « UNITAT » sembla
de la redaccion. L’article de Castan es titolat « DE MARX A CAMPROS ».
9
Letra de F. Castan a R. Lafont, 22 de novembre de 1947, Fons Robèrt Lafont, Besièrs, CIRDOC.
10
Letra de F. Castan a I. Girard, 9 de març de 1947, Fons Ismaël Girard, Besièrs, CIRDOC.
8

5

�Mai luènh, dins una nòta de son article consacrat a « L’erotisme provençau e
l’Aubanelenca », Robèrt Lafont escriu : « Fau dire per estre imparciau que sols li poemas
escrichs dins lo biais que disem se sarran de la perfeccion. […] Lo mai marrit es encara aqueu
vocabulari felibrenc que la poesia provençala utiliza dempuei Aubanel e que risca de faire
perdre de vista lo geni pintoresc de la lenga (…) La Provença s’amerita miéus qu’aquo»11.
Puèi es al torn de Castan el-meteis, dins son article « Miègjorn » de criticar lo
« felibreisme » post-Mistral :
En reaccion contra lo Félibrisme qu’avià donat sos darrièrs focs a la fin del segle XIX amb un
Valèri Bernard, nostres poetas, cadun de son costat, cerqueron una definicion pus prigonda al
pantalh santestelenc de poesia del poble.
L’Occitanisme èra encara luenh.
Aquela olor de dolçor umana que lo sol Mistral avia destoscada e que poiria servir de
definicion a l’intuicion literària occitanista, foguet desconeiguda fins a sa reviudança
moderna12.

Puèi, explica Castan, l’occitanisme es arribat, s’es organizat per reequilibrar aquesta
renaissença que semblèt longtemps èsser sonque provençala :
La començança de la Renaissença foguet enmascada per la fegonditat provençala, ara, es
conquistat un equilibre pan-occitàn que troba a Tolosa son fondament, segon la linha istorica
Mistral-Perbosc, la linha drecha de la renaissença13.

E d’apondre : « Dins nostra païs sens subrestructura ligada al fach occitanista,
representam la punta suprema de l’esperit democratic ». Tot aquò s’acaba que Castan fai
una critica pron ferotja d’un Felibritge que, de son vejaire, se copa del pòble.
L’article que Joan Lesaffre consacra al centenari d’Anfós Ròca-Ferrièr, felibre
montpelhierenc, critica literari, folclorista e poëta, es encara l’escasença de metre en davant
las dissensions entre « Occitans » e « Provençals » en abordant lo conflicte que l’opausèt a
Arnavieille e Romieux sus la question de la grafia del dialècte montpelhierenc. E, al passatge,
coma un resson als debats de son temps, Lesaffre pòt citar Ròca-Ferrièr escriguent dins la
Revue des Langues Romanes la necessitat que i auriá de metre en plaça un sistèma grafic
comun a totes los dialèctes d’òc « éloigné de toute exagération phonétique ou
particulariste… lieu commun de nos idiomes méridionaux et reliant autant que possible leur
littérature à celle que nous ont léguée les troubadours »14.
En seguida de l’article de Lesaffre, Max Roqueta fa la critica de L’histoire de la poésie
occitane d’Alfred Jeanroy e ne profièita per se felicitar del fait que lo mot « occitan » i
trapèsse sa plaça, marcant plan l’unitat de la lenga, e per plaidejar en favor d’una grafia
comuna.
Un pauc après, l’article de Marcel Carrières audaciosament titolat « L’òbra occitana
de S. J. Honnorat » comença per aquestas linhas :
Existís un somni provençal que volgueron un moment, e que volon encara, Felibres tardius e
a corta vista, impausar a las autras provincias occitanas de poëtas, d’autra part remarcables,
coma S.-A. Peyre, per ne citar qu’un, e dont l’un dels aparaires majors foguet l’ancian
11

Robert Lafont, « L’erotisme provençau e l’Aubanelenca », OC, 1946-1947-1948, p. 55.
Felix Castan, « Miègjorn », OC, 1946-1947-1948, p. 59.
13
Ibid. p. 60.
14
Citat in Joan Lesaffre, « Lo centenari d’Anfos Roca-Ferrier », OC, 1946-1947-1948, p. 146.
12

6

�Capoulier Peire Devoluy. Lo rasonament d’aqueles escrivans ten per punt de partença la
comparason que se fa de l’obra de Frederic Mistral, tant literària coma linguistica, e de la del
Dante, dont lo meriti valguet a son poema « La Commedia » d’èsser sacrada « divina », e a sa
parladura, lo dialecte toscan, d’èsser adoptada per totis los escriptors d’Italia15.

Seguís una critica del concèpte de « dreit de cap-d’òbra », car a Sully-André Peyre, e
una celebracion de las causidas graficas d’Honnorat.
Enfin, la rubrica consacrada a las revistas e redigida per Castan es l’escasença de
tustar encara sul Felibritge a travèrs per exemple la critica de la revista Fe, bailejada per lo
rèire-capoulièr Marius Jouveau :
L’error d’aquela revista es de remenar los simbels felibrencs dins un esperit d’esterla
propaganda que dison accion e de considerar la literatura coma acabada sens aver besonh de
literators. Una novela, dos poemas, un espelucatge critic aqui entre aqui fa pas un organisme
literari16.

Es tanben l’escasença de provocar Sully-André Peyre, novèl melhor enemic dels
occitanistas dempuèi la publicacion de La branche des oiseaux :
A pas que Mistral dins la boca. Li farem remarcar que sera pas dificil de canviar la grafia
de las quitas obras de Mistral o de S.A. Peyre quand lors ereitiers auran pus de dreches
dessus17.

E d’acabar la rubrica amb un procès en règla de Peyre e de sos discípols :
l’occitanisme es del costat de la vida mentre qu’eles, en refusant de s’aluenhar del modèl
mistralenc, son endraiats dins una espirala mortifèra.
Çò que fin finala apareis a la lectura d’aquel numero manifèst d’OC, es l’evidenta
volontat de Felix Castan de plaçar l’occitanisme dins una dinamica : lo títol de l’article de
Girard « Reflexions dins lo sens de la vita » o ven afortir, tant coma l’article d’Elèna Cabanes
sus l’ensenhament e la causida de tèxtes literaris que, per la màger part, exprimisson una
vertadièra volontat de viure.
Tant evidenta es la volontat de plaçar aquesta renaissença dins un grand moviment
milenar, dels trobadors fins a la generacion dels Castan, Lafont, Cabanes, Pèire Lagarde,
Manciet, Carrièras, eca. Corollari d’aquesta posicion : Mistral es pas qu’una etapa –
importanta qu’importanta, mas una etapa ça que la – dins aquesta istòria. E la nòva
generacion occitanista n’es una autra qu’espèra rendre son vam e sa plaça a la literatura
d’òc mentre que lo Felibritge provençal e los Mistralencs a la Sully-André Peyre an pas
consciéncia, d’aver perdut lo sens de l’istòria e de s’enfangar dins una ideologia despassada
mas que contunha de senhorejar a l’Est de Ròse. D’aquí las atacas nombrosas contra
l’esperit felibrenc tot al long d’aquel numero. Òm dintra dins una batèsta ideologica qu’es
luènh d’èsser acabada.
Se sentís dins aquel numero manifèst que Castan cèrca de relançar una dinamica mai
que de ne crear una nòva. Inscriu son accion dins l’istòria de la cultura occitana e cèrca de ne
faire gisclar la sieuna esséncia intrinsèca. Dins tot aquò, OC, coma l’IEO dins son ensems, e la
15

Marcel Carrières, « L’òbra occitana de S. J. Honnorat », OC, 1946-1947-1948, p. 153.
Felix Castan, « Las revistas », Oc, 1946-1947-1948, p. 166.
17
Ibid. p. 167
16

7

�colleccion « Messatges » tanben, doncas, es l’expression d’aquesta vida, mena d’avatar
d’una cultura d’òc tostemps en movement dempuèi de sègles, portada pel mond de l’Institut
mas que, a l’encòp, los despassa per sa podença de vida coma o ditz en substància Castan
dins una letra a Robèrt Lafont ont evòca lo fait que Lafont del costat de Montpelhièr e el,
vèrs Tolosa, an pas forçadament la meteissa concepcion de l’accion de menar :
L’ordre de prioritat per nosautres dos es inverse. Vesi los acamps annals coma un loc de
porgidas antiteticas : la vida de l’organisme giscla istoricament, dins lo temps, d’annada en
annada d’aquelas contradiccions estaticas. L’Institut es mai que mai una istòria, plan mai
qu’una estructura o qu’un plan d’acción. E serva sa cara canviadissa e estrambordanta.
Voldriai que sentigan un jorn que sem l’obra cadún de l’IEO e non pas l’IEO nostra
obra…18

Annèxe - lo somari del numèro

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18

Ismaël Girard : Manifeste occitan
Pèire Cardenal : Sirventes (tèxt establit per R. Lavaud)
Mestres e Devanciers (p. 9-50)
o Joan-Sebastià Pons : 3 poëmas
o Pau Eyssavel : 3 poëmas
o Pau-Loïs Grenier : poëma
o Elògis a Andriu-Jaume Boussac e Aquiles Teste
o Ismaël Girard : Reflexions dins lo sens de la vita
o Max Rouquette : 3 tèxtes en pròsa
o Carles Camproux : Lo devinhaire (novèla)
o Renat Nelli : poëmas
o Max Rouquette : 3 poëmas
Jeunesse (p. 51-100) :
o Robèrt Lafont : L’erotisme provençau e L’Aubanelenca
o J. Estève : 3 poëmas
o Felix Castan : Miegjorn
o Max Allier : 3 poëmas
o Pèire Lagarde : 3 poëmas
o Bernat Lesfargues : 3 poëmas
o Elèna Cabanes : D’un ensenhament regionalista
o Fromental : Dol dins lo cinema occitan
o Enric Espieux : Lo provincialisme de Vichy
o Bernat Manciet : poëmas
o Marcel Barral : poëmas
o E. Callamand : 2 poëmas
o Edmond Durand : tres tèxtes de pròsa
o Pèire Massartic : 3 poëmas
o Rogièr Cortiada : 1 poëma

Letra de F. Castan a R. Lafont, 17 de febrièr de 1948, Fons Robèrt Lafont, Besièrs, CIRDOC.

8

�-

-

-

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-

En cerca de veritat (p.101-110) :
o Leon Cordes : 2 poëmas
o Edmond Brazes : 3 poëmas
o Joan Mouzat : 2 poëmas
o Pèire-Joan Rodin : 2 poëmas
o Adrien Pic : 2 poëmas
La cultura e la lengua
o Folklore (p.111-128)
 Ramonda Tricoire : Folklore de Montsegur. Totsants, festa dels morts
 Joan Mouzat : Chas lo sabatier en Valgaudemar (conte)
 Brisa-Ferre, conte popular revirat per G. Maugard
o Traduccions (p. 129-141)
 Sant-Joan de la Crotz : Lo cantic espiritual (trad. Rogièr Barthe)
 Descartes : Discors del metode (trad. J. G.)
 Horace : Oraci (trad ; Ismaël Girard)
o Istoria literaria (p. 142-152)
 Joan Lesaffre : Lo centenari d’Anfos Roca-Ferrier
 Max Rouquette : compte-rendut de l’Histoire de la poésie occitane d’Alfred
Jeanroy
 Robèrt Lafont : compte-rendut de Les troubadours et le sentiment
romanesque, de Robert Briffault
o Critica (p.153-164)
 Marcel Carrières : L’obra occitana de S. J. Honnorat
 C. C. : Un romancier lengadocian, Enric Mouly
 Félix Castan : Las revistas
Déodat Roché : Filosofia. Maniqueisme e catarisme
Sciences de l’Homme
o E. Guiter : Els substrats linguistics
o J. L. : Las jornadas de sintesi istorica, a Paris, 1946
Perspectives d’action
o Joan Gossier : Propaganda
o Félix Castan : Las amassadas de l’IEO
 Acamp de 1946 (Montpelhièr)
 Acamp de 1947 (Marselha)
In memoriam J. Charles-Brun
o Joan Lesaffre : La leiçon de Carles-Brun (1870-1946)

9

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&lt;p&gt;Communication de Yan Lespoux dans le cadre de la journ&amp;eacute;e d'&amp;eacute;tudes&amp;nbsp;ReDoc-LLACS : La collection &amp;laquo; Messatges &amp;raquo; de l'IEO 1945-1960, Montpellier, 27 janvier 2018.&lt;/p&gt;&#13;
&lt;/div&gt;</text>
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Henri Espieux, directeur littéraire de Messatges, 1950-1960
Claire TORREILLES

Henri Espieux fut directeur littéraire de Messatges à partir de 1950 jusqu’à 1958 pour
la série Quasèrns et jusqu’à 1960 pour la série Òbras. Au-delà des dates, il convient de
s’interroger sur la nature exacte de la « direction littéraire de Messatges » exercée par Henri
Espieux de Dieu Metge à L’Escriveire public (17 plaquettes1). Nos sources pour la période
sont les correspondances conservées au CIRDOC2 entre Henri Espieux, Robert Lafont,
Andrée-Paule Lafont, Ismaël Girard, René Nelli3.

Un récit de fondation
Le rédacteur en chef de la collection poétique est nécessairement celui de la revue
Oc dont elle dépend. Ismaël Girard en est « directeur-gérant » et le co-fondateur avec René
Nelli. Il écrit à Lafont le 20 janvier 1952 :
Quant à Messatges, il est exact que cette collection a eu pour origine une suggestion de Nelli,
exprimée chez moi, en 1941 ou 1942, au cours d’un déjeuner en tête-à-tête. J’avais sur la table
une plaquette de ce genre éditée à Alger par Fontaine. Nelli me dit : « Voilà ce que nous
devrions faire, nous aussi. »
Dans les jours qui suivirent, j’étudiai les possibilités matérielles de l’entreprise. Nelli prépara
son Entre l’esper e l’absencia. Je lui proposai pour titre de la collection : Messatges. Il me
répondit : « Je n’en vois pas de meilleur. »
Ce fut tout. Avec ce détail que Nelli paya de sa poche la facture de sa plaquette (à l’époque :
700 f)
Pendant que s’imprimait Entre l’esper e l’absencia nous songeâmes à donner à la collection un
chapeau. Et nous pensâmes à Pons. Pons fut d’accord pour publier un choix de ses poèmes. Il
suggéra que le choix soit fait par Frère et Rouquette. La plaquette de Pons parut après celle de
Nelli, mais je les numérotai inversement Pons 1, Nelli 2. Rouquette a participé à la préparation
de la plaquette de Pons qui fut financée sur le budget d’Oc (1500 f.) C’est tout4.

Messatges s’inspire des éditions de la revue Fontaine pour un certain style de
typographie (sobriété de la couverture, titres en capitales placés en haut de page), mais
surtout pour l’idée d’une collection poétique associée à une revue, et en l’occurrence une
revue de haute valeur symbolique : Fontaine est la revue de la poésie de la Résistance.
Girard dit avoir fait à Espieux le même récit en 1949 :

1

Voir : Annexe : Liste des Messatges de 1942 à 1961.

2

Les recherches sur notre sujet doivent tout au CIRDOC de Béziers que nous remercions d’exister et de
développer son travail de conservation du patrimoine littéraire occitan.
3

Lettres d’Espieux à Lafont ; lettres d’Andrée Lafont à Espieux ; lettres de Nelli à Lafont ; lettres de Girard à
Lafont et de Lafont à Girard.
4

Le style de la réponse laisse entendre que Robert Lafont avait posé une question portant sur le rôle de Max
Rouquette dans la fondation de Messatges. Les relations entre Girard et Rouquette sont alors tendues.

�2
Lorsqu’Espieux a pris la direction de Messatges (mon principe a toujours été de faire appel aux
jeunes) je lui ai conté ce que je viens de vous dire sur la genèse de Messatges. Il me proposa de
faire figurer le nom de Nelli sur le justificatif des plaquettes. Cette proposition me parut des
plus justes et ainsi il fut fait. Voilà toute l’histoire.

« Ours » des Quasèrns
« L’ours », ce pavé obligatoire de l’imprimeur (que Girard appelle « justificatif » et Lafont
« générique ») placé en page de garde de chaque plaquette, enregistre les noms des
responsables. On passe d’une formule assez succincte, en 1949 (ours de Telaranha) : « LA
COLLECCION POETICA MESSATGES CREADA PER ISMAËL GIRARD AMB LA REVISTA OC E PUBLICADA PER L’IEO » à
une rédaction marquée d’une certaine emphase, en 1950, (ours de Dieu Metge) : « LA
COLLECCION POETICA MESSATGES QU’ESPELIGUET JOS L’IMPULS D’ISMAËL GIRARD E DE RENAT NELLI, LA
DIRECCION LITERARIA N’ESSENT ASSEGURADA PER ENRIC ESPIEUX ». Viennent, après les indications
techniques de tirage : le caractère, le nombre de tirages de tête sur beau papier, les autres,
l’achevé d’imprimer, le nom de l’imprimeur, puis la mention essentielle : « PUBLICAT PER OC »,
précisé : « REVISTA DE LAS LETRAS OCCITANAS, FELIX CASTAN N’ESTENT LO CAP DE REDACCION JOS LOS AUSPICIS
DE L’INSTITUT D’ESTUDIS OCCITANS » avec l’adresse. La reformulation porte la marque d’Espieux. Il
y aura dans les plaquettes suivantes d’autres lourdeurs : parfois on donne le nom du
président de l’IEO du moment et/ou le nom du secrétaire général5… » pour éviter de froisser
des susceptibilités, qui sont froissées de toute façon. Lafont écrit le 2 février 1952 à Girard :
5

Par ex. Cap de L’aiga, poèmas de Bernart Lesfargues, 1952, porte la mention « Secretari general : Robert
Lafont ». Ou encore : Tota llenga fa foc, poèmas de Jordi-Pere Cerda, 1954 : « president Max Roqueta,
secretari general Robert Lafont ».

�3
Le générique de Messatges est beaucoup trop long, et comporte trop de noms. Qu’il y ait le
vôtre et celui de Nelli, c’est absolument normal. Celui de Castan n’est pas du tout nécessaire.
Quant au mien, il est absolument oiseux et je vous demande de l’ôter.

L’ours de la série Òbras est plus sobre. En dernière page, en haut l’« acabat
d’imprimir » de l’imprimeur, en bas : « Director literari de Messatges, Enric Espieux.
Administrator : René Girard ».
Girard est très sourcilleux de la présentation faite dans Oc des parutions de
Messatges : « Oc publica »6. Pas question de ne pas afficher cette dépendance de Messatges
à Oc dit-il à Lafont dans une lettre du 16 septembre 1955, car « si c’est Oc, c’est l’IEO. »

Pourquoi Espieux ?
Parce qu’en 1950, il s’impose. Pour Girard avec qui il correspond depuis 1947, il
représente l’espoir de la nouvelle génération. Il vient de publier Telaranha. Il a écrit dans
Occitania, dans L’Ase Negre et surtout dans Oc n°171 (genièr 1949, p. 32-40) son long article
sur l’anthologie du Triton Bleu : « La jeune poésie occitane » de Lafont et Lesfargues,
« article remarquable, écrivions-nous, par sa connaissance nuancée de chacun et par
l’évocation enthousiaste de ce qui fait, dans « lo sang, la carn e li cants dau jovent », le
mouvement collectif de la renaissance occitane7. » Espieux vit à Paris. Il travaille à la BNCI. Il
est secrétaire du groupe de l’IEO Paris depuis 1947. Il est introduit dans les milieux de la
radio, chez les intellectuels communistes (CNE). Il fréquente Jean Lesaffre, Pierre-Louis
Berthaud, Jean Mouzat et Bernard Lesfargues, découvre la poésie de Max Rouquette, Joseph
Migot, Pierre Rouquette, Robert Lafont… Il recopie leurs poèmes, les apprend par cœur, les
analyse, s’en inspire. Il vit vraiment la poésie avec une sincérité absolue, et avec un certain
génie. Illuminé certes, mais plein d’énergie. Il répond à sa proposition d’être directeur
littéraire de Messatges (lettre du 18 août 1949) :
Me cargar de Messatges, vole ben. La vida es corta segur, mas viurem un autre jorn !
Ensajarai de respondre a vòstra fisança en assegurant una periodicitat relativa à Messatges.

Plus loin, il pose une question essentielle :
Messatges, organ di joves, segur. Mai li mestres ont li publicar ? Pons, Eyssavel etc. Dobrir
una novèla colleccion ? Reprene li colleccions entamenadas abans-guèrra ?

On peut alors penser, et Lafont et Girard le pensent, que l’édition de la poésie se fera
dans un triangle Toulouse / Paris / Montpellier où déjà circulent (et trop souvent se perdent)
les manuscrits des Bernard Lesfargues, Jean Mouzat, Pierre Rouquette, Max Allier, Pierre
Lagarde, Félix Castan… pour ne citer que ceux qui sont sur les rangs dès avant 1950 qui
seront publiés dans les années qui suivent et auxquels viennent se joindre bientôt Bernard
Manciet, Pierre Bec et Antoine Cayrol (Jordi Pere Cerdà).

6
7

Cet encart avec la mention « jos la direccion d’Enric Espieu » paraîtra dans Oc de 1950 à 1958.

Colloque : Le manuscrit du poème, Claire Torreilles : « Telaranha d’Enric Espieux (1923 - 1971). L’espèra de
l’alba », en ligne sur Campus - Occitanica du CIRDOC : http://www.occitanica.eu/omeka/items/show/17060.

�4

Quelle est la fonction de « directeur littéraire » ? La tâche de « directeur littéraire »
est aussi nouvelle que mal définie. De fait, tout continue à se passer entre Girard et Lafont.
Espieux est le premier à s’en plaindre à Robert Lafont8 :
Fin finala, me demande quala es la carga mieuna dins aquela direccion literària de
Messatges. Lo Dieu Metge l’ai pas solament poscut legir. Se comprene ben, mon trabalh seriá
de cercar d’autors e d’òbras. Vòle ben. Es pas gaire penós. Vos demande solament de
precisar. Es coma Peire Roqueta. Non sabe lo títol del seu recuelh. Parier per Max Allier…

Espieux se tourne vers Félix Castan, comme nous l’avons montré dans la journée
consacrée à Castan9 en présentant la dizaine de lettres échangées entre juillet et décembre
1950. Castan l’aide à penser sa fonction et l’avenir de Messatges en termes dialectiques :
orientation littéraire et promotion de la diversité, en lui rappelant l’interaction des
collections et de la revue Oc :
Cada initiativa de Oc, de Messatges, de Pròsa lèva d’interrogacions dins la diversitat. La
diversitat es la lei ; es una condicion de l’interés de nòstra vida literària, e mai de l’interaccion de
Oc e de las colleccions.

Le résultat est la publication dans Oc par Espieux d’une série d’articles au titre
commun : « Messatges. » Huit beaux articles qui s’échelonnent de janvier 1951 au printemps
195510 et qui sont présentés comme la chronique de la collection. Mais le premier, où
l’influence de la pensée de Castan est visible, est le seul à véritablement remplir cette
fonction. Il parle avec lyrisme de l’ambition de la poésie occitane à être une parole et une
esthétique des temps nouveaux11 et affiche un programme éditorial conquérant :
publication d’une plaquette (c’est-à-dire un Quasèrn) par trimestre et création d’une
nouvelle série : Òbras. Les Quaserns publieront les jeunes poètes et Òbras les recueils plus
importants de poètes confirmés.
Cette décision a été prise en octobre 1950 par Girard qui a renouvelé pour la création
de la nouvelle série (dont le titre n’est pas encore trouvé12) la stratégie fondatrice de
Messatges à savoir la publication d’un recueil de Pons suivi d’un de Nelli13.
8

Lettre, s. d. 1950

9

Jornada d’estudi RED’OC, 5 mai 2017, Claire Torreilles : « Lettres de Castan à Espieux sur la poésie et la
collection
Messatges».
En
ligne
sur
le
site
du
CIRDOC
à
l’adresse :
http://occitanica.eu/omeka/items/show/19167
10

Ces articles intitulés Messatges se trouvent dans : Oc, n°179, genièr de 1951 (la nouvelle génération et les
espoirs de Messatges) ; Oc, n° 181, julh de 1951 (des théories d’esthétique) ; Oc, n° 182, octobre de 1952 (de
l’inconscient dans la poésie) ; Oc, n° 184 (des séries de la collection Messatges) ; Oc, n° 186, octobre de 1952
(de la critique occitane) ; Oc, n°189, julh de 1953 (de la haute figure de René Nelli). Les deux derniers sont des
essais poétiques : « Dins la nuech » (Oc, n°194 d’octòbre de 1954) et « La sau dau desèrt » (Oc, n°196, prima de
1955).
11

Dans une lettre à Girard du 5 avril 1950, il dit qu’il prépare un article pour Oc sur Messatges « un pauc dins lo
biais de la crida d’Aragon dins Le paysan de Paris ».
12

Espieux dans une lettre à Girard dit avoir été mis au courant des titres « Quasèrns » et « Òbras » par Castan.
Il propose lui : « Tròbas » et « Trobar ». Dans la même lettre, non datée, mais que l’on peut situer fin 1950, il
dit : « Manciet m’a mandat lo sieu manescrich. Mancan las traduccions que li ai demandadas. Uei, lo
manescrich es entre las mans de Bec. Se me l’a pas tornat abans son despart de Paris, lo vos mostrarà bensai a
son arribada dins lo Miègjorn. Senon lo vos mandarai ieu. Tot aquò es plan agradiu. O serà encara mai un còp
mes en grafia ».
13

Cf. Annexe, liste des Messatges.

�5

Il écrit à Lafont, le 13 octobre 1950 :
Le 2e volume de la série qu’inaugure Conversa, sera le recueil de Nelli, La serp de folhum14.
Nous sommes d’accord avec Espieux. Pour le troisième rien de décidé. L’idéal serait que ce
soit un recueil de Max Rouquette. Nous avons déjà un manuscrit qui fait le tiers du volume
possible.
C’est à mon avis Espieux seul qui peut, par la bande, parvenir à convaincre Max Rouquette.
C’est pour que vous puissiez parler en particulier avec Espieux et mettre au point des
consignes dans ce sens, que je vous écris aujourd’hui15.
Nous pouvons publier dans la série Conversa un volume tous les six mois. Celui de Nelli est
prévu pour le printemps. Celui de Max Rouquette pourrait sortir l’hiver 1951.

En dehors de cette mission spéciale dans laquelle il échoue parce que ses relations
épistolaires avec Max Rouquette se sont dégradées, que fait Espieux ? Il rédige et distribue
des bulletins de souscription, relit certains manuscrits, comme Cap de l’aiga de Lesfargues,
dont il écrit à Lafont, le 3 septembre 1950 : « Vos lo mandarai dins qualque temps per
correccion per Alibert16, e per lo picar. »
Il annonce aussi à Girard une traduction de ce recueil, mais on n’en connaît pas
l’auteur : c’est d’ailleurs un aspect de la collection Messatges : les traductions sont le plus
souvent anonymes.
Le 4 janvier 1950, il lui avait fait part d’un recueil de poésies de Pestour préparé par
S-A Peyre dont il ne sera guère question ensuite17 :
Per quant a Pestor, Peyre a fach lo gròs òbra. Mozat, Lesfargues e ieu avèm aliscat. Notatz la
participacion financièra dis « Amis de Chantemerle ».

Le 2 mars 1950, il y a de l’espoir dans le rapprochement de Manciet :
Per Manciet, ven d’escriure a Lesfargas qu’abandonava l’escòla Gaston Fèbus au nòstre
profiech.

Il donne aussi son avis sur l’ordre de publication. Il envoie ainsi un certain nombre de fiches
directement à Girard ou en passant par Lafont. En voici un exemple

14

Le titre devint : Arma de vertat.

15

Il sera plusieurs fois question de cette médiation d’Espieux auprès de Rouquette dans l’année 1950. Elle
semble d’ailleurs avoir réussi, à lire la lettre d’Espieux à Girard du 13 sept. 1950 : « Un mot per vos dire qu’ai
reçauput lo demai dau fascicle de Roqueta. Vos trasmetrai lo tot aquesta setmana amb las instruccions de
Roqueta. Lo recuelh es bèu, d’una agudesa aeriana que se tròba pas tala dins nòstra poesia ». Et le 13 mars
1951 : « Per Roqueta (Max), vos prepause de publicar en un sol volum sos Somnis III e Somnis IV. Antau aurem
un recuelh que vaudrà per sas dimensions lo Conversa de Pons. »
16

Alibert a peu corrigé de manuscrits. Lafont ne lui fait pas confiance pour ce travail. Lettre du 17 septembre
(1955 ?) à Girard : « Il faut renoncer à obtenir des écrivains des textes propres. C’est un rêve irréalisable. Mais
Alibert corrige fort mal. Cela fait des années que j’ai personnellement renoncé à son contrôle. Il corrige une
faute sur trois et de façon si peu lisible que le travail du prote en est encore compliqué. »
17

Espieux à Girard 13 mars 1951 : « Pense tanben ais escanvis de vista qu’avèm agut amb Pestour ». Il en est
encore question dans une lettre du 23 août 1951 : «[Pestour] Aviá escrich a Mozat per Messatges e Mozat
devia me trasmetre lo tot. Mai pas res de Mozat. Vau escriure a Pestour ». Lafont écrit à Girard, le 2 mai 1953,
d’Arles : « Messatges est consacré en principe aux poètes qui font leurs premières armes. Il faudrait, à côté de
Messatges-Òbras, une série « Rétrospective ». Il a été question à un certain moment d’un choix de Pestour.
Nous retournerons à cette idée un jour ou l’autre. Pestour, André, d’autres (Funel), c’est une nouvelle série qui
peut être ouverte. »

�6

Fiche jointe à la lettre d’Espieux à Lafont du 3
septembre 1950. La décision de faire une nouvelle série
est prise visiblement, et Espieux n’est pas au courant.
On voit que les corrections dans la numérotation
portées par Lafont excluent Nelli, Pons et Rouquette qui
seront publiés dans la série « Òbras ». Au reste, l’ordre
ne sera pas celui des publications effectives. Lafont
pousse Pierre Lagarde18 et Girard Max Allier. Lafont se
renseigne auprès d’Aubanel pour le coût de
l’impression, mais ils auront encore recours à Subervie
pour 1951 et 1952.

Lettre d’Espieux à Girard du 20 août 1950, en réponse à
une lettre du 17. Il énumère les tâches à exécuter.
Le verso de la lettre donne l’avis de Lesfargues sur Joan
Camp éditeur de poèmes de Marius André « qu’a son
vejaire son un pauc tròp felibrencs. Mas Joan Camp es Joan
Camp19. A sos legeires, çò qu’es a considerar. Que ne
pensatz ? »
On remarque que dans ces années 1949-1950, Espieux cite
toujours les avis de Lesfargues et de Mouzat dont il est très
proche20, pour le travail sur Messatges en particulier.
Dans la correspondance Girard / Lafont, en 1950 et début
51, la mention d’Espieux est souvent liée au manuscrit de
sa Littérature. Un ouvrage que, selon Lafont, lui aurait
suggéré Max Rouquette, auquel il s’est attelé pendant deux
ans, et dont le résultat leur paraît discutable. Excellent mais
confus, dit Lafont. Langue composite : obsession d’une langue unique, dit Girard. Bref, ils ne
sont pas prêts à le publier aux PUF comme cela était envisagé21. Le projet va capoter. Ils ne
savent bientôt plus où se trouve le manuscrit. Nous non plus.

18

Lettre de Lafont à Girard du 28 octobre 1952, d’Arles, « Je donnerai le Messatges Lagarde à Aubanel dès que
j’aurai le manuscrit dactylographié par ma femme et que Lagarde revoit en ce moment. Pour les 200000 f à
trouver… la caisse de compensation… »
19

Et Estelle André a versé 50 000 F (Lafont 12 mai 1953).

20

Lafont écrit à Girard le 2 octobre 1949 « Vene de passar tres jorns a Paris. Ai vist Espieux, Lesfargues e
Lesaffre. »
21

Dans une lettre de mars 1948, Espieux écrit à Girard : « Per ma Literatura, Roqueta, mercé a Cassou, a
obtengut l’acòrdi di Premsas universitàrias, tre lo libre de Gourdin agotat. »

�7

Girard reçoit toujours d’Espieux des lettres où Messatges tient une certaine place. Il
reçoit et renvoie des manuscrits, on ne peut pas toujours dire ce qu’il fait, choix poétique,
traduction, relecture graphique, service de presse. Un peu tout. Il donne son point de vue de
poète.
Lettre du 7 septembre 1951 :
Lagarde m’anoncia son recuelh que Lafont ven de me trasmetre. Tretze poèmas, revirats.
Títol : L’espèra del jorn. Linde coma lo cant del grilh. Detalh : vòu èstre publicat jos lo signe
13. Podèm publicar Bec primier per 52 amb lo n°14, puei Lagarda amb lo n° 13.

Dans la même lettre :
Camp prepara la traduccion de 34 poèmas. Per la grafia, escriu : « Je me refuse à prendre
parti. Mais vous ferez ce que bon vous semblera. » Siam deliures.

Marcel Carrières ne lui plaît décidément pas. Lettre du 11 janvier 1952 :
Ai per las mans lo recuelh de Carrièras que me sembla un pauc tròp escolar. Encara s’èra un
jovenòt… Enfin !22

Lesfargues et lui font des remarques sur la typographie. Par exemple, en décembre
1951, ils critiquent la double barre en haut de chaque page. Elle sera supprimée. Tous se
sentent comptables de l’élégance de la collection. Ils tiennent à l’unité de format, aux titres
en capitales. Les options de mise en page et les polices choisies pour chaque recueil font
l’objet de discussions de connaisseurs. Lafont trouve les caractères des premiers Messatges
chez Castellvi magnifiques (lettre à Girard s.d. 1955)

Eloignement d’Espieux
Par lettre du 19 mars 1952, Espieux annonce qu’il profite de la médiation de Jeanne
Castan (sœur de Felix) auprès de Roger Blin qui lui fait rencontrer « un cert Bernheim de
Villers que vòl consacrar plusors emissions a la nòstra poesia23. » C’est le début d’un
engagement passionné. Il en parle abondamment. La radio est certainement un moyen de
diffusion intéressant, en particulier pour la poésie d’oc, mais cela va le détourner de
Messatges.
Il commence à décrocher. Fin 1951, déjà, il arrive à Girard et Lafont de déplorer le
24
silence , voire la désinvolture25, d’Espieux qui se tient de plus en plus loin des loin des
réalités de l’édition et des chiffres qui les obsèdent, eux qui doivent « fonctionner toujours
22

Plus tard (lettre s.d. de 1955), il réitère : « Carrieras. Te prègue de notar qu’es pas question de lo publicar dins
Messatges. Perqué pas « Plumes et duvet » !
23

Lettre de mai 1952 : programme d’émissions sur « la poésie provençale » sous la direction de Maxence
Bernheim de Villers dans le cadre de « Poésie sans passeport » de Claude Roland Manuel.
24
25

Lafont à Girard s.d. (1953) : « J’ai écrit à Espieux au sujet du manuscrit de Bec. Ultimes menaces. »

Lafont à Girard : 15 juillet (52 ?) « Espieux m’a annoncé très vite qu’il allait écrire cet article. Mais à la place
est arrivée une immense lettre sur la poésie… Aucun sérieux professionnel ! » et Girard à Lafont, en 1953 :
« J’expédie sans commentaire le manuscrit Manciet à Espieux. Je ne puis qu’être pour le moins étonné de la
désinvolture d’Espieux à l’égard de ce manuscrit qu’il a eu en mains déjà plusieurs fois, qu’il demande
périodiquement d’urgence, avec la régularité d’un métronome. Il s’agit de savoir s’il sait ce qu’il veut. Si le
manuscrit finit par se perdre au cours de ses pérégrinations postales, je tiens à dégager ici ma responsabilité. »

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au galop et avec des moyens de bord disparates26 ». Mais Lafont ne se départit pas de
l’indulgence de l’amitié vraie, de la solidarité poétique :
Je ne suis pas sans nouvelles d’Espieux, nous recevons de lui, ma femme et moi, de longues
lettres sur le sujet unique de la poésie. Il a tenté une expérience poétique très ardue, digne
des grandes figures, les Rimbaud et autres Lautréamont. La seule expérience de ce style que
nous ayons en littérature d’oc ! Inutile de dire que ses nerfs en sont las. Baste ! Qui pourrait
l’en dissuader ?
[…] Il faudra bien rendre Espieux à son destin de poète27.

Ce disant, il pense plus à la situation de l’IEO Paris qu’à Messatges.
Lafont à Girard, en 1952 (s.d.) : « Je ne crois pas qu’il soit nécessaire de doubler
Espieux par un comité de lecture qui serait le Bureau Directeur. Il doit rester maître de la
collection, nous ne devons pas l’inhiber. »
Les manuscrits passent toujours par les mains d’Espieux qui reconnaît, non sans en
éprouver une angoisse personnelle, les vraies révélations poétiques : Manciet28, Saurat
comme plus tard Yves Rouquette.
Mais, une fois encore, ni l’un ni l’autre ne souhaitent ôter à Espieux son titre de
« directeur littéraire de Messatges ». Il faut seulement, conviennent-ils, ne pas lui confier de
tâche matérielle. Girard lui demande par exemple de travailler sur les manuscrits de Barrué
pour dégager une unité de poèmes29. Il en est plusieurs
fois question mais cela n’aboutira pas30.

Les trois plaquettes gasconnes
À partir de janvier 1953, Girard a l’idée de faire
publier ensemble les trois plaquettes gasconnes en
préparation, à savoir Manciet, Bec et Ravier.
Lettre à Lafont du 7 janvier 1953 :
Oui, les trois recueils gascons paraîtront en même
temps. Celui de Bec et celui de Ravier sortiront avec
Manciet dont c’est le tour. Ainsi il n’y aura pas de retard
pour la suite. Cette affirmation gasconne est une chose
26

Lettre Girard à Lafont du 15 mars 1955

27

Lettre s.d. probablement 1952 Lafont à Girard : « Ma femme a reçu un recueil d’Espieux. Magnifique. Bien
au-dessus de Telaranha et de Destrau de lutz. Du niveau d’Éluard, vraiment. »
28

Lafont à Girard, 20 mars 1952 « Espieux m’a fait passer le grand poème en prose de Manciet qui doit figurer
dans son recueil. Encore que certaines propositions qu’il contient soient de nature à nous inquiéter un peu
(sympathie évidente aux Allemands « victimes »), ce recueil doit avoir une grande importance pour nous. Il y a
là un ton entièrement neuf, et peut-être Manciet possède-t-il le seul véritable tempérament poétique total
(Max Jacob, Jarry) que nous puissions offrir au public. Je vous fais parvenir le texte. »
29

Lettre Girard à Lafont du 15 mars 1955 : « Si Espieux veut travailler au choix des poèmes, je puis lui faire
envoyer l’ensemble de l’œuvre qui contient du bon et du pire. Il y a une quinzaine de poèmes qui ont pour
thème la musique. Nous nous étions entendus pour les détacher et en faire un fascicule. Mais faut-il les choisir
définitivement etc… » Espieux répond à Lafont le 23 mars 1955 « Per Barrué, siáu pas pro sabent en gascon per
poder faire lo causit previst. Que Ravier i ane ! »
30

Un poème de Barrué, « Musica », est publié dans Oc n° 189 de julhet de 1953, p. 5-6.

�9
toute nouvelle qui nécessite un effort de notre part, d’autant plus que les pourparlers d’action
en Gascogne se poursuivent sur un plan positif. Songez qu’il n’y a jamais eu encore de fascicule
gascon dans la collection.

Je vais écrire à Espieux, écrit-il à Lafont, le 19 octobre de la même année31, « au sujet
des Messatges gascons ». Les travaux sont bien avancés, mais Girard s’alarme, fin 1953, que
Lafont ait signé le bon à tirer de Bec et Cayrol (chez Aubanel). Surtout de Bec qui doit
attendre les deux autres Gascons. Il adresse alors à Lafont un télégramme et une semonce
sur l’obsession de la correction :
Quant à Bec, il n’a été lu qu’une fois et tout est à faire pour la mise en page. Il est impensable
de le tirer avant que Bec ne l’ait vu une nouvelle fois. Et que je n’ai vérifié en confrontant les
deux épreuves : celles d’avant et celles d’après les corrections. Les imprimeurs nous cassent
les pieds…
Il faut qu’il y ait le moins de fautes possibles et que les corrections soient poussées au
maximum. Quant à moi, j’ai lui cinq fois Larsinhac, Conversa et Arma de Vertat !!! Et je viens
de sauver au vol la plaquette de Ravier qui avait laissé trois fautes grossières. Je ne dis
d’ailleurs pas qu’il n’y en ait pas encore ! Non, non, pas de précipitation : nous devons tout
sacrifier à la correction.

On reconnaît dans ces lignes l’état de fébrilité du responsable de publication avant le
bon à tirer. Les plaquettes gasconnes32 paraîtront à deux mois d’écart, la numérotation (n°s
14-15-16) masquant la chronologie réelle des « achevés d’imprimer ». Le procédé vaut pour
toute la période (1954-1955) comme le montre le document cité en annexe : liste des
Messatges de 1942 à 1961.
Lafont écrit le 16 avril 1954 à Girard qu’il faut traiter en urgence le retard pris par
Messatges :
Je suis personnellement pour qu’on débloque Messatges au maximum. L’encombrement des
plaquettes nous asphyxie. Puisque Barral et Cayrol s’offrent pour payer leur plaquette, je suis
d’avis qu’on sorte 6 Messatges cette année. En 1955, nous pourrons étudier le rythme le
meilleur. Cela vous va-t-il ?

C’était compter sans la surprenante apparition de Denis Saurat.

Le météore Saurat
Jean-François Courouau a décrit le phénomène dans son édition critique
Encaminament catar 2010, et il y consacre ici une communication. Je ne parlerai donc que
du point de vue des éditeurs de Messatges dont Saurat traverse le paysage tel un météore.
Saurat écrit les 323 vers de At digues pos dont il a la révélation le 14 avril 1954 (la
lettre programmatique de Lafont citée plus haut est datée du 16 avril). Le poème est
transcrit en graphie alibertine par Bec : Ac digas pas. Saurat a la notoriété littéraire et les
31

Mais il lui en a parlé bien plus tôt puisque Espieux lui répond le 21 avril 1953 : « Soi d’acòrdi per vòstres
projèctes gascons… e mai per l’òrdre Manciet-Bec-Ravier. »
32

Le 9 avril 1954, Girard parle même de quatre plaquettes gasconnes, incluant Barrué. Mais la plaquette en
projet de Barrué dont devait s’occuper Espieux ne sera pas publiée dans Messatges. Cf Jean Thomas « Des
manuscrits de Fernand Barrué et de quelques autres » in Les manuscrits du poème (1930-1960), en ligne à
l’adresse http://occitanica.eu/omeka/items/show/19138.

�10

moyens financiers33 de faire bouger les lignes. Lafont intervient auprès d’Aubanel qui
modifie son calendrier si bien que la plaquette sort, sans traduction, dans la série Quasèrns,
le 1er septembre 1954, passant devant les Gascons34 chers à Girard, mais numérotée après :
n° 19. On n’a jamais fait aussi vite !
Le 4 septembre 1954, Nelli écrit à Lafont :
Merci pour le Mistral.
Je reçois aujourd’hui Ac digas pas. La conversion de Saurat aux lettres d’oc – qui est un peu
mon œuvre – est extrêmement importante. Représentez-vous quel sera l’étonnement des
critiques et historiens de l’an 2050 quand ils contempleront rétrospectivement la parution
d’un tel poème en 1954 ! Le génie d’oc n’a pas fini d’étonner. Il faut souligner cela.
Autre chose je présume qu’il y a eu une brouille assez grave entre S et S. A. Peyre. Et S a
voulu démontrer à S. A. Peyre qu’il était aisé de le détrôner. Quoi qu’il en soit c’est une
magnifique victoire. D. Saurat a 3 ou 4 énormes poèmes prêts (autant que l’œuvre de Peyre)
et il offre 55000 f pour éditer les premiers. Ne refusons pas cela. Si vous pouviez aller voir
Saurat ce serait très bien. Si vous ne pouvez pas, mes lettres suffiront.

Le 19 décembre 1954 Girard s’inquiète auprès de Lafont de la livraison à Saurat de
son service de presse :
Au fait où en est Saurat avec Ac digas pas ? J’ai l’impression que malgré un tour de faveur
dans le tirage, son service de presse est sous le boisseau…

Espieux participe à l’emballement pour la poésie de Saurat. Il aime Lo soldat / Le
souldat qu’il entreprend de traduire et davantage encore Les Gigants catars.
En 1955, nouvelle précipitation pour publier dans la série Òbras : Encaminament
catar (Lo Pòble, Los Aujòls, La Verge). En avril 1955, Saurat demande un tirage pour le 15
mai. Même scénario : Lafont intervient auprès de Girard pour qu’il accélère la publication
auprès de Castellvi. Girard change finalement d’éditeur : c’est Subervie à Rodez qui publie
Encaminament Catar, sorti le 11 juin.
À la suite, il faut publier les Poèmas mistics de Laurence de Beylié avec « una version
catara en occitan » de Saurat.
Sous la pression des événements, le dispositif épistolaire à trois têtes ne fonctionne
plus du tout. Lafont et Girard s’échangent en toute hâte les lettres de Saurat avec des
annotations en marge, sans informer Espieux qui se sent exclu.
La suite, en 1957, pour Encaminament II (« Lo caçaire » et « Blaco »). D’urgence, dit
Girard, étant donné que Saurat a payé 50 000 f d’avance et promis de régler le reste sur
facture35. Lafont décide de le publier dans Messatges mais hors-série. Il écrit à Girard :
Voici les épreuves d’Encaminament que ma femme a corrigées. Comme ce volume ne
correspond, par suite de l’absence de traduction, ni à la série Quasèrns ni à celle d’Òbras,
nous proposons d’inscrire le volume dans Messatges sans plus. Un mot encore sur la
correction des épreuves. Bec, en transcrivant le texte de Saurat, a utilisé certains procédés
33

Lettre Lafont à Girard, s.d. 1955 : « Saurat a déjà payé 75000 F et me dit de lui en demander davantage si
c’est nécessaire ».
34

Manciet proteste auprès d’Espieux ; « Ce ne sera plus Accidents mais Panne ! » Lettre d’Espieux à Lafont, s.d.
1954.
35

Lettre de Girard à Lafont du 27 août 1957.

�11
qui ne sont pas dans la ligne d’Alibert (élision cada en cad’) et une accentuation nettement
pauvre (e à peu près toujours pour è). Ma femme s’est conformée aux solutions Bec pour ne
pas faire recomposer le texte.36

Toujours du retard
Entre temps, il faut écluser les manuscrits en retard. Celui de Girard (Signes de Delfin
Dario 1960) Sòrgas de Maxence finalement publié à Toulouse37. Et surtout faire face à la
nouvelle vague : Yves Rouquette, Serge Bec, Robert Allan. Girard écrit à Lafont, le 21 janvier
1956, que tous les manuscrits arrivent en même temps : des parutions dans Oc, des
Quasèrns à publier. Cela correspond au numéro d’Oc préparé par Ravier, n° 200 abril-maijunh de 1956, « le numéro des jeunes ». On remarque qu’il n’y a dans cette petite anthologie
aucun poème de Saurat. Pas plus qu’il n’y en aura dans le numéro 216, mai-junh de 1960,
composé par Lafont : Poésie d’oc 1960. Mais, dans la préface, Lafont reconnaît l’influence de
Saurat dans ce qu’il appelle « conquista dau prosaïsme », ce qui peut s’appliquer en
particulier à Espieux et à Yves Rouquette.
Il faut une nouvelle fois songer à réorganiser Messatges. Lafont pense à Manciet, un
des rares, dit-il, à s’intéresser à la collection38. Il rencontre une vive opposition de la part de
Girard qui lui écrit le 29 août 1956, accablé de travail et de la mort de Berthaud :
À propos de Messatges : vous savez très bien que le comité de lecture de Messatges n’a
jamais fonctionné.
Manciet / Messatges : là je ne suis pas d’accord. Dans la lettre précédente il était question de
Manciet lecteur de Messatges. Maintenant vous me dites : Manciet a pris fermement en
mains le destin de Messatges. Je trouve que c’est aller un peu vite en besogne, pour décider
d’une question essentiellement organique, intra IEO.
J’ai fait depuis longtemps mon mea culpa d’avoir confié, à un moment où l’IEO n’était encore
qu’une nébuleuse, la responsabilité de Messatges à Espieux dont je reconnais les qualités,
mais il n’était pas fait pour organiser quoi que ce soit. Voilà pourquoi j’estime, et je ne suis
pas le seul, qu’il faut réexaminer la question avec beaucoup de prudence […]
La collection Messatges, indépendamment des solutions administratives à trouver,
indépendamment de son comité de lecture qui n’a encore rien lu, gagnerait à avoir comme
directeur un nom dont le rayonnement actuellement est réel. Pour ma part je propose
Nelli39, bien entendu comme directeur littéraire, avec ou sans comité de lecture, peu
importe, les questions administratives relevant d’une autre instance.

Une crise de succession majeure s’engage. Lafont est empêtré par les règles qu’il a
lui-même édictées, concernant le choix des auteurs d’être publiés dans telle ou telle série,

36

De la graphie de Bec, J-F Courouau écrit : « Établie selon des principes assez mouvants et entachée de
quelques erreurs de lecture, elle modifie souvent assez sensiblement la langue même du texte ». p. 50. Op.cit.
37

Cette plaquette Sòrgas, à laquelle Espieux tient beaucoup, est la traduction par lui de poèmes de Maxence
Bernheim de Villers. Il devait en assurer lui-même la composition et le tirage à Paris.
38
39

Lettre de Lafont à Girard du 30 août 1956.

C’est ce qui sera mis en place de 1960 à 1972. Nelli accepte d’être un directeur littéraire de prestige, mais
lointain, pendant 12 ans. Espieux écrit à Robert Lafont le 28 novembre 1972 : « Je comprends très bien que l’on
m’ait enlevé la direction de Messatges, mais n’eût-il pas été poli - simplement poli - de m’en aviser ! »

�12

un formalisme qui fait fuir Cayrol, Bec, Espieux40… Il est aussi désarçonné par l’attitude de
Manciet. Il écrit à Girard le 30 avril 1960 :
Manciet a rejeté Orfeu de Pons avec une grande brutalité. Manciet a adopté à Messatges un
ton extrêmement déplaisant faisant alterner le refus motivé en trois mots et l’acceptation
désabusée et condescendante. Quant Ravier obtient quelque chose de lui, c’est une boutade
acide. En ce moment il n’y a de salut pour Messatges que dans l’élargissement du comité.

Le 2 mai 1960 Girard, sur le point de se retirer, écrit à Lafont :
Je déplore que la direction littéraire en soit tellement rigide que certains genres soient
éliminés par principe. Je n’exprime ici qu’une opinion à titre strictement personnel. Ce qui est
valable pour Oc, doit, à mon avis, l’être pour Messatges.
Pour le moment je ne vois pas comment on en sortira, en ce qui concerne Messatges, tant
que nous aurons des gens qui « tirent au renard » (j’entends Manciet et Ravier) comme
responsables… théoriques. J’estime que la direction de Messatges devrait être entièrement
prise en main par madame Lafont, libre à elle de s’entourer des lecteurs qu’elle jugera
capable de… sociabilité. Voilà mon avis.

Avis sensé, s’il en est ! Car cela fait bien longtemps qu’Andrée-Paule Lafont permet à
Messatges de ne pas couler. Elle a dactylographié, corrigé des manuscrits, les épreuves, elle
a écrit aux auteurs, assuré la critique, sans accepter, semble-t-il, que son nom figure comme
responsable. Le 10 septembre 1961, elle écrit à Espieux qu’elle espère faire sortir avant la fin
de l’année Vesper de Nelli et l’Omenatge a Andreu Pic de l’IEO :
I a totjorn d’òbras en retard que contunhan d’entrepachar Messatges e que vòle sortir al mai
lèu per fin de balhar mai de viu a la colleccion. Encara sèrve coma un pentiment li Sòmis III de
Max Roqueta. I a tanben un molon de poèmas de Barrué que ne faudriá tirar quicòm. Puèi,
mai solament puèi, lo ritme de Messatges serà lo de la poesia d’òc, un ritme que voudriáu
rabent.

L’usage libre de la première personne montre qu’elle assume toute la responsabilité
de la collection, avec une lassitude certaine. Elle exprime son malaise devant les retards
accumulés et les ratages, comme la publication de Max Rouquette dans « Òbras » qui était
une priorité pour Girard en octobre 1950, et qui fut repoussée, pour des raisons diverses,
pendant dix ans. Ratage encore pour le choix de poèmes de Barrué que Girard avait
demandé à Espieux, lequel s’en était déchargé sur Ravier en 1955… et dont les manuscrits se
retrouvent sur la table d’Andrée Lafont en 1961 ! Elle songe à partir mais pas avant d’avoir
fait le ménage41.

Une impossible rupture
Pour Espieux, le début des années soixante marque un tournant difficile dans sa vie
et son écriture. L’expérience de Messatges est arrivée à son terme. Il se retire avec la
conscience de sa marginalisation au sein de l’IEO, au moment même où il vient vivre à
Nîmes. Il reste longtemps habité d’une sombre amertume. Il écrit à Lafont, le 4 janvier 1962 :

40

Lettre du 26 novembre 1959 de Lafont à Girard. « Le règlement adopté condamne un auteur à donner
d’abord un recueil Quasèrn, puis un recueil Òbra. Comme nous ne pouvons pas éditer de volume Òbra pour
l’instant, nous sommes en train, par formalisme, de nous aliéner des auteurs : Cerda, Serge Bec, Espieux… »
41

Sa note dans la marge l’indique « Puei e solament puei podrai quitar la plaça a quicòm mai. »

�13
Mon principal objectif était de stimuler la création de toutes les manières, au nombre
desquelles la publication n’était pas des moindres. Plus d’un recueil a vu le jour qui dormirait
encore. Comme dort aujourd’hui Siam plus d’aucèus42 qui devrait avoir été publié depuis
longtemps. Je ne demande que de me restituer ce recueil que je publierai à Toulon.

Le 6 janvier :
Que Messatges venga un domeni privat, sotmés a de règlas estrechas, vòle ben. Ieu inauguri
una colleccion dobèrta, un luòc d’asili.

Il va fonder ses éditions « Quaserns tolonencs », et la colleccion : « L’Espieut ». Dont
Siam plus d’aucèus devait être la première publication. Il en modifiera plusieurs fois le titre
et le contenu et ce sera Falibusta en 1962. Suivi de Òsca Manòsca en 1963, Finimond en
1967. Yves Rouquette a raison de dire que ces plaquettes d’Espieux sont des clones de
Messatges43. Car il ne parvient pas à se détacher de Messatges. Il enrage de voir deux poètes
français, Gaston Puel et Jean Malrieu, entrer au comité de rédaction. À la fois il ressasse des
reproches44
En fait d’orientation, Messatges s’oriente vers un avenir où figureront seulement les morts,
les membres occitans du comité de lecture et du comité d’administration. Quant aux autres,
ils devront se résigner à faire partie de ce qu’on peut appeler une littérature d’échantillon ?
Ainsi en est-il allé pour Robert Allan dont l’œuvre a été dépecée avec une sauvagerie
sadique45.

et il espère toujours y être publié. Andrée Lafont corrige un premier ensemble de poèmes
manuscrits qui seront le socle de Jòi e Jovent.
À partir de 1969, il reprend le fil d’une correspondance avec Girard pour lui
promettre quelques comptes rendus dans Oc, lui dire qu’il en attend de son Histoire
d’Occitanie. Il lui signale qu’il a une dizaine de sonnets publiables et il lui fait passer par
Manciet le manuscrit de son dernier poème Siam de còla.
Manciet vos a mandat lo mieu gròs poèma (lo titol m’escapa, n’ai cambiat 3 o 4 còps) mai lo
tèxt comença per « Eriam d’estieu, marrit estieu ».

Dans une longue et belle lettre de 1970 il parcourt le paysage d’Oc : Jean-Louis Guin,
Philippe Gardy qu’il trouve dense et difficile mais brillant, Jean-Marie Auzias qu’il n’aime pas,
Jean et Yves Rouquette dont il est très proche, Jean Mouzat qui publie à nouveau, enfin
Pierre Rouquette passé à la graphie mistralienne :
Rien d’étonnant à cela. Il est devenu pratiquement impossible de se faire publier dans les
milieux occitanistes. Rouquette a voulu se faire publier avant sa mort et il a saisi la première
occasion.

Confidence mal déguisée de celui qui dit dans la même lettre que la fièvre ne le
quitte plus. Trois lettres n’ont pas été décachetées par Girard, celles des 4 avril, 29 avril et 31
mai 1971. Espieux demande un mot d’amitié, un avis sur Siam de còla qu’il voudrait bien
42

Est-ce le recueil dont Lafont disait à Girard le 16 avril 1955 : « Ma femme a reçu un recueil d’Espieux
magnifique. Bien au-dessus de Telaranha e de Destrau de lutz. Du niveau d’Éluard, vraiment. »
43

Yves Rouquette dit : « quicòm coma una sòrre bessona e magrinèla » Oc, 227-228, genièr-junh 1963, p. 85.

44

Lettre à Lafont de juin 1962.

45

Ce jugement est confirmé par les analyses de Marie-Jeanne Verny in Le manuscrit du poème. « Lei Cants de la
tibla de Robert Allan : de l’histoire d’une édition impossible au projet de réédition »
http://occitanica.eu/omeka/items/show/17061.

�14

faire publier « sous le signe de Oc ». La dernière lettre du 26 octobre 1971 montre que le
contact avait été repris.
Espieux et Messatges, c’est tout un destin de poésie, dans un milieu occitaniste qui
s’est élargi46 et qui reste le sien, malgré les crises traversées. Il meurt le 27 decembre 1971
sans avoir vu dans Messatges la publication d’un choix de ses poèmes : Lo temps de nòstre
amor, lo temps de nòstra libertat « acabat de tirar lo 14 de genièr de 1972 ». C’est Jean
Larzac qui publie en 1974 le recueil Jòi e Jovent dans la nouvelle série de Messatges dont il
est le directeur.
Dans cette vie douloureuse dont la poésie a été le seul horizon, les dix ans de
Messatges lui apparaissent, rétrospectivement, comme le temps heureux de la
reconnaissance.

NB : consulter pages suivantes, en annexe, les titres de la collection Messatges de 1942 à
1961, série QUASERNS, série ÒBRAS, hors-série.

46

« Dieu que tout cela est vivant ! Vous souvenez-vous de l’époque où Berthaud citait Philadelphe : « Que i a
trivalh e sem pas goaire ! » C’est encore un peu vrai, mais comme tout a proliféré ! » Lettre d’Espieux à Girard
du 30 juillet 1970.

�15

ANNEXE
Collection Messatges de 1942 à 1961

Série QUASERNS

N°

Date

Titre

Auteur

1
2
3
4
5
6

1942
1942
1942
1946
1946
1947

Poesies catalanes
Entre l’esper e l’absencia
Somnis de la nuòch
Paraulas al vielh silenci
Aquarela
Poesias de Santillana

7
8
9
10
11
12
13
14
15
16
17
18
19
20
21
22
23
24
25
26
27
28
29

1949
1950
1951
1951
1951
1952
1953
1955
1955
1954
1954
1955
1954
1955
1956
1956
1957
1958
1958
1960
1960
1960
1961

JS Pons
R. Nelli
M. Roqueta
R. Lafont
L. Cordes
trad. Darmangeat
adapt. M.Rouquette
H. Espieux
J. Mouzat
P. Rouquette
M. Allier
F. Castan
B. Lesfargues
P. Lagarde
B. Manciet
P. Bec
X. Ravier
J P. Cerda
M. Barral
D. Saurat
J. Camp
trad. D.Saurat
S. Vincens (A-P L)
S. Bec
trad. E. Espieux
I. Roqueta
D. Dario (I G)
S. Bec
Robert Allan
Coll.

31 mai
10 juin
30 juin
15 juin
15 juin
28 fév.
28 fev.
24 dec.
24 dec.
15 fev.
1er sept.
31 janv.
29 fev.
10 mai.

Telaranha
Dieu metge
Secret del temps
A la raja dau temps
De campèstre d’amor e de guèrra
Cap de l’aiga
Espèra del jorn
Accidents
Au briu de l’estona
Paraulas enta troç de prima
Tota llengua fa foc
Los espers e los jorns
Ac digas pas
Omenatge a Marius André
Poèmas mistics de L. de Beylié
Lis uelhs e son reiaume
Miegterrana
Sòrgas de Maxenci
L’escriveire public
I.
Signes
Memòria de la carn
Li cants dau deluvi
Omenatge a Andreu Pic

Dr
de Imprime
collection ur
Castellvi
Castellvi
“Ismaël
Girard
n’essent lo
baile”

Espieux
Espieux
Espieux
Espieux
Espieux
Espieux
Espieux
Espieux
Espieux
Espieux
Espieux
Espieux
Espieux
Espieux
Espieux
Espieux
Espieux
Espieux
Manciet
Manciet
R. Nelli
R. Nelli

Les 8 ouvrages publiés en 1954 -1955, dans l’ordre chronologique des « achevés d’imprimer »

19
16
17
20
18
14
15
òbras

1954
1954
1954
1955
1955
1955
1955
1955

1er sept.
24 dec.
24 dec.
31 janv.
15 fev.
28 fév.
28 fev.
1er sept

Ac digas pas
Paraulas enta troç de prima
Tota llengua fa foc
Omenatge a Marius André
Los espers e los jorns
Accidents
Au briu de l’estona
Encaminament catar

D. Saurat
X. Ravier
J P. Cerda
J. Camp
M. Barral
B. Manciet
P. Bec
D. Saurat

Subervie
Subervie
Subervie
Subervie
Subervie
Aubanel
Aubanel
Aubanel
Aubanel
Aubanel
Castellvi
Aubanel
Aubanel
Subervie
Subervie
Subervie
Subervie
Subervie
Castellvi
Castellvi
Castellvi
Reboulin

�16

« Acabat d’imprimir » 3e de couv.

Série ÒBRAS
1
1950

Conversa

J.S Pons

2

1952

Arma de Vertat

R.Nelli

3

1955 1er sept.

Encaminament catar

D. Saurat

4

1957

Dire

R. Lafont

Encaminament II

D. Saurat

Dr. lit. de Messatges E. Espieux
Administator I. Girard
Dr. lit. de Messatges E. Espieux
Administator I. Girard
Dr. lit. de Messatges : E. Espieux
Subervie
Dr. lit. de Messatges : E. Espieux
Secretari.gral : B. Manciet

Fòra seria
1960

Dr. lit. de Messatges : E. Espieux
Secretari.gral : B. Manciet
Subervie

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&lt;html&gt;&#13;
&lt;head&gt;&#13;
&lt;/head&gt;&#13;
&lt;body&gt;&#13;
&lt;a href="http://occitanica.eu/omeka/items/show/19161"&gt;La colleccion &amp;laquo; Messatges &amp;raquo; de l'IEO 1945-1960 : Jornada d'estudis ReDoc / LLACS&lt;/a&gt;&#13;
&lt;/body&gt;&#13;
&lt;/html&gt;</text>
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&lt;html&gt;&#13;
&lt;head&gt;&#13;
&lt;/head&gt;&#13;
&lt;body&gt;&#13;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&#13;
&lt;p&gt;Communication de Claire Torreilles dans le cadre de la journ&amp;eacute;e d'&amp;eacute;tudes&amp;nbsp;ReDoc-LLACS : La collection &amp;laquo; Messatges &amp;raquo; de l'IEO 1945-1960, Montpellier, 27 janvier 2018.&lt;/p&gt;&#13;
&lt;/div&gt;&#13;
&lt;/body&gt;&#13;
&lt;/html&gt;</text>
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&lt;html&gt;&#13;
&lt;head&gt;&#13;
&lt;/head&gt;&#13;
&lt;body&gt;&#13;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Comunicacion de Clara Torreilles dins l'encastre de la&amp;nbsp; jornada d'estudis&amp;nbsp;ReDoc-LLACS :&amp;nbsp;La colleccion &amp;laquo; Messatges &amp;raquo; de l'IEO 1945-1960, Montpelhi&amp;egrave;r, 27 de geni&amp;egrave;r de 2018.&lt;/div&gt;&#13;
&lt;/body&gt;&#13;
&lt;/html&gt;</text>
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                <text>Vignette :  http://occitanica.eu/omeka/files/original/6dd0a950a7e04a0e4d7edcbcb19946c7.jpg</text>
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Lettres de Castan à Espieux sur la poésie et la collection Messatges
Claire TORREILLES

Dans le fonds Espieux acquis par le CIRDOC vers 2010, il y a un ensemble très
précieux de trois cahiers appelés Libre de Memòrias. Ce livre de mémoires est un journal
d’écrivain pour l’année 1950. Henri Espieux, qui vit alors à Paris, y note ses lectures, ses
réflexions, les poèmes qu’il écrit, ceux de ses amis qu’il recopie et commente, et également
les lettres qu’il envoie et reçoit, de Robert Lafont, de Max Rouquette, de Bachelard à
l’occasion, de divers correspondants parisiens et de Félix Castan. Quelques lettres sont
glissées entre les pages des cahiers, dont deux de Castan, mais l’essentiel de ce dont nous
allons traiter représente une correspondance complète de 10 longues lettres recopiées dans
le troisième cahier coté ESP01/3/8, échangées de juillet à décembre 1950 entre Castan et
Espieux.

Le contexte
Espieux a été chargé en 1949 par Ismaël Girard1 de la « direction littéraire2 » de la
collection Messatges. Dans le numéro 176 d’avril 1950, en troisième de couverture, on
trouve, pour la première fois, l’encart « Oc publica la colleccion poetica Messatges, jos la
direccion d’Enric Espieux » qui sera ainsi formulé dans la revue jusqu’en 19583. Il ne fait pas
de doute que Félix Castan, directeur en chef de la dixième série d’Oc depuis 1948, a
approuvé sinon suscité le choix de Girard, qui est directeur-gérant de la revue, propriétaire
légal du titre. Espieux s’est signalé non seulement comme poète – il vient de publier
Telaranha, son premier recueil, n° 7 de Messatges – mais surtout comme critique de la
nouvelle génération, en particulier par un long article sur l’Anthologie de Lesfargues et
Lafont au Triton Bleu4 (Oc 171, genièr 1949, p. 32-40). Cet article marque un nouveau
1

Espieux écrit à Robert Lafont (s.d. 1950) : « Girard ven de me fisar la direccion literària de Messatges. Aquela
promocion amb ta nominacion au secretariat generau fa dintrar de Provençaus dins l’IEO ». Lafont est élu
secrétaire général à l’assemblée générale de l’IEO du 2 avril 1950 à Montpellier.
2

Cette fonction est créée pour l’occasion. C’est le rédacteur en chef de Oc qui dirige la collection Messatges, en
l’occurrence Félix Castan.
3

En 1959, l’encart sera remplacé par « sous la direction d’Henri Espieux et Bernard Manciet ». Il ne paraîtra
plus en 1960, date de la rupture d’Espieux avec Messatges. Les « ours » des numéros 8 à 25 de la série
Quasèrns, ainsi que les « acabats d’imprimir » de la série Òbras (n° 1 à 4) portent également le nom d’Espieux
comme « directeur littéraire ». Voir : Claire Torreilles, « Henri Espieux, directeur littéraire de Messatges de
1950 à 1960 », Journée d’études Messatges du 27 janvier 2018.
4

La jeune poésie occitane B. A. Lesfargues e R. Lafont (Le Triton Bleu, Paris 1946).

�2

souffle, donne à sentir l’élan impulsé par Nelli et Rouquette sur « lo sang, la carn e li cants
dau jovent » : Manciet, Allier, Lesfargues, Delavouët, Xurigera, Lagarde, Mouzat, Delfin
Dario, Camproux, Lafont, Castan... Espieux souligne la nouveauté et l’ancienneté de la poésie
de résistance en se référant aussi bien à « La ronda dels mòrts » de Louisa Paulin, qu’à
Guernica de Picasso et à toute une tradition depuis la « Canson del Lavador 5» de Marcabru.
Il donne une vision à la fois enthousiaste, historique et maîtrisée du paysage poétique qui ne
pouvait qu’agréer à Castan, lequel a d’ailleurs fait toute sa place dans Oc à Espieux poète et
critique, y compris dans ce qu’il a appelé le « numéro de la paix » : Oc 174, octobre 1949.
Espieux qui a adhéré au CNE (comité national des écrivains6) n’est ni communiste ni
‘compagnon de route’. Il développe dans « Lo veu dau temple » p. 13-19 la fresque historicopoétique d’une Occitanie idéale, sur laquelle sont passées « li barbarias e mai li
civilisacions », une Occitanie faite de la chair des hommes et non des institutions, qui a
connu une évolution cyclique à laquelle ne s’applique aucune doctrine, ni le nationalisme
romantique ni le marxisme. Sa vision de la paix est un vitalisme ardent7 qui va nourrir toute
sa poésie à venir (Sirventès, Jòi e Jovent, La nuech lònga…).
La correspondance que Castan entretient avec Espieux prolonge sur un plan privé les
débats d’idées et les discussions sur l’orientation littéraire de Messatges et de la renaissance
d’oc.

Lectures croisées
Ce moment de la correspondance entre Castan et Espieux se situe dans un réseau de
correspondance intense dont nous n’avons pas toutes les données, mais dont nous
commençons à apprécier l’importance. Correspondance militante et littéraire. Lettres et
poèmes circulent entre Castan, Lafont, Rouquette, Lesfargues, Espieux, Mouzat, Girard,
Nelli, et les lectures croisées des œuvres en gestation font le soubassement des publications
à venir.
Dans Lo libre de memòrias, entre les lettres copiées s’intercalent des poèmes, dont le
thème est souvent en relation avec le contenu de la discussion, comme si pour Espieux la
fébrilité de la lettre débordait sur le poème, ou encore par mimétisme. Ainsi de « Pòble »
dont je me suis demandé s’il était d’Espieux ou de Castan, tant il est d’inspiration
castanienne8 avant de le voir publié dans Oc 180 d’avril 1951, p.13-14, avec « Ligam » et
« Corona ». Ainsi que « Gramatica occitana » dans Oc 182 d’octobre 1951 p. 10-11. Il semble

5

Espieux reprendra le titre.

6

Cf. Colloque : Le manuscrit du poème, Claire Torreilles : « Telaranha d’Enric Espieux (1923 - 1971). L’espèra de
l’alba », en ligne sur Campus - Occitanica du CIRDOC : http://www.occitanica.eu/omeka/items/show/17060.
7

« La determinacion d’aquela doctrina que fins ara n’i a pas cap sul papier e qu’es pasmens viva e vertadiera,
dins la vida dau mond, dins la vida d’Occitània, dins nòstra vida. »
8

Espieux admire en particulier « Lo biais del pòble » publié dans Oc 175, janvier 1950, p. 14-18.

�3

que ces poèmes, et plusieurs autres9, n’aient pas été associés à l’envoi des lettres sans
quelque arrière-pensée opportuniste, comme par exemple pour « Patz » Oc 178, d’octobre
1950, p. 5, dont Espieux se vantera plus tard (24 août 1962) à Robert Lafont :
Dans le temps du Mouvement pour la paix, j’envoie un poème à Castan. Titre ? J’hésite. Je
souris. Je choisis « Patz ». J’ai gagné mon pari. Publication sur l’heure.

Plus sérieusement, Espieux répond aux questions sur « lo biais d’escriure » ou sur les
dictionnaires qui sont posées par Castan dans Oc10 :
Soventes còps, dins ma poesia, parte d’un image iniciau, d’un image de ma Provença aguda e
dolenta… Autres còps, lo poèma es concebut coma sòmi a partir d’un mot.

Et ce sont de belles analyses d’une poétique en construction.
Castan écrivait à Lafont en 194711 que la poésie d’Espieux lui semblait un peu légère
et mal structurée et il ne manque pas de le corriger à l’occasion. À propos d’une prose
poétique qu’il appelle « Costiera12 » et qui ne lui plaît pas, il veut bien la publier, dit-il, dans
la lettre du 22 juillet 1950, mais en supprimant les deux premiers paragraphes, inutiles parce
que trop abstraits. Et voici l’occasion d’une leçon sur ce que doit être une écriture
« occitaniste » :
Ai remarcat, i pòs anar veire, que jamai dins las òbras dels autors occitanistas una pensada
abstracha s’exprimis per ela-meteissa […] mas que tot es acte e que tot s’ajoata a un imperatiu
concret en acte, que çò exprimit es un complexe de vida « en situacion ».

Castan lui-même a réuni une vingtaine de poèmes écrits depuis 1943 en un recueil
sur le titre duquel il hésite encore, et la publication en est dorénavant soumise à Espieux. Le
10 avril 1950, il dit travailler à la traduction et annonce l’envoi du manuscrit pour juin, après
relecture par Girard. Il lui envoie ensuite deux autres poèmes : « Militant » et « La mina ». La
réponse d’Espieux, dans l’été, n’est pas claire. Castan lui demande : « Ai pas comprés a
travers ta letra enigmatica s’èras finalament per publicar mos poèmas coma son o non. »
Espieux s’exécute donc, le 4 septembre, sans complaisance : « Tos poèmas son
beus », dit-il, et il loue « la puresa dels tieus images » mais le poème sur l’anniversaire de
Staline ne passe pas. Il manque de souffle : « En ton pitre i a pas qu’un respir e res mai.
Veiràs quauque jorn lo flume dau vent s’engolir dins ta garganta ».
Et dans une lettre suivante, il va plus loin :

9

« Còr », « Prega », « Auba », « Corona », « Esconjur », « Ondadas », « Vèspre nòstre »…

10

Oc n° 178, octobre 1950.

11

Lettre du 22 novembre 1947 « Los poemas d’Espieux son fort prometeires : ço que lor mancariá es un bocin
mai de construcción, d’arquitectura e d’atmosfer. Trop de polits detalhs, me sembla. »
12

Espieux l’appelle : « Codon », datée du 25 mars 1950.

�4
Ara se vòs d’explicas mai precisas, vese pas coma un comunista pòu escriure « disi lo mot
d’America amb òdi » e parlar puei de « sens de l’umanitat » e exclure « aqueles pòbles que son
pas encara uroses » Tala proposicion es anticomunista, antioccitanista, antiumana. Siái clar ?

Castan répond avec agacement :
Vòs de tota fòrça discutir politicament. Pensavi que caliá pas èsser plan fin en legissent mon
poèma per veire que fasiái una diferéncia entre los comunistas americans e lo pòble pacific dels
USA d’una part, e de l’autra lors jutges e lors governants, los uns part de l’unitat umana e los
autres diviseires e enemics de l’umanitat e que comprendrián sens mai de doctrina qu’aquela
sentida de l’unitat justificava la conclusion « ne soi enemic ». Pr’aquò laissa me se vòs lo suenh
de jutjar de çò qu’es comunista e anticomunista.

L’échange aura tout de même servi à préciser l’ordre chronologique des poèmes et à
fixer le titre du recueil : « Una remarca tia sus mos poèmas que son totes de campèstre fa
que tornarai a la primièra forma de mon titol : De campèstre, d’amor e de guèrra, que
donarà la bona perspectiva. »

Argumentaires
C’est un point commun à Castan et à Espieux, d’aimer le débat d’idées, sa rhétorique,
voire sa phraséologie, ses références savantes, ses ouvertures philosophiques. Penser le
monde, l’écrire, orienter l’action. Idéalisme d’Espieux que Castan traite de « fantasierós »,
matérialisme dialectique de Castan.
L’un et l’autre recherchent des appuis théoriques à l’écriture comme à la critique.
Tous deux puisent de nombreuses réflexions dans la lecture de Nelli qui vient de publier :
« Poésie ouverte et fermée ». Espieux se nourrit de Bachelard, Nietzche et la psychanalyse.
Castan de la pensée marxiste, Marx, Lukacs, Croce mais aussi des théoriciens de l’art comme
Focillon ou Eugèni d’Ors, auteurs qu’il a découverts dans l’été 1950. On voit à l’œuvre dans
la lettre écrite en réponse à celle d’Espieux du 29 septembre l’inclination de Castan pour la
synthèse en matière d’esthétique :
Me sembla que i a aqui un monde en formacion d’esteticians, un monde esparpalhat qu’a pas
encara trobat son unitat de metòde, ni mai clarament definit son domeni. Arriban d’orizonts
divèrses, istòria de l’art, fisica cresi amb Bachelard, politica e son caracterizats per una volontat
d’arrancar a la filosofia un sector que n’èra pas encara destacat e que pr’aquò a una matèria
concrèta d’analisi que li pòt assegurar una autonomia.

S’il refuse la discussion proprement politique avec Espieux à qui il dit : « ai pas la
cresença de te far dintrar al partit », Castan a toutefois l’ambition de lui remettre les pieds
sur terre :
Sèm totjorn amb un pe dins l’eternal o dos.
Nos cal aprene de partir de la realitat relativa d’aver los uelhs clar pausats sus las causas que
son, e passan, de viure dins lo rodal del solelh de cada jorn.

�5
Occitanisme portaire d’un mond, mas que se destosca a travers los eveniments non pas en fòra
d’eles, a travers la matèria del mond.

Il faut appréhender les événements à la lumière de la raison : « penetrar los
eveniments d’una lutz que ne fa veire lo sens e la finalitat13. » L’humanisme c’est d’abord,
dit-il, se saisir concrètement du monde concret : « Devèm agantar dins son fons nòstre mond
amb una arpa poderosa. ».
Espieux n’est pas convaincu par ce réalisme et ce rationalisme. Il a une faiblesse
avouée pour l’abstraction, étant donné que « Tota nocion abstracha a per apeon un monde
d’images, un monde affectiu, un monde de carn… ».
Et il revendique la puissance de l’utopie – dans laquelle d’ailleurs il range le
communisme –. À la phrase de Castan : « Vivèm pas dins un monde d’ensòmis », il répond :
Vivèm dins un monde de sòmis, dins lo monde de nòstres sòmis particulars, e dins lo mond de
nòstri sòmis collectius. L’accion es causida e mesa en actes d’un sòmi poderós e somiat
poderosament14.

Principes d’action
Castan n’entend pas laisser son correspondant s’enliser dans l’affrontement
d’humeur ni dans le débat d’idées. Il l’oriente de la manière pédagogique et avec la force de
conviction qu’on lui a connue vers les exigences de l’occitanisme en formation.
Le désaccord particulier qu’ils ont sur la poésie ? Il faut y voir un problème plus large
de direction, et définir ce qu’est une direction littéraire :
Fas una critica de contengut d’un recuelh poetic e declaras : es pas publicador dins ma colleccion,
ieu n’essent director. As rason de far una critica de contengut e pas solament de forma. Mas cal
tenir compte pr’aquò qu’un recuelh aparten a son autor e que se la linha d’una colleccion va
contra la consciéncia d’aquel autor la linha de la colleccion es marrida. As rason de la bandir.
Cossi donc definir una linha condrecha ?
Tòrni als problèmas qu’aviái ensajat d’enairar al moment que foguères designat per dirigir la
colleccion. Es un problèma comun a Messatges e a Oc, es lo problèma de l’orientacion literària15.

Castan est l’homme de l’orientacion. Ses articles de tête dans Oc s’appellent
« Orientacions » (Girard et Lafont font de même), mais ce sont souvent, avec sa patte, des
rapports d’assemblées générales. Orienter, donner à penser, mais pas donner la ligne. Il sait
provoquer le débat à l’intérieur de la revue, comme celui naît de l’article de Roger Barthe
« La branca dels aucèls16 » qui a fait polémique et suscité une réflexion collective
approfondie au cours de laquelle s’est profilée une politique de la langue de l’IEO.

13

Lettre du 9 août 1950.

14

Lettre du 29 septembre 1950.

15

Lettre du 9 août 1950.

16

Oc n°172, avril de 1949. R. Barthe. « La branca dels aucèls », p. 37-50.

�6

Bref, il rappelle à Espieux que sa direction ne doit pas être individuelle mais que des
règles de travail en commun sont à définir. Messatges ne peut être un simple bureau
administratif, mais il doit avoir une ligne esthétique, non pas certes une « harmonie
préétablie » qui serait stérile, dit Castan, mais un accord sur des principes.
Il avance deux grands principes :
- Le principe de modernité. Prendre en compte l’état des recherches dans tous les
domaines, en sciences humaines, en pédagogie, en littérature, en linguistique. C’est la
mission assignée à l’IEO pour une vraie renaissance de l’occitanisme.
- Le principe de diversité :
Cada initiativa de Oc, de Messatges, de Pròsa lèva d’interrogacions dins la diversitat. La
diversitat es la lei ; es una condicion de l’interés de nòstra vida literària, e mai de l’interaccion de
Oc e de las colleccions.

Déjà, dans Oc 170 d’octobre 1948, p. 30-32, Lafont abordait la question à propos de
la prose d’oc. Il avait remarqué que dans L’Ase Negre, il y avait autant de proses d’oc que de
collaborateurs, mais avait fait l’expérience d’un enrichissement conscient ou inconscient des
uns par les autres finissant par « créer un langage moyen, un moule dans lequel chacun
verse son propre métal. ».
Castan veut partir de la diversité pour élaborer les principes d’une esthétique
commune :
Pr’aquò al delai de l’estetica de cadun e de totes se pòt, me sembla, pausar en principi qu’existís,
se mòu e se pòt definir a cada estapa de la creacion comuna una estetica occitanista que deu
aparéisser a la lutz conscienta.

Il fait remarquer que la nouvelle poésie d’oc diffère de la poésie contemporaine sur
un point au moins, mais essentiel, qui fait sa cohésion :
una cohesion que ven de sa foncion renaissentista, de son indiferéncia per la creacion gratuita.
Representa sempre una consciéncia en camin cap a un avenidor uman.

Espieux approuve, même s’il trouve que Castan ne met pas assez en avant la réalité
même de la langue, « lo poder explosiu de nòstra lenga » et le fait que la clé de la langue et
donc de la conscience d’oc se trouve dans le poème, que c’est le poème qui exprime
« l’immens inconscient collectiu del pòble d’òc ».
Dans une autre lettre (octobre 1950) Castan établit à nouveau comme principes « la
diversitat fondamentala irreductibla », ainsi que « la vertut organisatritz de la pensada, del
moviment de las idèas ». Et il avance des formules propres à séduire l’ombrageux Espieux :
« Considerarem tota pensada dins una perspectiva concrèta, e tot fach dins una perspectiva
teorica ».
Soit le B A BA du matérialisme dialectique. Ou formulé autrement :
Elaborar una estetica, aquò’s dirigir Messatges.
Messatges de la realitat occitanista non pas Messatges de personalitats.

�7

Il a recours à la métaphore du foyer :
Messatges, una mena de fuòc central, de brasas que las belugas ne devon gisclar e que devon
testimoniar d’una vida multipla que vòl nàisser e escandilhar.

Dès lors, Espieux est convaincu : « Ara i vesèm mai clar e nòstras idèas son en trin de
confluir ». Dans le rapport qu’il prépare, les idées de Castan sont présentes, à peine
reformulées parfois17. Le 26 novembre 1950, Castan le félicite :
Lo tèxt que nos as mandat es la conclusion perfiècha de nòstre escambi d’idèas e lo perfiech
portisson de la cronica prevista. Pareis aqueste trimèstre. Sèm del tot d’acòrdi.

La suite de la correspondance sera publique, dit Castan : « Nòstra convèrsa se tornarà
amodar segon las endevenenças de la cronica ».
La chronique c’est celle qu’Espieux a accepté de tenir dans Òc et qui aura pour titre
« Messatges », chronique de la vie de la collection. Il y en aura huit, de 1951 à 1955 18 de
thèmes et de styles très différents.
La première est très consensuelle, un peu exaltée (Oc 179, janvier 1951, p. 29-33).
C’est le rapport que Castan a approuvé, dont il est l’inspirateur. Espieux annonce la
publication d’une plaquette par trimestre19 et la création d’une collection annexe pour les
« òbras mèstras » appelée Òbras.
L’idée maîtresse est le sérieux avec lequel il faut considérer la poésie occitane qui,
plus que toute autre, doit s’éloigner du dilettantisme, rechercher la lumière dans la forêt
obscure du monde et affirmer : « la plaça dau poèta dins la ciutat, pels camps, dins nòstres
temps ».
La seconde, sur la critique – sur la nullité de la critique occitane – sera au contraire
d’une virulence telle que Castan devra répondre en modérateur. Mais cela fera l’objet d’un
colloque à venir.

Épilogue
Il y a un épilogue à cette correspondance. Et plutôt déplaisant.
De campèstre, d’amor e de guèrra a donc été publié dans Messatges au début de
1951. Castan a ajouté une page d’avant-propos, sans titre, qui commence ainsi :
17

Il termine en citant explicitement Castan : « Al delà de l’estetica de cadun, e de totes, se pòt, çò me sembla,
pausar en principi qu’existís, se mòu e se pòt definir a cada estapa de la creacion comuna una estetica
occitanista que deu aparéisser a la lutz conscienta. »
18

Les 8 articles de la rubrique « Messatges » dans Oc traitent respectivement : de la poésie de Messatges
(n°179, genièr de 1951), des traités d’esthétique (n° 181, julh de 1951), de l’inconscient dans la poésie (n°182,
octobre de 1951), des séries de la collection Messatges (n°184, avril de 1952), de la critique (n° 186, octòbre de
1952), de René Nelli (n°189, julh de 1953). Les deux derniers sont des poèmes en prose : « Dins la nuech »
(n°194 d’octòbre de 1954) et « La sau dau desèrt » (n°196, prima de 1955).
19

Annonce intenable. Sur les quatre titres annoncés en 1951, il n’en publie que trois : Max Allier, A la raja dau
temps ; Pierre Rouquette, Secret del temps ; Felix Castan, De campèstre, d’amor e de guèrra. Cap de l’aiga de
Bernard Lesfargues est publié en 1952.

�8

Segon lo convit del director de la colleccion Messatges, dins sa cronica del n° d’Oc de genièr de
1951, benlèu serà pus clar se disi per de que publiqui aqueles poèmas encura de per de que los ai
escriches, que ieu o sabi pas tan plan.

Le coup de chapeau au directeur n’est pas une pratique courante, mais c’est une
façon de l’adouber. Il explique ensuite qu’il livre ses poèmes au public non par ambition
d’auteur mais « per onestetat », mettant l’accent sur la conception du monde que cette
poésie veut exprimer.
Premier impératif, ne pas se taire, mais mêler sa voix aux voix du monde : « abarrejar
ma votz tala coma es a la consciéncia cantaira dels pòbles arborats per lor drech de viure ».
Second impératif : porter sa pierre à la littérature d’oc « realitat concrèta de la
consciéncia d’oc » qui doit trouver son chemin dans les voies du progrès humain.
Castan conclut avec une certaine emphase – mais avec clarté – par ce qui est sa
conception profonde de l’occitanisme :
Nòstre pòble a pas de cara istorica mas una cara de natura, arbora la votz de sa lenga per far
clantir lo sòmi fons de la raça dels òmes, lo sòmi d’armonia terrenala.

On entend bien dans ces phrases l’éloquence d’une époque – une époque brève,
mais intense pour la création – particulièrement des intellectuels marxistes du « Mouvement
de la Paix », et ici elle exprime l’espoir que nourrit Castan depuis la Libération de faire
entendre la voix de l’occitan dans le concert des voix qui s’élèvent. Moins un peuple qu’une
langue.
Et la réception de cette préface vient deux ans après, mais avec violence. C’est
Bernard Lesfargues qui fait la recension du recueil dans Oc 190, d’octobre 1953. Il attaque
d’emblée la préface et accuse Castan de tromperie, voire de malhonnêteté, pour prétendre
ne s’intéresser qu’à la portée sociale de ses poèmes et non à leur valeur proprement
poétique. Castan n’est pas en trop mauvaise compagnie puisque Lesfargues assimile son
recueil aux Poèmes politiques d’Eluard. C’est la poésie engagée qu’il attaque, visant
indistinctement :
los poètas de la revolucion comunista, los poètas del nacional-socialisme, los poètas d’un pauc
pertot e d’un pauc totas las revolucions20.

Le message occitan, écrit encore Lesfargues, ne doit pas être confondu avec quelque
doctrine politique d’aujourd’hui ou de demain :
Los poèmas de Castan nos mòstran que Castan fai la confusion e vòl qu’òm la faga amb el.
Son de poèmas que cantan pas.

Une note de Lafont (p. 36) suit ce compte rendu. Les problèmes posés par Lesfargues,
dit-il, sont d’une importance capitale pour l’avenir de la poésie d’oc. Il ouvre une tribune de

20

Réponse de Castan in Oc 191, janvier 1954, p. 34.

�9

discussion dans le numéro suivant, en invitant ceux qui avaient abordé la question à l’AG de
Montpellier de 1952 à se manifester.
Que penser de cette attaque en règle, concertée et qui sera prolongée21 ? Est-ce déjà
une réaction au pouvoir de Castan à l’intérieur l’IEO ? Le numéro 190 d’Oc fait suite aux deux
numéros d’avril et de juillet 1953 qui publient le grand article de Castan sur « La grande
génération de 1900 » dont traite ici-même Philippe Gardy.
On peut s’étonner, pour le moins, du délai qui sépare la parution de l’ouvrage et sa
critique. Yves Toti, qui s’est posé la question, donne une réponse… piquante :
Le temps de latence de la critique occitane est quelquefois assez long mais tout se passe comme
si la mort de Staline avait stimulé le goût de l’aggiornamento22.

Après la mort de Staline, Oc se fait l’écho de la polémique suscitée dans toute la
presse par les œuvres de circonstances qu’il avait inspirées, comme l’Ode à Staline d’Éluard
en 1950, l’hommage de Neruda, le portrait de Staline par Picasso dans Les Lettres Françaises
du 12 mars 1953.
Nous nous éloignons des lettres à Espieux, mais pas tellement. En les relisant on peut
dire que Castan a répondu par avance à ses détracteurs, animé d’une conviction solide et
d’un désir d’associer l’action et la poésie, la foi et l’œuvre. Idéalisme castanien ?

21

Lafont, Oc 191, janvier 1954, p. 36.

22

Yves Toti, Oc, « Pèlerin de l’absolu », Éditions de la Revue Oc, 1996, p. 216.

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&lt;p&gt;Communication de Claire Torreilles dans le cadre de la Journ&amp;eacute;e d'&amp;eacute;tudes &amp;laquo; Autour de F&amp;eacute;lix Castan &amp;raquo; organis&amp;eacute;e par l'&amp;eacute;quipe de recherches&amp;nbsp;LLACS (EA 4582, Universit&amp;eacute; Paul-Val&amp;eacute;ry, Montpellier) et le CIRDOC le 05 mai 2017.&lt;/p&gt;&#13;
&lt;/div&gt;&#13;
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&lt;body&gt;&#13;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Comunicacion de Clara Torreilles dins l'encastre de la jornada d'estudis&amp;nbsp;&amp;laquo; Autour de F&amp;eacute;lix Castan &amp;raquo; organizada per l'equipa de rec&amp;egrave;rcas&amp;nbsp;LLACS (EA 4582, Universitat Paul-Val&amp;eacute;ry, Montpelhi&amp;egrave;r) e lo CIRD&amp;Ograve;C lo 05 de mai de 2017.&lt;/div&gt;&#13;
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                    <text>Jean Séguy poète en occitan: Joan-Ba(p)tista Seguin, Aiga de Nil
(1966) et Poëmas del non (1969). La ferveur d’un ton distancié1.
Philippe Gardy

Pensatz solament que ma cultura es mai anglesa que non pas francesa,
mon experiéncia de vida mai africana que non pas europenca, qu’ai
gaireben plus viscut en de païses de multilinguisme que non pas de
monolinguisme…
Joan B. Séguy, à Robert Lafont2

Deux cahiers de la collection poétique « Messatges » furent publiés sous le nom de JoanBa(p)tista Seguin3 à quelques seulement années d’intervalle: Aiga de Nil, en 1966; Poèmas del non
en 1972. L’essentiel, mais non la totalité, des textes poétiques publiés (écrits?) par leur auteur s’y
trouvait rassemblé. À travers leur relecture un petit demi-siècle plus tard, c’est à une écriture
originale et souvent méconnue que je voudrais rendre hommage.
Sous le nom de Joan-Ba(p)tista Seguin, il faut comprendre Jean Séguy, qui fut en son temps
l’un des chercheurs les plus éminents dans le domaine de la sociologie religieuse. Son œuvre,
ouvrages et articles, est considérable et constitue une référence importante aujourd’hui encore4.
Né à Duras (Lot-et-Garonne) en 1925, il vécut le plus souvent en dehors des régions
occitanes, et, en premier lieu, de celles dont une partie de sa famille, paternelle notamment, était
originaire: le Quercy (région de Souillac). À l’âge de sept ans, il alla s’établir en Algérie avec les siens,
à Bône, de nos jours Annaba, dans l’Antiquité Hippone, la quatrième ville du pays pour le nombre
d’habitants, sur les rives de la Méditerranée, à l’est d’Alger, non loin de la frontière tunisienne et de
Tunis. Il y fit toute sa scolarité jusqu’au baccalauréat, avant de gagner Paris où il poursuivit à la
Sorbonne des études de lettres et d’histoire des religions. Il entama ensuite une carrière
d’enseignant (d’anglais) du second degré à l’étranger, notamment en Égypte (Le Caire), puis en
Grande Bretagne et enfin dans le nord de la France.

1

Cet article forme un tryptique avec deux autres études à paraître qui en constituent les compléments: « Un sociologue
des religions en occitanisme, Jean (-Baptiste) Séguy »; « Sur la poésie religieuse (en occitan): Jean-Baptiste Séguy à
Robert Lafont (1964) ».
2

[Songez seulement que ma culture est davantage anglaise que française, mon expérience de la vie davantage africaine
qu’européenne, que j’ai pour ainsi dire davantage vécu dans des pays plurilingues que dans des pays monolingues (lettre
à Robert Lafont du 13 juillet 1964; la signature est celle figurant sur la lettre)].
3
4

On lit Baptista sur la première page de couverture du premier recueil, Batista sur celle du second.

Sur Jean Séguy, on lira dans le numéro annonçant sa disparition des Archives des sciences sociales des religions
(auparavant Archives de sociologie des religions), dont Séguy assura la rédaction en chef entre 1981 et 1988, les deux
contributions complémentaires de Danièle Hervieu-Léger et Jacques Maître. Et l’on tirera grand profit du cours donné
à son sujet par Sébastien Fath à l’EHESS : Sébastien Fath, « Regard sur Jean Séguy. Un sociologue du non-conformisme
religieux chrétien », cours donné à l’EHESS le 19/12/2008. Mis en ligne en janvier 2009 sur
http://blogdesebastienfath.hautetfort.com/ Du même auteur, demeurent très précieuses les lignes qu’il écrivit au
moment de la disparition de Séguy, http://blogdesebastienfath.hautetfort.com/archive/2007/11/22/deces-de-jeanseguy-1925-2007.html.

�C’est en septembre 1960, alors qu’il exerçait à l’Institution Sainte-Marie de Caen, qu’il fut
recruté comme Attaché de recherche au CNRS (Groupe de sociologie des religions). Et c’est à peu
près à la même époque, d’après ce que nous pouvons en connaître, qu’il commença de s’intéresser
de façon décisive 5 à la langue des siens, en prenant contact avec deux institutions vouées à la
défense de l’occitan: d’un côté le Collège d’Occitanie; d’un autre l’Institut d’études occitanes. Cet
intérêt actif fit très vite de Séguy un écrivain et un locuteur de la langue d’oc. On lui doit, entre le
milieu des années 1960 et la fin des années 1970, toute une série de travaux sociologiques, en
occitan ou en français, sur les usages, religieux en particulier mais pas seulement, de l’occitan; ainsi
qu’un ensemble de textes littéraires ou journalistiques, prose ou poésie, dans cette même langue.
Le réseau de ses amitiés et contacts occitanistes resterait à décrire; mais on peut penser à quelques
noms qui ont sans aucun doute compté alors: ceux de Christian Anatole, autre catholique travaillant
sur des chantiers voisins des siens propres, Jacques Boisgontier, Jean Rouquette (Jean Larzac), ou
encore ceux du chanoine Joseph Salvat, avec lequel il fut en correspondance dès juin 1960; et de
Robert Lafont, avec lequel les échanges épistolaires furent très suivis et nombreux, à partir de 1961
et de longues années durant (201 lettres de Séguy reçues par Robert Lafont entre cette année et
19786).
Je m’en tiendrai ici aux textes proprement littéraires, et plus précisément aux textes
poétiques.
C’est d’ailleurs par des poèmes que Jean Séguy fit son apparition comme écrivain d’oc, en
1964. L’un parut dans la revue de l’Escòla occitana, Gai Saber7: « Aiga de font ». L’autre dans la
revue Letras d’Òc, qui venait de prendre abruptement la suite d’une autre revue, Òc, laquelle venait
de cesser de paraître par la volonté de son directeur et propriétaire du titre: « “Roro, t’as du
cœur8 ?” ». Mais Jean Séguy n’est plus alors exactement Jean Séguy: il devient Joan-B. Seguin ou J.B. Seguin, pour, expliqua-t-il, des raisons d’homonymie avec le linguiste toulousain Jean Séguy. Mais
aussi, peut-être, pour se distinguer… de soi-même, tel qu’il était jusqu’alors nommé et connu, et se
revêtir, ainsi, d’une autre marque identitaire, capable de rendre discernable le changement qui
s’était opéré en lui9.

5

Mais Séguy, dès ses années de lycée à Bône, avait été initié à l’existence de la langue d’oc et de ses poètes (Mistral,
Aubanel) par un félibre toulonnais qui avait été son professeur de français en Algérie. Cette confidence figure dans l’une
des lettres qu’il adressa au début des années 1960 à l’abbé Joseph Salvat, animateur à Toulouse de la revue Gai Saber
dont Séguy devint très vite un collaborateur. On peut penser que ce félibre était l'écrivain et éditeur provençal
(L'Astrado) Louis Bayle (1907-1989), qui enseigna à cette époque en Algérie et au Maroc.
6

Les années suivantes n’ont pas été inventoriées au moment où ce texte est écrit. On notera qu’à partir de 1972, le
nombre de lettres reçues (et conservées) diminue sensiblement. Je remercie Aurélien Bertrand (CIRDOC) pour les
précieuses informations qu’il m’a fournies à ce sujet, à partir des lettres déposées à Béziers (Fonds Robert Lafont).
7

La revue portait alors le titre de Gai Saber; elle porte aujourd’hui, depuis de nombreuses années déjà, celui de Lo Gai
Saber.
8

Citation d’Edmond Brua (1901-1977), journaliste natif d’Algérie connu en particulier pour avoir publié en 1942 à Alger
La parodie du Cid. Farce algérienne en 4 actes et en vers, Collection du Cactus. Cette farce, souvent imprimée, est une
réécriture en parler pied noir (ou pataouète) de la pièce de Corneille.
9

Les écrivains publiés par l’IEO ont pris, pour beaucoup, l’habitude de modifier la graphie de leur patronyme afin de lui
donner une apparence plus conforme à la langue dans laquelle ils ont choisi d’écrire: Roqueta pour Rouquette, Bodon
pour Boudou, etc.

�Aiga de Nil, poëmas de Joan-Baptista Seguin10

Deux ans plus tard, au mois d’août 1966, paraissait dans la collection « Messatges », sous le
numéro 37 de la série11, un recueil signé cette fois Joan-Baptista Seguin, Aiga de Nil. Entre-temps,
Séguy n’avait pas publié d’autres textes littéraires, poétiques ou de prose: ce recueil, on peut le
penser, rassemblait donc tout ou partie de ce qu’il avait pu écrire entre 1964 et les premiers mois
de 1966. La direction littéraire de« Messatges » était alors assurée par René Nelli, dont les écrits,
aussi bien littéraires que scientifiques (sur des thèmes religieux ou reliés à la religion), faisaient
partie des centres d’intérêt de Séguy. Ce dernier avait publié en 1963 et 1964 deux comptes rendus
de son grand ouvrage L’érotique des troubadours 12 . Il avait aussi rédigé une note sur un autre
ouvrage de Nelli, consacré cette fois au catharisme 13 . Plus tard, il fit paraître une recension de
l’œuvre poétique de Nelli14. De cette proximité, intellectuelle d’abord sans doute, entre Séguy et
Nelli témoigne peut-être aussi la présence, en 1972, d’un poème tiré d’Aiga de Nil dans l’anthologie
de la poésie occitane publiée chez l’éditeur Pierre Seghers15.
Aiga de Nil est un recueil publié seulement en occitan, comme le fut aussi Poèmas del Non.
S’agit-il d’une volonté de l’auteur, de l’éditeur (pour des raisons qu’on devinerait économiques)? Le
recueil, imprimé chez Reboulin à Apt (Vaucluse) comme l’étaient en 1964 la revue Òc puis le numéro
de Letras d’Òc dans lequel Séguy avait publié ses premiers textes en occitan, comporte 40 pages et
donne à lire 13 poèmes ou ensembles de poèmes:
« Aiga de Nil » ;
« Traumatisme » ;
« Mercat comun » ;
« La femna de Faiom » ;
« L’estèla del suplici » (dédié à Robert Lafont) ;
« Cafè de rencontre » ;
« Languison » ;
10

[Eau du Nil] Je donne entre crochets une traduction française des titres d’œuvres et des passages cités.

11

Le recueil de Séguy est daté du 20 août. Le recueil précédent, portant le numéro 36 (Cançons mauvolentas de Gilabèrt
Suberròcas), également imprimé par Reboulin à Apt, est quant à lui daté du 2 août 1966. Sur ce dernier recueil, voir
Jean-Pierre Chambon, Qu'èm los poëtas d'occitania e ac golam! Une contribution à l'exégèse des Cançons mauvolentas
de Gilabèrt Suberròcas (1966), Toulouse, Section française de l'Association internationale d'études occitanes, 2014.
12

Toulouse, Privat, 1963. Le premier de ces comptes rendus, en français, parut dans les Archives de sociologie des
religions, n° 16, juillet-décembre 1963, p. 188-189; un autre, en occitan, dans ÒC (n° 231, mars 1964, p. 50-52, chronique
d’« Istòria religiosa »).
13

Il s’agissait du livre Le phénomène cathare : perspectives philosophiques, morales et iconographiques, Toulouse et
Paris, Privat et PUF, 1964, dont la recension parut dans les Archives de sociologie des religions, n° 17, janvier-juin 1964,
p. 197.
14

Ce compte rendu de René Nelli, Òbra poëtica occitana (1940-1980), traduction française en regard, Toulouse, Institut
d’études occitanes, 1981, fut publié dans la Revue des Langues Romanes, 1, LXXXVI, 1982, p. 166-168. Cette recension
constituait une sorte d’hommage à Nelli, que Séguy avait écrit à la demande de Robert Lafont.
15

« Mercat comun / Marché commun », in René Nelli, La poésie occitane des origines à nos jours. Édition bilingue, Paris,
Seghers, 1972, p. 328-331. Les quelques lignes de présentation de Séguy sont empruntées au tome second de la
Nouvelle histoire de la littérature occitane de Robert Lafont et Christian Anatole, récemment (1970) parue aux PUF.
Quelle conclusion tirer de ce fait qui peut surprendre? On notera aussi que Nelli, comme Lafont et Anatole (assurément
une coquille d’imprimerie non corrigée), fait naître Séguy en 1945 et non en 1925. Ce qui explique, en passant, la place
que celui-ci occupe dans son anthologie: en fin d’ouvrage, parmi les moins âgés des auteurs retenus. Ajoutons que Nelli,
face à certaines critiques faites à son anthologie, expliqua à ses correspondants (Robert Lafont en l’occurrence) qu’il
avait, pour résumer sa pensée, travaillé dans l’urgence.

�Torisme en Carcin : 1. Pibol ; 2. Ostal ; 3. Gleisas ; 4. Castèls ; 5. Païsatge ; 6. Lo candelièr de SantAndrieu ; 7. Ugues Salèl ; 8. Pèire de Casals ; 9. Rocamador ; 10. Sirventès; Caminament: 1.
Metafisica ; 2. Visibilia ; 3. Potz ; 4. A palpas ; 5. Transfiguracion ; 6. Parabòla ; 7. Pascas ; 8.
Ascension ;
« Lupta pentru pace » ;
« Que cal saber se governar » ;
« Orly » ;
« “Donnez-lui tout de même à boire” dit mon père

C’est la première pièce du recueil qui donne son titre au recueil: « Aiga de Nil » Titre
d’ailleurs en partie trompeur, mais qui fournit en cela même, j’y reviendrai, de précieuses
indications sur la poétique de Séguy. Ce poème, en effet, n’a pas été écrit sur les bords du Nil (où
par ailleurs l’auteur a vécu), mais, réellement ou fictivement peu importe, à Berlin, où se trouve,
dans les collections du Neues Museum, le fameux buste polychrome de Néfertiti.

Poëmas del non, per Joan-Batista Seguin16

Ce deuxième et dernier recueil de Séguy parut en juin 1969. Il sortit des presses de
l’imprimerie nîmoise Barnier, père et fils, qui, par l’entremise de Robert Lafont, composa en
linotypie et fabriqua de nombreux livres en occitan avant et après cette date. Le recueil, unilingue
lui aussi, constitue le n° 42 de la collection « Messatges »17. Il se compose de cinq parties couvrant
34 pages et comportant chacune plusieurs pièces comportant généralement un titre ou une
mention en faisant plus ou moins office:
[1] Non-Païs : « Genealogia » ; « Parlar » ; « Fonetica » ; « Passaport » ; « Accent » ; Libertat de
desplaçament » ; « Solhac » ; París » ; « Planh parisenc » ;
[2] Estiu ivernal : « Èrbas » ; « Pleurà ? » ; « Miègjorn » ; « Patz e unitat » ;
[3] Non conformitat:« Sacrifici del matin » ; « Setmana santa a Besançon » (« Dimenge de las
Palmas » ; « Dimècres » ; Dijòus e divendres dels discípols » ; « Divendres per tot lo mond » ;
« Dissabte » ; « Dimenge de Pascas ») ; « Israèl » ; « Sub Pontio Pilato » ; « Salme » ;
[4] « Non resisténcia (París, mai de 1968) » : « Lenhièr latin » ; « Platana » ; « París en mai » ;
« C.R.S. = Catar ! » ;
[5] « Viatge sus plaça » : « A vista d’ausèl » ; « Lenguistica filosofica » ; « Capitala » ;
« Prudéncia » ; « Religion » ; « Penjum ».

Entre ce recueil et le précédent, comme l’indique explicitement l’intitulé de la quatrième
partie, un événement important s’est produit : mai 1968. Cela ne signifie pas, bien sûr, que tous les
poèmes recueillis dans Poëmas del non ont été écrit à ce moment-là, ou après. La thématique mise
en avant par l’auteur, celle du « non », reprise dans trois des cinq titres de parties et affichée sur la
première page de couverture, donne à l’ensemble une tonalité d’apparence plus précise que celle
suggérée par Aiga de Nil. Mais peut-être n’est-ce là qu’une apparence.
16

[Poèmes du non] Certains exemplaires du recueil contiennent une page imprimée d’Errata. D’autres ont été corrigés
de la main de l’auteur.
17

Avaient paru dans l’intervalle: n° 38: Joan Larzac, Contristòria; n° 39, décembre 1967: Ives Roqueta, Òda a sant
Afrodisi, mars 1968; n° 40: Felip Gardy, Cantas rasonablas (per la convida dei papagais), novembre 1968; n° 41: .Breiz
atao, poëmas d’Enric Espieut, Joan Larzac e Ives Roqueta. Adaptacion bretona de Youenn Gwernig, juin 1969. Parmi ces
recueils, sont publiés en occitan seulement ceux de Joan Larzac et Ives Roqueta; le français n’apparaît pas davantage
dans Breiz atao.

�Joan-Baptista Seguin: les circonstances d’une poésie

Ces deux recueils n’épuisent pas la totalité des textes poétiques publiés par Séguy. Outre les
deux poèmes parus avant Aiga de Nil, il faut mentionner en 1968, un court ensemble intitulé London
re. visited, dans la revue Viure18, et un autre paru dans la revue Gai Saber en 1977 sous le titre Del
riu a l’alba19. Ces textes jamais repris en recueil ne modifient pas l’idée que l’on peut se faire de
l’écriture poétique de Séguy. Ils en soulignent plutôt certaines caractéristiques importantes que je
vais essayer de dégager maintenant.
La poésie de Séguy a surgi de la volonté affirmée, vers le début des années 1960, d’apprendre
et d’illustrer un parler familial dont la transmission avait été interrompue. Sociologue déjà confirmé,
Séguy s’interrogeait alors sur le devenir de l’occitan à travers les siècles20 et cherchait parallèlement
à prendre place dans la cohorte ininterrompue des écrivains d’oc qui, depuis le XVIe siècle, se
retournent vers une langue dont ils éprouvent le manque. Ses premiers poèmes en occitan disaient
avec des moyens différents cette quête face au silence en la peuplant de mots capables d’en
exprimer le cheminement. Celui publié dans Gai saber évoque avec une grande économie de
moyens un Quercy réduit au silence. Celui de Letras d’Òc, bien différent, à la fois plus « moderne »
formellement et moins retenu dans son déroulement, fait resurgir dans le présent de son écriture
(un café non loin de la gare SNCF de Nancy) un passé déjà lointain: celui des années d’écolier et de
lycéen en Algérie21.
On trouve là l’essentiel des caractéristiques de Séguy poète, que les deux recueils publiés
illustrent bien et dont les pièces séparées, jamais rassemblées en volumes, témoignent également.
On note d’abord l’importance du paysage des origines, auquel renvoie le choix de l’occitan,
et qui plus est de celui, en très gros22, des écrivains quercynois que Séguy lit et admire: Perbosc,
Cubaynes, Toulze. Dans Aiga de Nil, ainsi, les dix esquisses réunies sous le titre de Torisme en

18

Viure, n° 11, février 1968, p. 13. Cet ensemble contient les pièces suivantes: « Modern English Usage » ; « Tors » ;
« Victoria Station » ; « Brush up your English in Montréal »; Samson Agonistes (A Ye Ye Version) »; ces textes sont datés
de « Londras, 7-11 / 8 / 1967 ».
19

Gai Saber, n° 386, avril 1977, p. 37-40. Cet ensemble contient dix poèmes brefs, de formes diverses : « Riu de vida » ;
« Susari » ; « Vision », « Amor canadés » ; « Cap de l’an » ; « Per Joan Bodon » ; « Poèma veirina » ; « Autonada » ;
« Armonicas » ; « Alba ». Ces poèmes ne sont pas datés. On notera que le titre regroupant ces dix poèmes relie le
premier et le dernier d’entre eux, et fait aussi écho à ceux parus en 1964 dans la même revue (et, pourquoi pas, à un
autre titre, Aiga de Nil…).
20

Citons seulement deux articles particulièrement significatifs: « La Refòrma protestanta del sègle XVI e las “lengas
vulgaras” », Annales de l’Institut d’études occitanes (Colloque sur Pey de Garros et son temps), 4e série, n° 3, printemps
1968, p. 315-327; « Langue, religion, et société : Alain de Solminihac et l’application de la réforme tridentine dans le
diocèse de Cahors (1637-1659) », Annals de l’Institut d’estudis occitans, 5e série, n° 1, 1977, p. 79-110.
21

On peut faire l’hypothèse que Séguy a proposé un poème de facture plus classique à Gai Saber, revue historiquement
tournée vers ce genre d’écriture; et une pièce à la fois plus « moderne » et d’un ton mêlant ironie et allusions à
l’actualité à Letras d’Òc, où toutes les formes d’audace étaient volontiers accueillies.
22

Séguy était ce que l’on peut appeler un grand lecteur, et donc un grand lecteur d’occitan. Il suffit pour s’en convaincre
de parcourir l’un de ses articles parmi les plus significatifs en ce domaine: « De l'aliénation au fantastique. Problèmes
de la prose littéraire d'oc », Esprit, n° 576, p. 669-683. [Ce numéro commence par un article de Jean-Marie Domenach,
« Repenser la France » (p. 611-629 ; première phrase : « L'idée de la France est en crise »), suivi d'une réaction de Robert
Lafont, « Réponse à J.-M. Domenach » (p. 630-642), puis d'un débat entre Domenach, Lafont, Vincent Monteil, Paul
Thibaut, Pierre Fougeyrollas, Darling Brian, Yves Person, p. 643-668].

�Carcin23 [Tourisme en Quercy] proposent une vision à la fois sobre et très personnelle de ce paysage
des origines. Une vision que l’on retrouve, pour partie seulement, dans la première section de
Poëmas del non, Non-païs [Non-pays].
Ces paysages des origines sublimées, cependant, n’existent pas de façon autonome. S’ils
émergent à certains moments, c’est dans une sorte de rapport dialectique permanent avec d’autres
paysages, et d’autres langues aussi, liées à ces autres paysages. C’est avec Paris, où Séguy réside la
majeure partie du temps, que ce rapport existe en premier lieu. Dans Non-païs, ainsi, où est déclinée
en douze pièces brèves la négation des origines et d’abord de la langue qui les incarne, le sizain
intitulé « Solhac » [Souillac] exprime sèchement cet écartèlement qui, par ricochet, devient l’origine
la plus profonde du poème:
La bruma estrifa las pelhas
del solelh subre Dordonha
espasa e verrolh lo camin
lusís cap a París
ont lo solelh s’escond dins los fums
de l’istòria24.

Mais cette dialectique entre « le Sud et le Nord », pour reprendre l’intitulé d’un ouvrage
collectif auquel Séguy a participé à la même époque25, s’insère elle-même dans une autre sorte de
distribution que l’évocation algérienne du poème publié en 1964 dans Letras d’Òc avait déjà laissé
deviner. L’univers poétique de Séguy est tissé de déplacements, de voyages, réels ou imaginaires,
qui renvoient aux circonstances de l’existence. On a vu que tel poème, écrit apparemment à Berlin,
évoque aussi l’Égypte de Néfertiti, de la même façon qu’une autre pièce d’Aiga de Nil, « La femna
de Faiom » [La femme du Fayoum] est une méditation sur l’un de ces portraits funéraires de femmes
et d’hommes d’Égypte datant des premiers siècles de notre ère. Celui qui a inspiré Séguy, après et
avant d’autres, est conservé au Louvre, et c’est pour le poète l’occasion de se livrer à un voyage
dans le temps et dans l’espace, depuis Paris jusqu’à l’oasis du Fayoum, d’où proviennent certains de
ces portraits et où lui-même séjourna26.
Dans les lieux du vaste monde qu’il est appelé à fréquenter ou dont il perçoit les échos, le
poète fait résonner, entre souvenirs, sens de l’observation et une certaine propension à la rêverie
(au sens que Rousseau donnait à ce mot?), sa propre présence, discrète et originale. Le passage de

23

Une première version de cet ensemble, comportant seulement 8 poèmes, avait paru dans le numéro 2 (été 1965) de
la toute nouvelle revue Viure (soit, dans l’ordre: « Ròcamador »; « Pèire de Casals »; « Glèisas »; « Castèls »; « Pibol »;
« Païsatge »; Sirventés »; Lo candelièr de Sant Andrieu »).
24

[La brume déchire les haillons/ du soleil sur la Dordogne/ épée et verrou le chemin/ brille jusqu’à Paris/ où le soleil se
cache dans les fumées/ de l’Histoire]. Je mets une majuscule à Histoire, je traduis pelhas par haillons plutôt que chiffons,
et fums par fumées, plutôt que par brouillards (le terme, en ce sens, est étroitement lié, en écriture, aux œuvres de Jean
Boudou, dont Séguy était un lecteur; il a d’ailleurs consacré à l’auteur de La grava sul camin un poème, « Per Joan
Bodon », in « Del riu a l’alba », Gai Saber, n° 386, avril 1977, p. 37-40).
25

« Deux comportements religieux », in Robert Lafont (directeur), Le Sud et le Nord. Dialectique de la France, Toulouse,
Privat, 1971, p. 155-179.
26

« Jean Séguy comme moi-même nous sommes en effet immergés durant deux ans au Caire, en tant qu'enseignants,
dans la même communauté jésuite (Collège de la Sainte Famille). Je me souviens de l'étonnement et du ravissement de
Jean Séguy lorsqu’il découvrit ce point de rencontre, croisant maints souvenirs communs (à 40 ans de distance), que ce
soit les monastères du Wadi Natrun, les pistes de l’oasis du Fayoum ou la fréquentation du père Martin, merveilleux
érudit en charge de la bibliothèque du collège de la Sainte Famille, que nous avions tous deux connu ! » (Sébastien Fath,
http://blogdesebastienfath.hautetfort.com/archive/2007/11/22/deces-de-jean-seguy-1925-2007.html).

�la Nouvelle histoire de la littérature occitane de Robert Lafont et Christian Anatole retenu par Nelli
pour décrire l’attitude poétique de Séguy peut être reproduit ici:
… Séguy poursuit à Paris comme en Allemagne, en Angleterre, au Canada où ses voyages l’amènent
une méditation religieuse très critique et moderne, enfermant dans ses poèmes le désarroi d’un
monde désarticulé27… Les thèmes occitanistes, incisivement énoncés, sont aussi présents dans ses
deux recueils28…

On insistera sur la valeur que revêt cet éparpillement géographique dans l’écriture de Séguy:
celle-ci est bien, d’abord, une écriture de circonstance(s), que certaines mentions, au bas du poème,
précisent et revendiquent. Ainsi, le texte publié dans Letras d’Òc en 1964 s’achève par l’indication
suivante: « Nancy, diluns 6 d’abril de 1964. Café Excelsior, en esperant lo tren per Schirmeck, BasRin29 ». On lit de même à la fin d’un poème demeuré inédit (sauf erreur de ma part):
« Al Cafè Le Cluny, mentre esperavi lo Prof. Taubes (Jakob), de la Frei Universität Berlin, per adobar
amb el un collòqui francò-alemand. Sus lo miralh davant ieu i aviá una reclama per Pils, la cerveza
d’Estrasborg30 ».

Ces lignes ne sont pas superflues, ou secondaires: elles explicitent le contenu du poème, qui,
sans elles perdrait une partie de son sens premier, de son inscription dans une réalité quotidienne
dont la poésie de Séguy semble être directement issue et dont elle ne saurait être séparée.
De cette composante géographique enracinée dans un moment précis, on pourrait donner
de nombreux exemples que la publication, parfois, a quelque peu dissimulés : dans la copie
manuscrite autographe de Torisme en Carcin que j’ai pu consulter, ainsi, chaque pièce est datée.
Ces dates ont disparu à la publication, pour des raisons difficiles à connaître31. Mais cette disparition
ne change pas grand-chose : les poèmes eux-mêmes sont circonstanciés, liés aux instants qui les ont
fait surgir, et cette situation se trouve ainsi placée au cœur même de leur écriture, comme une
nécessité profonde.

27

Ici, Nelli saute un court passage dans lequel Séguy est rapproché de Manciet à propos de cette vision « désarticulée »
du monde.
28

Nelli, La poésie occitane, op. cit., p. 329. Robert Lafont et Christian Anatole, Nouvelle histoire de la littérature occitane,
Paris, PUF, 1971, p. 799-800.
29

[Nancy, lundi 6 avril 1964. Café Excelsior, en attendant le train pour Schirmek, Bas-Rhin].

30

[Au Café « Le Cluny », alors que j’attendais le Professeur Taubes (Jakob), de la Frei Universität Berlin, pour organiser
avec lui un colloque franco-allemand. Sur la glace, devant moi, se trouvait une réclame pour Pils, la bière de Strasbourg].
Ce poème, daté du 18 décembre 1964, porte un titre en allemand: « Deutsch. französische Zusammenarbeit ». Il figure
au bas d’un ensemble manuscrit autographe (dont l’origine n’est pas établie, coll. part.) de trois plus un feuillets
constituant une copie de la suite intitulée Torisme en Carcin (telle que publiée, à quelques détails près, dans Aiga de
Nil). Jacob Traubes (Vienne, 1923-Berlin, 1987) est un philosophe et sociologue des religions dont plusieurs œuvres ont
été traduites en français, notamment aux éditions du Seuil.
31

Sauf si, par exemple, des correspondances aidaient à comprendre les raisons de cette disparition. On y voit que ces
poèmes ont été écrits pour l’essentiel le 23 avril 1964 (6 pièces), puis le 25 (3 pièces), et enfin le 18 décembre de la
même année. Certains comportent deux dates, la deuxième pouvant être celle où a été « trouvée » la forme définitive
du poème.

�Des carrefours à la Croix

J’ai parlé plus haut d’écriture de circonstance(s). Cela est vrai, mais il convient d’ajouter :
écriture des carrefours. Les lieux de cette poésie sont des lieux de circulation, de croisements, de
rencontres : des cafés, on l’a vu, mais aussi des couloirs du métro (parisien), la station de vacances
sur les bords de la mer Noire de Mamaia (Roumanie), l’aéroport d’Orly, Paris et plus encore, peutêtre, Paris en mai 1968, Besançon lors de la Semaine sainte, le Quercy des enracinements familiaux,
Londres quelques jours en août 1967…
Cette courte liste, significative déjà, pourrait être allongée. Mais là n’est pas l’essentiel. Tous
ces lieux, au hasard de voyages proposés ou imposés par le métier de Séguy, sociologue des religions
internationalement connu et reconnu, tous ces lieux, donc, dessinent dans le temps et dans
l’espace, à travers les mots occitans du poète Joan-Baptista Seguin, des croix, et bien sûr d’abord,
la Croix par excellence pour ce catholique piéton du monde qu’était Séguy: celle de la Crucifixion.
La Crucifixion et Pâques dominent en effet, tel d’un toit temporel et spirituel, la poésie de
Séguy, à la fois comme un aboutissement possible et comme un événement majeur. Plusieurs
poèmes ou ensembles de poèmes, dans chaque recueil, font signe à cet égard. Dans Aiga de Nil, il
s’agit par exemple de Caminament. Ce cheminement, ou plutôt chemin, que bornent les stations
« Métaphysique » et « Ascension », est placé sous le signe de la Croix:
Sul camin, i a ta crotz
(4. A palpas)32

On songe bien sûr, par proximité de langue, au Sola Deitas, « chemin de Croix » de Jean
Messatges », mais aussi au Camin
de la Crous du Provençal Mas-Felipe Delavouët34. Mais le Caminament de Séguy est d’apparence
(d’apparence seulement, bien sûr) beaucoup plus personnelle, comme d’ailleurs ses autres
compositions d’inspiration par ailleurs on ne peut plus religieuse. Ainsi, la dernière pièce d’Aiga de
Nil, « ‟Donnez-lui tout de même à boire”, dit mon père », associe des considérations concernant le
monde politique du moment à une méditation sur la Passion du Christ.
Dans Poëmas del non, poésie politique et poésie religieuse se rencontrent semblablement.
À côté de poèmes occitanistes (la partie initiale, intitulée Non-païs), de poèmes politiques (sur le
mode du témoignage: la partie intitulée Non resisténcia, sous-titrée « París, mai de 1968 »), on
trouve, sous le titre Non conformitat, des compositions religieuses inspirées par la Passion: Sacrifici
del matin, d’abord, puis une Setmana santa a Besançon, en six moments, du dimanche des Rameaux
(« Dimenge de las Palmas ») à celui de Pâques (« Dimenge de Pascas »), que viennent compléter
trois poèmes détachés de cette chronologie. Parmi d’autres textes de tonalité comparable, je ferai
un sort particulier, dans Aiga de Nil, à « L’estèla del suplici » [L’étoile du supplice]. Je retiens de cette
belle méditation sur la Passion que traverse la silhouette de Simon de Cyrène les derniers vers:
Larzac33, paru quelques années plus tôt dans la même collection «

D’un solelh a un deman,
coma l’Amor
lo mond es redond
32

[Sur le chemin, il y a ta croix (4. À tâtons)].

33

Sola Deitas, Camin de Crotz de Joan Larzac, version francesa d’Ives Roqueta, IEO, Messatges, n° 31, 1963.

34

Camin de la Crous, avec 14 illustrations en couleurs de Jean Thunin, tirées en sérigraphie par Yves Rigoir, Grans, Le
Bayle-Vert, 1966. Ce poème a par la suite été repris, comme premier volet d’un Triptique dóu marrit Tèms/ Triptyque
du Temps Mauvais, dans le deuxième volume de Pouèmo, Paris, José Corti, 1971, p. 55-83

�dintre l’estèla de ton suplici, ò Crist35.

Ce poème est dédié à Robert Lafont, qui fut, on l’a vu, pendant les années 1960 et dans la
décennie suivante l’un de ceux qui échangea, parmi d’autres sans aucun doute, de nombreuses et
parfois longues correspondances avec Séguy (Internet n’existait pas encore, et le téléphone, bien
qu’utilisé, ne remplaçait pas vraiment le papier pour des intellectuels qui avaient le goût de l’écrit,
et qui plus est de l’écrit à la main). Cette dédicace constitue à l’évidence une marque d’hommage
adressée à un interlocuteur toujours présent et attentif. Attentif aux capacités intellectuelles de
Séguy et à la force raisonnée de son engagement occitan, à coup sûr. Mais cet hommage36 recouvre
aussi, sans doute, une forme de reconnaissance plus personnelle dont le poème permet l’expression
la plus libre et la plus appuyée. Séguy y fait écho à la revendication d’athéisme de Lafont, dans une
sorte de fraternité au-delà des croyances qui m’a semblé faire écho, depuis que j’ai pu lire ce poème,
à un ensemble de sonnets en forme de confidence autobiographique de Lafont, L’Ora [L’Heure],
publié en 1963 dans la revue Òc37. Dans ces poèmes, Lafont formule son « credo d’ateïsta » (pièce
IV, v. 8) et proclame notamment:
La frucha dins la desca sus la taula
parla de Dieu sens ges de Jèsus Crist38.

La lecture, au moment où j’écrivais ce texte, d’une lettre de Séguy à Lafont, est venue
confirmer cette intuition tenace39. Et surtout, révéler plus encore combien ces deux personnalités
avaient su tisser entre elles, pendant une longue période, une complicité exigeante et éclairante.

Un poète de la distance?

S’il fallait tenter de définir la « couleur » et le ton de la poésie de Séguy, ce qui constitue, en
fin de compte, son essence, ou sa marque originelle, je serais enclin à dire que c’est, avant tout, les
marques de distance qu’elle prend toujours, ou presque, dans le déroulement du poème.
Que le thème principal du poème, en effet, soit religieux, politique, géographique ou autre,
il est toujours accompagné d’une sorte de pas de côté. Ou de décalage, si l’on préfère.
Un bon exemple, parce que poussé assez loin, de cette attitude pourrait être le poème
intitulé « Lupta pentru pace 40 » (Aiga de Nil), dont le centre géographique est la ville balnéaire
roumaine de Mamaia. Ce poème d’une trentaine de vers a tout d’un texte de circonstance, comme
la plupart de ceux écrits par Séguy. Il baigne dans une ironie à la fois tendre et féroce, à l’évocation
des touristes qui ont envahi, en ce mois de juillet, les rivages de la mer Noire,
35

[D’un soleil à un demain, / comme l’Amour/ le monde est rond/ dans l’étoile de ton supplice, ô Christ].

36

Les dédicaces sont rares dans les deux recueils de Séguy: outre celle-ci à Robert Lafont, je relève seulement celle à
« Dòna Jeanie Ridoux » du poème « La femna de Faiom » dans Aiga de Nil également. On n’en relève aucune dans
Poëmas del non.
37

N° 227-228, p. 19-23. Lafont fit réaliser une série de tirés-à-part (combien?) de cette suite de douze sonnets « à
l’italienne » qu’il distribua à ses proches et amis.
38

[Le fruit dans la corbeille sur la table/ parle de Dieu sans aucun Jésus-Christ] (traduction de Jean-Claude Forêt, in
Robert Lafont, Poèmas, 1943-1984, Montpeyroux, Jorn, 2011, p. 204).
39

On trouvera cette lettre partiellement éditée et commentée dans Philippe Gardy, « Sur la poésie religieuse (en
occitan): Jean-Baptiste Séguy à Robert Lafont (1964) », Revue des langues romanes, à paraître.
40

Soit « Lutte pour la paix », slogan largement diffusé par le régime communiste roumain d’alors.

�trabalhadors de totes los païses
units
en vacanças pagadas
capitalisticament
reialas41

Car Séguy poète se situe toujours ici et ailleurs, au cœur de son sujet tout en ne cessant
jamais de s’en éloigner. On mesurera les dimensions que peut revêtir cette oscillation jamais arrêtée
entre sérieux et non-sérieux à la lecture des lignes que Séguy écrivait à Robert Lafont dans une lettre
datée du 8 juin 1965:
Fa d’annadas que me raivi/ d’anar en Romania. Cada mes de junh i tòrni/ pensar e preni de reclamas
toristicas dins las agéncias. Sabi ben que fin finala me pagarai pas lo/ viatge. Fa pas ren… Alavètz aquel
poèma es/ un mescladís d’aspiracions rembarradas e de medi-/tacions sus los dépliants toristics e la
pròsa/ de Contemporanul, lo Lettres fr[an]ç[ai]ses romanesc, que legissi/ de còps42.

Dans le même ordre d’idée, cette remarque faite à Robert Lafont à propos de son deuxième
recueil attire l’attention. Elle figure en post-scriptum d’une lettre du 22 juillet 1969 où Séguy fait
mention de poèmes québéquois qu’il a traduits en occitan lors d’un séjour à Sherbrooke, au Québec:
« Teni pas enquèra los Poèmas/ del non. Mas acabi de tornar/ veire lo manuscrit e… tot/ aquò me
fa una impression/ negativa! ».On peut rapprocher cette remarque de celle-ci, antérieure, à propos
du titre de ce recueil, dans une autre lettre à Robert Lafont du 29 décembre 1968: « Non-poèmas
seriá estat un títol mielhs cau-/ sit 43 ». Ces deux notations, au-delà de leur caractère factuel
indéniable, sont révélatrices d’une disposition d’écriture (comme on pourrait tout aussi bien dire:
« disposition d’esprit ») qui rend le poème possible, guide son élaboration et, finalement, en
détermine le ton.
Cette négativité revendiquée fait bien sûr aussitôt songer à celle de non-poème, mise en
avant dans un texte fameux de son recueil L’homme rapaillé par le Québéquois Gaston Miron44.
Peut-être Séguy avait-il pris connaissance de ce manifeste à Paris, où Miron séjourna en 1959, puis
en 1967. Ou encore lors du séjour qu’il avait de son côté effectué à Sherbrooke en décembre 1969.
Il faut ajouter, et c’est sans doute là l’essentiel, que Miron avait été mis en exergue du recueil de
poésie occitane qui avait immédiatement précédé, dans la collection « Messatges », le premier livre
de Séguy : les Cançons mauvolentas de Gilabèrt Suberròcas s’ouvrent par « Le non-poème » de
Miron, en français d’abord45, puis traduit en gascon par l’auteur du recueil (p. 6 et 7).

41

[travailleurs de tous les pays/ unis/ par des congés payés/ capitalistiquement/ royaux].

42

[Il y a des années que je rêve d’aller en Roumanie. Chaque mois de juin, j’y repense et je prends des publicités
touristiques dans les agences. Je sais bien qu’en fin de compte je ne me paierai pas ce voyage. Mais cela ne fait rien…
Alors ce poème est un mélange d’aspirations refoulées et de méditations sur les dépliants touristiques et la prose de
Contemporanul, le Lettres françaises roumain, que je lis parfois].
43

[Non poèmas aurait été un titre mieux adapté].

44

« Notes sur le non-poème et le poème. Extraits », dans L’homme rapaillé, les poèmes. Préface d’Édouard Glissant.
Édition définitive présentée par Marie-André Beaudet, Paris, Nrf, Poésie/Gallimard, 1999, p. 121-136. Ce texte, avant
de devenir poème à proprement parler, avait d’abord paru dans la revue politique et littéraire québéquoise Parti pris,
dont Miron était membre de la rédaction, en juin-juillet 1965. Sur les séjours parisiens de Miron, à partir de 1959, on
lira Dominique Combe, « Gaston Miron à Paris, la question coloniale », Europe, n° 1031, mars 2015, p. 160-169.
45

La référence donnée est celle de Parti pris (vol. 2, numéros 10-11). Il ne s’agit que d’un fragment du texte repris
ultérieurement dans l’Homme rapaillé. Sur le sens de cette mise en exergue, je renvoie aux remarques de Jean-Pierre
Chambon dans son exégèse du recueil de Suberròcas, p. 95-97.

�Cela dit, les démarches poétiques respectives de Séguy et de Miron, au-delà de nombreuses
et incontestables différences, se rejoignent sur cette présence du négatif comme envers et endroit
du poème en construction. Et sur ce point, malgré d’autres sortes de différences tout aussi
importantes, Suberròcas et Séguy se font quelque part écho.
Séguy, comme Suberròcas, en effet, ne cesse pas de semer le doute chez son lecteur. L’ironie
fait chez lui toujours son chemin, en contrepoint de ce que le poème paraît affirmer ou laisser voir.
On devine, dans le ton comme dans la substance du propos, une sorte de méfiance, le sentiment
que tout cela n’est peut-être qu’apparences trompeuses, ou, à tout le moins, apparences à ne pas
prendre pour autre chose que ce qu’elles sont : des manifestations de la fugacité du monde
quotidien et des impressions qu’il fait surgir.

*
L’écriture littéraire en occitan de Jean Séguy, et donc son écriture poétique, n’a pas connu
de prolongements visibles au-delà d’avril 1977, quand la revue Gai Saber publia le court ensemble
de poèmes dont j’ai signalé plus haut l’existence. Ces textes brefs et resserrés, non datés, qui se
déroulent, comme l’indique leur titre, « du ruisseau (fleuve?) à l’aube », sont peut-être le signe d’un
achèvement déjà entériné par le poète. Ont-ils vraiment marqué la fin d’une aventure intellectuelle
dont l’occitan avait été le lieu privilégié? Oui et non. Non, si l’on considère que Séguy a publié au
cours des années suivantes, en occitan ou en français, plusieurs recensions critiques dont la matière
d’oc était le thème. Les trois dernières sont en français; elles datent de 1982, 1983 et 1984 et ont
paru dans la Revue des langues romanes (Montpellier) pour les deux premières, dans Amiras.
Repères occitans pour la dernière. Celle-ci concerne un texte occitan d’Ancien Régime du Quercy, la
comédie Scatabronda. Les deux autres, l’œuvre poétique de René Nelli d’une part, et la réédition
de la version béarnaise des Psaumes per Arnaud de Salette 46 . Oui, en fait, parce que ces trois
recensions apparaissent comme les ultimes manifestations d’un élan en voie d’épuisement. Séguy
avait-il prévu que le poète Seguin n’aurait qu’un temps? Peut-être. Dans sa lettre à Robert Lafont
du 13 juillet 1964 à laquelle il a été fait allusion au début de cet article, il se référait « a la beluga, al
moment favorable47 » qui fait jaillir l’écriture du poème. Il prévenait cependant: « Mas sabi pas se
contunharai48 ». De cet épuisement pressenti, on croit reconnaître la présence dans les poèmes
(ultimes?) donnés en 1977 à la revue Gai Saber. Son expression la plus facile à deviner pourrait être
le refrain, mélancolique, qui ouvre et referme le dernier poème de cet ensemble intitulé Del riu a
l’alba:
La nuech marca brun
trobador
e l’alba tant es luònta49.
46

Compte rendu de Renat Nelli, Òbra poëtica occitana (1940-1980), traduction française en regard, Toulouse, Institut
d’études occitanes, 1981, Revue des Langues Romanes, 1, LXXXVI, 1982, p. 166-168. [En français ; signé Jean-B. Séguy];
Compte rendu de Arnaud [de] Salette, Los Psalmes de David metuts en rima bernesa.M ., 1583-1983. Edicion navèra
preparada per Robèrt Darrigrand, Orthez, Per Noste, 1983, Revue des Langues Romanes, 1, LXXXVII, 1983, p. 141-142.
[En français ; signé Jean-B. Séguy]; Compte rendu de Patrick Ferté, Yves-Pierre Malbec, Scatabronda, comèdia carcinòla
anonima amb un estudi istoric per P. Ferté, « Un brûlot libertin dans l'Université de Cahors », Cahors, Carcin Tèrra d'Oc
et SCIEO, 1983, Amiras-Repères, n° 7, 1984, p. 89-93 [les pages 91-93 sont une note sur l'édition du manuscrit, par
Philippe Martel].
47

[à l’étincelle, au moment favorable].

48

[mais je ne sais pas si je continuerai].

49

[La nuit marque brun/ troubadour/ et l’aube est si loin]. Il y a bien sûr ici un jeu de mot sur le nom du troubadour
Marcabru, et sur les lectures possibles, métaphoriques bien que contestables, de son patronyme. On y aura aussi

�reconnu, bien sûr, l’ironie désabusée du poète, qui était aussi, au dire de plusieurs de ses proches, celle dont savait
faire montre l’homme Jean Séguy.

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&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&#13;
&lt;p&gt;Communication de Philippe Gardy dans le cadre de la journ&amp;eacute;e d'&amp;eacute;tudes&amp;nbsp;ReDoc-LLACS :&amp;nbsp;La collection &amp;laquo; Messatges &amp;raquo; de l'IEO 1945-1960, Montpellier, 27 janvier 2018.&lt;/p&gt;&#13;
&lt;/div&gt;&#13;
&lt;/body&gt;&#13;
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&lt;html&gt;&#13;
&lt;head&gt;&#13;
&lt;/head&gt;&#13;
&lt;body&gt;&#13;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Comunicacion de Felip Gardy dins l'encastre de la jornada d'estudis&amp;nbsp;ReDoc-LLACS :&amp;nbsp;La colleccion &amp;laquo; Messatges &amp;raquo; de l'IEO 1945-1960, Montpelhi&amp;egrave;r, 27 de geni&amp;egrave;r de 2018.&lt;/div&gt;&#13;
&lt;/body&gt;&#13;
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                    <text>Une stratégie peut-elle en cacher une autre ?
Fonder une « nouvelle littérature » en occitan, 1945-19601
Philippe Gardy, directeur de recherche émérite, CNRS

NB : Cet article est issu d’une communication de Philippe Gardy dans le cadre du séminaire « Normes
et écarts dans la littérature occitane. XIXe-XXe siècle » organisé par Jean-François Courouau (Université
de Toulouse, UT2J, PLH-ELH) en 2016. Nous remercions Philippe Gardy et Jean-François Courouau de
nous avoir autorisés à le publier ici, dans l'attente d'une parution en revue.

Dans l’histoire des lettres d’oc, la période qui s’étend, en gros, des années 1930 aux
années 1950, a été particulièrement riche de volontés de renouvellement, menées ou non à
leur terme. Ces désirs de nouveauté ont été accompagnés de polémiques parfois très
virulentes qui plaçaient (ou déplaçaient?) les désaccords sur des plans divers: linguistiques,
politiques, esthétiques…
Parmi toutes ces polémiques, dont l’inventaire reste à dresser dans le détail, l’une a
fortement marqué l’époque, et n’a pas cessé depuis lors de se prolonger, sous des formes
diverses, jusqu’à aujourd’hui: celle qui opposait « occitanistes » et « provençalistes ». On
propose ici de revenir sur un moment de cette longue controverse: celui au cours duquel s’est
cristallisé, sur fond de querelle graphique, un affrontement entre ce que certains auraient
volontiers appelé « les modernes », par comparaison, évidemment défavorable, avec ceux qui
ne pouvaient donc que faire figure d’« anciens ». Ou, si l’on préfère, entre l’avenir et le passé.

1. Du côté des « occitanistes »
C’est dans la revue Òc, pour l’essentiel, mais pas seulement, que l’offensive de la
modernité est conduite au lendemain de la Libération. Et c’est assez rapidement Robert Lafont
qui prend les commandes de la « nouvelle littérature » d'oc que la revue, après sa reparution,
désire promouvoir.
Il n'est pas seul, bien sûr. D'autres noms, de sa génération, mais aussi de la génération
précédente (Max Rouquette, Ismaël Girard, René Nelli) se joignent au sien : essentiellement
ceux de Félix Castan2, qui en assure pendant une courte période la rédaction, Henri Espieux,
Bernard Manciet, Andrée-Paule Lafont. Chacun possède son autonomie de jugement, mais
cela n'est pas toujours allé sans heurts, en particulier entre Lafont et Castan, puis dans un
second temps entre Lafont et Manciet, au fil des années 1950. Mais c’est bien Robert Lafont
qui donne le ton, avec le concours d'Andrée-Paule Lafont. (Cette dernière, tout en partageant
les idées et les engagements de son mari, poursuit un travail critique qui ne se confond pas
avec le sien). Il oriente la revue dans deux grandes directions : la promotion de nouveaux
écrivains, de nouvelles thématiques, et, plus largement, de nouvelles formes d'écriture d'une
1

L’orthographe des textes en langue d’oc cités a été conservée sauf erreurs manifestes. Les traductions en
français, quand elles sont de notre fait, sont données entre crochets.
2

Sur le rôle important joué pendant quelques années seulement par Castan, on se reportera à LESPOUX 2010 (qui
édite de nombreuses correspondances) et TORREILLES 20102. Il ne faudrait pas cependant oublier que Castan a
continué de collaborer, épisodiquement il est vrai, à Òc, et que ses contributions d’histoire littéraire ont
largement nourrit la réflexion au-delà de la période pendant laquelle il en fut le rédacteur.

�part. Et, d'autre part, le désir de faire naître une lecture véritablement critique des textes
littéraires, du passé comme du présent le plus immédiat. Robert
Lafont se révèle ainsi comme un analyste, volontiers érudit et savant (« universitaire »,
bien qu'il ne le soit pas encore), et comme un observateur-acteur de ces nouvelles écritures,
en poésie et en prose (au théâtre aussi), dont Òc et le nouvel Institut d'études occitanes se
veulent les inspirateurs et les soutiens3.
Nouveaux auteurs, nouvelles écritures
Cette volonté de faire émerger de nouveaux écrivains susceptibles de promouvoir de
nouvelles formes d’écriture en occitan est assez générale. Voici, à côté d’un passage tiré d’un
texte programmatique de Robert Lafont (1948), deux autres prises de position significatives,
datées de 1947 et 1951, qui vont dans le même sens et définissent une sorte de « ligne de
front ». Le premier texte, rédigé en catalan, est publié en 1947 par un membre de l’Institut
d’études occitanes et collaborateur d’Òc dans une prestigieuse revue culturelle barcelonaise
dont la rédaction a trouvé refuge à Paris, Jean Lesaffre4:
« Cal admetre que aquesta seixantena d'anys de Felibrige ha representat una primera etapa en
la renaixença, i que el moviment hauria acabat bruscament si aquesta fase no hagués estat
seguida d'una renovació ; però molt feliçment la renovació ha vingut : les obres aparegudes
d'ençà de fa algun temps en forneixen la prova, i singularment les dues antologies publicades »...
(p. 258-259)
« Els poetes occitans estan demostrant que, tornant a unes fonts diferents d'aquelles en les
quals havia poat el Felibrige, peró nacional tanmateix, informen una sang nova a la poesia el
migdia de França... » (p. 265)
(Jean Lesaffre, « Aspectes de la poesia occitana actual », Revista de Catalunya, 103, Paris,
juliol-setembre 1947, 258-265)

Robert Lafont, quelques mois plus tard, en occitan, désigne l’une des tâches essentielles
à laquelle doivent s’atteler désormais les écrivains d’oc s’ils veulent répondre au désir de
renouvellement qu’ils appellent de leurs vœux, en particulier dans le domaine de la prose :
Es penós de veire nostis escrivans ignorar tant coma fan li riquessas de la sintaxi d'Oc, encara
viva dins la boca dau poble, quora parla occitàn e mai quora parla francès »... [Suit toute une
3

Pendant les années qui nous intéressent, Òc eut pour rédacteur Félix Castan de 1946 à 1953, Félix Castan puis
Xavier Ravier de 1953 à 1954, Xavier Ravier de 1955 à 1956, Ismaël Girard (1957), Robert Lafont de 1958 à 1961,
Robert Lafont et Yves Rouquette (jusqu’à juin 1962), Yves Rouquette (à partir de juillet 1962, jusqu’à
l’interruption de la revue, en 1964). Sur le sens, relatif ou décisif, de ces changements, on se fiera à Toti 2004,
qui en propose une analyse rigoureuse et dépourvue d’esprit polémique.
4

Sur Jean LESAFFRE (1907-1975), voir la notice de Yan LESPOUX, http://vidas.occitanica.eu/items/show/11. [Il faut
admettre que soixante années de Félibrige ont représenté une première étape de la renaissance d’oc, et que le
mouvement se serait terminé brutalement si cette phase n’avait pas été suivie d’une rénovation ; car fort
heureusement, une telle rénovation s’est produite: les œuvres apparues depuis quelque temps déjà en
apportent la preuve, et singulièrement les deux anthologies publiées […] Les poètes occitans sont en train de
démontrer qu’en se tournant vers des sources d’inspirations différentes de celle dans lesquelles avait puisé le
Félibrige, mais tout aussi empreintes d’esprit national, ils donnent un sang neuf à la poésie du Midi de la France].
Les deux anthologies dont parle Lesaffre sont celle publiée sous la direction de René Nelli dans la revue
toulousaine Pyrénées (« Jeune poésie d’oc, n° 17-18, mai 1944) et celle composée par Robert Lafont et Bernard
Lesfargues à l’enseigne du Triton Bleu (Paris, 1946).

�série d'exemples sur ces ignorances, avec des considérations spécifiques sur la « prose
provençale »]. « Après la sintaxi, lo vocabulari. […] Nostre vocabulari es trop ric. Fau s'atalar a
un apauriment sistematic. Lo gost dau mot ric, l'alegria lexicografica es lo signe d'una literatura
trop joina. […] Lo pintoresc deu s'escafar davant la precisión. Tota lenga de civilización es paura
de mots e rica de sens5. (Robert Lafont, « Per una prosa occitana », Òc, octobre 1948, 30-32).

Bernard Jourdan6, critique et romancier en français, poète d’oc aussi à ses heures,
propose en 1951 un panorama qui reprend les thèmes déjà exprimés par Jean Lesaffre en
insistant sur la rupture qui s’est selon lui produite au cours de la décennie précédente :
Depuis dix ans environ, la poésie de langue d'oc change de visage. Mistral s'éloigne... La jeunesse
s'écarte, non pas de lui peut-être, mais d'une ribambelle de pâles disciples tournés vers le passé
et qui diluent les fulgurantes images du maître de Maillane.
Les poètes du mouvement occitan se rassemblent moins peut-être pour une graphie nouvelle
que pour une conception nouvelle de la poésie. Ils s'abreuvent aux sources toujours vivantes
des troubadours, du trobar-dus [= clus] et du catharisme. Ils élargissent leur horizon poétique,
saluent Lorca. Ils vont vers l'universalité. Alors que jusqu'ici la poésie félibréenne (dans son
ensemble) semble toujours « en marge », la nouvelle poésie d'oc, à travers la guerre et
l'Occupation, déborde de jeunesse et d'espoir.
C'est la revanche de Toulouse sur Avignon.7

Suit un court ensemble de poèmes en traduction française de Philadelphe de Gerde,
Noune Judlin, Max-Philippe Delavouët, Enric Espieuc [= Espieux], Sully-André Peyre, Max
Rouquette, [Jean] Calendal Vianès.
On notera que les poètes retenus par Jourdan, comme par exemple ceux de l’anthologie
« du Triton Bleu », appartiennent aux deux principales obédiences graphiques (et
esthétiques?) alors en concurrence plus ou moins polémique. Parmi la toute nouvelle
génération, on relève deux « mistraliens », liés à Peyre et à sa revue Marsyas, Max-Philippe
Delavouët et Jean-Calendal Vianès, et un autre Provençal, lié lui à l’« occitanisme », Henri
Espieux.
Ces trois prises de position vont dans le même sens. Elles entérinent une rupture d’ores
et déjà en train de s’accomplir, mais qui reste fragile. Tel est l’objet du texte de Robert Lafont,
5

[C’est un crève-cœur de voir nos écrivains ignorer à un tel point les richesses de la syntaxe d’oc, toujours vivante
dans la bouche du peuple d’oc quand il parle occitan, et aussi quand il parle français […] Après la syntaxe, le
vocabulaire […] notre vocabulaire est trop riche. Il faut s’atteler à un appauvrissement systématique.
Le goût du mot riche, l’ardeur lexicographique, sont le signe d’une littérature trop jeune […] le pittoresque doit
s’effacer devant la précision. Toute langue de civilisation est pauvre de mots et riche de sens].
6

Bernard JOURDAN (Ollioules, 1918-2003). Instituteur varois, auteur notamment du roman Saint Picoussin (Paris,
Fayard, 1961 ; prix des Deux Magots 1961), et de recueils poétiques (L'hiver qui vient, 1998). Il n'est pas un
inconnu dans Òc : on l’y trouve mentionné dès le numéro 181 (juillet 1951, p. 44, rubrique « Los periodics », par
Félix Castan), à propos de son intervention sur la poésie d'oc dans la revue Escales. On l'y retrouve plus tard (n°
219, janvier-mars 1961), où est annoncé (rubrique « Calendari ») l'obtention du Prix des Deux Magots pour son
roman Saint Picoussin ; on y signale qu'il est aussi poète d'oc. Collaborateur des Cahiers du Sud. Il est intervenu
en occitan au moins à deux reprises dans Òc : en publiant un poème, « A Taborda », dans le « fronton » « Poësia
d'Oc 1960 », n° 216, mai-junh 1962 (fronton composé et présenté par Robert Lafont), puis dans un ensemble
intitulé « Laus de la critica », dont il sera question plus loin.
7

(« Poésie provençale et de langue d'oc ». Présentation de Bernard Journan [sic, pour Jourdan], Paris, Escales.
Feuilles mensuelles de poésie, avril 1951, 3, rue Saint-Louis en l'Isle, Paris IVe, 12 p., polycopié, in-8 (BnF, 8- Y- 802
(3) ; NUMM- 945766). Ces feuilles sont publiées par Jean Markale, nom de plume de Jean Bertrand, 1928-2008,
dont les nombreux ouvrages à succès sur les Celtes ont fait l'objet de violentes polémiques).

�qui est révélateur d’une attente mais aussi de préoccupations sérieuses. Pour lui, la bataille
n’est pas encore remportée, et beaucoup reste à faire.
De ce combat à mener et des résultats qui ont pu être obtenus, les livraisons de la
revue Òc, au long des années 1950, ne cessent pas de rendre compte, soit par des sortes de
bilans d’étape, soit par le moyen de courtes anthologies, poétiques, dont l’un des objets est
de montrer comment l’éventail des thèmes, des styles et des auteurs s’élargit, sans rupture,
cependant, avec les écrivains des générations antérieures. Parallèlement, l’écriture en prose
est elle aussi interrogée, de façon moins systématique, et davantage à travers des exemples à
suivre (ou pas) dont l’émergence est, on le devine, plus malaisée.
On ne retiendra ici que les manifestations les plus remarquables de ce processus. Ainsi,
au début de 1956, une large place est faite à un ensemble intitulé Los joves autors occitans se
presentan (Òc, 199, janvier-mars 1956, 1-29). Cet ensemble comprenait une présentation en
forme de manifeste signée Yves Rouquette, « Aicí siam8 » (1-3) et dont l’affirmation principale
est sans aucun doute ce constat : « Nos cal desrevelhar o nos calar tre ara9 » ; des poèmes de
Robert Allan, Serge Bec, François (Francesc) Combaut (catalan), Jean-Joseph Gouzy (catalan),
Jean Monestier, Christian Rapin, Xavier Ravier, Yves Rouquette ; une prose narrative de Pierre
Pessemesse, « Un d'aquestis estius solelhós » ; une prose en forme de manifeste de Xavier
Ravier, sans titre : « Joens escriveires d'Oc... ».
En 1960, c’est autour de Robert Lafont de composer une nouvelle anthologie: Poësia
d'Oc 196010, (Òc, 216, mai-junh 1962, 1-28). Outre une présentation de R[obert] L[afont],
« Poëmas », 1-2, celle-ci contient comprend des textes de 17 poètes (Max Allier, Pierre Bec,
Serge Bec, Félix Castan, Jordi Pere Cerdà, Henri Espieux, Gumersind Gomila, Bernard Jourdan,
Robert Lafont, Pierre Lagarde, Bernard Manciet, Jean Mouzat, René Nelli, Christian Rapin,
Georges Reboul, Yves Rouquette, Jean Rouquette). Parmi eux deux Catalans, l'un d'origine
minorquine (Gomila), l'autre roussillonnaise, Cerdà, tous les deux compagnons de route
fidèles des écrivains d’Òc et l’IEO.
Dans son avant-propos, Lafont, en cela plus méthodique que ne l’avait été Yves
Rouquette en 1956, revenait sur les décennies antérieures et s’interrogeait sur les moments
essentiels du chemin parcouru:
Si moments essenciaus foguèron de conquistas, quitament de parturicions. Conquista, devers
1939 d'un dire despolhat d'eloquéncia, d'una qualitat d'èime. Aquela poësia discrèta, escrèta,
amb si tèmas ponsians ò roquetians, son agachada nòva sus l'environa naturala, si rèireplans de
nauta cultura moderna, la podèm pas dire acabada […] La generacion de la guerra e de la
Liberacion porgiguèt d'autrei ressòns, d'autri conquistas. Conquista de la vòtz dau sègle, d'una
environa mai umana que naturala, e d'una paraula mai espelofida, que d'an en an, entre 1945 e
1955, engrandiguèt lo discors occitan. Messatges contunhava amb de nòus poëtas, amb lis
ancians que se cambiavan lo dire : a l'òrdre quichat coma un ponh d'aspra serenitat respondiá lo
desòrdre di dolors e dis entosiasmes11. (1-2).

8

Nous voilà!

9

Nous devons nous réveiller ou nous taire dès maintenant.

10

On trouve à la suite de cette anthologie un texte de Christian Rapin, « Consideracions subre la poësia », (2931) dont les premières lignes donnent à penser qu’il a été écrit à la demande de la revue, comme complément à
l’anthologie réunie par Lafont.
11

[Ses moments essentiels furent des conquêtes, littéralement des parturitions. Conquête, vers 1939, d’un dire
dépouillé d’éloquence, pourvu d’une qualité d’âme. Nous ne pouvons pas affirmer que cette poésie est parvenue
à son terme, cette poésie discrète, précieuse, avec ses thèmes ponsiens ou rouquettiens, un regard neuf sur son

�Ces deux anthologies12, au-delà de différences plus superficielle que réelles, sont
révélatrices de la sorte de course contre la montre à laquelle tentent de se livrer Òc et, à ses
côtés, la collection Messatges, dont le nombre de titre augmente avec régularité13. Refonder,
sur des bases renouvelées, une littérature sans pour cela renier les évolutions passées, n’est
pas une mince affaire. Le sommaire du fronton de 1960, plus que celui élaboré auparavant par
Yves Rouquette, qui obéissait à des exigences en partie autres (la jeunesse), le montre bien:
Nelli, Reboul ou Mouzat sont présents, aux côtés de « jeunes » tel que Jean et Yves Rouquette,
Christian Rapin ou Serge Bec. Et les « dissidents » n’y sont pas oubliés: on note les noms de
Castan et de Manciet, dont la présence, stratégiquement, est jugée opportune, car le premier
a été l’un des initiateurs du mouvement qu’il faut poursuivre et amplifier, et le second
demeure, depuis ses débuts, l’un de ceux dont les textes sont porteurs d’une grande
originalité, dont on ne saurait faire l’économie. On notera que deux années plus tard, en 1962,
le nom de Manciet a disparu de l’Anthologie de la poésie occitane, préfacée par Aragon,
d’Andrée-Paule Lafont. Pour des raisons qui tiennent aux vicissitudes de la nébuleuse
« occitane », entre politique et culture, bien davantage qu’à des motifs proprement littéraires.
Mais celui de Castan est bien là. Rassembleuse autant qu’elle le peut, cette anthologie
récapitule, en remontant dans le temps (jusqu’à 1900), la trajectoire d’un peu plus d’un demisiècle, faisant ainsi le lien entre les générations qui se sont succédées et enregistrant en
chemin les évolutions les plus visibles.
Nouvelle critique?
Inséparable de la volonté de renouvellement littéraire, la promotion d’une critique à
la fois attentive et rigoureuse est l’une des intentions majeures des nouveaux rédacteurs d’Òc,
affirmée par Castan et poursuivie par ses successeurs. Outre Castan, qui se consacra en
particulier à un vaste panorama rétrospectif de l’écriture d’oc aux XIXe et XXe siècles14, les
principaux artisans de cette entreprise furent, dans un premier temps, Andrée-Paule Lafont,
Robert Lafont et Henri Espieux. Chacun à sa manière, tous trois s’efforcent de jeter sur les
œuvres récemment publiées un regard à la fois engagé et distancié, mêlant l’objectivité d’une
environnement naturel, ses arrière-plans de haute culture moderne […] La génération de la guerre et de la
Libération nous a enrichis d’autres échos, d’autres conquêtes. Conquête de la voix du siècle, d’un environnement
davantage humain que naturel, et d’une parole plus échevelée qui, au fil des années, entre 1945 et 1955, donna
une plus grande ampleur au discours occitan. [La collection] Messatges [publiée par Òc et l’IEO] continuait avec
des nouveaux poètes, avec les anciens aussi qui transformaient leur dire: à l’ordre serré comme un poing d’âpre
sérénité répondait le désordre des douleurs et des enthousiasmes].
12

Dans son numéro 200 (avril-juin 1956), Òc publie (p. 96-111) une série de poèmes dépourvue de toute
présentation ou commentaires qui peut apparaître comme une sorte d’anthologie intermédiaire entre celle
d’Yves Rouquette et celle de Robert Lafont. On y lit des textes de Max Allier, Pierre Bec, Marcel Carrières, Auguste
Delfau, Henri Espieux, Gumersind Gomila, Robert Lafont, Pierre Lagarde, Bernard Lesfargues, Jean Mouzat, René
Nelli, André Pic, Joseph Sébastien Pons, Xavier Ravier.
13

En 1960, la collection Messatges comportait 28 titres publiés. La collection Pròsa de l’IEO, dont on voulait faire
l’équivalent de Messatges, était beaucoup moins florissante, malgré quelques titres qui ont fait date : Vida de
Joan Larsinhac de Robert Lafont (1951), La grava sul camin de Jean Boudou (1956) et Nhòcas e bachòcas de
Pierre Pessemesse (1957), essentiellement, pour la période qui nous intéresse.
14

Le premier article de cette série est « La granda generacion de 1900 », publié dans Òc [186], octobre 1952, 1822; [187,] janvier 1953, 14-22; [188], avril 1953, 23-29; [189], juillet 1953, 16-26.

�critique de type universitaire, au sens le plus large, et la partialité d’une vue orientée par un
projet forcément partisan. Au début des années 1950, échanges et controverses se succèdent,
non sans âpreté, mais de façon féconde, dans la revue.
L’un des moments clés de cette entreprise est probablement le dossier publié dans le
numéro 222 d’Òc (octobre-décembre 1961, 1-12), sous le titre général de « Laus de la critica »
[à l'intérieur, p. 1, « Convèrsa sus la critica »]. Participent à ce débat, outre Robert Lafont (qui
mène la discussion), Henri Espieux, Simone Rouanet, Jean et Yves Rouquette15. Cette première
confrontation est suivie, p. 13-28 d'un « Debat sobre l'Escòla d'Avinhon » (p. 13 : « Opinions
sus l'Escòla d'Avinhon ») comprenant des textes de Joseph Sébastien Pons, Bernard Jourdan,
Robert Lafont, Henri Espieux, à partir essentiellement de deux articles, de Félix Castan et Jean
Rouquette, parus dans Òc, 218, octobre-décembre 1960 à l’occasion du centenaire de la
Miougrano entre-duberto, respectivement « Per Teodòr Aubanel », 2-20; « Lo catolicisme
d’Aubanel », 21-31 (ces deux articles étant précédés d’une présentation de Robert Lafont, qui
en avait suscité la rédaction). Il s'agit d'une conversation enregistrée au magnétophone le 28
septembre 1961, ainsi que le précise R[obert] L[afont] dans la présentation qu'il signe en tête
de sa retranscription. Son thème de départ, selon Lafont, a d’ailleurs quelque chose de
quelque peu provocateur: « Benlèu qu'avèm mai besonh ara d'una critica occitana que d'òbras
nòvas. O tant. Li doas necessitats s'entremesclan, e fan l'actualitat occitana, en 196116. » (p.
1). Au début de ce débat, son initiateur distingue la critique juste, qu'« amolona li trabalhs
paciènts pèr n'arribar a una vesion que voudriá definitiva dis òbras e dis autors. Lo parangon
n'es una critica universitària moderna qu'a daverat lo nivèu d'una sciéncia quasi exacta dins
quauqui domenis17 » (p. 2). Et une critique injuste, « la di setmanaris parisencs, que cèrca non
pas benlèu lo verai dis òbras, mai de dessenhar dialecticament pèr refús e pèr causidas la rega
fruchosa de la creacion d'ara, e que pòrta de còps que i a sus lo passat literari de jutjaments
tan vius e orientats18. » La discussion porte sur l'intérêt de la critique « universitaire »,
attaquée, en ce qui concerne les troubadours, par Yves Rouquette, et défendue par Robert
Lafont.
Elle aborde aussi la question de l'utilité que peut avoir la critique injuste (qu'Espieux
préfère qualifier de « parciala », parciale), quand elle suscite le débat (ainsi celle de Félix
Castan à propos à propos d'Aubanel, quand il place son théâtre bien au-dessus de son œuvre
poétique).
Autre thème abordé : celui des anthologies. Yves Rouquette est favorable à une
« antologia d'umor » une anthologie d’humeur, comme celle d'Éluard pour la poésie française.
Robert Lafont plaide de son côté pour une anthologie « scolaire ». Il aborde par ailleurs la
question de la critique occitane dans des revues d'expression française telles que les Cahiers
du Sud ou Europe :

15

Simone Rouanet signera par la suite Marie Rouanet, comme chanteuse en occitan et écrivaine en français. Jean
Rouquette publiera son œuvre poétique d’oc comme Jean Larzac.
16

[Peut-être avons-nous davantage besoin aujourd’hui d’une critique occitane que de nouvelles œuvres. Ou
autant. Les deux nécessités s’entremêlent et elles font l’actualité occitane en 1961].
17

[Qui accumule les travaux patients pour parvenir à une vision qu’on voudrait définitive des œuvres et des
auteurs. Le parangon en est une critique universitaire moderne qui a atteint le niveau d’une science quasi exacte
dans quelques domaines].
18

[Celle des hebdomadaires parisiens, qui ne recherche peut-être pas la vérité des œuvres, mais s’efforce de
dessiner dialectiquement par des refus ou des choix une ligne féconde pour la création actuelle, et qui porte sur
le passé littéraire des jugements très vifs et orientés].

�… aquela collaboracion es pastada d'ambiguitat […] pèr manca d'especialistas, es nosautres que
parlam de nosautres […] serà totjorn necessari de pausar, en defòra d'Oc, mai que dins Oc, lo
problema major di relacions de la literatura occitana amb la literatura francesa, e d'autri. Fau
pas faire grelhar lo mau de la « resèrva »19. (p. 4-5)

Ce tour d’horizon est loin d’épuiser, bien sûr, la question, et les conclusions qui en
ressortent ne dispensent pas de faire l’économie d’un examen attentif et détaillé des efforts
critiques dont témoigne une lecture des diverses livraisons d’Òc publiées pendant la période
considérée. Òc, en première analyse, a pratiqué assez largement, depuis la fin des années
1940 et le début des années 1960, les deux genres de critique distingués par Robert Lafont
dans son texte introductif au débat.
Souvent, d’ailleurs, ces deux genres sont intimement mêlés: le souci de rigueur et
d’objectivité rencontre plus d’une fois la volonté de distinguer ce qui serait le « bon grain » de
l’ivraie, l’originalité du conformisme, un suivisme attardé d’une réelle quête de modernité.
C’est à la même époque une tâche similaire que Robert Lafont poursuivait, en étroit
parallèle, dans une prestigieuse (mais non parisienne) publication française, Les Cahiers du
Sud, dont il a déjà été question un peu plus haut. De sa collaboration à la revue marseillaise (à
la rubrique « Lettres d’Oc » essentiellement) dirigée par Jean Ballard, il tira lui-même une
conclusion que l’on peut partager, le temps s’étant écoulé: « Je pense que si l'on avait dit à
Jean Ballard il y a quarante ans, il y a trente ans, que sa revue jouerait un rôle essentiel dans
l'orientation du mouvement occitan, il aurait souri par incrédulité »20. Mais Ballard et sa revue,
tout en laissant à Lafont une grande liberté de ton et d’appréciation de la production occitane,
littéraire ou critique (y compris universitaire), ne paraît pas avoir totalement partagé sa vision
de la littérature d’oc la plus contemporaine. Ballard, en effet, s’il n’appréciait guère le Félibrige
(provençal), n’était pas totalement en phase avec l’opinion des « occitanistes » concernant le
versant « provençaliste » de la littérature d’oc. Si celle-ci ne fut pas absente des Cahiers, elle
n’y prit place en tant que telle, dans sa langue le plus souvent et accompagnée d’une version
française, qu’à de rares reprises.
Si l’on excepte en effet le numéro spécial de 1943 Le Génie d'Oc et l'homme
méditerranéen, les écrivains d'oc publiés dans les Cahiers du Sud ont été peu nombreux (7
textes de 6 auteurs seulement entre 1944 et 1964, dont un seul en prose, de Bernard
Manciet). Il s’agit de :
- Jorgi Reboul : Ma terro/ Ma terre (Ma terro/ Ma terre ; Espousc/ Jaillissements ; Pèr dous
cambarado de travai/ Pour deux camarades de travail), n° 265, avril-mai 1944, p. 242-247.
- Max-Philippe Delavouët : Cantico pèr lou blad/ Cantique pour le blé, n° 312, premier semestre
1952, p. 208-229. (Fronton : « Perspectives sur la pensée médiévale »).
- Max-Philippe Delavouët : Pouèmo pèr Evo (tros) Cant noviau ; Sounge d'Adam/ Poème pour
Ève (fragments) Chant nuptial ; Songe d'Adam, n° 318, 1er semestre 1953, p. 238-247.
(Fronton : « Fronton pour un jeune poète »).

19

[Cette collaboration est pétrie d’ambiguïté […] à cause du manque de spécialistes, c’est à nous de parler de
nous […] il sera toujours nécessaire, en dehors d’Òc, et davantage que dans Òc, de poser le problème majeur des
relations entre la littérature occitane et la littérature française, et avec d’autres littératures. Il ne faut pas laisser
prospérer la maladie de la « réserve »].
20

LAFONT 1963, 97. Sur l’œuvre critique de Lafont aux Cahiers du Sud, voir GARDY 2011.1.

�- Bernard Manciet, Le Cercle (texte traduit de l'occitan par l'auteur21), n° 331, octobre 1955, p.
425-429. (Fronton : « Nouvelles études nervaliennes »).
- Robert Allan : Cantic dau Brau. A la memòria de Federico García Lorca/ Cantique du Taureau,
n°334, avril 1955, p. 435-450. (Fronton : « À la rechercher du roman » ; le poème est suivi
d'une note de R[ené] N[elli], qui présente Robert Allan et se conclut ainsi : « … tous nos
lecteurs familiarisés avec le provençal littéraire reconnaîtront l'une des plus belles réussites
de la poésie occitane moderne et cet accent – si pur – de « légende naturelle » que seuls
retrouvent avec ingénuité les vrais hommes nouveaux » (p. 450).
- Christian Rapin : Canta de Miqueu Artigas/ Romance de Michel Artigues, n° 371, avril-mai
1963, p. 90-101. (Fronton : « Permanence de Kirkegaard »).
- Serge Bec : L'ombra anciana/ L'ombre ancienne, n° 378-379, juillet-octobre 1964, p. 74-77.
(Fronton : « Autour de Mallarmé »).
Ces choix, dont les raisons d’être restent à expliciter22, sont en tout cas révélateurs
d’une volonté d’exemplarité alliée, dans la durée, à la recherche d’un certain équilibre.

2. L’autre versant (le repoussoir ?)
Un texte de Félix Castan, proposé à une assemblée générale de l’IEO en 1950 et
aussitôt publié dans Òc sous forme d’éditorial laisse bien voir quel pouvait-être le but d’une
critique mêlant les deux objectifs dessinés par Robert Lafont une dizaine d’années plus tard :
N’avèm un sadol d’èsser totjorn tardiers d’una piada, d’èsser estats encara romantics amb
Mistral, Aubanel e mai Valeri Bernard, d’èsser estats parniassanistas amb Forés e Perbosc, e
simbolistas amb d’Arbaud e Peyre. Parli pas de l’engenh de las personas… Quand los occitanistas
volgueron reculir l’ensenhament subrerealista, ja l’escola era a cap de rega. Era mestier
d’arremosar totes aqueles eiretatges. Mas ara se tracta d’emprentar nostre rodal sus l’estrada23.
(Félix Castan, « Orientacion » (Raport a l’Amassada Generala montpelhierenca de l’I.E.O. del 2IV-50), Òc, [177], juillet 1950, 3-4)

Sept années plus tard, le jeune Yves Rouquette, dans une revue littéraire française
attentive aux lettres d’oc, fait écho aux propos de Castan :
On en a même profité pour sortir une anthologie de poésies : Pouèto prouvençau de vuei, un
livre volumineux, mal illustré, sans surprises. À la place d'André Chamson, j'écrirais des romans
en français : ça lui réussirait mieux que le vers provençal. Quant à l'équipe réunie autour de lui
21

La version occitane originale de ce récit n’a jamais été publiée; elle ne semble pas davantage avoir été
conservée dans un établissement public ou para-public. A-t-elle existé?
22

On note un certain nombre d’absences, dont le sens échappe (Lafont, Max Rouquette, René Nelli, que les
Cahiers, y compris en poésie, ont beaucoup publié, mais en français seulement); mais Nelli est associé à la
présence d’un poème emblématique de Robert Allan. Une plongée dans les archives de Jean Ballard, comme
dans celles de Lafont (de Nelli? peu abondantes à cet égard) apporterait sans doute des éléments d’appréciation
intéressants.
23

[Nous en avons assez d’être toujours en retard d’une étape, d’avoir été romantiques avec Mistral, Aubanel et
Valère Bernard, d’avoir été parnassiens avec Fourès et Perbosc, ou encore symbolistes avec d’Arbaud et Peyre.
Je ne parle pas du génie des individus… Quand les occitanistes ont voulu recueillir l’enseignement surréaliste,
cette école était déjà parvenue à son terme. Il était nécessaire de tous ces héritages. Mais il s’agit maintenant
d’imprimer notre trace sur la route.]

�et de Sully-André Peyre, elle est toujours égale à elle-même. Avec elle la preuve est faite que la
poésie provinciale post-symboliste n'est pas morte et n'entend pas mourir. Cette Provence-là
peut reposer en paix. Elle semble vraiment avoir fait son temps. (p. 56).
(Yves Rouquette, « Les lettres occitanes. L'année en Provence », Entretiens sur les lettres et les
arts (Rodez, Subervie), n° 11, décembre 1957, p. 56)

Ce texte, tout aussi virulent que celui de Castan, était suivi d’un compte rendu,
également signé Yves Rouquette, de deux ouvrages récemment publiés par l’IEO par deux
jeunes écrivains de la même génération: un roman de Pierre Pessemesse, Nhòcas e
bachòcas24, et un recueil poétique de son compère provençal Serge Bec, Miegterrana25.
L’anthologie attaquée par Yves Rouquette était celle intitulée Pouèto prouvençau de
vuei/ Poètes provençaux d’aujourd’hui26. On pouvait y lire des poèmes de Louis Bayle, Émile
Bonnel, Marcel Bonnet, André Chamson, Max Philippe Delavouët, Henriette Dibon, Bruno
Durand, Charles Galtier, René Jouveau, Charles Mauron, René Méjean, Pierre Millet, Fernand
Moutet, Suli-Andriéu Peyre, Jean-Calendal Vianès. Dans sa présentation, Barthélemy
Taladoire souligne la nouveauté de l’ouvrage, qui permet notamment d’accéder à l’œuvre de
jeunes poètes auxquels on doit un réel renouvellement de la voix poétique provençale :
… la perfection même de l'œuvre de Mistral a pu décourager bien des initiatives, étouffer même
d'authentiques tempéraments d'écrivains, victimes d'une fidélité mal comprise. Mais, encore
une fois, était-il nécessaire et souhaitable de suivre Mistral pas à pas ? […] Mais le temps a passé.
Nous saluons, depuis quelques années, un effort réel de nos poètes pour s'adapter aux rythmes
du moment et pour intégrer l'inspiration provençale dans un ensemble de valeurs spirituelles,
comme de formes musicales et plastiques qui, tout ensemble, la continuent, la transcendent et
lui donnent un sens nouveau L'heure n'est plus de ce Félibrige étroitement conformiste, tour à
tour frénétique, nostalgique ou larmoyant – pour tout dire : pseudo-romantique – qui, comme
toute chose en ce monde, a vécu son moment [...] C'est cette volonté de dépassement dans
l'inspiration et dans le temps qu'exprime notre anthologie. (p. 8-9).

Dans l’intervalle, les principaux collaborateurs d’Òc et notamment Robert Lafont
avaient eux aussi insisté, dans la continuité des proclamations faites avant et après la guerre,
sur l’apparition d’une génération désireuse de s’inscrire dans la modernité du moment et de
s’enraciner dans son siècle au plus près de l’actualité. Un texte à la fois critique et
programmatique de Lafont, en 1954, redisait tout cela :
Parlèm clar, e redde. La poësia occitana es pas la recèrca trastejanta sus la taula de l'arquemista,
nimai la linha aguda sota l'escaupre dau daurier, e benlèu pas, çò crese, l'ausida tiblada quora
vèn que bresilha una plaga intima. Nòstra poësia – per tant que la vouguem nòstra – es la
descuberta ardida dau biais occitan qu'avèm de dire li causas, e mai de çò que devèm dire,
nosautri toti. » […]
Nòstra poësia tota es prens. Devèm ajudar, que se deliure lèu […] Lo poëma veniá un mond claus,
barrat coma una pòrta de palais desconegut e misteriós coma una legenda. Per paradòxe, quora
24

Toulouse, IEO, 1957. L’ouvrage était alors publié avec une version française (non signée, mais dont l’auteur
était Yves Rouquette).
25
26

Toulouse, IEO (« Messatges », n° 23), 1957. Le recueil est précédé d’une préface de Pierre PESSEMESSE.

Présentation de Barthélemy A. TALADOIRE, sl (= Saint-Remy-de-Provence), Groupamen d'estudi prouvençau,
1957. (256 pages + une feuille hors texte: Table des Gravures ; celles-ci sont de : Henri Pertus, André Filippi, Louis
Giraud, Jean-Pierre Guillermet, Herminie Guiran).

�preniá a son pòble li paraulas mai pesudas e comunas e bèlas, lo poëta ne bastissiá un temple
que son pòble i podiá pas pus intrar […] Avèm aprés lo poder di mots. La leiçon serà pas perduda.
Mai uèi […] nòstra poësia a talènt d'umanitat. M'es vejaire que dins dos o tres ans, tot serà
cambiat27. (Robert Lafont, « Orientacion », Òc, janvier 1954, 1-3).

Mais il y avait pour les deux camps, apparemment, modernité et modernité. AndréePaule Lafont insistait sur ce point, dans une anthologie qui ne pouvait apparaître que comme
une réplique à celle des Pouèto prouvençau de vuei récemment publiée. Évoquant, en tête de
la partie III, intitulée « Terroir nouveau28 », de cette anthologie, la période la plus récente, elle
notait :
Une telle transformation ne va pas sans accident. Alors que tout le pays d'oc se retrouvait dans
une vie intellectuelle libérée, quelques poètes se groupèrent en Provence derrière Sully-André
Peyre sur des positions systématiques de refus, reniant toute fidélité autre que celle qui les
attache à Mistral, un Mistral revu et corrigé. Ce séparatisme en est arrivé récemment à des
positions extrêmes. Le lecteur qui voudrait prendre connaissance de cette école provençale
pourra se reporter à une anthologie récemment parue, Poètes provençaux d'aujourd'hui, où est
représentée la totalité de ces irrédentistes, plus André Chamson. Tandis qu'un groupe provençal
s'attardait ainsi, l'ensemble de la poésie occitane allait de l'avant […] Une poésie veut vivre et
rechercher les conditions de son existence, elle refuse l'étouffement provincial, elle tend à
l'universel. Elle ne trahit pas pour autant son occitanité. » (Lafont Andrée-Paule 1962, 158).

C'est d’ailleurs la même Andrée-Paule Lafont qui avait rendu compte (brièvement et
très négativement) de l'anthologie provençale dans Òc (n° 206, octobre-décembre 1957, 194195) à l’occasion d’une rubrique « Los Libres. Poesia », où, assez curieusement, les références
de l'ouvrage n’étaient fournies que de façon très allusive dans le cours du texte :
L'inspiracion provençala, – la d'aquesti poëtas – a ges de fòrça creairitz. Trepeja sens lassiera li
metèis camins. L’« ardidesa » i es gratuitat parlufiera de poëtas qu'an lo mau de l’originalitat […]
Ges d'alen, ges de poësia viscuda, ges de crit. De ritmes gris, que siá, regulars o non, de causas
grisas. Cercam la poësia […] La mediocritat generala dau recuèlh a ges d'autra encausa que
l'estequiment de l'èime uman. I a ges d'uèlhs pron nòus dins aquela Provènça poëtica pèr veire
espelir un païsatge amb la rega d'un tropèu sus lo cèu o lo sòmi d'un arbre solitari29.
27

[Parlons clair et droit. La poésie occitane n’est pas la recherche hésitante sur la table de l’alchimiste, pas
davantage le trait précis sous le ciselet de l’orfèvre, ni sans doute, je crois, l’oreille qui se tend quand murmure
une plaie intime. Notre poésie - si nous la voulons nôtre - est la découverte hardie de la façon occitane que nous
avons de dire les choses et de ce que nous devons dire, nous tous […] Notre poésie tout entière est en gestation.
Nous devons l’aider à se délivre rapidement […] Le poème devenait un monde clos, fermé comme la porte d’un
palais inconnu et mystérieux tel une légender. Paradoxalement, quand il empruntait à son peuple les mots les
plus lourds, les plus ordinaires, les plus beaux, le poète bâtissait avec eux un temple dans lequel ce peuple ne
pouvait pas pénétrer […] Nous avons appris le pouvoir des mots. La leçon ne sera pas perdue. Mais aujourd’hui
[…] notre poésie a faim d’humanité. Il me sembla que d’ici deux à trois ans, tout aura changé].
28

En référence au recueil publié en 1937 par REBOUL (qui signe Jòrgi Reboul) aux éditions de la revue Marsyas
qu’anime Sully-André Peyre (en provençal: Terraire nòu). Ce choix, amplement justifié en soi, insistait en même
temps que la sorte de renversement dont la trajectoire de Reboul constituait le symbole: le double abandon de
la graphie mistralienne et de l’obédience à Peyre, au bénéfice d’une nouveauté que ce recueil avait en en quelque
sorte anticipée et dont il constituait désormais, en 1962, l’un des étendards.
29

[L’inspiration provençale - celle de ces poètes - ne possède aucune force créatrice. Elle piétine sans jamais se
lasser les mêmes chemins. La « hardiesse » y est gratuité bavarde de poètes qui ont le mal de l’originalité […]
Aucun souffle, aucune poésie vécue, aucun cri. Des rythmes gris, réguliers ou pas, des choses grises. Nous
cherchons la poésie […] La médiocrité générale du recueil n’a aucune autre raison que l’étroitesse de l’esprit

�Seuls trois noms trouvaient grâce aux yeux d'Andrée-Paule Lafont : ceux de MaxPhilippe Delavouët (malgré une critique très acérée de son Cant nouviau) ; de Jean-Calendal
Vianès (« lo ton simple e grèu d'una meditacion sus lo lengatge30 » à propos de son poème
Dire) et de Sully-André Peyre (« fai de poësia vertadiera quand oblida de s'apensamentir,
quand oblida qu'es preciós31 »).Conclusion de la recension : « Aqueli dos son amb Delavouët,
li melhors d'aquela còla ; la trespassan, la fan pas seguir32. ». On peut partager une partie des
jugements contenus dans ce compte rendu, qui met bien en évidence, par exemple,
l'originalité des trois poètes sortis du lot à juste titre, mais range dans un même sac tous les
autres, de façon assurément un peu rapide.
Robert Lafont avait au même moment, plus longuement (deux pages et demi d'une
typographie serrée), présenté l'anthologie provençale dans les Cahiers du Sud (n° 348,
novembre 1957, 477), « … par principe un événement important et instructif ».
J'extrais du premier paragraphe quelques propositions présentées sous forme
d'affirmations incontestables :
« Il ne fait pas doute que le sentiment d'appartenir à une école inspire ces quinze poètes » ;
« Provence n'est pas une notion géographique mais une catégorie linguistique ou idéologique » ;
« Telle quelle cette anthologie est polémique ».

Lafont prend de nombreuses précautions avant de poursuivre : étant partie prenante
de la matière même réunie dans cette anthologie (dont il est cependant exclu), il sait que ses
opinions seront aussitôt considérées avec méfiance. « Pourtant il faut juger ! »
Ce jugement est d'abord d'ordre général : ces poètes ne se réfèrent à aucune des
marques habituelles de la modernité (Apollinaire, Rimbaud, le surréalisme, La Jeune Parque).
Ils sont en effet sous la coupe de Sully-André Peyre (qui « impose » le « ton général » de tous
ces poèmes).
La suite (à partir de la troisième page) est néanmoins plus nuancée. « Parmi ces quinze
poètes – cette totalité d'école – on discernera d'excellentes propositions du sentiment, de
justes appréciations du langage. Je n'en disconviens certes pas : on assiste en Provence à une
véritable éclosion poétique, qui gagnerait à devenir explosion, et qui mérite mieux que les
litanies où elle s'enferme ».
Lafont mentionne ensuite pour illustrer directement son propos Henriette Dibon,
Pierre Millet, Jean-Calendal Vianès « surtout ». Il fait enfin un sort particulier à deux poètes :
Peyre et Delavouët.
Sur le premier : « … cette œuvre ne manque pas de majesté » ; mais il s'est enfermé
depuis longtemps dans un processus de répétition dans lequel se sont également enfermés «
ses disciples ».
Sur le second : « … il a été, on le sait, la révélation de la poésie provençale, il y a
quelques années […] Il est le poète des éléments, capable de bâtir une cosmogonie ». Mais a-

humain. On ne trouve aucun regard suffisamment neuf dans cette Provence qui soit capable de faire éclore un
paysage avec la ligne d’un troupeau sur le ciel ou le songe d’un arbre solitaire].
30

[Le ton simple et grave d’une méditation sur le langage].

31

[Il fait de la vraie poésie quand il oublie de s’appesantir, quand il oublie sa préciosité].

32

[Ces deux-là sont avec Delavouët les meilleurs de ce groupe, ils le dépassent, mais il ne les suit pas].

�t-il vraiment su se « libérer totalement » ? (Comme Léon Cordes, à qui Robert Lafont le
compare explicitement). « Nous devons exiger beaucoup plus de lui ».
En conclusion, Lafont s'interroge sur « la position polémique » et « l'esprit d'école »,
dont il se demande s'ils ne sont pas toujours « un leurre ». En outre, plutôt que de se référer
seulement au Poème du Rhône de Mistral, ne faudrait-il pas aller voir du côté du « Mistral
grand, ensoleillé », celui de Mireille et de Calendal ?
La fin de cette chronique est consacrée au roman de Pierre Pessemesse, Nhòcas e
bachòcas, dont la tonalité, comme celle d'autres écritures absentes de cette anthologie,
aurait, selon Robert Lafont, montré la richesse et la complexité réelles de la poésie provençale
prise dans son ensemble: elle apparaîtrait ainsi « beaucoup plus nourrie de notre siècle ».
Lafont sait très qu'il sera (peut-être) lu dans les Cahiers du Sud par un public différent
de celui d'Òc. Cet horizon de réception l’incite sans doute à une certaine retenue, toute en
nuances. Mais on peut aussi estimer qu'il lui permet, paradoxalement, d'être davantage luimême, en s'aventurant sur des chemins plus escarpés, mais plus riches de découvertes : la
contrainte signifiée par la revue marseillaise est un aiguillon critique qui préserve au moins
partiellement des facilités d'une vision trop partisane et trop étroite. Son appréciation sur
cette anthologie n'est pas, au fond, très différente de celle exprimée par Andrée-Paule Lafont,
mais en disant les mêmes choses autrement, elle va plus loin, et préserve l'avenir. Celle portée
par Yves Rouquette à la même époque dans la revue Entretiens empruntait clairement
d'autres voies : celles d'une critique univoque, qui ne cherchait pas à approfondir le jugement
émis, mais à le rendre incontestable une bonne fois pour toutes. Question de style ? Sans
doute. De génération ? Sans doute aussi. Mais sans doute encore question d'appréciation plus
globale : on voit poindre ici deux tempéraments qui, on le sait, n'ont pas cessé de s'opposer
par la suite, à ce sujet comme sur d'autres.
Il n’est pas sans intérêt, avant de revenir plus globalement sur les tenants et les
aboutissants de la polémique entre « occitanistes » et « provençalistes » pendant la période
envisagée, d’examiner rapidement, en guise de transition, comment la plupart des animateurs
du camp occitaniste ont pu réagir, en 1961, à la disparition de celui qui avait largement
symbolisé pour eux le « retard » provençaliste: l’animateur de la revue Marsyas, Sully-André
Peyre.
Commençons par celui dont on vient de voir qu’il pouvait être considéré comme le plus
virulent d’entre eux, Yves Rouquette. Dans Òc, il écrivait :
… mesada après mesada una revista, Marsyas, aviá espelit que li deviá tot, 382 numeròs que
caldrà comptar amb eles per faire lo bilanç de nòstra poësia […] Vendrà un temps que se tracharà
pauc de las istòrias de grafia e de las polemicas d'istòria literària33. (« Suli-Andrieu Peyre », Òc,
n° 123, janvier-mars 1961, 26-27)

Robert Lafont adoptera une attitude comparable, dans les Cahiers du Sud d'abord,
puis, à tête reposée, et de façon plus développée mais similaire, dans Letras d'Òc34, la
publication qui succéda à Òc en 1964-1965 après la crise qui venait de secouer l'Institut
d'études occitanes et avait eu pour conséquence, parmi d'autres, l'arrêt de la revue, dont le
titre appartenait à Ismaël Girard, démissionnaire de l'IEO :
33

[… mois après mois, une revue, Marsyas, avait vu le jour, qui lui devait tout, 382 numéros avec lesquels il faudra
pour faire le bilan de notre poésie […] Le temps viendra où il ne sera plus question des histoires de graphie et
des polémiques d’histoire littéraire].
34

« S.-A. Peyre », Letras d'Òc, 6, avril-juin 1966, 8-14.

�Il n'est pas piquant, il est naturel que dans cette revue Robert Lafont rende à la mémoire de
Sully-André Peyre l'hommage qu'elle mérite. Jean Ballard l'a compris, qui m'a demandé d'ouvrir
par le nom de ce grand disparu de 1962 une nouvelle chronique et de reprendre pour cela la
plume que nous avons cédée à Jean Larzac35.
(« Lettres d'Oc », Cahiers du Sud, 372, juillet-août 1963, 290)

Peyre était en réalité décédé le 13 décembre 1961, d’où probablement l'erreur
d'année commise par Lafont dans son article. Mais il n’avait pas hésité, bien au contraire, à
reprendre la plume qu'il avait entretemps transmise à Jean Larzac. Certes il s’agissait de
répondre à la demande du directeur de la revue marseillaise, Jean Ballard, mais on comprend
très vite que cette sollicitation avait rejoint le désir, chez Lafont, de ne surtout pas passer sous
silence le rôle important joué par Peyre depuis de nombreuses années au service de la
littérature d’oc.
Dans ces deux textes, Lafont ne renie rien du passé polémique des « occitanistes »
contre Peyre et les siens. Il utilise à son égard et à l'égard de ce qu'il continue d'appeler son
« école », des formules qui résument bien celles qui avaient cours dès la fin des années 1940
et n'avaient pas cessé d'être employées, en particulier dans Òc, pendant les années suivantes.
En français:
L'attitude de chef d'école qu'il avait adoptée l'obligeait à surestimer publiquement ceux qui le
suivaient, et à ne jamais écrire une ligne sur les poèmes occitans qui paraissaient, que pourtant
il lisait avec soin et annotait pour lui. » (Cahiers du Sud, 202).

En occitan:
Mai que mai se pòt plaçar devèrs 1945 una nòva provincializacion de la poësia provençala, que
son espandi tot es dins lo volum Pouèto Prouvençau de Vuei. Peyre n'es responsable, d'abòrd que
regnava d'aqueu tèmps pèr una mestresa formala que se n'impausava l'imitacion a sis entorns36.
(Letras d’Òc, 11).

Outre cette idée centrale dans sa critique de Peyre et des siens, Lafont insistait au fil
de ses deux articles sur les aspects excentrés et hors du temps et de l'Histoire du fondateur
de Marsyas. Mais il s'intéressait aussi, assez paradoxalement, à sa poésie et à son œuvre
critique (en particulier à propos de Mistral), dont il s'attachait à dégager les intérêts profonds,
en contradiction au moins apparente, de surface, avec les condamnations dont toutes ces
remarques sont accompagnées: « Caudrà desenant, pènse, traspassar li questions formalas,
coma traspassam ara una polemica agotada, e reconèisser aquela granda poësia morala37. »
(p. 14).

35

La fin de la chronique (293-294) était consacrée au livre de la Néerlandaise Henriette L. Spanjaard sur
Antoinette de Beaucaire et son temps, pages d'histoire félibréenne, Leiden, Presses universitaires, 1962. On
trouve en tête du même numéro un « fronton » composé par Lafont : Pour lire les troubadours.
36

[On peut situer aux alentours de 1945 une nouvelle provincialisation de la poésie provençale, dont on peut
prendre toute la mesure dans le volume Pouèto Prouvençau de vuei. Peyre en est responsable, lui qui exerçait
alors son magistère par le moyen d’une maîtrise formelle dont il imposait l’imitation autour de lui].
37

[Je pense qu’il faudra désormais dépasser les questions formelles comme nous dépassons aujourd’hui une
polémique épuisée et reconnaître cette grande poésie morale].

�Autre prise de position , plus tardive, allant dans le même sens, celle de Jean Larzac,
qui, en particulier dans un article des Cahiers du Sud de 1966 (partiellement repris dans la
revue Viure), comme dans d'autres siennes chroniques « Lettres d'Oc » de la revue
marseillaise, accordait une place non négligeable aux « provençalistes » et tout
particulièrement à Max-Philippe Delavouët (Larzac 19622; Larzac 1966).
L'impression dominante, quand on essaie de parcourir les divers développements de
cette « polémique épuisée », est celle d'une assez grande confusion. Le littéraire s'y trouve
étroitement mêlé (confondu ?) avec les questions de langue et de graphie, qui n'ont pas cessé
d'être posées de façon têtue pendant la période concernée (et par la suite...). Il se télescope
aussi avec les attitudes et les prises de positions politiques et idéologiques. Si les questions de
langue et de graphie peuvent être décrites avec une certaine précision, et les oppositions à
leur sujet cernées avec une relative objectivité, les idéologies et les appartenances ou
préférences politiques rentrent très difficilement dans des cases : bien malin qui pourrait
établir un rapport, sans autre méthodologie que le sentiment personnel et l'attribution un peu
au hasard d'étiquettes standardisées, entre des choix littéraires et esthétiques et de
prétendus engagements ou désengagements politiques.
Il semble que la prééminence des querelles graphiques et linguistiques et leur
exacerbation, ajoutées aux différences d'appréciation, parfois plus apparentes que réelles, au
sujet de l'œuvre et de la personnalité de Mistral, aient largement contribué à rendre opaque
de part et d'autre, avec une certaine dose de mauvaise foi de la part de beaucoup, la diversité
d'un paysage littéraire dont on s'efforça, mais pas systématiquement, d'accentuer les
caractéristiques et d'envenimer les différences pour en faire autant de motifs d'affrontement.
Lafont, cependant, pointa très bien à propos de Peyre (Yves Rouquette fit de même
dans son article publié dans Òc lors de sa disparition) le fait que les deux « camps »
n'ignoraient pas (totalement) ce que l'autre pouvait produire en fait de littérature et
singulièrement de poésie. Mais que tous s'efforçaient, et ils y réussissaient, de n'en rien
montrer.
La promotion d'une « nouvelle littérature d'oc », en lien avec la fondation de l'IEO à la
Libération et avec la volonté de populariser la graphie Perbosc revue et progressivement
corrigée par Alibert sinon auprès d'un large public, à tout le moins chez ces nouveaux
écrivains, se trouvait de la sorte renforcée de l'extérieur, par la présence, sur l'autre rive du
Rhône, d'un « ennemi » commun, adepte d'un autre système graphique et ne partageant pas
les mêmes idées sur l'histoire de la langue et son devenir, un adversaire par rapport auquel il
devenait urgent et facile de se (re)définir pour mieux exister. Quitte bien entendu à en
simplifier la nature, parfois jusqu'à la caricature. L'existence de Peyre et de sa revue Marsyas,
pourtant déjà bien ancienne, comme, à un degré moindre, celle de FE, animée essentiellement
par Marius Jouveau puis par son fils René, deux félibres (ce que Peyre n'était pas), donnait un
visage quasi unique à cet adversaire et permettait, par contraste, de consolider et de nourrir
un projet littéraire concurrent, plus occidental géographiquement parlant, et auquel il fallait
donner une consistance plus affirmée et plus visible (sur le contexte voir Martel 2010).
Je me suis intéressé à plusieurs reprises au côté « provençaliste » de cette histoire. Je
n'y reviendrai donc pas et je tournerai le regard pour l'essentiel sur la façon dont cette
« nouvelle écriture occitane » s'est construite pendant une quinzaine d'années après la
Libération. Je dirai cependant, en guise de préalable, que, comme l'a écrit un jour MaxPhilippe Delavouët (Gardy 2014), l'existence des « poètes de Marsyas », si elle n'a rien eu
d'une fiction, n'a sans aucun doute pas eu grand-chose à voir avec une « école », tant les

�écrivains qui participèrent à l'aventure initiée ou en tout cas soutenue par Peyre à la même
époque étaient divers et parfois opposés (dans le meilleur sens du terme), et que seul un
« mistralisme », plus ou moins diffus d'ailleurs, les réunissait. Parler, comme le fait Philippe
Martel à la fin de son étude, par ailleurs riche et nuancée, de « l'école de Peyre » (Martel 2010,
308) paraît donc un peu excessif.
Comme semblent tout aussi artificielles les étiquettes, certes revendiquées à plusieurs
reprises, qui ont voulu faire croire à l'existence d'une « nouvelle poésie occitane » présentant
des caractéristiques communes. Le seul examen des ensembles poétiques publiés par la revue
Òc, comme des anthologies et tout particulièrement de celle d'Andrée-Paule Lafont, ou
encore celui des titres de la collection de poésie « Messatges » de l'IEO, tout cela montre à
l'évidence une diversité dont seules quelques composantes répondent, plus ou moins
strictement, aux préconisations présentes, parfois de façon quasi rhétorique ou
obsessionnelles, dans les discours critiques du moment. D'ailleurs, chaque fois que ces
discours deviennent plus circonstanciés, on y trouve très bien cernée une diversité dont on
peut penser, sans forcer le trait, qu'elle fait écho et plus d'une fois correspond à des
oppositions souvent tranchées, où les choix politiques, au sens étroit ou plus large du terme,
les partis pris esthétiques et les influences reçues se heurtent et s'opposent.
Claire Torreilles a montré, dans une étude sur les « premières anthologies occitanes et
l'ouverture d'un champ littéraire » (Torreilles 2010), comment une réelle différenciation s'est
instaurée à tout le moins pour la poésie avec la publication, en octobre 1941, de l'anthologie
La jeune poésie occitane à l'enseigne du Triton bleu, par les soins de Robert Lafont et Bernard
Lesfargues. De la division par région, adoptée peu de temps auparavant par René Nelli dans
l’anthologie de la revue toulousaine Pyrénées, on passait à une appréhension thématique en
trois moments, dont l'orientation principale était la jeunesse des auteurs rassemblés et les
efforts de renouvellement que l'on pouvait y constater.
Or dans cette anthologie tournée résolument vers l’avenir et dont nombre de
participants évoquaient sans ambages les malheurs du temps et les espoirs qui malgré tout
les habitaient, les futurs « pouèto prouvençau de vuei » figurent en bonne place : on y lit des
textes de Max-Philippe Delavouët (deux chansons, dans la deuxième partie, « Odeur du
temps... »), de Jean-Calendal Vianès (« Amour », dans la première partie, « Couleur des
heures... ») ou de Charles Galtier (trois poèmes dans la deuxième partie). Georges Reboul,
mistralien mâtiné depuis longtemps d'occitanisme, est également présent dans la deuxième
partie, avec deux poèmes, l'un en « provençal rhodanien » et l'autre en « provençal
marseillais », tirés de son recueil Terraire nòu, publié par les éditions Marsyas de Peyre.
Auparavant, il faut noter que Reboul avait fait usage dans ses publications non seulement de
la graphie « occitane », mais encore de formes que l'on peut qualifier de languedociennes :
tel est le cas de deux poèmes publiés dans Òc en 1927 (n° 78, « A Forés » et 1928 (n° 95, « Lo
ciprès ») ; et d’un recueil daté de 1930, Escapolon. 7 trobas en Oc amb un estampel de Carles
Camproux (edicien de l'Amistanso dei joueine, Marsiho, 1930, recueil multigraphié).
La dissociation se produisit peu de temps après (Gardy 2011 4), autour des questions
de graphie pour l'essentiel. Elle semble n'avoir eu à l'origine aucune motivation littéraire
précise. C'est seulement a posteriori, et très vite, que tout un système d’évaluations, de
dépréciations et d’ignorances (feintes ou réelles) réciproques s'est mis en place et a aussitôt
pris une importance considérable, venant occulter ce qu'on peut appeler la réalité des faits
littéraires au profit de procès d'intention et de reconstructions plus ou moins fallacieuses de
part et d'autre. Dès l'anthologie du Triton bleu, si l'on peut dire, le ver était dans le fruit : une
note, sous la préface très perspicace de l'hispaniste Pierre Darmangeat, l'un des introducteurs

�de Lorca en France, présentait la graphie « mistralienne » de « quelques-uns des textes »
proposés comme un fait quasi résiduel (destiné à rapidement disparaître ?). À partir de ce
moment-là, il fallait impérativement bâtir cette altérité revendiquée au-delà des « simples »
dissensions graphiques et linguistiques en lui donnant un contenu, proclamé ou réel,
immédiatement perceptible. Bien entendu, cela ne fut possible qu'en tenant compte d'une
diversité d'écriture repérable chez des poètes plus anciens, tels que René Nelli ou Max
Rouquette, dont l'œuvre était en cours d'élaboration et avait d'ores et déjà trouvé son ton et
ses thèmes de prédilection. Il devint donc nécessaire, tout en se réclamant de ces conquêtes
d'avant la période de la guerre qui connaissaient des prolongements féconds, de promouvoir
autre chose. En gros, une poésie plus actuelle, plus engagée aussi, et plus avide de références
contemporaines. Celles d'une certaine modernité, qui correspondait à la culture des plus
jeunes écrivains, sans qu'elle fût obligatoirement d'ailleurs celle dont s'inspirèrent alors
nécessairement les poèmes qu'ils pouvaient écrire.

3. Modernité, modernisme et avant-garde
Que le mot soit prononcé ou non, c'est la notion de modernité qui est ici en cause.
Robert Lafont le met implicitement en avant dans les Cahiers du Sud dans sa présentation des
Pouèto prouvençau de vuei, quand il invoque à leur propos une « querelle du modernisme »
dans laquelle, étrangement, il refuse d'entrer alors même qu'il vient de prononcer le mot.
Pour lui, les écrivains rassemblés autour de la revue Òc se sont résolument placés de ce côtéci de la littérature et visent à constituer, par rapport à ceux auxquels ils ont choisi de s'opposer,
une avant-garde. Le mot n'est pas davantage prononcé, semble-t-il, mais la notion apparaît
en transparence des discours critiques de Lafont ou de ses compagnons occitanistes. Un tel
mécanisme n'a rien d'exceptionnel : on sait qu'au XIXe et au XXe siècle en particulier, c'est ainsi
que toutes les avant-gardes se sont affichées et proclamées comme telles (Joyeux-Prunel
2015). Et que c'est au terme de tels processus qu'elles ont été (ou non ?) reconnues comme
telles, au détriment de tout ce qu'elles cherchaient ainsi à renvoyer dans les ténèbres de
l'oubli ou, en tout cas, d'un certain archaïsme. Ce que Pascale Casanova a très bien explicité
quand elle écrit, dans un chapitre consacré à « Leopardi et le français » :
La seule manière d'être « moderne » dans le monde des livres, c'est de mettre en cause le
moderne existant ou la dernière révolution esthétique et de les détrôner par une œuvre ou
une langue décrétée plus présente que le dernier « modernisé ». (Casanova 2015, 112).

La revue Òc et la collection « Messatges » ont été mises au service de cette entreprise,
tandis qu'une autre collection, « Pròsa », était créée dans la foulée pour venir renforcer
l'ensemble.
Du côté « provençal », c'est une autre modernité qui cherchait à s'imposer
immédiatement avant et après la guerre. Peyre, on le voit très nettement dans sa
correspondance avec Max Rouquette (donc entre 1938 et 1945, date de leur « rupture »),
s'opposa violemment au Félibrige à un certain moment, et ses arguments étaient pour
l'essentiel des arguments littéraires. Il cherchait à se dégager de modèles qu'il jugeait
dépassés et stériles et prônait l'exploration de territoires esthétiques nouveaux, avec l'espoir
d'être rejoint par d'autres écrivains plus jeunes que lui capables de l'épauler dans cette
entreprise. Il y eut ainsi, d'abord, Georges Reboul, puis, progressivement et dans le désordre,

�Max-Philippe Delavouët, Jean Calendal Vianès, Charles Galtier et quelques autres. Max
Rouquette représenta furtivement pour lui une authentique bouffée d'oxygène. En
l'accueillant à bras ouverts dans Marsyas, il souhaita faire de lui un exemple ; mais les
oppositions graphiques et linguistiques eurent vite raison de cette tentative d'élargissement.
Elles prirent le pas sur les enjeux littéraires et finirent très vite par en détourner le sens : la
volonté moderniste de Peyre, battue en brèche pas les jeunes « occitans » peu à peu réunis
autour de Rouquette et de Nelli, ne put subsister qu'au prix d'un repliement et d'un isolement.
Peyre chercha et trouva des alliés en Provence, ceux-là même (le Félibrige par exemple) qu’il
avait voulu fuir, et se retourna contre ceux sur lesquels il avait fait reposer un court temps ses
espérances de renouvellement. Simultanément, le nouvel occitanisme commença de se
construire et de se renforcer contre l'ennemi campant sur ses terres d'outre Rhône, tout en
cherchant périodiquement à renouer avec lui sans grand espoir de réussite. Il ne fut plus alors
question, pendant un long temps, que de transfuges, de traitres, de doubles jeux, de prises de
guerre et d'échanges de prisonniers...
J’aimerais terminer par quelques considérations que l’on jugera peut-être rassurantes
cette évocation d’une bataille par définition sans résolution rationnellement envisageable. De
plus en plus inextricablement liées, questions graphiques et sociolinguistiques d’un côté,
rivalités littéraires d’un autre, ont déteint les unes sur les autres au point de rendre impossible
sur le moment une analyse un tant soit peu rationnelle de la situation ainsi créée. Car la
volonté de devenir une avant-garde, ou de le rester, demeure toujours la plus forte, surtout
quand une telle bataille se déroule, comme c’est bien évidemment le cas, dans un contexte
culturel défavorable. La communication en langue d’oc n’a cessé de se réduire comme peau
de chagrin, malgré, comme on dit, quelques « beaux restes », et le sentiment de dépossession
qui s’en est suivi n’a fait qu’accentuer un phénomène lié à cette constatation de quasi-faillite :
l’apparition, par compensation, de luttes internes au processus déjà bien enclenché38. La
volonté d’acquérir une suprématie littéraire est de celles-ci, dans un monde, celui du milieu
du XXe siècle, où, en France peut-être plus encore qu’ailleurs en Europe, la littérature, comme
institution, joue un rôle important. Deux stratégies, dans un pareil contexte, ont été pour
l’essentiel mises en œuvre. D’un côté, il s’est agi d’invalider systématiquement ou presque
toutes les productions de l’autre camp. Dans la revue Òc, comme dans les anthologies, tout
ce qui provenait de la rive gauche du Rhône dans la « mauvaise » graphie (la mistralienne en
l’occurrence) était dévalorisé. Les critiques les plus aiguisés n’hésitaient pas, par principe, à
minoriser les œuvres mistraliennes en raison des retards de tous ordres (genres, style,
influences, etc.) qui les auraient caractérisées, sans exceptions notables. De Mistral aux
écrivains les plus récents, une telle propension à refuser toute forme de modernité était mise
en avant. L’une des manifestations extrêmes de ce procès consista, par exemple, à opposer
Mistral à Aubanel, le second étant considéré comme une victime du premier, alors même qu’il
aurait en son temps incarné une authentique modernité que Mistral se serait acharné à
combattre. Cette thèse, appuyée sur les réelles oppositions qui ont existé entre ces deux
personnalités du premier Félibrige provençal, fut défendue par Félix Castan dans un article de

38

Un cas que l’on pourra qualifier d’école de cette interminable différend a fait l’objet d’une analyse documentée
(Lespoux 2017, à propos de l’action en faveur de la langue d’oc conduite par l’occitaniste et majoral du Félibrige
Pierre-Louis Berthaud au lendemain de la Seconde Guerre mondiale); on lira en particulier la dernière partie de
cette étude, « 1954: un centenaire sous haute tension ».Voir aussi Verny 2 2014 sur un épisode particulier de ce
centenaire, la publication chez l’éditeur parisien Plon du Mistral ou l’Illusion de Robert Lafont).

�la revue Òc mentionné plus haut, à une époque où l’on entreprenait de transcrire dans la
graphie de l’IEO, avec l’approbation de ses descendants, les œuvres du poète avignonnais39.
Dans l’autre « camp », c’est pour l’essentiel le silence, ou, ce qui revient au même,
l’effacement qui prévalut: les écrivains et les œuvres autres que strictement provençales,
n’étaient plus mentionnées, ni en bien ni en mal; et les écrivains provençaux qui avaient «
trahi » graphiquement furent l’objet d’un traitement semblable. Un cas d’école à cet égard
est représenté par le Marseillais Georges
(Jòrgi) Reboul, un poète largement publié, en revue et en recueil, par Sully-André
Peyre, sous le signe de Marsyas. Il est absent de l’anthologie des Pouèto prouvençau de vuei,
tout comme un autre provençal, Robert Allan, dont les Cahiers du Sud avaient néanmoins mis
en relief en 1955 le Cantic dau Brau. A la memòria de Federico García Lorca.

ANNEXE : Deux grands articles au-delà des polémiques
Ces deux articles sont à la fois significatifs d'un moment et caractérisés par une assez
remarquable hauteur de vue.
Il s'agit, chronologiquement,
- de celui publié par Jean Larzac dans Esprit en 1962 (immédiatement après un autre,
plus mince, dans la revue Soleils d'Oc, qui peut en être vu comme une préfiguration,
Larzac 1961)
- de celui, toujours dans Esprit, mais en décembre 1968, à l'extrême fin de notre
période, que livra Jean-Baptiste Séguy.40
Larzac et Séguy ont des points en commun. Tous deux sont de tradition catholique.
Jean Larzac (1938) est prêtre, et son premier recueil poétique, publié en 1963 dans la
collection « Messatges » de l'Institut d'études occitanes (n° 31), est un chemin de croix : Sola
Deitas, camin de crotz de Joan Larzac, version francesa d'Ives Roqueta. Un extrait du livre
encore à paraître est d'ailleurs donné en annexe à son étude d'Esprit, dans les deux langues.
Jean-Baptiste Séguy (1925-2007), son aîné, lui, est un catholique fervent, d'une belle
indépendance de jugement ; chercheur au CNRS, membre éminent du Groupe de sociologie
des religions dirigé à Paris par Émile Poulat, il s'était assez tôt « converti » à l'occitanisme,
avait suivi les cours de langue par correspondance du Collège d'Occitanie de Toulouse avant

39

Une deuxième édition augmentée des Œuvres choisies de Théodore Aubanel, assortie de « documents inédits;
notices et notes par Claude Liprandi... ; textes transcrits en graphie occitane avec des remarques sur leur
transcription par Andrée-Paule Lafont », fut publiée en 1961 dans la collection des « Classiques d’Oc » à
l’enseigne éditions Aubanel. Une première mouture de l’ouvrage avait vu le jour en 1951 dans la même
collection.
40

On pourrait encore adjoindre à l'article de Jean Larzac la longue chronique « Lettres d'Oc », qu'il publia sous le
titre « Le poète et la mort » dans le n° 368 (octobre-novembre 1962) des Cahiers du Sud (p. 132-141). Il y est
question successivement de René Nelli (Vesper e la luna dels fraisses), Max-Philippe Delavouët (Istòri dóu rèi
mort qu'anavo à la desciso), Max Rouquette (Verd Paradís). Jean Larzac publia plus tard une étude sur la prose
occitane dans laquelle on peut voir une réponse ou un complément à l'article récemment paru de Jean-Baptiste
Séguy dans Esprit : « Le roman occitan, roman d'anticipation ? » ; Études, 1969, n° 8, p. 221-238. (À propos de
Robert Lafont, Tè tu tè ieu ; Jean Boudou, Lo Libre dels Grands Jorns ; La Santa Estela del Centenari ; Jean-Pierre
Tennevin, La darriero cartoucho ; Lou revenge di causo).
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k4418418/f63.item.r=j%C3%A9sus.langFR.zoom

�de se rapprocher de l'Institut d'études occitanes et de collaborer, en français et en occitan, à
ses publications (notamment Òc et, côté recherche, les Annales de l'IEO).
On lui doit en outre une œuvre littéraire en occitan, poétique (deux recueils publiés)
et narrative (des récits en prose jamais réunis en volume) dont on peut estimer qu'elle fut à
la fois le contrepoint et le couronnement de cette entreprise.
L'article de Jean Larzac, comme l'indique son titre, « Trois poètes d'oc et la conscience
occitane », s'appuie essentiellement, mais pas uniquement, sur la poésie, en l'occurrence celle
de René Nelli, de Denis Saurat et de Bernard Manciet. Son analyse est riche et complexe, mais
elle est ordonnée et pour ainsi dire corsetée par la notion de « conscience occitane », dont les
trois écrivains seraient, consciemment ou non, les représentants malheureux : Nelli est
« enraciné dans sa culture occitane, mais par là coupé tout justement des Occitans » ; Saurat
s'est trouvé « déraciné jusqu'en ses derniers ans » ; Manciet, enfin, est quelqu'un d'« enraciné
dans sa langue et le peuple, mais déraciné spirituel dans le siècle » (p. 767).
L'article de Jean-Baptiste Séguy, « De l'aliénation au fantastique. Problèmes de la prose
littéraire d'oc », est lui aussi animé par une problématique précise, qui n'est pas sans faire
songer à celle de la « conscience occitane » mise en œuvre par Larzac. Le thème de l'aliénation,
depuis les ouvrages du Martiniquais Frantz Fanon, et singulièrement ici de l'aliénation
occitane, était un thème d'époque, mis notamment en vogue par deux articles de Robert
Lafont publiés en occitan dans Viure (« Sobre l'alienacion », n° 1, printemps 1965, p. 6-13 ; n°
3, automne 1965, p. 15-19), puis en français dans Le Fédéraliste (« Sur l'aliénation occitane »,
n° 2-3, novembre 1967, p. 107-138 ; ce texte a été repris plus tard dans : Robert LAFONT,
Quarante ans de sociolinguistique à la périphérie, Paris, L'Harmattan, 1997). Séguy, en
sociologue, proposait un panorama de l'histoire littéraire d'oc depuis le XIX e siècle, et
développait, pour cette période comme pour la période plus contemporaine, une lecture de
la production poétique et surtout romanesque autour de la notion de « solitude littéraire ».
« Le prosateur occitan ne se penche-t-il pas en fait toujours sur le sort même de la
langue ? Inconsciemment sans doute »... (p. 679), s'interrogeait-il en particulier à propos de
Mistral comme de Joseph d'Arbaud, Jean Boudou, Bernard Manciet ou Robert Lafont.

Bibliographie
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CHAMBON, Jean-Pierre (2014). « La "nòva poësia occitana", le "front comun dels joves poëtas"
et la conjoncture politico-littéraire de 1968-1969 vue par Yves Rouquette et Robert
Lafont », Revue des langues romanes, CXVIII, 1, 239-287.
GARDY, Philippe (2010). « Écriture de soi et fondation linguistique et littéraire. Quelques
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COUROUAU (dir.), L’autobiographie et les langues de France, Carcassonne,
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GARDY, Philippe (20111). « Robert Lafont critic literari. L’aventura dei Cahiers du Sud (19531966) », Lenga e país d’Oc, 50-51,112-125.
GARDY, Philippe (20112). « Retours du lyrisme dans la poésie d’oc des années 1950 : Serge Bec,
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GARDY, Philippe (20113). « Une amitié intransigeante : Max Rouquette et Sully-André Peyre
(1938-1945) », Les cahiers Max Rouquette, n° 5, p. 19-29.

�GARDY, Philippe (20114). « Sully-André Peyre à Max Rouquette. Une correspondance (19381945 », Lengas revue de sociolinguistique, 69, 7-92.
GARDY, Philippe (2014). « "L'homme à la martelière" : Sully-André Peyre et les "poètes de
Marsyas" », in Carmen ALEN GARABATO, Claire TORREILLES et Marie-Jeanne VERNY (éds),
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l'exposé des motifs, par le député Jean Le Duc, d'un « projet de loi sur les langues
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&lt;/head&gt;&#13;
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&lt;a href="http://occitanica.eu/omeka/items/show/19161"&gt;La colleccion &amp;laquo; Messatges &amp;raquo; de l'IEO 1945-1960 : Jornada d'estudis ReDoc / LLACS&lt;/a&gt;&#13;
&lt;/body&gt;&#13;
&lt;/html&gt;</text>
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&lt;/head&gt;&#13;
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&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&#13;
&lt;p&gt;Communication de Philippe Gardy dans le cadre du s&amp;eacute;minaire &amp;laquo; Normes et &amp;eacute;carts dans la litt&amp;eacute;rature occitane. XIXe-XXe si&amp;egrave;cle &amp;raquo; organis&amp;eacute; par Jean-Fran&amp;ccedil;ois Courouau (Universit&amp;eacute; de Toulouse, UT2J, PLH-ELH) en 2016.&lt;/p&gt;&#13;
&lt;/div&gt;&#13;
&lt;/body&gt;&#13;
&lt;/html&gt;</text>
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&lt;html&gt;&#13;
&lt;head&gt;&#13;
&lt;/head&gt;&#13;
&lt;body&gt;&#13;
Comunicacion de Felip Gardy dins l'encastre del seminari&amp;nbsp;&amp;laquo; Normes et &amp;eacute;carts dans la litt&amp;eacute;rature occitane. XIXe-XXe si&amp;egrave;cle &amp;raquo; organizat per Joan-Franc&amp;eacute;s Courouau (Universitat de Tolosa, UTJ, PLH-ELH) en 2016.&#13;
&lt;/body&gt;&#13;
&lt;/html&gt;</text>
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                <text>Vignette :  http://occitanica.eu/omeka/files/original/40632b6087667eb21dbb2d043379b37c.jpg</text>
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            <name>Sous-Menu</name>
            <description>Le sous-menu dans la typologie Occitanica</description>
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                <text>Article scientifique</text>
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            <name>Contributeur</name>
            <description>Le contributeur à Occitanica</description>
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                <text>LLACS Univ MTP 3</text>
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            <name>Catégorie</name>
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                <text>Ressources scientifiques</text>
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        <name>Colleccion Messatges = collection Messatges</name>
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        <name>Poesia occitana = poésie occitane</name>
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