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                  <text>8* et 9' Feuillet.

2* ANNÉE
,
1926 jC.Î.'d.O.l

MARS-AVRIL

Le N° : 3 fr.

LES FELÎLLETS
O

CClTAWS
LANGUEDOC ROUSSÎIXON
PAYS D'OC

ORGANE DU GROUPE OCCITAN
41, Boulevard des Capucines, 41
PA.RIS

�SOMMAIRE

Lettres Françaises :
Un Appel. A l'œuvre, pour VOccitanie
Joseph Caruguel, écrivain Narbonnais. ......
Stances à Severac
Les mimosas de Bon-Secours
Les Livres

André LAMANDE,
Fernand CRÉMIEUX.
A. BACSIL.
Suzanne TEISSIEB.
H. NOELL ;
J.

C;

P.-L.

P.

Frédéric

GRENIER ;

SAINT-GIRONS;

SAISSET.

Les Beaux Arts :
Grandes et Petites Expositions
La Musique. Le Souvenir de Déodat de Séverac. .
L'Écroulement du Clocher de la Dalbade

PAUL-SENTENAC.

Albert

BAUSIL.

B.-H. GUITARD.

Les Lettres Occitanes :
Notre enquête sur le Problème Occitan (suite).
Réponse
Les Livres
,

.

.

E.-H. GUITARD.

Alcanther

DE BRAK.

P.-L. GRENIER.

Têtes Occitanes :
Pierre Vidal

Frédéric

SAISSET.

Le Mouvement économique Occitan :
Les ressources économiques du Languedoc et du
Roussillon; La Montagne noire (suite)

V. SELVES.

BOIS GRAVÉS D'AUGUSTE ET ACHILLE BOUQUET :

Avant le Marché, bois de A. LAGARIGUE ;
Le Clocher de la Dalbade, bois gravé de G.

MAILLOL.

�Groupement PflSSE$IEUX
Seiiètt Anonyme au Capital de 400.000 francs entièrement libéré

créée pour développer et faciliter la vente des Vins du Languedoc

Faites connaître les crus du Pays
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UNE BOUTEILLE
DE VINS DU

LANGUEDOC
(gtarfe déposée dans tons les Restaurants

BUREAU DE VEJ1TE :

27, Quai de Lorraine, NARBONNE

�Soirée occitane
La Soirée du 29 mars organisée par le Groupe •Occitan (Languedoc et Roussillon) dans la coquette salie de la rue Tholozé, sous la Présiaence d'honneur de Paul Valéry, de l'Académie française, et la présidence effective
d'André Lamandé a obtenu le succès le plus vif.
Au cours de la brillante causerie du poète Paul Sentenac sur l'Art occitan
moderne, Mesdames Suzanne Tessier et Fillieu, et M. Pierre Henri, interprêtèrent avec un art plein de nuances, des poèmes de Théophile Gautier,
Pierre Camo, Marc Lafargue, Armand Praviel et Frédéric Saisset.
André Lamandé avait présenté le conférencier et termes choisis, très goûtés du public qui lui fit une ovation sympathique. On entendit ensuite des
œuvres musicajes remarquables de Rey-Andreu dont Madame VerdevoyeHeuclin, des Concerts Colonne, sut par un jeu savant faire valoir tout le
pittoresque et la verve ardente. Le cadeau, un acte en vers de Paul Sentenac
fut lestement interprété, avec un mélange de gaîté légère et d'émotion par
Mesdames Suzanne Tessier, Denise Reitz, et M. Pierre Henri.
La séance fut clôturée avec le déjà célèbre chœur occitan de Fontbernat
y Verdaguer qui souleva dans la salle un indescriptible unmousiasme. Là
sardane de Morena ei les chansons populaires furent admirablement chantées par ce groupe d'artistes On ne saurait trop féliciter Fontbernat de là
maîtrise avec laquelle il dirige sa chorale, le public lui a prouvé son admiration sans réserve par ses frénétiques bravos. Soirée des plus réussies à
l'actif du vigilant Groupe occitan.
Le 11 mai « Le Roussillon » a donné au profit des Sang et or de Paris, et
sous le patronage du Groupe occitan, une soirée des plus réussies dont nous
reparlerons ici.
Le 16 mai, au « Caméléon », M. Marchessoux a organisé un Festival ReyAndreu, en l'honneur du grand compositeur occitan.

L'Office Occitan
PARIS, 41, Boulevard des Capueines, PARIS
TÉLÉPHONE : GUT. 78-19.

Fréquenté assidûment par des exportateurs
et des acheteurs parisiens a déjà traité en
1925, pour le compte de nos compatriotes de
nombreuses affaires.

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Faites-vous inscrire sur son répertoire commercial

�C.I.D.O.
8ÈZIERS

Lettres Françaises
li'IDÉE ET li'ACTIOfi

Un Appel.
A l'œuvre, pour l'Oeeitanie.
Un jour, Renan monta sur l'Acropole et de ses lèvres s'éleva une
prière dont l'harmonie flexible enchanta l'esprit d'une génération.
Il répudiait, ce magicien des lettres, ses attaches anciennes qu'il
appelait barbares, et il se soumettait à la raison d'Athènes avec
la ferveur et le rythme qu'il mettait, jeune, dans ses chrétiennes
oraisons. L'accent de cette prière est inimitable et il nous trouble
encore, même si notre intelligence devine le vent qui gonfle la
pensée du maître :
« 0 noblesse, ô beauté simple et vraie ! déesse dont le culte signifie raison et sagesse... Toi seule es jeune, ô Gora; toi seule es pure,
ô Vierge; toi seule es saine, ô Hygie; toi seule es forte, ô Victoire... »
Que les chants mélodieux d'un passé proche et déjà mort reviennent frapper nos oreilles comme ceux des antiques sirènes, soit;
mais il faut que nos cœurs restent insensibles à leur sortilège. Nous
n'avons à courir ni vers Athènes ni vers Rome pour trouver un aliment et une loi pour notre esprit. Un pays est là, qui nous sollicite
et nous retient. Son azur lumineux n'a pas d'excès; ses montagnes

�— 46 —
touchent le ciel mais ne le ferment pas; ses deux mers ont juste
assez de tempêtes pour nous donner le goût des passions et nous
détourner de l'horrible; sa ferre, qui porte la vigne, l'oranger et le
blé, est le creuset mystérieux où le débordement des races latines
se fond et devient français en une seule génération. Sa langue est
savoureuse au parler comme aux lèvres. Il possède la discrétion
sous l'exubérance, la bonté du cœur sous une apparente malice,
Et la grâce, plus belle encore que la beauté.
Le soleil, comme un dieu bienfaisant, l'enveloppe et donne, à ses
paysages, la pureté des lignes, et à ses fils l'agilité de l'esprit, et
cette clarté qui les empêche de confondre l'obscurité et la profondeur.
Occitanie, salut ! C'est toi, cette terre de clarté, d'équilibre et
d'harmonie. C'est toi notre rempart contre la barbarie nouvelle,
bardée de bloc-notes, et qui nous vient des pays anglo-saxons !
Il faut clamer notre foi en l'Occitanie, -en sa force et en son
avenir. Il faut travailler au triomphe de son esprit. De pesants
hyperboréens, qui remplacent l'humour par l'ironie, la grâce par
une volontaire laideur, la finesse de l'intelligence par une brutalité péremptoire, entrent chez nous, de toutes parts, et nous écrasent sous leurs jambes épaisses et leurs carnets de chèques. D'un
pays que la nature a enrichi de deux mers, de fleuves fécondants
et de grasses vallées pour qu'il fût une pépinières de marins, de
cultivateurs et d'artistes, ils font un immense chantier pour les
travaux forcés de l'industrie. Leurs panneaux-réclames massacrent
nos paysages, leurs usines, ces plaies rouges et noires, s'agrandissent chaque jour. Un égalitarisme stupide, ennemie de la vraie
liberté et du talent, nivelle les intelligences. Aux œuvres originales,
fruits d'un artisanat heureux, succède le travail en série qui ne
s'inspire ni des besoins, ni du goût, ni de la grâce des provinces où
il s'élabore, et qu'il devrait pourtant réjouir et embellir tout en les
servant.
En un mot, une civilisation essentiellement nordique, imbue de
matérialisme et acharnée à une centralisation excessive, voudrait
que chaque province de France, abdiquant tout esprit d'indépendance et toute originalité, devînt la servante de Paris, tête congestionnée d'un corps trop frêle qu'on anémie et qu'on atrophie volontairement chaque jour.
Les autorités officielles elles-mêmes se prêtent à ce jeu, et l'on
sait, pour ne citer qu'un exemple, qu'une circulaire de M. de Mon-

#

�— 47 —
zie, — un homme pourtant de fine intelligence, — défend aux maîtres de nos écoles, non seulement .d'enseigner la langue d'Oc, mais
de s'en servir même pour mieux faire comprendre à leurs élèves
les finesses de la langue française.

Contre cet asservissement des corps et dès pensées, l'esprit occitan, dernier rempart du génie français, ne peut triompher que si
l'on crée autour de lui une mystique. Là est la tâche de chacun
de nous. Là est le devoir des artistes et aussi celui des éducateurs.
L'heure est propice. Les écrivains, peintres et sculpteurs occitans
ont acquis en France un renom et une gloire incontestés. Ils représentent, dans leur fleur la plus parfaite, le sol où ils sont nés, la
race qui les a nourris. Lux triomphants, c'est l'esprit occitan qui
affirme sa richesse et sa vitalité. Qu'ils s'unissent donc et qu'ils
prenne conscience de leur force. Ils seront eux-mêmes étonnés de
leur puissance.
Mais les voudra-t-on encourager dans cet effort ? Et non par des
paroles fugitives et de rapides gestes bénisseurs, mais de façon
méthodique, quotidienne, efficace ? A cette tâche nécessaire, il
faut que chacun collabore : que le riche donne son argent et que les
autres apportent leur travail et leur bonne volonté.
L'influence des éducateurs peut-être particulièrement féconde.
Récemment, dans une école du Haut-Quercy, un instituteur me
montra le livre de lectures imposé à ses élèves. C'était un recueil
de pages exangues, sans muscles, béquillant sur les verbes être et
avoir, et des poèmes d'une bêtise antique et solennelle. Comme on
s'en doute, les écrivains de la région n'avaient aucune place.
— Enfin, lui dis-je, ne pourrait-on réjouir le cerveau de vos
élèves de belles pages lumineuses d'auteurs de leur province, prises
aux œuvres de Cladel, de Pouvillon, de Lafage, de Gustave Guiches ? Je ne parle que des aînés et des plus connus...
Ce brave instituteur me regarda d'un air vaguement inquiet. Je
compris que lui-même ne les connaissait guère.
Quelques jours plus tard, je recommençais la même conversation
avec un autre instituteur. Celui-ci, jeune et intelligent. Aux noms
de mes auteurs, son visage s'illumina, puis, à mi-voix :
— Cladel, Pouvillon, et les autres, ne figurent pas dans les livres
scolaires. Mais moi, j'ai leurs œuvres, et, de temps en temps, j'en
lis des pages à mes élèves. Et il faut voir comme ils y mordent ! En
dictée aussi, quelquefois, mais pas trop souvent, à cause de l'inspecteur. Vous comprenez... J'aurais l'air de faire aimer les auteurs
de notre terroir au détriment des autres. Il faut être prudent...

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— Et que diable, répondis-je vivement, est-ce donc un crime que.
d'incliner d'abord l'intelligence des enfants vers des lectures parfumées, savoureuses, et qu'ils comprendront tout de suite parce
qu'elles exaltent les choses de leur vie quotidienne ? C'est grande
pitié qu'un petit Landais ânonne Racine avant de connaître Emmanuel Delbousquet, ou qu'un petit Auvergnat apprenne les poèmes
d'Eugène Manuel avant les vers d'airain de Vermenouze. J'en
dirai autant pour le Béarn, le Roussillon et la Provence.

*
**
Les régionalistes, que les sots et les ignorants ont crêté de l'épithète de « passéistes », sont au contraire, dans ce domaine, des
révolutionnaires et des ennemis acharnés des vieilles routines et
des préjugés ridicules. Ils ne croient pas que l'unité de la France
exige l'uniformité de ses provinces. Mais ils ne croient pas davantage que, pour sauvegarder l'originalité des provinces, il suffise de
faire revivre artificiellement les coutumes et les costumés d'autrefois, et ils protestent — ah ! les belles colères d'Henri Pourrat ! —
lorsque des Parisiens et autres gens se servent des beautés du passé
pour de ridicules mascarades dites résurrections régionalistes, et
qui cachent presque toujours des contrats de publicité.
Le corps n'est pas fait pour le costume, mais le costume pour le
corps, lequel est le serviteur de l'esprit. C'est donc toujours, en
définitive, à l'esprit qu'il faut revenir et faire en sorte qu'il se
développe suivant un rythme qui lui est propre. Des attaches barbares, — celles du Nord, — ont contrarié son naturel mouvement,
et les brumes anglo-saxonnes ont essayé d'obscurcir ses aimables
vertus. Brisons hardiment les unes et chassons les autres !
Et qu'on ne nous accuse pas de penser à un stupide « séparatisme ».
— Nous ne voulons pas nous séparer du Nord, me disait finement Pierre Devoluy, mais bien, au contraire, l'absorber. Il est
désirable pour tous qu'un esprit d'ordre et de limpidité règne sur
la France.
Tel est, en effet, notre but. A l'œuvre donc, pour l'Occitanie !
ANDRÉ

LAMANDÉ.

�Joseph CRRRGUELi, éerivain flarbonnais.'
n'avais pas encore franchi le seuil de ma
première enfance narbonnaise que j'avais
maintes fois entendu ceux de la génération
de mon père qui avaient fait leurs humanités
sous la férule scholastique des prêtres du
séminaire, chuchoter que leur condisciple,
Joseph Caraguel, le fils du négociant du Faubourg, parti comme étudiant en droit au
Quartier latin, s'était fourvoyé dans la
bohème et sacrifiait, sur les autels pervers
de chapelles littéraires abracadabrantes et
maudites. Et ces malins, ignorant tout d'ailleurs de ce qui se tramait dans le monde des
lettres, riaient de ce compatriote arrogant.
Ce bout de phrase prétentieux, début d'une de ses œuvres, « sous
la coruscation du soleil augustal », revenait comme un leit-motiv
hilarant dans les conversations et suffisait à faire sombrer le jeune
écrivain sous le flot des huées ironiques.
Aussi ne fut-ce pas sans un battement de cœur que, prenant en
mains, quelques dix ans après, l'Enquête de Jules Huret sur le
mouvement littéraire des années 90, j'appris l'estime admirative
que ressentait tous les auteurs d'alors, à quelque tendance qu'ils
appartinssent, pour celui qu'ils tenaient pour le chef de l'Ecole néoréaliste.
« Dans la génération fille du naturalisme, précisait Huret, tous
« sont d'accord pour apprécier les qualités de son esprit puissam« ment généralisateur, son intense passion de vérité, la hauteur
« intransigeante de son caractère d'artiste. »
E

If

�— 50 —
Leconte de Lisle, chef du Parnasse, lui rendait hommage et
Charles Morice, théoricien du symbolisme, déclarait : « Si, parmi
la foule de nos adversaires, il y en a un qui mérite qu'on l'estime
pour son talent comme pour son étonnant cerveau de penseur, c'est
Joseph Caraguel. Il a su, à la différence de tous les méridionaux,
qui l'ont vainement essayé, faire du soleil dans son merveilleux
livre « Les Barthozouls ». « Les Barthozouls », n'était-ce pas le
roman qui débutait par « la coruscation du soleil augustal » ?
Ce n'est pourtant que beaucoup plus tard encore que je me suis
familiarisé avec l'œuvre de Joseph Caraguel. Elle comprend, autant
que je sache, outre le fameux roman qui remonte à 1887 et des articles journalistiques réunis en volume, un autre roman, « An BouV
Micfi' », publié en 1883, et une pièce, « De la fumée, puis la
flamme », représentée au Théâtre libre d'Antoine, le 24 octobre 1895.
« Au BouV Mich'' » est une œuvre éclatante de jeunesse, malgré
son éparpillement et tant soit peu de verbalisme, un « déchaînement
grandiosement brutal de kermesse », une symphonie, des tumultes,
des générosités, des laideurs et des joies, des ambitions, des désastres, des gloires naissantes. C'est aussi, avant Barrés, avec moins
de volonté consciente que chez ce dernier, mais plus de vivacité et
de couleur, le roman du déracinement, déchéances résultant de
l'abandon du milieu, nostalgie de la garrigue natale, apothéose
manifeste de tous ceux de là-bas que « Paris n'a pas entamés, à qui
il n'a rien enlevé de leur rudesse, de leur accent ».
« La fumée, puis la flamme », qui prétendait traduire à la scène
la complexité de la vie moderne, nous paraît un ratage dramatique,
injouable assurément par son enchevêtrement logique et sentimental et ses suites de déclamations à la Jean-Jacques. Mais quelle audace d'analyse, et quelle connaissance du cœur humain ! Nous pensons malgré tout, j'ose l'écrire sans rougir, au Marivaux de la Vie
de Marianne et plus encore aux Liaisons dangereuses. Ajoutons que
nous y trouvons un tableau suggestif, à la manière unanimiste, de
la petite bourgeoisie du sud-est de la France.
Enfin, le roman décrié lui-même, malgré ses poncifs naturalistes
et ses tics d'écriture, que Caraguel désavoua d'ailleurs, reste, —
Charles Morice avait raison et les condisciples narbonnais s'étaient
mépris, — une œuvre de lumière, et comme l'épopée fougueuse de
la race paysanne du Bas-Languedoc.
C'était là, on le voit, mieux que d'immenses promesses, et on est
stupéfait, — quand on sait que Joseph Caraguel mène encore à cette
heure, en haut de Montmartre, une vie d'action et de dignité, —
de ce renoncement, si soudain, à un art qui s'annonçait grandiose.
Situer cet art de J. Caraguel, par rapport à son époque et par rap-

�— 51 —

port à la nôtre, déborderait le cadre de cet article. Qu'il nous suffise
de montrer ici avec quelle passion il a dépeint ce pays singulier et
irrésistible qu'est le Midi narbonnais.
Au centre de tout (nous n'avons plus le droit d'en rire), « la coruscation du soleil augustal », — la lumière opaque, aveuglante, infinie, implacable, qui opprime à certaines heures et dont les paysans
invoquent cependant les ardeurs. Illumination des choses sous la
magie du soleil, beauté lourde des soirs d'orage ou les nues se crevassent d'éclairs, que leur importe. Mais ce plein soleil qui s'étale,
en la crudité de la plaine, c'est leur raison d'être et de vivre, c'est
de la vigne qui s'épanouit.
Le récit se passe à Ferra'lzan, sur la route qui monte doucement
vers la montagne en de larges courbes; mais les yeux de tous sont
fixés sur le pays bas, plaine aux verdures éternelles, source de toute
richesse « sans un pré, sans un arbre », uniformément tendre, se
développant comme un sombre tapis d'une seule pièce, « à peine
coupée de quelques lignes, des haies d'amandiers et des oliviers
ternes. Ils sont là, dans la basse plaine, les vignerons, plantant
large, fumant, échaudant, effeuillant ! « le vin, le vin, on avait tout
dit... » « Ne pas les polluer surtout à toutes les semences, ces terres bénies, sablonneuses et de sol peu profond, elles n'étaient disposées qu'à l'amour des cépages ».
Comme tous, hommes et femmes, ie ressentent jusqu'aux moelles,
cet empire des vignes, qui correspond à leurs instincts originels :
« Apercevait-elle un raisin trop lourd, qui touchait le sol, elle se
baissait pour le relever; puis, le tenant à la façon d'une mamelle,
elle le montait comme pour le traire... elle se jetait dans les vignes,
disparue jusqu'aux hanches, et les franges du châle se prenant dans
les vrilles des pampres, elle se complaisait, retenue de la sorte
comme par de sournoises et délicates griffes d'amour. »
Mais, hors de leurs vignes, comment nous apparaissent-ils, ces
paysans de la plaine de chez nous, de l'an 1885 ? D'un beau type de
brun, front bas et regard vif. Ce sont des intelligents, certes, mais
spéculant peu : « les idéaux ne les encombrent pas ».
Dans le tempérament, la sensualité, la gloriole dans le caractère.
Des faibles, au demeurant, à qui il faut seriner des devoirs, suggérer la grandeur d'âme, leur volonté cédant inévitablement, si l'on
gave leurs appétits. D'allure sympathique, véhémentement aimables, échangeant politesses et cordialités, d'une générosité à tout
casser, pourvu qu'elle s'étale. Faisant grandement l'aumône, soucieux que tous les êtres dans leur sillage profitent de leur plusvalue, voulant que, comme la lumière du soleil, l'aisance rayonne
du haut de leur fortune. D'une munificence extrême dans l'hospita-

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lité. Eclatant parfois en querelles terribles, « niais un peu pour
l'art, sans autrement se duper ».
Avides des fêtes « où s'étalent la turbulence et la stridence des
joies neuves, définitives, comme des tonnerres ». Aptes surtout aux
jois charnelles. « D'un sensualisme malléable », il suffit d'un frôlement et tous leurs calculs d'intérêt cèdent à l'envi de séduire. Précipités de l'une à l'autre, sur réquisition des sens, trouvant leur
compte chez les filles du village, lascives elles aussi et qui cèdent
à l'amour, attirés nonobstant par l'on ne sait quel prurit de débauche vers les garces, de mauvais lieu en mauvais lieu, — « à Narbonne, le jeudi, il y a le marché de une à trois, et pendant et après,
il y a l'Alcazar », — fringale d'amour qui peut aller jusqu'à l'inceste.
Et par-dessus cette sensualité, l'auteur y insiste, un orgueil impétueux et formel, présent toujours, toujours sensible.
On ne peut rien concevoir de plus bouffonnement épique que la
bataille qui se livre, le jour de la grande foire, entre les deux
partis du village, les Flambants et les Pouilleux. Pour mesurer leurs
forces, pour amplifier leur puissance, il s'agit de s'assurer la supériorité numérique dans le grand tour, le tour en musique, la cérémonie d'apparat qui réunit les deux sexes. Nous renvoyons nos
lecteurs au roman pour qu'ils goûtent les marchandages et les ruses
qui se déploient.
Et il y a mieux encore ; la recherche des convives à l'heure du
dîner ce même jour de fête, le recrutement des commensaux. Il
faut, pour avoir table mieux ornée que les autres notables, traquer
tous les étrangers qui passent, rabattre tout ce monde vers sa
demeure comme un gibier :
« Grâce à des prières, de par des menaces, à force de gestes, tirant
des manches, poussant des épaules, déterminant les indécis, continuant la tradition des aïeux, synthétisant les gloires de la race...
d'une allure héroïque, elle enlevait sa troupe, la roulait par le village, dans une exaltation, telle une chasse clameuse. »
Suit un appél emphatique des noms pittoresques et robustes des
invités : Les Bérails, les Chavernats, les Taffanels, les Cassignols,
les Terrasses, les Pendries, les Cazabans, les Escalaïs, les Cazaletz,
les Parazols, de tous ces noms fastueux ainsi que des titres, râblés
élégamment ainsi que des athlètes, dont toutes les syllables accentuées retentissent, tels des boniments, comme avec des cymbales.
Et, le palmarès s'achevant sous des acclamations, dans l'immense
cuisine aux chaudrons béants rouges, la batterie se développant
dans une ampleur de fresque, il ne reste plus aux convives qu'à

�— 53 —
s'attaquer à la mangeaille, abondante démesurément et charneuse,
" à une boustifaille prodigalisée comme en un festin d'ogre ».
Quel tableau rutilant on le voit, pris sur le vif... il y a bientôt
quarante ans de cela. Et quelle atmosphère !
L'auteur, pourtant, s'il n'est pas toujours tendre pour ses compatriotes, n'est pas pour eux exempt de tendresses. « Nous sommes nés sur la même garrigue qu'eux », dit un jeune étudiant, dans
le « Boul' Mich' », et il ajoute : « Depuis mon départ de Cuxeras,
je suis à jeun de figues et de jujubes ». Et Joseph Caraguel sentait,
au fond de son cœur, combien les paysans de là-bas ont en eux la
saveur des jujubes et la douceur rugueuse des figues.
Pernand

CRÉMEUX.

�Stances à Séverae
dites par Madeleine Roeh de la Comédie Française
à l'inauguration du monument de Céret.

Fontaines de Céret où l'ombre de Virgile
Erre sous les pins bleus et les cyprès rêveurs,
Jardins du mois de Mai qui faites à la ville
Un ciel tout étoilé de cerisiers en fleurs,
Chemins creux de l'Albère où l'olivier s'argente,
Vallons du Boularic où le pâtre s'endort,
Petits bois de Saint-Paul où la Sardane lente
Se dénoue en baisers sous les mimosas d'or.
Terre du raisin noir, terre de la cerise,
Terre du Canigou, des glaciers et des lacs,
Recueillez-vous ce soir sous la harpe des brises
Pour écouter chanter l'âme de Séverae.
La petite fille à genoux
Sous l'auvent de la métairie
Pour bercer MM Poupée Chérie
A bercé nos rêves à nous.
Et dans Le Coin de Cimetière
Que le printemps a ranimé,
Ce sont toutes les voix de Mai
Qui sont les Filles de la Terre !
Dans le demi jour opalin
Où crisse le cri des cigales,
Voici que Le Cœur du Moulin
Tressaille à la chanson natale.

�— 55 —
Toutes les lyres en éveil
Frémissent pour l'apothéose
Et Les Baigneuses au Soleil
Vont danser sous Les Lauriers-roses !
La tartane de Puigcerda
S'avance sur la route grise.
On entend un Alléluia
S'élever dans l'aube indécise...
Et comme Pâques déploya
L'étendard doré des cytises,
Le Muletier de Llivia
S'est agenouillé dans l'église.
Une cobla dans l'air brûlant ,
Comme un appel de bacchanale,
Se mêle au cortège hurlant
Des fêtes A'Héliogabale;
C'est dans la gaîté du matin
Toute l'ivresse de nos danses
Qui précise avec sa cadence
Le rire immortel et latin.
A. BAUSIL.

Les mimosas de Bon-Secours.
Parmi les steppes dénudés
Qu'il faut franchir dans l'existence,
Je vous ai toujours regardés,
Aux lointains bleus de mon enfance,
Mimosas, mimosas, dont les tièdes rameaux,
Embaumaient librement, par la fenêtre ouverte,
Notre salle de classe aux modestes travaux
Vous mêliez vos parfume à la science offerte,
Mimosas, mimosas, dont les riches couleurs
Evoquaient des rêves profanes...
Grands arbres d'or toujours en fleurs,
Dans mes souvenirs qui se fanent.
Et le pensionnat, calme, religieux,
Travaillait doucement, près de vous, loin du monde...

�— 56 —
Vous dépassiez le toit, découpant sur les cieux
Votre feuillage clair plein de lumière blonde,
On vous voyait, de la chapelle et du parloir,
Bouger dans la lueur des vitraux translucides,
Vous eussiez éclairé le recoin le plus noir Avec vos floraisons splendides,
Votre ombre même illuminait toujours,
Mimosas, mimosas, du parc de Bon-Secours.
Et vous étiez si grands ! que si loin dans ma vie,
Malgré tous les détours de la route suivie,
Les-taillis, les fossés et les guet-à-pens,
Je vois bouger encor votre ombre parfumée
Sur mes pas aujourd'hui, comme en ces doux printemps,
Où &lt;e vous respirais, innocente et charmée.
Beaux arbres du pays où nous avions Ta foi,
Du fond -te l'horizon, sur la céleste voûte,
Vous avez dissipé l'ombre épaisse du doute
Qui voulait amasser sa nuit autour de moi;
Et pareils aux rameaux des forêts enchantées,
Dont un brin merveilleux devenait talisman,
Mimosas, mimosas, vos branches emportées,
— Moisson du souvenir au fond du cœur aimant —
Furent à mon appel la baguette magique
Qui montre le chemin !
Car au travers de votre flore symbolique
Brille toujours la pure étoile du matin,
Des gouffres d'ici-bas éternelle boussole.
Vous êtes le bouquet divin que j'ai cueilli
Quand mon enfance heureuse et folle
Ouvrit au grand soleil mon regard ébloui,
Et je veux conserver, comme en un reliquaire
On garde les bouquets des premières amours,
Votre chaste parfum, votre sainte lumière,
Mimosas, mimosas du parc de Bon-Secours !
SUZANNE

TESSTEB.

�Les Livres
L'aventure de la duehesse de Berrl, par Armand PR.AVIEL. — Priseilla
d'Alexandrie, par Jvlauriee ]ULRGP,E. — Le double saeriîiee, par Émile
R,IPER,T — Quand on conspire, par Raymond ESCflOLIER. — Lia Bête
Cabrée, par TITAY]ïfl. — Lies éditions de la librairie s Oeeitania ». —
Lies amitiés

languedociennes.

— Lia

route aseendante

de jviauriee

Barrés, par JVT™ BLANC-PÉRIDIEP,. — Histoire d'un parfumeur, par
Paul SENTEflAC.

auteurs méridionaux ont fait preuve, en ces derniers temps,
d'une heureuse activité.
C'est d'abord Armand Praviel qui, en publiant l'Aventure de
la duchesse de Berri (1), a continué d'affirmer les dons remarquables d'historien romanesque qu'il avait déjà manifesté dans
deux ouvrages : L'Assassinat de M. Fualdès et l'Histoire tragique de la belle Violante. L'extraordinaire tragi-comédie de
l'intriguante et aguichante princesse qui faillit soulever la Vendée
pour placer sur le trône de France son fils, Henri V, était bien
faite pour tenter la plume alerte, pittoresqtie et souvent humoristique de Praviel. Son livre, aussi documenté qu'amusant, aura le même
succès que ceux qui l'ont précédé.
Renonçant lui aussi, pour le moment du moins, à la langue des dieux, Maurice
MAGRE vient de faire paraître un roman — roman à la fois d'histoire et d'imagination — Priseilla d'Alexandrie (2).
^ES

(1) Librairie Hachette, Boulevard St-Germam, Paris.
(2) Albin Michel, éditeur, 22, rue Huygens, Paris.

�- 58 —
Les mœurs byzantines, la magie antique, la lutte entre les premiers chrétiens
et la vieille société païenne, trouvent tour à tour leur place dans cet ouvrage assez
complexe, abondant de matière et de couleur, dont la trame se déroule dans une
atmosphère un peu troublante de névrose et de luxure.
C'est toute la Byzance des orgies et des stupres que Maurice Magre a voulu
évoquer en ces pages; 11 l'a fait en poète autant qu'en historien, avec la richesse
de vocabulaire un peu fantaisiste, mais fort brillante qui lui est habituelle.
D'un ton plus grave, mais aussi d'une plus large portée philosophique est
le dernier roman d'Emile RIPERT Le double sacrifice (3). Le sacrifice dont il s'agit
est celui de l'élite intellectuelle, des écrivains, des savants, des artistes, qui, mobilisés et exposés au feu, pendant la guerre, exactement dans les mêmes conditions
que les derniers des manuels, durent consentir à la perte non seulement de leur
existence, mais aussi de l'œuvre future, non moins précieuse, qu'ils portaient en eux.
Cette rigoureuse égalité devant la mort dont la plupart des nations mêlées
a la guerre mondiale n'ont pas accepté le principe, a-t-elle été, de la part de
la France, une cruelle erreur ou au contraire un geste exemplaire, nécessaire
et fécond ? Comment a-t-il été jugé par les intéressés ? Telles sont les délicates
et angoissantes questions que pose Emile Ripert dans son beau livre, avec beaucoup d'impartialité et beaucoup de courage.
Un détail auquel les lecteurs des Feuillets Occitans ne seront pas insensibles :
Une partie du récit, très animé dans son ensemble, a pour cadre le Roussillon.
Et l'Espagne elle-même y est évoquée avec maestria, en des lignes comme
celles-ci :
« Il jouait, et l'Espagne se levait tout entière, non pas l'Espagne déjà banale
de Carmen, mais celle du Cid et de Sainte-Thérèse, l'Espagne consumée d'héroïsme
et de passion mystique,.... un pays grave et brûlant qui avait jeté un manteau
d'ocre sur son corps aminci par le jeûne et par le désir. »
L'auteur de Gantegril, le romancier Raymond ESCHOLIER, né dans cette Ariège
« ou l'urbanité gasconne tempère la gaillardise gauloise » a donné le jour, pour
sa part, à un curieux roman d'aventures Quand on conspire. (4).
Cet ouvrage est, sous une forme satirique et amusante, une peinture de l'époque
du Second Empire, où sévissait, au sein des clubs et des sociétés secrètes, une
extraordinaire manie de machinations ténébreuses et d'invraisemblables complots,
dans lesquels le rôle des jolies femmes n'était généralement pas le moins important.
Mme Titayna — de son nom de Catalane Elisabeth Sauvy-Tisseyre — dont
on a pu lire récemment, dans l'Intransigeant les très vivants Souvenirs d'une
journaliste en avion, a composé, sous ce titre imagé : La Bête cabrée (5), un livre
d'une assez piquante originalité. Tour à tour étude de mœurs et récit d'imagination, cet ouvrage transporte le lecteur d'abord dans un milieu des plus
parisiens, milieu mondain de garçonnières et de dancings, puis, un peu brusquement peut-être, mais non sans habileté, dans une île imaginaire, l'île de
Beauté, peuplée par la fantaisie d'un Américain milliardnire des monstres les plus
hallucinants de l'espèce humaine.
On retrouve dans La Bête cabrée les qualités littéraires de Titayna, sa manière
primesautière et un peu trépidante, son goût de 1' « instantané » et des raccourcis (« Yrina est belle, le sait, s'en sert, n'en abuse pas. ») ; on y trouve
aussi l'expression d'une sensualité aimable et raffinée. Le livre, préfacé par
Pierre Mac-Orlan, est écrit avec brio. Il permet de concevoir bien des espérances
pour l'œuvre future de Titayna.
Une mention spéciale doit être réservée aux récentes éditions de la librairie
« Occitania » (6), dirigée avec autant de compétence que d'activité par notre
ami E.-H. Guitard, archiviste-paléographe et romaniste fervent. Nous aurons
à revenir sur ces éditions, particulièrement intéressantes pour les' méridionaux.
Signalons dès aujourd'hui : Lo Flahut occitan, recueil de chansons en langue d'oc,
(3) Editions de la Vraie France, 92, rue Bonaparte, Paris.
(4) Bernard Grasset, éditeur, 61, rue des Saints-Pères, Paris.
(5) Aux éditions du Monde Moderne, 42, Boulevard Raspail, Paris.
(6) Librairie Occitania, G, passage Verdeau,, Paris (9e) et 7, rue Ozenne, Toulouse.

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composés sur de vieux airs languedociens,, par le poète Prosper Estieu, majorai
du Félibrige depuis 1900; La Serva, roman en langue d'oc, avec traduction française, du félibre majorai B. Vidal; Terre Occitane, plaquette de strophes colorées sur le Midi languedocien par Mme Laure Valdier; un Abrégé d'Histoire de
la LAttérature occitane, par M. Joseph Rouquet, suivi d'une très complète Bibliographie occitane, de E. H. Guitard; enfin ï'Almanach Occitan de 1926, que liront
avec joie tous ceux que passionnent la vie et le mouvement littéraire d'Occitanie.
Récemment nous est parvenu un volume imprimé à Montpellier, chez Firmin
et Montane, Les Amitiés languedociennes, sort» d'anthologie, partie en prose,
partie en vers, dont les pages n'offrent pas une valeur littéraire pleinement homogène (ce qui d'ailleurs n'a rien de choquant dans une anthologie), mais où l'on
pourra lire avec plaisir un fragment de Paul Valéry, des lignes fermes et brillantes de Pierre Grasset; un souple et vivant poème, en langue française, de
J. S. Pons, Le Bel Eucalyptus ; d'originales notations de Jean Catel sur Perpignan,
ville « aux lèvres de grenade, aux yeux de ciel limpide où les couchants ont
lassé la braise de leur cœur torride »; de curieuses strophes assonancées de
Jean Cocteau; une aimable « Mer latine » de Mme Yves Blanc; des impressions
sur Montpellier, Béziers, Nîmes, Narbonne, Cette, etc.
Quelques morceaux de Jean Amade, de Benjamin Crémieux ou de Jean Lebrau,
par exemple, pour ne citer que cux-là, n'auraient certes point déparé le recueil.
On y trouvera, il est vrai, des vers de M. Emile Carbon, poète vers-libriste
et sportif, qui doit faire figure notoire dans la littérature bas-languedocienne,
si l'on en juge par la triple place qui lui a été réservée. N'étant ni vers-libriste,
ni sportif, je serais mal qualifié pour faire l'éloge ou la critique de ces pages.
M. Carbon pourra donc déclarer, d'un ton péremptoire, que je n'entends rien à
la poésie telle qu'il la conçoit.... Nous serons tout à fait d'accord.
Ceci ne nous empêche pas, ayant, au « Groupe Occitan » horreur de l'esprit
de petite chapelle et des mesquineries, de faire un cordial accueil à une publication
très sympathique, dans son ensemble, bien présentée, et fort joliment illustrée
par Henry Martin.
Une languedocienne dont la culture égale les qualités de style, Mme A. BlancPéridier, vient de faire paraître, sous le titre La Route ascendante de Maurice
Barrés (7), un livre grave et fervent à la gloire du grand écrivain dont elle
fut, en diverses circonstances, la collaboratrice. Cet ouvrage dénote non seulement une connaissance très profonde de l'œuvre si variée, de l'auteur des
Déracinés, des Amitiés françaises et de La Colline inspirée, mais encore une
souplesse et une ingéniosité d'esprit des plus remarquables.
Les amis de Barrés seront grandement reconnaissants à Madame Blanc-Péridier
de son « patient, minutieux et pénétrant effort de résurrection. »
Je ne saurai mieux terminer ce rapide aperçu du mouvement littéraire d'Occitanie qu'en signalant le bel album d'art édité sur hollande par Draeger frères :
L'Histoire d'un Parfumeur, par notre ami PAUL-SENTENAC. Préfacée par Jean
Richepin, illustrée avec talent par Bernard Naudin, enrichie de reproductions en
couleur, de gravures anciennes, cette publication rcueillera les suffrages unanimes
des bibliophiles.
HENRY NOELL.
Bos de Bertae.
[Les Cahiers Occitans, n° 1)

Cette œuvre dramatique de P.-J. Cantabre inaugure une collection occitane
qui ne nous laissera pas indifférents. Des prés bigourdans aux déserts de
Nubie, l'action de dérouie avec une lenteui familière, dans une langue volontairement simple et dépouillée de tout lyrisme.
Certes l'histoire du chevalier qui laisse en sa terre natale l'idéale fiancée,
(7) Editions Spes, 17, rue Soufflot, Paris.

�— 60 —
passe pour mort, revient au moment le plus imprévu et épouse enfln sa
princesse lointaine est un thème facile que force poètes ont traité.
Le chantefable de Bos de Bénac vaut par cette naïveté voulue qui dédaigne les éclats de voix et les grands gestes, cette pudeur dans l'héroïque,
cette retenue dans l'exaltation qui est si souvent, quoi qu'on en dise, l'apanage de nos terres d'Oc.
Elle en tire un charme certain, né on ne sait d'où mais qui s'insinue
assez en nous-même pour nous faire garder de ce preux et de sa légende
le plus attachant souvenir.

J. C.
Vient de paraître :
Vin Rouge (N° 2 des Cahiers Occitans), Histoire romancée de la crise viticole
de 1907, par Pierre-Etienne MARTEL, lettrines et culs-de-lampe de Lucien CADENE.
Tirage de bibliophile.
Les assignats, par Jean (SSORIflI-COlVIBY, nouvelle Librairie Nationale,
3, plaee du Panthéon.
La conjonction, sous un régime politique, d'embarras financiers graves avec le
goût des solutions faciles, se produit généralement autour de la planche à billets.
Quoi de plus tentant, pour un Gouvernement qui estime l'emprunt impossible
et veut éviter l'impôt impopulaire, que de se procurer des ressources par l'émission
de signes monétaires ? L'organisme les absorbe, d'abord facilement; bien mieux,
il les accueille comme un stimulant des échanges. Il semble qu'une richesse nouvelle soit créée et diffusée. Mais le processus de l'inflation est fatal : la dépréciation d'abord minime, s'accroit en des proportions géométriques entraînant la hausse
des prix, l'instabilité dans les transactions, l'injuste ruine du plus grand nombre,
l'enrichissement immérité de quelques spéculateurs, jusqu'à l'opération de consolidation ou de dévalorisation, revanche des lois monétaires méconnues.
Notre pays a, dans le passé, fait deux fois l'expérience de l'Iiiflation : sous
la Régence, avec Law et son système, — de la Constituante au Directoire, avec
les assignats.
Tous ceux qui prirent plaisir et tirèrent profit à lire, dans le « Bureau des
1 têveries » de MM. Gignoux et Legueu, l'aventure de Law, en trouveront la suite
naturelle dans le clair exposé que présente notre jeune collaborateur, M. MORINICOMBY, agrégé de l'Université et docteur en droit.
Sous la forme primitive que leur donne la loi du 19 décembre 1789, qui en
créa 400 millions en coupures de 10.000 livres, les assignats étaient des titres
portant intérêt, destinés à être remis en paiement aux créanciers de l'Etat et
admis, par préférence,' dans l'achat des biens nationaux.
Ils n'avaient alors, aucune des caractéristiques du papier-monnaie : leur émission
était gagée sur les biens nationaux, dont ils permettaient de mobiliser immédiatement la valeur; leur résorbtion — on dirait aujourd'hui leur amortissement —
était prévu et organisé.
Une série de mesures, réduction de l'intérêt, fractionnement des; coupures,
ne tardèrent pas à acheminer vers une dangereuse transformation.
Les techniciens d'alors en montraient tout le danger. Dupont de Nemours
parlait de banqueroute, Talleyrand, de la disparition du numéraire et de la dépréciation de la monnaie-papier, de la ruine des créanciers et de la hausse des
prix. Bouchotte évoqua les derniers billets du système, suspendus aux portes
des chaumières paysannes.
Mais le système politique l'emporta : Mirabeau voulut apporter à la Révolution
naissante le ciment d'intérêts solidaires, ceux dea porteurs d'assignats, futurs
acquéreurs de biens nationaux.
En avril 1790, l'Assemblée vota une nouvelle émission de 800 millions pour
rembourser la dette flottante. Le 8 octobre, avec la suppression de l'intérêt, l'assignat cesse d'être une valeur mobilière pour devenir une monnaie libératoire dans
les paiements, jouant le rôle de monnaie privilégiée pour l'achat des biens
nationaux.

�— 61 —
Ce rôle particulier aurait pu lui maintenir sa valeur, si les émissions ne
s'étaient multipliées (en août 1792, d'après le rapport de Cambon, il en aurait
été créé plus de 2 milliards) et si l'amortissement avait régulièrement joué,
mais avec les délais de paiement accordés pour des raisons politiques aux
acquéreurs de biens nationaux, les rentrées furent insignifiantes : le 12 mars 1792,
le chiffre des ventes était de 971 millions, les versements en assignats de 570.
Les versements ne devinrent considérables qu'à la fin d l'An III lorsque l'Assignat s'échangeait à 100 pour 3 et n'avait d'autre débouché que les caisses
publiques.
i !
«i
Avec la Convention, s'augmente le rythme et le volume des émissions : 400 millions en 1702, 600 en Novembre, 300 le 14 décembre, 800 le 1er Février An III,
il avait été mis 22.801.411.658 livres-assignats; 3.339.242.627 avaient été brûlés;
19.462.168.831 restaient en circulation.
Le Directoire suivit les mêmes pratiques; ses besoins ne tardèrent pas à
dépasser les possibilités de fabrication : aussi, les ouvriers qui travaillent à
la planche à billets sont-ils assurés d'avoir du pain ?
Quand, sur la place Vendôme, le 30 Pluviôse an IV, les planches sont brûlées,
11 avait été émis pour 45.581.411.618 livres d'assignats. La dépréciation de ce
papier-monnaie suivit une ligne dont il est intéressant de connaître les sinuosités :
elle fut d'abord minime (2 à 5 %), en 1791, elle s'accentue (13 à 18 %) pour
une légère ascension après la victoire de Valmy; puis, la chute s'accentue avec
les émissions massives : le louis d'or de 24 livres vaut 70 livres assignats à
Paris, le 9 Thermidor, 100 en Nivose an III; 200 en Germinal; 400 à la fin
de Floréal; 837, le 4 Messidor, soit une dépréciation de 95 %. Quand la planche
fut brisée, le louis valait 7.000 livres-assignats et cependant il était encore des
municipalités de l'Hérault pour considérer le refus de l'assignat par le marchand
ou le producteur comme une pr euve évidente d'hostilité à l'égard de la Révolution.
Comme conséquence, les prix subissent une hausse considérable : entre 1790
et mars-avril 1791, ils ont en moyenne sextuplé ou septuplé. Le quintal de blé
vaut, dans le Finistère, 9 livres en 1790, 86 en l'an III. En vendémiaire an IV,
la viande vaut 20 1. la livre, elle sera à 36 1. en Brumaire — une paire de
bottes coûte 1200 1. — un journal à 2 sols se vend 15 livres-assignats.
Dans l'Hérault, le quintal de blé qui valait 14 livres en 1790, se paie, en
Brumaire an IV, 9.000 livres-assignats. Le seigle passe de 10 livres à 8.000 livresassignats. La livre de viande qui valait 6 sols en 1790 se paie 250 livres.
Que de misères en résultent ! A Amiens, en Ventôse an III, depuis 3 mois
les ouvriers n'ont jamais eu plus de 3 onces et depuis trois jours, ils sont réduits
a 6 onces d'un très mauvais pain. La famine amène des troubles et des émeutes.
En mars 1796, à Montpellier, 8 à 900 ouvriers vont réclamer la diminution du
prix du pain à cinq sous assignats, c'est-à-dire à moins que zéro, ainsi que
la tête de l'officier-municipal. Une vingtaine turent condamnés aux fers et à la
détention.
Par contre, l'instabilité de la monnaie favorise, indûment, les débiteurs et les
spéculateurs que couvre la fiction de la valeur nominale.
Devant de telles inégalités, on comprend l'explosion de sentiments contrerévolutionnaires que signalent les rapports de police à partir de l'An III. Et l'assignat devait attacher le peuple à la Révolution ! Il n'aboutit, en réalité, qu'à
l'enrichissement de paysans madrés et de bourgeois usuriers.
Mirabeau, le politique, s'était trompé...
Les techniciens avaient raison.
L'ouvrage de M. MORINI-COMBY est un excellent travail de vulgarisation, clair et
précis, d'une lecture agréable. Faisant avant tout œuvre d'historien, il se contente
d'exposer les faits, laissant, à chacun le soin d'en tirer les conclusions auxquelles
l'inclinent sa propre conviction ou, même, son imagination.
Retenons simplement en terminant, la promesse que nous fait l'auteur de
consacrer bientôt une monographie à l'histoire inséparable d'une famille paysanne et d'un village du Languedoc, par quoi l'on verra, dit-il, comment l'assignat
eut pour résultat d'exproprier des exploitants ruraux au profit de bourgeois
et de citadins.
Pierre SAINT-GIRONS.

�— 62 —
l»a guerre du Riff : Ce que j'ai vu au (Viaroe, par René Bonnet-Devilliers.
(Editions Occitania Paris.)
Dans un petit livre substantiel et d'une lecture agréable, sans prétention littéraire, M. René Bonnet-Devilliers nous donne un pathétique et pittoresque
récit de ce qu'il a vu au Maroc. Il établit avec pertinence notre position actuelle
dans le Riff et prévoit l'heureuse issue de cette campagne qui aura demandé
du courage, de l'endurance et une grande diplomatie. Nous trouvons résumés
dans ce volume quelques épisodes de la guerre du Riff. « La campagne d'hiver
se poursuit encore, écrit René Bonnet-Devilliers. Il est probable que des actions
secondaires seront entreprises, en profitant de périodes de beau temps. En particulier, on établira, bientôt sans doute, une liaison solide entre Adjir et Kiffane
par Sidi-Bou-Rebka. Mais la campagne pour laquelle on avait réuni les effectifs
et le matériel dont nous avons parlé, peut être considérée comme close. Elle
nous a replacés au nord de Fez, à peu près sur la ligne des postes que nous
avions instituée en 1924. Au nord de Taza, elle nous a conduits à la limite de
notre zone, telle que celle-ci est définie par les conventions internationales. Dans
l'Est, elle a arraché à l'étreinte riffaine un territoire assez vaste, contigu à
l'Algérie et à la province espagnole de Melilla. Le Riff proprement dit reste
inviolé, sauf dans la région d'Alhucemas, où nos alliés ont créé une enclave dans
laquelle se trouve compris Adjir, l'ancienne capitale d'Abd-el-Krim. »
L'auteur dont M. Jean Donyau raconte l'intrépide départ pour le Maroc, dans
sa préface, est un tout jeune homme : « Aujourd'hui, dit-il, il écrit de verve,
il est en proie au génie dionysiaque de son âge : c'est son charme... Et l'on sent
qu'un écrivain de bonne race est en lui. » Ajoutons qu'il possède déjà le don
de retenir fortement ce qu'il a vu et dé nous le transmettre avec une précieuse
netteté, qualités assez rares pour qu'on les mette en valeur et que l'on conseille
la lecture de ce livre à tous ceux qui veulent connaître le pays des Riffains.
Les vers de Mme Laure VALDIER, qui publie un petit opuscule : Terre Occitane,
à la Librairie Occitania, ont la douce et chaude lumière de nos pays de soleil
et ils le célèbrent avec amour :
Je te vois, pays d'Oc, ce cœur qui bat si vite
Dans la joie et dans le tourment
Comme tes feuilles dans le vent.
Les Enchantements, Cigales, Les Vignes, Coin de Languedoc Méditerranée,
A Narbonne, entre autres poèmes, sont écrits en une langue fluide et d'un joli
rythme et révèlent un poète sensible jusqu'à la douleur à tous les frémissements
de la Nature.
Le petit acte en prose : Sous le Manteau de la Cheminée, de M. A. DE LINGUA
DE SAINT-BLANQUAT, (Editions Occitania, Paris et Toulouse), nous émeut par les
regrets qu'il traduit, en un dialogue plein d'ardeur, de l'abandon de la terre par
la génération nouvelle qui ne semble pas éprouver pour la nourrice des hommes
ce vigilant et profond amour que lui vouèrent nos vieux parents.
F. S.
La ville du passé.
(Un album d'art, texte de Auguste Rouquet, bois gravés d'Achille, Jane et Auguste
Rouquet, aux éditions d'art de Michel Jordy. Cité de Carcassonne. Nouvelle
édition,

iq2$.)

La maison d'art de Michel Jordy vient de rééditer avec le plus grand soin
le bel album de notre cher secrétaire général Auguste Rouquet qui est, en même
temps qu'un peintre et graveur remarquable, un écrivain de race. Son texte en

�- es —
effet, est aussi robuste et précis que les gravures qui l'accompagnent et dont
il souligne la force ou la grâce avec un rare bonheur.
Achille Rouquet explique dans une préface empreinte d'un vif amour du terroir la génèse et le développement de l'ouvrage, les lenteurs voulues de sa réalisation qui sont la marque des artistes consciencieux. Ici, notre Groupe est heureux de saluer, avec émotion et admiration, ce père qui a communiqué à son /ils
et à sa fille l'amour du beau et qui a voulu réaliser avec eux une œuvre d'art en
hommage à sa petite patrie... « Le but, écrit Achille Rouquet, était devenu la
glorification de cette patrie de nos ancêtres, de cette ville du Passé qui hausse si
fièrement la beauté de ses murailles à l'horizon de toutes les phases de notre existence. La publication de cet album fut donc décidée. La gravure sur bois, ce moyen
si personnel de s'exprimer, en harmonie complète avec les impressions typographiques et qui, par ses tailles franches et ses oppositions tranchées d'ombre et de lumière, rappelle si bien la manière des imagiers du moyen-âge, ne pouvait que convenir admirablement à la représentation des divers aspects de la Ville du Passé.
Mais autour de ces gravures et pour leur donner toute leur valeur significative,
un texte s'imposait qui, rappelant à grands traits les fastes héroïques de la cité
ancestrale, en vint exalter les moments historiques ou plutôt légendaires, sût la
situer dans une atmosphère passée et présente, en magnifiât l'ordonnance et
l'impérissable beauté.
La Ville du Passé était l'œuvre de trois volontés réunies dans un but commun. »
Disons tout de suite que ces trois volontés ont mené à bien leur œuvre, qu'on
les sent animées d'une foi égale et d'un vif amour pour leur terre Audoise.
Toute œuvre née d'une foi ardente ne peut être que haute, vibrante et vivace
et empreinte de cette grandeur même qui rappelle les artistes des cathédrales
construisant en pleine ferveur.
Un phrase ample, souple et musicale ouvre le livre dont les chapitres ne
sont qu'une succession de poèmes en prose tout fleuris de légende et de songe.
« Au sein des temps présents, hantise de jadis, immobile comme un rêve de
pierre, « La Ville du Passé » dresse ses murailles jaunes et ses toits d'ardoise
où grimacent les chimères convulsées des girouettes, au-dessus de la traînée
pourpre des vignes d'automne... » Et c'est dans ce premier chapitre, une série de
bois gravés où le sens décoratif se manifeste avec une impressionnante sûreté,
hors texte ou gravures dans la page : une vue générale de la Cité, la montée
de la Porte d'Aude, les Défenses de la porte d'Aude, la Porte de Rodez, les
vieilles maisons autour du château et près des remparts, les Remparts du Sud et
du Nord, puis, ouvrant en frontispice le second chapitre, c'est la magnifique
Porte des morts de l'église Saint-Nazaire. « Voici, écrit l'auteur, le portail
roman, bas et trapu, et la porte des morts, légère, élancée, ouvrée. Ses fines
colonnettes blanches soutiennent l'arc principal que surmonte le gable triangulaire où s'inscrivent une grande et de petites rosaces de pierre; des clochetons
qui reposent sur des gargouilles s'élèvent de chaque côté. En arrière, large et
rayonnante, fleurit une rose de verre que les lumières intérieures éclairent faiblement. »
Il est rare de trouver réunis en un artiste le don de graver et celui de décrire
avec ferveur et précision l'œuvre gravée. C'est ce double talent qui nous attire
et nous retient ici. Ce chapitre se déroule sous nos yeux avec la grâce ou !a
puissance de ses images inscrites dans le bois, avec la finesse et l'ardeur de son
style; Saint-Nazaire, le soir, est une page d'art remarquable entre tant d'autres;
au premier plan, signe de force, la lourde colonne, et, dans le fond, la délicate
vision des vitraux; jeux d'ombres et de lumières dégressives; puis ce sont les
sombres tours Wisigothes, La Piéta au douloureux visage, et cette massive fenêtre
d'Aude où une fine colonne médiane crée une atmosphère aérienne.
Dans l'ombre des murailles nous suivons le conteur qui évoque les figures de
l'histoire et de la légende, les cortèges guerriers que l'on entend à nouveau se
mettre en marche avec leurs bruits d'armes. Et voici le mâle visage de ce
Bernard Délicieux en révolte contre l'Inquisition et dont la voix d'apôtre tonna
dans les églises du Midi; voici, gravés avec aisance et sûreté, La Porte Narbonnoise, l'Entrée de la Porte d'Aude, le Grand Puits.
Nous sommes maintenant au cœur des légendes, au temps où Charlemagne
regarde Aymeri prendre Narbonne, et où Carcassonne se donne librement à lui;
et toujours par le texte et l'image, nous revoyons Le château, la voûte de la
Tour de l'Evêque, les vieilles maisons et les vieillies tours, la Barbacane du château.

�— 64 —
Puis c'est Vhymne final à la Terre des Ancêtres, à la bonne terre natale qui
« fit croître notre chair et nos rêves », où tant de races se sont heurtées ! C'est
en elle que nous retrouvons toutes les patries que, se dispersant, fondèrent ces
aïeux dont nous gardons en notre âme, tissée de leurs songe», les inquiétudes,
les révoltes et le frénétique désir d'indépendance.
Nous n'aurions garde d'oublier le sauveur de cette admirable Cité de Carcassonne, l'éminent historien et archéologue JEAN-PIERRE CROS-MAYREVIEILLE, grandpère de notre actif et sympathique Président. C'est à lui que les Audois reconnaissants ont élevé un monument sur la place même du château de cette Ville
du Passé qu'il a préservée de la ruine par son" indéfectible amour du sol natal
et son infatigable labeur.
Frédéric SAISSET.
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'*"" c

•'

Revues et ouvrages reçus.
I

Service d'Echange des Revues :
Les Annales du Musée social (Paris); — L'Aude à Toulouse (Toulouse); —
L'Auvergne littéraire, artistique et félibrêenne (Clermont-Ferrand) :— Biou y Toros
(Nîmes); — Lou Bournat (Périgueux); — Le Cercle, du Goût Français (Paris);
La Chaumière (Rouen); — La Cigalo Narbouneso (Narbonne); — Le Courrier
Catalan (Paris) ; — L'Ermitage (Paris) ; — L'Eseolo Fclibreena (Montpellier) ; —■
L'Escolo de las Pireneos (Montauban) ; — L'Etendard Piscenois (Pézenas) ; —
I,'Eveil catalan (Perpignan) ; — Le Flambeau du Nord (Tourcoing) ; — Le Fédéraliste (Courbevoie) ; — Lo gai Saber (Toulouse); — Le Grenier (Orléans); —
Idées (Paris) ; — Le Limousin (Paris) ; — La Mouette (Le Havre) ; — La Nouvelle Revue du Midi (Nîmes); — Oc (Toulouse); — Paris-Critique (Paris); —
Le Parthenon (Paris): — La Pensée Latine (Paris); — Poésies (Paris); — Le
Prisme (Lyon) ; — Les Pyrénése Littéraires — Les Rayons (Bordeaux) ; — La
Revue des Indépendants (Asnières) ; — La Revue de la Nièvre et du Centre
(Paris); — La Rose d'Argent (Ruresne); — Septimanie (Narbonne); — La
Science historique (Paris) ; — Bulletin de la Société des Arts et Sciences (Carcassonne) ; — La Revue Latine (Paris); — Bulletin de la Société d'Etudes scientifiques de l'Aude (Carcassonne) ; — Le Soleil d'Oc (Toulouse); — Le Sol sacré
(Toulouse) ; — La Terre d'Afrique (Alger) ; — La Terre d'Oc (Toulouse) ; ■—
La Tramontane (Perpignan); — Le Bulletin de l'Union des Fédérations des
Syndicats d'Initiative (Paris) ; — Le Touring-Club (Paris) ; — Le Cadet de Gascogne (Paris); — Ceux qui vécurent (Paris): — Bulletin, de la Commission
Archéologique de Narbonne; — IJC Domaine (Foix); — La Revue des Autodidactes (Toulouse) ;.
Ouvrages reçus :
Les Amitiés Languedociennes, par Paul VALÉRY — Jean COCTEAU, etc..
Otani, roman par Pierre VALMIGKRE, éditions Gabelle. Carcassonne, 192(5.
Bos de Bénac, de P.-J.-Robert CANTAHRE, éditorial occitan, Toulouse, 1926.
La Route ascendante de Maurice Barrés, par Adrienne BLANC-PÉRIDIER, éditions
Spes, Paris, 1926.
Paysages d'Histoire, par BOYER D'AGEN, Paris-Lemerre.
Nos Troubadours, par LAJOINIE, Bordeaux, Féret 1926.
Au sommaire de La Nouvelle. Revue Française signalons « Au hasard et au
crayon ». de Paul VALÉRY; et un remarquable essai d'André CHAMSON, l'auteur de
Ronn le Bandit, dans lequel l'auteur oppose Mistral à Maurras.
Poèmes de l'Eté et de l'Automne en fleurs, par TOUNY-LERYS. La Pensée Française éditeur, Paris.
Les Poilus, par Joseph DELTETL, que notre collaborateur Jean Lebrau présentera
à nos lecteurs dans notre prochain numéro.
L'Idée et l'Ecran, par Henri FESCOURT et Jean-Louis BOUQUET, fascicule 111.
Notre collaborateur, A. LAMANUÉ, termine un nouveau roman : Les Enfants du
Siècle.
Ces publications et ouvrages figurent à la bibliothèque du Groupe et peuvent
être consultés par les membres.

�Beaux Arts
Grandes et Petites Expositions.
L&gt;e Salon Oeeitan. — L&gt;a Retrospeetive des Indépendants. — ToulouseLiautree. — Odilon Redon et Gustave fayet. — yylilette.

ous n'avons pas encore tout dit sur notre Salon
Occitan. Depuis la publication de notre dernier numéro des Feuillets, de nombreux articles ont encore été publiés sur notre exposition. Et dans des revues artistiques qui comptent parmi les plus intéressantes de la Capitale, notamment dans La Renaissance de l'Art
Français que fonda notre compatriote Henry
Lapauze et que dirige Madame Henry Lapauze
avec une activité digne de celle de son mari; dans L'Art et les
Artistes, aux destinées de laquelle préside Armand Dayot, dans
L'Amour de l'Art, L'Art vivant, etc.. La presse, tant parisienne
que provinciale, les journaux aussi bien que les revues artistiques,
ont très bien accueilli notre manifestation et en ont parfaitement
saisi le sens. Comœdia a conclu, en déclarant, il n'y a pas longtemps : « Le Salon Occitan a été un des plus curieux de la saison ».
Et cependant la saison actuelle a été fertile en manifestations
marquantes. L'importante rétrospective de Trente ans d'art indépendant a prouvé, comme cette inoubliable exposition des Cinquante ans de peinture française, au printemps dernier, que des
artistes libres et hardis, souvent ignorés ou critiqués durant lçur
existence, se sont affirmés aujourd'hui les figures dominantes de
notre époque. Ainsi les Courbet, les Corot, les grands impressionnistes, Manet, Sisley, Pissaro, Claude Monet, Renoir, les Degas, les
Cézanne, les Paul Gauguin. Vérité aussi évidente et saisissante que

�— 66 la vérité que ces peintres libres ont mise dans leurs œuvres. Par
là, ces novateurs ont renoué la chaîne traditionnelle. Et aussi par
leur recherche d'un faire nouveau. Car l'histoire de notre art nous
montre que les grands maîtres ont accompli un pas en avant sur
leurs prédécesseurs. Les vrais continuateurs de la tradition, ce sont
eux, les créateurs de nouveau, les indépendants. Point de paradoxe dans cette affirmation. Elle n'est pas uniquement mienne.
Paul-Boncour, qui a été un rapporteur distingué du budget des
Beaux-Arts, avant Rameil, a soutenu cette même thèse avec son
éloquence bien personnelle.
UYi grand artiste de chez nous, mort jeune, occupait une grande
place dans cettë" rétrospective des Inde-pendants. Je fais allusion
à H'enri de Toulouse-Lautrec (1). Toulouse-Lautrec, descendait d'une
vieille famille méridionale dont les domaines s'étendent un peu
partout dans nos régions, depuis Albi jusqu'à Narbonne, a été un
observateur perspicace, à l'ironie plutôt amère, des milieux de
théô.tre, de cirque, de music-hall, et des restaurants de nuit parisiens. Mon-confrère René-Jean souhaite de voir au Musée du Louvre, le tableau de Toulouse-Lautrec figurant un intérieur de café
montmartrois et qui revêt pour lui l'importance d'un document
significatif. Henri de Toulouse-Lautrec enveloppait ses analyses si
pénétrantes dans un métier de coloriste raffiné, recherchant des
harmonies de tonalités. Il se situe bien à ce point de vue à côté d'un
Vuillard. Celui-ci a d'ailleurs esquissé à l'huile un petit portrait en
profil de Toulouse-Lautrec, coiffé d'un chapeau mou de voyage, le
cou émergeant d'une chemise blanche à quadrillages bleus. Ce
portrait est lui-même aussi expressif qu'harmonieux.
Les coloristes d'aujourd'hui ont hérité des impressionnistes la
fraîcheur et la clarté de la palette. Mais ils ont poussé plus1 loin
qu'eux la préoccupation d'harmoniser entre elles les tonalités. Ce
sont des harmonistes, des musiciens de la couleur. Ils accordent
non seulement des tons amis, mais encore des tons opposés. Ces
coloristes étaient nombreux dans cette manifestation indépendante
où l'on a remarqué des peintures de Matisse, Bonnard, Vuillard,
Denis, Lebasque, Flandrin, Marquet, Camoin, Fraye, Puy, etc.
Tous ces peintres ne sont pas occitans. Pourtant nous avons dans
oe jardin des coloristes un des nôtres, et non des moins délicats. Tl
s'agit de Pierre Laprade. Les toiles de Laprade dans la rétrospective
du Grand Palais étaient bien représentatives de sa manière, depuis
cette nature morte au masque jusqu'à ce paysage italien avec la
statue de la Louve, en passant par ce site parisien de Notre-Dame
(1) Nous donnerons dans un prochain numéro des reproductions d'oeuvres de
Toulouse-Lautrec, extraites de H. de Toulouse-Lautrec, par Achille ASTRE, aux
Editions Nllson.

�/WitiT

LE

MARCHE

Bois do

LAGAKIUUE.

�— 68 et ce pont de yacht en Hollande. La distinction de la couleur, la
nonchalance aristocratique du trait n'excluent pas la solidité chez
Pierre Laprade. Le toulousain Paul Ramond attirait l'attention par
les tons chauds, hardiment vifs, de ses coins des Pyrénées-Orientales. Chabaud exposait de vieilles paysannes du midi, des dévotes
se rendant à l'église dans ces décors si vigoureusement décrits avec
du bleu de ciel, des blancs plâtreux et des noirs. Le montalbanais
Ramey avait également un envoi caractéristique, ainsi que ses voisins provençaux, Girieud, Lombard, Verdilhan.
De nombreuses expositions particulières, des expositions de
groupe avaient précédé cette rétrospective des Indépendants et
l'ont suivie. Parmi les premières il convient de noter celle d'André
Fraye qui a réuni chez Dru des peintures fleuries des Sablesd'Olonne, des ports de mer avec des barques légères ou de lourds
paquebots, des plages animées de l'élégance de robes féminines.
Fraye y a affirmé l'acuité de son œil, sa sûreté à discerner et à
fixer dans le ton et dans la valeur les rapports de couleurs. Et il
ne faut pas oublier non plus les ensembles d'Henri Oftmann, peintre de la vénusté de la femme; de Quelvée; les aquarelles de PicartLe-Doux; les œuvres de Marie Droppe, éprise de clarté et d'arabesques décoratives dans ses bouquets ou ses scènes bibliques. Au
Palais de Marbre, notre' avisé confrère M. Louis Vauxcelles a
groupé une série de Visages dans lesquels le relief de la vie se traduisait dans un métier vraiment pictural. Ils avaient été exécutés
ces visages, par de grands artistes comme Carrière, Courbet, Manet,
Degas, MonticelH, Vallotton, Albert Besnerd. Et aussi par des peintres justement réputés de la jeune génération, tels que René Piot,
Asselin, Déziré, Flandrin, Marguerite Crissay (têtes bien modelées de jeunes filles), Roland Chavenon (tête de jeune homme à la
casquette), Féder, Mainssieux et ses mauresques, Marie Laurencin, etc. Un bon peintre occitan parmi ces modeleurs de visages
dans la pâle colorée : Auguste Chabaud dont j'ai déjà parlé, et,
parmi les modeleurs en sculpture, Auguste Guénot avec une amène
tête de jeunesse souriante, et Parayre.
Le Pavillon de Marsan a été bien inspiré en abritant dans ses
larges et claires salles l'œuvre d'Odilon Redon et les tapis de Gustave Fayet, notre compatriote de Béziers. Cette double exposition,
en même temps qu'elle a donné une consécration méritée à deux
grands artistes, a constitué une sorte d'hommage à l'amitié. Odilon
Redon, né à Bordeaux, et Fayet, originaire du Bas-Languedoc,
s'étaient intimement liés, depuis qu'ils s'étaient connus en 1905.
Gustave Fayet, pour se rapprocher de Redon, lequel habitait Bièvres, avait acheté, dans le voisinage, cette jolie gentilhommière

�— 69 —
d'Igny, datant du xvnT siècle, et où il avait rassemblé, avec son
goût très sûr, au milieu de meubles Louis XV et Louis XVI, une
précieuse collection de peintures modernes allant de Cézanne, Van
Gogh, Gauguin, jusqu'à l'italien Bonanomi. Odilon Redon comptait dans cette collection pour une centaine de numéros. Lorsque
Fayet eût acquis l'ancienne abbaye de Fontfroide, il demanda à son
ami Redon de la décorer. Et c'est en voyant Odilon Redon brosser
ses panneaux avec amour que Gustave Fayet fut tenté de reprendre ses pinceaux qu'il avait abandonnés depuis sa jeunesse. Redon,
tandis qu'il travaillait, invitait, du haut de son échelle, Fayet à se
remettre à peindre. Gustave Fayet l'avait écouté, et ne devait pas
s'en repentir.
Fayet nourrissait depuis longtemps le projet de réunir un ensemble de Redon qui pourrait donner une idée de la personnalité de ce
grand artiste. Odilon Redon ne jouissait pas, au gré de Fayet,
d'une célébrité à la mesure de son envergure. L'exposition du
Pavillon de Marsan a réalisé entièrement le but cherché par le
fidèle d'Odilon Redon. Celui-ci y est apparu comme un créateur
doué d'une imagination des plus fécondes, comme un symboliste
vraiment inspiré, à travers ces sujets historiques tels que le
Rolland ou YOphélie, à travers ces scènes bibliques de la Fuite en
Egypte, d'Eve ou de Jacob et l'Ange, à travers ces compositions
mythologiques comme ce Quadrige avec Phaëton, plusieurs fois
traité. Même les Barques, par quoi le peintre a été hanté, même
les bouquets de fleurs champêtres ont un langage symbolique.
Redon est demeuré encore un idéaliste lorsqu'il a portraituré Vuillard, Olivier Sainsère, Madame Redon, surtout lorsqu'il a rendu au
pastel le pur profil de Mlle Simone Fayet, en première commu
niante dont les voiles blancs contrastaient avec la bigarrure chatoyante d'un vitrail. Pourtant Odilon Redon s'avère bien, dans toutes
ses œuvres, — peintures, pastels, fusains, lithographies — le peintre qu'il voulait être avant tout, celui qui ambitionnait « de faire
rivre humainement des êtres invraisemblables, en mettant, autant
que possible, la logique du visible au service de l'invisible ».
Gustave Fayet voisinait avec Redon, mais seulement avec une
imposante série de ses tapis si particuliers et auxquels j'ai consacré,
dans ces Feuillets et ailleurs, de nombreuses études. Fayet s'y montre lui aussi un coloriste rare, ayant reçu le don d'une imagination
très fertile dans l'invention et l'arrangement de la couleur. Chacun
de ces tapis constitue une symphonie de tons, présentant ici l'éclat
d'une floraison, là le moelleux de la neige, là l'étrangeté d'une
végétation marine. Chacun d'eux est « un état d'âme ».
Malheureusement, Gustave Fayet n'a pas eu la joie d'assister à

�— 70 cette manifestation de Redon jointe à son exposition qu'il avait
préparée lui-même avec tant de piété. Une mort brutale l'a frappé
— on le sait — quelques mois avant. Et ce n'est pas sans une vive
émotion que nous y avons pensé, trouvant dans ces circonstances
pénibles des motifs d'augmenter davantage nos regrets.
Des regrets, nous en avons eu encore en apprenant la mort d'un
autre grand artiste, Willette. Celui-ci n'était pas occitan, mais il
méritait d'être de chez nous par son caractère généreux, par son
cœur, par son inspiration toute latine. On a publié de nombreux
articles sur le père de Pierrot. Et j'ai entendu au Caméléon une
causerie vraiment intéressante de Louis Richard, lequel avait été le
camarade de Willette au Chat Noir. Richard a déroulé, avec une
ferveur émue, tout un long chapelet d'anecdotes qui éclairaient
d'une vraie lumière l'esprit et l'âme de ce dessinateur et de ce
peintre. Je n'en cite qu'une. Le jeune Willette effectuait avec plusieurs artistes, sous la surveillance d'un pontife connu, la décoration d'une salle. Le maître avait formulé à l'artiste une remarque
qui avait froissé son sentiment de l'indépendance. Aussi, le lendemain, que) ne fut pas l'étonnement do tous en apercevant Willette
en habit de collégien. Le peintre avait revêtu l'habit de potache
d'alors, la tunique sjerrée à la taille, le k.épi. Et comme le maître
sollicitait du jeune artiste des explications sur cette tenue, celui-ci
de déclarer qu'elle correspondait à la réalité, puisqu'il avait été
traité par lui en écolier.
J'ajouterai un petit document à ceux de Louis Pichard. Ce dernier n'a pas rapporté que Willette avait un ami dévoué dans notre
pavs d'Oc. Tl s'agit de Jules Azéma. félibre, poète, conseiller général de l'Aude et maire d'une commune de ce département. Azéma
aime beaucoup les livres et les tableaux. Il m'écrivait, il y a quelques mois, au sujet de Willette : « Le 4 janvier dernier, il m'envoya
une lettre qui est pfiul-être la dernière qu'il ait écrite. On venait de
lui faire une saignée et, avec son sang, il me dessina un Pierrot
portant les ar&gt;;mes avec un crayon et criant : « Vive Mossieu le
Maire ». J'ai plusieurs autoà-raphes du maître que je qarde précieusènient et une aquarèUe qu'il peignit sur la feuille de garde de son
livre : FEU PIERROT... »
Que Jules Azéma me pardonne d'avoir rendu publique cette lettre qui était destinée à rester intime. Mais ne contient-elle pas un
trait d'une délicatesse touchante et qui finit bien cette esquisse trop
rapide du cœur de Willette ? Celui-ci a dessiné souvent des cœurs
symboliques dans ses dessins. Et il a mis dans le ciel montmartrois
des bandes de Pierrots, minces, gracieux comme des chérubins et
ayant, tous, des âmes de poètes.
PAUL-SENTENAC,

�— 71 —

La Musique.
L»e Souvenir de Déodat de Sévérae.
Un soir du mois de Mai 1910, à Géret, dans une petite chambre
d'hôtel de la rue Saint-Ferréo) où, bercé pai? des vagues de plainchant et par les symphonies vallespiriennes, Héliogabale prenait
vie, j'étais allé voir Séverac.
Il travaillait devant sa fenêtre; et de sa table, où mille feuillets
épars recélaient la splendeur des floraisons futures, il voyait l'Albère profonde et bleue participer à toutes les magies de l'heure et
de la lumière. « Tu vois, ça, me dit-il, en me montrant le paysage
ardent tout patiné de crépuscule, tu vois, ça, c'est la plus belle des
sonates ! »
Il y a cinq ans, devant la miraculeuse harmonie de « la plus
belle des sonates », —s la Sonate Catalane — où il était venu chercher l'inspiration de ses dernières œuvres, s'éteignait doucement, le
Jeudi-Saint 1921, à l'âge de 49 ans, le Mùsicien de la Méditerranée,
le Poète des voix languedociennes, le révélateur de la beauté roussillonnaise, celui qui partage avec Mistral le merveilleux honneur
d'avoir synthétisé dans son art l'âme de tout un pays, le chant de
toute une race.

*

**
C'est devant une mort comme celle de Séverac, une mort qui emporte avec elle tant de beauté et tant d'espérance, que l'on peut
vraiment mesurer toute la profondeur, toute l'horreur de l'irréparable.
Séverac mort, notre vie à nous, qui vivions avec lui, est brusquement amoindrie, rétrécie, bornée. On dirait qu'il y a moins d'espace, moins de lumière autour de nous. J'ai senti vraiment, le soir
de l'enterrement à Céret, un peu de cette désolation anéantie, sans
réaction, sans révolte, qui vous laisse, après les grandes catastrophes, devant l'irrévocable « c'est fini ! ».
Mais comme il reste clair et vivant, dans notre pensée !
Je me souviens de ce que disait Fontbernat, le lendemain : « Semble pas que sigui !... Semble pas que sigui ! »
Et que d'images, dans mes souvenirs !...
... Déodat au piano des de Guibert, le jour de la première rencontre... L'amitié si vite nouée à cause d'une parenté commune, à
cause des chansons catalanes qu'il ne connaissait pas encore, et du

�— 72 —
rayonnement que son jeune génie de vingt-huit ans dégageait déjà...
...Déodat chez Armand, le printemps de son arrivée à Céret, et la
chambre devant les cerisiers en fleurs, avec le manuscrit d'Héliogabale, les mots de Manolo, le rire brun de Nina Séréni, le papillonnement des petites Charry...
...Déodat à Béziers, le soir d'Héliogabale, la grande apothéose
d'or du dernier acte, au coucher du soleil, et les dix mille spectateurs acclamant, et l'apparition sur la vaste scène du petit homme
aveuglé, si humble, si honteux, traîné par Sicard et de Max...
Déodat chez Gaveau, le jour de l'audition parisienne et du triomphe des Mattes, sa simplicité devant les ovations et les poignées de
mains illustres.
...Déodat pendant la guerre... le vaguemestre de Prades, si peu
belliqueux !... les vacances à Font-Romeu... les déjeuners en forêt,
devant les lacs, avec Selva, et lui, si gai, si heureux, si gentiment
joyeux, entre sa femme et Magali, au milieu d'amis, en Cerdagne !
... Et puis, les premières atteintes du mal... Notre travail en
commun... Le Roi Pinarl... l'agrément de cette collaboration exquise, lui au piano, moi penché près de lui, sur la feuille blanche...
...Et ces séjours à Paris ! Déodat au Napolitain, avec les camarades retrouvés... Déodat chez Rouart me jouant cette Miort de
Pan qu'on ne retrouvera jamais... La « première » d'Hélène de
Sparte avec Rubinstein, et lui si simple, si nature, si Languedoc, si
terroir, au milieu de ces célébrités imposantes, de ces gloires parisiennes et de ces snobs...
...Et puis, le dernier automne... l'affaiblissement... la visite à
Saint-Félix; lui, plus affectueux, plus tendre, déjà résigné, me montrant les choses de son enfance, la maison, la salle de musique, les
vieux tableaux de famille, l'église, les orgues, les horizons inspirateurs, et le geste qu'il eut, si grand, sans lyrisme, pour me désigner
cette direction, là-bas, le « Canigou » !
Et puis Céret... les derniers jours... l'agonie... la chambre avec
le soleil du printemps au dehors, et cet homme sur ce lit, ce grand
génie râlant, émacié, devenu Christ, avec cette désolation muette,
autour...
Déodat ! Déodat ! Quelles musiques dans ton nom ! Que d'harmonies anéanties ! Que de délectations promises ! Que de beauté qui
ne mourra pas !... Oh ! cet enterrement ! tes orgues, Déodat ! tes
orgues sous les doigts d'un autre !... J'ai pleuré; tout le monde a
pleuré. On a pu, enfin, parce que tu étais mort, crier ta gloire, dire
ton génie. On a prononcé des jugements, des noms, Virgile, La
Fontaine, Mistral...
Déodat... Déodat...
ALBERT BAUSIL.

�ARCHÉOLOGIE

MÉRIDIONALE

L'écroulement du Clocher de la Dalbade
à Toulouse.
d'information du monde entier a annoncé la
catastrophe toulousaine.
Le dimanche 11 avril 1926, à 3 heures 15 du
matin, le clocher de l'église Notre-Dame la Dalbade s'est effondré, anéantissant plusieurs maisons
et une partie de la nef, faisant deux morts et une
trentaine de blessés.
L'église paroissiale de la Dalbade avait été reconstruite dans sa forme actuelle au début du XVIe siècle.
C'est un édifice à large nef unique, à chapelles latérales logées entre les contreforts suivant les principes de l'école gothique
du midi de la France. La façade ouest, très élégante, rappelle les clochers
plans usités dans la région depuis le début de l'époque romane, mais
elle est purement décorative et « défensive », car l'église était fortifiée.
Le clocher avait été établi au nord-est de la nef. Or* le commença
en 1501 ou 1502 sur plan carré. Mais on avait projeté une tour si considérable que les murs de la base (2 m. 40 d'épaisseur) absorbèrent tous
les crédits; il fallut s'arrêter. Le travail fut repris assez longtemps après
et terminé en 1551 seulement.
Contrairement aux habitudes toulousaines, les quatre étages supérieurs furent continués sur plan carré et non sur plan octogonal. De
plus les angles furent renforcés par des tourelles de plan circulaire. Un
procès-verbal de visite du xvir siècle nous apprend que la flèche était
soutenue par quatre arcs-boutants, ce qui est également inusité dans
A PRESSE

�— 74 —
la région. Chaque étage comportait huit baies en tiers-point, soit deux
baies par face et par étage.
Le tout était entièrement construit en bonnes briques cuites, mais
une assise de pierres sculptées courant horizontalement entre chaque
étage rompait heureusement la monotonie de la teinte rouge.
A la Révolution, le Directoire du district prit le 21 pluviôse an II un
arrêté ordonnant la démolition des clochers de la ville jusqu'à hauteur
des combles des nefs : le principe d'égalité l'exigeait... On commença
par celui de la Dalbade qui était le plus élevé, mais o.-i s'arrêta fort
heureusement après avoir supprimé la flèche et la moitié du dernier
étage.
Le clocher resta ainsi découronné pendant près d'un siècle. « En 1881,
écrit l'abbé Julien dans son Histoire de la Dalbade (1891, page 212),
M. le curé de Laportalière, après avoir mûrement pesé les formidables
responsabilités qu'il devait assumer pour relever les parties abattues,
ne recula ni devant les périls, ni devant la dépense d'une telle entreprise. »
Cette restauration fut faite en très peu de temps, à la suite d'une souscription publique, sous la direction de l'architecte Bach.
Le curé actuel de la Dalbade, M. l'abbé Dufau, avait déjà des craintes
pour la solidité du clocher il y a trente ans, quand il prit possession de
son poste. Les architectes placèrent des témoins de verre sur les lézardes; ces témoins firent consciencieusement leur office, se brisant les
uns après les autres; consciencieusement aussi, ils furent renouvelés à
plusieurs reprises jusqu'à cette année et leur désolant témoignage ne
fut, hélas ! d'aucune utilité.
En 1908, j'avais moi-même travaillé plusieurs journées de suite dans
les combles et sur le chemin de ronde de l'église en vue de relever diverses cotes pour mes travaux archéologiques; je constatai de près l'état
de délabrement de la tour, mais il me fut impossible d'y pénétrer par
suite d'une consigne rigoureuse qui avait pour but de protéger non les
visiteurs, mais les fameux « témoins ».
Un mois avant la catastrophe, des briques tombèrent des étages supérieurs; l'aide carillonneur, Marius Clastres, prévint aussitôt le Chanoine
Contrasty, procuré, qui avertit à son tour l'architecte de la ville, M. Milloz.
Ce dernier procéda à une visite du clocher; il y revint quelques
jours après, accompagné de son collègue, M. Curvale, architecte des
monuments historiques. Tous deux furent d'avis que des réparations
s'imposaient, mais ils reconnaissent n'avoir pas soupçonné l'imminence
de la chute. Ajoutons que M. Curvale avait accompagné l'architecte de la
ville à titre purement confraternel, l'administration des monuments historiques n'ayant que la charge d'entretenir la façade, seule partie de
l'édifice soumise au « classement »; le reste de l'église est inscrit depuis
le 18 mai 1925 sur la « liste complémentaire » des œuvres d'art; cette

�— 75 —

inscription comporte seulement pour le ministère certains droits de surveillance, et nul devoir d'entretien.
A quelle cause attribuer le désastre ?
A un séisme ? Assurément non, tous les observatoires de l'Europe
occidentale certifient n'avoir enregistré cette nuit-là aucun mouvement
tellurlque.
A une bourrasque ? Pas davantage. L'observatoire de Toulouse a fait
connaître qu'à trois heures du matin le vent soufflait avec une vitesse
de neuf mètres à la seconde. C'est là un vent « assez fort », mais pas
un vent de tempête. Tout au plus pourrait-on accuser le vent d'avoir
avancé l'écroulement de quelques heures, et il faut lui en savoir gré, car
si le fait s'était produit dans la matinée (c'était un dimanche), passants
de la rue et fidèles dans l'église auraient péri par centaines.
Un archéologue de nos amis a soupçonné la Garonne... Elle est assez
voisine, en effet, et l'humidité pourrait avoir sapé les fondations. J'écarterai encore cette hypothèse, d'abord parce que les assises de la tour
très massives sont restées à peu près intactes, ensuite parce qu'un
mouvement de la base aurait eu pour conséquence de faire pencher toute
la masse d'un côté quelconque; : or l'on n'a jamais remarqué rien de
semblable.
A notre avis, la première faute est imputable aux constructeurs de
1550, qui, à court d'argent, donnèrent aux murs des 1er et 2e étages une
épaisseur disproportionnée avec la hauteur de l'ensemble (84 mètres).
Ce qui est plus grave, c'est que le clocher resta sans toiture ou sans dallage protecteur pendant près de cent ans; la pluie a pu ronger le mortier
tout à son aise, et que vaut la brique sans le mortier ? Enfin, l'architecte
de 1882 a très hâtivement chargé cette tour si longtemps mutilée, d'une
flèche trop haute et trop lourde, tandis que les murs recevaient encore
la charge d'une trentaine de cloches, dont une pesant 1.500 kilos. Dès
cette époque, de nombreux cris d'alarme furent poussés, mais en vain :
« on trembla de peur dans le quartier Saint-Rémézy », dit un écrit de
l'époque. On tremblait de nouveau depuis quelques mois...
Je reviendrai peut-être sur la question des responsabilités, qui intéressse tous nos malheureux monuments de France : la place me manque
aujourd'hui.
Quant au clocher, il est certain que sa silhouette élancée manque au
paysage classique du quai de Tounis. Mais les archéologues déplorent
médiocrement sa disparition.
Car ce clocher était un intrus.
Par son plan carré, ses tourelles rondes, il rappelait la tour de SainteCécile d'Albi, dont il était, du reste, une maigre copie. Par ses baies
en tiers point, ses arcs-boutants et sa flèche aiguë, il se rattachait au
style gothique du Nord. Ce clocher n'était pas Toulousain, et peut-être

�- 76 tenons-nous la vraie raison de sa ruine. D'abord, sa forme n'était point
appropriée aux matériaux de la région; ensuite c'est sans enthousiasme
et sans expérience que les maîtres maçons de Toulouse l'ont fait sortir
de terre. Ne soyons pas surpris si cette fleur étrangère au terroir s'est
prématurément flétrie.
Les monuments, comme tous les produits de l'art et de la nature,
doivent être adaptées à leur milieu, c'est-à-dire être de leur pays et aussi
de leur époque. Le futur clocher de la Dalbade sera, souhaitons-le, un
clocher vraiment Toulousain et un clocher du xx" siècle.
E.-H. GUITARD.

« Le Groupe Occitan estime qu'un Comité devrait se former pour ouvrir
« une souscription destinée à contribuer à la reconstruction d'un monument
« qui constituait l'une des richesses d'art de la capitale du Languedoc et faisait
« partie intégrante de sa silhouette. »
N. D. L, R.

�Les Lettres Occitanes
JSlotre enquête sur

Le Problème Oeeitan
1° Raisons d'agir (suite)

Réponse de M. AbCRfiTEf* DE BRAHM.
Langue d'Oc est menacée. Rassurons-nous; ce
n'est que par la circulaire d'un Ministre. Mais
qu'avez-vous dit en apprenant que ce ministre
est lui-même un enfant du Midi, de cette région
agéno-quercynoise qui, si elle a donné le jour
à Jean M'a rot, n'ignore point qu'elle eut, au
M/oyen-Age, des tfoubaïres, et que le prestige
d'un Cladel, d'un Pouvillon, d'un Delbousquet
n'effacent point le rayonnement d'un Antonin
Perbosc.
Il y eut toujours, de par le monde, des êtres
prédestinés. Notre ministre est de ceux-là. Qui
donc, en effet, aurait pu supposer que sa réponse négative à la pétition de la Liga per la lénga d'Oc a l'Escola
serait, en quelque sorte, le plagiat édulcoré de la décision prise, il
A

�— 78 —
y a tantôt un siècle moins huit ans, par le Conseil d'arrondissement
de la cité de Cahors, résolue, dès alors, à proscrire des assemblées
l'usage des patois, si respectable que parût cet héritage ancestral,
pour cette simple raison qu'ils n'ont pas su s'élever au rang des
langues écrites. Ce fut ainsi, cependant. Et quel dommage que
Charles Nodier n'ait plus été de ce monde pour constater la réalité
de ce conte fantastique sorti de sa plume alerte et salace, nous édifiant sur la mentalité « centralisatrice » des notables conseillers de
l'arrondissement cahorsin.
Donc, le folk-lore des mille et un troubadours, dont vingt professeurs, taillés à l'aune d'un Jeanroy ou d'un Anglade, ne parviendraient pas, dans leurs cours, à épuiser la matière; donc les gestes
de Fiérabras et de Gérard de Roussillon, — les poèmes couronnés
aux Jeux Floraux depuis tantôt cinq cents ans, depuis qu'Arnaud
Vidal inaugura leur palmarès, — et le dictionnaire de Jean Doujat,
associé à l'œuvre de Goudoulin, et tous les vieux grilhs: de Toulouse, et Jasmin, et Mistral, Aubanel, Roumanille, Paul Arène,
Fourès, Charles Gras, Victor Gelée, Vermenouze, Maingot, voire
Vestrepain; puis, de nos jours, Philadelphe de Gerde, Camelat, Delbousquet, Charles Derennes, Estieu, Sully, André Peyre, Antonin
Perbosc, etc., en un mot tout l'édifice monumental bâti par les
ouvriers de dix siècles de rang, et dont les textes demeurent, tout
cela n'a pas qualité pour prétendre relever d'une langue écrite !
Eh bien ! mais si au lieu de la renforcer, on avait levé l'interdit
qui pèse sur les langues occitanes depuis l'issue de la guerre des
Albigeois, et que renouvela en 1539 l'Edit de Villers-Cotterets, il est
fort probable que les grammairiens eussent unifié la langue d'Oc et
fixé des règles à son expression littérale, tout comme le firent pour
l'autre, après une si longue période de relative anarchie linguistique, Vaugelas et Malherbe, précurseurs des Précieuses de l'Hôtel
de Rambouillet. Et encore, peut-être valait-il mieux qu'il n'y eût
point de grammairiens, et qu'il advînt ce nue d'aucuns, à tort d'ailleurs, déplorent aujourd'hui, puisqO'ayant eu nous-même le bonheur de nous initier à l'usage des dialectes occitans, il nous fut aisé
de constater une différence d'expression, et surtout de construction
grammaticale, beaucoup moins sensible entre un texte médiéval du
pays d'Oc et ses poèmes actuels, qu'il n'en existe entre la Chanson
de Roland et la Légende des Siècles.
De tout ceci, il appert tangihlement, nue les doctrines jadis libertaires, voire moscoutaires, d'un politicien se sont ralliées, comme
par miracle, aux conceptions d'un pouvoir se disant libéral et qui
appréhende les conséquences d'un enseignement bilingue, dans une
même nation. Si l'on veut bien songer un instant que ce politicien

�— 79 —

a voyagé en Russie depuis l'ère des bolchewiks, on est fondé à
s'étonner du peu de profit qu'il a tiré de ce voyage, au point de vue
philologique.
Imaginez, un instant, au fond de l'une quelconque des provinces
de la Russie d'Europe ou d'Asie, le maître d'école, que nous supposons initié à la langue officielle, obligé de s'en servir exclusivement
pour l'enseigner à des petits moujiks de Laponie, à des Kisghis, des
Samoyèdes, voire à de jeunes Tatars de la province de Kazan. Voilà
certes une idée qui n'eût jamais hanté même l'esprit d'un Bismark, en 1871, au lendemain de l'annexion de l'Alsace, et je n'ai
pas ouï dire qu'on ait interdit au Schulmeister d'user de son dialecte régional pour adapter ies petits « wakes » aux difficultés de la
langue de Schiller et de Goethe.
Ce que Louis XIV, monarque absolu, n'a pas voulu imposer aux
Alsaciens, lui qui donna, tout au contraire, à l'Académie des Jeux
Floraux des lettres patentes consécratives ; ce que Napoléon Ier,
même, n'a pas songé à ordonner aux multpiles nations soumises à
sa tutelle ou à son protectorat, il est étrange en vérité qu'un régime
démocratique s'obstine à le prescrire.
D'autant qu'il y a, dans cette interprétation ministérielle du vœu
de la Ligue occitane, matière à malentendus, ingénieusement entretenus.- Perbosc ne s'y est pas mépris, lorsque dans sa belle suite
d'articles parus au journal Oc, en faveur de la défense des langues
die France à l'école, il a montré qu'on avait, comme à plaisir, embrouillé les questions. Estimons-nous heureux de ce que Montauban, par la plume autorisée du poète des Pimpanellos, s'emploie
aussi ardemment à corriger l'erreur séculaire des duumvirs de
Cahors.
Que demandait la Ligue, dans son manifeste, si nettement coordonné, en ses divers éléments, par notre confrère Jean Bonnafous,
Cadurcien dissident, puisque féal observateur des traditions occitanes ? Simplement licence d'utiliser les dialectes locaux pour l'enseignement du français. C'est là un palliatif précieux, on l'accordera volontiers, aux inconvénients de la méthode directe conforme
aux ukases universitaires, et qui impose l'usage exclusif du français
à l'adresse de gamins qui n'étant jamais sortis de leur village ou
dés fermes environnantes, ne savent s'exprimer qu'en patois, ainsi
qu'ont fait leurs ascendants depuis nombre de générations.
Où voit-on en cela un danger ? Et que signifie en ce débat, la comparaison entre les versions et les thèmes occitans proposés par le
maître, mais réprouvés par le ministre, et les mêmes exercices recommandés par celui-ci dans l'étude des langues nobles., mortes ou
vives ?

�— 80 —
Etude généralement vaine et sans portée efficace, nous ne le
savons que trop, lorsqu'elle ne se peut compléter par un séjour aux
pays d'origine. Tellement vaines que les plus savant professeurs se
disputent encore sur la manière de prononcer le latin et le grec,
sans penser peut-être qu'ils n'auraient qu'à s'inspirer de la prononciation occitane et de la grecque moderne pour reconstituer à
peu près normalement l'ancienne. Manœuvre délictueuse, antipatriotique peut-être, en ce sens que cet effort employé à rehausser
le prestige d'un dialecte aux yeux des enfants qui le balbutièrent,
des hommes qui en lisent les chefs-d'œuvre, risquent d'entraver
le nivellement général, l'uniformité préconisée comme le sésame du
progrès, et qui, selon la pittoresque expression inspirée d'après Musset à Grandilhon Gens d'Armes, dans sa réponse à une enquête de
M. Aimé Giron, figariste, « tend à racler les dernières aspérités de
ce grand potiron bien lisse que sera un jour la France, puis le
monde ».
Accordons que très complaisamment, il est vrai, le Ministre a pris
la peine de rhétoriquer avec ampleur pour expliquer son veto. Mais
il ne laisse pas de nous surprendre, lorsqu'il objecte, d'un ton interrogatif, que nul pédagogue qualifié n'est d'avis qu'on puisse mettre en œuvre le breton, le basque, le flamand (et l'alsacien qu'il
oublie), pour enseigner le français; donc, à fortiori les dialectes de
Provence, de Gascogne, de Languedoc et d'Aquitaine ?
Au surplus, l'idée d'accorder (et ceci est une autre question,
mêlée on ne sait trop pourquoi à cette controverse), une place à
l'enseignement de ces dialectes dans les écoles» normales dépasse
son entendement. En vérité, que nous voici donc loin du programme
d'unification scolaire préconisée par le parti socialiste ! Ainsi donc,
ce qui est œuvre pie dans les universités ou facultés de Rennes,
Bordeaux, Toulouse, Montpellier eî Aire, devient apostasie dans les
écoles normales primaires et même secondaires ! C'est peut-être
que l'esprit égalitaire entend malgré tout, et fort bourgeoisement,
maintenir des cloisons étanches entre les trois degrés scolaires ? Et
voilà qui n'est point du tout pour nous surprendre. N'importe.
Tous les ministres du monde peuvent élaborer des circulaires prohibitives, concises ou prolixes. Ils se heurteront toujours au bec de
gaz de la nécessité pratique, laquelle ne connaît point de loi; et
tant qu'il y aura des dialectes, voire des patois usités en nos terroirs régionaux, le maître d'école s'en servira toujours, s'il les
connaît, en vue de faire entrer dans la boussole d'un petit pâtre
mal dégrossi les rudiments de la grammaire et de la langue nationales.
Et puis, quoi qu'on veuille, quoi qu'on dise, ou écrive, ou im-

�prime, il y a eu, il y a deux langues françaises en France, depuis
que l'influence tudesque a accompli dans le Nord ce que l'influence
latine avait auparavant réalisé dans la Gaule romaine. L'esprit gaulois s'est assimilé ces deux éléments. Mais si le Gallo-romain, réservant l'usage du latin d'Empire aux travaux intellectuels, s'est mué
en langue rustique, cette Gallia rusticana est devenue peu à peu la
langue d'Oc et, bien avant celle d'Oïl, a enfanté des œuvres littéraires.
Le Serment de Strasbourg (843), que l'on s'accorde à tenir pour
le premier monument de notre littérature nationale, nous en offre
une preuve éclatante, puisque, si l'on veut bien prendre la peine de
le prononcer avec l'accent et l'articulation qui normalement conviennent à ce texte, se révèle une page de cette langue d'Oc, généralisée alors sur tout le terriloire, mais plus ou moins modifiée dans
ses détails par l'influence germanique sévissant au Nord et la burgonde à l'Est, depuis le temps de Clovis jusqu'à celui de la dynastie carolingienne.
Et voici qu'après sept siècles d'efforts stériles employés à étouffer
les germes toujours renaissants (comme la mauvaise herbe, dirait
notre Ministre), de cette flore occitane, les esprits lucides, effrayés
de la décadence vertigineuse du français littéral, depuis surtout
l'invasion pacifique de quatre millions de naturels de tous pays sur
notre sol, s'aperçoivent de ce que, bientôt, sans le secours des dialectes occitans, il deviendrait matériellement impossible de renouer
les liens de filiation qui unissent le français au latin. Le vertige
de la vitesse a supprimé les flexions; le rôle de l'e muet est
devenu une énigme pour la plupart des jeunes poètes de l'heure
présente, l'articulation s'est oblitérée, et il semble qu'un mimétisme néfaste nous rapproche de l'anglais, sinon du petit nègre. On
s'ingénie, ici comme en toutes autres questions où les pouvoirs
publics mettent leur nez, à compliquer ce qui gagnerait à être simplifié, à simplifier ce qui, par la force des choses, s'impose complexe, et, comme feu Tarquin, à saper toutes les têtes de pavots qui
dépassent le branchage.
Tandis que la langue d'Oc reste là, diverse en ses dialectes, mais
une, et logique, dans sa construction millénaire, sa cadette, devenue sa suzeraine, viendra quelque jour lui demander le sacrifice
héroïque de l'inévitable transfusion de ce sang latin dont les barbares nous ont anémiés.
Et, précisément, ce levain de régionalisme, de fédéralisme provincial, dont paraissent tant s'inquiéter nos gouvernants, la plupart
cependant, gensses de ce Midi, que leurs « ménines » bercèrent avec
des nadals de Saboly ou du Père Amilhat, ce respect du passé, ce

�— 82 —
culte de l'individualité, sont les garants de l'avenir et de la prospérité d'un pays. L'exemple de la République fédérale helvétique est
probant, avec ses vingt-deux cantons autonomes et ses trois langues
officielles, pourtant langues étrangères toutes les trois. Tous les
décrets du monde pris à dessein de renforcer le dogme centraliste
n'aboutiront jamais qu'à la décadence, à la léthargie nationale.
Finis Galliee !
Attention ! L'afflux excessif et prolongé du sang au cœur provoque fatalement la rupture de l'aorte, le mortel anévrisme; et ce qui
est vrai de l'individu ne l est pas moins de tout un peuple. Il n'est
pas nécessaire, pour s'en rendre compte, d'être un Montesquieu.
Mais il serait bon qu'on s'inspirât de ses leçons, ainsi que de
l'exemple récent fourni par l'Allemagne et la Russie et renouvelé
de celui de tous les grands empires. Et l'on sait de reste qu'en de
telles circonstances, les circulaires d'un Ministre n'ont guère de
poids dans la balance du Destin.
ALCANTER DE BRAHM.

Nous donnerons prochainement la parole à M. l'abbé
Castelnaudary, et à M. le Dr F. CLÉMENT, de Marseille.

SALVAT,

E.-H. G.

de

�A Travers les Livres.
Là Chanson de la Croisade contre les Albigeois, principaux épisodes traduits
par Jean AUDIAU (Paris, E. de Boccard, 1, rue de Médicis). — Le jeune et distingué
romaniste limousin a traduit les épisodes qui lui ont semblé mériter d'être connus
et il a résumé les autres afin de garder son allure générale à la Chanson. Il a
cependant, à juste titre, supprimé dans sa traduction les répétitions inutiles et
les énumérations trop prolongées. Tous ceux qu'intéressent ces événements qui
ont eu sur la cause méridionale une influence néfaste et incalculable doivent lire
ce récit mis par un éminent spécialiste à la portée du grand public.
Les Poésies de Jausbert de Puycibot, troubadour du xiii0 siècle, éditées par
William P. SHEPARD. (Paris, librairie ancienne Edouard Champion, 5, quai Malaquais). — M. William P. SHEPARD a traduit savamment en français ce troubadour
limousin et il est venu copier lui-même les manuscrits de ce poète, conservés à
Paris, à Florence et à Rome. Jausbert de Puycibot brave parfois l'honnêteté dans
ses vers, son talent est extrêmement inégal mais sa puissance d'expression
et sa fraîcheur de sentiments sont souvent grandes et font songer aux accents
de Catulle et de Musset.
Les Chansons de Gttilhem de Cabestanh, éditées par Arthur LANGFORS (Paris
librairie ancienne Edouard Champion. 5, quai Malaquais). — Le troubadour roussillonnais dont nous trouvons ici la traduction française est le héros de la
célèbre « Légende du cœur ». Il fut. dit-on, enterré avec la dame de ses pensées
à Perpignan devant la porte d'une église. M. LANGFORS, secrétaire de la légation
de Finlande à Paris nous a donné une excellente traduction de cet élégant poète.
Comme son émule américain traducteur de Jansbert de Puycibot, M. LANGFORS 'i
bien mérité de la terre d'Oc.
PAUL-LOUIS GRENIER.
Les Jeux floraux de l'Eseola de Liimanha.
Les Jeux Floraux de l'Eseola de Limanha sont dès maintenant ouverts; comme
les années précédentes, ils comprendront deux sections, français et langue d'Oc.
Tous les dialectes sont admis.
Les envois ne devront pas dépasser 200 lignes (prose) ou cent vers (poésie)
pour les ouvrages manuscrits ou dactylographiés. Aucune limite pour le théâtre.
Dans la section française, les sujets présentés au concours devront se rapporter
à l'Auvergne ou s'en inspirer.
Les manuscrits ne seront pas signés; ils devront être produits en deux expéditions et porter une devise qui sera reproduite, avec le titre de l'ouvrage; le
nom et l'adresse de l'auteur sur un note placée sous enveloppe fermée. Ils seront
adressés à M. Victor Guidy, secrétaire de l'Eseola, 2, Petite rue de l'Escalier, à
Clermont-Ferrand.
Le concours sera clos le 31 juillet 1926.

�Têtes Occitanes
Pierre Vidal.
Biblio'chéaaire de la Ville d3 Parpignan.

est un témoignage d'affection et de reconnaissance qui
puisse aller droit au cœur de tous ceux qui connaissent
Pierre VIDAL, c'est bien celui que vient de lui rendre, au
nom de tout le Roussillon, la vaillante société catalaniste
La Colla det Rossello. Voici les termes de sa délibération
établis au cours de la dernière réunion de ce Groupe aux
sentiments actifs et généreux :
« La Colla del Rossello réunie en assemblée générale le 21 février 1926
à l'Hôtel de Ville a formulé les meilleurs vœux pour le rétablissement de
la santé de M. Pierre Vidal, l'éminent historien roussillonnais, et décidé
de lui rendre un public hommage pour rappeler qu'il est bibliothécaire de
la Ville de Perpignan depuis plus de cinquante ans.
Elle a décidé en outre, à l'unanimité, d'adresser une requête à MM. les
Parlementaires pour les prier d'honorer le Roussillon en faisant décerner
la croix de la Légion d'Honneur, par priorité, à M. Pierre Vidal. »
De tous les fils de notre petite patrie catalane, Pierre Vidal est un de
ceux qui l'ont le mieux aimée et le mieux servie. Son œuvre est considérable et constitue un trésor d'érudition où viennent puiser tous ceux qui
veulent connaître notre pays. Jamais un homme n'a étudié son terroir
avec plus de clairvoyant amour et d'intelligente activité.
Il suffira de donner une nomenclature de quelques-unes de ses œuvres
pour prouver combien se justifie la gratitude de tous les Roussillonnais
à l'égard de Pierre Vidal. Cette liste d'œuvres sera certainement appré'IL

�ciée des lecteurs des Feuillets Occitans qui désirent avoir un répertoire
d'ouvrages sur les provinces des pays d'Oc.
Quelques Œuvres de Pierre Vidal.
HISTOIRE. — Guide historique et pittoresque dans le département des Pyrénées Orientales (1879) (Ire édition). — Deuxième édition illustrée (1900). —
La Musique et les Musiciens en Roussillon (1883). — Recherches relatives
à l'Hise
toire e des Beaux-Arts et Belles-Lettres en Roussillon depuis le xm siècle jusqu'au
XVII siècle (1886). — Les Juifs des anciens comtés de Roussillon et de Cerdagne
(1887); — Histoire de la Révolution dans le département des Pyrénées Orientales
(1888-1889) trois volumes; — Les représentants du peuple à l'armée et dans le
département des Pyrénées Orientales en l'an TU (1794-1795) publié en 1894. —
Notice sur la vie et les travaux de .Julien Bernard Alart, ancien archiviste des
Pyrénées Orientales (1896); — Histoire de la Ville de Perpignan depuis ses origines jusqu'à nos jours (1898); — Expéditions des marins et des marchands
roussillonnais sur les côtes de Syrie et d'Egypte pendant le moyen-âge (1900). —
Documents relatifs à l'Histoire du département des Pyrénées Orientales pendant le
xix' siècle; — Histoire des remparts de Perpignan (1906); — Les Régions
de la France : le Roussillon (1909) en collaboration avec J. Calmette; —
La Citadelle de Perpignan et l'ancien château des Rois de Majorque (1911); —
Les Oestes
de J offre d'Aria et de son fils Joffre le poilu; Chronique légendaire
c
du ix siècle; — Le Roussillon préhistorique (1922); — Histoire du Roussillon, en collaboration avec J. Calmette (Boisvin, rue Palatine, Paris 1923); —
Raymond Bérenger II comte de Barcelone (1924).
On trouvera en outre dans les collections des revues dont la liste suit de
nombreuses études de Pierre Vidal :
Ruscino (revue d'histoire et d'archéologie 1911-1919); — Bulletin du Comité
des travaux historiques; — Revue d'histoire et d'archéologie du Roussillon ; —
L'Almanach de l'Indépendant (1891); — Le Courrier de Céret; Le Papillon; Le
Journal des Pyrénées Orientales (illustré : Editions Joseph Payret) ; — La Veu
del Canigo (Direction Horace Chauvet) ; — La Revue des langues romanes.
Signalons particulièrement un ouvrage inestimable pour la bibliographie :
Bibliographie Roussillonnaise,
dressée en 1906 avec la collaboration de J. Calmette
e
parue dans le 47 volume de la Société Agricole, Scientifique et Littéraire des
Pyrénées Orientales (558 pages).
Frédéric SAISSET.

�Le Mouvement Économique
Occitan
Les Kessourees Économiques
Du Ltanguedoe et du Houssillon
La Alontague Xoire (Suite)
(Aude, Hérault et Tarn)

Pi

ressources, importantes cependant, que la Montagne Noire enferme dans ses flancs rocheux, le
Montagnard n'a su ou n'a voulu, tirer grand profit.
A-t-il été plus habile au regard de celles que, tout
au long de ses pentes, de la base à la cime, au gré
d'un relief tantôt apaisé, tantôt tourmenté, elle lui
offrait ?
Sur les premières pentes au nord, dans le vallon
du Thoré (St-Amans-Soult), dans la région occidentale (Labecède-Verdun-Saissac-Villardonnel) par
où la liaison à la plaine est moins abrupte, sur les causses bien
exposés du Sorèzois, comme au creux des gorges ensoleillées qui
entaillent le Socle montagneux à son revers méridional, s'étend
une zone de cultures riches : Céréales (blé, maïs, etc.), Vignes,
Arbres fruitiers, Oliviers. Mais ces cultures, si elles ont suffi largement à la consommation locale, n'ont pourtant pas été assez étendues pour que l'agriculteur, par une exploitation intensive, pût y
(1) Voir n°

4-5

ES

des « Feuillets Occitans ».

�— 87 —

trouver une source d'abondants revenus. Toutefois accordons une
mention spéciale aux arbres fruitiers (pommiers de Gabrespine, notamment), qui prospèrent, disséminés et multipliés, dans les vallées
méridionales et dont les plaines de l'Aude absorbent la récolte. La
culture des oliviers, florissante au 18e siècle, a subi une crise très
grave au 19e, provoquée par une série d'hivers trop rigoureux et
par la maladie. Elle tend maintenant à reprendre dans la montagne, où la refoule la vigne.
La culture de la vigne a fait, au cours des dernières années du
19e siècle, de grands progrès sur le revers méridional; l'exemple
des vignerons du Bas-Languedoc a été contagieux : chaque paysan
a voulu avoir son vin et la récolte fut parfois assez abondante pour
contribuer au ravitaillement des habitants du revers septentrional.
Notons encore que, festonnant toute cette zone un peu étroite de
cultures de plaine plutôt que de hauteurs, un liséré de châtaigneraies ourle les bords inférieurs de la Montagne tant au versant nord
qu'au versant sud. La châtaigneraie est d'un entretien méticuleux
mais d'un rapport appréciable, car, du châtaignier, bois, fruits et
feuilles même se peuvent utiliser — les bois servent à la tonnellerie
pour fabriquer soit la vaisselle vinaire, soit des cercles de barriques.
L'écoulement en est assuré dans les plaines voisines de l'Aude et de
l'Hérault dont les besoins ont d'ailleurs fait éclore et prospérer
cette industrie (au Mias Cabardès et à Lespinassière). Aujourd'hui
pourtant elle est en voie de décadence : conséquence de la substitution du métal au bois.
Les fruits du châtaignier procurent d'importants revenus (Cabrespine-Saint-Amans), soit qu'ils trouvent un débouché normal dans
la plaine (Villeneuve-Carcassonne), soit surtout qu'ils servent, dans
la montagne même, à l'engraissement des porcs. Le porc, en effet,
est à la base de l'alimentation du montagnard. Pas de famille qui
n'en possèdent plusieurs. « Tuer le cochon » est occasion de fête
et de frairie. Quel touriste, visitant le « Lampy », n'a apprécié, dans
les auberges ou les métairies de la montagne, la succulence des tranches de jambon servies à son appétit ?
Les villages de châtaigneraie élèvent des troupeaux nombreux
qui trouvent preneur dans les marchés et les foires des petites villes
environnantes.
Toutefois, les domaines dans la Montagne sont trop restreints et
les cultures dont nous venons de parler sont trop peu étendues
pour qu'elles puissent constituer vraiment une source d'enrichissement du montagnard. Dans son ensemble, la Montagne est un
« ségala », un pays de cultures dites pauvres, — la pomme de
terre, le seigle y trouvent leur terrain d'élection, — ce sont les

�- 83 —
seules cultures possibles sur les hautes terres (Pradelles, Arfons,
Cuxac, Labastide-Rouairoux). A Arfons, la pomme de terre est une
vraie spécialité. Il nous souvient de la surprise admirative d'un
fermier normand devant les tubercules extraordinaires qui provenaient de pommes de terre d'Arfons que nous lui avions procurées pour ses semences. Mais, si la pomme de terre se vend facilement, par contre, la culture du seigle est aujourd'hui peu fructueuse. Le pain de seigle est abandonné pour le pain de blé; aussi
voit-on le seigle reculer de plus en plus, au sud et à l'ouest, devant
le blé, au centre, devant les pâturages.
Les prairies, nombreuses dans le massif, presque toutes naturelles et dont le montagnard assure l'irrigation avec un soin particulièrement diligent, ont puissamment contribué à son enrichissement. Grâce à elles, et obéissant à son inclination agricole et pastorale, il a pu d'abord nourrir les bêtes à cornes qui n'ont été pendant
longtemps que des bêtes de travail tirant la charrue ou la charrette. Mais, dès le début du 19e siècle, d'une part la nécessité de
ravitailler en lait la ville de Mazamet, — au développement rapide
— ou les petites villes du pourtour nord, faisait entreprendre avec
succès l'élevage des vaches laitières ; d'autre part le ravitaillement
de l'armée d'Espagne provoquait l'élevage des bêtes à cornes pour
leur viande. Encore de nos jours, la Montagne Noire ravitaille Perpignan, Marseille et Toulon.
(A suivre.)

V. SELVES.

C.l.0.0.
BÈZIERS

Auch. — F. Cocharaux, imprimeur, rue de Lorraine.

�MM.

COMITÉ DIRECTEUR OU GROUPE OCCITAN :

Préaident : F. CROS-MAYREVIEILLK, Ht- J, y, $,
Vice-Présidents : Paul SENÏENAC,
K. GCITAHD; Frédéric
Secrétaire-général : Auguste ROUQUEÏ.
Archiviste : P.-L. GRENIER.
Trésorier.- Maurice FAVATIER, 5fif,

SAISSEÏ.

Chef des Études économiques et agricoles : Docteur GRANEI., Ht, ^|T.
■ Membres: Léon AURIOL, Ht- ||r.; Emile COMET,
$. ►£&lt;
Fernand ORÉMIEUX, $
Jean DHPUY;
J| ; H. FAVIER ; Jo GINESTOD, Ht,
Auguste GUENOT; Henry
NOELL, Ht, j; DE SAINÏ-VINCENT-BRASSAC, j, p,
Georges VILLE.

Délégation permanente des Groupements Régionaux et boeaux
auprès du Comité-Directeur.
LA VEILLÉE D'AUVERGNE

:

M. Boudon, Secrétaire Général.
: M. de Clarix de Nussac, Secré-

LE GROUPE D'ÉTUDES LIMOUSINES

taire général.

LE ROUSSILLON (Pyrénées-Orientales) : Général Caloni, Président.
LES ENFANTS DE L'ÂUDE A PARIS ; Docteur Digeon, Président.
LES ENFANTS DU GARD A PARIS • M. A. F. Martin. Président.
LES ENFANTS DU TARN A PARIS : M. Selves, Président.
LA GRAPPE DU QUERCY : M. Vialle, Président.
LA SOCIÉTÉ INGRES

:

Marcel Clavié, Vice-Président.

Les Feuillets Occitans

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Directeur : E.-H. oUITAK»,
flrchiviste-7aléojraphe, ex-bibliothécaire de la ville de Toulouse,
Vice-Président du " Groupe Occitan "

�Les Feuillets Occitans
Bulletin mensuel du Groupe Occitan

ORGANE RÉGIONALISTE DES PAYS D'OC
Bawani de la Rédaction : 41, Boulevard des Capucines, PARIS
TÉLÉPHONE : GUT. 78-19.

Jour de réception : le mercredi de 6 à 7 h.
IDéuôt et "Vente :

Librairie « Occiiania », G, Passage Verdesu. Paris, et 9, Rue Ozenne, à Tsaleosa ;
Librairie Ronquctte, à Cartassonns; Hall Ses Stcnis Régienaax, à Paris.
COMITÉ DE RÉDACTION :
Le Comité Directeur du Groupe Occitan.
(Les manuscrits doivent être adressés à M. Auguste

ROUQUET,

Secrétaire général)

Principaux collaborateurs :
Lettres Françaises : J. F. Paul ALIBERT; Jean AMADE; Achille ASTRE;
Jean AZAIS; A. BAUSIL; Adrienne BLANC-PÉRIDIER; BOYER-D'AGBN; Paul
CASTELA; G. CHERATJ, de l'Académie Goncourt; Marcel CLAVIÉ; Benjamin;
CRÉMIEUX; Pernand CRÉMIEUX; Joseph DELTEIL; DENYS-AMIEL; Henri
DTJCLOS; P. DUPLESSIS de POUZILHAC; Raymond ESCHOLIER; Lucien FABRE; Henri FESCOURT; Ernest GATJBERT; Jo GINESTOTJ; Jehan d'ARVIETJ;
Vincent HYSPA; Pierre JALABERT; ROMTJALD-JOTJBÉ ; Jean LEBRAU;
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Lettres Occitanes : Professeur ANGLADE; Jules AZEMA; Dr Paul ALBAREL;
Léon AURIOL; Prosper ESTIEU; Adolphe FALGAIROLLE ; Ismaël GIRARD ;
P.-L GRENIER; E.-H. GUITARD; Léon JULIA; J. LOUBET; Antonln PERBOSC; Jean PUEL; Emile RIPERT; José ROUQUET; Abbé Joseph SALVAT;
D' SOULA, etc. etc.,
Beaux-Arts : BERNARD; Auguste CHABAUD; CALMON; DESNOYERS;
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Etudes Economiques : Gaston COMBELERAN; Emile COMET ; L. DOUARCHE;
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Histoire, Archéologie, Fok-Lore : Fernand CROS-MAYREVIEILLE ; E. ROUXPARASSAC; Prosper MONTAGNÉ; FODC.
Les Chroniques
BRASSAC
Les Chroniques
Les Chroniques
Les Chroniques

de l'Amérique Latine
Italiennes.
Espagnoles.
Roumaines.

; Jean CAMP;

de SAINT-VINCENT;

�CLOCHER DE LR DfUBBDE

Il a été tiré du présent numéro
exemplaires de luxe numérotés
hors commerce, sur papier de
Montrai, de G. Maillol.

30

Ex. n°

Bois de

G. MATLLOL.

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              <text>Les Feuillets occitans (&lt;a href="http://occitanica.eu/omeka/items/show/12808"&gt;Acc&amp;eacute;der &amp;agrave; l'ensemble des num&amp;eacute;ros de la revue&lt;/a&gt;)</text>
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