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                  <text>Pierre-Joan Bernard

Assistant de conservation du patrimoine
Archives municipales de Montpellier

Religion, croyances et
superstitions à Montpellier
pendant la Guerre de Cent Ans
à travers les Annales occitanes
du Petit Thalamus

�Pierre-Joan Bernard

Assistant de conservation du patrimoine
Archives municipales de Montpellier

Religion, croyances et
superstitions à Montpellier
pendant la Guerre de Cent Ans
à travers les Annales occitanes
du Petit Thalamus

�Religion, croyances et superstitions à Montpellier pendant la
guerre de Cent Ans à travers les Annales occitanes du Petit
Thalamus
L A GUERRE DE C ENT A NS ET L’ IMAGINAIRE MÉDIÉVAL
La guerre – les batailles où périt la fine fleur de la chevalerie du Royaume, et les Grandes
Compagnies avec leur cortège de désolation –, les épidémies – la Grande Peste de 1348 et les multiples
retours de peste provoquant une hécatombe dans la population –, et les mauvaises conditions climatiques –
le « Petit Âge glaciaire » (Emmanuel Le Roy Ladurie) qui touche l’Europe, entrainant mauvaises récoltes
et disettes – caractérisent la période de la Guerre de Cent ans en France, entre la deuxième moitié du XIVe
et la première moitié du XVe siècle. Ces calamités ont frappé l’imaginaire des populations de l’époque et
frappent encore notre imaginaire aujourd’hui. D’aucuns qualifient ce temps de crise de « sombre Moyen
Âge » ou de « Temps des malheurs ». Surtout, la conjonction et l’accumulation de ces trois phénomènes
(la guerre, la peste, le climat) font naître dans la population un sentiment d’angoisse permanente,
d’insécurité et de peur de la mort. Dans une société entièrement empreinte par le Christianisme, ces
malheurs étaient perçus par beaucoup comme un châtiment divin. On assiste durant cette période à des
phénomènes extrêmes de piété, tels les Danses macabres et les Jugements derniers fantastiques peints dans
les églises ou encore les processions de flagellants, sans compter la multiplication des déviances hérétiques.
Pour se préserver des malheurs, on se réfugie d’une manière générale dans la religion et plus largement dans
le surnaturel. C’est ce que nous allons étudier à travers l’exemple montpelliérain.
MONTPELLIER ET LA GUERRE DE C ENT ANS
Montpellier est une des villes qui a le plus souffert en Languedoc durant la guerre de Cent Ans et
on peut dire qu’elle ne s’en est jamais vraiment relevée. Elle amorce un long déclin et ne récupérera que
plusieurs siècles après.
Avant la peste, Montpellier compte entre 30 000 et 40 000 habitants, ce qui en fait l’une des plus
grandes villes du royaume de France, à l’égal de Rouen ou Toulouse. C’est aussi l’une des plus industrieuses
et des plus actives : centre commercial au carrefour de l’Orient et de l’Occident, intellectuel avec sa
prestigieuse université et son importante communauté juive, et politique quand elle devient capitale
éphémère du royaume de Majorque, sous le règne de Jacques III, entre 1344 et 1349. Montpellier possède
alors une grande attractivité. Vers 1400 cependant, elle a perdu complètement ce dynamisme économique
et démographique. Plus de la moitié de la population a disparu, avant de se stabiliser au XVe entre 13 000 et
15 000 âmes. Elle s’est appauvrie également. Ainsi, le nombre de feux fiscaux tombe entre 1367 et 1412 de
4520 à 334, soit plus de dix fois moins, ce qui traduit ce double phénomène de baisse de la population et
d’appauvrissement.
A son apogée vers 1330-1350, Montpellier est une ville qui déborde largement de ses murailles, la
Commune Clôture, bâtie vers 1200, en forme d’écusson. De vastes faubourgs, qu’on a du mal à s’imaginer
aujourd’hui en l’absence de vestiges, s’étendaient tout autour : au nord Villefranche, à l’est le faubourg de
Lattes, au sud Villeneuve, à l’ouest le faubourg Saint-Jaume et le quartier des écoles autour de la colline du
Peyrou. La ville ne retrouvera son extension de 1350 qu’en 1850 ! Intra-muros, on compte de nombreuses
petites églises : Saint-Firmin, l’église paroissiale unique, ou Notre-Dame-des-Tables, centre civique de la ville
près du Consulat et des marchés. Inversement, dans les faubourgs, se trouvent de grands monastères, en
1

�particulier ceux des ordres mendiants (Dominicains à l’ouest, Franciscains à l’est, Carmes et Augustins au
nord). Il existe aussi un monachisme féminin périurbain, avec les couvents des Prouillanes (dominicaines),
des repenties (anciennes prostituées) et des recluses (femmes cloîtrées). A ce tableau, il faut rajouter six
hôpitaux, tous situés aussi dans les faubourgs, gérés soit par la Communauté, soit par l’Eglise, ainsi que les
nombreux collèges et écoles formant l’Université.

Fig. 1 – Plan de Montpellier au Moyen Âge par Louise Guiraud (tiré de Jean Baumel, Histoire d’une
seigneurie du Midi de la France, tome 1, La naissance de Montpellier)
L E THALAMUS PARVUS
Pour la connaissance de la vie des Montpelliérains à cette époque, nous avons la chance de disposer
d’un document exceptionnel : le Thalamus Parvus ou Petit Thalamus, qui a fait l’objet récemment d’une
édition électronique novatrice (http://thalamus.huma-num.fr). Manuscrit de 500 folios conservé aux
Archives municipales de Montpellier (ms. AA9), ce « livre de gouvernement » de la ville contient les
principaux textes règlementaires propres à Montpellier (coutumes, établissements, statuts et serments des
officiers et des gens de métiers). Outre sa valeur juridique en tant que code municipal, ce registre constitue
« le fondement de l’identité civique » montpelliéraine (Vincent Challet), servant à l’investiture des
officiers publics et ayant une fonction mémorielle. En effet, il contient également une chronique locale en
occitan sous forme d’annales consulaires sur presque 400 ans, qui connaissent leur développement le plus
important entre 1334 et 1426. Emanation du Consulat, le pouvoir communal laïc représentant la
2

�bourgeoisie marchande, et rédigées par des notaires, les annales occitanes du Petit Thalamus témoignent de
la pénétration du religieux et du sacré dans la vie publique et quotidienne durant cette période. Elles
permettent de répondre à la question : comment les Montpelliérains ont réagi sur le plan religieux aux
malheurs du temps de la guerre de Cent Ans (la guerre, la peste et les crises climatiques et alimentaires) ?

I. Le temps des malheurs
FACE À LA GUERRE
La guerre de Cent Ans débute officiellement en 1337 entre Philippe VI et Edouard III. Le Petit
Thalamus ignore complètement ces événements jusqu’en 1355, date de la première chevauchée du Prince
noir, fils d’Edouard III, en Languedoc.
La même année [1355], à la Toussaint, les Anglais franchirent la Garonne […]. Les Anglais seraient
parvenus à Béziers, s’ils n’avaient entendu dire que les hommes d’armes de Montpellier et de toute la
sénéchaussée de Beaucaire y étaient massés. Ils s’en retournèrent en suivant la montagne et firent de grands
ravages du côté de Pépieux, à Azilhan-le-Comtal et dans bien d’autres localités qu’ils brûlèrent ou pillèrent
complètement.
(http://thalamus.huma-num.fr/annales-occitanes/annee-1355.html)
Montpellier est épargné, mais la guerre n’est pas loin et les gens d’armes sont mobilisés. Les
Montpelliérains se sentent désormais concernés par le conflit. On observe ce basculement dans les annales
consulaires. Le chroniqueur, à partir de 1355, suit de près l’actualité de la guerre, même sur les champs de
bataille éloignés, les Grandes compagnies, l’emprisonnement du roi Jean II le Bon, rapportant en détail les
noms des protagonistes. On décèle une inquiétude, la peur naissante dans la population. Comment se
défendre en cas d’attaque ? La question de la fortification de la ville et des faubourgs est un vrai problème.
En effet, depuis 1258 et le traité de Corbeil qui fixe la frontière entre la France et l’Aragon, l’entretien de la
Commune Clôture s’est relâché. La muraille et les fossés ont été privatisés, rendant ce moyen de défense
insuffisant, et en outre les faubourgs sont ouverts. Face au danger, décision est prise en 1357 de fortifier les
faubourgs, ce qu’on va appeler la Palissade. Toutefois, sa construction coûte cher et, trop étendue, elle
restera inachevée. La partie sud seulement, correspondant à l’actuel cours Gambetta, sera construite.
Mais en 1361, les routiers sont aux portes de Montpellier. La ville est confrontée à deux incursions,
par les compagnies de Seguin de Badefol puis de Bérard d’Albret.
Item, aquel an meteys [1361], en lo mes de may, estan lo dichs enemics a Frontinhan, I matin ne
vengron alcus entro a la gleya de Sant Cosme de Montpelier, et d’aqui traysseron e ne meneron II femnas et III
homes que eron en la glieya. Item, aquel an meteys, a II d’aost venc a Montpelier Berart de Lebret am grans
gens d’armas de caval e de pe, et pres los barris ubertz de Frayres Menors e·l pos de la Roda et las Balmas et el se
alotjet a Frayres Menors et estet y ben IIII jorns. Totas ves, cascun dya, la gent de la villa lur yssia entro a Sant
Aloy et entro als ortz de Frayres Menors et los escaramussava hom et combatia, car en la v illa avia gran copia
d’artilharia, de gens e de vitalha, et morian ne pro de sa et de la, totas ves mays ne morian dels enemics que de
la vila ; et adoncs la gent de la villa d’una part e los enemics d’autra, cremeron gran colp d’ostals deforas lo
portal de Latas et ne derroqueron motz d’autres per los barris ubertz seguen davant los murs ; et puoys los
3

�enemics laysseron los luocs. […] Et apres que los dichs enemics se foron partiz de Montpelier, la vila fes derocar
mays granre dels hostals dels barris ubertz davant los murs et tota la glieya dels carmes deforas lo portal del
Legador. Et encara que motas espias e autres que hom trobet dels enemics foron a Montpelier qui pendutz, qui
traynatz et escapsatz e escartayratz et las pessas pendudas en las forcas et en los arbres per diverses camins.
La même année, au mois de mai, quand les ennemis se trouvaient à Frontignan, certains d’entre eux
vinrent un matin jusqu’à l’église Saint-Cosme de Montpellier, et s’y emparèrent de deux femmes et trois hommes
qui étaient dans l’église et qu’ils emmenèrent. Cette même année, le 2 août, vint à Montpellier Berard d’Albret
avec de nombreuses troupes de cavaliers et de fantassins, et il prit les faubourgs ouverts des Frères-Mineurs, le
puits de la Roue et les Baumes ; il prit quartier aux Frères-Mineurs et y resta bien quatre jours. Cependant,
chaque jour, les gens de la ville faisaient des sorties contre eux jusqu’à Saint-Éloi et jusqu’aux jardins des FrèresMineurs, et les combattaient dans des escarmouches, car dans la ville il y avait abondance d’artillerie, d’hommes
et de vivres. Il y avait pas mal de morts des deux côtés, mais plus cependant du côté des ennemis que de la ville.
Alors les gens de la ville d’un côté et les ennemis de l’autre, mirent le feu à quantité de maisons au-dehors du
portail de Lattes et en détruisirent beaucoup d’autres dans les faubourgs ouverts qui s’étendaient devant les
remparts. Puis les ennemis abandonnèrent la place. […] Une fois que les ennemis eurent quitté Montpellier, la
ville fit encore détruire beaucoup des maisons des faubourgs ouverts devant les remparts, ainsi que la totalité de
l’église des Carmes à l’extérieur de la porte du Legassieu. En outre, on trouva à Montpellier beaucoup d’espions
et d’autres ennemis qui furent les uns pendus, les autres traînés sur la claie, ou décapités, ou dépecés et dont les
quartiers furent suspendus aux potences et aux arbres sur divers chemins.
(http://thalamus.huma-num.fr/annales-occitanes/annee-1361.html)
Montpellier connaît de nouvelles incursions des Grandes compagnies dans les faubourgs en 1362 et
1363. Face à l’insuffisance des moyens de protection, les consuls décident en 1363 de détruire 200 maisons
construites contre la muraille pour renforcer l’écusson. En 1365, à la demande des habitants des faubourgs,
argumentant qu’il est injuste que les Juifs, « des étrangers d’une grande richesse », soient plus en sécurité
que les Chrétiens locaux, le duc d’Anjou, lieutenant du roi de France, ordonne de déplacer les Juifs de
Castelmoton (le quartier juif près de la Canourgue) dans le faubourg de la Saunerie. En retour, ces habitants
vont prendre la place des Juifs délogés à l’intérieur des murs. Il est difficile de parler de persécution de la
communauté juive montpelliéraine, mais plutôt de ségrégation et de discrimination. Si on l’expose au
danger, on ne cherche pas à en faire des victimes expiatoires. Jusque-là, les Juifs avaient été tolérés et
protégés à Montpellier. Il s’agit de la seule conséquence sur le plan religieux de la guerre. Notons cependant
que cet événement n’est pas rapporté dans le Petit Thalamus et que nous ne conservons que l’ordonnance
du duc d’Anjou dans les Archives de la ville (Louvet 2445).
FACE À LA PESTE
En 1348, les Montpelliérains voient la mort en face. Arrivée par bateau à Marseille en novembre
1347, l’épidémie de peste bubonique qu’on appelle « la Grande Peste » va se répandre dans toute l’Europe
en 1348 causant des millions de victimes. La « mort noire » touche Montpellier sans doute fin mars et
persiste jusqu’à l’été, avec un pic de mortalité au mois de mai. Le Petit Thalamus rapporte cette année-là :
« Et fon aquel an gran mortaudat ». 9 consuls sur les 12 formant le conseil de ville meurent. Il est difficile
d’évaluer le nombre des victimes à Montpellier de ce printemps meurtrier, vraisemblablement autour de
40% de la population.
L’historienne américaine Kathryn Reyerson fait la corrélation entre épidémie de peste et pratiques
4

�testamentaires. Elle signale une augmentation du nombre de testaments en 1348, marquant une mortalité
exceptionnelle. Les testaments représentent en outre une source privilégiée pour étudier la piété des
habitants. Le testateur prend des dispositions pour le salut de son âme, en général sous forme de legs pieux,
en numéraire ou matériel, à des établissements religieux et à des institutions charitables (hôpitaux, dons à
distribuer aux pauvres,…). Plus on donne, plus on est assuré de gagner son salut, et souvent on multiplie les
donataires pour accroître le nombre des prières. Le summum pour celui qui se soucie de son salut, c’est la
fondation d’une chapelle ou chapellenie. Il s’agit de doter une église, un couvent ou un hôpital d’une somme
d’argent ou de terres, constituant une rente qui servira à l’entretien d’un prêtre, titulaire de ce bénéfice,
chargé de prier de façon perpétuelle pour l’âme du défunt. Le fonds de l’Œuvre de la Commune Clôture
(Archives municipales, série EE), institution chargée de l’administration de certaines de ces chapellenies,
renferme de nombreux testaments avec fondation de chapelles étalés sur tout le XIVe siècle. La lecture du
graphique ci-dessous est particulièrement éloquente.
Sur 52 testaments, on en conserve 12 pour la seule année 1348, soit presque le quart. Cela traduit
non seulement une forte mortalité, mais aussi une situation exceptionnelle avec un élan de piété. La peste
qui frappe indistinctement, sans qu’on en connaisse les causes, ne peut être qu’un fléau de Dieu. Celui qui
meurt de la peste est en quelque sorte puni par Dieu. En fondant une chapelle, on espère apaiser sa colère
par de nombreuses prières et assurer ainsi le salut de son âme dans l’au-delà.
Après 1348, la peste s’installe de manière permanente en Europe pour plusieurs siècles. Elle ressurgit
occasionnellement, ce qu’on appelle des retours de peste. Le second pic dans la courbe en 1361, certes plus
modeste, correspond à une nouvelle épidémie à Montpellier, comme le rapporte le Petit Thalamus.
Item, aquel an meteys, fon grant mortalitat en crestiandat et duret a Montpelier per tot may et junh et
julh en que moriron motz de bos homes et gran colp d’autra gent, tant que lo y ac mot de jorns que morian V C
personas entre grans e paucas et riquas e pauras.
Cette même année, il y eut une grande épidémie dans la chrétienté et elle dura à Montpellier pendant tout
mai, juin et juillet, durant lesquels il mourut beaucoup de notables et quantité d’autres, au point qu’il y eut
beaucoup de jours où il mourait cinq cents personnes, grandes et petites gens, riches et pauvres.
(http://thalamus.huma-num.fr/annales-occitanes/annee-1361.html)
Après 1361, on observe une baisse du nombre de fondations de chapellenies jusqu’à la fin du siècle,
signe peut-être d’un abandon progressif de ces pratiques et de l’adoption de nouvelles formes de religiosité
pour assurer son salut. On sait par ailleurs que les Juifs ont été souvent les victimes collatérales des peurs
liées à la peste. A Montpellier, pas de pogroms, mais le Petit Thalamus témoigne d’un règlement des consuls
du 6 mai 1368 restreignant l’accès à l’eau potable et à la boucherie commune aux Juifs.
Premieramens que los juzieus ni las juzievas habitans en Montpellier non auzon pozar ni beure ayga
en negun pos de Montpellier, ni en tot l’ostal d’aquel, sinon en un solet pos, local nos lur assignaren, afin que los
crestians non bevon lurs sobras pudentas ni autres escandals non se y puescon estalvar.
Ordonnons premièrement que ni les Juifs ni les Juives qui habitent Montpellier ne puiseront ni ne
boiront l'eau d'aucun puits de Montpellier ni d'aucune maison, si ce n’est d'un seul puits que nous leur
assignerons, afin que les Chrétiens ne boivent pas leurs souillures, ni que d’autres scandales ne puissent advenir.
(AA9, fol. CCCXVIII)

5

�On retrouve ici la trace d’une rumeur répandue dans toute l’Europe. À Montpellier comme ailleurs,
on a accusé les Juifs d’empoisonner l’eau des puits et d’être responsables de l’épidémie. Telle qu’elle est
formulée, la décision des consuls est à la fois une mesure sanitaire – les Juifs sont considérés comme impurs
et représentent en cela un danger pour la population – et une mesure de police pour éviter toute violence et
débordements incontrôlés, et par voie de conséquence pour protéger les Juifs de la vindicte populaire.
Notons que ces accusations sont tardives (vingt ans après la Grande Peste) et surviennent dans un contexte
où la religion a pris une place centrale dans la vie publique (voir citra).
FACE AU CHANGEMENT CLIMATIQUE
Dans les années 1350-1370, se succèdent des phénomènes météorologiques exceptionnels dus au
refroidissement général du climat durant cette période (Petit Âge glaciaire). Il s’agit d’hivers rigoureux,
comme l’hiver 1363-1364 où le Rhône et l’étang de Thau gelèrent, de violents orages de grêle, d’étés
humides, entraînant de mauvaises récoltes et par la suite la disette au sein de la population comme en 1362
et en 1363. Perçus comme des événements extraordinaires, ils sont rapportés comme tels dans les annales du
Petit Thalamus.
Item, en aquel an meteys [1354] a XII setembre que fon divenres, a lums atuzatz, cazet tan gran
conglapi de peyras e tant abrivadas, am tant gran aondansa d’aigua, que tota la majer partida dels teules dels
ostals de Monpeslier trenqueron las dichas peyras, car segon que comtavon alcus, lo casegron peyras que pezavon
una lieura, et avia n’i que pezavon IIII Lieuras e X lieuras e de XXV lieuras. E fon tan gran l’auratge que
menet que derroquet lo cloquier de Sant Martin de Prunet et de Nostra Dona de Chaulet e derroquet gran
multitut d’albres, de grans e de grosses a gran meravilhas e d’ostals.
Cette même année, le vendredi 12 septembre, après l’extinction des feux, il tomba une telle giboulée de
grêle, et si drue, avec un tel déluge que ces grêlons brisèrent la plus grande partie des tuiles des maisons de
Montpellier car, à ce que racontaient certains, il tomba des grêlons qui pesaient une livre et il y en avait qui
pesaient quatre livres, dix et vingt-cinq livres. La tempête qui se déchaîna fut si forte qu’elle détruisit les clochers
de Saint-Martin de Prunet et de Notre-Dame de Chaulet, et elle détruisit une grande quantité d’arbres, des
grands et des gros, de façon extraordinaire, et de maisons.
(http://thalamus.huma-num.fr/annales-occitanes/annee-1354.html)
C’est le récit d’une catastrophe, celui d’une population marquée par la violence de l’événement, où
tout est porté à l’exagération, la taille des grêlons, la quantité d’eau tombée, le nombre d’arbres déracinés…
Même s’il n’est pas clairement exprimé, il y a chez le chroniqueur le sentiment d’un châtiment divin à
l’origine du phénomène : la grêle est l’une des dix plaies d’Égypte infligées par Dieu pour convaincre
Pharaon de laisser partir le peuple d’Israël, et les clochers abattus par la tempête peuvent être interprétés
comme l’expression de la colère de Dieu contre les siens en détruisant symboliquement sa propre maison.
En 1365, ce sont des nuées de sauterelles qui envahissent le territoire montpelliérain :
Item, a XV de julh, comenseron a venir en Montpeslier e per tot lo terrador grans quantitatz de
langostas, lasquals volavon per l’ayre a grans ardas, tant que tenian cubert tot lo paÿs e cays cubrian tota la
terra et en partida tolian la vista del solhelh e manjavan totas las erbas que trobavon, de pratz e d’autres luoxs.
Le 15 juillet, il commença d’arriver à Montpellier et dans tout son territoire de grandes quantités de
sauterelles qui volaient dans l’air en grandes nuées si bien qu’elles couvraient tout le pays, recouvraient presque
6

�tout le sol et empêchaient en partie de voir le soleil ; elles mangeaient tous les végétaux qu’elles trouvaient, dans
les prés et ailleurs.
(http://thalamus.huma-num.fr/annales-occitanes/annee-1365.html)
Là aussi il est fait référence, et de manière plus explicite, à la Bible et au livre de l’Exode. Les
sauterelles sont la huitième plaie qui frappe l’Égypte. Le chroniqueur paraphrase quasiment le texte
biblique : « les sauterelles recouvrirent la surface de toute la terre et la terre fut dans l’obscurité ; elles
dévorèrent toutes les plantes de la terre et tous les fruits des arbres » (Exode 10). Pour le lecteur, il est
évident que Montpellier est frappé à son tour par le châtiment divin. Montpellier, ville maudite ? Le récit
tient du topos, mais la conjonction des calamités entre 1361 et 1365, des années terribles on l’a vu, a de quoi
échauffer les esprits. Quelques sauterelles ont pu suffire à croire en une malédiction. Dans ce contexte, il en
faut peu pour que les Montpelliérains voient le diable à leur porte. Ainsi en 1372, après une nuit de
tempête, il apparaît aux Trinitaires, religieux d’un couvent situé dans le faubourg de Nîmes, au nord de la
ville :
Causa novela
Item, I dimars que era XI de may, fes gran temporal d’aura e de plueia tota la nueg davant et puoys, I pauc
apres l’alba, fes I gran thro et adonc fon vist per lo ministre de la Trinitat e per son conpanhon en la cambra ont
jasien I demoni en forma d’ome vestit ab I mantel vermelh cort et una berreta negra sus la testa, montat a caval
sus I cayssa ; loqual pueis pres del sol una gran peyra que pezava entorn mieg quintal, laqual mes sotz lo bras et
yssy s’en per la porta ; e trenquet et arrabet motz albres en los ortz d’entorn, e descobri la glieyza e la claustra e
l’hostal del dich orde, e l’ostal de la reclusa ; e d’aqui s’en anet per lo laor de la Valeta et aqui levet motas telas e
las portet otra lo Les e las escampet per los albres e per las vinhas entro pres lo luoc de Clapiers.
Chose inouïe :
Le mardi 11 mai, il commença par faire un grand orage de vent et de pluie toute la nuit, puis, un peu après
l’aube, il y eut un grand coup de tonnerre. Alors, le ministre de la Trinité et son compagnon virent dans la
chambre où ils couchaient un démon de forme humaine, vêtu d’un court manteau vermeil, avec une toque noire
sur la tête, à cheval sur un cercueil ; il ramassa ensuite par terre une grosse pierre qui pesait près d’un demiquintal, la mit sous le bras et sortit par la porte. Beaucoup d’arbres furent brisés et arrachés dans les jardins du
voisinage, les toits de l’église, du cloître, de la maison de l’ordre et de celle de la recluse furent enlevés. Il en
repartit dans la direction du guéret de la Valette d’où il enleva quantité de toiles qu’il emporta de l’autre côté du
Lez et dispersa à travers arbres et vignes jusqu’auprès de la localité de Clapiers. (http://thalamus.humanum.fr/annales-occitanes/annee-1372.html)
Ici le merveilleux chrétien laisse place au fantastique, voire à la fantasmagorie. Jamais dans le Petit
Thalamus n’ont été évoquées des causes surnaturelles pour expliquer des dégâts dus aux intempéries. Ce
récit est unique en son genre, ce qu’exprime bien la rubrique « causa novela ». Le chroniqueur, toujours
mutatis mutandis rationaliste quand il décrit des phénomènes climatiques, se laisse gagner par la
superstition. Même le 8 décembre suivant, quand la foudre abat la pointe de la flèche du clocher de SaintFirmin causant d’importants dommages au presbytère, il s’en tient aux faits, sans rien rajouter
d’intervention divine ou maline. Ou bien ne fait-il que rapporter le récit que répandent les Trinitaires en
ville ? Signe des temps, d’une population montpelliéraine éprouvée par les difficultés et crédule à cette
histoire de démon malfaisant ? En tout cas, sa description est intéressante d’un point de vue
7

�ethnographique. Elle correspond à l’image populaire du diable ayant pris forme humaine, avec un manteau
court et rouge, qui perdure jusque dans le Méphistophélès de la légende allemande du Faust et ses
représentations scéniques et cinématographiques, par exemple dans le film de Murnau (1926).

II. L’apparition de nouvelles pratiques : piété collective et religion civique
Jusque-là, nous n’avons relevé que peu de pratiques religieuses induites par ces malheurs, et
strictement individuelles, à savoir la fondation de chapellenies dans un contexte épidémique. D’autre part,
la chronique consulaire du Petit Thalamus est plutôt discrète sur le fait religieux à Montpellier. Un
basculement s’opère dans les années 1360, l’apparition d’une religion civique à Montpellier qui va
progressivement devenir centrale dans la chronique consulaire. Il s’agit d’un phénomène socio-politique
nouveau impliquant toute la Communauté et ses représentants, un mouvement d’expiation collective où
tous les corps civiques participent ensemble à la protection et au salut de la ville. Ce passage de la prise en
charge du salut par la Communauté et non plus par la prière individuelle fait écho à un mouvement
européen comme celui des flagellants, sans que l’on connaisse ces épanchements doloristes à Montpellier
(une seule mention en 1313). Nous croyons que le pape Urbain V et la famille Grimoard ont joué un rôle
déterminant dans l’apparition de ce phénomène.
U RBAIN V ET LE RETOUR DU RELIGIEUX À MONTPELLIER
Guillaume Grimoard (1310-1370), noble lozérien, ayant fait ses études à Montpellier, puis
professeur dans cette même ville, devient pape à Avignon sous le nom d’Urbain V en 1362. Durant ses huit
années de pontificat, il fait bénéficier la ville d’un mécénat important. Il vient souvent à Montpellier et
chacune de ses visites est rapportée dans le Petit Thalamus. Il entreprend en 1364 son grand-œuvre, la
fondation du monastère Saint-Benoît et Saint-Germain, actuelles cathédrale Saint-Pierre et faculté de
médecine, où interviennent les architectes du Palais des papes. La construction de ce monastère a nécessité
une opération foncière importante intra-muros, qui n’a été rendue sans doute possible que par la
dépopulation à la suite des épidémies de 1348 et de 1361. Coste-frège, où il est édifié, est un quartier
populaire où la peste a dû faire des ravages. A l’emplacement de l’îlot abandonné, s’élève à partir de 1367 le
plus grand sanctuaire de la ville intra-muros, comme une sorte d’ex-voto contre la peste, pour « conjurer la
peur » (Patrick Boucheron).
La pose de la première pierre de la future cathédrale Saint-Pierre, le 1 er octobre 1364, donne lieu à la
première procession décrite en détail dans le Petit Thalamus.
Le 1er octobre, fête de saint Germain et de saint Rémy, on posa les premières pierres dans l’église que fit
édifier notre seigneur le pape Urbain V à côté de Coste Frège, avec une procession générale de tous les ordres et de
toutes les églises de Montpellier. Y participèrent les seigneurs consuls de Montpellier, les seigneurs ouvriers, les
seigneurs consuls de mer avec leurs torches et leurs cierges, les ménétriers et le dais du consulat. La procession
partit de la maison consulaire avec le chef de Mgr saint Blaise, puis elle y revint. Mgr Joan Gasc, abbé d’Aniane,
dirigea la procession et célébra l’office et frère Gordon Tinel, frère mineur, natif de Montpellier, prononça le
sermon sur l’emplacement de l’église. Notre seigneur le pape accorda ce jour-là et à perpétuité le même jour
chaque année sept ans et sept quarantaines d’indulgence plénière.
(http://thalamus.huma-num.fr/annales-occitanes/annee-1364.html)
8

�Il est intéressant d’observer la place qu’occupent les pouvoirs laïcs au sein de cette manifestation
religieuse. Sont présents les représentants des habitants (les consuls), les administrateurs de la Commune
Clôture (les ouvriers) et les élus chargés du commerce et des affaires maritimes (consuls de mer), les trois
principales institutions communautaires. Et la procession part de la Maison consulaire, c’est-à-dire de
l’Hôtel de Ville, ce qui marque l’implication directe du pouvoir communal dans son organisation. Cela
signifie que cet événement dépasse la simple fondation à titre privé par Urbain V d’un monastère à
Montpellier et qu’il revêt une importance symbolique pour la Ville dans le contexte que l’on connaît, dont
le bénéfice rejaillira sur la population toute entière. Derrière le pape, il y a les Montpelliérains tous
ensemble. La fondation du monastère Saint-Benoît et Saint-Germain marque donc l’apparition d’une
religion civique à Montpellier. Et surtout, Urbain V distribue des indulgences. Définies de nos jours comme
« la rémission devant Dieu de la peine temporelle due pour les péchés dont la faute est déjà effacée »
(encyclique Indulgentiarum doctrina), les indulgences permettent de se purifier de ses péchés et de gagner
plus rapidement le Paradis après la mort. C’est le remède qu’il fallait aux Montpelliérains « malades de leur
salut » (Lucien Febvre). Tous ces bienfaits ne peuvent donc que susciter leur adhésion et expliquer leur
participation générale. D’ailleurs, on peut mettre en corrélation l’accord massif d’indulgences avec la chute
du nombre de fondations de chapellenies à la fin du XIVe siècle.
À chaque venue d’Urbain V à Montpellier, se reproduit le même rituel : entrée solennelle du pape et
des cardinaux accueillis par les autorités consulaires et procession générale dans la ville. Un ordre de
procession se fixe alors, qui reste invariable dans toutes les processions décrites par la suite dans le Petit
Thalamus, puis codifié au cours du XVe siècle dans le Cérémonial consulaire. Ce n’est pas seulement le plus
haut dignitaire de l’Eglise que l’on reçoit, c’est aussi le bienfaiteur et protecteur de la ville et de ses habitants,
toujours généreux en indulgences et en reliques, même si la protection pontificale ne suffit pas à écarter la
peste et les intempéries. Figure charismatique et fédératrice, Urbain V fait reprendre espoir aux
Montpelliérains. Le point d’orgue de ses libéralités est atteint au début de l’année 1367, lors de la
consécration du monastère Saint-Benoît et Saint-Germain :
Le samedi 30 janvier, pendant que notre seigneur le pape se trouvait à Montpellier, il fit porter à l’église
Saint-Benoît le chef de Mgr saint Blaise, martyr, que les seigneurs consuls venaient de faire refaire, si ce n’est que
notre seigneur le pape en avait payé le quart de l’argent et les pierres précieuses seulement. Il y fit également
porter le chef de saint Benoît, abbé, et une grande statue de Notre-Dame avec son tabernacle tout en argent
doré. Ces joyaux y furent portés en procession solennelle des églises et des ordres et avec une grande quantité de
cierges du consulat et de toute la ville. De grandes indulgences y furent accordées par notre seigneur le pape, huit
seigneurs cardinaux et quantité d’évêques et d’abbés qui avaient revêtu leurs ornements. La messe fut chantée
par Mgr Pierre de la Jugie, archevêque de Narbonne, qui accorda de grandes indulgences dont le total se monta
à onze ans. […] Le dimanche suivant qui était le 14 février, notre seigneur le pape consacra le maître-autel de
son église Saint-Benoît, puis y chanta la messe pontificale en présence de tous les cardinaux et de beaucoup
d’autres prélats. Il y accorda sept ans et sept quarantaines d’indulgences. Puis, aux vêpres, Mgr l’archevêque de
Narbonne y fit le prêche et accorda les mêmes indulgences de la part de notre seigneur le pape et, de celle des
seigneurs cardinaux, cent jours pour chacun ; de la part des autres prélats, il accorda pour chacun quarante
jours d’indulgences ; pour lui-même, par privilège reçu du pape Clément VI, soixante jours ; de la part du pape
Urbain, soixante jours ; et en vertu de son droit ordinaire quarante jours. Il décida que ces indulgences seraient
perpétuellement accordées chaque année le 14 février.
(http://thalamus.huma-num.fr/annales-occitanes/annee-1366.html)
9

�U N CIERGE CONTRE LA PESTE
Face à la répétition des épreuves, se manifeste une religiosité du désespoir. Quand il n’y a plus de
moyen d’agir sur le plan politique, administratif ou sanitaire, les autorités consulaires se tournent vers Dieu
pour trouver un exutoire, et calmer les esprits dans la population. L’année 1374 est catastrophique : peste,
guerre, pluie et froid, mauvaises récoltes, disette et cherté du grain.
Item, tot aquel an, de Caremantran entro Sant Johan dureron neblas et aer corromput ; perque foron gastatz
los blatz e∙ls vins en las vinhas et los fruchatges et motz vis dels celiers foron fatz amars. Et motas gens d’armas
que say esteron tot entorn en aquest paÿs en lo mes de junh gasteron gran partida dels dichs blatz et vis et
fruchatges. Et per ayso, tot aquel an, local fo an pestilencial de mortalitat et de carestia et cays de fam, fon gran
frachura et gran carestia de blat de las meyssos d’aquel an entro las autras seguens…
Durant toute cette année, de carême-prenant jusqu’à la Saint-Jean, il persista des brumes et un air vicié, aussi
furent endommagés les blés, les raisins dans les vignes et les fruits et une bonne partie du vin des celliers prit un
goût amer. De nombreux hommes d’armes qui occupèrent ce pays et ses alentours au mois de juin ravagèrent une
grande partie des blés, des vignes et des fruits. C’est pourquoi, pendant toute cette année où sévit la calamité de
l’épidémie, de la disette et presque de la famine, il y eut grand défaut et grande disette de blé depuis les moissons
de cette année-là jusqu’aux suivantes… (http://thalamus.huma-num.fr/annales-occitanes/annee-1374.html)
Pour faire cesser cette nouvelle épidémie de peste, les consuls ordonnent de fabriquer un cierge
gigantesque, de la longueur des murs de la ville, soit plus de 1500 mètres, qu’ils vont faire brûler au moyen
d’une roue dans l’église Notre-Dame-des-Tables. Pour cela, il font ceindre Montpellier d’un fil de coton,
partant de la porte des Carmes au nord-ouest en suivant le tracé de la Commune Clôture dans le sens des
aiguilles d’une montre jusqu’à la Babote, puis en suivant la Palissade au sud et à l’ouest en englobant les
faubourgs, de manière à en faire le tour. Ainsi, ils définissent symboliquement un espace sacré à protéger du
mal. Le pouvoir communal demande au nom de la collectivité l’intercession de Dieu et de la Vierge Marie
pour mettre fin à l’épidémie, et d’un seul bloc, il se substitue aux prières de chacun pour obtenir d’être
délivré de la peste.
Item, l’an meteys, fo mortalitat en Montpellier et en diversas autras partz, lacal duret en Montpellier et
entorn de Caremantran entro passada la festa de Sant Johan ; perque los senhors cossols feron senchar am I fil lo
mur de la vila, de la torre nova dessus lo Carme entro a la torre de la Babota, layssan lo mur de la vila que es
devers la palissada ; am local fil feron atressi senchar tota la pallissada en que ac entorn XIXC canas per tot ; del
cal fil am coton et cera feron far i rezench de cera del dich lonc et del gros del det, lo cal feron metre en Ia roda de
fusta nova a l’autar de Nostra Dona de Taulas. Et aqui fo atuzat de lum novel senhat, e lo dich rezench fo
senhat per cremar continuament al dich autar a honor de Dieu et de madona Sancta Maria, et per placar
Nostre Senhor de la ira sieua, et per far cessar la dicha mortalitat, et que nos dones bona pas. Local fo atuzat I
digous que era XXVII jorns d’abril.
Cette année-là, il y eut une épidémie à Montpellier et dans diverses autres régions ; à Montpellier et aux
alentours, elle dura de carême-prenant jusqu’après la Saint-Jean ; aussi les seigneurs consuls firent ceindre avec
un fil la muraille de la ville, de la tour neuve au-dessus des Carmes jusqu’à la tour de la Babote, laissant en
dehors le mur de la ville qui est du côté de la palissade. Avec ce fil, ils firent également ceindre toute la palissade,
ce qui faisait à peu près 1900 cannes en tout. Avec ce fil, du coton et de la cire, ils firent fabriquer un cordon de
cire de cette longueur-là et de l’épaisseur du doigt et ils le firent placer sur une roue de bois neuve sur l’autel de
10

�Notre-Dame-des-Tables. On l’y alluma avec un cierge nouvellement béni et ce cordon fut béni afin de brûler
sans relâche sur cet autel en l’honneur de Dieu et de Madame Sainte Marie, pour apaiser la colère de NotreSeigneur, pour faire cesser cette épidémie mortelle et afin qu’il nous donne bonne paix. Il fut allumé le jeudi 27
avril.
(http://thalamus.huma-num.fr/annales-occitanes/annee-1374.html)
Une fois la peste passée, trois mois après, les consuls peuvent remercier Dieu de leur être venu en
aide et ordonnent une nouvelle procession, le priant de faire de même contre la guerre et les mauvaises
récoltes.
Le dimanche 23 juillet, les seigneurs consuls firent faire une très solennelle procession générale pour laquelle on
fit nettoyer et orner de tentures les rues et sortir les bannières. Toutes les églises paroissiales y participèrent, les
chapelles, les ordres mendiants et les autres avec leurs reliques, les cierges des confréries et les ménétriers. Il y eut
deux sermons et la procession fut conduite par Mgr Berenguièr de Sauve, prévôt de Maguelone, qui rendit grâce
à Notre-Seigneur de nous avoir délivrés de l’épidémie et le supplia de nous donner la santé et la paix et de
préserver les fruits de la terre.
(http://thalamus.huma-num.fr/annales-occitanes/annee-1374.html)
En 1384, dix ans après, face à une nouvelle épidémie qui persiste depuis l’été 1383, les autorités consulaires
décident de réitérer la même opération, de manière plus spectaculaire, en mesurant non seulement le tour
de la Commune Clôture, de la Palissade, mais aussi le périmètre de l’église Notre-Dame-des-Tables, la taille
de l’autel et les images saintes. Le tout cumulé, cela représente un cierge d’environ 2 km de long, brûlant en
continu dans l’intention que Dieu et la Vierge Marie mettent fin à la peste, à la guerre et aux mauvaises
récoltes. Malgré ce dispositif d’envergure, l’épidémie se prolonge encore cinq mois à Montpellier.
Item, per so que mortalitat granda, majorment dels enfans de XX ans o entorn et en aval, renhava et avia
renhat de San Johan, l’an LXXXIII en sa en esta vila et caix pertot, los senhors cossols a XXX de mars feron
mezurar tota la muralha de la vila de Monpeylier deforas costa la escama de las dogas, et la palyssada de part
dedins, et las ymages de Nostra Dona de Taulas et de son filh, et de l’autar de la gleya. Et fo trobat, canan am
fil, que la muralha que es foras la palissada a de lonc IXCXXXV canas mieg. Item, la muralha de la villa que es
deffra la palissada a VCXXX canas mieg. Item, la clausura de la palissada a de lonc pertot VIII CLXXXXIIII
canas mieg. Item, la dicha gleya a de roda tot entorn LXXX canas. Item, l’autar a de lonc am los dos caps II a
canas et II palms. Item, las doas ymages an de gros III palms. Item, la ymage de Nostra Dona a de lonc III
palms e ters. Et d’aquest fil am d’autres feron far I rezench sus l’autar de Nostra Dona en aut de Ia roda que y
era et y fon facha l’an LXXIIII per so que∙l dich rezench y creme nuech e jorn ad honor de Dieu et de la
benezecta Verges Maria, que lur plassa far cessar aquesta mortalitat et la empedimia de bossas renhant, et
donar pas de cel en terra, et salvar los frutz de la terra. Et fo senhat lo II jorn d’abril per mossen Jacme de la
Manhania, prior de Taulas. Et duret la dicha mortalitat entro mieg aost aquest an LXXXIIII, en loqual temps
moriron, part los enfans petitz e grans, mostz bos homes notables antixz et donas, specialmens joves, d’aquesta
vila. Et enayssi duret la dicha mortalitat et empedimia per l’espazi o entorn de XIIII meses, laqual cauza
jamays non fo vista que mortalitatz dures tant longuament en aquest paÿs et per ayso vaquet lo studi del tot de
Pantacosta entro Nostra Dona de setembre.
Comme une grande épidémie régnait et avait régné depuis la Saint-Jean 1383 jusqu’à maintenant dans
cette ville et presque partout, en particulier pour les enfants de vingt ans ou environ et moins, le 30 mars, les
11

�seigneurs consuls firent mesurer toute la muraille extérieure de la ville de Montpellier, à côté du talus des
douves, la partie interne de la palissade, les statues de Notre-Dame-des-Tables et de son fils, et l’autel de l’église.
En mesurant avec un fil, on trouva que la muraille qui se trouve à l’extérieur de la palissade a une longueur de
935 cannes et demie. Et la muraille de la ville qui est à l’intérieur de la palissade mesure 530 cannes et demie.
L’enceinte de la palissade est en tout d’une longueur de 894 cannes et demie. La circonférence totale de l’église est
de 80 cannes. La longueur de l’autel, d’un bout à l’autre, est de deux cannes et deux pans. Les deux statues font
trois empans de large. La statue de Notre-Dame a trois pans et un tiers de long. Avec ce fil et d’autres, on fit faire
un cordon sur l’autel de Notre-Dame en haut d’une roue qui s’y trouvait (on l’y avait faite en 1374) afin que ce
cordon y brûlât nuit et jour en l’honneur de Dieu et de la Vierge Marie bénie, pour qu’il leur plaise de faire
cesser cette infection mortelle, cette épidémie de peste bubonique qui règne, d’accorder la paix céleste à la terre, et
de préserver les fruits de la terre. Il fut béni le 2 avril par Mgr Jacme de la Manhania, prieur des Tables.
L’épidémie dura jusqu’à la mi-août de cette année 1384 ; pendant cette période, outre les enfants petits et
grands, il mourut beaucoup de notables âgés, et de dames, particulièrement des jeunes, de cette ville. Ainsi cette
épidémie mortelle dura pendant à peu près quatorze mois : on n’avait jamais vu une chose pareille qu’une
épidémie durât aussi longtemps dans notre région. C’est pourquoi l’université fut fermée entièrement de
Pentecôte jusqu’à Notre-Dame de septembre.
(http://thalamus.huma-num.fr/annales-occitanes/annee-1384.html)
Cette expérience du cierge de Notre-Dame-des-Tables est exemplaire d’une religion civique prise en
charge par les autorités municipales à Montpellier.
SAINT V INCENT FERRIER , "ROCKSTAR" DU XVE SIÈCLE
L’événement de l’année 1408 à Montpellier, c’est la venue de Vicent Ferrer, saint Vincent Ferrier
(1350-1419), un frère dominicain originaire de Valence en Espagne, célèbre pour ses sermons sur
l’Antéchrist et le Jugement dernier. Un moment proche du pape schismatique Benoît XIII (Pedro de Luna),
saint Vincent parcourt l’Europe en prêchant la parole de Dieu. Son succès s’explique à la fois par ses talents
d’orateur (les sermons qu’il improvise dit-on sont inspirés par sa foi vibrante), et par les thèmes qu’il
développe en phase avec le contexte millénariste de l’époque. A chaque changement de siècle, on annonce la
fin des temps. Les malheurs qui persistent et la grave crise que traverse l’Eglise avec le Grand Schisme
d’Occident entretiennent ce climat d’inquiétude. Saint Vincent prêche durant neuf jours à Montpellier au
couvent des Dominicains, attirant les foules venues l’écouter. Il invoque les ténèbres, la fin du monde, les
enfers, nourrissant les angoisses d’une population aux abois. Il appelle à la repentance. En tout cas, il fait
forte impression sur le chroniqueur du Petit Thalamus. Celui-ci rédige une relation fidèle de son séjour et
détaille les sujets qu’il aborde. Surtout, il fait réaliser sur le manuscrit l’unique enluminure historiée du Petit
Thalamus, représentant saint Vincent en orant devant un poisson, vertical, servant de lettrine I au texte des
annales. Cette peinture résume à elle seule l’importance de l’événement.
Le jeudi 29 novembre au soir, arriva et entra dans notre ville de Montpellier le révérend frère Vincent
Ferrier de l’ordre des prêcheurs, maître en la sainte théologie, très excellent prédicateur ; le lendemain, le
vendredi qui était la fête de saint André, il prêcha sous l’auvent qui se trouve dans le cimetière du couvent des
frères prêcheurs de notre ville où l’on avait autrefois l’habitude de prononcer les sermons, avant la grande
épidémie qui sévit en l’année 1348 quand la ville était très peuplée. Son sermon traita de Mgr saint André et
son sujet fut : « Dives est in omnes qui invocant illum » ; le samedi suivant, il prêcha au même endroit sur
12

�l’Avent et son sujet fut : « Ecce dies veniunt, dixit Dominus » ; le dimanche suivant, il prêcha au même endroit
sur l’avènement du Jugement et son sujet fut : « Benedictus qui venit in nomine Domini » ; le lundi suivant, il
prêcha au même endroit sur l’Antéchrist et sur la façon dont il attirera à lui le peuple et son sujet fut :
« Induantur arma lucis » ; le mardi suivant, il prêcha au même endroit sur la question de savoir pourquoi
Notre-Seigneur Dieu permettra que l’Antéchrist fasse tant de maux et son sujet fut : « Dicite quia dominus hiis
opus habet » ; le mercredi suivant, il prêcha au même endroit sur l’avènement de l’Antéchrist qui viendra
bientôt et qui, selon certaines révélations, est déjà arrivé et est né voici plus de cinq ans déjà et son sujet fut :
« Reminiscamini quia ego dixi vobis » ; le jeudi suivant, il prêcha au même endroit sur saint Nicolas et son
sujet fut : « In diebus suis placuit Deo » ; le vendredi suivant, il prêcha au même endroit sur la fin du monde et
son sujet fut : « Ite in castellum quid est contra vos » ; le samedi suivant, il prêcha au même endroit sur la
conception de Notre Dame et son sujet fut : « Ego jam concepta eram ». Après le repas, il quitta notre ville à
pied avec un autre maître en théologie et un autre frère de son ordre, qui l’accompagnait, et alla coucher à
Fabrègues. Là, il prêcha le dimanche matin sur l’approche de la fin du monde et son sujet fut : « Erunt signa in
sole ».
(http://thalamus.huma-num.fr/annales-occitanes/annee-1408.html)
Les mystiques, mêlant piété et superstition, ne manquent pas à cette époque et obtiennent une large
audience dans la population. Le Petit Thalamus relate également en 1388 le passage à Montpellier du
visionnaire ariégeois Pèire Uc, porteur d’un message au roi de France que lui auraient confié les archanges saint Michel,
saint Gabriel et saint Raphaël , ou encore l’histoire de la recluse Catherine Sauve, condamnée pour hérésie à
Montpellier en 1417 pour avoir soutenu des thèses sur l’Eglise et les sacrements semant le trouble dans les
esprits.
D ES PROCESSIONS PAR LES RUES
La multiplication des processions générales constitue le phénomène religieux majeur qui touche
Montpellier à la fin du XIVe siècle et au début du XVe siècle, tel que le reflètent les annales consulaires du
Petit Thalamus. Elles rassemblent toute la population sous la bannière commune des autorités laïques et
ecclésiastiques. Les motivations sont invariables et bien connues : pour la fin des épidémies de peste, pour le
retour de la paix et pour les bonnes récoltes. En unissant les prières, on espère calmer la colère de Dieu, qu’il
se montre favorable et qu’il préserve les Montpelliérains des malheurs. Ces manifestations publiques sont
accompagnées souvent de prédications des frères mendiants ou des dignitaires de l’Eglise. Un mouvement
de processions s’enclenche en 1391, quand la nouvelle de la conclusion prochaine d’un traité de paix entre
Charles VI et Richard II arrive à Montpellier.
Item, dimergue a XXV de junh, fo facha procession general en Montpelier per la pas per la qual se dizia que
nostres’ lo rey era a Sant Homer, e∙l rey d’Anglaterra era a Calays ; et per so que plagues a Dieus gardar nos de
malautias et de mortz subtanas ; et que li plagues salvar et gardar las personas de las gens e∙ls frutz de la terra.
En que foron mossen lo vicari de Magalona, las parroquias, los IIII ordes, Sant Johan et las capelas, los senhors
generals de Lenguadoc reformadors per lo rey nostres’, los officiers de las cortz, cossols et obriers et cossols de mar,
et quays tot cap d’ostal de senhors et de donas veuzas ; et cascun am sa entorta et los ciris de las confrayrias
cremans, et y portet hom la ymage d’argent de Nostra Dona de Taulas sot lo pabalhon et lo cors sans de mossen
sant Cleofas davant, et la testa apres en las mas de monssen lo prior de Sant Fermi, et y avia enffans mascles
innocens plus de M en pes descauces, respondens en auta votz a alcus senhors capelas que los precezian, cantans
las letanias. Et y avia atressi motas donzelas descaussas dizens lurs Ave Marias. Et y ac tant gran pobol et tant
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�gran luminaria que non era memoria d’ome que agues vist jamays a sa vida tant solempna procession en
Montpelier ni en autra part.
Le dimanche 25 juin, on fit à Montpellier une procession générale pour la paix ; on disait que notre seigneur le
roi était à Saint-Omer et le roi d’Angleterre à Calais pour la conclure. On la faisait aussi pour qu’il plaise à
Dieu de nous préserver des maladies et de la mort subite ; qu’il lui plaise de sauver et protéger les personnes et les
fruits de la terre. Y participèrent Mgr le vicaire de Maguelone, les paroisses, les quatre ordres, Saint-Jean et les
chapelles, les seigneurs généraux de Languedoc, réformateurs pour le roi notre seigneur, les officiers des cours, les
consuls, les ouvriers et les consuls de mer, et presque tous les chefs de famille nobles et les dames veuves, chacun
avec sa torche et les cierges des confréries allumés. On y porta la statue d’argent de Notre-Dame-des-Tables sous
son dais, et les reliques de Mgr saint Cléophas, son corps et son chef, entre les mains de Mgr le prieur de SaintFirmin. Il y avait plus de mille garçons, pieds nus, qui répondaient à voix haute à des prêtres qui les précédaient
en chantant les litanies. Il y avait aussi beaucoup de jeunes filles pieds nus, qui récitaient leurs Ave Maria. Il y
avait une telle multitude et tant de cierges que, de mémoire d’homme, nul n’avait jamais vu de sa vie une
procession aussi solennelle, à Montpellier ni ailleurs.
(http://thalamus.huma-num.fr/annales-occitanes/annee-1391.html)
Cette impressionnante procession fait date dans les annales. Toute l’année 1391, on espère la paix,
alors que survient un retour de peste. Les processions se renouvellent ainsi jusqu’en mars 1392.
Le dimanche 21 janvier 1392, comme, grâce à Dieu, l’épidémie était presque achevée à Montpellier et
dans les environs et comme le grand conseil de notre seigneur le roi de France et celui du roi d’Angleterre
devaient se réunir dans la région de Picardie le jour de Notre-Dame-de-la-Chandeleur à propos de la paix,
pour ces raisons, les seigneurs consuls organisèrent une autre procession générale comme les précédentes.
(http://thalamus.huma-num.fr/annales-occitanes/annee-1391.html)
A partir de ce premier accès de 1391, Montpellier vit au rythme des processions, de plus en plus
fréquentes, jusqu’à leur paroxysme dans les années 1410. Montpellier tombe alors dans une sorte de piété
permanente. Durant une dizaine d’années, ce sont pratiquement les seuls événements rapportés dans la
chronique. Ainsi, entre 1391 et 1426, une centaine de processions sont mentionnées et décrites parfois en
détail dans le Petit Thalamus. Les corps civiques défilent dans un ordre bien précis (consuls, ouvriers,
consuls de mer, gens de métier, représentants du roi, de l’évêque, des ordres religieux). Leur long
cheminement dans la ville décrit un cercle pour sacraliser l’espace intérieur. Le circuit rappelle d’ailleurs le
tour de ville de 1374 (cf. supra), longeant la Commune Clôture et la Palissade de manière à bien
circonscrire la zone urbanisée et à protéger l’ensemble de la population, comme ci-dessous.

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�Fig. 3 – Itinéraire de la procession du 12 juin 1413 à Montpellier
La procession du 12 juin 1413, dont l’itinéraire a été tracé sur le plan, est en cela exemplaire :
Le lundi 12 juin, qui était le lendemain de Pentecôte, on organisa dans notre ville une digne, sainte et dévote
procession générale à laquelle participèrent les quatre ordres et les cortèges des autres églises […] Une fois qu’on
eut dit la messe et le sermon, la procession partit de devant le consulat, descendit vers la Peyre, sortit par la porte
de Lattes, suivit les douves dans la direction des portes de Montpelliéret, de l’Évêque, du Pila-Saint-Gély, de la
Blanquerie, des Carmes, passant à l’intérieur de l’église et du cloître des Carmes, devant la portalière de SaintJacques, puis à l’intérieur du cloître et de l’église des Prêcheurs, entrant par une porte et sortant par l’autre ; elle
entra par le portail Firmin et suivit le fossé de la Palissade jusqu’à la portalière de Saint-Sauveur, entra par la
porte de la Saunerie, continua par la rue Trespassens et tourna au coin de la Peyre, entra à Notre-Dame-desTables, passa par l’Aiguillerie et aboutit au carrefour d’en Camburat, puis elle monta par la Verrerie et devant
Saint-Mathieu, par la rue Fournarié, par Castel-Moton, par la Draperie-Sainte-Croix et elle fit la boucle par
la rue Fabrarié et entra par le portail principal dans l’église Saint-Firmin. On y laissa Corpus Christi et M gr
saint Cléophas tandis qu’en repartaient les ordres et tous les autres cortèges des autres églises de la ville ; de là, les
seigneurs raccompagnèrent la statue de Notre-Dame jusqu’à son église de Notre-Dame-des-Tables. Et tout le
monde prit un plaisir extraordinaire à cette procession, car elle se faisait dans la dignité : il y avait là quinze ou
vingt notables de la ville qui allaient deux par deux dans la procession afin que les gens demeurent à leur place
et que les dames ne se mêlent pas aux messieurs et aux braves gens qui y allaient de bon cœur et avec une grande
15

�dévotion. Et les collecteurs se tenaient avec des coffres aux portes des églises Notre-Dame et Saint-Firmin et ils
recevaient de chacun et de chacune ce qu’il restait des chandelles pour aider à fabriquer un cordon pour NotreDame-des-Tables, collectant ainsi près de deux quintaux et demi de cire pour qu’il brûle jour et nuit afin que
Notre Seigneur, par sa miséricorde, nous préserve de l’épidémie et de mort. De là, tout un chacun repartit et s’en
alla chez lui ou là où il lui plut.
(http://thalamus.huma-num.fr/annales-occitanes/annee-1413.html)
L’omniprésence des processions n’est pas seulement le fait de choix personnels des chroniqueurs du
Petit Thalamus, mais bien le résultat de choix politiques dont les consuls sont les promoteurs. On voit
encore dans cet extrait que la procession se double de la fabrication d’un cierge géant pour l’église NotreDame-des-Tables, comme en 1374 et 1384. Ces démonstrations de piété collective participent de la religion
civique voulue et encadrée par le pouvoir communal à Montpellier. Elles servent à canaliser les peurs et
surmonter les difficultés de la population. En cela, elles sont un facteur de cohésion sociale et d’ordre
public. A l’échelle de Montpellier, cette religion civique constitue donc un véritable mode de gouvernement
développé par le Consulat pour faire face aux épreuves de la Guerre de Cent ans.
B IBLIOGRAPHIE
thalamus.huma-num.fr
Archives de la Ville de Montpellier. Inventaires et documents publiés par les soins de l’administration
municipale, tome premier, Grand chartrier (inventaire Louvet), et tome douze, série EE, Fonds de la
Commune Clôture.
Ghislaine FABRE, Thierry LOCHARD, Montpellier, la ville médiévale, Paris, Imprimerie nationale, 1992.
Vincent FERRIER (saint), Sermons, Perpignan, éditions de la Merci, 2010.

16

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              <text>"Religion, croyances et superstitions &amp;agrave; Montpellier pendant la Guerre de Cent Ans &amp;agrave; travers les annales occitanes du Petit Thalamus" contribution au colloque "La guerre de Cent Ans en pays de Languedoc (XIV&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; au XV&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&amp;egrave;cle)" / Pierre Joan Bernard</text>
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              <text>Montpellier est l'une des villes qui a le plus souffert en Languedoc durant la Guerre de Cent ans. La peste, la guerre et la pauvreté ont marqué durement la population montpelliéraine (Montpellier perd plus de la moitié de ses habitants). Ces malheurs étaient perçus par beaucoup comme un châtiment divin. On observe ainsi à Montpellier à cette époque un retour du religieux et du sacré, dans une sorte de mouvement d'expiation collective, dont les Annales occitanes du Petit Thalamus se font l'écho. La vie quotidienne est alors rythmée par de longues processions où participent tous les corps civiques. Les Montpelliérains vibrent à l'écoute des prêches enflammés du dominicain de Vicente Ferrer. On fait brûler un cierge de la longueur des murailles de la ville pour faire cesser les épidémies. Des moines voient même apparaître le diable dans leur couvent ! Montpellier, ville maudite ? &#13;
&#13;
Pierre-Joan Bernard est assistant de conservation du Patrimoine aux Archives municipales de Montpellier.</text>
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