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                  <text>����RECUEIL DE PETITS OPUSCULES
EN PATOIS AUVERGNAT.

��DE

M PATOIS AUVERGNAT,
CONTENANT

1. Dialogue relatif aux Opérations du Cadastre ;
13. lie Vainqueur de Juillet,
Mélange de français, de patois et de grivois ;

3. lie Tirage, ou les Sorciers,
Poème patois;

4. lie Maire compétent,
Poëme patois ;

A. Pièces fugitives,
En vers patois ;

Paf 91. ROY, Expert - Géotnètre,
ANCIEN JUGE Î&gt;E PAIX DE ROCHEFORT.

&lt;B3i33IBS£I(E)ïïíî - HP3BIBIBASÏUD

9

A LA LIBRAIRIE D'AUGUSTE VEYSSET,

��CE polit dialogue est une pure invention de la part de l'auteur ; mais il y
a une telle vraisemblance et une naïveté tellement naturelle dans les différens
caractères des personnages que l'on se figure voir passer la scène sous ses
yeux, et l'on peut dire avec raison, pour peu que l'on connaisse les mœurs
et les habitudes du pays, que la nature a été prise en flagrant délit.

L'auteur n'a eu l'intention de blesser l'amour-propre de personne ; on
ne désigne point le lieu où la Scène s'est passée, les noms des personnes ont
été pris au hasard.
En s'occupant il cette bagatelle, l'auteur n'a eu d'autre dessein que celui
de s'amuser, et de procurer à ses lecteurs la même jouissance : voilà son
unique but.
Comme l'idiome de la montagne d'Auvergne n'a point de règles fixes pour
l'orthographe, afin de faciliter la lecture de ce petit opuscule, il ne sera pas
indifférent d'établir ici une base qui servira de régulateur pour certains mots,
et surtout pour reconnaître les temps des verbes.
Il y a dans le patois de la montagne d'Auvergne deux espèces d'à : l'a
muet et l'a ouvert ; ainsi on dit : uua pouma, duas paumas ; dans le premier
cas, l'a est muet, dans le second, il est ouvert, et en général, en patois,
comme en français, tous les noms prennent une s au pluriel, et la prononciation en patois diffère, suivant le nombre.
Même observation à faire, relativement aux verbes dont les infinitifs se
terminent en a, comme, par exemple, parla, parler ; a l'impératif singulier
on dit parla, Va final est muet; au pluriel on dit parlaz, Va final est ouvert ; mais comme l'infinitif s'écrit de la même manière que l'impératif singulier, pour les distinguer l'un de l'autre, on mettra sur l'a final de l'infinitif un accent circonflexe qui indiquera la prononciation ouverte parla. Il en
est de même de l'i : mon eugi, mos eugis ; nourri, nourri.
Comme il y a une infinité de termes patois qui pourraient ne pas être a la
connaissance de tous les lecteurs, l'auteur a cru devoir les annoter par un
chiffre, et le chiffre correspondant en donnera l'explication au bas de chaque
page.

1

�INTERLOCUTEURS.

TOINOU, maire de la commune, cultivateur.
MICHÂUD, cultivateur.
CHANCHET, c'est-à-dire François, fils a Michaud, cultivateur.
CATIN, c'est-à-dire Catherine, cabaretière.

�LIS JOLIS MAITRES
ARGUMENT.
En l'an i3 ou i4, c'est-à-dire dans les premiers temps des opérations cadastrales, deux géomètres lurent chargés de lever le plan d'une commune de
montagne, par masse de culture.
Dès le lendemain de leur arrivée dans la commune, ils vont planter des
signaux, mesurer leur base, et faire avec la planchette leur canevas graphique.
Michaud, ramenant, le matin, ses bestiaux du pacage et se rendant chez
lui, aperçoit de loin ces géomètres dans l'un de ses prés, et au moment où l'un
d'eux montait sur un arbre pour y planter un signal, Michaud s'arrête court
pour les examiner, et il ne peut se rendre raison de la conduite de ces jeunes
gens, n'ayant pas la plus légère notion du cadastre; il continue cependant
son chemin jusqu'à l'entrée du village ; là , il rencontre le maire, et c'est alors
que commence le colloque suivant :
MICHAUD avec feu.

Digea donc, Toinou, as-tiu vcdiu quos bourgeois que
sont dins mon pra du Chuquet, et que s évirondont (i)
couma de la œuillas lourdas : y n'y a un que porta soubre
son épaula una petita taula (2) que za un mourcei de
touailla (3) de soubre ; l'autre zest monta soubre le pus
nau de mos bessaux (4) par nà planta una granda latta que
za un liassou de pailla a la cbima; mei y za be n'autreis
doux fadas que los segont et que trainont de las barras, et
chi you me seis pas trompa, you crèze bien qu'acou chiva
Josei chaz la Segreta, embei Piaroudou cbaz la Liauda;
mâ you vau te los faire épingâ (5) dins un moument : tu
vas veire un brave dégale (6), you vau liu dessarrâ (7)
(1)
(2)
(5)
(4)
(3)
(6)
(7)

S'évirondâ , se tourner et se retourner en tous sens.
Taula, table.
Touailla, nappe ou serviette.
Bessan , bouleau, arbre.
Epingâ, sauter, sautiller.
Dégale ,"jeû', àntusèmeril.
Deuarrâ, détacher.

�apreis lioux brayas notre ehi embei quei de chaz Laurent -,
et is s'en tiraront couma y pouéront.
LE MAIRE, d'un ton magistral.

T'empalinâz (i) pas tant, fada, tiu fayaz mâ quoqu'are
que vaudria pas le diable; los faraz pas palaficâ (2) que
monde, vei ; tiu sabez donc pas que is zavont dos ordreis
par faire acou ?
MICHAUD, furieux.

Tei, mon paubre Toinou, tiu me fazeis entipâ (5) de
t'entendre parlâ couma cou ; cou me fait virà los budiaux
(4) dari davant. Couma, sapristi, quos frelampis (5) zavont dos ordreis par veni charvaillâ (6) notras recordas ?
et quo est-cou que liu za bailla quos ordreis? est-cou te?
LE MAIRE, avec le même ton magistral.

Cou est pas you , mâ quos d'ati que los lius zont baillas
se foutont pas mei de te que de l'heyveà d'antan (7).
MICHAUD toujours animé.

Et cbi tiu cregiaz que you me fouteissa de is, te , mei,
te trompayiaz diablement, veseis be
Couma , fondre ,
chacun chei a pas maître chaz se, et que signifiont donc tas
bougras de loix ? Te souvenez-tiu que leiquatetemps par la
daraya (8) , (couera un dimenche de Saint-Sacrement, après
vèpras) nous zérens una troupa do viallage dinsletable de
Biatou chaz l'Emana (9) , que digiaz-tiu ? i
LE MAIRE, avec importance.

Ah ! pardeina, chi tiu vouliaz qu'un homme couma you
que zest en plaça, se souvenguessa de tout ce qu'o dit et
de tout ce qu'o fait, tiu m'en baillayaz be una brava ; mâ
(1)
(2)
(5)
(4)
(5)
(6)
(7)
(8)
(9)

S'empatinâ, parler avec véhémence et faire l'important.
Palaficâ, détruire, bouleverser.
Entipâ, endéver, enrager.
Los budiaux, les boyaux.
Frelampi, estafier, homme sans consistance.
Charvaillâ, gâter, détruire, dégrader.
L'heyveâ d'antan, l'hyver de l'année dernière.
Leiquatetemps par la daraya, dernièrement en automne.
Biatou chaz l'Émana, Gilbert chez le manchot.

�— 5 —
ciri tiu t'en souvenez , te, torna zo dire, et quand me zauras bouta soubre le chapitre, billau (i) you m'en souvendrai, et ce que you zaurai dit, you seis dins le cas d'o
fourtî (2) ; tiu me verraz jamais déroudanâ (3) : you seis
pas d'aquos vira-voulets (4) que zavont lius dit mei lius
dédit.
MICHAUD , avec volubilité.

Eh be ! tiu digiaz que le Préfet zaya envoya dos mejuréreis (5) par faire changea la granda routa de Rochefort,
que passava va le Trador, et que dé hora en cei (6), lia
passaya mâ va Laqueilla, qu'aquela routa coupaya, de fin
qu'en long (7), plugieurs héritageis dos habitans de Laqueuilla, mei d'aquos de la Chabana ; qu'acou n'écrougniaya (8) d'autreis; ma tiu me disséteis be, par acou,
qu'aquos habitans cliiyont dédommageas, d'avancei que
los obreis baillessont le proumei cop de treinche (g).
D'aneichi (10) la loi chera donc pas par you couma par
los autreis ? Chi preid fantagia à quos estafiers de venî, de
chio de chi (n), tous los jours, dins mos héritageis, et de
chopî (12) mas recordas, nous n'avens pas pus besoin de
garda'-champêtre dins la parodia.
You sabe que tiu me diraz couma tiu me zas déjà dit :
Que monde zavont dos ordreis par faire acou. Et quand is
m'auront charvaillâ tout mon quantième , cou chera is que
vendront payâ mas taillas après, pas vrai ?
Tei, mon paubre Toinou, you créze que ton eime court
las baragnas (i3)
Mâ, enfin , cou est be égal, you vau
essayâ chi quos doux argouzins sont réthios (i4)&gt; mâ you
( I ) Billau, peut-être.
(2) Fourtî, certifier, soutenir avec assurance.
(5) Déroudanâ, (termefiguré) sortir rte l'ornière, dévier.
(4) f iravoulets, tête de girouette, volage.
(5) Mejurcireis, mesureur, arpenteur.
(6) De hora en cei, dorénavant.
(7) De fin qu'en long, d'un bout a l'autre.
(8) Ecrougnâ, écorner, diminuer, réduire..
(9) Treinche, pioche.
(10) D'aneichi, ainsi, par conséquent, par analogie.
(H) De chio de dû, de but en blanc, sans raison ni motif,
(t 2) Chopî mas recordas , fouler aux pieds mes récoltes.
(15) Ton eime court las baragnas, ton esprit court les. champs, tu divagues.
(M) Bélhio, rétif.

�eréze Le, par acou, que, quand Pataud embei César (i)
cheront darei lius thios, los doux gapians gagnaront mei
au pei qu'à la toisa, et chi is zavont dos ordreis, is me los
faront veire apreis.
LE MAIRE , avec un ton d'importance et de réserve.

Tiu te vas chanieisâ (2), Michaud! tiu te tarvellaz la
çarvella (3) bien mal-à-propos, paubre efant, sens sabei
ce que tiu te diseis ; chi you zayapas tant de besougno, you
t'explicaya be couma la chosas se passont; màfaut que you
m'en agne va chaz nous par chauffa le four; la pâta zest
dins la mei ; notra fenna se porta pas bien ; notre vale s'endecheit le malessoux (4) , dissate passa (5) , en sarrant vars
le pra de l'Egrafulièra (6); son bras zest devendiu anfle
couma toutquantei (7), et bounageut, cou le fait barregeâ,
quo sa quant (8), et hora, touta la besougna me tomba
soubre los bras, et te mei you , aneu, nous sens pus d'un
âge à faire ce que nous fagiens, quoque temps : tous los
ans tomba un heyveâ.
D'un autre coula, quos affaireis de la mauchipalita,
cou me bailla una pena de diable : quand cou est pas par
una chosa, cou est par l'autra, y za toujour quoque chi à
fouettâ.
D'aneichi, faut que you m'en aigne, ane, porta-le bien,
et chiyagea pas chi essoti (9) de hora en cei ; d avancei que
de parlà d'una chosa, faut commençâ de la connaitre, et
dins queite moument, you véze que tiu parla pûtôt à ta
parda qu'à ton proufit. Tiu me zo saubra dire quoque jou...
ane, adiochas. (Ils en va.)
MICHAUD, radouci et piqué par la curiosité, le rappelle.

Toinou ! écota donc , t'en n'aniaz pas, you zai quoqu'are
à te dire.
(1) Pataud embei César, noms de deux chiens de parc.
(2) Cliameisâ, (au figuré) noircir avec de la suie ou du noir de fumée.
(5) Se larvellâ la cervella, se tourmenter l'imagination.
(4) S'endecheit le malessoux, s'estropia le poignet, entre l'avant-brus et
la main.
(5) Dissate passa, samedi passé.
(6) L'Eijrafuliéra, houx, arbrisseau.
u ) Tout quanteï, tout ce qu'il est possible de dire.
(8) Barreèfeâ quo sa quant, souffrir qui sait combien.
(9) Essoti, étourdi, ecervelé.

�LE MAIRE revient.

Eh he î que vouliaz-tiu mei me dire ? quoqua chimplaya
mei, pas vrai?
MICHAUD.

Eh ! no, no, écota, you vau nâ recommanda à mon
drôle qu'o baille una pougnada de fe à las vachas ; domentre (i), nous béorens pinta chaz la Catin, you chiya
bien aise de railla un moument embei te.
LE MAIRE,

Mâ, you seis tant teina (2) , paubre efant— Tei, vegealelei, ton garçou, que zest davant chaz le Débraya, o
parla embei la filla do Pegant
cou est una brava drola,
quela gaillarda, que que chiya que i fageont faire, lia n'est
jamais la dareira ; qu'acou chiyage par meidre (3), par
fenà , par fourneirà (4), épandre (5), et chi vegiaz couma
lia porta la batoula (6), re i fait d'eimei (7) d'aquela
gaillarda ; cou est lia que veit para le béthio tous los
matis ; you l'entende passa davant ma porta, dos cops
duas houras davant jour ; lia mena be un rang de chansoux, tant vaudria de la eurgueis (8). Appelont be chaz
is chaz le Pegant, mâ le diable l'un chi lia est peganda,
quela d'ati. Vei ; cou est ma filiola, you l'aya tendiuda
embei la paubra Charlotta chaz YEthiola, sa tanta (que le
bon Diou la repose)
cou éra be una brava fenna quela
d'ati... Tei, Michaud, quela drola te couvendria bien par
nora (9) ; lia zest pas engouniouza (10), faudria pas vi pau
que lia te reviressa (11) couma quoquas-unas de parati que
tiu counaissez be , ta be couma you ; cou, chiya un tresor dins ta maisou , quela filla, et lia zaura be enquéra una
[\ ) Domentre, en attendant..
(2) Teina, pressé d'arriver.
(5) Meidre, moissonner.
(4) Fourneirà, faire des rôtisses, brûler des mottes de terre.
(5) Epandre, écarter le fumier avec les mains dans les champs
(6) Batoula, civière pour sortir le fumier del'étable.
(7) Eimei, peine, souci.
(8) Eurgueis, orgues.
(9) Nora, bru, belle-Dlle, du mot latin nurus.
(10) Engounioux, sombre, mélancolique.
(11) Revirâ, brutaliser.

�— 8 —
brava petita chancella; fazontbe toujours dins quela maisou , nos sept ou huitchards de fe. Zavont be un autre tant
de seteradas de tarra, et de la bouna ; mei faut pas que
narma de l'endrei se vantont d'avî do béthio chi bien tendiu couma le liou. Ah ! cou est de brave béthio.
Is sont mâ trei efans, et la petita Gabriella se maridarà
pas., cou n'a pas la sanda. Tei, Michaud, foutillas pas, cou
chiya un brave petit parti par ton garçou, cregeas-me.
MICHAUD,

Eh be, abe, à la bouna hura; mâ d'avancei que de
prenne una filiatra, faut commença de détramâ (i) mas
îillas de parati ; chi you poudia troubâ à faire changueiras
(2) endacan (3), cou n'en niya mieux par you ; mâ nous
parlarens d'acou dins un autre moument, mei faudra be
que tiu me baillaz un co de coulâ.
Mâ you vau sounà mon garçou
Chanchet ?
CHANCHET.

Plait?

(
MICHAUD.

Que trainas-tiu ati ?
CHANCHET.

Cou est una paillassa samenadoira que you zaya emprunta queite mati, chaz le Pegant, par nâ samenâ la veina
va Champ-Grand, et you la tome.
Ane, veniaz-vous-en cei, pére, nous mangearens la
soupa, apreis nous en irens croubî ; tous los autreis zout
croubi, et you zai mâ pau que le temps se dérange, la
liuna zéra tant horia (4) queite mati, mei cou za l'air de se
chameirâ do conta de neu, et chi cou venia à pleore, cou
se charvailla mâ tout. Ane, veniaz donc, ane.
MICHAUD.

Las vachas zont pas trop bien dina, queite mati ; jeltaliu una pougnada de fe, mouza-las (5), mangea la soupa,
you vo veni dins le moument.
(-1)
(2)
(5)
(4)
(5)

Détramâ, débarrasser.
Changueiras, échange, mariage double.
Endacan, quelque part.
Horia, brouillé, troublé.
Mouze las vachas, traire les vaches.

�CHANCHET.

Ah ! you véze he voutras intenchioux de vous autreis ;
mâ que vous seguez toujours le maire, o vous fara pas
pourtâ la bottas, cregeas-me; los uns mei los autreis le
fazont pidança (i) tous los jours , cou est mâ ce qu'o damanda, sa can de lei (2) o na re pus à faire mâ de nâ goulâ
dins los cabareis. Sa plaça le nourrit ; mâ vous , cou est pus
de mêma, paubre homme, faut trabaillà, chi vous voulez
vivre.
MICHAUD.

Ane, fâcha ce que you te commanda,
CHANCHET.

Demorez donc guéres.
MICHAUD.

Ane, cou est prou dit, ves-t'en.
LE MAIRE.

Tei, Michaud, ves-t'en faire ta besougna, you véze qu'a
cou fait pas plasei à ton garçou que tiu n'agniaz au cabare,
et you chiya fâcha deboutâ la déramba (3) dins las famillas.
MICHAUD.

Seis-tiu pas drôle, te, mei? et crezez donc que mon
garçou me gouvarne tout-à-fait, you seis pas filliatre,
billau, dins quela maisou.... Ane, laissens faire acou. (Ils
entrent dans le cabaret.)
MICHAUD, s'adressant a l'hôtesse.

Catin, porta-nous pinta, et bailla-nous quoqu'are par
déjunâ.
CATIN.

Froudaz (4) dins le petit ehambrilloux, vous cherez pus
tranquilleis.
(Ils entrent dans une petite chambre séparée de la cuisine par des planches
(1)
(2)
(ô)
[k)

Pidançâ, pitaneer, boire et manger.
Sa can de lei, de ça comme de la , ni plus ni moins,
La déramba, la bisbille, la zizanie, la discorde.
Froudâ, entrer avec peine par un passage étroit.

�10
mal jointes, de sorte que Calin a pu entendre, comme elle l'a effectivement
fait, la conversation des deux champions.)
CATIN leur apporte une bouteille de vin , et leur dit.

Zavez-vous voiras tassas , vous autreis ? you sabe be que
Toinou quitta pas guéres la sua chi cou est mâ cou.
MICHAUD.

Mei you , zai la mia.
CATIN.

Hora, que vous ballarai-you par déjunâ ?
MICHAUD.

Ce que tiu zauraz de meillour.
CATIN.

Y za una têta d'œuilla , una cherimbla (i), dos trouttis
un giraud (3), un mourcei de petit sala, et un jarret
de vedet, ehogichaz.
(2),

MICHAUD.

Ane, Toinou , digeas ton goût, que zamaz-tiu mei ?
LE MAIRE.

Ah ! pardenâ, par you, cou m'est be égal : çartâ, chi y
zaya un pau de brci (4) , you n'en prendria be una goulada.
MICHAUD.

Eh be, you seis de mêma, quand you zai pas mangea
ma soupa los matis, you n'en vale de moins las restas do
jour.
CATIN.

Y za be de soupa de breilloux (5) que you zaya fait par
nous autreis , mei lia zera pas bien mauvasa, you véne mâ
de la davalâ (6). You la vo tournâ montà , chi vous voulez , ou d'autrament, you vous farai una soupa à la padella.
(1) Cherimbla, andouille.
(2) Trouttis, pieds de cochon.
(3) Girauds, boudins faits avec du sang de brebi..
(4) Brei, bouillon.
(f&gt;) Breilloux, choux d'hiver.
(6) Davalâ, descendre.

�LE MAIRE.

Non , non , you zanie mei la soupa de breilloux.
MICHAUD.

Mei you mei— Catin, porta-nous una micha doubla
embei una gamella par faire la soupa.
CATIN apporte une soupière avec un pain.

Tenez , mos amis, quela micha chira billau un pan rachida , mâ you n'ai pas d'autras.
MICHAUD en coupant la miche, la trouve moisie.

Que nous foutez-tiu ti, Catin, lia zest touta choinegida ,
n'y a pas de diable qu'en mange.
CATIN.

Y za be de chazarin (i), chi vous n'en voulez ; mei zest
mâ tout fraiche.
MICHAUD.

Eh be, bailla-nous do chazarin, et bouta chauffà le giraud dins la soupa, qu'en disez-tiu, Toinou?
LE MAIRE.

Tiu seis de mon goût, y a re que you zatne couma un
bon giraud.
MICHAUD.

Eh be, cou est be tequ'un(2), you n'en seis bien benaise.
CATIN les sert.

Ati votra soupa, mei le giraud, et un moureei de gaparou (3) chi vous n'en voulez ; vous pondez be vous sauvà
embei cou d'ati ; preniaz le chantei do chazarin , vous
mangearez ce que vous pouerrez, et me laissarez las restas.
MICHAUD, a Catin.

Ane, hora, cou est bou, sarra la porta, et laissa-nous
(1) Chazarin, pain de seigle dont la farine est passée au laniis,
(2) Cou est be tequ'un, c'est bien tant mieux.
(5) Gaparou, fromage fait avec le résidu du beurre.

�tranquilleis, quand zaurens besoin de quoqu'are , tabazarens. (i)
(Ils restent seub et déjeûnent ; après avoir déjeûné, te maire prend la
parole et dit.)

Le temps te diura, pas vrai, de sabei ce qu'aquos bourgeois sont vendius faire dins la parocha, et par quo rasou
is sont nas piqua de la lattas soubre tos arbreis , you te zo
vau dire.
Tiu sabcz be que, d'avant la révoluchion , mouchu de
Vialla-INeuve , notre seignoux , faguet arpenta le viallage
dos Bessauts, quet de la Grava , et quos de Saignas-Nautas
et de la Saignas-Bassas ; tiu sabez be que tous los pras , las
tarras, los paluraux, las bregeiras , tout cou d'ati zéra
marqua soubre le papei, dreil couma soubre le terrain, mâ
qu'acou éra pus petit soubre le papei que soubre le terrain.
MICHAUD.

Eh be, abe , convéne be d'acou.
LE MAIRE.

Cou éra par leva los ceis , las rentas, las parceiras, las
payegias, et quos d'ati que fagiont cou, los pelavont dos
filoguistreis. (2)
MICHAUD, avec vivacité et fureur.

Que los pellessont dos diableis chi volont
, et quos
foutius peliants (5) que sont eichi sont billau vendius par
nous faire payà tou tas que las foutrayas ? Ah! chi you zo
cregia, garà los cbis.
LE MAIRE, avecdoueeur.

Et no, mon ami, tiu t'ecarbaillaz (4) la meita do temps
par diable are , et tiu te fourras dins ta foutiuta caboclia
de las razoux que n'ont souvent ni thiou ni lêta. Tiu sabcz
donc pas que aneu y za pus de seignoux , et que los nobleis
payont la tailla , tout, couma nous autreis ; mâ te souvenez
be quand fagiont los roleis de matriça, et pardenâ t'en
(1)
(2)
(5)
(4)

Tabazà, beurter, frapper pour appeler.
Filloguistreis, feôdistes.
Peliant, déguenillé, terme de mépris.
S'éearbaillâ, se former des idées chimériques.

�— i3 —

ilioyaz be souvent, you embei te zérens commissaris, et cou
éra Grabié chaz le grand Tony que zéra maire , dins quos
temps.
MICHAUD.

Oh ! yoû m'en souvéne be, et you m'en souvendrai longtemps , car you me ménageai pas mei que you ménageai los
autreis ; mâ be au contrari, you n'en connaisse quoqueis-us
dms la parocha que payonl mâ la meita de la tailla que is
dioyont payà, en comparant enihei you ; eh be, cou n'empêcha pas que, malgré tout acou d'ati, you me seis fait beauco
d'ennemis dins la parocha, et enquéra (you te parle mâ
d'autant par chalandas) , Michaudou chaz l'IIéritei zaya-t-o
pas le front de me dire que son pra de las Pallas valia pas tant
couma le miou de la Sagna; mâ tiu sabez be , te, ce que
n'en zest, cou est mâ à força de foumarei et de douba que
le miou jetta quoqu'are, et qu'en digia l'autre : chi la soupa
zest bouna, faut pas remarchiâ le doueire ; tandiou que
Michaudou veit mâ toujours quat re dins son pra, et lei
porta jamais re.
LE MAIRE.

Eh be , mon ami, cou est par corrigeâ las soutisas que
nous zayens fait dins quet temps, qu'aquos mouchus
sont vendius dins la parocha. Cou est par égâ la tailla selon
que chacun za de Le ; cou est la loi que zo porta couma cou,
quela loi s'appella le cadastre , et quos d'ati que zo fazont
los pelont pus de filoguistreis , los pelont mâ dos jolimaitreis ; et ce que se fait eichi n'en faront de mêma dins toutas la parodias de la Fi ança.
MICHAUD.

Et quo sa chi is faront de même dins las autras Fianças ?
LE MAIRE.

Et qu'en sabe you?... D'aillou, chiyaz-tiu pus avança de
zo sabei ? que te fait cou ?
MICHAUD.

Tiu zas razou, chi est ma cou , rnâ cou est ma par dire.
Ane, chi cou se passa couina tiu venez de zo dire , you n'en
seis bien benaise, cou est juste, chacun diot ma payâ suivant le be qu'o la.

�- i4 -

Mà, digea donc, Toinou, los as-tiu vedius quos mouchus? Est-cou de brave inonde ?
LE MAIRE, se gonflant.

Pardeinà! chi you los ai vedius, crézebe, et, fada, estcou que se fait quoqu'are dins la parodia sans la permicliiou
do maire ?
Is ribeittont eicbi d'avant-heire, environ gotâ, is venguettont tout à dreit va chaz nous, you zéra dins ma grangea , you fagia quoqueis lius par resseigre los paillens de
mos bàtimens.
Quand notra fenna los veguct entrà dins la maisou, cou
i baillet égio (i). Lia venguet tout en posta me charcbâ, et
lia commencava de me coursa (2), parce que lia creguet
qu'acouéra dos sargeants que venions billau par m'échuquetà, mei you n'en digia pas ce que you n'en pensava ;
you me refiai pas (5), prenguei ma vesta, la Margueda me
bouteit una brava épiona jauna sous le cou, et de suita ,
you m'enfugidiei va la maisou.
You vau veire doux braveis garçous bien genteis, bien
régis (4) et mâ tout jeoneis; you liu dissei, en entrant dins
la maisou : Bonsoir, messieurs ; bonsoir, mon ami, chi faguettont-is, cesl-ivous que n'êtes le maire? Oui, messieurs,
chi faguei-you, à votre service, si fen étais possible, qu estce que n'y a de nouveau ?
Le pus grand me disseit : Savez-vous lire ? Diable si je
sais lire, dissei-you, oui, messieurs , et je m! en Dante encore,
et croyez-vous quon m'aurait foutu maire sans ça?
MICHAUD.

Tiu seis pas guéres hontoux embei quos bourgeois , le,
mei tiu sabei be parla couma is, quand faut.
LE MAIRE.

You? you seis hontoux couma una cocha qu'emporta un
levan... et par quo razou être hontoux, en faire son devei?
et quand envoyont la force armée, dos cops , dins las paro(1)
(2)
(5)
(4)

Egio, effroi, sensation subite.
Coursa, gronder, se fâcher.
Se refiâ, attendre avec indolence et sécurité.
Bien régi, bien rais, bien vêtu.

�— i5 —

chas, par faire partí los désarteurs, y za d'aquos soudats
que zo voudriont menà tout à blanc; n'y en za*que zavont
de las moustachas que fayiont trembla tout un viallage ;
chi cou éra mâ un homme couma te que fugessa maire,
ah ! bouna Viergea , you seis chura que tiu te niyaz
récondre sous un lei. Oh ! mâ cou est pas couma cou qu'acou se fait : ployons la loi, messieurs , et cou est chaba par
ati, mâ faut parla gros, çartâ... et peux : Top us, momus,
lansmann , kalifesîon, signor, freteiche , menlier, godem ,
la babiche.
Hein ! veseis-tiu , parlayaz-tiu couma cou , te? quo que
chiya que veigne de lei, you seis dins le cas d'y répondre,
en français, en lati, en allemand, cou m'est be égal.
MICHAUD, tout émerveillé.

Ah! mon Diou , mon Diou! quo fiera têta que tiu zas,
mon paubre Toinou ! mei o te la faut be à la plaça que tiu
zas. Chaba donc de me contâ l'hestoira d'aquos mouchus.
LE MAIRE.

Is me dissettont : Nous sommes nommés pour replanter
(i) votre commune ; tenez, vlà zune lettre de monsieur le
préfet, qui vous dira ce qui nen est.
MICHAUD, surpris.

Couma! le préfet t'a écrit? quel homme n'est donc pas
chi fier couma digiont.
LE MAIRE.

Ah pardenna ! o m'écrit prou souvent, vei.
MICHAUD.

Et te, tiu y écrissez jamais... ah ! mâ faut dire : tu sabcis
pas écrire.
LE MAIRE.

You sabe pas bien écrire, mâ you boute mon chinâ ; mei
boutaya be quet dati d'un autre, de même , en le veire, et
embei le temps ; mâ quand you zai quoqua lettra à faire ,
cou est mouchu le cura que me l'écrit, et you la chigne mâ
après.
(I ) Replanter, il veut dire arpenter.

�— i6 —
MICHAUD.

Quand tiu zaguelleis recebu quela lettra, tiu la pourteitteis donc chaz niouchu le cura par la faire ligî.
LE MAIRE.

Oh ! non pas, you la sarrai dins ma gâta (i) jusqu'à tant ;
you zinvitai quos mouchus par gotâ ; is faguettont pas mei
de façous que chi nous nous zérens vegus touta la vida.
La Marguéda houteit la touailla hlancha, lia faguet una
houna omeletta au la, liu baillet de la fourma, de la
creipa (2), de las olagnas, enfin tout ce que lia zaya de
meillou ; you zt /voyai charchâ duas michas doublas et
duas bouteillas de vi, et nous nous pidancettens couma
faut ; mei cou est dos gaillas de bon appétit, quet monde,
et zavont de fieras linguas , par mon arma ; quel d'ati que
liu a appris liu niétei, liu za pas roba liu argevit, you t'en
réponde.
Quand you veguei que is zayont mangea liu refechiou,
you sourtei la lettra de ma pocha, you Ta décachetai, et
faguei semblant de la lire ; apreis, you liu dissei : Tenez,
messieurs, c'est écrit trop menu pour moi, je ne vois pas
bien clair, faites-moi la bonté de la lire : mes œufs (3)
sont moindreis depuis quelque temps.
Moi, couma de fait, mon paubre Michaud , ce qu'acou
est que la veillessa , par acou ; quoque temps, you zauya
vegu courre un rat à la chima do Peu-de-Douma, hora,
you véze pas d'ati ati
Quel que vanta la veillessa cou
est ma un aze.
Enfin , par n'en revenî à quos mouchus , you vouguei
pas tout-à-fait passa par una béthia davant quei monde,
et liu faire veire que you sabia pas ligi l'écritura.
Le pus petit trapeit ma lettra , la ligichia tout en posta ,
tant zauya voudiu qu'o zaguessa ligi dins las luiras de treis
sols (4) ; jamais pus you zai vegu le parei.
Hora , vegea-ti ce que me marqua le préfet... Monsieur
le maire...
(\) Gâta, poche.
(2) Be fat creipa, de la crème de beurrière.
(5) Mes œufs, il veut dire mes yeux.
(A) Las Iluras de treis sols, l'Abécédaire.

�MICHAUD, interrompant le maire.

Couma ! couma ! o te pela moucliu ?
LE MAIRE

, faisant l'important.

Ahbeî et que cregiaz donc ? Cregiaz billau qu'a couéra
Couma vous autreis de parati que zavez pas rnei d'cime que
de las miaras; m'appelez mâ Toinou, couma chi you zéra
votre parei, tandiou que, par las assembladas, los autreis
maireis, et mouchule préfet, se mêma, m'appellont toujours Monsieur le Maire, ou d'autrament Collègue.
MICHAUD.

Que vout-cou dire : Collègue ?
LE MAIRE.

Ah ! tiu seis trop curieux, tiu zo saubraz pas ; taissa-me
chabâ de te raconta ce que le préfet m'écrit :
Monsieur le Maire, je vous envoie deux jolimaitres (i)
pour replanter votre commune; vous leur fournirez des
instigateurs (2) avec des signaux et des chapeaux de paille
qui seront placés aux endroits qu'ils vous diront, et...,
MICHAUD,

l'interrompant,

Douçament, douçament, te pressa pas tant, Toinou,....
ah ! mon Diou, you me trompâva... rnouchu le maire.
LE MAIRE,

Ane, ane, cou est bou, you te pardonne be ; entre nous
autreis que sens d'un même âge, et que sens étas.élevas
ensemble, cou veit pas si juste..... que vouliaz-tiu dire ?
MICHAUD.

You voulia te demandà ce qu*a cou éra qu'aquos instigateurs , et quos chignaux, embei lius chapeaux de paille ?
LE MAIRE,

Los instigateurs cou est dos contmissaris que devoiit
seigre los jolimaitreis, par lius faire connaître Jos noms dos
(1) Jolimaitres, il veut dire géomètres.
(2) Instigateurs, il veut dire indicateurs.

�— i8 —

viallageis, dos tarradoux et dos hérilageis; chacun diot
passà à son tour, et te, tabe couma los autreis.
MICHAUD, en suppliant.

Ah ! paubre Toinou, you t'en preige, me boula pas
instigateux, cou chiya mâ enquéra me faire dos ennemis,
couma l'autre co, chi co n'âva pas au gra de tout le inonde ;
bouta-me putôt par los chignaux ; you zame mei pourtà un
chapet de pailla, et demorà piqua, tout un jou, chi laut,
aux endreits qu'aquos mouchus me diront.
LE MAIRE, s'impatientant.

Ah ! monDiou, que tiu seis bélhia, mon paubreMichaud;
tiu seis toujours engrabina (i) de démena (2) ta tro delingua, laissa-me parlà jusqu'amen (5), et tiu saubraz ce que
n'en zest.
Los chignaux cou est de grandas lattas, y boutont un
liassou de pailla à la chima, et los piquont soubre los chuquets (4) » soubre los arbreis, enfin soubre toutas las nauciiuras, ail de los veire de pus loin, et après, embei liu petita
taula, et d'autras eipleitas (5) que is avont, is levont lius
plans.
You poude pas mei t'en dire, quand you zauya cent peids
de gorgea, parce que you connaisse pas tous quos chistémeis.
MICHAUD.

A cou éra donc dos chignaux que is piquavont soubre
mos arbreis, adei. (6)
LE MAIRE.

Et que vouliaz-tiu que nessont faire soubre tos arbreis,
fadâ, cou éra pas par charchâ los nids , billau.
MICHAUD.

Cou est donc quos mouchus que t'avont dit ce que tiu
venez de me contâ, tout échitot.
(!) Engrabina, vif, pétulant
(2) Demenâ, remuer.
(5) Jusqu'amen, jusqu'à la fin.
(4) Cliuquet, butte, élévation de terrain.
(5) Eipleita , outil, instrument,
(fi) Adei, il n'y a qu'un instant.

�— ig —
LE MAIRE.

Ah he , mei is m'avont dit que le prou mei que dezaya(i)
d'aquos chignaux, quand is l'auront piqua, chiya condenna à l'amenda, mei billau à la présou ; d'aneichi, prenia-te bien garda , los touchaz pas , et recommanda bien à
tos éfans que los n'aignont pas dégrelî (2) , parce que cou
chiya pas après is que is s'en prendriont, après, cou chiya
mâ après te.
Un

MICHAUD.

Oh ! n'àgeaz pas pau , vei, fia par you (5) , mei par mos
éfans ; you te réponde que is demoraront be longtemps, vei.
Ma, digea-me donc, quand vous zaguelteis gota , que
devendiéteis-vous , vous autreis ?
LE MAIRE.

Is me demanderont le meillour aubarge de l'endreit ;
you los menei chaz le Faure (4). Zéra pas enquéra jouifailli (5) dins quet temps.... ah ! pas churadament, le soulei commençàva mâ de tracondre (6) darei le chuquet de
l'Egraflaux.
La Jaquetta los recebeit bien, lius faguet beauco d'accueil; quela gaillarda zest pas mangoria (7) ; lia sa bien
menâ l'aiena à son mouli.
MICHAUD.

Oh ! diable, lia zest pus fina qu'aquela d'eichi ; mei
troubayaz pus tôt chaz lia quoque bon mourcei à mangeâ ;
mâeichi, y a mâ tourjour de la chinaria, de la pctassaya(8),
ou d'autrament, couma disont los mouchus, de la ratatouilla, una fêta d'œuilla, un jarret de vedct, de las foutrayas couma cou, et sens le giraud, you créze que nous
zauycns fait un paubre déjunâ.
(1) DezA, toucher du doigt, seulement.
(2) Bécjrelî, secouer, ébranler.
(5) Fia par you , pour QÊ^i est de moi.
(A) Chaz. le Faure, chelSrmaréchal.
(5) Jour failli, le déclin du jour.
(6) Tracondre. Ce mot ne peut pas être traduit exactement
disparaître et se cacher ne remplissent pas le sens.
(7) Mangori, maladroit.
(8) Chinaya, petassaya, drogue , mauvaise qualité.

en

français ;

�— 20 —'

Ce que you n'en dise, cou est pas par rapport à you, cou
est mà par rapport à te, mon paubre Toinou : tiu zas accoutiuma de mangea de bons mourciaux.
LE MAIRE.

Ane , laissens faire acou, écota , chi tiu vouleis sabei las
restas.
You dissei à la Jaquetta : « Agea bien soin d'aquet brave
» monde, bailla-liu ce que faut, te payaront bien , vei. »
La Jaquetta me tirait de coûta , et me disseit : Cou est
billau dos rats de cava? Taisa-te, chimpla, dissei-you, dos
rats de cava ? Tiu sabez pas ce que tiu diseis , cou est dos
jolis maitreis ; le préfet m'a écrit par me los recommanda.
— De qu'est-cou qu'aquos jolis maitreis ? — Gara d'ati,
dissei-you , tiu connaisseis pas cou , fagea mà ce que you
te recommande , et t'en troubaraz bien.
You m'en vouliaz nâ, et you commençava de lius souhaita
le bon sei ; mâ le pus grand venguet me trapâ par la boutouneire et me disseit : Comment, comment, monsieur le
Maire, vous parlez de vous artirer? Oh! oh! nous nous
décarions pas comme ça, diable, nous avons bien goûté chez
vous sans façon, eh bien vous souperez envec nous, je le
veux comme ça, moi, entendez-vous, et il y a pas à dire
non, dreit couma cou , et tout en risant.
You liu dissei be que ma fenna zéra pas bien sandouza ,
(i) que you zaya de la besougna va chaz nous ; mâ toutas
que las razoux y faguettont pas mei que chi you zaya
écoupi dins l'aigua (2).
Le petit me venguet trapâ embei sos doux bras par le
fort do corps , me sarrava couma un petit diable. 0 m'entrai neit soubre le marchabanc (3) , davant Je lei delà Jaquetta , et me faguet sethiâ à coûta de se : Allons , allons ,
monsieur le Maire, chi faguet-o , vous êtes pas un bon enfant, donc; vous souper ez envec nous, ou ben vous aurez
t'a faire z'à moi.
Fouguct mâ supplî (4) , n'y aguet pas mouyen de se défi)
(2)
(5)
(4|

Sandoux, ouza, sain, qui se porle bien.
Econpî dins l'aigua, cracher dans l'eau.
Marchabanc, coffre long et étroit, placé au-devant
Supplî, céder.

des lits.

�faire d'aquet brave monde, ou d'autrament zauya mâ
fougu parlâ de s'écharpenâ (i).
Le pus grand disseit à la Jaquetta : Madame , que nous
donnerez-vous pour souper ?
La Jaquetta disseit : Messieurs, ily a un feget de vedeau
et les courades ( i J; je vais les passer par la poêle avec une
bonne sauce ; ensuite il y a un petit gigot de barbin que je
mettrai dans la cloche avec des pommes de terre, si vous
voulez.
Bien, bien, disseit le mouchu, et puis ze nempré une
salade, pas vrai ?
Il s'en trouvera peut-être bien une, disseit la Jaquetta,
niais elle n'en sera pas des plus meilleures.
C'est négal, ma bonne, c'est négai, disseit le mouchii,
vous la donnerez comme vous l'aurez.
MICHAUD.

Que la Jaquetta cou una fiera platina ; lia parla be chi be
en francei, couma las madamas de la vialla.
LE MAIRE.

Ah ! pardénâ, cou za demora nos treis ou quatre ans dins
la vialla, chaz la Chirgue mei chaz le petit Antoina (3),
et, vezez be, dins quos aubergeis , faut be sabei parlâ
francei embei tant de monde.
MICHAUD.

Mei te , tiu seis pas guéres pus estroupia d'eime que
lia, chi cou est ma cou , par parlâ le francei ; you te
zo zai déjà dit un autre co , mei you te zo torne dire. Que
y a de bounas tarras que chaumont ! Quo tina têta que tiu
zas ; chi tiu zayas étudia, tiu n'en saubriaz tant couma notre cura que zest be pourtant un dos pus habileis do canton.
Faut pas que los autreis se vantont.
(1) Echarpenâ, se dit de la laine que l'on débrouille, et au figuré, s*
prendre aux cheveux.
(2) Un feget de vedeau et les courades, un foie de veau et les poumons.
("&gt;i La Cirgue et le petit Antoine étaient autrefois deux petits enbar tiers
qui restaient dans le faubourg des Gras, et chez lesquels logeaient plusieurs
habitans de la montagne.

�Uù M AME.

Ah! ccota, Michaud, dépeux una quinzena d ans que
you seis maire ou agent, en redouérant (i) embei quos
rnouchus , you zai hc agu le temps d'apprenne quoqu'are;
you n'ai be entendiu de toutas, et you n'ai pas tout pardiu ;
mà, couma du diseis, chi mon paubre pére (davant Diou
chia-t-o), au lieu de me bouta à la quoua de l'araire,
quand you zéra mà jéone, m'aguessa mis par las écolas, ou
chaz mouchu le cura, pendent chinq ou seix meis, you
n'auya pas besoin , aneu , de narma par faire mas besougnas; enfin, parlens pus d'acou, cou est foutiu, cou est nià
you qu'en pâtisse le mei.
You te digia donc que los jolimaitreis fagueltont preparà le soupà ebaz la Jaquetta, et domentre que le fricot
se-milounava, le grand disseit : Nous avons donné, ce matin, notre malle et nos besognes à d'un garçon de ce village
qui n'en avait mené un char de bois à Clermont; il nous a
bien dit son nom et son soubrenom, mais je m'en souviens
plus ; je me souviens pourtant qu'il nous a dit que sa
maison était rang-V église , que c'était lui qui chantait la
messe de M. le Curé , et que son père était malgrillé de la
paroisse.
Tout de suita^ you dissai : S appelle-t-il pas Joseph
Dutrain, chez la Margot? — C'est ça même, disseit le
mouchu , ça a l'air d'un brave garçon. — Oh ! c'est donc
vrai, dissci-you.
Couma de fait, Joselou chaz la Margot cou est be un
chi brave drôle que n'y âge mâ dins la parocha, s'en pout
mâ troubà son parei.
MICHAÜD.

N'y a pas re à dire soubre le compte d'aquet garçou, chi
cou est mâ cou.
Hier, en parant mon béthio, you le troubei dins la chareira borlia (2) ; o menava un char de bo à la vialla , o nie
disseit : — Michaud, vous n'avez pas de coumichioux 'i
You i dissei : — Fagea-me le plaseî de me pourtâ duas
onças de taba de corda par le pilou (3), you zai nas d'ai {\) Bedouérâ, roder, aller de droite et de gauche.
(2) Cliareira borlia, chemin obscur.
(5) Pilou, pelit moulin portatif pour râper le tabac.

�— 23 —

gent soubreyou, mâ quand tiu cheras tourna, you te remettrai ton quantième. — Cou est bou , cou est bou, chi
faguet-o, you farai voira coumichiou.
Et couma de fait, hier mati, o me l'envoyai va chaz
nous par sa tanta Lisabeth.
Mâ , pardeinâ, you seis tant afFéchiona à t'entendre
raillâ, que you pensava pas à t'offri una presa de taba.
Tei, virale friquet (i), gagna ta vida couma tiu pouéras.
LE MAIRE.

You te remarchie, mon paubre Michaud, you n'en chantisse (2) guéres d'aquet do pilou, surtout you trobe qu'o za
trop de montant; et, d'aillour, una eipleita couma cou
conveitpas à la ma d'un maire que zest, la meita do temps,
à la compagnia dos mou chus.
Un maire , vezez-be, que zest le proumei de sa parocha,
diot pas tout-a-fait se téne couma un peillarot (3).
You soulia (4) pas prenne de tabac , quoque temps ; cou
est mâ dépeux que you seis fonctionari public que you n'en
prenne, et you vau te dire couma cou se passeit.
Le jour que you fuguei installa, mouchu le cura que
zest pas un de mos ennemis, chi m'est vis...
MICHAUD.

Oh ! non pas le diable l'un, you zo sabe be ; mei tiu faraz bien de pas te broliâ embei se, tiu y gagnayaz pas ; cou
est un brave homme que nous avens dins la parocha ; cou
est pas un tirant (5) couma quoqueis-us de parati; mei faut
pas que sos hériteix se rejovont de sa sussechiou , apreis sa
mort. Los paubreis le troubaront à dire quand o s'en ira.
LE MAIRE.

Oh! cou est donc bien vrai cou d'ati
Enfin, par n'en
reveni à ce que you digia... mâ you me souvéne pus ente
you n'en zéra... tiu me coupaz toujours laparola couma un
petit, babillotta, sans sabei ce que tiu te diseis, la meita do
temps.
(1)
(2)
(5)
(4)
(5)

Friquet. Ce mot est synoniine de ■pilou.
Clianlî, user, consommer.
Peillarot, revendeur de vieux drapeaux et de guenilles.
Souliâ, avoir coutume (dérive du latin soleo).
Tirant, en patois signifie un homme qui tire à soi, un avare.

�MICHAUD.

Tiu parlavas do jour que tiu fuguetteis attaL·...
LE MAIRE, irrité.

Qu'appelas-tiu atlala, foutiu insoulent ; attalont losbeos,
las vachas , las béthias couma te
Attala
eh be , riaz
pas ti..,. parla couma cou à un maire
Ah! mon Diou ,
mon Diou... n'on connait pus le monde, aneu.
MICHAUD.

Eh be, tiu seis pas attala après le timou de la parocha ? cou est pas te que zo menaz tout?
LE MAIRE, radouci et se rengorgeant.

Ah! à la bouna hura, ta razou zest pas tant mauvasa.
Couma de fait, cou est be le maire que zo mena tout, mâ
faut pas que narma pus s'en mêle. La loi badina pas soubre
ati, n'y a mâ de veire le Code.
MICHAUD.

De qu'est-cou que tiu pellaz le Code? you zai toujours
entcndiu parla d'aquet Code. Cou diot être un grand mouchu , sens manqua , couma chiya le préfet ou le suisse de
la Cathédrale.
LE MAIRE, impatient.

A la fi , tiu seis insupportable , mon paubre Michaud ;
tiu voudriaz tout de co n'en tant sabei couina you; mâ
faut laissâ pissâ le béthio d'avancei ; tîu sabez donc pas
que me n'a coûta d'ayou, et de la dépensa et bien d'autres chosas, sans parlâ de las journadas que you zai pardiu ; cou s'appreit pas tout en posta cou d'ati. Quand
you commencei, you n'en sabia pas guéres mei quête,
vescz be.
MICHAUD,

Oh ! fagiaz bc, chi cou est mâ cou, et couma tiu zas
mairegea (i) una quinzena d'ans, tiu zas be adiu le temps
(I) Mairegea. En se servant de mairegea, Michaud entend parler de
l'exercice de ses fonctions de maire, et il en fait un verbe qui, à la vérité,
n'est pas de sa fabrique, puisqu'il existe dans l'idiome de la montagne ; mais

�— 2. &gt; —
r

dappréne quoqu'are
Mà le fàchaz donc pas, you
dirai ré pus.
Tiu n'en zéras à parler do jour que tiu fuguetteis
chosa chaz mouchu le cura.
LE MAIRE.

Ehbe, oui, le jour que you fuguei installa, mouchu
le cura me faguet dinà chaz se, et quand nous n'en
fuguetteis au dessei, o me disseit : Vous voilà donc à présent le chef de la paroisse, mon pauvre Toinou ; il faudra
conduire cela comme il faut. — Ahl pardei, paubre mouchu le Cura, i dissei-you, conduirai pas gran chosa, you
zo menar ai ma en trotla-china (i) ; mei chiy za narmapar
meproudiald (2) ,you me troubarei be souvent empeila (5),
car vous sabez be ce que n'en zest, mieux que narmapus,
you signe be mon nou,pau mins, pau mei, couma en que
chiya (4), vegeaz-ti tout. Et par faire las attas (5), et par
répondre à toutas quelas leltras que you recebrai, de cei,
de lei? jainaisyou m'en tirarai tout soul.
Mouchu le cura me disseit : T^ous savez ce que je vous ai
dit ; vous émayez pas de ça, Toinou, je m'en charge, moi.
Oh ! grand marcei, mouchu le cura, chi faguei-you, cou
est pas de refus, you vous remarchie bien; mdpuisque
il a une signification tout-a-fait différente de celle que lui donne Michaud,
en ce moment ; car, dans le pays, mairegea, se dit des vaches qui ont un
relâchement dans les viscères, après avoir fait le veau, et dont la matrice
sort part la nature.
On pare aux fâcheuses conséquences qui pourraient résulter de cet accident , en faisant a l'animal un bandage avec des cordes artistement rangées,
qui compriment la matrice et l'empêchent de sortir.
Mairegea signifie, en ce sens, lâcher la mère ou la matrice, (ce qui, suivant l'idiome du pays, est synonime.)
Michaud a cru, par analogie, devoir adopter cette expression de mairegea,
en l'appliquant a l'exercice des fonctions de maire; il paraît que Michaud
aime le laconisme.
(1) En trotta china. On appelle conduire en trotta china, lorsque le train
et l'avant-train du char sont éloignés, comme quand on conduit une longue
poutre ou une grande quantité de planches, tels que font les conducteurs du
côté de Thiers et d'Ambert, qui approvisionnent le marché au bois de
Clermont.
(2) Proudialâ, renforcer avec des bestiaux.
(5) Empelta, embourbé , embarrassé.
( I) Couma en que chiga , comme quoi que ce soit.
(S) Faire las attas , faire les actes de l'état civil.

�— 26 —
1

zo voulez couma cou, you me vau bien gala'; you
poude be dire hora couma la ferma que chidva de las
mailletas, {parlant par respect, mouchu le cura, las parolas pudonl pas).
Mouchu le cura me disseit : Que disait-elle donc cette
bonne femme ? »
Ah ! pardei, dissei-you, lia digia que quand la téta de la
maillela zaya passa, le pus fort de la besougna zéra fait.
Mouchu le cura se houteit à rire... zéra évani... y zauya
réga toutas las dents dins la gorgea
You me gène pas
bien, vezez-be, Lei cmel homme : nous sens tant bons
amis.
D'aneichi, dissei-you, chi vous vous chargez dos ajfaireis de la pluma, you essayarai be de faire la resta, mâ
cou vait vous bailla bien do détorby. (i)
Qu est-ce que ça vousfait ? je le veux comme ça, moi....
à propos , disseit-o, vous avez pas de tabatière?— Oh!
non pas, mouchu le cura ; mei mangearai be ma paya sens
cou d'ati; d'aillou, vous sabez be que you prenne pas de tabac.— C'est négai, mon pauvre Toinou, quand vous n'en
serez avec les autres dans les assemblées, ifaudra bien faire
comme zeux.
Tout de suita, mouchu le cura se levait de tabla, monteit dins sa chambra, me pourteit una brâva petita labaliéra de bo de Sainta-Luchia (2) plena de taba, et que zéra
chaucha (5) couma faut.
Au commençament, you la traîna va tous los jours dins
mas pochas; mei malgré tout acou d'ati, you n'aya pas
poudiu coutiumà le taba.
voie. ;

MICHAUD.

Fayaz pas re, i za dos tampouramens couma cou : défunt
mon paubre pére (que le bon Diou le boute dins son saint
Paradis ), n'en prenia be quand o zéra à beore pinta embei
un ami, mà d'autrament o n'en fagia pas de fi; mâ you
m'en passaya pas, et (crezeis pas, te,) la meita do temps,
you me passaya putôt de beore et de mangeâ
Cou est
(1) Détorby, embarras, dérangement.
(2) Bo de suinta Luchia, bois de sainte Lucie, espèce de bois d'ébèné.
(5) Chaucha, pressé, entassé.

�— 27 —
ruda chosa, par acou, quand n'on la coutiuma de
jeonessa.
tina

LE MAIRE.

Hora, you laisse mà ma tabatiéra dins mas pochas dos
dimcncheis, et, à la sourtida de la messa, you n'en baille,
de cei de lei, à un mei à l'autre, et couma cou , nous se
l'ait dos amis; cou fait veire au monde que n on zest pas
fier, et dos cos que y a, una presa de taba me vaut una
pinta de vi ; mâ quand you vau par las assembladas, you
l'obleide guéres, et d'aillou, notra fenna m'empêcha be de
l'obledà : Prenia ta tabatiéra, Toinou, chi fait lia , quand
tiu oheras embei quos mouchus, faut pas passa par un
crassoux.
Y za de las fennas, dos cops, que rougandayont (i) un
paubre homme, chi i vegiont prenne do taba, ou be nâ au
cabarei, mâ cou est pas la Margueida ; mâ be au contrari,
lia veit mâ toujours au davant de ce que pont me faire
dazei; que you torne, que you vire, jamais le moindre

f

H'U.

Oh ! you seis bou par tout dire, you.
MICHAUD.

Ah ! tiu zas una brava fenna , chi cou est mâ cou, chi be
que n'y âge mâ de cei le Peu-de-Douma. Tei, ma paubra
Gabion (que le bon Diou n'y en fage pas de reprocheis ) ,
cou éra be una bouna parsouna, que zaya bien la crainta
do bon Diou ; ma lia zécoutava trop las blacandayas (2) dos
us et dos autreis, et y za una troupa de barbelandas (5)
dins notre endreit, que fayont negeâ un plein balei de
crucifix par liu mauvasa lingua, et ma paubra fenna écoutava tous quos chinaclis (4), et, dos cops, cou nous fagia
avî de las razous ensemble.
Ane, mà parlens pus d'acou.
LE MAIRE.

Tiu zas razou. Quand crezeis-tiu que you chantisse de
taba tous los ans ?
(1) Bougandà, gronder, gourmander.
(2) Blacandayas, bavardages, patouillages.
(5) Barbetand, grand parleur.
(4) Chinaclis, eonles absurdes, momeries.

�MICHAUD.

Que sabe-you ?
LE MAIRE.

Devina.
MICHAUD.

Billau, quoquas chinq ou seix lioras.
LE MAIRE.

Ah bah ! chinq ou seix lioras. Fada ! d'una liora you n'en
fase mon passament par touta la nada ; tiu vezez be qu'acou
augmenta pas bien mon budget.
MICHAUD.

Qu'appelas-tiu un budget ?
LE MAIRE, riant aux éclats.

Ah! ah ! you sabia be que you te faya émayâ
un
budget !.... Ah ! diable, tiu voudriaz sabei ce qu'a cou est
qu'un budget?... cou te ranqua (i), pas vrai? ... Ah! tiu
seis pas de força par connaître acou..., chi n'est le receveur
et you dins la parocha, narma pus zo sa... Un budget !...
ah ! mouchu le cura zo sa billau be, parce que you créze
d'y zo avî dit; mâ los mambris do conseil comprenont pas
mei cou d'ati que de pesta.
MICHAUD, avec humeur.

Chi me zo voulez pas dire , garda-zou ; mâ châba-me de
racontâ ce que se passeit quand zaguetteis dit d'aquos
mouchus qu'a cou éra Joselâ chaz la Margot que zaya mena
lin bagage.
LE MAIRE.

Envoyettont charchâ Joselâ par soupâ ; nous soupettens
tous quatre. Quo rude vi que lia za quela Jaquetta ! you
sabe pas d'ente lia l'a tira ; mâ, par mon arma, cou est de
la liqüeu; soubre l'endarei (2), 0 me fagia brondi (3) la
têta.
(f) Ranquà, arrêter court.
(2) Soubre l'endarei, sur la fin.
(5) Brondi la têta., bourdonner, marteler la tôle.

�— 29 —
MICHAUD.

Cou est do vî de Boissejou ; cou est Gravaud (i) que í le*
meneit; you me lei troubeî, dissate passa, le jour que le
lioravont, m'en faguettont beore una tassada : you le trouLava fiérament bou.
LE MAIRE,

Créze be, mei le fricot zéra bien bou, par mon arelia *
you te réponde que quand you zaurai una pinta de ví à
Leore embei un ami, cou chera lia que zaura ma pratiquaEra be las deix, guère à moins , quand nous nous boutteitteins à taula, et y demourettent be una fiéra peca. Parlettens mâ toujours d'aquos aiFaireis do cadastre ; mei you
te réponde que le temps me diurava pas à liu compagnia.
Los treis Bourdoux (2) se levavont, quand Joselâ et you
nous retirettens , et en m'en ant, you me coutâva mâ après
las muraillas : cependant tiu sabez be qu'un verre de vi
m'épauregit pas guère (3) ; mâ, ma fe , soubre l'endarei,
is m ayont poudera (4) ; is zayont toujours la bouteilla à la
ma , chi cou éra pas un, cou éra l'autre, et n'y aya pas ti à
dire , mon belami, cou est que tailla beore, et de fiéras
chaleliadas (5), chi o plait j is me l'ayont fait essourî (6)
à la fi.
Quand you fuguei riba va chaz nous, tout le monde zéra
coucha ; you vouguei déveillâ narma ; you mei nai dins
mon étable, à l'arbaillou (7), en rouquant de temps en
temps los pointeis (8) , you me jettai dins la crecha de mas
douas dondas (9), et you dourmidiei couma un pignère ,
jusqu'à soûle louva.
(1) Gravaud. Gravaud est un homme de Mon ton qui fait le commerce du
vin dans la montagne ; il entretient plusieurs petits cabarets de montagne.
(2) Los treix bourdoux. C'est ainsi que les paysans de la montagne appellent les trois étoiles ou constellations qui apparaissent peu de temps avant
l'aube du jour.
(5) Epauregî, effrayer, faire pour.
(4) Ponderà, être plus fort qu'un autre.
(5) Chateliâda. (Métaphore), c'est-a-dire, un plein chalet qui signifie
lampe, comme on dit une lampée, voulant dire qu'il fallait boire à plein
verre.
(6) Essourî, prendre en répugnance, renoncera.
(7) A l'arbaillou, sans lumière, à tâtons.
(.S) Los pointeis, les piliers del'élable.
(9) Yachjis dondas, vaches domptées.

�•J
3&lt;&gt;

—*

MICHAUD,

De la maniera que liu venez de me contà, Toinou, you
véze be qu'aquos bourgeois te faront pas de mau.
LE MAIRE,

Et couma donc ?
MICHAUD.

Couma, fada? Tei, vegea, tiu zas be guéres a moins
de quinze seteradas de taira; vouleis-tiu pariâ que t'en
foutont pas mei de deix soubre liu papei ? et ce que cbira
de la proumeira classa, zo boutaront mâ de la dareira.,...
me zo saubraz dire, chi cou est pas vrai, quoque jour ; you
seis mâ le plu? chimple de tous, mâ you véze be ente le
char pend , par acou, et you connaisse be las mouchas dins
le lait. Mà, tant mieux par te, quos mouchus te zavont
preis en amitié, tiu zos méritas bien; d'aillou, fait son
proufit que pout dins queite monde ; tiu prenez beaucop
de peina par los aflaireis de la parocha, et cou chiya be
juste que chi tiu zas los aguilloux, tiu zaguessas un pau de
mio : n on pout pas tou jour faire la guiarra à sos dépens.
Mâ, par acou, chi tiu vouliaz bien, tiu poueyaz bien me
rendre service dins quos affaireis.
LE MAIRE.

Et couma donc ?
MICHAUD.

Couma ? Digea-liu que you sei un de tos amis (to ch'estcou be, chi m'est vis ; car you créze be que, dépeux que
nous n'avens au Catachime ensemble, you embei te n'avens
jamais agu la nioindra razou ensemble ), et preja-los d'avi
soin de you.
LE MAIRE.

You poude te re dire d'acou d'ati par aneu; cependent,
liu zen contre-parlarai quoque jour.
Mâ, Michaud, cou est que nous-zen faut nâ.
MICHAUD , regardant la bouteille.

Nous n'avens pu de vi, beorens be enquerâ chopina,
tei.

�m,
—- 3i —

.

LE MAIRE.

Oh! non, non, you te remarchie, you zai trop de besougna ; faut que you m'en aigne absoludament.
MICHAUD,

Fagea couma voudraz, Toinou, nous faut chopina par
compta.
LE MAIRE.

Cou est prou dit, te dise, faut que you n'aigne chauffa le
four, la pata levaya trop; mei te, te ténaz be tant couma
you : tiu sabei que ton garçou te peita par nâ croubî la
chivada. (i)
MICHAUD.

Oh be, à la bonna hura, un moument de mei ou de
moins, cou vait et vet, cou est pas la morturelle (2);
d'aillour, cou est pas chi souvent que nous trinquens ensemble. C II heurte pour appeler Vhôtesse.)
CATIN arrive un peu émue.

Que vouliaz-vous, vous autreis ?
MICHAUD.

Porta chopina, et après, comptaraz embei you. (Puis,
s adressant au Maire) : Pardi, paubre ami, tiu zas tort de
faire dos complimens embei you ; quand cou chera te que
payaraz, you te laissarai be faire !
( Catin apporte chopine dans la précédente bouteille, et la pose avec
humeur sur la table.)
LE MAIRE dit a Catin.

Le fageaz pas tant gansouillâ (3) quet vi.
Catin lui lame un regard furieux sans lui répondre.
MICHAUD.

Ane, digeaz veire quand you te déve ?
(I ) Croubî la chivada, couvrir l'avoine.
(2) La morturella. Il veut dire, la mort de Turcnnc
(3) Gansouillâ , secouer un liquide dans un vase.

�— 32 —
CATlN , après avoir compté en elle-même, dit.

Vous n'en zavez par quaranta-chinq sols.
MICHAUD.

Couma! Catin, tiu rébaz, you créze. Quaranta-chinq
sols treis chopinas , un giraud , un mourcei de gaparou et
una hora de chazarin, tout au mei! tiu y pensaz pas, ma
miya !
CATIN , commençant à s'animer.

Ta miya! you n'en chiya diablament fachada.
LE MAIRE, d'un ton guoguenard.

Et que zas-tiu, paubra Catin ? tiu seis touta égregida (i ) ;
tiu te seis mau seignada, queite mati, ou be zauraz vira
ta coèffa dari davant; jamais pu you t'ai veguda couma
cou.
CATIN , furieuse.

Gara d'atk, pegand, foutiu charlatan de caréma ! Cresez
billau que you connaisse pas toutas tas minimas (2) ; tiu
poudez be nâ faire le fivaleix (3) embei la Jaquetta ; vous
sabez chi bien parlâ en franceis, tous doux. Vous fayiaz
doux braveis michionareis , mei saubriaz bien prêcha par
votra besaça, un mei l'autre; mâ d'ati ta vida n'en veit, et
parveJiu que te fagiont goulâ ta plena péau, cou est mâ es
que tiu damandaz ; mâ tiu m'embabiolaraz (4) pas, you ,
vei : i za long-temps que you te connaisse.
LE MAIRE a Michaud et a voix basse,'

Lia za entendiu ce que nous digiens.
CATIN.

Ah be, you zo zâi entendiu, et le paubre chimpie de
Michaud, que zest chi béthia couma l'aigua zest longea ,
zaya mieux fait de nâ mangeâ sa soupa chaz se , et de pas
venî écoutâ tas figornas (5) ; en tout qu'o zage dit que cei
(1 )
(2)
(5)
(4)
(5)

Egregi ida, bourru , de mauvaise humeur.
Minimas, manières affectées et dérisoires.
Fivaleix, hâbleur, imposteur.
Embabiolâ, séduire, endoctriner.
Figornas, fariboles, contes bleus.

�— 0.)

zaya mà eichi de la peiassaya, de la cinnaya, de la ratalouilla, you le pardonne be, le paubre diable ; o n'en mangea pas tant, tous los jours, chaz se : o digia mà cou d'ati
par te complaire ; you le connaisse be, vei ; mâ iiu seis un
pan lechoux, te, o te faut dos gigots de motou cueuts dins la
cliocha embei de las trou/las.
Chi m'est vis que you te vèze, quand sortiont le gigot de
la clocha ; cou devia te faire saliva couma un chi qu'enguetta lavà de la tripa ! Le fricot zéra bien bou, par mon
arma, quand you zaurai una pinta de vi à beore embei un
ami, cou chera lia que zaura ma pratiqua.
Oh ! you zo créze be , mâ t'en cota pas guéres à te par
beore, puis qu'ans presa de taba te vaut una pinta de vi , èt
tiu diseis que tiu chantissez ma una liora de loba, par an.
Ah ! frondiant ! chi tiu baillavcis una presa de taba par chaque boutcilla que te payont, o le faudria deix lioras de taha
tous los ans. Los mau rubans rougeis que tiu te foutez par
la courgnola, tous los ans (i), et que te coutont pas los tctoux d'una neira (2); tiu seis pas couma le barbei de Pcssada que fait la barba , mei paya do vi.
Et par le fricot, de hora en cei j o te faudra mà de la voulailla, do pessou et do gibier... Châta una pigna , pegand.
par thiuâ tos péoux ; sens la plaça de maire, tiu chiyas créba soubre un foumarci, ou dins las présoux. Tiu preniaz
los jolimaitreis par dos sargeans
Los craignez quos
oziaux , pas vrai?
Oh ! laissa mâ faire, t'en faront be
veire, guère étâ (5) los sargeans, you zo sabe... le bon Diou
laissa rc d'impuni.
Est-cou pas un brave ozei par Sraina una tabatiéra de bo
de Sainta-Luchia
Ah! mon Diou, mon Diou! que faut
barregeâ d'avancei que de mourî.
, ttllouptsl. B! mauoo ar,(\ vy- uoy ; siiuot oh ur.it enu ùttìáoo
LE MAIRE, affectant un ton d'auiorité.

Zauras-tiu bientôt chaba?
^HpjflBj vfirnuiBff a't. a (nlno9i o mum eisa no puni)

iNJOifOdi

(1) Los mau rubans rougeis que tiu te foulez par la courqnloln , tous
los ans. Traduction littérale : Combien de rubam-rouges què tu te passes
par le gosier tous les ans. Les rubans ronges signifient le vin rouge qui
défile par le gosier en forme de ruban. Mau dérive dn ÎatW miiltum qui
signifie beaucoup.

«Wn* si *q «ifrmë

ib »1 s inp ,\^UÎ\T. (S)

(2);

Los-tctoux d'una neira, les tetons d'nne puee. ■'•
(j) Guère étâ , avant qu'il soit peu d^lffiftd*"'6 &gt;"»fôm , fvn oïl (|

.MMMSflmb {Kiobti ^hiwL·ïi (£)

�- 34 CATIN , de plus en plus animée.

Oh! pas enquérâ, you commence mâ, et faut que you
me dégonfle, quand mâ you y seis.
Tiu fasez be ton chi couchant auprès de mouchu le cura;
mâ you te farei connaître, you , vei, you t'en réponde
Ah ! foutiu gueu, chi le diable zest pus couqui que te , cou
est mâ que zest pus vieux.
Digea donc, par example, as - tiu l'hardiessa, effronta que tiu seis, de faire payâ à una paubra véova,
coumâ you , una cota de mal-habillé (i) et una patanta de
sept ou huit francs, tandio que tiu zas un mouli que nourrit
touta ta familla, et tiu payaz pas una centima de patanta...
cou creda vengença, gueuzard que tiu seis ; mâ quand zest
question de prenne, çartâ, tiu seis pas marfy (2), mei tiu te
fazez pas de crépuscule (5) de bouéra (4) cou d'ati dos autreis embei cou tiou.
LE MAIRE, s'adressant d'abord a Michaud.

Couma ! Michaud, tiu sabez be, te, que mon mouli manqua d'aigua, mei de la meita do temps, et, clins l'heyvea, o
me faudria un homme de journada exprès par rompre las
liaças. (Puis s'adressant a Catin.) Et l'entretien d'aquet
mouli, cou est donc re? Damanda à Michaud quand me
coutavont mas duas molas?... Tei, paubra Catin, you crèze
que tiu chabaz de rebusâ (5)... et tiu osaz comparà le revendiu de mon mouli embei quet de ton cabare ?
Tei, tiu
parlaz mâ couma una fenna.
CATIN , avec un ton affecté.

Oh ! you sabe be que you parle mà couma una fenna, et
couma una trau de fenna; you seis pas couma la Jaquetta,
you ; mâ lia za fait toutas sa classas , lia, et te, que sabez
parlà le lati, l'allemand, et tout quantei, chi zayaz demora
chinq ou seis meisà l'écola, n'en saubriaz tant que mouchu
le Cura , aneu ; quo sa ce que tiu chiyaz devendiu ? Tiu
fayaz billau los armanachs , dins queite moument ?
(1)
(2)
(5)
(4)
(5)

Una cota de mal-habillé. Elle veut dire une côte de mobilier.
Marfy, qui a les doigts engourdis par le froid.
Crépuscule. Elle veut dire scrupule.
Bouérâ, mêler, amalgamer.
Rebuzâ, radoter, déraisonner.

�— 35 —
Mâ, par n'en revenî à mon cabare, chi o me rapporta
quoqu'are, faut pas que you t'en remarchie
Cou est
dommage que tiu ehiageis pas pus jéone, tiu zauyaz fait le
caprice de la bella hôtessa
Mâ laissa faire , vei, quos
mouchus n'en zauront be tôt liu sadou, lius en baille pas
par quinze jours.
LE MAIRE phlegmatiquement.

Eh ! que me fait-cou, d'à you ?
CATIN, avec fureur.

Faut be qu'acou te fage quoqu'are , foutiu dégargailla ,
puisque tiu los a menas dins le meillou aubearge de
l'endreit
diaz-vous pas qu'acou est chaz Dessat
Ah !
bouna sainta Barba ! cou fait piéta
Doux peillants (2) ,
un que zaya la mouregea (5) , l'autre la cliavelada (4), que
n'ayont pas un argot (5) par boutâ soubre lius thious, quand
is sont ribas eichi... Mâ, billau, you zofFanse le bon Diou...
enfin, you n'en dise pas ce cpie you n'en pense.
Et te, mouchu le Maire (parlant par respect, las parolas
pudont pas) , tiu seis un brave chef de communa ; tiu voulez mâ te faire déchargeâ de la meita de tas taillas ? cou n'en
vaut pas la peina, vaut mei de n'en pas payâ do tout; tendon (G) tiu cheras couma los seignoux de quoque temps,
et 0 te faudra una tahatiéra d'argent, mei billau una en or,
par nâ en la compagnia dos mouchus , mei te faudra be una
carossa par nâ randre vigila à ton collègue le préfet.
You me souvendrai toujours de ce que me digia, quoque
temps, le paubre cura de Saint-Saupegi (7) en parlant de
quoqu'un que fagia à peu près couma te : « Paubra Catin ,
quand n on vont petà pus naut que le thiou, n on se fait un
partiu dins l'échina... » et cou t'arribara be, sens manquâ.
Mâ, laissa faire , collègue , you voule nâ va Ciiarmont,
queita secoussa (8) ; tiu zamas be las sauças, mâ you t'a(i)

( I ) Dégargailla, défiguré, visage de mauvais augure.
(2) Paillant, déguenillé.
(3) La mouregea. f
Ce sont deux maladies propres aux moutons ;
(4) La cliavelada. | mais par allusion et en parlant au figuré, Catin
veut désigner des maladies qui prennent leur source dans le libertinage.
(5i Un argot, une guenille, un chiffon.
(6) Lendon, alors.
(7) Le cura de Saint-Saupegi, le curé de St-Sulpice.
(8) Quêta secoussa, bientôt, très-prochainement.

�— •36 —
ehure que you t'en prepararai una endacan (i), et tiu saubraz me dire chi lia zest chi bouna couma quelas d'ati de la
Jaquetta.
Michaud prétend que chi tiu zas los agulioux, o te faudria un pau de mio... ah! you t'en foutrai d'o mio, you,
vei ! Jamais aguillou t'aura piqua couma quet d'ati que you
te vau envouyâ, et chi tiu épingaz pas, tiu zauras la pei
bien diura.
Ah ! foutiu brigand, tiu voudriaz mougeà (2) le paubre
petit peuple; chi te laissavont faire, tiu n'en fayaz de las
bravas
mâ you, touta soula, te mougearei, ou be le
diable n'en pourtara un pan, et tiu verraz le code après.
You te fase be veire que you porte pas l'aigua punaisa ,
(3) mei you te zo envoyé pas dire.
MICHAUD-, interrompant Catin.

Ane, Catin, qu'acou chiage chaba, laissens faire acou,
compta bien vite embei you , you m'en voule nâ.
CATIN , toujours de plus en plus animée.

Vé-t en, vé-t'en, comptarens be un autre jour, mei cherens be d'accord ensemble , marche mâ. (Michaud sort.)
LE MAIRE attéré.

Mei you mei, faut be que you m'en agne, queia bou gra
me dévoraya be, ati.
CATIN, outrée.

Qu'appeîas-tiu, pegand, las bougras sont dins ta familla; you zai pas fait Pâques d'avant Rapans (4) ; bouta
cou d'ati dins le budget de la fenna et de ta fdla, fonctionnari public!.. Ah! tiu digiaz à quet paubre Michaud, que
zest un Jouan de bouna meina (5), tiu y digiaz que se fagia
re dins la parocha sens la permichiou do maire, mâ you t'ai
pas guéres damanda la permichiou par te dire tas bounas
(1) Endacan, quelque part.
(2) Mougeà, terrasser, mettre le nez contre terre.
(5) Pourtâ l'aigua punaisa, agir déloyalement et clandestinement.
(1) Faire Pàquas davant Rapans. Traduction littérale : Faire la Pâque
avant le dimanche des Rameaux. Allusion applicable aux filles qui sont
enceintes , ou accouchées, avant leur mariage.
(5) Un Jouan de bouna mena, homme crédule et facile à persuader.

�-37 r,

veritas ; meî, dimenche que veit, t'en dirai be mei davant
la porta de la liéza ; you voule que touta la parocha zo entende; tiu parlaraz gros tant que tiu voudraz; mei enibei
ton topus, momus,freteiche, lababiche, me faraz pas trembla , vei ; you te vole installa publiquament, et jamais
maire cbira éta installa couma te ; you tefarei veire le code,
you. Faut que los bons saints n'en branlont la tèta , quet
jour, et chi tiu seis pas content, tiu cbeniz pas rasounable.
N'auraz pas envegea de chid de las maillelas, quet jour,
ni mei de méreged. Tiu sarraraz be le dedot, couma le cura
I de Malintrat. (i)
Le Maire se sauve honteux et confus ; Catin le suit jusqu'au milieu de
la rue, et continue ses invectives en criant :

Pâraz le lou, pâraz le lou ! Vegeaz-le, vegeaz-le, tous ,
quet brigand, quet mangeur de paroeba. ( Puis s'adressant
au maire : ) Porta cou d'ati tout ebaud à tos jolimaitreis ,
mei à ta Jaque tta.
(I) Elle fait allusion au conte des Deux Perdrix, poëme patois par
M. Faucon.

FIN DES JOLIS MAITRES.

��Histoire, sinon vraie, ilu moins vruisemblnble.

INTERLOCUTEURS.
EUSTACHE ,
JAVOTTTE ,
BENJAMIN ,

vainqueur de Juillet.
son épouse , Quoique.
leur fils , Quand môme.

LE GARDE CHAMPÊTRE.
LE MAIRE.
LES MEMBRES DC CONSEIL MINICIPAL.
M.

LE

CURÉ.

LE CAPITAINE DE LA GARDE NATIONALE.

François, enfant naturel, originaire ae la commune
de
où se passe la scène, avait habité cette commune
jusqu'à l'âge de douze à treize ans. Pour lors, ayant perdu
sa mère, étant sans parents et sans ressources, il résolut
de tenter fortune, en partant pour Paris où il exerça d'abord la profession de décroteur, puis celle de porteur d'eau.
Dans ce nouvel état, indépendamment du privilège
qu'avait obtenu François d'abreuver les badauds de Paris,
il était attaché à la police, comme mouchard subalterne;
car on sait que , dans cette administration , il y a des employés de plusieurs classes et de différents états.
François, comme porteur d'eau, avait ses entrées libres
dans plusieurs maisons importantes, ce qui le mettait dans
la position de remplir le rôle de mouchard avec plus d'efficacité que personne; d'ailleurs , il n'était pas gauche naturellement, il avait l'esprit pénétrant et insinuant, le caractère souple, et les manières persuasives.
Pour jouer son rôle avec plus de sécurité, François avait
changé son prénom en celui d'Eustache; quant à son non»
de famille , on sait déjà qu'il n'en avait pas.

�Javoíte , çiìiiFoiiière , dont l'origine était semblable à
celle de François, remplissait un emploi semblable à la
police.
Un beau jour, ces deux êtres si intéressants se rencontrèrent ensemble au bureau central, où , chaque matin ,
les gens de cet estoc viennent respectivement déposer le
résultat de leurs investigations de la veille ; leurs yeux se
fixèrent simultanément l'un sur l'autre, il y eut sympathie , on se plut, on s'aima, on se îe dit, on se fit des propositions , elles furent acceptées de part et d'autre, l'union
fut cimentée par une poignée dc main ; il n'y eut plus,
dès-lors, qu'un seul ménage, et partant communauté dé
biens présents et à venir.
La meilleure foi du inonde présidait à ces engagements
réciproques (et Eustache surtout y en apportait une forte
dose) ; car Javotte était dans une position à ne pas laisser
douter au moins clair-voyant qu'elle allait bientôt augmenter le personnel du ménage ; mais cet incident qui aurait pu rebuter tout autre qu'Êustache, ne fit, au contraire*
qu'ajouter aux sentiments tendres et affectueux qu'il avait
conçus, dc prime abord, pour Javotte (tant est grand
l'empire de la philosophie ) , et Eustache était philosophe
en ce sens , tant par caractère que par les principes qu'il
avait puisés auprès de personnes qui comptent pour rien
la morale, et qui se font un mérite de braver l'opinion
publique.
Enfin, cinq semaines après cette union improvisée, sur^
vint un rejeton auquel on donna le nom de Benjamin.
On fit faire à la mairie l'acte de naissance de cet enfant ;
mais on se dispensa des cérémonies de l'église.
A l'époque des glorieuses journées de juillet, Eustache
qui y figurait comme défenseur des libertés publiques, en
fut néanmoins pour la perte d'un œil et d'un bras ; mais
aussi, en revanche, il obtint la décoration des braves et
une pension a l'avenant.
Eustache, en raison de l'accident qu'il venait d'éprouver, ne pouvant plus exercer la profession de porteur
d'eau , était toujours néanmoins attaché à la police; mais
voyant, chaque jour, plusieurs de ses frères d'armes,
décorés comme lui, aller prendre gîte à Sainte-Pélagie,
■craignant, d'un autre côté, l'importune influence du

�- 4i-

cküléra-morbus, il conçut le projet de se retirer dans
son pays natal avec sa famille adoptive, et d'y remplir les
humbles fonctions de garde - champêtre, n'ayant point
d'ailleurs, la prétention de visera un emploi plus élevé,
par la raison qu'il n'était pas fort avancé en littérature ,
puisqu'il ne savait pas même signer son nom ; mais, au
résumé, il pensait bien que, nulle part, on eût refusé à
un homme qui avait si généreusement défendu la cause
de la liberté, une aussi modique retraite que celle de
garde-champêtre.
D'après cette opinion , et les certificats, d'ailleurs, dont
il était porteur, Eustache ne faisait pas le plus léger doute
sur l'obtention d'un pareil emploi, et il ne lui restait que
l'embarras du choix de la commune qu'il devait adopter;
mais comme la nature revendique toujours ses droits, son
pays natal l'emporta d'emblée.
(c J' retrouverons là, se disait-il , mes vieux camarades
de jeunesse.—Àh ! ah! te v'ia donc, Chanchet, qu'is
me diront. —Doucement, l'ami, i n'est pas pus question
de Chanchet, aujourd'hui, que sur la main
j' m'apelons
Eustache , le vainqueur de juillet, le brave des braves , le
défenseur de nos libertés.... Sans les zéros de juillet, mes
bons amis, la France était foutue.... quoi ! N'y a pas de
doute, les carlins et les Jésuites vous auraient foutus à la
Morgue, ou ben dans le phélomène de l'esclavage où ce
que vous auriez vu que des zéclairs. Enfin
c'est que
c'est vrai, cela, n'y a pas à dire non
Ah ! mais j'étions
là nous , et fallait voir comme j' t' leux avons secoué la
bile, à ces cocos, et com' j' t' leux avons foutu un coup
de peigne.... je dis à la papa.... Ah! mille noms d'une
bombe! queuque c'est que c'te nation Française?
Quand j'y pensons... tous les Cosaques de l'Autriche et
de toutes les Autriehes possibles nous zauriont pas fait
rompre d'une semelle, non... Oh! j' t' les zavons joliment enfoncés... et v'ià.
» Là-dessus, l'un viendra me donner zune poignée de
main. — Monsieur Eustache , qu'il me dira, voudriezvousben me faire le plaisir de venir trinquer zavec moi?
L'autre, d'un autre côté (comme qui dirait le premier
bourgeois de l'endroit), m'enverra sa demoiselle : Monsieur
Eustache, papa vous attend à la maison pour dîner. »

�-

2 -

4

» Le curé, lui-même, par manigance, et à cette fin de savoir où ce qu'en sont le zaffaires, m'enverra son bedeau ou
son sacristain. — Monsieur Eustache, M. le curé vous
attend pour manger sa soupe. — Est-elle chaude ? lui
ferai-je , eh bien! dis-lui qui se lafoute au eu
Pas pus
de gène que ça ; car zenfin faut zavoir des principes
et j' sons pas de ces chenapans qui mangeont à tous les
râteliers— Et pis , Dieu sait comme j' les zaimons ces
sacrés cocos de calotins , c'est ben eux qui sont la cause
de la perte de ce pauvre Charles X, qu'était une
bonne bête, au fond, pas pus méchant que rien, n'y a
pas de doute à ca; mais ça s'était laissé engueuser par ce
sacré coquin d'archevêque de Paris et une troupe de marchands à'oremus qui l'y ont fait signer ces foutues ordonnances , à cette fin d'écraser le pauvre petit peuple,
quoi!... Ah triple gueuzaille! Queues sacrées brioches !...
Mais parlons pus de ça... ça me fout la cervelle en déroute,
tant seulement d'y penser.
» A propos , quand j'serons garde-champêt' heim ?....
Ah ! c'est qu'il y aura pas à tortiller du eu avec moi,
donc. —Jacot, fons pris ta vache dans le pré de Robin,
ce matin, n'y a pas de doute.... Comment que tu veux
arranger ça, mon fils? — Mais , monsieur Eustache, aile
riy a pas tant seulement demeuré comme de là a là.—Assez
causé, Cadet, conte ton conte ; si tu veux que je te foutions un réquisitoire tout de suite, tu nas qu'à dire,
Benjamin t'aura bentót bâclé ça, va.... dans un temps et
deux mouvemeuts.... Je connaissons not' grimoire , vois-tu
ben. — Ahl monsieur Eustashe ,faut pas faire ça, je vous
en prions, venez-vous-en aveuc moi cheux le marchand
de vin tout près d'ici, f voulons payer à déjeûner... Moi,
pas pus fier que ça, f l'i disons : Je veux ben.... f sommes
pas si diable que f sommes noir, va; d'ayeurs, pour ces
sortes de farces, f som toujours bon là, nous.
« Et en déjeunant, je l'y foutons une petite morale ben
gentiment (en tout bien et tout honneur , s'entend) , je l'y
coulons tout doucement, par manière de paroli, que le
bien des zautres est pas à nous, et que le devoir d'un
bon citoyen est pas d'exurper la propriété de son voisin ,
et qu'il n'y a pas à dire Là, mon belami... La Charte est noi
évangile à nous, et les lois sont pas des toiles d'araignées, dà.

�- 43 Ì)

En raisonnant, comme ça, avec ces braves gens,j'
serons leux ami, tous les jours en gala avec zeux ( sans
qu'il m'en coûte un centime, ben entendu), bras dessus,
bras dessous avec tout le monde , tant qu'il vous plaira ;
mais pour ce qu'est de la compétence du devoir de l'honneur , toujours au port d'armes... Monsieur Eustache parci , monsieur Eustache par-là, mais je vous en prions...
Si j'apercevons tant soit peu de gabegie dans leux bagoux...
Bernique, on est couché chez Picard, y a pas de doute.
» M. le maire voudra p'têtre ben queuque fois faire le
crâne avec moi, et me fout' des remontrances, par manière
d'acquit, et me traiter comme un conscrit. — Oh! tout
beau , Cadet, faites pas le mousseux comme ça, ça vous va
mal, entendez-vous ben... Ah! qu'il s'y frotte tant seulement, et il verra comme j'l'i foutrai son thème en déroute,
moi (par manière de raisonnance ben entendu), car enfin
les autorités sont pas des blagires ; au bout du compte on
sait ben qu'il faut des maires et des curés... pour le peuple,
s'entend... Mais un vieux lapin comme moi, qu'en sait du
long et du large, et qu'en a vu de toutes les couleurs, se
laisser enfiler-là comme un hanneton par un petit maire
de campagne qu'est jamais sorti de sa cassine... oh! ça
prendra pas avec nous ça , n'y a pas doute... j' sommes pas
un cornichon, non... et pis, d'ayeurs, si le papa Lafayette
savait qu'une vieille moustache de juillet se laisse bloquer
par un petit sansonnet de village... nom d'un tonnerre!
comme il bisquerait ! Allons, allons, j' voyons ben que nos
affaires iront pas si mal, et puis, ce petit farceur de Benjamin qu'est genti comme tout, ça vous raisonne comme un
ministre, j'te le foutons magister du village : c'est un luron
qu'a le fil, il vous a un paroli comme un journal, il vous
Jit les papiers gros et menus comme un feseur d'almanachs, quoi ! n'y a pas de curé de campagne qui soit foutu
pour lui faire le poil, à ce luron-là... Pour un petit bambin
de quinze ans, prenant bentôt seize, c'est-i genti, ça...
heim ?
» J'ons jamais demandé à Javotte où ce qu'aile avait racroché ça : d'ayeurs, c'est son secret à elle, et pis , faut
ben de la discrétion dans les ménages, et surtout dans
not' partie... n'y a pas de doute; mais enfin , au bout du
compte , qu'est-ce que ça fout, ça ? J' sons toujours ben

�content de c'te empiète, moi; ce sera la consolation des
vieux jours de ma vieillesse, et pis , il fera ben bouillir la
marmite dans not' ménage, stila-là... Toutes les bonnes
mamans vont envoyer leux enfants à l'école, ça c'est sûr
comme du vinaigre... et quand ils ne seriont ben que cinquante, et qu'ils ne lui donneriont que trois francs chacun,
(car enfin faut pas écorcher le monde ) , ça ferait ben toujours cinquante écus par mois ; y aura ben suffisamment
de quoi farcir le gigicr dc la mère et de l'enfant.
» Pour quant à moi, ma place me nourrira ben de reste;
tous les jours au cabaret avec mes bons voisins , n'y a pas
de doute à ça... Oh! grand Dieu! quand j'y pensons...
queue ripaille !
» Ma vieille Javotte a ben ses vieilles habitudes, elle, il
lui faut son café tous les matins , et pis un litre de rogome
par jour avec deux onces, de pain, v'ia tout son quantième... Et qu'est-ce que c'est que ça ?... Et pis donc, le
lait, le fromage , les œufs, tout ça nous pleuvra de tous
côtés... Les bonnes mamans viendront : Monsieur Benjamin , je vous recommande ben mon petit, faites qu'il ap~
prenne ben... Pis, elles iront trouver la maman : Marne
Javotte , vous avez pas de lait, je vous en apporterons , et si
vous aimez les œufs frais, faut pas vous en faire faute ,
/ les achetons pas, nous... Et les légumes, donc?... Oh!
Dieu , queue bénédiction !
» Et mais Javotte pourrait pas tenir des poules donc et
une vache ? n'y a pas de doute, à ça; faut ben qu'aile s'apprenne à faire quelque chose, ça n'a jamais su rien faire
de ses dix doigts ; pourvu qu'aile soit à faire la causette, et
à gueuler avec queuquezun , oh! elle est bonne là, c'est
toute son affaire, à elle; mais faut que ça change, da.
» Pour tirer le lait et faire un fromage , c'est pas ben
malin, je pense ; à la campagne , c'est pas comme dans un
Paris : partout où ce qu'on soit, faut vivre comme le monde
où ce qu'on est, je voyons que ça ; mais c'est not' affaire à
nous , j'la mettrons ben au pas, et j'arrangerons tout ça...
Oh ! que dame Javotte se foute pas dans le blanc des yeux
que j'li laisserons faire toutes les giries du temps passé...
Oh c'est pus ça, ma bonne.
« Ah ça , mais maintenant je pensons ben que j'aurons
pas de loyer à payer; la commune sera ben obligée de

�- 45 nous fournir un logement, ça va dc soi, ça. Et parbleu ,
on loge ben le curé, da, et pis , on leux y fout des traitements qui sont pas moisis, h tous ces farceurs-là.
» Oh ! mille noms d'un tonnerre ! quand est-ce que je
verrai dégi'ingolcr toute cette canaille-ìà. Ah ! si le choléra
voulait me croire, queue bonne récolte pour lui! Mais
patience... ça viendra ptètre d'une autre manière, n'y a
pas dc doute, faut ben l'espérer.
(Il reste an moment à réfléchir, et puis tout à coup, il continue.)

» Ah ! ça mais il me vient une idée qu'est pas moisie ,
je pense... non par ma foi... Ah! v'Ià ce que c'est que d'avoir
vu le monde... Ah! si j'avais reçu un tantinet d'inducation,
la moitié ou le quart seulement comme Benjamin, m'est
avis que j'aurions fait un homme capable, encore ; mais il
n'est plus temps d'y penser à présent, c'est trop tard...
J'en reviens à mon idée.
» J'ons beaucoup connu M. Benjamin Constant qu'était
un chien qui se laissait pas faire au même, stila-là ; je l'ons
servi d'eau pendant une dizaine d'années, et j'ons causé
avec lui, savoir comben de fois... Ah! il vous savait tordre
le paroli, ce compère-la*, et je dis, d'une fameuse manière., enfin comme il voulait... quoi! Cet homme était
connu dans toute la France, comme qui dirait moi, dans
le faubourpj Saint-Antoine.
» Pourrions-je-ti pas dire à ces bourgeois de campagne,
quand je serons arrivé au pays , que M. Benjamin Constant
a été le parrain de not' petit gas , et que c'est lui qu'a pris
son inducation en main , et pis, comme j' f'rons mousser
ça , moi, et de la belle manière, je dis... Oh ! ca ira à merveille, n'y a pas de doute à ça. »
(Il est tout extasié de sa découverte. )

Eustache, après avoir fait tous ces beaux rêves, et les
avoir communiqués à dame Javotte et à Benjamin qui savouraient d'avance les douceurs d'une si belle expectative,
Eustache, disons-nous, s'étant muni d'un passe-port, se
met en route, quelques jours après, avec son ménage.
On ne sait pas dc quelle manière se lit le voyage , mais ceci
devient indifférent ; ce qu'il y a de bien positif, c'est que
je les ai vus arriver dans la commune , dimanche dernier,
environ une heure après midi ; chacun d'eux portait un
petit paquet enveloppé dans un mouchoir.

�r 46 _ .

En arrivant, ils commencèrent à se rafraîchir au cabaret , et puis se tirent indiquer la maison du maire.
Avant de rendre compté de ce qui arriva à la mairie , il
est bon de faire connaître le signalement et l'accoutrement
des voyageurs.
Eustache paraît avoir quarante ou quaranle-cinq ans ; il
porte un vieil habit militaire , sa boutonnière est garnie de
la décoration de juillet, il aune casquette en drap bleu ; de
grandes et épaisses moustaches noires attenant aux favoris
occupent la moitié de sa figure : une large plaque de taffetas noir couvre la cavité de l'œil gauche qu'il a perdu aux
barricades ; son bras gauche est coupé au-dessous de la
saignée, et enveloppé dans la manche de l'habit qui est
réduite à la longueur du moignon.
Il porte une canne à la main.
Javotte est un peu moins âgée qu'Eustache ; mais, à en
juger par son teint enluminé, son visage rubicond et tout
bourgeonné , sa tète inclinée sur sa poitrine , et ses épaules
voûtées, on serait tenté de lui accorder, au moins, l'âge
de son héros ; elle est vêtue d'une robe d'indienne tricolore; elle a un grand schall en tricot, façon mérinos, couleur chocolat, un large chapeau de paille, doublé en taffetas jaune , et garni d'un ruban tricolore.
Elle porte un vieux parapluie qui lui sert de canne.
Benjamin est affublé d'une blouse bleu foncé , serrée
par une ceinture tricolore ; il a pour coiffure une casquette de peau de loutre ; on ne remarque rien d'extraordinaire dans la phisionomie de ce jeune homme : seulement il paraît affecter un air de suffisance, et être assez
engoué de son petit mérite.
Ce jeune homme paraît avoir quinze ou seize ans.
Après s'être rafraîchis, comrtie nous venons de le dire,
et avoir un peu réparé le désordre de leur toilette, les acteurs se présentent à la mairie , le vainqueur en tête.
Le garde-champêtre qui était à la porte leur observe
qu'on ne peut pas entrer, que le conseil est réuni pour délibérer sur des affaires qui intéressent la commune , et que
sa consigne est de ne laisser entrer qui que ce soit, autres
que les membres du conseil municipal, et le maître d'école
qui est secrétaire de la mairie, ainsi que M. le curé, s'il
se présente.

�- 4? EUSTACHE.

Comment ! mille noms d'un escadron ! un foutu calotin
entrera, et un vainqueur de juillet pourra pas entrer ?
Qu'est-ce qu'on fout donc dans ce sacre taudion ?
JAVOTTE.

Tu verras, mon ami, que ces foutus chenapans font
queuque conspiration, et qu'on n'attend pus que le curé
pour porter l'enseigne.
EUSTACHE, irrité.

Tais-toi, bégueule, c'est-i ben à toi de me faire des
interlocutoires de ce genre, et=de me couper le paroli ? Je
savons ben ce que j'ons à faire et à dire, sans que tu t'en
mêles.
JAVOTTE.

Mais, mon chou, t'as tort de te fâcher, ce que j'en
disons , c'est seulement par manière de causerie.
EUSTACHE furieux.

Encore un coup , tais-toi, bête-rave, ou ben je te clourons l'âme entre deux pavés ; tu sais combien de fois j'
t ons dit qu'il fallait zêtre honnête avec tout le monde , et
encore pus pire avec les zautorités... quoi.
LE MÊME, s'adressant au garde-champêtre.

Mon ami, j' voulons pas forcer vot' consigne, parce que
je savons ben h peu près ce que c'est que le service, n'y a
pas de doute... d'ayeurs, vous en voyez des marques, heim?
(Il montre sa décoration); mais voudriez-vous ben me
faire un petit brin le plaisir de dire à ces messieurs de la
section que j' venons exprès de Paris pour leux parler...
et de choses importantes , encore.
(Le garde entre dans la salle du conseil. )
EUSTACHE, à sa femme et a Benjamin.

Via comme on parle quand on za de l'inducation , stapendant, c'est au plus si ce gamin (enparlant du garde),
y trouvera son compte, i ne sait pas encore ce qui lui pend
au cul.

�- 48 BENJAMIN.

Et ic maître d'école, secrétaire donc, je vais empoigner ça aussi, moi.
EUSTACHE lui impose silence.

Assez causé, mon fils, sois sage, et mange du pam avec,
en tends-tu?
LE GABDE , étant entré dans la salle du conseil, dit au Maire :

Mouchu le maire , y za-ti h la porta, quoque soudât que
za de gvandas moustachas que fayont pau au diable ; risqua pas dc joua flacqua-ma , quet d'ati, y manqua la incita
d'un bras , mei o zo un œu que porta le deuil... cou m'a bc
l'air d'un sale osei, par mon arma ; o reniava couma un
scélérat dc ce que yott le voulia pas laissa entrà, parce
que , couma de fait, vous m'ayaz dit de mà laissa entrà los
membreis do conseil, mouchu le cura et le maître d'écola ;
you y zo zai dit, sens y faire altcnchiou.
LE MAIRE.

Oh! le malheu zest pas bien grand; d'ailiou, tiu zas
ma fai t ton devei.
LE GARDE.

'tbiiouj ')! JuoJ 'j'riH aíSíiueu n'il'íS liuil;a Jí np Jin fciio JJ
0 s'est bouta à n'en dire : u Comment, chi dit, un foutu
calotin entrera et un vainqueur de juillet pourra pas entrer? Qu'est-ce qu'on fout donc dans ce sacré taudis ou
taudion. » You sabe pas couma o zo za appela, ma cou est bc
quoqu'are couma cou, chi m'est vis. 0 za un petit riban
bleu à sa boutonneira, mei s'en fait gloira, le pegant.
Y za embei se quoqua pcillanda, embei un drôle d'una
quinzana d'ans : jamais you zai vedin re de chi laide... lia
zabe un visage... autant voudria una écaravissa eoucifa...
Chi m'est vis qn'aquela gaillarda béot pas souvent de tisane. . mei you crèze be que lia vaut pas guère mei que le
sondat... Is se sont coursas ensemble, una peca, devant
3a porta : mà cependent, soubrcl'endarai, le soudât zest êfa
bien honnête , et o m'a dit de vous dire qu'o zéra vendiu
exprès dc va Paris par vous parlà à treitoux , mei qu'a cou
éra de quoqu'are de consequença.. Vouleiz-vousqueyouios
fâche entrà ?... Vous verrez doux braveis passerais , naz ,

\H

.

�- 49 -

f

you vous en réponde... Le diable l'un chi is fayont pas dévardia una miâra.
LE MAIRE, consultant le conseil.

Qu'en disez-vous, vous autreis ?
LES MEMBRES DU CONSEIL.

Et fageaz-los entrà, nous verrens ce que is nous voulont ; d'aillou, is nous diront couma cou se passa vâ Paris,
et nous tournarens be prenne notra chéança, après.
LE MAIRE , s'adressant au garde-champêtre.

Ane, fàgea-los entrâ.
(Ilest bon défaire observer que te maire est un jeune homme, cultivateur très-à l'aise, qui a fait, avec fruit, une partie de ses études, par conséquent il parle très-bien français; mais il n'en est pas de même des membres du conseil qiû sont presque tous illétrés, quoique, d'ailleurs, fort
braves gens, et d un sens très-droit. )
Le garde introduit les trois voyageurs dans la salle du conseil ; mais avant
d'entrer, Eustache recommande à Javotte, et a voix basse, d'êlre circonspecte et réservée dans ses propos, et termine sa morale, en lui disant :

« Si t'exécutes pas le mot d ordre, y aura des propos chez ie
» commissaire. »
( Etant entrés, le maire les fait asseoir sur un banc. )
LE MAIRE, à Eustache.

Vousavez dit au garde-champêtre que vous étiez venu exprès de Paris, pour communiquer quelque chose d'important au conseil municipal; le voici réuni, expliques-vous.
EUSTACHE.

N'y a pas de doute, monsieur le maire ; (Puis s'adressant
à Benjamin.) Commence d'aveindre de ton porte-feuille le
passe-port et puis les zautes papiers que tu sais ben, heim?
( Benjamin obéit, et se disposait à lire. )
LE MAIRE.

Donnez, donnez, mon ami, je lirai bien cela, moi.
JAVOTTE, toute surprise.

Tiens, est-ce qu'is savont lire
donc?
t

récriture

de Paris , ie* ,
4

�— 5o —
(Eustache fait à sa femme un petit mouvement de tête, et un clignement
d'œil signifiant qu'il espère bien qu'il n'en viendra pas à bout, mais qu'il
faut attendre le dénouement, )
LE MAIRE

lit à haute voix le passe-port :

« Laissez passer Eustache , enfant naturel, décoré de
juillet, et pensionnaire de l'état, (Eustache se gonfle,
porte la main à sa décoration , et se froite la moustache.)
exerçant, avant les glorieuses journées, la profession de
porteur d'eau, âgé de quarante-deux ans, taille d'un
mètre y5o millimètres, cheveux, sourcils et barhe noirs,
front large , nez aquilin, bouche béante , menton pointu ,
privé de l'usage de l'œil et du bras gauche, se rendant avec
sa femme et son fds à
son pays natal, département du
Puy-de-Dôme , et prêtez-leur aide et assistance, en cas de
besoin. — Signé CADET GASSICOURT, maire du quatrième
arrondissement. »
Au mot de pays natal, tous les regards de l'assemblée se
fixent simultanément sur Eustache, chacun cherche à
le reconnaître; dans ce moment, M. le curé et le maître
d'école, secrétaire de la mairie, entrent dans la salle du
conseil : ils paraissent, l'un et l'autre , tout ébahis de la
tournure et de l'accoutrement de ces trois aventuriers.
Nous avons déjà dit que le conseil municipal était
réuni pour des affaires qui intéressaient la commune ; il
était question de faire le budget, et de voter quelques
dépenses pour réparations à faire , soit à l'église , soit au
clocher , et au sujet desquelles le conseil municipal désirait aveir l'avis de M. le curé.
Il a été dit également que le maître d'école était secrétaire de la mairie , et c'était pour la rédaction du procèsverbal de la délibération du conseil qu'il avait été appelé.
Ces deux messieurs entrèrent donc, au moment où chacun cherchait à démêler dans les traits d'Eustache quel
pouvait être l'individu qui s'était dit originaire de la
commune.
M. le curé, ainsi que le secrétaire, s'amusèrent longtemps à examiner ces figures grotesques.
Enfin Eustache, ennuyé de voir que tous les yeux des assistants étaient braqués , tantôt sur lui, tantôt sur Javotte
et sur Benjamin, et que chacun se chuchotait à l'oreille,

�— 5i —

sans pouvoir reconnaître, d'une manière précise, le personnage qui captivait, depuis quelques instants, toute
l'attention de l'assemblée, Eustache, disons-nous, rompit
enfin le silence , et d'un ton quasi-pathétique, s'écria :
(t Eh ben, mes bons amis , vous reconnaissez donc pus
le fils de c'te Charlotte qu'avait resté long-temps dans ce
domaine , donc, où ce qu'aile périt par le feu du ciel; y a
ben, à peu pres, com' qui dirait trente ou trente-deux
ans... j'avions, à cette impoque, environ une douzaine
d'années ; je partîmes de suite pour Paris, à cette fin de
gagner ma chienne de vie , et me r'v'là , quoi !... avec un
bras rogné et un œil de moins... mais, je m'en fous, j'ons
fait mon devoir, et j' m' som' battu, je dis , en vrai luron,
et. pour la bonne cause, da, n'y a pas de doute... et v'Ià.
M. le maire me connaît pas , il est trop jeune. »
( Le maire ne répond pas, mais fait un signe de tête négatif. )
Le plus ancien MEMBRE DU CONSEIL fait une exclamation :

Ah ! cou est le pitau de la Charlon que pelavont Chanchet, cou éra le grand Francei de la boria que Paya tendu
embei la paubra Michon chaz le Massou ; ah ! pardénà, you
m'en souvéne, dreit couma de ce que you faguei hier.
(Puis se baissant à l'oreille du maire, il lui dit à voix basse : )

Cou éra pas una bouna lèbre , dins son jeone âge, cou
laissâva re sens faire ; faguet bien de quitta le pays , cou
zauya mâ fait mauvase fi... Cou faguet pas mei de prouméra communion qu'un chi, mei you sei be acbura qu'o
sabia pas soulament sa priéra... et enquéra pus fort, mei éta
çartena qu'acou zéra éta en galéra... Cou est pas grand cas.
EUSTACHE, qui n'a pas entendu la confidence secrète faite par le Membre du
Conseil au Maire, se récrie sur les expressions de Pitaud et de Chanchet,
et s'adressant a l'interlocuteur :

Parle donc, eh l'ancien, tu me tires une carotte-là,
heim! lapin... Qu'appelles-tu pitaud"} Un pitaud c'est un
maroufle , comme toi, un foutu chenapan , entends-tu?
JAVOTTE, qui ne comprend pas le patois, est offusquée de l'expression de
Pitaud, et dit :

Comment, mon ami, tu te laisses insulter par un merdayon dc c'te espèce! C'est grossier comme du pain d'orge,

�52
«es sacrés cocos-là, heim?... Mais t'es ben bon, toi,
aussi de souffrir tout ça ; dis à Benjamin de fout' un petit
bout d'écrit à M. Gisquet, et pis, on leux y fera voir clair
à tous ces ostrogots... Traiter de Pitaud un vainqueur de
juillet?... Pitaud toi-même, entends-tu, foutu visage de
carême ?
EUSTACHE , interrompant sa femme.

Pose ta blague , toi, eb ! sacré moulin à paroles. (S'adressant au Membre du Conseü.) Qu'est-ce crue tu parles
encore de Chanchell t'as donc pas entendu l'homologation
de mon passe-port? est-il question dans tout ça de Chanchet? Eustacbe, v'ià mon nom, aussi bien que le tien,
c'est mâchoire, vois-tu, sacré escargot.
Le MEMBRE DU CONSEIL, s'émoustillant, à son tour.

Oh! oh! ma chi tiu vouliaz te fàchâ, enquérà, cou chya
be drôle... Tei cregea-me, Chanchet, me fagea pas parla,
parce que you te diaya mâ tas bounas veritas, etyou t'auya
be tôt couju le bei, vezez be... Fagea veire ton épaula,
pegant.
■ LE MAIRE impose silence à l'un et à l'autre, et dit à Eustache :
Au bout du compte, que ce soit fini, je n'entends pas
qu'on se dispute ici.
Monsieur Eustache, faites-nous le plaisir de nous dire
ce que vous avez de si intéressant à communiquer au conseil, et, bornez-vous là.
( Eustache fait signe à Benjamin de jiroduire les autres papiers ; celui-ci
remet au maire un certificat de M. uisquet, préfet de police, et un de
M. Cadet-Gassicourt, maire de son arrondissement. )
LE MAIRE, après avoir parcouru ces certificats, et les avoir lus à voix
basse, les remet a Benjamin ; puis s'adressant a Eustache :

Eh bien , mon ami, vous avez là de bons certificats, il
ne faut pas les perdre, c'est bien assez d'avoir perdu un œil
et la moitié d'un bras ; tous n'ont pas eu le même avantage
que vous , puisque vous avez obtenu la décoration, et une
pension à l'avenant, cela vous était bien dû.
Votre intention est peut-être de vous fixer dans cette
commune , car j'ai vu dans votre passe-port que vous avez
pris celte destination

�— 53 —
EUSTACHE , avec un mouvement d'impatienc«.

N'y a pas de doute ; parbleu, je le crois ben , monsieur
le maire , que je voulons rester ici... Vous savez donc pas
lire ? Vous voyez pas ce que vous marque le papa Gisquet,
et M. Cadet-Gassicourt, donc?
JAVOTTE.

J' t'ons déjà dit, mon ami, qu'is saviont pas lire l'écriture de Paris.
LE MAIRE, avec dignité et d'un ton sec.

Vous êtes deux insolents, l'un et l'autre, et je vous prie
d'être un peu plus réservés dans vos expressions ; car,
quoique vous soyez vainqueur ou vaincu , M. Eustache ,
(et tout ce qu'il vous plaira) vous n'avez pas le droit d'insulter les autorités constituées; je sais lire les papiers
de Paris, comme aussi je sais apprécier les personnes qui
en viennent; sachez bien cela, l'un et l'autre.
EUSTACHE, piqué.

Monsieur le maire, puisque vous voulez pas dire tout
haut ce qu'il y a dans ces papiers, j'allons le dire , moi,
devant tout le monde quoi !... et sans me gêner, pas pus
que ça.
J' sons venu dans c'te commune, à propos d'être gardechampête, enfin... et j'ons des droits pour avoir c'te place,
n'y a pas de doute, ou sinon y aura du baba queuque
part... et voilà.
LE GARDE-CHAMPÊTRE , qui était présent, dît tout bas a quelques voisins :

Le diable t'en crèbe, foutiu borly , fuguessez-tiu borly ,
un autre tant... Ah ! mâtin chi you cregia bou'nament que
tiu fuguessaz vengu eichi par me décourompre de ma
plaça, you te coupaya l'autre bras couma una granouilla.
EUSTACHE.

C'est pas le tout, c'est que j'entendons que ce petit
luron-là ( en indiquant Benjamin') sera maître d'école ici,
et bien foutu pour ça, encore, mieux que ce grand flandrinlà ( et ilfait une grimace, en désignant le maître décote

�(Le maire, le curé, tout le conseil, et le maître d'école lui-même,
rient, à gorge déployée, en voyant la figure grimacière d'Eustache. )
JAVOTTE, irritée.

Voyez-moi donc tous ces jean-foute-lk, ça rie comme
des niguedouilles, et demandez-leux y pourquoi; c'est
bête comme des autruches. (Puis s adressant à Benjamin) :
Ah! mon pauvre enfant, si ton parrain avait vu ces banboches-là , il était foutu pour en faire un journal ben
cossu, vas.
LE MAIRE voulant s'amuser , et égayer l'assemblée , se radoucit et dit a
Javotte:

Dites-moi donc, ma bonne dame, quel est donc le parrain de cet enfant?
JAVOTTE, avec une profonde inclination.

M. Benjamin Constant, monsieur le maire.
(A ce nom-là, Eustache et Benjamin lèvent leurs casquettes.)
LE CURÉ.

Si le filleul a autant d'esprit et d'instruction que le parrain , il peut certainement faire un bon maître d'école.
EUSTACHE.

Oh ! n'y a pas de doute , à ça , et il y a gros à parier que
dans vot' sacré pays de Cosaques , i n'y a pas encore un
»articulier qui soit foutu pour lui en revendre , à ce cocoà, tenez ; pour ce qu'est de la plume et du bagout, faudrait le voir aller.

f

LE CURÉ, à Benjamin.

Où est-ce que vous avez fait votre instruction, mon
ami ?
BENJAMIN.

J'ai d'abord suivi l'école d'enseipjnement mutuel qu'on
appelé Lancastrienne, parce que c'est Lancastre , citoyen
anglais , qui en est l'inventeur ; puis, pour la calligraphie,
j'ai pris des principes sous M. Bernardin, et en dernier
lieu, j'ai fait un cours complet, d'après la méthode de
Jacotot, méthode inappréciable pour la jeunesse , et dont

�— 55' —
les avantages se font sentir de plus en plus , en raison de
la progression des lumières, de la propagation de la philantropie et de la saine philosophie débarrassée des illusions
du fanatisme et des prestiges de l'obscurantisme.
EUSTACHE, extasié, s'adresse à l'assemblée :

Eh ben ! vous en fout-il là, de toutes les couleurs ?
Quand je disions que... hein? (Puis s'adressant à Benjamin),
Mais tu vois ben, mon pauvre enfant, ces gens-là de village comprenont pas ça , vois-tu... Ah ! il est vrai que tu
leux expliqueras, quand je serons en pied.
LE CURÉ,.^'adressant à Benjamin.

Mon ami, avez-vous fait votre première communion ?
JAVOTTE, avec vivacité et fureur.

Tiens! qu'est-ce qu'i dit, cet autre-là? Sacré jésuite...
on t'en foutra, à Paris, des premières communions, vas-y,
vas. Et ton bougr... d'archevêque qui...
EUSTACHE, en interrompant sa femme, lui lançait un coup de canne,
mais elle le pare avec son parapluie ; il dit à sa femme :

Veux-tu ben te taire, encore un coup , sacrée guenuche,
ou ben je te foutons un apostrophe sur le museau, et qui
comptera zau piquet... Tu m'entends.
LE MAIRE, ironiquement.

Ce n'est pas édifiant, monsieur Eustache , pour un décoré de juillet de manquer de respect à sa dame , d'une
manière aussi grave, et surtout en présence des autorités...
Oh ! les chevaliers doivent être plus galans que cela.
EUSTACHE, énorgueilli par la qualification de chevalier.

N'y a pas de doute, c'est ben vrai ce que vous dites-là y
monsieur le maire , vous avez ben raison ; mais c'te sacrée
peau de chien-là, il faut toujours que ça blague, et
quand c'est en train , c'est comme la cloche de Not'-Dame
de Paris, n'y a pas moyen de l'arrêter... Ça a pas reçu
d'inducation, voyez-vous ; ça a pourtant fréquenté de
bonnes maisons... mais que voulez-vous? c'est son sort
comme ça. Et moi qui savons ce que c'est que de vivre

�— 56 —
avec tout le monde, j'aimons pae toutes ces brioches... ça
me refout, tout ça, voyez-vous ben... Mais quand je serons
en fonctions ici, oh! faudra que ça change... j'l'y ons déjà
promis, et je vous fous mon billet que je l'y tiendrons
parole... foi de chevalier.
(Il porte la main sur sa décoration , en se gonflant. )
LE MAIRE-

i

De quel pays est-elle, votre dame ?
EUSTACHE.

Vous me demandez de queu pays qu'aile est, monsieur
le maire? Ma foi, j'en savons ren, j'l'i ons jamais demandé.
LE MAIRE.

Mais cependant quand vous vous êtes mariés, soit à
l'église, soit à la commune, il a bien fallu indiquer dans
ces actes , vos noms, prénoms , lieux de naissances, domiciles, etc.
EUSTACHE.

Ah ! vous êtes bon là, vous, monsieur le maire, vous
croyez tout bonnement que dans un Paris c'est comme
dans vos campagnes , donc? Ah ben oui, je t'en fous... Aujourd'hui on se marie à la bonne foi... quoi! pas pus de
cérémonies que ça... Et ces mariages en valont ben
d'autres, allez, n'y a pas de doute.
LE MAIRE.

Mais Benjamin, votre fils, a bien un acte de naissance
celui-là, puisque vous nous avez dit que M. Benjamin
Constant était son parrain,
EUSTACHE.

Oui, à la mairie, bon, mais pas davantage.. .Oh ! oh !...
aurait ben fallu parler à M. Benjamin Constant d'aller à
l'église... Oh! il n'entendait rien de c'te oreille-là, quoique ça, c'était un bon citoyen, un brave homme, un ami
du peuple, enfin.
UN MEMBRE DU CONSEIL.

Ati treis braveis oziaux , tenez , le pere, la mére , mei

�le drôle, you pariaya be qu'entre is treis saubrlont pas dire
un Pater ni mei una Ave Maria... Et foutaz donc votreis
éfants entre las mas d'aquet coco (qu'en dit son papa); nous
nous foutens be de sa pluma mei de son bagout (qu'en
dit-o ) chi cou est mâ par aprenne à notreis petits l'an quatre mei Jacotot... couneissens pas quet monde, nous autreis : cou diot mâ être dos eiguenots couma quos treis
pegans que sont ti... Et liu priera? et liu catachime ? quo
le liu apprendra ? Mà vous comptez cou d'ati par re, vous
autreis , n'y a pas de doute.
LE CURÉ.

Monsieur le maire, quoique, dans les assemblées du
conseil municipal, je n'aie point voix délibérative, ni même
le simple droit d'assistance , cependant vous avez bien
voulu m'accorder aujourd'hui cette faveur, attendu qu'il
était question d'affaires qui intéressent la marguillerie et
lè service du culte divin : je m'y suis rendu sur votre invitation.
J'étais bien éloigné de m'attendre à voir passer sous mes
yeux une scène qui, dans le principe, n'offrait rien que de
très-comique et de très-burlesque; j'en ai ri, moi-même,
d'abord, comme vous tous; mais, sur la fin, lorsque la
scène a eu changé de face, et qu'elle a eu pris un caractère
plus grave et plus sérieux , j'ai dù éprouver un sentiment
différent.
Voudriez-vous bien, monsieur le maire, avec la permission du conseil, m'accorder la liberté de vous exprimer ma
façon de penser au sujet de la sensation pénible que m'a
fait éprouver le fâcheux épisode dont nous avons tous été
témoins.
LE MAIRE.

Monsieur le curé, votre présence ne sera jamais déplacée ici, parmi nous ; nous n'agissons point dans les ténèbres : les intérêts de la commune ne vous sont point
étrangers, nous le savons tous, et pourquoi les vôtres le
seraient-ils à la commune?
Si vous avez, monsieur le curé, quelques réflexions à
nous communiquer relativement à ce qui vient de se passer
sous vos yeux comme sous les nôtres , nous les accueillerons avec plaisir et empressement, persuadés, comme

�— 5S —

nous le sommes tous, qu'elles ne peuvent être que trèsjudicieuses, et favorables aux intérêts de la commune , et
j'ai tout lieu de croire que mon opinion sera partagée par
tous les membres du conseil.
TOUS LES MEMBRES à

l'unisson.

Oui, oui, oui.
LE CURÉ.

Je vous disais donc , tout à l'heure, monsieur le maire et
messieurs les membres du conseil municipal, que si le
militaire qui est ici présent, et qui s'appelle Eustache, ce
me semble.
UN MEMBRE DU CONSEIL.

Se pela mâ Chanchet.
EUSTACHE veut répliquer, LE MAIRE

lui impose silence en

ces termes :

Monsieur Eustache (ou Chanchet, si l'on veut) , je vous
prie de ne point interrompre M. le curé, et d'attendre qu'il
ait terminé son discours , sauf à vous à faire des observations postérieures, si toutefois vous avez à en faire de convenables.
Cette invitation de ma part s'applique également à chacun des membres du conseil municipal.
Veuillez continuer, s'il vous plaît, monsieur le curé.
LE CURÉ.

Enfin je disais que si monsieur nous avait égayés, pendant quelques instants, il a mis le comble à mon indignation , lorsque je lui ai entendu faire une profession de foi
qui n'est autre que celle d'un impie et d'un athée ; il paraît que madame qui se dit son épouse, et qui n'est rien
moins que cela (puisque l'union de ces deux individus n'a
été constatée par aucun acte ni civil ni religieux); il paraît,
dis-je, que madame partage des sentiments qui sont en
parfaite harmonie avec ceux de celui qu'elle qualifie
d'époux ; il paraît également que Benjamin qu'ils disent,
être leur enfant, et être de plus, le filleul du trop célèbre
philosophe Benjamin Constant, a été élevé dans des principes absolument conformes à ceux de ses père et mère ,
puisque M. Eustache nous a fait, l'aveu que cet enfant
n'avait pas été baptisé.

�- 59 Et vous avez dû, monsieur le maire, juger des sentiments de ce jeune homme par le pathos qu'il nous a débité, à l'occasion de l'enseignement mutuel et de la méthode
de Jacotot : La progression des lumières, la philantropie,
la saine philosophie débarrassée des illusions dufanatisme,
et des prestiges de l'obscurantisme.
De la part d'un enfant de quinze ans , mes bons amis ,
une semblable doctrine et un pareil raisonnement font
frémir, je ne dis pas seulement l'homme chrétien et religieux , mais celui même qui conserve encore quelque
espèce de moralité et de philantropie ( pour me servir de
l'expression usuelle et usitée de nos jours, expression
dont on fait malheureusement une si funeste application
et un usage si désordonné.
Enfin, voulez-vous savoir ce que c'est que la philosophie ?
La philosophie est l'étude ou la science de la nature ou
de la morale.
Qu'est-ce que la philantropie ?
La philantropie est une affection générale pour ses semblables.
L'homme qui pratiquerait ponctuellement la morale
qui découle de ces deux principes serait, dans la vie
sociale, un être infiniment recommandable ; je dis dans
la vie sociale , entendez-vous, c'est-à-dire, dans le commerce qu'ont entr'eux les hommes pour les affaires temporelles de ce bas monde; mais vous savez également, mes
amis, que notre existence ne se borne pas là; c'est une
vérité qui est connue de tous les peuples et chez toutes
les nations civilisées.
Eh bien , au dire du jeune Benjamin, la saine philosophie dont il se déclare le propagateur, en digne prosélyte
du fameux Jacotot, est débarrassée, selon lui, des illusions
dufanatisme, et des prestiges de l'obscurantisme.
Savez-vous bien maintenant ce que cette secte impie
qualifie de fanatisme et d'obscurantisme ?
Ce sont nos dogmes, nos saints mystères, enfin toutes
les pratiques de notre sainte religion.
Je ne vous rappellerai pas, mes bons amis, cmels ont
été les fruits de cette morale inique, dans le cours de
notre première révolution où la guillotine était en per-

�— 6o —
manence, où le crime triomphait impunément, et la vertu
était pourchassée à outrance et persécutée dans toutes les
classes de la société et dans les réduits les plus obscurs ;
fort peu de vous, mais néanmoins quelques-uns ont été
témoins de ces jours de carnage et de deuil.
Qui est-ce qui avait attiré, à cette époque, sur notre
malheureuse patrie, un fléau si redoutable et si funeste à
la religion et à la société?
Vous venez de l'entendre, mes chers enfants, c'est la
iropagation et la mise en pratique de cette prétendue phiosophie, subversive de toute idée d'ordre et de morale.
Mais, sans remonter si haut, notre nouvelle révolution
qui ne date encore que de deux ans , ne vous donne-t-elle
pas une esquisse (un peu légère à la vérité, comparativement à celle de 17g3) de l'immoralité et de la soif de persécution de la part de cette secte infernale contre la religion
et ses ministres? Voyez ces croix abattues, ces églises ravagées, l'archevêché de Paris dévasté et mis au pillage, le
vénérable pontife obligé de fuir et de se cacher pour se
soustraire à la fureur de ses vils assassins.

Í

EUSTACHE, se levant.

Doucement, monsieur le curé, j'étionslà, nous, et j'
savons mieux que vous ce qui s'y est passé, n'y a pas de
doute.
(Javotte veut se lever également et parler; le maire, avec fermeté, leur
impose silence à l'un et à l'autre, leur ordonne de s'asseoir, et fait placer
entr'eux deux le garde-champêtre pour les contenir dans l'ordre et dans
le respect dû à l'autorité.)
LE CURÉ continue.

Ce sont là les fruits de la philantropie moderne ; heureusement , mes amis, notre pays ne s'est point ressenti
des effets de cette funeste corruption, que le bon, l'ingénu
Benjamin qualifie si complaisaniment de progrès de lumières.
(Eustache vent encore parler, le garde lui met la main sur la bouche,
et lui farfouille un peu les moustaches ; Eustache veut se mutiner, le garde
lui tient la pointe de son sabre sur la poitrine. )
LE CURÉ continue encore.

Maintenant, mes bons amis , je vais vous parler ici avec
la franchise et la fermeté que comportent la dignité de

�— 6i —

mon caractère, et les fonctions augustes que j'exerce dans
cette paroisse.
Vous connaissez tous l'attachement que je vous porte,
vous n'ignorez pas non plus qu'il est de mon devoir de
veiller à tout ce qui peut intéresser le salut de vos âmes et
vous diriger dans la bonne voie.
Enfin , quoi qu'il puisse m'arriver, je vous déclare bien
que je suis tout disposé à faire le sacrifice de ma vie plutôt
que de transiger avec ma conscience et les obligations
que m'impose mon ministère; en conséquence, je vous
dirai franchement que je considérerais comme un trèsgrand malheur pour la paroisse de voir s'y fixer ces trois
individus dont la moralité n'est plus, en ce moment-ci,
un problème pour moi, et si ce malheur arrivait, je vous
annonce que je serais contraint à solliciter mon changement, ce qui m'occasionnerait un chagrin mortel, car
depuis vingt ans que je suis votre pasteur, mes chers enfants, je n'ai eu qu'à me louer de la bonne conduite de tous
mes paroissiens (je vous dois cette justice) , et je prévois
qu'il en serait bien autrement, si cette famille venait à se
transplanter ici , surtout en y exerçant les fonctions
qu'elle sollicite de vous ; mais je suis persuadé , et même
parfaitement convaincu d'avance que vous ne ferez aucun
droit à leurs réclamations.
(Eustache, furieux et bouillonnant de colère, se lève précipitamment ;
le garde veut le faire rasseoir ; Eustache , par surprise, lui applique avec
violence La pointe de son moignon dans le creux de l'estomac et le terrasse. )
Ensuite EUSTACHE, gesticulant avec sa canne, apostrophe le curé en ces
termes :

Dis donc, eh! sacré enfant de Lucifer , veux-tu que je
te fassions danser la mal-aisée?
( Tous les membres du conseil, simultanément entourent le curé. )
Puis s'adressant a Eustache , un d'eux lui dit :

Ah ! foutiu débraya que tiu seis , chi tiu zayas tant soulament le malheu de le toucha, tiu pourrias dire que tiu
zas prou de po de coueit par las restas de ta vida.
Mâ que foutens-nous de touta quela pegandailla-ti, mâ
de los foutre tous à la porta , à cops de peids au thiou.

�— 62 —
LE MAIRE, leur faisant signe par un mouvement de tête , leur dit :

Bouçament, mos amis, un petit moument.
( Bans cet intervalle, le garde-champêtre, se relève, et d'un coup de
sabre se disposait à abattre l'autre bras d'Eustache ; mais le maire s'interpose entr'eux deux, et dit à voix basse au garde-champêtre d'aller chercher
promptement le capitaine de la garde nationale avec six hommes.)
LE GARDE, également à voix basse.

Ah! foutre laissaz faire, mouchu le maire, jamais coumichiou chera étada mieux faita qu'aquela d'ati. (Puis
s'adressant à Eustache.) Ah ! foutiu barba sala, tiu me n'as
be fait una, mâ you te réponde que tiu la pourtaraz pas
en enfeâ, ou be y auya bien do malheu (foi de gardechampêtre).
(A l'imitation d'Eustache, le garde-champêtre, en ce moment, porte
la main sur sa plaque. — De suite il sort. — Le maire prend son écharpe).
JAVOTTE.

Tiens! vlà la corde à fourrage, couleur de larc-enciel.
LE MAIRE, avec indignation toutefois modérée, dita Eustache :

Monsieur, voilà déjà assez long-temps que vous avez
abusé de la patience du conseil ; il ne sera pas dit que vous
aurez manqué impunément à l'autorité, en insultant gratuitement, et d'une manière aussi atroce que vous l'avez
fait, un ministre du culte et quelques-uns desmembres de
l'autorité, et plus particulièrement encore le garde-champêtre qui est également autorité , quoique d'un ordre subalterne.
Puis s'adressant au secrétaire, LE MAIRE lui dit :

Monsieur le secrétaire, tous les faits
votre présence, vous devez en être
veuillez les recueillir et les consigner
dans un procès-verbal, ainsi que ce qui

se sont passés en
bien mémoratií';
bien exactement
s'en suivra.

ECSTACHE, au secrétaire.

Oui, oui, écris , greffier, le diable te chiera de l'encre.
maire. ) Et toi, je te pisse au eu, avec ton procèsverbal , sacré maroquin ; nous verrons si tu te foutras de
M. Gisquet, le préfet de police, et de M. Cadet-Gassicourt

C Au

�— 63 qu'est maire, aussi ; mais c'est pas un maire merdeux ,
comme toi. (Au curé.) Et toi, sacré calotin, moule de
gueu , tu sauras de mes nouvelles avant peu de temps, va,
tu peux compter sur une pile qui sera pas moisie , et tu
risques rien de faire ton paquet d'avance , t'es ben foutu
comme Henri IV sur le pont Neuf; j' t' disons ren pus que
ça. (A Benjamin.) T'écriras ce soir à nos amis de Paris,
en tends-tu ? et pis je verrons qui mangera le lard.
BENJAMIN.

Oui, papa.
EUSTACHE à Javotte.

Et toi, vieille tapisserie, qu'as tant bonne gueule,
queuquefois, te v là à baïer, à présent, comme une
carpe; dis-leux y en donc queuques-unes, au moins, à
ces matoux, cette sacrée volaille de Montfaucon.
JAVOTTE.

Que veux-tu que je leur disions? Tu te rappelles ben ce
que j' t'ons dis , avant d'entrer dans ce boug... de Capharnaüm où ce que le garde voulait pas nous laisser entrer;
j' t'ons-ti pas dit qu'ils fesiont queuque conspiration, et
qu'on attendait pus que le curé pour porter l'enseigne...
Et pas du tout, toi, tu voulais pas tant seulement me laisser débagouler une parole... tu le vois bien pourtant à
présent... avais-je t'i raison? C'est bien ce sacré coco de
curé qu'à mis tous les autres en train par son paroli ; je
sons ben d'avis d'en écrire à Paris, je voudrions ben qu'on
foute toute c'te sacrée pacotille à Sainte-Pélagie ; comben
que n'y en a qui y sont, et qui l'ont pas tant gagné
comme zeux.
(Bans ce moment, le garde-champêtre, tout rayonnant de joie, rentre,
accompagné du capitaine de la garde nationale, et de six gardes nationaux
armés de fusils. —Eustache, Javotte et Benjamin pâlissent. )
LE MAIRE, s'adressant au capitaine.

Monsieur le capitaine, j'ai requis votre ministère pour
faire conduire jusqu'au chef-lieu de canton monsieur qui
est ici présent, décoré de juillet; vous le ferez déposer
entre les mains de la gendarmerie qui le conduira ensuite
devant M. le procureur du roi de l'arrondissement.

�-64 -

Le secrétaire rédige, en ce moment-ci, le procèsverbal, et quand il sera clos , je vous le remettrai; je vais
également vous délivrer une réquisition, et vous ferez
prendre un récépissé du brigadier de gendarmerie par
celui de vos sous-officiers qui commandera l'escorte.
UN DES MEMBRES DU CONSEIL.

Ati un peta bien posa.
LE CAPITAINE.

J'y irai moi-même avec les six fusiliers qui sont là; il
n'est encore que trois heures, les jours sont longs, nous
avons le temps.
LE MAIRE, s'adressant a Javotte.

Madame Javotte, et vous monsieur Benjamin, comme
il n'y a pas précisément de charges contre vous, vous êtes
libres de vous retirer où bon vous semblera.
EUSTACHE, au maire.

Ah! ça, Monsieur le maire, c'est-i tout de bon, donc?
Et à cause de pourquoi t'est-ce, s'il vous plaît ?
LE MAIRE.

Vous le saurez par le contenu du procès-verbal dont on
vous donnera lecture.
JAVOTTE, sanglottant.

Oh ! queu sacré coquin de pays !
(Benjamin pleure à chaudes larmes.)
EUSTACHE.

Eh! mais, dites-donc, monsieur le maire, pensez-vous
qu'on puisse arrêter un vainqueur de juillet, un chevalier
enfin, comme qui dirait un premier venu quoi! Prenez
garde à ce que vous allez faire.
LE MAIRE.

Monsieur Eustache , soyez tranquille là - dessus, je
prends sur mon compte toute la responsabilité de cette
affaire.
i

�— 65 —
EUSTACHE.

Eh ben, me v'là enfoncé... Ah! valait ben la peine de
venir de Paris , faire cent lieues pour un bamboche comme
ça; mais j' pensons ben que votre tour viendra un jour,
monsieur le Maire, faut ben l'espérer, et m'est avis que ce
jour-là n'est pas ben loin.
LE MAIRE.

Cela pourrait être, monsieur Eustache; mais en attendant, vous allez commencer par me donner l'exemple, il
n'y a pas de doute.
• EUSTACHE, à Benjamin.

Pas pus tard que ce soir, Benjamin, faudra zécrire à
Paris, et de la bonne encre s'entend.
BENJAMIN, sanglottant.

Oui , papa.
JAVOTTE, toute éplorée.

Queuque j'allons donc devenir?
EUSTACHE.

Te chagrine donc pas, vas... et Je procureur du roi,
donc? quand j' l'y ferons voir nos lettres de Paris , savoir
comment il prendra ça, et si M. Gisquet, préfet de police,
»era pas pus entendu qu'un petit argouzin de maire de
village... Faut zobéir, c'est juste, mais ça m'inquiète pas
ça, va, pas pus que l'an quarante.
LE GARDE, au maire.

Faut be que you n'aigne aidà à accompagna que monde,
you.
LE MAIRE, qui devine son intention, lui dit en riant :

Ane, fàgeaz pas l'aze , demora ati.
LE GARDE.

Mà cependent chi is veniont à l'cmparâ.
LE MAIRE , d'un (on see et sérieux :

Qu'a cou chiage chaba par ati, you zo voule mâ couma
cou, you.
5

�— 66 —
EUSTACHE, en partant.

Adieu, sacrée gueuzaille, maire de merde, foutu calotin, sacrée machine infernale, foutu taudion, boug.. de
bastringle... que cinq cents mille diables vous tortillent
bien la peau du ventre, à tous... Mais quand je disons
adieu, c'est que c'est pas pour ben long-temps, non... nous
nous reverrons bentôt, ainsi pas adieu.
(Le maire ne répond rien, et recommande à toutes les personnes de
l'assemblée de ne pas proférer la moindre parole. — Le conseil reprend la
suite de ses délibérations. )

FIN Dû VAINQUEUR DE JUILLET.

�LE TIRAGE Oli LES SORCIERS.

ÎL circulait déjà une foule de copies plus ou moins exactes de ce petit
poème , où l'auteur a fait preuve d'une connaissance parfaite de la langue
et des mœurs du pays, et qui, sous ce double rapport, mérite d'être conservé , lorsque l'Académie de Clermont le jugea digne de figurer dans les
Annales de l'Auvergne (année 1856, p. -104), publiées par cette société
savante.

Une édition in-8 en fut donnée peu après, et fut enlevée entièrement en
quelques mois. En \ 857, une troisième édition, format in-18, parut, annotée par l'auteur lui-même, pour expliquer aux lecteurs étrangers à l'idiome
auvergnat, beaucoup de mots que, sans ce secours, ils auraient peine a
comprendre. La quatrième édition, que nous offrons aujourd'hui au public,
a été imprimée sur un exemplaire de la troisième, revu et corrigé.
Lorsque cet écrit eut paru dans les Annales d'Auvergne, un jeune compatriote de l'auteur, le docteur Lassalas, de Rochefort, en rendit compte en
ces termes dans la Gasetle d'Auvergne, du 15 juillet \ 856 :
« En publiant dans ses Annales le petit poème de M. J. Roy, l'Académie
de Clermont n'a fait que constater le succès de vogue qu'avaient déjà obtenu
de nombreuses copies manuscrites. Il est en effet peu de personnes lettrées
de notre pays, qui ne connaissent déjà cet excellent tableau de mœurs, et
qui, je dirai plus , ne pussent au besoin en réciter quelques tirades.\
» Certainement, nous sommes bien éloignés de partager l'engouement de
telle célébrité littéraire pour les jargons d'un grand nombre de localités,
nous qui désirons, pour notre belle France, l'unité de langage, aussi vivement que l'unité politique. Toutefois , nous ne pouvons nous dissimuler
que l'énergie de certaines expressions patoises ne saurait se retrouver dans
la traduction française, et qu'il est en outre , dans les idiomes méridionaux,
une infiuilé de proverbes et d'adages que l'on priverait de leur justesse et
de leur sel en les faisant passer dans une autre langue.
» M. Roy a fait une étude approfondie du glossaire des montagnes occidentales du Puy-de-Dôme : il manie parfaitement, la plaisanterie, et la réthorique de nos campagnes lui est familière. On a dit depuis long-temps, avec
vérité : Il se fait plus (le figures à la halle qu'à l'académie. Moi. j'ajoute! ii

�que nos montagnard* fout plus de comparaisons que les disciples de M. Jaeotot. Aussi, dans le poème dont nous nous occupons, les tropes et les autres
figures s'y trouvent-ils en abondance , et venus tout naturellement. La gêne
qu'impose nécessairement la prosodie s'y fait peu sentir, et dans le livre on
parle absolument comme au champ.
» Le caractère des deux interlocuteurs est très-bien soutenu. La vanité,
la fatuité, la sottise, la présomption du bavard de conscrit, fait ressortir la
circonspection, l'esprit religieux et bienveillant du pauvre vieillard qui ne
croit pas aux sorciers, de peur Rengager son âme.
» Quant aux autres personnages, ils existent en chair et en os , et ils sont
si ressemblants, qu'il n'était pas nécessaire d'écrire leurs noms pour les
faire reconnaître. Voilà pour la partie littéraire et pour l'exécution de
l'œuvre.
» Mais, suivant nous, ce serait peu de chose qu'un livre bien conduit,
tien écrit, si ce livre n'avait un but utile. Or, le livre de M. Roy remplit
encore cette condition de moralité que le siècle impose a tous ceux qui veulent être lus. On ne comprend guère qu'au temps où nous vivons il puisse
exister une population croyant aux sortilèges, aux maléfices et a toutes les
qualités des enchanteurs de l'Arioste ou du Tasse, si on n'a vu cette population , si on n'a vécu au milieu d'elle. Eh bien ! dans notre pays, au centre de la France, à quelques lieues de Clermont, on croit a la puissance
surnaturelle de quelques jongleurs qui se sont enrichis ou engraissés aux
dépens de nombreuses dupes. Et le préjugé combattu dans l'œuvre de notre
compatriote est encore vivace et plein de vigueur.
» Malheureusement, ce livre ne remplira qu'incomplètement son objet,
puisque dans nos campagnes la masse ne sait pas lire, ou n'a pas le temps
de lire. Cependant, comme ce ne sont pas les paysans seuls qui s'adressent
aux sorciers, comme la bourgeoisie a recours assez fréquemment a leur
science, a leurs manœuvres, nous espérons que les efforts de M. Roy ne
seront pas tout à fait inutiles. »

�LI

TIRAGE
on

ILES §©lGttffi]R
Foüme en langue auvergnate. (I )

GARÇOUS de tous pais , de toutas qualitas,
Chi vous voulez sabei de bounas veritas,
Veniaz-vant, écoutaz ce qu'you voule vous dire ;
Cou vous fara chugnâ (2), mei cou vous fara rire,
Et que chacun de vous n'en fage son proufit.
N'y en za par tout le monde, et le chiniple et le fi ;
Car tau que se creit fi, souvent zest le pus aze:
Cou se veit tous los jours, le diable me tabaze !
You voule vous pariâ de Piarre, mei de Jouan;
N'y a un que zest le père, et l'autre zest l'efau.
Vous vous peinsez biilau (3) qu'est questiou de mariage,
Pas do tout, mos amis, s'agit mâ do tirage.
Par sabei ce que n'est, los faut laissa parlà ,
Que fayeins-nous de mei mâ de los écouta ?

PIERRE..

Eh be , mon paubre Jouan, n'y a pus de badinage,
Cou est dimeicre que veit (4) que se fait le tirage.
(1) Pour la prononciation, observez ce qui.suit :
\. Ne faites aucune liaison d'un mot avec le mot suivant ;
2. L'a final est presque muet au singulier, una filla; et très-ouvert, au
pluriel, las fillas ; de même dans marcha, parla, à l'impératif, il est bref ;
à l'infinitif, il est long : marcha, parla;
5. Prononcez ch, comme ts ; chacun, tsacun ; j, comme dz ; jour, dzou ;
ent, comme eint : souvent, souveint ;
4. Le d et le í se mouillent aussi d'une manière toute particulière et qu'on
ne peut figurer.
(2) Chugnâ. Songer, réfléchir.
(5) Biilau. Peut-être.
(4) Cou est dimeicre que veit. C'est mercredi prochain

�Y a déjà sept-huet jours qu'you ne sarre pas l'œu;
Sels tout fouthimassa (i) , le jour couma la neu;
Mei, la ineita do temps, you zai l'air tout viadaze,
Sens sabei ce qu'you dise et mei ce qu'you me faze.
Faut be essaya couma nous zo pourains doubâ,
Cou me faya be eimei de te veire soudât.
You ne vaîe re pus , tombe coum'una bouza ;
Ta mère, bounagent, n'est guères mieux sandouza (2);
Lia se traîna be enquéra et fait be ce que pot,
Mâ souvent lia pot pas faire ce que lia vot.
Bei quet trau d'essale, bei que la satadiura (3) ,
N'y en za pas par long-temps cbi guère mei cou diura ;
Et quela paubra fenna , en te veire parti,
Le chagrin, seîs chura, me la faya mouri.
Tiu zas pas soubre te, chi m'est vis , de maculas ,
Ni puzeis , ni tirans (4)? ni datreis, ni écrulas ,
Tiu seis be sanquanet (5), tiu seis be couma you,
Jamais you zai re diu, jamais, grachia au bon Diou !
Et ta mère, ô Jésus ! dins son temps de jeonessa,
Semblava un parpaillou... Qu'est-cou que la veliessa !
D'aneichi, paubre efant, faut pas perdre un moument,
Faut charchâ quoque biais par attrapâ do temps.
Chi poudiaz vi seix meis, d'ati le temps se passa,
Et tau, qu'en dissont-is, que se chauffa fait plaça.
Mâ , par avî quet temps, faudria faire seimblant
Couma chi tiu vouliaz chatà un remplaçant.
Chi you zaya le deque m'eimayaya pas guère ;
Mâ le meilîou me manqua.
JEAN.

Eh mâ , mon paubre père,
Par que vous eimayà? cou est be mal à propos,
Faudria be, d'avancei, veire mon liméro (6).
Nous sens dins le cantou , chi disont, cent seissanta ,
Par notre contingent nous en faut mâ quaranta ;
(1) Seis tout fouthimassa. Je suis tout mal à l'aise, tout ennuyé.
(2) Sandou, sandouza. Bien portant, bien portante.
(5) Bei quet trau d'essale, bei quela satadiura. Avec ce mauvais asthme,
avec cette oppression de poitrine.
(4) Puzeis. Cloux ou furoncles, tirans, plaies en suppuration, ulcères.
(5) Sanquanet. Sain , sans tares.
(6) Liméro. Il veut dire numéro.

�T \~ .

7
Eh he ! quand is n'iyont jusqu'au liméro ceint,
Los seissanta dareis zauront be liu vais-t'en.
PIERRE.

You convène d'acou, la proumeira fournada
Zest tour jou, chi m'est vis, la proumeira engrenada ;
Mâ te, sabez-tiu bien de la quo tiu cheraz ?
Quo zest le liméro que tiu rencontraraz ?
JEAN.

Paubre homme ! vous seis bou de vous cassa la têla,
Le tirage , par you, zest coum'un jour de fêta.
Youcounaisse do monde , et vous los noumarai,
Que me faront tira le bille qu'you voudrai ;
You seis chura d'acou, mei you vous en réponde;
Mà çartâ zo faut pas nà dire à tout le monde.
PIERRE.

Tiu vaz mangea ton cas (i), tci, you zo véze be ,
Fagea couma voudraz, mâ faraz diable are...
JEAN, avec un ton d'assurance.

Vous zo cresez, moun père, eh be m'o sauhrez dire ;
Dimeicre au sei, verrez chi you vous faze pas rire.
PIERRE..

Diou veuille qu'you me trompe ! Hora, digea-me donc
Quo cou est que t'a proumeis de te faire quet don?
JEAN.

Sont quatre do cantou , counaissont la maniéra ,
Mei sabont quoque re de mei que liu priéra :
Ya Guitld d' Ourchwa, Corps-de-Beu de Deveix,
Le Vachei chaz Dubois, le Falle de Gioleix (2) ;
Vous z'en souvenez be que par la Pentecôta,
You nei va l'Ourchiva bei Priest chaz la Charlotta.
Nous sens do même temps, d'aillour zo sabez be ,
( I) Mangea ton cas. Manger ton argent.
(2) Guittard d'Orcival, Corps-de-Bœuf du Deveix, te Vacher chez Dubois, et le Fallet de Gioleix sont effectivement des jongleurs qui ont exploité
la crédulité publique d'une manière atroce et scandaleuse.

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y2

_

Et sens tourjou étas grands amis you bei se.
Tout le long do chami parlavens do tirage,
Couma chacun fait be quand n on zest d'aquel âge.
Quand zaguettens passa de lei Montachaneix (i) :
Ëute veis-vous, garçous ? veis troubâ le Vachei ?
Nous disseit quoqua fenna, un peu veuilla et boitouza ,
Que zâma tant raillâ, mei zest pas engouniouza (2) ;
« Vous seis d'aquet tirage? oh ! you zo véze be,
» Mâ chi Tienne vot bien, vous risquarez pas re.
» L'autre an, notre garçou, que se pela Philippa ,
w ( Le connaissez biilau, demora chaz la Pipa ) (3) ,
« 0 zéra couma vous , mei zéra bien marri (4),
» Mà Tienne, Dio marce , l'agueit be tot guari.
» N'y en za pas re coûta , chi n'est quoqua chopina ;
)) Mâ, par ma fe, quet vi pourteit bien medechina.
» Zeront be cent Gninquanta ( et you zo zai vediu) ,
» Mâ moun drôle taleit jusqu'au darei partiu (5).
» Chi que d ati s'y manqua, qu'en digia la Michelle (6) ,
» Cregeas-me , you, faut pas que narma pu s'en mêle.
» Chi you vous parle d'acou , cou est par votre bounheu ;
» Par you, m'en reveit pas ce que fait mau dins l'œn.
» —Grand marcei, dissei-you, vous seis na brava ferma.
D'abord sourtei ma boursa, en tout que eh i âge tenna (7) :
» — Mos amis, disseit-lia, you vous demande re,
» Nous zens do po, do là , dos bignis, Dio marce ;
» N'y a be que n'ont pas tant (sei be churada) en França ,
)) Mei dépeu quoque temps manquons pas de pidança ;
» Notra vacha garella a lâcha le vedet,
» Mei n'aurens n'autr'à terme à la Saint-Guarnabet (8) ;
(1) Montachaneix. Montecheneix, village de la commune de Rochefort,
non loin de la grande route.
(2) Engounioux, engouniouza. Mélancolique.
(5) La Pipa. Taravant, dit la Pipe, aubergiste àLaqueuille.
(4) Marri. Egaré ; et par métaphore , il signifie embarrassé.
(5) Mâ mon drôle taleit jusqu'au darei partiu. (Traduction littérale) :
mais mon fils attela jusqu'au dernier trou, voulant dire par cette métaphore
qu'il avait apporté le dernier numéro.
(6) La Michelle est la femme de Michel, cabaretier à Orcival, et dont il
sera parlé dans le courant du poëme.
(7) Tenue, tenna. Plat, mince.
(8) A la Saint-Guarnabet. Elle veut dire Saint-Barnabé, le H juin, foira
à Pontgibaud.

�- 73 « D'aneichi (i), mos amis, gardas votras centimas,
» Cou vous fera besoin par paya las chopinas ;
M Car, couma bien souvent, dit Josei chaz Padraux (2) ,
» IN'on fait mâ l'omeletta en cassant dos cacos.
» Seis-vous pas de va Gilla, ou be de la parodia ?
» — Sens be, dissettens-nous. —Vous zeis na fiera clocha !
» Nous l'entendens d'eichi, pas tourjours, mâ souvent,
M Quand le temps zest tranquille et que fait pas de vent.
» Mâ vous zen voulez nâ, faut pas qu'you vous retage.
M Ane, pourtaz-vous bien ; bonjou, mei bon voyage.
» — Bonjou, brava fenna , bonjou, mei grand marcei ;
» Chi vous trobens tantôt, nous vous direns bonsei. »
Quand zaguettens quitta la paubra veilla mère,
You dissei d'à Priétou : Eh be, qu'anens-nous faire?
» Lei faut passa, chi dit, d'un air affechiona ,
» D'aillou cou élongea pas par nâ va l'Ourchiva ,
» Nous verrens chi o nous fait quoqua bouna proumessa :
» Cherens be prou d'aboura enquérà par la messa :
» Chi cou fait pas de be, cou f ara pas de mau ;
» Nous risquens pas chacun una liora de piau.
» —Zo voulez? dissei-you : En avant,portez arme ! »
PIERRE.

Tiu seis tout déchida; tant vaudria be un gendarme.
JEAN.

Diablezot ! mâ sabia que n'a vens mâ va Gioux (3),
Et chi is s'y chiont battius zauya rassa do thiou.
Faut pas trop se vantâ ; d aillou quet que se vanta
Zest dos cops le proumei par prenne l'épouvanta.
Quand ribettens va Gioux, dins le mêma moument,
Un drôle nous faguet veire son bâtiment :
Par nâ dins sa maisou faut travarsâ l'é table.
Père, you vous réponde , o lei za quoque diable !
D'avancei que d'entrâ peitettens be long-ternps ,
Cou lei fagia be un bru , cou menave be un train
(1) D'aneichi. Ainsi, par conséquent.
(2) Josei chaz Padraux. Joseph Gauffler, surnommé chez Perdraux, est
un brave cultivateur du village de Montecheneix, dont le nom figure ici seulement pour la rime.
(5) Gioux. Village de Rochefort, où habite Etienne Mège, dit le Vacher,
un des principaux acteurs de la scène.

�- 74
Un co dins la maisou tout fuguet bien tranquille ;
Troubettens le Vachei que ligia l'Evangile (i).
« — Bonjou, Tienne, bonjou, Diou sauve le bethio !
« —Mei vous, chi dit, bonjou, Diou vous garde de mau ! (2)
» —Dio nous garde de mau ! cou est bien dit, paubre Tienne,
» Mâ quand le mau y zest, cou changea be d'antienne.
» Nous sens d'aquet tirage , et zens pau d'y tombâ ;
» Cou est re mâ par acou que vous venens troubâ,
» Et sens tant foutillas , vegeaz-ti notre affaire ;
» Nous faut rendre sarvicc, et vous zo poudez faire.
» Nous vous connaissens be, mei dins tous los pais,
» Ente que chia que chia , vous drayont pas los chis (3).
« Fageaz-vous bien payâ, qu'en dit notre vicari,
» Touta pena d'au moins mérita son salari.
» — Oh ! pardei, disseit-o, nous sens pas soubre ati.
» D'en te seis-vous, garçous? seis mâ de parati?
» — Nous sens pas de bien loin, nous sens ma de va Gilla.
» D'abord o se pointeit tout dreit couma no quilla :
» — Que fait donc l'anchien juge? Ah ! qu'aquet pegand
[vaut pau ! (4)
» You le remarchie pas : chi o m'a pas fait de mau ,
» Cou est mâ qu'a pas poudiu, car n'aya bien l'envegea ;
» Mâ notre rei nouvet y a fait quitta la regea (5) ;
(I ) Troubettens le Vachei que ligia l'Evangile. Que l'on ne croie pas que
ceci soit une charge. Le Vacher affiche une grande dévotion ; il n'y a pas de
confrérie religieuse, soit a Rochefort, soit à Orcival, de laquelle il ne fasse
partie; et de toutes les personnes qui vont le consulter, il en est peu desquelles il ne réclame l'argent de quelques messes pour faire dire en l'honneur
de Notre-Dame d'Orcival ou de celle de Vassivières.
(2) Bonjou, Tienne, bonjou, Diou sauve le bethio!
— Mei vous, chi dit, bonjou, Diou vous garde de maux !
On vient de voir a cinq a six vers plus haut que pour entrer dans la maison du Vacher, il fallait traverser l'étable (ce qui est exact), et il est d'un
usage constant, dans ,1e pays, de ne pas entrer dans une étable, sans dire :
Diou sauve le bethio; celui qui en agirait autrement serait un mal appris,
et encourrait la censure.
(5) Ente que chia que chia, vous drayont pas los chis. (Traduction littérale) : Quelque part que ce soit, on ne vous lance pas les chiens ; c'est-à-dire,
partout vous êtes bien reçu, bien accueilli.
(4) Qu'aquet pegant vaut pau ! Le Vacher ainsi que ses collègues ont bien
leurs raisons pour ne pas aimer l'ancien juge de paix ; car celui-ci avait fait
tout son possible pour démasquer leur coupable charlatanisme.
(5) Notre rei nouvet y a fait quitta la regea. ( Traduction littérale ) : Notre roi nouveau lui a fait quitter le sillon (expression métaphorique), c'està-dire, il a cessé de labourer, il a été destitué.

�-■75N'y a be mei couma se... ; enfin cou est be tequ'un (i).
— Le rancurez donc pas ? — Non pas , le diable l'un ;
Mâ laissens faire acou, parlens de votre affaire.
Vous voudriaz pas lâcha la quoua de votre araire (2) ?
Oh ! you zo veze be ; embei la grachia de Diou,
Vous en tirarei be, chi dépend mâ de you.
Mà (vegeaz-ti, garçous), nous sens quatre confréreis
Dins tout notre canton por faire quos affaireis.
&gt;i Y za you bei Guitta, Corps-de-Beu, le Falle;
» Faut que cheagens tous quatre, un tout soul faya re.
» Vous sabez que las lois changeont souvent en França,
» Et cou nôtre a changea par la feira d'Auzança.
» Nous zavens notre chef que zest d'aquet pais (3),
» Et quand o nous coumanda, o nous làut obaï.
» D'aillour o za razou, têtas vaut mieux que têta,
M Et le cura tout soul fait pas l'aigua beneita (4).

»
»
»
»
»
»
»
»

(II regarde sa pendule.)
» Et la messa, garçous? s'en veit temps d'y pensa.
» Enguettaz le reloge, est la deix moins un quâ;
&gt;&gt; Ane, dépêchaz-vous ; naz-vous-en tout de ségua.
» D'eichi va l'Ourchiva y a be una dimé-légua;
» Mos confréreis lei sont, et par a quet m ou yen ,
» You vau venî, mei tout, cou se rancontra bien.
» Naz-vous-en los proumeis, mâ surtout preniaz garda
» Que narma sache re de ce que nous regarda.
» En arribant , n'irez chaz Michel tout à dreit;
» Cou est notre cabare, vis-à-vis le bouchei.
» Cou est tant de brave monde, et zamont la pachiença ;
» Mei quand cou est par comptà, comptont bien en con[chiença.
» Se , cou est un homme d'eime, et que couneit las lois ;
(t )• Enfin cou est be tequ'un. Enfin c'est bien tant mieux.
(2j Vous voudriaz pas lachà la quoua de votre araire ? C'est-à-dire, vous
ne voudriez pas quitter vos travaux d'agriculture pour entrer au service militaire.
(5) Nous avens notre chef que zest d'aquet pais. Auzance et ses environs
ont, dans le pays, la réputation d'être un repaire de sorciers, et l'auteur
voulant organiser ce corps-là en administration , a jugé à propos d'établir le
chef de cette administration à Auzance.
(4) Et le cura tout soul fait pas l'aigua beneita. Effectivement on sait
bien qu'un curé ne remplit guères les cérémonies, sans être assisté d'un clerc
ou du sacristain, ne fût-ce que pour les répons.

�I - 76 » Vous parla be franceis, mâ compreit le patois (i).
» Vous farez preparà, qu'en clizont is, los vioreis;
» Mà surtout de bon vi par détreni los bouéreis (2).
» De suita après la messa, et couma fait tant chaud,
» Direz de nous boutà dins la chambra d'en n'haut;
M Que chiagens mâ tout soûls, couma que chi ya que vire
» Mà Michel zo sa be, n'ez pas besoin d o dire. »
Nous zen ettens d'abord, mei marchavens pas mau;
Nous fouguet pas grand temps par nâ va Sanimaux (3) ;
D'ati va l'Ourchiva n'y a mâ na davalada.

t

PIERRE.

D'un petit étombet tiu fazeis una guillada (4).
Counaisse quet chamei y a mei de chinquante ans,
Voulez montrâ ton père à faire los éfans.
Ane, dépêcha-te, fagea pus tos miraclis,
Tiu me fasez langui bei tou ta quos chinaclis (5);
Et vaudria-t-o pas mei de dire tout d'un co :
&lt;( Neittens va l'Ourchiva, faguettens cou mei co. »
Me fasez souvenî do chimple de Bourgeada (6),
D'un petit prounelou n'en fagia na gourgeada,
Et par nâ va Briffons nava faire le tou
Va Peumot, va Doucaud, et va los Bessaudoux (7).
D'aneichi, paubre fan, bei toutas tas figornas,
(1) Vous parla be franceis, mâ compreit le patois. Quoique connaissant
bien le patois , puisqu'il est originaire d'Orcival, et que sa famille ne comprenait d'autre idiome que celui-là, que lui-même en fait un usage journalier dans son ménage ; Michel, pour se donner sans doute plus d'importance
auprès de ses clients, a la manie de leur toujours parler français ; il a été
clerc de notaire dans la montagne pendant quelque temps , et aujourd'hui il
s'est érigé en jurisconsulte.
(2) Détreni los bouéreis. Chasser la poussière.
(5) Sanimaux. Village de la commune d'Orcival et près de son chef-lieu.
(4) D'un petit étombet tiu fazeis una guillada. D'un petit pique-bœuf tu
fais une aiguillade. (Métaphore) voulant dire que pour exprimer une chose
bien simple , son fils fait des circonlocutions sans fin.
(5) Chinaclis. Baguenaudes , bouffissures, niaiseries.
(6) Le chimple de Bourgeada. La tradition rapporte qu'autrefois il existait au village de Bourgeade , commune de Briffons, un fou qui n'était point
dangereux, mais qui faisait des extravagances plus ridicules les unes que les
autres.
(7) Peumot, village de la commune d'Heume-l'Eglise ; Boucaud, butte au
dessus du village de Montel, commune de Gelles ; los Bessaudoux, point
de contact des communes d'Heume, de Briffons et de Prondines.

�~ 11 ~ .
Tiu fayaz be entipâ la diable embei sas cornas.
Le temps me diura trop de n'en veire la fi ;
Dota-me quel émei, paubre Jouan (i) , mon ami.
JEAN.

You vous fase langui, cou est bien vrai, paubre père,
Convéne be d'acou, mâ poude pas mei faire.
You sabe que vous m'amez, mei you zo véze be,
Et (vous zo poudez creire) you vous zame étabe :
Vous zamaya be mei, chi ma mèra zéra veouva,
(Qu'en digia le garçou do soudât de Bajouva) (2).
Père, vous pensez be que chi vous dise acou,
Ma pensàda y z'est pas, mei cou est pas tout de bou ;
D'ailìou vous sabez be ce que parlà vot dire ;
Faut be de temps en temps dire le mou par rire.
Hora , chi vous voulez qu'you vous dise la fi,
Me décourompez pas (3), quand chiya mâ d'ati ati.
Nous neittens chaz Michel, troubettens la maîtressa
Que se regichia bien par nâ ogî la messa.
La charventa fagia, chi m'est vis, dos girauds (/(),
Et Michel tetâva embei quoqueis brayauds (5).
« —Bonjou, dissettens-nous, quand cei chiyaz quaranta.
M Oh ! oh! disseit Michel, s'en manqua mei de trenta.
» — Cou est vous que seis le maître, you connaisse be acou,
» Bei votra parmichiou voulens vous dire un mou :
»— C'est pour me consulter, chi dit, dans quelqu affaire,
» Dans Vinstant, mes amis, je vais vous satisfaire. »
0 nous faguet montâ dins la chambra d'en n'haut,
Nous parlâva de lois, de jugeis, de défaut,
Denquêta, de transport, et à'expert et à'arbitre ;
You dissei tout de co : « Laissens-ti quet chapitre ,
» Nous cei sens pas vengus par tous quos matériaux ;
(I ) Dota-me quel eimei. Ote-moi ce souci, cette inquiétude.
(2) Le garçou do soudât de Bajouva. Le fils du soldat de Bajouve. Bajouve
est un village de la commune de St-Julicn-Puy-Lavèze, et l'individu dont il
est question ne figure ici que pour la rime.
(3) Me décourompez-pas. Ne m'interrompez pas.
(4) Dos girauds. Gros boudins faits avec du sang de mouton et des herbes.
(5) Et Michel tetâva embei quoqueis bragauds. ( Traduction littérale ) :
Et Michel tetait, c'est-a-dire buvait avec quelques brayauds ; c'est ainsi qu'on
appelle les paysans de la Limagne, en raison des larges culottes qu'ils portaient autrefois.

�» Fagea-nous bien dinà, cou est tout ce qu'o nous fau.
» Bien sarvi, bien paya, vegeaz-ti notre affaire,
» Et par aquet mouyenpoudez nous satisfaire.
» Nous cherens seix ; d'abord y za nous autreis doux,
» Le Vachei, bei Guiltâ... C'est assez, taisez-vous.
» Je connais votre cas, ainsi soyez tranquille ;
» Car vous serez chez moi comme on est en famille ;
» Je vous ferai placer à cette table-là,
» Vous serez seuls, et rien ne vous dérangera.
» — Cou est bien dit, dissei-you, mâ faut que la maîtressa
» Prépare le dinâ de suita après la messa.
» Que y âge de bou vi , bou fricot, mâ surtout
« Nous fageaz pas mangeâ, dissei-you , do miaroux (i).
» — Tu crois avoir affaire avec la Chabanotte (2) ;
» Apprends que mon hôtel n'est pas une gargotle. »
You couneguai be alors qu'a cou l'aya chouqua,
0 prenguet sens lâcha treis presas de taba.
Son naz zéra grouloux, nei couma de la pegea ;
0 semblâvo un motou que za diu la mouregea (3) ;
Toujours s'éparmenâva, en démenant los bras :
Du miaroux! du miaroux! et juràva tout bas.
You fuguei bien fâcha d'avi dit la parola,
You m'approchei de se , le trapei par l'épaula :
te Ane , mouchu Michel, pensea pus près quet mou ,
» Et chi you vous ai manqua, vous damande pardou ;
» Cregia mà bounament de faire un badinage ;
» You zame gazaillâ, d'aillours cou est de mon âge.
» Laissens-ti quet chystême , ane, déveillaz-vous ,
» Et par faire l'acco, vous dinarez bei nous. »
Le gaillâ peiteit pas qu i zo tournessa dire.
Je le veux bien, chi dit; près coumenceit de rire.
Alo, le darrei co de la messa souneit,
La maîtressa mounteit par changeâ de gouneit (4) ;
(•)) Du miaroux, c'est-à-dire del'ânon. Les gens d'Orcival avaient autrefois la réputation de faire manger de l'ânon en guise de veau ; on doit croire
que c'est une pure méchanceté, mais la tradition s'en est maintenue jusqu'à
nos jours.
(2) La Chabanotte. Petite cabaretière d'Orcival.
(5) La mouregea. Maladie particulière aux bêles à laine ; elle se manifeste
aux naseaux par des pustules qui, étant desséchées, forment une croûte
noire.
Gouneit. Jupon . cotillon.

�— 79 —
Mouchu Michel disseit : « Passons dans la cuisine,
» Et pour faire la paix je veux payer chopine;
» Vous goûterez mon vin , et dans tout Orcival,
» Je parîrais mon cou qu'il n'est point son égal. »
Mei, ma fe, creze be que se trompava guère.
PIERRE.

Eh! mon Diou! paubre éfant, que t'a donc fait ton père?
Ya déjà chi long-temps que me fasez tranchî (i) ,
Tiu fayaz be enragea los saints dos paradis :
Te zo zai déjà dit, mei te zo torne dire,
Et cregeaz pas surtout qu'a cou chiyage par rire.
Que me font ton dinâ, ton vi, mei ton fricot?
You te damande pas quo za paya l'écot.
Zai déjà quagimen mon sadou d énigença (2) ,
A la fi me faraz pardre la pachiença ;
Bei tous tos complimens et tous tos grands discoux ,
T'envouyarai be tôt, chi m'est vis, faire fou...
JEAN.

«

Vous zempacheintez pas , eh be, mon paubre père ,
You vau vous racountâ la fi d'aquela affaire :
Quand zaguettens dina suivant notre plazei,
Le proumei que parleit cou fuguet le vachei :
(f Cou est pas le tout, chi dit, d'avî rempli sa pansa,
» Nous zens diu bon fricot, bon vi, bouna pidança ;
» Hora, chi fasens bien , et sens tant batailla,
» Par quos braveis garçous nous faudra trabaillâ ;
» Virens-nous de coûta , passens va quela armoira,
» Nous déliberarens d'après notre grimoira (3). »
Guitta sourteit son libre et le vachei le siou,
Los autreis sabont pas mei lire que mon thiou.
Cou est pas ti l'embarras, pialiavont bien tous quatre ,
Mei veguei be un moument qu'éront près de se battre.
Pouguei pas tout à fait comprenne lius propos,
Mà pourtant couneguai qu'y zéront par d'acco.
. H)

Tranchî. Languir, impatienter.
(2) Enigença. Ennui, souci, chagrin.
(3) Grimoira. Livre dont on dit que se servent les magiciens pour évoquer
les démons. ( Dictionnaire de Philippon de la Madelaine.)

�— 8o —
Nous autreis, dins quet temps, quittetteins pas la taula (i),
Et Michel aya soin d'arrouzâ la parola.
Domentre qu'is fagiount ensemble liu trafi ,
Nous chantittens (2) quément duas bouteillas de vi ;
Et do taba ! Michel faguet be de maniera
Que, pendent le dinâ, chabeit sa tabatiéra.
Cou est vrai que le Falle i judeit un bon pau ;
Bei son œu de traveà quel obrei vait pas mau (5) :
Par Leore et par china (4) le coupiyas pas guère.
Mâ , carta , par chiquâ cou est Guiltâ qu'est le père.
Enfi, quand le conseil zaguet délibéra,
Qu'aguet bien calcula, mejura , poundéra (5) ,
A força de braillâ zayount preis la pepida ;
La tabla, par bonheu, zéra pas dégarnida,
Se tournettont crechà (6), mei soubre l'endarei,
S'en tiravont si bien couma de l'emproumei ;
Quand Quitta zaguet bien tourna farchî sa bigna (7) ,
Begu quoqua loussada do mergue de la vigna (8) :
« Mos amis , disseit o , nous vous fazens tranchî,
» Cou est bien vrai, mâ pourtant faut be un pau réfléchi
» Dins tout ce que n'on fait, surtout par quos affaireis ;
» Car notra loi nous dit d'agi couma dos péreis,
« Nous vous conchidérens couma notreis ëfans;
» En faire d'autrament, chiyens mâ dos arbalans (9).
» Cou est pas le tout d'avî dos talens , de la chiença,
» Faut toujour trabaillâ suivant sa conchiença.
» Le temps diot vous diurâ de sabei votre sort,
» Le conseil m'a chargea de faire le rapport.
» Me laissé mâ chabâ ce que zest dins ma tassa,
» De suita vous dirai couma tout cou se passa.
» Michel zest pas de trop, d'aillou cou est notre ami,
» O vot pas repétâ ce que se passa eichi. »
(1 ) La taula. La table.
(2) Chantî. Consommer.
(5) Bei son œu de traveà quelobrei vait pas mau. Le Fallet a effectivement
un œil de travers.
(4) Par beore et par china. Pour boire et pour priser.
(5) Poundéra. Pesé. Dérivé du latin Ponderaré.
(6) Secrechâ. Se mettre a la crèche ( métaphore ), se mettre à tabie.
(7) Farchî sa bigna. Farcir sa ruche ( métaphore), son ventre.
(8) Begu quoqua loussada do mergue de la ligna (métaphore). bü quelques cuillerées du petit lait de la vigne, c'est-à-dire du vin.
(9) Arbalant. Hâbleur, charlatan.

�— 8i —
Et Michel se pointeit : « Si l'on m'en croit capable ,
» Dans l'instant, disseit-o, je vais quitter la table. »
Narma disseit grand chosa , o se tourneit grelà (i) ,
Et en beore écouteit parla le grand Guittâ.
Quo lingua a quet Guittâ? le prindriaz par un prêtre ,
Cou me trompaya bien chi quel homme éra traître.;
0 za be un air mitoux (2) ; tenez , pa l'achura,
Dins son parlâ diyaz qu'a cou est notre cura.
PIERRE.

You dise pas que nou, mâ par la conchienca
You créze be que y âge un pau de diflerenca.
JEAN.

Oh ! queite co, carta , vous laissa dire acou ;
Notre cura zest be un dos proumeis do cantou,
Mei, sabe pas quaiment chi dins le diocèse
PIERRE avec effroi.

Bon Jésus, qu'ai-you fait de leva quela thèse?
N'en chabarens jamais. Ah ! mon Diou , ah ! mon Diou
N'y en za par tout le jour. Paubra ! que ferai-you ?
JEAN avec humeur.

Père, dos cops que ya vous seis prou razounable,
Mâ, dins queite mournent, vous seis be insupportable ;
Faut be que tout se fage en seigre la razou,
Et par levà los blas faut peitâ la sazou.
Chi you vous digia pas tout, vous fayiaz be la trougna,
Et me charchayiaz be enquéra quoqua rougna.
Cou chiya pas you d'o dire ; oui, mâ sens plasentâ,
Non sa pas bounament couma vous contentà.
Excusaz-me , chi o plaît , chi you parle de la sorta,
Mâ la dépachiença à la fi me transporta.
Peuque vous zo voulez , cou est chaba par ati,
Et dins quoqueis doux moûts vous vau countâ la fi.
Le conseil fuguet pas d'accord dins son audiença ,
Un de is devia nâ de suita var Auzanca ,
(1) Se grelâ. Se mettre d'aplomb . a son aise.
(2) Mitoux. Doux , affable, dérivé du latin mitis.

6

�Par nà troubà le chef, afi de déchida
Le (juo zaya razou , le Vachei ou Guittâ;
Is zeront de mécord soubre quoque chapitre,
Et quand cou estcounia cou, cou est le chef qu'est l'arbitre.
Guittà fuguet chogi par nà faire quet tour,
Parleit le lendouma duas huras davant jour.
N'en poudiont pas chogî d'autre plus convenable ;
Quet gaillà zest be gros, înâ marcha couma un diable.
Quel voyage couteitd à Prietou niei d'ayou
I Chacun noircis deix francs
A la garde de Diou !
Cou est be égal, et par faire na besougna que vailla ,
Faut pas toujours charcha la neiras dins la pailla.
' Notre dinà couteit be à peu près presqu'autant,
Et Tienne le vachei que los vantava tant !
Cou est tant de brave monde, et zamont la pachiença,
Mei quand cou est par compta, comptant bien enconchiença.
Que le diable t en crèbe, un dinà dex-huet francs !
Me les traparont pus, quand you vioya cent ans.
La seniâna d'après, you m'en n'ei va l'audiança ;
Vous sabez be par que (bei Jubeâr cbaz Fayença) (i).
You vau troubà Guittà : « Ah ! dissei, mon ami,
« Nous nous quittarens pas sans nâ goutâ le vi. »
Guittâ zéra témoin , se fagia quoqu'enquèta ;
Quand zaguet déposa , netlens cbaz la Malletta (2);
Nous dineltens fort bien par mos chinquante sos :
Zaguettens do hulli, do ragoût, mei dos zios.
Parlettens de l'affaire , en nous boulant à tabla ,
Mâ Guittà me disseit que lia zera immanquahla,
Et quo me zo diya quand le temps sera vendiu,
Mâ que dins le moument cou yéra déiendiu.
a Yeniaz vous-cn, disseit, bei votre camarada,
» Le mati do tirage, après votra levada.
» En parti de chaz vous , vous seignarez treis cops
)) De la ma mansa (5) , en dire Arabaraco (4).
( I ) Jubeâr chaz Fayença. Gilbert Gaudelle, dit chez Fayence^ du village
'.-de Rochelle , commune de Gelle, être innoffensif, etqui ne se doute pas de
figurer dans ce poëme ; c'est la rime et non la raison qui l'y appelle.
(2) La Malletta, cabaretière, près la salle d'audience, a Rochefort.
(5) De la ma mansa. De la main gauche.
(4) Arabararaco. Ce mot paraîtrait être cabalistique ; mais il est de la
pure invention de l'auteur, qui, pour son compte, n'est pas un habile sorcier.

�— 83 —
» Chacun, sous le bras dreit, pourtarez votra vesta,
» Vendrez va l'Ourchiva, peu farens be la resta. »
Père, vegeaz zouti, vous cnerez be content.
PIERRE , après un long soupir.

Ah ! ah ! cou est donc chaba, mei s'en nàva be temps
De l'emprournei digias que iiu me fayas rire,
Me faraz mâ purâ , iiu me zo saubras dire.
Cou chiya be diable are d'avî mangea ton cas,
Tiu zos zas bien voudiu , mei you t'en blâme pas ;
Ma, malheiroux que seis ; tiu damnaz ta paubra âme,
Quet rabararaco te foutra dins la flamma ;
Laissa-me tout acou, recommanda- te au bon Diou,
Prejea de ton coûta, mei prejarai do miou.
JEAN s'en allant.

Las prieras dos cops n'empéchont pas de pleore,
Quand le vi zest tira, dizont que le faut beore.
( Pierre pleure. — Jean chante. )

CONCLUSION.
Hora, que pensa-vous de touta cou d'ati ?
Le temps diot vous diurâ de n'en veire la fi.
Eh be, quand n'en venguet le beau jour do tirage,
Vegeaz ce que ribsit de tout quet tripotage :
Jouan archait (i) tout de co dins le lirnéro treis ,
Et le paubre Priélou dins le Mméro seix.
(t) Jouan archeit tout de co. Jean frappa tout de coup.

FIN DU TIRAGE.

��LI MIRI IIOIIPÌTMT,
Poëme en patois auvergnat.

LE MAIRE, à l'issue de la messe de paroisse, harangue ses administrés
en ces termes :

Vous sabez, mos amis, qu'en qualita de maire,
You déve vous montrâ ce que vous devez faire :
Cou est you de coumandâ , mâ cou est vous d'obaï
La loi zest couma cou, dins quoque chya pais ;
Un maire est le proumei de touta la parocha ,
5
Sens son ordre, un cura pout pas sounà la cliocha,
Chi n'est par Y A ngélus, Messas , Benedichioux,
T^épras, Entarrament, et la Prouchichioux ;
Mâ d'autrament quand cou est par faire una assemblada,
En cas de feu, surtout, quand veit quoqua mudâda (i), 10
Dins quelas occagioux le maire est compétant.
Sabez-vous ce qu'a cou est que d'être compétant ?
( Il rumine un instant, et finit par dire : )
You zo comprenne be, ma zo sabe pas dire.
( Le peuple se met à rire. )
Eh be, paubreis fadas! qu'est-cou que vous fait rire?
N'avez-vous pas bien l'air de vous mouquâ de you?
i5
Vous y poueyaz trompâ, fageaz bien attenchiou,
You connaisse la loi, mei connaisse le code,
Et you souffrirai pas que narma me ravaude ;
You me laissarai pas marchâ soubre le pei,
Narma me passera la pailla par le bei ;
20
You sabe que n'y en za que font los bous apotreis.
Et sens menâ de brut, font demenâ los autreis ;
You me mouque de is , mâ laissens faire acou,
Cou m'émaya (2) pas bien , n'en vendrai be l'about.
(1)
(2)

Mudâda. Orage, tonnerre.
Emayà. Inquiéter, chagriner.

�— 86 —
(Puis s'adressant aux électeurs.)

Vous autreis électeurs,, you vous en avertisse,
Cou est dimenche que veit, de suite après l'office ,
(L'office cou est la messa, compreniaz-o donc bien,
Chacun vout be l'entendre, en fait de bon chrétien.)
Ainchi donc , mes amis^ la messa un co chabàda,
Nous nous réunirens par faire l'assemblada,
Cou chera par noumâ la mauchipalita (i),
Ageaz soin de chogî de bouna qualita,
Cou est le bien général, l'intérêt de la França ;
Nous voulens pas toujours recommença la dansa.
Los nobleis , quoque temps , montavont soubre nous ,
Et nous par los pourra , marchavcns d'à geanoux ,
Et le clergé? Grand Diou ! brava petita raça
Que préchava jamais chi n'est par sa besaça ;
Et tous quos galapians (2) nous menavontbon train,
Mâ cou est pus cou , d'aneu, le peuple est souverain ;
Mei s'en n'ava bien temps : touta queia racailla,
A la fi zauya mâ fait diable are que vailla;
Mâ parlens pus d'acou, laissens faire le rei,
Quel obrei saubrâ be los faire chariâ dreit,
Quand déroudanaront (3), embei son aiguillada (4)
Los fara be épinguâ (5) mei segrontla chalâda (6).

2.5

3o

35

4°

4^

(Il aperçoit, dans la foule, Guillaume Bonsens, riche propiiétaire ,
et instruit, il lui adresse la parole :)

Mouchu Guillaume, eh be, vous vendrez be vota ?
GUILLAUME malignement.

You vous remarchie bien de votre bon gotâ ,
You seis pas compétant (7). Cou est vrai, mouchu le maire,
T^ous devez nous montra ce que nous devens faire (8),
5o
Et you chiya bien fâcha de vous désobéi (9)
[\ ) La mauchipalita. La municipalité.
(2) Galapiant. Galopin.
(5) Déroudanâ. Sortir de l'ornière , dévier.
(4) Aigtdllada. Grand pique-bœuf dont se servent les laboureurs.
(5) Epincjâ. Sautiller. Se dit des bêtes a cornes , lorsqu'elles sont piquées
par les mouches.
(6) Chalada. Chemin, ou sentier tracé dans la neige.
(7) Allusion au dernier hémistiche du -H" vers.
(8) Allusion au 2e vers.
(9) Allusion au 5e vers.

�Mâ gotâ n'est pas loi, dins quo que chiya pais (i-)
Gota mà quet que vout, quet que vout pas s'en pass;r
Et la loi soubre atinous pout pas charchà crassa (2).
( Tout le monde rit, ce qui fait' enrager le maire. )
LE MAIRE.

Vous avez mau compris , car zai pas dit gotâ,
Vous zai mâ damanda chi vous vendriaz vola ;
Mâ vous comprenez be cou d'ati mieux que narma ,
Vous charchez mâ toujours à me bailla l'allarma,
Et à faire mouquâ tout le monde de you,
Mâ you vous craigne pas do tout, grachia au bon Diou
D'aillours , chi me fagiaz boutâ le corps en peina ,
Vous faya billau be secoudre la coudena (3),
En écrivant doux moûts à mouchu le préfet,
Et chi you me trompe pas cou chiya d'abord fait.
GUILLAUME, s'emportant.

Eh be , écricha au préfet, écricha même au diable ,
Tiu seis be compétant, mais surtout bien capable ;
Tiu diraz au préfet que se mouquont de te ?
Hélas! chi cou est mâ cou, le préfet zo sa be.
Que tiu seis le proumei de touta la parodia (4) ,
Par goulâ tous los jours, par bien garni ta pocha,
Tiu seis be compétant, par tout acou d'ati,
Chi be que n'y âge mâ autour de par ati,
Mâ digea donc , frondianl (5) arlequin de faïança,
Le pus grand frelampi (6) que chiyage dins la França,
Que t'ont fait los seignoux , que t'ont fait los curas?
Par bomî contre is toutas sortas d'injuras.
Ah ! chi le paubre Jouan, qu'éra défunt ton père ,
T'entendessa prêchâ, couina venez de faire ,
Oh ! bien churàdament qu'o t'auya secoudiu,
Ou be le compétant se chiya récondiu.
(1)
(2)
(5)
(4)
(5)
(6)

Allusion au 4e vers.
Charckâ crassa. Chercher noise, querelle saas fondement.
La coudena. La couéne, peau des porcs et des sangliers.
Allusion au 5e vers.
Frondiant. Hâbleur déhonté.
Frelampi. Estaûer, homme sans consistance.

�— 88 —
Tiu sabez ce que n'est, me zo fàgeaz pas dire,
Car chi you zo digia, cou te faya pas rire ;
Le pauhre homme zéra dins de grands embarras :
Sens le noble et le prêtre o s'en tirava pas.
Digea chi cou est pas vrai, te, chef dos bons apôtreis (i) 85
Que se demenont tant, sens démena los autreis,
Te , le représentant do peuple souverain (2).
Chi nous poudiaz mena, nous menayiaz bon train ;
Fagea donc l'arrrougant : you connaisse le code,
FA you souffrirai pas que narma me ravaude.
go
You me laissaraipas marcha soubre lepei,
Narma me passarà lapailla par le bei (3).
You te la passe be par le bei quela pailla,
Et te, tiu bougeaz pas, pas mei qu'una murailla,
You véze be ton plan... enfait de bon chrétien (4) ,
95
Par me nà dénonça tiu clyugna (5) le moyen.
Que le bon Diou te jude (6) et te baille courage,
Et you , de tout mon cœur, te souhaite un bon voyage.
A propos, tiu m'as be couvida par vota;
You degiraya bien d'y pas poudei manqua ;
100
Mâbillau(7), dins quet temps, you cherai dinslalieugea(8),
A la garde de Diou, chentirai pas la pleugea.
A mon tour , you t'invite à gotâ par digiou (g) ;
Chi tiu seis compétant, tiubaisaraz mon
(10).
(I ) Allusion aux vers 2t et 22.
(2) Allusion aux vers 5 et 40.
(5) Allusion aux vers-17, 4 8, 49 et 20.
(4) Allusion au dernier hémistiche du vers 28.
(5) Chugnà. Songer, réfléchir.
(6) Que le bon Diou te jude. Que le bon Dieu t'aide.
(7) Billau. Peut-être.
(8) La lieugea. La loge, la prison.
(9) Digiou. Jeudi.
( 10) Cherchez la rime.

FIN DU MAIRE COMPÉTENT.

�PIÈCES FUGITIVES
En Vers patois.

CHANSONS, DIALOGUES, ÉPIGRAMMES.

COUPLETS
ADRESSÉS A MADAME ADÉLAÏDE DE ***, A L'OCCASION DE SA FETE, ET DU
PREMIER JOUR DE L'AN, QUI SE TROUVAIENT TRÈS-RAPPROCHÉS.

Air de la pipe de tabac.

Par la fêta d'Adelaida ,
Paubra ! couma m'y prendrai-you ?
La font d'Hypocréna est tarida ,
Dins l'heyveâ, couma dins léthiou ;
Mon Appoulon me fait la trougna,
M'appela mâ gâta-meitei,
Et mon Pégaze za la rougna
Quément de doux travers de deigts.
Appoulon, tiu seis un viadaze^
Cresez de me couse le bei,
Et te, farchimoux de Pégaze,
Cresez que n'irai pas d'à pei.
Chi you beuve pas de l'hypocréna,
You beorai de bon vi do Creî.
Cou m'échauffara mei la veina ,
Tant d'aigua fait pas de bon brei.
Cregiaz billau, Adelaida ,
Que dins notre triste pais ,
Nous passens notra paubra vida,
Sens chungeâ (i) à notreis amis ;
En tout que giale à peiras fendre ,
Que zagens de veâ (2) jusqu'au co ,
(\) Chungeâ. Songer.
(2) Do veà. De la neige. C'est un diminutif d'heyveâ , hiver.

(bis)

(bis)

(bis)

(bis)

(bis)

�— go —

Par vous mon eime vait s'étendre
Couma do mio soubre do po.
You seis pas un homme de chiença,
D'aillours , vous me connaissez be ;
Mâ quand n'on dit ce que n'on pensa
Los compliments signiîiont re;
Bouna fêla, mei bouna nâda,
(Boute duas gerbas dins un lian)
Soubre ati una bouna embrassada,
Mâ cou est mâ soubre papei blanc.
Souhaitaz à Toinon bouna nada ,
A la maman , mei à Victo ,
Ma fcnna fait l'empatinada (i)
Par se boutà de mon écot.
N'obledens pas le paubre Charle
Que, tous los jours, parla de vous,
Ecarabilla couma un marie,
Vous envouya quatre poutous (2).

(bis)

(bis)

(bis)

(bis)

(bis)

COUPLETS
EN L'HONNEUR DE LOUIS XVIII, PENDANT LES CENT JOURS.

Air du -premier pas.

Viva le rei
La familla royala
Mei quos d ati que soutenont lius dreits,
Et que la pesta, la rougna et la gala
Etouffe bien la cliqua impériala,
Viva le rei.
(bis)
0 Nicoulas
You crèze que ta mère
Fuguet pas bien fidéla à ton papa,
Car, chi m'est vis , quand lia vouguet te faire ,
Quoque Antéchrist se meleit do mystère.
0 Nicoulas, coulaz, coulaz, coulaz.
(4) Empatinada. Empressée.
(2) Poutous. Baisers.

,

,

,

�— D'Te zamont tant
L'Espagna et l'Angleterra,
Le Bavarois, le Russe et le Pruchien ,
Qu'is venont bei ton oncle et ton beau-père
Par fourmà tant soit peu ton caractère^
Te zamont tant.

(bis)

Tei, Nicolas,
Chi tiu vouliaz me creire ,
T'entournayaz d ente tiu seis vendiu ,
Car quos bourgeois que venont par te veire ,
T'échaudaront, chi te fasont pas coueire ,
Grand Nicoulas, coulaz, coulaz , coulaz.
0 bon Louis,
Tournaz bien vite en França,
Votreis éfans zont tant besoin de vous ,
Nous pourtarez la paix mei l'abondança,
Et nous nous en rejovissens d'avança,
0 bon Louis.

(bis)

DIALOGUE
ENTRE BONAPARTE ET LES CONSCRITS , PENDANT LES CENT JOURS.

Air d'une montagnarde : Viendras-tu pas, toi que mon cœur adore, etc.
BONAPARTE.

Braves conscrits , soutiens de la patrie ,
Ecoutez la voix de celui qui crie :
Venez vous ranger sous cette aigle chérie,
C'est votre empereur
Qui vous guide au champ d'honneur.
LES CONSCRITS.

Foutiu pegant, que nous zen faseis veire,
Ton champ d'honnour zest couma un cementére
Nous foutrens bientôt ton aiglia dins le doueire ,
Et de tos décriots
N'en tourcharens notreis thios.

�— 92 —
BONAPARTE.

Quel est, Français, cet esprit de démence
Qui vous a fait, pendant un an d'absence,
Méconnaître, en moi, le sauveur de la France,
Votre protecteur
Et votre libérateur.
LES CONSCRITS.

Osaz-tiu bien, gredin pie d'arrougança ,
Dire que seis le sauveur de la França ;
Tiu seis son bourrei, mâ, suivant touta apparança,
Tiu zo payaraz,
Foutiu gueu de Nicoulas.
BONAPARTE, élevant la voix.

Comment, Français , peuple ingrat et barbare
LES CONSCRITS, l'interrompant.

Credaz pus tant, tiu poueyaz te marfondre,
Grand débraya, veis-te putôt récondre ,
Tiu zas be entrepris de nous voulei tous confondre ,
Mâ tiu seis foutiu,
Le bon Diou zo za voudiu.

COUPLETS
A L'OCCASION DE LA NAISSANCE DU DUC DE BORDEAUX.

Air d'un cantique de la mission : Nous n'avons à faire que notre salut, etc.

aîantens iila naissença

'u&gt; tii'LÛiì'M

.

rìvi'Mnoo p/ytn'i9.

Do duc de Bourdiaux ,
Fagens dos fugiaux
En granda rejovissença,
Diou nous l'a bailla ,
Mei nous le tailla.
Que touta la cliqua,
Que los Jacoubis,
Frereis et amis
Rébont près Iiu républiqua,
Tau farai pas, you,
Chi plaît au bon Diou.

(bis)

(bis)
(bis)

(bis )

�- 93Qu'un autre paubre aze
Peite Nicoulas,
Vei-le donc charchâ,
Ton empereux, ton viadaze,
Tau farai pas, you,
Chi plaît au bon Diou.

(bis)

(bis)

Mâ cou est pus le péra,
Cou est mâ le garçou.
Petit fricassou,
Rei de Rouma et de misera,
Cheras pas le miou,
Chi plaît au bon Diou.

(bis)

(bis)

Viva Carolina,
Le duc de Bourdiaux,
Quet part d'un bon niau,
Quet mantendra la machina,
Quet chera le miou,
Chi plaît au bon Diou.

(bis)

(bis)

Bourgeois de la vialla,
Mei vous , montagnis,
Chiagens tous amis
De la familla royala ,
Ane, chantens donc :
Viva los Bourbons.

(bis)

(bis)

VERS LATINS, FRANÇAIS ET PATOIS,
ADRESSÉS

A

LA DUCHESSE

DE BERRV,

A

L'ÉPOQUE

DE

SON

VOYAGE

AU

MONT-D'OR.

Le premier septembre 1821 , Madame, duchesse de
Berry, se rendant de Clermont au Mont-d'Or, fit arrêter
sa voiture au-dessus du grand tournant de la Baraque , à
l'effet de bien contempler le beau bassin de la Limagne j et
enthousiasmée , tout à la fois , de ce coup-d'œil ravissant,
et de l'accueil généreux et flatteur qu'elle venait de recevoir de la part des Auvergnats, elle s'écria, dans le délire
de son imagination, avec cette franchise qui lui est toute
naturelle :

�- 94Quel beau pays ! quels braves gens ! Je voudrais être
auvergnate.
Les journaux qui rendirent compte de ces détails nt
dirent point qu'aucun Auvergnat eût répondu à ce compliment flatteur pour le pays.
Le sieur Roy ramassa le gant, au nom de ses concitoyens , et composa les vers suivants, latins, français et
patois, qui furent, à cette époque, insérés dans le journal
du département du Puy-de-Dôme.
Sis nostra , prínceps, ullrò, Jrvernus cupit ullrà ;
Henricus sil idem pectora nostra petunt.
TRADUCTION FRANÇAISE.

Princesse , si l'Auvergne a pour vous des attraits ,
Au gré de nos désirs, devenez auvergnate;
Qn'Henri partage aussi ce titre qui nous flatte,
Dans les cœurs auvergnats vous vivrez à jamais.
ADRESSE PATOISE AUX ENNEMIS DE LA LÉGITIMITÉ.

Nous avens los atoux, la dama mei le rei,
El cou vira de cœur, coupaz, chi vous poudeix.

DISTIQUES LATINS.
Donec eris felix, multos numerabis amicos ;
Tempora sifuerint nubila, solus eris.
TRADUCTION.

Tant qu'aurez dos écus, bon fricot, mei bon vi,
Tout le monde voudra devenî votre ami ;
Mâ quand vous n'aurez pus ni fourtuna , ni plaça,
Au moins, gardaz vingt sols par chatâ la besaça.
Si nisi non esset, perfectus quilibet essel;
Sed non sunl visi qui caruere nisi.
TRADUCTION.

Chi n'éra ce que n'est,
Tout le monde chiya rei ;
Mà bei quet trop de chi, cregeaz-me, par mon arma,
Par faire un rei parfait troubarens jamais narma.

�-95-

LA CHARTE-VÉRITÉ.
Pierre raconte à son maire que, sur la fin du carnaval,
son mariage ayant été projeté et arrêté avec une de ses
parentes, il fallait nécessairement une dispense de l'évêché, pour que ce mariage pût s'accomplir en face de
l'église, et qu'ayant, à ce sujet, pris de son curé une
lettre explicative de la généalogie des deux familles, il se
rendait, en toute hâte, à l'évêcbé, à l'effet d'obtenir cette
dispense ; qu'étant arrivé à la Baraque du Puy-de-Dôme, il
fut atteint par un gendarme à cheval, qui suivait la même
direction ; que ce gendarme ayant lié conversation familière avec lui, l'interrogea sur le sujet de son voyage à
Clermont. Pierre sans méfiance aucune, lui explique son
affaire, et lui avoue qu'il est porteur d'une lettre de la
part de son curé pour monseigneur l'évêque.
Ils continuent à faire route ensemble, la conversation
continue également jusqu'à l'entrée de la ville.
Alors le gendarme (au nom de je ne sais qui, ou de je ne
sais quoi) somme le jeune homme de lui remettre la lettre
dont il est porteur; celui-ci n'eut d'autre ressource que
d'obéir, et cela sans retard, ni objections.
Le gendarme dit au jeune homme qu'il est en contravention avec la loi, en raison de ce que ce mode de correspondance est un tort fait à l'administration des postes, et
conséquemment au gouvernement ; qu'il va dresser procèsverbal de cette contravention et le remettre de suite, ainsi
que la lettre saisie , à M. le procureur du roi qui fera statuer , à cet égard, par le tribunal ce qu'il appartiendra.
D'après cet exposé, Pierre dit à son maire :
« Eh be, que pensez-vous d'acou , mouchu le maire,
» Le diable, chi m'est vis , n'en pouéya pas mei faire.
LE MAIRE.

»
»
»
»

You pense que tiu zas ce qu'as bien mérita,
Tiu connaissez donc pas la Cliarfk-Verita '}
Nous devens l'observâ, dreit couma l'Evangile ,
Et la Charta punit quet que zest pas dochile.

�-

S6-

PIERRE, furieux.

» Le diable los entraine, et châtia et chattaraux (i)
» Gendarmeis, rats, gapiants, tous de mauvas béthiaux. »

LE GOUVERNEMENT A BON MARCHÉ.
Disont, dins mon pays : « Bon marcha fait tou.t faire »
Quand Philippa prenguet la quoua de notre araire (2) ,
0 nous zen proumettia tant d'aquos bons marchas !...
Laspougnadas de ma nous revenont bien châ.

LE COQ GAULOIS,
DIALOGUE ENTRE UN PAYSAN ET SON MAIRE.

LE PAYSAN.

Digeaz donc, notre maire, vous connaissez las loix,
Qu'est devendiu quet jau que pelavont gaulois?
L'entende pus chanta, narma n'en parla guère,
Dins los commencamens, couéra be una autre affaire—
0 zest billau créba.
LE MAIRE.

Oh ! non, non , cou est pas cou,
Par qu'o chantessa pus , n'en zont fait un chapou (3).
( I ) Chatarau. Gros chat, matou.
(2) La quoua de notre araire (métaphore), c'est-à-dire, les rênes du
gouvernement.
(5) Résultat de la paix à tout prix de M. Guizot qui comprime l'honneur
et l'enthousiasme français.

FIN.

CLERMONT-FERRAND , IMPRIMERIE D* AUGUSTE VEYSSET.

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              <text>Recueil de petits opuscules en patois auvergnat contenant / M. Roy </text>
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