<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<item xmlns="http://omeka.org/schemas/omeka-xml/v5" itemId="15546" public="1" featured="0" xmlns:xsi="http://www.w3.org/2001/XMLSchema-instance" xsi:schemaLocation="http://omeka.org/schemas/omeka-xml/v5 http://omeka.org/schemas/omeka-xml/v5/omeka-xml-5-0.xsd" uri="https://www.occitanica.eu/items/show/15546?output=omeka-xml" accessDate="2026-04-13T10:35:04+02:00">
  <fileContainer>
    <file fileId="155080" order="81">
      <src>https://www.occitanica.eu/files/original/2f7927d350b8797b5af0c8980c306a6b.jpg</src>
      <authentication>8b0b955d47a64c9594f73bb687f6c1bf</authentication>
    </file>
    <file fileId="77404" order="88">
      <src>https://www.occitanica.eu/files/original/1e2717b29f637489a540324e678a27e9.pdf</src>
      <authentication>b6ec8b81a1a08dc655c3e371d2714468</authentication>
      <elementSetContainer>
        <elementSet elementSetId="9">
          <name>PDF Text</name>
          <description/>
          <elementContainer>
            <element elementId="175">
              <name>Text</name>
              <description/>
              <elementTextContainer>
                <elementText elementTextId="612890">
                  <text>CHANSONS
DE

XAVIER AAVARROT

��CHANSONS
DR

XAVIER NAVARROT
PUBLIEES

PAR V. LESPY
Professeur au Lycée Impérial de Pau
Officier de l'Instruction Publique

IG.I.0.0.
IBEZIERS
PAU
IMPRIMERIE ET LITHOGRAPHIK VERONESE
Rue des (îordelîers, Impasse la Foi

1868
PONS JWIQUÏU

CAMELAT

C1RDOC

�CAB

4 65

fi

�NA.VARROT
ET

SES CHANSONS

En 1851 , un journal de Bayonne (1) publiait
les lignes qui suivent :
« Qui ne connaît aujourd'hui Xavier Navarrot, le poète populaire des Pyrénées, le chansonnier Oloronais, le Béranger du Béarn?....
génie facile, dont les productions s'éparpillent
dans les villes et les villages comme les hirondelles au printemps, pour y apporter la joie, les
longs rires, la vie, le bonheur.
» A d'autres les chants moroses , les accents
de tristesse et de mélancolie ; il n'aime pas les
brouillards, lui ! Que lui importe cette poésie
(i) Le Républicain de Vasconie.— Augustin Chaho en était
le Rédacteur en chef.
Littérateur, philologue, publiciste, A. Chaho, né dans le
Pays Basque, a laissé des œuvres qui feront vivre son nom.

�CHANSONS

pâle

qui vous assourdit de sa plainte mo-

notone, et qui vous affadit l'esprit et le cœur de
ses interminables élégies. A d'autres les lacs et
les nacelles où l'on rêve, au balancement des
flots, de tout ce qu'il y a de vague, d'incompris,
de prétendu idéal entre ciel et terre.
» Navarrot est un enfant de la vieille gaîté
gauloise, un descendant en droite ligne de Rabelais, de La Fontaine et de Molière. Son premier maître a été Béranger. On pourrait le peindre comme le grand poète de Passy s'est peint
lui-même: — Sensible quoique malin. Il y a
un moment où le rire cesse dans sa chanson :
c'est quand il parle de la patrie et de la République ; alors sa voix s'anime, son vers retentit
comme le tocsin des grandes journées ; le joyeux
chansonnier s'est transformé en Tyrtée (1) ».
Nous-mème, en 1856, dans une séance publique de la Société des sciences et arts des BassesPyrénées, à la lin d'une conférence sur la poésie
béarnaise, nous nous exprimions ainsi (2) :
(1) « La patrie, a dit Béranger, est la première des Muses :
plus d'une fois elie a inspiré Navarrot, elle l'inspirera longtemps encore. » — Noté du lltip. de Vascoriie.
(2) Les ÎUùkW'atUms du lléurn. — Pau. — Veronese. ■—185B.

�VU

« Bien qu'il soit difficile de parler des vivants, nous n'aurions aucune peine à vous dire
ce que nous pensons de X. Navarrot, s'il nous
était permis de le faire ici en toute liberté. C'est
un esprit éclairé qu'une critique consciencieuse
n'irriterait point, et si nous le vantions pour ses
charmantes et belles compositions, nous ne devrions pas craindre de passer pour un louangeur
intéressé.
» X. Navarrot vit dans la retraite ; il s'est fait
une douce philosophie ; il jouit de Yheureuse
médiocrité que recommandait le poète latin.
Mais il a chanté le vin, l'amour et la politique.
Si nous voulions le suivre dans ses goûts, ses sentiments et ses opinions, nous irions trop loin.
Nous nous bornerons donc à cette appréciation
sommaire de son talent : Navarrot est plus original que les autres poètes béarnais: il a plus de
verve et d'ampleur; de sa veine féconde ont
jailli des vers admirables, où Ton reconnaît le
style et la facture d'un maître. Les beaux vers de
X. Navarrot ajoutent de brillants fleurons à la
couronne poétique qu'ont faite à ce pays Despourrins, Fondeville, Gassioe , Bordeu, Y. de

�VIII

Batalhe, et tant d'autres que la Muse béarnaise a
si heureusement inspirés. »
Ces lignes — celles du journal de Bayonne
et les nôtres,— indiquent suffisamment ce que
fut notre poète, et quel est le caractère Iles
chants que nous publions aujourd'hui. Les réserves que nous faisions en 1856, nous croyons
devoir les faire encore, mais avec moins de rigueur. Nous allons dire pourquoi, après quelques mots de notice biographique.
Nous n'avons pas à nous étendre beaucoup
sur les particularités de la vie de X. Navarrot.
il y a trouvé lui-même, comme on le verra,
des sujets pour des chansons de la plus vive
gaité; et, tout ce qu'il faut pour les expliquer, nous avons eu soin de le mettre dans
des Notes à la fin de ce volume. Faites en trèsgrande partie avec des écrits de Navarrot, ces
Notes nous le présentent, pour ainsi dire, peint
par lui-même. De plus, elles contiennent, pour
les curieux de notre histoire locale, quelques
détails intéressants.
Jean-François-Xavier Navarrot naquit à Oloron, Basses-Pyrénées, le 7 ventôse, an vu

�IX

(25 février 1799). Ses parents appartenaient à la
bonne et riche bourgeoisie de cette ville. Elevé
d'abord chez M. Pëcarrère, maître de Pension à
Oloron, il continua ses études au Lycée de Pau ;
il les acheva à Toulouse, dans l'Etablissement
de M. Gary ; Navarrot se fit recevoir à Paris
licencié en droit, et ce ne fut pas sans quelque
peine (1). 11 rentra à Oloron vers 1820. Un ou
deux ans après, il revenait à Paris pour étudier la médecine; en 1830, il demandait à la
Faculté, dans une chanson, le grade de Docteur
pour rire :
Grand-prêtre de la Faculté,
Brévetez-moi par charité.
Glaneur, où Galien moissonne,
Moi, je ne veux tuer personne ;
En paix je laisserai mourir
Ceux que je ne saurai guérir.
En m'ordonnant, dussiez-vous m'interdire,
Faites-moi docteur,
Ne fût-ce que pour rire ;
Faites-moi docteur
Docteur pour rire !
Disciple inappliqué de Cujas, adepte frivole
(t) Voir les .Voies,'p. 280.

�X

d'Hippocrate, Xavier Navarrot cultivait les Muses
, —la Muse légère, court-vêtue (raube
courtete), peu retenue en ses propos, celle qui
jetait aux échos joyeux les glous-glous de ses
refrains, lorsqu'elle vidait résolument un flacon, — et la Muse plus réfléchie de l'ironie et
de la satire, qui savait, au nom de la Liberté,
lancer des couplets railleurs, pétillants d'esprit,
contre tous les Tartufes, contre les hommes
et les choses que 1815 nous avait, peut-on dire,
ramenés de Coblentz.'
De retour dans sa ville natale, à la fin de
1830, X. Navarrot n'eut aucune envie de tirer
le moindre parti de son diplôme ; certain confrère , disait-il,
Certain confrère, avocat de Iricok,
Met en congrès et Barthole et Cujas,
Pour s'applaudir, quand je n'accorde pas
Cujas avec Barthole !
Que ces gens, ma foi,
S'arrangent sans moi !
Car j'ai déserté leur école,
Pour concilier
Dans mon vieux cellier
'fin, tin, tin, tin, tin, Champagne et OUainbertin,
Tin, tin, tin, tin, tin, sans conflit intestin,
fvu doux tin, tin, tin, du cristal argentin !...

�XI

Notre chansonnier se livra avec joie aux espérances que lui avaient fait concevoir les
Journées de Juillet..., ce qu'il croyait devoir
être une ère de liberté.... Il fut bientôt déçu !
Trop jovial pour être complètement découragé, il reprit son galoubet et sa lyre : il ne
devait plus les laisser muets. 11 chantait encore, l'année de sa mort, en 1862.... et, chose
digne de remarque, — c'est le témoignage de
la constante bonté de son cœur ! — il chantait au profit des pauvres en 1862, et c'était
aussi au profit des pauvres et des exilés que,
plus de trente ans auparavant , il avait offert au
public quequcs-uns de ses couplets : ses vers
S'en allaient à la picorée
Chez maint Harpagon béarnais,
Butinant pour le pauvre et pour le Polonais.
En composant ses chansons, X. Navarrot eut
presque toujours en vue un double but : il
voulait répandre la gaîté, ce délassement des
tracas de la vie, et former des citoyens dans
le sens de ses idées qui allaient plus loin que
la politique de 1830, et môme que la poiiti-

�XII

CHANSONS

que de 1848, à laquelle il avait reproché bien
vite des hésitations et des faiblesses.
Dans le double but d'égayer et de faire du
prosélytisme, Navarrot chantai- en béarnais,
chantait en français
— La fête du village,
une noce, un berceau, le paysage de la vallée,
la cascade et les monts, l'allure de la grisette,
les ridicules de la petite ville, l'avarice des uns,
l'hypocrisie des autres, les défaillances de plusieurs, les visites des Princes, les flagorneries
des fonctionnaires, les votes peu désintéressés des électeurs par le cens, les erreurs du
suffrage universel, la liberté proscrite, l'exil
et ses tristesses, le retour et ses joies, etc.,
— tout était pour notre chansonnier matière
à couplets gais et malins, à petits poèmes, où,
sous une forme légère et piquante, il propageait souvent d'utiles conseils; il sut aussi,
maintes fois, exprimer sur un ton plus sérieux
des jugements fort sages, et s'élever jusqu'à
d'éloquentes revendications :
Oadu qu'haye sa boutz, coum ha lou dret de bibe.

�DE NAVAIÌROT

XIII

Ta poude proutetja toute la gran familhe,
Abantz d'en esta may, la ley qu'en sie hilhe !
Oli! si ta lia la ley èrem toutz counsultatz,
Labetz que diserem à noustes deputatz :
— Nou s'ages pas aci de bourses au coulètje,
Nou boulem pas entene au mendre pribilètje ;
Noustes pays que-sbatoun, oui, per l'egalitat !
Que boulem lou tribalh, la patz, la libertat,
Que nou lechetz pas ha peu caperaa, peu noble,
Las leys ta si-medixs, countre lou praube poble,
Y que nous desliuretz deus boulurs, deus gloutous!
Qui hè lousDeputatz?—Quesoun lous Eleetous (1).
« Que chacun ait sa voix, comme il a le droit de
[vivre].
» Afin de pouvoir protéger toute la grande famille,
» Avant d'en être mère, que la loi en soit fille !
» Oh ! si pour faire la loi nous étions tous consultés,
» Alors nous dirions à nos députés :
» — Il ne s'agit pas ici de bourses au collège,
» Nous ne voulons pas entendre au moindre privilège] ;
» Nos pères se battirent, oui, pour l'égalité !
» Nous voulons le travail, la paix, la liberté,
» Que vous ne laissiez pas faire parle prêtre, par
[le noble,]
» La loi pour eux-mêmes, contre le pauvre peuple,
» Et que vous nous délivriez des voleurs, des gloutons !...]
» Qui fait les Députés? — Ce sont les Electeurs...»
(1) Extrait d'un pocme publié en 1808. — Voir p. 114.

�XIV

CHANSONS

Nous venons d'indiquer la partie précieuse,
durable, de l'œuvre de X. Navarrot; nous n'en
avons pas voulu d'autre pour ce Recueil de.ses
Chansons.
11 s'en faut de beaucoup que ce volume contienne tout ce qu'a produit la muse de notre
chansonnier. Quand le public verra ici avec
quelle liberté, avec quelle hardiesse certaines
choses sont dites, il comprendra que nous
n'ayons pas pu nous faire l'éditeur de témérités
plus grandes encore. Certes, les licences sont
permises aux poètes; mais la licence chez personne, ni pour aucune chose, ne saurait être de
notre goût.
D'ailleurs, la famille deX. Navarrot (1) atenu,
pour des considérations très respectables, à ne
livrer au public que les œuvres de choix du
chansonnier.
Il faut convenir aussi, lorsqu'on a lu et relu
comme nous tout ce qu'il a fait (2), que la rein Cette publication a été entreprise avec le concours de
M. François Navarrot et de-?on cousin M. le président Bartigaox. No'us avons à nous reprocher de n'avoir pas cédé plus
tôt à leur désir tout fraternel d'honorer ainsi la mémoire du
poète.
, '— .
(2) X. Navarrot, peu soucieux de ce que deviendraient ses
couplets, les laissait, s'envoler de chez lui sur des feuillet»

�DE NAVARROT

XV

putation du poète et de l'écrivain n'a rien à
perdre, en ne s'appuyant que sur les pièces
contenues dans ce Recueil. Ce qui était écart
d'imagination, débauche d'esprit, en a été exclu,
non par une délicatesse mal entendue, ou par
pruderie, triais parce que des énormités d'un
style peu soigné, qui ont bien pu, dans le temps,
égayer le vulgaire, nuiraient aujourd'hui au renom que notre chansonnier mérite d'avoir pour
son esprit, sa veine heureuse, et pour d'autres
précieuses qualités.
Enfin — c'est un devoir pour nous de le rappeler— X. Navarrot lui-môme nous avait comme autorisé à ne publier qu'une partie de
ses chants ; un jour , il nous fit
de nous dire qu'il

voulait

l'honneur

s'en remettre à

èpars, ou dans de toutes petites brochures que bien peu de
personnes songeaient alors à garder. Un ami-fidèle, M. Michel,
employé de la douane à Bedous, se fit, il y a de longues années, un devoir de recueillir les productions du chansonnier.
Il les a conservées presque toutes avec un soin jaloux. C'est
dans son manuscrit que nous avons pu. les lire. Il y a de nombreuses fautes de copiste. On doit oublier ces fautes, pour
ne songer qu'au service rendu par M. Michel. Cet excellent
ami de Navarrot est mort dernièrement à Hendaye. Nous offrons ici de grand cœur à sa mémoire l'expression de la gratitude qui lui est due par le pays où Navarrot est né.
Nous remercions aussi M. Dihinx, notaire à Bayonne, dont
lés démarches nous ont assuré la possession du manuscrit de
M. Michel.

�XVI

nous pour un choix qui lui semblait nécessaire (1).
Mais que personne ne s'y trompe : nous ne
présentons pas ici au public un X. Navarrot défiguré.
Nous lui avons conservé tous les traits de sa
physionomie, colorée, vive, spirituelle , joviale:
où respiraient aussi la bonté du cœur, la noblesse
des sentiments, la pitié et la générosité pour les
malheureux, un ardent amour de la patrie etl'enthousiasme de la liberté.
Ici, comme de son vivant, X. Navarrot a l'air
narquois, la parole frondeuse, indépendante, et
l'allure sans gêne ; c'est le Navarrot que nous
avons tous connu, aimé, avec qui on a chanté,
ri, et peut-être bu ; c'est lui-même.... moins le
débraillé, où il se montrait quelquefois.
(1) C'est pour cela que nous écrivions, en 1858, clans une
table bibliographique de la Grammaire Béarnaise :—«Nous
espérons publier bientôt une édition des Gîuvres de X. Navarrot. »
Grammaire Béarnaise. — Tau. — Veronese. —• 1858. Cet ouvrage a obtenu une mention particulière de l'Institut (Académie des Inscriptions et Belles-Lettres) ;—Concours de Linguistique : — Prix Volney, — 1859. — Tout récemment (Juin 1868)
la Grammaire Béarnaise a été mentionnée dans l'un des Rapports (Philologie), que le Ministère de l'Instruction publique a
l'ait publier sur l'État des Lettres et les Progrès des Sciences en
France.— Une deuxième édition de cette Grammaire sera publiée prochainement.

�XVII

Xavier Navarrot fut l'ami, l'intime ami de Béranger. Nous avons des lettres que le chansonnier français écrivait à notre chansonnier.
Elles nous montrent

quelle était l'estime de

tìéranger pour le poète béarnais; elles nous
font voir de plus un des côtés du cœur de X.
Navarrot, sa bienfaisance, son empressement à
rendre service, et les sympathies qu'il eut toujours pour l'infortune.
Les circonstances au milieu desquelles ces lettres ont été écrites, leur'donnent, et pour Béranger lui-môme et pour notre histoire, un intérêt
qui n'échappera à personne ; il s'ajoute au charme que le chansonnier français savait mettre
dans tout ce qu'il écrivait.
Pour la mémoire de X. Navarrot, nous sommes fier de pouvoir transcrire ici quelques-unes
de ces lettres.
I

Je m'étais figuré , mon cher Navarrot, que votre
ami viendrait chercher la réponse à [la] lettre que,
sans me trouver, il avait eu l'obligeance de m'apporter ; mais puisqu'il ne revient pas, je ne veux
ii

�XVIII

CHANSONS

point que vous croyiez que j'ai reçu avec indifférence et votre lettre et vos deux bonnes et très
bonnes chansons. Elles me prouvent que bien qu'on
en dise, on chante en province de façon à rendre
Paris jaloux. Il est vrai qu'il n'y a pas partout des
Navarrot et peut-être même n'y [en] a-t-il qu'un.
Je suis tenté de le croire à tout ce qu'on me rap porte de vous. Vraiment, cher confrère, vous êtes
privilégié : tomber aux montagnes russes de Bordeaux sans se tuer ; jetté (11 à bas de cheval et ne se
casser que la clavicule ; se faire saigner après souper, sans en être plus mal portant; etc., etc., etc..
il y a du miracle dans tout cela et que dois-je dire
de tout l'esprit, de toute la gaîté que vous dépensez où vous êtes ? Si le ciel n'y est pour rien, la
philosophie y est pour beaucoup, et c'est ce dont
je veux vous louer particulièrement. Vous vous
faites aimer de chacun et je ne m'en étonne pas,
car vous avez toujours su vous mettre au service
des autres; pourvu toutefois que ces autres ne
fussent ni rois, ni princes, ni ministres, ni préfets, etc.. etc., mais de bons et pauvres diables
comme nous. Vous pourrez finir par vous casser le
cou, mais, certes, vous laisserez mémoire longue
et bénie, dans votre beau pays où vous me donneriez envie d'aller achever de mourir.
Non que je sois malheureux ici, car j'ai aussi un
(1) C'est ainsi qu'il écrit Déranger. — Les mots que nous
avons mis entre cro iiets, avaient été passés au courant de la
plume.
On pourra faire dans les autres lettres quelques remarques
du même genre.

�XIX

peu de philosophie et des amis vrais, mais je ne
puis trouver le repos dont j'aurais tant besoin
pour continuer le métier que j'ai toujours fait et
que m'empêche de faire encore le monde, qui me
fatigue.
Ah ! que vous êtes heureux d'avoir un eriilitâgé
où vous pouvez vivre à votre fantaisie !
Je vois encore souvent votre cousine B. qui parle
de vous toujours avec intérêt. Je lui ai communiqué vos charmantes chansons. Elle me charge de
ses amitiés pour vous.
Recevez les miennes, mon cher Navarrot; et donnez-moi quelquefois de vos nouvelles, comme vous
venez de le faire.
Tout à vous de cœur,
BÉliANGEK.

Passy, 23 janvier 48.
Il
Vous m'avez écrit, mon cher Navafrot, pour les
affaires de G., dont s'occupe l'ami Robert. Je vous
ai fait dire par M. Langlade qu'il fallait se reposer
sur Robert, au secours de qui je viens, quand il y a
nécessité. Malheureusement, je ne puis être aussi
utile à G. que je le désirerais, parce que je n'ai pas
de connaissances dans les bureaux de la Guerre, et
que MM. les ministres vous cassent toujours le nez
à coup de règlement. Toutefois, soyez sûr, que
nous n'omettons aucune démarche pour faire reve-

�XX

CHANSONS

nir G. en France. Robert m'est venu voir, il y a
peu de temps, pour nie parler des difficultés qu'il
rencontre.
Je vous remercie des deux chansons que vous
m'avez envoyées, de l'une au moins, car je ne suis
pas familier avec la langue de l'autre. Il n'y [a]
que Cassou pour lire cela couramment. Je ments;
il y a aussi à Paris un fils de Lucien Bonaparte,
jeune savant, très connu comme chimiste, qui sait
le basque (1), dit-on, presqu'aussi bien que vous. Il
a fait de très grands travaux sur les langues et la
vôtre est surtout l'objet de sa curiosité. Ce Bonaparte est celui dont la nomination en Corse n'a pas
été validée par l'assemblée.
A propos d'élections, vous allez sans doute vous
i émettre sur les rangs , puisque vous me blâmez
de m'en être retiré.
Vous devriez bien aussi pousser le bon et honnête Cassou (2), qui, certes, serait un Représentant
plein de courage et de conscience, dont les lumières trouveraient facilement à s'utiliser dans beau(1) Quelle erreur ! Nous avons entendu beaucoup de persoir
nés confondre, comme te faisait Béranger, l'idiome béarnais
avec la langue' des Masques, nos voisins.
Le béarnais est un dialecte de la Langue d'Or, et le basque
est une langue mi generis, qui n'a d'affinité, dit-on, avec aucune langue connue.
(2) Charles Cassou, ué à Pau, en 18t#, était allé à Paris après
avoir l'ait ses études au Collège Royal de notre ville. 11 fut secrétaire d'Augustin Thierry ; il travailla à la rédaction du JV«lional, et à l'Encyclopédie', publiée par M. F. Didot. H a écrit
uno Histoire des Religions de l'Orient, et, dans l'Observateur
des Pyrénées, une longue série d'articles sur les Paysans. Sa
mort prématurée causa" ici de vifs regrets à ses nombreux amis:
il méritait bien les éloges que Béranger lui décerne dans cette
lettre et dans la suivante.

�XXI

coup de commissions. Je ne lui croîs pas une poitrine assez forte pour braver souvent les tempêtes
législatives, mais on pourrait être sûr de l'indépendance de ses opinions, qui ne cesseront d'être
patriotiques et généreuses. Je crains bien que
notre prochaine assemblée n'en compte pas beaucoup de semblables. Venez-y donc prendre place
et amenez avec vous mon trop modeste candidat.
Je ne chante plus, mon cher ami; l'âge, les affaires dont chacun me charge, je ne sais combien
d'autres raisons me privent de ce qui fut le plus
grand plaisir de ma vie passée. Restez jeune le
plus longtemps possible ; chantez jusqu'à extinction , et ne flssiez-vous qu'amuser vos compatriotes, peut-être leur serez-vous plus utile, que
si, au lieu de couplets, vous leur fabriquiez des
lois et même des constitutions.
Adieu, mon cher Navarrot, buvez parfois à ma
santé et soignez bien la vôtre.
Tout à vous de cœur,
BÉHANGEH.

Passy, 8 mars 49.
La cousine B. trône maintenant à la préfecture de
., et s'acquitte, dit-on , admirablement de son nouveau rôle. Son mari parait aussi
fort aimé de ses administrés.
III
Je vois, cher Navarrot, que la vie joyeuse que
•vous continuez de mener a d'assez fréquentes in-

�XXII

tëfuiittences de périls et de maladies. Enfin votre
bonne constitution , presqu'aussi forte que celle
qu'on nous a faite, a triomphé du catarrhe et les
couplets se sont mis à couler à grands flots plus
gais et plus malins que jamais. Il serait sage
pourtant de ne pas trop se fier. A 50 ans, il faut
enrayer, pour ne pas verser, ce qui serait un empêchement au voyage de Paris, dont je suis heureux de vous voir préoccupé.
Je regrette comme vous qu'on ne vous ait pas
prévenu de la position du pauvre Cassou. Je le
croyais à Grenelle, chez son frère, quand j'ai appris sa mort dans votre pays. C'était une belle et
bonne âme, qui n'a peut-être pas été suffisamment
appréciée ici, où les nobles qualités ont tant de
peine à se faire jour. A Paris, malheur aux gens
modestes. Au reste, à quoi lui eût-il servi qu'il y
eût un peu plus de bruit autour de sa tombe. Pour
le mourant, un rayon de gloire ne vaut pas les
larmes d'un ami. Voilà pourquoi il eût été à souhaiter que vous lui eussiez pressé la main à ses
derniers momens.
Votre cousin B. a eu une mort plus entourée :
il s'était fait adorer dans sa préfecture de
,
où il est encore regretté. C'était un excellent
homme; toutefois, j'ai été surpris des succès qu'il
a obtenus dans l'administration.
Sa veuve est à Paris, assez souffrante, un peu
vieillie et n'ayant qu'un bien modeste revenu.
Ses deux fils ont eu une assez bonne part d'héritage qui avec des emplois leur suffiront, s'ils sont

�DE NAVARROT

XXIII

sages. L'aîné est déjà percepteur
Le
plus jeune est plus difficile à caser. Mme B.
n'a donc pas trop à se tourmenter pour les siens,
mais elle a 50 ans aussi, et de plus quelques-uns
des maux auxquels une femme échappe rarement
à cet âge. Et puis, elle a perdu l'entourage auquel
elle était habituée. C'est là un grand mal pour
une femme. Aussi s'ennuie-t-elle de tems en
tems Malheureusement nous demeurons aux
deux bouts de Paris; elle au faubourg Poissonnière et moi à la barrière d'Enfer où des pertes
assez considérables pour une très petite fortune,
m'ont forcé de venir me réfugier dans une pension bourgeoise. Comme je change facilement mes
habitudes, je me trouve bien dans mon nouveau
gîte. Je marche d'ailleurs encore assez bien, et je
puis aller voir mes amis.
'finit le monde me félicite de ma santé : pourtant moi, qui me tâte le pouls, je me sens vieillir
furieusement ; mais je suis résigné à cela comme
à bien d'autres choses. Aussi, ai-je encore un bon
fonds de gaîté à dépenser avec de vieux amis.»
Vous me demandiez de mes nouvelles, mon cher
Navarrot, en voilà bien long. Je ne suis pas aussi
heureux que vous qui feriez de cela un pot-pourri.
Je ne rime plus ou presque plus. C'est là mon
grand chagrin. Sur ce point, la résignation me
semble bien difficile. Plus heureux, chantez jusqu'au bout, mon cher Navarrot, et faites-en part
à vos amis.
Tout à vous de cœur,
BÉRANGER.
Paris, 18 février, 51.
Bue d'Enfer, 113.

�XXIV

CHANSONS

IV
Il y a longtems, mon cher Navarrot, que j'aurais dû répondre à votre bonne lettre.
Votre commission a été faite par une jolie
femme qui a remis à A... M. la missive dont vous
m'aviez chargé pour lui. Je n'ai pas voulu la lui
porter moi-même, parce qu'il y a déjà longtems
que ce pauvre rimeur s'est accroché à moi et que
dernièrement encore, il m'envoyait ui ■» supplique
en vers, à laquelle je n'ai pas cru devoir répondre,
vu l'état actuel de mes finances. C'est un gaillard
qui ne manque ni d'esprit ni de verve; mais comme je ne puis trop me rendre compte de son existence passée, j'ai toujours mis une certaine réserve dans nos rapports. Il faut qu'il ait trouvé
des protections pour entrer avant l'âge et sans
infirmités,je crois, à l'hospice de la Vieillesse. J'ai
là un pensionnaire, digne homme quoique poète
aussi, qui n'a pu me fournir de renseig leir ens
sur son collègue M., que je crois une tête un peu
folle. f?i c'est là tout son tort, on ne p^ut lui refuser des secours. Vous avez donc fait une bonne
action, dont Dieu vous tiendra compte.
Quant aux secours qu'il pourrait obtenir du
gouvernement, il ne m'en a jamais parlé. Je ne
l'y ai pas poussé, parce que je suis surchargé de
pareilles demandes à appuier. D'ailleurs, mon crédit à l'Instruction publique vient d'expirer. For-

�DE NAVARROT

XXV

toul, qui se dit mon élève, a renvoyé Génin, qui
était l'homme le plus convenable à la place qu'il
occupait, et qui m'y rendait beaucoup de petits
services du genre de celui que réclamerait M.
Mais en voilà assez sur cet improvisateur mendiant.
Vous me demandez des nouvelles de Mmo B. J'en
reçois à l'instant : elle est auprès de son fils aîné,
percepteur dans le département de
Elle est
assez maladive
Mais sa position, sans être
brillante est assez bonne. Ses deux fils sont placés, et chacun d'eux a au moins 3,000 fr. de fortune personnelle. Je lui dirai que vous vous êtes
informé d'elle.
J'apprends avec plaisir que vous avez pris le
parti de la retraite et je vois que vous en profitez
pour faire encore de bons couplets. Il y en aurait
beaucoup à faire aujourd'hui ; malheureusement,
ma verve est éteinte. Oh ! que n'ai-je la facilité de
maître A... M. ! Loin de là, je ne puis plus rimer.
0 Vieillesse ennemie ! n'ai-je donc tant vécu, etc.
Je me suis beaucoup occupé des proscrits et des
déportés ; mais je n'ai pu faire que bien peu de
chose; car, m'étant tenu à l'écart, vous sentez que
le crédit m'a manqué. J'ai craint même de nuire
à ceux à qui je m'intéressais. Mais tout cela est
trop triste, pour vous en entretenir
Je vais completter mes T2 ans, et malgré quelques indispositions , je suis assez bien portant
pour cet âge, n'ayant aucune des infirmités qu'il
amène trop souvent et dont j'ai plus peur que de

�XXVI

CHANSONS

la mort. Espérons que j'irai ainsi jusqu'au bout,
que je ne serais pas fâché de toucher bientôt ,
malgré ce que je conserve encore de gaîté. Car je
ris encore, je vous prie de croire.
Adieu, mon cher Navarrot, je vous remercie de
m'avoir donné de vos nouvelles et suis, comme
toujours, tout à vous de cœur.
BÉRANGER.

24 juin 52.
Avez-vous bien mon adresse ?
Rue Chateaubriand, S, à Beaujon.
La pension où j'étais rue d'Enfer, a déménagé
et comme elle est tenue par de bonnes gens, je les
ai suivis. Mais j'y suis trop importuné et d'ailleurs elle devient bien chère, ce qui me forcera
peut-être à chercher un autre quartier plus économique.

Est-il besoin de faire suivre ces lignes du
moindre commentaire !... Que ne disent-elles
pas à la louange et à l'honneur du chansonnier à
qui elles furent adressées ! !
X. Navarrot avait bien raison de les considérer
comme de « véritables lettres de noblesse. »
Voici en quels termes lui-même communiquait
la première au rédacteur du journal l'Observateur des Pyrénées.

�XXVII

« MONSIEUR ,

» Vous eûtes la bonté d'insérer tout récemment
dar s un de vos feuilletons une de mes chansonnettes à Béranger. La réponse ne s'est pas longtemps fait attendre, et malgré tout le bien qu'il y
dit de moi, jT croirais faire un acte de fausse modestie et d'égoïsme en la gardant pour moi seul ; je
vous en dois connaissance ; car une lettre de Béranger est une bonne fortune pour vous. J'en dois
également la confidence à mes chers compatriotes,
puisqu'elle fait mention de notre beau pays, où,
dit-il, je lui donnerais presque envie de venir achever de mourir.
» Au risque d'êire indiscret, je veux me permettre d'initier mes amis aux délices d'une amitié
si doucemer^ narquoise , mais bienveillante par
dessus tout
» Je veux leur faire apprécier cette familiarité
effectueuse qui touche si légèrement aux travers
de ceux qu'il aime, pour faire éclater aussitôt certaines qualités qu'il croit leur reconnaître et que
lui seul possède au plus haut degré.
» Il n'y prend pas garde , le bon et grand homme, c'est qu'en louant ainsi ses amis, c'est son portrait qu'il trace sans s'en douter.
o Utile au pauvre, au riche sachant plaire,
» Pour nourrir l'un chez l'autre, je quêtais;
» J'ai fait du bien puisque j'en ai fait faire,
» Ah! mon âme, je m'en doutais »

�XXVIII

» Soyez imprudent, fol à lier, philosophe pratique comme Roger Bontemps, qu'à cela ne tienne:
pourvu qiVi vous ayez bon cœur et que vous le mettiez souvent au service de ceux qu'il appelle « de
bons et pauvres diables comme nous, » vous êtes
sûr de son amitié. Je donne là mon secret à ceux
qui voudront de ce prix MontyOn comme j'en ai
toujours voulu (1). Mais il n'y a qu'un Béranger au
monde, ponr faire tout ce qu'il dit, et surtout des
prosélytes à sa cause.
» Après des lettres comme celles-ci, véritables
lettres de noblesse (pardon la République), et noblesse oblige, on ne se fait pas tuer comme un grognard de Montereau, à qui Napoléon aurait touché
la moustache , mais on s'encourage à vivre beaucoup pour ses semblables.
» Oui les bons et pauvres diables ont un fameux et bon apôtre en lui ; en vous louant, c'est
pour eux qu'il travaille. Eh ! bon Dieu, laissons-le
faire et nous duper. Je n'en suis pas moinr. fier
d'une approbation que bien de grands personnages, voire artistes et poètes, pourraient n'envier.
Si Vamitié d'un grand homme e.:t un bienfait des
Dieux! celle de Béranger re.d immortel. Aussi,
la postérité que diia-t-elle de moi? non que je
fus un Chansonnier mécMocrc , Ct.pitai.ie de la
Garde-Nationale , Président d'un comité de ré(l) Nous savons que X. Navarrot se faisait aussi, à jus'a titre, le plus grand honneur d'une autre amitié, décolle de M. E.
Littrj (de l'Institut), amitié commencée sur les hai.es de
l'Ecole.

�XXIX

l'orme électorale, et candidat à la députation, en
l'an premier de la deuxième République, qui,
j'espère bien, sera la dernière ; mais elle lira
cette épitaphe :
CI-GIT

X. NAVARROT
Ça devait faire un bon garçon
Car Béranger Vaima beaucoup
Priez pour lui
De profixiaclis

» Agréez, M. le Rédacteur, l'assurance de ma
confraternité la plus sincère. »
Xavier Navarrot mourut à Lucq-de-Béarn, le
23 décembre 1862. Il avait là, à douze kilomètres d'Oloron, une propriété appelée Passama, dont il avait fait depuis quelques années son « ermitage (1) ». Ses restes mortels
reposent dans cette commune, à côté de la tombe
de sa mère, « une femme du bon Dieu »; c'est
le nom que Navarrot se plaisait à lui donner,
lorsqu'avcc l'accent de la plus profonde vénération et d'une reconnaissance émue, il parlait
de la piété de sa mère, de ses vertus, et des tré(1) Voir la lettre de Béranger, p. six.

�XXX

sors inépuisables d'indulgence qu'elle avait eus
pour lui.
Le marbre tumulaire du chansonnier porte,
non l'inscription qu'on vient de lire, mais ces
mots en langue béarnaise,— langue douce, harmonieuse, facile, délicate et riche que le poète
avait su employer si bien pour faire d'aimables
récits et des tableaux ravissants, pour traduire
les plus heureuses inspirations de sa muse.
Taa loungtcmps qui soiis mountz y per las arribéres,
Nouste lengatje es parlara,
Tas causons, Navarrot, seran toustemps nabères :
De toun coo, (le toun uoum, cadu se broumbara.
« Aussi longtemps que sur les monts et dans les plaines,
» Notre langage se parlera,
« Tes chansons. Navarrot, seront toujours nouvelles:
» De ton cœur, de ton nom, chacun se souviendra. »

Dans ces quatre vers béarnais, nous avons
cherché à reproduire quelque chose de ce que
le chansonnier lui-même avait écrit pour son
épitaphe. Nous nous étions réservé de rappeler, ici seulement, que Béranger honora de son
amitié Xavier Navarrot, dont il avait justement
apprécié le cœur et Yesprit.
Puisse la ville d'Oloron se souvenir tôt ou tard

�XXXI

qu'elle doit se faire quelque honneur d'avoir produit le chansonnier à qui Béranger écrivait :
« Vous laisserez mémoire longue et bénie.' »
Nous formulons ce vœu en toute humilité;
il n'y faut voir que l'expression d'une sincère
sympathie pour la cité Oloronaise.
V.
Pau, 10 juin 1868.

LKSPY.

��CHANSONS DE NAVARROT

ABIS 'AU PTJBIJIO
Air : De la treille de sincérité.

Aei, que-b beni mas cansoetes,
Bietz m'estrea, petitz y grans,
Dames, paysanes , y grisetes,
Paysaas, estayres y marchanda !
Aci qu'en èy ta la calote,
Entau berret coum tau chapèu,
Ta la giraffe, la capote,
Lou capùlet... Amicxs, ha lèu!
Tietz moun estrée,
Nou-m biretz rée ;
Per quauques sos qui p'en haratz,
Si la-m prenetz, que la-m daratz !

Lou Rey-Petit qu'ey tau carliste,
Taus batalhurs qu'ey Sent Martii,
lou Hazagnet tau julhetiste,
La Mariov, tau calouti ;

�CHANSONS

Mes qu'ey sustout ta la grisete,
En loc de cantes de Nadau,
Zous Pongnoucotz, la Sarthoulete
Y la cansou d'A Diu nie dan !
Tietz douncl'estrée,

Perdou, si jou p'arrecoumandi
Quauques misérables bersetz ;
N'ey pas per jou qui m'en demandi :
N'hayatz lous dinès tant azetz...
Ah ! soulatjatz las agounies
De mantu praube peressous,
Qui boù paga-b en litanies,
Ooum jou bouy paga-b en cansous.
Tietz moun estrée,
Nou-m biretz rée ;
Per quauques sos qui p'en haratz,
Si la-m prenetz, que la-m daratz !

�DE NAVARROT

HENRIC-QTJOATE
TA UE REUNI0U DE BEARNES AUS EMBIROUS DE PARIS

Air : D'ici voyez ce beau domaine.

Despuixs qu'aqueste mounde lire,
Henric, deus Princes qu'ey la flou ;
N'ey pas tout cop qui s'en debire
Du parelli rey, taa gran, taa bou.
Si de soun coo tant amistous
Goustam encoère las fabous,
Guèyte, guèyte !
Hilhotz, n'anem pas de trabès ;
Henricou nouste que-ns arroèyte,
Nouste Henricou que-ns hè tatès.

Hoey Sent Ignace, qui-ns boii toune
Y counfirma-ns à maa rebès,
Que boû lira, Diu m'at perdoune,
Dinqu'à l'amou, tout de l'embès.
Aymem coum nouste gran payrii,
Jamey nou-s poudem esbarri,
Guèyte, guèyte !

�CHANSONS

Hillioutetz de las pennes blues,
Per lou plasé guidatz ensa,
Preguem à Diu qu'en d'autes lues
Eebediam aqueste parsaa.
Mes que lou Juransou bourret
Hoey nou-ns dé pas sus lou berret.
Guèyte, guèyte !
Hilliotz, n'anem pas de trabès ;
Henricou nouste que-ns arroèyte,
"Nouste Henricou que-ns hè tatès.

�DE NAVARROT

LOU BBY-PETIT

&lt; IANSOU ROYALISTE HEYTE PER U REPUBLICAIN
SUS LA NEIXENCE DEU DUC DE BOURDÈU

Air : De la plus charmante anesquete.

Suspendetz boste gazoulhatje
Y bostes coumbatz amourous,
Bietz, hostes d'aqueste boucatje,
Bietz ensa, tendres auzerous !
L'ayre que retié soun halene,
Deja lou printemps que-ns arrit ;
Jou pourtant que souy dens la pene,
Bietz counsoula lou R,ey-Petit !

Au cresc medixs, lou sort perfide
Soun agulhou me he senti :
Qu'ey bist, débat l'urpe houmicide
De l'esparbè, moun pay péri.
Tout nud, de soun aie leujère,
Ma may que-m coe dens lou nid ;
Sort, preserbe de ta coulère
T&gt;a may deu praube Rey-Petit !

�CHANSONS

Fier de soun antique noublesse,
Que hè l'arrode lou paou ;
De soun plumatje la richesse
De tout coustat que quèste haunou.
Mantu pouloy plee de routure
Nou s'ha pas hiquat en l'esprit
De boule ha, couru eth, figure !...
Ah ! quins soustiés tau Rey-Petit !

L'auzèt do plaa méchant augure
Qu'ey aquet nègre de courbas ;
Eth n'ayme qu'eth, y qu'ha l'alure
D'esta tabee bèt drin Judas
De tout soun urpe que s'empare
Lous qui mantu cop l'han neurit,
Que s'empressen de crida . — Gare,
Lous oelhs deu praube Rey-Petit !

Lou hazaa pertout je caqueté
Qu'au nid m'ha pounnat u coucut,
Mey qu'ha la cleque trop roujete,
Certes, nou sera pas cregut.
Lechem atau parla l'intrigue:
De nat coucut nou souy sourtit ;
Ma may nou m'aymere pas brigue,
Si n'èri pas soun Rey-Petit !

�DE NAVARROT

La haut, sus lou roc soulitari,
L'ègle que fixe lou sourelli ;
L'autour, d'u èr imboulentari,
Soubent que-m cerque d'u cop d'oelh...
.fou nou cragni nade bengence,
Auzètz, si toutz pe reunit,
Si bostes coos dab counscience
Disen :— Bibc lou Rey-Petit !

�8

CHANSONS

IJOTJS

A

LA

A33IUS

BALÉE

D'ASPE

Air : Mon pauvre chien ne me quitte jamais.

Adiehatz dounc clouchès de la balée ,
D'Accous, de Lees, Athas, Ousse y Bedous !
Loungs publies, silenciouse alée ,
Gabe incoustent, taa terrible ou taa dous !
Eco plentiu deu turoun soulitari,
Soul counfident de mas tendres langous,
Bousquet, adiu ! que-t cares... coumme cari...
Adiugues dounc, brunete mas amous !

Adiu sustout bouque qui-m desespère,
Clot au mentou, nidet qui m'enflama,
Sourcitz arcatz, nègre y loungue perpère,
Que sèy-jou mes.... Diu que la bau nouma !
Eco plentiu...

L'esclat du noum, ni l'or de la parure
Nou serben pas d'ajude à tant d'atrèytz,
D'oun la splendou — trésor de la nature —
De touns oellious esguince à mile trèytz.
Eco plentiu...

�DE NAVARROT

Y de que-m sert qu'Hippouerate m'apère,
Quoand deu me mau l'estros nou-m deu goari
"NTou liera pas que lou coo nou se-m quère,
Y loenh de tu que-m calera mouri !
Eco plentiu...

Diu gaymantou, nou-m lies la camaligue ,
Lèclie-m parti, lioeye sens haleta...
Que die, praubet ! Pamne que se-m desligue,
Daune abadesse, ah ! bienetz m'aurousta !...
Eco plentiu deu turoun soulitari,
Soul counfident de mas tendres langous,
Bousquet, adiu ! que-t cares... coum me cari..
Adiugues dounc, brunete mas amous !

�10

CHANSONS

IJA

SENT-MAET11

D'ACCOTJH

Air : Un soldat par un coup funeste.

Boste serbidou que rebabe,
Aqueste noeyt, qu'u gran soullat,
U chibalè qu'eu s'empourtabe
Hens u miey mantou bajoulat.
Leujè couru u sarri,
Quin pinnabe l'esprit houlet !
Y toustemps que disebe : — Harri !
Harri, harri, chibalet !

En debarant per las Artiques,
Hoey, si-m dise, la gent d'Accous
Nou manqueran pas de pratiques
Taus culheba mantus flacous ;
Peu Sent de la hèste,
Qui partatja soun mantoulet,
Qtie-s beneren culote y bèste,
Harri, harri, chibalet !

�DE NAVARROT

Que la nèu n-oûs espante brigue ;
Que bouy que Poey, doumaa matii,
De cap au cèu que s-en arrigue
De l'arrayoù de Sent-Martii.
Quoand de sa bounete
S'ey coeyfat lou pic de Rounglet,
Deu balou que houren l'herbete,
Harri, harri, chibalet !

Aci badou certen maynatje,
Dab lou bèt noum de Despourry ;
Lou patrou d'aqueste bilatje
Qu'eu boulou serbi de payrii.
Digatz, hilhoutetes,
Au catserou si-où débou let;
Sent-Martii qu'ayme las cansoetes,
Harri, harri, chibalet !

Qu'haboutz u cure patriote,
Brabe soullat coum soun patrou ;
Qu'estou batejat san-cnlote
Per la bittori y per l'amou...
Quauque cop lechabe
Hmme-col ta petit coulet,
Y lou capitèni préchabe...
Harri, harri chibalet !

11

�CHANSONS

Deja lou sou, qui-ns bien arcoellie,
Qu'arraye lou soum d'Alayens;
Que la campane que-b desbellie ,
Lhebatz-pe dounc, haut ! brabes gentz !
Jamey si p'apère
Ta défende lou Pourtalet,
Deu patrou seguitz la bandère !
Harri, harri, chibalet !

En attendent lou crit de guerre,
Dem-se quauques beroys lésés....
De Mars qu'estupen lou tounerre
Y lous Amous, y lous Plasés !
Bères, ta la danse
Au prumè sou deu fiajoulet,
Apoulingatz-pe drin d'abance !
Harri. harri, chibalet !

Haut ! Curé, nou troumpes l'ahide
Deus baladis, deu sounadou ;
D'aqueste joenesse atrebide
Perqué retienes tant l'ardou ?
Oère, de souns bicis
Goarde-t per hoey lou chapelet ;
Passe au galop toutz lous aufficis...
Harri, harri, chibalet !

�DE NAVÂRKOT

Atau dit, en l'ayre culhèbi
D'u pinnet de nouste chitau;
D'aquet saut au lhejtme relhàbi...
Misse que soune : que p'y tau :
Quoand srsla pintrure
.Tou-b \ ey l'houmi dsu mantoulet,
Qui semble dise à sa rcounture :
Harri, harri, chibalet !

13

�14

CHANSONS

LOUS

POÏÏGNOTJCOTÌ4

Air : Encore une folie.

Pougnoucotz,
Barricotz,
Suoù glas dab la claque,
Que lou pèe nou-b glisse pas !
Prenetz garde à chaque
Pas,

Quoand cabbat
Lou pabat
Bachatz per miragle,
Que nou-ns detz au mendre escart
U gran espectagle !
Car

Nouste soii
Qu'ey drin hou,
Bepicat eu pente ;
Y si nou bachabetz dous
Marcadet ou Sente —
Croutz,

�DE NAVARROT

Baranetz,
Quins pinnetz !
Diu, dab aquet ayre ,
Tout so qui-ns amucheret !
Gare, si hè goayre
Eet!

Gusmeretz,
Tietz-pe dretz
Quoand batz en pratique ;
Labetz, au boste clic-clac ,
Si-b ditz lou coo : Tique
Tac!

Au galop,
Dab l'esclop,
N'estant sus l'herbete,
Nou-b risquetz pas au penent.
Betlèu quand hè bete
Bent,

Suoû gazou
Qu'u garsou
Dab bous se hasarde
Ta, si p'eslurratz jamey,
Quesamaa pe goarde...
Mey,

�16

CHANSONS

Que nat truc
Malestruc
Nou-p trenque la talhe,
De pou que, ta-b renouda,
Au diable nou-ns ealhe
Da!

�LA SBlSTT-BlZEISrTZ

CANSOTJ ENTA LA HÈSTE DE LUC'BEARN

Air

: Mars, si tu bos que tas merbclkcs.

Boulhe recebe moun houmatje,
Patrou cremat deu bourg de Luc ;
Au noum de tout nouste bilatje
Jouteporti lou prumè truc.
Si Faut cop Simeou Stylite
Sus la couloune se plagou,
De la haut tour deu Barnabite
Sabi countempla nouste amou.

De porte en porte la carboade,
Que hume dab lou saucissou ;
Cadu, ta hesta la journade,
Que destarlaque soun flacou.
Xou-t fâches pas si tas aurelhes
Audeixin mey lou carilhou
Deu din, dm, din de las bouteilles
Que deu din, don deu soadou.

�CHANSONS

A tout marit da familliete,
U pay soul à cade poupou ;
A l'aymadou prouse filhete,
A la filhete u aymadou ;
Per la croutz deu missiounari,
Que sies à toutz indulgent ;
Tourne l'apetit au bicari,
Counserbe la set au surgent.

Lou curé que biu de la messe,
De la pugnère biu Martii ;
Cadu prêche per sa parroesse,
Cadu bou l'aygue en soun moulii.
Deu. claquet de tant de loenguetes
Si tu bos esta desliurat,
Da santat à qui tié pecetes,
Pecétes à qui tié santat.

L'arrenilhet de l'allégresse,
Mesclat au sou deu tambouri,
Qu'apère l'ardente joenesse
Qui deja brulle de parti
Quoand beyes la rounde leujèré,
Digues à nouste caperaa
Qu'en segoutint nouste misère
Jamey noii-t poudem auffensa.

�])E NAVARROT

Perdòu, perdou, si ma musete
De tu n'ey digne gran Bizentz !
N'èy pas la boutz roussignoulete
D'aquet couqui de Despourrens.
Per ma faute, ma grane faute
Que-ïu souy d'aulhous drin enrhumât
Si ma fiahute ère mey haute,
Drin mielhou que t'hauri cantat !

�20

AU ÈCAZAGUSTET DEU DRAPKU
CANSOU

TA

LA SERENADE

DEU

DRAPÈU

Mars 1831

Air

de la Gatacoua

Hazagnet, que tienes la place
D'ugn aute auzèt plus grau que tu ;
Mes qu'has soun coo, qu'has soun audace,
Bée-m semble queheram toutu :
Eth, j1ens neuribe de sa gloère ;
('•hurle de libertat, ou chic...
l)a-ns-y bou pic,
U bou pechic !
Mes au pourè tien-te. hort, loume mic .'
Diu sab quin la te goarde bère,
Lou gat-pitoch de Metternich!

Bè deu couchant enta l'aubete,
Bè rescauha tout coo herit ;
Que nat deus pobles en raubete
Nou sie hore de toun crit ;

�DE NAVARRÒT

A marcha soûls y sens lizière
De tu qu'aprenguen ric-per-ric ;
Da-ns-y hou pic,

Y la Belgique y la Poulougne
Qu'agusen la haus, lou bedoulli ;
Deja, sus lou sou de Boulougne
Mey tau Sent-Père nou s'y moulli ;
Adiu sa haque heterère,
Si n'ha recours au Caserlic !..
Da-ns-y bou pic,

Tous drapeletz, qui-ou hèn la nique,
A PAngles que dan berdigous.
Que holen au sourelli d'Afrique
Coum bèt ahoalb de parpalhoûs !
Tabee, dens nat corn de la terre,
Deus homis nou-s liera trafic...
Da-ns-y bou pic,

Pertout hè sourti la semence,
Espernicant coum u tentât,
Si nou del'arbe de sapience,
Au mens deu de la libertat !
Pertout s'en trobe cliic ou hère;
De la ha bade qu'ey lou hic !
Da-ns-y bou pic,

21

�CHANSONS

Que tout douché ta bout/, segounde
Enta souna toun carilhou ;
Cante lou gran rëbelh deu mounde :
Aus Reysda sus l'adroumilhou...
Y que, tufère Umbalère,
Toutz, toutz debaren chic à chic...
Da-ns-y hou pic,

Mes que hès d'aquetz grans estaytes,
Truque-taulès de Deputatz?
Certes, nou-n inentaberes gpayres
Qui prou nou-s sien arpastatz ;
Au mounde n'han d'aute coente, oère,
Que de-s grata hort lou melic.
Da-ns-y hou pic,

Que seram, en seguint ta trace,
Tousteinps au camii de l'haunou,
Quoand de las maas de Sent-Ignace
E seres henedit ou nou...
l.oupouloy que-ns enarrehère,
Hè-u donne passa lou darrè cuic !
Da-ns-y bou pic,
Y bou pechic !
Mes au pourè tien-te hort, lou me mie
Diu sab quin la te goarde hère
Lou gat-pitoch de Metternicb !

�33

IJA 8ABTHOULETE

ENTA

CELEBBADE

AU
DEU

LÀ

HÈSTE

SAUTHOULET,
POUNT

Air :

DEUS

D'ESTOS

PIÍAT

QUI

EY

PRÈS

ESCOUS.

Valse de Froritin, mari-garçon.

Coumpays
Siam gays !
Hoey qu'ey la lièste
De Sent Berthoumiu.
Qu'où pelan tout biu ;
Lecliem-lou dab lou bouu Diu !
Y, lou
Guy ou
Débat la bèste,
Anem prene lct
Sus lou tucoulet
Deu berjè deu Sarthoulet.
Hens las cautères,
Y las liclières,
Y las padères,

�CHANSONS

Auditz la cansou
De la grichaule,
Tandis qu'à taule
Cadu que gnaule
Après sounpintovt.
Peu quilliè,
De mantu dalhè,
n passant lèu, goardem-se las gambilhes ;
Sus lous os
Dillièu quauque estros
Eus ha-ré quauque saute-corn de quilhes :
En dabant !
Haut ! au double-haut.'
En gabant
Drin la courrudete,
Au bèt soum. de la turounete
Qu'arribam ;
Bebiam y beyam !

Quins bètz
Troupètz,
Coum d'anesquetes,
Passen lous Escous
Pingourlatz de flous,
Oundratz de mile coulons '.
Entrât
Au prat,
Bouques resquetes,
Taa beroys oellious,
Tendres bermelhous,
Cors taa joens y taa tilbous '

�DE NAVARROT

Entratz bloundetes,
Entratz brunetes,
Bienetz palhetes,
Flous de la sesou ;
Bienetz per bandes
Fourma guirlandes
Y plates-bandes
Sus lou berd gazou !
Parechet !
A gran cop d'archet,
Julien deja que hè brouni la corde ;
Y seguit,
Si-ey joen y hardit,
Pou cabaliè qui lou prumè p-aborde :
Gusmeretz,
Taa plaa premudetz,
Tietz-pe dretz !
Beyam quin s'estiren,
Pougnoucotz toustemps je s'at biren ,
En liraut
Toustemps, y-en barant.

Dansatz,
Balsatz,
Las autes bères ;
Si de nous hètz cas,
Risquem quauques pas.
— Fanfarrou, nou dansam pas.
— Pimpins,
Taa prims,

�26

CHANSONS

Nou siatz taa fières !
— Nou-b mescletz de nous,
Proubeditz-b aullious ;
Que-ns estounam mey de bous'...
Ue marchande
Que-ns achalandé ;
La mey gourmande
Que-s pren cabilhous ;
La plus rebèche
Que bou qu'oûs lèche :
Bee eau que prêche :
Qu'ha lou coo jelous.
Mes, d'u saut,
U méchant crepaut,
De soum à hounds, que-ns bire la tistete :
Y Tollé!
Tout lou canalhè,
Que se p-y jeten à la garrapete.
— Qu'ey urgent,
Sa ditz lou regent
Qui surbient
Dab soun èr capable,
D'ahueta drin lou mey coupable !
Mes Poulet
Qu'ey sus l'arboulet.

Au cèu,
Trop lèu,
Que-s foun lou dîu.

�DE NAVARBOT

— Hem u darr.è tour,
Ditz (qu'ey soû retour)
Clère à qui nou lien la cour.
— Nouj-ey
Per lioey,
Respoun Sophie,
Marna ta goarda.
— Mes que-ns ha crida,
Nou-ns eau pas mey retarda.
Sente-Marie
Lèu j'aparie ;
Quoand la garie
Toutes que s-en ban ;
Y mant'oubrère,
De la carrère,
Qui-ey la darrère,
Qu'oûs pren lou dabant.
Dab la nocyt,
J'arribe l'arroeyt
De lus cansous, lous critz y las disputes.
Parabas !
Diu ! quoant de faus pas,
De birouletz, de chutes y culbutes !..
m
Brabes gentz,
Qu'ous ne siatz temoens,
Ta qu'au mens
Doumaa cade ibrougne,
En se hant bisita sa brougne,
Dret ou tort,
Qu'haye soun rapport.

27

�28

CHANSONS

Còurrem,
Nou-ns hem
Doubla la bèste ;
Y, sens nat miscap,
Hens lou sarre-cap
Anem s'estuya lou cap...
Cherlit!
Berlit!
Hoey per la lièste
De Sent Berthoumiu !..
Mes plasie au boun Diu
Que-y tournera cade an, Pergttm!

�DE NAVARROT

HAUT QUE DESTRIGUB !

TAU HAZAGNET DEU DRAPÈU DE SENTE-MARIE

Air: Nous n'avons plus cette merveille.

per esta badat estayre ,
Que rounflabi co im u paysaa ;
Toutu qui hesse gran brut l'ayre,
Hoey qu'èy entenut lou liazaa.
Aquet auzèt, mouns amicxs, ère
Lou hazagnet de moun drapàu,
Qui-ra dise, tout rouy de coulére,
En segoutint lou me r.'dki :
Haut, que destrigue !
Jeté l'aprigue,
Cour, y bè dise à moun cousii
Que pot coumpta sus soun besii
Jox

Hoey medixs qu'où ban lenedise,
Aco nou-y hè ni bee ni n.au ;
Sustout nou-y trobes à redise,
Puixs qu'à jou m'iian trettat atau.

�30

CHANSONS

Per esta sent, si ta la guerre
Soun drapelet ey desplegat,
Jamey, coum l'auzèt de Sent-Pierre,
Deus sous nou sera desnegat.
Haut, que destrigue !

Toutu qui lou Gabe debare
Per miey de noustes camps y pratz,
Y qu'u petit pount nous sépare,
Lous coos nou soun pas separatz...
D'haunou, de danjès y de glori
U die que-ns en y heram ;
Y peu sendè de la bittori
Coum dus mieyous que marchcram.
Haut, que destrigue !

Mesclem donne noustes amouretes,
Dinqu'à que dem quauque gran pou
Troumpem-se medixs de pouretes,
Nou siam ni cliisclous ni capous ;
Toatz dus, sens jelou, ni peleyes,
Si bou, que las lieram pinna,
Si boû medixs, ensemps, à mieyes,
Bee las pouderam ha pounna.
Haut, que destrigue !

�DE NAVARROT

Atau pourtant q\ie caquetabe
A moun aurellie l'auzeret ;
Ta-b dise tout so qui-m cantabe,
Qu'hauri début courre tout dret.
Per boultijur, nou. souy pas leste
Qu'habi pourtant gn-aute resou :
Aci, ta n'esta pas en reste,
Bee cale dise-b en cansou :
Haut que destrigue !
Hem boune ligue !
Mes, ta que siam rays y cousiis,
Tiignem-se plus que de besiis !

�CHANSONS

A DIU

MB

DAU !

J.AS TUIBUI.ATIOUS 1)1" MOISSUHKT

Air : Réponse d'Isidore à la lettre de Mlle 'Félicite

A Diu me dau ! quine galère
D'esta moussu ta ha l'amou !
Auprès de la mey haroulère
Que perd soun temps y soun sermon.

Y d'abord, dab las damisèles,
Lurs flous y lurs hièus d'arrechau,
Y lurs cartous, y lurs dentèles,
Nou n'y-ha pas tau clot deu cachau...

Mes quoand bey quauque maynadet e
Dab la girafe sou coustat,
Soun pèe fii, sa raube courtete,
D'amou que-m senti trenspourtat !

�33
Au poude-cot jou que m'eslanci
Y que l'abordi coum u hou ;
Dej'autour d'ère me balanci,
En hant bèt drin lou parpalhoû :

—Diu ! bee j-haloungtemps qui-p persègui,
Si-ou die, lou chapèu à la maa.
— Jèy ! quin sudatz ! Moussu, que-p prègui
De-p coubri ta noup'enrhuma.

— Si sabètz quin lou me coo p'ayme !
—B'at crey, Moussu, mes qu'ètz trop bou.
— D'amou per bous jou crey que-m sayne.
— Ah ! Moussu, que-p truffatz de jou.

— Que biberi, que crey, de-b bede,
Sens paa ni bii, gran Diu-bibant !
—Puixsqu'at juratz, bee p'en eau crede,
Mes, Moussu, tiratz en dabant ...

Anatz trouba las damisèles,
Eres qu'han lou parla mey dous...
— Ah ! nou-m seren pas taa cruèles !
— Jou nou souy pas hèyte enta bous.

�■M

CHANSONS

— Per ma fee ! quines macheretes !
Que-m sembleren paa benédit !
— Moussu, puixsque benetz fiuretes,
Habetz mounede d'u ardit?

— Qu'habetz la came fine y dure !
■—Dure, Moussu, coum ubarroulh;
Aeo qu'ey de minja mesture,
D'allious qu'èy came dinqu'au joulli !

— Plaa malliurous ey lou qui gause
Fixa dus oelhs autaa fripous !
— Noix p'haii pas, crey, panât gran cause!
— Amigue ! datz-me dus poutous.

— Dus potz, Moussu, '. b'habetz lous bostes.
Goardatz-lous-pe, coum jou lous mes.
— Nou-p faclietz pas, au Diu-bibostcs !
Ou que p'embrassi tout u mees...

— U mees que hè quoate semmanes,
Moussu, qu'ètz trop entreprenent ;
Lechatz-me dounc...Quines ribanes
Habetz au bentc, impertinent !

�DE NAVARROT

— A Diu me dau ! Bee Fhabetz bère !
— Que-|fcdau u bèt hè-te-m enlà !....
— Deja de la mie maclière
Que part u brut qui-m semble cla...

A Diu me dau ! quine galère
D'esta moussu ta lia l'amou !
Auprès de la mey haroulère
Que perd-loun temps y soun sermon...

�CHANSONS

L'APEBS SODPA
DEU PRESBYTÈRI

Air : Ah ! mon ami Thomas
N'est jamais dans l'embarras.

Sèd-t'aci dab jou,
Y d'aqueste lole
Sabi-m ha resou,
Sed-te, Mariou !
Ah ! jamey, Mariou,
I.ou seer, ta-m ha drin de tole,
Ah ! jamey, Mariou,
Jou n'èy bist toun pariou.

Que hès so qui bos
De jou, hardidete ;
Diu ! quin beroy cos !
Tabee, T&gt;i\i-bibos!
Ah ! jamey, Mariou,
Ta passa per neboudete,
Ah ! jamey, Mariou,
Jou n'èy bist toun pariou !

�DE NAVARROT

Que-m hès cousseya,
Plega las serbietes ;
Que-m hères hiala ;
Quoand eau gusmera.,
Ah ! jamey, Mariou,
Enta-m desmescla las betes,
Ah ! jamey, Mariou,
Jou n'èy bist toun pariou.

Cura lou cautè,
Laba la bachère,
De tu, oère, tè !
Jamey nou-m goustè.
Ah ! jamey, Mariou,
Jou n'èy bist maa taa leuje.ro,
Ah! jamey, Mariou,
Jou n'èy bist toun pariou

Sens pou de pecca,
Qu'u boutu me saute,
Enta l'estaca
Que-y hiquesla maa;
Ah ! jamey, Mariou,
Medixs ta-n ha petagn-aute,
Ah ! jamey, Mariou,
Jou n'èy bist toun pariou !

�CHANSONS

Quoand debant la mèyt
Hès jouga l'esquie,
Diu! quin ès au fèyt...
Quin ne sorti hèyt !
Ah ! jamey, Mariou,
Enta cerne la harie,
Ah ! jamey, Mariou,
Jou n'èy bist toun pariou.

Soubent, au tou lheyt
Que-t hiquen noudigues,
. Ta sabe, la uoeyt,
Si-ù lecham tout boeyt...
Ah ! jamey, Mariou,
Enta desha las aprigues
Ah ! jamey, Mariou,
Jou n'èy bist toun pariou.

A la passiou,
Coum bos, que succoumbes,
Dab discretiou,
Dab precautiou :
Ah ! jamey, Mariou,
U raoument, tunou-t desbroumb(js.
Ah ! jamey, Mariou,
Jou n'èy bist toun pariou.

�DE NAVARROT

Quin bas au darrè
Deu tambourinayre !
Per u gibandrè
.Tou nou-t damnarè...
Ali ! jamey, Mariou,
Quoand u saut te da drin d'ayre,
Ali ! jamey, Mariou,
Jou n'èy bist toun pariou

B'arridi quoand tu
Serious me bouseyes ;
En public toutu
Nou-ni liés tu-per-tu...
Ah ! jamey, Mariou,
Cap à cap quoand me tuteyes,
Ah ! jamey, Mariou,
Jou n'èy bist toun pariou.

Parlem deus ahas
De nouste parroesse ;
Diu ! quoant de que-has
N'has-tu sus lous bras !
Ah ! jamey, Mariou,
Ta-m ha bibe de la messe,
Ah ! jamey, Mariou,
Jou n'èy bist toun pariou.

39

�CHANSONS

Tu, suscade Sent,
Loup, Jan ou Christophe,
J'em bouhes soubent
Quoant l'aune s'en bend ;
Ah! jamey, Mariou,
Ta-n ha baie l'estoffe,
Ah ! jamey, Mariou,
Jou n'èy bist toun pariou.

Tau riche débot
Qui-ha pou de ha magre,
B'ey plaa, lou praubot,
Kound coum u cibot....
Ah ! jamey Mariou,
Tau défende lou binagre ,
Ah ! jamey, Mariou,
Jou n'èy bist toun pariou.

Qu'has à tout mau dat
Quauque Jupitèri ;
Si eau ajuda-t,
Qu'ey lèu precandat ;
Ah ! jamey, Mariou,
Ta garni lou presbytèri,
Ah ! jamey, Mariou,
Jou n'èy bist toun pariou.

�DE NAVARROT

U counfray que -m ditz
( Lou diable l'embesque ! )
Que-ns han interditz.
Mes qu'habem arditz...
Ah ! jamey, Mariou,
Si-ns eau passa de l'abesque,
Ah ! Jamey, Mariou,
Jou n'èy bist toun pariou.

Ànem-se coucha,
Dejun à biahore ;
Hoey que bouy prêcha
Abantz d'aufficia.
Ah ! jamey, Mariou,
Ta trinca dinqu'à IV hore,
Ah ! jamey, Mariou,
Jou n'èy bist toun pariou.

�i2

CHANSONS

OUNCOU !

AU POURTHÈYT DE FU MOUK OUNCLK

Air : De cap à tu souy Mariou.

Plaa qui nou p'iiayi counegut,
Ouncou ! bous siatz lou plaa biengut !
Q/ue-m disin qu'en liant boste pourtrèyt,
L'oubrè trèyt per trèyt
Deu clot que p'iia trèyt ;
Mes soun triste barèyt
Noum'haserbit, quoand p'èy birat,
Qu'à-m dise qu'èretz au liourat.

Ouncou ! puixsque liètz dounc toupis,
Boste heretè que ditz tant pis !
Car quoand p'ha bist tant esberidet
Tant escricadet,
Taa plaa frisadet,
Labetz lou praube d'eth
S'en haure lièyt, ta-b bede biu,
Tout so qui-oii lechetz bous, perdiu !

�43
Boste liloy que-ns her' liaunou :
Que y-ètz bestit couru u senhou.
Toutunou-n siam, per boste flouquet,
Boste berd fraquet,
Y boste bouquet,
Mey supers, hiu-d'aqtiet!
Per senhou n'estoutz renoumat ;
Lautet tout court qu'èretz clamât.

Ouncou! puixsqu'aymabetz las flous,
Que-n hauratz de toutes coulous :
Toutzans que p'en pingourleyeram,
Que p'en oundreram,
Que p'en coubriram,
Y taa plaa que heram
Que, quoand trinquem lous heretès,
De débat ens heratz tatès.

A nouste n'èm pas Huganautz,
Nou-ns hetz lusi trop lous arnautz ;
Qu'èm bous Christiaas,mes bèt drin guitous;
D'u oelh amistous,
Medixs pietadous,
Guignatz-se drin à toutz,
Ta que nou-b birem de l'embès,.
De pou que-ns sautetz à trubès.

�44

C ANS OU

DEUS COUMPAGNOUS DE LA N0B1 TA LA NOUCE
DE M. J. M

Air : Giroflée au printemps.

Bèreflou
Deu balou,
Bietz oundra nouste laûe,
Bietz embauma la plane
Deu hum de boste eslou !

Adichatz dounc berdes mountagnes,
Oumbre deu boy, sous deu clarou,
Arriu d'Ossau, joenes coumpagnes,
Bous autz, sustout, pay, fray, serou ! (bis)
Lechetz parti catsè, flechade,
Esclapuchot, y tout aco ;
La nobi que s'en ey bacliade
Ta segui l'amie de soun eoo ! (bis)
Bere flou...

�DE NAVAIiROT

Encoère n-ey emberbequide
Toute lajoentut deBescat,
Atau de la bede partide ;
Enta d-ethz tau flou nou s'escat.
Cridatz, praubetz, cridatz ajude !
Que pTian rabit l'haunou d'Ossau
Gn-aute maa que la p' ha coelhude
L'arrague deu boste casau.
Bère flou..,

Pexetz sens jou, pexetz mas oulhes,
Ditz lou curé, boste pastou,
Bè-t-en, troupèt, pèxe là-n boulhes,
A gn-aut que cèdi mounbastou...
Qu'èy bist parti ta la ribère
L'ournament de nouste bedat,
De mas anesques la mey bère
Qui jamey sourti deu cledat !
Bère flou...

A tu, Jusep, baient cassayre,
Sens t'abusa loungtemps au tras,
Lou nas au bent, leujè coum l'ayre,
Qu'anès gaha lou lèp au jas ;
Que desraubés la bère anesque,
Tu, lou mey fii deus loups-garous ;
Tu que coelhous l'arrague fresque,
Jardiné, sens eragne l'arrous.
Bère flou...

45

�46

CHANSONS

Mes lou courtètje que s'approche,
Auditz lou tras deu chibalè,
Entenetz brouni la carroche ;
May, may, sourtitz suou pourtalè :
Aci qu'habetz la boste noure !
Noure, bouchatz-pe lous oelhous :
Aci lou bounhur que-b demoure !
Jougatz flabutes y briulous !
Bère flou
Deu balou,
Bietz oundra nouste lane,
Bietz embauma la plane,
Deu hum de boste eslou !

�DE NAVARROT

BBBIAM A LA COJ313B NABKRB !

AU ME AMIC BICENTZ

,

JOEN M ABIT, QUI ANABE ESTA PAY.

Air,

U bou hazaa qui toun noum porte,
Qui n'ey ni chisclou ni capou,
Ha sabut desflisca la porte
Deu pouralhè de la maysou.
Qu'ey cante deja la biengude
Du berouyinet auzerou;
En soun cresc deja se remude
Lou muyoû du Sent Bincentou.
Loubeyre enmaa, dem-louTaubade,
Abantz qui piule au tisterou,
Ta que l'aynat de la coade
Porte la cleque y l'esperou !
Ta preserba de la pépite
Aquet nabèt qui-qui-ri-qui,
Bateyem-lou d'aygue de bite,
D'abance, à cops de riqmqui!

�CHANSONS

A bous que-b desiri, pourète,
Que, grâce au patrou de l'endret
Qui p'ha taa beroy fareideté,
A la boune bore eb desliuret !
Y qu'en bouloc eth pe remetie
Boi s y lou boste hazagnet !
Qu'où de bou let!.. puixs, que-p permetie
Que dab salut bous y tournet !

Bebiam à la coèbe nabère,
A la joene pousteritat !
Mes que pouixscam redise encoère :
Pousteritat
prousperitat !
Que la bit tabee qu'aproubagne,
Y que l'accoumpagne lou blat,
Que tout atau bee s'accoumpagne
Per la plane y peu coustalat !

*
e

�49

DE NAVARROT

LAS LAÈRES

Air : Des Etudiants.

Que sèy qu'habetz lou hieu,
Bous autes cousturères ;
Mey ta 'sta de bou peu
Lechatz drin las laères.
Hup-la,
Tra la, tra la !
B'ey de bou peu la laa,
Y etchanla !
Boubatz-lou me plaa !

Que sèy quoand abetat
Las gulhes, n'ètz pas guéries
Mes n'ey pas tout Testât,
Perdiu, d'enfila perles !
Hup-la...

Capit, sede, coutou,
Arique, laa doucete,
A cadue l'airtou
Que l'escarpeix la bete,..
Hup-la...
4

�50

CHANSONS

Jamey de trucxs, helas !
A case jou n'èy rèyte ;
Qu'èy, coum lous matalas,
Besounh d'esta rehèyte,
Hup-la...

Au lheyt, Messius, lou crii
Jamey que nou m'embroque ;
En place d'agneri,
Que-m frise_la peroque ;
Hup-la...

A las de l'amadou
Nou-b hidetz sus la garbe ;
Cragnetz à lur ardou
Per boste Sente-Barle !
Hup-la...

Nous'autz n'habem que ha
De cragne hoec ni hallie ;
Car nouste gagne-paa
Hens l'aygue se miralhe.
• Hup-la...

�DE NAVÁRROT

Plaa qui-ns lien cubagna,
Qu'èm clouques y plaa sanes ;
Parmi nous autz nou n-y-ha
Jamey d'anesques mânes.
Hup-la...

Que disem : — Bonsoir Luc !
Si-s plée la bentourre ;
Oh ! bibe lou peluc,
Ta qui biu de la bourre!
Hup-la...

Si n'èy pas cantat plaa,
Messius, à jou la coupe ;
Qu'hauri dounc sus la laa,
Praubete, hèyt estoupe.
Hup-la...

Ooumpagnes , en dabant !
Drin de toupet ajude ;
Qu'espèri, Diubibant!
Qu'aqueste qu'ey pelude..
Hup-la,
Tra la, tra la !
B'ey de bou peu la laa,
Y etchanla !
Bouhatz-lou-me plaa !

5

�52

CHANSONS

LA BISTANFLTTTE
A Mœe M
BERSKTZ HÈYTZ APRÈS U DISNA
A LAS AYGUES BOUNES, ENSO DE Mme M

Air : Du Chalet.

So qui-m desligue la paraule,
Qu'ey lou darrè truc deu boussou ;
Lou me reyaume qu'ey la taule,
Lou bii qu'apère la cansou,
Sustout quoand ey de Juransou.
Cadu ba soun try,
Soun refry,
Mes lou deu me clari : (bis)
Qu'ey la bistanflute,
Flûte, flûte, flûte,
Bou cop de flahute !
Truque tambouri !

Quoand la noeyt ha tenut sas teles
Aus trabatès du cèu plaa caut,
Ta que nou-s truquen las esteles,

�DE NAVAEROT

Bee eau qu'oûs jogue quauque saut
Lou briulounayre de la haut !
Tout que ba soun try
Peu refry,
Jou erey, deu me clari : (bis)
Per la bistanflute, etc.

Quoand lou couscrit ba ta la guerre,
De pou que he lou pas drin court
lin audint brouni lou tounerre,
Mars qu'où coundusex à la mourt
A truques de cops de tambour.
Tout que ba soun try, etc.

Quoand baclien ta las arribères
Las anesquetes, lous moutous,
Qu'en ban au brut de las esquères,
Per batalhous y peloutous,
Atau que sèguin lurs pastous.
Tout que ba soun try, etc.

Las gouyatetes, à la danse,
A mens d'habé lou coo de hac,
Ta mielhe segui la cadance,
Débat lou mouchoèr, au soubac,
Qu'han l'arratet qui-ous hè tic-tac.
Tout que ba soun try, etc.

53

�CHANSONS

Quoand jou bey taa bères malaudes,
Qui parlen de-s lécha mouri ;
Sens Aygites Redes, Aygues Caudes,
En cantant, jou las bouy goari,
« Lechatz-me ha, » si-oûs diseri.
Tout que ba soun try, etc.

Lou tambouri pagat d'abance,
que da plaa méchant sou ;
Que-b bouleri plaa mete en danse,
Mes que m'arranjatz de fayssou
Que n'èy ni rime ni resou
Que souy trop en try
Tau refry
Deu me praube clari :
De la bistanflute
Flûte, flûte, flûte,
Bou cop de flahute !
Truque tambouri !
DAUNE,

�DE NAVARROT

55

GEANB 8USMAUTB
ENTRE LOUS PATROUS DE BEDOUS Y D ACCOUS, ST-MICHEL,
Y ST-MARTII

A prepaus deu clief-loc deu cantou counserbat à la bile d'Accous
GRAND MOUBEMENT DE CRAPÈUS Y DE BOUNETZ
ROUNDZ Y CARRATZ, DE LA BALÉE.

GRAN AUROST CANTAT PER UE POUQUETE

Air : Si jetais amoureux,
Tu verrais, mon petit Pierre.

Per esta hèste en nau,
Hèste en nau, hèste rouye,
Fi ! quin die de plouye !
Per esta hèste en nau,
Escoutatz drin quin plau !

Qu'ey nouste Sent qui ploure,
Qui ploure y s'espicliourre,
Lous oelhsengourgoussitz,
Y lous potz esblasitz

�56

CHANSONS

Per u homi de guerre,
Taa fier sus soun liloy,
Quoand tié Satan per terre,
Bee Testa plaa beroy !
C'est que dab Sent-Martii,
Gn-aute chef de brigade,
Qu'habou brut Taut matii ;
N'ey pas à cop d'espade :
Car lou patrou d'Accous
De cagot lou trettabe,
Y Michel de Bedous,
Garroutè lou clamabe !
Per esta hèste en nau...

c&lt; So qui soû coo me puye,
« C'est que m'hayen dat cuye,
&lt;t Sa ditz Michel, à jou,
« Debant la Cour-Majou !
« Ey juste; p'at demandi,
« Qu'u chef de peloutou,
« Quoand au Cèu lou coumandi,
« Que-m coumande au Cantou?
« De Sent-Martii de Pau
« Lou curé que-m jougabe ;
« Qu'ey d'Accous, y, coum eau,
« Per soun Sent que prechabe.
« Au Cèu qu'où gagneri ;
« Nou-y hè pas atau boli !
« Mey toustemps perderi
« Countr'eths delà-u pount d'Oli !
Per esta hèste en nau...

�DE NAVARROT

Jèy ! quin Sent ploure-miques !
Tau bayla sas reliques,
Qu'où lougam dus eurès,
Y que-ns hè purre après !
Nou cantetz, Moussu Bèyse!
Nou prechetz, Cazaubou!
Que-p caretz ... à la glèyse !
Que ba plabe sinou !
Din, dan," doû, din, dan, doû !
Courrem touz à la messe,
Anem prene lou doû
Deu Sent de la parroesse !
Lou curé que gemeix,
Lou regent qu'esternugue,
Lou mayre s'escremeix,
Parrouquet arremugue !
Per esta hèste en nau...

Michel qu'ey trop rebuste ;
DabMartii n'ey pas juste ;
Ou qu'oii bou tout tira,
Dinquaus oeïhsta ploura.
Qu'ha lous ploumbs delà Doane,
Qu'ha lou Cantounement !
Sens coumpta so qui pane
Dab l'Enregistrement !...
Christiaas que-b rapelet
Que Martii, quoand serbibe,
De soun miey mantoulet
U praube que croubibe.

�58

CHANSONS

Darbelit! Manaudas!
Per bous autz qu'où demoure
Caquet mant' u pedas!
Y Sent-Michel que ploure ! !

Per esta hèste en nau,
Hèste en nau, hèste rouye
Fiî-quin die de plouye !
Per esta hèste en nau,
Escoutatz drin quin plau ! !

�m

L'ESTANGUET

BEHSETZ

TA

L'INAUGURATIOU DE

L'AUBERGE

D'AQUET NOUM,
SITUADE PRÈS DEU POUNT DE LESCUN

(BALÉE D'ASPE) .

1842

ïourcutz y dretz,
Pagatz lous dretz,
Y la passade
A la Pousade;
A VEstanguet
Que-b desbaguet ;
D'Aspe ou d'Anso,
Machous, aci cho !

Saute de toun mulet, arrièrou,
De toungran machou de Canfranc !
Aci, bié dansa toun boulerou,
En hurrupant d'u bii plaa franc ;

�60

CHANSONS

Sabi jouga de l'espartegne,
En hurrupant hort bii bourret,
Puixequ'atau lou jus de la bregne
Nou-s lié qu'à gran cop de jarret !
Tourcutz y dretz, etc.

Que sentie la boute ou la pegue,
Boè, bande hort de la timplegue ;
Au bii que-s negue lou mousquilh !
En debisant coum bère bargue,
Qu'arribes à bouque de noeyt,
Segur de t'empourta ta cargue,
Y de nou pas t'en tourna boeyt.
Tourcutz y dretz, etc.

Dab ta brunete Aragounese,
Arrièrou, danse !... y tu, lou boè,
Beyre en maa, dab ta Lescuese,
Desbroumbe-t de ha : Bè-hou-bè !
Hètz aci toutz drin de ligami :
Y nou-p passetz que de droumi
D'arré que nou eau passa hami
Ta mielhou passa lou camii....
Tourcutz y dretz, etc.

Aci, lous sourdatz, lous gendarmes,
Aci s'arresten, coum bètz paus ;
Aci que repausen las armes,
Cridant : —Halte ! place ! y repaus !

�DE NAVARROT

Dinquau doaniè, qui per feblesse
Trinque en fraude dab lous colis,
Dinquaus poustilhous de Coundesse,
Qu'ey defendut de-y passa lis
Tourcutz y dretz. etc.

En aquest'oustau de Cocagne,
Per escoumbit, lou capador !
L'Inquisitou, lou gran d'Espagne,
Que nou lièn qu'u toupi d'arcord !
Aci, dab la medixe boute,
Christine y lou Rey-caperaa
Que neguen lou Real-Statute
Dab lou trettat de Bergara !
Tourcutz y dretz, etc.

Toute mounture qu'ey repropi,
Si-b desbroumbatz de-y coussira :
Au pas, au trot, ou que galopi,
Tout court bee se p-y-arrestera ;
Noft y-ha 'sperou, nou y-ha crabache,
D'aquiu qui-p pouixsque mey sourti...
Bachatz enta bebe goarnache ;
Cadu qu'haye soun picouti !
Tourcutz y dretz, etc.
Per force, aci, bee eau que barri,
Ditz lou boè, coum lou chibalè ;
Aci, nou y-ha ni Cho ! ni Harri !
Aci, nou y-ha nat Bè-hou-bè.'

61

�02

CHANSONS

Embales que l'esperou pique,
Ou l'agulhou ta nou-y pas i,
Lou diable à la coude se hique,
Y que j-entren a rebouhi !
Tourcutz y dretz, etc.

Boeus ou cliibaus, muletz, bourricous,
Coum l'asou de fu Balaam,
Petitz ou grans, Francés ou Chicous,
Ta-ns y-arresta que perreman !
Deu Pourtalè caresse d'hoste
Ta dehens que-ns sab apera ;
Qu'en coste, perdiu ! so qui coste !
Coum la nèu lechem-s'y-eslurra...
Tourcutz y dretz,
Pagatz lous dretz,
Y la passade
A la Pousade ;
A YEstcmguet
Que-b desbaguet;
D'Aspe ou d'Anso,
Machous, aci Clwl

�63

DE NAVARROT

SI N'BY QXJ'ACO !

U MAYRE DE BARETOUS COUMPLIMENTANT LOU DUC
DE NEMOURS A SA PREMERE BIENGUDE A PAU.
COPS DE

BERRET

A CADE

BERSET.

Air: Chez nous point, point de ces coups de poing
Qu' font tant d'honneur à l'Angleterre !

Coum lous coumediens de la Cour
Quoand en proubince hèn lur tour,
Prince, lhèu que-ns bienetz susprene.
Que-s pot que, counf ethz, nou biatjet
Que quoand Paris pe da counget.
Si n'ey qu'aco !
Salut de tout moun coo !
Tau Bearn nou liètz pas mau de biene.

Per la branque caddète, qu'èt
D'Henric-quoate arreliilh caddèt ;
Soun brès que-b respoun de l'abiene ;

�CHANSONS

Que bouletz que-b sie fidèu
Drin mey qu'au eousii de Bourdèu !
Si n'ey qu'aco !

Coum au défunt Napouleou,
Bouletz ue garde d'haunou
Qui-b jure à jamey de-b mantiene ?
A boste tante de Berri
Autant despuixs qu'en appari !
Si n'ey qu'aco !

La garrapete de las croutz
Pertout bee rend lou mounde hurous.
Pille, croûte ! qu'èm prèstz à tout prene :
Si pay nou-b hè lous dinès clas,
Datz, coum lou hilli de Nicoulas (*).
Si n'ey qu'aco !

A Paris dounc, dab aquetz grans,
N'habetz pas prou de manducantz,
Per u courdou prèstz à-s ha pene ?
Diu sab si-b quiten, Double ban!
Dab quauques aunes de riban !
Si n'ey qu'aco !

(').Lefils de l'empereur de Russie s'était signalé par sa magnificence et ses prodigalités à l'époque de son voyage à
Londres.

�DE NAVARROT

65

Per fèyt de mounde plaa courtés,
Je eau lécha lous Biarnés,
• .
Toutz/éîwi, leyaus, à lous entene !
Si nou-p eau que de bous Gusmans,
Plaa gaymans, y plaa trachamans,
Si n'ey qu'aco !
Salut de tout moun coo !
Tau Bearn nou hètz pas mau de biene.

5

�CHANSONS

LAS

AYGTJES

CATJTES

Air : A ce soir
La haut dans ma chamhrette !

Ay deu cot, ay deu cout,
Deu pèe, deu joulh, de la haute !
Per ma faute,
Ay de pertout !

Ah ! mauditz siatz lou Rey,
Lou Rey, lou Clôt, YEsquirete,
Qui-m hètz sourti bete-à-bete
Toutz mouns peccatz, Diu qui crey f
Que-m pressatz la counscience
Mielhou que nat caunfessou :
Peccatz de ma«é^B^xense,
Sourtitz de boste presou !
Ay deu cot, ay deu cout,

Bielhs peccatz, là-n èy lou mau,
Que p-counfessi quoand m'en doli,
Quoand la douche dab soun oli
Me reboumbe sus lou blau ;

�DE NAVARROT

Toutu qu'ey bou de l'escade,
Quoand ère p'y cad d'aploumb;
Bertrand, sabi-m la ha cade
Sus l'os qui porte toun noum !
Ay deu cot, ay deu cout,

Gran besounh d'esta regat
Qu'hauri, bère Bagnadoure,
De boste maa saubadoure.
Qu'èy nau bites coum u gat !
Si cabbat l'os de la rée
La m- glissabetz, oh ! lou mourt,
Se quilhant ta-b da l'estrée,
* Nou's'ensegneré pas-e«a^!
Ay deu cot, ay deu cout,

Ta plaa ha moun examen,
Tira la pèt au bielh houmi,
Bielhs peccatz, si eau que-b noumi
Dab drin d'oli de cherment
Qui Ducassou me présente,
Coupem drin l'ablutiou
D'aquere piscine sente
De purificatiou !
Ay deu cot, ay deu cout,

�68

CHANSONS

Biis de Luc y de Mounenh,
Datz-me drin de repeixense,
Descargatz-me la counscience ;
D'aygue caute que souy prenh !
Ajudatz-m'à d-aqueste horé,
Sens Esquirete ni Rey,
Ou dab Bayle y dab Laffbre,
Louis au clot m'enterre lioey !
Ay deu eot, ay dey cout,
COUPLET
A MOUN AMIC M.

LABORDE A QUI ÈY EMBIAT LA CANSOU

Respectable cantouniè,
Indicatz-me, jé bous prie,
A l'apouticayrerie
Qui s'apère au Lanterniè !..
Serbitur, Mous de Laborde ;
Kecattatz u bielli pourii ;
Qu'ey lou bren de boste borde,
Nou lou berd, qui-u deu goari !
Ay deu cot, ay deu cout,
Deu pèe, deu joulh, de la haute !
Ay deu cot, ay deu cout,
Per ma faute,
Ay de partout !
PERSONNAGES CITÉS : — Bertrand , Ducassou, Louis,
baigneurs de l'Etablissement. —MM. Bavle et Lalïore, médecins.
(Note de l'auteur.)
Plus discret que d'habitude, Navarrot ne voulut point livrer
au public le nom de celle qu'il appelait la bère Bagnadoure, la
belle Baigneuse.

�DE NAVARROT

MOUN

69

PRINCE

A L'AUCCASIOU DEU DARRÈ PASSATJE DE MOUNSENHOU
LOU DUC Y PRINCE DE NEMOURS A AULOUROU.

Air : De la Carmagnole.

Hoey que m'han dit : Pierre, si bos,
Que-t podes gagna trente sos ;
Sèg-me dab toun berret floucat,
Y toun blanc pantalou cintat ;
Lou Duc sou cami-nau
Que-t pague lou journau !
Befry:

Moun Prince, magre Pierre !
De bii peluc
Magre suc ;
Perdiu, la maie guerre !
Moussu lou Duc,
B'ètz eschuc !

�CHANSONS

Air : A boire ! il boiro 1 à boire !

Hètz place ! place ! place !
Place au Prince qui passe !
Que passe ou que nou passe pas,
Passant, nou passes pas d'u pas !

Nou ! nou ! que soun lous chibalès,
Lous poumpiès y lous fusilhès,
Tutatz, que semble hèyt esprès,
Per la musique deus curés ?
Mes boeytz coum briulous,
Sebignac qu'ey deus lous !
Moun Prince, magre Pierre ! etc.

Apres arriben lous paysaas
D'Escot, d'Escout, lous Cardessas,
Pâlies coumlurs pantalous blans,
Y tutatz per quoate Alemands,
Lagagnous y peu-rous,
Eouys coum quoate cuyous.
Moun Prince, magre Pierre! etc.

Passatz, Messius lous Emplegatz,
Si n'habetz lous bentes lougatz,

�DE NAVARROT

Courretz enso deu Sou-parfait ;
Aquiu que trouberatz de hèt
Presques, higues, preehecxs,
Discours, arrasims secxs !
Moun Prince, magre Pierre ! etc.

Qui s'ha poudat lou sou pega,
Qui-us sèg lou coudax à la maa ?
La cantinière Janetou,
Beude à jamey de soun tutou !
Praubete, per u truc !
Quin truc de malestruc !
Moun Prince, magre Pierre ! etc.

Dab lou Counselh municipau,
Prince, arribatz dounc à chibau !
Bouletz entra coum Jesu-Chrit ?
De drete y de gauche, chausit.
U picouti d'haunou
Tau plus hort bramadou !
Moun Prince, magre Pierre ! etc.

Hilhotz, deu coustat de S*-Pè
Qu'arribe, si disin, à pèe.
Tau bede passa, curious,
Biste alumatz bostes lampious !
Que crey que passe... Owist !
Qu'ey passât... qui l'ha bist ?
Moun Prince, magre Pierre ! etc.

11

�"2

CHANSONS

Perqué lou Duc s'ey hèyt lioeytiu,
Bous at bau dise, jou, perdiu !
B'haura cregut, jou que pari,
Qu'où hazètz u calhabari,
Quoand Fouynes, lou pourquè,
Lou tutabe au darrè.
Moun Prince, magre Pierre ! etc.

Mey que Lafanrete, au canou
Certes lou Duc n'ha pas pou, nou !
Mes qui lou diable hauré hèyt pis
Dab bramaderes y toupis !
En tutant coum aco,
B'hauretz près Jéricho !
Moun Prince, magre Pierre ! etc.

Aus praubes que da dus-centz frans !
Quin soun generous aquetz grans !
Per u Duc passât à l'escu,
Quoant de miles passen au bluî
Y la haie, bèt cranc !
Que demoure au bèt blanc !
Moun Prince, magre Pierre ! etc.

Hilhotz, seguim lou tambouri,
Sa ditz lou Mayre, sens nat try

�DE NAVARROT

Coum eth, si-ètz bente-boeytz, amicxs,
Cintatz-pe mey hort lous melicxs !
Doumaa que disneram,
Doumaa que-p pagaram.
Moun Prince, magre Pierre !
De bii peluc
Magre suc ;
Perdiu, la maie guerre !
Moussu lou Duc,
B'ètz esclmc !

Hètz place ! place !
Place au Prince qui
Que passe, lou camii
D'autz han passât....

place !
passe !
b'ey gran ;
y passeran !

�74

CHANSONS

A GASTON SACAZE

QUI M'HABÈ DEMANDAT UE

PAEAULE

SUS

LA NABÈRE HOUNT DE LA PLACE DE LARUNS

Au pèe d'aqueste hount taa bère,
Sacaze, lou pay de las flous,
A paga moun tribut m'apère,
Jou, praube marchand de cansous.

L'or nou coule pas de ma bourse ;
Jou nou souy qu'u gran mourt-de-set .
Coum l'aygue coule de la source,
Toutu que coule moun berset.

Mes u berset de qu'ey capable,
U berset de que pot serbi ?
( Quoand serelou mey admirable)
Nou cambiara boste aygue en bii !

�DE NAVAKROT

Countentatz-pe douncde l'ayguete
Qui de la mountagne bachè,
Pure, coum si dab sa baguete
Moyse trucabe au rouchè.

Quoant d'or aqueste liount nou-p couste !
Hoey l'aygue nou-b liera pas mau !
A la santat de qui nou-n gouste,
Brabe Counselh municipau !

10

�76

CHANSONS

LA 6ENT-PIBERB
A M. LARREY, DE SAUCÈDE

Air:

Ramonez-ci, ramone2&gt;là....

Per plaa que Sent-Jan y Sent-Pierre
Dehèste se troben besiis,
Per lou coo, be s'en manque hère
Que sien ou rays ou cousiis.
Peu malhur de nouste pays,
L'u qu'ayme la patz, Faut, la guerre :
Jan que-ns daré toutz ans bèt temps,
Pierre meylèu grêles y bentz.
Praube Sent-Jan qu'ey brabe y prous,
Mes Pierre b'ey malacarous !
Per nous autz quin ey malhurous !

Quoand tau gran die de la hèste
Jan estarlaque plaa lou cèu,
Tout esmalit, Pierre que pèste
Y que jure de-s benja lèu,
En nous desglarant quauque flèu,
Lou bent, la grêle y la tempèste ;
Tabee d'habé pou qu'habem loc,
Per l'arrasim y lou milhoc.

�DE NAVARROT

Hoey pourtant lou cèu qu'ey tout curt,
Cla coum lou glas, blu coum l'azur,
Coum lou bii qui beben plaa pur.

A sautz quin lou roument cabelhe !
Diu, quin bèt die de calou !
Quin s'en arrit débat la hoelhe
L'arrasim passât à l'eslou !
Coum l'abelhe de cap la flou,
Birem-se de cap la boutelhe !
Aus chays, débat lous trabatèytz,
Boeytem lac arques, lous tounèytz,
Ta recebe lou fruut nabèt...
Y puixsque bitare èm au bèt,
Bibe Sent-Jan, y soun caddèt !

Gentz qui-n bouletz à las despulhes
Deu praube pople à l'embarras,
Que las hemnes dab lurs agulhes,
Arcardès, amassurs de graas,
Deus marcatz pe cassen coum caas ;
Gare à gn-aut cop d'autes perulhes !
Que-p credi saubatz, per haugan,
Permou de Sent-Pierre y Sent-Jan ;
Mes si gn-aut cop hètz coum adès,
Que lou Diable, dab souns apès,
Ahourque toutz lous arcardès !

73

�Ï8

AUX

CHANSONS

ELBOTOU8

HARTANB8

DEU BEAEN

Air : Bénissons à jamais
Le Seigneur_etses bienfaits.

Si-s pot, Diu p'acountente !
Au tos de la fabous,
Peyrigordz, b'èm hurous
Que nadetz à plee bente !
Pople, pèix à despart;
Hardit Pèle, pay qu'ey hart !

Diu que se-p pastoureje,
Bous bitous à l'arpast ;
B'ey liarious lou past
Qui-b da lou qui-b mestreje !
Pople, etc.

La maa qui p'enharie
Lou mus, que-b da, coumbotì,
Bou tros à soun hilhoù
Deu blat de la mayrie.
Pople, etc.

�DE NAVARROT

Deu blat qu'habem la pallie
Ta noustes neurigatz,
Quoand lous bostes berriatz
Soun metutz en gazalhe.
Pople, etc.

La boune Mutuèle,
Oun ètz asseguratz !
Y mey, qu'ètz counjuratz !
Que p'en biratz la grêle...
Pople, etc.

D'Espagne coum aus Padres
Que-p trémousse la carn...
Bee tiratz u bèt lard,
Si nou sourtitz pas ladres !
Pople, etc.

La pate qui-b gratuse
Que-p lié coucha la-n boii ;
De s'acroupi suoû sou,
La prabe que p'escuse.
Pople, etc.

19

�80

CHANSONS

Lous pourquès de la bile
Deja que p'han tutatz ;
Seguitz coum ètz toucatz
Lous bostes chefs de file...
Pople, etc.

Chouy ! chouy ! Lou corn apère ;
Lou budjet qu'ey tout blous;
Chouy ! coumpays seguidous !
Quin tringle la cautère !
Pople, etc.

Mey si lou ministèri,
Messius, pe hè chouy, chouy !
Nous autz que-b heram : houy !
Betlèu, jou qu'at espèri...
Pople, etc.

Pandardz à triple panse,
Pandardz hartz y pitartz !
Que bouletz dounc, guzardz,
Englouti nouste France !
Pople, etc.

�81

DE NAVARROT

Porcxs, que l'asou pe f....
Dab bostes grans goulas !
De boste lard qu'èm las
De n'esta que la coutie.
Pople, etc.

Guizot que-p crucifie
Ta croumpa bostes boutz ;
Que meritatz la croutz
Au rniey de la parquie.
Pople, etc.

Que lou diable se-p pele
Coum nous autz èm pelatz ;
Pelatz y plaa salatz,
Que-p pele y p'escoartele !
Pople, etc.

Quoand Ulysse exliourtabe
Mantu soun coumpagnou,
Qu'ère, en parlant d'haunou,
Perles coum si-oiis jetabe.
Pople, etc.
6

�82

CHANSONS

Bearn ! trop que-t rabâches,
Mmmtagnes, adichatz !
Si toustemps plus bachatz,
Pyrénées taa bâches !
Pople, pèix à despart ;
Hardit Pèle, pay qu'ey hart !

�DE NAVARBOT

8;i

; IiA BOUTIGUBTE DBU BIALÈ.

Au bèt soum deu Bialè,
Que toucatz, àboste drete,
Lou can d'ue boutiguete,
Dab soun double pourtalè;
Aquiu que hè cantounade.
Mey l'halet ensafranade
De quauque flou de maynade
Qu'en sourtibe... de fayssou
Que deu can de soun alete
L'Amou, coum bère aurounglete,
Que frisabe la maysou.

La maa plée de bouquetz,
Aquiu debant cent persounes,
Que liasè cent capiliounes,
Cent et cent arricouquetz ;
Que passabe, repassabe,
Du cop d'oelli que la liissabe,
Baz de terre que glissabe
Plaa soubent... y de fayssou
Que deu can, etc,

�84

CHANSONS

Soubent qu' ou dise tout dous :
« Moun Diu ! b'è&lt;? chic amistouse !
« Sies au me: ns piet^douse
« Per u de ta ,nt d'ayrnavlous !
« Acy que-us beypei: bintvnes&gt;
■« Toutz cargatz d^as ctàën^;
«» Au
meT"^- oire-n u de
j pênes, »
-en* *~
§i disebe
de fayssou
Que deu can, etc.

Cade cop, au countrebent,
Au bout de quauque guirlande,
Que-u suspenè quauque auffrande,
Qu'ère lechabe en penent.
En fli, que-y lèche ue arrame,
Coum de fruut à Nouste-Dame,
Cargade de coos en flamme
Plaa, plaa bibe... De fayssou
Que deu can, etc.

Lou fruut d'aquet arboulet
Autalèu platz à la bère ;
Y lèu, de sa maa leujère,
Qu'en destaque u ramelet,
Y près de soun coo que plante
Aquet ramèu qui l'encante....

�DE NAVAREOT

L'Amou qu'at bet y que cante
Gran merces !... Y de fayssou
Que deu can de soun alete
L'Amou coum bère aurounglet
Que frisabe la maysou.

�CHANSONS

ADIU,

PLANE

DE

BEDOUS!

Adiu, plane de Bedous,
Carnii-nau d'Espagne;
D'Aydius que soun mas amous,
Puyem la mountagne !

Adiu, plane de Bedous ,
Gabe qui l'enclabes !
Lou sendè deus amourous
Qu'ey lou de las crabes ;
Counduseixs-m à mas amous,
Rigoulet qui-ou labes.

Mes deja l'amou, tout dous,
Trop lèu que-ns sépare ,
Gaboulet de plus en plus;
Car toun ounde clare,
Quoand jou m'en bau ta catsus,
Cabbat que debare.

�DE NAVARROT

Jou qu'aymi de sauneja
Lou loung de ta ribe,
D'entene gourgouleja
Toun ayguete bibe,
Sus ta boute d'essaja
Ma cante plentibe !

En passant, digam adiu
Au gigant de pèyre,
Cascaret que lou boun Diu
Courouna de liièyre,
Quoand lou quilha sus ta riu
Coum u cousquilhèyre.

Care-t, care-t, rigoulet !
Peu bousquet d'Icliante
Qu'enteni roussignoulet
Dount la boutz m'encante ;
You bee-m coupi lou siulet,
D'amou quoand eth cante.

Lèu passi toun poundiquet
Qui danse y tremoule ;
Au brut de l'arricouquet
De l'aygue qui coule,
Danse, danse, poundiquet,
Sus l'ayre qui boule.

87

�88

CHANSONS

D'aci que-t hèy mouns adius !
Hoey ta la ribère ;
Deu sarrot que-m sort Aydius,
Aydius qui m'apère,
Bachat coum l'eslur, mourbins !
De quauque louzère.

Adiu, plane de Bedous,
Camii-nau d'Espagne,
D'Aydius que soun mas amous,
Puyem la mountagne !

�DE NAVAREOT

OU8SE

Ousse, la bien aymade,
Tu, deu balou
Bee-n ès la hilhe aynade,
Tu-n ès la flou !
Sus tu l'habou fixade,
Dens soun amou
Sa premere pensade
L'array deu sou,
Coum sus sa fiensade
L'aymadou sou.

Per tu, bent de Sarrance,
Ni bent d'Esquit,
D'Espagne ni de France,
Nou-t hè nat chit ;
Tu plaa n-ès arrincoade,
Coum l'oeu-nidau,
Coum ue Sente daurade
En soun buyau,
Que die ! coum quauque hade
En soun didau.

8i*

�96

CHANSONS

Quin-ha de pastouretes,
De joens pastous,
Meygenses, mey limpretes,
Mey amistous ;
Cabbat las arribères,
Per la sesou,
Anesques de plus bères
Soti berd gazou,
Empleant las esquères
D'u mey bèt sou !

Quoand l'auzèt, à Faubete,
Hera piu-piu,
Ousse, pren ta raubete
De flous d'Abriu,
Ta que lou rey deu mounde,
L'array gauyous,
Acabant de lia founde,
Nobi ! touns plous,
Encoère bee t'inounde
De sas ardous.

�91

DE NAVARROT

CHUT, CHUT,

POPLB, CHUT!

NOÈL SUS LA NATIBITAT
DE

NOUSTE INNOUCENTE REPUBLIQUE.

Air:~ Do,

do, l'enfàut do!

L'aut cop, la France sens payrii,
Gouyate hèyte y tout armade,
La République qu'abourri !
Je, qu'accoucha d'ue maynade
Qui n'ey pas mey pigue qu'auzèt...
France, atau perqué la hasèt !
Chut, chut, Pople, chut,
Diu, quin ploure la maynade !
Chut, chut, Pople, chut,
Chut, amicxs, nou hem pas brut !

Ah ! quins glapitz ! y toute en plous,
Lous payriis que l'han bajoulade ;
De bayous de toutes coulous,
Diu, bee la bolin pigalhade !

�92

CHANSONS

Quoant de coucardes, de ribans,
Sustout de blus, de berdz, de blans !
Chut, chut, Pople, chut,
Qu'ey drin parde la maynade !
Chut, chut, Pople, chut,
Chut, amicxs, nou hem pas brut !

Quoant de Sentz-Jusèps ta-ns jura
Qu'autaa grane que soun aynade
Aqueste chine badera,
Per taus neurissès aninade...
B'ha gran besounh de s'estira,
Y Diu sab quoant s'en coustera !
Chut, chut, Pople, chut,
Lechem neuri la maynade !
Chut, chut, Pople, chut,
Chut, amicxs, nou hem pas brut !

Quoand ey qui soûle marchera ?
Quoand ey qui sera desbesade,
Qui liera dentz ? qui parlera,
Peus payriis sens esta bouhade ?..
Jou crey qu'au loc deu da bou let,
Perdiu, lou coupen lou siulet !
Chut, chut, Pople, chut,
Quoand parlera la maynade ?
Chut, chut, Pople, chut,
Chut, amicxs, nou hem pas brut!

�DE NAVAHROT

SENT-SIMOUN"

Y

98

SENÏ-JUDE

PATROUS DEUS COUMPAGNOUS TANURS

28 Octobre 1850.

Air : AUez-vous-en gens de la noce.

Hoey de-p preclia que-m bedi bie
Sus dus illustres coumpagnous
Qui soun, toutz dus,lous Sentz deu die.
Au tribalh qu'èren chic magnous ;
Mes tout que hasèn dab ajude ;
Dinquau mendre tribalh, nou, nou,
Simoun nou l'hauré hèyt sens Jude,
Ni Jude sens soun coumpagnou.

Quoand l'u gahabe la poumèle,
L'aute gahabe lou coutèt ;
Si l'u hasè coé de semèle,
L'aute cirabe lou betèt.

�94

CHANSONS

Bit-atau que-s daben ajude,
L'u nou hasè sens l'aute, nou,
Nou, nou, Simoun arré sens Jude,
Ni Jude sens soun coumpagnou.

Coum lous anciens Ebangelistes,
Ethz, tout que metèn en coumu ;
Hoey que-us diseren Communistes :
Car de l'aut qu'ère so de l'u.
De tout que jouiben dab ajude,
D'arré n'iiauren jouiscut, nou, nou,
Nou, nou, d'arré Simoun sens Jude,
Ni Jude sens soun coumpagnou.

Qu'èren dus apostous boulièmis
Qui prechén la Coumunoutat.
Hoey que precham d'autes systèmis,
Mes oun ey la fraternitat !
Diu que boú que-ns prestem ajude ;
L'u sens l'aut nou hem arré, nou !
Hem coum hasè Simoun dab Jude,
Coum Jude dab soun coumpagnou !

�DE NAVAREOT

AH ! MAUDIT SIE E' AUZETt È
Décembre 1851

Air :

Piule, piule, may desoulade,
Que t'han raubat tous auzilhous,
La taa douce y tendre coade
De tous bien-aymatz auringlous !
Praubine, oun t'en ères anade ?
Ali ! maudit sie l'auzerè
Qui de toun nid lous te tiré !

Oun ères dounc, praube auringlete,
A cassa l'aboalli deus mousquilhs?
Quins pratz razabe toun alete,
Quoand te raubaben lous tous liillis ?
Praube may, enta-t lécha soulé^
Ah ! maudit

Merlous y gays de la countrade
Pourtant bee s'èren reunitz ;
Perqué nou daben hort l'aubade
A d-aquet gran boulur de nidz ?
Kthz n'han dounc ni coo ni eourade !
Ah ! maudit

95

�90

CHANSONS

Bè-n à trabès de las lieuguères,
Y per lous camps piula toun crit,
Ploure, ploure per las ribères !
L'auzerè que se t'en arrit,
Coum si cantabes banalères !
Ah ! maudit

Bè-n, praube may, y bole, bole,
Bè-n te suspene aus barrouletz
De l'impietadouse cayole,
Oun piulen lous tous auringletz,
Ou cot-pouda-t per aquiu.... hole !
Ah ! maudit

Diu, quin las aies eus poussaben
Au sourelh de la Libertat !
En soun haunou quin ethz piulaben,
Tout so qui-us habès, tu, piulat !
Perqué dounc à tu nou-t gahaben ?
Ah ! maudit

Dab ethz que sies presounère,
Dab ethz au mens pouyras mouri !
Dilhèu, per la terre estrangère,
•Toutu mounres-de chagri
De-ti bede soûle sus la terre !
Ah ! maudit

�DE NAVAEROT

91

Bè-n, praube auringlete esbarride,
Bè-n dounc, qu'en ey encoère temps,
Oun lou tou coo de may te guide...
Ta tu nou j'ha mey de printemps,
Ni mey de libertat aliide !
Ah ! maudit sie l'auzerè
Qui de toun nid lous te tiré !

JOU MEDIXS

Bielh passerou, sens camarade,
— Que-us m'han toutz metutz en presou ! —
Sie lou matii, la brespade,
A qui piulerey ma cansou ?
A d-ethz, abantz, l'hauri piulade...
Trop qu'em rebié l'arrepourè ! !..
Ah ! maudit sie l'auzerè
Qui de lur nid toutz eus tiré t

1

�98

CHANSONS

TJ

A U

JTJHÈ

MÈC ACCUSAT D'HABE CRIDAT

Bi-U-U-bibe la Re-pu-pu-pubMqtie !

De tau crit, praube mèc, quoand t'èy bist accusât,
Jou, juré, que-m souy dit : — Tè ! que ban récusât .
Aquet terrible moût, jou soubentlou clamabi,
Y tabee mantu cop à mouns frès l'imprimabi.
Que-t parli biarnes... Lhèu, darrè la paret,
Quauque gran franciman ens escoute toutdret...
Ma fee ! de cap à nous nou hera pas gran plegue :
Per la gent deu pays j'ens tienem coum la pegue ;
Y Pau nou fourneixs pas d'aquetz caas escusècxs
Qui-b bienin cu-senti tout en bèt hant lous pècxs.
Ali ! Debruia bisaia ! Si sabi parla bascou !
Mey que-ns enteneram puixsque jogues deuflascou.
Iritçity-Vital, d'allious, si n'ès pas sourd,
Que t'at birera tout en lengue de Labourd.

�DE NAVARROT

99

Despuixs qui nouste may, Ebe, dab sa quiraule,
Se pecca malamentz per drin trop de paraule,
Quoant n-y-ha qui-s soun pergutz per 11 trop gran debis !
Lou cèu, en té hant mèc, bee-t dabe aquet abis.
Perqué dounc tu,l'aut seer, poussât perlabinoelie,
Mublant toun estoumac en desgarnint ta poche,
T'en anés en public, au miey d'u cabaret,
Du moût seditious ha retenti l'endiet !
Lou bii que hé parla, dises-tu, coum oun pense...
N'has dounc pas debinat la ley qui-u ne dispense !
Ere, per cinq centz francx, y dus mees de presou,
Qu'amuche à nou-s troumpa de loc, ni de sesou.
Que causeguila ley,ma fee, biengued'ounbiengue,
Oui, Moussu l'ouratur, ou mousseca-s la lengue !

Beyes Moussoù Prumè, soun General deu Rey !
Y medixs toun Préfet qui s'apère Lou Rey,
Harispe, toun parent à mode de Bretagne,
— Car eth j'ey ta bons aiitz lou bielli de la mountagne,

Y tout Bascou, dab eth, sens carte d'Electou,
Si ditz plaa Yaincoa, que trobe u protectou ; —
Ethz tabee qn'han cantat, dens lur ardouguerrière,
« La Bittoère en 'chantant nom oubre la varrière!
Qu'at eschourdaben tout de Paris dinqu'à Pau,
Y despuixs Perpigna dinquau col de Larrau.

Cest\%e toutz alabetz, lou coo plee d'allégresse,
Habèn dret d'entouna l'hymne de la joenesse,

�100

CHANSONS

C"eííï«'Harispe, labetz, y souns frays tabardès
N'èrenpas bouhe-bracxs ta puya peus sendès...
A Berdaritz, labetz, lou terrible Cantabre,
Abourdant l'Espagnoú à la punte deu sabre,
Lou casque sus lou cap, tout harissat de crii,
Bourdibe en lianilliant coum u baient pourii !
Alabetz ! alabetz ! la France tout entière
Per l'hymne Marselhes poussade à la frountière,
Harissade de paus, de canous y de hèr,
Semblable habé boumit toutz lous diables d'ihèr.
La bittori en grandint de Valmy ta Jemmapes
Abansabe pertout en doublant las étapes ;
Lou mout de raliment se dise Libertat,
Y nouste rey habè surnoum Egalitat !

Toutz sounbielhs y crouxitz...D'aqueres benaleyes
L'adge qu-oûs ha tirât de segu las embeyes ;
Puixs qn'ban seguit lou temps, y qu'ban cantatmey dons,
Ou cantat autamentz, en cambiant de gatous.
Autant lou qui-oiibedeix, coum aquet qui coumande^
Toutz qu'han poii delà ley, jou pensi, y de l'amande:
Y Phelippe medixs hauré pou que Guizot
Ou metousse embargo sus soun esclapuchot.

Y tu dounc, praube mèc, praube hilh de basquete,
Quoand aquetz hèn cabau, quoand sarren la baquete,
Que bos braba la ley, ta qu'au mendre glapit,
Te negue toun habé dens u soul escoupit !

�DE NAVAEROT

101

Tu, leujè coum lou bent, y biu coume l'esclayre,
Hilli de la libertat, deu sourelh, deu gran ayre,
Que bos senti l'oumpriu ! que die?... ana pouyri
Sus quauque bielh pountou de cap Poundichery !
Adiu doungues ta may, toun cloucliè, la mountagne !
Ah ! lou mau deu pays, qu'at bey, dejabee-t gagne.
Qui, tu républicain? praube mèc eschaurat !
Ah ! b'haberes gran pou de-t bede desmayrat !
Quoand oun las jeté en l'èr, las paraules que poussen.
Penses, nou bouleri qu'arrés que t'at saboussen ;
A las peyres medixs nou t'en anes banta ;
Escoute soulamentz so qui jou-t bau counta;
B'ères mèc? sies mut... Ta-n perde la memori,
Abale toun secret... Escoute aqueste histori :

— U barbè d'u gran prince, u die, en lou rasant,
A défaut de coeyfur, pout-èste en lou frisant,
Du cop de malestruc qu-oû tire la perruque.
Praube rey n'habè pas u soul peu sus la nuque !
Diu de may, qu'aperseu ! Coum u double plumet,
U paar, mes u gran paar d'aulheres de saumet.
Lou drolle à souns genous de pou se précipite,
Que proumet lou secret, y que-s saube la bite.
Lous barbès n'habèn pas labetz lous potz cousutz
Aqueste n'ère pas, crey, deus mens lengoassutz.
Deu fèyt de l'aulhera la poutrine gounflade,
Si nou-n accouche pas, que cragn de ha maynade..
Que hè dounc lou praubet?... Que crutze u gran hourat
Enterre soun secret, y que-s sent desliurat.

�102

CHANSONS

Mes en aquet dit loc, de loungues canabères,
Se jumpen autalèu dab lurs hoelhes leujères,
Y tout cop qui lou bent 'lous parlabe en passant ,
Eres que respounèn toutes en s'harrissant,
Coum ta respoune en cur à sa tendre musique :
— Nouste Uey qu'ey coeyfat d'aulheres de bourrique!

Nobles barbès de hoey, que-ns goardatz lou secret,
A tant de mounde aci qui judjam deu berret !
A de plus grans moussus coum à biellies coquètes,
Que goardatz lou secret, medixs quoand ètz poètes..
Ey bertat, Jansemi, barbè de la gran gent,
Qui houdilhes à founds las perruques d'Agen,
Perruquiè ménestrel, tu dount la boutz resoune
Deu Gabe biarnes à la ribe gascoune !
Rey deus frisurs de Pau, Samparre, èy dit bertat ?
Chou !! qn'otts brbumbe à toutz dus lou barbè qui-èy citai!

1836

�DE NAVABBOT

103

L'IIO U8PITALITAT A PAU

Per tout loc, hore Pau, b'enteni dise lière
Que la bile d'Henric n'ey pas houspitalère,
Que la biellie, quoand lié tant que de s'accroupi
Ta bouta, coum ditz l'aut, la poure en soun toupi,
Nou p'amuclie à d-arrés jamey caresse d'iioste,
Que nou-n sourtit jamey sens que plaa drin p'en coste,
Que, quoand pe lié gauyou, b'ey per bostes arditz,
Y que, quoand desbarcatz,bous saludeybous ditz :
« Adichalz! ètz biengiit per Foulou? per Coundesse?
« Oun loutjatz?... à Tourné?... Bouletz esta coum eau?
« Anatz-p'en ta Biguier... Aquiu bee poudetz crede
« Que seratz hère plaa !... Que p'y bieneram bede. »
Jou medixs, nou sèy quin ey jutjat à prepaus
De répéta soubent aquetz mechantz prepaus...
Ah ! que-m broumbi... qu'u seer, presqu'à la bère estele,
La biellie me pensa ha coucha sens candele...
Hurousementz per jou, que n'èri pas tout nud !
Y despuixs que-m prouba qu'ère u mau-entenut...
N'at cregatz, si bouletz ; bous autz que batz entene
Quauqu'arré qui labetz haura loc de-b susprene.
Beyatz aqueste cop quin souy estât trettat,
Y, sustout, so qui bau d'aprene quauque estât.

�104

CHANSONS

D'Aulourou, si bous platz, umatii, perla bise
Qu'èri partit àjun, (miscap trop lèu qu'abise !)
Qu'èri sus lou debant, au coupât, ouji lou bent
Poudè peu cap deu nas coussira-m trop soubent.
Lou qui s'embarque atau, countre la bise fresque,
Que risque que trop lèul'apetit ou s'oubresque...
Embales dinquau mus m'estoufi-amantoulat,
Au bosc de Lalhacar, qu'hauri près chocolat...
Que saludam Duplaa... Quoand estoum à Hersère,
La bise coumensa de trenca hère, hère...
Que garrapem à pèe la coste de Belèr ;
Ah ! quoand esloum au soum, nou mancabera pas d'èr.'
Aus coustalatz de Gan, oun cante la cigale
Quand hè calou, labetz que-m prengou la fringale.
Quoandbi lous picxs d'Ossau,y sustout lou gran pic
Tout de blanc habilhatz, que-m jelén lou melic.
Quoand calou brusla Gan, que-m tourcouy la machère :
Que hasèn pele-porc per toute la carrère !
Dequiu dinqu'à la Croutz deu Prince, nouste car
Que lira coum dessus u tapis de billard
Y Pau que-ns appareixs, la haut... oun se sourelhe,
Dab soun Castèt qui sert coum de coèyfe à la bielhe,
Coèyfe de hèste-en-nau, passade per l'empees,
Y qui-s tié drete en l'èr, coum si n'habè nat pees !
Quoand bi d'aquet Castèt huma la chemineye,
La haut, sa-m digouy jou, quauqu'arré s'amaneye:
Pelât que-y deu tretta quauque gourmand de Pau !
Oh ! labetz, franquementz, que-m pensey Irouba mau.
Lou camii debant nous embales s'aloungabe,
Qu'arribem au tre3 lay enso de Bordenabe.

�DE NAVARROT

105

Que-m jeti suoûs tisous, coum u caa mourt de ret,
Attendent tantiquan quauque leque-pouret,
Quoand m'enteni clama !... Certen haut coumissari»
Qui jou prengouy d'abord per quauque garnissari,
U poète, u gourmand, lou me counfray Pieo,
Que-m remet u bilhet qui-m disè coum aco :
« Si-ns poudetzhaunoura de laboste présence,
« Moussu, qu'ètz imbitat, à titre de licence,
« Nou pas de rimalhur, de poète mancat,
« Mey plaa d'homide ley y de franc aboucat,
« A biene tira part do la grane bamboche,
« Qui dan aus aboucatz la gent de la bazoche.
« Arribatz bente-boeyt y bisatje arrident...»
Puixs, tout aco sinnat : « Moussu lou Président. »
Bous autes crederatz qu'aquet Président qu'ère
Lou herum de la Cour, à mine sous-maquère,
Qui ditz aus aboucatz, deu haut de soun pourè,
Si-s hèntrop endabant, «Moussus, hètz-p'en d'arrè!»
Y qui, suoû digt minin, segur de soun artigle,
Flumine souns arrètz coum lou pet deu perigle..,.
Nou.., qu'ère m'ey gauyous y drm mey papagay,
Biraben, lou me mic y lou de fu moun pay !
A d'aquet noum, jutjatz si-m hey tira l'aulhère...
Deu bolou qui tieni que-m cadou la culhere ;
Moun poutatje à-galet que-m pressey d'hurrupa,
Qu'oii bebouy dinquau hounds, mes que-y lechey lou paa.
En plegant à miey sac, oun que-s pot entretiene,
Segur d'habé toustemps u boeyt enta l'abiene.
Coum Mous de Biraben ha sus jou tout poudé,
Jou, dab u soul boulhou, me tiengouy passadé.

�106

CHANSONS

Pico j'ère partit : qu'ère noumat d'auffici,
Dab Blie, ordognè ta régla lou serbici.
Toutz dus que soun expertz...y si n'èren d'arcordi
Biraben ànat d'ethz que nou pouyré da tort.

Desbagat dinquau seer, toute l'hore deu die,
Que m'en bautau café dit de la Coumedie.
Autour du tapis berd, quoate ou cinq ehicanurs,
Aus despens l'u de l'aut, hazèn lous badinurs,
En birant force reys
Drin de bière moustouse
Que m'hauré coumbiengut, que la troubey trop prouse.
Après liabé parlât drin dab Moussu Belloc,
Que birey lous talous enta cambia de loc.
Que bati lou pabat deja de la Gran Place,
(Bee l'handat ubètnoum, mes n'ha pas u palliasse;
Y cintade à l'entour de superbes maysous,
Que-m semblable u désert de lose y ploumasous,)
Quoand, deu coustat deu Tran, enteni crida :—Gare!
Que-m biri tout du cop, y que-b bedi Samparre,
Qui m'anabe passa sus lou bente au galop ;
Nou l'hauri pas, perdiu ! perdounat d'aquet cop.
Jamey Napoleou, quoand anabe en counquèste,
Nou seguibe mey hort la bittoère à la quèste ;
Mes eth qu'ey counquerant de mey gauyouse humou :
Que court ta lia lou peu y la barbe à l'amou.
Après m'babé rasât en passant biu coum l'ayre,
Aubètsoum deuPount-Nauqu'esfoundoucoumresclayre,
Tandis qu'en m'estremant de soun bidet coudot,
M'en bau tuma suou nas Moussu Jan de Bidot :
Qu'ère besii de Heff alabetz, à l'aut. angle.

�DE NA.VARROT

101

Ta-m relia, per ma fee, de moun petit estrangle,
Ta-m remete lou pous dab u drin de repaus,
Nou poudi pas en loc cade plus à prepaus.
En parelh cas toustemps qu'où darey la pratique.
D'abord j'em he passa taTarrère boutique,
Oun quoate beyrouletz dUEMxir de Qarus
Me goarin per lou cot y nou pas per la pus.
Après, y bit-atau coum qui-escoude cerises,
Qu'en descousoum bètdrin....Oh ! b'en digoumde grises!
Mantu baurien aquiu prou beroy hou maumiat,
Lou prochain autamentz j'estou hère estaubiat
Jan de Bidot — que-s sab — n'ayme pas à médise...
Sens ha tort à d-arrés, atau que-m poudou dise
« Que Eoudigou de Nay, lé fahrus patricien,
» Etant venu plaider seur un metir mitoyen,
» S'était vu débouter, malgré son iloquence,
» Qu'il avait, aussi, fait appel dé la sentence,
» Disant aux Conseillers qu'ils s'étaient tous mépris,
s Et qu'il en rappélait jusque dédans Paris ;
» Qu'ensuite, aux pas perdus, nouste sabent légiste
» Habè de soun quart d'hore usât en pleytegiste,
39 Aus Boubis de la Cour adressant manz accrocxs,
» Lous trettant d'ignourenlz, y de caps bouharocxs.... »

Que-s hasè bèt drin lard... Après quauques lampados,
Quoand senti de moun coo las langous dissipades,
Que troubey de nabèt que-m prudè lou moulet.
De la porte autalèu birant lou biroulet,

�10S

CHANSONS

Que-m saubey de pèe junt de cap à la Gran Eue ;
A pene d'u cop d'oelh guigney Moussu Laprue ;
Que toucabi deja, courrent au poude-cot,
L'endret oun per dabant m'habèn pagat l'escot,
A l'oustau de Biguier.... Áquiume souna l'hore.
Dab ère l'estoumac que-m cridabe : — Biahore !
Mey toutu, garrapant catsus de l'escalè,
Qu'enfîley fièrementz la sale deu soulè.

Aquiu, lous arribatz attendèn lur peixense ;
Aquiu, que troubey lèu gentz de ma couneixense :
Biraben, Dufrenoy, Bayle y Moussu Blandin,
Toutom-Pemn qui n'ey pas u Perrin-Dandin.
Noguè, l'amie deu pople y de sas industries :„
Bitare, Ion cap plee de sas magnaneries,
Que preten qu'en piaillant loti Pont-Long de raourès,
Ens liera toutz besti de sede, coum curés.
Lous Prat y Mondiet tabee per lur présence
Que-s liasèn remarca ; Lacaze, per l'absence ;
Que-ns mancabe dab eth Moussu Laborde-Hylas ;
Pourtant que-ns biengou bede à la fli deu repas ;
Oh ! l'endiablat bachèt ! oli ! la gent de Salies,
Nou mancaran james de sau ni de saillies !
En rebenche, qu'habèm Moussu de Castetnau,
Qui talhe de l'adjoenh coum talhe u coutèt nau,
Toustemps aus jougadous prèst à liura batalhe ;
Coum habem dit, toustemps u coutèt nau que talhe;
Pico, lou me counfray , lou nouste Goudouli,
Y Catalogne dab lou sou mus de carli,

�DE NAVARROT

109

Dinque Moussu Touzet ! — Qu'ère ue patricole
D'amicxs, y toutz anciens camarades d'escole,
Toutz harditz y balentz , mounde de moun estât ,
Qui m'habèn bist quinze ans à l'Unibersitat.

Bntertant , nas à nas, deu pèe qu'arpatejaben,
Lous qui mountres habèn, soubent bee las tiraben,
Quoand arribe u moussu sus la porte, qui-ns ditz,
L'aubrint à dus batantz: — Ces messins sont serbitz !
L'u sus l'aute sourtim en aroù de la crampe,
Y que debaram lèu en tourneyant la rampe.

Toutz èm au gran salou, flambât de lutz y d'or...
Aquiu Moussu Biguier, dab soun estat-major ,
Cadu per reng d'haunou, nou pas per reng de talhe,
Assinnabe à souns platz lur place de batalhe,
Y deu commandement habè taa plaa lou toun ,
Qu'hauretz dit lou bielli Soult coumbatent Bellingtoun.
Quoate ou cinq lampes d'or au miey de cent candeles,
Coum autant de sourelhs au miey de las esteles ,
Que hasèn de lur hoec relusi lous metaus ,
Lous platz de pourcelène, y beyres, y cristaus ;
L'emeraude, l'azur, lou rubis qui hissaben,
De lurs esclatz dibers , la fee, s'enluguernaben...Tout aco b'ère bèt !... Coum ta Moussu Midas,
Hurousementz qu'en or tout nous cambiabe pas !

�110

CHANSONS

Ta disna de coulous, de lutz y de pinture
N'èrem pas coumbidatz.... Mey plaa, d'après nature.
Animalotz y fruutz de las quoate sesous
Que semblaben aquiu s'babé dat rande-bous.
En coumensant, qu'baboum las huitres de la Teste;
Truffes de Peyrigord, bous que flnitz la hèste !
Sens parla deu betèt, deu boeu y deu moutou ,
Per Biguier presentatz au sacrificatou...
Bous autz qu'haberetz dit qu'aquia la procuraliie
Habèn arrecattat toutz lurs caps de pouralhe,
Lèps, becades, perditz, peixs de Gabe y de Ma ,
Qui-oûs porten lurs clientz, lou berret à la maa...
Quin èren embaumatz ! oh ! dab quin artifici ,
Sustout dab quine poumpe es hasè lou serbici
De toutz aquetz défuntz, qui pourtaben aus platz
Hère haunestes moussus, toutz de nègre habilhatz ! !
Ordounc, aquetz moussus flancatz de lurs serbietes,
Nou-ns hasèn pas langui ta cambia las assietes.
Per jou, qu'habi gran pene à goarda moun sang-fred,
Quoand me disèn Bourdèu, Champagne, Pacaret !
Lou dessert arribat, quoant de bouniqueries,
De crèmes, de crespètz, plumpudings, sucreries,
De prues, d'abricotz, counfltz aus coumpoutiès,
Crouquetz y maquerous prestitz peus bistourtiès ï
Tout anabe taa pla, y dab tant d'harmounie,
Qu'habèm l'èr de jougaquauquegran symphounie;
Qu'estoum taa plaa d'arcord, deubourit au dessert,
Que semblabem actous de quauque gran councert !
A tout aco, Biguier, lou bounet sus l'aulhere,
Ens batè la mesure armât de la culhere,
Taa plaa, que Bossini, Mozart ni Bethoven

�111
James riou coundusin parelh encantement !
Besiis qui-ns couneixèm, qui serbiben à taule,
Me disèn bèt soubent quauque boune paraule,
Coum, per exemple : «Y dounc Moussu, nou minjatz pas !»
Jou, perdiu ! nou hasi pas faute à lur repas....
Dab sa barbe de bouc, soun naz à la roumène, .
Que-b citeri Cbazal
( en sa dibine scène
Tau l'escadou beroy, coum l'haiiré bèyt aci
Lou sou Corcyréen, Léonard de Vinci);
A ma drete qu'habi Moussu de Catalougne ;
Aquet ey trabaten ! Aquet n'ha pas bergougne !
Dab eth nou y-ha mouyen d'habé drin de repaus,
Eth b'at derroque lout, moun Diu, daî\ souns prepaus !
Aquiu, moussoû greffier tout qu'at interpellabe ;
Au loc d'enregistra, tout qu'at counterroullabe.
Ah ! quin lou ne desglare à d-aquet qui-entrepren !
Loumey malacarous toutu plaa que l'at pren.
Qu'où bouloum ha cara ta que Prat que cantesse,
Lou joen... N'oubtiengoum pasjames que l'escoulesse.
D'acaba dus coupletz tout just' que l'apari ;
Mey que calou toustemps qu'où troublesse aurefry.
Oh ! quin drolle de cors ! Y tabee quine care !
Quin nas impertinent, y quine boutz coucarre !
Ooum Catalougne, nat arrebilh de Japèt,
D'arride, nat james nou-b hé creba la pèt...
Noupoudetzdise umout que Moussu nou-p pleyteje.
A qui nou pot canta digatz-lou dounc de leje...
A la poche qu'habi bèt drin de paperot
Qui tirabe l'aulhere...—« Ah ! praube Navarrot !
« Que-ns boulès, sa ditz eth,hadrinde counfldence,
« Deus frès d'impressiou ta-ns carga la despense ;

�112

CHANSONS

a En nous en liant go us ta quauque tros à crédit,
« Que-ns boules escauha las poches y l'ardit,
;&lt; Affionsa-s, si poudès, touns bers à tant la toèse,
8 Per t'abira bèt drin lou loup de Veronèse ! !...»
Que-y calou rcnounsa : car nat ouperatur
N'hauré gauzat braba parelh interruptur.
Après, digam-at tout... L'hore que s'abansabe ;
Tabee certen fumet deja que-ns anounsabe
Que lou café serbit ausalou de dabant,
La haut, nous atendè dab Mous de Cazaban.
Aquet noum, dit du èr du brabe homi qui pense :
Moun règne qu'ey finit, y lou sou que coumense,
Toutu qui per mestiè nou sien pas jelous,
J'ens he, dit per Biguier, arride dinquaus plous.
Cazaban ! qu'où parletz art, guerre, poulitique,
Qui sapper souns discours mey charma la pratique !
Que die, per souns discours !—per l'or de soun café,
Sas glaces, souns sor6eiz,soun rhum, soun pounch au thé!
Dab eth bee y-ha plasé de neteya bachère !...
Quoand me deuréntretta de gourmand coum padère,
Tabee que diserey debant tout l'unibers :
—Quoand pareix Cazaban ques'estrussenlous bers !

En aquetz bètz salous, oun l'hibèr tout Pau danse,
Oun tant de pederetz ban et ban en cadanse,
Pourtant b'hauri boulut, taus mete drin en try,
A tant d'amicxs canta quauque beroy refry !
Anatz dounc endrouga lou peix dab la musique !
Sustout quand bié lou tour de la Dame de pique,

�DS NAVAHHOT

113

Digatz aus jougadous : «. Qu'èy drin de fruutnabèt;
n Boulhatz m'escouta drin !.. » Bee se p'en truffen bèt !
Quoand, ta passa la noeyt dab la daune boulhote,
S'y porten lur bounet y lurs founds de culote,
Qu'oûs hè boste aufertou, que sie bielh ou nau,
Qu'oùs hè?.. So qui l'arrèst de Mous de Castetnau !
Cazaban y lou joc, lou joc y Vambrosie,
Aquiu que soun lous bers, aquiu la poésie 1
Diu sab quin me goardey de-m tira l'instrument,
Y quin descampey lèu, quoand bi lou me moument!
T.

Bile de nouste Henric ! tu, bielhe chibalère,
Sies à l'estranjè toustemps houspitalère,
A ley que, ta-t paga de l'houspitalitat,
Eth t'aporte à soun tour pecetes y santat.
Qu'at heras d'autant mey, trop caressante bile,
Que bas recebe foundz de la Liste cibile :
Labetz j'ens tretteras à toutz drin plaa coum eau,
Quoand Philippe medixs y met de soun cabau !

8

�114

CHANSONS

DIAXiOGTTE
ENTRE

MOUSSU MATH EU L'ELEGTOU
Y

JEAN

DE

MINGEQUANNAS

LOU

BOUHÈMI

A MOUN COUMPATRIOTE JACQUES LAFFITE

Y dounc, Jacques amie ! qu'han tant cridat : biahore !
Touns counfrays, qu'à laýi que t'han hicat dehore.
Dehore ! qu'es de trop : car—nou-s pot pas de mens! —
Que nou t'aymenpas mey dehore que dehens.
B'has lechat u gran boeyt en cadent de ta place !
Tapayère que y-ey... Mm, que-y gausen touca !
Puixs, n'es pas man cadut, quoand lou pople t'abrasse :
Qn'has tau place au sou coo, qui nou-s pot desmarca.

X. NAVARROT
Electou.

�DE NAVARROT

115

Lou cinq noubembre, en l'an mil oeyt centz trente sept,
U dimenche matii, lou peu lis coum l'auzèt,
Mey nete que l'ardit, ardoun coum la pistole,
Mountat sus sa cabale, y mey lier que Bartliole,
Lou berret suou coustat, à la maa lou bastou,
S'abansabe Matheu, lou Cossou, l'Electou.
Qu'en anabe à la baque, y sus sa gran mounture,
De soun double talou que batè la mesure,
Tandis qu'k soun coustat, u pouriot plaa gay
Lou seguibe à pinnetz, hanilhat per sa may.

Aus M-Ms de la may, deu pourii qui pinnabe,
Que hazè dounc Matheu 1 Que hazè ? Que rebabe !..
Lou temps ère accroupit, y lou sou bergougnous
Amuchabe à tatès soun cruzoii lagagnous ;
Mes eth, sens s'occupa de sourelh ni de brume,
Qu'ère tout empensat, y mey que de coustume
So qui lou Députât l'habè hèyt accourda,
La fabou qui-oû pouyré de nabèt demanda,
Tout aco lou broumbabe... y tabee dab gran presse
Qu'arpantabe catsus la coste de Cardesse,
Quoand arribat au soum, y dabant Soubirou,
Sa cabale tout court refuse l'esperou ;
Que recule en darrè, que bouhe, qu'esternugue ;
Lou Cossou que tié bou... Deu darrè de la mugue,
Oun s'ère accoucoulat, la noeyt, ta plaa droumi,
Lou sort u gran tatay qui saute tau camii :
—Diu bous ayde, Moussu lou Cossou, que-b saludi;
Hauretz besounh de jou, bouleretz que p'ajudi ?

�116

[CHANSONS

—Tire-te-m de dabant, bouhèmi; rnourtz y iius !
Qu'ès tu qui m'has aci hèyt perde lous estrius.
Cho ! cho ! petite, cho ! pourtant n'ey pas repropi ;
Dab ère mey soubent qu'ey james qui galopi ;
Cho, dounc! petite, cho!—jTienetz-pe hort, Matheu !
Tournatz prene la bride, y nou-b gahetz au peu !
La bèsti bee-m couneix... Y lou tatay qu'approche
Tout dous, en lou parlant, y peu sou mors l'accroche.
La bèsti que l'espie, et d'u soul cop de nas
Recouneix soun besii, Jan de Minjequannas,
Jan de Minjequannas, beteran patriote,
Amie de soun pays, coum u bielh san-culote ;
Desempuix, maquignou, poète, batelur,
Coulpourtur , mendiant enfin, james boulur.
Tout lou mounde feneix per reha counexence.
Per Matheu, j'ha repres souns estrius d'escadence.
Oun que debare lèu cabbat lou camii-nau ,
Minjequannas à pèe, Matheu dret à chibau.

MINJEQUANNAS

Y dounc Moussu, Matheu, que batz drin ta la bile ?
N'ey pas marcat pourtant...

MATHEU

'

Que bos ? A doumicile,
Per carte deu Prefèt, hoey que souy embitat
A tourna renouma nouste bou députât...

�DE NAVARROT

MINJEQUANNAS

Benouma, disetz-bous ?..
MATHEU

Y qui bos dounc que nounai?
Per l'arroundissement cerque-m u mey brabe houmi ,
Mey poulit, y mens fier !
MINJEQUANNAS

Y mey beroy garsou !
MATHEU

Perdiu, d'aqueste au mens bee tiram quauque sou!
MINJEQUANNAS

Nou hè pas trop de brut
MATHEU

Plaa ! mey que hè besougne...
E bos qu'a tout prepaus que cerque plague et brougne,
Coum tant de cridassès, pretendutz ouratous,
Dount nou hèm pas gran cas, nous autis electous;
Toustemps arrebenditz, y qui sus la gran bile
Hèn arde lou mousquet de la guerre cibile,
En mentabent toustemps lous moutz de Ubertat,
Departatjes de bees, y de soucietat....

�118

CHANSONS

Parle-m drin de quauqu'u qui sap au ministèri,
Si p'arribe u malliur, trouba-p u jupitèri :
Habetz u paar de boeus qui-s soun espederatz ?
Crac ! u moût à Paris, y que-t&gt; soun reparatz...
Habetz maynatz? Y dounc, qu'habetz lou pribilètje
Per la mieytat deu prètz deus mete en u coulètje ;
Hurous, liurous ! si, per las impousitious,
Oun nou perdè lou fruut de las electious ! !
MINJEQUANNAS

Que-nparlatz de bou coo,la maa susboste bourse...
Mes e bouletz défende aupraube sens ressource ,
Qui pague coum ugn aut, et qui n'oubtien arré,
Ta-s ha passa l'humou, de jeta soun beré?
Eth à qui nou haratz james caresse d'hoste,
Qu'où sert qu'u camii-nau que passe debant boste,
Y si peu Sous-Prefèt ètz noumat maire ou nou,
Per dessus lou marcat, que-b den la croutz d'haunou?..
MATHEU

Lèche-m aquiula croutz, que bâtes la campagne...
Ey dounc ta jou qui-s lie lou camii-nau d'Espagne?
Ey ta jou que Faut cop las Sors de l'Espitau
Crubèn doutze centz francxs ta relia lur pourtau?
Ta jou que lou Parquet , lou Sous-Préfet, lous Jutjes,
Seran toutz d'Aulourou, nou d'Orthez ou de Brutjes?
Que lou Coumerce aci décide de soun dret?
Que la Doane enfin ey hore de l'endret?.

�DE NAVARROT

119

MINJEQUANNAS

Ter so d'habé liicat laDoane deliore,
Han plaa héyt ?.. N'atsèy pas, au mens à d-aquestehore.
Noustes negouciantz qu'han dounc u Tribunal !
Que soun mounde de Diu, de confessiounal...
Lou diable si pourtant es hèn pati l'amande,
Per plaa dab Don Carlos qui lien de countrebande!
Per habé magistratz qui sien deu parsaa,
Si-nsounmens ourgulhous, que pot plase au paysaa.
Las Sors de l'Bspitau que hen prou boune trobe,
Que pensi qu-oiis sab bou... Mey lou praube s'at trobe ?.
Per lou camii d'Espagne, oh! nous souy pas d'aquetz
Qui creden que-s hara per dus ou très pouquetz...
Et d'alhous, per arré credetz que lou Ministre
Accorde à nouste bile u crédit suoû registre ?
Bee eau plaa qu'à soun tour, quoand ey taa gayhasent,
Lou nouste députât bee sie coumplasent :
Si-où bouhe quauque mout de dot y di'apanatje,
Ou de fort destacat... que sie bou maynatje;
Que s'uneixque dab eth ta las disjounctious,
Y que, si boù haussa las impousitious,
Ta d-aquet cop de maa lou he drin de suspounde!
Atau ta quauques-us l'argent de toutz qu'abounde;
Bous autz qu'ètzremboursatz, toustemps d'après laley
De tourna hère plus au qui poussède mey.
Puixs, coum pe hèn atau drin part àl'ourdinari,
Lou praube qu'ey benut... Mes quoau founctiounari,
Députât, inspectur, sous-prefèt, magistrat ,
Hera rende au praubot l'ardit qui l'han tirât !

�120

CHANSONS

Loufsc, à lout-powrtmt, sus souns besounhs que tire:
Lou bii, lou paa, la sau, lou trauc per oun respire ,
L'escabèle oun se sèd, la palliasse oun s'adroum ,
Pertoutlou coullectou qu'esten samaa de ploumb...
E bou pendent l'hibèr defende-s de la bise ?
Moussu lou forestiè countre eth que berbalise;
Enfin, à la presou, perseguit peus berbaus,
Que ba trouba soun paa, soun lheyt y lou repaus!...
Praube Pople pourtant qu'arré nou représente !...
Qu'ère quoate-bingtz-nau; l'enemic se présente,
Lou Pople se lheba de soun autouritat !
Aquet soul cop au mens qu'estou représentât !...
MATHEU

Lou Pople que-s bat plaa... Mes e bos qu'administre,
Que si Sous-Prefèt, Président ou Ministre,
Que lèche, ta ha leys, de tribalha lou sou,
Que sie Députât?... Anem, qu'ès ubarbou...
MINGEQUANNAS

Lou Pople qui-b neureixs, lou Pople qui p'habilhe,
Lou Pople qui-b défend, qu'ey drin de la familhe ;
Bee-m semble, quoand s'agés de sounsgrans interès,
Que-y potmetelounas, qu-oû toquen de prou près.
MATHEU

Bos dounc qu'à gouberna lou Pople s'arrebire ?

�DE NAVARROT

121

MINGEQUANNAS

Oui, peus sous delegatz; james nou pot ha pire
Que bous autz dab aquetz dount pe sabetz serbi.

Que-ns han perlas fabous; eth, que l'haurénpeubii.
Mes digue-m franquementz, de quin dret, à quin titre,
A prepaus deu budjet, hauré boutz au chapitre
La gent sens fee ni ley, qui nou poussède arré ?...
MYNGEQUANNAS

Lou Pople reunit bee da plaa quauqu'arré,
Que pague souns impotz, y que-s tire d'intrigue;
E pagatz, bous, per eth? Bee j'hauré chic de brigue»
Si poudèm toutz per cap appourta nouste boutz !
Cadu seré pér si, la ley seré per toutz...
Qui hè la ley ? Lou gran, y toustemps dab retrague!
Ta qui la hè? Ta d-eth, y lou praube que pague.
Qui neuriré l'Estat, si n'ère l'artisaa,
Lou petit marchandot et lou praube paysaa ?
Ta poude proutetja toute la gran familhe,
Abantz d'en esta may, la ley qu'en sie hilhe.
Oh! Si ta ha la ley èrem toutz counsultatz,
Labetz que diserem à noustes deputatz :
— Nou s'agés pas aci de bourses au coulètje,
Nou boulem pas entene au mendre pribilètje;

�122

CHANSONS

Noustes pays que-s batoun, oui, per l'égalitat !
Que boulera lou tribalh, la patz, la libertat,
Que nou lechetz pas ha peu caperaa, peu noble,
Las leys ta si medixs, countre lou praube pople,
Que-ns desliuretz««/??îdeusboulurs, deus gloutous!..
Qui hèlous Deputatz? Que soun lous Electous.
MATHEU

Quin bos que taus nouma la ley sie coumune ?
Qu'ey so qui-n da lou dret? y perdiu, la fourtune.
Qui nou poussède arré, nou pot habè nat dret ;
Que s'en gagne si pot, si nou, tant pis per eth !
^ — Aci Mingequannas, préparant sa represe,
Orb soun toubaquerot, y qu'en suce ue prese ; —
En bouletz drin Matheu ?
MATHEU

Nou, qu'en èy plee lounas.
— Y que countinua Jan de Mingequannas : — ^
Bingt ansqu'èy coumbatut l'Autrichien, lou Russe,
Lous sourdatz d'Angleterre, y d'Espagne, y de Prusse,
Quoand bous, si l'Espagnoû nou bienè tau pays,
Pe f
que lou Nord entresse dens Paris.
Lou qui n'ha pas, coum bous, arraditz à la terre,
Qu'hamey lèuhèyt soun sac ta courre à la frountière;
Lou praube à l'enemic pertout que hè rampèu ;
Sounhasaadeu clouchè,quoau ey ?.. loudeudrapèu!
Qui défend sa patrie, oun n'ha ni hoec ni halhe,
Ha besounh ta d-aco d'habé pagat la talhe ?

�DE NAVARROT

123

Y quoand ha dat soun sang, bous autes que boulet,
Si-n eau biene aus abis, que-s coupe lou siulet !
Cadu qu'haye sa boutz, couna ha lou dret de bibe,
D'ana, de trafica, de debisa, d'escribe,
D'exersa mile emplecxs... y de ha neurigatz !
MATHEU

Oui, coum lous caas hèn caas, y coum lous gatz hèn gatz,
MINGEQUANNAS

Hurous, si coum à d-ethz lous poussabe la pelhe,
Coum la plume à l'auzèt, coum à l'arbe la hoelhe !
MATHEU

Au brès, lous deu paysaa qu'han au mens u bayou !
MINGEQUANNAS

Lousnoustes qu'han lurnid qui-s jumpe àl'arrayoû.
Coum sabem lous impotz qui plaben suoiis menatjes,
A mens de très, au bosc, que hèm noustes maynatjes.
MATHEU

Qu'oûs debetz hoec y loc !
MINGEQUANNAS

Qu'han la cape deu Oèu
Qui-oûs sert de bourracete, y tabee de ridèu ;
Talarè, qu'han lou sou...

�124

CHANSONS

MATHEU

Ta lutz, la noeyt, l'estele ?..
Quoand pareixs?..
MINGEQUANNAS

Y sinou, que-s couchen sens candele.
MATHEU

Despuixs, de mandia qu'oùs apprenetz Testât ?
MINGEQUANNAS

Que s'en ban ta la drogue... y Diu qu'oùs dou santat!
MATHEU

Deu dot, ta-s marida, qu'han lèu hèyt l'imbentari ?
MINGEQUANNAS

U bielhtoupi qu'oûs sert de curé, de noutari...
MATHEU

Maynatz incestuous, qui n'han ni pays ni mays !
MINGEQUANNAS

Tabee toutz, sens jelou, que partatjen en frays.

�DE NAVARROT

125

MATHEU

Oùs eau soutient expertz enta ha lurs partatjes?
MINGEQUANNAS

Oh ! non s'escanen pas, Moussu, peus heretatjes.
Oh ! n'oûs eau pas à d-etz, coum aus de boste reng
Pasteng ta-s daTestât, quoand han Testât, pasteng.
MATHEU

Qu'ey lou debé deus pays d'establi lurs familhes,
De plassa lous garsous, de marida las hilh.es.
MINGEQUANNAS

Que benetz ta d-aco boste pays, si eau ;
Mey lous bostes bastardz, oun ban?., à Tespitau!
MATHEU

Bous autz quin lous neuritz ?
MINGEQUANNAS

Y coum nous... dab mesture !
Puixs, lou plasé d'eus ha que-ns sert de mascadure.
MATHEU

Qu'èm nous autz qui neurim tausnidz de feniantz,
De mauditz bagaboundz, boulurs y mandiantz.

�126

[CHANSONS

MINGEQUANNAS

Que sèy que sus nous autz lou pourtur de countrente
Nou pot pas de l'Estat hère augmenta la rente ;
Mes nou souy pas fachat—que-b demandi perdou—
Que nou pouscatz, dab eth, embia-ns u crestadou.
Feniantz, habetz dit ?... Lou riche bee-s prouseye.
Bagaboundz?.Mey que nous, lou riche bee-s passeye,
Bèt soubent enta ha passa souns grans disnas,
Tandis que jou que souy Jan de Mingequannas !
Boulurs?.. Y qui n-ey mey qu'u riche qui despulhe
Lou praube presque nud, y qui sude y qui-s mulhe !
De cap lous mandiantz que hètz de grans arnautz .
Mandiantz?..Y qui n-ey,Moussu,mey que bous autz!
Qu'en habém lou besounh, quoand la hami tenelhe,
Y bous autes lou joc, sens qu'en hayatz la pelhe.
Que diserey plaa mey : so qui probe per nous ,
0est que ta demanda qu'èm plaa mey bergougnous ;
Aus hilhs de nouste Rey que eau dotz, apanatjes,
A l'Electou que eau places ta souns maynatjes,
A tout Ministre arditz, places au Députât !
Nobles, Cures, Bourges, toutz que p'en demandât !
Ta trouba mandiantz dempuixs l'a dinque Vx,
N'ey pas besounh d'ana foulha lou bosc de Mixe.
B'en y-hauré si Moussu lou Procurur deu Rey
Countre bous autz, Moussus, dabe force à la ley !
Coum, en parlant, hase brouni sa gran barroulhe,
Lou caa deu Berdoustou, qui passabe en patrouille
Sus lou pount de l'Aurounce, au joc de sounbastou,
Se credent insultât, que hiule l'ouratou,

�DE NAVARROT

Que s'harisse. que layre, y qu'escarpeixs la terre,
En hant cinquante tours, y l'ensegnant la herre.
— Pardi, s-au ditz Matheu, bee debes senti l'ours,
Ou bee eau que Pigou qu'ayme chic touns discours.
L'aut qu'où respoun :
—Lous caas que soun drin Istcmcrates :
N'aymen pas à senti de près lous Demoucrates.
Mey qu'oûs s'anaigalham, coumhè lou Députât,
Quoand bou deus Electous counquista l'amistat.
U cadu qu'ey sensible à las bounes manières...
Y que-b jeté au cagnas u pugn de brigalhères.
Lou mousti que-y distingue u bèt croustet de blat :
Que segouteix la coude, y la rauye qu'où cat.
Puixs, tout fier deu présent, y loufoet en troumpete.
Que salude, y que pren la poudre d'escampete.
— E bedetz si l'èy plaa jou près peu sentiment?
Atau que-b hèn à bous !...
Y Matheu que repren :
—Tournem aus Electous sensbachs y sens camise !
Bee calera peus bosexs cita-us à lur remise,
Haquauque gran batude... y que, d-aquet moument,
Lous loups hayen entrade au nouste Parlement !

�128

CHANSONS

MINGEQUANNAS

Oh ! quoand pe defendèn lous brabes patriotes,
Noup'infourmabetz passi-sbatèn sens culotes...
Que heretz miellie, auloc de lialou beroy coo,
Deus paga lous souliès d'Arcole y Marengo !
Qu'èretz au corndeuhoec,Diusab densquine transe,
Quoandpebirénlousloups qui s'arroudènlaFrance;
Qu'oùs pe birén labetz... Qu'oûs pe birén esprès
Ta mielhe mérita bostes supers mesprès ! !
MATHEU

Oh ! lèche-m drin arride!.. oh, quin marcat de Garris!
Diu ! quin beroy sabat y de Chos ! y de Harris !
Quoand calhe coumbouca l'ahoalh deus ahamiatz!
Alabetz nou-n seram pas chic embouhemiatz !
Bam, bam, sus quin tatay pourteres toun suffratje?
MINGEQUANNAS

Qu'hauri sus bous au mens lou petit abantatje
De l'y da per escriut... Perqué, ta p'ensegna,
Nou-p paguen u regentqui p'apprengue à sinna?
MATHEU

Nou s'agés pas aci de sinnetz, d'escriture,
Mes d'escutz au sourelh, y de bees en nature :
Que bouleri sabé, l'aut an, quoant t'han coustat
Las impousitious de ta prouprietat ?

�DE NAVARROT

129

MINGEQUENNAS

Moun Diu ! nou lietz pas tant sòunaboste richesse!
Dab ère oun qu'ha dounc tout, santat y joenesse?
Permou dounc deus arditz, talent, esprit, bertut,
Que eau que tout aco bous sie sousmetut ?
Qu'habetz arditz!... ousdatz? e-b rendetz necessari?
A quins pacxs me prestetz ta-m ha prouprietari,
Quoand l'astre de Julhet, aquet oelh deubounDiu,
Sus la France jeta soun arrayou taa biu?
Labetz que-m hey paysaa, que boulouy meterie.
Labetz qu'ère plasé d'esta de la patrie,
De crede à la justici, à la glor' à l'haunou !
Mes, quoand au gran sourelh biengoun dalou denou
Aquetz hoeytius de Gand y lur sente sequèle,
Quoandbi tourna dab ethz la gent de la gabèle,,
Y pourturs de countrente, y bayles ambulantz,
Que chanjey deboutigue, y que-m heyd'autesplans.
MATHEU

Qu'ères trop feniant ta tribalha la terre !
MINGEQUANNAS

Nou... Bous pagabetz chic, quoand jou pagabi hère!
Que-b soun toutz lous impotz qui maten lous oubrès ?
Quauques arratz de plus, coum ditz l'aute (1 ),aus graès..
(1) L'aute, c'est Béranger. ( Aroie de l'auteur).

9

�130

CHANSONS

Praube Moussu Matheu, que-m boulètz ha la cole
Per lous bostes maynatz de-m ha paga l'escole !
Pas ta pèc !.. bee bau mey — aco dit entre nous —
Expleyta lou paysaa !— Jou que hèy drin coum bous
MATHEU

De toun ourMetan qu'ey doungues tributarj ?
MINGEQUANNAS

Oui; mes si-n ey de jou, que n-ey plaaboulountari :
Nous autis qu'èm d'arcord...
MATHEU

B'has plaa boune fayssou
De-t da lous èrs aci d'esta soun defensou.
MINGEQUANNAS

Si-oû defendi d'abord, qu'ey per recounexense ;
En segound loc, qu'ey d'eth qui tiri ma pexense.
Bous qu'oii tounetz trop ras; que-y bouy part, halte-là!
Jou qu'èy besounh ta jou qu'oii menatjelz la laa ;
Jou qu'où lèchi l'ardit, y que-m pague en nature ;
Coumptatz dounc per arré d'eu tira l'abenture?
De l'enrichi d'espoèr?.. Car si souy charlatan ,
Certes, au mens bee cret à moun onrlietan !
Bous autz, au Diu-bibant, qu'où me rendetz impie!
Hètz coum jou, si bouletz d'u bou oelh que p'espie,
Ou reboulutious qu'arriberan de hèt
C ar, perdiu, n'ey pas eth, qu'ètz bous autz qui las hèt !

�DE NAVARROT

131

MATHEU

Oau ! que n'èm aquiu !.. Que serés de la clique
D'aquetz qui reberén la sente republique !
Qu'es pagat ta d-aco !.. Mes beye-m lousflamemds
De Lyounés, si-n soun sourtitzde bous marchandz!
Abise-t-y , moun hilh ! ta la canalhe miute
Qu'habémcanousy hèr,y mant oubrè d'Espiute! (2)
Quin argument e eau ta respoune aus banditz ?
Arditz, ta ha soullatz ! y dab soullatz, arditz !
MINGEQUANNAS

Y credetz, au Bédouin, que nouste brabe armade
N'aymeré pas meylèu cerca pic ou pelade ?
Ethz que soun nouste sang, y qu'èmlurspaysy mays!
Y credetz, per hasard, à Lyou, si dus rays ,
L'u soullat, l'aut oubrè, blessatz se rencontraben
Au medixs espitau, si biste nou-s parlaben ;
Y juste mourtz, après qui s'èren embrassatz ,
Nou-s demandaben pas perqué s'èren blessatz ?...
MATHEU

Coupém drin court aci... Sabi-m tiene la bride ;
Nou sèy, qu'èy quauquarréquiloubente emtarride;
Per u petit moument, escoute drin si plau,
Y lechem, coum oun ditz, picha drin lou chibau...
(2) Espiute, armurier renommé dans l'arrondissement. (Note
de l'auteur ;.

�132
Que n'èren au Tillet ; l'arrayoù que liissabe,
Per aci, per aquiu, las brumes esquissabe ;
Y, coum habè plabut sous lous teyts d'Aulourou ,
Qu'oûs hasè flambeya de toute sa clarou.
La cayole qui brillie au soum deu seminari,
Semblabe lou fanal d'aquet gran luminari ;
Y lou bielh Sente-Croutz qu'aloungabe la tour
De soun clouchè pelât coum lou col du bautour.
D'aquiu,Mingequannas, en guignant la mountagne,
Planes y coustalatz, la bile, la campagne,
Lou coud sus lou chibau,.. mey qu'uclaquel qui raoul ,
Sens se poude arresta que parlabe tout soul :

Bielh Aulourou, salut ! Bielh Aulourou, que credi,
Quoand te bey prousternat coum bitare te bedi,
Descroubi tau gigant qui roujifie suoû gazou,
Que die ? u grand tatay qui s'arraye au gran sou.

Du mantou blu de cèulous picxs que t'amantoulen;
Lous dus Gabos d'argent, coum dus jumèus qui coulen,
Te cinten lous coustatz, y coum de diamantz,
Deu hoec de lurs calhaus hèn relusi tous fianexs.

Toum courset de remparts y de bielhes muralhes ,
Per lou temps esquissât, ensegne tas entralhes,
D'oun sauten las maysous ta s'estene suoû sou,
Pinnant coum lous moutous qui ban ta l'arrayoù.

�DE NAVARROT

133

Y ta raube au printemps peu boun Diu pingourlade ,
De boscxs, de camps, de pratz taaberoy pigalhade,
Quoand y joguen deu sou lous arrays reunitz,
Lous Amous, dab l'auzèt, bee-y debinha lurs nidz!
L'ahoalh d'aquetz Amous embales s'en escure;
Bielh Aulourou, dab tu que hèn triste figure.
Que-us soun toutz aquetz nidz d'arridentes maysous?
Que-us soun"?... sinou toumbèus, chapèlesy presous!
Oh ! quoand de Sente-Croutz ta gran gaute ens apère ,
Si n'ey pas ta la mourt, qu'ey plaa ta la prière,
Tandis que, tour per tour, las cloches deus coumbenlz
Esbarjen lous Amous qui bouluguen peusbentz.
Y quoand, à VAngélus, au brut de tas campanes,
U bèt sourelh d'estiu bien ahoega tas planes,
Que-y bedes, Aulourou ?.. Que la bit ha bèt joc !..
Que-y bedes?.. arrasim , y roument, y milhoc !..
Lous dus Gabes d'argent, bachatz delamountagne,
Que-t soun bous ta laba tas bères laas d'Espagne!..
Y la lue, ta que ?... ta-t presta soun fiambèu ,
Ta-t serbi de lanterne!... ou quen'ès qu'utoumbèu!
Qu'ès dounc, bielh Aulourou? La bile deus arrièrous,
Y deus counlrebandiès !.. Reclame dounc touns Foèrous;
Digues que n'ès mey France, y que bos lou port franc ;
Car b'ès drin arré-hilh deus mâchons de Canfranc !

�134

CHANSONS

Ou si nou bos esta de race Aragounese,
U mulet d'Espagnoii, de hemne Biarnese ;
Hayes lou coo Francés ! arrid-t-en drin , Judiu !
N'aymes tant lous arditz... y nouprègues tant Diu!

Qu'en debes coumpte à Diu de tant de joenesse
Qui cred queloubounbur qu'ey tout dens la richesse!
Oh! bibien las amous !.. y, si-t die la bertat,
C'est qu'aymi moun pays.... y mey la libertat ! !

So qui-t die à tu, jou qu'at die à la Gascougne ,
De l'ue à l'aute mar, per delà la Dourdougne....
Bourdèu, Bayoune, Pau, Marselhe, que seré
La France dab bous autz ? So qui l'Espagne, arré!*

Pardi, sa-u ditzMatheu, qu'has plaa bouneplatine,
B'haurés besounh de bebe u cop à la Titine ;
Que bey dus chibalès; qu'aymen à debisa ;
Tè ! que m'en hèy u miey, ta-ns y drin abusa.

Mingequannas se bire.... A l'esclat de lurs armes,
Que-b bed près de Manotugran paar de'gendarmes.

Merci, si-oû pe respoun, en s'alisant lou peu,
Y l'aytant à mounta, merci, Moussu Matheu !
Boune soucietat toustemps hère me tente,
Mes n'èy pas set bitare, y qu'èy tabee ma coente...

�DE NAVAEROT

135

Bouletz donne que lou bii, qui-ns sert ta-ns esgaya,
Ayte à d-aquetz Moussus dilhèu ta m'escaya !
Coum la ley lous défend de parla poulitique,
La Titine de hoey n'haura pas ma pratique.
Boste argument aci qu'ey ray deu de Lyou !
Puixs, si bous liabetz set, qu'èy aci moun cuyou ;
Lou paysaa que l'abelhe, y qu'ey toustemps en perce...

Aco dit, lou tatay que galie la traberse ;
Llièu deu coustat de Luc qu'habè soun passeport.
Per Matheu, j'arriba flèrementz à soun port.
Dab lous dus chibalès, en un mout coum en mile,
Autalèu que hasè sa gran entrade en bile,
Seguit de soun pourii
Per Moussuoû Députât,
Au scruti que passabe à l'unanimitat !

Mantu bee-s ditz :—Asso que soun paraules pègues!
Ey dounc atau qui parle u franc tatay de sègues ?
E gauseré truffa-s atau d'u Electou ?

Qui nou bed dounc qu'aci, lou tatay qu'ey l'autou !
Amicxs, qu'en souy bèt drin, nou die pas lou countrari;
Mes asso qu'ha besounh de drin de coumentari.
Lou franc tatay, bedetz amicxs, qu'ey lou baurien,
Oubrè, paysaa, bourgés, ou noble, ou faubourien,

�136

CHANSONS

Qui boû bibe aus despens, sie de Tu, de l'aute ;
N'hayàtz pas james pou qu'au tribalh etli s'escaute;
Que n'ey que si medixs... etb nou p'esten la maa
Que ta prene toustemps, y james enta da.
Qu'en ey d'abord tatay, lou praube qui guseye,
Embeious de Testât deu riche qui-s prouseye,
Ta poude ha toutu !... Mes toutz èm coumbiengutz
Que lous mey dus de coo que soun lous parbiengutz.
Qu'en ey tabee tatay, dab toute sa fourtune,
Lou fat qu'en soun repaus la misère impourtune,
Qui sens humanitat, sens amne, sens pudou,
Deu praube qui tribalhe es beu la tressudou !
A tout obre que eau lou tribalh y la bourse :
L'u qu'en ey l'instrument, l'aute qu'en ey la source.
Petitz y grans, qu'èm rays ; que debem ajuda-s !
Perqué eau que-ns minjem !.. Lous loups nou-s
[minjen pas !..]
Liguem-se per l'amou, per la recounexense !
Lira diable qu'ey, toutz qu'èm bouhèmis de nexense:
Nouste prumé parent, Adam, qu'estou tatay,
Y que tieném toutz drin de fu nouste gran-pay !

1838

�DE NA.VARROT

137

AUS ELECTOUS MUNICD? AUS

Despuixs l'an ta fa mous de dètz y oeyt centz trente,
Qui-ns debè, sa disèn, lia bibe toutz de rente,
Per lou troisième cop, qu'ètz doungues aperatz
A l'iiaunou de nouma bostes dignes Juratz,
Lous Cossous de l'endret, qu'en sòun nabèt estylle
La Eeboulutiou, sens doutte mey habille,
Qui sabou cabbira tant de moutz à-prepaus,
Bateja CoimselMs plaa ditz mimicipaus !

Moussu lou Counselhè !.. Perdiu, lou beroy titre!
Ma fee ! que j-ha plasé d'habé boutz au chapitre,
Y que nou puixsquen prene, en bile, u arrestat
Sens quep'hayen abantz quauque drin counsultat.
Qu'ey bertat que soubent qu'en ètz per la counsulte,
Y que de boste abis bèt arré nou résulte...
Mes aquiu que poudetz parla coum u Catou :
Perdiu, que j-ha plasé de ha drin lou douctou !
De parla sus l'agnèt, l'eschardine y la legne,
D'impausa doucementz. lou bou jus de la bregne,

�138

CHANSONS

De moudera bèt drin Tardera deus binatès,
Qui debin per estât pertout ha drin tatès;
De paba lous camiis pertout à quauques lègues,
De basti trente pountz nabètz eoum lou de Sègnes...
Que die? Après habébournat lous caperaas,
Ta fini de craca toutz bostes aberaas,
Que benetz lou Laring !.. Encoère, quoand t'enteni,
De la poû qui-m hasès, bielh Laring, me soubieni...
Oh ! labetz jon que bey sourti de liens la ma
Aquet mounstre sens fii qui he pou à Gama !
Que-m semble qu'à catsus eth puje, puje, puje !
Ni-t Pire tanouquè, ni-t défunt Barbecuje,
James ni loup-garous, ni serpent dens las heus,
ftou m'han hèyt sous loucap, coum tu, lheba lous peus!..
Nou ! pas même la ley de dètz y oeyt centz ounze !
Y pourtant cade cop qu'aquere ley de brounze
Eetentibe dens l'èr coum u crit de Satan,
Que-m cadè sus lou coo coum u truc de bâtant! —

Oun que pot debisa ! La ley que nou-y badine...
Anatz dounc afranqui bii, legne, agnèt, chardine,
Dab la brouche de ley... y sas nabères sos
—Car qu-oti nebat loustemps td-ns suça dinquaus os.—
Boulhatzbene ucabestre?... Y bam si lou Menistre
Nou-b hera pas ana drin à pas de registre ?
De heuguère, de bosc, nou beneratz bouci :
Eth que sab à Paris so qui-ns coumbien aci !
Lou Menistre, bedetz, qu'ha de loungues lisières ,
Y que-ns tien, d'aciu-bach, per débat las eschères.

�139

DE NÂVARROT

Per terre qu'ey lou fruut, qu-oû se sab amucha ;
Bèt proufieyt! si james nou-ns poudem abacha !
L'arbe de libertat, coum lou de sapience,
Que porte de tout fruut...Mey saboune semence
Que pague de grans dretz toutu coum lou toubac,
Y n'hauram pas soubent de souns fruutz au soubac...

Si-m bouletz de nabèt coumpta dens la frerie,
Ta-m ha parla d''octrois y de grane hoirie,
Boulhatz douncm'escusa... gran bee seré l'haunou
D'esta causit per bous ! Mes, que diseri nou...
N'ey pas permou qu'au joc james re nou s'espigue,
— Qnoandoun seré,la fee, meyboulur que la pigue!—H
N'ey pas permou qu'aci tapauc nou-ns pagam pas
De nouste temps pergut, en hant quauque repas,
Qu'oun pouyré ha passa per u hoee d'artiflci !...
Amicxs,... Qu'ey quenou-p pouixs mey rende nat serbici.
Si bienè gn-aute ley... labetz, oui, dab plasé
Que-y pouderem tourna, qu'haurem prou de lésé...
Autementz... ta bouta lampious y luminaris,
Trettementz de curés, coumbentz y seminaris,
Ta d-aco, bedetz bous, la bile d'Aulourou
Bee troubara toustemps prou de fegnantz... sens jou!
183Ì

�140

CHANSONS

LOU POURTEEYT DE JELIOTE

Toutz que sabetz oun ey la maysou de ÎSIabalhes,
Au bilatje d'Estos, à quoate pas d'aci.
Que y-ha plaa sixante ans, que-y mouribe u besii,
Nou pas nat Emperur, famous en cent batailles,
Ni nat Prince affublât de crachatz, de courdous....
U Rey pourtant, labetz lou Rey dens cantadms :
Qu'ère rey à la Cour, à la Bile, au Théâtre,
Que rendè de sa boutz tout Paris idoulatre;
Qu'ère rey au coo tendre, y la flou deus pastous.
Qu'habou de Marmontel subernoum d'amistous ;
Rousseau tout inquiet, qui malacarous ère,
Que l'aymabe coum tout, y qu'où laudabe hère ;
Y tabee Louis-Quinze, aquet rey debeyat,
Quoand de sa Pompadour ère drin desbagat,
Qu'aperabe à sa Cour soun chérit Jeliote,
Ta-s ha rebiscoula per quauque cansounote,
Bèt couplet Biarnes, quauque beroy refry,
Coum de la Mariou de nouste Despourri
N'ère pas lou mey bèt coustat de soun aufflci :
Mes que bouletz ? au Prince eth bee rendè serbici ;
Atau qu'ère lou temps.... y lous canturs de hoey
N'han pas mey lou tribalh de diberti nat rey....

�DE NAVARIÌOT

141

Je brèspe, après habé cantat la matiade,
Que die à Lamazou : — que hèm de la brespade ?
De Jeliote anem bisita lou pourtrèyt ;
Que l'y beyratz tout biu pintrat, y trèyt per trèyt.

Eth accepte d'abord aquet pelerinatje ;
Que partira.... y déjà qu'èm au pèe de l'imatje
Deu cantur, bouque liberté y tout prest à canta....
En l'espiant, que-ns caram toutz dus ta l'escouta :
Car aquiu, bit-atau coum ère sou théâtre,
Poudrât, endimenchat, qu'où rebedetz tout natre,
Que die ? Eth medixs qu'ey, n'ha pas soun pariou,
Y que cante : — De cap à tu SOIHJ Mariou !

Emberbequit debant aquet gauyous bisatje,
Lamazou qu'ère mut, sens let ni moubement,
Y claberat aquiu coum per encantement.
— Nou-ns debem pas a noeyt coucha dens lou bilatje,
Si-u die, per lou coulet en lou segountint drin !
— Perdou ! si p'ern respoun lou praube en s'attendi'int ;
Merci, merci, Moussu ! car d'aqueste bisite
You bee-m soubienerey, perdiu, toute ma bite !

Qu'où ne crey sus paraule ! Aco me hè broumba
U fèyt qui, bèt cop, en ue glèyse arriba :

�142

CHANSONS

U sourdat s'abansant au toumbèu de Turenne
Sarre soun sabricot, lou tire de la gaine,
Pendent dus ou très cops que l'aguse au toumbèu,
Y que sort fier, metent la lame au sou fourrèu...

— Sourdat delà Cansou, prepare-tà l'estorse !
Qu'has toucat à toun chef, tire d'aquiu ta force ;
Sèg Labigne, Lays, bitareBaroulhet...
Endabant!. hè coum ethz!. u copqui-han hèyt coum eth !

�DE NAVARROT

A

143

DESPOURRIN8

Lous Dius de temps passât, coum lou liilh de Marie,
Si toutz nou badèn pas en quauque escuderie,
Au rasdeus boeus,deus agnètz, deus moutous,
Coum lou Diu de bertat, si lous Dius de la fable
Nou badèn pas au miey de quauque estable,
Quauques-us que badèn pastous.
Tout lou hamèu qu'oûs adourabe,
Qu'èren neuritz de lèyt de crabe,
Y mante bièrje qui-ûs apouperabe
De souns bequetz innoucentous,
Qu'oûs s'arroudè de cent poutous.

Despuixs, quoandl'escautou,lou miussat y la broyé
Habèn rendut lou Diu-nenet
Drin escatsat y mey granet,
Quoand cametes hasè,... de cap la mey beroye,
Coupet, coupet,
Que galiabe lou galoupet.
Au bèt cap de la courrudete,
Que sabè, lou flaugnac, que quauque huetadete
Eu rebienè toustemps, y que seré hapat
Y de poutous minjat, arroudut, hurrupat...

�144

CHANSONS

Eth, de la brasse enlà je las s'endebinabe !...
Y tabee, quoand labetz à la qui l'aninabe
Lousjoens pastous en baganaut
Hasen lusi l'amant,
Eth, coum ha de coustume
U craboutet qui-s prépare à la tume,
Qu'otis pe guignabe de biscorn,
' Harissant sus soun frount souns peletz coulou d'or.
A las purnes dibines
Qui l'esguinsaben de las nines,
Aus eslamacxs de souns oelhous
Qu'appareixè lou Diu jelous !

Mey tard, sus quauque haute
Segut coum u petit douctou,
A la gent que hasè mile sermous sens faute,
Mielhe que nat predicatou...
Qu'otis disè so deu cèu, de l'aygue y de la terre,
Deu hoec, quin ey sourtit; deus bentz qui-s hèn la guerre;
Quin lou sourelh réglé lou temps y las sesous ;
Quin hè bade en bèt cop las herbes, lous pousous;
Aus trabatèytz deu cèu, coum autant de candeles
Qui nou-s mouquen james, quin liren las esteles,
Sustout la de la noeyt, deus pastous lou luga,
Qui ditz à l'amourous oun deu ana rega.

Labetz, sus u clari, de cent cansous nabères
Que hasè resouna mountagnes, arribères ;

�DE NAVARROT

145

Y tout emberbequit lou pays de taus sous,
Au soul noum de l'amou, redise sas cansous.
Ta mielhe l'escouta lous arbes s'abachaben,
Dab ethz, y lous grans rocxsy lous picxs que dansaben;
Y lous ours y lous loups deus agnètz amourôus
Bienèn dab lous oùlliès leca souns pederous.
Atau qu'baberetz bist aquere gent saubatje
Escouta las lessous d'aquet dibin maynatje :
Quoand parlabe d'amou, qui gausabe haleta !
Y lou Diu, quoand bedè la bertat bertadere
Ha tremoula lous joulhs de la predicadere,
Que-s birabe tout court enta baysa l'auta :
L'innoucence per eth lèu j'ère desbesade.
Puixs, coum peus bourdalatz anabe à la mesade,
De segur que bagabe à Moussu lou regent
Per lous corns y cournets de counfessa la gent.
Qui parle coum u Diu que parle coum u libe,
Y la lengue deu cèu qu'ensegne lou-que-bibe ;
Ere soûle tira la gent deu saubatjey !....

Atau, tu, quoand badous au pèe deu mountde Poey,
Cyprien, au bèt miey du palhat de fiouretes,
Lèu que passés aus bras de noustes pastouretes ;
Y eourounat de flous, per ères bajoulat,
Sus lurs blancxs couchinetz te sentis aloulat.
Deus pastous adourat coum l'Enfant deu miracle,
Qu'oûs parlés autalèu coum u petit ouracle ;
Y tout emberbequitz de ta gauyouse humou,
Qu'apprengoun à parla la lengue de l'amou,

�146

CHANSONS

Oui, de l'amou !... Diu sab, aquet poulit lengatje,
Chic à chic, quin gagna de bilatje en bilatje,
Y, tau coum foun la nèu au sourelh deu boun Diu,
Quin sourtin autalèu lous Aspés de l'oumpriu !
L'esprit, coum l'auzeret, à l'array que-s desbelhe :
Ethz desempuixs n'haboun de groussiè que la peine;
Y lous picxs y lou Gabe en lurs arricouquetz
Ridigoun lous plasés y lous goeys deus pouquetz.
Ta lengue, nouste may, badude à la mountagne,
S'agrade, qu'ha l'eslou d'ue berde campagne ;
Qu'ayme las flous, lou sou, lou cèublu plaa stellat,
Y lou Gabe oun cent cops soun frount s'ey miralhat,
Qu'arribén, après tu, lous cantayres de bile,
Hourcastremè, Mesplès, Bitaubè, Foundebile,
Ytant d'autes despuixs... Mes lous noustespastous,
De tant d'arrepourès, nou goardén que lous tous.
Pendent u siècle d'or desempuixs ta biengude,
Noustes pays que cantén toun Anesque pergude,
Lou malhurous paston, dab la berjère en plous,
Y soun fidèlPigou, sensible à lurs doulous.

Mes u die pourtant la troumpete guerrière
Qu'otis ditz que l'enemic ha passât la frountière...
La fanfarre autalèu que succède au clari,
Coum lou cant de Roujet de l'Isle à Despourri.
Y tabee lous Aspés, en courrent à l'armade,
Se broumbén de toun pay y de sa triple espade;
Toulz lous tendres pastous, lous nounehalentz oiilhès,
Que-s lheben autalèu terribles fusilhès !

�DE NAVARROT

141

Aus noumbrous enemicxs qui, conm la mar pregoune,
Peus sendès de Lescun, coum peus boscxs de l'Argoune,
Bienèn houne sus nous, qu'haboun ta ha rampèu?
Qu'haboun la Marselhese ! y qu'haboun u drapèu !
Qu'où calé tiene haut, y qu'en haboun la talhe î
Pendent bingt et cinq ans que dura la batalhe),..
Ou l'ihèr, ou lou cèu, per nous estou pourtat ;
Que defendèm lou sou, l'haunou, la libertat !...
Toutz lous Reys qui labetz ens gausén ha la guerre,
Que-s bedoun oubligatz de mete joulh à terre.
Y de toutz aquetz frays qui s'èren, Diu qui crey,
Hèytz soullats, ou demouns ! bèt u que-s bira Rey !

Y credes qu'aquet Rey, qui he d'autes campagnes,
Que-s desbroumba james La Haut sus las mountagnes !
Y si de souns Suedoès lhèu n'arreste lous pas
Dab quauques Diu-bibantz qui nou coumprenin pas !
Si quoand quauque berset deus tous e l'esperoune,
Noul'arribe soubent, la maa sus sa couroune,
De dise « Diu bous ayde!» estounat,Diu qu'atsap,
De n'habé pas encoère u berret sus lou cap !

Tau coum lous pouriquetz è sèguin la garie,
Atau que-ns sèc pertout laboutz de la patrie.
Y si lous riberès la bedin en trabès,
Debant lou mountagnoû que-s quilhe sus lous pèes;
Aquiu, debant lous oelhs, toustemps que Fha présente !

Si n'où gahe lou mau de la patrie absente,
Tu qu'en has tout l'haunou !... Mes tabee, Cyprien,

�148

CHANSONS

Quoand debara lou brut d'aquet bèt mounument
Que lous brabes Aspés empoundin à ta glori,
Présents, absentz, à toulz que-ns biengous en raemori :
Taus Biarnes de France, y taus de l'estrangè
Nou y-habou qu'ue boutz de Stockolm dinqu'Algè.
Reys, pastous, coum au brès de l'Enfant de Marie,
Que pourtén lou tribut au hilh de la patrie :
U Rey d'abord ! ! Après biengounlous Deputatz,
Lous quin'han de pregound !.. Piiixs, lous brabes soullatz
Qui n'han pas descoubert aux sables de l'Afrique
Las mines deu Pérou, ni l'or de l'Amérique,
Y, coum moussu Bugeaud, n'han pas crédit oubert
Ta tira suoûs boudjous de mous d'Ab-del-Kader !...
Mes lou coo bee hè tout.... Après, lagent d'espade
Qu'han pague hère chic...

Nous autz qu'èm sens soutade,
B'at sabes, Cyprien ; qu'èm praubes lous pastous,
Y tounutz autaa raz que lous noustes moutous
Mes toutu quoand haurem las oúlhes entecades,
Quand nou pouyrem paga las darrèrês bacades,
Quoand se deuré secca lou grulh entre lous digtz,
Quoand se deurem mouri de hami coum oun ditz ;
Plus lèu que-ns beneren la salière y la cape ,
Dinquau darrè bassiou, y la darrère crape ,
Meylèu qu'oûs arré-hilhs poudoussen dise arrens:
« Toun pay que desnega lou noum de Despourrens ! »

1840.

�f

CHANSONS FRANÇAISES

��CHANSONS FRANÇAISES
ù

A

BÉBANGEE

Air : A sa 811e disait Lucrèce.

Un dépit m'a rendu poète....
Le besoin de montrer la dent
Donne de l'esprit au plus bête ;
Moi, j'eus à fronder un pédant.
La rime vient sans qu'on y pense,
Lorsqu'on hait ou qu'on aime bien ;
Or, j'en fis l'essai par vengeance,
Et je m'en pris à mon Doyen.

Bientôt ma langue, encor novice,
Bégaya pour la Liberté ;
Faut-il encor qu'elle subisse
Ce mot de Légitimité !
Pourtant du dogme elle s'écarte,
Et, moins bourgeois que citoyen,
Souvent je crie : — A bas la Charte!
Mais qu'on s'en prenne à mon Doyen !

�152

CHANSONS

Nos jours ont proscrit la licence ;
Contre elle un éternel rempart
Protège une ère qui commence,
J'en suis bien fâché pour ma part.
Aussi dans mes couplets sans règle,
Du haut de ce mur mitoyen ,
J'insulte à la pudeur du siècle :
Mais qu'on s'en prenne à mon Doyen !

Il faudra bien qu'on vous"pardonne,
O muse, d'oser dans vos vers
Dénigrer l'autel et le trône ;
Mais vous avez d'autres travers ;
Coupable d'un plus grand délire,
Par Béranger qui n'en peut rien,
Vous prétendez vous faire lire !
Oui !.. qu'il s'en prenne à mon Doyen !

�DE NAVAKROT

TOAST A LAÏAYETTE

COUPLETS SUR LUI ET SON VOYAGE EN AMÉRIQUE
CHANTÉS, A PARIS , DANS UNE RÉUNION
DE NORMANDS, DE GASCONS ET D'AMÉRICAINS

Versez-moi vos bachiques ondes,
Normands , Gascons, Américains !
Buvons à l'homme des deux mondes ,
Au dieu des vrais républicains.
Adressons-lui tous notre hommage
Avec ce toast par moi porté :
Nous jurons haine à l'esclavage !
Nous honorons la liberté !

Salut, nation fortunée
Qui naguère en triomphateur ,
Devant la terre prosternée ,
Promenas ton libérateur !
Si plus d'un conquérant sauvage
Courba ton front découronné
Sous le vieux joug de l'esclavage ,
Lui te rendit la liberté !

153

�154

CHANSONS

Salut encor, terre nouvelle ,
Où l'arbre heureux de Washington
A, vu grandir sous sa tutelle
Plus d'un superbe rejeton !
Puisse un rameau sur notre plage
Reverdir, un jour transplanté!
L'Europe subit l'esclavage ,
Tu lui rendras la liberté !

1827.

�155

DE NAVAKROT

C'EST

A.

TOI

QUE

JE

RÊVE

A BÉRANGER

QUI PRÉTEND QU'AVANT DE M'ADRESSER UNE QUESTION
IL EST BON DE M'ÉVEILLER, SI L'ON VEUT QUE JY RÉPONDE

Souvent ta gaîté me taquine,
Quand, sous ton nez, près d'un bon feu ,
Nonchalamment, je m'acoquine
Au point de sommeiller un peu.
Mais si mon front que je soulève ,
Retombe sous mes vains efforts ,
Du moins, c'est à toi que je rêve,
Près de ton feu quand je m'endors ,

Sur ton chevet, à ton image ,
Bercé par les Jeux et les Ris,
Aux heureux, qui sont ton ouvrage ,
Je crois parler et je souris.
De ceux que ton appui dégrève ,
J'accueille les joyeux transports ;
Du moins voilà ce que je rêve ,
Près de ton feu quand je m'endors.

�156

CHANSONS

Prodigue de ses vieux miracles
Pour ton joli petit bureau,
Apollon dicte ses oracles,
Debout sur ce trépied nouveau !
De ton cœur la divine sève
Bouillonne , et jaillit à pleins bords ;
Du moins, voilà ce que je rêve ,
Près de ton feu quandje m'endors.

�DE NAVARBOT

151

NOUS CHANTERONS!

A QUELQUES AMIS
QUE .l'AVAIS RÉUNIS DANS MON PETIT CASTEL DE SASSUS
APRÈS MA PREMIÈRE DÉSERTION DES ÉCOLES
DE DROIT ET DE MÉDECINE

Au rendez-vous de l'amitié
Vous trouverez chère frugale ;
Mais le plaisir est de moitié,
Lorsque c'est elle qui régale !
Aussi,
Vous trouverez ici
Bon accueil et maigre pitance ;
Qu'aucun de vous ne s'en offense :
Car ici, tant que nous voudrons,
Nous chanterons,
Boirons,
Rirons!

Je suis un garçon sans souci,
Qui me fais un dieu de mon ventre,
Et qui deux fois ai, Dieu merci !
De nos pédants déserté l'antre;

�158

CHANSONS

Amis,
Il doit être permis
De fuir Hippocrate et Barthole ;
Jamais on ne dit à l'Ecole :
Ici, tant que nous le voudrons,
Nous chanterons,
Boirons,
Rirons !

Que ma chanson vous mette en train !
Mais pardonnez si notre hôtesse (1)
Ne se joint pas à mon refrain :
Elle ne chante qu'à la messe ;
Souvent,
Elle jeûne l'Avent,
Les Quatre-Temps et le Carême.
Ma foi, chacun a son système :
Pour nous, tant que nous le voudrons,
Nous chanterons,
Boirons,
Rirons !

(1) Ma bonne mère est une véritable sainte Monique priant
toujours pour la conversion de son fils.

�159

DE NAVARROT

L'ALIÉNÉ

A MONSIEUR DUBOIS
Médecin de Béranger
DÉMOCR1TE, HIPPOCRATE ET LES ABDERITAINS

Air :

De Damoclès.

Des murs d'Abdère, un jour, en estafette
Chez Hippocrate un messager survint ;
Un philosophe avait perdu la tête,
Le cas pressait... Hippocrate intervint.
Tous de crier : — Gare au fou ! qu'on le lie !
L'entendez-vous ? Quels étranges propos !
— Et mais, encore, où donc est la folie, .
Dit le Docteur, qu'on le laisse en repos !

—Dieux ! quelle injure aux citoyens d'Abdère!
Ces citoyens, dit-il, sont si petits ,
Que c'est beaucoup s'il vous les considère
Comme cirons en leurs recoins blottis.

�160

CHANSONS

— Oui, dit le fou, leur aspect m'humilie ;
A les grandir mon cœur est si dispos !
— Et mais, encore, où donc est la folie,
Dit le Docteur, qu'on le laisse en repos !

— N'ose-t-il pas sur nos graves Gérontes,
Nos vieux tuteurs, qu'il traite de barbons,
A tout venant débiter mille contes,
Sur eux qu'ici chacun trouve si bons !
— Oui, dit le fou, faites-leur chère lie ;
Sur votre jeûne ils fondent leurs impôts !
— Et mais, encore, où donc est la folie,
Dit le Docteur, qu'on le laisse en repos !

— A la faveur d'une ombre paternelle,
Ne voit-il pas industrie et beaux arts,
Astres garants d'une paix éternelle,
De leurs trésors inonder les remparts !
— Ah ! dit le fou, Liberté, qu'on oublie,
Change en or pur tous nos vieux oripeaux !
•— Et mais, encore, où donc est la folie,
Dit le Docteur, qu'on le laisse en repos !

•— De la raison qui perd ici l'usage,
Dit Hippocrate ; amis, y songez-vous?
Reconnaissez des mortels le plus sage ;
Plaise à Jupin qu'il ne soit d'autres fous !..

�161

DE NAVARBOT

Et le vieillard à ses pieds les rallie,
Bien ébahis, et voire un peu capots...
Le peuple entier revint de sa folie ,
Et Démocrite y gagna son repos !

ENVOI
Or ça, Docteur, dont la vive tendresse
Préside aux jours de notre Béranger,
Sur son esprit qu'on nous peint en détresse,
Moi, carabin, puis-je t'interroger?
Des Champanet la prudente homélie,
Pour son salut, nous vient-elle à propos ?
Tu me réponds : — Il plaint votre folie ;
Abdéritains, protégez son repos !

11

�162

CHANSONS

QUEL CHIEN DE FILS !

Air: Il est un petit homme.

Se peut-il, ô ma mère,
Que Dieu de ton côté
M'ait ôté !
Toi, que chacun vénère,
Moi, que peut-être on dit
Si bandit !
Oh ! quel chien de fils (bis)
Tu fis, quand tu me fis,
Quel chien de fils, ( bis)
Ma mère alors tu fis !

Presqu'aussi vieux qu'Ignace,
Qu'on tenait à trente ans
Sur les bancs,
Sans l'Edit qui le chasse,
Par lui j'étais chassé,
Ou fessé !
Oh ! quel chien de fils...

�DE NAVARROT

En menus frais d'Ecole,
Et Cours vingt fois comptés,
Point hantés,
Qu'Hippocrate et Barthole
T'ont traitée, ô maman,
Durement !
Oh ! quel chien de fils...

Je lis sur ma dépense
« Café, bal et bon lieu,
• « Puis le jeu ! »
J'enrage quand j'y pense :
Nos Cours sont à Paris
Hors de prix !
Oh ! quel chien de fils...

Enfin, tu te résignes
A vendre certain pré
Au curé.
S'il marchande nos vignes,
Remplis ton vieux caveau
Du nouveau...
Oh ! quel chien de fils...

J'ai tondu mes grands mères,
Petits et grands papas,
En repas !

163

�164

CHANSONS

Dieu ! sauvez donc mes frères !
Les pauvres gringalets,
Sauvez-les !
Oh quel chien de fils (lis)
Tu fis, quand tu me fis,
Quel chien de fils, ( lis )
Ma mère, alors tu fis !

�DE NAVAREOT

| 165

FAITES-MOI DOCTEUR

POUR

RIRE

PLACET D'UN VIEUX CAEABIN

A

M. LE DOCTEUR DUBOIS, NOMMÉ DOYEN DE L'ÉCOLE

Air : — Tout le long de la rivière

Grand-Prêtre de la Faculté,
Brévetez-moi par charité.
Glaneur, où Gallien moissonne,
Moi, je ne veux tuer personne;
En paix , je laisserai mourir
Ceux que je ne saurai guérir.
En m'ordonnant, dussiez-vous m'interdire,
Faites-moi docteur, ne fut-ce que pour rire,
Faites-moi docteur, docteur pour rire,

J'arrive, et j'en suis bien marri,
A l'âge où l'on devient mari.

�166

CHANSONS

Lassé d'un long- concubinage ,
On songe à faire un bon ménage.
Pour ma part, je suis tourmenté
D'un besoin de paternité.
Vieil écolier, du monde on se retire ;
Faites-moi docteur, ne fut-ce que pour rire,
Faites-moi docteur, docteur pour rire !

Qu'entends-je ! Un maudit garnement,
Fils de sa mère apparemment,
S'obstine à m'appeler son père !
Il me souvient peu de sa mère....
Et puis, je trouve singulier
Que mon gamin soit bachelier ;
Mon condisciple avec moi veut s'inscrire !
Faites-moi docteur, ne fut-ce que pour rire,
Faites-moi docteur, docteur pour rire !

Un jour, hélas ! sans parchemin ,
J'ai de Clamart pris le chemin....
« Ci-gît à sa dernière adresse ,
« Un carabin mort de vieillesse !
« De profundis : » puis au dessous :
« Il fut bon père , bon époux !
« Pour ces enfants, Messieurs, daignez souscrire! »
Pauvres orphelins! oh! ça ferait trop rire....
Faites-moi docteur, docteur pour rire !

�DE NAVAREOT

167

TIN", TIN, TIN, TIN

MES ADIEUX A LA VIE

D'ÉTUDIANT

ET A LA VILLE DE PAEIS

Air : Amusez-vous, oui, je vous le conseille.

0 Jeanneton, ma nourrice, ma mère !
Il me souvient de ton lait aigre-doux,
Dont les baisers d'un ivrogne jaloux
Sevraient son jeune frère !
Il te butinait ,
Et ton lait tournait ;
En revanche aussi, le compère,
Lorsqu'on m'éveillait,
Toujours accueillait
Tin, tin, tin, tin, tin, mon sourire enfantin,
Tin, tin, tin, tin, tin, au doux réveil-matin
Du tin, tin, tin, tin du cristal argentin, (Us)
Tin, tin, tin, tin, tin, holà, verse Catin !

Bientôt après, amis, je le confesse,
Enrôlé sous les drapeaux de Levi,
Novice encor, très-longtemps j'ai servi,
Longtemps servi la messe !

�168

CHANSONS

Sablant le doux jus
Du sang de Jésus,
Bambin, j'ai humé la sagesse !
Souvent pour trinquer
J'osai provoquer,
Tin, tin, tin, tin, tin, par un toast clandestin..
Tin, tin, tin, tin, tin, le saint vase latin
Au doux, tin, tin, tin du cristal argentin ,
Tin, tin, tin, tin, tin, holà ! verse Catin !

Le tin, tin, tin fut dès lors ma musique ;
Mais, comme aux jours de Gluck et Piccini,,
On veut qu'entre Mozart et Eossini
Franchement je m'explique.
0 Dilettanti,
Mes Tutti-Quanti,
Oui, je viens grossir votre clique Í
Mais pour diapason
Prenez joyeux son,
Tin, tin, tin, tin, tin, je l'entends au lointain;
Tin, tin, tin, tin, tin, c'est le son du tin, tin,
Tin, tin, tin, tin, tin du cristal argentin,
Tin, tin, tin, tin, tin, holà, verse Catin !

Certain confrère, avocat de bricole,
Met en congrès et Barthole et Cujas,
Pour s'applaudir, quand je n'accorde pas
Cujas avec Barthole !

�DE NAVARROT

169

Que ces gens, ma foi,
S'arrangent sans moi !
Car j'ai déserté leur école,
Pour concilier
Dans mon vieux cellier,
Tin, tin, tin, tin, tin, Champagne et Chambertin,
Tin, tin, tin, tin, tin, sans conflit intestin,
Au doux tin, tin, tin du cristal argentin,
Tin, tin, tin, tin, tin, holà, verse Catin !

Qu'un carabin braque son stéthoscope
Sur le thorax d'un pauvre agonisant,
Et vous lui tire en ces mots (moi passant)
Son dernier horoscope :
« De parRasori,
&lt;t II meurt, mais guéri !
« Fouillons au fond de l'enveloppe ! »
Broussais rit de nous,
Pour qui tenez-vous ?
Tin, tin, tin, tin, tin, je suis pour Guy-Patin,
Tin, tin, tin, tin, tin, car ce docteur lutin
Riait au tin, tin, du cristal argentin,
Tin, tin, tin, tin, tin, holà, verse Catin !

O Charlatans que votre art met en vogue,
Mais vous surtout, Médecins, Gens de loi !
Je me retire, oh ! pour Dieu ! rayez-moi
De votre catalogue !

�170

CHANSONS

Autrui ne tu'ras,
Ni dépouilleras,
Lisons-nous dans le Décalogue !
Dieu mit à VIndex
Et code et codex !
Tin, tin, tin, tin, tin, cédons à mon destin,
Tin, tin, tin, tin, tin, et qu'un ex-sacristain
Eevienne au tin, tin du cristal argentin,
Tin, tin, tin, tin, tin, holà, verse Catin !

Août 1830

�r
DE NAVARROT

111

A MON UNIFORME

AU BOUT DU FUSIL

Air; —C'est à table, quand je m'énivre.

Te voilà donc, beau tricolore,
Vieil habit de nos vétérans !
Ah ! viens, viens réchauffer encore,
Les dignes cœurs de leurs enfants ! (bis)
Brille au grand jour, ô mon bel uniforme,
Toi que Kléber et Desaix ont porté !
Va, ne crains plus que le roi te réforme,) ^
O vieux patron de notre liberté,
j
Vieux patron de notre liberté!

Fier de tes simples épaulettes,
Ne cherche ni rubans ni croix ;
Dédaigne ces longues brochettes,
Vil orviétan aux mains des Kois !
Que dans nos rangs, ô mon bel uniforme,
Par toi du moins règne l'égalité !
Va, ne crains plus

�172

■CHANSONS

Nos princes ne sont plus des maîtres,
Esclaves de nos alliés ;
Non, plus de primes pour des traîtres
Contre tes couleurs ralliés.
Loin de la France, ô mon bel uniforme,
Tous ils ont fui, quand le coq a chanté !
Va, ne crains plus

Avec Nicolas et Guillaume
Vis désormais en bon voisin ;
Mais, s'ils menaçaient le royaume,
Voleau premier son dutocsin...
Ah ! venge alors, ô mon bel uniforme,
Ton vieil honneur trop longtemps insulté !
Va, ne crains plus

Mais qu'un Préfet en vain te crie
De courir sur des malheureux
Qui, pour rentrer dans leur patrie,
Tentent un effort généreux ;
Recule alors, ô mon bel uniforme,
Devant les droits de l'hospitalité !
Va, ne crains plus

�m

DE NA.VARBOT

BAPTÊME DE L'HABIT

Je veux, sans aller à l'Eglise,
De toi, faire un chrétien, morbleu!
Il faut donc que je te baptise....
Mais, jusqu'au baptême de feu, ( bis)
Reçois, reçois, ô mon bel uniforme,
Cette eau si chère au soldat en gaîté !
Va, ne crains plus que le roi te réforme,
O vieux patron de notre liberté,
Vieux patron de notre liberté !

30 Janvier 1831

�114

CHANSONS

DRAPEAU

COUPLETS CHANTÉS A LA SÉRÉNADE DU DRAPEAU
LE JOUR DE SA RÉCEPTION

Air: Du Prince Eugène.

Un roi nous manque de parole ;
Du trône il est précipité....
Te voilà donc , noble symbole,
Vieux drapeau de la liberté !
Tu parais , il faut qu'on détale,
« Par le flanc droit et demi-tour. »
— Messieurs, le prince, avec sa cour,
Avait quitté sa capitale,
1 ^
Sa capitale !
1

Vainqueur, poursuis ta course altière
Et va de clocher en clocher ;
Te saluant sur la frontière ,
Le Belge avec nous veut marcher !
Tu parais, il faut qu'on détale ,
Il faut que d'Orange ait son tour.
— Messieurs , le prince,

�DE NAVARROT

115

Que dira donc à Varsovie
Ce preux sans reproche et sans peur,
Qui jadis nous donnait sa vie ,
Si^hrave et si français de cœur !
Tu parais, il faut qu'on détale ,
Constantin, faites demi-tour.
— Messieurs , le prince,

Vous redirai-je la folie
D'un petit duc , prince sans nom !
Modène s'arme, et l'Italie
Reprend sa splendeur , son renom !
Tu parais, il faut qu'on détale,
Il fait son paquet à son tour.
— Messieurs, le prince,

Rois, que par vous le sol batave ,
Le polonais, soient respectés ;
Sinon , sur la foi d'un vieux brave,
Bientôt vous serez visités !
Alors , il faudra qu'on détale ;
De chacun on dit à son tour :
— Messieurs , le prince,

D'Orléans ! foin de leurs parades !
Car nos drapeaux te sont amis ;
Nous t'aimerons en camarades :
Tu tiendras ce que tu promis.

�ne

CHANSONS

En vain tout monarque détale ,
Tu n'entendras pas à ton tour :
— Messieurs, le prince,

Peuples égaux par la vaillance ,
Ah ! désormais ouvrez les yeux ;
Voyez , en signe d'alliance ,
Cet arc-en-ciel qui brille aux cieux !
Que tout vil despote détale,
Et vous fasse dire, à son tour,
Que, sans trompette ni tambour,
11 a quitté sa capitale ,
1 ^
Sa capitale !
J

Mars 1831.

�DE NAVARROT

LES

DEUX

177

JACQUES

AU PEUPLE JACQUES-BONHOMME
ET

A JACQUES

LAFITTE

Air : — Ma philosophie.

On parle d'un Jacques-Bonhomme ;
Pour ma part, moi, j'en connais deux,
Qu'à très-bon titre l'on renomme,
Celui-ci riche, et l'autre gueux.
Tous deux vivent en bons compères :
Quand l'un perdit, l'autre amassa,
Mais toujours partageant en frères ;
On ne saurait leur ôter ça !

Or, leur fortune ainsi diverse,
Un jour, les servit à la fois ;
Voilà que la Royauté verse ;
Pendant trois jours tous deux sont rois !
12

�CHANSONS

Le sceptre étant à qui le donne,
Au hazard, leur main le plaça,
Et d'eux on reçut la couronne ;
On ne saurait leur ôter ça !

Tous deux alors ayant voiture,
Pour y hisser la Eoyauté,
Il arriva que leur roture,
Hemit à pied la Liberté.
Et quand, pour reprendre la hotte,
Le couple ainsi se déplaça,
On dit qu'il était sans culotte ;
On ne saurait leur ôter ça !

Mais bientôt, pour soutenir l'autre,
On dit que l'un s'est ruiné...
— Quoi ! le mien n'est-il pas le vôtre, —
A toujours dit le moins gêné ?
Chez l'un que l'huissier se transporte,
Bien loin de rester en deçà,
L'autre va payer à la porte ;
On ne saurait leur ôter ça !

1830

�DE NAVARROT

AUX

GARDES

1*79

NATIONAUX

L'ACCEPTATION

Air: Rendez lui sou polit chapeau.

Sur mon épaule, eli quoi ! le fil de laine
A disparu... j'ai les cordons d'argent !
Moi, qui ne fus ni fourrier, ni sergent,
De chansonnier , me voilà capitaine !
Rendez-moi mon joli mousquet,
Mon épaulette jaune
Et ma simple drag-onne ;
Rendez-moi mon joli mousquet ,
Et ma giberne et mon briquet ! (ter)

Qu'un autre chef, au champ de la Victoire,
Vous trace un jour un glorieux sentier ;
Nous l'y suivrons... Mais chacun son métier :
Moi, je ne sais que chanter, rire et boire !
Rendez-moi

�180

CHANSONS

Car s'il advient que ma muse s'enivre ,
Mon commandant ne lui dira-t-il pas !
— Mademoiselle , il faut aller au pas !
Mais sans Bacchus la chanson ne peut vivre..
Rendez-moi

Je crains aussi, pour comble de détresse,
D'effaroucher par de pompeux, atours
Les Jeux, les Ris, Momus et les Amours,
Surtout le cœur d'une jeune maîtresse- !
Rendez-moi

Vous le voulez ! J'accepte ce beau grade,
Ce titre enfin, par vous à moi remis ;
Mais si pourtant ce titre, ô mes amis !
Doit me ravir celui de camarade...
Rendez-moi mon joli mousquet,
Mon épaulette jaune
Et ma simple dragonne ;
Rendez-moi mon joli mousquet ,
Et ma giberne et mon briquet ! (ter)

�DE NAVAREOT

LA

181

DÉMISSION

Air : Zon, zon, vive la folie !

Et zon, zon, zon,
Vive la fillette ;
Et zon, zon, zon,
Le vin, la clianson !

Un soir, au bal, trois militaires
A pleine voix chantaient en chœur, (bis)
Et tandis que Bacchus vainqueur
Débordait par dessus leurs verres,
Maint léger cotillon
Dansait au carillon ;
L'ivresse était complète !
Et zon, zon, zon,

Asseyez-vous, mon capitaine,
Me dit le plus ancien des trois ; (Us)
Vous boirez avec nous, je crois...
Et nous buvons à tasse pleine !

�182

CHANSONS

Moi j'aime la gaîté,
Surtout l'égalité,
Encorjplus la goguette :
Et zon, zon, zon,
A la santé du Quatorzième !
Ce numéro, c'est du bonheur ; (bis)
Qu'il resplendisse au champ d'honneur
Des mille feux d'un diadème !
Et je les mets en train
Par maint petit refrain
Que chacun d'eux répète !
Et zon, zon, zon,
Mais Phcebus luit dans la campagne ;
Et, l'épaulette du sergent
(bis)
Froissant l'épaulette d'argent,
Clopin-clopant on s'accompagne,
Capitaine et soldats,
Tant bien que mal au pas,
Sans tambour ni trompette !
Et zon, zon, zon,
Le capitaine est en goguette ! ■
Se dit maint cuistre du canton ; (bis)
Mainte bégueule du bon ton
Prétend qu'il sort de la guinguette :
Ciel ! un municipal,
Qui rentre ainsi du bal !
Un officier,... pompette! !
Et zon, zon, zon,

�DE NAVARROT

Voir ainsi rouler pêle-mêle ,
Sous des insignes d'officier ,
(bis)
Ce troubadour populacier
Entre des héros de gamelle ,
Et prendre, bras-dessous ,
Des soudards qu'à cinq sous
On loge par bïllette !
Scandale ! zon,

Faquins, je suis leur camarade ;
Honneur aux braves que voici !
(bis)
Le sac attend vos fils aussi ;
Le cœur fait tout et non le grade !
Et puis mes aigres-fins,
Jugez-vous de vos vins
Bien que par l'étiquette!
Et zon, zon, zon,

Je prétends vider plus d'un litre,
Choquant le verre avec nos preux; (bis)
Soldat et citoyen comme eux,
Est-il pour moi de plus beau titre !
Et puis, moi chansonnier,
J'irais me renier!
Au diable l'épaulette !
Et zon, zon, zon,
Vive la fillette ;
Et zon, zon, zon,
Le vin, la chanson !

183

�CHANSONS

184

PREMIER
DES

ANNIVERSAIRE

TROIS

JOURNÉES

LE GARDE NATIONAL ET LE SPECTRE DE JUILLET

Air : 0 Mont Saint-Jean.

Près du réduit de mon alcôve sombre,
Où de la paix repose un vrai soutien,
Un Spectre hier s'était glissé dans l'ombre ;
Voici quel fut notre étrange entretien :
— N'entends-tu pas le tambour qui résonne,
Des fiers clairons les accords expirants,
L'éclat du bronze et la cloche qui sonne!
Vole au convoi du dernier des tyrans ! '(bis)
Le Peuple-roi, morbleu ! tient sa promesse ! i
— Mon revenant, j'entends sonner la messe
Des martyrs de la liberté ;
Retire-toi, car le coq a chanté ! !

— Puisqu'en ce jour le prêtre chante et prie
Pour nous, martyrs, largement aspergés,
Sans doute aussi l'autel de la patrie
Reçoit les vœux des peuples insurgés...

�DE NAVAEROT

185

Vieux Te Deuni de la gloire française,
Si cher encore au franc Républicain,
Chant consacré de l'hymne Marseillaise,
Cours retentir de Paris à Pékin \ (bis)
Le Peuple-roi, morbleu! tient sa promesse !
— Mon revenant, j'entends

— Relevez-vous d'un honteux esclavage,
Peuples amis, du Rhin jusqu'à Madrid!
Que vos échos, de rivage en rivage,
Portent la joie au malheureux proscrit !
Ils sont debout aux bords de la Vistule,
Nos compagnons de gloire et de revers...
L'affreux Kalmouk d'épouvante recule,
Et nous salue au fonds de ses déserts ! (bis)
Le Peuple-roi, morbleu ! tient sa promesse !
— Mon revenant, j'entends

— Quel Dieu nouveau, dans sa marche rapide,
De nos guerriers accusant le retard,
Leur montre au loin, de son geste intrépide,
Le Mont-Cenis et le vieux Saint-Gothard !
Sous nos drapeaux, victorieuse et libre,
Oui, l'Italie a vu fuir le Germain ;
Saint-Pierre tremble, et les ondes du Tibre
Vont retremper le courage romain !
Le Peuple-roi, morbleu ! tient sa promesse !
— Mon revenant, j'entends

�186

CHANSONS

Disant ces mots, tandis que je m'éveille,
Le chant du coq a retenti deux fois ;
Le Spectre alors, soudain, prête l'oreille,
L'oiseau rechante... Il s'enfuit à sa voix.
Du noir fantôme, aux rayons de l'aurore,
Cherchant encor les yeux de basilic,
Je crie en vain, car je lui parle encore :
— Qui vient ici troubler l'ordre public ! ( bis )
De l'appuyer mon bras fit la promesse ! !
Puis je me dis : —■ J'entends sonner la messe
Des martyrs de la liberté !
Eeveillons-nous... carie coq a chanté !

�DE NAVARROT

SALUT

AUX ENFANTS DU NEUVIÈME
COUPLETS

FAITS

A

L'OCCASION D'UNE SÉRÉNADE

DONNÉE A L'AUTEUR
LA VEILLE DU PREMIER JOUR DE L'AN
PAR MESSIEURS LES MUSICIENS DU

9e

DE LIGNE

Air'.: De Julien (Vaudeville).

Quoi ! vous frappez chez l'humble chansonnier !
Fils d'Apollon, quelle erreur vous transporte !
De ses enfants, moi, je suis le dernier,
Eh ! mais vraiment vous vous trompez de porte.
Quoi ! l'on insiste ; à votre compliment
Je dois répondre, et mon trouble est extrême :
Ah ! recevez, Messieurs, tout uniment,
Mes vœux Français pour tout le régiment ;
Salut aux enfants du Neuvième !

J'ai de "Witeps eru revoir les héros,
Quand sur vos fronts promenant ma bobèche,
Au seul aspect de vos fiers numéros,
J'ai devant vous baissé mon casque-à-mèche.

�188

CHANSONS

Vous liéritez d'un chiffre glorieux ;
De la valeur qu'il soit toujours l'emblème ;
Il doit orner vos fronts victorieux :
N'êtes-vous pas les fils de tous ces preux !
Salut aux enfants du Neuvième !

Ah! puissiez-vous sur l'Adige ou le Rhin,
Aux murs d'Alger, aux champs de l'Ibérie,
Joyeux enfants du Peuple-Souverain,
Porter gaîment l'hymne de la patrie !
Mais l'Aigle-blanc ne périra jamais....
Nobles vengeurs d'un peuple qui vous aime,
Faites redire un jour aux Polonais,
De vos sapeurs revoyant les bonnets :
Salut aux enfants du Neuvième !

Et puissiez-vous n'être point compromis
Dans nos débats, nos discordes civiles !
Ne tuez point vos frères, vos amis,
Pour assurer le repos d'une ville !..
Non, non, jamais à l'ordre d'un faquin,
Vil artisan d'un coupable système,
Vous n'oserez tirer sur le péMn,
Serait-il même un peu républicain....
Salut aux enfants du Neuvième !

�189

DE NAVARROT

J'offrirais bien un prix à vos accords :
Mais où faut-il qu'un chansonnier le prenne ?
Entrez, du moins; car il fait froid dehors,
Quelques refrains vous serviront d'étrenne.
Le Dieu des Arts nous vend cher ses leçons,
Vous êtes gueux, et je suis fait de même.
Je suis sensible a d'aussi nobles sons,
Mais je ne puis les payer qu'en chansons :
Salut aux enfants du Neuvième !

1834

�190

CHANSONS

SYMPHONIE

2DE

L'HYMEN

COUPLETS POUR LA NOCE DE DEUX ENFANTS D'APOLLON
M. AYMER ET MUe NOBLET

Air: Les maris ont tort.

L'hymen est une symphonie ,
Le plus souvent un carillon ;
Mais pour y trouver l'harmonie ,
Parlez-moi des fils d'Apollon.
Chez ceux que son flambeau rassemble,
Malgré quelque petit discord ,
Pour arriver juste à l'ensemble ,
On finit par être d'accord.

Fi ! d'une femme dissonnante ,
Dont la voix prenant le dessus ,
Fait trop vibrer la Dominante,
Aux dépens d'un mari confus.
Que son gozier tendre et flexible ,
Discrètement, avec amour ,
Attaque la corde sensible
Et ne résonne qu'à son tour.

�DE NAVARROT

191

Monsieur tiendrait au Moderato ,
Trop souvent, du Minuendo ;
Madame voudrait de VIrato
Et raffolle du Crescendo.
Hélas ! l'hymen , sur son théâtre ,
Veut qu'on suive le mouvement,
Qu'on ne prenne pas du trois-quatre
Quand il faut du dense seulement.

Dans son ménage, l'on m'assure
Que tel époux... peu satisfait ,
A tour de bras bat la mesure
Pour rétablir l'accord parfait.
Mais un tendron docile et tendre ,
Qui, sans sortir du Diapason ,
Avec son mari veut s'entendre ,
N'a qu'à chanter à VUnisson.

Chez vous, ni Fugues, ni Caprices,
Mes amis, pour aucun Motif,
Ne viendront troubler les délices ',
Ni la paix du Ton Relatif.
Ah ! Que votre amour nous compose
Bientôt quelque petit Mineur ,
Qu'au bout de quelque temps de Pause
Nous verrons devenir Majeur !

�192

CHANSONS

Puissiez-vous au déclin de l'âge ,
Tels que Baucis et Philémon ,
Dans ce doux concert de ménage ,
Produire encor quelque Flon, Flou !
Puis, aujinal de la vieillesse ,
Evitant l'ennui du Solo ,
Ensemble expirer de tendresse
Dans l'extase d'un Trémolo!!

�DE NAVAEEOT

193

ÏJ~EJ CHOLÉRA

A M. GEOCHAN, PORTE-ÉTENDARD DU

14e

CHASSEURS

Air : Ba-ba-ba balancez-vous donc ,

Ce choléra, dont le fantôme
Assiège encor maint rêve-creux ,
De jour en jour se fait bonhomme :
Il n'en veut plus qu'aux malheureux
Que son approche rend peureux ;
A ces poltrons disant : — Je n'ose....
Lui dit : —■ Je vous métamorphose ,
Et morbleu ! corbleu ! ventrebleu !
Passez vite à la cyanose ,
Et morbleu ! corbleu ! ventrebleu !
Passez au bleu ! passez au bleu !

C'est vous , dit-il, que je décime,
Vous tous qui, devenus trembleurs,
Laissez Bacchus pour le régime!...
Vos mystérieuses pâleurs
Trahissent l'objet de vos pleurs,
13

�194

CHANSONS

Imberbes au corps diaphane ;
C'est vous aussi que je condamne :
Et morbleu ! corbleu ! ventrebleu !
Verts amateurs de la tisane ,
Et morbleu ! corbleu ! ventrebleu !
Passez au bleu , passez au bleu !

Vieux mécréants, rogneurs d'espèces,
Il faut filer, pâles rentiers !
On vous fera dire des messes
Mais qu'à leur tour vos héritiers
Bientôt se damnent tout entiers !
Pour vous que la crainte dévore,
Même l'or pur se décolore :
Et morbleu ! corbleu ! ventrebleu !
Vieux patardsquerienne redore,
Et morbleu ! corbleu ! ventrebleu !
Passez au bleu , passez au bleu !

Docteurs , ce que votre art enseigne
Ne saurait ralentir mon cours ;
Sans vous et malgré vous je règne ,
En dépit de vos longs discours,
De vos rapports beaucoup moins courts;
Vous n'avez encor su connaître
Que la couleur de votre maître :

�DE NAVARROT

195

Et morbleu ! corbleu ! ventreblou !
Noirs docteurs pour sonder mon être,
Et morbleu ! corbleu ! ventrebleu !
Passez au bleu , passez au bleu !

Il dit enfin aux bons apôtres :
Aimez, buvez comme devant ;
Secourez-vous les uns les autres ,
Et, sans le bouillon du couvent,
Vous survivrez!... oui, Bien vivant!
Frottez l'amour de vieux Bourgogne,
Vins de Béarn ou de Gascogne :
Et morbleu ! corbleu ! ventrebleu !
Verts-galants à la rouge trogne,
Et morbleu ! corbleu ! ventrebleu !
Vous ne passerez pas au bleu !
ENVOI
Accueille ma chanson nouvelle ~,
0 ménestrel, porte-étendard ,
Qui me saluas Philomèle ,
Moi, gros Pierrot, bien piaillard,
Et souvent par trop égrillard !
Du coq Français, échos fidèles,
Chantons et la gloire et les belles :
Et morbleu ! corbleu ! ventrebleu !
S'il nous protège de ses ailes,
Et morbleu ! corbleu ! ventrebleu !
Nous ne passerons pas au bleu !
1834.

�196

NOËL

lle

A MAD.

JULIEN, MAITRESSE

DE MUSIQUE A OLORON

Levez-vous, pasteurs, levez-vous !
Pasteurs, levez-vous à la ronde !
Venez adorer à genoux
Un Dieu né parmi vous.
Déjà l'enfer, le ciel, la terre et l'onde,
Ont proclamé le Eédempteur du monde !
Levez-vous, pasteurs, levez-vous !
Pasteurs, levez-vous à la ronde !
Venez adorer à genoux
Un Dieu né parmi vous !

Jésus est né du sein d'une mortelle,
Pauvre et souffrant dans un obscur réduit ;
Courez, pasteurs, courez, troupe fidèle!
Vers son berceau quel astre vous conduit?..
Courez, pasteurs, c'est l'étoile du Mage
Qui porte l'or et la myrrhe et l'encens.
Vous, d'un cœur simple apportez-lui l'hommage:
Il le préfère aux plus riches présents.
Levez-vous

�197

DE NAVARROT

Aux voix du ciel qui chantent sa victoire,
Enfants joignez vos modestes concerts ;
L'enfer lui-même a proclamé sa gloire,
Tout la redit, et la terre et les mers...
Voyez s'ouvrir les voûtes éternelles :
Déjà quittant le céleste séjour,
Les Chérubins ont déployé leurs ailes
Vers cet Enfant, objet de leur amour !
Levez-vous

Lui, dont la main dispense les couronnes,
Ou les retire au front des plus grands rois,
Lui, dont la gloire abaisse tous les trônes,
Le fils de Dieu va mourir sur la croix !
Mais son trépas affranchit notre peine,
Et de son sang le nôtre est racheté :
Oui, de l'enfer il vient briser la chaîne ;
A l'homme il a rendu la liberté !
Levez-vous, pasteurs, levez-vous !
Pasteurs, levez-vous à la ronde !
Venez adorer à genoux
Un Dieu né parmi vous.
Déjà le ciel, l'enfer, la terre et l'onde,
Ont proclamé le Eédempteur du monde !
Levez-vous, pasteurs, levez-vous !
Pasteurs, levez-vous à la ronde !
Venez adorer à genoux
Un Dieu né parmi vous !
1834

�198

AH !

LE

JOLI

DROIT,

MONSEIGNEUR, !

A

M.

LAMOTTE-D'INCAMPS

Ses amis lo traitent quelquefois, plaisamment, de Monseigneur, parce qu'il habite l'ancien château de Moumour, qui
lut bâti jadis par un évéque d'Oloron. M. Lamotte présidait le
collège électoral de Bayonne, lor3 de la première nomination
de M. J. Lafltte pour lo département des Basses-Pyrénées.

Air : Oh ! vous avez des droits superbes !

Prélat, que je te porte envie,
Toi qui laissant flotter ton bac,
Descends le fleuve de la vie
Entre le vin et le tabac.
Sans aumônier qui te confesse,
Des Saints tu pressens le bonheur ;
Et tu ne dis jamais la messe...
Ah! le joli droit, Monseigneur !

�199

DE NAVARROT

Au lieu de la mitre fendue,
Un simple bonnet de coton
S'allonge sur ta tête ardue ;
Ta crosse n'est qu'un vert bâton.
Mais tu conquis le privilège
De présider, du banc d'honneur,
Autre part qu'au Sacré-Collége...
Ah ! le joli droit, Monseigneur !

Il faut bien que dans ta légende
L'Amour soit mis au premier rang :
Car de Lévites une bande
A nos yeux révèle ton sang.
L'Amour sur eux garde hypothèque !
Chez toi, par sa douce faveur,
De père en fils on est évêque...
Ah! le joli droit, Monseigneur!

Pour toujours du seuil de l'office
Par toi le jeûne fut banni ;
Certes on trouve à ton service
Beaucoup plus que du pain béni.
Oui, ton Excellence nous traite,
En bon et commode pasteur ;
Tu n'entres jamais en retraite :
C'est ton plus beau droit, Monseigneur!
1835

�200

CHANSONS

CRÉDIT

EST

MORT !

A Mme ET M. BARBEREN, NÉGOCIANT A BEDOUS

Air : De Bavard.

Voleurs, dont l'œil jaloux contemple
Ces murs et ces riches lambris,
Eestez à la porte du temple ;
Eespect au seuil de ce parvis !
Suppôts du temple de Justice,
De ce lieu ne tentez l'abord;
Lisez : — écrit au frontispice —
Crédit est mort !

0 vous, dont l'esprit ne s'exerce
Qu'à produire des non-valeurs,
Prenez-vous le dieu du Commerce,
Ici, pour le dieu des voleurs !
Les prêtres de l'agiotage
N'ont ici gîte, passeport ;
Pour eux, ici, point de courtage :
Crédit est mort !

�DE NAVARROT

Fraudeurs, arrière tout profane
Qui croit ici tenter le dieu !
Sachez que l'œil de la douane
Veille à la porte du saint-lieu.
Jamais d'avance une commande,
Bourse en main, franchissant le port,
N'ira payer la contrebande :
Crédit est mort !

Dans ce lieu saint la banqueroute
N'a point droit d'hospitalité ;
Mais ce lieu s'ouvre, sur sa route,
A tout ami de la gaîté.
Du Basque, ici, le cœur, la bourse,
Lui sont ouverts de prime-abord ;
Non, Crédit n'est pas sans ressource :
Il n'est pas mort !

Du ciel la faveur peu commune
Comblera ce divin séjour,
Et ce temple de la fortune
Deviendra celui de l'amour.
D'un couple heureux l'humeur accorte,
Le cœur ouvert comme un trésor,
Ne laisseront que sur la porte :
Crédit est mort !

201

�202

CHANSONS

ENTRÉE

EN

PARADIS

DE CHARLES MAURICE DE TALLEYRAND

Air : Le Carnaval de Béranger.

Au Paradis tous les Saints en livrée
Poussaient le char d'un nouveau converti,
Tenant en main une carte d'entrée,
Bien qu'un peu tard il eût pris son parti.
Pierre leur dit : —■ Eh ! Messieurs, c'est Maurice,
Un mécréant, un indigne pécheur !
— Eaison de plus pour qu'on se réjouisse,
Lui répétaient tous les anges en choeur ! !

Du Paradis avant d'ouvrir la porte,
Pierre reprend par le trou du guichet :
— Quoi ! parmi vous, un patron de la sorte,
Un renégat, portant mitre et rochet !
Eh quoi ! pourvu que l'on se convertisse,
Peut-on trahir loi, Dieu, patrie, honneur!
— Eaison de plus pour qu'on se réjouisse,
Lui répondaient tous les anges en chœur ! !

�DE NAVARROT

— Le voyez-vous sur la place publique,
Parodiant le culte du Saint-Lieu,
Bénir les drapeaux de la République,
Puis la trahir, comme il trahit son Dieu !
Au trône, un jour, sans que le pied lui glisse,
Il fait monter un grand usurpateur !
— Raison de plus pour qu'on se réjouisse,
Lui répondaient tous les anges en chœur ! !

— Entre ses mains tout va de mal en pire :
Autrefois traître au fils de Saint Louis,
Il va trahir l'Empereur et l'empire,
Il vend encore une fois son pays !
Pendant quinze ans, un honteux armistice
Livre la France à l'ennemi vainqueur !
— Raison de plus pour qu'on se réjouisse,
Lui répondaient tous les anges en chœur ! !

— Quand des Bourbons la vieille dynastie
Vint à crouler aux cris de... Liberté !
« Ma foi, dit-il, ils perdent la partie ;
« A moi Philippe ! et changeons de côté...»
Des rois du Nord inflexible complice,
Il eût trahi le nouveau successeur !
— Raison de plus pour qu'on se réjouisse,
Lui répondaient tous les anges en chœur ! !

�204

CHANSONS

Charles reprend : — Tu renias ton maître,
Tant que le coq n'eut pas chanté trois fois !...
— Mais je pleurais, répond Pierre à ce traître,
Lorsque le coq fit entendre sa voix....
Le Coq-Gaulois de mainte cicatrice
Te doit la honte, et tait son deshonneur !
— Raison de plus pour qu'on se réjouisse,
Lui répétaient tous les anges en chœur ! !

— Dieu, Père et Fils, Saint-Esprit et Marie,
Du Paradis c'en est fait aujourd'hui,
Disait Saint Pierre ; avisez, je vous prie,
Que tout l'Enfer n'entre pas après lui !
D'un pied boiteux le drôle ici se glisse
Pour détrôner notre Maître et Seigneur !
— Eaison de plus pour qu'on se réjouisse,
Lui répondaient tous les anges en chœur ! !

— Qu'au Purgatoire il fasse quarantaine !
Il faut d'abord le bien purifier ;
Ce scélérat nous porte la gangrène,
Lavez-le, avant de le sanctifier !.... —
Mais, vainement l'Esprit-Saint se hérisse ;
Le Saint des Saints a beau frémir d'horreur !
— Eaison de plus pour qu'on se réjouisse,
Disaient toujours tous les anges en chœur ! !

�205

DE NAVARROT

JSTE

PLEUREZ

PAS

POULET A MUE DARTIGAUX
LE LENDEMAIN DE SA NAISSANCE

Hier encore à votre mère
Je prédisais un héritier ;
Vous devancez ce petit frère,
Pour faire mentir le sorcier.
Mais, sur la future couvée
Puisque vous avez pris le pas,
Je vais chanter votre arrivée :
Ne pleurez pas !

Quoi ! vous, pleurer ! oh, l'on se moque !
Avant de rompre la cloison,
Vous avez ri dans votre coque,
En écoutant mainte chanson !
Hier, Momus et la Folie,
Chez vous, ont pris leurs grands ébats :
Vous serez rieuse et jolie
Ne pleurez pas !

�206

CHANSONS

A travers mon bon télescope,
J'ai bien lorgné dans l'avenir...
Osez démentir l'horoscope !
A seize ans, je vous vois venir ;
Un beau Monsieur, Dieu me pardonne!
Ose prétendre à tant d'appas,
Et moi, barbon, je vous chansonne !
Ne pleurez pas !

�DE NAVAEROT

LE

DOYEN

DE

207

LA JEUNESSE

A MES JEUNES AMIS

Air : Du Premier Prix.

Oui, sur ma tempe qui grisonne,
Complice de la main du temps ,
L'hiver en fils d'argent foisonne,
Hélas ! hélas ! j'ai quarante ans !
Ici, que chacun reconnaisse
Ce qu'on leur doit d'autorité ;
Enfants , buvez à ma santé ,
Place au doyen de la jeunesse !

Je touche au haut de ma carrière ,
Et m'assieds au bord du chemin ;
C'est pour regarder en arrière,
Et] vous dire adieu de la main.
Tournant le dos à la vieillesse,
Ainsi qu'à son couchant lointain,
Je fais mes adieux au matin ;
Place au doyen de la jeunesse !

�208

CHAXSONS

Pour vous, l'amour, à son aurore,
Eclaire des champs fortunés,
Où je puis bien glaner encore ,
Mais où vous tous, vous moissonnez...
Sous l'arbre heureux de la tendresse,
Si je cueillais un dernier fruit,
Mes chers enfants, faites sans bruit
Place au doyen de la jeunesse !

Pour moi, grâce au jus de la treille,
Couleront encor de beaux jours ;
Que Dame-Jeanne, la bouteille,
Me console un peu des amours...
Auprès d'une telle maîtresse ,
Je puis me croire sans rivaux ;
Vous savez tous ce que je vaux :
Place au doyen de la jeunesse !

Si, jadis, notre divin Maître
Subit un indigne trépas ,
Tous les ans on le voit renaître ,
Que ne renaîtrions-nous pas !
Oh ! sans attendre la vieillesse ,
Si l'on renaissait au bonheur,
Je céderai vite l'honneur
D'être doyen de la jeunesse .
25 Décembre 1839.

�DE NAVARROT

209

TOAST A JASMIISf

DANS UN BANQUET QUE LES COIFFEURS DE PAU

OFFRIRENT AU POÈTE-COIFFEUR D'AGEN

EN Y CONVIANT NAVARROT

On dit que tous les arts sont frères,
Tous issus d'un centre commun.
Dans cet homme, ô vous, ses confrères,
Le vôtre et le mien ne font qu'un :
Oui, nos métiers, le mien, le vôtre,
Se sont incarnés dans Jasmin;
Et quand il dit sa patenôtre,
Nos arts se tiennent par la main.

Auteur de doubles papillottes,
Poète ou coiffeur avéré,
Sous sa main il a deux marottes,
Qu'il tourne et retourne à son gré.
Doublement il coiffe une tête,
Doublement il rase un vilain :
Oui, chez le perruquier»poète,
Nos arts se sont donné la main.
14

�CHANSONS

Pour lui, remplissons notre coupe,
Vous artistes, et moi rimeur ;
Je ne suis votre frère en coupe,
Nous sommes cousins par son cœur !
Trinquez à votre bon confrère
Avec votre cousin-germain ;
Qu'au moins je sois votre compère,
Amis, serrons-lui tous la main !

Octobre 1840.

�211

L/ES

BOURGEOIS

DE

CALAIS

A M. EOLLET
GÉRANT DE L'ÉMANCIPATION DE TOULOUSE

Air : Pégase est un cheval qui porte

Jadis, certain roi d'Angleterre
Pressant la ville de Calais,
Six bourgeois en captifs de guerre
Se rendent au camp de l'Anglais.
En chemise et pieds-nus, à terre,
Près du monarque ils ont accès :
Car c'était un roi d'Angleterre,
Et ces captifs étaient Français !

Or le puissant roi d'Angleterre,
Pour venger son honneur anglais,
Voulait en prisonniers de guerre
Traiter ces bourgeois de Calais...
La Eeine se prosterne il terre,
Et prie avec tant de succès
Son époux, le roi d'Angleterre,
Qu'il pardonne aux captifs Français!

�CHANSONS

Es-tu vassal de l'Angleterre,
Toi, qu'en vrai bourgeois de Calais,
On pousse, en prisonnier de guerre,
Vers quelque tribunal anglais,
Pieds-nus, traînant la chaîne à terre,
Toi, qu'on torture sans procès ?
T'enverrait-on en Angleterre,
Pour avoir été trop français?

Hélas ! pour plaire à l'Angleterre,
A Toulon, à Brest, à Calais,
On parque nos vaisseaux de guerre..
C'est l'ordre donné par l'Anglais !
Pour que la France, genou-terre,
Expie ainsi ses vieux hauts-faits,
Avons-nous un roi d'Angleterre ?
Nos ministres sont-ils Français?

�DE NAVARROT

213

UN OUBLI!

A MM. MES CONFRÈRES DU BARREAU DE PAU

A l'occasion d'un dîner offert à M. Martin ( de Strasbourg),
ils avaient oublié de m'adresser un billet d'invitation qu'ils
devaient à mon titre d'avocat.

Air : Les Anges du foyer.

Certain lundi, si j'ai bonne mémoire,
Bien assisté de Lombard, mon parrain,
Je fis serment d'entrer dans le grimoire,
Et d'abjurer à jamais tout refrain.
Puis, au greffier laissant diplôme en gage,
Chez Jean Tourné, par un tour d'écolier,
Avec parrain je commençai mon stage....
Frères-amis, vous deviez m'oublier !

Pour bien défendre un ami, mon confrère,
Vous appelez ici l'honneur du corps,
Deux bons gaillards, qui savent leur affaire ;
Qu'eussé-je fait entre ces matadors!

�214

CHANSONS

Nos ennemis étaient... j uge et partie :
Qu'aurais-je pu défendre ou pallier?
Pauvre Marrast ! cruelle départie ! !
Frères-amis, vous deviez m'oublier !

Mais aujourd'hui vous fêtez un digne homme,
De tous nos droits noble représentant ;
M'eût-il fallu retirer mon diplôme ?. .
Ne suis-je pas un avocat chantant ?...
Quoi donc ! sans moi, vous chantez la patrie,
La liberté !... Foi d'un vieux bachelier,
Avec raison le chansonnier vous crie :
Frères-amis, deviez-vous m'oublier !

1847

�DE NAVARROT

215

GERMAIN! GERMAIN" !
A MON COUSIN EDOUARD DARTIGAUX
CHEZ QUI NOUS ÉTIONS EN VILLÉGIATURE

Air : J'aimons que l'on chante gaiment.

Faut-il qu'à t'appeler eiivain
Ici l'on s'évertue !
T'as l'air d'une statue ;
Est-c' que t'aurais peur pour ton vin?
T'es sourd peut-être,
Ou ben ton maître,
Peut-être à part, t'a dit de le paraître...
Demain, demain, mon cher Germain,
Nous nous remettrons en chemin ;
Germain ! Germain ! Germain ! Germain ! Germain !
Verse-nous donc à boire,
Ou, de par Saint-Grégoire,
Nous défonçons ta cave et ton armoire '

Qu'ici l'on s'enivre à loisir,
Et fais-nous en bon drille,
Dans le vin qui pétille,
Mousser la joie et le plaisir!

�216

CHANSONS

C:ulez, Champagne
Et vins d'Espagne!
Que ce séjour soit un pays d'Cocagne!
Demain,....

La haut, le ramier fait l'amour,
En bas, le mouton bêle ;
Et le nez sous son aile,
Entre deux, ronfle maint vautour.
Mouton, colombe,
Double hécatombe,
Nos estomacs vont vous servir de tombe !
Demain,....

Mais v'ià, sans rime ni raison
Ton maître qui nous crie :
« Pour une hôtellerie
« Aurait-on pris cette maison? Ï
Dis-lui : « Bonhomme,
« J' faisons tout comme,
« Tu n'es pas maître ici lorsque j'y sommes ! »
Demain, demain, mon cher Germain,
Nous nous remettons en chemin ;
Germain ! Germain ! Germain ! Cermain ! Germain !
Verse-nous donc à boire,
Ou, de par Saint-Grégoire,
Nous défonçons ta cave et ton armoire !
1837

�211

DE NAVARROT

JOURNEE LE PLUIE

POUR UNE EXCURSION AUX

EAUX-BONNES

A MON AMI LE DOCTEUR DARRALDE

Air :

C'est trop dormir, ma belle.

Dieu de cette fontaine,
Toi qui vois dans la plaine
Les blancs épis jaunir!
Pour qui ce ciel qui gronde,
Cette eau qui nous inonde ?
Qui veux-tu donc punir ?

Pour un buveur d'Automne,
Que le pampre couronne,
Quelle douche, ma foi !
J'ai cru que les Pléiades,
Les urnes des Hyades
Déborderaient sur moi !

�CHANSONS

Malheur à moi profane,
Qui vins fronder l'arcane
De tes flots immortels,
Et du Dieu des vendanges
Entonner les louanges
Au pied de tes autels !

Je conçois ma disgrâce.
Mais que t'ont fait, de grâce,
Les amours, la beauté,
Dont la lointaine course
Vint puiser à ta source
L'éclat de la santé !

Dieu de cette onde pure,
Eeprends ton doux murmure.
Fais briller tant d'attraits !
Et, dans les sucs d'ânesse,
Verse à flots la jeunesse...
J'en veux boire à longs traits

Oli ! rends à la cascade
Ses perles en arcade,
Sa gerbe aux sept couleurs !
Qu'alors ma lèvre impie,
En frissonnant, expie
Ses bachiques clameurs...

�DE NAVAIÌROT

Bientôt, lorqn'à ma lyre
Bacchus et son délire
Rendront de joyeux sons,
Si ma voix les seconde,
Je dirai que ton onde
M'a rendu mes chansons !

-*-

219

�CHANSONS

220

BÉATIN !

A MES HONORÉS CONFRÈRES

MESSIEURS

LES

ÉLECTEURS

DES

BASSES-PYRÉNÉES

Air : Messieurs les Etudiants.

Messieurs les Electeurs
Du pays d'Henri-Quatre
Sont des escamoteurs,
Votant sans rien débattre.
Béarn ! Béarn ! Béarn !
Tu fus Français trop tard,
Et jw, piw, piu! Tra, la, la, la, la î

Qu'une opposition
Soit très-parlementaire,
Ils ne disent pas non ;
Mais ils la laissent faire.
Béarn !

�DE NAVARROT

Guizot, Tliiers ou Persil?
Leur vote censitaire
Eépond : Qu'importe ? Est-il,
Est-il un ministère ?
Béarn !

Etre Français, Lapon...
Pour eux simple nuance !
Je crois que pour un pont
Ils donneraient la France !
Béarn !

Par eux, rien ne défaut,
Chemins, fanaux, lanternes ;
De l'urne, s'il le faut,
Sortiront des casernes !
Béarn !

Par eux, les gens de Pau,
Fiers de leur Henri-Quatre,
L'obtinrent en tableau,
Ils vont l'avoir en plâtre.
Béarn !

221

�222

CHANSONS

Dût-on bloquer Paris,
Dit-on prendre l'Alsace ;
Il leur faut, à tout prix,
A chacun une place !
Béarn!

Chacun est satisfait :
Tout leur va bien quand môme ;
C'est que de notre lait
Ils écument la crème !
Béarn!

Comme auprès du Pouvoir
Ils ont leurs privilèges,
Ils ne veulent point voir
Reformer leurs collèges...
Béarn !

Mon bon département,
Que le bon Dieu t'éclaire !
Car tu tournes, vraiment,
Le dos à la lumière !...
Béarn ! Béarn ! Béarn !
Tu fus Français trop tard,
Et ymi, piu, piu! Tra, la, la, la! la!

�DE NAVARROT

A MON PATRON

St-FBANÇOIS-SAVIER.

Air : Jadis, un grand prophète.

Flânant seul autour de ma chambre,
J'avise en mon calendrier
Sainte-Eloque, au trois de décembre ;
Jadis, c'eût été Saint-Xavier !
Ce jour, ô patron fils d'Ignace,
Osé-je le sanctifier !
De l'Almanach même on vous chasse...
Qu'en dites-vous, bon Saint-Xavier?

Mais par la porte ou la fenêtre,
Chassés, vite tous vous rentrez !
Votre règle chez nous pénètre,
Vous y voilà bien restaurés.
Que de couvents, en son enceinte,
Vous voit étendre, édifier,
Notre O'oron, la cité sainte!
Qu'en dites-vous, bon Saint-Xavier?

�224

CHANSONS

De ma chambrette solitaire,
Qui domine au loin sur les eaux,
J'aperçois votre monastère,
Dans les airs comme un nid d'oiseaux.
C'est là votre cité fidèle ;
Elle semble tout défier :
Serait-ce une Fribourg nouvelle?
Qu'en dites-vous, bon Saint-Xavier?

Un chansonnier n'est point prophète,
Et du vin la sombre vapeur
Ne doit point troubler notre fête.
A votre santé! Mais j'ai peur !...
Prudemment, de mes chansonnettes
Que je n'ose vous dédier,
Si je faisais des allumettes?
Qu'en dites-vous, bon Saint-Xavier ?

�225

A M™ LA DUCHESSE DE MONTPENSIEE

Sur l'air de la Cantate

Passez, noble Princesse,
Passez sur des chemins de fleurs,
Passez vite, passez, puissance, amour, jeunesse !
A nous, demain, les pleurs ! !

C'est toujours séduisant, un jeune mariage !
Malgré nous, son bonheur se reflète à nos yeux :
On se laisse emporter à l'émouvant mirage;
Son bonheur un instant devient contagieux.
Passez, noble Princesse,

Pourtant, si vous saviez.... Dans la ville voisine,
Enfant, que de malheurs, que d'horribles trépas ! !
A vous donc le bonheur, à d'autres la famine....
Mais vous êtes enfant !... Passez, n'y songez pas....
Passez, noble Princesse,
15
f

�226

CHANSONS

Ce n'est pas tout, enfant !.. Un affreux cataclisme
Etale ses horreurs, et vous attend plus loin....
Enfant, vous ne voyez rien qu'à travers un prisme;
Passez, passez, enfant, vous ne le verrez point ! ! !
Passez, noble Princesse,

Pour vous partout des fleurs... La gent officielle
Aplanit les chemins, vous porte sur les eaux ;
Pour appui, que du moins à votre passerelle
Leurs dos voûtés partout présentent des arceaux !
Passez, noble Princesse,
Passez sur des chemins de fleurs,
Passez vite, passez, puissance, amour, jeunesse !
A nous, demain, les pleurs ! !

Oct. 1846.

�22TÍ

LE

ROI

DE

LA

CHANSON

A BÉRANGER

Air : Du Général Tom-Pouce.

Grand roi de la chanson,
Dieu ! quel grand interrègne ,
Rentrez à la maison ,
Qu'un peu l'on vous y craigne ;
Vous voilà restauré !
Pour quel pays honnête
Aviez-vous émigré ,
Roi de la chansonnette ?

Qu'elle aime à vous revoir,
Faite à la monarchie !
Sans vous, tout son pouvoir
Tombait dans l'anarchie,
Quand vous, filleul disert
De St-Jean le Prophète,
Vous chantiez au désert ,
Roi de la chansonnette !

�CHANSONS

Filie libre autrefois ,
Elle obéit sans peine
A vos sévères lois.
De bon cœur et sans gène
Elle chérit enfin
Votre sceptre ou baguette ,
Seul roi de droit divin ,
Roi de la chansonnette!

« Fi de la liberté !
« Dit-elle ; il me fait reine !
« J'aime sa royauté
« Qui me rend souveraine. »
Mais grâce au gai refrain ,
Mis par elle en goguette ,
Chacun est souverain....
Roi de la chansonnette !

«
»
»
»
»
»
»
»

Bon roi, que ton retour
Dit-elle, soit durable !
Ton intérim d'un jour
M'est incommensurable...
Est-il sans toi, pour moi
Victoire ni conquête ?
Tout mon état c'est toi ,
Roi de la chansonnette !

�229

DE NAVAKROT

L'impôt universel
Que vous levez par elle ,
Est un impôt de sel,
Perçu sans la gabelle ,
Sans intendant , morbleu !
Votre liste est discrète :
Vous vivez de si peu ,
Roi de la chansonnette !

Vous avez une cour...
Mais c'est toute la France !
Pour garde , son amour ;
Dehors, mainte alliance.
Chez vous, sans esponton ,
Mais Adèle vedette ,
La gloire est de planton ,
Roi de la chansonnette !

Oh ! n'émigrez donc plus !
Quand le flux vous rapporte ,
Je crois que le reflux
Les autres rois emporte...
Puisque vous leur donnez
La poudre d'escampette,
Régnez et gouvernez ,
Roi de la chansonnette !
184TI

�230

BON VOYAGE
CHERS

CONCURRENTS

COUPLETS ADRESSÉS AUX REPRÉSENTANTS DU PEUPLE
PARTANT POUR L'ASSEMBLÉE CONSTITUANTE

Air : Bon voyage, cher Dumolet.

Bon voyage,
Chers concurrents,
Vite à Paris débarquez sans naufrage !
Bon voyage,
Chers concurrents,
Ne manquez pas d'écrire à vos parents !

Partez, partez, Députés du miracle,
Des eaux du Gave aspergés en saint-lieu ;
Quand le- Clergé de Dieu se fait l'oracle,
La voix du peuple est bien la voix de Dieu !
Bon voyage,

�DE NAVARROT

231

Traversez vite et Garonne et Gironde,
Du libre vote essaim par Dieu gâté ;
Ne vous baignez, ni buvez à leur onde :
On ne peut y trouver la vérité !
Bon voyage,

Arrivés aux bords fleuris de la Loire,
Dont l'onde est pure et les flots sont français,
Ne craignez pas, chers amis, d'en trop boire :
Puisez, puisez, sans redouter l'excès !
Bon voyage,

Puis,je vous vois boire aux flots delà Seine !
Ses flots jamais ne sauraient vous tromper ;
Aux réacteurs seuls on la dit malsaine,..
Auriez-vous peur de vous y retremper !
Bon voyage,

Vous avez eu la victoire assurée ;
Vous me laissez vaincu, non sans honneur..
Heureux vainqueurs, mettez-nous en curée
Moi, puis Chaho, Pinède et Monseigneur !...
Bon voyage,

�232

CHANSONS

Mais non ! chassé des coteaux où l'aurore
Mûrit le vin, père de la chanson,
Républicains ! je veux qu'on m'y restaure,
Moi, roitelet de Ganet Jurançon !
Bon voyage,
Chers concurrents,
Vite à Paris débarquez sans naufrage !
Bon voyage,
Chers concurrents,
Ne manquez pas d'écrire à vos parents ?

�DE NAVARROT

RETOUR

IDE

233

L'HIRONDELLE

A MON AMI AU G. CLAVERIE

Air : Laissez les roses aux rosiers.

Hier, la première hirondelle
Venait m'annoncer le printemps,
Lorsqu'un ami, sûr et fidèle,
Chez moi frappait en même temps.
Tous deux, dans ce modeste asile,
Tous deux ramenaient les beaux jours.
Les oiseaux que l'hiver exile,
Au printemps reviennent toujours !

Partis d'une terre étrangère,
Fuyant le Simoun du désert,
Tous deux, sous mon toit solitaire,
Venaient chercher gîte et couvert ;
Tous deux, sous un ciel plus tranquille,
Viennent me chanter leurs amours...
Les oiseaux

�234

CHANSONS

De l'Atlas ils ont vu la cime.
A ses pieds, ô spectacle affreux !
La mort, cruel vautour, décime
Tant d'exilés, plus malheureux !
Fuyez, oiseaux, d'un vol agile,
Pour éviter aigles, vautours !...
Les oiseaux

Du moins, ami, quand l'hirondelle
S'envolait aux lointains climats,
Elle emportait à tire d'aile
Les amours et les doux ébats...
Tandis qu'à ta plainte inutile
Les échos déserts étaient sourds !
Les oiseaux

Puisque le printemps vous rassemble,
Que l'amour ici vous bénit,
Oiseaux, restons toujours ensemble;
Et ne quittez plus votre nid !
Oui, venez souvent, à la file,
De mes vieux ans charmer le cours.
Les oiseaux que l'hiver exile,
Atr'printemps reviennent toujours I

�235

DE NAVARROT

PEUPLE

SOUVERAIN

A MON AMI MICHEL RENAUD

REPRESENTANT DU PEUPLE

Qu'un peuple est grand! qui, pauvre, gai, modeste,
Seul maître après tant do sang et d'efforts,
Chasse, en riant, des maîtres qu'il déteste,
Et de l'Etat garde à jeun les trésors!...
BÉRA.NGER.

Toi qui sur la paille
Meurs souvent de faim !
Dieu t'a dit : Travaille,
Si tu veux du pain !
Sur la terre et l'onde,
Laboureur, marin,
Sillonne le monde,
Peuple Souverain !
Bon courage,
A l'ouvrage !
Brave Ouvrier,
A ton métier !

�236

CHANSONS

Ravis à la terre
Ses plus durs métaux ;
Que ta main l'enserre
Sous mille réseaux...
Cours, rame, navigue
Jusque dans les airs ;
De ton poids fatigue
Terre, Cieux et Mers...
Bon courage,

Travailleur immense,
Fonds dans ton labeur,
Qui toujours commence,
Ton sang, ta sueur.
Puis, Roi sans asile,
Solde le loyer
D'un sol infertile,
Pour toi sans foyer...
Bon courage,

Car dans ton empire
Tu subis la loi ;
L'air qu'on y respire
N'est pas même à toi !
Las de te permettre
De stériles vœux,
Parle donc en maître,
Dis enfin : Je veux !
Bon courage,

�DE NAVARROT

0 toi, dans nos villes
Puissant défenseur,
Toi, de nos bastilles
Grand démolisseur !
Roi de l'industrie,
Rebâtis à neuf
Ta vieille patrie
De Quatre-vingt-neuf !
Bon courage,

L'Ere si féconde
De l'Egalité
Reluit pour le monde
Par toi racheté !
Bientôt plus de guerres :
Soumis à ta voix,
Les hommes sont frères,
Les Peuples sont Rois !
Bon courage,
A l'ouvrage ?
Brave Ouvrier,
A ton métier !

23T

�238

LA

MUSE

QUÊTEUSE

AU PREMIER BAL DE CHARITÉ DONNÉ A OLORON
LE

12

FÉVRIER

1862

Air: Dis moi donc, mon petit, Hippolyte.

Ma muse, aujourd'hui vieille fille,
Dans son amour du genre humain,
Ose encor tendre sa mandille
A ses chalands de longue main.
Elle eut toujours, cette emprunteuse,
Un cœur plein d'hospitalité...
Est-il pour la vieille quêteuse
Encore un brin de charité ?

Aux jours où sur sa jeune lyre
Résonnaient de joyeux versets,
Tous, pour mettre en sa tire-lire,
Fouillaient, fouillaient dans leurs goussets.
Alors, la mutine chanteuse
Exploitait sa virginité...
Est-il pour la vieille quêteuse
Encore un brin de charité ?

�DE NAVARROT

Du prochain l'amour la consume;
N'allez pas lui parler raison,
Lorsque sa pitié se rallume
Aux feux de l'arrière-saison.
A son âge, on n'est plus honteuse ;
On prend les cœurs d'autorité !
Est-il pour la vieille quêteuse
Encore un brin de charité ?

Rentre au logis, va, vieille folle !
Le monde ne veut plus de toi.
Prends garde qu'on ne te racolle :
Tu mendiais contre la loi !
Du bal même on proscrit l'aumône,
Pour tuer la mendicité ;
Et pas un, en secret, ne donne :
C'en est fait de la charité !

239

�240

CHANSONS

LES

EMPENNÉS

A M. ***, CONFRÈRE

EN

POÉSIE

Ces jolis vers, enfants de ton amour,
D'un amour pur, délicat, légitime,
Sont-ils donc faits pour garder l'anonyme,
Pourquoi leur refuser le jour?
Ils sont d'assez bonne lignée,
Pour se montrer, Dieu merci !
Puis d'eux n'ayons aucun souci...
J'ai vu la cohorte empennée
De tous ces petits angelots
Depuis si longtemps éclos,
S'élançant de son nid, coquette et bien peignée,
Déjà se préparer à prendre son essor....
Pourquoi les retenir encor?
Laissez-les s'envoler aux champs de la lumière!
Leur aimable paupière
Ose déjà braver les rayons du soleil,
Et n'attend plus que son réveil
Pour s'élancer dans la carrière...
Laisse-les s'envoler du paternel logis !
Après avoir coura par les monts, par la plaine,
Choyés, fêtés en tout pays,
Ils te rapporteront de leur course lointaine
Les bravos qu'ils t'auront conquis...

�DE NAVARROT

241

Pour les miens, c'est une autre affaire!...
Ce sont de petits vagabonds,
Qui s'en vont par sauts et par bonds ;
Ils sont disposés à tout faire,
En dépit même de la loi,
Et de Monsieur le Procureur du Roi !
Car du voyou souvent endossant la livrée,
Ils s'en vont à la picorée
Chez maint Harpagon Béarnais,
Butinant pour le pauvre et pour le Polonais...
Pour moi, je n'en puis être maître :
Quoi ! n'osent-ils pas se permettre
De se dire : Républicains !
Tout exprès pour me compromettre.
Oh ! les mauvais petits coquins !
Enfants bâtards de la métromanie,
Avec leur instinct tout charnel,
Et leur patoise harmonie,
Dévolus au péché qu'on dit : originel,
Comment faut-il que, moi, je les renie!
Ne sont-ils pas marqués d'un sceau tout paternel !!

Il n'en est pas ainsi des tiens :
Oh ! mon Dieu, quelle différence,
Ils sont bien mieux appris, et bien meilleurs chrétiens !
Marqués au front du sceau de l'espérance,
Laisse-les s'envoler en toute liberté
16

�242

CHANSONS

Aux lieux où du Très-Haut on chante les louanges;
Us iront s'enrôler aux célestes phalanges :
Car je leur crois avec les anges
Une secrète parenté....
Eh ! mais vraiment, je crois qu'en somme
Sentant, comme eux, leur gentilhomme,
Ils seront bien venus en la Céleste Cour.
Et qui sait, au divin séjour,
Si tous n'ont pas dot, apanage !
Entre nous, ils sont nés pour faire bon ménage
Avec les Chérubins, brûlants du feu d'amour !
De tes sublimes confidences
Messagers empennés, jusqu'au troisième ciel,
Laissons-les, s' envolant vers les Intelligences,
Te servir ainsi d'ordonnances
Jusqu'aux Sacrés Parvis où règne l'Etemel !

�DE NÀVARR0T

A

M.

243

GALIANO

UN DES PROMOTEURS DE LA RÉVOLUTION DE

1823

EN ESPAGNE

Liceat vati.

Pour la deuxième fois, illustre passager,
Te voilà rejeté sur le sol étranger !
L'ardent libérateur de la dévote Espagne,
Que Ferdinand plus tard réclamait pour son bagne
Du sol qu'il affranchit par deux fois rejeté,
N'est plus qu'un vil forban, fauteur de liberté...
Chez les siens aujourd'hui sa mémoire est ternie :
Celui qui combattit jadis la tyrannie,
Complaisant défenseur de l'ex-Statut Royal,
N'est plus qu'un familier du Juif Mendizabal !
Malgré ces noms affreux dont ton pays t'appelle,
Je ne puis voir en toi que l'émule d'Arguelle,
Et je remonte au jour où, d'un commun accord,
On t'élut président à la Fontaine d'or.
La Liberté souvent est prodigue d'outrages !
Oh ! qu'il est difficile, aux jours remplis d'orages,
Après le branle-bas d'un horrible combat,
De tenir immobile au timon de l'Etat !

�2M

CHANSONS

Que t'ont servi jadis, immortelle Gironde,
Tes civiques lauriers et ta jeune faconde ! !
Les voit-elle au soleil, radieux, triomphants,
Alors la Liberté dévore ses enfants !...

Saturne en dévorant ta chétive nature,
T'eût sans doute trouvé d'assez maigre pâture ;
Car pour un ogre avide, en ses jours d'appétit,
Le cœur est peu de chose et moins encor l'esprit !
Tu fus donc inspiré, lorsque prenant la poste
Tu sus te dérober à l'affreux holocauste,
Et différer au moins ce funeste repas....
Et, qui sait le retour des choses d'ici bas !
Qui sait si quelque jour, Plénipotentiaire,
Ou Ministre d'Etat, auguste Dignitaire,
Tu ne reviendras pas étonner nos badauds,
Qu'à ta mince défroque on voit tourner le dos !
Admirateurs forcés de ton bel équipage,
Je les vois se presser à ton bruyant passage...
Grand personnage alors, et Ministre de fait,
Tu dînes quatre fois chez notre Sous-préfet ;
Alors, de tes secrets pour mieux sonder l'arcane,
Notre Commerce en corps vient te parler douane,
Et sans doute qu'alors le Commerce a grand soin
De t'ouvrir un crédit dont tu n'as pas besoin.
T'iutus de mes pareils se rend peu tributaire,
Et ma Muse chez elle est quasi prolétaire.

�DE NAVARROT

245

Mais, maîtresse au logis d'un poète-garçon,
Elle ouvre à deux battants le seuil de ma maison.
Là, d'une main peut-être un peu trop familière,
Elle offre au voyageur la coupe hospitalière,
Et mouillant de ses pleurs le pain de l'exilé,
L'accueille défaillant, souffreteux, mutilé.

Si donc tu ne crains pas un dîner de poète,
Une heure à mon foyer viens reposer ta tête ;
Mes lares paternels tressailleront d'émoi
D'abriter un instant un hôte tel que toi !

�246

A Mlle BEETHE DARTIGAUX

EN LUI PRÉSENTANT UN LA FONTAINE-GRANVILLE

Petit ange aux blonds cheveux,
Berthe , Berthe, ô fille tant chérie,
Levez vers moi, je vous en prie ,
Un instant vos jolis yeux bleus !
A mon teint, à ma grosse mine,
Vous reconnaissez , j'imagine ,
Déjà ce faiseur de chansons,
Qui, naguère en ses joyeux sons ,
Tout en tirant votre horoscope ,
Vint accueillir vos premiers pleurs
Et vos enfantines douleurs ;
Plongeant avec son œil myope
Dans je ne sais quel télescope
Qu'il nuançait des plus vives couleurs.
Oh ! malgré son joyeux visage,
En lui reconnaissez un sage ;
Que dis-je, un sage?.. Non! plutôt un nécromant!
Le voyez-vous berçant votre maman

�DE NAVARROT

De maint et maint présage !
D'un si bel avenir il lui devait un gage ;
Ce gage, le voici.... Voici le talisman!

Or votre œil , à travers ce prisme mirifique ,
Découvrira plus d'un mouvant tableau,
Comme en un spectacle magique,
D'un monde, hélas ! pas toujours beau,
Mais bien divers, toujours nouveau !

C'est d'abord un joujou d'enfance,
Propre à former et l'esprit et le cœur ,
Et qui vous portera bonheur ,
En vous donnant plus tard la sapience :
La sapience éloigne le malheur !

Oui, oui ! lorsque plus tard, la riante jeunesse
Vous offrira sa coupe enchanteresse ,
Dans ce joyau de la raison
Vous trouverez un sûr contre-poison.
Vienne, vienne l'amour.... Mais avec la sagesse !.
Ceci n'est pas une chanson !

Arrive un temps où notre raison baisse ;
Ce joyau vous plaira toujours;
Comme il vous plut dans vos beaux jours,
Il soutiendra votre vieillesse...

�248
Qu'ai-je dit? vous vieillir !.. Ah ! plutôt le trépas!
Non, non, ma chère enfant, vous ne vieillirez pas!
Eh quoi ! lorsqu'on a tout, esprit, vertu, prudence,
Ne tient-on pas en main les secrets de Jouvence ?
Ils sont tous renfermés dans ce beau talisman !
Par sa haute vertu que ce trésor vous vienne ,
Sur les genoux de petite-maman ;
Et que, parfois, il vous souvienne
De votre ami, le nécromant !

�DE NAVARROT

A

UN

FOURNISSEUR

OFFICIEUX

Boileau, pour réchauffer sa veine,
N'usa jamais de Cognac :
Il buvait à la fontaine
Qui porte nom : Hippocrène.
Merci de votre Armagnac !
Je n'en fis point commande.
Attendez que j'en demande.
Le fût donc que je recevrai,
Pour votre compte laisserai....
Vous vous ouvrez, ne vous déplaise,
Des débouchés presque à VAnglaise,
Et vous m'avez pris cette fois
Pour un lettré Chinois.
Le poète, aujourd'hui, ne songe plus à boire :
Il n'a plus soif... même de gloire !!

�250

NÉCROPOLE

DIVERS MORCEAUX DE CIRCONSTANCE INSCRITS SUR LES MURS
DE MA CHAMBRE BLANCHIE A LA CHAUX
D'OU JE LES RELEVAI AVANT D'Y FAIRE APPOSER LE PAPIER
QUI LA DÉCORE AUJOURD'HUI

Praube-Minin avait l'humeur guerrière ;
Il termina noblement sa carrière,
En combattant comme un héros !
Puisse-t-il dormir en repos ! !

Praube-Minin était un carlin qui appartenait à mon frère
Henri. Ce vaillant petit chien avait été étranglé par un molosse
qu'il n'avait pas craint d'attaquer.

A MON AMI PAUL ELIE
APRES LA PERTE DE SON CHIEN AZOK

Azor n'est plus !
Ta douleur, ô Paulus,
Sera-t-elle éternelle !
Ecrivit-il à ses parents ?

�251

DE NAVARHOT

C'est une bien triste ressource
Contre la mort qui, dans sa course,
Attrappe jusqu'aux chiens courants!...
Console-toi... reprends courage !
Bénis le sort de l'enterré :
Peut-être aurait-il eu la rage,
Et besoin du secours de Ré! !

Ré, surnom donné à notre voisin et ami, M.
tendait avoir un remède contre la rage.

TILLET,

qui pré-

Ci-gît Mouret, tant pleuré de son maître !
S'il ne fut point consul, il fut digne de l'être...
Sans avoir du Sénat jamais pris le chemin,
Il vécut et mourut debout, comme un Komain !
Ah ! si Mouret, mourant, avait eu la parole !
Comme Auguste, il eût dit : — J'ai bien joué mon rôle ! !

Mouret était un cheval que nous avions depuis très-longtemps; il rendit le dernier soupir dans mes bras !

��NOTES

��NOTES
NOTE

1,

PAGE

1.

Cet Avis au public se trouvait en tête d'un petit
Recueil de chansons, que X. Navarrot publia, en
1834, sous ce titre: ESTRÉES BEARNESES, au
proufieyt deus praubes (Etrennes Béarnaises, au
profit des pauvres). — 32 pages, in-8. — Oloron.
— P. Serres, rue Sablière.
Cette brochure avait pour préface les lignes qui
•suivent :
Bon jour, bon an !
Mes très-chers compatriotes, je prends la liberté
de recommander les pauvres de ma paroisse à vos
bontés, et quelques légers refrains à votre indulgence. Vous répondrez à ce double appel si vous
m'aidez à l'accomplissement d'une bonne œuvre,
sans trop regarder à mes petites compositions,
qui, par leur titre seul, doivent échapper à la
critique littéraire.
Ce n'est pas que, sous le titre modeste de chansonnier, Despourrens {sic) n'ait laissé des idylles
charmantes, où l'on retrouve à la fois, si vous
voulez, la grâce passionnée de Tibulle, le naturel
de Gessner, et toute la simplicité d'Anacréon.Mais,
malgré les efforts heureux de quelques-uns de ses

�256

NOTES

imitateurs, parmi lesquels le grand Bordeu ne dédaigna pas de figurer, peut-on se flatter de reproduire aujourd'hui, tout en conservant comme eux
l'originalité native de notre idiome, ce singulier
mélange de malice et de sentiment, de finesse et
de naïveté, type caractéristique du montagnard
béarnais, et dont notre poète national a rendu
l'expression si populaire. Où retrouver, d'ailleurs,
ses modèles de pastorales, aujourd'hui que la civilisation pénètre partout avec les mœurs de la ville,
que nos bergers se mêlent d'élections municipales,
et que nos bergères vont soupirer au cabaret.
Qu'est-il besoin, enfin, de citer notre premier
poète élégiaque, à propos de quelques refrains
jetés au hasard, et propres à figurer tout au plus
dans un almanach, à côté des contes pour rire, des
facéties de M. Mayeux ou des prédictions d'un
Mathieu Laensberg. Le nom de Despourrens, pas
plus que celui de Béranger, lorsqu'on parle de
chansons françaises, ne peuvent être prononcés en
vain sans blasphème (1).
Il est parmi vous une classe de lecteurs dont
l'austérité m'est bien plus redoutable que la sévérité des gens de goût : je veux parler de bon nombre de personnes pieuses dont je m'attends à choquer les scrupules par quelques traits un peu trop
hardis échappés à mon humeur joviale ; mais je
les conjure de vouloir bien considérer que la chan(1) Tout en reconn.vssant la valeur réelle de Despourrins,
on ne saurait souscrire à l'éloge exagéré qu'en fait Navarrot.

�257

NOTES

son a ses licences, et que le chansonnier expie de
temps en temps ses petits écarts en composant des
Noëls et des cantiques à la Vierge.
Qui que vous soyez tous, puristes, dévots fieffés,
pécheurs maudits, j'en appelle à votre philanthropie ; il s'agit d'une bonne œuvre : ne regardez
point à son auteur; faites-nous l'aumône, et que le
manteau du pauvre dissimule à vos yeux les nudités et les misères du poète. — X. N.
NOTE

2,

PAGE

3.

Les quatre premiers vers du deuxième couplet
indiquent la date qu'il faut assigner à cette chanson. Elle fut composée à l'époque où le gouvernement de la Eestauration subissait plus que jamais
l'influence des disciples de Saint-Ignace. Ces couplets furent imprimés pour la première fois, je
crois, dans VAlbum des Pyrénées. — Vignancour. —
Pau. —1840.
NOTE

3,

PAGE

5.

Dans cette chanson, faite à l'occasion de la naissance du Duc de Bordeaux, et pour répondre à une
espèce de défi adressé aux opinions de l'auteur,
celui-ci devait s'identifier avec son héros sans renoncer à sa couleur politique ; aussi la chansonjustifie-t-elle assez mal son double titre. Nous l'avons
insérée dans ce Becueil (1834), parce que les événements en ont fait une prophétie.... Quandoque
poeta vates. — X. N.

n

�258

NOTES

NOTE

4,

PAGE

11.

On cite dans cotte chanson plusieurs localités
de la vallée d'Aspe, entre autres le mamelon appelé Poey, situé sur le territoire de la commune
d'Accous. — X. N.
Voici comment Navarrot expliquait le vers du
cinquième couplet : Lou capitèni prechabe (Le capitaine prêchait)
« Le curé Mainvielle, frère d'armes du brave Laclède de Bedous, et dont ses paroissiens avaient fait leur capitaine pour repousser l'invasion des Espagnols, en 93, assistait un
jour avec ses soldats à la fête patronale de je ne
sais quel village, lorsque le curé du lieu, qui voulait à tout prix régaler son auditoire d'un sermon,
vint le prier de remplacer un prédicateur qu'il
attendait pour le panégyrique du Saint. Mainvielle
s'en défendit, alléguant l'incompatibilité de ses
nouvelles fonctions avec celles d'un ministre de
paix et de miséricorde. Mais il eut beau s'excuser :
force lui fut de revêtir un surplis par dessus ses
insignes d'officier, et de monter en chaire, au grand
étonnement de tous les assistants, e't surtout des
soldats de sa compagnie, qui se disaient en le regardant : «Voilà le capitaine qui prêche ! »
X. N.
NOTE

5,

PAGE

12.

Le Pourtalet est un défilé qui sépare l'Espagne
de la France. Il y a là de remarquables fortifications, récemment construites dans le roc.

�259

NOTES

6,

NOTE

PAGE

14.

Pougnoucotz, de pugn (poing, poignée). — C'est
sous cette dénomination que l'on désigne ordinairement (les fillettes) les grâces en miniature et
les beautés en raccourci. — X. N.
Marcadet et Sente-Croûte (Marcadet et SainteCroix), quartiers d'Oloron, dont la pente est fort
rapide.

7,

NOTE

PAGE

23.

La Sarthoulete , petit tableau en valse de la fête
patronale d'Estos , qu'on célèbre ordinairement
dans un joli petit enclos appelé Sarthoulet, près du
pont d'Escous, sur la route d'Oloron à Monein.
X. N.
NOTE

8,

PAGES

25, 26.

Julien que hè brouni la corde (Julien déjà fait résonner la corde). Depuis longtemps M. Julien, chez
qui les talents du musicien sont un don de nature,
a voué son archet aux Oloronais ; il fera danser
leurs enfants, comme il fit danser leurs pères. Qu'il
me soit permis de lui payer, en passant, un juste
tribut d'estime et d'affection, qui ne sera désavoué
par aucun de mes compatriotes. — Mes Poulet qu'ey
sus l'arboulet (mais Poulet est déjà sur l'arbre). Poulet, gamin renommé. — X. N.
NOTE

9,

PAGE

32.

A Din me dau, quitte galère... (A Dieu je me donne,

�260
quelle galère...) Les personnes qui savent par cœur
le petit air de cette chanson, le reconnaîtront avec
plaisir dans un très joli pas redoublé de M. Max,
arrangé pour le corps de musique du 9e de ligne.
Mais ce n'est point dans cette bluette qu'elles pourront suffisamment apprécier l'habileté du maître,
et le beau talent des principaux artistes qu'il dirige. — X. N. — Cette chanson a été très populaire
en Béarn (1).
NOTE

10,

PAGE

40.

Au lieu de : Ta-n ha baie l'estoffe, v. 6, il faut:
Ta-n ha baie plaa l'estoffe (pour en faire valoir bien
l'étoffe).
NOTE

11,

PAGE

42.

Au pourtreyt defu mouit ouncle (au portrait de feu
mon oncle). Mon cher petit oncle (outicou) était représenté sous un véritable costume de seigneur de
village. — X. N.
NOTE

12,

PAGE

45.

Deuxième couplet, v. 1, lisez oulkes et non oiilhes :
ce mot rime avec boulhes du v. 3. — C'est ainsi, du
reste, que l'on prononce ce mot dans quelques localités de nos montagnes.
NOTE

13,

PAGE

52.

Cette chanson, l'une des meilleures de notre
poète, fut d'abord imprimée sur une simple feuille,
(1) Ellese trouve, avec quelques autres de Na\arrot, dans le
Recueil des Chants ei airs populaires die Béarn, de M. F. Rivares. Une seconde édition de cet excellent Recueil sera pu bliée
très prochainement.

�NOTES

261

et reparut ensuite dans un Eecueil de 24 pages, que
Navarrot mit en vente, au profit des familles victimes du désastre arrivé au pont d'Orthez (1).
Dans cette brochure,— Veronese—Pau, 1846,—
la chanson de La Bistanflute était accompagnée des
notes suivantes :
« Nous nous sommes permis de reproduire cette
chanson en raison du quiproquo dont elle a fourni
l'occasion. Elle est la seule de ce Eecueil qui ait
déjà été imprimée.
»

A M. Lamazou, élise du Conservatoire,
» Mon cher compatriote,

» Tous les journaux ne sont pas menteurs, et
puis, si non e vero, hene trovato. Voici ce que je lis
dans le journal YAriel, de mon ami Chaho , si tant
est que le signataire de l'article, M. Gosse, ne se
soit pas un peu gaussé de nous... « Un soir de l'hiver dernier, la réunion était nombreuse chez Mme la
maréchale N... ; les artistes surtout s'y trouvaient
en majorité. Déjà l'élite de l'Opéra et des Italiens
avaient payé leur tribut d'une manière brillante,
lorsque la maîtresse de la maison vint gracieusement prier l'élève du Conservatoire, M. Lamazou,
de se faire entendre à son tour. Chanter après les
maîtres était une terrible épreuve ; mais notre
homme n'est pas béarnais pour rien. S'avançant
(1) En octobre 1846, le cintre du pont que l'on construisait à
Orthez s'écroula ; il entraîna dans sa chute un grand nombre
d'ouvriers et de curieux ; 14 individus périrent dans les eaux,
et 7 en furent retirés dans un état pitoyable.

�262

donc modestement vers le piano, il entonne une
chanson montagnarde, dont l'imprévu des paroles
cause une agréable surprise à toute l'assemblée.
Mais, à mesure que Lamazou chante, tous les yeux
se portent sur M. A. Adam, qui, la bouche béante,
le front couvert de sueur, la barbe hérissée, écoute
le chanteur dans un ébahissement complet. A peine
l'air était-il fini que M. Adam s'élance sur Lamazou, et lui crie plutôt qu'il ne lui demande : —
— Monsieur, veuillez me dire de qui est cette musique ? — Ah ! reprend Lamazou, d'un air fier, elle
est d'un bien grand homme, allez !... D'un compositeur dont les airs sont aujourd'hui populaires
dans nos Vallées.—Mais, encore, quel est-il? —
M. A. Adam !
» A ce nom, un sourire de béatitude effleura les
lèvres du compositeur, qui, dans sa bonne foi, s'était cru un moment plagiaire ; les bravos de l'assemblée expièrent les malins propos qui déjà circulaient sur l'auteur du Chalet, et Lamazou expliqua
comment le Bérangerdu Béarn (1), M. Xavier Navarrot, avait revêtu de paroles béarnaises la mélodie
du premier musicien du monde. »
» Au Dieu vivant ! mon cher compatriote, vous
faites si bien la fortune de nos chansons, et je ne
vous offrirais pas la dédicace de nos feuilles d'Automne de cette année? Si faire, pardieu ! Ne vous
devront-elles pas peut-être l'honneur de se voir
intrônisées en haut lieu, pour le plaisir des grandes
(1) Pauvre Béranger de Paris ! — X. N.

�NOTES

263

dames et la mystification des grands artistes?Elles
n'y triompheront, à la.vérité, qu'incomprises, et
comme ces libretti italiens, qui font le tour du
monde, réchauffés sous l'aile de Meyerbeer et de
Eossini. Que mes chansonnettes rendent donc en
toute occurrence à votre maître Adam et tuttiquanti,
ce qu'elles doivent à tout grand compositeur. Oonvenons-en, c'est l'air qui fait la chanson. Mais le
chanteur à son tour ne fait-il pas souvent la fortune de l'air !
» Vous le pourrez plus d'une fois en faveur des
miennes. Puissent-elles, avec ce double secours de
la mélodie et de la voix, pénétrer facilement
dans les chalets de nos montagnes, plutôt que dans
les hauts salons, où leur popularité ne saurait être
traduite sans un certain danger pour elles et quelques inconvénients pour vous. Quelquefois d'ailleurs les timbres que je choisis ne sont pas plus de
mise que mes couplets. Comment vous y prendriezvous, par exemple, pour faire accepter celui de la
Carmagnole, dans une de vos soirées d'élite ? Il ne
risquerait pas au moins, celui-là, de se voir revendiqué par quelqu'un de vos compositeurs à la
mode! Contentons-nous de faire chanter nos Béarnais, et plaise au ciel qu'en chantant ils paient plus
facilement leurs cotes personnelles et mobilières,
plus les centimes additionnels. Je ne voudrais pourtant pas aider, par mes refrains, quelque nouveau
M. Humann à faire rendre à l'impôt tout ce qu'il
peut suer. Quoi qu'en disent tous les Mazarins,
passés, présents et futurs, triste remède que le

�264

NOTES

chant contre la grêle, dont les visites des princes
ne contribuent guère à nous dégrever (1).
La cigale ayant chanté,
Tout l'été,
Ne s'en trouva pas moins fort dépourvue,
Quand la bise fut &gt; cnue !
» Pardonnez-moi, mon cher compatriote, de vous
dédier ces quelques chansonnettes sans vous en
avoir préalablement demandé l'autorisation; vous
n'en déclinerez que plus facilement la responsabilité.
Ï Agréez l'assurance, vous chanteur en herbe, de
toute la considération dont vous peut environner
un petit poète de province.
Ï XAVIER NAVARROT. »

En 1846, M. Pascal Lamazou n'était, au dire de
Navarrot, qu'un « chanteur en herbe s. Comme
il a grandi depuis ce temps-là !!! Voici les proportions plaisamment démesurées que lui donnait naguère le Furet, charmant petit journal railleur, que
des jeunes gens d'esprit publiaient à Pau, sous l'intelligente direction de mon ami, G. de Coutouly :
i ....La Russie, le pays Basque, le Béarn, la Provence, la France du Nord, l'Italie et l'Espagne, étaient
brillamment représentés au magnifique concert de
M. Pascal Lamazou (ténor) : leurs airs les plus jolis,
leurs refrains les plus originaux, leurs mélodies les
X.

(1) Les princes d'Orléans étaient venus plus d'une fois dans
nos contrées.

�NOTES

265

plus gracieuses, ont été chantés tour à tour par réminent et polyglotte chanteur. Touta été dit surnotre compatriote, et il n'est personne qui en ignore
l'incontestable valeur : organe puissant, énergique
et velouté à la fois, méthode savante, style accompli, verve entraînante, brio étourdissant, M. Lamazou a tout reçu de la prodigalité des dieux ; mais
il use si bien de ses dons brillants, il dépense ses
millions artistiques et sa fortune vocale avec une
générosité telle, qu'on se sent pris d'admiration
pour l'aimable virtuose , et qu'on remercie le ciel
d'avoir versé sur un sol aussi fécond la rosée abondante de ses faveurs.» — LE FURET, lOjanv. 1861.
M. Pascal Lamazou (ténor) laissera trace de lui :
il a recueilli quelques-uns des airs les plus populaires du Béarn et du pays Basque ; il a obtenu
que d'excellents maîtres , Félicien David , Gounod, Schuloff, etc., etc., lui en fissent les accompagnements, et il se propose de publier le tout à ses
frais, — ce qui vaudra beaucoup mieux que de jouer
des tours comme celui dont nous avons fait le récit
dans le numéro de Y Indépendant des Basses-Pyrénées,
du 6 juillet 1868.
En reproduisant ici l'article suivant, nous ne
voulons que profiter de l'occasion qui s'offre à nous,
de relever, dans un livre moins éphémère qu'une
feuille de journal, des erreurs qui ont été consignées dans un autre livre, au préjudice de la Littérature populaire du Béarn.

�266

NOTES

MAUVAIS TOUIl
JOUÉ PAR M. PASCAL LAMAZOU
A

M. CÉNAC-MONCAÏÏT

Il faut le dire tout d'abord, — dût l'expression
paraître triviale, et la critique, sans ménagement :
— M. Pascal Lamazou a été un farceur, et M. Cénac-Moncaut a fait preuve d'une grande
crédulité.
M. Pascal Lamazou a chanté devant M. CénacMoncaut un assemblage, incohérent, absurde, de
mots adaptés à un air de danse basque, à ce qu'on
appelle un Saut basque.
Interrogé sur la provenance de ces mots, M. P.
Lamazou n'a pas hésité à répondre qu'ils formaient
une chanson béarnaise, « trouvée dans les archives
de Morlaas. » C'est ce qu'il avait fait imprimer
lui-même sur le programme du concert qu'il donna
à Paris, l'an dernier.
M. Cénac-Moncaut n'a pas voulu laisser échapper une telle pièce, et il vient de la publier, comme
une heureuse trouvaille, à la page 442 d'un livre
intitulé : — Littérature populaire de la Gascogne
et du Béarn
s C'est à M. P. Lamazou, dit-il, que nous de» vons cette chanson, trouvée dans les archives
» de Morlaas. »
Que M. P. Lamazou ait, dans le temps, fait ac-

�NOTES

261

croire aux Parisiens qu'il avait tué sur nos montagnes des ours, qui aujourd'hui encore sont en
vie...., on n'a pu et on ne peut qu'en rire.... Mais
qu'il donne , comme une chanson populaire en
Béarn, un tissu grossier de mots rapprochés à tort
et à travers , et qu'il induise ainsi en erreur un
lettré comme M. Cénac-Moncaut, voilà ce qu'il ne
faut point lui passer. Ce n'est plus une plaisanterie; c'est
un tour de mauvais aloi, que ne
saurait admettre quiconque a le moindre souci
de la dignité des lettres, même dans le coin le
plus petit et le plus obscur du domaine littéraire.
Voici le mauvais fouillis de mots dont M. Cénac-Moncaut s'est fait l'éditeur :
BOUNDÈU

ou

SAUT BIABNES

Sus Vayre deu Saut bascou.
Que hè mau esta pastou deu diable,
Que hè mau esta pastouroulèu !
Aquetz diabloutous taa harditz
Qu'en soun esmaladitz,
Que-m balhen trucxs sous digtz.
Que hè mau esta pastou deu diable,
Que hè mau esta pastouroulèu !
TJ gentilhet pastou
S'en ba ta la mountagne
Dab soun fidèl Pigou,
Cantabe soun amou,
En ricoucant que minyabe castagnes,

�268

NOTES

Dab drin de burre et drin de bou paa blanc,
Dab u cop de bon bii blanc,
Au double Diu-Ubant!
U cop de brouquet
Tau praube Barthoulet.
Diu-Ubant! mèste l'aulhè,
Qu'habetz u herbè
Ta minya broyé
Dab bère pouloye,
Diu-Ubant! mèste l'aulhè
Que courretz coum u lebrè.
La liere de Morlaas
Qu'ey boune ta las poumes,
La hère de Morlaas
Qu'ey boune taus paysaas (1).
La traduction fera mieux voir à tous ce nonsens continu :
RONDEAU OU

SAUT

BÉARNAIS

Sur l'air du Saut Basque.
« Il fait mauvais être berger du diable, il fait
mauvais être berger ! Ces diablotins si hardis sont
(1) Nous avons écrit ce texte autrement que M. CénacMoncaut. L'auteur de la Littérature populaire de la Gascogne
et du Béarn écrit les mots béarnais de manière à faire croire
qu'il n'a qu'une connaissance superficielle de l'idiome dont il
s'occupe. 11 prête au béarnais des mots et des formes étranges.
Dans ce prétendu « rondeau » par exemple, M. Cénac-Moncaut
écrit heyre (foire) au lieu de itère qui est béarnais, et du chien
du pasteur qui s'appelle Pigou, il fait pigeou, qu'il traduit par
pigeon ! Il traduit ricoucant par roucoulant, et le mot béarnais signifie, sautant, cabriolant. Des fautes de ce genre, et
beaucoup d'autres, il y en aurait à relever par centaines dans
l'ouvrage de M. Cénac-Moncaut.

�NOTES

269

maudits. Ils me donnent des coups sur les doigts.
Il faitmauvais être berger du diable, il fait mauvais être berger !
« Un gentil berger s'en va sur la montagne avec
son fidèle Pigou, il chantait son amour; en sautant il mangeait des châtaignes avec un peu de
beurre et un peu de bon pain blanc, avec un coup
de bon vin blanc, au double Dieu-vivant ! Un coup
de robinet pour le pauvre Barthoulet. Dieu-vivant!
maître berger, vous avez un pâturage pour manger
de la bouillie avec une belle dinde ; Dieu-vivant !
maître berger, vous courez comme un lévrier. La
foire de Morlaas est bonne ponr les pommes, la
foire de Morlaas est bonne pour les paysans. »
M. Cénac-Moncaut avait été d'abord frappé de
la non-valeur et de l'absurdité de ces paroles. Que
n'a-t-il persisté à les considérer comme indignes
d'être insérées dans un livre! Il aurait évité de
commettre plus d'une erreur...
L'auteur de l'ouvrage sur la Littérature populaire
de la Gascogne.... et du Béarn.... s'exprime ainsi,
page 492 :
« Le lecteur s'étonnera peut-être de nous voir
» accorder les honneurs de l'impression au Ron» deau ou Saut béarnais. La brutalité de certaines
» expressions, le décousu du sujet, qui n'a guère
» ni commencement ni fin, ne le rendaient-ils pas
* indigne d'être publié ? 3STous nous sommes posé
» cette question ; mais trois considérations ont
» désarmé notre sévérité : — Ce chant est ie type
» du Saut béarnais, dont nous n'avons pas donné

�2~0

NOTES

» d'autre spécimen ; — IL EST D'UNE ANCIENNETÉ
— il retrace enfin, dans sa rude
» franchise, une particularité des habitudes pas» torales de cette contrée qui nous a paru méri» ter d'être constatée, et nous Favoris sauvé de
» VouUi. »
Dans ces lignes, M. Cénac-Moncaut ne parle/iwfe
que lorsqu'il dit : — « Le décousu du sujet, qui
n'a guère ni commencement ni fin, rendait ce
chant indigne d'être publié. »
Dans tout le reste, il y a presque autant d'erreurs que de mots.
» INCONTESTABLE ;

On regrette d'avoir à le faire remarquer- à M.
Cénac-Moncaut :
— Ce qu'il appelle un Saut béarnais, ce qu'il donne comme tel, ne l'a jamais été en Béarn. Comment peut-il avoir « un caractère d'ancienneté
incontestable. ? » Quel serait ce caractère ? Serait-ce « le décousu, le manque de commencement
et de fia?» Ce caractère d'ancienneté incontestable
serait-il dans le tour de la phrase, dans les mots
employés ?... Tours et mots, tout est moderne, et
très moderne.
— M. Cénac-Moncaut présente cette « chanson,»
comme « le type » ancien d'un genre de chants populaires en Béarn. Cette prétendue « chanson »
n'est qu'un ramassis de paroles, sans tête ni queue,
tout récemment adaptées à un air de la danse nationale des Basques, nos voisins, danse connue
sous le nom de Saut Basque.
— M. Cénac-Moncaut n'a rien « sauvé de l'ou-

�271

NOTES

bli, » dans le sens qu'on attache ordinairement à
de tels mots. La prétendue « chanson » dont il s'est
fait l'éditeur, en disant qu'il « la devait à M. Lamazou, » n'a pas été « trouvée dans les archives
[de Morlaas. »
Elle ne fut jamais écrite, chantée, par qui que
ce soit ;
De notre temps, M. Pascal Lamazou, seul, a pu
savoir cette étrange « chanson » ;
Si M. Cénac-Moncaut ne l'eût pas insérée dans
son livre, M. Pascal Lamazou serait encore le seul
qui pût la savoir.
Tout ce qui touche à l'histoire littéraire de notre pays, nous intéresse très vivement. C'est ce
qui nous a fait considérer comme un devoir de signaler les erreurs que va propager l'ouvrage de
M. Cénac-Moncaut.
NOTE

14,

PAGES

55, 57.

Grand aurost cantat pcr ne pouguete. — L'anrost,
d'où le verbe aurousta qui se trouve page 9, est ordinairement « une espèce d'oraison funèbre populaire, où l'on ne fait pas toujours l'éloge du défunt,
et qui rappelle d'une façon assez burlesque, le jugement que les Egyptiens faisaient subir aux
rois après leur mort. » — X. N.
Parrouquet, hallebardier octogénaire de lai mairie
de Bedous. — X. N.
NOTE

15,

PAGES

66, 68.

Loti Key, lou Clot, l'Esqnirete (le Soi, la Fosse, la

�272

NOTES

Clochette), noms de trois sources de rétablissement des Eaux-Chaudes.
M. Laborde, de Bielle, avait, à la sortie des EauxChaudes, vers Gabas , une petite propriété que les
gens du lieu indiquaient en disant : au Lanterniè
(au Lanternier). L'hospitalité que donnait M. Laborde était renommée dans le pays.
NOTE

16,

PAGE

69.

Mounprince (mon prince). — Dans cette chanson, Navarrot montre le ridicule et le grotesque des
préparatifs et de l'empressement de commande,
lorsqu'un prince arrive dans une contrée.
« Personnages cités : — Sebigmc, pompier fameux ; — Fouynes, porcher jouant avec un talent
égal de la corne de bœuf, du tambourin et du
cornet à piston ; — Lafaurète, artilleur unique de la
ville d'Oloron. » — X. N.
Nous n'avons pu savoir quelle était la cantinière
Janetou, (page^l), dont un maladroit avait cassé
la cruche. U y a là peut-être une allusion à quelque amourette qui eut alors certain éclat.
NOTE

17,

PAGE

74.

Gaston Sacaze, berger naturaliste de Béost,
village situé près des Eaux-Bonnes. Gaston Sacaze a une connaissance parfaite de la Flore pyrénéenne et disserte sur la Géologie comme un savant.

�273

NOTES

NOTE

18,

PAGE

83.

La boutiquete deu Bialè (La petite boutique du
Bialé). — Bialè, nom d'une rue de Ste-Marie-d'Oloron.
NOTE

19,

PAGE

95.

Ah! maudit sie Vauzerè! (Ah! maudit soit l'oiseleur !) — Chanson allégorique faite après le Coup
d'Etat de 1851. — L'hirondelle, c'est la liberté ! On
lui a ravi sa couvée, les Représentants du peuple,
incarcérés , exilés.... Le sort de cette mère désolée
inspire à Navarrot des couplets qui doivent avoir
une bonne place parmi ceux qu'il a faits le mieux.
Nous n'avions jamais entendu parler de cette chanson ; elle était comme perdue : nous sommes heureux de l'avoir retrouvée sur un feuillet froissé, à
moitié déchiré, au milieu des papiers en désordre
de notre chansonnier.
NOTE

20,

PAGE

98.

U Jure à u Mèc accusât d'hahe cridat bi-bi-bi bibe la
Re-pu-pu-publique (Un Juré à un Bègue accusé d'avoir crié : Vi-vi-vive la Bé-pu-pu-publique.)
X. Navarrot fit imprimer cette pièce avec une
traduction de lui en vers français. — Pau. — Imprimerie de Veronese fils. —Sans date. — Le poète
ne se mettait en frais d'impression que pour contribuer au soulagement de quelque infortune. On lit
18

�274

NOTES

sur la première page de cette pièce : — Au profit des
familles des trois ouvriers. Cette indication lui sert
de date. Un jour du mois de novembre 1835, trois
ouvriers furent écrasés sous les décombres d'une
maison en démolition à la Porte-Neuve (quartier de
Pau).
Le dernier mot du v. 2 doit être : — Eecusa-t (te
récuser) ; et au v. 16 de la page 100, il faut segur
au lieu de segu.
Personnages cités ou désignés . —Iritçity-Vital,
vieil interprète basque, Nestor subalterne du Palais ; figure originale, dont la Cour d'assises des
Basses-Pyrénées a longtemps gardé le souvenir ;—
le général Harispe ; — le préfet Le Roy ; — le procureur-général L. Dufau;—Jasmin, le perruquierpoète d'Agen, et Samparre, rey deus frisurs de Pau
{roi des coiffeurs de Pau.)
NOTE

21,

PAGE

103.

L'Houspitalitat à Pau (L'Hospitalité à Pau). —
Dans ce petit poème, qui est, en vives couleurs,
comme le compte-rendu d'un banquet offert par
MM. les avoués à MM. les avocats de Pau, X. Navarrot présente, avec des traits d'une fine satire,
plus d'un côté de la physionomie de notre ville.
Cette physionomie de Pau en 1837, le poète l'a esquissée de main de maître ; elle ressort, peut-on
dire, de la mise en scène de certaines individualités, alors connues de tous, et du croquis de quelques autres qui avaient une originalité toute locale.

�2*5

NOTE 22, PAGE 114.

Dialogue entre Moussu Matheu, Veléctou, y Jan de
Minjcquannas, Ion bouhcmi (Dialogue entre Monsieur
Mathieu, l'électeur, et Jean de Mange-quand-tu-enas, le bohémien). — Elections de 183". —Réélection
de M. Pèdre La Caze, député de l'arrondissement
d'Oloron. —Ce dialogue est, à notre sens, l'œuvre
capitale de X. Navarrot. Le poète a su plus d'une
fois, dans ce poème , élever un fait de localité à la
hauteur d'une question d'ordre public. Mélange de
comique et de sérieux, le Dialogue entre l'Electeur et
le Bohémien contient, à l'adresse des gouvernants
et des gouvernés, des leçons d'une haute moralité.
Anne d'un bon sens imperturbable et d'une logique vigoureuse, le Bohémien — c'est le poète —
fait la satire du régime politique d'alors, et réclame
des droits que l'on niait en ce temps-là, et qui sont
aujourd'hui incontestés. Sans doute, l'application
n'en est pas aussi scrupuleuse qu'elle devrait l'être;
mais elle le sera, nous l'espérons. Patrie et Liberté,
voilà ce que le poète aimait par dessus tout; ni le
souffle, ni le vers ne lui firent défaut dans ce Dialogue pour l'expression de ses nobles sentiments.
A la fin du v. 4, p. 122, il faut, pour la rime, polie, au lieu depople.
C'est que, p. 126, et quelques autres expressions—
passim — n'appartiennent pas au pur béarnais.
NOTE 23, PAGE 143.

A Despourrins. — En 1840, X. Navarrot conçut le

�276

NOTES

projet d'élever un monument à Despourrins dans
le village d'Accous (vallée d'Aspe), où était né le
chansonnier béarnais du XVIII0 siècle.
Navarrot ouvrit une souscription, qui ne produisit point tout ce qu'il fallait pour la réalisation de
son projet. Il eut alors l'heureuse pensée de prier
Jasmin, le poète d'Agen , de venir réciter à Pau
quelques-unes de ses belles compositions. Jasmin,
toujours prêt à concourir à une bonne œuvre de
charité ou de confraternité littéraire , répondit à
l'appel de Navarrot. U donna au théâtre de la place
Gramont une séance, où l'on vit une foule considérable apporter un tribut bien mérité d'admiration pour l'auteur des Papillottes, et le complément de la somme nécessaire pour l'érection du
monument à Despourrins. Jasmin récita ses Souvenirs, l'Aveugle, et une autre magnifique pièce de
vers, composée pour la circonstance.
C'est pour cette séance qu'avaient été faits les
vers deX. Navarrot: A DESPOURRINS. Sans parler de
l'ensemble si bien entendu de cette composition, du
mérite des détails, élevés, piquants ou gracieux,
qui s'y trouvent, je ne crois pas que notre chansonnier ait jamais manié plus heureusement l'idiome de son pays natal.
Pendant qu'il mettait tout en œuvre pour honorer la mémoire de Despourrins , Xavier Navarrot refusait tout honneur qu'on voulait lui faire
à lui-même. En janvier 1841, un de mes anciens
collègues, dont je vénère le souvenir, M. Badé (1),
(1) C'était un excellent professeur, un littérateur de beaucoup do savoir et de goût, un archéologue distingué. 11 y

�NOTES

217

professeur de troisième au Collège, institua à Pau,
une Société des Sciences, Lettres et Arts (1). Il fut
chargé par le bureau d'écrire à notre chansonnier,
pour lui offrir une place parmi les doctes sociétaires. Voici la réponse, trop maligne, que X. Navarrot adressa à M. Badé :
« Mon cher Badé,
« Piron disait : ce Je ne suis rien ; » Béranger a dit:
Non, mes amis, non, je ne veux rien être ;

et Désaugiers répondait un jour à cette question.
— « Pourquoi ne vous présentez-vous pas à l'Académie ?» — « Je crois qu'on rirait bien.... » Voilà
comme agissaient mes devanciers, et vous songea de lui, dans les Bulletins de la Société qu'il avait fondée, un
grand nombre d'articles très bien faits, et, dans la collection
du journal l'Observateur des Pyrénées, une nouvelle béarnaise,
une étude de mœurs très intéressante, intitulée LE CAGOT.
(1) Cette Société, qui a laissé des travaux remarquables, insérés dans ses Bulletins mensuels, avait pouf but : 1. d'explorer les richesses naturelles des Basses et Hautes-Pyrénées et
des Landes; 2. de s'occuper de recherches sur les mœurs, l'histoire, les documents inédits, les monuments archéologiques et
artistiques du pays; 3. de former un centre d'émulation pour
l'entretien des bonnes études...—Bureau : MM. Président, Badé,
professeur au Collège royal de Pau, inspecteur des monuments
historiques du département des Basses-Pyrénées : Vice-Présidents : Viard, ingénieur en chef des Basses-Pyrénées ; Nogué,
maire de Pau; Secrétaire : Mazuro, professeur de philosophie
au collège royal ; Conservateurs : Manescau, avocat, maître de
poste; Mermet, professeur de physique au Collège royal; Trésorier : Bégué, fabricant, président du Tribunal de commerce
de Pau.
Les Bulletins de cette Société forment 2 vol. in-8, imprimés
par Veronese.
Pourquoi cotte Société a-t-elle cessé d'exister ? Parce que
ce n'était pas une Société d'encouragement pour l'amélioration
de la race chevaline. 0 sottise humaine!

�2"8
riez à faire un Académicien d'un chansonnier indigne?
» J'ai bien vu Goudoulin au Capitole de Toulouse*.
Mais il me semblait toujours voir son buste s'animer pour faire la nique aux Capitouls et jurisconsultes, ses illustres et graves confrères.
» Je crois bien que moi, vivant, je me conduirais
avec convenance dans une Société de gens de l'art
et de savants; je suis bien sûr que je n'y rirais
point ; mais le public se rirait de moi. Quelle contenance pourrait faire un chansonnier au milieu de
gens sérieux s'occupant de l'art ?... Celle tout au
plus d'un renard coiffé de la naître épiscopale et
conduisant une procession d'apôtres et de saints.
» Voulez-vous me voir croiser mon galoubet avec
le compas des ponts-et-chaussées ? Faut-il que je
vienne causer de physique et de chimie devant un
illustrissime professeur comme Merrnet, qui m'a
déjà donné publiquement une leçon d'histoire naturelle ? Quel rapport entre le bibliophile Manescau, lui si bien-disant, et moi si libre en mes propos, et qui n'ai presque jamais lu que dans des
chansonniers et des ana? Viendrais-je faire de l'industrie avec Bégué (1) qui ne m'a pas encore rendu
compte des mouchoirs envoyés à Jasmin? M'entretiendrais-je avec vous d'archéologie chrétienne et
(1) M. Bégué, industriel très actif et très intelligent. La fabrication du beau linge lui doit en grande partie les progrès
qu'elle a faits dans Te pays de Béorn. Membre du conseil municipal depuis fort longtemps, il fut, en 1848, maire de Pau. Il
avait été élu plusieurs fois présidenl du Tribunal de commerce... Il n'était point décoré I

�219

catholique sous les porches des cathédrales, moi
petit chansonnier falot, cynique et libertin î Quel
scandale enfin dans le sein de la Société , si j'étais
un jour empoigné par mon co-sociétaire Nogué (1),
qui m'aurait surpris, flagrante delicto, dans une distribution publique de pétitions pour la réforme
électorale ?
» C'est sans doute à la section littéraire que voua
auriez la bonté de me rattacher ; mais, sauf Béranger, les chansonniers n'ont jamais été que les
tapins et les cosaques irréguliers de la littérature.
Enfin, je vous avouerai franchement que je n'ai
pas fait un vers depuis que certains artistes et
poètes m'ont tout-à-fait dégoûté des arts et de la
poésie.Pourtant, je vousprierai de ne pasm'oublier,
si quelque jour vous venez à former quelque société
des Lapins ou du Caveau, mais (où) l'on puisse librement chanter, boire et fumer.
» Vous voyez donc, mon cher Badé, que je ne
saurais vous être bon à rien. Il ne me reste qu'à
vous remercier de l'honneur excessif que la Société
me fait par votre entremise, et qu'à revenir à mon
dada, c'est-à-dire, à la pétition pour la réforme
électorale, à laquelle je dois donner tous mes soins,
comme président du comité (2).
» Tout à vous de cœur, mon cher Badé; sed, inter
présidentes amicos, sine complimentas.
» XAVIER NAVARROT. »

« Mes souvenirs à Mermet, ainsi que mes hom(1) M.Nogué, maire de Pau de 1838 à!843.
(2) On trouvera plus loin quelques pages écrites par Navar-

rot au sujet de sa propagande pour la réforme électorale.

�280

NOTES

mages à vos dames. Vous direz bien un petit bonjour à notre amiBaudin (1). »
NOTE 24, PAGE 151.

Les lignes suivantes, écrites, sous le titre de Préface, dans le manuscrit qui nous a conservé les
chants de X. Navarrot, expliquent ce qui n'est
qu'indiqué dans quelques vers de cette première
chanson française :
Un dépit m'a rendu poète...
Et je m'en pris à mon doyen.

Navarrot disait :
«Je n'aurais probablement accouché jamais d'un
seul hémistiche de ma vie, si M. Dalvincourt, notre doyen, ne m'eût impitoyablement ajourné, lorsque je me présentai pour soutenir ma thèse à la
Faculté de droit de Paris.
» Pour m'y préparer, M. Cotelle, mon illustre président, de gothique mémoire, m'avait indiqué d'énormes in-fortiats, comme le Corpus, le Cujacius et
d'autres géants en us : poudreux Atlas que l'on remarque au fond des bibliothèques de droit, dont ils
semblent soutenir les rayons supérieurs ; grosse
artillerie des cabinets de consultation, ou véritables pièces de siège.
(1) M. Baudin, ancien rédacteur du vaillant journal de M.Veronese, l'Observateur des Pyrénées, où je m'honore d'avoir été
son collaborateur. — Homme d'esprit, d'un caractère résolu,
il avait et il a des opinions politiques très fermement arrêtées
dans le sans de la liberté. Puissent ces lignes lui apporter le
souvenir d'un ami 1
V. L.

�281
« On sent que je dus reculer à l'aspect d'un arsenal aussi formidable , au risque d'affronter, sans
défense, les rudes bordées de mes sévères examinateurs.
» Bref, je fis encore plus que répondre de travers :
en désespoir de cause, je voulus protéger mon ignorance de ma bouffonnerie; car, M. Dalvincourt,
m'ayant demandé, par exemple, dans je ne sais
quelle espèce , « si deux actions pouvaient, être
mises en usage ? » Je lui répondis que, si l'une suffisait, je ne voyais pas la nécessité de recourir à
l'autre. Et comme dans une seconde hypothèse, il
m'interrogeait sur l'esprit de la loi, je répondis encore que, pour statuer ainsi, le législateur avait eu
d'excellentes raisons sans doute, mais que ma modestie m'empêcherait toujours de les apprécier...
» Je fus donc ajourné !!!
» En pareil cas, ordinairement, on prescrit le
même sujet aux élèves, avec la permission d'user
des mêmes exemplaires de thèse, pour éviter de
nouveaux frais. J'avais donc, à la seconde fois, une
erreur de date à corriger. Voici comment, lorsque
je tins le diplôme, je m'y pris pour changer le chiffre sur la thèse, en vélin, que la bienséance et l'usage me faisaient un devoir d'offrir au très-honorable doyen.
Renvoi au verso.
Erratum de M. Ballard (1).
Cette thèse n'a été passée que le
(1) Imprimeur de l'Ecole.

�NOTES

L'ami Ballard, imprimeur, très Lon homme,
Sur ce vélin avait prédit
Que, devers l'Oût sans contredit,
Le candidat aurait les honneurs du diplôme.
Sur la foi de Ballard, j'osai me présenter,
Plus pâle qu'un conscrit que Mars doit exempter.
Le dirais-je pourtant.... l'espérance traîtresse
Chatouillait de mon cœur l'orgueilleuse faiblesse :
Je touchais au rabat
Noluere fata ! (1)
Bien autrement en décida
Certain Minos, dont la main infernale
Agiie nos destins dans une urne fatale.
Je n'aimais pas beaucoup ce terrible Minos:
Mais je le vénérais : Timor fecit deos ! (2)
Pareil pour nous au maître du tonnerre,
Ebranlant à la fois et le ciel et la terre
D'un seul de ses regards,
Sa voix fait tressaillir sur les bancs de l'Ecole
Le modeste Capax (3), l'étudiant frivole,
Venus d'un examen éprouver les hasards.
Je voulus me sauver par une maladie.
« Vous avez, me dit-il, une mine fleurie ;
« On ne pardonne point au temple de Cujas!»
Et je lus sur son front : Dura nécessitas I
C'est ainsi que je vis ta promesse ajournée
Pends-toi, mon cher Ballard, tu n'as pas deviné:
Tu t'es trompé d'un mois, et que je sois damné,
Si tu n'as pas failli te tromper d'une année ! (4)
X. NAVARROT.

NOTE 25, PAGE 152.
Il faudra bien qu'on vous pardonne,
0 Muse, d'oser dans vos vers,
Dénigrer l'autel et le trône
Le destin fut contre moi.
(2) La peur fit les dieux.
(3) Etudiant en procédure.
(4) A la seconde épreuve, je craignis qu'on ni me renvoyât
à l'année suivante.
(1)

�NOTES

283

Ces vers et beaucoup d'autres dans le même ordre d'idées, plus fortement accentués, mais moins
bien tournés, firent accuser Navarrot d'impiété.
Etait-il impie le poète qui, dans un Noël, chantait, p.19T :
Lui, dont la main dispense les couronnes,
Ou les retire au front des plus grands rois,
Lui, dont la gloire abaisse tous les trônes,
Le fils de Dieu va mourir sur la croix !
Mais son trépas affranchit notre peine,
Et de son sang le nôtre est racheté :
Oui, de l'enfer il vient briser la chaîne;
A l'homme il a rendu la liberté !

Ce que l'on appelait l'impiété de notre, chansonnier, n'était qu'un profond sentiment de répulsion
contre un détestable système de gouvernement qui
faisait de l'autel l'appui du trône. Comme beaucoup d'honnêtes gens, X. Navarrot s'en prenait
moins à la religion qu'au parti clérical qui, s'ingérant à la politique, y voudrait ressusciter un passé
à jamais détruit.
L'autel serait toujours vénéré s'il ne voulait être
que l'autel. C'est là une vérité que malheureusement on oublie trop souvent .
A l'époque où Navarrot « dénigrait dans ses vers
l'autel et le trône, » il eut avec Monseigneur d'Astros (1), évêque de Bayonne , des relations d'é(1) Paul-Thérèse-David d'Astros, né en 1772, fut évêque do
Bayonne après les Gent-Jours, archevêque de Toulouse en 1830,
et cardinal en 1850; il mourut en 1851.
Il avait été chargé par le pape, en 1809, de remettre à Napoléon la bulle d'excommunication.
On a dit que , dans cette circonstance, il avait reçu de Napoléon un accueil frappant.

�284

NOTES

trange sorte, dont notre chansonnier nous a fait
lui-même ce récit piquant, mais qui n'est pas de
tout point irréprochable :
« Il fut bruit dans le temps , à Oloron, de mes
relations avec Mgr l'évêque de Bayonne ; il n'est
pas même aujourd'hui d'Oloronais , qui ne me demande souvent de ses nouvelles, en plaisantant. Un
pari trop légèrement accepté, et plus légèrement
exécuté peut-être, me fournit une occasion de lier,
ou pour mieux dire, de faire connaissance avec
Mgr d'Astros. Il venait de prêcher un sermon fort
plat, à la grande édification des fidèles , lorsqu'un
plaisant, un esprit fort, échauffé par le vin, ou
mieux, pour faire diversion à l'ennui, me défia de
lui présenter mes félicitations et mes hommages,
peu convaincu sans doute de mes dispositions obséquieuses pour le rochet et la mître. Aussi fou, je
dirai même aussi bien lesté que mon camarade , je
m'accole à deux curés de village, qui, précédés de
beaucoup d'autres confrères, faisaient cortège à leur
prince, et me précipite avec eux chez le curé de la
paroisse, allié de ma famille, me disant, comme
Grippe-Soleil, de la compagnie de Monseigneur.
Bref, on se met à table, et je m'assieds face à face de
l'apôtre, le second, dans le cas où mon très honoré
parent aurait oublié de faire placer mon couvert, au
risque de laisser quelqu'un de ses rustiques acolytes se morfondre debout et derrière moi. Je ne me
souviens pas du discours que je tins ; mais j'assiégeai mon homme de compliments et de lazzis,

�NOTES

285

d'hommages ironiques et d'impertinences respectueuses.
» Le lendemain , Monseigneur devait déjeuner à'
quelques lieues d'Oloron. Je n'étais point prié comme convive ; mais son hôte était un de mes amis,
et d'ailleurs il était écrit là-haut que je serais de
l'étape épiscopale.
» Sur le moment de monter à cheval, j'entends
rouler la lourde berline de voyage ; l'occasion était
belle : une place vide et de tels compagnons de
voyage, pouvais-je un instant balancer ? Et puis,
quel plaisir d'intriguer un public imbécile ! Oui ;
mais d'un autre côté j'exposais mon amour-propre
à quelque rude échec. Les chances étaient pour la
crosse, mais la fortune est pour l'audace.... Et puis
compromettre un saint!!!.... Je parlementai à la
portière. Refuser était impossible; le prélat, pris à
l'improviste, laissa très-distinctement tomber le
oui de sa bouche auguste. Mais ce n'était pas tout !
Pourquoi donc n'ordonnait-il pas à son locatif de
descendre de son siège ? Et pourquoi l'infernal croquant rit-il, comme un fou, de ma sommation qu'il
trouva sans doute comique, et se mit-il à fouetter
ses chevaux, sans s'inquiéter de mon sot personnage ?
« Le ciel qui pour faire éclater ses œuvres se sert
des plus vils instruments, ou peut-être les prend humainement comme il les trouve, voulut-il me punirpar un moyen auquel je ne pouvais m'attendre?
Le cocher agit-il spontanément ou par ordre ? Futil complice ou seulement coupable ? Un voile éter-

�286

NOTES

nel me dérobera le fond de cet infernal mystère.
Mais je le prends sur un ton beaucoup trop haut.
D'ailleurs point de commentaire, poursuivons le
récit. Les choses ne pouvaient en rester là. Que
faire?...Enfourcher mon cheval, devancer la voiture, dissimuler s'il était nécessaire, attendre l'ennemi de pied ferme et tâcher d'avoir le dernier (mot)
avec Monseigneur et ses vicaires.... Tout cela fut
l'affaire de bien peu d'instants. Enfin, ces Messieurs
me retrouvaient à table, aussi dispos, aussi gai que
la veille, mais dans un état d'hostilité peut-être un
peu plus prononcé contre Sa Seigneurie, ayant de
plus en main le droit de l'offensé, sinon des reproches à faire, du moins des excuses à recevoir.
» On ne se fit point tirer l'oreille , la réparation
fut complète. Monseigneur y mit toute la bonne
façon dont il était capable, et j'y répondis avec une
dignité bienveillante. Enfin, je lui cédai toute ma
rancune, parce qu'un philosophe est censé n'en
point avoir.
» Je ne parlerai point de l'étonnement des fidèles, témoins de cette scène, tout ébaubis de mon
rôle, et plus encore du sien
» Voilà la fin de mes relations orales avec mon
évêque.
» Des circonstances ultérieures devaient me fournir l'occasion de renouveler connaissance avec lui
et de me rappeler à son auguste souvenir.
» Doublement fâché , comme jésuite et comme
évêque, de compter un grand nombre de protestants dans son diocèse, il voulut tenter un aposto-

�NOTES

281

lique effort pour les ramener au giron de l'église ;
mais il ne trouva que des cœurs endurcis. Bien plus,
on eut la coupable audace de répondre sur le même
ton à sa pastorale, et de lui proposer même, dans
un écrit, de se convertir à Luther (1). Grand scandale !!! 11 fallut rassurer les plus timides contre la
persécution et les dragonnades. Enfin, de par Monseigneur l'archevêque de Toulouse, du moins le
bruit en courut, Mgr d'Astros dut garder les arrêts
et subir une longue retraite dans son propre séminaire.
» Je profitai de cette conjoncture pour écrire une
lettre de condoléance à saint Pierre dans les fers ;
je me gardai bien de la faire imprimer, car ces Messieurs n'aiment pas qu'on mette le public dans
leurs confidences.
» J'en offrirai, quelque jour, la dédicace à M.
Cauchois-Lemaire (2). En attendant, en voici la
teneur :
» Monseigneur,
» Je m'empresse de vous soumettre quelques couplets, jetés au hasard, qui n'ont pour eux que le faible mérite de la circonstance. Vous me pardonnerez, en raison de notre, amitié, de m'être égayé quelque peu sur votre mésaventure, trop sérieuss pour
vous seul. Mais quel besoin aussi d'aller rompre
des lances avec ces maudits huguenots dont nous
n'avons que faire. Tous vos efforts n'auront servi
(1) Historique.
(2) Auteur d'une lettre à Monseigneur le due d'Orléans.

�288
qu'à les faire un peu rire, et leurs couplets, s'ils en
font, ne seront pas innocents comme les miens.
» Le seul zèle vous consume ; mais vous êtes si
maigre et si défait que vous devriez songer sérieusement à vous conserver pour votre diocèse. A la
veille d'un carnaval, passer par un séminaire ! Vous
qui devriez vous contenter de le faire subir à tous
vos desservants (1).
» Je suis fâché que vous n'ayez plus avec vous
l'abbé Denise (2). C'était un bon normand ; il eût
égayé votre captivité, qui, fort heureusement, durera moins que celle de Babylonne. L'abbé Boux va
trépasser (3) malgré ses cheveux d'or; on le regrette
peu, son humeur était fort acariâtre. Nous ne nous
attendions pas à le perdre sitôt ; car il n'y a pas
deux jours qu'il figurait au service du général i'oy,
dont la mort a fait plus de sensation que n'en fera
la sienne. Je vous lerai passer sous peu quelques
couplets à sa mémoire (du général bien entendu.)
«J'aurais bien envie de vous désigner le successeur de M. l'abbé 3oux ; mais je préfère attendre
une cure vacante. Je ne vous parlerai donc du sujet auquel je m'intéresse , et qui s'honore de ma
protection auprès de vous, qu'à la mort de notre
pasteur, qui ne tardera pas à faire le saut
s J'ai bien l'honneur de baiser votre anneau.
s Votre très humble et soumis diocésain,
i X. NAVARIÌOT. I
(1) il n'y fait faute.
f'2) Un de ses vicaires.
(3) Je donnais familièrement à Mgr de Baronne des nouvelles
de son clergé.

�NOTES

289

Cette lettre est suivie , dans notre manuscrit,
d'une chanson qui a pour titre : Le Coupelle (1), à
mon ami Paul-Thérèse-David d'Âstros , évêque de
Bayonne, aux arrêts dans son palais épiscopal.
Le Compelle
Doit s'appliquer avec mesure.
Le Compelle
Je me suis un jour rappelé;
J'étais à pied, vous en voiture,
Vous n'usâtes point, je vous jure,
Du Compelle.

•

Par Compelle
Quand on fait dire patenôtre,
Par Compelle,
Monseigneur, on est refoulé ;
On enferme Pierre l'apôtre,
Chacun son tour... et c'est le vôtre,
Par Compelle.
Sur Compelle
De vous à moi quand je m'en donne,
Sur Compelle,
Vous me jugez un peu fêlé ;
Mais, ne le dites à personne,
Je n'aime point qu'on m'emprisonne
Par Compelle.
NOTE 26, PAGE 165.

Cette page, par erreur, porte le numéro 16.— Des
points indiquent que nous avions supprimé quelques vers de la chanson : Faites-moi Docteur pour
(1) Compelle intrare.
19

�280

NOTES

rire. Nous cédons à la demande qu'on nous a faite
de rapporter ici les deux couplets supprimés.
Sur les abeilles, sur les lys,
De Foutanes ou d'Hërmopotis,
Du haut de leur chaise curule,
M'ont vu ployer sous leur férule ;
De Monbel le fouet meurtrier
Passe àG-uernon, gare à Berryer!
Sous Collard même, il pourraitbien m'en cuire...
Faites-rnoi docteur, ne fût-ce que pour rire,
Faites-moi docteur , docteur pour rire.
D'un vieil écolier de trente ans
Apaiserez-vous les cancans....
De votre exil j'ai plaint les suites.
Traité nos maîtres de Jésuites,
Leurs agrégés de 1....-&lt;:..,
Leurs secrétaires de c... !
C'est par dépit qu'on se prend à médire...
Faites moi docteur, no fût-ce que pour rire,
Faites moi docteur, docteur pour rire.

Auv. 3 du premier couplet, p. 165, il faut lire
Galïen, au lieu de Qallien.
Le refrain de cette chanson devrait être disposé
ainsi :
Faites-moi docteur,
Ne fût-ce que pour rire ;
Faites-moi docteur,
Docteur pour rire !
NOTE

21,

PAGE

r,2.

H faut lire, v. 6 :
Ils ont tous fui, quand le coq a chanté.

�291

NOTES

NOTE

28,

PAGE

18"!.

Cette chanson a été imprimée plus d'une fois,
dans de petits recueils que le poète, nous l'avons
déjà dit, publiait pour de bonnes œuvres. Nous
l'avons retrouvée dans une brochure intitulée : Le
Banquet, au profit des blessés de février 4 Si8. —Pau,
J.-H. Tonnet.
X. Navarrot avait écrit alors en têts de ces couplets : — « J'aimai toujours le soldat et l'admis volontiers au foyer de la famille. Je pressentais aussi
que son glaive serait un jour de quelque poids
dans la balance de nos destinées. Cent fois je plaignis cette alternative fatale qui le plaçait, entre
l'accomplissement d'un devoir pénible et son respect pour les institutions du pays. Aussi cherchaije toujours dans ma propagande à le prémunir
contre les influences liberticides. Cette sympathie
pour les braves défenseurs de la patrie, je l'exprime
dans la chanson qui suit, à travers sa forme un peu
burlesque.
D Cette chanson était faite pour d'autres temps
et dans d'autres circonstances ; mais le sentiment
qui m'animait alors, s'augmente encore de tout ce
que je sais aujourd'hui de l'héroïsme passif et longamme du soldat le plus pétulant de l'Europe en
face de l'ennemi. »
Le deuxième couplet du Salut aux enfants du 9e,
commence par ce vers :
J'ai de "NYiteps cru revoir les h.'ros.

Le chansonnier l'expliquait ainsi : — «A "Witeps

�292
200 voltigeurs du 9°, qu'on appelait les enfants de
Paris, favorisés par des crevasses et autres accidents de terrain, résistèrent seuls au milieu d'une
plaine, aux lanciers de la garde impériale russe,
et les forcèrent à la retraite, au moment où tout le
monde les croyait perdus. Cet épis ode du grand
drame historique se passait sous les yeux des deux
armées, et de l'Empereur qui les décora tous. »
NOTE

29,

PAGE

192.

Voici quel doit être le v. 3 :
Dans ce doux concert du ménage,
NOTE

30,

PAGE

208.

Au v. 23, au lieu de Je céderai, il faut lire : Je
céderais.
NOTE

31,

PAGE

205.

Dans le manuscrit que nous avons eu entre les
mains. cette chanson n'avait que trois couplets.
Nous en avons trouvé, dans une copie appartenant
à Mlle Berthe Dartigaux, un quatricme qui est l'avant-dernier de la chanson :
Quoi ! vous, pleurer 1 Mademoiselle,
A qui sont promis tant d'att aits,
Qui serez sage autant que belle !
D'avance esquissons tous vos traits.
A vous l'humeur de vo -e père ,
L'esprit de vos deux grands papas (1),
Et les grâces de votre mère !...
(I) MM. Dartigaux, premier président de la Cour royale de
Pau, et le comte de Saint-Cricq, ministre du commerce, à la
fin de la Restauration, pair do France sous Louis-Philippe.

�NOTES

293

NOTE 32, PAGE 209.

X. Navarrot et Jasmin n'étaient pas frères seulement en poésie; ils avaient été aussi étroitement
unis par les Mens d'idées qui leur étaient communes en politique. Mais le poète d'Agen devait être
dans ses convictions moins ferme que le chansonnier d'Oloron dans les siennes.
Navarrot avait pressenti que Jasmin changerait
d'opinion. Un jour que celui-ci, dans une conversation à ce sujet, avait choqué Navarrot et d'autres
personnes présentes, en se mettant en scène, comme il en avait l'habitude , avec une excessive vanitt,, notre chansonnier lui lança ce trait à la pointe
acérée : — « Tu changeras, parce que tu es poète,
gascon et perruquier ! »
NOTE 33, PAGE 211.

M. Rollet, gérant du vigoureux journal V Emancipation de Toulouse , fut très maltraité à propos de
nous ne savons plus quel fait, où la politique,
croyons-nous, n'était pas étrangère. C'était du
temps de cet accord, entre la France et l'Angleter- , que le gouvernement de Louis-Philippe appelait l'entente cordiale. On reprochait alors à ce gouvernement de trop céder à la politique anglaise.
C'est pour cela que Navarrot ehantait :
Avons-nous un roi d'Angleterre?
Nos ministres sont-ils Français?

�294

NOTES

NOTE 34, PAGE 213.

Tourné, restaurateur chez qui les gourmets al
laient se régaler, a laissé un renom qu'aucun Vatel
béarnais n'a pu encore faire oublier. On disait : Le
Béarn n'a produit que deux grands hommes, Henri
IV et Tourné.
M. Lombard était un vieil avocat du barreau de
Pau ; figure originale, éloquence à tout rompre.
Le dîner, dont il est question dans les lignes qui
sont en tète de cette chanson, fut offert à M. Martin
(de Strasbourg), avocat de talent et membre de
l'opposition très«avancée à la Chambre des députés.
Il éteit venu défendre devant la Cour royale de Pau
M. Achille Marrast, avocat du barreau d'Orthez.
M. Marrast avait publié, sous le titre d'Hypothèses, dans le journal YObservatewr des Pyrénées, un
ou deux articles, dans lesquels MM. Claverie et
Lescun, juges à Orthez, se reconnurent peints comme ils ne tenaient pas à l'être. Us appelèrent
M. Marrast en justice. Au Tribunal de Bayonne , à
la Cour royale de Pau, l'auteur des Hypothèses fut
condamné. C'était en 1841
La fortune et les flots sont changeants.

Quelques mois plus tard, M. Achille Marrast,
frère de l'ancien rédacteur du National, était élevé
aux fonctions de Procureur Général à Pau. On vit
alors, entouré d'hommages, celui qui avait été vilipendé par tout un parti. Affligeantes palinodies !

�NOTES

295

NOTE 35, PAGE 220

Dans ces couplets aux Electeurs censitaires des
Basses-Pyrénées, Navarrot s'égayait fort malicieusement sur les abus du suffrage restreint, et c'est
en vue de les faire cesser qu'il s'occupait, avec le
plus grand zèle , de propagande pour la Réforme
électorale (abaissement du cens et admission des
capacités.)
Nous avons lu dans YObseroaleur dis Pyrénées
quelques pages écrites à cette époque par X. Navarrot. En les reproduisant ici, nous avons pour
but de montrer moins sa manière d'écrire caustique et dégagée, que son patriotisme éclairé et trèsacrif.
Extrait de l'Observateur des Pyrénées du 4 déc. 1840.
A MES CONCITOYENS DE LA VILLE DE PAU

Vous souvient-il, mes cliers amis, de l'édifiante
soirée, où vous tous, habitants de la ville de Pau,
ouvriers, bourgeois , fonctionnaires publics, unissant vos cœurs sinon vos voix dans un même
concert, vous chantiez la Marseillaise en famille ?
Vous souvient-il aussi de mon heureuse intervention et de l'empressement chaleureux avec lequel
vous accueillîtes ma motion, de signer immédiatement, et comme une conséquence de ce que vous
veniez de chanter, la pétition pour la réforme électorale ! Cet heureux incident ne fit que donner un

�296

NOTES

peu plus d'élan à la fête et ne troubla pas plus l'ordre public que l'apparition d'un marchand de lorgnettes, dans les loges d'un théâtre de Paris.
Eh bien ! croiriez-vous que ce petit acte d'un ci"visme très innocent et d'une assez mince portée a
été considéré par les uns comme un bon coup de
propagande, et par beaucoup d'autres comme une
boutade de chansonnier. Les uns en font un tour de
maître, et les autres un véritable tour d'écolier ;
j'en demande pardon aux écoliers, mais :
Je n'ai point mérité,
Ni cet excès d'honneur, ni cette indignité.

Peu m'importe ce que peuvent en penser les personnes qui ne pensent pas comme moi ; mais il
m'importe que vous en pensiez bien, dans l'intérêt
de mon opinion. Les véritables farceurs, ou pour
mieux parler, les mauvais plaisants, seraient ceux
qui voudraient vous faire prendre le change, en
TOUS présentant comme une parade plaisante, ce
que vous parûtes accepter comme passablement
sérieux. En dépit de ma jovialité qui ne m'empêche
pas toujours de bien penser et de bien faire, j'insistai sur le caractère que vous deviez laisser à mes
intentions, et nous parûmes nous comprendre,
puisque vous me promîtes solennellement de signer la pétition pour la réforme électorale.
Or, maintenant ne pensez point que je veuille
élever le moindre doute sur l'exécution de vos promesses, ni que je viens vous sommer de les tenir;
à Dieu ne plaise ! mais je sais que votre édifice so-

�NOTES

297

cial pèse de très haut sur sa base, surchargé qu'il
est.d'ur» 1 our royale, et de nombreuses et hautes
administrations. Pau, n'étant point une ville industrielle , subit assez naturellement l'influence des
classes supérieures , qui tendent à monter et s'occupent bien peu du populaire. Paul-Louis ne disaitil pas: Que nous étions en France une trentaine de
millions d'individus qui ne voulions pas être du
peuple?
Cette observation n'irait pas mal à notre bonne
ville de Pau qui, sous de brillants dehors de civilisation, déguise assez mal peut-être le peu de ressources qu'elle possède et l'espèce de dépendance
qui toujours en est le résultat. Hâtons-nous de
nous écrier pourtant, comme Henri IV : Le Béarnais
est pauvre, mais il a bon cœur. Et croyez qu'en
vous disant ces quelques vérités, je n'ai voulu que
prémunir les plus faibles contre les suggestions
des gens mal intentionnés, gens qui peut-être craignant de signer en raison de leurs relations en
hauts lieux, veulent empêcher les autres de s'inscrire. Souvenez-vous de la fable du renard à la
queue coupée, qui voulait engager ses confrères à
passer par la même opération. Ces gens-là qui trouvaient, la, pétition trop étroite autrefois , la trouveront beaucoup trop large aujourd'hui. Ne consultez que les gens de bonne foi. Logez-vous un magistrat probe, intègre, éclairé? Consultez-le. Il vous
répondra, que vous ne Mtes qu'user d'un droit.
Logez-vous un Anglais? Il vous poussera naturellement à la réforme, création originale de son pays,

�298

NOTES

et qui certainement vaut beaucoup mieux que
beaucoup d'autres articles importés d'outre-mer.
Logez-vous un administrateur loyal et patriote,
comme il est besoin qu'il en existe? Certaines convenances m'empêchent de signer , vous dira-t-il,
mais, mon pauvre ouvrier, vous ne risquez rien de
le faire, sans consulter vos pratiques, qui signeront
bientôt à leur tour, vous voyant réunis , vous les
plus forts et les plus nombreux. Mais, c'est à vous
de donner l'impulsion, vous, les plus intéressés à la
réforme qui n'a pu s'acclimater encore parce qu'au
lieu de commencer l'œuvre par la base on la commençait toujours parle sommet.
Quoi, la ville de Pau s'isolerait du Béarn? se laisserait dépasser par la banlieue? et se verrait, pour
ainsi dire, assiégée de tous côtés par des milliers de
signatures réformistes ! Et cela pourquoi? Serait-ce
parce qu'elle est ville princière et qu'elle possède
un château de La liste civile, et qu'elle croirait déroger à cette espèce de blason? Mais Versailles est,
j'espère , dans le même cas, ce qui n'empêche pas
ses citoyens de signer la pétition. Ne justifleriezvouspas alors tous les actes de vandalisme commis
en d'autres temps contre les beaux-arts et les demeures royales ? Car, en vérité, l'on aurait raison
de raser les châteaux qui nous empêcheraient d'être bons patriotes. Ne vaut-il pas mieux être Français comme à Paris , à Strasbourg, que Béarnais du temps de Gaston Phœbus et de la reine
Jeanne ?
Pau est un terrain neutre, dira-t-on, où toutes

�299
les opinions ont leur libre allure ! Je n'en suis pas
très sûr pour le compte de la mienne, mais je
n'admets pas de terrain neutre en France. Il faut
de l'écho partout lorsqu'il s'agit,par exemple. d'une
injure qui lui serait adressée ; tous ses enfants ne
veulent-ils pas être de la curée aux beaux jours de
ses triomphes !
Pau est une ville tranquille ! Mais quand le sol
tremble, il faut qu'elle entre en danse. Un bourgeois doit-il rester tranquille lorsque son voisin
brûle ? Devrions-nous nous croiser les bras et attendre les guinées de Wellington, si l'on ravageait
la Champagne ou la Picardie? Un peu d'agitation
sied mieux, lorsque les circonstances le commandent, qu'un calme plat, fruit d'un lâche indifférentisme; la fièvre vaudra toujours mieux que le sommeil de la mort.
Ouvriers au corps dur et au cœur chaud, laissez
vos Sybarites vanter les délices de votre Nice embaumée, laissez-leur parodier le farniente artistique
d'une ville d'Italie, et croyez que cette même Italie
leur céderait volontiers son beau ciel pour quelques
beaux jours de notre ère de liberté.
Les plus capables diront enfin, que vous ne devez
pas vous mêler de politique, ou, pour mieux dire,
que vous devez attendre les résultats des événements, comme tant d'hommes politiques, dans un
milieu diplomatique et brumeux. Mais alors ne
chantez pas la Marseillaise, car la Marseillaise n'est
pas une chanson en l'air et qu'on puisse chanter en
amateur. La Marseillaise est un fait , mais un fait

�300
éminemment politique, dans la bonne acception du
terme ! Une protestation dans le moment actuel et
contre le ministère de l'étranger qui nous insr.lte
et nous menace ! Que diriez-vous enfin, si quelque
officier d'an gouvernement quelconque vous interrompait à chaque vers de la façon que voici :
« Aux arraos citoyens !
Voilà des armes,
« Formez vos bataillons
A droite alignement.
« Marchons,
Marchez
« Qu'un sang impur abreuve nos sillons
Bayonnetfes en avant, marchons à la frontière.

Vous voyez donc bien que vous faites de la politique sans vous en douter, comme le bourgeoisgentilhomme faisait de la prose ! C'est ce que vous
faites de mieux, à mon avis, dans les circonstances
actuelles, à moins d'imiter tel négociant, lequel au
moment de faillir ne voudrait pas s'occuper de son
bilan.
Tout n'est pas d'or dans notre position telle qu'on
nous l'a faite, et, foi de chansonnier, il ne s'agit
guère d'autres chansons que de la Marseillaise aujourd'hui. Ne croyez pas que l'ùorizon soit toujours
couleur de rose pour un chansonnier pamphlétaire.
Indépendamment de sa part de soucis qu'il prend
comme citoyen ami de son pays , d'autres inconvénients viennent l'assaillir dans sa vie privée et
jusqu'au foyer domestique. Que la campagne électorale commence, il doit pour quelque temps pren-

�301

NOTES

dre congé de ses amis et s'isoler même du sein de
sa famille. Car là, comme partout ailleurs, se dressent contre lui des oppositions incessantes avec
l'autorité du sang et d'un positivisme assez légitime. Faites cliez vous comme je fais chez moi, chers
amis ; ou, pour mieux parler, faites ce que faisait
le bon Ulysse qui s'attachait au mât de son navire
et se bouchait les oreilles pour se soustraire aux
accents des syrènes cent fois plus dangereuses que
les Syrthes ue Charybde et de Scylla. Surtout n'imitons point ses ignobles compagnons qui, sous des
formes immondes, une fois plongés dans la bauge
des jouissances matérielles , ne voulaient plus répondre à la voix de l'enchanteresse, qui les rappelait à leur première forme d'hommes ; et, cela
pour ne pas renoncer aux délices de la bestialité.
Croyez, mes chers amis,
Que si-b die la bertat,
C'est qu'aymi moun pays, y mey la libertat.

C'est avec ces sentiments que vous partagerez
sans doute, que je vous prie, mes chers concitoyens,
d'agréer l'assurance de ma considération pour vous
et de mon dévouement pour la petite et surtout
pour la grande patrie.
X. NAVARROT,

Président du, Comité électoral de Varrond% d'Oloron.

�302
Extrait de l'Observateur des Pyrénées du 30 avril 1841
A M. ARAGO
SECRÉTAIRE DU COMITÉ RÉFORMISTE DE PARIS

Monsieur le Secrétaire,
Deux mille quarante-trois signatures ont été apposées à la pétition pour la Réforme électorale, dans
les cantons d'Oloron, de Monein , d'Aramits, d'Arudy et d'Accous.
Comme vous vous entendez à faire des statistiques aussi bien, je pense, que M. Charles Dupin,
c'est par des chiffres que nous allons vous convaincre du beau succès que nous avons obtenu. Vous
allez voir que nous apportons notre contingent,
presque au complet, pour arriver au million de signatures que vous demandiez à la France.
Population de l'arrondissement d'Oloron '76,320
A déduire les personnes qui ne savent, ne
peuvent ou ne veulent pas signer :
1° Les mamans ou non, les filles ou non,
et les moutards , évalués aux trois
quarts de la population
57,240
2° Notre député qui se trouve être
ministériel, mais qui cependant
ne fait pas le moindre effort de Paris (comme on l'a imprimé dans
le National) , pour s'opposer au
progrès de la réforme à Oloron,
A rqwrtcr

57,240

76,320

�NOTES

Report
pouvant s'en reposer sur ses électeurs; lui et ces messieurs (5 ou
6 électeurs ayant signé)
3° Le sous-préfet et son bureau ...
4° Les juges de paix et leurs greffiers
5° Les curés, vicaires, chantres, sonneurs de cloche, fossoyeurs, membres de fabriques, etc., etc
6° Le président et son tribunal, et
ses gens du greffe, le procureur
du roi, son substitut, le geôlier,
les huissiers, les gendarmes, etc.
7° Les maires, les adjoints, les membres des bureaux de bienfaisance,
rogneurs de la portion du pauvre,
les valets de ville , les gardes forestiers, les gardes champêtres et
et les gardeurs de.... sauf votre
respect
8° Les percepteurs et les porteurs
de contrainte, enfin tous les fonctionnaires publics, sans omettre
messieurs les rats et leurs bnraralistes
9° Les individus ne sachant pas signer
TOTAL

Total des personnes pouvant signer
la pétition de la réforme électorale.

303

57,240

76,320

147
4
18

300

150

984

120
5,000
63,963 | 76,320
12,357

�304

NOTES

Ayant obtenu plus de 2,000 signatures, le rapport est de un sur six individus. Il serait bien plus
fort, si nous déduisions les personnes auxquelles la pétition n'a pas encore été présentée , et de
plus, les peureux, les cafards, les clampins, les
infirmes, les manchots et les aveugles par dessus
tout.
Vous voyez que vous avez pour vous la partie
saine de la population.
Permettez-moi maintenant de vous rappeler certain article 3Ì6 de la Constituante, po'. r nous encourager à persévérer dans les voies delà Réforme:
« Les citoyens se rappelleront sans cesse que
x&gt; c'est de la sagesse des choix dans les assemblées
» primaires et électorales, que dépendent princi» paiement la durée , la conservation et la prospé» rité de la république. »
Cet article sert d'épigraphe à un petit catéchisme des droits et des devoirs d'élection (édité en
ventôse, an v, chez J.-P. Vignancour; imprimerie
du Mémorial des Pyrénées.)
Question intérieure, question extérieure ne ressortent-elles pas forcément de l'élément électoral?
La question d'Orient, qu'on vient de résoudre si
piteusement, m'oblige de vous citer un passage,
analogue à la circonstance ; il est extrait de ce petit
catéchisme, et vous allez voir comment il traite de
la guerre et de la paix à tout prix.
« D. Les républicains veulent-ils la paix ?
D R. Quelle demande vous me faites ? Les républicains sont les seuls qui veulent la paix sincère-

�NOTES

305

rement, et la meilleure preuve de ce que j'avance,
c'est qu'ils sont très scrupuleux pour ne l'admettre
que solide, sûre et honorable. Une paix plâtrée ne
durerait pas six mois. En effet, il est deux manières de faire la paix : l'une, qui nous garantisse le
fruit de nos sept ans de révolution , affermisse notre constitution, qui assure au défenseur de la patrie ses indemnités et à son père ses acquisitions.
Cette paix nous la voulons et rien ne nous coûtera
pour la donner à l'Europe. Mais celle qui consisterait à nous ôter toutes nos ressources et à décupler
celles de nos ennemis ; celle qui nous obligerait de
licencier nos armées tandis que l'ennemi conserverait les siennes pour nous attaquer , nous subjuguer, nous brûler, nous piller à sa volonté ; celle
qui lui livrerait les clefs de nos frontières ; celle-là,
nous n'en voulons pas. Mieux mourir, s'il le faut,
en nous défendant que se laisser égorger en détail
et sans résistance. La paix de la république, nous
l'implorons ; la paix des émigrés , la paix de la
guerre civile, nous l'exécrons ».
Daignez agréer, Monsieur, l'assurance de ma considération distinguée.
X. NAVARBOT,

Président du comité réformiste d'Oloron.
NOTE 36, PAGE 225.

Le mariage du duc de Montpensier avec l'Infante
d'Espagne venai* d'avoir lieu. Ces vers, adressés à
la jeune duchesse, au moment où elle passait à
20

�306

NOTES

Pau, parurent dans un petit recueil que Navarrot
publia au profit des familles que l'écroulement du
pont d'Orthez (v. p. 261) avait privées d'un père,
d'un fils , .d'wn.frère
On trouve dans ces strophes émues le souvenir de ce malheur, et celui d'un
désastre plus grand encore : l'inonda-tion de 1846.

NOTE 31, PAGE

227.

Cette chanson est l'une des deux que Béranger
mentionne dans la première de ses lettres (1). Elle
parut dans VObservateur des Pyrénées, du 3 décembre
1847. Navarrot était prophète, lorsqu'il disait à
Béranger :
Oh! n'émigrez dprieplusl
Quand le llux vous rapporte,
Je crois que le reflux
Les autres rois emporte

X. Navarrot chantait ainsi en décembre 1847!!!

(1) L'ami par qui cette chanson avait '-té remise à Béranger
(v.p. xvn), était, croyons-nous, M. Alexis Peyret. Nous avons
de lui un petit poème béarnais, La casse, deii Ht)! Arthus (La
chasse du Boy Arthur), qu'il avait dédié à Navarrot. —
Bayonne. —Veuve Lamaignère. — 1851.
M. Alexis Peyret a rédigé, pendant quelques années, un journal français dans l'une des républiques de l'Amérique du Sud.
ïl est actuellement directeur de la colonie de Ville-Colomb en
Entre-Bios, et receveur de contributions de i'niak(juayc.hu'
Navarrot aimait à se rappeler l'intelligence, 'es nobles sentiments, le savoir et le patriotisme d'Alexis Peyret. Ce nom ne
devait donc pas être oublié dans le livre qui contient les œuvres de notre chansonnier,

�307

NOTE 38, PAGE 230.

X. Navarrot', en 1848, voulut obtenir de ses concitoyens le mandat de Représentant' du Peuple.
Voici, en quels termes,' il demandait leurs suffrages : *'
" '"'
'' " ■

'

•" « MESSIEURS LES ÉLECTEURS,

» Lacorruption, qui s'infiltraittoujoursdeplus en
plus dans le corps électoral a maculé tant de consciences, usé tant d'hommes, qu'il en est peu dont
les^antécédents puissent insj&gt;h]er quelque confiance.
» Leur adhésion ,au nouvel, ordre ,,de, choses n'est
pas un motif suffisant de la leur accorder,-. La faute
en est moins à ces .hommes qu'au système déplorable que Paris vient de renverser. Je ne suis point
dans ce cas, et j'ose me présenter hardiment aux
suffrages de mes compatriotes. J'ai l'ambition de
les obtenir. Un chansonnier, de l'ambition ! Elle
n'est pas nouvelle chez moi, car j'eus toujours celle
du bien. Mes titres, ce sont mes chansons. La légèreté de la forme ne saurait nuire à la vérité du fonds
et je crois bien, que le titre de chansonnier n'exclurait de la représentation nationale ni Béranger, ni
l'auteur cle la Marseillaise. Malgré de bons offices
que je reconnais hautement ici vis-à-vis d'un frère
fonctionnaire public, très digne, auquel je dois
beaucoup, je n'ai jamais cru devoir les payer de mon

�308

NOTES

vote ; on m'estimait assez pour ne l'avoir, je ne dis
pas sollicité, mais jamais espéré de moi, J'ai toutes
mes cartes d'électeur dans ma poche.
» Président d'un comité pour la réforme électorale qui vient de nous reconquérir tous nos droits,
j'envoyai dans le temps trois mille quatre cents
signatures au comité central de Paris. J'étais son
correspondant , comme j'étais aussi celui de Garnier-Pagès l'aîné, et des rédacteurs du National.
» Bien plus, j'osai même, au risque de troubler un
peu l'ordre public, provoquer, en plein théâtre, au
nom de cette réforme, l'adhésion des habitants de
Pau. Enfin, Messieurs, j'invoque votre témoignage
en raison de ma probité connue, de mon patriotisme éprouvé et de ma confinnce imperturbable
dans les destinées de la France.
» Je crois m'être assez occupé de questions d'intérêt public pour qu'on ne puisse pas me supposer
dénué de tout discernement ; or , dans le mandat
que vous allez confier il est moins question de lumières que de bonne foi. Les Dupont de l'Eure, les
Ledru-Rollin, les Lamartine, les Garnier-Pagès,
dont j'eus l'honneur de toucher la main , Marrast,
notre compatriote et ami, sauront nous formuler
une Constitution à la hauteur des besoins du moment, et ces hommes du gouvernement actuel ont
moins besoin de contradicteurs suspects que d'hommes qui partagent sincèrement leurs doctrinesPoint de Régence, d'Henriquinquisme, de Bonapartisme, point de remettre l'ordre actuel on question,
si l'on ne veut nager de nouveau dans le sang.

�309

NOTES

» Tout pour le Peuple et parle Peuple, et par ce
mot Peuple, j'entends tout le monde sans exception, car nous ne formons plus qu'une seule famille. Pour les nouvelles doctrines sociales plus
que hasardées, je m'en rapporte au sens moral de
la Nation et aux lumières de ceux qui sont au.
pouvoir ; le grand jour en fera justice. Paix, concorde et fraternité, voilà ma devise. Maintenant,
Messieurs, quel que soit le résultat de ma candidature, il n'y aura point d'échec pour l'amour-propre,
car j'ai cru remplir un devoir en sollicitant, à ciel
ouvert, l'honneur de vous représenter. On m'en
croira sur parole. Plût au ciel qu'il vous fût donné
de trouver onze citoyens plus purs , plus désintéressés et plus capables de remplir un mandat tout
de confiance, d'honneur et de probité. Je ne le crois
pas.
» X. NAVAEROT. »

On lit dans VObservateur des Pyrénées, du 31 mars
1848 :
ASSEMBLÉE POPULAIRE
(2e séance)
Présidence de M.

BÉGUÉ,

maire de Pau,

«
'. Les candidats à l'Assemblée nationale sont, comme la veille, appelés à se présenter
par la désignation du sort .

�310
» M. NAVARROT ! — A ce nom de longs bravos
éclatent ; il y a dans l'assemblée une hilarité prolongée.
» — Je suis enrhumé, dit-il, je fais tous les jours
de la propagande; ça fatigue, je réclame votre indulgence.
» Le candidat prie M. Cazarré de vouloir bien
lire sa profession de foi. Il interrompt le lecteur
pour expliquer certaines propositions qui avaient
donné lieu à des commentaires qu'on lui avait rapportés.
» Lisant ensuite lui-même quelques pages écrites, il dit : —■ Messieurs, dans les Républiques anciennes, on se vantait beaucoup. Démosthène et
Cicéron étaient deux avocats vaniteux. Sans avoir
leur talent, j'ai fait comme ces anciens; mais j'ai
été de beaucoup dépassé par mes compétiteurs
Je chantais la République, quand d'autres prononçaient son nom avec horreur. J'ai toujours pratiqué les trois vertus théologales de la République,
la liberté, l'égalité et la fraternité. Cesserai-je aujourd'hui que nous avons la République ? Pardieu,
non. »
» Il a terminé par la citation fort spirituelle d'un
poème béarnais (1) qu'il a composé il y a quelque
temps, intitulé : — Lous Tatays (les Bohémiens). Il
a rappelé de charmantes choses sur ces gens qui se
trouvent dans toutes les classes, et
N'estenin la maa
Qu'enta prene tous temps, y jçimey enta da.
(I) C'est le Dialogue qui se trouve à la page 111.

�NOTES

311

(des gens qui n'étendent la main que pour prendre
toujours, et jamais pour donner). Cette citation a
provoqué des applaudissements répétés. »
X. Navarrot avait de très nombreux compétiteurs,
plus de soixante! Il ne devait y avoir que onze élus.
Voici leurs noms et le nombre de suffrages que chacun d'eux obtint : MM. Nogué, 80,029 ; — Condou,
6T,]T?; — Boutoey, 64,232; — Michel Renaud,
60,521 ; — Armand Marrast, 59,358 ;—Léremboure,
55,115 ; — St-Gaudens, 45,507 ; — Dariste, 45,335;
— J. Lestapis, 43,599; — Etcheverry, 41,413; —
de Laus ;at, 41,163.
Arm. Marrast, ayant opté pour le département
de 11 Seine, M. Marcel Barthe fut élu pour le remplacer; —12,972 suffrages.
Le Mémorial des Pyrénées disait de nos Représentants , le 28 avril 1848 : — « Puisse la France
compter neuf cents représentants comme eux ! »
Ce journal les avait soutenus tous, à l'exception
de MM. Saint-Gaudens et Barthe. Sur sa liste le
Mémorial avait inscrit M. Pinède, d'Oloron, à la
place de M. Saint-Gaudens, et, à la deuxième élection, il avait opposé la candidature de M. Thiers à
celle de M. Barthe.
De ces onze Représentants des Basses-Pyrénées
à l'Assemblée Constituante, trois sont morts, MM.
Boutoey, Etcheverry, Léremboure.
MM. Barthe et Jules de Lestapis sont membres
du Conseil général.
MM. Condou, de Laussat, Nogué, Michel Renaud,

�312

St^Gaudens, vivent éloignés de toute participation
aux affaires publiques.
M. Dariste est sénateur.
Navarrot disait de M. Nogué (voir plus liant,
p. 108) :
Nogué, l'amie deu pople y de pas industries.
Nogué, l'ami du peuple et de ses industries.

Le Furet traçait naguère (mai 1868), le portrait

de cet ami du peuple :
POPULE

« La Liberté lui fut clière toujours. C'est parce
qu'il l'aimait, qu'on lui enleva la charge d'Edile,
qu'il exerçait avec intelligence et beaucoup de zèle.
« Il y a vingt ans, la Liberté triomphait.... Hachant combien elle était aimée de Popule, elle s'empressa de le faire plus qu'Edile (1). Il devint puissant; il fut, comme toujours, modeste. L'heureux
succès ne l'avait point ébloui; bientôt après, l'ingratitude de ceux que, par trop de bonté peut-être,
il avait aidés et soutenus, ne put lui faire perdre
l'égalité d'âme du sage.
» Peut-être fut-il déçu.... jamais on ne l'a vu
•ébranlé.
» On aurait désiré, dans certaines circonstances,
qu'il eût moins de calme, et qu'avec son aversion
(11 Commissaire du Gouvernement provisoire Représentant
du Peuple.

�NOTES

bien connue pour tout ce qui n'est pas honnête, il
montrât plus de zèle efficace pour le combattre.
s De notre temps, Oaton n'aurait pas laissé les
dieux se réjouir en paix des victoires qui leur
plaisent. »
NOTE 39, PAGE 233.

Auguste Claverie, de Gan , ancien élève du Collège royal de Pau, sous-lieutenant, sorti de l'Ecole de St-Cyr, « eut le tort de manifester bien haut
» ses opinions démocratiques ; le ministre d'Haut» poul le renvoya des rangs de l'armée qu'il hono» rait par sa loyauté, son intelligence et son pa» triotisme». — (Républ. de Vasconie.)
C'est à son retour de Lambessa, où il avait été
transporté, que, venant frapper à la porte de son
ami le chansonnier, il lui inspirait ces doux et touchants couplets sur le Retour de l'hirondelle.
Plein d'activité et d'énergie, Claverie chercha
dans un travail opiniâtre ce qui lui était nécessaire
pour subvenir aux besoins d'une jeune famille
tendrement aimée. M. Duclerc , l'ancien ministre
des finances de la République , lui fit obtenir un
emploi en Espagne, où l'on travaillait à l'établissement des chemins de fer. Claverie , jeune encore,
succomba à la peine, quelque temps après.
Les derniers mots écrits de la main de Navarrot,
nous les avons vus péniblement tracés sur son testament d'une main défaillante, au moment où il
allait rendre le dernier soupir, ces mots léguaient

�314

NOTES

aux jeunes enfants de Claverie un bienfait, un souvenir de l'amitié qui avait étroitement attaché Navarrot à leur père, intelligent, énergique et laborieux.
NOTE

40,

PAGE

235.

Notre chansonnier avait les plus vives sympathies
pour Michel Renaud, ce jeune Représentant du
peuple que le Pays-Basque envoya en 1848 à l'Assemblée nationale. — On lit dans un journal de
Bayonne, du 9 mars 1851 : « Cœur chaud , dévoué
à la République, conscience ferme et inflexible, esprit lucide et vif, honnête homme , Représentant
sincère, tel est Michel Renaud. »
Aujourd'hui, il est dans sa ville natale,à St-JeanPied-de-Port, un modèle de piété filiale. Après
huit années d'un exil qui n'aurait pu altérer que
ses forces physiques, il a retrouvé, comme il l'écrivait lui-même un jour : « aux portes de l'Espagne,
cecoin de terre, où il avait laissé ses affections,
ses souvenirs, ses rêves de bonheur. »
NOTE

41,

PAGE

240.

LES EMPENNÉS. — A M. ***, confrère en 'poésie. —Il est probable qu'on avait communiqué à X. Navarrot un recueil de poésies, qui avait pour titre :
Les Empennés. Nous avons cherché dans nos souvenirs, nous avons interrogé les amis de Navarrot; il
nous a été impossible de découvrir qui était ce
confrère en poésie, à qui notre chansonnier s'a-

�315

NOTES

dressait pour 'e féliciter d'avoir composé des vers
charmants, inspirés par une muse plus sévère que
la sienne.
H

)TE

42,

PAGE

243.

Les lignes suivantes, extraites du Montagnard des
Pyrénées (1), expliquent et complètent l'épître que
X. Navarrot adressa à M. Galiano. :
« Quand le général Quesada périt à Madrid dans
une émeute, en 836, un des orateurs les plus renom., és d'Espagne, Galiano, alors ministre, jugea
prudent, peur éviter le même sort, de quitter inopinément Madrid, et de venir chercher un asile en
France.
« Avant d'arriver à Pau, où il séjourna quelque
temps, il s'arrêta à Oloron, et, indépendamment de
son physique, il y faisait, nous assure-t-on, assez
mince figure, ce qui ne lui attira pas un accueil
très empressé des sommités administratives et
cominerc.ales de cette ville ; mais ce fut une raison de plus pour que, rendant hommage aux antécédents honorables de l'orateur distingué et du sectateur ardent des libertés espagnoles , le Béranger
Béarnais crût devoir réparer l'oubli de ses concitoyens. »
M. Galiano répondit à l'invitation poétique de
X. 1- ivarrot par la lettre suivante, dont l'étrangeté
(il Pau. — Veronese. — Janvier 1840.

�316

NOTES

de quelques locutions s'explique suffisamment ,
quand on considère qu'elle est écrite par un Espagnol.
« Licnit semperque Hcebit.
» MONSIEUR,

» Je suis vraiment désolé de ce que votre aimable
invitation me soit parvenue trop tard ; je quitte
Oloron demain à midi pour Pau, d'où je me rendrai
à Paris ; autrement, quoique l'état de ma santé,
fort mauvaise depuis que j'habite Oloron, m'interdise tout à fait les plaisirs de la table (que j'aime
assez d'ailleurs), je me serais empressé de partager
votre dîner amical, et j'aurais joui de votre société
et de celle de vos amis , qui, d'après les échantillons que je vois, m'aurait fait bien du plaisir.
» Je vous remercie de vos vers ; ils me flattent
trop, et voilà la seule chose que j'y trouve à redire;
et moi aussi j'ai fait des vers, en espagnol s'entend;
pas assez bons pour en tirer vanité, et pourtant me
donnant un titre à priser les beautés de la poésie
des autres.
» Vous ne me rendez justice , Monsieur , que sur
un seul point, et cVât quant à mes intentions:
oui, Monsieur, c'est bien à tort qu'on me reproche
d'avoir abandonné mes principes ; c'est dans les
vues de la véritable liberté, du progrès même un
peu accéléré, que j'ai travaillé, quoiqu'on me désigne du nom de rétrograde.

�NOTES

317

» Jugez donc, Monsieur , combien il m'eût été
doux de me trouver parmi des Français aimables et
éclairés qui ne doutent point de mon patriotisme ;
vous croirez que mon regret est bien sincère et bien
vif quand je me vois privé de jouir des moments
agréables que votre bienveillance me préparait.
» En vous renouvelant, Monsieur, les témoignages de ma gratitude, je vous prie de croire que j'en
emporterai le souvenir avec moi.
» Agréez, Monsieur, l'assurance des sentiments
de la considération la plus distinguée avec lesquels,
» J'ai l'honneur d'être votre très humble et obéissant serviteur.
» ANTONIO ALCAL.V GALIANO. »

��TABLK
XAVIER NAVARROT ET SES CHANSONS

Le poète populaire des Pyrénées. — Chaho, rédacteur en chef du Républicain de Vasconie. — Navarrot et les autres poètes béarnais. — Origine du
chansonnier ; son éducation ; le disciple de Cujas
et d'Hippocrate. — Les deux Muses de Navarrot.—
Le galoubet et la lyre. — Physionomie du chansonnier. — Navarrot ami de Béranger. — Lettres de
Béranger. — Charles Cassou. — L'idiome béarnais
et la langue basque.—Fortoul et Génin.—Les proscrits en 1852. — Les deux épitaphes de Navarrot.—
Ce que doit faire la ville d'Oloron.... I—XXXI.
CHANSONS BEARNAISES

Abis au public. — Henric-Quoate. — Lou reypetit. — Lous adius il la balée d'Aspe. — La SentMartii d'Accous.— Lous Pougiioucotz.— La £entBizentz. — Au hazagnet deu drapèu. — La Sarthoulete. — Haut, que destrigue ! — A Diu me
dau !
i
1-32.
L'après-soupa deu presbytèri. — Ouncou. —
Cansou deus coumpagnous de la nobi.—Bebiam à
la coèb,e nabère. — Las Laères.—'La Bistanflute.—
Grane susmaute.— L'Estanguet. — Si n'ey qu'aco;
lou duc dé Nemours
36—63.

�320

TABLE

Las Aygues-Cautes ; a moun ainicM. Laborde.—
Moun Prince.—Gaston Saeaze ; la hount de Laruns—■ La Seut-Pierre. — Aus Electous hartanès deu
Bearn. — La boutiguete deu Bialè. — Adiu, plane
de Bedous. — Ousse, la bien aymade. — Chut,
■chut, pople, chut ! Sent-Simoun y Sent-Jude. —
Ah ! maudit sie Fauzerè
66—95.
U Juré à uMèc, accusât d'habe '.cridat bi-bi-bibe
la Ke-pu-pu-publique. — L'Houspitalitat à Pau. —
Dialogue entre Moussu Matheu, l'electou, y Jan de
Mingequannas, loubouhèmi.— Kemercimentz aux
Electous municipaus. — Lou pourtrèyt de Jeliote.
— A Despourrins
98—143.
CHANSONS FRANÇAISES

A Béranger. — Toast à Lafayette. — C'est à toi
que je rêve. — Nous chanterons, boirons, rirons !
■— L'aliéné; à M. Dubois, médecin de Béranger. —
Quel chien de fils. —Faites-moi docteur pour rire.
— Tin, tin, tin, tin ! Mes adieux à la vie d'étudiant.
—A mon uniforme. — Le drapeau.... 151—175.
Jacques-Bonhomme et Jacques Lafltte. — Aux
gardes nationaux. — La démission. — Premier anniversaire des Trois Journées. —Salut aux enfants
du 9e. — Symphonie de l'hymen. —■ Le choléra. —
Noël. — Ah! le joli droit, Monseigneur '. — Crédit
est mort
177—200-

�321

TABLE

Entrée en Paradis de Charles-Maurice de Talleyrand. —Ne pleurez pas.—Le doj eu de la jeunesse.
—Toast à Jasmin.— Les bourgeois de Criais.—Un
oubli! M. Martin (de Strasbourg).— Germain!
Germain! A mon cousin Edouard Dartigaux.—
Journée de pluie aux Eaux-B:.ii , "s ; fl mon ami le
docteur Darralde. — Bênm : A. mes confrères, Messieurs les Electeurs. —A mm patron St-FrançoisXavier
.0.4—223.
A Madame la duchesse d&lt; .«iontpensrc. •— Le roi
de la chanson; à Béranger. — Bon voyage, chers
concurrents; aux Br. présentants du Peuple partant
pour l'Assemblée constituante.—Ketour de l'hirondelle; à mon ami Aug. Claverie. — Peuple souverain; à mon ami Michel Renaud. — La muse quêteuse. — Les Empennés. — A M. Galiano.—A Mlle
Berthe Dartigaux, en lui présentant un La Fonfontaine-Granville. — A un fournisseur officieux.—
Nécropole
,
225—250
i %
NOTES

Bon jour, Mn an ! Navarrot à ses compatriotes ;
le manteau du pauvre et les nudités du poète.-—Les
disciples de Saint-Ignace —Leduc de Bordeaux.
— Le capitaine-curé Mainvielle. — L'archet des
Julien.— Chants et airs'populaires du Béarn, publiés par M. F. Rivarès.— Quiproquo dont les couplets de la Bistanfinte, chantés à Paris, fournirent

�322

TABLE

l'occasion. — L'auteur du Chalet dans l'embarras.
— Raillerie du Furet. — Un feuilleton de Ylndépendant des Basses-Pyrénées. — M. Cénac-Moncaut induit en erreur : Un Saut béarnais ?.... 255—272.
L'hirondelle et la liberté en 1851. — Vi-vi-vive
la Ré-pu-pu-publique ! — Physionomie de Pau en
1837 : les originaux de ce temps-là. — Réélection de
M. Pèdre-Lacaze , député d'Oloron. — Le suffrage
universel. —Patrie et Liberté. — Jasmin à Pau.—
Société des Sciences, Lettres et Arts, à Pau.—M. Badé,
professeur au Collège royal. —La sottise humaine.
— Un président du Tribunal de commerce, non
décoré. — Navarrot soutient sa thèse pour la Licence devant la Faculté de droit de Paris. — Un
terrible Minos. — Les premiers vers de Navarrot
273-282.
L'autel et le trône. — L'autel serait toujours respecté, s'il ne voulait être que l'autel. — Etranges
relations de Navarrot avec l'évêque de Bayonne.—
La bulle d'excommunication de 1809. Un accueil
frappant. — Monseigneur d'Astros aux arrêta.—La
chanson du Compclle
28ii—289
Sentiment de Navarrot à l'égard de l'armée.—
Les héros de Witeps. —MM. Dartigaux et le comte
de St-Cricq.— Vanité excessive de Jasmin; pressentiment de Navarrot. — Henri IV et Tourné. —
M. Ach. Marrast ; les Hypothèses. — Affligeantes
palinodies
'
291—294.

�323
Abus du suffrage restreint.—Avidité des Electeurs
eensitaires. — Propagande du chansonnier pour la
Réforme électorale. •— La Marseillaise chantée par
les Béarnais. — La ville de Pau en 1840. — A M.
Arago; curieuse statistique. — - Le catéchisme des
droits et des devoirs d'élection
295—304.
Madame la duchesse de Montpensier à Pau. —
Navarrot prophète. —M. Alexis Peyret.—Le chansonnier candidat à l'Assemblée nationale ; profession de foi. — Assemblée populaire à Pau. ■—Les
Représentants des Basses-Pyrénées en 1848.— Les
morts et les vivants
305—311.
M. Nogué, Maire de Pau , Commissaire du Gouvernement provisoire, Représentant du Peuple.—
Auguste Claverie. — M. Micnel Renaud , Représentant du Peuple, ferme, inflexible. —Un ancien
ministre d'Espagne , M. Galiano, à Oloron. — Navarrot répare l'oubli de ses concitoyens. — Lettre
de M. Galiano à notre chansonnier
312—317

P.iu -»Impriiflerie Voronese.

���S)

v1 *%

«ara

é
—^3Xr&gt;

�</text>
                </elementText>
              </elementTextContainer>
            </element>
          </elementContainer>
        </elementSet>
      </elementSetContainer>
    </file>
  </fileContainer>
  <collection collectionId="93">
    <elementSetContainer>
      <elementSet elementSetId="1">
        <name>Dublin Core</name>
        <description>The Dublin Core metadata element set is common to all Omeka records, including items, files, and collections. For more information see, http://dublincore.org/documents/dces/.</description>
        <elementContainer>
          <element elementId="50">
            <name>Title</name>
            <description>A name given to the resource</description>
            <elementTextContainer>
              <elementText elementTextId="355725">
                <text>Patrimoine écrit occitan:imprimés</text>
              </elementText>
            </elementTextContainer>
          </element>
          <element elementId="41">
            <name>Description</name>
            <description>An account of the resource</description>
            <elementTextContainer>
              <elementText elementTextId="355726">
                <text>Ce set contient les imprimés numérisés par le CIRDÒC issus des collections  des partenaires d'Occitanica</text>
              </elementText>
            </elementTextContainer>
          </element>
        </elementContainer>
      </elementSet>
    </elementSetContainer>
  </collection>
  <itemType itemTypeId="15">
    <name>Libre</name>
    <description>Item type spécifique au CIRDÒC : à privilégier</description>
    <elementContainer>
      <element elementId="127">
        <name>Région Administrative</name>
        <description/>
        <elementTextContainer>
          <elementText elementTextId="493582">
            <text>Midi-Pyrénées</text>
          </elementText>
        </elementTextContainer>
      </element>
      <element elementId="128">
        <name>Variante Idiomatique</name>
        <description/>
        <elementTextContainer>
          <elementText elementTextId="493583">
            <text>Gascon</text>
          </elementText>
        </elementTextContainer>
      </element>
    </elementContainer>
  </itemType>
  <elementSetContainer>
    <elementSet elementSetId="1">
      <name>Dublin Core</name>
      <description>The Dublin Core metadata element set is common to all Omeka records, including items, files, and collections. For more information see, http://dublincore.org/documents/dces/.</description>
      <elementContainer>
        <element elementId="50">
          <name>Title</name>
          <description>A name given to the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="493184">
              <text>Chansons de Xavier Navarrot / publiées par V. Lespy,...</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="49">
          <name>Subject</name>
          <description>The topic of the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="493186">
              <text>Chansons traditionnelles -- Béarn (Pyrénées-Atlantiques)</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="493187">
              <text>Poésie béarnaise</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="39">
          <name>Creator</name>
          <description>An entity primarily responsible for making the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="493188">
              <text>Navarrot, Xavier (1799-1862)</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="48">
          <name>Source</name>
          <description>A related resource from which the described resource is derived</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="493190">
              <text>Mediatèca occitana, CIRDOC-Béziers, CAB 465+1</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="45">
          <name>Publisher</name>
          <description>An entity responsible for making the resource available</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="493191">
              <text>Impr. et lith. Veronese (Pau)</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="40">
          <name>Date</name>
          <description>A point or period of time associated with an event in the lifecycle of the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="493192">
              <text>1868</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="94">
          <name>Date Issued</name>
          <description>Date of formal issuance (e.g., publication) of the resource.</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="493193">
              <text>2017-04-26 Gilles Bancarel</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="47">
          <name>Rights</name>
          <description>Information about rights held in and over the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="493194">
              <text>domaine public</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="98">
          <name>License</name>
          <description>A legal document giving official permission to do something with the resource.</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="493195">
              <text>Licence ouverte</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="46">
          <name>Relation</name>
          <description>A related resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="493196">
              <text>vignette : https://occitanica.eu/files/original/2f7927d350b8797b5af0c8980c306a6b.jpg</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="42">
          <name>Format</name>
          <description>The file format, physical medium, or dimensions of the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="493197">
              <text>application/pdf</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="493198">
              <text>1 vol. (XXXI-323 p.) ; 19 cm</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="44">
          <name>Language</name>
          <description>A language of the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="493199">
              <text>oci</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="1033304">
              <text>fre</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="51">
          <name>Type</name>
          <description>The nature or genre of the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="493200">
              <text>Text</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="493201">
              <text>monographie imprimée</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="43">
          <name>Identifier</name>
          <description>An unambiguous reference to the resource within a given context</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="493202">
              <text>https://occitanica.eu/items/show/15546</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="86">
          <name>Alternative Title</name>
          <description>An alternative name for the resource. The distinction between titles and alternative titles is application-specific.</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="814831">
              <text>Chansons de Xavier Navarrot  </text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="1033301">
              <text>Chansons de Xavier Navarrot  </text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="41">
          <name>Description</name>
          <description>An account of the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="1033302">
              <text>Chansons en occitan dialecte gascon (béarnais) </text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="37">
          <name>Contributor</name>
          <description>An entity responsible for making contributions to the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="1033303">
              <text>Lespy, Vastin (1817-1897). Éditeur scientifique</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
      </elementContainer>
    </elementSet>
    <elementSet elementSetId="8">
      <name>Occitanica</name>
      <description>Jeu de métadonnées internes a Occitanica</description>
      <elementContainer>
        <element elementId="173">
          <name>Portail</name>
          <description>Le portail dans la typologie Occitanica</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="590116">
              <text>Mediatèca</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="174">
          <name>Sous-Menu</name>
          <description>Le sous-menu dans la typologie Occitanica</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="590117">
              <text>Bibliotèca</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="172">
          <name>Type de Document</name>
          <description>Le type dans la typologie Occitanica</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="590118">
              <text>Livre</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="182">
          <name>Catégorie</name>
          <description>La catégorie dans la typologie Occitanica</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="644343">
              <text>Documents</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="171">
          <name>Contributeur</name>
          <description>Le contributeur à Occitanica</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="1033305">
              <text>CIRDOC - Institut occitan de cultura</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
      </elementContainer>
    </elementSet>
  </elementSetContainer>
</item>
