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                  <text>Université Paul Valéry, Montpellier III
UFR Art et Lettres
Département Art du Spectacle
Master 1 Art du Spectacle
Option Cinéma

Aici e ara
(Ici et maintenant)

La représentation de l'Occitanie par ses cinéastes.

Mémoire présenté par

Boé Mathilde

Septembre 2010

Directrice de Mémoire :

Mme Monique Carcaud-Macaire, maître de conférence en cinéma à l’Université Paul Valéry,
Montpellier III.

1

�REMERCIEMENTS

En préambule de ce mémoire je tiens à remercier toutes les personnes qui ont contribué, d’une
certaine manière à l’aboutissement de ce travail.

Tout d'abord Madame Carcaud-Macaire pour m'avoir dirigé dans ce travail.

Mélania Laupiès pour son enseignement de l'occitan et l'amour de la langue qu'elle m'a transmise.

L'équipe du Cirdoc, grâce à qui j'ai pu voir la majorité des films, ainsi que les ouvrages.

Jean Fléchet pour sa correspondance fidèle.

Mes professeurs de cinéma du lycée, sans qui je n'aurais pas fait cette rencontre avec le cinéma :
Christian, Jacky, Ali et Sébastien.

Les archives départementales de l'Hérault pour leur trésors découverts un peu tard.

Camille, Clément, Claire pour leur soutien tout le long de mes études universitaires.

Laurence et Christophe, Luc et Manue pour leur soutien constant.

Mes parents et mes soeurs, Athina et Valentine.

Mes grands parents paternels pour leurs histoires.

Delphine Aguilera pour sa voix.

Laurent Cavalié, la Mal Coiffée, La Talvera, Du Bartas,... pour leur combat, leur créativité.

Je remercie particulièrement Camille et Manue, mes relectrices.

Je dédie ce mémoire à Erich à qui je dois toutes ces années d'études, sa patience, son écoute, sa
présence et sa confiance.

2

�3

�SOMMAIRE

PREMIERE PARTIE : CONTEXTUALISATION DU « CINEMA OCCITAN », METHODE D’ANALYSE ........................7
I) HISTORIQUE DU « CINÉMA OCCITAN » ..............................................................................................................7
II) L A REVUE TÉCIMÉOC (TÉLÉVISION CINÉMA MÉRIDIONAL ET OCCITAN) ..................................................................10
III) UNE DÉFINITION DU « CINÉMA OCCITAN » ....................................................................................................17
IV) MÉTHODE DE TRAVAIL ..............................................................................................................................19
IV-1) ANALYSE TYPOLOGIQUE ET CHOIX DE TRAVAIL ..............................................................................................19
IV-2)ENVIRONNEMENT ÉCONOMIQUE, ANALYSE DE LA PRODUCTION ........................................................................21
IV-3) APPROCHE DU CINÉMA OCCITAN PAR LE TITRE DES FILMS ................................................................................24
DEUXIEME PARTIE : TYPOLOGIE DU CINEMA OCCITAN ................................................................................28
I ) SOCIOLOGIE DE L'OCCITAN ..........................................................................................................................28
II) IDENTITÉS CULTURELLES .............................................................................................................................49
III) DE L'HISTOIRE À LA REVENDICATION .............................................................................................................80
TROISIEME PARTIE : BILAN ET PERSPECTIVES ............................................................................................103
I) LES MISES EN JEUX DU CINÉMA OCCITAN DÉTERMINÉES PAR LA TYPOLOGIE ............................................................. 103
II) DE LA CRÉATION À LA DIFFUSION ................................................................................................................ 107
III) CONTRADICTION DU CINÉMA OCCITAN ........................................................................................................113
IV) IDENTITÉ RÉVÉLÉE PAR LE CINÉMA..............................................................................................................117
CONCLUSION .............................................................................................................................................119
ANNEXE 1 ..................................................................................................................................................121
ANNEXE 2 ..................................................................................................................................................126
ANNEXE 3 ..................................................................................................................................................130
ANNEXE 4 ..................................................................................................................................................132
ANNEXE 5 ..................................................................................................................................................136
ANNEXE 6 ..................................................................................................................................................153
BIBLIOGRAPHIE ...................................................................................................................................155

4

�INTRODUCTION
C'est en apprenant la langue à l'Université que la culture occitane m'a semblé familière, en
effet mes grands parents paternels possédaient quelques mots de « patois ». Les cours et puis les
concerts furent une grande découverte, comme une exploration, à travers un passé et vers moimême. Une autre façon de regarder ces pays où j'ai toujours vécu : La Gascogne, comme terrain
d'enfance et celui où je suis venue m'installer, le Languedoc. Ils se faisaient écho. La grande fierté
d'avoir été le juge de Carnaval sur la place de mon village s'explique aujourd'hui. Je comprends,
grâce à ce travail, tout ce qui m'échappait et tout ce qui pouvait être oublié, peut-être
volontairement. Alors, il y eut une prise de conscience qui mit en branle ma curiosité. Un besoin de
chercher se fit sentir pour savoir comment cette langue et cette culture étaient représentées dans le
cinéma que j'étudie depuis le lycée.
À partir de 1965, la culture occitane se libère de l'intellectualisme dans lequel l'ont
enfermée le félibrige et ses successeurs. L'Institut des Études Occitanes (I.E.O) devient un
organisme de réflexion et de rencontres. Un nouveau départ est possible grâce aux travaux de Louis
Alibert, artisan de la renaissance linguistique et de Robert Lafont, théoricien de l'occitanisme
progressiste. Beaucoup de jeunes affirment leur appartenance à l'Occitanie, la chanson ne se
cantonne plus dans le folklore mais devient une revendication culturelle et politique. Ces
revendications s'accompagnent du retour au pays; les enfants partis travailler à Paris décident de
retourner vivre et travailler chez eux. La décentralisation culturelle s'enclenche avec Jacques
Duhamel, ministre de la culture de 1971 à 1973, empruntant le chemin défriché par André Malraux.
Cette décentralisation amène une réflexion chez certains militants dont Félix-Marcel
Castan, considéré comme l'incarnation de l’humaniste occitan ouvert au monde et à toutes les
différences, qui traça les horizons de la Linha Imaginòt. Le théâtre très vite est aussi porteur de
messages : l'usage de la langue occitane étant, en soi, une prise de position, on peut l'utiliser pour
traiter d'autres sujets. Une troupe comme celle du Teatre de la Carriera écrit collectivement ses
textes à partir d'enquêtes et met en scène, parfois sous forme bilingue, outre le sort du peuple
occitan, celui de la femme occitane. C'est dans cette lignée que l'expression cinématographique
occitane va naître. Mais l'État n'ayant pas une politique claire quant à la culture occitane, les
moyens économiques de cette création sont timides. En ce sens, ce cinéma pose problème puisqu'il
est parallèle au système « traditionnel ». Sa définition reste presque impossible puisqu'il relève d'un
fait actuel.

5

�Ce n'est pas pour proposer une définition précise que je vais tenter ici d'approcher le
cinéma dans ce qu'il a d'occitan. Il s'agira d'interroger la présence de l'Occitanie dans les films.
Qu'est-ce qui dans les films revendique, par la représentation, l'identité régionale? Comment
l'Occitanie habite-t-elle le cinéma? C'est le mot, habiter, qui va avoir une grande place dans ce
cinéma. Habiter sera utilisé dans le sens de hanter, parce que ce mot va occuper de manière
obsédante l'esprit, l'imagination des cinéastes. Mais habiter c'est aussi ce qui sera l'acte principal
des cinéastes, habiter l'endroit qu'ils désirent et y travailler. L'Occitanie va se trouver en filigrane,
ou avec force, imbriquée dans ce cinéma. Les créateurs, partant ou non d'une démarche militante,
donneront la voix à cette Occitanie soumise depuis huit siècles à la France, gardant en tête que le
cinéma doit être la langue première. Comment peut-on alors identifier cet ensemble des pays de
langue d'oc à travers un cinéma? Qu'est ce qui, en eux, témoigne et donc affirme la culture
occitane?
Ce mémoire se composera de trois parties. Dans la première, il s'agira d'établir un
historique de ce cinéma, en s'appuyant sur la revue Téciméoc. Cette revue est l'élément principal
qui mettra en lien les créateurs d'expressions cinématographiques en Occitanie. Une définition
permettra alors de situer la recherche. La seconde partie s'articulera en trois ensembles regroupés
par thèmes. Nous débuterons par la sociologie de l'occitan (l'habitant), nous en viendrons aux
identités culturelles, enfin le traitement de l'histoire verra l'émergence de la revendication. La
troisième partie redéfinira le cinéma occitan, ses particularités, la démarche dans laquelle il
s'inscrit, et les limites auxquelles il est confronté. La méthode adoptée pour aboutir à ce travail a été
une typologie des films « occitans », élaborée dans le domaine sociologique. Ce mémoire mettra en
relation un corpus de trente-six films, réalisés de 1963 à 2010, ils dessineront une représentation de
l'Occitanie.

6

�PREMIERE PARTIE : CONTEXTUALISATION DU « CINEMA
OCCITAN », METHODE D’ANALYSE

Cette première partie va nous permettre de contextualiser et de définir le cinéma, appelé
sommairement « occitan ». Tout d'abord, un historique aidera à le situer dans le temps. Un à propos
sur la revue Téciméoc, fondement de l'esprit des cinéastes occitans, sera indispensable pour
appréhender leurs intentions et leurs propositions pour la mise en place d'un « cinéma occitan ».
Dans le cadre de la recherche, nous nous attacherons à définir ce qu'est le « cinéma occitan »;
ensuite nous décrirons la méthode de travail.

I) Historique du « cinéma occitan »
Pour bien appréhender le sujet, il faut en faire un historique qui nous aidera à
mieux situer chacune des œuvres étudiées. Pour commencer il faut, dans la revue CINOC, relever
dans un article Pagnol par Bazin, que Marcel Pagnol est le « seul repère historique avec Rouquier
du cinéma Occitan [...] le seul auteur-producteur libre. Les centaines de millions que Pagnol a
gagné, il ose les consacrer pour son plaisir à des monstres cinématographiques que la production
organisée et rationnelle ne saurait concevoir. » 1
Avec Une histoire du cinéma en langue d'oc2 nous avons déjà un historique complet dont je
ferai seulement une synthèse des recherches abouties.
On remarque, selon les témoignages, que pendant les projections du cinéma muet, les
bonimenteurs pouvaient employer la langue d'oc. On gardera en mémoire la version provençale de
Mireille3 de Ernest Servaès et René Gaveau, et la trilogie de Pagnol, Marius4, Fanny5 et César6, où
même si l'on n'y parle pas la langue, représente le peuple marseillais au quotidien. George Rouquier
quant à lui, en filmant sa famille amène le rouergat 7 dans les salles.
Les premières expériences de Jean Fléchet, avec la troupe Lou Bastardeù de Caderousse
1Art. Pagnol par Bazin, André Bazin, Revue CINOC n°4, 1976, pp 50-51
2Aide-Mémoire pour Une histoire du cinéma en langue d'oc, établie à partir des archives de
Téciméoc reprise par Jean Fléchet pour Les cahiers de la cinémathèque, n° 79, Cinéma régional, Cinéma
national, 2008, Institut Jean Vigo de Perpignan, pp 74-80
3 Mireille de Ernest Servaès et René Gaveau, 1933, français, 72', VHS
4 Marius de Alexandre Korda, 1931, français, 120', DVD, Paramount
5 Fanny de Marc Allégret, 1932, français, 122', DVD, Les films Marcel Pagnol
6 César de Marcel Pagnol, 1936, français, 134', DVD, Les films Marcel Pagnol
7 Le rouergat est un dialecte de la langue d'oc, parlé dans le Rouergue en Aveyron.

7

�dans les années 60, font émerger l'imaginaire provençal. Avec le regroupement des cinéastes,
auteurs, techniciens, acteurs décidés à tourner en langue d'oc, nous assistons au sursaut des années
70. Le cinéma occitan prend alors corps avec le slogan: « Viure al païs ». Paradoxalement,
l'association Cinéma Occitan naquit à Paris où la plupart des cinéastes étaient contraints de
travailler. En 1974, éprouvant le besoin de se réunir pour que vive une expression audiovisuelle
occitane, la revue CINOC vit le jour. La revue Téciméoc, elle, fut crée en 1977. René Allio et son
initiative : le Centre Méditerranéen de Création Cinématographique8, tentèrent de donner une
impulsion.
« Créer en région, c'est pouvoir bénéficier de plus de sérénité dans le travail, mais risquer
l'éloignement et la marginalisation. Le projet de Allio ne s'adressait pas aux « marginaux »
- qui, par définition, n'ont besoin de personne - mais aux autres, ceux qui ont besoin
d'échanges hors du cercle étroit des familiers. »9
Jean-Marie Barbe et d'autres fondèrent le groupe Ardèche Images. Ainsi de nombreux films
qui n'existaient pas jusqu'alors virent le jour permettant de constituer une filmographie occitane.
Celui qui marquera ce cheminement est Histoire d'Adrien10 de Jean-Pierre Denis, première fiction à
la production presque normale, puisque tourné en 8mm, gonflé en 35mm et sorti nationalement,
bien que à 95% en périgourdin11. La caméra d'or qu'il obtient est une étape décisive pour ce
cinéma, jamais reproduite.
L'aubre vièlh12 de Henry Moline obtient le césar du meilleur court métrage. FR3 ne
répondant pas aux exigences de tous les réalisateurs occitans, Téciméoc édite trois cassettes vidéo :
« lo magasin occitan 1, 2 et 3 », construites comme des émissions télévisuelles. Enfin L'orsalher13
de Jean Fléchet voit le jour. Ce film fut la première étape de la caméra de bosc

14

, projet qui

ambitionnait une dizaine d'épisodes pour montrer le parcours, à travers différents pays de
l'Occitanie, des personnages de fictions qui se faisaient agents de communication populaire. Alors
qu'il existait déjà des maisons de productions régionales, vint enfin la première maison de
distribution: « Films verts colportage ».

Des associations, créées dans les années 70 et 80, proposaient des stages sur un week-end,
des ateliers, des formations et initiations afin de démystifier le cinéma, et permettaient aux
habitants de prendre l'outil caméra pour s'exprimer. Les centres de productions installés dans les

8 CMCC
9Les chemins de René Allio de Guy Gautier, Édition Cerf, 1993, France, p 189
10 Histoire d'Adrien de Jean-Pierre Denis, 1980, occitan/français, 90', VHS, CMCC/ Laura prod/ Filmédis
11 Dialecte de langue d'oc parlé dans le Périgord en Dordogne, déclinant du limousin.
12 L'aubre vièlh de Henry Moline, 1978, occitan/français, 15', VHS, Films Verts Colportage
13 L'orsalher de Jean Fléchet, 1982, occitan/français, 112', DVD, IEO/ Téciméoc/ Les Films Verts
14 Projet d'émissions proposé en 1979. Le seul réalisé fut L'orsalher de Jean Fléchet. Téciméoc édita donc un
roman. La caméra de bois.

8

�régions à partir des années 60 par l'ORTF furent démantelés en 1984. Le CMCC eut un mauvais
procès et ferma. La plupart des Centres de Créations moururent d'asphyxie. Le support vidéo fut
perçu par les nombreuses associations comme un espoir; elles s'adaptèrent ou mirent la clé sous la
porte. Téciméoc reprit une salle de cinéma à Orange et devint le partenaire de l'option cinémA3
(aujourd'hui CAV). Durant une vingtaine d'années, Michel Gayraud, ancien du groupe CINOC,
réalisateur au Vidéo Animation Languedoc, s'est fait une petite place à France3 Sud, avec des films
historiques.
Depuis quelques années « les possibilités s'accentuent timidement »15. Internet est un des
champs de diffusion principal, avec les quelques festivals autour de la culture occitane (Las
estivadas de Rodez, Llanterna Digital avec sa Mostra du cinéma occitan à Lleida, Rayon d'oc à St
Gervasy ou une manifestation en Cabardès) ou encore les lieux comme le Centre Interégional de
Développement de l'Occitan (CIRDOC) de Béziers. Certaines personnes produisent avec les
moyens qu'ils réunissent, rarement soutenues par les diffuseurs télévisuels, en partie dû à l'absence
de politique de l'état français par rapport à la culture occitane.
Les gros projets de cinéma « traditionnel » sont exclus; les réalisations restent locales voire
accessibles par Internet. Des sociétés de production comme Écran Sud, Piget Production ou Les
films de la castagne à Toulouse, Télémiroir à Nîmes, ou Télémistral sur Internet produisent des
films, de façon plus ou moins convaincante.

Aujourd'hui, une jeune génération d'auteurs veut pouvoir travailler à partir de leurs pays et
avec la matière première qui s’y trouve. Ils se confrontent toujours, depuis l'émergence dans les
années 70 du « cinéma occitan », à l'isolement. Cet isolement en lien avec la géographie du
territoire leur rend difficile l'accès aux publics. Ce qui manque essentiellement à ce « cinéma
occitan », c'est l'argent, qui permettrait enfin aux réalisateurs de passer plus de temps à créer plutôt
qu'à s'épuiser à militer.
On voit une question majeure émerger: c'est la définition précise de ce « cinéma occitan ».
Quel est-il exactement?

15 L'occitan qu'es aquo, une production audiovisuelle par Stéphane Valentin, Publié par l'Institut d'Estudis
Occitans, 2009, Toulouse, p 13

9

�II) La revue Téciméoc (Télévision Cinéma Méridional et Occitan)
II-1) Présentation de la revue
Je tiens, en faisant cette présentation de la revue Téciméoc,16, à préciser qu'elle fut
mon principal appui dans ma recherche concernant les ouvrages spécialisés. En fait, on ne trouve
dans les ouvrages généraux, aucune mention faite de l'existence de ce cinéma. Lorsqu'on étudie et
que l'on cherche à voir ces films, on se rend compte qu'il en existe un certain nombre, mais que leur
économie les place souvent hors du système. Ils sont complètement absents des dictionnaires du
cinéma. En outre, n'ayant trouvé aucun ouvrage spécialisé accessible par rapport à ce cinéma, c'est
dans les bibliothèques spécialisées autour de l'occitan comme le CIRDOC de Béziers, bien plus que
dans une bibliothèque consacré au Cinéma, que la totalité de mes recherches ont abouti. Il est
même étonnant que les cinémathèques comme l'Institut Jean Vigo de Perpignan ou celle de
Toulouse ne puissent répondre positivement à mes demandes, notamment par rapport à des copies
de films.

Tout d'abord, je reprendrai une phrase d'un article de François de la Bretèque préludant le
n°79 des Cahiers de la cinémathèque, par rapport auquel il me semble justement que la revue
Téciméoc tente de se détacher. « On n'existe qu'en s'opposant. Le régional, c'est donc une périphérie
par rapport à un centre. »

17.

En effet, Téciméoc, qui contracte les première syllabes de Télévision

Cinéma Méridional et Occitan, a toujours depuis ses débuts tentée de se poser comme un élément
créateur et de rencontre, où l'idée de centre serait justement caduque. C'est dire que l'on ne doit plus
se déterminer par rapport à un lieu qui serait centre, mais qu'il est possible par une certaine
autonomie de détruire cette idée de centre. On pourrait remplacer ce centre par de nombreuses
villes voire foyers qui s'enrichiraient les uns les autres, mais dont aucunes ne seraient considérées
comme plus importantes donc plus avantagées que les autres. Cela se rapproche de ce que
développe Claude Sicre dans la lignée de Félix Marcel-Castan.
« L'aventure de la décentralisation culturelle est la plus grande aventure que puissent vivre
aujourd'hui tous les Français. Il s'agit, ni plus ni moins, de renverser notre façon nationale de penser
le monde, de penser ce que nous sommes, ce que nous faisons : la pensée allait du haut vers le bas,
elle devra désormais aller du bas vers le haut. »18

16 Téciméoc, de décembre 1977 à avril 1993, du N°1 au N°79, Marseille.
17 Les cahiers de la cinémathèque, Cinéma régional, Cinéma national, Introduction de François Amy de la
Bretèque, 2008, Institut Jean Vigo de Perpignan, p 5
18 Quelques remarques pour contribuer à faire de Toulouse une ville heureuse, Édition Sant-Carles,
Toulouse, 2009, p 4

10

�Dans le n°3 Téciméoc récapitule son histoire de manière brève :

« Cette revue est née en 1977 de la rencontre de cinéastes, de comédiens, d'animateurs, et
de militants occitans qui désiraient s'exprimer par les moyens de l'image et des sons,
décidés à rompre l'isolement de leur « provincialité » par rapport au bloc du monopole
professionnel parisien, à mettre en commun leurs préoccupations et leurs luttes, à faire
front commun. Et puis très vite, l'annonce de la création d'une telle association a suscité
de l'intérêt. Nombreux sont venus à Téciméoc. »19
À ce moment là, le bureau était constitué de: Anne Clément, comédienne au Teatre de la
Carriera, Marie Arnaudet, enseignante et cinéaste, Daniel Vaucher, producteur-réalisateur et Jean
Fléchet, auteur-réalisateur. On y trouve régulièrement des articles de Pierre Pessemesse, Claude
Alranq, Léon Cordes, Marise Laget, Irène Ripert, André Uguetto, Sylvie Borel, Francis Fourcou,
Jean Fléchet et Yves Rouquette.

Téciméoc fut, pour ses premiers numéros, dactylographiée, ce qui laisse parfois des fautes
de frappes, des ratures. Elle intègre des éléments photocopiés provenant de journaux (résumé d'un
film réalisé dans la région, séance du Sénat). On y trouve quelques photos et des dessins. À partir
de la revue n°6, elle est agrafée à la main, entièrement tapée à l'ordinateur (3° trimestre de 1979).
C'est une revue trimestrielle qui emprunte de temps à autre, le rythme des saisons (Hiver 1980 ou
printemps 1981); elle prit parfois du retard dû à des problèmes financiers. Elle se verra aussi dotée
d'une couverture et d'une quatrième de couverture en carton à partir du n°8; son prix ne dépassera
pas les 12 francs. Téciméoc s'organise plus précisément à partir de cette période, en rubrique. Elle
contient en général des interviews de professionnels, de réalisateurs, de chefs opérateurs ou de
comédiens vivant au pays, des articles sur des auteurs, d'écrivains d'une culture qui serait commune
(Georges Rouquier, René Allio, Jean Giono...), des échanges avec des groupes, associations ou
atelier autour de leur pratique, mais aussi un agenda des films en train de se tourner ou encore des
résumés de rencontres, des revendications, projets écrits ou des lettres ouvertes à des responsables
de chaines télévisuelles (M. le directeur FR 3, M. le directeur de TF1, M. le directeur de Antenne 2,
MM. les directeurs de chaines de Radio ou le Parlement Européen).

Comme exemple, nous verrons précisément le sommaire de la revue n°11 ci-dessous (sommaire
inscrit en quatrième de couverture):
19 Art. Ou en est donc Téciméoc? Téciméoc n°3, 1978, p 24

11

�Jean Malige

p. 4

Maurici Adrieu

p. 10

Giono

p.17

Une télé en oc massif

p.24-25

Aux sources du cinéma marseillais

p.26

Un ciné-club

p.30

Cinoc

p.35

Cinéma à l'Assemblée Nationale

p.38

La feira del raconte

p.40

Le rapport Dumolié

p.41

Festivals

p.42

Vejaires

p.43

Téciméoc

p.44

Du n°1 au n°2020, Téciméoc contient entre 15 et 55 pages. On y voit apparaître quelques
publicités, pour un laboratoire de photographie Abel à Orange, pour une auberge dans le Lubéron
ainsi que pour une entreprise louant du matériel audiovisuel aux créateurs implantés dans la région.
Dans le n°3, on trouve trois articles en occitan pour huit en français. Á partir du n°20 jusqu'au
n°7321 où elle s'arrêtera, elle se voit réduite à une feuille A3 toujours de couleur différente. De
façon instable, elle est parfois imprimée sur une feuille A4, en papier rigide ou fin, avec des
rubriques de plus en plus courtes se concentrant sur : les films, la production, les stages et
formations, la distribution et l'exploitation ainsi que les festivals et rencontres.
On constate que cette revue s'est faite en fonction des possibilités financières que l'association a pu
réunir et en fonction de l'endroit où les cinéastes vivaient. Il semble qu'il y ait eu une véritable
volonté à faire de cette revue un lieu d'échanges puisque, dans le bulletin n°1, l'équipe présente de
la manière suivante Téciméoc.

« Association pour la promotion et le développement de la télévision et du cinéma
méridional et occitan. Une caractéristique de l'Occitanie, c'est qu'elle échappe à toute
centralisation. Cela, dans tous les domaines, au cinéma particulièrement. On peut espérer
que naîtra une école toulousaine, une école provençale, une école languedocienne, sans
parler de films béarnais, rouergats, gavots, cévenols, limousins etc. Le seul inconvénient
d'un tel éclatement serait l'isolement. Ce bulletin à pour but d'y remédier. Faire circuler
l'information, les idées, même encore informes, donner conscience qu'il existe une
20 Téciméoc du n°1 au n°20, de 1977 à 1985
21 Téciméoc du n°20 au n°73, de 1985 à 1993

12

�communauté d'acteurs, de cinéastes occitans. C'est-à-dire que vous pouvez y faire passer
vos infos, vos réflexions, etc. »22

Il apparaît en effet qu'à partir de 1985, l'équipe ait eu des difficultés à remplir la revue,
puisqu'elle passe d'une quarantaine de pages à une feuille A3. En fait, sollicitée par le service
culturel de la ville d'Orange pour animer, gérer et programmer une salle de cinéma, l'association
Téciméoc a probablement choisi d'amoindrir sa revue puisqu'elle a pris en charge l'organisation
d'un festival bisannuel, de rencontres, d'un atelier de création de film ainsi qu'un concours de
scénario. Elle aurait surement continué ce travail de fond si elle avait pu financer une équipe pour
faire vivre la revue.

« Si les objectifs profonds de Téciméoc faisaient l'unanimité, les stratégies, les démarches,
les priorités à donner divergeaient selon les individus. » 23
Le combat que tentait de mener cette équipe était celui d'un rassemblement non concentrationnaire,
afin d'éviter à tout prix de retrouver un Paris miniature. Ce combat se ressentait plutôt dans l'aide à
la production et à la diffusion, sans toutefois se substituer aux foyers de création déjà existants. Elle
prétendait créer une dynamique, être présente comme un accompagnateur vers lequel on pouvait se
tourner pour demander conseil et bienveillance, mais qui laissait toutefois autonome. Enfin, c'est
avec la volonté de devenir représentative de ceux qu'ils rassemblaient. Téciméoc se présentait
comme le défenseur de ces créateurs, comme une instance présente qui soutenait les efforts de
création et avait pour but de faire vivre cette expression particulière, de gens isolés. Un cinéma
avec son génie propre, ses différences et ses originalités existerait si l'étouffement économique,
culturel et politique ne l'empêchait. Dans le bulletin n°13 Spécial Réforme de l'Audiovisuel,
Téciméoc tente de supplanter ses difficultés. La revue fera toujours de nombreuses propositions.
Elle ira même jusqu'à décrire des étapes précises pour faciliter la mise en place de celles-ci.

On peut parfois prendre ces écrits comme des leçons envers l'audiovisuel français ou en les
rejetant dans ce qu'ils ont d'agressifs ou d'utopistes. Il me semble pourtant que ces écrits soient
légitimes et de manière générale, possibles à mettre en place dans la mesure où l'on repense
véritablement les façons de faire.

22
23

Bullletin, Téciméoc n°1, novembre 1977, 1ère de couverture
Art. Cheminement, Téciméoc n°3, 1978, 4ème de couverture

13

�II-2) Propositions pratiques faites par la revue
Depuis sa création, Téciméoc propose des réflexions sur le « cinéma occitan », des
essais de définitions enrichis par les rédacteurs ou lecteurs. Petit à petit, émerge le besoin de
communiquer et de proposer des idées, face au silence des télévisions soit disant régionales.

Dans le n°6, Jean Fléchet écrit un article intitulé Proposition pour une politique de défense
et de promotion d'une télévision et d'un cinéma véritablement régionaux. Ces trois pages
développent clairement, après un aperçu historique et juridique, une répartition des fonds de la loi
de soutien à l'industrie cinématographique, une répartition de la redevance télévisuelle et un
aménagement dans la distribution cinématographique. Jean Fléchet explique comment le cinéma se
développe d'abord librement : la région occitane était prospère en productions individuelles
(artistes forains qui produisaient leur films et les exploitaient eux-mêmes), possédait ses propres
studios de prise de vues et fabriquait ses pellicules.

« C'est à partir de 1907 que deux industriels, Charles Pathé et Léon Gaumont
concentrèrent cette industrie établissant un système qui allait de la fabrication de la
pellicule jusqu'à sa distribution. Après avoir quadrillé la France, on vît sous
l'occupation nazie se créer la COIC qui devint le Centre National de la
Cinématographie24. Cet organisme centralisa la production en délivrant des
autorisations pour faire les films, il centralisa notamment les recettes, règlementa
les durées de projection, ainsi que la langue française imposée (article 59 du code
de la cinématographie). De fait, on enferma un art libre et populaire de part son
origine, dans des règles rigides d'exploitations »25.

Ici on remet en cause tout ce qui régit et cadre le cinéma, ce qui est devenu un système
d'exploitation industriel et par là même qui se rapproche de la logique capitaliste. Un art devient
une industrie et se voit donc affublé de règles qui n'en finissent pas. Le code du cinéma et de
l'image animée26 comporte 49 pages, traitant de Recouvrement et Contrôle, Sanctions, Amendes,
Immatriculation des œuvres, Visa d'exploitation, Autorisation, Obligation du dépôt légal. Toutes
ces contraintes qui semblent être plus efficaces pour gérer la production cinématographique,
24 CNC
25Art. Proposition pour une politique de défense et de promotion d'une télévision et d'un cinéma
véritablement régionaux, Jean Fléchet, Téciméoc n°6, 1979
26 Code du cinéma et de l’image animée, Dernière mise à jour 9 avril 2010, Centre National de la
Cinématographie, http://www.cnc.fr

14

�n'intègrent finalement que ceux qui rentrent dans ces cases. La production occitane, quoi qu'elle
fasse, puisqu'on lui refuse ses demandes, ne peut véritablement s'intégrer; les critères sont alors
inadaptés. En fait, il s'agirait pour les réalisateurs de s'adapter à une manière de faire et non
l'inverse. C'est finalement la création réelle, sans arrêt en recherche qui s'adapte au moule de cette
création commerciale, et encore plus la création occitane puisqu'elle ne peut quasiment pas utiliser
sa langue. Les cinéastes qui ne veulent pas se soumettre et suivre cette méthode restent alors sur le
bas côté, sans qu'il y ait pour eux d'autres alternatives que la marginalité et la débrouille.

Jean Fléchet poursuit : « Les régions, dans un tel système, ce ne furent plus que le lieu de
consommation des produits. ». C'est en continuant l'état des lieux de ce cinéma français aveugle,
ignorant, qu'il en vient à faire des propositions de façon claire et précise.
Pour que soit bien perçue la nature de ses propositions, je recopie en exemple un extrait de cet
article :
« Répartition des fonds de la loi de soutien à l'industrie cinématographique. Le Conseil
Régional doit demander que lui soit reversé, au prorata des apports de la région (montant
des sommes perçues au titre du Fonds de Soutien dans les salles de la région) une part de
ce fonds pour :
-aide à la production cinématographique : répartition régionale de l'avance sur recettes
et de l'aide au court-métrage en fonction de critères nouveaux appropriés à la région;
-aide aux industries techniques régionales : laboratoires, auditoriums,
studios de post-production, etc.
-aide aux salles d'exploitation existantes en favorisant les circuits régionaux, salles
municipales, exploitations itinérantes, exploitations en milieu rural. 27 »
Plus loin, il confronte une réalité avec la façon de faire d'une institution. Il remet en cause la
télévision régionale qui applique ses logiques sans prendre en compte les réalités du terrain.

« Le Conseil Régional doit demander que cesse la pratique du « parachutage parisien »,
c'est à dire l'envoi de créateurs et techniciens parisiens venant utiliser l'outil de production
régional alors que les créateurs et les techniciens de la région sont inemployés. Ceci est
demandé, non par esprit de corporatisme de clocher, mais parce que le Conseil Régional
estime que c'est seulement en utilisant les forces vives de la région que l'on sortira de
l'actuelle situation de déséquilibre vis à vis de Paris et que se constituera une véritable
« profession » locale. »28

27 Art. Proposition pour une politique de défense et de promotion d'une télévision et d'un cinéma
véritablement régionaux, Jean Fléchet, Téciméoc n°6, 1979
28 Idem note 22

15

�Ces propositions s'appuient sur des analyses concrètes et des constatations mises en
commun; ainsi chaque réalisateur a pu se rendre compte de ce dont ils auraient besoin et de la
manière même de les mettre en place. Les réalisateurs constatent que les directeurs d'antennes
régionales ne font qu'appliquer les directives parisiennes. Les attentes cinématographiques des
télévisions régionales sont en total désaccord avec tous les acteurs (réalisateurs, comédiens,
écrivains, lecteurs de la revue, habitants...), qui sont eux sur le terrain, ancrés dans le territoire. Ils
se confrontèrent à un système inadapté à leur pratique quotidienne, qui ne composait pas pour eux
ni avec eux. Cette télévision régionale leur paraissait absurde et n'était donc pas un moyen pour eux
de s'exprimer.

C'est dans la revue n°13 que s'exposèrent plus amplement toutes ces propositions dans un
numéro consacré essentiellement à la réforme de l'audiovisuel, intitulé Spécial Réforme de
l'Audiovisuel, paru l'été 1981. L'article Un audiovisuel Occitan écrit par l'équipe de Téciméoc est
constitué de sous-titres significatifs des enjeux du cinéma occitan : étouffement, refus, espoir,
moyen de production, réhabilitation et réparation, respect du métier et de la création, audiovisuel
occitan dans le monde. L'espoir semble être un point important car il souligne la persévérance et la
légitimité de ces demandes :

« Aujourd'hui, la majorité que nous avons contribué à porter au pouvoir a le moyen de
promouvoir, en matière d'audiovisuel, une politique différente en s'accordant aux
structures d'une Télévision et d'un Cinéma méridionaux et occitans une liberté d'exister
économique et culturelle. Liberté économique d'exister : en matière de télévision et de
cinéma, la vie et la survie d'une œuvre dépendent de sa possibilité d'accéder au public.
Or les canaux de commerce avec le public (l'antenne pour la télévision, le circuit de
distribution pour le cinéma) sont détournés, gérés et exploités par Paris. Nous demandons
donc (depuis 5 ans)
-Que les Centres Régionaux de Production Télévisés […] aient le pouvoir de
programmer, donc de produire, souverainement sur leurs antennes.
-Que de nouvelles structures de diffusion (structures alternatives) articulées à la fois
sur la production cinématographique et sur la production télévisée, soient reconnues et
encouragées. »29
Il y a dans ce n°13 de nombreuses autres revendications qui sont en fait des propositions
puisqu'elles émanent des réalisateurs eux-mêmes qui, face au refus et au manque d'idée de leurs
interlocuteurs, prennent le contre-pied.

29 Art. Un audiovisuel occitan, Spécial Réforme de l'Audiovisuel, Téciméoc n°13, été 1981

16

�III) Une définition du « cinéma Occitan »

Afin de bien avancer, il sera nécessaire de définir le cinéma occitan, objet de cette
recherche. Le « cinéma Occitan » que nous étudierons, ne se limite pas dans l'utilisation de ses
langues d'Oc. La réalité est telle que les productions qui constituent cet ensemble ne se bornent pas
et ne peuvent se borner qu'à la langue. En effet cette langue n'est pas exclusivement la langue
parlée sur ces territoires. Ce cinéma est toujours monopolisé et donc caché par un autre cinéma, dit
« méridional »; « toutes ces pellicules ensoleillées où, avec la naïve impudeur du colon, des
Parisiens déguisés en gens des mas nous racontent leurs histoires de familles, avec ou sans accent,
mais toujours sur un fond de taureaux et d'hommes brutaux. »30

Dans le n°5 de Téciméoc, on trouve en quelque sorte une introduction pour une définition; c'est par
le tournage des premières images, ses laboratoires et expériences que le cinéma se constitue.

« L'Occitanie bâillonnée, l'a été particulièrement au cours des 80 dernières années, précisément
depuis que le cinéma existe. A peine celui-ci était-il né à Lyon et sur la côte méditerranéenne,
rappelons-le, qu'il a été immédiatement récupéré par Paris. Qui ne l'a plus lâché. Ainsi, l'esprit du
sud dans la lente élaboration de ce que l'on a appelé « le cinéma français » a toujours été banni,
autocensuré. » 31

La pensée qui se développe ici semble, de longue date porter le poids de l'exil. Cette
injustice constante qui fait que si l'on veut vivre du cinéma, il faut aller à Paris, éloigne de leur
pays, des gens qui ne peuvent vivre réellement sereins qu'en étant quotidiennement là où ils
voudraient être. Proclamer une appartenance, pour se détacher du système dominant et prendre le
parti de créer là où on le désire, provoque chez certains un sentiment de peur, peut-être parce que
cela leur semble trop radical, trop restrictif.

On remarque alors des critiques des uns envers les autres par rapport à l'appellation
« Cinéma occitan » que certains, comme Jean Malige, trouvent trop restreinte, marginale.
Ils critiquent le VAL (Vidéo Animation Languedoc) qui prend le biais de l'animation pour créer
avec les habitants un cinéma qui parleraient d'eux. Le problème serait de décentraliser pour
finalement centraliser en région. N'est ce pas d'abord une affaire de financement aux niveaux des
organismes de l'état, de la région ou du département?
30 Le cinéma de l'impossible par Robert Lafont pour le festival Cinéméd, 1997, Montpellier, p85
31 Art. Cinéma aux tripes, de Jean Fléchet, Téciméoc n°5, 1979, p 6-9

17

�Pour le VAL utiliser la langue de manière ethnographique ou muséographique n'est pas pertinent.
En effet, cantonner ce cinéma à sa langue n'est pas, pour Jean Fléchet, le plus important, parce que
l'on peut être intéressé, au delà de son identité, à une autre culture. ce qui importe c'est le travail
entrepris, la manière de le pratiquer, les équipes ou encore pour une fiction, l'imprégnation du
paysage, de la lumière, la façon de vivre des gens. Tout ceci contribuera à faire de ce cinéma un
cinéma occitan. Pour les membres de CINOC en 1981, le cinéma occitan ne peut être que ce qu'ils
peuvent faire, c'est à dire des images et des sons avec le matériel audiovisuel léger en s'appuyant
sur le socioculturel.
Dans le n°14, Jean Fléchet interrogeant Vidéo 13 (Association de production
audiovisuelles) constate de nouveau (n°11 avec le Ciné-club Jean Vigo de Montpellier) que le mot
occitan fait peur. Les uns et les autres ne veulent et ne pensent pas, que ce mot puisse définir un
cinéma, qui à leurs yeux n'existe pas, et les restreint à porter une étiquette de produit régional. Ils
s'échappent toujours en faisant appel au cinéma méditerranéen. Peut-être que le côté plus vaste leur
donne l'impression de moins être confrontés aux idées intégristes que ce terme peut parfois
véhiculer, associé à l'ethnisme et au nationalisme. En fait, ils veulent à tout prix ne pas être, par ce
terme, assimilé au combat des occitanistes et défendre un cinéma dont le seul critère à priori serait
son origine. Jean Fléchet revient toujours à dire: « L'Occitanie est une communauté de gens qui
vivent sur le même sol, respirent le même air. C'est ce qui fait les nations et les civilisations.
Autrefois, l'Occitanie s'est faite de beaucoup de cultures qui se sont amalgamées. » 32

Pour lui, il est un simple fait :

« Le cinéma occitan d'aujourd'hui, c'est celui que réalisent des cinéastes qui tournent en
Occitanie. Ceux-ci, pour la plupart ne se réclament pas du nom d'Occitans. Ça les gène
même qu'on les appelle ainsi. Ils ne se retrouvent pas dans ce vocable, un peu malmené
au cours de ces dernières années. Et pourtant, ils le sont, si l'on définit « cinéaste
occitan » par celui qui conçoit, réalise et achève son film dans un pays qui s'appelle
l'Occitanie avec les moyens techniques et humains qui s'y trouvent.» 33
Dans le n°4 de Téciméoc34, Pierre Pessemesse, réalisateur, propose une définition du
cinéma occitan. Premièrement il le délimite, pour lui le cinéma occitan ne peut pas être qu'un
cinéma qui parlerait en occitan puisqu'on sait la situation catastrophique de l'emploi de la langue.
Certains films sont dits occitans rien qu'à l'accent des protagonistes. Il conclut simplement en
32 Art. Le mot qui fait peur, de Jean Fléchet, Téciméoc n°14, automne 1981, p 9
33 Chap.Tourner et produire au pays, CinémAction n°16, Cinéma paysan, dossier réuni par Christian
Bosséno, L'harmattan, 1981, Paris, p 203
34 Art Per lo cinéma occitan e per que existiguesse de Pessemessa Peire, Téciméoc n°4, 1979, pp 18-19

18

�faisant référence à Cocteau qui répondait à la question, comment faire un film poétique, qu'il faut le
faire poétiquement. La page d'après, Jean Fléchet, fait référence à Godard dont le propos se
rapproche de celui de Cocteau : « Jean-Luc Godard, le suisse, qui ne fut parisien que le temps
d'une carrière, disait au lendemain de 68 que désormais, il ne s'agissait plus pour lui de faire des
films politiques, mais de faire « politiquement » des films » 35. La démarche plus appropriée serait
de faire « occitanistement » des films plutôt que des films occitans.

La définition est donc délicate, puisque toutes ces réflexions furent menées au moment où
le cinéma occitan se construisait. Il n'y a donc pas la possibilité d'un recul dans ces propos. Pour
cette étude, il s'agira d'étudier les films occitans en fonction de l'utilisation de leur langue, de leur
réalisation, de leur production, de leur écriture, et de leur tournage.

IV) Méthode de travail
Ce mémoire adopte une méthode de travail relevant d'une analyse
typologique, où les films sont classés selon les sujets qu'ils abordent. Avant tout, je propose
une brève analyse de production car il me semble important pour parler des films, de
connaître leur contexte économique. Par un éclairage de la sorte, la première étape pour
approcher les films, sera de les classer par ce qu'évoquent leurs titres. Ainsi seront
déterminés les choix de travail.

IV-1) Analyse typologique et choix de travail

Ce travail était au départ préparé autour d'un corpus de trois films, mes premiers
résultats de recherche. Et puis me confrontant à d'autres films, au CIRDOC, je décidais de
les intégrer dans le corpus. Cela m'amena à un corpus de 47 films. Je doutais beaucoup de
ma capacité à traiter un mémoire avec autant de supports, mais en retravaillant le plan, 36
films finirent par s'imposer. Tout d'abord, pour passer de 47 films au corpus final, j'ai
décidé d'éliminer les films réalisés avant 1963, comme ceux de Marcel Pagnol et George
Rouquier parce qu'ils se révélaient être les prémices ou les balbutiements de ce cinéma.
Les autres films écartés furent ceux qui, de par leur qualité formelle ou discursive n'avaient
pas assez de poids par rapport aux autres.
Pour proposer des réponses à ma problématique, j'ai choisi une méthode qui étudie
les types de ce cinéma. La représentation de ces thèmes m'a paru la plus pertinente. J'ai
35 Art
20

Faire des films occitans ou faire occitanistement des films? de Jean Fléchet, Téciméoc n°4, 1979, p
19

�donc détaillé les thèmes présents dans chaque film, en lien avec ce que les lectures
m'apprenaient et en grande partie avec certains numéros de la revue Téciméoc. La revue est
présente au CIRDOC comme à l'Institut Jean Vigo de Perpignan. Seulement consultable
sur place et incomplète, je n'ai pas pu en faire une étude plus poussée, mais l'ai intégrée
aux différents thèmes que ce cinéma décline. Les types ont donc été classés, permettant de
déterminer de grands ensembles cohérents, grâce auxquels j'ai pu étudier, de manière plus
précise les réalités complexes.
La revue étant écrite en français et occitan, j'ai donc traduit certains textes qui
m'intéressaient, dont quelques citations sont intégrées au corps du mémoire. Ce mémoire
m'a permis de rencontrer certaines personnalités de ce cinéma et d'augmenter mon
imprégnation de la culture de ce pays. J'ai rencontré Michel Gayraud à Béziers, ainsi que
Jean Fléchet, et d'autres personnes présentes à la première Assise de l'Image Animée au
CIRDOC. J'ai pu ensuite correspondre avec Jean Fléchet sur des points, des questions que
je me posais. Notamment il m'a paru important de continuer à fréquenter les manifestations
occitanes, autant que cela m'était possible, pour me familiariser avec cette culture; bals,
concerts, festivals : Total Festum, Festa d'oc, veillée en hommage à Robert Lafont
(CIRDOC), cité de Carcassonne. Depuis que j'habite le Languedoc, je m'étais déjà
imprégnée de la culture, joutes de Frontignan, Théâtre Interrégional Occitan à Montpellier,
écoute assidue de Radio Lenga d'oc, baléti, fête des calandretas, etc. Ce travail m'a donc
permis de prendre confiance par rapport à la recherche et de m'interroger sur les
particularités de ce cinéma, cinéma qui a une culture précise.

20

�IV-2)Environnement économique, analyse de la
production

L'observation première que l'on peut faire, suite à la définition de ce cinéma et les
problèmes soulevés par Téciméoc, concerne majoritairement le manque d'argent. Ce cinéma
dispose d'auteurs, réalisateurs, techniciens dont beaucoup partent étudier et travailler à Paris. Ces
départs sont dus au peu de travail que ces gens trouvent chez eux. Il n'est pas encourageant, lorsque
l'on débute, de devoir se confronter aux difficultés que comprend le choix de rester travailler là où
on le voudrait.
L'argent est donc, malheureusement, l'élément qui pose principalement problème. Pour
vivre d'un métier, il faut aujourd'hui gagner de l'argent. Pour qu'un film ait une existence, il a
besoin : d'une équipe, de matériel, de lieu de tournage, de temps, d'accessoires et de nombreux
autres paramètres, il lui faut notamment un distributeur. Pour que tout se fasse comme dans le
système « traditionnel » qui ne reconnaît que ses pairs, il faut donc un minimum d'argent. Cela
implique donc de le chercher auprès de financeurs. Tout cela peut bien sûr, et c'est ce qu'a
constamment fait le cinéma occitan, se faire parallèlement, avec des gens bénévoles ou qui ne
gagnent pas bien leur vie en faisant des films. Ces derniers donnent pourtant tout leur temps, leur
énergie, et sont proches de leurs spectateurs. Ce travail reste considéré comme de l'amateurisme
puisqu'il n'a pas de visa, n'est pas reconnu par le CNC, ne passe pas dans le circuit traditionnel. La
non reconnaissance de ce travail est frustrante. Le cinéma occitan n'est donc pas admis, par le
Cinéma, vers lequel il tend avant toute chose.
Au regard de l’Annexe I où sont énumérés les producteurs, financeurs et souteneurs des
films étudiés, nous pouvons analyser leur appartenance et donc déterminer l'économie de ce
cinéma. En fait, il s'agit de voir comment les films sont produits, quels sont leurs producteurs ainsi
que ceux qui aident à la production par un soutien, une participation ou un partenariat, sans que
leur rôle soit clairement défini. De plus, certains films n'indiquent pas ces caractéristiques. D'autre
part, une société de production peut avoir produit plusieurs films sans toutefois avoir contracté les
même aides d'une fois sur l'autre, ou en ayant, pour le film suivant, un co-producteur, comme « Les
films Verts » avec Téciméoc. Cette société de production devient par la suite « Les films verts
colportage », société de distribution, créée dans le but de pallier à un manque, mais elle s'occupe
toujours de production.
On peut en somme compter autant de co-producteurs, que de films. Il faut se rendre compte
que certains producteurs comme « Les films Verts » (Colportage) compte six films, alors que
d'autres n'en ont produit qu'un. En effet, même si cette liste n'est pas exhaustive, on peut se rendre

21

�compte de l'ampleur réelle de cette société par rapport à d'autres. Elle s'engage vraiment dans cette
voie depuis sa création, contrairement à d'autres qui n'ont peut être dans leur catalogue qu'un film
parmi tant d'autre rattaché à ce cinéma occitan.

Aussi, on regrettera beaucoup que les films produits récemment par « Piget Production » de
Toulouse, ne soient pas accessibles dans les lieux où l'on peut effectuer des recherches. Cette jeune
équipe semble faire un formidable travail. Ce qu'ils effectuent depuis quelques années me semble
des plus intéressants dans ce qui se fait aujourd'hui, bien loin devant certaines télévisions internet
ou initiative d'Association locale, qui restent des travaux cinématographiques pauvres.
On constate donc qu'il y a une marge entre les films produits et ceux disponibles, diffusables. Ce
qui manque aujourd'hui, ce ne sont pas les créateurs ni les spectateurs mais celui qui doit les mettre
en relation, le distributeur. Nous en revenons au constat fait par Téciméoc à sa création, le problème
du cinéma occitan serait l'isolement de toutes ces personnes. Aujourd'hui dispersées, il n'y a plus
d'organe qui les réunisse et facilite leur accès au public.

On compte donc parmi tous ses co-producteurs, un grand nombre de sociétés de production
indépendantes, cinq chaines de télévision, dont France 3 à deux reprises, trois associations dont
deux ateliers, une région, le Piémont. Cette région en avance sur la question, permet de nombreuses
initiatives puisqu'elle est soutenue par l'état Italien, dont la constitution reconnaît et protège
l'occitan comme les autres langues parlées sur le territoire36. De temps à autre, un Centre
départementale ou Culturel, des organismes de Recherche, comme le CNRS ou un ethnopôle coproduisent ce cinéma.

Les soutiens, participations ou partenariats, correspondent à une aide financière donnée par
des structures sollicitées par les sociétés qui produisent les films. Ces aides ne sont pas
automatiques. Il n'y a pas un budget établi, une volonté réelle de la part de l'État Français mais
plutôt un cas par cas, selon les dossiers qui se présentent. Les Régions et Conseils Régionaux sont
présents sur vingt films, dont nettement représentés ceux de Midi-Pyrénées et du LanguedocRoussillon. Les Conseils Généraux sont régulièrement présents. Les villes et les municipalités
aident huit films. L'État Français est représenté par cinq ministères dont certains financent le même
film. Leurs aides s'appliquent souvent à des films qui ont un budget assez élevé comme la trilogie
Profils Paysans37 de Depardon. Le CNC quant à lui est présent sur huit films. La télévision se
place timidement, on trouve six télévisions publiques et cinq télévisions privées. La CCE aide trois
films.
36 Loi du 15 décembre 1995, n° 482, Norme in materia de tutela delle minoranze linguistiche storiche,
publié dans la gazette officielle n°297 du 20 décembre 1999.
37Trilogie Profils Paysans (I : L'approche,II : Le quotidien, III : La vie moderne) de Raymond Depardon, de
1998 à 2008, Palmeraie et désert/ Canal +/ France 2 Cinéma

22

�Pour finir, on trouve des organismes d'aide au cinéma, comme la Procirep (une société des
producteurs de cinéma et de télévision) qui finance trois films, les Régies de Gascogne prêtent du
matériel. Les structures, travaillant autour de la culture occitane et dépendant toutefois
d'organismes d'état, sont présentes sur huit films. Enfin les entreprises indépendantes sont au
nombre de cinq. Le reste, parmi lesquels on peut compter la SNCF ou encore mille souscripteurs
particuliers pour L'orsalher38, demeure présent.
On se rend compte du soutien affirmé des régions bien qu'il ne soit pas automatique. Nous
pourrions dire qu'il est sous-tendu par le fait, que certaines structures qui financent ces films sont
elles-mêmes soutenues par les régions ou l'Etat. Cela pose le problème de l'absence de politique
claire envers cette expression cinématographique. Elle n'est pas soutenue comme elle pourrait
l'espérer alors que la région met à disposition un bureau et un grand budget pour accueillir des
tournages venus d'ailleurs. Benoit Califano, réalisateur Montpelliérain évoque cette problématique
sans toutefois porter une vraie réflexion.
« Languedoc-Roussillon Cinéma représente à mon sens une aubaine pour les techniciens.
Si la région arrive à attirer plus de tournages, le personnel technique va s'étoffer.[...]
Aujourd'hui, je suis encore obligé d'aller à Paris pour pouvoir gérer toutes les étapes de
post-production, telle que l'étalonnage et la conformation. Á terme, plusieurs prestataires
techniques de qualité devraient s'installer dans la région pour répondre à l'augmentation
du nombre de tournages. Je pourrai alors m'appuyer sur un solide réseau et gagner du
temps et de l'argent.[...] Nous avons tendance à travailler chacun dans notre coin.
Languedoc-Roussillon Cinéma peut devenir un bel outil de mise en relation entre les
différents professionnels du secteur. En se posant comme relais de toutes les productions
audiovisuelles de la région, l'association pourra conseiller, aiguiller et créer des
passerelles entre les différents projets. De plus, si un vrai travail est mené pour valoriser
les productions régionales aux niveaux national et international, nous pourrions être
représentés dans des festivals difficilement accessibles en tant qu'indépendants.» 39

Il est significatif de voir comment cette association apporte positivement des réponses aux
réalisateurs régionaux, c'est ce que nous dit Benoit Califano. Pourtant, il est curieux de voir comme
cette structure est inexistante dans la liste des films étudiés. C'est à dire que, ce réalisateur appuie
son propos sur le fait que les projets venant de l'extérieur - comme s'il n'en existait pas sur le terrain
d'origine - seront bénéfiques à long terme aux projets qui émanent de la région. Il justifie d'une part
la dépendance de la région à la création qui amène l'argent et donc à qui l'on en donne, et d'autre
part rentre dans le jeu souvent soulevé par les réalisateurs comme Michel Gayraud que ce qui se
fait ici n'est pas bien mais que lorsque cela vient d'ailleurs c'est remarquable. Nous rejoignons ce

38 L'orsalher de Jean Fléchet, 1982, occitan/français, 112', DVD, IEO/ Téciméoc/ Les Films Verts
39 Art. La star stratégie de la Région par Vincent Cavaroc, Revue Chicxulub, hiver 2007 n°11, p19

23

�que constate Claude Sicre : « Porter les œuvres de l'art et de la culture partout, dans la moindre
ville de France, pour déprovincialiser, oui. Mais c'était encore cinq siècles de centralisme qui
décidaient de ce qu'était une œuvre culturelle, une œuvre artistique, et de ce qui ne l'était pas »40.
Il y a réellement ce conflit. Il est intéressant que des œuvres d'ailleurs nous enrichissent,
« qu'elles génèrent de fortes retombées économiques et le gain en terme d'image pour la région peut
être fort »41, mais elles ne doivent pas voiler la face de cet organisme qui devrait avant tout être au
service des productions régionales. Celles-ci doivent s'affranchir de l'idée qu'on ne fait rien de bien
en province, parce que nous sommes justement en province. S'enfermant dans une pensée unique
où le centre, le soleil, c'est la capitale. Jean Malige exprime ce paradoxe dans Téciméoc n°11 « La
réalité est là : pour bien vivre au pays, il faut être parisien. »42
Reste donc le problème de cette économie fragile, où le soutien est timide, et où chaque
nouveau projet doit faire ses preuves pour pouvoir exister, provoquant à long terme l'essoufflement
de ses créateurs. Dans toutes ces petites structures, on ne distingue pas un organisme, qui
canaliserait toutes les productions. Le CIRDOC de Béziers cherche à rassembler une copie de
chaque film réalisé. Malheureusement, les fonds sont éparpillés et la volonté politique de les mettre
à disposition est toujours inexistante. Ce travail serait de longue haleine puisque bien souvent
certaines copies ont été perdues ou peu entretenues, d'autres sont sans droits. Le Col'oc crée à Aix
en Provence par Jean Fléchet possède un énorme fond mais ces structures restent des médiathèques
et non des sociétés de distribution. Alors les films, pour atteindre leur public, doivent charmer le
spectateur curieux qui ira les chercher.
Comment attirer l'attention si ce n'est par le titre, pour ceux qui n'iront pas se soucier du réalisateur,
de la provenance, de la production?

IV-3) Approche du cinéma occitan par le titre des films

Le titre et ce qu'il va évoquer est un des principaux facteurs de décision du spectateur,
lorsqu'il n'est pas dans une position de chercheur. Il y a évidemment, l'horaire de projection mais
cela n'entre pas en jeu puisque ces films ne passent pas dans le parc de salles de cinéma. Tout
d'abord, afin de déterminer les thèmes, il est donc nécessaire d'étudier les titres des films dans ce
qu'ils nous disent de leur sujet. L'Annexe 2 présentera le classement des titres de films.

40 Quelques remarques pour contribuer à faire de Toulouse une ville heureuse, Édition Sant-Carles,
Toulouse, 2009, p 9
41 Idem note 33
42 Art. Un cinéaste languedocien, Jean MALIGE, Téciméoc n°11, hiver 1981 , p5

24

�En se penchant sur ces titres, on observe plusieurs caractéristiques importantes.
Tout d'abord cette filmographie ne contient pas essentiellement des titres en langue d'oc. En effet,
nous ne sommes plus au temps, où tous les habitants de ces pays parlaient la langue couramment, et
l'écrivaient pour les plus érudits. Tous les films semblent pourtant appartenir à ce même territoire.
Sur trente-six films analysés, dix-neuf utilisent totalement voire partiellement la langue d'oc. Cela
dépend de l'époque, du réalisateur ou bien des conditions de production dans lesquels ils
s'inscrivent. Quinze ont un titre en occitan comme Bordilhas43 (Ordures), à l'exception de l'un
d'eux qui est un mélange de français et d'occitan; Tempestaïres et faiseurs de pluies44. Cette
caractéristique touche moins de la moitié des films choisis pour cette étude. Ceci, à dire vrai, est
assez peu, mais c'est en se penchant sur l'année de diffusion, que le calcul peut en dire plus.

C'est avec La sartan (La poêle)45 et La fam de Machougas46(La faim de Machougas) que
ce cinéma prend corps, c'est-à-dire de 1963 à 1964, avant les grèves de 1968. La totalité se réalise
ensuite, probablement à partir de ce tournant qui bouscule de nombreux acquis de la société
française. Le mouvement s'enclenche notamment avec le refus de l'extension d'un camp militaire
sur le Larzac, il profite ainsi des pensées développées avant et après 1968. Un certain nombre de
films se réalisent de 1970 à 1990, mais la majorité des films analysés sont réalisés de 1990 à 2009.
Pourtant dans la filmographie reconstituée à partir de toutes les recherches47, c'est dans la période
précédente que les films sont relativement le plus nombreux. De 1995 à nos jours, de façon très
inégale, la production s'adapte au nouveau moyen de création, de diffusion, chose qu'elle ne cessera
de faire. Pour bien étayer cette étude, il faudrait connaître tous les supports de ces films mais aussi
leur mode de diffusion.
Si l'on se penche sur le contenu des titres, nous pouvons les diviser en neuf parties assez
distinctes dont certains films peuvent pourtant franchir les limites. Certains auteurs abordent
plusieurs thèmes et ne restent pas bornés à un cadre restreint. Certains titres portent en eux une
revendication. Se canta est devenue l'hymne de l'Occitanie en contradiction avec La Marseillaise.
« Se canta prône l'amour alors que la Marseillaise a des paroles guerrières »48. Parli doas lengas,
tres lengas49 (Je parle deux langues, trois langues) est une affirmation qui lie la revendication de la
langue à la culture. Et puis La lutte du Larzac 1971-198150 évoque le combat des paysans.

43 Bordilhas de ¨Pierre Pessemesse, 1984, occitan, 16', VHS, Les Films Verts
44 Tempestaïres et faiseurs de pluies de Stéphane Valentin, 2002,français, 71', DVD, Regard Nomade/ TLT
45 La sartan de Jean Fléchet, 1963, provençal, 20'54'', DVD
46 La fam de Machougas de Jean Fléchet, 1963, provençal, 52'15'', DVD
47 Annexe 5
48 Robert LAFONT s'exprimant dans Se canta: « Soyons clair sur les termes, qu'un sang impur abreuve nos
sillons,j 'espère que quelqu'un va faire un procès au Ministre de l'Éducation Nationale pour appel au
meurtre et propagande raciste ». (44'42) Stéphane Valentin, 2006, français/occitan, 79', DVD, Les Films
de la castagne
49 Parli doas lengas, tres lengas de Leatitia Dutech, 2001, français/occitan, VHS, Esav/ Oc-bi/ La vea
50 La lutte du Larzac 1971-1981, de Philippe Cassard et l'Atelier Arcadie, 2003, français, DVD, APAL/

25

�Un grand nombre de titres désignent une ou un groupe de personne, une appartenance
commune, Protestantes, ou une personne déterminée par son activité comme L'orsalher51.
On trouve souvent des titres faisant référence à la nature; L'aubre vièlh52 (L'arbre vieux). On y sent
le lien qui unit les hommes à leur terre, l'importance des paysages, du « païs », le côté rudimentaire
de la vie, le peu d'objet. La sartan53 désigne cette poêle dans laquelle on fait cuire les châtaignes.
Ce qui est frappant et confirme ses remarques sont les titres autour de lieu; que ce soit une ville,
Béziers Chômage54, un village, Les femmes et les hommes de Combrailles55, ou une montagne, Le
Mont Ventoux56, autant de lieux qui convoquent l'histoire locale et les traditions, celle qui rythment
la vie comme Les Pailhasses57 de Cournonterral, ou encore L'obra tambornesca58 (L'œuvre au
tambour) que l'on joue pendant les joutes de Sète pour la Saint Louis. Enfin, on a des titres qui se
rapportent à l'Histoire de ce pays, des Croisades aux Camisards. Pour finir, on constate un besoin
de collecter la mémoire des anciens afin qu'elle se transmette, Tempestaïres et faiseurs de pluies59,
Météo d'oc60.

Pour certains, ce n'est pas seulement un collectage brut mais une étape de création qui
transmet les goûts de ces histoires, certaines sont racontées au coin du feu, comme si tous
pouvaient s'intéresser aux histoires des autres parce qu'elles nous touchent, font écho à d'autres
personnes et d'autres lieux. Comme si la tradition orale ayant été fragilisée, on sentait le besoin de
faire parler nos vieux. De nombreuses personnes de ma génération collectent leur mémoire, pas
seulement pour la collectionner ou la ranger dans un coin mais pour se l'échanger, apprendre d'eux
(comme s'intitulait une rubrique de la revue CINOC). Faire de ces anciens, les témoins d'un temps
en train de disparaître, garder ce savoir, pour le perpétuer, le réutiliser, l'adapter. Une manière de
garder ses racines pour ne pas mourir asphyxié. Enfin parmi ces trente-six titres certains désignent
des actions ou encore des idées, en tout cas un espoir de faire quelque chose ensemble. Mettre son
énergie en commun pour qu'émerge enfin des valeurs auxquelles on croit fortement. C'est donc
toujours de l'espoir dont il est question. En viatge61 (en voyage) conclut bien cette idée de partir
ensemble ou de se retrouver, pour que naisse un projet.
Acardie
51 L'orsalher de Jean Fléchet, 1982, occitan/français, 112', DVD, IEO/ Téciméoc/ Les Films Verts
52 L'aubre vièlh de Henry Moline, 1978, occitan/français, 15', VHS, Films Verts Colportage
53 La sartan de Jean Fléchet, 1963, provençal, 20'54'', DVD
54 Béziers Chômage de CINOC, 1979, français, DVD, Groupe CINOC
55 Les femmes et les hommes de Combrailles, film collectif, 2009, français, 59'24'', DVD, AMTA/
CDMDT63
56 Le Mont Ventoux de Jean Fléchet, 1979, français/occitan, 26', DVD, Films Verts Colportage/ FR3
Marseille
57 Les Pailhasses de Jean-Dominique Lajoux, 1980, français, 16', VHS, CNRS AV/ Serddav
58 L'obra tambornesca de Ma J'osais Fages Lhubac, 2008, français, 27'16'', DVD, Auboi prod/ Majosais
films
59Tempestaïres et faiseurs de pluies de Stéphane Valentin, 2002, français, 71', DVD, Regard Nomade/ TLT
60 Météo d'oc de Joël Cambon, 2006, occitan, 40'48'', DVD, Centre Culturel Occitan du Rouergue
61 En viatge de Elsa Nicoli, 2009, occitan, 72', DVD, Chambra d'oc/ Région Piémont

26

�Cette première partie permet de se rendre compte de tout ce que ces films renferment en
eux-mêmes, dans la narration, dans leur contenu. Le passé qu'ils ont, leur rapport à Téciméoc, soit
parce que certains y sont critiqués, soit parce que certains réalisateurs y étaient rédacteurs. Enfin la
définition du cinéma occitan favorise la clarté des propos qui constitueront ce mémoire. C'est après
une mise au point par rapport à la méthode de travail que l'étude typologique et celle des titres,
permettra d'aborder thème par thème la manière et les moyens par lesquels l'Occitanie traverse et
habite le cinéma.

27

�DEUXIEME PARTIE : TYPOLOGIE DU CINEMA
OCCITAN
Après avoir situé le cinéma occitan dans le temps, et établi quelque repères pour
bien cerner l'objet de la recherche, cette seconde partie du mémoire abordera les thèmes traités dans
les films. Au vu de la multitude des thèmes qu'ils développent, il sera préférable de diviser cette
seconde partie en trois ensembles. Cherchant à déterminer comment l'Occitanie habite ce cinéma,
c'est à travers les sujets représentés dans les films que l'on déduira des réponses à cette
problématique. Pour cela, j'ai choisi d'élargir mon étude à trente trois films qui m'ont paru éclairer,
les uns les autres, ce que peut être ce cinéma occitan.
Le premier ensemble, concernera donc, la sociologie de l'Occitan, strictement en rapport
avec son milieu familial. Abordant la famille, les rapports de genres dans celle-ci, l'individu dans sa
langue maternelle, son rapport à la terre, au territoire et enfin le travail qu'il y effectue. Dans cette
partie, les supports filmiques seront au nombre de treize. Le second ensemble, concernera l'identité
culturelle qui façonne le peuple occitan. Abordant l'imaginaire avec les contes et légendes, les
croyances naturalistes et religieuses, la culture vivante et sa langue comme garde fou. Dans cette
partie les films seront au nombre de dix-sept. Le troisième ensemble concernera, le passé historique
qui par ses enseignements, concours aujourd'hui à une revendication forte, insoumise, allant du
propos dans le film, à la lutte pour préserver la langue autant qu'à la remise en question du cinéma.
Dans cette dernière partie, les films étudiés seront au nombre de onze. Certains films pourront être
présent dans plusieurs thèmes, parce que leur exemples sont souvent plus forts et mieux appropriés
que dans d'autres films. L'importance des thèmes et ce qu'ils disent de l'Occitanie, ne peut être
perçue que par leur mise en lien. C'est pourquoi cette partie est la plus conséquente du mémoire, la
première et la seconde viennent en fait la soutenir, mettant au jour certaines données extérieures
que les films ne peuvent transmettre.

I ) Sociologie de l'Occitan
D'abord on s'intéressera à la sociologie de l'Occitan, l'habitant d'Occitanie. Les
caractéristiques le définissant sont en premier lieu, l'appartenance à la sphère familiale, qui installe
des rapports homme et femme très nettement marqués, vient ensuite l'individu comme sujet social
dont la langue est le principal dénominateur. Ce sujet est imprégné par l'attachement à la terre d'où
il vient parce qu'elle nécessite un travail constant, travail vital.

28

�I-1) La famille
Premièrement, c'est à travers la famille que l'Occitan va se construire, comme tout individu,
son appartenance à un certain milieu social va le modeler. Très vite se dévoile la question des purs
et des impurs, enfant de lignée ou illégitime auront une grande importance, puisque la descendance
assurera au mieux ce que les parents ont déjà construit. C'est à travers deux films; le second de la
trilogie documentaire de Raymond Depardon, Profils Paysans62, tourné en Lozère, Cévennes,
Ardèche et Rhône Alpes, et Histoire d'Adrien63, premier film en langue occitane du Périgord.
Alain Rouvière, paysan filmé dans Le quotidien64 par Raymond Depardon, se pose
naturellement la question du sang par lequel passe la lignée familiale. Il a bon espoir de trouver une
femme dans ces « régions accidentées », comme le dit bien son oncle Raymond Privat. Il a pourtant
fait un trait sur sa descendance; « maintenant, je n'aurai plus d'héritier direct, pour moi c'est un petit
échec quand même aussi, ne pas transmettre sa ferme à quelqu'un de son sang mais bon il faut s'y
faire, mon but c'est que ma ferme continue après moi, ce serait ma plus grande satisfaction ».
Ces paysans préfèreraient voir leurs fermes reprises par leurs propres enfants même si c'est de
moins en moins le cas. Pourtant Alain accepte qu'il soit trop tard pour lui, vu son âge et le plus
important reste la reprise de la ferme, la continuité de l'exploitation familiale.

C'est avec Histoire d'Adrien de Jean-Pierre Denis que la question de l'enfant illégitime est
soulevée. Un bûcheron qui descend de la montagne trouve au bord d'une source, une jeune fille de
son village gardant ses brebis, ils batifolent bien qu'elle ne soit pas, à priori, très consentante. Les
parents de la jeune fille se partagent la nouvelle par messe basse, honteux de ne pas savoir leur fille
mariée et pourtant enceinte. Le poids du déshonneur pèse alors sur eux, tandis que la grand mère
s'occupe de la fille comme de son enfant. Les hommes qui s'inquiètent une nuit des brebis toujours
dehors, ne se soucient pas de la bergère, c'est la grand mère qui doit les commander pour qu'ils
agissent. La fille-mère est retrouvée morte dans la forêt, dans ses bras, son enfant crie. Adrien sera
malmené toute son enfance par ce grand-père; une fois son arrière-grand-mère morte, il s'enfuira
alors de cette famille accablante. Mais jusqu'au bout, lorsqu'il demande à un paysan la main de sa
fille, on le traitera de « bâtard », prétextant que sa mère était une prostituée. Ces injures sur sa mère
le révolte, une pulsion l'emporte: il frappe ce père à mort. Jean-Pierre Denis parle de cette figure
dans un entretien : « Le thème choisi, celui du bâtard, est un thème traditionnel, généralement traité
de façon mélodramatique, j'ai eu envie de l'aborder différemment, sans manichéisme, sans
manipulation, comme l'image de ma région trop souvent « folklorisée ». »65

62 Trilogie Profils Paysans (I : L'approche, II :Le quotidien, III : La vie moderne) de Raymond Depardon, de
1998 à 2008, Palmeraie et désert/ Canal +/ France 2 Cinéma
63 Histoire d'Adrien de Jean-Pierre Denis, 1980, occitan, 90', VHS, CMCC/ Laura prod/ Filmédis
64 Le quotidien de Raymond Depardon, 2004, français, 81'25'', Palmerais et désert/ Canal +
65 Art. Histoire d'Adrien, entretien avec Jean-Pierre Denis, Téciméoc n°9, été 1980, p29

29

�Cet enfant, qui ne peut rien de sa naissance, finira par se réfugier à l'endroit où sa mère l'a
mis au monde. Adrien subit, en fait, les humeurs d'un père qui porte le poids de la honte. Cette
honte découle de l'interdiction de l'acte charnel avant le mariage que l'église catholique a inculquée.
La descendance légitime est donc une valeur très respectée. Pour finir, Irène Ripert dans un texte
Vejaires, interprète le bâtard qu'Adrien peut être :

« Le choix du bâtard comme héros, est l'exemple le plus grand de l'inconscient collectif
que révèle ce film, lui qui n'a ni identité, ni racines, ni père est une moitié d'homme; il n'a
ni le droit de se marier, ni le droit d'être heureux. […] Je ne peux pas, moi qui travaille
sur la mémoire collective, pas sentir que le bâtard, l'abâtardi rejeté peut représenter
l'occitan qui a perdu ses racines, nous représenter, nous qui nous sommes bien abâtardis,
de force ou pas. »66

Ces enfants de liaison extra-conjugale étaient bien souvent cachés parce qu'ils remettaient en cause
l'honneur d'une famille entière. Ils favorisaient les secrets ou les non dits, encore nombreux dans
nos familles aujourd'hui.

On se rend compte, avec ces deux exemples, que si la famille éduque, elle est souvent un
monde à quitter parce qu'elle ne suffit pas à l'épanouissement des êtres. Elle instaure notamment
des rapports hommes et femmes inégaux, mais curieusement, peut être de l'héritage des
troubadours, les hommes qui filment la femme lui donne une place particulière.

66 Art. Vejaires par Irène Ripert, Téciméoc n°14, automne 1981, p17

30

�I-2) Les rapports homme et femme
Tout d'abord, pour évoquer les rapports entre les hommes et les femmes dans le cinéma
occitan, on remarquera leur inégalité dans le couple qu'il forme, de manière sous tendue puis de
manière évidente en tant que couple hétérosexuel à travers Malaterra67, un téléfilm tourné en
langue d'oc et français sur les terres de Provence, et puis la trilogie de Raymond Depardon, Profil
Paysans. Vient ensuite une évocation poétique et positive de la femme, farceuse avec un film en
provençal, puis aimée des troubadours et enfin poétesse. Elle fascine les hommes qui la mettent en
scène avec tendresse.
C'est dans le téléfilm Malaterra 68 de Philippe Carrèse que les rapports entre les hommes et
femmes sont insupportables. En pleine guerre de 1914-1918, dans un lieu isolé, trois femmes
vivent avec un vieillard et un adolescent. Il y a dans cette famille, le poids pesant de plusieurs nondits qui exacerbent les folies de chacun. Deux tabous constituent cette famille. Le premier tabou est
entretenu par le patriarche, qui fait régner la terreur dans cette maison, il a abusé de sa fille ainée,
lui donnant une fille Maridoun, un brin folle, obsédée par la religion catholique. Cette folie pourrait
être mise sur le compte de la consanguinité, qui n'est pas sans faire penser à Henri-Marie-Raymond
de Toulouse-Lautrec-Montfa, bien qu'elle se caractérise chez lui par des traits physiques. « Le
peintre né en 1864, ne grandit pas jusqu'à l'âge de dix ans, et cette même année puis l'année
suivante se brise les deux fémurs consécutivement, il restera donc infirme. Ces accidents sont dus à
une faiblesse osseuse probablement dû au mariage consanguin de ses parents. »69

Le deuxième tabou concerne un village fantôme sur lequel le grand-père entretient un
mystère autant que sur son handicap, infirme, il passe sa vie sur une chaise roulante. Ce village est
selon lui habité par le diable, c'est par le dénouement que l'on comprendra que ce mensonge lui
permettait, en fait, de cacher son fils, déserteur de guerre, qu'il n'a pas envie de voir mourir.
Á tout cela s'ajoute le machisme primaire de cet homme envers toutes les femmes de la demeure, il
est vulgaire et insultant, rabaissant sans arrêt, celle qui est en fait sa fille, son ainée, sans oublier sa
belle-fille qui leur sert de bonne à tout faire et dont le fils persuadé que son père est vivant, est lui
aussi brimé. On a donc affaire à un mâle dominant, qui brutalise la totalité des habitants de sa
maison. La femme n'est ici qu'au service de l'homme, soumise.

Dans les deux premiers films de la trilogie Profil Paysans de Raymond Depardon,
67 Malaterra de Philippe Carrèse, 2003, occitan/français, 95', DVD, Comic Strip Production
68 Idem note 60
69 Canton de Coursan, de Francis Poudou et les habitants de Coursan, 2000, Édition Opérations Vilatge al
pais, Ciném'aude, Narbonne, p 284

31

�L'approche70 et Le quotidien71 on voit la place faite à la femme. Dans le deuxième film, Le
quotidien72, c'est à la fin que l'on évoque ce problème posé par le célibat des paysans avec un
discours un peu arriéré de la part d'Alain Rouvière, qui veut désespérément se marier. Pour lui,
paysan est un des métiers les plus sinistrés, les fermes ont été abandonnées parce qu'il n'y avait pas
de successeurs.

« C'est très dur, peut-être, les femmes veulent les magasins, elles veulent sortir, elles
veulent plus attendre leur mari quoi qu'en ville les journées sont longues aussi, ce qui est
dommage parce qu'on a une vie saine à mon avis […] je crois pas que la vie soit dure
parce que maintenant on a tout, maintenant avec toute la modernisation, une femme peut
avoir tout ce qu'elle envie, je veux dire, du four un micro-ondes jusqu'à … elle peut avoir
tout comme une femme en ville, c'est sûr que si elle veut faire du lèche vitrine tous les
jours c'est un problème, c'est vrai qu'il y a un certain isolement il faut aimer la solitude. »

Il est frappant d'entendre un tel discours, où l'on considère la femme comme une mère, qui fera
ménage, enfant, cuisine, et que l'on satisfera par des biens matériels.
Et il y a tout de même au delà de cette image de la femme coquette et dépensière, une certaine
ironie dans la voix d'Alain, peut-être parce qu'il sait déjà qu'une femme qui lui correspond va venir
le rejoindre. On apprendra dans le dernier volet de cette trilogie l'arrivée d'une femme qu'il avait
rencontré par annonce, d'où ce petit sourire qu'il garde aux lèvres tout en tenant ce discours.
Dans le premier film; L'approche73, on a un couple de paysans; Paulette et Robert Maneval
chez qui vient le maquignon afin de négocier un veau. La femme est placée debout dans la cuisine.
Le réalisateur évoquant ses souvenirs à la ferme nous dit: « La cuisine était la pièce principale. Tout
s'y déroulait »74. La demande de l'homme est simple, d'un coup de tête l'homme lui demande,
habitué : « bon alors tu nous fais le café ». Elle s'exécute aussitôt. C'est souvent peu de mots
qu'elles prononcent ces femmes âgées, contrairement à celle qui parlera, dans le film suivant, de
vente d'exploitation avec Robert. Robert ne se pose pas la question de savoir si son épouse est
disposée à préparer le café où seulement si elle en a envie, elle est là pour le faire. Ce postulat, dans
la tête de nombreux hommes, élevés ainsi, pourtant par des femmes, n'est autre que, étant donné
que la femme fait les enfants, elle s'en occupe, elle est notamment chargée de tenir la maison tandis
que l'homme sera des travaux extérieurs (travaux, bêtes,...). Ces systèmes de fonctionnement
reposent notamment sur des habitudes que l'on ne remet jamais en cause. Pourtant dans le
70 L'approche de Raymond Depardon, 1998, français, 89'58'', DVD, Palmerais et désert/ Canal +
71 Le quotidien de Raymond Depardon, 2004, français, 81'25'', DVD, Palmerais et désert/ Canal +
72 Idem note 64
73 Idem note 63
74 La ferme du Garet, Raymond Depardon, 1997, Actes Sud, Arles, p 82

32

�deuxième volet, il est à noter l'attitude de ce même Robert Maneval avec Amandine, intéressée par
la vente de sa ferme La varenne. Ils parlent d'égal à égal, échangeant leur point de vue, dans un
dialogue très riche. Cette jeune femme a fait une formation et son compagnon maçon, n'intervient
quasiment pas, peut être que ses compétences le laissent hors sujet.

C'est de ce rapport égalitaire au delà des générations que peut émerger un regard admirateur sur la
femme. Par une évocation pleine de poésie, la représentation de la femme se fera plus sensible.
Avec La sartan75 de Jean Fléchet, on a affaire à une femme de tête, dont la ruse, face aux
hommes, est bien plus fine que leur vilain tour. Ce film s'articule comme une farce, joué par les
comédiens du Teatre de la Carriera, il est empreint d'un esprit comique. Le coiffeur se fait passer
pour le mari de cette barjacaira (bavarde), et conseille à l'étameur de faire de la poêle de la femme;
une sartan; (poêle à châtaigne; qui a la nécessité d'être parsemée de trous) c'est à dire de la trouer.
Lorsqu'elle revient, furieuse de voir ce résultat, elle invente un stratagème pour punir le coiffeur.
Enveloppant la poêle dans un linge, elle la pose sur la chaise où celui-ci à l'habitude de s'asseoir, au
café. L'homme fini donc avec la poêle dans les fesses, et la femme riant aux éclats.
Cette femme qui paraît un peu folle, elle parle à une personne que l'on ne voit jamais, crie, etc. est
néanmoins indépendante. L'homme n'accomplit pas son tour directement, mais par le biais de
l'étameur. En somme il n'est pas responsable de ses actes alors que la femme sait agir par elle
même. Elle incarne donc une femme de tête, courageuse, et assumant ses choix.

Il est important alors d'évoquer les troubadours, ces poètes ont laissé de fortes traces dans la société
d'aujourd'hui, on peut tout de même regretter que leurs valeurs ne soient aujourd'hui que des traces.
Avec le film Trobadors76 de Michel Gayraud, on découvre la vie de sept troubadours
d'après leurs œuvres en langue d'oc. Les histoires sont chantées, accompagnées par les instruments
traditionnels, viole de gambe, tambourin, luth. Le récit est parsemé de symbole; damier, foulard
rouge pour représenter le sang, cierge, épée, chevelure, l'épervier lui relie chacune des histoires. Il y
a notamment plusieurs couleurs qui dominent de manière surprenante. Rouge, vert, bleu, orange,
elles n'ont pas à priori de justification par rapport au récit mais s'ajoute de manière formelle. Jaufre
Rudel, amoureux d'une femme qu'il n'a jamais vue, tombe malade, enfin arrive le jour où il la
rencontre, il en meurt dans ses bras. Un homme et une femme se déshabillent très sensuellement
face caméra. Ces histoires relatent toujours des amours fous, passionnés, où l'on meurt pour celui
que l'on aime. Rien d'autre ne comble ces vies que l'amour, une élévation presque mystique où la
femme et l'homme sont complémentaires, où le sang fait partie du jeu et l'exacerbation des

75La sartan de Jean Fléchet, 1963, provençal, 20'54'', DVD
76 Trobadors de Michel Gayraud, 1995, occitan, 26', VHS, Phaestos/ Oxo/ Fce 3 Sud

33

�sentiments peut amener les héros à se déguiser, prêt à tout pour se prouver leur amour. De manière
étonnante, ces sentiments semblent loin de nous, peut être parce que nous avons pallié à ces
souffrances grâce à la science. Cette représentation est parfois dure d'accès si l'on ne se concentre
pas suffisamment. Dans l'ouvrage Les troubadours II, L'œuvre poétique :
« L'amour « provençal » n'a point disparu sans laisser de traces profondes dans tous les domaines
pénétrés par sa doctrine. Il a créé la politesse occidentale, la galanterie masculine; il a suscité
indirectement la préciosité du XVII° siècle... »77
Á travers L'aubre vièlh78 de Henry Moline, on peut retrouver cette « surestimation »
poétique de la femme » dont nous parle ce même ouvrage. Il s'agit d'une poétesse qui à travers sa
voix et son regard porte une sensibilité différente sur ce monde que l'être humain détruit depuis tant
d'années. C'est pour parler d'une infime racine ou d'une graine de laquelle tout peut repartir,
affirmer que l'espoir n'est pas perdu, que l'on convoque une femme paysanne et poète limousine;
Marcelle Delpastre. C'est dire combien la femme peut être amplement plus réfléchie que l'homme,
que l'on accable par sa bêtise à laisser « crever » un pays, une langue. « Pour le tuer, ce pays, tant
qu'il parle sa langue en fleur, de l'arbre vieux, non, il n'est pas né le chasseur »

On abordera la question, avec la figure de la femme, de ce qui constitue l'individu en tant
que sujet social; la langue maternelle, première étape et entrée dans le monde. La voix qui l'entend
et celle qu'il parlera dans le cocon familial.

I-3) L'individu occitan; sujet social à travers sa langue
maternelle
La famille en forgeant une identité par la transmission de ses valeurs et ses codes, donne
une langue qui sera en Occitanie, la langue d'oc jusqu'à la fin du XIX° siècle. L'Occitanie voit à
partir de cette date la langue française s'introduire fermement par l'école. En Occitanie, on compte
six principaux dialectes; le gascon, le limousin, l'auvergnat, le languedocien, le vivaro-alpin et le
provençal. Il y a de nombreuses variantes de cette langue selon leur situation géographique voire
selon les villages, par rapport à certains mots. Les troubadours furent les seuls à l'avoir parlé et
écrite d'une certaine manière, ce qui lui donna une unité. Elle est ici à travers la famille liée au
français, puisque les films se passent à l'époque où il prenait sa place. Ces deux langues seront
tantôt un passage, une clé avec le français, tantôt un rejet avec l'occitan, pour finalement se lier au
paysage qui la façonne.
77 Les trésors poétiques de l'Occitanie de René Nelli et René Lavaud, 1966 rééditée en 2000, Édition
Bibliothèque Européenne Desclée de Brouwer, Paris, p23
78 L'aubre vièlh de Henry Moline, 1978, occitan, 15', VHS, Films Verts Colportage

34

�Pour Gaston, le personnage principal de L'orsalher79 de Jean Fléchet, la langue liée à la
famille est comme toute l'Occitanie au début du XIX° siècle (1840) l'occitan et dans les Pyrénées
Ariégeoises de Gaston, le gascon. Ce jeune homme, qui n'a qu'une idée en tête, dresser un ours et
aller le montrer dans les villes par les routes, se doit, lui dit le curé, d'apprendre le français. Il
l'étudie sommairement d'abord avec ce sentiment probable que décrit Joseph Méry « Marseille est à
deux cents lieues de Paris: notre langue à tous fut la langue provençale; nous avons appris le
français comme une langue étrangère. »80. Le curé aide donc Gaston pour le boniment, qui lui
permettra d'haranguer la foule, lui assurant en français que « il te faudra l'apprendre en français ton
boniment, les gens des villes ils parlent la langue du nord, c'est... plus élégant, ça marque mieux,
c'est la langue des « messieurs » ». Gaston s'étonne en gascon; « mais pourtant le patois, c'est bien
la langue de maman? ». Le curé : « Gastounet, si tu veux voyager il te faut apprendre le français »,
il continue en lui écrivant le boniment, le récitant au fur et à mesure pour qu'il entende bien la
prononciation. Gaston s'entrainera ensuite avec son ours Martin près de leur cabane, avant de
s'exercer dans un premier village. Son accent est très fort et son français approximatif.
Dans un deuxième temps, à Toulouse la seule personne avec qui il conversera en français et
toujours en occitan sera Pierre Agasse, le colporteur en livres. Gaston fasciné lui emprunte des
livres et se pose mille questions. Pierre lui confie que la langue des livres c'est le français, et qu'il
n'y a pas qu'un livre qui possèdent ses réponses, il devra donc jongler entre les langues. C'est ainsi
que ces deux langues n'entrent pas en rivalité. Le français lui permettra de passer les frontières
comme les marchands ambulants. Cette langue nouvelle lui permet alors l'ouverture sur un monde
qu'il recherchait et lui donne la clé de sa liberté.

En opposition avec cette attitude, l'occitan qui restera donc lié à l'intimité par le cercle de la famille
et le village de naissance, pourra être employé comme protection face aux appareils idéologiques
d'état.
Malaterra81 de Philippe Carrèse représente cette utilisation de la langue par le grand-père.
Ce téléfilm se déroule quelques décennies après L'orsalher82, lors de la Première Guerre Mondiale.
L'histoire est celle d'une famille isolée en Provence où l'on parle déjà dans toutes les
administrations de l'État français, le français. Robert Lafont avec A ces cons de français et ces
couillons d'occitans dans sa lettre la parole étouffée reflète bien ce climat :

« « Parles pas patoés, es pas polit ». Ainsi sentenciait mon grand-père à mes premiers
79 L'orsalher de Jean Fléchet, 1982, occitan/français, 112', DVD, IEO/ Téciméoc/ Les Films Verts
80 Art. A la source du théâtre et du cinéma marseillais par Pierre Pessemesse Téciméoc n°6, 1979, p 10
81 Malaterra de Philippe Carrèse, 2003, occitan/français, 95', DVD, Comic Strip Production
82 Idem note 72

35

�essais d'engager avec lui une conversation en oc. En ce temps-là, il n'en avait encore
jamais tenté aucune en français avec ma grand-mère. Tel était son privé. Et dans ce privé,
j'imaginais, soixante ans avant, le long d'une route poudreuse, les deux amoureux de
village se tenant par la main et échangeant à mi-voix des propos coquins dans un langage
que l'école, la poste, la caserne, la perception et ma préfecture condamnait.
Délicieusement délinquant, sans même y penser. »83

Tout d'abord, le patriarche ne répond pas au gendarme qui vient demander des informations à la
famille et il a parfaitement conscience quand il parle au gendarme en patois, qu'il n'en a pas le
droit, mais son handicap le protège. Sa langue il s'en sert comme une résistance face à tous ceux
qui représentent l'état, le pouvoir. Têtu et fier, il insulte même le gendarme, qui a son grand
étonnement, fatigué de ses provocations lui répond en « patois ». Le postier serait presque
l'intermédiaire entre les deux corps que sont le peuple et l'état, enfant du pays, quand il s'agit de
parler à Léon de choses précieuses, comme les champignons, il emploie sa langue maternelle bien
qu'il n'en ait pas le droit.
Léon, le grand-père, utilise le français pour le railler et se moquer de son petit fils et du savoir :
« Les pigeons sont des colombiformes » sur un ton prétentieux. Le réalisateur jongle avec
l'utilisation des langues, parfois synonyme d'ironie ou de prétention, d'interdit ou d'hérésie, et
d'officialité face à la confidence.

Pour finir, cette langue maternelle, elle, s'articule avec les lieux où elle est parlée, les lieux où les
gens habitent et travaillent.
Dans le documentaire Drôle d'accents de Marc Khanne84, on se penche sur la question de
l'accent puisque la langue d'oc n'est plus parlée comme avant. C'est en fait l'accent qui la rappelle
profondément, qui en est la trace concrète. C'est donc à la fin du XIX° siècle que le français et
l'occitan sont réellement les deux langues présentes en Occitanie. La guerre 14-18 va finir par
« clouer le bec » à la langue d'oc puisqu'elle fait énormément de morts parmi ce peuple. Et la
langue de laquelle perdure l'accent fait dire à Maryvonne, professeur de poitevin, « c'est vrai que
l'accent de ma grand-mère, même quand elle parlait français, je le reconnaîtrais d'entre mille, c'est
vrai que quelque part ça touche des émotions viscérales ». Ces émotions nous touchent
profondément parce qu'elles nous ont imprégnés depuis toujours, bien que l'on n'ait pas grandi dans
une famille qui parlait la langue. Elle est liée à des lieux qui portent des noms dérivés de cette
langue. Et par ce fait, les lieux sont autant d'éléments qui façonnent les langues. Dans le film, Jean
83 Chap. La parole étouffée in A ces cons de français et ces couillons d'occitans. de Robert Lafont, 2005,
Édition Vent Terral, Valence d'agen, p 133
84Drôle d'accents de Marc Khanne, 2007, français, 51'57'', DVD, Les films de la castagne/ Stella Prod/ Fce 3
Sud/ Télépease

36

�Joachim, chercheur à l'INRA, explique comment chez les pinsons, les barrières géographiques qui
isolent une population d'une autre partie de la population, font dériver le chant appris, en copie. Á
son tour recopié, il présente donc des caractéristiques particulières et différentes de la population
voisine. François Louche, chercheur en bio-acoustique, explique de façon passionnante comment la
langue, située sur un terroir, dispose d'un retour acoustique lié à la géographie du terrain. « En
Suisse, on a une montagne granitique, avec des espaces de résonances à des distances très longues,
on s'aperçoit que ce retour avec l'écho induit chez le suisse une disposition à parler lentement. Un
pays calcaire, vous aurez un discours plus rapide, encore plus rapide lorsqu'il est humide parce que
le son se propage très bien et plus rapidement dans un milieu humide ».

En fait la matière induit une influence sur l'acoustique du son émis. La géographie et la
terre que l'on habite, influe d'une part sur notre façon de parler et d'autre part sur la manière de
vivre.

37

�I-4) La terre : une propriété
Plusieurs postures se dessinent face à cette terre des origines. Tout d'abord sa capacité à
accueillir l'homme et l'attachement qu'elle opère sur lui et enfin la nécessité de s'en détacher.
René Allio dans le projet pour un ensemble d'émissions (Annexe 3) écrivait :

« Le monde des campagnes, il faut l'approcher comme le lieu d'un rapport entre un milieu
et des hommes. Ce milieu c'est la nature mais ordonnée aux fins de la vie rurale, de la
production agricole. L'exubérance végétative est triée, et mise au service de l'homme. Ce
qui en elle est inutile est rejeté; mais peu de choses sont inutiles. Dans ce tri néanmoins,
la nature s'est un peu humanisée. Elle est devenue paysage. [...] Il conviendra de marquer
l'importance de la terre, ce à quoi le paysan est attaché à vie (par le servage au XI° siècle;
par la propriété après 1789), ce qui lui donne vie, nourriture, et toute préoccupation. »85

La terre sait être accueillante malheureusement l'homme ne la respecte pas suffisamment
ainsi dans L'aubre vièlh 86 de Henry Moline, les habitants ont posé une pancarte sur un arbre afin
d'avertir le passant : « Étranger, citadin soit le bienvenu si tu n'es pas là un salisseur, abimeur ou
conquérant de notre terre d 'oc ». Ce bon accueil est donc valable dans une certaine mesure puisque
les limousins vivant dans ces lieux ont à faire à la dégradation de leur sol. « Maintenant la forêt est
vide, exemple type de la politique forestière, on laisse pourrir et entre on met des résineux bien
alignés et qui décident de tout ça, préfet, ministre qui regardent par hélicoptère ».
On trouve ici une réflexion sur le sort fait à la terre, sa dégradation, l'irrespect des décideurs qui
vivent loin du pays.

La terre par le travail et la nourriture qu'elle donne à l'homme, l'y attache de manière forte : il lui
est difficile d'assister à la déconsidération de sa terre.
La vie moderne87, le dernier volet de la trilogie de Raymond Depardon, est emprunt de ce
constat, qui fait que Marcel Privat, bien qu'il ai passé sa vie à parcourir les montagnes derrière ses
brebis, lorsque vient le moment où il ne peut plus, est grandement peiné. « Quand il fait beau je
vais encore les garder, quand on fait ça toute sa vie ça manque ». Cet homme fatigué, ne peut
abandonner sans regret ce paysage qu'il connait mieux que lui même. Paradoxalement, cette
propriété les a plongés dans une inquiétude quotidienne, si bien qu'ils ont passé leur vie sans
85 Le monde paysan , chapitre La parole populaire, Tradition oubliée dans Les chemins de René Allio de
Guy Gautier, 1993, Cerf, France, p122
86 L'aubre vièlh de Henry Moline, 1978, occitan, 15', VHS, Films Verts Colportage
87 La vie moderne de Raymond Depardon, 2008, français, 83'25'', DVD, Palmeraie et désert/ Fce 2 Cinéma

38

�trouver le temps de sortir de leur ferme. Robert Maneval l'évoque dans Le quotidien88, deuxième
volet, « je vous l'ai dit le stress me rongeait, deux, trois années de plus ou je devenais fou ou je
tuais quelqu'un […] un rien me faisait un souci, il fallait aller faire les foins, pourvu que ci pourvu
que ça, ça rongeait […] maintenant il neige, il neige, ça fait rien ». Raymond Depardon à propos de
ses parents, dans La ferme du Garet : « Un paysan n'aime pas vendre sa terre. Il se faisait beaucoup
de souci »89. Aujourd'hui ils voient la dépossession de leur terre, Jean François, un jeune
agriculteur, « Les maisons du village sont des maisons secondaires des enfants d'anciens paysans,
la seule ruine à vendre, c'est beaucoup de travail, c'est peut être moins cher de faire du neuf »
Ces villas habitées deux mois dans l'année, font des villages moins peuplés et les jeunes ont du mal
à s'installer dans ces régions. Ce rapport à la terre changeant, Jean Charles Tacchella le remarquait
déjà en 1976 : « Après ça s'est gâché parce que ceux qui sont venus après nous,...c'est devenu des
résidences secondaires. Ils ne se sont pas mêlés aux gens du pays et ça s'est un peu déglingué »90.
L'orsalher91 de Jean Fléchet, nous parle d'un rapport à la terre très dur. Les enfants se
résignent face au jugement de leurs parents, dont la décision prend bien souvent le dessus. Ici
Estela, la promise de Gaston, décidée à partir avec lui et l'ours lui dit pourtant la veille de son
départ: « Mon père ne veut pas que je parte...Je suis celle qui lui donnera un homme laboureur, tu
comprends que je suis la terre de mon père. Je suis la terre. Et qui labourera mon ventre, labourera
la terre, labourera le monde entier. » Pour elle, ce destin est une grande fierté, celui de satisfaire son
père. « C'est la vie que je veux. Mais toi tu ne veux pas labourer, tu ne veux pas me labourer. Tu
dois choisir Gastounet, l'ours ou moi. D'un côté le chemin, de l'autre le champ de mon père. ». Ce
qu'elle semble regretter ce n'est pas le chemin, mais que Gaston ne veuille pas de cette vie. Elle
renie son amour pour Gaston afin de donner la vie. Estela a accepté cette idée depuis qu'elle est
enfant, fille unique, son père possède le plus grand champ du village, alors que son voisin, entouré
de six fils possède un champ minuscule. Elle sait depuis toujours que c'est elle par son mariage qui
fera vivre le champ familial. René Allio aborde ce thème avec pertinence.
« Marquer encore le rôle du végétatif (enfouir, faire naître). On notera toutes les valeurs
significatives de la fécondité, aussi bien celle de la terre que des hommes (se reproduire, enfanter:
contrôler les femmes, reproductrices; optimiser le nombre). C'est repérer, forcément, combien
focale est la sexualité, dont on ne dit rien, mais dont on joue sans cesse (plante, animaux,
croisement, sélection; valeur des matrices) »92

88 Le quotidien de Raymond Depardon, 2004, français, 81'25'', DVD, Palmerais et désert/ Canal +
89 La ferme du Garet, Raymond Depardon, 1997, Actes Sud, Arles, p 201
90 interview de Jean Charles Tacchella et Ginette Tacchella venu tourné Le pays bleu, CinéVaucluse,
Champ et hors champ Cent ans de cinéma loin de Paris, 2003, Édition Dolfin, Bollène, p118
91 L'orsalher de Jean Fléchet, 1982, occitan/français, 112', DVD, IEO/ Téciméoc/ Les Films Verts
92 Le monde paysan , chapitre La parole populaire, Tradition oubliée dans Les chemins de René Allio de
Guy Gautier, 1993, Cerf, France, p123

39

�C'est de cet attachement que Gaston toujours va s'éloigner. Dès qu'il retourne chez lui, des
Corbières où il a fait les vendanges, l'idée trouvée en chemin l'obsède. Il fait tout pour la mettre en
œuvre. C'est pourtant un bout de cette terre, l'ours, qu'il va dresser et faire suivre avec lui. Il soumet
cet ours qui le fera vivre. Ce déracinement volontaire de sa terre natale, sera pourtant opéré par
l'arrachage forcé d'un élément de sa montagne. Cela Gaston le ressasse et en parle au colporteur de
livre, Pierre Agasse :

« Certains enchaînent les autres, comme moi, mon ours, pourquoi on a détourné de moi la
fiancée que j'aimais, on s'aimait et depuis je ressasse cette injustice en courant les
chemins, […] mais je me dis que moi aussi j'ai mal agi, en prenant cet ours né pour une
vie sauvage et heureuse, le tort que je lui ai fait en lui mettant une chaine au bout du nez,
je l'ai châtré, pour le rendre docile, à mon service, rien que pour mon service, tes livres ils
en parlent? »

Gaston lira ensuite Qu'est-ce-que la propriété? de Pierre-Joseph Proudhon. Il s'interroge
« Qu'est ce que la propriété qui fait du ventre des femmes une terre à labourer? » et lit en français:
« La propriété est le pivot, la charpente de tout système social. C'est un principe vicieux en soi,
ennemi de la liberté ». C'est à travers cette réflexion que l'on trouve éminemment présente la
question du travail dans la totalité de ses films.

I-5) Le travail
Le thème du travail, peut s'articuler en deux parties distinctes, d'une part le regard porté par
les cinéastes sur le travail omniprésent, et d'autre part les portraits des métiers pratiqués en
Occitanie.
En continuant avec la réflexion de Gaston, dans L'orsalher93 de Jean Fléchet, on observe la
représentation du métier de montreur d'ours intrinsèquement lié au besoin de liberté. C'est parce
que Gaston a refusé ce qu'il lit dans Qu'est-ce-que la propriété? de Proudhon: « La propriété
entraine l'autorité qui asservit l'individu et transforme le mariage en société de commerce. » qu'il ne
peut suivre cette fille qui lui plait. Cette jeune fille est, elle, oppressée par son travail, sa mère ne la
laisse libre de sortir avec Gaston que parce qu'elle vend tous ses foulards. Mais elle ne peut se
détacher de sa mère puisque c'est elle qui possède le bien, les foulards. Elle désire donc que Gaston
la suive, ce à quoi il répond: « Mais, comprends que si je suis parti de mon pays, si j'ai quitté une

93 L'orsalher de Jean Fléchet, 1982, occitan/français, 112', DVD, IEO/ Téciméoc/ Les Films Verts

40

�famille, un père, six frères et un champ à labourer, ce n'est pas pour retrouver une mère et six sœurs
et un commerce de foulards, mais toi si tu venais avec moi... » Elle répond résignée: « Je ne peux
pas, c'est la mère qui possède les foulards. Je ne peux pas laisser ma mère, je ne peux laisser mon
bien ». Cette femme est asservie par son travail, et se doit de faire comme ses sœurs, écartant ses
envies d'elle même.

Dans les deux derniers volets de la trilogie, Profils Paysans, Le quotidien
95

moderne

94

et La vie

Depardon filme la déclinaison du monde paysan. Tout d'abord Robert Maneval et

Amandine Gagnaire échangent leur point de vue sur les nouveaux fonctionnements du travail qui
rendent la vie plus compliquée. Puis Daniel Jean Roy, paysan par nécessité et enfin Marcel Privat
dont la vieillesse provoque l'arrêt du travail.

Avec Robert et Amandine, nous évoquons la complexité de reprendre une exploitation
agricole. Robert à la foire discute avec un ami : « Il faut que quelqu'un s'installe pour avoir droit à
la pré-retraite, y en a bien qui sont venus voir, mais pour attaquer, quelqu'un qui a rien du tout! ».
Cette phrase pose le problème de l'installation des jeunes. Robert accueille Amandine et son
compagnon. On a une discussion entre Robert et Amandine à qui il veut vendre La varenne, sa
ferme. Ils parlent des difficultés rencontrées avec l'évolution de la société. Amandine débute :
« C'est toujours les investissements qui font peur, […] et puis on est presque obligé de se lancer un
peu comme ça maintenant, on se lance de but en blanc, alors qu'on aimerait bien se lancer
progressivement » Robert : « C'est vrai que maintenant ils forcent les gens à se lancer d'un coup au
départ […] si rien est fait ce sera le désert dans quelques années, qu'on produise plus rien ici, mais
acheter à l'extérieur » Amandine : « tout ce qui est à la base on en veut plus, y a que des grosses
fermes qui produisent un maximum, qui produisent quoi, ça je voudrais pas en manger, on dit il
faut plus faire de l'intensif mais de la qualité mais on fait rien pour aider » Robert : « on peut pas
revenir comme cinquante ans en arrière, moi j'ai toujours travaillé comme les anciens, mon lait à
jamais été payé plus et j'ai bien été un couillon! Ils ont pas encouragé ».
Cette discussion autour du métier de paysan pose la difficulté de faire un travail en accord avec ses
convictions. Il n'y a pas réellement de pensée personnelle alors que c'est par leurs nouveaux savoirs
que les jeunes peuvent enrichir et revaloriser les méthodes des anciens. Cela se fait de plus en plus
mais dans cette cuisine, la constatation ne fait pas avancer les propos.

94 Le quotidien de Raymond Depardon, 2004, français, 81'25'', DVD, Palmerais et désert/ Canal +
95 La vie moderne de Raymond Depardon, 2008, français, 83'25'', DVD, Palmeraie et désert/ Fce 2 Cinéma

41

�La vie moderne96 aborde, avec Daniel, le travail comme fatalité et pour Marcel, ce travail
intrinsèquement lié à la vie.

Daniel de la famille Jean Roy, est le seul enfant resté à la ferme, mais il n'aime pas son
travail. Cela n'est pas un secret. Á la cuisine, avec ses parents, sa mère affirme: « ça ne lui plait pas
beaucoup ». Ils s'accordent tous à dire qu'il préfèrerait être totalement itinérant, ce qu'il fait un peu,
travailler dans des fermes « à droite à gauche ». Sur son tracteur, au champ, il avoue qu'il n'aime
pas l'agriculture, c'est pourtant ce qu'il a fait toute sa vie. Il répond aux questions de Raymond
Depardon par oui ou non, très peu habitué à parler de lui probablement. Ses parents l'ont forcé. Le
travail est trop dur. Il aime mieux travailler à droite à gauche et pouvoir partir en vacances, ce qu'il
n'a jamais le temps de faire avec la ferme. En fait, il veut tout simplement, son indépendance, qui
passerait par le fait de ne pas être son propre chef. Mais pourtant, quand il s'agit du matériel à
acheter, il ne conçoit pas de s'associer avec des voisins. Daniel est un paysan résigné, qui malgré le
fait de savoir ce qui lui conviendrait le mieux se plie au bon vouloir de ses parents et de cette terre
à labourer.

Pour Marcel Privat, le travail fait partie de la vie. Il a, durant toute son existence gardé son
troupeau de brebis et lorsque ses yeux le laissent presque aveugle, il doit se faire à l'idée que ce
travail il ne l'accomplira plus. C'est pour lui, le signe de la fin d'une vie. Sa vue décline mais il
confie: « Quand il fait beau je vais encore les garder, quand on fait ça toute sa vie, ça manque, je
suis devenu feignant ». Vers la fin du film Marcel qui a l'air accablé dit: « c'est la fin, moi, je ne
peux plus les garder, on va les vendre […] la santé maintenant elle reviendra pas mieux ». C'est
donc son frère Raymond qui le remplacera puisque Marcel n'aura plus la force de sortir le troupeau.
Cet homme qui dit à plusieurs reprises dans la trilogie « Pour aimer ce métier il faut être
passionné » ou « faut pas aimer ce métier mais faut être passionné » explique bien cette notion du
travail, imbriqué dans la vie de ces hommes de leur plus tendre enfance jusqu'à leur presque mort.

Le réalisateur quant à lui, avec cette trilogie, tente de filmer ce qu'il regrette d'avoir laissé
partir, ses parents paysans. Dans La ferme du Garet97, il parle de son incapacité à la paysannerie.

« Je savais que j'aurais dû, tous les jours, dès la fin de l'école, courir rejoindre mes parents
dans les champs et les aider dans leur travail. J'aurais aimé le faire. Je n'y arrivais pas.
J'aurais dû me passionner pour cette ferme, les aider jusqu'à la nuit le jeudi, le samedi, le
dimanche soir, pendant les vacances...Mais je les aidais mal, je les aidais peu.
Mon père et ma mère connaissaient si bien leur métier. Chez eux, on était paysan de père
96 Idem note 88
97 Idem note 82

42

�en fils depuis des générations et on réussissait à bâtir des exploitations saines par la force
du travail. Ils avaient une telle expérience de l'élevage, de la culture, ils savaient tout du
vin, des petits veaux, des arbres fruitiers, des histoires de la lune. Ils savaient tout, et moi,
aujourd'hui, je ne sais rien. »

La réflexion autour du travail agricole est porté pertinemment avec le film de Jean-Marie
Barbe, Les ouvriers de la terre98. Avec rage on y évoque l'hypocrisie de ces endroits laissés en
friche et ces cerisiers cinquantenaires qu' « avec le système actuel, on arrache ». Et de ce fait un
ouvrier agricole a le moral affecté lorsqu'il n'a pas de travail. L'avenir est sans cesse douteux.
Une réunion où le patron parle d'argent et l'un des délégués, probablement, le taquine représente
bien ce discours : « vous connaissez la maison, la maison est toujours empreinte de beaucoup de
tranquillité et on veut que chacun gagne bien sa vie mais je n'ai pas des idées noires derrière ma
tête. » Ils rient. « La situation sur le marché français est très très mauvaise […] à l'heure actuelle il
y a une dérèglementation totale au niveau du marché commun et on voit de plus en plus arriver les
vins d'Europe de l'est ». Le travail semble ici en péril, et Carmen, une ouvrière entame un discours
sur les patrons, ils viennent de faire un tour sur les lieux de travail et partent en BMW: « Je dis que
quand c'est des gentils patrons ils disent bonjour à tous les ouvriers, là non, pas plus, […] business,
ciao, allez au diable l'avarice, tous au café ». Umberto, lui, s'en veut: « je l'ai mal habitué, c'est
toujours ça le problème avec les patrons, on doit pas bien les habituer parce que maintenant il va
exiger encore plus ». Il me semble que leurs paroles sont moins fatalistes et plus lucides que les
paysans filmés par Depardon, ils ont d'autres solutions derrière la tête.
C'est dans ce documentaire l'adaptation au marché qui est incompatible avec le vrai travail de la
terre, respectueux d'elle-même et de l'homme.

On soulève ici avec ces deux exemples la dégradation du travail par la précarité qui fait que
l'ouvrier s'adapte à la demande, que l'homme se soumet à la machine. Ces outils respectent de
moins en moins les capacités de l'homme.
Le travail conditionne, de fait, l'homme. Dans Histoire d'Adrien99 de Jean-Pierre Denis, les
enfants sont habitués à aider leur parents après l'école. Le marquis, à qui appartenait les terres en ce
temps, envoie son intermédiaire lui faisant dire que les récoltes sont mauvaises, qu'il n'est pas
content. Le paysan: « avec la grêle et les gelées, deux femmes et un enfant à la maison,... »
L'autre homme lui fait comprendre qu'il faudra s'arranger, les femmes pourront venir au château
Le paysan: « mais la maison? Vous voulez nous plumer? ». On lui répond qu'il peut être remplacé
sans problème et il se plie au bon vouloir du marquis. Voilà comment le patron par le biais du
98 Les ouvriers de la terre de Jean-Marie Barbe, 2001, français, 63'13'', DVD, Ardèche Images prod
99 Histoire d'Adrien de Jean-Pierre Denis, 1980, occitan, 90', VHS, CMCC/ Laura prod/ Filmédis

43

�travail asservi le paysan. Les minoteries ferment, comme celle du père adoptif d'Adrien et font écho
à Maître Cornille dans Lettres de mon moulin: « et il sanglotait à fendre l'âme, appelant son moulin
par toute sortes de nom, lui parlant comme à une personne véritable. Cornille mort, personne ne
prit sa suite »100. Ces métiers que l'on a laissé mourir, parce que le progrès les a remplacés. Adrien
salarié à la Sncf se met en grève avec ses camarades dans le but de défendre ses droits.

La dévaluation du travail déjà présente entraine la dévaluation du travailleur par lui même.
Tout cela fait boule de neige, et s'ensuit bien souvent des rapports conflictuels avec ses proches et
collègues. La société dans laquelle nous vivons a saboté tout ce qui rendait le travail supportable et
satisfaisant. C'est de ses « petits métiers » dont on parle aujourd'hui avec nostalgie ou de manière
péjorative qu'elle aurait du apprendre. Ce que ces métiers avaient de diversité, d'indépendance et de
conscience de l'importance du temps de vivre, les rendaient tout simplement respectueux et les
patrons ne soumettaient pas l'homme à la productivité sans borne.

Cette deuxième partie, abordera la représentation des métiers et des activités, d'une part de
manière esquissée, non sans détail mais faisant parti d'un quotidien, d'autre part elle sera plus
focalisée voire décrite.
Histoire d'Adrien101 de Jean-Pierre Denis, montre le foisonnement des activités de la
campagne et identifie quelques métiers. Tout d'abord, on illustre les travaux liés à l'agriculture; la
mère d'Adrien, bergère, passe la journée à garder ses brebis.

100
101

Lettre de mon moulin de Alphonse Daudet, 1869, p 38
Idem note 92

44

�Carte postale d'une bergère102 se rapprochant de la représentation dans le film de Jean-Pierre Denis.
Il ne m'a pas été possible de trouver d'image d'Histoire d'Adrien à mettre en comparaison.

La mère d'Adrien aide, notamment, lorsque l'on garde les vaches, égraine le maïs, arrache les
mauvaises herbes. Ce film représente aussi dans le déroulement de la vie, le décorticage des
châtaignes, la fente du bois, la basse cour, la traite des vaches, le crochet, la taille de la vigne, le
labour avec les bœufs, les moissons où tout le monde travaille ensemble. Dans les métiers on
dénombre; le meunier et le boulanger, le taupier, les lavandières et le cafetier. Toutes ces
représentations sont faites de manière extrêmement réaliste.
Christian Rapin en parlant de l'Histoire d'Adrien103, de sa cohérence, écrit : « Adrien « fout en
l'air » toute la filmographie paysanne faite par des cinéastes « parisiannisés » »104
L'orsalher105 de Jean Fléchet, quant à lui, esquisse la plupart des métiers artisanaux
puisqu'il place Gaston dans un milieu paysan de montagne. Lorsque Gaston rentre des vendanges il
croise sur sa route le colporteur de pierres à aiguiser ainsi que, rapidement, le porteur de glace en
charrette. Il entrevoit ensuite, à la tombée de la nuit, des ateliers ouverts, on y distingue le geste du
sabotier, de dos et le forgeron qui alimente le feu avec son soufflet. Puis avec sa famille ce sont les
102http://www.fresselineshier.fr/Cartes%20postales/Personnages/Bergere_Drablet.jpg, le 15 aout 2010
103Idem note 92
104 Art. Aqui l'alh, Téciméoc n°12, printemps 1981, p45
105Idem note 86

45

�activités agricoles, moins nombreuses, puisque Gaston les évite (coupe du bois, labour du champ).
Et parce qu'il s'en va par les routes, l'arrivée à Toulouse nous donne une profusion de portraits, la
description des marchands ambulants est extrêmement riche. Sur le pont neuf Gaston croise
chanteur, vendeur de fruits, peintre, arracheur de dent, danseur, écrivain public, acrobates,
vendeuse de mouchoir... Une fois à la Daurade, cette place au bord de la Garonne qui accueille tous
les parolaires; successivement on y trouve alambic ambulant, serpentaire, coutelier, pétrolier,
herboriste, bouchonnier, vendeur de jarretière, colporteur en librairie, cracheur de feu... Chacun
ayant son boniment pour attirer le client, certains le chantent, d'autres haranguent. Le métier le plus
détaillé est évident celui que choisit Gaston, le montreur d'ours ou orsalhèr. De la manière
d'attraper l'ours et de l'élever jusqu'au dressage, à la représentation et aux questionnements que cela
lui pose.

46

�Cette carte postale106 permet de se rendre compte de la similitude de Gaston avec ce montreur
d'ours.

Dans ces représentations, reconstitutions, on respecte le vêtement approprié. Á l'époque il était
presque le même pour tous, à part les cheminots, les ouvriers portent l'ancêtre du bleu de travail ou
l'orsalhèr qui porte un habit de voyage, grand chapeau, bâton sculpté. L'habit est toujours pratique.
Pauvre la population ne possédait que peu de rechange, les habits sont donc commodes, avec des
poches où l'on peut ranger certains outils, des tabliers pour les femmes afin de ne pas tacher
l'ensemble. Les uns comme les autres portent des chemises amples, avec des pantalons de taille
haute pour les hommes soutenu par la taillole - foulard qui sert de ceinture et maintient le dos – et
le béret. La femme avec la même chemise, porte de longues jupes ainsi qu'un jupon et un foulard
qui protège ou cache les cheveux. Au pied on chausse les sabots, quant à Gaston il s'équipe de
souliers confortables pour la marche.

Dans ces deux films qui évoque un temps passé, les réalisateurs ont le souci de la véracité,
comme s'ils ne voulaient pas trahir le pays, son histoire et l'histoire de ces gens qui l'ont habité
avant eux. Il y a un immense respect et une grande recherche pour toucher cette justesse.

Dans les films suivants, deux métiers sont représentés mais à la différence qu'ils ont
perduré jusqu'à aujourd'hui, même s'ils restent difficiles à maintenir.
106 http://etcomp.pagesperso-orange.fr/grospiron/ours.htm, 21 juin 2010

47

�Les ouvriers de la terre107 de Jean-Marie Barbe, montre le passage du distilleur
ambulant à qui l'on amène un peu de son vin pour en faire de l'eau de vie. Cette
consommation est souvent à usage personnel, chacun goute le résultat et peut indiquer ce
qu'il désire. Lo brutla-vin o alambicaire. « Pratiquement, tous ceux qui possédaient une
vigne réservaient un peu de vin pour la distillation. Celle-ci était l'affaire du brutla-vin qui
officiait à l'automne de village en village. »108
Ici c'est un moment d'échange où l'on fait des commentaires « oh pas terrible quand même » dit
Umberto, « si elle est pas bonne, c'est que tu y connais rien » lui répond le distilleur, tandis que
Christian se fait réprimander « t'as pas emmené ta bonbonne? ». Umberto assiste le brutla-vin avec
plaisir. C'est ici un moment de rencontre, où le métier n'est pas là comme sujet d'exposition, il fait
partie de cette vie ouvrière en Ardèche.
Avec Meunier d'autan109 de Pierre Breinan, le métier est l'objet du documentaire en totalité.
La transmission et les histoires qu'entraine le moulin en tant que lieu d'échange. Cette
reconstitution cherche à retrouver les gestes que certains pratiquent encore sur les moulins à vent.
C'était un métier de famille, le moulin appartenant au meunier, propriétaire, il était considéré
comme riche. « c'était quelqu'un de bien le meunier ». Ce métier nécessitait un long apprentissage
qui n'a pas été encouragé. On y voit des moulins vides, abandonnés, et l'on nous raconte les
particularités des moulins selon les vents qui les font tourner. Un homme installe les tissus très
larges qui permettent au vent de faire marcher les ailes. Les personnes filmées regrettent la
disparition de ces métiers; « nous ne sommes pas indispensables mais un jour nous manquerons
peut être […] il n'y a plus le plaisir du travail, aujourd'hui c'est la course »; ils prennent conscience
du changement du rythme de vie et de son absurdité. Dans un ouvrage autour de l'artisanat 110,
Pierre Barret écrit cette phrase en introduction :

« La manufacture, puis l'atelier et surtout l'usine ont isolé l'artisan jusqu'à en faire cette espèce de
survivant marginal dont on déplore la disparition lorsqu'on cherche un plombier et sur lequel on
s'attendrit niaisement lorsque la varlope lève le copeau odorant sur le bois blanc. Nous avons oublié
qu'un travail efficace et gratifiant doit obéir au rythme de l'homme, à sa respiration, à son pas, à ses
cadences spontanées ». Ce film tente de comprendre et d'exprimer ces inquiétudes face à la
107 Les ouvriers de la terre de Jean-Marie Barbe, 2001, français, 63'13'', DVD, Ardèche Images prod
108 Canton de Coursan de Francis Poudou et les habitants de Coursan, 2000, Édition Opération Vilatges al
pais, Ciném'aude, Narbonne, p 175
109 Meunier d'autan de Pierre Breinan, 1978, français, 35'45'', DVD, Le Groupe des Cinéastes Indépendants
110 Introduction de Pierre Barret, Artisans du pays d'oc, (sélection des meilleurs articles consacrés aux
artisans traditionnels par le magazine CONNAISSANCE DU PAYS D'OC),1979, Les éditions de la
Source, Montpellier, p4

48

�disparition de ces métiers, puisqu'avec eux disparaît une façon de travailler. Le travail défini par
l'homme, qui l'accomplissait, était adapté à lui.

La constatation qui est faite majoritairement face au travail est la déplorable soumission de
l'homme à la rapidité, au rendement. Autrefois, il était contraint quotidiennement à accomplir des
tâches qui lui laissait peu de temps, mais il les organisait selon son bon vouloir. Aujourd'hui il
semblerait que le travail se soit détérioré et avec lui, les nombreux rapports qu'il sous-tend,
directement ou indirectement.

Nous avons donc pu voir, que l'homme occitan en tant qu'individu se constitue d'abord par
rapport à son appartenance sociale. Celle-ci est déterminée par sa famille, qui instaure des codes de
conduite, régit notamment les rapports que doivent entretenir les personnes de sexe opposé. La
langue dans laquelle cet individu s'exprime est liée à sa terre natale, représentée par la mère. Les
champs de son entourage lui permettront de vivre dans la mesure où celui-ci les rendra fertile, de
par son labeur. L'individu occitan, ne possède pas que ce champ d'identité, puisque le contact avec
le monde extérieur va l'ancrer dans une culture. Amorcée avec le cocon familial, l'identité culturelle
va passer par divers organes, qui peu à peu imprégneront l'homme.

II) Identités culturelles
L'Occitanie imprègne l'homme qui y habite de son énergie, tandis que celui-ci y
laisse des traces dans son sol. René Allio écrit à ce propos : « Le monde des campagnes, il faut
l'approcher comme le lieu d'un rapport entre un milieu et des hommes. (…) Le dru du naturel s'est
changé en cultures; et d'une certaine façon, en Culture »111. C'est par cette identité culturelle que ces
nombreux films sont marqués. En premier lieu, on y retrouve les contes et les légendes, simples
récits ou influant sur la réalité, les croyances naturalistes, de l'utilisation à l'observation, une
chronologie de la religion catholique et l'image qu'on lui donne, la culture vivante dans ses fêtes et
ses figures et pour finir la langue d'oc comme dénominateur commun d'un peuple.

111 Le monde paysan , chapitre La parole populaire, Tradition oubliée dans Les chemins de René Allio de
Guy Gautier, 1993, Cerf, France, p 122

49

�II-1) Contes et légendes
Tout d'abord cette culture occitane se transmet majoritairement et ce, comme beaucoup
d'autres, oralement. Les contes présentent une histoire souvent destinée aux enfants, racontés dans
des moments appropriés, ils proposent un monde imaginaire. Tandis que les légendes sont
intimement liées à l'histoire d'un lieu et permettent de poser une chaîne de repères pour les
habitants. On se rendra compte de la manière dont ils interviennent dans le cinéma.

II-1-a) Le conte
Le conte sera ici traité de trois manières différentes. Ce conte merveilleux, dans un
processus de soin, nous est décrit comme « un traitement possible des angoisses existentielles
enfouies dans chacun d'entre nous et révélées par les archaïsmes. Le conte est le jardin de la
mémoire collective »112. Avec le film Dins la nuèit de las paraulas113 ( Dans la nuit des paroles) où
le réalisateur, Jean-Pierre Piniès enregistre un conteur, on peut se rendre compte de cette mémoire.
Avec L'orsalher114 de Jean Fléchet, on aura un conte à l'intérieur du récit et pour finir dans Bufola
et lo lop blanc115(Bufola et le loup blanc) de Francis Fourcou, le film sera entièrement un conte mis
en scène.

Dins la nuèit de las paraulas est un film initié par l'ethnologue Jean-Pierre Piniès. Il capte
les contes populaires et histoires traditionnelles racontés par Pierre Pòus. Pierre est un personnage
de la région, des Pyrénées Languedociennes, témoin de la langue qu'il a écouté et dont il a observé
les locuteurs, il a acquis un immense savoir. Au départ l'ethnologue présente le conteur dans son
bureau; Pierre ayant arrêté de grandir très tôt, ne participe pas aux nombreux travaux de la ferme
mais assimile tous les contes entendus lors des veillées. C'est ainsi que ce passeur de mémoire nous
relie avec le passé lointain tout en vivifiant le savoir. Le film se constitue de vingt et un contes,
présentés parfois devant la cheminée, d'autre fois dans un champ, dans son jardin, devant la grange
ou dans l'atelier. Pierre Pòus avec tout l'art du conteur a des formules pour commencer ces
histoires.

112 Chap. Le conte et son usage social, Le conte populaire Approche socio-anthropologique de Michel
Valière, 2005, Armand Colin , p 146
113 Dins la nuèit de las paraulas de Jean-Pierre Piniès, 2008, occitan, 220', DVD, Ethnopôle GARAE/
GRAPh
114 L'orsalher de Jean Fléchet, 1982, occitan/français, 112', DVD, IEO/ Téciméoc/ Les Films Verts
115- Bufola e lo lop blanc de Francis Fourcou, 1983, occitan, 28', DVD, Écran Sud

50

�Comme on le retrouve dans Contes e racontes de la Ribièra d'Olt, ces formules sont variées :

Il était un fois
Il y avait
Un matin, à l'aube (indications de lieu et de temps)
Autrefois
C'était au temps
Le loup et le renard allaient (les personnages du conte)
Vous connaissez tous (prenant à partie l'interlocuteur)
Dans cet ouvrage116, on dénombre de nombreux contes composés de dialogues entre ou avec des
animaux, ce que l'on retrouve dans la plupart des contes présentés par Pierre Pòus. Cette
caractéristique convoque un des grands ensembles de conte : les contes d'animaux. Dans Le conte
populaire Approche socio-anthropologique117 : « Les animaux présentent visage humain […]. Ils
sont bien utiles pour mettre en relief qualités des uns et turpitudes des autres, ce qui en fait d'utiles
auxiliaires pour l'éducation des enfants ». Dins la nuèit de las paraulas118 est composé entre autre
de: Le corbeau et le crapaud, Le loup, Le renard et le poissonnier, L'âne qui a bu la lune, Les
musiciens de Brême, Le loup trompé, La souris et Jean l'orset.

Jean l'orset plus connu sous le nom de Joan de l'ors est ce conte dont Gaston, personnage
de L'orsalher119 de Jean Fléchet, va se rappeler. Le colporteur de pierre à aiguiser lui donne l'idée
de devenir montreur d'ours. Il se souvient plus tard du conte de son enfance raconté auprès du feu,
et c'est enfin auprès du colporteur en livres qu'il trouve des illustrations de cette même histoire.
Le conteur de son enfance n'est autre que Pierre Pòus, le conteur de Dins la nuèit de las paraulas.
Joan de l'ors raconte l'histoire d'un ours qui enleva une femme et avec qui il eu un fils : Jean.
Enfermés dans la tanière par l'ours, ils ne sortirent que grâce à la force de Jean, à qui il arriva de
nombreuses aventures avant de revenir glorieux, marié et riche auprès de sa mère. Ce conte, Gaston
s'en souvient, comme d'une soirée auprès de la cheminée où crépite le feu. C'est notamment avec ce
conte que Gaston intègrera la notion de ressenti et de compréhension des animaux. Puisqu'il parlera
à son ours, lui donnera un nom d'homme, Martin, croira en ses vertus.

116 Conte e racontes de la Ribièra d'Olt, Anthologie de conte populaire occitan, Daniel Loddo, 1996, Édition
C.O.R.D.A.E/ La Talvera, Cordes
117 Le conte populaire Approche socio-anthropologique de Michel Valière, 2005, Armand Colin, 2005, p 95
118 Idem note 105
119 Idem note 106

51

�Dans Regain de Jean Giono un dialogue entre Panturle et Michel s'attache au geste du
cheval : « Je regarde. Là bas, à Aubignane où, d'habitude, c'était roux comme du maïs , c'était vert
de verdure, d'une belle verdure profonde. Elle avait vu ça, cette bête
-Ça fait attention à des choses...
-Oui. »120
Cet exemple confirme bien cette propension à être à l'écoute des animaux puisque, d'autre part,
L'orsalher débute par un oiseau bavard, qui mange du raisin. Il vient ensuite parler à Gaston pour
qu'il lui donne encore du raisin. On a affaire à un oiseau autoritaire. Gaston donne le raisin grain
par grain à l'oiseau posé sur sa main et ainsi l'enivre. Celui-ci agace si bien Gaston qu'il finit par
lui courir après dans la vigne, l'oiseau lui jette des crottes et la scène devient comique.
Le récit du film se termine par le rire de l'oiseau que Gaston croise sur la route, et une conclusion
émise par l'ours jusqu'alors resté muet.

Le conte nous est montré dans ce film, comme une donnée culturelle qui fait partie des habitudes et
qui par ailleurs contribue à construire les êtres. Elle les aide à cheminer.
Le conte avec Bufola e lo lop blanc121 de Francis Fourcou est cette fois véritablement mis
en scène. Ce conte-ci est de André Lagarde, mais on retrouve une histoire similaire dans Contes e
racontes de la Ribièra d'Olt informé par Paulin Belvèze, Mafre, Caluca et Bajan.122
Le film c'est un paysan naïf, Bufola (en occitan « celui qui a la tête pleine d'air »), qui se rend à la
foire de Beaucaire en Lauraguais pour vendre sa vache. Il rencontre deux maquignons, à qui il en
demande « lo just e la rason ». Marché conclu, ce « juste » et cette « raison » s'avèrent être deux
sacs, l'un vide, l'autre plein de sable. Bufola après s'être fait avoir, roule quatre fois de suite les
maquignons mais fini dans un sac lequel sera jeté dans la rivière. Néanmoins il s'en tire encore une
fois, en réussissant à se faire remplacer dans le sac. La fin du conte de André Lagarde se rapproche
de celle de Paulin Belvèze :

«

-« Cette fois, il a exagéré. Nous allons le surveiller, et quand il sortira de la grange
nous le mettrons dans un sac, et nous l'amènerons au Lot pour le noyer ».

Pardi ils allèrent sur la porte de la grange, mirent Caluca dans un sac et s'en allèrent, le
sac sur le dos, accroché à un bâton. En passant là, à la croix du cimetière, ils le posèrent
sur le bord […] Alors qu'ils étaient dans le cimetière, un mendiant passa par là avec sa
canne. Il heurta le sac.

120 Regain de Jean Giono, 1930, Édition Livre de poche, p142
121Idem note 107
122 Conte e racontes de la Ribièra d'Olt, Anthologie de conte populaire occitan, Daniel Loddo, 1996, Édition
C.O.R.D.A.E/ La Talvera, Cordes, pp167-169

52

�L'autre dit :

-« Chut chut chut! Attention! Ne touche pas!
-Pourquoi?
-Mais d'ici demi-heure je serai au Paradis
-Oh moi qui voudrais tant y aller!
-Eh bien, si tu veux tu n'as qu'a prendre ma place. »

Et pardi, le mendiant détacha le sac, y entra dedans, mon Caluca le rattacha et les autres
sortirent du cimetière. Ils crurent qu'ils emportaient Caluca. Ils le jetèrent dans le Lot làbas. Et comme ils y avaient mis longtemps, en remontant là-haut sur la croix d'Henri, que
virent-ils en train de garder les brebis? Caluca. Depuis ils ne lui adressèrent plus la
parole. »

On peut comparer Pingron et Pinchingron, les deux personnages qui trompent Bufola, à Charlot,
avec le chapeau melon, la canne et la démarche claudicante. Ou encore à Laurel et Hardy, l'un fort
et grand, l'autre petit et maigre. Francis Fourcou revisite le conte avec une touche de cinéma
comique mais ce que l'on trouve ici de plus singulier, c'est l'intégralité du conte puisque c'est un
court métrage.
Bufola e lo lop blanc fait partie des contes que l'on dit énumératif, parce qu'il développe en chaîne
le récit des vengeances successives de Bufola. Le trompé devient progressivement un trompeur
rusé.

II-1-b) La légende
La légende, elle, se trouve imbriquée dans le cinéma occitan, de manière précise ou
simplement parce qu'elle a laissé des traces dans le quotidien jusqu'à notre époque.
Legendas d'occitània de Daniel Loddo la définit :

« La légende tient une place quelque peu à part dans le répertoire narratif, flottant sans
cesse entre le réel et l'imaginaire, le factuel et le fictionnel, d'une part, et entre le monde
des hommes et le monde des Dieux d'autre part. Si elle renvoie parfois à la croyance, elle
raconte quasiment toujours l'histoire ou le destin des communautés en rapportant des
évènements ancrés dans la vie locale et qui sont censés s'être réellement produits.
Souvent, pour les comprendre il faut connaître le pays, se le faire raconter. […] Elles
paraissent plausibles, crédibles, mettant en scène un décor et des objets familiers suscitant

53

�un effet de réel. D'une façon générale, elles sont toujours positionnées dans le temps et
dans l'espace. […] La légende dessine par ailleurs la géographie du territoire
communautaire, fixant les limites entre différents espaces, l'espace civilisé et le sauvage,
le territoire nocturne et le territoire diurne, le monde d'en bas et celui d'en haut, le naturel
et le surnaturel, ainsi que des espaces intermédiaires entre ceux-ci et ceux-là... »123
Histoire d'Adrien124 de Jean-Pierre Denis, prend appui sur une légende racontée lors d'une
veillée. Cette soirée, vers 1915, où les personnages décortiquent les châtaignes, nombreux autour
d'une table. Dans Contes e racontes de la Ribièra d'Olt125, Céline Pelissier, une des informatrices
raconte le moment où sa grand-mère contait: « Les contes, elle nous les racontait quand on était
jeunes à la veillée […]. Alors quand on avait soupé, qu'on se mettait à éplucher les châtaignes, ça
nous faisait passer le temps ». Ici c'est pour interrompre certains hommes qui parlent de la guerre,
que l'un commence à raconter une histoire. Adrien, enfant, entend alors pour la première fois cette
légende qui met en scène un loup et un immense chêne s'ouvrant en deux sous le coup du tonnerre.
Un chevalier sort alors du chêne. La légende n'est pas racontée de manière à ce que le spectateur du
film l'intègre, elle est un souvenir qui va poursuivre Adrien tout le long de sa vie.

La légende du chevalier suit Adrien, puisque lorsqu'il est jeune homme, passant non loin du
lieu sa grand-mère lui montre le dit chêne. Il semble entre-temps avoir réentendu cette histoire
puisque qu'il a un air fasciné. Quand Adrien s'enfuit de sa maison natale, il s'égare dans la forêt,
près de l'endroit où ses parents l'ont conçu. En se promenant, il voit le chevalier de la légende sortir
du chêne, il se réfugie alors sous l'arbre. Ce même arbre sous lequel son père, au début du film, se
désaltérait. Après avoir croisé un berger et son troupeau, le tonnerre gronde, il se réfugie sous un
porche. Ces éléments, le berger rappelant sa mère, l'arbre, son père et le tonnerre, la légende seront
des éléments forts de sa vie. Du Périgord, il est ainsi passé dans le Limousin. Une famille l'adopte,
et c'est à l'école, qu'inattentif, il dessine le grand chêne, magnifié par son imagination. Enfin, une
fois adulte, taupier à la ville, tourmenté par la grève à laquelle il a prit part, le chevalier le visite
pendant son sommeil. Cette légende devient donc pour Adrien, un refuge de l'enfance, un
échappatoire et une manière de retrouver ses parents. Cette histoire le rattache à son passé puisque
le lieu de sa conception avoisine le chêne du chevalier légendaire. N'ayant jamais connu ses
parents, cette légende lui donne des racines, elle reste le lien fort avec le temps de son enfance. En
somme cette légende influence sa réalité.

123 Legendas d'occitània de Daniel Loddo, 2005, Édition C.O.R.D.A.E/ La Talvera, Cordes, p 3
124 Histoire d'Adrien de Jean-Pierre Denis, 1980, occitan, 90', VHS, CMCC/ Laura prod/ Filmédis
125 Conte e racontes de la Ribièra d'Olt, Anthologie de conte populaire occitan, Daniel Loddo, 1996, Édition
C.O.R.D.A.E/ La Talvera, Cordes, p 15

54

�Dans un second temps, Histoire d'Adrien126 intègre des gestes du quotidien qui découlent
de légendes.
Il est un conte qui influence Adrien et ses jeunes amis du Limousin, à la sortie de l'école.
Les enfants sont tous agglutinés autour d'un trou dans lequel ils regardent. Il s'agit probablement
d'un puis ou d'une fontaine. Soudain l'un d'eux dit : « Attention la vieille! », bien qu'il n'y ait
personne aux alentours. Ils s'échappent tous en courant, comme s'ils venaient de faire une bêtise ou
simplement par peur. Dans le récit 164 de Conte e racontes de la Ribièra d'Olt127 Émilienne Lamic
raconte :

« Quand nous étions enfants, nous allions ramasser des champignons là-bas sur le flanc
exposé au nord et on nous disait :
« Méfiez-vous, car il y a le Trou des Fadarèlas là-bas. »
C'était un gros trou qui faisait un mètre cinquante de circonférence. Pardi nous y allions et
il y avait des champignons là et nous voulions aller les chercher tout près.
Et l'un d'entre nous dit :
« Oh regarde celle-là qui passe là-bas! Sauvons-nous! »
Nous autres, nous foutions le camp au trot. Nous perdions tous les champignons et
revenions bredouilles. Et figure-toi les Fadarèlas restèrent là-bas et elles y sont encore
sûrement. »

C'est d'une manière détournée que cette légende apparaît dans le film. Elle ne fait pas directement
référence à ce conte mais on peut en relever les similitudes, elle montre surtout comment les
histoires que l'on a raconté à ces enfants déteignent sur leur actions quotidiennes.

Histoire d'Adrien représente un autre geste encore pratiqué aujourd'hui dans certaines
familles, sans pourtant qu'elles en connaissent toutes la provenance. C'est à table, que le grand-père
d'Adrien, après avoir fait chabròt (mélangé le vin dans son reste de soupe), fait au couteau une
croix sous le pain avant de l'entamer. J'ai toujours vu mon père et mon grand-père paternel faire
cette croix sous le pain d'un geste vif. Avec pour seule réponse à mes interrogations que c'était une
manière de remercier Dieu pour le repas. C'est dans le film cité plus haut Dins la nuèit de las
paraulas128, que Pierre Pòus, dans le conte de Noël me permet de trouver l'explication lointaine de
cette pratique. Il raconte

cela en languedocien : « La nuit de Noël, à l'époque que la terre

126 Histoire d'Adrien de Jean-Pierre Denis, 1980, occitan, 90', VHS, CMCC/ Laura prod/ Filmédis
127 Conte e racontes de la Ribièra d'Olt, Anthologie de conte populaire occitan, Daniel Loddo, 1996, Édition
C.O.R.D.A.E/ La Talvera, Cordes, p 395
128 Dins la nuèit de las paraulas de Jean-Pierre Piniès, 2008, occitan, 220', DVD, Ethnopôle GARAE/
GRAPh

55

�appartenait au seigneur. […] Il y avait un homme, une femme et deux enfants […] quand les
cloches sonnèrent, ils allèrent à la messe, à la chapelle du château » Ils voyaient le festin que l'on
préparait au château « Ces pauvres petits qui étaient affamés, toutes ces odeurs finissaient de leur
faire mal au cœur ». Le père décida de passer par le bois pour rentrer, voir si ses collets avaient pris
un lièvre. « On fera un bon souper, on ne mangera pas que des châtaignes ». Il se fit poursuivre par
les gardes mais réussi à les semer. Il entendit un rire; c'était le diable qui lui proposait un marché,
lui promettant un meilleur réveillon que le seigneur, s'il invitait à souper le mendiant que sa femme
aurait installé au coin du feu. Lorsqu'il arriva à la cabane, il vit le mendiant et la table pleine. Il
l'invita donc mais de peur de se faire damner « Il attrapa le pain et le couteau et il fit une grande
croix sous le pain. Le diable poussa un cri terrible et il s'engouffra dans la cheminée où brûlait le
feu et ils ne le virent plus. C'est depuis cette époque que les gens avant d'entamer le pain, y font le
signe de la croix. »
C'est ainsi qu'un geste perdure. L'ouvrage Canton de Coursan témoigne aussi de cette pratique;
« Seuls quelques gestes rituels, empreints d'influence catholique ancienne, se remarquent encore.
Celui de « signer le pain » « pour que le diable n'y ait point part », d'un geste souvent rapide et bref,
en faisant une croix sous cet aliment essentiel, avant de le couper, est certainement le plus
répandu. »129

Ici, c'est donc une légende qui influence une réalité palpable, puisque des familles la pratiquent
encore. Elle laisse des traces et de ce fait témoigne d'une culture commune.

Á travers les contes qui construisent l'enfance, l'identité culturelle s'affirme dans le cinéma.
De manière brute comme les images de ce conteur hors pair, ou reprise pour être mis en scène donc
représenté. Le conte et la légende peuvent aussi faire partie de la narration du film en tant
qu'élément de repère pour un personnage, comme Gaston ou Adrien, le souvenir qui donnera la
force d'avancer, mais aussi affectera le quotidien des personnages jusqu'à se retrouver dans nos
pratiques. Ils imprègnent le cinéma de culture occitane, tout en faisant écho à des pratiques vécues.

II-2) Croyances naturalistes
Très présents dans la culture occitane, les contes et légendes, marquent avec le temps des
lieux sacrés ou des pratiques particulières. René Allio dans Le monde paysan français : « Monde de
l'occulte aussi bien, vers quoi convergent croyances, pratiques, rites, magies. Le petit pas, bien
pardonnable, vers l'illicite se fait par le chemin où l'on jette un clin d'œil vers les intercesseurs les
129 Canton de Coursan, de Francis Poudou et les habitants de Coursan, 2000, Édition Opérations Vilatge al
pais, Ciném'aude, Narbonne, p 159

56

�plus proches, les plus doux : saints guérisseurs, lieux bénis d'une présence bienveillante... »130. Dans
le cinéma, on rencontre donc, d'une part, l'utilisation de la nature par l'homme, et d'autre part
l'observation de cette nature pour appréhender ou supporter le quotidien.

II-2-a) Utilisation de la nature
Les croyances naturalistes peuvent donner lieu à des mises en pratique qui aideront
l'homme à avancer, écartant les embûches sur le chemin. Tempestaïres et faiseurs de pluies131 de
Stéphane Valentin nous transmet les remèdes des paysans face aux orages tandis que dans Les
femmes et les hommes de Combrailles 132, une femme nous parle des soins de l'époque.

Tempestaïres et faiseurs de pluies débute par le feu de la saint Jean encore préparé dans
certains villages et villes pour le 24 juin . Pourtant, la plupart des pratiques précises qu'il impliquait
se sont perdues. Cet exemple est similaire à la croix faite sous le pain par de nombreux gens qui en
ont pourtant perdu le sens premier. L'homme qui installe le feu avoue: « On essaie de ne pas trop
laisser perdre les traditions mais on fait plus comme avant, ça se perd, c'est pas évident à
maintenir ». Ce documentaire chemine et nous aide à retrouver beaucoup de ces gestes. Dans un
premier temps, le film se focalise sur les conjurateurs d'orage. Pour se faire, il faut se rapprocher le
plus du ciel, c'est une maîtrise magique de celui-ci. Il existait un rituel pour chasser les orages et la
grêle parce qu'ils étaient violents et de ce fait menaçaient les récoltes, les bêtes, ce que les paysans
avaient de plus cher, leur gagne pain. Certains objets permettaient, dans les maisons isolées de
chasser ces orages : hache placée dans la cour avec le tranchant vers le ciel, fourche plantée les
pointes vers le haut. La religion populaire comprenait donc une magie blanche qui, dans ce cas
précis, comportait un ensemble d'exorcismes. Marie-Louise Andar qui vivait en Basse-Navarre,
était payée par les paysans pour conjurer les sorts. Les images d'elle sont de Olivier de Marliave,
journaliste écrivain qui explique, parallèlement aux gestes de cette femme, les étapes. Ouvrir le
porche de l'église, brûler le laurier avec le cierge dont la cire a été mise sur les feuilles, réciter les
conjurations, sonner la cloche. Marie-Louise confie: « Il faut faire vite quand la menace menace. ».
Cette méthode fonctionnait à chaque fois, ce qui lui donnait une renommée sur tout le piémont
basque depuis cinquante ans. Ces conjurations ont été confiées au fur et à mesure au curé, qui se
devait, pour être respecté de la population, de les exécuter et nécessairement pour qu'elles
fonctionnent, d'avoir la foi.

130 Le monde paysan , chapitre La parole populaire, Tradition oubliée dans Les chemins de René Allio de
Guy Gautier, 1993, Cerf, France, p 122
131 Tempestaïres et faiseurs de pluies de Stéphane Valentin, 2002,français, 71', DVD, Regard Nomade/ TLT
132 Les femmes et les hommes de Combrailles, film collectif, 2009, français, 59'24'', DVD, AMTA/
CDMDT63

57

�Ces pratiques sont évoquées dans La terre et le sacré 133 :

« Á côté des grands pèlerinages collectifs, des gestes et des prières d'urgence
demandaient protection contre les caprices du ciel. Sous l'orage on allumait les cierges de
la Chandeleur ou on jetait au feu quelques brins des Rameaux bénits, accompagnés de
prières. Certains plantaient près des maisons des faux tournés vers le ciel, perpétuant un
symbole protecteur de l'orage remontant à la nuit des temps. Pour écarter la foudre, le
curé ou le sonneur du village « branlait » les cloches... »

Á l'inverse de cet aspect, on pouvait certaines fois avoir besoin de pluie, ce sont alors les
femmes qui exécutaient leur savoir. Une dame qui s'occupe d'entretenir la sainte de son village,
raconte cette pratique. Quand ils n'avaient pas assez de pluie, ils déplaçaient la vierge pour la
tremper dans un bassin; « Un soir où on avait voulu le faire, qu'il y avait la sécheresse, j'avais
trouvé la solution de la bassine, y avait pas d'autre solution, y avait plus d'eau nulle part. Dans les
temps anciens, on allait la tremper à la Garonne, j'ai entendu les vieux le raconter ».
Ces vierges ont en fait remplacé des divinités féminines. Isaure Gratacos, ethnologue
explique que « dans les Pyrénées, il y a des saintes vierges partout, je ne dirais même pas que
chaque vallée à la sienne […] Le succès extraordinaire de ce culte marial dans les Pyrénées n'est
peut être pas étonnant puisqu'elles sont presque souvent liées à l'eau, elles sont près de sources ou
de grottes ». En fait chacune a sa propriété. « Ces statues n'étaient pas considérées dans l'acception
chrétienne du terme puisqu'elles étaient un vecteur, considérées comme un objet qui avait sa valeur
en tant qu'objet comme moyen de faire venir la pluie ». Elle raconte le récit d'une informatrice,
Irène Dumas, qui en avait assez lorsque tout le monde avait besoin de la pluie, de devoir aller
chercher la statue dans la maison où elle se trouvait. Elle a donc fabriqué un substitut, une plus
petite statue à garder chez elle. On remarque que la statue est non dans un lieu sacré mais chez un
particulier, parce qu'il y avait certaines maisons où les femmes possédaient ce don. Á l'inverse, il y
avait d'autres maisons que l'on disait posséder des pouvoirs de magie noire, les sorciers.
Sorcellerie et médecine populaire en Languedoc134 parle des « pratiques paramédicales et
sorcellaires destinées à assurer son retour à la santé, les nombreuses observances ayant pour objet
la préservation de ses animaux et de ses récoltes, se rattachent à des croyances qui lentement
élaborées, logent dans la nuit des temps. »

Ce documentaire traite avec intelligence de l'actance des populations. Les peuples isolés tendent
plus que les autres à croire en la nature puisqu'elle est leur interlocuteur quotidien et que toutes

133 Chap. Les protections religieuses en haute Provence, in La terre et le sacré, 1850-1950, Édition Les
alpes de lumière 84, p 27
134 Sorcellerie et médecine populaire en Languedoc de Robert Jalby, 1974, Édition de l'Aygues, Nyons, p 9

58

�leurs activités se font autour d'elle et avec elle. On peut rattacher à l'Histoire Universelle ce besoin
qu'a l'homme de maîtriser la nature.
Comme autre pratique nous pouvons évoquer la médecine populaire. Les femmes et les
hommes des Combrailles135 est un film collectif, réalisé par Alain Barse, Céline Bufat Rougeron,
Didier, Éric et Magali Champion, José Dubreuil, Élise Escarguel, Patrice Greuzat, André Ricros et
Julien Sagne. La première personne filmée, Renée Faure, parle des soins médicaux que l'on
pratiquait avant la guerre de 40. Á ce sujet, le chapitre Se soigner136 explique qu' « à la fin du XIX°
siècle et au début du XX°, le monde rural se soignait encore quelquefois de façon empirique et si
les soins par les plantes redeviennent à la mode maintenant, ils étaient essentiels de tous les
maux ». Renée souhaite partager son savoir: « je peux vous parler aussi de comment on soignait
dans les Combrailles, les soins médicaux, les rebouteux, les guérisseurs, tout ça je suis très
documentée […] on se soignait...y avait pas de sécurité sociale, fallait d'abord faire des économies,
on faisait pas venir le médecin à tout bout de champ, ou on essayait d'y aller mais y avait pas les
voitures, donc on se soignait empiriquement, avec les connaissances des gens autour de nous. Il y
avait des femmes qui savaient soigner par les plantes et ça, ça existe toujours, moi ma mère dans
son jardin elle avait toujours de la camomille pour les douleurs d'estomac, de la mélisse pour
calmer les nerfs, […] par exemple pour les brûlures on mettait du millepertuis, vous savez c'que
c'est? Dans de l'huile et après on appliquait ça, on soignait aussi les maux blancs, les abcès avec des
fleurs de lys qu'on mettait dans de l'alcool... ».
Cette parole est enregistrée par trois caméras montées alternativement. Ce témoignage
enrichissant au niveau de l'information est très plat cinématographiquement. Les caméras n'ont pas
les mêmes couleurs, et les choix de réalisation sont peu convaincants. Renée continue en énumérant
les remèdes contre le mal de gorge, d'yeux, assurant que ces connaissances se transmettaient entre
les femmes. C'est dans le chapitre Thérapeutiques et procédés traditionnels137 que l'on détaille
selon les maladies, les plantes à utiliser. On voit apparaître notamment d'autres composants.

Sinusite: tissu de laine
Maux d'oreilles: main de squelette, lardon tiède
Maux de gorge: ronce au miel, mûres
Gastralgie: camomille
Diarrhée: jus de carottes, romarins
Beaucoup de ces remèdes par les plantes se pratiquent et se transmettent encore, bien que certains

135 Les femmes et les hommes de Combrailles, film collectif, 2009, français, 59'24'', DVD, AMTA/
CDMDT63
136 Canton de Coursan, de Francis Poudou et les habitants de Coursan, 2000, Édition Opérations Vilatge al
pais, Ciném'aude, Narbonne, p 148
137 Chap Thérapeutiques et procédés traditionnels, Idem note 127

59

�aient été perdus, puisque délaissés, pendant quelques décennies. Car on considérait, malgré tout, le
médecin, son savoir et ses médicaments comme plus efficaces. Aujourd'hui on appelle ces remédes
avec nostalgie ou ironie, « remèdes de grands-mères ».

C'est donc avec persévérance que l'utilisation de la nature chez l'homme reste encore
présente : elle n'est plus, comme avant, omniprésente. Elle a été remplacée par d'autres
superstitions, plus récentes et mondiales. Ces films les transmettent pourtant, en les prenant comme
sujet, mais c'est un long travail qu'il faudrait pour réapprendre les gestes du passé.

II-2-b) Observation de la nature
Dans la seconde partie consacrée aux croyances naturalistes, on trouve celles qui sont de
l'ordre de l'observation. L'homme va se fier au ciel, suite à ses constatations, l'appelant à l'aide
parce qu'il croit en ses vertus. Météo d'oc138 de Joël Cambon traitera des méthodes de prévisions
météorologiques tandis que L'orsalher139 de Jean Fléchet s'attachera à représenter la croyance
envers le ciel des deux jeunes personnages.

Météo d'oc donne la parole à deux anciens qui font des prévisions météorologiques Ils
tiennent compte du ciel parce qu'ils ne cessent de l'observer. Ils se targuent que leurs anciens
savaient mais que la télévision se trompe : « ceux qui font la météo à Paris, ils croient que le temps
est partout pareil […] Ils ne parlent que de la pluie, mais les nuages se déplacent avec le vent, eux
ils n'en parlent jamais ». C'est donc pour nous enseigner une autre manière de connaître la météo
que le réalisateur les a réunis, mais cette réalisation manque d'originalité. Elle nous intéresse donc
par la parole qu'elle libère, les deux hommes parlent en occitan, à un moment l'un d'eux affirme que
: « trois jours placés au début de chaque saison donne le temps de la saison ».
Les calendes et re-calendes leur posent problèmes. Ils vont donc voir un autre homme, plus
pointilleux. Douze jours avant Noël, on a les calendes, le douze décembre représente le mois de
Janvier et ainsi de suite jusqu'au vingt quatre. Ensuite, à partir du vingt six décembre, on a les recalendes, douze jours après Noël qui viennent confirmer ou non les calendes. Cela indique le temps
probable pour toute l'année. « Il faut en croire un peu et laisser le reste! ». Enfin ils évoquent la
lune pour les plantations, dont on ne parle jamais sur les sacs de graine. Le film est entrecoupé de
panneaux, paysage sur lequel apparait un dicton, qui le scindent en chapitre. Cela rappelle que les
dictons sont généralement en rapport avec le temps. Ces méthodes s'échangent donc par le film, qui
tente, présenté comme un bulletin météo, par son début et sa fin, de nous donner une fois pour toute
quelques clés afin d'éviter d'être obnubilé par les prévisions télévisuelles.
138 Météo d'oc de Joël Cambon, 2006, occitan, 40'48'', DVD, Centre Culturel Occitan du Rouergue
139 L'orsalher de Jean Fléchet, 1982, occitan/français, 112', DVD, IEO/ Téciméoc/ Les Films Verts

60

�Dans L'orsalher, les étoiles nécessitent une grande attention de la part des personnages.
Estela les rapproche de son enfance, tandis que Gaston transmet son savoir à Martin, son ours.
Alors qu'elle, malheureuse du projet de départ de Gaston, Estela rêve de son enfance et revoit son
expérience passée pour connaître l'amour. Dans ce rêve, les voisins, sept garçons, lui font des
grimaces et la raillent, elle casse un œuf qu'elle laisse au soleil. Elle demande le soir aux étoiles de
lui faire savoir le nom de son futur fiancé. Lorsqu'elle revient, le lendemain, le blanc de l'œuf laissé
à l'air libre a formé des méandres dans lesquelles elle lit le nom de Gaston.

Pour Gaston qui vient de quitter la maison familiale et passe sa première nuit sur les routes
seul avec son ours, celle-ci est propice à lui conter d'où il vient. Assis l'un en face de l'autre, Gaston
regarde les constellations, il les lui décrit jusqu'à « la grande ourse, la petite ourse, et toi Martin, tu
la vois l'ourse? Toi tu descends du ciel et de la terre, du ciel par l'ourse-mère inséminée de voie
lactée... et de la terre, par ton père, génie de la montagne Pyrénées. Ça te donne un pouvoir. Tu
peux guérir les enfants malades. Je leur fais le « toucher de l'ours ». Á moi, tu fais du bien, tu me
rends calme, calme... ». Ce sera dans le village suivant cette nuit, qu'il fera son numéro pour la
première fois. Permettant aux malades de monter sur le dos de Martin, une vieille dame qui boitait,
dansera soudainement. Á Toulouse, les gens croient fermement au pouvoir de l'ours, puisque les
foulards que Gaston pose sur le bras de l'ours se vendent tous. Les lettres de mon moulin
d'Alphonse Daudet, illustre notamment la propension des petites gens à écouter la nature, et plus
particulièrement les étoiles, puisqu'elles servent de repère.

« Mais la plus belle de toutes les étoiles, maîtresse, c'est la nôtre, c'est l'étoile du berger qui
nous éclaire à l'aube quand nous sortons le troupeau et aussi le soir quand nous le rentrons. Nous la
nommons aussi Maguelonne, la belle Maguelonne qui court après Pierre de Provence (Saturne) et
se marie avec lui tous les sept ans »

140.

Les personnages de ce film sont imprégnés depuis leur

enfance de la nature et perpétue les traditions qu'on leur enseigne.

C'est à travers ces croyances naturalistes que l'église catholique s'est imbriquée dans la
religion populaire. Á l'époque, le catholicisme est une religion d'État. Si la France veut rattacher
l'Occitanie à son état, elle se doit de canaliser et donc d'absorber ses pratiques populaires, que l'on
appelle aussi religion païenne. La religion, alors développée dans ces pays d'Occitanie, se fait sur
un intime mélange entre pré-chrétien et chrétien. Le XIX° siècle est celui de la christianisation, qui
suit l'organisation centraliste de la France.

140 Lettre de mon moulin de Alphonse Daudet, 1869,p53

61

�II-3) La religion catholique
Ce peuple, en fait très actant, au-delà de ses croyances païennes va assimiler la religion
qu'on lui imposera, la faisant sienne au fil des siècles. Dans certains films, le thème de la religion
catholique va donc être fort, puisque ce pays qui la pratiquait de manière différente, avec ses
propres rites, va être soumis à l'église de Rome au XIII° siècle, par la croisade contre les Albigeois.
Viendra ensuite la chasse aux protestants, avec la résistance des camisards dans les Cévennes. Ces
films proposeront des représentations contemporaines ou réalistes, soit par un traitement partiel,
soit en l'intégrant dans une narration. Le souci des cinéastes est d'être toujours au plus près de la
vérité des personnages et de l'histoire que ce peuple a vécue. Comme si le cinéma devait rendre à
ces martyrs la parole que nous n'avons jamais pu entendre, dire combien le catholicisme les a
soumis, avec une grande violence des corps et de l'esprit. Pour cette partie, la chronologie des
périodes traitées permettra de souligner la culpabilité de l'église catholique.

II-3-a) Films historiques, période déterminante
Tout d'abord, c'est avec des films qui traitent essentiellement de faits de religion
historiques, que le cinéma va transmettre les mémoires de son peuple. Deux films courts, réalisés
par le même cinéaste, Michel Gayraud, où il essaiera de manière pédagogique, de léguer le passé
de son pays à ses spectateurs.

Le film qui va nous raconter les débuts de la persécution du peuple des pays d'oc par les
catholiques, va être Crosada141(Croisade). Le réalisateur évoque ce pan de l'Histoire par une
reconstitution très minimaliste. Des enfants de calandretas, associées au projet, présentent les faits,
datés. Ce sont eux qui évoquent le déroulement de ce passé. Ils introduisent, en se partageant la
parole, les étapes de la croisade ainsi leurs visages s'enchaînent. Par des jeux de lumières, Michel
Gayraud symbolise un feu, une fournaise qui embrasse les châteaux. Les comédiens, en costumes
de l'époque, jouent le massacre dans la cathédrale St Nazaire de Béziers. Le rouge est la couleur
prédominante. Les croix, symboles de l'église catholique hantent chaque image. Une musique et un
chanteur, rythment le film avec, de temps à autre, la voix d'une conteuse.
Les personnages récitent des phrases, leur combat tout entier y résonne : « Chacun aime
son dieu comme il lui plait », « le faux devient le riche et hérite du mal », « Rome racine de tous les
mots », « le roi de France veut Toulouse pour lui », « Un massacre comme on en a jamais vu »
mené par « la racaille française ». La caméra est témoin de ce temps comme si elle avait pu s'y
déplacer librement en panoramiques et en travellings. Le contre jour insinue combien sombre fut la
141 Crosada de Michel Gayraud, 1997, occitan, 26', VHS, France 3 Sud/ Phaestos/ Oxo

62

�défense de leur croyance. Crosada finit par la description du résultat du massacre : « chair, sang,
cervelle, os écrasés... » comme autant de traces laissées derrière la conquête d'un Roi sur un peuple.
Le paratge comme valeur humaine de cette civilisation, prône l'égalité pourtant, à la croisade, la
seule devise fut « gagner ou périr », se battre pour ces choix, ne pas se laisser oppresser et résister à
la colonisation qui par la religion s'immisce dans la culture.
Crosada aborde la religion par ces aspects historiques, mais a recours pour cela à un décor très
épuré où la mise en scène amène les principaux éléments pour la compréhension. Cette
reconstitution, sans grandiloquence ni excès de costume peint de manière méthodique, avec les
éléments et la langue de l'époque, l'histoire d'un peuple dans une période charniére. Car en effet :
« la Croisade contre les Albigeois (1209-1229) ravage les provinces méridionales; elle anéantit
l'indépendance et la civilisation du Midi. Cette guerre de conquête assure par le traité de Paris
(1229) le rattachement du Languedoc au domaine Royal. ».142
Michel Gayraud nous entraine dans le temps sans gommer ses choix de réalisation, il lie passé et
présent et, sans juger le catholicisme, retrace les faits.
Avec Protestantes143, Michel Gayraud s'attaque aux dernières persécutions perpétrées par le
Roi de France, fermement soutenu par l'église catholique. Il s'agit après la révocation de l'Édit de
Nantes, qui rendait libre le culte protestant pratiqué notamment par Henri IV, de convertir par la
force ces croyants à l'unique religion catholique. Déjà « Après la répression de l'hérésie cathare, les
théories d'Amour – que les Cathares avaient peut être contribué à répandre – devinrent suspectes à
l'Église Romaine, qui prétendit d'abord, sans s'attaquer tout de suite à la « doctrine » combattre le
luxe des femmes et la galanterie de cour »144. C'est avec Protestantes, qui met en scène des
femmes persécutées, que l'on retrouve encore l'idéologie Catholique. Cette fois, le royaume
français est le premier bourreau puisqu'il instaure la religion catholique comme religion d'état,
religion à laquelle tous les peuples de son pays doivent se référer. Le Royaume de France ne se
soucie guère des propres croyances du peuple.
A travers l'enfermement de femmes, dans une prison, à la tour de Constance d'AiguesMortes entre 1723 et 1728 où plus de deux cents femmes huguenotes seront prisonnières, Michel
Gayraud nous amène cette fois dans des décors réels qui donnent une autre force à ses personnages.
Tout en restant dans une reconstitution réaliste et minimaliste et s'attachant qu'à décrire leur vie et
les raisons de cet enfermement, il lie son histoire personnelle à celle de ce peuple, puisque la
bisaïeule de sa mère y fut enfermée.

142 Introduction Nostre Lenga, Canton de Coursan, de Francis Poudou et les habitants de Coursan, 2000,
Édition Opérations Vilatge al pais, Ciném'aude, Narbonne, p 10
143 Protestantes de Michel Gayraud, 2000, occitan/français, 26', VHS, France 3 Sud/ Phaestos/ Oxo
144 Les trésors poétiques de l'Occitanie de René Nelli et René Lavaud, 1966 rééditée en 2000, Édition
Bibliothèque Européenne Desclée de Brouwer, Paris, p 21

63

�Cette fois, le film est narré par une voix off, en français, mais avec un fort accent, nous
pouvons supposer qu'il s'agit du réalisateur. La lumière est toujours l'élément formel qui sculpte
l'image, le bourreau, lui, sera en contre jour. Les femmes, baignées d'une faible lumière que la
mince ouverture de leur cachot laisse passer, chantent ce qui fut leur quotidien avant la captivité : le
fuseau, les enfants. Soumises, elles doivent abjurer, renier leur religion pour être libre. Elles
imposent une ambiance pesante, par leur jeu extrêmement juste. Quelques phrases fortes, dont la
langue reste l'occitan, ponctuent le film de manière à sensibiliser le spectateur.
C'est parce « Louis XIV voulait une religion pour la France » que la bible devient pour
elles « le livre défendu ». Ces femmes se demandent: « Quel est notre péché? Prier Dieu? »,
certaines resteront enfermées plus de trente cinq ans. Se développe, encore en Occitanie face à ces
injustices, une irréductibilité : « l'une d'elles avait inscrit dans la pierre le mot : RESISTER ».
On glisse à l'évocation des Camisards, derniers protestants en France, que les dragons, soldat du
Roi de France mirent plus de deux ans à anéantir : « Les agneaux des Cévennes sont devenus des
Lions ». « L'édit de Nantes promulgué en 1598 par Henri IV pour mettre fin aux guerres de
religion, institua la liberté de conscience et autorisa donc la pratique de la religion réformée. Mais à
partir de 1660, certaines mesures furent prises pour convertir les Cévennes au catholicisme. »145
Le seul crime de ces femmes étaient d'avoir été élevées dans la même religion qu'Henri IV.
En 1787, l'édit de Tolérance reconnaît le protestantisme.
Michel Gayraud relate ici un fait encore plus précis que Crosada146, puisqu'il couvre une
période moins longue. Il le fait avec autant de ferveur et toujours comme si sa caméra s'était glissée
à l'époque des faits. Ici, on condamne de manière plus affirmée la religion catholique imposée par
le Royaume de France. Il avale les peuples libres pour les attacher à sa grandeur, grandeur que seul
ces populations permettront. Ces femmes représentent à travers leur combat pour leur religion, leur
pratique, celui de tout le peuple d'Occitanie. Fier de sa culture, il n'a d'autres moyens que de la
défendre. La religion sera la première étape pour asservir cette population paysanne à des seigneurs
tout puissants. Bien plus puissants que les seigneurs qui ont défendu ce peuple pendant la croisade,
les Comtes de Toulouse.

II-3-b) Continuité narrative, la religion dans le quotidien
Dans les films suivants, la représentation de la religion catholique sera intégrée à la
narration et concernera donc quelques scènes seulement. Elle est présentée dans des époques plus
récentes où les personnages vont toujours, quelque part, être les héritiers de ce que l'on appela

145 www.camisards.net, site mis à jour le 29 mai 2010
146 Idem note 134

64

�l'Hérésie. Tout d'abord autour de 1840 avec L'orsalher147 de Jean Fléchet, les personnages seront
peu réceptifs aux nouveaux passeurs de la parole de Dieu. Enfin, dans Malaterra148 de Philippe
Carrèse, au temps de la Première Guerre Mondiale, Léon sera réticent aux signes religieux.
La religion catholique est introduite dans L'orsalher149 par le rapport charnel que Gaston et
Estela accomplissent. C'est par un montage alterné que l'on va percevoir l'idée qu'Estela et Gaston
se font de la religion. Entrecoupé des gestes de Gaston, d'abord découvrant la peau d'Estela par ses
caresses, puis l'enlaçant, la mère de celle-ci dans leur cuisine, comme si la jeune fille se faisait
rappeler à l'ordre, intervient : « il n'a qu'à venir ici ». Ensuite nus leur corps s'exposent, sexe
d'Estela, visage, tandis que parallèlement s'immisce la procession. Les villageois, dans leurs plus
beaux habits, suivent la croix que l'on porte en haut d'une colline. Ils chantent en latin; « O
sannah », les enfants de chœur et leur prêtre en tête accompagnés d'un jésuite tout de noir vêtu.
Après avoir planté la croix, les villageois se signent, Estela est au premier rang. Le jésuite, inspiré,
commence son sermon en français; « la chasteté et St Thomas D'aquin, tire son nom d'un mot latin,
« castigare », ce qui signifie CHATIER, c'est une vertu morale qui met le plaisir vénérien sous
l'emprise de la raison, ceux qui s'adonnent malgré cela à cet IGNOBLE plaisir SE METTENT EN
ÉTAT DE PÉCHÉ MORTEL. Ils auront à en répondre DEVANT LE TRIBUNAL DE DIEU ». Le
curé du village prend la parole à sa suite afin de traduire le sermon : « Vous voyez ce que je vous
disais, il faut pas baiser avant de se marier ».
Ensuite, dans l'église du village, Estela sort du confessionnal et prie à genoux. Mais dans la
grange elle rigole de « tout ce qu'il raconte, ce curé », batifolant, elle estime qu'eux ce n'est pas
pareil puisqu'ils s'aiment. Avec une ironie affirmée le montage alterné représente la soumission à la
religion officielle au même moment que la désobéissance de ses sujets. Jean Fléchet montre la
moquerie que les gens réservent à cette religion qui leur impose des valeurs absurdes. Le curé du
village, lui, vulgarise de manière synthétique le discours compliqué de l'envoyé de Dieu, inadapté à
son auditoire. Cela révéle le manque de remise en question de la part de l'église de Rome qui ne
cherche pas à se rapprocher de ce peuple mais clairement à le soumettre à son interprétation de la
bible, ses pratiques et de fait sa langue.
Le curé du village est lui un intercesseur entre le domaine de l'intime, les origines et la découverte
du monde. Il écrira et conseillera Gaston dans un rôle d'accompagnateur. Il est celui qui a su
comprendre et adapter sa parole aux gens qu'il avait en face. Ces curés seront d'ailleurs persécutés à
leur tour parce qu'ils n'appliquaient pas à la lettre la religion unificatrice de la France. Leurs livres
seront brûlés et eux-mêmes chassés des campagnes.

147 L'orsalher de Jean Fléchet, 1982, occitan/français, 112', DVD, IEO/ Téciméoc/ Les Films Verts
148 Malaterra de Philippe Carrèse, 2003, occitan/français, 95', DVD, Comic Strip Production
149 Idem note 140

65

�Malaterra150 a pour décor une maison de famille isolée en Provence, où les seuls rapports
extérieurs vont être établis avec le facteur, les gendarmes et un déserteur allemand. Dans cette
famille, il y a deux personnages qui permettent d'aborder la religion, la jeune fille et le grand-père.
Ces deux personnages ne sont pas sans lien puisque l'on a vu que cette jeune fille, Maridoun, en
plus d'être la petite fille de Léon, fille de sa fille ainée Appolonie, est aussi la sienne puisqu'il a
abusé d'Apollonie. Léon, le grand-père, est complètement athée voire anticlérical. Tandis que
Maridoun se réfugie dans la religion qu'elle invoque à tout bout de champ.
Léon refuse tout signe qui rappellerait la religion catholique. Lorsque Félix, son petit fils,
dessine la coupe d'un avion il y voit une croix. Avec colère, il tape du point sur la table tâchant le
dessin, il l'attrape, le froisse et le jette au hasard, en direction de Maridoun, au bout de la table. Il ne
cessera ensuite de faire des plaisanteries sarcastiques en utilisant Judas pour invoquer la trahison. Il
offre des amanites de Judas, champignons dont il n'est pas sur de la comestibilité, à l'invité étranger
sur lequel il a des soupçons. Il persécute Maridoun en lui parlant de l'envie prononcée que sa mère
et probablement elle-même ont à l'égard de l'étranger. Jouant sans cesse sur la notion de péché, il
ajoute : « Ne me mens pas, c'est péché de dire des mensonges, comme c'est un péché de passer son
temps à se tripoter en regardant ces photos...Ton petit Jésus, là haut, il te voit. Tu as péché, TU AS
PÉCHÉ, TU IRAS EN ENFER ». Maridoun devient de plus en plus affolée, tourmentée par ces
paroles qui véritablement lui sont comme un jugement de Dieu. Elle se persuade : « J'vais pas aller
en enfer, j'vais pas aller en enfer ».
Il tente, enfin, de lui faire comprendre de manière détournée qu'il est son père. Ne
comprenant pas ce que veux dire Léon mais en le ressentant inconsciemment elle se réconforte en
regardant une image de Jésus. Maridoun est la seule qui croit fermement en Jésus parce qu'elle
l'idéalise et qu'il lui permet de s'évader de cet univers lourd et malsain. Elle s'extasie sans cesse :
« il est beau Jésus » et rétorquera à sa tante, suivant les enseignements religieux : « le prêtre, il nous
a dit que c'était péché de parler patois ». Batistine essaie de lui faire remarquer que bien que le curé
ait dit que Jésus était monté au ciel, « on a jamais vu personne monter au ciel ». Imperturbable,
Maridoun convoque les anges « qui ont des ailes », sa tante lui enseigne alors, plus réaliste, « les
avions ont des ailes ».
Malaterra151 peint une religion qui sert de refuge à sa croyante. Une religion qui se sert des
plus faibles, tentant d'atténuer leur culture (langue) et de faire croire à des spiritualités incongrues
dans ce monde paysan. Par antithétisme, nous avons la position du grand-père qui rejette la religion
toute entière. Victime de la guerre précédente où « on partait […] avec le drapeaux et la croix »152
et bien décidé à ne pas se faire avoir une deuxième fois, pour lui, ce n'est pas avec ces sornettes que
l'homme obtiendra le salut de son âme.
150 Idem note 141
151 Idem note 141
152 Chap. La protection de la nation, in La terre et le sacré, 1850-1950, Édition Les alpes de lumière 84, p
13

66

�C'est un personnage qui raille donc sans cesse la religion et son sujet le plus dévot, Maridoun, la
fille née de son inceste.
« L'église de Rome préside à l'organisation de toutes choses, veillant sur la doctrine et les mœurs;
mettant son estampille sur tout ce qui est jugé salutaire pour la piété des foules: reliques, images,
rites, fêtes. »153.

C'est cette main mise sauvage avec laquelle les personnages de ces films sont en désaccord,
des cathares victimes des croisades pour défendre leur croyance aux protestantes enfermées à vie,
de Gaston et Estela choisissant la liberté de leur amour, à Léon et sa haine féroce. Maridoun, même
elle, ne se reconnaît pas clairement dans cette religion, elle s'y plonge, manipulée par les dires du
curé, elle n'a pas de recul. C'est le rejet de ses parents qui provoque sa fragilité sentimentale et la
pousse à se tourner vers un sauveur.
La persévérance de cette culture, malgré la prégnance de plus en plus insidieuse du Catholicisme,
se retrouvera dans chacune des pratiques culturelles.

II-4) La culture vivante
Cette culture occitane possède de nombreuses fêtes, préexistantes au calendrier chrétien qui
ont été reprises comme des dates officielles auxquelles on a donné des passés bibliques. Malgré
cela, de nombreuses fêtes échappent encore à cette appropriation. Annuelles, elles sont pour la
plupart perpétuées de manière précise. Elles s'adaptent au temps, le cinéma peut les intégrer dans sa
narration dans le cadre de fiction ou en faire son sujet principal dans une démarche documentaire.
D'autres films s'attacheront en un point particulier de cette culture vivante, soit en s'appuyant sur
une pratique musicale, soit en donnant la parole à un créateur de langue occitane.

II-4-a) Fêtes traditionnelles

Tout d'abord cette culture vivante se caractérise par des fêtes annuelles, dont les dates sont
fixes. La naissance de langue de Peille 154, premier épisode d'une saga inachevée est écrite par
Claude Alranq et co-réalisée avec Jean Fléchet, commence par le carnaval. Cette fête, aujourd'hui
répandue dans le monde entier, commence le jour de Mardi gras et continue pendant une semaine

153 Chap. Une église protectrice, in La terre et le sacré, 1850-1950, Édition Les alpes de lumière 84, p 14
154 La naissance de langue de Peille de Claude Alranq Jean Fléchet, français/occitan, 34', VHS, Films Verts
Colportage

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�voire un mois, comme à Limoux (Aude). Les Pailhasses155 un film de Jean-Dominique Lajoux
décrit font dans un village le jour du Carême.

La naissance de langue de Peille raconte l'histoire d'un enfant conçu pendant le carnaval de
Pézenas, un des plus réputés du Languedoc. Les personnages ne cesseront de railler tous les
attributs de la religion catholique. Ce film ne débute pas seulement par la fête elle-même, au coeur
de laquelle on a l'impression d'arriver, mais sa réalisation est tout entière imprégnée de l'esprit du
carnaval, extrêmement impertinente. Dans l'ouvrage Canton de Coursan est expliqué la provenance
de cette fête : « Au Moyen-Age, l'Église christianisa le calendrier. On récupéra les fêtes païennes et
on les rebaptisa. « Carne Levare Levamen », c'était, en février, la période où l'on mangeait pour la
dernière fois de la cuisine grasse (jusqu'au Mardi Gras), avant d'entrer en quarantaine, la
« quadragesima », le mot qui a donné « quaresimo » puis « carême », les quarante jours où l'on
mangeait maigre jusqu'à Pâques. A l'origine, le Carnaval, n'était pas une fête, mais un rituel. La
date de sa célébration, qui change d'année en année, dérive de l'antique tradition qui découpe le
temps en tranche de quarante jours. Ainsi, la période qui va de l'Épiphanie au mercredi des Cendres
unit étroitement le sacré au profane. Car si l'idée du Carême était, dans l'église des premiers siècles,
de se préparer à la fête de Pâques, le Carnaval permettait aux gens de vivre des réjouissances issues
des anciennes fêtes d'hiver. Comme toute fête au sens plein du terme, il est la négation du
quotidien. Symbole même de la liesse populaire, il instaure en effet un temps pendant lequel il est
possible de s'affranchir des règles et des contraintes de tous les jours. Ainsi, il permet d'outrepasser
les règles morales et sociales. […] Tous les excès étaient permis. »156
La première scène est au cœur du carnaval. On ressent la folie qui règne, brandissant le feu,
étincelle ou flambeau, les gens chantent et dansent comme s'ils étaient possédés. Ils sont tous
déguisés, portent des masques et frappent aux portes avec fracas. D'autres jettent sur ceux là, de
manière désinvolte, ordures et excréments. On moque la chasteté et le puritanisme, la couleur du
diable domine la fête et le flambeau symbolisant l'organe sexuel masculin fait écho à un phallus
que Carnaval, le personnage, tient à la main. La rapidité des personnages à l'écran et la profusion
de couleur, de participants entrainent le spectateur dans une tourmente, un jeu. Mikaël Bakhtine
écrit dans La tradition carnavalesque157 : « Il se situe aux frontières de l'art et de la vie. En réalité,
c'est la vie elle même présentée sous les traits particuliers du jeu. […] Impossible d'y échapper, le
carnaval n'a aucune frontière spatiale. Tout au long de la fête, on ne peut vivre que conformément à
ses lois,c'est à dire selon les lois de la liberté. Le carnaval revêt un état particulier du monde entier:
sa renaissance et sa rénovation auxquelles chaque individu participe. »
155 Les Pailhasses de Jean-Dominique Lajoux, 1980, français, 16', VHS, CNRS AV/ Serddav
156 éd opération Vilatges al pais, Ciném'aude 2000, Narbonne p 160
157 Chap; La parole populaire, Tradition oubliée dans Les chemins de René Allio de Guy Gautier, 1993,
Cerf, France, p 128

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�C'est dans cette ambiance et pendant cette fête que Langue de Peille, enfant de Pézenas,
sera conçu. Ses exploits égaleront ceux de Gargantua. On peut rapprocher de cet esprit
carnavalesque la scène de sa naissance. Le lendemain du carnaval, sans aucune prise en compte des
neuf mois nécessaires à l'évolution de l'embryon en nourrisson, une femme est enceinte et elle
croise un ramoneur de cheminée. Lorsqu'une voisine étend son drap et qu'un autre voit l'immaculée
conception. Elle pousse un cri et ses eaux inondent la maison, on s'exclame : « le petit est arrivé ».
Il est bien sûr impossible que les eaux d'une femme inondent une maison entière. C'est donc ici une
image comique et absolument irréaliste. Tout le film développe un personnage et une famille chez
qui les codes et tabous sont totalement obsolètes, ce qui permet aux réalisateurs de s'amuser à créer
des images que l'on peut appeler loufoques. Ici, les références sont sous l'emprise de cette culture
carnavalesque qui place toute relation dans un délire lubrique, faisant des personnages des gens
exubérants, ivrognes et anticléricaux.

L'esprit du carnaval détaillé par Mikaël Bakhtine, dans la tradition carnavalesque : « En résumé,
pendant le carnaval, c'est la vie même qui joue et, pendant un certain temps, le jeu se transforme en
vie même. Voilà la nature spécifique du carnaval, un mode particulier d'existence »158.
Ce mode d'existence, la famille de Langue de Peille l'applique au quotidien.
Les Pailhasses159 est un documentaire réellement tourné pendant la fête du même nom.
Bien que le film ne l'indique pas, il fut tourné à Cournonterral où elles ont lieu. Cette pratique, tout
aussi traditionnelle est moins ancienne que le carnaval. Elle est la commémoration d'une bataille
mémorable entre deux villages. Cette bataille est la conséquence d'un concours de coupe de bois
qui aurait probablement mal tourné suite. Les pailhasses, nom des participants costumés, désigne
en fait le costume qu'ils portent, imaginé par un certain Pailhas. Le film nous explique les éléments
constituant le costume et l'évolution des méthodes. Les pailhasses se baignent dans des tonneaux
remplis de lie de vin et font des glissades d'un bout à l'autre de la place, badigeonnée de leur
mixture. Ils jouent aux méchants personnages, crient et font peur à certaines personnes habillées de
blanc. Enfin ils salissent quelques malchanceux qui passent par là. La voix off nous renseigne :
« Le jeu consistent à poursuivre, attraper et noircir tout individu qui se risque dans l'enceinte du
village [...] Quand tout est noir, le temps est favorable à l'ours qui achevant son hibernation sort de
sa tanière et annonce le printemps. » Les participants finissent par danser ensemble au son de
l'orchestre, aperçu au début du documentaire.

158 Chap; La parole populaire, Tradition oubliée dans Les chemins de René Allio de Guy Gautier, 1993,
Cerf, France, p 128
159 Idem note 148

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�Cette fête calendaire m'a été relatée par un ami de Cournonterral comme bien plus violente
et sans pitié pour les personne vêtues de blanc. Il semblerait que la caméra ait peut-être joué de son
influence et que les pailhasses se soient assagis. Ce qui paraît plus extrême d'habitude n'est ici que
barbouillage ponctué de « pas la figure », « ne la salissez pas » ou peut-être est ce simplement que
dans ces fêtes certains font attention à leur proche? Néanmoins, la mixture, elle, est devenue moins
cruelle, car on nous raconte qu' « il n'y a pas trente ans que la lie de vin a remplacé une mixture
faite d'eau croupie, de purin, de boue, et de merde dans laquelle macéraient quelques dépouilles
d'animaux crevés ». Nos ancêtres avaient sans doute plus d'humour.

Ce film est un très beau travail documentaire, où l'on se demande, parfois, si telle ou telle
scène a été joué. Mais ce pourrait être simplement la présence de la caméra qui change les uns et
les autres. A travers cette fête et sa réputation dans tout le Languedoc, on aborde l'éternelle rivalité
entre villages. Comme l'indique un des chapitres de l'ouvrage Canton de Coursan160 : « Si les fêtes
favorisent les rapports entre villages voisins, elles occasionnent aussi quelques frictions entre
« jeunesses » qui expriment ainsi leurs oppositions, voire leurs rivalités, souvent ancestrales. Elles
se connaissent parfaitement, elles se rencontrent régulièrement tout au long du calendrier des fêtes,
mais il y a toujours un petit contentieux qui traîne autour d'un point d'honneur. »
Dans une de ces histoires, Conte e racontes de la Ribiera d'Olt161 évoque lui:

« Les relations souvent houleuses entre Montanhols (habitants de la montagne) et
Costovins, producteur de fruits et de vin de la région d'Entraygues. Les Montanhols
fréquentaient les foires d'Entraygues où ils venaient acquérir des porcs en plein air dans
les châtaigneraies. Les Costovins par contre montaient chaque semaine dans les localités
de la montagne pour vendre leur produits à la sortie de la messe ou sur les foires et
marchés. Montanhols et Costovins se vouaient une haine farouche et souvent les
rencontres se terminaient par des bagarres à coups de triques. »

Les pailhasses font donc écho à la difficultés d'accepter les défauts du voisin. Les paysages divers
et les déplacements moins courants ou toujours motivés par une raison vitale, le plus souvent le
travail, confrontent des caractères et tempéraments dont le point commun serait l'entêtement. Il est
curieux de voir que cela peut tout de même donner une fête annuelle.

Que ce soit pour parler de ces fêtes ou pour parler d'autre chose, le cinéma occitan s'inspire
de leur ambiance et de leur esprit et constitue/reconstitue la culture occitane. Cependant et malgré
160 Canton de Coursan, de Francis Poudou et les habitants de Coursan, 2000, Édition Opérations Vilatge al
pais, Ciném'aude, Narbonne, p 139
161 Conte e racontes de la Ribièra d'Olt, Anthologie de conte populaire occitan, Daniel Loddo, 1996, Édition
C.O.R.D.A.E/ La Talvera, Cordes, p 5

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�tout, cette culture est vivante puisque ses fêtes sont encore célébrées. Elle est par ailleurs constituée
de figures particulières.

II-4-b) Figures de la culture
Dans un deuxième temps, nous verrons donc comment le cinéma aborde la culture vivante
en dehors des fêtes rituelles. Deux films nous présentent des personnes porteuses de cette culture,
elles apportent notamment, leur pierre à l'édifice, si l'on peut dire puisqu'elles transmettent son
message. L'obra tambornesca162 (L'œuvre au tambour) de Ma J'osais Fages Lhubac s'intéresse au
tambour et hautbois de joutes, tandis que Jorgi Reboul, A trest un jorn que bofava lo mistrau163 de
Henry Moline est le portrait d'un poète provençal.

C'est par des fêtes traditionnelles que certaines pratiques culturelles ont été adoptées. Ici ce
sont les joutes, qui se pratiquent sur le pourtour de l'étang de Thau dans l'Hérault, le jour de la St
Louis, que le film prend pour racines. Ces joutes consistent en une bataille entre deux équipes, qui
se pratiquent sur une barque prolongée d'un promontoire. Munie d'un bouclier et d'une lance en
bois, le jouteur qui gagne est celui qui met l'autre jouteur dans le canal ou l'étang. Cette pratique
s'accompagne d'une musique bien particulière, pour laquelle jouent de concert le hautbois et le
tambour de joutes. Ce film prend pour lieu, la ville de Sète, et son fameux tambour connu de tous
les jouteurs; Jean-Louis Zardoni. C'est par la musique que la réalisatrice nous amène à cette
pratique. Le film enregistre la plupart du temps des moments de jeu ou bien illustre la parole ce qui
affaiblit la réalisation. On entre dans le monde des Sétois, près des étangs avec « le cabanon et la
baraquette ». Le grand-père, et l'arrière grand-père de Jean-Louis Zardoni jouaient déjà du tambour
et du hautbois de joutes, quand il est né, il raconte que « tous les deux se sont dit bé té, dans la
famille, on a un tambour de plus ». Cela nous renvoie toujours à la transmission, que cette culture
porte en elle. Les deux barques concurrentes, correspondaient en fait aux deux quartiers de Séte, le
quartier naut (haut) avec les célibataires et la poncha (la pointe courte) avec les mariés. L'homme
qui explique, détaille chaque partie de la barque par leur nom, lesquels sont tous des mots occitans,
pareillement aux noms spécifiques dont chaque jouteur est affublé. La barque est en fait le moteur
de la musique puisque ce sont les rames qui vont donner la cadence.
Trop court pour n'être plus qu'un échange d'information, le film comporte néanmoins une scène
forte. La rencontre de Jean-Louis Zardoni et André Minvielle, improvisateur béarnais. Le joueur de
tambour lui apprend à rouler le r, il chante en fait sa partition de tambour, ce r remplace donc le
roulement du tambour. Pour qu'il soit plus à l'aise Jean-Louis lui raconte la joute. André Minvielle
162 L'obra tambornesca (L'œuvre au tambour) de Ma J'osais Fages Lhubac, 2008, français, 27'16'', DVD,
Auboi prod/ Majosais films
163 Jorgi Reboul, A trest un jorn que bofava lo mistrau de Henry Moline, 1975, occitan, VHS, Les Films
Verts

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�en inventeur permanent : « Quand on est un onomatopeur, on a pas peur des onomatopées », finit
par improviser avec lui au piano. Leur échange, leur transmission est ce qui fait de cette culture sa
richesse. Malheureusement ce premier film, manque de profondeur, en fait il reste un outil
pédagogique autour de la joute sétoise. Néanmoins, cette pratique est représenté avec tout l'esprit
de ces participants, humour, partage et une certaine tendresse pour leurs traditions.

L'un dit : « Jouer une musique c'est faire passer une émotion, mais pour la jouer il faut avoir
conscience de ce qui se passe ». Cette phrase pourrait rapprocher ce jouteur du travail de Jorgi
Reboul, qui prend en compte ce qui l'entoure.

Le deuxième film qui nous parle d'un porteur de la culture occitane, est Jorgi Reboul, A
trest un jorn que bofava lo mistrau 164 de Henry Moline. C'est un portrait de ce poète provençal, sa
vie, son œuvre avec pour interlocuteur, Pierre Pessemesse, cinéaste. Ce documentaire ne possède
pas de sous titres, bien que sa langue soit le provençal. Cet homme perpétue, depuis qu'il à
commencé à écrire, une tradition culturelle en la maintenant vivante. Fondateur du Calen de
Marseille, devenu la section Provence de l'I.E.O. Tous deux sont attablés, face à ses livres, sur
lesquels sont posés des pierres, vulnérables au grand vent qui souffle durant tout le film.
Pour raconter le passé, le réalisateur fait appel aux vieilles cartes postales. Ils abordent différents
aspects de sa vie : la langue qui lui est restée dans la tête, les rencontres décisives, son mariage
avec une maitresse d'école rencontrée par courrier, la république catalane, la guerre et la statue de
Mistral enterré par Ricard. Le film intègre des poèmes, soit pré-enregistrés, soit récités par le poète.
La culture occitane prend corps avec cet homme, qui parle de cet incessant besoin de sensibiliser
les gens à leur propre culture : « Il y a quarante ans qu'on est sur la brèche, pour dire au peuple
provençal que c'est véritablement un peuple. […] Ce peuple est colonisé, aliéné, depuis le pouvoir
capétien, aliéné par cette centralisation qui nous met au cimetière des peuples ». Ce film est en fait
le moyen pour le poète et le cinéaste de vulgariser son œuvre pour la transmettre. Faisant partie de
cette culture, le poète est, à travers ce film, libre d'ajouter et de contextualiser ces œuvres. Le
documentaire est un beau portrait, riche de ses divers matériaux filmiques qui se complètent. C'est
en évoquant la langue de ce peuple que Jorgi Reboul la place comme langue d'une culture : « Les
gens d'ici ne savent pas ce qu'est un occitan. Les gens si on leur parle la langue répondent dans
cette langue. »

L'identité culturelle d'un peuple se définit par rapport à ces pratiques ancestrales, qui sont
pour certaines toujours présentes avec force. Au même niveau que ces fêtes instaurent des modes
de vies ponctuelles ou des habitudes de toute une vie, elles développent des expressions bien à

164 Idem note 156

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�elles. Comme une passion ou un métier, la culture passe par la transmission orale, mais se constitue
avec le savoir acquis un patrimoine physique. Elle contient de nombreuses clés dans sa langue
parlée, réapprise aujourd'hui, elle éclaire certaines pratiques, mais perd toujours quelques uns de
ses secrets avec le temps.

II-5) Langue d’oc : langue de la culture
La culture étant transmise par la langue, à partir du moment où celle-ci est anéantie, la
culture est mise en péril. Il faut alors inventer les moyens de protéger ces acquis, de se protéger
pour ne pas perdre ses repères. Cette langue, nous l'avons vu est la langue maternelle, langue de la
terre de ses habitants. Langue de la famille mais notamment langue de la culture commune d'un
territoire, de pays. « Né dans le Limousin et le Périgord, l'art des troubadours rayonne dans toute
l'Europe. L'occitan devient une langue de civilisation européenne. »165. Cette culture se transmettait
dans certains endroits ou en certains moments, puis la religion et ses massacres, puis l'état et enfin
l'école l'ont affaiblie. L'Histoire imposée à cette langue fait naitre une résistance et c'est avec
étonnement qu'on peut encore l'entendre aujourd'hui dans certaines écoles.

II-5-a) Le rôle de l’école
C'est l'école française qui va réellement, finir de tuer cette langue puisqu'elle va interdire à
ces élèves occitans de la parler. Voici en 1978 les propos de L'école libératrice, par rapport à la
vertu de l'école française : « La III° République, sachant bien que le progrès et la libération des
obscurantismes passaient par la pratique généralisée d'une même langue a accompli parallèlement
un effort qui n'est pas aussi négatif qu'on a voulu trop souvent l'affirmer »166
Ce à quoi Max Bajola répond en occitan: « l'école publique » était aussi l'officialisation de
l'étranglement de l'occitan et des langues minoritaires » puisque l'article 14 du règlement modèle
des écoles primaires élémentaires du 18 janvier 1887 était le suivant: « Le français sera seul en
usage dans l'école ». C'est donc à travers deux films, l'un par sa représentation de l'école dans la
narration, Histoire d'Adrien167 de Jean-Pierre Denis, l'autre par des témoignages d'anciens élèves,
En viatge168 de Elisa Nicoli, que le cinéma occitan va faire le procès sévère à ces établissements
sensés transmettre le savoir aux enfants.

165 Canton de Coursan, de Francis Poudou et les habitants de Coursan, 2000, Édition Opérations Vilatge al
pais, Ciném'aude, Narbonne, p 10
166 Art. L'école libératrice, ancienne revue du Syndicat National des Instituteurs et de la Fédération de
l'Éducation Nationale in A propos d'Adrien, Téciméoc n°12, printemps 1981, p 44,
167 Histoire d'Adrien de Jean-Pierre Denis, 1980, occitan, 90', VHS, CMCC/ Laura prod/ Filmédis
168 En viatge de Elisa Nicoli, 2009, occitan, 72', DVD, Chambra d'oc/ Région Piémont

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�Histoire d'Adrien dont le personnage principal est un enfant « bâtard », trouvant refuge
dans le Limousin, met en scène de manière singulière les lieux de parole de ces pays. Tout d'abord
la veillée, où l'on raconte les légendes, puis les moissons où les voisins viennent aider, le moulin où
le travail accompli ensemble permet des temps de discussion, le café où se retrouvent les ouvriers,
et enfin les vendanges. Ces lieux permettaient, en fait de faire circuler la culture, oralement,
puisque c'est dans ces moments là que les gens se rencontrent. Par rapport à ces lieux, on trouve
dans l'ouvrage Canton de Coursan : « Les ancêtres de nos anciens regrettaient que les cafés aient
tué les veillées, symboles des mœurs du monde rural; aujourd'hui les anciens regrettent que la
télévision individualiste ait tué les cafés de villages, garants de l'authenticité rurale ».169
Dans ce film, on note très nettement, le rôle de l'école dans la perte de la langue. Atterrissant dans
une nouvelle famille, suite à sa fugue, on l'envoie à l'école pour apprendre. Lorsque Adrien est en
classe, le maître ne cesse d'être derrière les enfants, adoptant une attitude oppressante. A peine
rentré dans la classe, il leur dit : « rangez vos musettes correctement, combien de fois faudra-t-il
que je te dise? Gare à toi », « qu'est-ce que je vois ici, des mains de cochon, qu'est ce que tu as
fait?, c'est moi qui vous ai appris ça?, on parle comme ça en classe? Qui est-ce qui pourrait dire ça
correctement? En voilà un au moins qui parle correctement ». Les brimades faites à ces garçons
n'ont de cesse. Elles rabaissent tout ce qui est leur, leur corps avec leurs mains, leurs affaires avec
leurs livres, leurs mots avec leur langue et par là même, leur famille, leurs origines, leur culture.

Cette attitude entraine une dévaluation de leur propre culture, y opposant le français parce qu'il leur
amènera un travail, une tenue, une richesse. C'est par l'autorité que le maître compte faire passer
son savoir. Tout ce qui a jusqu'à présent constitué ces enfants doit être oublié; Le langage des
bêtes170 d'Antonin Perbosc explique très bien cette situation : « Quant au « langage de la nature »,
l'occitan du quotidien que parlent et comprennent les bêtes, il est, quoi qu'en pense secrètement le
maître, banni de l'école au profit du seul français que transcrit l'écriture ».
L'école française va donc mettre en place plusieurs méthodes afin de faire passer son enseignement
sans être gêné de l'occitan, dont une punition, marquante pour toute une génération, mais s'intégrant
de fait dans la société que l'état français met en place.
En viatge171 de Elisa Nicoli, nous raconte aussi cette langue, victime de l'oppression. Le
départ de ce documentaire est une marche pour la reconnaissance de la langue d'oc au patrimoine
de l'Unesco. Cette langue était bien celle d'une culture puisqu'une dame raconte que son père,
pendant la guerre 14-18 disait « qu'il comprenait mieux certains Italiens que les Français du
169 Canton de Coursan, de Francis Poudou et les habitants de Coursan, 2000, Édition Opérations Vilatge al
pais, Ciném'aude, Narbonne, p180
170 Le langage des bêtes, Mimologismes populaires d'Occitanie et de Catalogne de Antonin Perbosc,
Édition GARAE Hesiode, p 42
171 Idem note 161

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�Nord », elle regrette aujourd'hui de ne pas l'avoir cru. Robert Lafont parle, lui d'un marchand de
chevaux « de Die qui allait, pour son négoce, du Limousin à Oulx, en Italie, sans changer de langue
et sans y penser »172. Dans ce film, des gens vont enfin témoigner sur cette punition imposée aux
enfants; appelée la vergonha (la honte) par ceux qui la subirent. « En France » nous raconte-t-on,
« l'école a tué l'occitan ». Elle l'a interdit, lui inculquant l'idée d'un mauvais avenir, on leur disait:
« parle pas patois sinon tu réussiras jamais dans la vie ». Et puis lorsqu'ils le parlaient en classe,
entre eux, on les punissait. « L'école a donné la honte de la langue », un homme raconte qu'enfant
lorsqu'il devait aller voir le directeur, il avait honte puisqu'il devait amener son père qui parlait mal
le français et lorsqu'il a appris la langue de son père, cela a changé leur rapport de manière positive.
Ceux qui parlaient occitan à l'école avait pour punition, soit de copier des lignes, soit de porter le
senhal (bout de bois de couleur) autour du cou. Ils restaient faire un devoir supplémentaire et
étaient encouragés, pour s'enlever le senhal, de le donner à quelqu'un qui aurait dit un mot
d'occitan. Cette honte est restée longtemps, grandissant avec ces enfants.
L'ouvrage Canton de Coursan173 témoigne de cette pratique :

« L'apprentissage du français écrit mais aussi et surtout parlé, était une des grandes
préoccupations des premiers instituteurs. Il fallait franciser le réservoir humain provincial
pour satisfaire le développement d'une politique ô combien centralisatrice! Cet
apprentissage préparait à la réussite sociale avec l'espoir, qual sap? De montar a Paris. Il
passait par la « chasse au patois » par tous les moyens, dont l'usage du senhal, plus ou
moins en vigueur dans le canton. « Signal », ce petit objet que l'instituteur donnait au fautif
à charge pour lui de le « refiler » à celui qui « parlerait patois »; et le lendemain, au retour
en classe, le détenteur de cette marque dénonciatrice se voyait infliger une punition. La
conjugaison du verbe « Je ne dois pas parler patois! », revenait souvent. Los senhals
podian èsser: un soù traucat (pièce de monnaie n'ayant plus cours!), l'esclòp (chaussure
n'ayant plus cours) e lo balajon (avant la granda balaja per balajar l'escola). L'instituteur
en choisissant ces objets voulait signifier aux « mauvais éléves »: « Tu parles patois, tu
n'auras pas une bonne situation (en étant balayeur), tu ne gagneras pas beaucoup de sous
(sou traucat), tu resteras un paysan (l'esclop) ». La génération de mon père a connu les
système du « signal », ici on disait « la vergonha » ». (G.P) de Coursan .

172 A ces cons de français et ces couillons d'occitans. La parole étouffée, de Robert Lafont, 2005, Édition
Vent Terral, Valence d'agen, p 134
173 Informateur (G.S) de Fleury d'Aude, Canton de Coursan, de Francis Poudou et les habitants de Coursan,
2000, Édition Opérations Vilatge al pais, Ciném'aude, Narbonne, p 131

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�Une femme raconte : « à la maison, on le parlait pas aux enfants qui étaient scolarisés », ses
grands-parents quand elle leur a demandé de lui apprendre la langue, croyaient qu'elle se moquerait
d'eux ensuite.
En viatge174, soulève le problème de la honte que l'école a contribué à donner de la langue,
de la famille mais aussi, de fait de la culture, à tout un peuple. Si bien que les gens ont renié leurs
origines, forcés par cet organe de l'état centralisateur, prétextant donner le savoir aux paysans, pour
leur plus grand bien. On a transmis, une notion qui sera utile dans les conflits futurs, la délation,
que les enfants ont intégrés jeunes et probablement retransmis sans s'en rendre compte pour la
plupart. La langue d'oc devient petit à petit un patois. Ce terme la met en dessous du français,
comme s'il n'en était qu'un dialecte, alors que cette langue possédait le riche passé, d'une culture
tolérante et ouverte. Robert Lafont175 va plus loin :

« Est-ce qu'il a jamais su, l'instituteur de la III° République, ce hussard noir de la
République, chevalier de l'escadron de la mort du langage, qu'en faisant circuler le
« signal » dans sa classe, il mettait le sceau final à plus d'un millénaire de parole sur
presque deux cents kilomètres carrés? Un scellement qui valait pour plus de dix millions
de cervelles et de bouches? Pardonnons-lui. Il ne savait que ce qu'on lui avait appris, et ne
savait que ce qu'on lui avait désappris. Il décrivait et faisait réciter le catéchisme de
l'ignorance linguistique. »

Le documentaire de Elisa Nicoli, traite avec force de la langue que l'école a cherché à éradiquer,
faisant naître la diglossie, cette situation voit la tension entre deux langues, l'école a rabaissé la
langue maternelle de tout un peuple qui s'est peu à peu tue.

C'est face à cette oppression que certaines personnes du peuple occitan, n'ont cessé de
résister, encore une fois, parlant leur langue, créant, permettant à la langue d'être toujours vivante
encore en 2010.

II-5-b) D’hier à aujourd’hui
Se canta176 de Stéphane Valentin, porte le nom de l'hymne occitan, chant d'amour. Le film
introduit par un historique l'importance de cette langue en Occident et énumère les résistances

174 En viatge de Elisa Nicoli, 2009, occitan, 72', DVD, Chambra d'oc/ Région Piémont
175 A ces cons de français et ces couillons d'occitans. La parole étouffée, de Robert Lafont, 2005, Édition
Vent Terral, Valence d'agen, p 134
176 Se canta de Stéphane Valentin, 2006, français/occitan, 79', DVD, Les Films de la castagne

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�aujourd'hui actives. Pour finir, c'est à travers Les porteurs de noms (Le village de Sajueix) 177 de
Roselyne Roche que l'on s'intéressera à une pratique de la culture, vivante au delà des misères
faites à sa langue. Dans L'aude traversière, Jean-Michel Deveau introduit un texte de Blanchot de
Brénas de la manière suivante, avec un discours reflétant l'homme parfait, venu chez les paysans
sans Culture : « Les habitants alliaient une incurable sauvagerie à la plus évidente mauvaise
volonté. Les bougres ne renonçaient pas à leur esprit de révoltés cathares et s'accrochaient à leur
vulgaire dialecte occitan!...Quelques années plus tard l'école laïque, gratuite et obligatoire de Jules
Ferry ne réussit pas, elle non plus à en venir à bout. On parlait le français à l'école pour l'oublier à
la sortie... »178
Se canta tente d'aller à l'encontre, de ces considérations ignorantes, redonnant à cette
langue tous ses atouts. En assemblant de nombreux témoignages, Stéphane Valentin se demande ce
qu'est l'Occitanie, il retrace alors l'histoire de la langue d'oc à partir de sa capitale, Toulouse.
Robert Lafont lui apprend qu'au Moyen-Age : « L'Occitanie est un carrefour qui commande les
relations de toute l'Europe Occidentale et Méridionale ». Alem Surre Garcia lui révèle que
l'Occitanie : « sera voisine pendant cinq siècles de la culture arabo-berbère ce qui aura un impact
énorme sur l'économie et la culture des pays d'oc ». Lafont reprend : « Vous avez là ce qui est un
bouillon de culture, au XII° siècles, une Occitanie bouillonnante, je n'aime pas qu'on dise un âge
d'or, c'est trop idéal, il y a des tensions internes, ce pays est en avance dans les luttes sociales.[...]
L'Occitanie est un pays sur-évolué en Europe ».

Le Capitole créé en 1190, édifice qui hébergera les consuls prouve que 600 ans avant Paris,
Toulouse avait fait sa révolution. Cette langue d'oc n'a jamais eu d'état, pourtant parlé de Gênes à
l'Èbre. Robert Lafont écrit dans La revendication occitane179 : « Il est vrai qu'il n'y a jamais eu
d'État occitan englobant tout le domaine linguistique. Mais l'histoire prouve que l'Occitanie a été
l'enjeu de tentations politiques concurrentes dont seule la perspective française, reportée à
posteriori sur les autonomies antérieures, réussit à effacer la logique ». Malgré tout, le réalisateur
nous montre que cette langue qu'on a voulu détruire, est encore bien vivante (équipe de football,
jeunes occitanistes, manifestations, écoles, chanteurs,...), toujours debout. Même si, encore
aujourd'hui, le peuple occitan est un peuple qui ignore qu'il existe comme le disait Jorgi Reboul.
Cette ignorance est en partie due à la perte de la langue maternelle. Florian Vernet repris dans la
rubrique Occitans ou patois, êtes vous sûrs de ne pas connaître? Pour la revue Qu'es aquo180,
explique cette injustice encore présente dans certaines pensées :

177 Les porteurs de nom de Roselyne Roche, 2002, français, 52', DVD, Aladin/ Les films de la castagne
178 L'aude traversière, Récit de voyage regroupé par Jean-Michel Deveau , 1997, Atelier du gué,
Villelongue d'Aude, p 89
179 La revendication occitane de Robert Lafont, 1974, Flammarion, Paris, p 59
180 extraits de Que dalle! Quand l'argot parle occitan suivi de petit lexique du sexe français/argot occitan,
Édition IEO, 2007, dans L'occitan qu'es aquo, Publié par l'Institut d'Estudis Occitans, 2009, Toulouse, p 4

77

�« L'occitan est parfois appelé patois. Si l'on regarde la définition du mot patois dans un
dictionnaire français, le patois désigne un parler local, une variété d'un dialecte, un idiome
propre à une localité rurale. Le mot est donc souvent péjoratif, pouvant désigner une
« langue pauvre », rustique, voire vulgaire. Par extension cela signifie un mauvais emploi
d'une langue: « je n'y comprends rien, quel patois! ». On voit donc que le fait même de
désigner l'occitan par ce terme là en français, montre un certain mépris. »

Se canta181 en s'intéressant à cette culture, la met en relation, comme certains de ses militants, avec
les autres cultures minoritaires. Puisqu'elle lutte pour sa survie, elle est d'autant plus sensible aux
autres luttes à travers le monde. Stéphane Valentin réalise de nouveau un film extrêmement
intelligent, fin et riche, ces témoignages il les assemble avec sensibilité et nous montre toujours de
nouveaux aspects de la culture occitane.
Les porteurs de noms182 est un documentaire de témoignages autour d'une vieille pratique.
A Sajueix, des villageois se souviennent d'une habitude linguistique qu'ils ont perdue petit à petit.
Les témoignages sont ceux de couples, parfois de famille, que la réalisatrice filme chez eux, dans
leur cuisine ou leur jardin. Ils racontent les sobriquets attribués selon les lieux d'habitations,
provenant souvent d'un ancien à qui l'on avait donné un surnom et que la maison portait toujours.
Ces surnoms pouvaient faire écho à un trait de caractère ou physique, « chez patient », où la place
familial; « chez l'ainé » parfois un métier; « chez l'tailleur ». L'un des personnages lorsqu'il arriva
au village et qu'on l'envoya chez des gens, étant donné que les maisons avaient deux noms, celle de
la famille et celle du sobriquet, il se trompait sans cesse. Il a mis six mois à connaître toutes les
doubles identités. Pour une autre dame qui nous dit : « il y avait beaucoup de Pierre à ce moment
là » c'était un moyen de les différencier, tandis qu'un dernier ajoute : « tout le village avait son
chaffre, on les connaissait plus par ça que par le prénom ». Cette pratique est probablement liée à la
langue occitane puisque lorsque l'on parle de quelqu'un, il est courant de dire « lo Gaston »,ou
encore « la mamèche », « l'amoureux » comme chez Jean Giono 183.
L'ouvrage Canton de Coursan184 fait notamment état de cette pratique :

« On sait que l'usage d'attribuer des surnoms ou sobriquets (escais) aux membres de la
communauté villageoise a été très répandu dans la société traditionnelle. Les registres
181 Se canta de Stéphane Valentin, 2006, français/occitan, 79', DVD, Les Films de la castagne
182 Idem note 169
183 Regain, éd livre de poche, 1930, p 116 , p 125
184 Chap. Escais, Canton de Coursan, de Francis Poudou et les habitants de Coursan, 2000, Édition
Opérations Vilatge al pais, Ciném'aude, Narbonne,p 141

78

�d'état civil ou le cadastre faisaient état de ces dénominations pour distinguer deux
familles de même nom, d'autant que les prénoms changeaient peu. Il arrivait parfois que
le surnom qui doublait le nom se substituait à lui. Forme d'expression populaire par
excellence, ils ne manquent ni d'humour ni de mordant. Ils sont parfois plus ou moins
gentiment moqueurs; ils découlent des prénoms sous la forme de diminutifs; ils évoquent
quelquefois un trait de caractère ou un aspect physique; ils renseignent sur l'activité
présente ou le métier de l'ancêtre; ils proviennent d'un nom d'animal ou de végétal. Dans
certains cas, c'est le patronyme du mari qui a été féminisé pour désigner son épouse. Cet
usage s'est perpétré de nos jours dans les villages du canton. »

En effet, j'ai pu moi même constater, qu'il nous arrivait avec mes amis, d'échanger des
dialogues en parlant de l'un ou de l'autre par son sobriquet, c'est avec surprise que j'ai entendu
notamment, un sobriquet féminisé pour désigné la compagne d'un ami. Dans ce film, sont aussi
évoqué les parcelles qui, elles aussi, possédaient un sobriquet. Ces entretiens sont filmés comme
des daguerréotypes, caméra fixe, avec un moment final, où les gens posent sans parler. La parole ici
recueillie aide les gens à se souvenir, seul le jeune couple semble gêné. Ils ont un rire complaisant
face à ces pratiques rurales, est-ce que cela signifie que la jeunesse ne conserve plus cette tradition?
Et pourtant sans s'en rendre compte, nous la perpétuons, c'est en traitant cette question que j'ai
remarqué cette pratique autour de moi, dans ma génération.

Le cinéma décliné par thème, prend pour pilier l'individu occitan, homme ou femme. A
travers ces pratiques culturelles encore fortes, contes et légendes favorisant les croyances
naturalistes dont certaines furent reprises par la religion catholique. Les fêtes sont encore les plus
visibles, exhibant le patrimoine duquel elles mettent parfois la langue en valeur. Cette langue
appelle l'Histoire puisqu'elle la porte en son sein et c'est un message revendicatif que ce cinéma
véhicule, toujours défenseurs de sa terre depuis la Croisade.

79

�III) De l'Histoire à la revendication
Le cinéma occitan, par le passé de son pays et de son peuple, possède une véritable
Histoire qui éclaire celle de l'Europe. La représentation que les films peuvent donner se situe soit
de façon pédagogique avec le but clair d'enseigner, soit par des témoignages qui vont mettre en
lumière, par leur savoir, des points cruciaux, soit de manière fictionnelle, réécrivant l'Histoire dans
une narration. L'Histoire d'une culture, nous l'avons vu, sera toujours liée à sa langue. Et lorsque
l'Histoire est celle d'un peuple que l'on a tenté de détruire dans sa religion, sa langue et donc sa
civilisation, on se rendra compte que le cinéma prend part à cette résistance.
Ce cinéma devient revendicateur, d'une part parce qu'on y filme les luttes qui se mènent dans le
pays, que l'utilisation de la langue ressurgit dans la masse, d'autre part parce qu'il est vu comme un
moyen de vivre sa culture et enfin le cinéma se pose lui même, dans la façon qu'il a de se faire, en
tant qu'élément qui peut rassembler les gens dans un projet commun.

III-1) Histoire
Quand il s'agit de traiter l'Histoire dans les films occitans, on se trouve confronté la plupart
du temps, comme dans la masse du cinéma, à des films fictionnels qui nous la font revivre ou à des
films documentaires dans lesquels on la raconte pour l'interroger. Crosada185 (Croisade) de Michel
Gayraud nous l'enseigne de façon symbolique, poétique, alors qu'avec Se canta186 de Stéphane
Valentin c'est la parole vivante que l'on va chercher, enfin René Allio avec Les camisards romance
et nous plonge dans l'ambiance d'une époque. L'Histoire n'a pas ici de codes spécifiques pour être
représentée, néanmoins, nous verrons que l'adaptation historique pose des questions quant à la
vérité qu'elle véhicule.

Crosada s'apparente à une représentation théâtrale à laquelle on pourrait assister, en tant
que spectateur, lors d'un spectacle estival. Pourtant, avec justesse, elle décrit l'histoire de la croisade
contre les Albigeois au XIII° siècle. Les étapes sont contées par des enfants de Calandretas en
occitan, on assimile bien l'esprit de l'époque avec des phrases comme « Le roi de France veut
Toulouse pour lui ». Tous les symboles y sont présents, croix chrétienne, feu purificateur, sang,
lumière, qui traduisent le chaos. Le chant, la musique traditionnelle et la conteuse respectent les
pratiques de l'époque. La chanson de la croisade rend le film authentique en ce qu'il est très
sérieusement documenté. Crosada par son minimalisme, pas de décor réel, réussit tout de même à

185 Crosada de Michel Gayraud, 1997, occitan, 26', VHS, France 3 Sud/ Phaestos/ Oxo
186 Se canta de Stéphane Valentin, 2006, français/occitan, 79', DVD, Les Films de la castagne

80

�être original, il marie le cours d'histoire et celui d'art plastique. Il clôt la trilogie commencée deux
ans plus tôt par Michel Gayraud qui comprend Flamenca187, un roman du XIII° siècle, et
Trobadors188 mettant en scène sept histoires d'amour contées par des troubadours. Cette trilogie
s'appuie sur les mêmes dispositifs de réalisation, éclairage de couleur criarde, damier, costume
d'époque, conteur, musique. Cette unité filmique développe une représentation particulière de
l'Histoire qui se veut pédagogique, même si certains aspects sont parfois assez hermétiques parce
que complexes à appréhender. Ces films demandent une attention concentré du spectateur. Michel
Gayraud essaie peut être de nous dire qu'il ne suffit pas de voir des films pour connaître l'Histoire
de son pays, mais d'être curieux, de fouiller dans les bibliothèques, de chercher, de questionner
aussi ceux qui ont un savoir.

Stéphane Valentin, lui, avec Se canta189 se pose dès le début du film la question :
« Qu'est ce que l'Occitanie? ». Il la dit lui même, en voix off, pour nous inviter, dans ses
pérégrinations toulousaines. Le film commence tout d'abord par un carton : « L'histoire est
un tissu de mensonge sur lequel tout le monde s'est mis d'accord ». Le jeune réalisateur,
pour connaître l'histoire de ce pays qui l'habite, va à la rencontre de personnes qui font et
savent l'histoire de cette terre. Il se questionne avant toute chose : « Aujourd'hui la croix
occitane est partout, le mot occitan aussi, pourtant je ne sais pas ce qu'est l'Occitanie, si
j'ouvre un dictionnaire j'y trouve ceci, Occitanie : Ensemble des pays de langue d'oc, alors
cet occitanisme qui se réveille, d'où vient-il? Certains dans mon entourage me parlent d'une
relation avec l'alter-mondialisme, mais le raccourci me semble facile. Moi je crois que
seule une étude poussée de l'Histoire me permettra de comprendre ».
L'Histoire est en fait pour lui le moyen d'évacuer des doutes, des incertitudes qu'il
entretient à l'égard de son pays. L'Histoire va donc se dessiner par l'intervention consécutive et
pertinente de différents intervenants. De l'équipe de football de l'Occitanie, à l'écrivain Robert
Lafont, de Gérard Villeval, adjoint au conservateur du musée du Vieux-Toulouse, à l'Académie des
Jeux Floraux, en passant par la librairie occitane rue du Taur, il interroge de jeunes occitanistes à
l'Estanquet, rencontre Georges Labouysse, ancien enseignant, Alem Surre Garcia, écrivain, Claude
Marti et Claude Sicre, chanteurs, un représentant de l'Institut des Études Occitanes de HauteGaronne et se glisse dans la manifestation Anem Oc.
Avec tous ces témoignages, il nous apprend des dates importantes que l'école n'a pas
transmis. Au III° siècle avant Jésus-Christ, Toulouse est créée par les Celtes. En 721, alors qu'elle

187 Flamenca de Michel Gayraud, 1994, occitan/français, 26', VHS, Phaestos/ Oxo
188 Trobadors de Michel Gayraud, 1995, occitan, 26', VHS, Phaestos/ Oxo/ Fce 3 Sud
189 Idem note 178

81

�est voisine de la culture arabo-berbère depuis cinq siècles, elle repousse leur invasion, bien avant
Charlemagne à Poitiers. Au XII° siècle, elle bouillonne de culture, avec une civilisation sur-évoluée
en Europe Occidentale. En 1110, le pouvoir communal installe les consuls au Capitole, faisant ainsi
sa révolution 600 ans avant Paris. Ensuite divisée en seigneurie, l'Occitanie reste liée par la langue.
En 1213, meurt à Muret, le roi d'Aragon et avec lui l'idée d'un état dont les Pyrénées auraient été la
moelle épinière. En 1229, l'Inquisition est la suite logique des Croisades.
L'Occitanie est donc rattachée à la France à partir de 1276, alors qu'elle était quasiment
indépendante. L'empire colonial, est finalement l'héritage de l'Inquisition. Sur l'existence de
l'Occitanie, Robert Lafont a écrit de nombreux textes, dans A ces cons de français et ces couillons
d'occitans190, il affirme :

« L'Occitanie n'existe pas, parce qu'elle n'a pas de frontières naturelles, parce qu'elle n'a
jamais eu d'État, ni de conscience collective, parce que la langue elle-même qui sert à la
définir n'est qu'un ensemble dialectal placé au carrefour des langues romanes de l'ouest.
Mais si, Messieurs de France, l'Occitanie existe, naturellement. Les langues ne sont pas
sottes. Si elles se sont établies en un lieu, avec leurs dialectes, il y a eu à cela quelque
raison. Je dirais que l'Occitanie est une évidence pour qui ajuste ses lunettes et cesse de
voir la carte à travers la buée du préjugé stato-national. […] Mais vint la France,
retrousseuse d'Occitanie. A partir de la grande guerre européenne du XIII° siècle appelé
croisade albigeoise, puis de la conquête de l'Aquitaine et de l'annexion de la Provence au
XV°, elle se rend maîtresse de cette impolie qui lui tourne le dos. »

Stéphane Valentin mène donc sa fouille comme un archéologue. Il écrit l'histoire de
l'Occitanie par le biais de personnes témoins qui partagent leur savoir et les résultats de leurs
recherches, qu'elles soient scientifiques ou artistiques. Son documentaire est très intéressant, il
chemine par étapes, créant des liens, scrupuleusement. Le spectateur accède à une multitude de
renseignements sans les amalgamer puisque le cinéaste les raccorde de manière complémentaire. Si
le choix de Stéphane Valentin est celui du documentaire : pertinent et efficace en tout cas du point
de vue de la compréhension de l'Histoire, alors qu'apporte alors la reconstitution à l'Histoire? Les
informations, les dates passent-elles mieux par une fiction, qui se passe au moment réel de
l'Histoire?

René Allio choisit, lui, pour parler d'Histoire de tourner une fiction avec des acteurs, des
décors, des costumes. Les camisards191 va raconter l'histoire de cette guerre menée par les Dragons

190 A ces cons de français et ces couillons d'occitans. La parole étouffée, de Robert Lafont, 2005, Édition
Vent Terral, Valence d'agen, p 128
191 Les Camisards de René Allio, 1972, français, 100', VHS, Anatole Dauman/ Argos films/ La sept vidéo/

82

�du Roi Louis XIV contre les protestants Cévenols. On parlera ici de reconstitution réaliste puisque
les décors seront les villages où la guerre s'est déroulée, à Anduze, St Jean du Gard et Alès. On
retrouvera les grands personnages devenus historiques, Abraham Mazel, Jean Cavalier et Gédéon
Laporte. Tout d'abord le film retrace les évènements de la guerre, prises de village, assemblées
nocturnes où l'on pratique le culte, grande nécessité de faire cesser la révolte, provocations des
camisards, leur chant face au tambour avant la bataille contre le capitaine Poul, l'exposition des
têtes de camisards coupées pour faire peur aux villageois, ces derniers leur donnaient des vivres ou
venaient écouter l'office interdit. Pour cela René Allio reste très près de la réalité de l'époque, les
costumes des nobles se composent de chemise à frou-frou, grand décolleté pour les dames, toilettes
propres, robes fastueuses, les dragons quant à eux portent des chapeaux tricornes, des cheveux
bouclés, un uniforme irréprochable avec des souliers vernis. Les camisards, eux sont des paysans,
les femmes portent des bonnets blancs, un chemisier, une longue jupe et un châle, les hommes
portent un chapeau, une longue veste - colorée lorsqu'ils prendront les uniformes des Dauphinés - ,
une besace et une ceinture.
La vie rurale, proposé en arrière-plan, montre le battage du blé, le labour avec les bœufs, le
rudiment des fermes. Pour bien mener son récit, le réalisateur intègre une voix off, la voix d'un
camisard qui raconte de l'intérieur de la lutte. Ces actions sont menées et rythmées de manière à
garder le spectateur en émoi, quitte à enjoliver certaines situations. Néanmoins, il montre la dureté
de l'hiver, les camisards, de cachette en cachette, parcourent les Cévennes, et il tente de nous
sensibiliser au combat de ces hommes qui veulent pratiquer leur culte comme ils l'entendent. On y
voit Abraham Mazel à qui Dieu fait connaître sa parole par inspiration et qui la transmet aux autres
croyants. « Autant acheter avec votre sang ce qu'on a prit à vos pères » leur dit-il avant le combat.
De plus, les acteurs sont d'une grande justesse.
C'est donc dans le désir d'être proche de ce que pouvaient ressentir les camisards, que René
Allio fait ce film. Afin d'en faire un film que l'on trouvera agréable à regarder et bien fait, il se
permet de modifier la grande Histoire. Ce qui me pose le plus question ici, c'est de savoir pourquoi
n'intervient pas dans ce désir de réalisme, la langue réellement parlée par les protagonistes lors de
ces évènements. En effet, en ce temps, on a vu que l'Occitanie, ne parle pas encore le français,
l'école n'étant pas encore crée, ces paysans ne savaient pas le parler. Comment expliquer ce choix,
qui de fait induit un mensonge dans l'Histoire. Ce mensonge n'a de cesse dans le cinéma puisque
les films dits historiques dès qu'ils se déroulent en Occitanie parlent pourtant français.

Il est important de voir que ce film a enrichi la vie de René Allio comme un lent retour à son pays
d'origine, comme si l'Histoire l'avait ramené à son histoire :

Polsim prod

83

�« Quand j'ai fait Les camisards, c'était un retour à tout ça; mais j'ai mis du temps à
comprendre que ce qui était le plus essentiel dans mon travail, ce n'était pas tant que le
film ait un certain contenu politique ou historique, mais bien que ç'ait été pour moi, une
façon de revenir jouer dans les prés, les rochers, les rivières de mon enfance, et cela me
paraît infiniment plus important que le contenu du film, les articulations du scénario, les
réussites ou les limites de cette entreprise cinématographique. »192

A cela, on comprend donc que l'importance de ce film est lié à la nostalgie de l'enfance et aux
retrouvailles bénéfiques pour Allio, ce qui l'amène à retourner faire des films dans son pays, là où il
a ses attaches. Mais il délaisse le fond du film, le souci de transmettre l'histoire à son seul profit.
Une critique à propos des Camisards, écrite par Michel Gayraud dans CINOC193, exprime durement
son avis :

« On notera que le film d'Allio est singulièrement muet sur ces données sociales et
culturelles et qu'aucun travail critique n'a eu lieu sur les témoignages utilisés par le
scénario, on commencera à percevoir le projet du film d'Allio par les silences qui
l'encombrent […] souci d'évacuer l'histoire, la vraie, celle du peuple. Évacue un
prononcement critique sur les interventions du pouvoir central, […] les camisards seront
donc la révolution dans l'acceptation la plus actuelle de l'idéologie dominante […] Mais il
y a plus grave. Le film d'Allio ne se contente pas d'illustrer un discours historique
falsificateur de la bourgeoisie, il en véhicule fatalement le dit le plus contemporain. »

C'est de manière radicale que Michel Gayraud fait le procès de ce film, le plaçant dans la
falsification de l'histoire, toujours écrite par les plus puissants, au lieu de parler du peuple, il le
marginalise et par cela le dévalue. Lui enlevant sa langue, il retrouve pourtant en faisant ce film sa
terre abandonnée, la complexité des paradoxes fait jour. La nécessité de travailler de chez soi avec
un discours qui ne parlerait pas des gens d'ici ou alors en se servant d'eux?

L'histoire dans ce cinéma occitan est donc toujours un sujet délicat. Elle développe
différentes pratiques, minimaliste et inspiré de nouvelles formes de transmission avec Crosada194,
recherche personnelle, qui avec curiosité et entrain apportent une grande connaissance, comme Se
canta195, enfin une représentation réaliste, recherche vers soi, avec ce qu'elle contient de maladresse
comme Les camisards.

192 Art. La montagne Sainte Victoire, un cinéaste méditerranéen, Téciméoc n°12, printemps 1981, p 4
193 Art. A propos des Camisards d'Allio de Michel Gayraud, CINOC n°1, septembre 1974, p 6 et 7
194 Idem note 177
195 Idem note 178

84

�L'histoire reste dans une culture telle que la culture occitane, un grand point commun entre
les films, puisque le cinéma peut être un passeur de culture, il se doit donc de transmettre son
Histoire. A charge des cinéastes de l'entreprendre selon leur approche personnelle. Il semble
primordial, pour perpétuer ce savoir, de ne pas le dénaturer, le transformer. C'est par ce biais là, que
l'on passe à la revendication occitane. En effet le groupe CINOC entreprendra avec ses
documentaires sur les luttes présentes, une prise de conscience occitane. Il essaiera d'être au plus
proche de la parole ouvrière y liant l'Histoire puisqu'indéniablement elle l'appelle.

III-2) Revendication par le cinéma
Le cinéma occitan, s'intéresse à son Histoire, puisqu'elle lui donne un passé, mais il
s'agit avant tout pour lui, puisque son peuple est constamment en lutte pour sa survie, de parler de
ces luttes. Tout d'abord, la revendication première par rapport à ce cinéma, se fait dans la revue
Téciméoc. Il s'agit d'exprimer ce qu'il peut être et l'on verra qu'il revendique déjà une forme de
cinéma différente. Deuxièmement, la revendication sera dans le propos des personnes que les
réalisateurs filment, travailleurs en lutte contre leur patron. Troisièmement, c'est à travers la langue
que la revendication occitaniste verra le jour, défendre haut et fort ce qui lie ces hommes. Enfin,
dans un dernier point, ce sera dans la pratique de réalisation que se trouvera la revendication,
création d'ateliers qui rendront le cinéma accessible en tant que fabrication.

III-2-a) Cinéma revendicateur
Avant toute chose, une commission historique du cinéma occitan, mettra en lumière, la
difficulté que les chercheurs ont de déterminer le passé de ce cinéma. Téciméoc en affirmera sa
légitimité.

« Tout tend à faire croire qu'il n'a jamais existé de cinéma français qu'à Paris, que le
cinéma français n'est que parisien. Or, nous l'affirmons. C'est faux. C'est seulement à
partir de 1907, par le jeu de la concentration industrielle autour des firmes Pathé et
Gaumont que le cinéma s'est recampé à Paris. Auparavant, entre 1897 et 1907, le cinéma
en France avait vécu dix années merveilleuses d'anarchie, de décentralisation,
d'autonomie, d'imagination. »196

Ces trois notions, (décentralisation, autonomie, imagination) sont celles qui reviendront le plus
lorsque l'on abordera chacune des différentes revendications. Elles constituent tout le combat que
196 Travaux de la commission historique du cinéma occitan; Guy Jourdan et Jean Fléchet, Téciméoc n°3, p 9

85

�mène ce cinéma, ainsi que les militants occitanistes. Ce que pourrait être le cinéma des Occitans,
paru dans la revue Téciméoc n°3197, expose ce que le cinéma pourrait apporter aux Occitans. Il
décline les pièges dans lesquels il ne faudra pas tomber.

« Le cinéma d'un peuple devrait normalement en être l'expression collective, le reflet de
sa façon de parler, de manger, de penser, de vivre. Ainsi devrait-être, pensons-nous, le
cinéma des occitans.

-Dans la situation où se trouve notre région, il nous paraît normal et nécessaire que le
cinéma soit utilisé par les occitans comme une arme. Nous n'avons pas à négliger ce
moyen pour libérer la culture occitane du baillon que lui maintient le pouvoir
centralisateur et niveleur. Dans cette perspective, est-il besoin de souligner qu'il est
nécessaire que les cinéastes-militants ou les cinéastes-pédagogues acquièrent une
connaissance approfondie de la réalité occitane et, en particulier de la culture populaire
qui reste présente dans notre « biais de viure » ?

-Mais, s'il peut être une arme, nous n'oublions pas que le cinéma est avant tout un art:
En tant que tel, le cinéma n'a pas, pour exister à être soumis à la sélection d'ordre
idéologique ou politique : l'étiquette « militant » ne saurait déterminer le caractère
occitan ou non d'un film. Oui, le cinéma d'information sur la réalité occitane de
type dialectique ou informatif, le cinéma en occitan est nécessaire. Non, un tel
cinéma n'est pas tout le cinéma occitan. On ne peut se servir efficacement de
l'arme-cinéma sans la connaître.

Le « cinéma-militant » - là aussi la définition ne peut être que subjective - n'est pas
synonyme d'absence de qualité ou de pauvreté de moyen. La création cinématographique
en Occitanie devrait certes être démocratisée et donc, dans une large mesure, le cinéma
amateur se développer. Cependant, un cinéma professionnel occitan est indispensable. Il
n'y aura de situation normale que lorsqu'existera une industrie cinématographique au
pays, une production, une réalisation occitane. Il s'agira alors d'une décentralisation
authentique qui n'aura rien à voir avec ce qui nous est imposé depuis vingt ans, dans le
domaine théâtral et qui n'est qu'une déconcentration, pour employer la classification
juridique. »

197 Travaux de la commission théorique, « définition du cinéma occitan »; Anne Clément, Jean-Noël
Tamissier, Jean-Pierre Daniel, Alain Vaquier, Téciméoc n°3 pp 4-5

86

�On peut ainsi se rendre compte, comme les rédacteurs de cette revue, se soucie d'une part
de la façon par laquelle on va utiliser le cinéma, comme une arme. D'autre part, il leur semble
primordial que le contenu des films soit cohérent et enfin que le cinéma ne soit pas laissé au
détriment du discours, surtout pas.

III-2-b) Revendication discursive
Le cinéma occitan a témoigné de son engagement politique par le choix de certains
cinéastes à raconter une lutte. Cette terre qui a vu les occitans défendre leur religion au XIII° siècle,
leurs vignes en 1907, leurs usines tout au long du XX° siècle, le cinéma a donc pris en compte ces
revendications et les a intégrées à ses thèmes. Fort de leur lutte, les occitans ont trouvé dans le
cinéma une tribune où continuer leur combat. Avec Béziers Chômage198, le groupe CINOC,
composé de Michel Gayraud, Michel Doumenc, Claude Magnez, Marie-Jeanne Perez et Maité
Pinéro, abordera les désespoirs de paysans et d'ouvriers, représentant en fait toute la main d'œuvre
occitane. La lutte du Larzac 1971-1981199 de Phillipe Cassard et l'Atelier Arcadie retracera par
étapes ce moment fort de la revendication des paysans occitans, enfin Ouvrières de Furnon200,
toujours du groupe CINOC, relatera la dure grève de femmes face à leur patron.

Béziers Chômage, débute avec une phrase dite par un homme politique, probablement (cela
n'est pas précisé), « quant aux producteurs de bibines, s'ils doivent crever, qu'ils crèvent ». L'écho
directement associé est celui de la révolte de 1907, plane donc d'entrée un évènement historique,
comme si tout ce qui allait suivre serait en lien direct avec ce passé. Cette grande révolte
vigneronne est résumée clairement dans l'ouvrage Canton de Coursan201 : « Même si la fraude ne
représente pas la cause essentielle des crises de mévente et de la chute des cours du début du siècle,
c'est contre celle-ci que se mobiliseront les viticulteurs dans le « mouvement de révolte de 1907 »,
expression d'une situation de profonde misère ».
C'est donc avec ce passé que Béziers Chômage va parler de la situation présente de ce pays.
Un homme avoue qu'il est très dur de vivre de la vigne où l'on est né, les investissements que
certains ont pu acheter pour s'adapter à la demande sont trop onéreux pour d'autres, beaucoup sont
donc contraints d'abandonner la terre et d'aller à l'usine. Et en plus de cela, en cinq ans, ils ont vu
dix entreprises fermer. Certains manifestent, mobilisant au départ la plupart des travailleurs,
d'autres se font manipuler et abandonnent. Lorsque les grévistes croient avoir gagné le combat, les

198 Béziers Chômage du groupe CINOC, 1979, français, DVD, CINOC
199 La lutte du Larzac 1971-1981 de Phillipe Cassard et l'Atelier Arcadie, 2003, 89'35'', DVD, APAL/
Arcadie
200 Ouvrières de Furnon du groupe CINOC, 1977, français, DVD, CINOC
201 Canton de Coursan, de Francis Poudou et les habitants de Coursan, 2000, Édition Opérations Vilatge al
pais, Ciném'aude, Narbonne, p 77

87

�licenciements ont finalement lieu jusqu'à la fermeture de l'usine. C'est avec surprise que leurs
pancartes sont en occitan. A Béziers on appelle « la Cameroun », une usine implantée dans la ville,
au lieu de « la Cameron », simplement peut être parce qu'en occitan le o sans accent se prononce
ou. Une mère, dit amère : « le soleil il me fait crever de faim », une de ses filles est partie à Paris
mais elle regrette son pays, l'espace, le temps, elle n'a qu'une seule idée mettre de côté pour
redescendre, mais le problème majeur est le travail qui ici fait défaut. Il y a aussi « la Littorale »,
une usine où c'est la sécurité qui fait défaut, les ouvriers manipulent pourtant de dangereux
produits, le temik, un pesticide pour la betterave qui empoisonne les hommes. Ils se mettent donc
en grève, mais les patrons s'en sortent toujours, instaurant une chasse à l'ouvrier.
Tout le discours de ces gens est de dire que cette région, qui est devenue la Floride de la
France, s'est vu construire une côte de béton avec des touristes qui arrivent en masse, des estivants
à l'attitude de conquérant qui logent ici deux mois dans l'année, alors que la population de ce pays
doit se battre pour y rester, pour y vivre si elle ne veut pas aller se concentrer en ville et n'y revenir
qu'en vacances. CINOC parle de « dernière croisade contre les albigeois », les grands seigneurs de
l'agro-marchand et les politiques voudraient venir à bout de ce peuple qui résiste.
Ce documentaire est intéressant puisqu'il s'appuie sur un lieu donné, la ville de Béziers, qui est
celle des cinéastes de CINOC et traite de la difficulté de ces gens à vivre chez eux, alors que le
travail n'y manquait pas.

A travers, le monde paysan et ouvrier, les deux milieux développés chacun séparément
dans les deux films suivants, on a, en fait, un état des lieux de la fin des années 80. Une envie de
dire aux grands de ce monde que le peuple est toujours là, qu'ils ne sont pas dupes des tours qu'ils
lui jouent. Une mère est bien décidée à rester au pays même si dans certains moments, elle ne
souhaite que gagner au loto pour partir dans le Nord. CINOC offre un beau film, avec des
personnes fragiles, mais riches de leur combat, d'une vérité extraordinaire. On a simplement, dans
ce film, des témoignages par lesquels les personnes se racontent, se livrent, s'ouvrent à nous.

Avec les deux films suivants, le cinéma va permettre d'assister aux actions des luttes, tout
en s'enrichissant du commentaire de leurs acteurs.
La lutte du Larzac 1971-1981202, énonce déjà dans son titre ce que sera le film. Il retracera
les étapes de la lutte contre l'extension du camp militaire par les paysans du Larzac. Les images,
montées 30 ans plus tard, ont été tournées pendant les dix années de lutte par des militants avec des
caméras super 8. La bande son est donc enregistrée pendant la réalisation du film, les militants ont
donc 20 ou 30 ans de plus et commentent les images grâce aux souvenirs qu'ils ont de ces moments

202 Idem note 191

88

�là. Ces militants sont Claude Baillon, Pierre Burguière, Michel Cabirou, Alain Julien, Léon Maillé,
Raymond Martin et Louis Vézy. Le Larzac s'est levé contre cette allocution du Ministre de la
Défense Nationale qui appuie sa décision : « Quelques paysans qui vivaient de l'agriculture
moyenageusement qu'il est nécessaire d'exproprier ». C'est alors que les habitants se sont organisés,
avec un mot d'ordre, lancé au départ spontanément : « s'il le faut nous irons jusqu'à Paris », ce qu'ils
finissent par accomplir. Cette revendication s'appuie sur la nécessité de garder ces terrains, utiles à
leur travail, et s'oppose à la création d'un camp militaire, qui va former des gens à aller « tabasser
les étudiants et les ouvriers en ville ». De ça, ils n'en veulent pas.
Cette lutte avant tout non-violente passe donc par diverses actions, un lâchage de troupeaux
de moutons dans un village, des occupations de ferme, des semis collectifs, l'aménagement d'une
extension d'eau courante, la construction d'une bergerie, la destruction des documents de l'enquête
parcellaire, un sitting sur la route, le bloquage des militaires. Toutes ces actions avaient pour but de
faire parler du Larzac, elles étaient en fait des offensives face à des situations concrètes qui
posaient problème. Beaucoup de ces actions partaient d'une décision populaire. C'est ainsi que
lorsque certains militants entamèrent un jeûne, des actions de soutien virent le jour partout en
France. Les paysans n'hésitaient pas, convaincus de la justesse de leur cause. Ils firent même des
actions qui reflètent bien le désespoir contre lequel ils se battaient. Monter en tracteur à Paris alors
que certains n'étaient jamais partis plus d'une semaine, laissant leur bétail, leur terre. On peut lire
sur certaines pancartes, accrochées à leur véhicule, des slogans en occitan, « Gardarem lo larzac »,
pour le plus répandu, les signes inconscients d'une identité occitane firent surface.
En avançant dans leur lutte, ils adoptèrent des slogans contre la guerre en Algérie, pour
l'avortement, une certaine prise de conscience s'accomplissait. Ces dix années, leur ont ouvert les
yeux à tout un tas de problèmes, desquels ils ne se souciaient pas. Il a fallu que ce soit la défense de
leur terre, qui les amène à penser qu'il pouvait exister une autre forme de société. C'est ici, dit on
qu'est né l'alter-mondialisme. Ce combat fait écho à un passage de A ces cons de français et ces
couillons d'occitans203 dans lequel Robert Lafont parle des charbonniers Aveyronnais :

« De Gaulle lui même était venu dans l'Aveyron vous dire qu'un problème local, le vôtre,
devait céder à la globalité d'un marché charbonnier européen. Vous n'avez pas accepté. Le
18 décembre, vous avez lancé la plus dure des grèves, grève au fond et grève de la faim.
Certains occitanistes venaient alors de dénoncer, dans la revue Oc', la sous-exploitation et
la perte de substance imposées à l'espace où ils vivaient et écrivaient. Vous, vous aviez,
comme les viticulteurs de 1907, écrit en oc sur des pancartes qu'on ne vous étranglerait
pas. Ce cri en cette langue valait toutes les analyses. »

203 A ces cons de français et ces couillons d'occitans. La parole étouffée, de Robert Lafont, 2005, Édition
Vent Terral, Valence d'agen, p 69

89

�Ce film est surprenant par ce que nous disent les images, le quotidien d'une lutte sur le
plateau du Larzac et puis ce que raconte la bande son. Les militants commentent, expliquent mais
souvent mêlent leurs voix, on les imagine, probablement assis autour d'une table, en train de
regarder le film. Leurs souvenirs ressurgissent, cette parole renforce les images, puisqu'elle leur
donne à voir leur passé, leur bataille. La lutte du Larzac 1971-1981, est un document fort parce
qu'il mélange deux temps distincts, et nous donnent à voir des militants en autocritique, où encore
surpris, heureux et dans un échange permanent.

La revendication, d'abord à l'image, est celle d'une nécessité à préserver sa terre, évoluant jusqu'à
une nouvelle conception du monde, où l'homme prendrait en main son pays.
Ouvrière de Furnon204 du groupe CINOC n'indique pas l'endroit où travaillent ces femmes
mais bien le patron qui sera le déclencheur de cette lutte. Décidées à créer un syndicat dans leur
usine de pyjamas, des ouvrières vont se confronter à un patron manipulateur. L'usine se trouve à St
Christol les Alès, dans les Cévennes. Ces femmes remettent en question le règlement intérieur de
leur entreprise, estimant qu'elles devraient avoir leur mot à dire puisque ce sont elles qui sont
derrière les machines. Avec un patron, qui les surveille, les humilie dès qu'elles font la moindre
erreur ou annonce le vendredi, au micro, celle qui a le moins bien travaillé, les ouvrières décident
de créer un syndicat CGT avec lequel elles pourront faire respecter leur droit et leur dignité
humaine au travail.
Ce patron entame alors une croisade contre la création du syndicat, prétextant qu'il va mettre en
danger l'usine et donc le travail. Pour cela, il met de son côté bon nombre d'ouvrières, jouant sur la
peur, il mobilise l'opinion publique, organise une manifestation contre la chienlit syndicale dans
laquelle il a le soutien de Jean-Marie Le Pen.
Mais les ouvrières peuvent compter sur la solidarité d'autres ouvriers, elle se battent pour
vivre au pays, de manière digne, sans accepter la ségrégation que leur propose Furnon. Alors que le
jugement est en leur faveur, Furnon n'applique pas la loi durant cinq mois, les empêchant de
travailler. Les rapports entre les ouvrières syndiquées et non syndiquées se dégradent, sous
l'influence du patron qui les provoquent par une mise en scène grotesque. Les narguant, portes
verrouillées, il leur asséne dans des hauts parleurs La marseillaise, certains même les arrosent avec
des lances lorsqu'elles se dirigent près des portes. Pendant cinq mois, elles se présentent pour
reprendre le travail et attendent toute la journée, Furnon leur propose d'intégrer un atelier annexe
où ne seront admissibles que les ouvrières syndiqués, lesquelles seront évidemment surveillées sans
cesse, n'ayant le droit de parler, de faire de pauses...
Des images sont filmées pendant la lutte, qui très vite consiste à réintégrer l'usine, puisque
204 Idem note 192

90

�le jugement est favorable aux ouvrières syndiquées. D'autres images, sont celles des ouvrières qui
parlent aux réalisateurs de la manière dont elles ont vécu le conflit. C'est avec force qu'elles
revendiquent le droit de vivre au pays. De ce combat elle retiennent leur capacité à aller jusqu'au
bout et affirment qu'il ne faut pas lâcher ce Furnon. Michel Gayraud raconte l'histoire du film dans
Téciméoc n°18 :

« On était encore à Paris, et pendant l'hiver, on suivait de loin l'affaire Furnon. On a eu
envie de faire un film. On est descendu dans le Gard dans l'intention de faire un petit
document. On va interviewer les filles. On va leur demander comment ça s'est passé et
puis c'est tout. Or, on s'est trouvé là au moment où tout a rebondi au milieu de la bagarre.
Tous les jours il y avait une péripétie nouvelle. On se trouvait avec les filles. Ce qui se
passait, c'était tellement fort, que le film a pris de l'ampleur. Tous les jours, on était avec
les filles qui essayaient de rentrer dans l'usine. On a pris des coups de poing dans la
caméra et le film s'est fait. »205

Ce film se compose d'une très belle image à laquelle la parole de ces femmes donnent une force
supplémentaire. Il s'agit encore, ici, d'une revendication concernant le travail et forcément la vie au
pays difficilement supportable.

Pour conclure, il y a l'importance par rapport à la revendication ouvrière et paysanne du
rapport entre un milieu et des hommes, faussé par les patrons ou décideurs. Il importe d'être sur les
lieux, dans les rangs, avec ces gens pour qu'ils se confient. Ces acteurs des luttes occitanes savent
prendre le recul nécessaire pour parler de leur vie, bien que ce recul se prenne pour certains
probablement pendant une pause, un temps de chômage, après le travail, ou encore 30 ans plus tard.
Dans les films où l'on aperçoit des banderoles, des pancartes, nous sommes étonnés d'en voir
écrites en occitan, alors qu'aucun des acteurs ne s'exprime dans cette langue. Comme si la languemère réapparaissait dans la souffrance et l'action de survie.

III-2-c) Revendication de la langue
Le mouvement occitaniste, dont certains cinéastes peuvent se rapprocher, se bat avant tout
pour la reconnaissance de sa langue. Depuis 2005, un comité d'organisation appelle à descendre
dans la rue pour faire entendre ces voix. Anem! Oc! Per la lenga occitana! 206(Allons! Oui! Pour la
langue occitane!) est le nom de cette manifestation bisannuelle rassemble de plus en plus de gens.
En 2005 : 10 000 personnes se sont rassemblées à Carcassonne, en 2007 : 20 000 personnes à
205 Art. Le parcours de Michel Gayraud ou Grandeur du cinéma pauvre, Téciméoc n°18, automne 1984, p 6
206 Anem! Oc! Per la lenga occitana!, prospectus distribué par Anem Oc, manifestation d'Octobre 2009

91

�Béziers et en 2009 : 25 000 à Carcassonne. Ceci montre que cette langue, cette culture, ne touche
pas seulement quelques militants associatifs mais bien un peuple qui se réveille. Dans le prospectus
qui appelle à la manifestation, on nous explique que « La préservation de la diversité linguistique et
culturelle dans le monde est un enjeu majeur pour les années à venir. En France, la situation légale
est pourtant défavorable à cette préservation. La langue occitane, notamment, est particulièrement
menacée par l'absence de politique positive pour sa transmission. Il faut donc, sur le territoire où se
parle l'occitan, créer un environnement favorable à l'enseignement de la langue et dans la langue, à
la création culturelle en occitan, à la présence de la langue dans les médias électroniques,
audiovisuels, et écrits, à son emploi dans la vie publique et sociale. Tout cela sera un
encouragement à la transmission familiale de l'occitan. ».

Cette revendication on va la retrouver, à travers les films, de manière métaphorique comme
chez Pierre Pessemesse avec Bordilhas207 (ordures). En viatge208 de Elisa Nicoli suit la marche pour
la reconnaissance de la langue d'oc au patrimoine de l'Unesco à travers l'Occitanie. Enfin Parli
doas lengas, tres lengas209 (je parle deux langues, trois langues) de Lætitia Dutech est un film de
fin d'étude tourné dans une classe bilingue français-occitan.

Bordilhas (ordures) est un film en provençal, sous titré français, tourné en 1984. Il installe
un univers particulier. Le réalisateur du film est aussi son auteur et son interprète. Ce « Ionesco
provençal »210 nous entraine dans son quotidien absurde. Il accumule ses ordures chez lui, gardant
ces poubelles comme « on garde sa langue même si on ne s'en sert plus » dit-il. Son parcours
l'amène de l'extérieur à son domicile. Vêtu d'un costume, travaillant probablement dans un bureau,
il s'arrête dans un café et lit un journal qui annonce cette nouvelle : « Deux tonnes d'ordures dans
un appartement HLM à Toulouse ». Nous entendons sa pensée : « des gens comme vous et moi, un
jour ils avaient décidé de ne plus rien jeter. Il s'en va très vite dans un autre café où les gens parle
occitan. Là, il échange avec deux hommes qui parlent de ce fait divers. Lorsqu'il marche dans la
rue, il pense : « on est des gens comme les autres, on accumule pas seulement des ordures, des
paroles...les autres ont jeté leur langue comme des ordures. »

Une fois dans son appartement, baigné dans une lumière bleue, il fait manger ses enfants,
change le petit et fait la sieste. Il est entouré de sacs poubelles bleus qui envahissent les murs.
Pendant son sommeil, son père vient lui rendre visite, partant de sa ferme où on ne manque pas
d'espace, il sort de son rêve, entre dans l'appartement de Jousselet et ainsi se promène d'un temps à
un autre. Sa réflexion se porte sur l'état du monde : « La bouteille on la jetait pas, le fil de fer, ça
207 Bordilhas de Pierre Pessemesse, 1984, occitan, 16', VHS, Les Films Verts
208 En viatge de Elisa Nicoli, 2009, occitan, 72', DVD, Chambra d'oc/ Région Piémont
209 Parli doas lengas, tres lengas de Leatitia Dutech, 2001, français/occitan, VHS, Esav/ Oc-bi/ La vea
210 Rubrique Aco Bolega, Téciméoc n°18, automne 1984, p 15

92

�peut servir, les restes pour les animaux, le bon vieux temps, ça doit pas être facile de s'adapter à ce
monde insensé, un tel gaspillage, il est bien malade le monde, un jour il va finir par s’écrouler ».
Jousselet se réveille pour aller au bureau, lorsque sa femme arrive, affolée, lui conseillant de ne pas
ouvrir. En effet le service d'hygiène et la DDASS arrivent, c'est alors que s'envolent des tracts dans
l'appartement, on peut y lire « Per la lenga occitana ». Jousselet fait alors appel à son père :
« explique-leur que c'est pas un crime de garder ses poubelles à la maison comme la langue qui
nous appartient ».

Ce film aborde une tension de manière originale. Comme une fable métaphorique qui
lierait à travers un problème de société le paradoxe de tout un peuple. En fait, on revendique ici que
la langue aurait pu être sauvée si on l'avait gardée chez soi, au lieu de ça, elle a été entassée puis
traitée comme le sont aujourd'hui les ordures. Ce regard est porté sur une société consumériste qui
ne prend les objets ou tout autre bien, qu'un temps infime. Rien ne dure, la société est boulimique et
laisse rapidement de côté de nombreuses choses qui forment des montagnes de déchets, que l'on
essaie tant bien que mal de faire disparaître. La langue de tout un peuple s'est faite broyer parce
qu'elle ne correspondait probablement pas à cette société, avaler par la machine du capital,
certaines personnes, pourtant, en ayant décidé de la cacher, de la préserver, ont pu la faire renaître.
Ce film, s'affiche comme un des défenseurs de la langue et revendique ainsi son combat.
En viatge211 de Elisa Nicoli va être lui, 15 ans plus tard, en 2009, le prolongement et
l'évolution de cette revendication. Retraçant cette marche pour la reconnaissance de la langue d'oc
au patrimoine de l'Unesco, ce documentaire va suivre les hommes et femmes, jour après jour, du
Piémont Italien au Val d'Aran Espagnol. Pour commencer, les « modestes marcheurs » vont être
présentés. De nombreux entretiens vont ensuite composer le film, selon les étapes, nous
rencontrerons les différents acteurs quotidiens de cette lutte, tous parlent la langue, du créateur de
la marque Macarel, à une professeur de l'Université de Montpellier, une joueuse de bodega, Claude
Alranq, metteur en scène, jusqu'au Cercle Occitan de Narbonne.
Une carte permettra de repérer le parcours des marcheurs et d'en voir la cohérence.
Principalement, le propos va développer les raisons qui poussent ces gens à sauver leur langue.
Tout d'abord parce qu'elle est une langue de Culture et d'Histoire mais aussi celle du quotidien, ce
que nous avons pu constater précédemment. Elle est donc la langue du pays qui habite ces
personnes, il y a chez certains la volonté de retrouver leurs racines. Cette langue est aussi celle de
l'imagination, de l'intériorité. Pour d'autres, elle se rapproche d'un mode de vie dans le monde rural.
On est confronté, ici, à « une lutte pour la langue comme pour la biodiversité », puisque « cette
langue ne mourrait pas de mort naturelle mais qu'on la tuait ». Un homme nous explique que

211 Idem note 200

93

�« l'Occitanie n'est pas sur les cartes mais dans le cœur et l'esprit des gens », ce que Félix-Marcel
Castan écrit dans La décentralisation occitaniste212 peut éclairer ce propos: « L'Occitanie ne fut
jamais une nation et n'a jamais connu l'unité d'un marché économique, ni la cohérence d'un projet
militaire ou administratif qui la rassemble et la soude en seul corps ».

Pour une professeur à l'Université de Montpellier, ce qui est « insupportable », c'est « le
conformisme du monolinguisme », Robert Lafont en parle en d'autres termes, certes plus
accusateurs, dans son livre A ces cons de français et ces couillons d'occitans

213

: « La question est

donc là : comment se fait-il que cette cohorte d'esprits éclairés et de grands érudits, qui ont fondé le
savoir de la France moderne sur son passé médiéval n'ait pas réussi à glisser, par un soupirail de
l'institution, trois sous de vérité sur l'illustre langue d'oc? S'ils ne l'ont pu, c'est sans doute que ça
n'était pas pensable. Et si ça n'était pas pensable, il y a crime de la France contre l'esprit. Ce qu'on
appelle, en termes actuels, un crime de génocide culturel ». Cette professeur d'occitan, MarieJeanne Verny, se bat pour que la langue soit apprise dans l'enseignement public. Il y a aujourd'hui
des écoles bilingues publiques que la loi permet mais pour les mettre en place, il faut : « que la
commune soit d'accord, que les maîtres le soient aussi et que les parents en fassent la demande ».
« Maintenant que l'école a compris que le plurilinguisme est pour les enfants une bonne chose, je
pense que c'est à l'école publique de prendre en charge l'apprentissage de la langue pour redonner la
dignité aux gens, aux enfants et à leur parents et peut être à leur grands parents à qui on a interdit
de la parler à l'école ». Cette femme semble porter à cœur ce combat.
C'est donc sans cesse que ce documentaire nous parle de sa langue en tant que culture. Si
l'on ne veut pas la voir disparaître, elle doit être transmise. Les témoignages se recoupent, pour
faire entendre cette parole, pour comprendre la lutte de ces gens. C'est en avançant dans la marche,
sur le chemin, que ces revendications nous semblent de plus en plus légitimes. Ces militants
attendent beaucoup des enfants en qui ils croient fortement; on leur apprend la langue pour qu'ils la
fassent vivre à leur tour.

Ce documentaire va donc nous confronter à l'enseignement dans une école bilingue.
Parli doas lengas, tres lengas214 (je parle deux langues, trois langues) prend pied à Albi, dans
l'école Rochegude, qui accueille des élèves de maternelle et primaire. Le thème de la transmission
va donc être déclinée, ici, expliquée par les enfants. Créée à la demande des parents, cette école est
un désir citoyen. Elle est différente des Calandretas où l'enseignement est seulement en occitan et
gérée par une association dont les parents sont les principaux membres. Le documentaire débute
212 La décentralisation occitane, Interventions théoriques de 1961 à 1972, 1973, Édition Mostra del Larzac,
Auch, p 100
213 A ces cons de français et ces couillons d'occitans. La parole étouffée, de Robert Lafont, 2005, Édition
Vent Terral, Valence d'agen, p 136
214 Idem note 201

94

�par la présentation de deux élèves du fonctionnement de l'école, devenant speakerine de leur
journal, en français et en occitan. Les parents parlent de cette expérience qui a apporté
l'épanouissement aux enfants, « ils prennent cela comme un jeu », il s'agit vraisemblablement de
développer une autre façon d'apprendre. En classe, on les voit travailler dans un échange incessant,
les uns aidant les autres. Les deux présentatrices évoquent l'ouverture d'esprit que cela induit dès le
plus jeune age, « quand on sait qu'il y a deux langues, on sait qu'il y a deux cultures et on peut
s'intéresser encore à d'autres langues, d'autres cultures ». On assiste ensuite, devant la caméra, à
leur projets futurs dont la majorité reflète un immense désir de découverte, de tolérance.
Une mère raconte que sa petite fille a compris ce que la mère de son amie lui disait en
kurde. Elle lui rétorquait avec fierté fasse à son étonnement « qu'est ce que tu crois! ». Les langues
étant mélangées en maternelle puis distincte en primaire avec deux professeurs, les enseignements
sont partagés, adaptés à la pratique de la langue. Les parents constatent que les enfants acquièrent
une gymnastique d'esprit, qu'eux n'ont pas appris à leur âge. « Ils se construisent un système de
pensée beaucoup plus élaboré ». Les enfants ont donc deux maîtresses, une par langue, pour leur
donner des repères, ce qui est enrichissant puisqu'elles n'ont pas la même façon de faire les choses.
Elles peuvent échanger leur regard sur la classe et se compléter. Cela permet notamment de ne pas
jouer les langues les uns contre les autres, ou donner plus d'importance à l'une comme la diglossie
constatée en France. Ces langues les enfants apprennent à en jouer ensemble, le théâtre et le chant
les aident à l'extérioriser.
Robert Lafont dans la Revendication occitane215 aborde l'intérêt de cet enseignement :
« L'école ne se borne pas à enseigner à l'enfant sa langue maternelle; elle se sert de sa langue
maternelle comme de l'instrument le plus efficace pour lui apporter d'autres connaissances. »
Pour certains élèves, cette langue ouvre les portes du monde puisqu'elle aide à apprendre d'autres
langues, pour d'autres « ça l'a fait revivre et c'est la langue du coin », elle est devenue pour d'autres,
langage secret face aux parents, langue des rêves, où langue de transmission générationnelle, des
parents aux grands parents. Une élève espère qu'en sixième, là où elle va partir, ce sera aussi parfait
que dans son école. Ce film met donc en relation la manière d'enseigner, les réflexions des parents
par rapport au comportement de leurs enfants et enfin les enfants, eux-mêmes, satisfaits et curieux
du monde. Il nous montre une autre manière d'apprendre, plus ludique, qui prend beaucoup plus en
compte l'enfant et ses attentes ainsi que ses capacités d'adaptation. Plus il sera habitué petit à ces
valeurs tolérantes, mieux il sera réceptif, plus tard, à tout ce qui lui semblera s'y rattacher.
Robert Lafont décrit ce qu'est la culture française, sans l'ouverture que lui amène la langue d'oc ou
tout autre langue maternelle :

215 La revendication occitane de Robert Lafont, 1974, Flammarion, Paris, p 229

95

�« On parle le seul français, le seul correct, celui de partout, puisque de nulle part. On
parle dans une bulle, ou une clôture. Puisque notre honnête homme ne connait qu'une
langue, ne nous étonnons pas qu'il n'en lise qu'une. Il connait la culture de l'étranger, s'il
la connait, dans la traduction. Mais il la connait peu. Et de ce fait, en France, le spécialiste
de Ronsard ne lit pas Pétrarque, le spécialiste de Sartre ne lit pas Dos Passos. La culture
française est bien l'Ile de France. Comme elle ne voit qu'elle, elle s'éblouit d'ellemême. »216

Donner cette langue comme clé du monde c'est aussi aller à l'encontre des ethnismes qui jouent les
identités les unes contre les autres alors qu'elles peuvent s'enrichir les unes des autres et permettre
de mieux vivre ensemble. La revendication portée, ici, par rapport à la langue est de redonner aux
nouvelles générations une dignité que les gens de ce pays avaient perdue et de leur permettre
d'avancer au delà de tous les préjugés qui font de ce monde, un champ de bataille.

La langue, on l'a vu, est une des revendications que porte ce cinéma, lui redonner sa
dignité, lui permettre de vivre, c'est reconsidérer ce peuple qui s'est oublié sans s'en rendre compte.
Se battre pour cette langue et cette culture c'est aussi se sentir proche de toutes les langues
minoritaires, colonisées. C'est en transmettant cette langue, en la parlant quotidiennement, qu'elle
restera en vie. Le cinéma occitan, lui, portera une autre revendication, celle de donner la parole aux
gens qui désirent la prendre, afin que naisse la parole populaire d'Occitanie. En transmettant les
savoirs librement ce pays réapprendra à s'estimer, à avoir confiance en lui. Être capable de faire des
choses ensemble, avec les différences de chacun, c'est retrouver une Occitanie « bouillonnante »,
forte des richesses de ses peuples.

III-2-d) Revendication par le mode de fabrication : les ateliers
Le cinéma occitan, englobe une grande part de films réalisés lors d'atelier. Avec l'idée de
laisser la parole aux habitants, il revendique l'accessibilité au cinéma, par tous ceux qui le désirent.
Les cinéastes bien décidés à créer chez eux, n'acceptant plus de devoir, pour travailler, monter à
Paris expriment aussi l'envie d'initier les habitants. Par cela, ils tentent de démystifier le cinéma que
beaucoup de gens isolés croient inaccessible, essentiellement tourné avec des stars, des réalisateurs
tout puissants, puisque le seul accès qu'ils ont à ce cinéma est principalement des films
commerciaux. De plus, ces films se soucient peu de la vie de ce peuple, sauf pour le caricaturer,
représentant la plupart du temps des milieux riches, loin de la réalité des habitants. C'est donc pour
parler de ce qu'est leur réalité que des cinéastes, des animateurs, choisissent l'outil cinéma.

216 A ces cons de français et ces couillons d'occitans, Édition vent terral, 2005, valence d'albigeois pp 22-23

96

�La revendication pourrait être celle de l'accessibilité du peuple à la technique du cinéma.
De nombreuses initiatives sont alors lancées avec l'aide, parfois, des régions ou d'une commune,
d'un département ou d'associations. On trouve principalement en Occitanie, l'Association des
quatre Cantons du Haut-Agenais, l'Association Vianovau, le Cercle Provençal du pays d'Apt, le
Circa chartreuse de Villeneuve les Avignon, le Collège Agricole de Carpentras, le Lycée Agricole
du Cantarel, le Calen de Marseille, l'Association Culturelle Occitane, la Télé Promotion Rurale,
Vidéo 13, le Foyer Rural de Saint Cannat, le Collectif ALP (Agaitam lo pais), le Vidéo Animation
Languedoc et le Groupe Audiovisuel Biterrois. Ces associations proposent plusieurs formules,
ateliers qui s'effectuent sur une semaine, formations temporaires quelques fois par an ou le temps
d'un week-end, ateliers réguliers ou annuels dans les classes.

Aujourd'hui, on ne peut trouver de fonds d'archives qui rassemble tous ces travaux, les
archives départementales de Montpellier ont pourtant hérité des fonds du V.A.L (Vidéo Animation
Languedoc) et du G.A.B (Groupe Audiovisuel du Biterrois).
C'est dans la revue Téciméoc, que l'on trouvera de nombreux entretiens autour de ces ateliers.
A travers deux films, l'un du V.A.L, Émission Jeunes Vidéos217 et l'autre du G.A.B, Le mur du son
ou l'impasse de la musique218, nous verrons comment l'expérience a été profitable. La vidéo semble
déjà à la fin des années 70, l'espoir d'un autre cinéma (Téciméoc n°3) : « Cette technique
audiovisuelle, certes moins spectaculaire que le cinéma est cependant un formidable outil de
formation à l'image, d'animation et de communication ». C'est dans cette lignée que les ateliers
vont se multiplier.
a_ Vidéo Animation Languedoc

Le V.A.L, se voit consacré un article dans le numéro 12 de la revue Téciméoc : « Á l'origine du
Val, en 1975, la volonté du pouvoir politique local, le Conseil Général de l'Hérault, de posséder des
moyens d'information face au pouvoir central. A partir de cette donnée, le Conseil Général sous
l'impulsion de Gérard Saumade, décide de créer dans le département, et plus largement dans la
région, une structure qui serait à la fois un outil de communication sociale, et un outil régional de
production. »219

217 Émission Jeunes Vidéo, VAL, 1992, français, 70', DVD, VAL
218 Le mur du son ou l'impasse de la musique, Atelier Pratique Artistique élèves de 3°, 1990, français,
DVD, GAB
219 Art. Les éveillés du VAL, Téciméoc n°12, printemps 1982, p33-37

97

�Cette expérience est baptisée Vidéo Animation Languedoc et basée à Montpellier.
Émission Jeune Vidéo220, réalisé dans le cadre du VAL, va se construire comme une émission
télévisuelle avec un présentateur. Cette réalisation se positionne comme une « contre-information »,
s'agissant d'un document qui aborde « des sujets non traités par les médias locaux ».
C'est à l'occasion d'une rencontre entre lycéens, acteur et réalisateur que l'émission se dessine. Un
groupe de lycéen, de classe option cinéma (A3) de Lunel, est devant Denis Lavant, acteur des
Amants du pont neuf221, tourné par Leos Carax à Lansargues et Paris, et un réalisateur de la région,
assistant-décorateur pendant le tournage. Les élèves semblent avoir déjà rencontré l'acteur.
L'émission débute par un entretien avec Denis Lavant pour ensuite décliner les différents films
produits en atelier dans plusieurs classes de la région. On a d'abord des images de l'organisation de
la rencontre avec les classes A3, leur professeur, Monsieur Choukroun se démène pour les orienter.
Il explique l'intérêt de l'option pour les lycéens et présente les divers travaux proposés pendant la
rencontre, atelier plateau à Lunel, atelier son à Marsillargues. Puis successivement, entrecoupé d'un
échange avec les jeunes réalisateurs, sont présentés des extraits de courts métrage. Tout d'abord,
Clin d'oeil à la Paillade présente un lieu de rassemblement que les jeunes ont pu obtenir dans leur
quartier. Ils écoutent de la musique, discutent et dansent. Ensuite, un Magazine Réalisation dans le
cadre d'une association à Lunel, les jeunes ont filmé le lâcher de vachette camarguaise. Au Collège
de Pérols, c'est un conte moderne que l'atelier leur a permis de réaliser. Enfin les élèves de l'option
A3 de Lunel ont tourné une fiction dans un évènement réel.

Cette émission résume, donc, par des extraits quatre ateliers proposés dans l'Hérault et le
Gard, auquel le VAL, par du prêt de matériel ou la présence de formateur à apporter sa pierre.
Ce qui transparait dans ces travaux c'est le besoin pour la plupart d'exprimer sa parole vers
l'extérieur et inévitablement de se représenter. Les jeunes de la Paillade, que l'on stigmatise
toujours, revendiquent à travers le film, leur droit à avoir un lieu personnel où ils puissent se
retrouver afin d'éviter qu'ils restent dehors, démunis et finissent par faire des bêtises.

Les deux jeunes hommes de Lunel, eux, cherchent à communiquer avec les autres, à
apprendre pour le plaisir, à s'ouvrir à la culture qui les entoure pour ne pas rester cloitrés.
A Pérols, les collégiens ont, avec le cinéma, parlé de leur village à travers un conte, un taureau
jaloux fait prisonnières des libellules. Filmé leurs associations culturelles et sportives, afin de faire
connaître, une partie de leur vie tout en découvrant les magies du cinéma. A Lunel, les élèves du
lycée ont pu se rendre compte des difficultés de tourner une fiction dans un événement préexistant.

220 Idem note 209
221 Les amants du pont neuf de Leos Carax, 1991, français, DVD

98

�Cela donne des premiers films, pleins d'imperfections mais intéressants de par la volonté
des réalisateurs de se donner à voir par le cinéma. Alors que les deux premiers, reflètent un besoin
de se faire accepter, enfants de l'immigration que l'on accuse de tous les maux. La clé semble de ne
pas être loin, si on acceptait de leur faire une place, ils le demandent à travers ces films. Pour les
uns, donnant une solution simple, des lieux où se réunir, les moyens de leur bien être. Pour les
autres, c'est en filmant une tradition du pays qu'ils cherchent à s'intégrer. Ces films reflètent, en fait
assez tristement, le sort que les français et les occitans font à leur immigrants.

Ces deux films sont des documentaires tandis que les petits enfants du pays s'amusent dans
des fictions, beaucoup plus insouciantes, au premier abord. L'un par le conte parcourt la ville où
l'on rencontre les différentes associations, tandis que l'autre par une histoire assez banale, d'un
adolescent à la recherche de sa fiancée, explore un rassemblement de jeunes, où se proposent de
nombreuses activités. Ici la fiction est en fait un tremplin vers l'énumération des qualités de la vie
culturelle. C'est avec étonnement que l'on peut trouver les différences de regard de ces jeunes,
n'ayant pas le même rapport au monde, ils se rejoindront, dans un point commun qui est le besoin
de s'exposer au monde. Le présentateur, au départ un peu ridicule, prendra de la force par sa
capacité à s'adapter aux élèves, à les écouter, allant même jusqu'à instaurer une certaine complicité,
absente totalement de la télévision traditionnelle. On peut supposer qu'il s'agisse d'un personnage
que les élèves ont déjà rencontré.

Ces extraits et la manière de les présenter, suivis d'un échange, donne à cette émission tout
son intérêt. Elle prend en compte ses invités, les initiant à la parole télévisuelle et fournit aux
spectateurs un programme différent. Au lieu d'entendre s'exprimer des personnes qui leur sont
éloignées et difficilement accessibles, les parents vont pouvoir écouter leurs enfants, d'autres y
verront des enfants de leur ville, ou encore le quartier de « La Paillade », autant d'éléments qui
permettent de mieux connaître une partie de sa population, ses activités. Cinématographiquement
on ne dira pas que cette émission est exceptionnelle, elle reste un programme sur le schéma des
télévisions, mais elle concourt à repenser l'outil cinéma, le support vidéo, au profit de l'envie que
les gens regroupés dans ces ateliers exprimeront. Elle est le fruit d'une concertation collective et
populaire.

b_ Groupe Audiovisuel du Biterrois

L'initiative du Groupe Audiovisuel du Biterrois, développe les même envies que celles du
VAL, avec un peu moins de moyen. Le GAB, est soutenu par la ville de Béziers, il réalise des
documents concernant la vie locale, manifestations sportives, culturelles, patrimoniales, vie
politique (élections, conseils municipaux). Il produit aussi des films d'atelier, comme au lycée

99

�Professionnel Régional de Bédarieux, avec des élèves de 3° Techno et leur professeur, dans le cadre
d'une pratique artistique. Ce film a été soutenu par la DRAC et la municipalité de Bédarieux.
Le mur du son ou l'impasse de la musique222 met en scène deux bandes de jeunes en
concurrence. Tout d'abord, une bande discute dans un abri lorsque l'un de leur camarade leur parle
d'une maison dans laquelle il a aperçu une lumière. Ne le croyant pas, au départ, ils décident
finalement d'y aller le soir même. Soudain, une autre bande arrive, ils ont l'air de s'affronter, le son
est post-syncronisé, il y a un jeu de regards, certains rient. On dirait qu'il leur est dur de jouer la
comédie. On ne sait pas bien si leur opposition est due à la musique qu'ils écoutent ou seulement à
l'incohérence de leur âge. Un jeune homme, qui semble neutre ne faisant partie d'aucun des deux
groupes, vient donner une information sur les faits à la deuxième bande. Ils ne veulent rien
entendre de lui, prétextant à plusieurs reprises « t'y es pas de notre bande! ». Finalement, ils veulent
bien se servir de cette information pour faire une farce à l'autre bande, « le coup du cercueil ».
Arrive le soir, la maison se trouve dans le village abandonné du Salagou, Celles. La farce se
déroule comme prévu, ils finissent par se courir après les uns effrayés les autres frénétiques, enfin
ils se battent. Le jeune homme, qui avait prévenu la deuxième bande, est en fait dans une des
maisons et les surprend tous, après avoir imprégné l'image de son spectre (regard diabolique, jeu de
langue, démarche suspecte). On voit s'illuminer le ciel d'un grand feu d'artifice qu'il aura
certainement préparé.
En fait, on trouve, ici, un conte autour de la crédulité des gens du pays. On ressent les
faiblesses techniques des collégiens et la difficulté à jouer la comédie. Le scénario serait le point le
plus intéressant, une farce autour d'une croyance commune, les maisons hantées. Avec les
rebondissements, le solitaire que l'on se s'attend pas à voir en manipulateur des deux bandes.
Comme si finalement, ces « bandes », ne les rendaient que plus abrutis, incapable d'avoir une
réflexion personnelle, au delà de ce qu'elles permettent d'échanges et de vie commune.

C'est dans la mise à disposition et la transmission de savoir que s'opère la revendication de
ce cinéma. Le savoir doit être partagé. Ces deux films, produits l'un par le VAL, l'autre par le GAB,
rendent compte de ce qui travaille les jeunes des années 90 et leurs exigences par rapport à une
réalisation vidéo. Bien sûr, elle n'est pas sans faille, comme tous les premiers travaux, mais par son
existence elle prouve la persévérance d'un groupe à mener à bout un travail commun dans tout ce
que cela comporte de compromis et d'apprentissage. Par le film, c'est partager une expérience
collective qui est importante et dont le résultat lui aussi est un partage, une rencontre.

La rencontre qui permet aux films d'exister c'est celle entre les animateurs des structures et les

222 Idem note 210

100

�créateurs. Émerge alors un temps d'échange de connaissance et de matériel, qui a posé question aux
animateurs du VAL :

« Un problème au Centre de Ressources, c'est la rotation des utilisateurs du matériel.
L'entretien est difficile à faire. Les gens n'ont pas le sens de la manipulation pratique. Il y
a beaucoup de petites casses, de cordons arrachés etc...On ressent une agressivité à l'égard
du matériel. C'est un problème d'éducation. En principe, on ne confie le matériel qu'à des
gens qui ont fait des stages ici. Le problème c'est qu'on fonctionne sur le principe de la
gratuité. Ça ne met pas les gens en face de leur responsabilité. Il y a un contraste entre la
facilité de la manipulation et toute la logistique qui est derrière. »223

En effet les cinéastes, qui portaient cette idée avec humanisme, se sont rendus compte que les gens
ont besoin d'être sensibilisés, éduqués à la caméra, parce qu'elle n'est pas comme pour eux, qui en
ont pris l'habitude, un élément familier. Il y a donc un travail d'adaptation que chaque personne doit
mener à son rythme, afin d'approcher le cinéma et les animateurs-cinéastes doivent les initier à
cela. Ce qui semble être la première volonté, à travers ces ateliers, c'est l'idée de rendre le cinéma
praticable par tous. Michel Gayraud en parle par rapport à Murviel Occitanie, travail
cinématographique d'un an dans un village de l'Hérault :

« Un des mythes que nous portions en nous - un des mythes d'après 68 - lorsque nous
sommes descendus pour lancer l'expérience de Murviel était la prise de la caméra...tout le
monde peut prendre la caméra, tout le monde peut s'exprimer. Aujourd'hui, je dis, tout le
monde peut prendre la caméra, à condition de le vouloir vraiment, à condition de savoir
qu'il faut produire un travail. Or la majorité des gens ne sont pas prêts à produire un
travail en plus de celui qu'ils accomplissent normalement. On ne peut que tendre vers le
professionnalisme. C'est trop d'investissement personnel. Il ne faut pas laisser croire que
l'on peut prendre la caméra en dilettante. »224

L'atout d'un atelier réussi serait de partir d'une ferme volonté et non d'une simple idée
vague. Mais pourtant l'envie vient parfois d'un passeur, que l'on aurait rencontré presque par
hasard. Cela modifie sensiblement le public susceptible de venir à l'atelier. Il est néanmoins évident
que pour avoir un bon groupe dans un atelier, l'envie des participants doit être grande et leur
attention particulière, mais cela ne peut pas être automatiquement un public averti puisque
justement il vient dans le but de découvrir. La complexité de bien mener ces ateliers dépend de leur
régularité et de leur cohérence, des animateurs qui les encadrent et des participants. Toutes ces
223 Art. Les éveillés du VAL, Téciméoc n°12, printemps 1982, p 33
224 Art. Le parcours de Michel Gayraud ou grandeur du cinéma pauvre, Téciméoc n°18, automne 84, p 6

101

�données ne pouvant jamais être parfaites, l'expérience reste aléatoirement profitable. Malgré tout,
certains projets ont des cadres bien définis comme Murviel Occitanie que Michel Gayraud du
groupe CINOC anime à Murviel les Béziers : « C'est la demande qui doit créer le stage et non le
contraire. C'est la raison pour laquelle ces stages seront prioritairement ouverts à des groupes
homogènes ayant déjà un projet commun et précis et cherchant des moyens techniques et un savoir
minimum pour les réaliser. Cette motivation ne pourra qu'enrichir la pédagogie »225 .

Pour conclure, cette mise en relation des thèmes abordés à travers les films nous aura
permis d'approcher la manière dont l'Occitanie habite ce cinéma. Pas seulement parce qu'on y parle
la langue, dans certains films, ou parce que les tournages sont effectués en Occitanie. La majorité
des thèmes est essentiellement imprégnée d'une façon de vivre, propre à ce territoire, et reflète ce
qui unit ces gens en un peuple. Beaucoup de personnes ne connaissent plus le sens de toutes ces
pratiques pourtant si l'on effectue des recherches on peut leur trouver des explications. Un cinéma
qui parle d'hommes et de femmes attachées pour longtemps à leur terre par le travail qui leur
permet de vivre. Et puis, fort de son passé en l'interpellant un peu, on se rend compte que la langue
n'est pas morte d'elle même, mais que ceux qui ont rattaché l'Occitanie se sont arrangés pour
interdire la langue, tout en éduquant les nouvelles générations. Alors les revendications se lèvent et
puisque ce cinéma à des difficultés à faire sa place, il inventera les formes de sa survie, cherchant
sans cesse. Se donnant les moyens de son ambition, la démarche sera alors avant tout son salut.
Ce cinéma, plus largement, se conçoit dans la défense d'une culture minoritaire et accueille ou fait
naître ce qui serait un cinéma de pays.

225 Art. CINOC à Murviel les Béziers, Téciméoc n°9, été 1980, p 18

102

�TROISIEME PARTIE : BILAN ET PERSPECTIVES
« La linha imaginòt, une ligne imaginaire qui tente de
relier symboliquement les gens qui, chez eux
s'organisent pour défendre la création, le respect des
cultures, et l'échange de la solidarité, pour mener à la
démocratisation absolue » (Claude Sicre).226

I) Les mises en jeux du cinéma occitan déterminées par la
typologie
Les thèmes abordés dans les films éclairent les nombreux questionnements qui
travaillent les réalisateurs. Ils mettent en jeu avant tout, la démarche de ces derniers, démarche bien
particulière puisqu'elle repense la façon de travailler. Cela va passer, par un « vivre au pays », qui
prend en compte des données, comme l'espace de travail, l'équipe, mais notamment les habitants
que l'on va intégrer dans le travail, soit comme support, témoins, ou sujets, soit comme spectateurs,
public ou peuple. Enfin, ces cinéastes vont se penser, réfléchir à leur pratique, s'interroger
fortement sur la nécessité de parler de là où ils sont, de manière propre comme figurée.
Deuxièmement, va rentrer en compte, la qualité des œuvres que l'on peut faire, et inévitablement,
les moyens de sa production, avec l'importance d'adapter la diffusion au territoire donné. C'est sans
attendre que les pièges à éviter, ceux qui limitent ou pervertissent cette expression vont être
soulevés. Finalement, on pourra déterminer la réelle identité que ces films nous révèlent et la
proposer comme une part salvatrice du cinéma.

I-1) Démarche de création
Le cinéma occitan peut se définir, en premier lieu, par sa démarche singulière. On pourrait
la résumer par une immersion affirmée, s'imprégnant du passé de son pays, elle serait aussi la
volonté de parler de soi vers les autres. Retrouver une parole trop longtemps bannie, qui conjugue
la richesse et la force des matières, humaines et végétales, souvent absente du cinéma, devenu
industrie. En cherchant à retrouver leurs âmes, les cinéastes tentent d'accéder à un autre cinéma.
226

http://membres.multimania.fr/simorre/linha/presli.htm le 21/08/2010
103

�Robert Lafont exprime bien cette idée : « Pour nous, ici, l'occitanisme est la révolution ou rien.
Poètes ou non, nous faisons nôtre la volonté toujours perdue, toujours regagnée de la poésie
moderne: bâtir pour l'homme avec son pays et son temps un monde habitable. Par le pouvoir de la
parole. Et par la violence de l'action »227. Cette démarche met en lumière l'évidence de travailler
chez soi, sans contrainte de satisfaire la demande et d'aller là où se trouve le travail. Ensuite, on
trouve le désir de retrouver la parole populaire, le contact avec le spectateur. Tout cela amène les
cinéastes à poser une réflexion sur leur travail, à se penser. Il y a un film L'orsalher228 de Jean
Fléchet qui, mis en relation avec Les montreurs d'images229 de Florence Lloret, suggère ce premier
souci; l'accès à son public, l'échange permanent.
Il est un texte de René Allio fort intéressant sur la question du cinéma régional, et qui peut
résumer tout ce que la démarche des cinéastes occitans met en jeu. Bien que ce dernier n'en soit pas
l'exemple majeur, au regard de ses films, dans la manière de traiter les sujets, en 1980, lorsqu'il
défendait la création du Centre Méditerranéen de Création Régionale, il correspondait bien à l'idée
du cinéma occitan. Ce cinéma développe, depuis sa naissance, La sartan230 de Jean Fléchet, un
désir particulier, qui est tout simplement, la possibilité de pouvoir créer chez eux. Á partir de chez
eux, vers le monde. Le cinéma occitan s'ancre donc sur des territoires. En 1980, dans l'article Nous
ne voulons pas être des cinéastes honteux, 231 Jean Fléchet déclare :

« Avec la progressive installation de Centres de ressources audiovisuelles de pays, ateliers
super 8, unités de productions, etc.. enfin, la production cinéma et vidéo devient un
artisanat de village. Fabriquer des produits audiovisuels n'est plus une entreprise nationale
ou issue d'une grande métropole régionale. On fait du cinéma dans les villages comme
d'autres coupent les cheveux, réparent les roues des vélomoteurs, vendent de la
quincaillerie ou cuisent le pain. »
Il y a donc, chez Jean Fléchet et ce, depuis son premier retour en 1963, le désir d'être un
cinéaste-artisan, qui repense son outil de travail. S'implanter, être là au quotidien, et faire que le
cinéma devienne un élément du vivre ensemble. Il s'agit de retrouver le geste de ce que l'on appelle
aujourd'hui les « petits métiers », l'artisanat, ou encore les marchands ambulants, quelque chose que
Jean Fléchet a pratiqué avec ces premiers films dans le Vaucluse. Entre L'orsalher et Les montreurs
d'images, le rapprochement va de soi. Gaston, en partant de Toulouse, ira de ville en ville montrer
son ours. Pierre Agasse, le colporteur en livres qu'il rencontre, lui raconte le tour de France qu'il
effectue, c'est presque ce que Jean Fléchet accomplit, quinze ans plus tôt dans le Vaucluse. Plus

227 La revendication occitane de Robert Lafont, 1974, Flammarion, Paris, p 292
228 L'orsalher de Jean Fléchet, 1982, occitan/français, 112', DVD, IEO/ Téciméoc/ Les Films Verts
229 Les montreurs d'images de Florence Lloret, 1995, français, VHS, Fce 3 Sud/ Les films du Sud
230 La sartan de Jean Fléchet, 1963, provençal, 20'54'', DVD
231Art. Nous ne voulons pas être des cinéastes honteux de Jean Fléchet , Téciméoc, n°9,été 1980, p 20

104

�proche des montreurs de films qui, comme le raconte les témoins du documentaire du même nom,
avant que la Seconde Guerre Mondiale ne fixe le cinéma dans des salles, étaient ambulants. Ils se
déplaçaient dans le département avec les films dans la camionnette et chaque soir les projetaient
dans un village différent. Monsieur Brana, plus tard propriétaire de plusieurs cinémas dans le Gers,
celui de Vic Fésenzac porte encore son nom, à côté de son métier d'agriculteur se déplaçait dans les
foyers ruraux, mairies pour montrer des films. Jean Fléchet raconte son expérience dans l'ouvrage,
CinéVaucluse champ et hors champ, cent ans de cinéma loin de Paris 232:

« La fam de Machougas fut tournée assez rapidement pendant l'automne 1963. Le film
durait 1h20. On l'a immédiatement projeté. Abandonnant le système des salles qui
devaient être équipées avec le décevant XO, j'ai opté pour le cinéma ambulant, tout
simplement. C'est à dire que tous les soirs nous partions avec notre camionnette et un
projecteur. On s'installait dans les villages. Un peu partout, à droite et à gauche. Quelques
jours avant chaque projection, je venais louer une salle, un local de mairie, une arrière
salle de bistrot. Je collais des affiches sur les murs et faisais paraître des communiqués
dans les journaux. Le soir même, nous dressions l'écran et montrions le film. Ce fut pour
moi une aventure extraordinaire, l'aventure d'un tourneur de village: j'avais une salle de
montage chez moi. Le soir nous passions les films, attentifs aux réactions des spectateurs.
Nous en parlions à la sortie et cela m'amenait à modifier de jour en jour des détails du
montage. »

On a ici à faire, à ce que André Minvieille, chanteur béarnais, appelle une « unité
transartistique oeuvrière de création en milieu rural »233, le point de rencontre entre des artistes,
des créateurs et des publics, des regards à qui sont destinés les œuvres. C'est remettre en question
radicalement la manière de faire des films, c'est composer sa partition avec ce qui nous habite, le
lieu et forcément ceux qui le peuple. C'est impliquer l'habitant à son travail, c'est s'associer, rendre
l'outil cinématographique, en plus du regard de son créateur, outil au service de la vie commune.
Repenser le cinéma comme expression qui peut faire naître du lien entre les gens, parler avec les
mots du peuple c'est le point de départ d'une culture réaffirmée. Pour l'équipe de la revue CINOC,
qui regarde les autres luttes pour en tirer des leçons, il faut « savoir être modeste, non dans ses
entreprises mais dans ses rapports avec les couches populaires, écouter le peuple et prendre en
compte ses revendications, ses contradictions, ne pas lui imposer une analyse, mais mettre son
savoir faire au service de, et chercher avec lui, une forme d'expression propre. »234
Ce discours n'efface pas la subjectivité du cinéaste, mais semble dire qu'il faille être
232 CinéVaucluse champ et hors champ, cent ans de cinéma loin de Paris, 2003, Edition Dolfin, Bollène, pp
141-150
233 http://www.larticole.org/carnet/2005/2005_12_31.html, 25 juillet 2010
234 Rubrique Production, CINOC n°3, printemps 74, p 13

105

�conscient des forces de ce peuple, et que l'artiste, s'il veut pouvoir toucher ce peuple, le défendre ou
juste l'interpeller, doit être à son écoute. L'importance est, en fait, que chaque territoire puisse
échanger une parole au monde à travers ses passeurs de culture. CINOC reprend un texte du groupe
Torr et Benn, applicable à la situation des cinéastes occitans. Une phrase décrit cette idée:
« A chaque « bio » (pays) ses groupes de sonneurs, ses groupes de ciné qui, avec des moyens
nouveaux, reprennent le rôle des chanteurs-poètes d'autrefois. Dire la vie du peuple dans la
multiplicité de ses situations »235. Á priori, ces citations peuvent résonner comme cinéma occitan en
tant que porteurs de drapeaux, avec un sens assez péjoratif de meneur de troupeaux. Je ne crois pas
que ces cinéastes se placent en porte paroles de la cause occitane. C'est dire avant tout qu'il est
important qu'un cinéma soit émis de l'intérieur du peuple et que, pour ce faire, ceux qui le réalisent
doivent pleinement être de ce peuple. Cela ne veut pas dire « prenons tous la caméra », nous en
avons vu les limites avec les ateliers. Mais cela veut dire que l'on peut déplacer le cinéma. Affirmer
qu'il peut exister autrement et pour cela proposer sans cesse des idées pour le mettre en place, de
manière viable, puisque c'est un métier. Accepter que le cinéma se fasse autrement, qu'il soit
quotidien, qu'il prenne le temps, qu'il soit à l'écoute de la vie même. Ce cinéma fut, au delà de la
pratique spontanée, très vite pensé. Le regard, premier de ces soucis, s'est manifesté. François Amy
de la Bretèque résume bien cette idée : « La véritable œuvre « régionale » serait celle qui
renverserait cette sujétion du regard et qui transformerait l'objet regardé en sujet regardant » 236.
Christian Bosséno écrit dans Cinéma Paysans une réflexion qui confirme cela : « Tant que celui qui
filme sera de la ville (ou le deviendra en filmant), le registre dominant du cinéma rural sera le
regard sur l'autre, le document, le témoignage, l'histoire; car celui de la campagne s'y donnera
toujours à voir et à entendre (éventuellement de mieux en mieux); mais il ne s'y mettra pas en
jeu. »237

Cette démarche me paraît honorable parce que légitime. Ces gens qui veulent filmer leur
pays au plus près vont donc à l'encontre de tout ce qui a pu se faire, puisque les réalisateurs qui
représentent ces pays en les caricaturant ne sont, bien souvent, pas de ces pays là, ou y porte un
regard méprisant. Est-ce sectaire que de vouloir représenter ses proches, sa terre, parce que les
autres l'ont trop dénaturée? Parce que cette France a pris ses droits, en ne laissant presque rien?
Cela me semble juste, de vouloir poser un regard familier sur ceux que le cinéma avaient toujours
pris pour des bêtes de foire. Des sauvages, « obscurantistes », mal élevés, paysans, et gueux.

235 Art. Ici et Maintenant 1. Torr et Benn, CINOC n°6, 1976, p 46
236 Les cahiers de la cinémathèque, Cinéma régional, Cinéma national, Introduction de François Amy de la
Bretèque, 2008, Institut Jean Vigo de Perpignan, p 6
237 Cinéma Paysans, CinémAction n°16, 1981, L'harmattan, Paris, p 10

106

�Félix-Marcel Castan dans sa décentralisation occitane définit l'artiste occitan :
« Le vécu seul a du sens, de l'expérience entière est faite notre pensée, sont nées nos orientations,
nos actes ont tirés leur forme et leur force. L'artiste occitan voit l'envers du décor: pour lui cet
envers est un endroit. Sa situation provinciale s'intériorise dans son comportement et constitue
l'origine d'une action. »238

Nous constatons que cette position de création peut se retrouver chez les nombreux
créateurs issus des peuples opprimés, dont la culture est minoritaire. Ce n'est donc pas seulement
d'occitanisme que l'on parle mais, avant tout, de peuple minoritaire. De ce postulat se fait la
création occitane et son cinéma, il est à voir comme les difficultés sont grandes sur le chemin pour
réussir à vivre de son métier au pays.

II) De la création à la diffusion
Pour bien appréhender le cinéma occitan, il est indéniable de convoquer le facteur
qualité. Il faut avant tout, pour s'apercevoir de l'écart entre certains travaux reconnaître la
conscience cinématographique, l'amour du cinéma de certains réalisateurs par rapport à d'autres.
C'est d'abord par le langage cinématographique que ces cinéastes s'expriment. La qualité de leur
travail est liée aux moyens de production dont nous pourrons constater la dérision. Enfin pour
qu'un cinéma vive, il lui faut rencontrer son public, ce qui pose la question de la diffusion.

II-1) La pertinence des films
On peut s'apercevoir de la grande qualité des films occitans réalisés souvent avec moins de
moyens que certains films parlant de sujets occitans sans pour autant en avoir l'âme. C'est avec la
série Jacquou le croquant239 de Stellio Lorenzi, réalisé en 1969, et La fam de Machougas240 de Jean
Fléchet, réalisé en 1963, que l'on peut se rendre compte du fossé qui sépare ces deux films.
Tout d'abord la série est composée de six épisodes, cinq de 90 minutes, et un de 120 minutes, tandis
que La fam de Machougas dure 80 minutes.

238 La décentralisation occitane, Interventions théoriques 1961-1972, Édition Mostra del Larzac, 1973,
Auch, p 75
239- Jacquou le croquant de Stellio Lorenzi, 1969, français, (série de 5 épisodes de 90' et 1 de 120'), DVD,
ORTF
240 La fam de Machougas de Jean Fléchet, 1963, provençal, 52'15'', DVD

107

�Jacquou le croquant est l'histoire d'un fils de paysan qui, révolté contre le marquis, est
emprisonné et envoyé aux galères. Sa mère épuisée, après avoir été chassée de leur maison, meurt
de froid. Un curé l'adopte pendant qu'il ressasse sa vengeance. Cette série est d'une très mauvaise
qualité, l'image est réalisée avec maladresse; elle comporte des défauts, des flous négligés ne
permettant aucun raccord correct puisqu'il y a deux caméras différentes. Les couleurs ne sont donc
pas les mêmes et la lumière y est blafarde. Les personnages sont peu crédibles, leurs dialogues
faux, leurs visages, beaucoup moins soignés qu'ils n'auraient pu l'être, maquillés à outrance. Le
réalisateur ne cherche pas à respecter les personnages de l'époque, puisque leur langue est le
français, alors qu'à cette époque, 1819, les paysans périgourdins ne connaissaient que le limousin.

On opprime donc la langue du héros que l'on nous montre, sans scrupule. C'est, quelque
part, fausser l'Histoire pour des millions de gens qui verront le film. Mais la télévision française,
depuis combien d'années fausse-t-elle l'Histoire dans ses feuilletons? Comme si l'on se servait de ce
passé pour se souvenir, se donner bonne conscience, tout en le maintenant parfaitement révolu,
alors qu'il n'est là que pour nous apprendre du présent. Dans cette série, tout est mélangé, l'occitan
n'est utilisé que pour les chansons, le scénario met en valeur les scènes clés, tendresse d'un père et
son fils, aimable recette de sang, chasteté, force masculine, action et grandiloquence.
Il n'y a pas ici de respect du passé, de mise en lien avec le présent, Stellio Lorenzi minimise cette
culture, en la marginalisant.

L'ORTF, productrice de cette série, a dû donner les moyens nécessaires à la réalisation de
cette série, mais prendre ces moyens pour faire autre chose qu'une série où le Périgord est le
prétexte aux bons sentiments paysans, n'est visiblement pas la volonté du réalisateur. En réduisant
la série aurait-elle été de meilleure facture, avec plus de saveur? Nous pouvons craindre que si
l'intention n'est pas dans le projet initial, il est difficile de la voir survenir en cours de route.
C'est tout l'inverse que nous prouve La fam de Machougas241 , puisque c'est de la volonté
que doit venir la qualité. Les moyens de productions sont pourtant essentiels pour la viabilité de ce
cinéma. La fam de Machougas met en scène un secrétaire de mairie, Machougas, Gargantua
provençal, qui mange constamment, et que seul l'amour viendra à rassasier. Jean Fléchet décrit sa
démarche dans l'ouvrage, CinéVaucluse champ et hors champ, cent ans de cinéma loin de Paris:

« Vivant là où j'aimais, j'ai alors mon outil-caméra au poing, regardé la vie autour de moi.
J'y ai rencontré des gens qui s'exprimaient. Sans aller plus loin, sans sortir du milieu rural
où je me trouvais, j'ai vu (ce qui n'était peut être qu'un résidu d'une époque passée) des

241 Idem note 231

108

�troupes de comédiens amateurs, authentiques paysans qui faisaient de la comédie, le soir,
à la veillée, en hiver, quand les travaux des champs leur laissaient quelques loisirs. Ils
montaient des spectacles en langue occitane. Je me suis intéressé à ce qu'ils faisaient. […]
En discutant avec Marquion, les acteurs de Caderousse et de la Soucco de Rastau, on est
venu à l'idée de La fam de Machougas. C'était un thème rabelaisien qui me trottait par la
tête depuis quelques temps. J'ai écrit rapidement un canevas puis l'ai soumis à Marquion
qui a rédigé des dialogues en provençal. Ensuite on a affiné la construction. On s'est
renvoyé la balle deux ou trois fois et finalement on est arrivé au scénario définitif. »242

Ce film, par la rencontre qu'il sous-tend, sonne juste. Les images reprennent beaucoup de
trucs du cinéma muet, trucages, accélération. Machougas est un personnage impassible comme
Buster Keaton contrastant avec celui de Gargantua toujours affamé. Les acteurs sont remarquables,
mais la prise en compte de leur personnalité dans l'élaboration des personnages n'est peut être pas
sans lien. Les scènes farcesques sont elles, pleines d'humour et de clin d'œil de la part du cinéaste à
d'autres cinémas. Machougas amuse beaucoup le public provençal. Lors des projections organisées
par Jean Fléchet, certains parlent même de Machougas comme l'homme occitan qui serait malade
de sa condition, ou « l'archétype de l'occitan niant sa propre identité ». 243
Machougas représenterait alors tout un peuple, malade parce que privé de son essence?
Jean Fléchet estime avant tout que c'était un film qui cherchait à renouer avec l'esprit populaire et
poétique.

II-2) La production
Pour pouvoir continuer à produire ce cinéma, il faut, selon les cinéastes, développer de
vraies économies dans les lieux où se font les films. Qui dit économie, dit ne plus avoir à passer par
Paris. Ne plus dépendre de la capitale c'est être capable de fonctionner en autonomie du début à la
fin d'un projet filmique. « A la jointure du culturel et de l'économique, il y a la technique. Le
cinéma occitan, pour devenir autonome doit s'appuyer sur une infrastructure technique locale » 244.
Ceci passe donc par les laboratoires où l'on fabrique la pellicule, les capitaux, les aides qui
envoyées de Paris doivent soutenir les programmations choisies sur le territoire, les acteurs, les
écoles formatrices, la fabrication des équipements, et les réseaux de diffusions.

242 CinéVaucluse champ et hors champ, cent ans de cinéma loin de Paris, 2003, Édition Dolfin, Bollène, pp
141-150
243 Jean Fléchet, Un cinéaste en Provence, de Francis Fourcou
244 Art. Un labo près de Nîmes, Téciméoc, n°5, 1979, p 19

109

�Quand toutes ces données seront bien coordonnées, la création sera avantagée puisque les données
tiendront compte des vérités du pays, de ses habitants. Dans une lettre ouverte à Jean-Pierre
Chabrol, journaliste au Monde, Jean Fléchet exprime ses inquiétudes:

« Nous ne tenons pas à reprendre le maquis. Car ce que nous voulons, c'est de nous
mettre enfin au travail. Vus de la plaine, tu admirais, sous Giscard, les exploits des
maquisards de la culture qui créaient les radios libres en dépit des brouillages, qui
faisaient des tournées théâtrales en crevant de faim et de froid dans les hautes vallées des
Cévennes, qui tournaient des films sans un sou avec des bouts de pelloche piquée à la
télé...tu admirais ces albatros superbes. Aujourd'hui tu voudrais qu'ils continuent, car il
faut toujours des saltimbanques pour épater le bourgeois. […] Tout ce que nous
demandons, c'est que ce système de censure, d'exclusive, soit démantelé et que nous
puissions travailler enfin sans être obligé de détourner toute notre énergie et notre
puissance de création à militer. »245

Toutes les propositions faites par Téciméoc, concernent une économie autonome qui
faciliterais le mouvement de reconquête de son cinéma par la région. Ces propositions font l'objet
d'un chapitre dans la première partie du mémoire. Il s'agit ici de voir, ce que les cinéastes mettent
en jeu dans leurs films, dans la manière de les faire, pour que réussisse cette entreprise de cinéma
régional. Tout d'abord il y a le besoin d'échanger que la revue Téciméoc met en place depuis sa
création. Elle se propose comme l'organe qui rassemblerait les créateurs isolés afin qu'ils se
confrontent, s'épaulent. On trouve dans Téciméoc n°15, un entretien avec les Cinéastes
Indépendants de Toulouse :

« Pierre Breinan: Je crois beaucoup à l'unité et non à la dispersion. Regrouper les forces
éparses, les structurer, leur donner une plus grande dimension. Il s'agit ici d'un combat
commun qu'importent les genres et les gens. Il n'y a plus de place pour les francs-tireurs
isolés, les rêveurs, les accapareurs et la connerie. Toutes les carapaces sont vulnérables et
l'unité dans l'action s'avère nécessaire si l'on veut véritablement mettre en place un
cinéma occitan qui est voix de cité et à laquelle on donne un crédit sérieux. Se faire
entendre est une chose, mais la façon d'agir ensemble doit nous permettre d'aboutir plus
vite. »246

Ce discours semble cohérent dans la mesure où il cherche à unir une force pour qu'elle
245 Lettre ouverte à J.P. Chabrol , Téciméoc n°14, automne 1981, p 36
246 Une structure: Les indépendants de Toulouse, Téciméoc n°15, printemps 1982, p 15

110

�fasse poids. Mais contre quoi? Contre le cinéma de Paris? Cela signifie par ailleurs que ce cinéma
aurait à prouver sa légitimité. Si le cinéma occitan doit toujours se battre contre le père nourricier,
qui donnera les subventions, n'est-il pas encore assujetti? L'unité est-elle une arme plus puissante
contre un pouvoir qui fait aller et venir ces créateurs? En fait, il est accablant de voir aujourd'hui,
19 ans après cet article, que le cinéma occitan toujours créatif n'a que peu de reconnaissance et de
visibilité. Il se rapproche ainsi, - espérant se faire entendre par ce biais là - plus clairement du
mouvement occitaniste qui exige la reconnaissance de la langue dans la Constitution Française,
comme elle l'est dans la Constitution Espagnole et Italienne247.

247 Annexe 6

111

�II-3) La diffusion
Le cinéma occitan se sent solidaire du combat occitaniste, il vit difficilement parce qu'il
tente de parler à partir de son pays. L'importance de la diffusion est donc toujours indéniable. Ce
que l'on appelle, la distribution, en circuit « traditionnel », semble faire défaut aujourd'hui; le
cinéma occitan la réinvente puisqu'au lieu d'être un intermédiaire, elle serait « un court circuit du
producteur au consommateur »248 . Jean Fléchet, le voyait ainsi après son expérience en 1964. La
réalité est qu'aujourd'hui, la multitude des supports offre un nombre incroyable de produits dont la
plupart de la population se satisfait. D'autant plus que le produit de mauvaise qualité est souvent le
plus accessible, le plus immédiatement consommable mais pas toujours le moins cher. Tout ce que
le cinéma peut faire, c'est former le futur spectateur en lui donnant les clefs pour le comprendre, le
ressentir, une curiosité pour l'explorer, lui apprendre à travailler son regard critique pour qu'il
puisse différencier les objets filmiques attirants mais vides de sens, aux objets filmiques qui vont le
nourrir. Ce spectateur qui aujourd'hui consomme le cinéma en s'abrutissant, les cinéastes doivent le
ramener vers eux en allant à sa rencontre, en s'acharnant encore à se rapprocher de lui. La diffusion
est donc le moyen de rencontrer son public. Dans ce même article Jean Fléchet attise le débat :

« Mais maintenant que l'espoir est né, c'est en priorité vers la distribution que l'on doit se
tourner pour déverrouiller l'audiovisuel régional. Si l'on veut – et on le veut, bon dieu! que le cinéma régional existe, il faut que les films régionaux soient distribués dans les
salles, à la télé, en cassettes, par tous les moyens, dans tous les azimuts. La salle de
cinéma restera pour longtemps un des grands lieux de l'échange entre l'œuvre et le
spectateur »249 .

Avec la diffusion et la salle de cinéma, dans l'idéal, c'est non seulement son public que ces films
peuvent rencontrer mais aussi un public plus universel, parce que les sujets qui ont à voir avec une
culture font écho à d'autres. Une région, de par sa taille sera plus à même de communiquer,
d'échanger avec d'autres régions, qu'une capitale et une région ensemble. La concentration d'une
population ne peut que difficilement permettre à tous d'avoir un rôle dans la vie sociale et
culturelle. Ce rôle peut se construire et être efficace si les gens se réunissent en commune, ils ont
d'une part plus de chance d'être écoutés et d'autre part, plus de chance d'apprendre de leurs
camarades. Chacun peut amener sa pierre à la société, si celle ci le permet. Or il est compliqué de
bien fonctionner lorsque l'état possède une capitale, qui engrange et profite de tous les bénéfices,
alors qu'un pays est fait de millions d'identités diverses que l'on ne consulte que superficiellement.
248 Art. Une nouvelle distribution enracinée dans la région, Téciméoc n°13, été 1981, p 16
249 Art. Une nouvelle distribution enracinée dans la région, Téciméoc n°13, été 1981, p 16

112

�Lorsqu'une grande partie du peuple est sous domination, dans ce qui est devenu son pays, il est
délicat de parler de démocratie. C'est peut être alors par la reconnaissance de ces minorités qu'un
pays peut être riche.
Vidéo 13 à Marseille interpelle la notion qui rend primordiale l'histoire locale pour s'intéresser à
l'universelle :

« On doit se confronter à la production nationale et internationale. On ne l'a pas atteint,
mais c'est un objectif, les documents qu'on réalise doivent être marqués par l'endroit où
on vit, par les expériences des uns et des autres, mais avec l'objectif de la diffusion la plus
large. Et c'est à partir du moment où la production fait référence à une réelle expérience, à
un réel vécu, que la sensibilité à l'œuvre dans les films peut intéresser l'ensemble des
gens. »250

III) Contradiction du cinéma occitan
Le cinéma occitan parce qu'il est instable et fragile économiquement doit faire face
à ses limites, celles-ci peuvent être perçues comme des pièges. Citons en premier lieu le
centralisme français dont il est victime. Les réalisateurs doivent jongler avec, soit ils s'en
accommodent, soit ils l'acceptent, soit ils se font prendre au piège. Cela donne quelques films
pleins de contradiction et dont la remise en question, par les pairs, à l'époque des revues Téciméoc
et CINOC, pouvait être dure. Tout d'abord, un exemple concret, serait que les cinéastes ne fassent
pas des films sur les paysans avec un regard ignorant de citadin. En effet, le regard est ce qui
compte le plus dans un film puisque c'est à travers lui que l'on va voir le monde. La position de
départ qui peut changer tout le propos du film, est de savoir si cette entité d'où l'on parle, on va
l'opposer aux autres entités ou si on va la porter comme une autre valeur à prendre en compte.
Comme le bilinguisme et la diglossie, l'un va s'enrichir des deux langues, l'autre va les jouer l'une
contre l'autre avec toujours au final, une soumission de l'une par l'autre. Dans l'article Les
productions cinématographiques amateurs et le local de Roger Odin considère : « Le local, c'est le
morcellement infini : il y a toujours une entité plus petite à opposer à une autre. Ainsi écrite,
l'histoire s'éparpille en une multitude d'histoires. C'est bien le cas de parler d'une « histoire en
miettes ».251

250 Structure: Vidéo 13 – Marseille, Téciméoc n°14, automne 1981, p 8
251 Les productions cinématographiques amateurs et le local, Roger Odin, Le local dans l'histoire du
cinéma, coordonnée par François Amy de la Breteque, 2007, Presse Universitaire de la Méditerranée,
Montpellier

113

�La position initiale, qui peut faire basculer tout le film, est de savoir si l'on va parler des
ouvriers avec le discours des patrons. C'est à ce moment là, il me semble, dans cette reproduction
de schéma de parole que le cinéma occitan se tromperait. Ce n'est pas aussi simple que de « choisir
son camp » mais il est important lorsque l'on s'adresse à un public qu'il sache d'où l'on parle, avec
honnêteté. La plupart des films d'aujourd'hui ne parle qu'avec la langue du capital et ce n'est pas
celle du peuple. Dans le sens que le capital ne lui profite pas, certains le croient, mais concrètement
c'est plutôt le peuple qui en fait les frais. Il est juste si l'on veut avoir une parole populaire de faire
partie de ce peuple chaque jour et alors la parole s'élèvera, simplement, pour ne pas être scellée. En
voyant que les limites du cinéma occitan sont très proches, c'est injustement qu'il est déconsidéré.
La création « régionale » est sous estimée par ses propres commanditaires, implantés dans la
région. Marcel Combes constate avec révolte :

« Pour les films de commande, car j'en produis aussi, des publicitaires, des courts
métrages, les administrations, les industriels régionaux, les élus, commencent par
chercher des cinéastes parisiens avant de s'adresser à nous. Parce qu'on est régionaux, on
n'est pas pris en considération par les gens d'ici qui continuent à regarder vers Paris et à
penser qu'il n'y a de bon que ce qui vient de la capitale. Il faudra encore du temps pour
changer cette vieille mentalité provinciale. Il faudrait que les responsables politiques et
culturels comprennent bien que l'audiovisuel au pays, c'est une réalité autant que
l'aménagement des ports ou le tourisme. Ça crée des emplois, ça fait bouger les choses. Il
ne faut pas qu'ils nous tirent dans le dos et nous renvoient encore une fois à Paris »252 .

Cette réalité, cette soumission, cette acceptation du peuple occitan aux critères culturels, du
beau et du bien, de la capitale doit faire machine arrière pour que puisse se développer l'œuvre des
créateurs régionaux. Catherine Bonafé, comédienne constatait la même chose en 1981 :
« Pour un occitan, il faut d'abord que tu sois reconnu par les français...Pour un prolétaire, il faut que
tu sois reconnu par la bourgeoisie »253. Les murs se dressent, et les difficultés doivent y faire face.
Le régionalisme serait celui qui s'affiche comme un produit local, que l'on stéréotype, que l'on
expose aux touristes afin qu'ils contemplent nos particularités si particulières. Pour Claude Alranq,
comédien occitan, le théâtre comme le cinéma ne peuvent être eux-mêmes: « Le théâtre occitan est
malade de la nation occitane. Tant que cette nation ne s'affirmera pas concrètement dans les luttes,
l'art de se vivre avec les autres, le théâtre occitan sera misérabilisé dans les vieilles marmites du
provincialisme, fussent-elles régionales pour avoir le vernis à la mode ».254

252Un cinéaste occitan; Marcel Combes, Directeur de la photographie, Téciméoc n°15, printemps 1982, p
26
253 Une comédienne occitane : Catherine Bonafé, Téciméoc n°12, printemps 1981, p 22
254 Un comédien occitan: Claude Alranq, Téciméoc n°9, été 1980, p 38

114

�Jean Fléchet, lui aussi se méfie fermement de ce rôle où ils seraient encore les bouffons du
château, bêtes de cirque, dont on savourerait la marginalité des œuvres avec un grand plaisir.
Mais que l'on balbutie à rendre autonome et à qui l'on ne donne les moyens de créer aussi
confortablement qu'à Paris. On maintient probablement dans la pauvreté, pour regarder avec
tendresse, ce que ces pauvres font avec des bouts de ficelles, s'étonnant qu'ils n'arriveront jamais à
la cheville de nos grands artistes nationaux, puisqu'ils n'ont toujours pas le même statut, la même
valeur. La taille du lieu ferait la qualité de l'œuvre? Cela semble bien réducteur.

« Mais il conviendrait d'être présent et vigilant auprès de cette vitrine de notre culture
audiovisuelle. L'immense opération de récupération d'un patrimoine populaire à laquelle on assiste
en ce moment dans le monde littéraire à des fins commerciales, la floraison des éditions de contes
oraux, mémoire populaire, civilisation pastorale mise à toutes les sauces, nous fait peur ».255

C'est pris aux pièges peut-être que certains films paraissent en contradiction avec l'idée même de
cinéma occitan. Parce que pris dans l'engrenage, ils ne respectent pas ce peuple, il ne lui donne pas
la parole, Jacquou le croquant256 de Stellio Lorenzi par exemple. C'est, pourtant, un film de Jean
Fléchet qui provoquera le débat, suite à la lettre d'une lectrice. Le Mont Ventoux257, réalisé en 1979,
est une présentation touristique des particularités de la région du Mont Ventoux. Irène Ripert,
lectrice de Téciméoc, écrit furieuse un courrier critique concernant le film, s'ensuit alors une
réponse de Jean Fléchet et une réponse de la lectrice.

Le propos sera le suivant, lettre d'Irène Ripert :
« Une évocation peut être, mais alors, elle est porteuse d'un relent de colonialisme? […]
Disons un dépaysement pour les gens d'ailleurs. Mais alors pourquoi sur FR3? […] Les
gens de Bedoin n'ont pas compris. […] je n'accorde pas à cette émission le statut de TV
occitane. J'espère que je suis claire. […] Alors qu'un film sur un lieu précis (non
« exotique ») devrait, me semble-t-il rayonner du point décrit vers l'extérieur...jusqu'à
Paris. […] Je ne vous tiens pas entièrement pour responsable. Mais je pense que vous
pouvez forcer les choses en imposant autre chose...Si c'est simplement pour faire du fric,
ce n'est pas la peine, ça ne fera pas avancer les choses. Si c'est pour faire des mètres de
pellicules « régionales », non vraiment […] Il faut que ça change! Mais tant qu'il n'y aura
pas d'école de cinéma décentralisée en Occitanie je ne vois pas de possibilité de résultat. »
255La vidéothèque de Marseille, Téciméoc n°6, 3° trimestre 1979, p 15
256 Jacquou le croquant de Stellio Lorenzi, 1969, français, (série de 5 épisodes de 90' et 1 de 120'), DVD,
ORTF
257 Le Mont Ventoux de Jean Fléchet, 1979, français/occitan, 26', DVD, Films Verts Colportage/ FR3
Marseille

115

�Réponse de Jean Fléchet :
« Vous posez le problème du cinéma et de la TV occitane en allant droit au centre de la
cible. Que cette lettre, ses réactions, son contenu, ouvre un débat et qu'il sera profitable de
l'épuiser en ne laissant rien dans l'ombre. […] 3 minutes de provençal dans une émission
de 26 minutes, c'est dérisoire, mais le fait est tout de même assez rare pour qu'il soit
signalé. Émission qui s'inscrivait dans un cahier des charges particulier, faisant partie
d'une série « Transversales » qui consistait pendant huit dimanches de l'été 78, à proposer
aux touristes venant d'ailleurs – Paris principalement - des itinéraires leur permettant de
quitter l'implacable autoroute. C'est une idée qui était née de FR3 à Paris. Cette émission
aurais du être tournée normalement par un réalisateur « national », c'est à dire parachuté
de Paris. Par je ne sais quel hasard, probablement parce que je ne cessais de harceler FR3
Marseille de projets « régionaux », on m'a proposé de réaliser ce sujet dans le cadre strict
de la série. Aurais je du refuser? […] Car enfin, cette émission ne m'a pas rendu heureux.
Elle m'a laissé un goût amer, comme une tristesse, comme un remords. Et pourtant je m'y
suis véritablement défoncé conscient de son importance. Le sujet, je l'ai choisi moi […]
J'ai choisi le Ventoux parce que je suis très attaché à cette montagne, à ce lieu auquel je
voue un amour quasi mystique. […] Je me suis attaché à montrer des gens qui y vivent.
[…] Il n'y avait pas d'exotisme, de colonialisme, ni d'ethnologisme dans ma démarche. De
la tendresse, je l'ai voulu. De la maladresse, peut être aussi. […] J'ai appelé tous ceux qui
avaient quelque chose à dire. Alors pourquoi ne vous êtes vous pas manifestée? Me suis
je laissé piéger par le système? »

La réponse d'Irène Ripert :
« Le Ventoux c'est un peu moi...Votre amertume qui s'ajoute à la mienne, confirme bien,
la responsabilité de FR3 (de Paris ou d'ailleurs) […} Et là où commence l'hypocrisie, c'est
de faire croire aux gens que FR3 est une station régionale alors qu'en fait c'est que l'OEIL
DE PARIS. […] Un refus de votre part aurait probablement donné des arguments à la
Direction de FR3 pour motiver un refus d'émissions ultérieures proposées dans un esprit
différent surtout...[...] Il faut savoir pour ne pas se tromper que les Provençaux que nous
sommes et les Occitans en général aiment bien se regarder vivre, se critiquer, ou se
vanter, rire d'eux mêmes, MAIS ENTRE EUX SEULEMENT. […] Verrons nous un jour
une équipe régionale - d'une FR3 vraiment autonome – libre de choisir entre une émission
pour les Provençaux et une émission pour les autres dans un choix clair et
équivoque? »258

258 Débat sur la télévision, Téciméoc n°14, 1978, pp 10-15

116

�Il ne s'agit plus pour les cinéastes de se remettre en question par rapport à la télévision
puisque c'est eux qui la remettent en cause, estimant qu'elle les soumet à ses choix ou ses méthodes.
On peut remarquer dans cet échange, la richesse du débat, les points abordés, une correspondance
c'est déjà un débat. Irène Ripert sera quelques numéros plus tard, une des rédactrices de Téciméoc,
il est important de le relever puisque l'on passe d'une position de réaction, de critique lettrée,
spontanée, à une intégration dans la revue où bien souvent le regard aiguisé d'Irène Ripert portera
des critiques très pertinentes. Quelque part, on a ici à faire à la mise en place d'une démocratie
populaire, au sein de Téciméoc. Les contradictions qui toucheront les films occitans seront souvent
liées à la situation économique, qui les laissent s'enliser dans un système ambigu, jamais clairement
défini. Confrontés aux télévisions, certains ont du mal à s'affirmer. Les autres contradictions
viennent de gens qui créent aux pays mais n'accepte pas cette appartenance puisqu'ils la rejettent où
l'ignorent.

La démarche du cinéma occitan pourrait se résumer à ce par quoi le réalisateur est
mu. Á son envie première celle de vivre au pays, en Occitanie, s'ajoute la sincérité, l'envie
de faire du cinéma pour et avec les gens. Le cinéma occitan c'est celui qui se pense chaque
jour, celui dont les acteurs sont habitants et aussi important que le boulanger pour la vie du
village. Ce travail inclue une connaissance du milieu, une prise en compte des habitants,
pour permettre à l'expression cinématographique de venir en aide au passé enfoui et en
train de disparaître. Le chercher, le faire parler. Pour que le cinéma se marie avec le pays,
on a vu nécessaire les moyens qu'il lui faut pour vivre, et se faire avec intelligence. Le
public est son premier aboutissement, c'est avec lui que les films vont vivre. Sa difficulté
d'être, va le rendre vulnérable, et les contradictions se faufilent, il va donc sans définition
propre, se construire une identité inaliénable. Quelle est elle?

IV) Identité révélée par le cinéma
L'identité occitane se reconstitue à travers son cinéma. Difficilement définissable
par des critères précis, il semble avant tout naître dans l'esprit des cinéastes, se sentant appartenir
d'une culture, d'un pays. Pierre Breinan du Groupe des Cinéastes Indépendants affirme: « Ce sont
les racines qui parlent malgré moi […] Tous mes projets parleront de ce « mal viure al pais ».
Même s'il n'est qu'esquissé, on le sentira toujours présent. […] Mes films sont occitans parce que je
suis occitan »259. En fait, ce cinéma, consciemment ou inconsciemment, se bat contre le centralisme

259 Une structure: Les indépendants de Toulouse, Téciméoc n°15, printemps 1982, p 14

117

�de l'état duquel il dépend visant une autonomie économique qui rendrait sa liberté d'expression à
l'Occitanie. Claude Sicre l'exprime dans De la vie culturelle à la vie tout court :

« Derrière les difficultés du culturel français (cinéma, théâtre, littérature, chanson...), mal
cachées par les cocoricos et le spectaculaire hyper subventionné, derrière les difficultés de
la pensée théorique et des sciences humaines à la française (un petit séjour dans une
université étrangère suffit pour s'en convaincre), derrière les difficultés de la
syndicalisation, derrière ces maux et bien d'autres, on trouve le centralisme qui, jugeant à
priori de tout depuis quelques chaires haut placées et dans un milieu confiné sans lien
avec le foisonnement créatif de la nation, a toujours bloqué l'esprit d'initiative et
d'entreprise qui ne peut que jaillir des sources profondes du peuple dans sa pluralité enfin
reconnue et organisée ».260

L'identité occitane, imprègne les sujets des films, tout ce qui se rapporte à la culture les
marque d'une trace profonde. C'est souvent par la connaissance du passé que l'on revendique les
actes présents. Qu'il n'y est pas de rupture, d'utilisation de la mémoire comme révolue, nostalgique,
mais un terreau dans lequel puiser qui apprend à être aujourd'hui. Le passé - comme enseignement
sur le présent - permet d'évoluer.

Cette troisième partie du mémoire, a permis de synthétiser le cinéma occitan; la manière de
le faire, autour du lieu, de personne avec une réflexion permanente sur sa nécessité, son ancrage,
ses thèmes. S'ajoute à cela les difficultés qu'il rencontre, production, moyens techniques, qualité,
diffusion. Dans la pratique, apparaissent des contradictions, souvent involontaires mais qui révèlent
des maladresses ou la fragilité de ce cinéma pauvre. Les contradictions peuvent être ce qui exclut
certains films pensés comme occitans. Les contradictions du cinéma occitan se rapprochent des
paradoxes de l'Occitanie, elle-même républicaine au sens français bien qu'elle se veuille
multilingue, ou du mouvement occitaniste issu de la gauche française et pourtant en rupture avec
l'idée d'État-Nation. Concrètement cette identité est plurielle puisqu'elle est avant tout une identité
qui ne peut que survivre dans des espaces à taille humaine. Elle a donc besoin, pour s'épanouir,
d'échanges avec l'extérieur, de colporteurs, de marchands ambulants qui amène les nouvelles, les
histoires... Elle a besoin d'unité dans les esprits, paradoxalement d'enracinement et d'émancipation
permanente.

260 Quelques remarques pour contribuer à faire de Toulouse une ville heureuse, Édition Sant Carles,
Toulouse, 2009, p 21

118

�CONCLUSION
Le cinéma occitan pourrait être aussi le révélateur de « l'inconscience collective »
dont parle Robert Lafont. En somme, à travers tous ces questionnements, celui de l'identité reste
fort. Il est révélé dans ces films comme indissociable du lieu habité. Le cinéma cherche à dévoiler
un peuple qui s'est oublié parce que son passé lui a été arraché et qu'il l'a abandonné. Malgré tout,
ressortent toujours des traits d'appartenance à ce peuple, des gestes, un accent, des histoires, des
fêtes, des expressions…

J'ai cherché par cette étude à comprendre le cinéma, qu'il est difficile d'appelé occitan
puisqu'il n'est pas vraiment défini par l'utilisation de sa langue mais plutôt par l'appartenance,
même inconsciente, au lieu habité, à l'Occitanie. Me questionnant sur ce qui le rendait particulier.
j'ai travaillé sur les aspects contextuels, aidée de la revue Téciméoc laquelle faisait des propositions
pour permettre aux cinéastes une vie décente. C'est par une analyse de production que l'on a pu se
rendre compte, encore aujourd'hui, de la marginalité dans laquelle il est relégué. La typologie
établie, à partir des thèmes, soulève l'affirmation d'une culture commune à l'Occitanie, française
depuis 800 ans. La démarche des cinéastes est l'aspect principal de ce cinéma qui s'attèle avec
persévérance à en faire un outil d'un mieux vivre ensemble. Les rapports entre les habitants,
l'individualisme, l'industrialisation, la peur et la paranoïa entrainent une dégradation des conditions
de vie.

Pour cela les cinéastes réinvestissent les lieux d'habitat, en essayant de comprendre la
manière dont ils nous façonnent, en ayant comme philosophie de vie une pratique quotidienne du
cinéma. Celle-ci ne peut être vivable pour les cinéastes qu'avec une économie autonome qui
permettrait une liberté d'expression légitime. C'est en prônant un cinéma de pays, indépendant de la
nation, que l'idée de cinéma de quartiers, de villages, chemine vers une expression commune, qui
nait du peuple pour le peuple, où les créateurs deviennent passeurs et révélateurs directs. Ils
implantent le cinéma comme capteur de culture. De multiples cinémas ne signifient pas qu'ils
doivent s'opposer. Ce qui pourrait être des conflits d'identités sont ici des échanges, des différences
qui nourrissent l'esprit, qui confrontent les regards et permettent d'avancer. Lorsqu'elles sont
minoritaires, ces identités se reconnaissent bien souvent entre elles, se soutenant puisqu'elles luttent
pour les mêmes idéaux, contre l'écrasement de leur particularité par la monoculture du marché.

Ce cinéma élabore, donc, à travers une tolérance, la culture comme repère personnel mais
aussi comme ouverture vers le monde. Partir de soi vers les autres, en gardant ce que l'on est. C'est
l'idée d'un échange des savoirs permanents. Les espaces habités sont en fait perçus comme vitaux,

119

�puisqu'ils façonnent nos vies. Ils rendent la culture unique impensable puisqu'elle déterminerait les
êtres comme tous identiques, évacuant leurs particularités et donc leurs richesses. Pour FélixMarcel Castan, les langues et les cultures sont en fait différentes manières d'appréhender le monde,
de l'exprimer et de le représenter. 261 Une seule culture pour tous serait simpliste et extrêmement
sectaire. C'est contre le risque qu'il n'y ait demain qu'une seule valeur culturelle que se bat ce
cinéma. Dans Lettre sonore en milieu rural, Bernard Lubat définit la musique de la Compagnie
Lubat de Gasconha, qui se rapproche du cinéma occitan : « c'est une entreprise d'autodécolonisation communale contre la toxi-colonisation mondiale »262. On se doit de repenser le
cinéma comme expression d'un ou de plusieurs individus vers d'autres individus. Un regard qui se
donne à voir. Les cinéastes, comme les chanteurs, seraient les principaux vecteurs de l’échange
public.
André Benedetto dans Lettre sonore en milieu rural parle des racines : « tes racines doivent
te nourrir quant à tes narines, peut-être doivent elles t'avertir »263 . Les racines éclairent le présent;
transmettre cette culture est donc important pour l'avenir. Comme l'apprentissage de la langue,
rafraichir la mémoire des anciens doit être inséparable des graines plantées dans la tête des enfants.

C'est pourquoi, il me paraît primordial, et ce projet était même le départ de mon mémoire,
de transmettre ce cinéma aux enfants qui réapprennent la langue d'oc. Il pourrait être intégré à
l'école avec une sélection de films, comme le font les dispositifs d'éducation à l'image.
L'association Les enfants de cinéma264 et les professeurs de l'Éducation Nationale se concertent
pour proposer cette démarche aux enfants. Tout d'abord, mise en place dans les écoles bilingues
publiques, cette initiative pourrait ensuite s'élargir aux calandretas, écoles occitanes associatives, et
enfin aux écoles qui ont une initiation à la langue. Organiser dans les écoles des ateliers, des
projections, tout comme l'a fait Jean Fléchet à partir de 1985.

Ce cinéma a besoin pour vivre d'être en contact avec son public et les enfants qui
apprennent la langue, sont les futurs spectateurs occitans. Spectateurs à qui il faut redonner le goût
du cinéma et enfants à qui il faut redonner les clés de leur langue d'origine. Diffuser, animer,
échanger, programmer, créer sont les fondations d'un cinéma pour les spectateurs. Pour que vive ce
cinéma spécifique il doit passer par la quête de son autonomie totale.

261 http://www.larticole.org/carnet/2005/2005_12_31.html, 24/08/2010
262 Lettre sonore en milieu rural, Une nuit « Aciu Jazz », Compagnie Lubat de Gasconha, 20° Uzeste
Musical, Hestejada de las arts, 1997
263 Lettre sonore en milieu rural, André Benedetto parle des racines, Compagnie Lubat de Gasconha, 20°
Uzeste Musical, Hestejada de las arts, 1997
264Les enfants de Cinéma, http://www.enfants-de-cinema.com/ , le 25 juillet 2010.

120

�Annexe 1

Analyse de production
Films

Producteurs

Les montreurs d'images Fce 3 Sud
Les films du Sud

Participation, soutien, partenaire, aide

Année

CNC

1995

Région Midi-Pyrénées
Département du Gers
Ville de Toulouse
Atelier Audiovisuel et Cinéma
Procirep
La trame Régies de Gascogne

Jacquou le croquant

ORTF

1969

L'oeuvre au tambour/

Auboi

prod Région Languedoc-Roussillon CIRDOC 2008

L'obra tambornesca

Majosais Films

Malaterra

Comic

Total Festum 08

Strip Fce 3 Méditerranée

Production

Le Mont Ventoux

2003

Fce 3 Corse

Films

Verts FR3 Marseille

1979

Colportage
L'orsalher

IEO

(Institut

Estudis

des FR3

Occitan) Les films du Soleil

Téciméoc
Les

1982

Films

Leda production
Verts Conservatoire Occitan
CMCC
Souscriptions de plus de 1000 personnes
Salaires de nombreux membres de
l'équipe laissés pour la finition du film

En viatge

Chambra

d'oc

2010

Région Piémont

121

�Émissions

Jeunes Vidéo

Animation

1992

Vidéos

Languedoc

Le mur du son ou

Groupe Audiovisuel Direction

l'impasse de la musique du Biterrois

Régionales

des

Affaires 1990

Culturelles
Municipalité de Béziers
CCAS de Béziers

Ouvrières de Furnon

CINOC films

1978

Béziers Chômage

CINOC films

1979

La lutte du Larzac

APAL

2003

1971-1981

ARCADIE

Bordilhas

Les films Verts

Les Camisards

Anatole

Les porteurs de noms

Dauman La sept vidéo

Argos films

Polsim production

Aladin

Commune de Sajueix

1972

2002

Les Films de la Conseil Régional Limousin
castagne

Conseil Général de Corrèze
DRAC Limousin
PDZR Europe Patrimoine

La naissance de langue Films
de Peille

Verts

1987

Colportage

Jorgi Reboul, a Trets, Les films Verts

Lo calen (IEO Provence)

1984

Oxo

Région Languedoc-Roussillon

2000

Phaestos

Région Midi-Pyrénées

France 3

Direction Culture Départemental de

un jorn que bofava lo
mistral
Protestantes

l'Hérault
CNC
Crosada

Oxo

Région Languedoc-Roussillon

Phaestos

Région Midi-Pyrénées

France 3 Sud

Ville de Sigean

1997

122

�Se canta

Films

de

la CNC

Castagne
Tempestaïres
faiseurs

Région Midi-Pyrénées

et Regard Nomade

de

2006

CNC

pluies TLT

2002

Conseil Régional Midi-Pyrénées
DRAC Midi-Pyrénées

Profil Paysans

Palmeraie et désert

1998

I : L'approche

Canal +

Trobadors

Oxo

Région Languedoc-Roussillon

Phaestos

Région Midi-Pyrénées

France 3 Sud

Commission

des

1995

Communautés

Européennes
Conseil Général de l'Hérault
Ville de Béziers
Idéale Audiance
Ville de Frontignan
L'aubre vièlh

Films

Verts

1981

Colportage
Dins la nuèit de las

Ethnopôle

paraulas

GRAPh

Garae Communes de Mazuby et du Clat 2009
Communautés des Communes du Pays
de Sault
Maison de la Montagne
Région Languedoc-Roussillon
Conseil Général de l'Aude
ADREUC

Meunier

d'autan/ Groupe

Molinier d'autan

des

1976

Cinéastes
Indépendant

Les ouvriers de la terre Ardèche

Images Arte

production

2001

CNC
Ministère de la Solidarité et de l'Emploi
Procirep

Profils Paysans III : La Palmeraie et désert

CNC

vie moderne

Fce 2

Fce 2 cinéma

2008

Région Ile de France

123

�Arte Fce dvpt
Drôles d'accents

Films

de

la CNC

Castagne

Région Midi-Pyrénées

Stella prod

Collectivité Territoriale de Corse

2007

Fce 3 Sud
Télépaese
Profils Paysans

Palmeraie et désert

Ministère de l'Agriculture et de la pêche

II : Le quotidien

Canal +

CNC

2004

Procirep
Ministères des Affaires Étrangères
Histoire d'Adrien

CMCC

(Centre Ministère de l'Agriculture

Méditerranéen

1980

de Ministère de la Culture et de la

Création

Communication

Cinématographique) Année du Patrimoine
Laura prod Filmédis Ministère de la Jeunesse et des Sports
CNRS (Serddav)
SNCF
Conseil Général de Dordogne
Les Pailhasses

CNRS AV(Serddav)

1980

réalisateur
Les

femmes

hommes
Combrailles

et

les A.M.T.A
de des

(Agence

2009

Musiques

Traditionnelles
en Auvergne)
C.D.M.D.T.63
(Centre
Départemental
de Musique et de
Danse
Traditionnelles

du

Puy de Dôme)
Les brayards

Parli doas lengas, tres ESAV

Oc-bi

2001

124

�lengas

La vea
Conseil Général du Tarn

Météo d'oc

Centre
Occitan

Culturel

2009

du

Rouergue
Bufola e lo lop blanc

Ecran sud

1983

125

�Annexe 2

Analyse des titres
Titres se rapportant à la revendication

La lutte du Larzac 1971-1981

français

2003

Se canta

occitan/

français 2006

En viatge

occitan/

français 2010

Parli doas lengas, tres lengas

occitan/

français 2001

Titres désignant une ou des personnes

L'orsalher

occitan/ français

1982

Protestantes

occitan/ français

2000

Histoire d'Adrien

occitan

1980

Les camisards

français

1972

Les porteurs de noms

français

2002

Trobadors

occitan/ français

1995

Les montreurs d'images

français

1995

Les femmes et les hommes de Combrailles

français

2009

Les ouvriers de la terre

français

2001

Meunier d'autan/ Molinier d'autan

occitan/ français

1976

Jorgi Reboul, a Trets, un jorn que bofava lo mistral

occitan

1984

Jacquou le croquant (série)

français

1969

Tempestaïres et faiseurs de pluies

occitan/ français

2002

126

�La fam de Machougas

occitan

1964

Ouvrières de Furnon

français

1978

Profils Paysans (trilogie

français

1998-

I : L'approche, II : Le quotidien, III : La vie moderne )

20042008

Titres se rapportant à un métier

Les ouvriers de la terre

français

2001

L'orsalher

occitan/ français

1982

Les montreurs d'images

français

1995

Ouvrières de Furnon

français

1978

Meunier d'autan/ Molinier d'autan

occitan/ français

1976

Profils Paysans (trilogie

français

1998-

I : L'approche, II : Le quotidien, III : La vie moderne)

20042008

Titres se rapportant à la nature

L'aubre vièlh

occitan

1981

Météo d'oc

occitan

2009

Tempestaïres et faiseurs de pluies

occitan/ français

2002

Le Mont Ventoux

français/ occitan

1979

Malaterra

occitan/ français

2003

Béziers Chômage

français

1979

Ouvrières de Furnon

français

1978

Titres évoquant ou désignant un lieu

127

�La lutte du Larzac 1971-1981

français

2003

Les femmes et les hommes de Combrailles

français

2009

Le Mont Ventoux

français/ occitan

1979

Dins la nuèit de las paraulas

occitan

2009

L'oeuvre au tambour/ L'obra tambornesca

français

2008

Tempestaïres et faiseurs de pluies

occitan/ français

2002

Les Pailhasses

français

1980

La naissance de langue de Peille

occitan/ français

1987

Protestantes

occitan/ français

2000

Les camisards

français

1972

Trobadors

occitan/ français

1995

Jacquou le croquant (série)

français

1969

La lutte du Larzac 1971-1981

français

2003

Crosada

occitan

1997

Les femmes et les hommes de Combrailles

français

2009

Les porteurs de noms

français

2002

Les montreurs d'images

français

1995

Meunier d'autan/ Molinier d'autan

occitan/ français

1976

Tempestaïres et faiseurs de pluies

occitan/ français

2002

Titres se rapportant aux traditions locales

Titres ayant un rapport avec l'histoire

Titres qui évoquent la mémoire

128

�Autres

Le mur du son ou l'impasse de la musique

français

1990

Émission Jeune vidéo

français

1992

Bordilhas

occitan

1980

Drôle d'accent

français

2007

La sartan

occitan

1963

129

�Annexe 3
Les chemins de René Allio, de Guy Gauthier

Édition Cerf, 1993, France, pp 195-196

A propos de « création régionale » par René Allio

Sur cette question d'une création régionale, je veux aussi m'arrêter un instant. On sait les réticences
qu'elle rencontre souvent, les débats qu'elles suscite et dans ces querelles, je suis choqué de la voir
associé le plus souvent aux patriotismes de clocher, à l'intolérance et aux racismes.
Le régionalisme, du moins ce que l'on appelle aujourd'hui ainsi (et peut être faudrait il lui donner
un autre nom), qui n'a rien à voir avec les folklorismes de jadis, c'est la revendication, juste, d'une
identité originelle liée à un passé et à un espace, à ce que cet espace a induit : la vie des hommes
qui s'y sont fixés, qui en ont reçu quelque chose, qui l'ont en retour transformé, l'ont fait territoire
de leurs travaux et de leur imaginaire. Ici interviennent histoire, pratiques, mœurs, mentalités,
échanges et imaginations; un territoire vrai, qui va changeant et qui nourrit un autre territoire : celui
que reflète le premier de ses rêves et de ses inventions, parle du devenir et sert à rencontrer les
autres.

Mais il est bien vrai que cette revendication, si elle ne sert qu'à refuser violemment cette rencontre,
nie cela seul qui fait une culture vivante : sa capacité de rencontrer d'autres cultures, d'échanger
avec elles, de se transformer dans cet échange. Car je ne crois pas que le destin des cultures (qui
sont toutes « régionales ) soit de disparaitre l'une après l'autre mais, au contraire, de se transformer
sans cesse dans des échanges qui les constitueront sans doute, un jour lointain, en un « système »
planétaire.

Imaginer une seule culture « universelle », c'est imaginer le contraire des changements tant
attendus du ré apprentissage de ces nouvelles « valeurs » à reconquérir, que seraient le temps et la
qualité, c'est imaginer le triomphe d'une culture universelle (qui existe déjà des deux cotés) et dont
la menace est réelle: la gestion bureaucratique (ou technocratique) du quantifiable. Il me semble
que le retour des « régionalismes » n'est pas autre chose qu'une réponse à la montée de cela, à
l'angoisse qu'elle provoque, au désir de retrouver du sens à des actes, à des travaux, à des espaces
qui n'en ont plus, où l'on a le sentiment de se perdre, où le besoin d'une échelle juste, d'une mesure

130

�plus humaine à nos vies se fait si pressant que l'on va les chercher où l'on est sur qu'il n'y en a eu,
un jour,dans le passé, dans le souvenir de nos grands-pères (pas dans celui de nos pères).

Mais le passé est toujours une création, il compte plus par ce que nous en faisons que par ce qu'il
fut vraiment. Le rapport que l'on entretient avec lui, s'il est de fascination immobile, peut nous
rendre sots et bornés, mais s'il est un pont jeté par dessus la mort depuis la vie d'aujourd'hui vers ce
qui vivait hier, alors il est ce qui nous fait le mieux comprendre le temps, nous situer dans le flux de
l'éternel changement.

C'est bien de cela qu'il s'agit, j'en suis sur, dans ce retour, si repérable dans la littérature et l'édition,
vers ces mémoires anciennes, ces récits de vies quotidiennes d'hier, ces paroles paysannes, ces
contes populaires, et même dans ces écrits d'aujourd'hui où les plus vieux se remémorent devant
nous leurs vies et leurs jeunesses et où les plus jeunes remontent, peut être pour eux tout seuls,
jusqu'aux origines de leurs familles pour refaire avec elles la longue traversée du temps.
Toutes ces vies racontées sont pleines de ce que nous n'avons plus, mais en réalité, elles nous
parlent moins du passé que de ce que nous voudrions êtres surs de pouvoir retrouver, demain, dans
les nôtres. Une place de notre vraie parole et de notre imagination, du plaisir de nos inventions, en
toute connivence si possible (mais pas toujours) avec ceux que nous aimons, que nous connaissons,
avec la communauté dont nous sommes et, pour nous cinéastes, par nos films.

Cette visée est un peu idéale, je le sais bien, elle met en perspective un long travail, et en question
aussi beaucoup d'aspects de ce travail particulier que seront nos films, elle s'inscrit nécessairement
dans toutes les dimensions de l'activité cinématographique, dans tous les aspects de ses pratiques,
et, du coup, dans ses formes.

Une fois par année, vous le savez, nous souhaitons qu'ici ce soit de cela qu'on parle et qu'on
débatte, et qu'on le fasse en rencontrant des hommes et des œuvres qui se sont affirmés, œuvres
dont nous voyons les formes, dont nous pouvons questionner les auteurs, dont nous pouvons
interroger l'expérience, et dont nous cherchons à saisir ce qu'elles ont en commun quand elles sont
nées au bord de la Méditerranée.

131

�Annexe 4

Filmographie vue dans le cadre de la recherche

Fanny

Allégret Marc

1932

Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère,

Allio René

1976

Les Camisards

Allio René

1972

Retour à Marseille

Allio René

1980

De pèiras et d'aigas

Amic de Piget

Les ouvriers de la terre

Barbe Jean-Marie

2001

Les femmes et les hommes de Combrailles

Barse.A/ Buvat-Rougeron.C/

2009

ma sœur et mon frère...

Champion.D et M/ Dubreuil.J/
Escarguel.E/ Greuzat.P/ Ricros.A/
Sagne.J
Tintin, la sept bolas de cristal

Bernasconi Stéphane

1997

Tartarin de Tarascon

Bernard Raymond

1934

Meunier d'autan (Molinièr d'autan)

Breinan Pierre

1978

Jacquou le croquant

Boutonnat Laurent

2007

Météo d'oc

Cambon Joël

2009

Les amants du pont neuf

Leos Carax

1991

Le rendez vous des quais

Carpita Paul

1953

Les sables mouvants

Carpita Paul

1996

132

�Malaterra

Carrèse Phillipe

2003

La lutte du Larzac 1971-1981

Cassard Phillipe

2003

Béziers chômage

CINOC

1979

Ouvrières de Furnon

Groupe CINOC: Gayraud Michel/

1978

Doumenc Michel/ Magnez Claude/
Perez Marie-Jeanne/ Pinéro Maité
D'aici d'aila

Collège de l'Hérault, du Gard et de

1990

l'Aude sous la direction de la Fabrique
Histoire d'Adrien

Denis Jean-Pierre

1980

Profil Paysan: Chapitre 1; L'approche

Depardon Raymond

1998

Profil Paysan: Chapitre 2; Le quotidien

Depardon Raymond

2004

Profil Paysan: Chapitre 3; La vie moderne

Depardon Raymond

2009

Parli doas lengas, tres lengas

Dutech Lætitia

2001

L'oeuvre au tambour/L'obra tambornesca

Fages Lhubac Ma J'osais

2008

La fièvre de la daurade

Fittipaldi Jean-Luc

1998

L'orsalhèr

Fléchet Jean

1982

La Fam de Machougas

Fléchet Jean

1964

La Sartan

Fléchet Jean

1963

La naissance de langue de Peille

Fléchet Jean/ Alranq Claude

Le Mont Ventoux

Fléchet Jean

1979

Milou e son ase

Fléchet Jean

1963

Bufola e lo lop blanc

Fourcou Francis

1983

133

�Jean Fléchet , un cinéaste en Provence

Fourcou Francis

2004

Lauragais, le pays sous l'écorce

Fourcou Francis

1994

Le mur du son ou l'impasse de la musique

Groupe Audiovisuel Bitterois (G.A.B)

1990

Élèves de 3° technique et professionnel
de Bédarieux
Cahiers de doléances des jeunes de Béziers

G.A.B, Atelier Collège Riquet

1989

Mémoires d'Antan

G.A.B.

1986

Mireille

Gaveau René/ Servaës Ernest

1933

Flamenca

Gayraud Michel

1995

Trobadors

Gayraud Michel

1996

Crosada

Gayraud Michel

1997

Protestantes

Gayraud Michel

2000

Drôle d'accents

Khanne Marc

2007

Marius

Korda Alexandre

1931

Les Pailhasses

Lajoux Jean-Pierre

1980

Les montreurs d'images

Lloret Florence

1995

Jacquou le croquant (série en 6 épisodes)

Lorenzi Stellio

1969

Lo frairòt d'Ugueta

Mitsch Jacques

L'aubre vièlh

Moline Henry

1978

Jorgi Reboul. A trest un jorn que bofava lo

Moline Henry

1975

En viatge

Nicoli Elisa

2010

César

Pagnol Marcel

1936

Naïs

Pagnol Marcel

1945

Lo ferre vièlh

Pessemesse Pierre

mistrau

134

�Bordilhas

Pessemesse Pierre

1980

Les 4 saisons d'espigoule

Philibert Christian

1999

Dins la nuèit de las paraulas

Piniès Jean-Pierre

2009

Les mains vides

Recha Marc

2003

C'est ici que je vis

Recha Marc

2009

Pau i el seu germa

Recha Marc

2001

Les porteurs de noms (le village de Sajueix) Roche Roselyne

2002

Farrebique ou les quatre saisons

Rouquier Georges

1945

Biquefarre

Rouquier Georges

1983

Le sel de la terre

Rouquier Georges

1950

Le tonnelier

Rouquier Georges

1942

Le maréchal-ferrant

Rouquier Georges

1976

Honor de Cavalleria

Serra Albert

2006

Terravent

Teysseyre Michèle

2007

La stratégie du thon

Timon Gaignaire Claude

2000

Émissions Jeunes Vidéos

Vidéo Animation Languedoc

Le soleil des Cévennes

V.A.L, 4°1 et 4°2 du Collège public de

(V.A.L)

1992
1992

Ganges
Tempestaïres et faiseurs de pluie

Valentin Stéphane

2002

Se canta

Valentin Stéphane

2006

135

�Annexe 5

Filmographie établi à partir de la revue Téciméoc ainsi que des
recherches

Fanny

Allégret Marc

1932

Ascension de la sainte victoire

Allio Paul

1984

Matelot 512

Allio René

1984

Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma

Allio René

1976

Les Camisards

Allio René

1972

Retour à Marseille

Allio René

1980

L'heure exquise

Allio René

1981

Pren la paraula

Collectif ALP (Agaitam lo pais)

1980

Bordigou ou la bataille du littoral

Collectif ALP

1977

Les marches du refus

Collectif ALP

1977

Retour au pays

Alranq Claude

Dernier cru

Alranq Claude

De pèiras et d'aigas

Amic de Piget

Les appeaux de Carpentras

Arlaud Jean

Je suis né dans la truffe

Arlaud Jean

Siblar, enviscar, cassar,

Arlaud Jean/Guiffrey René

mère, ma sœur et mon frère...

1973

Les inventeurs de chant d'oiseaux

136

�Sant Gens

Arlaud Jean/Guiffrey René

Qu'os pas fenit

Association des 4 cantons du

1971

Haut-Agenais
Fête à Sérignan

Association Vianovau

Le carnaval de Limoux

Aubert J.P/Majourel J.L

Les ouvriers de la terre

Barbe Jean-Marie

2001

Voyageurs de l'Embellie

Barbe Jean-Marie et le groupe Ardèche

1980

Images
Beleù ben

Barbe Jean-Marie/ Ravaux Jean-Jacques/

1978

Méjean Marie-Odile
Arrenoulat

Barrèt Laurent

Les femmes et les hommes de Combrailles Barse.A/ Buvat-Rougeron.C/ Champion.D

1996

2009

et M/ Dubreuil.J/
Escarguel.E/ Greuzat.P/ Ricros.A/
Sagne.J
Opérations fermes ouvertes

Beauviala.JP/ Rosenberg.S

1972

Chris

Bedel Amic

2007

La fugida

Bedel Amic

2008

Cramat

Bégard Daniel

1974

La trame et la chaîne

Benayoun Chantal/ (GCI)

1977

Cave canem

Berdot Jean-Louis/ (GCI)

1970

Tintin, la sept bolas de cristal

Bernasconi Stéphane

1997

Tintin, lo temple del solelh

Bernasconi Stéphane

1997

137

�Madame Jeanne

Bizet Jacques-André/ (GCI)

1966

Porte à porte

Bonafé M.H

Peinture d'Adrien Dax

Borde.R/ Cazaux.R

1960

Moulinier

Borde Raymond/ (GCI)

1963

Gardarem Nostras Minas

Borel Sylvie

1973

Lo darrièr crostet

Boulle Yves

1975

Récit d'un chasseur

Boulle Yves

1977

Meunier d'autan (Molinièr d'autan)

Breinan Pierre

1978

La moisson

Breinan Pierre

1960

Fegafaune

Breinan Pierre

1961

Nous à l'N7

Breinan Pierre / Groupe des Cinéastes

1963

Indépendants
Visages d'Afrique du Sud

Breinan Pierre / (GCI)

1963

L'enlèvement

Breinan Pierre / (GCI)

1964

Les chérubins

Breinan Pierre / (GCI)

1966

École Nationale des Arts et des Métiers

Breinan Pierre / (GCI)

1973

Delirium

Breinan.P/ Mansquine.J

1958

Provence terre des fêtes

Brochier Phillipe

Météo d'oc

Cambon Joël

2009

138

�Le rendez vous des quais

Carpita Paul

1953

Li flour de Glaujo

Carpita Paul

1973

Les sables mouvants

Carpita Paul

1996

Vallée du Rhône, la colère

Carpita Paul

Malaterra

Carrèse Phillipe

2003

La lutte du Larzac 1971-1981

Cassard Phillipe

2003

L'évadé

Cazaux Mireille/ (GCI)

1976

L'empereur noir

Cazaux Raimond

1954

Le masque

Cazaux Raimond

1959

Préparatifs de la noce de campagne

Cazaux Raimond

1962

La trompette

Cazaux Raimond/ (GCI)

1963

Problème

Cazaux Raimond/ (GCI)

1967

Le studio

Cazaux Raimond/ (GCI)

1967

Le monstre

Cazaux Raimond/ (GCI)

1968

Absence illégale

Cazaux Raimond/ (GCI)

1970

Le parasol récalcitrant

Cazaux Raimond/ (GCI)

1970

La dynamique du cercle

Cazaux Raimond/ (GCI)

1971

Tavulove

Cazaux Raimond/ (GCI)

1971

La passion considérée comme course de

Cazaux Raimond/ (GCI)

1973

côté

139

�Les puces

Cazaux Raimond/ (GCI)

1974

La fête

Cazaux Raimond/ (GCI)

1974

El frente

Cazaux Raimond/ (GCI)

1978

L'école est finie

Celma Jules/ (GCI)

1971

Òme d'oc

Chabrol Jean-Pierre/ Camus.P

1976

Pour vivre au pays

Charazac Janine

1974

Un homme du pays

Charazac Janine

1975

N'i a pro!

Chapaullet Guy

Gott mit uns

Chevalier Louis/ (GCI)

1964

Chromo zoom

Chevalier Louis/ (GCI)

1965

La permission

Chevalier Louis/ (GCI)

1969

Adieu Brigitte

Chevalier Louis/ (GCI)

1970

La position du missionnaire

Chevalier Louis/ (GCI)

1974

1980 14-17

Chevalier Louis/ (GCI)

1980

La pastorale Audibert

Cercle Provençale du Pays d'Apt

Béziers chômage

CINOC

1979

Ouvrières de Furnon

Groupe CINOC: Gayraud Michel/

1978

Doumenc Michel/ Magnez Claude/
Perez Marie-Jeanne/ Pinéro Maité
Murviel Occitanie

CINOC

1981

Jade 1

CIRCA (Dasque Jean)

1978

Jade 2

CIRCA (Dasque Jean)

1978

140

�Jade 3

CIRCA (Dasque Jean)

1978

Les sonnailleurs

CIRCA (Maison de l'image et du son)

1978

Femmes en jeu

CIRCA (Groupe de femmes)

1978

Mémoire populaire, Saint Siffret

CIRCA (Club du 3e age)

1978

Mémoire populaire, Saint Gilles

CIRCA (Club du 3e age)

1978

Mémoire populaire, Lussan

CIRCA (Club du 3e age)

1978

Cent familles

CIRCA (4 adolescentes)

1978

Spare-time

CIRCA (4 jeunes gens)

1978

La liberté au bout des doigts

CIRCA (10 élèves CES, Bouillargues)

1978

1531555

Collectif GCI

1968

D'aici d'aila

Collège de l'Hérault, du Gard et de l'Aude

1990

sous la direction de la Fabrique
La chasse à l'ours

Costes.C/ Fabre.D/ Lacroix.J/ (GCI)

1974

Opus n°1

Costes Claude/ (GCI)

1976

Le charivari de Chalabre

Costes Claude/ (GCI)

1977

Les maîtres sont partis

Cros Jean-Louis

1957

La foire du 6

Cros Jean-Louis

1960

Pur porc

Cros Jean-Louis

1961

4 avec Barreur

Cros Jean-Louis/ (GCI)

1963

Le passager

Cros Jean-Louis/ (GCI)

1964

Azevedo

Cros Jean-Louis/ (GCI)

1966

De que fasem à Murs

Collège Agricole de Carpentras

1978

141

�Histoire des vaudois

Collège Agricole de Carpentras

Lo metge per força

(Comedia Occitana Tolzane)

Joan Boudou, lo connaissetz ?

Constantial Michel

Bérénice

Costes Claude/ Gamey Gaston

1961

Érica ou une femme qui s'ennuie

Couderc Alain/ (GCI)

1963

Andorra

Couzinet Emile

1941

Les voyages du château

Daniel Jean-Pierre

Le canal de Marseille

Daniel Jean-Pierre

1984

Le moindre Geste

Deligny Fernand/ Daniel Jean-Pierre

1972

Histoire d'Adrien

Denis Jean-Pierre

1980

Profil Paysan: Chapitre 1; L'approche

Depardon Raymond

1998

Profil Paysan: Chapitre 2; Le quotidien

Depardon Raymond

2004

Profil Paysan: Chapitre 3; La vie moderne Depardon Raymond

2009

Lo temps novel

Deschamp Alain et Josiane

Ostau, Pais, Paisatge

Direction Départementale de

1978

l'Équipement des Alpes de Haute-Provence
Lo lebero

Dumas C et J.P/ Sage.C

1976

Le roi Pierre

Durousseau Claude-Marie

1984

Parli doas lengas, tres lengas

Dutech Lætitia

2001

La nonna

Esposito Philomène

1984

La caça de l'ors a Sant Laurent de

Fabre Daniel/ Lacroix Jacques

142

�Cerdans
L'oeuvre au tambour/L'obra tambornesca

Fages Lhubac Ma J'osais

2008

La fièvre de la daurade

Fittipaldi Jean-Luc

1998

Per joia recomençar

Fléchet Jean/ Andrieu Maurice

1981

Plus belle la vie

Fléchet Jean/Andrieu Maurice

1981

L'orsalhèr

Fléchet Jean

1982

La Fam de Machougas

Fléchet Jean

1964

La Sartan

Fléchet Jean

1963

La naissance de langue de Peille

Fléchet Jean/ Alranq Claude

Le Mont Ventoux

Fléchet Jean

1979

Milou e son ase

Fléchet Jean

1963

L'ours brun des Pyrénées

Fléchet Jean

1969

La fête Orange

Fléchet Jean

Photographie du quotidien

Fléchet Jean

La soupe populaire

Fléchet Jean

Traité du rossignol

Fléchet Jean

Saint Martin, un village qui crève

Fontin J.Paul/ Renat Burle

1978

Verdon, nouveau massacre

Fontin J.Paul/ Renat Burle

1978

Bufola e lo lop blanc

Fourcou Francis

1983

Jean Fléchet , un cinéaste en Provence

Fourcou Francis

2004

Sèm escanats

Fourcou Francis

1976

Lauragais, le pays sous l'écorce

Fourcou Francis

1994

Interview 3ème age

Foyer Rural de Saint Cannat

1978

Le mur du son ou l'impasse de la musique

Groupe Audiovisuel Bitterois (G.A.B)

1990

143

�Élèves de 3° technique et professionnel de
Bédarieux
Cahiers de doléances des jeunes de

G.A.B, Atelier Collège Riquet

1989

Mémoires d'Antan

G.A.B.

1986

Images du festival d'Avignon

Gautier J.M

1975

Mireille

Gaveau René/ Servaës Ernest

1933

Occitans de Paris

Gayraud Michel

1977

Flamenca

Gayraud Michel

1995

Trobadors

Gayraud Michel

1996

Crosada

Gayraud Michel

1997

Cathare

Gayraud Michel

La bourse ou la vie

Gayraud Michel

1974

Protestantes

Gayraud Michel

2000

Avant la nuit

Gayraud Michel

1980

Ki lo sa

Guédiguian Robert

1985

Rouge Midi

Guédiguian Robert

1983

Maguelonne, personne

Guibert Aliette

1984

C'était à la télé

Guibert Aliette

Murnau

Guy Pierre

Aventures à Tahiti: 21° épisode-Amourea

Guy Pierre

Béziers

et le trou du souffleur
Histoire d'un portrait inconnu de Gauguin Guy Pierre

Sensa

Haudiquet Philippe

1970

Gardarem lo larzac

Haudiquet Philippe/ Bloch.D/ Lévy.I

1973

Transhumance dans le Lubéron

Haudiquet Philippe

1970

144

�Villages du Larzac

Haudiquet Philippe

Réponse à un attentat

Haudiquet Philippe

1975

Les bâtisseurs, Larzac

Haudiquet Philippe

1978

La dernière moisson

Hubinet Jacques

Fortunat

Joffé Alex

1960

Drôle d'accents

Khanne Marc

2007

Marius

Korda Alexandre

1931

Métronome

Keller Bruno/ (GCI)

1964

Canta pas per ieu

Laget Marisa

Les Pailhasses

Lajoux Jean-Pierre

1980

La crise dans la région

Laurent J.P/ Verey.A

1977

La fin dau marquisat d'Aureu

Lessertisseur Guy

Les montreurs d'images

Lloret Florence

1995

Jacquou le croquant (série en 6 épisodes)

Lorenzi Stellio

1969

Fontaine de Vaucluse

Lycée Agricole Cantarel (1ere et C.TLF)

1978

L'heure

Lycée Agricole Cantarel (1ere)

1974

La camargue

Lycée Agricole Cantarel (1ere)

1974

L'ourmarin face à son avenir

Lycée Agricole Cantarel (TD)

1978

Rustel

Lycée Agricole Cantarel (TD)

1977

Histoire d 'eau

Lycée Agricole Cantarel (Classe T.VIII)

1979

Les frères ennemis

Lycée Agricole Cantarel

1979

(Classe 1ere CFL et CL)

145

�Mon dragon

Lycée Agricole Cantarel

1979

(Classe 1ere STA G)
La place au soleil

Magnez Claude

1974

Lo lume

Marquion Paul

Ciseauphrénie

Maurin Claude/ (GCI)

1963

Andros

Maurin Claude/ (GCI)

1968

Le coupable ou Lady vision

Maurin Claude/ (GCI)

1964

Etobon 27 septembre 1944

Mettey Marcel/ (GCI)

1964

Miaou

Mitsch Jacques

1986

Lo frairòt d'Ugueta

Mitsch Jacques

Complexes

Moline Henry

1972

Produire pour jeter

Moline Henry/Arlaud Jean/

1973

Guiffrey.R et stagiaires
L'aubre vièlh

Moline Henry

1978

Tocant l'auripa

Moline Henry et les stagiaires du

1971

29° stage du Calen
Lubéron, Mars 1970

Moline Henry

1970

Jorgi Reboul. A trest un jorn que bofava lo Moline Henry

1975

mistrau
Candidat...a la candidature

Moline Henry

1974

Gardarem lo moral

Montanaro Miqueù

Lo carri de Mazan

Munoz Jany

1984

En viatge

Nicoli Elisa

2010

146

�L'arbre aux sabots

Olmi Ermanno

1978

César

Pagnol Marcel

1936

Naïs

Pagnol Marcel

1945

La tripe viticole

Pasturel Roger

Robert Lafont un écrivain dans le siècle

Passuello Christian

400 m2 de drame

Paulhiac Raymond/ Cazaux Raimond

1952

Le drame Cathare

Paulhiac Raymond

1961

La main dans la main

Paulhiac Raymond (GCI)

1964

La terrasse

Pérez Marie-Jeanne

1974

Pézenas

Peron Yves

Lo ferre vièlh

Pessemesse Pierre

Bordilhas

Pessemesse Pierre

1980

Les anges

Peyre Jean Juste/ (GCI)

1965

Les 4 saisons d'Espigoule

Philibert Christian

1999

Dins la nuèit de las paraulas

Piniès Jean-Pierre

2009

Lo Larzac

Pommier Pierre

1973

La lumière du Languedoc

Pornon Charles

1962

La gifle

Pornon Charles/ Breinan Pierre (GCI)

1964

Au fil de la vague

Pornon Charles (GCI)

1965

147

�Le lys et la cendre

Prieur.F

1973

Chauffeur d'Histoire

Rebatel Bernard

1984

Las escarzeilles

Robet.P/ Porrucini.Ph

1977

Les porteurs de noms (le village de

Roche Roselyne

2002

La dent creuse

Rossignol.M/ Breinan.P/ (GCI)

1974

Paradis Toc

Rossignol Maurice/ (GCI)

1974

Penne sur roc

Rossignol Maurice/ (GCI)

1975

Parad city

Rossignol Maurice/ (GCI)

1977

La ligne de mire

Rossignol Maurice/ (GCI)

1978

Farrebique ou les quatre saisons

Rouquier Georges

1945

Biquefarre

Rouquier Georges

1983

Le sel de la terre

Rouquier Georges

1950

Le tonnelier

Rouquier Georges

1942

Le maréchal-ferrant

Rouquier Georges

1976

Lourdes et ses miracles

Rouquier Georges

1955

Sajueix)

Courbessac, le diocésain de la Dispersion Saadoun Paul/ Nadal Marie-Thérèse

1981

L'idiot du village

Soussigné Jean-Pierre/ (GCI)

1966

Tant que fairem aital

Souza Roger

1984

Viure al pais es super cool

Tamisier Jan Nové

Terravent

Teysseyre Michèle

2007

148

�La stratégie du thon

Timon Gaignaire Claude

Lo magasin Occitan n°1

Téciméoc/Association Culturel Occitane

Lo magasin Occitan n°2

Téciméoc/Association Culturel Occitane

Lo magasin Occitan n°3

Téciméoc/Association Culturel Occitane

Flour de rose à Mondragon

Téciméoc/ Fléchet Jean

Agriculture en zone de montagne

Télé Promotion Rurale

L'espace rurale en miette

Télé Promotion Rurale

Industrie : espoir ou mort d'une

Télé Promotion Rurale

2000

agriculture :
1 : Cévennes
2 : Fos
Or blanc, azur et béton :

Télé Promotion Rurale

1: Dans les Hautes Alpes
2 : Aménagement Littoral Languedoc
L'occupation des sols: Liberté,

Télé Promotion Rurale

concentration ou contrainte :
1: Dans les Alpes Maritimes
2 : Dans le Var
De terre en vigne

Télé Promotion Rurale

Dites le avec des fleurs

Télé Promotion Rurale

Produire pour ne pas détruire

Télé Promotion Rurale

S'organiser pour survivre

Télé Promotion Rurale

Vivre au pays

Télé Promotion Rurale

Histoire sans fin

Télé Promotion Rurale

149

�Terravent

Teysseyre Michèle

2007

Saison de Femme

(Théâtre de la Carriera)

Miroir des jours

(Théâtre de la Carriera)

L'apoticaire purgat

(Théâtre du Fenestron)

Terres à vendre

Theulade Marcel

Ti Jan e lo diable

Thuillat J.P

1978

L'âne qui a bu la lune

Treilhou Marie Claude

1987

La mémoire en feu

Ughetto André

1976

Tête à tête

Ughetto André

1984

Le désert ne le cherchez pas ici

Vidéo Animation Languedoc

(V.A.L)

1967

La pollution du bassin de Thau

Vidéo Animation Languedoc

(V.A.L)

1976

Les pailhasses de Cournonterral

Vidéo Animation Languedoc

(V.A.L)

1976

Le poulain de Pézenas

Vidéo Animation Languedoc

(V.A.L)

1976

Le carnaval du Pouget

Vidéo Animation Languedoc

(V.A.L)

1976

La sériculture en Cévennes

Vidéo Animation Languedoc

(V.A.L)

1976

Sacra- Aide familiale rurale

Vidéo Animation Languedoc

(V.A.L)

1976

A nous l'espace

Vidéo Animation Languedoc

(V.A.L)

1976

Les gites ruraux

Vidéo Animation Languedoc

(V.A.L)

1976

Quel village demain?

Vidéo Animation Languedoc

(V.A.L)

1977

Il n'y a pas de toit

Vidéo Animation Languedoc

(V.A.L)

1977

Les douze dimanches d'un printemps 1907 Vidéo Animation Languedoc

(V.A.L)

1977

Ça sert à faire des bombes

Vidéo Animation Languedoc

(V.A.L)

1977

Quand bouge le haut canton

Vidéo Animation Languedoc

(V.A.L)

1977

150

�A propos de Valras

Vidéo Animation Languedoc

(V.A.L)

1977

Montpellier: Une histoire pour une ville

Vidéo Animation Languedoc

(V.A.L)

1978

La parenthèse

Vidéo Animation Languedoc

(V.A.L)

1978

Émissions Jeunes Vidéos

Vidéo Animation Languedoc

(V.A.L)

1992

Le soleil des Cévennes

V.A.L, 4°1 et 4°2 du Collège public de

1992

Ganges
Se canta

Valentin Stéphane

2006

Tempestaïres et faiseurs de pluie

Valentin Stéphane

2002

Las sasons

Varela Pamela

Les grandes découvertes archéologiques

Vaucher Daniel

1976

Théâtre populaire Maghrébin

Vaucher Daniel

1976

Vallencourt

Vaucher Daniel

1976

Pablo Neruda

Vaucher Daniel

1976

Mort du cochon dans les Cévennes

Vaucher Daniel

1976

L'écriture et la ligne

Vaucher Daniel

1976

Jean Chalosse

Vergez Gérard

Chambre noire

Verneuil Jean-Marie

La musique sur l'eau

Vidéo-Aire-Elles

Saint Martin de Bromes

Vidéo-Aire-Elles

16-18 ans. Côté cour, côté jardin

Vidéo-Aire-Elles

Lei Caganis

Vidéo-Aire-Elles

Et si la ville était à nous

Vidéoteuses

1er Avril: Élection de Miss Montpellier

Vidéoteuses

Cinéastes Algériens

Vidéo 13

en Languedoc-Roussillon

1984

1978

1981

151

�Rock in Marseille

Vidéo 13

1980

Une terre à sa mesure

Vidéo 13

1981

Bastien

Vidéo 13

1980

La mosquée du Petit Séminaire

Vidéo 13

1980

Archéologie en Provence

Vidéo 13

1981

Lettre de Marseille à Alger

Vidéo 13

1981

L'ultime dissonance

Viguier Daniel/ (GCI)

1975

Abbal

Viguier Daniel/ (GCI)

1981

Au-delà du Missouri

Wellman William.A

1951

Veici

Série Télévisuelle Marseille

Vaqui

Série Télévisuelle Marseille

Viure al païs

Série Télévisuelle Toulouse

1989

Alan Pelhou e Mauris
Jean-Pierre Denis présente Histoire
d'Adrien
Entrevista ambe Robert Lafont
Nicola Saboli
Vejaires (sur Mistral)
Les salles

152

�Annexe 6

Constitutions, dans leur langue respectives, par rapport au statut
de la langue d'oc
Legge 15 Dicembre 1999, n.482
"Norme in materia di tutela delle minoranze linguistiche storiche"
pubblicata nella Gazzetta ufficiale n.297 del 20 dicembre 1999.
Art. 1
1. La lingua ufficiale della Repubblica è l'italiano.
2. La Repubblica, che valorizza il patrimonio linguistico e culturale della lingua italiana,
promuove altresì la valorizzazione delle lingue e delle culture tutelate dalla presente
legge.
Art. 2
1. In attuazione dell'articolo 6 della Costituzione265 e in armonia con i principi generali
stabiliti dagli organismi europei e internazionali, la Repubblica tutela la lingua e la
cultura delle popolazioni albanesi, catalane, germaniche, greche, slovene e croate e di
quelle parlanti il francese, il franco-provenzale, il friulano, il ladino, l'occitano e il
sardo.

(contunha)

La Constitution du 4 octobre 1958
Titre I - De la souveraineté
Art. 2. - La langue de la République est le français. L'emblème national est le drapeau
tricolore, bleu, blanc, rouge. L'hymne national est la Marseillaise. La devise de la
République est Liberté, Égalité, Fraternité.Son principe est : gouvernement du peuple,
par le peuple et pour le peuple.
Titre XII - Des collectivités territoriales
Art. 75. - Les citoyens de la République qui n'ont pas le statut civil de droit commun,
seul visé à l'article 34, conservent leur statut personnel tant qu'ils n'y ont pas
renoncé.
265

Art. 6- L Repubblica tutela con apposite norme le minoranze linguistiche

153

�Art. 75-1. - Les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France. (juillet
2008)

Lei sus eth regim especiau dera Val d'Aran
Títol I Art.2
1 Er aranés, varietat dera lengua occitana e pròpia d'Aran, ei oficiau ena Val d'Aran.
Tanben ne son eth catalan e eth castelhan, d'acòrd damb er article 3 der Estatut
d'Autonomia
de Catalonha.
2 Cossent damb er article 3.4 der Estatut d'Autonomia de Catalonha, er aranés a
d'èster objècte d'ensenhament e d'especiau respècte e proteccion, e se n'a de garantir
er us tant en sistèma educatiu, com ena activitat dera Administracion dera Generalitat
de Catalonha e des mieis depenents dera CCRTV, en territòri d'Aran.
3 Era Generalitat e es institucions d'Aran an d'adoptar es mesures que s'an de besonh
entà garantir eth coneishement e er us normau der aranés e entà possar-ne era sua
normalizacion.

Estatut d'autonomia de Catalunya 2006
Títol preliminar
Art. 6 – La Llengua pròpia i les llengües oficials
5- La llengua occitana, denominada aranès a l'Aran, és la llengua pròpia d'aquest
territori i és oficial a Catalunya, d'acord amb el que estableixen aquest Estatut i les
lleis de normalització lingüística.

La constitución española de 1978
Título preliminar
Art. 3
1- El castellano es la lengua española oficial del Estado. Todos los españoles tienen el
deber de conocerla y el derecho a usarla.
2. Las demás lenguas españolas serán

también

oficiales en las respectivas

Comunidades Autónomas de acuerdo con sus Estatutos.
3. La riqueza de las distintas modalidades lingüísticas de España es un patrimonio
cultural que será objeto de especial respeto y protección.

154

�BIBLIOGRAPHIE
Cinéma
Ouvrages

-PEYRUSSE, C., (1986). Le cinéma méridionale. Toulouse : Édition Eché

-AUZEL, D., (2002). Georges Rouquier, de Farrebique à Biquefarre. Paris : Édition
Cahiers du Cinéma la petite bibliothèque

-GAUTHIER, G., (1993). Le monde paysan , chapitre La parole populaire, Tradition
oubliée in Les chemins de René Allio. France : Édition Cerf. P 122

-ODIN, R. Les productions cinématographiques amateurs et le local. In Le « local
» dans l'histoire du cinéma coordonné par BRETEQUE, DE LA,

F., (2007). Montpellier : Édition Presse Universitaire de la Méditerranée

-VAUTIER, R., (1998). Caméras citoyennes, mémoires. Vendôme : Édition
apogée

-DEPARDON, R., (1997). La ferme du Garet. Arles : Édition Actes sud

155

�Revues
Les cahiers de la cinémathèque

-BRETEQUE, DE LA, F. N°79. (2008). Introduction. Cinéma régional Cinéma
national. Perpignan : Édition Institut Jean Vigo. P 5

-Le monde rural au cinéma. N°75. (2003). Perpignan : Édition Institut Jean Vigo

CinémAction

-DUVIGNEAU, M., et PREDAL, R., dirigé par. (1986). Cinéma et monde rural.
Paris : Édition Cerf

-BOSSENO, C. dossier réuni par. N°16, (1981). Tourner et produire au pays in
Cinéma paysan. Paris : L'harmattan. P 203

-HENNEBELLE, G., dirigé par. (1982). Cinéma d'en France (II). Paris : L'harmattan

Périodiques
-DONIOL-VALCROZE, J., (1953). Et Rouquier ?. Paris : Cahiers du cinéma n°3, p
42

-CAVAROC, V., (2007). La star stratégie de la région. Montpellier : Chicxulub, n°11.
Pp 18-20

-Rencontre MITTERRAND, J.J, DABOSVILLE, L., BARRABES, V., GRIZON, X.,
Les émotions à l'école sont-elles subversives?. O de conduite, n°53. Pp 3-7

Catalogue de Festival de Cinéma
-LAFONT, R., (1997). Le cinéma de l'impossible.19° festival Cinéméd de

156

�Montpellier . P 85

Webographie
-Centre National de la Cinématographie. Code du cinéma et de l’image animée

http://www.cnc.fr/ Dernière mise à jour le 9 avril 2010

-Les enfants de cinéma, Qui sommes nous?
http://www.enfants-de-cinema.com/

Cinéma occitan
Ouvrages

-TECIMEOC (Association Télévision Cinéma Méridional et Occitan) (2003). Interview de
Jean Charles Tacchella et Ginette Tacchella venu tourné Le pays bleu in Ciné-Vaucluse
Champ et hors-champ, cent de cinéma loin de Paris. Bollène : Édition Dolfin. P 118

Document
-FLECHET, J., (2005). Aide-mémoire pour Une histoire du cinéma de langue d'oc, établi à
partir des archives de Técimeoc.

Revues
Téciméoc (Télévision Cinéma Méridional et Occitan)

-N°1, (1977). Bulletin d'information, Association pour la Promotion et le développement de
la Télévision et du cinéma méridional et occitan, p 1
-N°3, (1978). Où en est Téciméoc?, p 24
-N°3, (1978). Cheminement, p 24
-FLECHET, J., N°4, (1979). Faire des films occitans ou faire occitanistement des films?,
p21
-FLECHET, J., N°5, (1979). Cinéma aux tripes, pp 6-9

157

�-FLECHET, J., N°5, (1979). Un labo près de Nîmes, p 19
-FLECHET, J., N°6, (1979). Proposition pour une politique de défense et de promotion
d'une télévision et d'un cinéma véritablement régionaux, pp 23-25
-LAGET, M. et FLECHET, J., N°9, (été 1980). Un comédien occitan : Claude Alranq, p 38
-TREMEGE, B., N°9, (été 1980). Histoire d'Adrien. P 29
-FLECHET, J., N°11, (hiver 1981). Un cinéaste languedocien, Jean MALIGE. P 5
-LAGET, M., N°12, (printemps 1981). La montagne Sainte Victoire, un cinéaste
méditerranéen. Pp 3-14
-LAGET, M., N°12, (printemps 1981). Les éveillés du VAL. Pp 33-37
-FLECHET, J., N°12, (printemps 1981). Une comédienne occitane : Catherine Bonafé. P
22
-FLECHET, J., N°13, (été 1981). Spécial Réforme de l'Audiovisuel. Une nouvelle
distribution enracinée dans la région. P 16 Un audiovisuel occitan. P 3
-LAGET, M., N°14, (automne 1981). Structure: Vidéo 13 – Marseille. P 8
-FLECHET, J., N°14, (automne 1981). Le mot qui fait peur. P 9
-RIPERT, I., N°14, (automne 1981). Vejaires. P 17
-FLECHET, J., N°14, (automne 1981). Lettre ouverte à J.P. Chabrol. P 36
-FOURCOU, F., N°15, (hiver/printemps 1982). Une structure : Les indépendantsde
Toulouse. P 15
-FLECHET, J., N°15, (hiver/printemps 1982). Un cinéaste occitan; Marcel Combes,
Directeur de la photographie. P 26
-N°18, (automne 1984). Le parcours de Michel Gayraud ou Grandeur du cinéma pauvre.
P6
-N°18, (automne 1984). Rubrique Aco Bolega. P 15

CINOC

-GAYRAUD, M., N°1, (septembre 1974). A propos des Camisards d'Allio. Pp 6-7
-N°3, (printemps 1974). Rubrique Production. p 13
-BAZIN, A., N°4, (1976). Pagnol par Bazin. Pp 50-51
-N°6, (1976). Ici et Maintenant 1. Torr et Benn. P 46

Journaux
AFP général

158

�-(Mardi 6 Décembre 1983). Neuvième fête du cinéma à Villeneuve d'Ascq
-(Samedi 14 Janvier 1984). « Le Montreur d'ours », film occitan, sort mercredi à
Toulouse

-(Mercredi 9 Juillet 2003). Décès du cinéaste occitan Henry Moline
La Dépêche du Midi

-MORETTO, C., (Vendredi 6 Novembre 2009). Francis Fourcou : « Ce monde à
besoin de paix et de pacification »

Midi Libre, Lozère

-(Mercredi 25 Juin 2008). Le foyer rural et la Loupiote offre un ciné goûter
-(Mardi 16 Juin 2009). « Le Montreurs d'ours » en projection dans la cour du
château

Sud Ouest

-(Dimanche 10 Octobre 2004). Inlassable promoteur des racines culturelles du
pays

CQFD

-LE DANTEC, B., (décembre 2009). Marseille sans soleil (Entretien avec Paul
Carpita, cinéaste populaire)

159

�Occitanie
Ouvrages

Contes et légendes

-VALIERE, M., (2006). Chapitre Le conte et son usage social in Le conte populaire
(Approche socio-anthropologique). Paris : Armand Colin. P 95-P 146

-LODDO, D., (2005). Legendas d'Occitània (Légendes d'Occitanie). Cordes :
Édition C.O.R.D.A.E./La Talvera. P 3

-LODDO, D., (1996). Contes e racontes de la ribièra d'Olt. Anthologie de conte
populaire occitan. Cordes : Édition C.O.R.D.A.E./La Talvera

Pratiques culturelles
-NELLI, R., et LAVAUD, R., (1966, 200). Les troubadours II, L'œuvre poétique (Le
trésor poétique de l'Occitanie). (Textes traduits). Paris : Édition Bibliothèque Européenne
Desclée de Brouwer. P 23

-(sélection des meilleurs articles consacrés aux artisans traditionnels par le
magazine CONNAISSANCE DU PAYS D'OC). (1979). Artisans du pays d'oc. Montpellier :
Les éditions de la Source

-POUDOU, F., et les habitants de COURSAN. (2000). Canton de Coursan-

Armissan-Coursan-Cuxac d'aude-Fleury d'aude-Gruissan-Salles d'aude-Vinassan.
Narbonne : Édition Opération Vilatge al païs, Ciném'aude. P 284
-PERBOSC, A. Le langage des bêtes, (Mimologismes populaire d'Occitanie et de
Catalogne). Carcassonne : Édition Garae/Hésiode. P 42

-JALBY, R., (1974). Sorcellerie et médecine populaire en Languedoc. Nyons :
Édition de l'Aygues.

160

�Occitanisme

-LAFONT, R., (2005). A ces cons de Français et ces couillons d'Occitans. Valence
d'Albigeois : Édition Vent de Terral. P 133
-LAFONT, R., (1974). La revendication occitane. Paris : Flammarion

-CASTAN, F-M., (1973). Décentralisation occitane, Interventions théoriques de
1961 à 1972. Auch : Édition Mostra del Larzac. P 100

Journaux
-VALENTIN, V., (2009). Une production audiovisuelle in L'occitan qu'es aquo.
Toulouse : Institut d'Estudis Occitans. p 13

Revue
-BARRUOL, G., (1983). (dirigé par) La terre et le sacré, Les protections religieuses
en haute Provence (1850-1950). Édition Les alpes de lumière 84. p 27

161

�Textes de lois

-Loi du 15 Décembre 1999. Norme en matière de tutelle des minorités
linguistiques. Publié dans la Gazette Officielle n.297 du 20 Décembre 1999. (Italie)

-La constitution du 4 Octobre 1958. Titre I, De la souveraineté, Article 2. Titre XII,
Des collectivités territoriales, Article 75, 75-1. (France)

-Lois sur le régime spécial du Val d'Aran, Titre I, Article 2. (Espagne)

-Statut d'autonomie de la Catalogne 2006. Titre préliminaire, Article 6, La langue
propre et les langues officielles. (Espagne)

-La constitution espagnole de 1978. Titre préliminaire, Article 3. (Espagne)

Webographie
-La guerre des Camisards. http://www.camisards.net/
mise à jour le 29 mai 2010
-Carnet de Route d'André Minvielle, Le points de voix des oeuvriers : Félix Castan,

Bernard Lubat http://www.larticole.org/carnet/2005/2005_12_31.html
25 juillet 2010
-Carte postale d'une bergère dans les côtes de Drablet. FRESSELINES (Creuse)
Collection ROY.G
http://www.fresselineshier.fr/Cartes%20postales/Personnages/Bergere_Drablet.jpg

le 15 aout 2010
-Passage d'ours dans l'Ain, LELEX. Phototypie A. Bergeret et Cie, Nancy Edition
GROSPIRON, Ariège.
http://etcomp.pagesperso-orange.fr/grospiron/ours.htm, 21 juin 2010

162

�Autres

Littérature
-DAUDET, A., (1869). Lettres de mon moulin. Évreux : Hachette. P 38

-DAUDET, A. Tartarin de Tarascon. Paris : Librio

-GIONO, J., (1930). Regain. Paris : Édition Livre de poche. P 142

Ouvrages
-SICRE, C., (2008). Quelques remarques pour contribuer à faire de Toulouse une

ville heureuse. Toulouse : Édition Sant-Carles. P 4

-DEVEAU, J-M., (1997). Textes rassemblés par. L'aude traversière.

Villelongue d'aude : Édition Atelier du Gué. P 89

Filmographie analysée
Les Camisards

Allio René

1972

Les ouvriers de la terre

Barbe Jean-Marie

2001

Les femmes et les hommes de Combrailles Barse.A/ Buvat-Rougeron.C/

2009

Champion.D et M/ Dubreuil.J/
Escarguel.E/ Greuzat.P/ Ricros.A/
Sagne.J
Meunier d'autan (Molinièr d'autan)

Breinan Pierre

1978

163

�Météo d'oc

Cambon Joël

2009

Malaterra

Carrèse Phillipe

2003

La lutte du Larzac 1971-1981

Cassard Phillipe

2003

Béziers chômage

CINOC

1979

Ouvrières de Furnon

Groupe CINOC: Gayraud Michel/

1978

Doumenc Michel/ Magnez Claude/
Perez Marie-Jeanne/ Pinéro Maité
Histoire d'Adrien

Denis Jean-Pierre

1980

Profil Paysan: Chapitre 1; L'approche

Depardon Raymond

1998

Profil Paysan: Chapitre 2; Le quotidien

Depardon Raymond

2004

Profil Paysan: Chapitre 3; La vie moderne Depardon Raymond

2009

Parli doas lengas, tres lengas

Dutech Lætitia

2001

L'oeuvre au tambour/L'obra tambornesca

Fages Lhubac Ma J'osais

2008

L'orsalhèr

Fléchet Jean

1982

La Fam de Machougas

Fléchet Jean

1964

La Sartan

Fléchet Jean

1963

La naissance de langue de Peille

Fléchet Jean/ Alranq Claude

Le Mont Ventoux

Fléchet Jean

1979

Bufola e lo lop blanc

Fourcou Francis

1983

Trobadors

Gayraud Michel

1996

Crosada

Gayraud Michel

1997

Protestantes

Gayraud Michel

2000

Drôle d'accents

Khanne Marc

2007

Les Pailhasses

Lajoux Jean-Pierre

1980

Les montreurs d'images

Lloret Florence

1995

Jacquou le croquant (série en 6 épisodes

Lorenzi Stellio

1969

L'aubre vièlh

Moline Henry

1978

Jorgi Reboul. A trest un jorn que bofava lo Moline Henry

1975

mistrau

164

�En viatge

Nicoli Elisa

2010

Bordilhas

Pessemesse Pierre

1980

Dins la nuèit de las paraulas

Piniès Jean-Pierre

2009

Les porteurs de noms (le village de

Roche Roselyne

2002

Sajueix)
Émissions Jeunes Vidéos

Vidéo Animation Languedoc

(V.A.L)

1992

Tempestaïres et faiseurs de pluie

Valentin Stéphane

2002

Se canta

Valentin Stéphane

2006

165

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              <text>Aici e ara (Ici et maintenant) : La représentation de l'Occitanie par ses cinéastes / Mathilde Boé</text>
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              <text>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;M&amp;eacute;moire de master 1 Art du Spectacle option Cin&amp;eacute;ma (Universit&amp;eacute; Paul-Val&amp;eacute;ry Montpellier-III) sous la direction de Monique Carcaud-Macaire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce m&amp;eacute;moire interroge la pr&amp;eacute;sence de l'Occitanie dans les films. Qu'est-ce qui dans les films revendique, par la repr&amp;eacute;sentation, l'identit&amp;eacute; r&amp;eacute;gionale? Comment l'Occitanie habite-t-elle le cin&amp;eacute;ma? C'est le mot, habiter, qui va avoir une grande place dans ce cin&amp;eacute;ma. Habiter sera utilis&amp;eacute; dans le sens de hanter, parce que ce mot va occuper de mani&amp;egrave;re obs&amp;eacute;dante l'esprit, l'imagination des cin&amp;eacute;astes. Mais habiter c'est aussi ce qui sera l'acte principal des cin&amp;eacute;astes, habiter l'endroit qu'ils d&amp;eacute;sirent et y travailler. L'Occitanie va se trouver en filigrane, ou avec force, imbriqu&amp;eacute;e dans ce cin&amp;eacute;ma. Les cr&amp;eacute;ateurs, partant ou non d'une d&amp;eacute;marche militante, donneront la voix &amp;agrave; cette Occitanie soumise depuis huit si&amp;egrave;cles &amp;agrave; la France, gardant en t&amp;ecirc;te que le cin&amp;eacute;ma doit &amp;ecirc;tre la langue premi&amp;egrave;re. Comment peut-on alors identifier cet ensemble des pays de langue d'oc &amp;agrave; travers un cin&amp;eacute;ma? Qu'est ce qui, en eux, t&amp;eacute;moigne et donc affirme la culture occitane?&lt;br /&gt;Ce m&amp;eacute;moire se compose de trois parties. Dans la premi&amp;egrave;re, il &amp;eacute;tablit un historique de ce cin&amp;eacute;ma, en s'appuyant sur la revue T&amp;eacute;cim&amp;eacute;oc. Cette revue est l'&amp;eacute;l&amp;eacute;ment principal qui mettra en lien les cr&amp;eacute;ateurs d'expressions cin&amp;eacute;matographiques en Occitanie.&amp;nbsp; La seconde partie s'articule en trois ensembles regroup&amp;eacute;s par th&amp;egrave;mes : la sociologie de l'occitan (l'habitant), les identit&amp;eacute;s culturelles, enfin&amp;nbsp; l'&amp;eacute;mergence de la revendication. La troisi&amp;egrave;me partie red&amp;eacute;finit le cin&amp;eacute;ma occitan, ses particularit&amp;eacute;s, la d&amp;eacute;marche dans laquelle il s'inscrit, et les limites auxquelles il est confront&amp;eacute;. La m&amp;eacute;thode adopt&amp;eacute;e pour aboutir &amp;agrave; ce travail a &amp;eacute;t&amp;eacute; une typologie des films &amp;laquo; occitans &amp;raquo;, &amp;eacute;labor&amp;eacute;e dans le domaine sociologique. Ce m&amp;eacute;moire met en relation un corpus de trente-six films, r&amp;eacute;alis&amp;eacute;s de 1963 &amp;agrave; 2010, ils dessinent une repr&amp;eacute;sentation de l'Occitanie.&lt;br style="text-align: justify;" /&gt;&#13;
&lt;div&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&#13;
&lt;/div&gt;</text>
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              <text>Aici e ara (Ici et maintenant) : La représentation de l'Occitanie par ses cinéastes / Mathilde Boé </text>
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              <text>&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Universit&amp;eacute; Paul-Val&amp;eacute;ry Montpellier III&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&#13;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;img src="http://www.locirdoc.fr/E_locirdoc/images/stories/um3.jpg" alt="" height="130" /&gt;&lt;/p&gt;&#13;
&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;</text>
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