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                  <text>INTRODUCTION
Aü

BREVIARI D'AMOR
DE

MATFRE

ERMENGAUD
PAR

GABRIEL AZAIS
Secrétaire de la Société

Archéologique de Béziers ; membre corres¬

pondant de la Société des

Antiquaires de France.

BÉZIERS
IMPRIMERIE DE J.

DELPECH

1864

*

����INTRODUCTION
fi T-®

AU

BREVIARI D'AMOR
DE

MATFRE ERMENGAUD

PAR

GABRIEL AZAIS
Secrétaire de la Société

Archéologique de Béziers

;

membre

pondant de la Société des Antiquaires de France.

C.I.D.O.
BÉZIE8S

BÉZIERS
IMPRIMERIE DE T. DELPECH
1864

corres

��INTRODUCTION.

«=o*c=»

auquel nous allons nous
livrer, devant porter tant sur le fond de celte composition
que sur sa forme., se divise naturellement en deux parties.
La première, qui contient l'analyse des chapitres les plus im¬
portants de cette œuvre considérable et un aperçu des autres,
est nécessairement plus longue que la seconde. Nous nous
sommes efforcé d'en resserrer le cadre, sans cependant rien
omettre de ce qui devait y entrer.
L'examen du Breviari d'Amor,

PREMIÈRE
EXAMEN

PARTIE.

ANALYTIQUE F.T CRITIQUE nü

POÈME.

I

Nous

présenterons d'abord quelques observations puisées
grande partie dans le préambule 1 du Breviari sur le
nom et la
patrie de l'auteur, sa condition et ses qualités sur
en

,

1

Ce préambule se compose

de deux cent soixante vers.

�la date de

son

œuvre, sur

les Sommes et autres ouvrages

point de vue, sur la langue dans
d'Ermengaud et enfin sur son titre.

même

au

du

siècle tirés d'un même fonds de connaissances et composes

xiiic

celui

laquelle est écrit

moine, toute consacrée à la prière et à l'é¬
devait avoir peu de retentissement au dehors à une
époque où les moyens de publicité faisaient presque complète¬
1. La vie d'un

tude

,

défaut. Nous devons d'ailleurs supposer que

ment

les écri¬

religieux , moins ambitieux de renommée qu'on ne l'est
aujourd'hui, ne se donnaient pas autant de peine pour y par¬
venir. Aussi la plus grande obscurité règne-t-elle sur la vie de
plusieurs d'entre eux? Les documents nous manquent pour
écrire celle d'Ermengaud. Malgré toute la célébrité dont il jouit
de son vivant, Vincent de Beauvais qui a composé sous le
nom de Spéculum la plus vaste encyclopédie du moyen-âge ,
qui fut, comme Saint Thomas d'Aquin , un des familiers du
roi Saint Louis et probablement son lecteur et son biblio¬
thécaire n'a eu que longtemps après sa mort.1 des biographes,
qui ne nous apprennent même pas d'une manière certaine le
vains

,

-

lieu et la date de sa naissance.

silence de ses contem¬
porains à l'égard de Malfre Ermengaud 2 dont la vie fut plus
Nous

4

ne

devons donc pas nous étonner du

Echard et

ron :

Quétif: De scriptoribus ordinis prœdicatorum; Tou-

Vies des Dominicains illustres.

2 Le nom
doMatfre ou Maffre, fort répandu encore aujourd'hui
dans la contrée de l'ancien diocèse de Béziers, est le môme que celui de

Man fred et Mainfroi. Un troubadour donne ce nom à ce
Sicile, que ses sujets appelaient Manfredi, et qui fut détrôné
par Charles d'Anjou en 1266 :

Mat fred,

roi de

Oi ! rei Matfre

Qu'ieu tenc

,

per

Raynouard,

vos es tan poderos
fol celh qu'ab vos pren contens.
Oh. d. p. orig. d.Troub. IV, 186. Qu'or qu'en trobes.

Quant au nom d'Ermengaud, nous le trouvons souvent, au xme et
siècles, sur les listes des fonctionnaires du pouvoir communal de
Béziers. Plusieurs abbés et évêques d'Agde, de Saint-Cbinian, de Valmagne et de Narbonne le portèrent aussi à une époque antérieure, il y
eut également des comtes de Bouergue, d'Albigeois et d'Urgel,et un
xive

vicomte de Lodève du

nom

d'Ermengaud.

�—

3

-

«"tirée et dont les ouvrages
n'excitèrent pas autant d'admira¬
tion. S'il eût vécu aux beaux jours de la
poésie provençale,

.c'est-à-dire
■vivant ou à

un siècle
plus tôt, sa biographie écrite de son
l'époque de sa mort, aurait pu parvenir jusqu'à
nous, comme celle d'un grand nombre de troubadours. Mais
il n'a
pas été considéré comme tel par l'auteur .ou les auteurs
ries biographies manuscrites de ces poètes éditées
par
Itaynouard ' .presque toutes consacrées à ceux-là seulement
qui chantèrent les grandes dames et exaltèrent leurs perfec¬

tions et leur beauté. Les
xme

siècle

s'il

noms

existait

des troubadours de la tin du

à.cette époque, se rencon¬
biographies. Celle d'Ermengaud, dont
nous ne connaissons qu'une seule ,chanson 2
et qui n'a pas
d'autre droit au litre de troubadour ne devait pas s'y trouver
quand elles se taisent sur Giratid Riquier de Narbonne, dont
le talent et les nombreuses productions auraient relevé la
poésie provençale, si elle avait pu vivre dans les nouvelles
conditions sociales qu'avaient faites au Midi les réunions suc¬
,

trent rarement

en

dans

encore

ces

,

,

cessives des comtés et vicomtes à la

,

couronne

de France.

Ermengaud n'est pas non plus mentionné dans l'Histoire de
Languedoc, qui contient d'importants détails biographiques sur
plusieurs troubadours.
Ce n'est que dans le Breviari que nous recueillerons quelques
indications rares, mais précises sur son auteur. Nous
y lisons
d'abord qu'il était de Béziers,
Matfres

Ermengaus de Bezers,

assertion

qui se trouverait au besoin confirmée par quelques
passages du Breviari. Ainsi un habitant de Béziers reconnaîtra
aisément l'écrivain biterrois dans la peinture que fait Ermen¬
gaud des habitudes ides bourgeois de
Sezen tot jorn en

1

2

son

temps

,

la plassa.

Raynouard, Ch. d. p.
Cette chanson

a

été

orig. d. Troub. V.
publiée pour la première fois

Soc. Arch. de Béziers. Bullet. 2e série

,

1, 27t.

en

entier

par

la

�_

4

-

après tant de siècles: Nous souli¬
gnons le mot plassa parce que nous pensons que l'auteur a
voulu désigner une place particulière de la cité 1, où , à l'exem¬
ple de leurs ancêtres, se réunissent encore les bourgeois de
Béziers. Cette place était vraisemblablement la seule au temps
d'Ermengaud; celles qui existent de nos jours auprès des
églises étaient alors des cimetières.
Dans un autre passage du Breviari se trouve mentionnée
une tour ou prison de la Malapague où l'on enfermait les mau¬
vais payeurs. C'est encore vraisemblablement un écrivain
biterrois qui a consigné cette mention dans son ouvrage ; car,
au xme siècle et depuis un temps immémorial, il existait
à la cour royale de Béziers un local appelé maison de la Malahabitudes restées les mêmes

uniquement destiné à la détention

pague,

gées et contraintes eu vertu du
ville 2

Une

.

rue

aboutissant

aux

des personnes obli¬

Scel mage et rigoureux de cette
anciennes prisons

,

qui occu¬

paient l'emplacement et peut-être les bâtiments de l'ancienne
cour royale, est encore appelée rue de la Malapague 3 .
Ermengaud nous montre aussi son origine biterroise dans
son Perilhos tractat, lorsqu'il y jure par le saint auquel est
dédiée l'ancienne église cathédrale de Béziers , S. Wazari
Mossenhor.

relèverons

Enfin et ceci ne sera pas moins concluant, nous
dans le Breviari un bon nombre d'expressions de l'idiome
rois , qui s'y trouvent encore aujourd'hui.
,

biter¬

Cette place porte le nom de Place aux Herbes. C'est une bourse
plein air où se tient tous les vendredis un marché de vins et de

1
en

trois-six.
2

Item est in domo

locus

seu camera

regiâ, in quâ est cúria Biterris regia . quidam
ordinatus, qui vocatur domus Malepaguœ

semper

tempore, quôd de înitio memòria hominum in eontrarium non
existit, solùm destinatus pro detentione personarum obligatarum ad
vires et rigores dicti Magni Sigilli.
Acte de l'année 1254 relatif au Scel mage et rigoureux de la ville de

à tanto

Péziers.
3

Notre

Lodève

impartialité nous oblige à reconnaître qu'il
prison de la Malepague.
Mémoires du Languedoc, livre-II.

une

Catel

,

existait à

�nnengaud nous donne ensuite la date de son poèine :
En l'an que

hom

,

ses

falhensa,

Comtava de la nayssensa
De Jesuin Crist M. e .cc.

1

txxxvm.

11

appartient donc

.

au xme

ni la date de sa naissance

siècle. Nous

ni celle de

ne pouvons

sa mort.

Mais

préciser

nous avons

qu'il vivait plus de vingt ans après l'expiration
parmi les personnes ecclésiastiques
contribuables à une dîme levée en 1322 dans, le diocèse
de Bézicrs, ligure sans autre désignation un Matfredus
Ermengaudi imposé pour une somme de dix-huit deniers -.

lieu de croire
de

ce

1

siècle, lin el'let,

L'auteur de

XImage du Monde, Gautier de Metz suivant les uns ,
date à peu près de la même manière

et selon d'autres Osmon de Metz
son

,

poème :
Cis livres fu

premier fais,

Qui premièrement fut parfais
As Rois, à l'aparission
En l'an de

l'Incarnation

M. CC. XLVII.

.

.

4

«

•

.

Incipit du rouleau des contribuables : « Compolus unius intégré
diòcesis b i terrensis, ad duos annos ,
illustri régi Franeorum domino Carolo, à sanctissimo pâtre domino
2

decime unius anni, civitatis et

arduis negotiis regni sui,
apostolicum, juxtà antiquaseteonsuetas taxationes, et de monetà communiter currente ,
per duassolutionessingulisannisdictorum duorum annorum , videlicet medietatem- unius decime prime in festo beati Andree apostoli,
et aliam medietatem in tune proxime sequenti festo Penthecostes ,
Johanne papa xxn concesse pro magnis et
solvende cidern domino régi juxtà mandatum

sequpnti per eosdem terminos exsolvatur,
discretum virum Raimundum de Andabro, thesaurarium
domini Biterrensis episcopi, collectorem in eivitate et diòcesi predictâ
per dominum episcopum Biterrensem deputatum , de et pro
terminis beati Andree apostoli anni nafivitatis Christi M. .ccc. .xxir.
et festi Penthecostis anni M. .ccc. .xxiu. proxime venientis, à personisecclesiastieisexemptiset non exemptis infrà scriptis civitatis et
secunda verò décima in anno
levate per

,

diòcesis memorate.
Archives de

Tarascon-sur-Rhône.

�G

—

—

Notre auteur fut presque

le contemporain d'Alberl-le-Grand,
d'Aquin, de Vincent de Beauvais de Roger
Bacon, de saint Bonavcnture, d'Alexandre de Halès et de plu¬
sieurs autres non moins célébrés, qui par leurs immenses tra¬
vaux ont rendu un service
signalé à la science et à la civilisalion en conservant le trésor des connaissances des grecs, des
latins et des arabes, et ont l'ait ainsi du xme siècle trop long¬
temps mal jugé une époque de renaissance pour les lettres
les sciences, la philosophie et les beaux-arts. La
gloire de cette
de saint Thomas

,

,

,

,

rénovation intellectuelle revient surtout

ordres mendiants

aux

qui, selon Cuvier 1 lurent établis par le clergé pour main¬
tenir la supériorité qu'il avait eue jusque-là dans les lettres et
les sciences
dont les anciens ordres monastiques, devenus
excessivement riches négligeaient l'étude;
Ermcngaud était frère mineur ou cordelicr; 11 ne se donne
jamais cette qualité dans le breviari; mais nous la trouvons
dans la rubrique de la lettre par lui écrite à sa soeftr, dont
nous avons annoncé la publication.
Il était aussi, c'est lui qui nous l'apprend :
,

,

,

Sentier

en

leys

d'amor

e

sers

Dans

quel sens devons-nous entendre cette qualification de
leys, équivalente à celle de chevalier ès-lois, qu'oïl
donnait à celte époquè aux légistes ? S'agit-il ici des lois
civiles ou des lois canoniques ? Ermengaud
avait-il étudié le
senher

en

code théodosienou les livres de Justinien à

une

des écoles de

jurisprudence civile établies à Montpellier et à Toulouse, ou
bien n'avait-il appris que les lois ecclésiastiques, c'est-à-dire
fes décrétâtes de Grégoire ix ?
Les papes, au moyen-âge
avaient plusieurs fois interdit
en France l'étude des lois civiles dans les
pays de droit coutumier, mais jamais dans ceux de droit écrit, où les lois romai¬
nes
étaient publiquement enseignées. Nous voyons au
,

1

Cours

sur

ilrev.

v.

l'élude des sciences naturelles,
10.
t

2

�siècle un évoque de Monde, Guillaume Durand 1 , qui
professé à Bologne le droit canonique , se livrer aussi à
l'étude des lois romaines, et réunir dans son Spéculum juris
ses connaissances dans l'une et l'autre jurisprudence.
En l'absence de tout autre document la signification donnée
ordinairement au mot leys doit dissiper nos doutes. Ce
mot ne s'appliquait qu'aux lois civiles ; celles de l'église
s'appelaient décret. C'est le titre d'une compilation faite , en
Mol, des canons des conciles, des lettres et décisions pon¬
tificales et de certains passages des Pères de l'église par
Xinfi

avait

bénédictin2

Gratien moine

:

t.o decret

On Gracias mot ben tractet.
Itrev.

Nous trouvons la distinction entre

parfaitement établie dans le vers
de Corbiac

9

les mots leys et decretz

suivant du Trésor de Pierre

:

De

ley ni de decretz n'ai après anc granmens

Nous devons donc

admettre

3.

qu'Ermengaud était maître ès-

lois civiles. Nous verrons, en examinant son Périlleux Traité
de l'amour des dames, qu'il tenait singulièrement à celte qualilication.
dans

une

Elle était tellement recherchée de son
bulle de 1254 le pape Innocent IY se

préférence donnée par les aspirants au

temps que

plaint de la

sacerdoce à l'étude des

Specu'ator, est né au château

de

diocèse de Béziers, vers l'an 1232. 11 mourut à Rome
1296. C'est un point parfaitement établi dans une note de l'Histoire

en

1

Guillaume Durand, surnommé

Puimisson

,

Languedoc,

iv,

S47, où sont réfutées les

font naître dans une autre
2

.

.

,

diocèse.

Grazian

Aiutò si che

che l'uno e l'altro foro
piacque in paradiso.
,

Parad. X,

Dante
3

place Gratien dans son Paradis.

Trésor, v. 564.

de

assertions de ceux qui le
terzctto 5Î).

�8

—

—

philosophie ef de la théologie , et
désormais aucun avocat
ne pourra prétendre
aux
prébendes, honneurs et dignités ecclésiastiques , ni même
aux bénéfices inférieurs, s'il n'a fait les preuves de capacité
requises dans la faculté des arts.
Le second titre d'Ermengaud celui de servant d'amour
sers d'amor, a besoin aussi d'être expliqué. On appelait ainsi le
ehevalier ou le troubadour qui, voyant sa poursuite agréée par
sa dame,
s'engageait envers elle par un serment de vassalité ,
après en avoir reçu solennellement un gage. C'était l'amour
chevaleresque, devenu presque une institution sociale aux
xne et xme siècles. Mais cet amour n'était souvent qu'une
fiction qui servait de thème aux poésies des troubadours.
C'est ainsi que nous lisons dans la biographie romane d'Hugues
de Sáint-Cyr qu'il sut se feindre amoureux des dames pour
lesquelles il composait de belles chansons. Comme ces chansons
constituaient la véritable poésie, celle qui était la plus goûtée
et la mieux récompensée, tout homme qui aspirait au titre de
poète, laïque ou clerc, appliquait son esprit à en composer.
Nous ne devons pas entendre autrement le titre de servant
d'amour que s'attribue notre moine et ces vers du Breviari
oïi il se glorifie de son grand savoir en cette matière :
lois civiles

sur

celles de la

décide que

,

Eu soi

complitz
grazitz 4.

en ver amor

E sobeiranamen

Gela

signifie seulement qu'il connaît la théorie de l'amour
chevaleresque et les règles fort compliquées des chansons
dont il était le sujet. Nous avons déjà mentionné une pièce de
ce genre de sa
composition b et remarqué son silence sur le
nom de sa dame,
qu'il déclare cependant la plus aimable de
toutes celles qui portent ruban au cou, voile ou bandeau sur
la tète 2.
4

Brev.

v.

'97-8.
2 E

amer

la

plus plazen

Donna, e plus de faisso
Qu'a son col portes cordo
Ni-

en son

cap

vel ni benda.
ÜREGZ

DE

KATURÂc

�D

-

-

Quoique l'auteur du Breviari nous apprenne dans les
premières pages de son œuvre qu'il ne connaît ni la théologie,
á.

ni

l'astronomie, ni l'histoire naturelle, ni la

géométrie, ni la

physique, ni enfin les Écritures saintes 1 , on y trouve cepen¬
fragments de ces diverses connaissances, la tréométrie exceptée, A l'égard des Écritures saintes, les citations
qui le remplissent donnent un démenti continuel à son asser¬
tion que nous devons attribuer au même sentiment de mo¬
destie qui le fait se comparer à l'ànesse de Balaam, qui ne
parla que par la vertu de Dieu. Cette modestie , qui sied bien
à un frère mendiant, ne l'empêche pas d'étaler avec complai¬
sance son érudition dans toutes les
pages de son poème. Dès
le début, il la compare à un trésor, qui serait perdu s'il res¬
tait caché, et qu'on doit répandre pour le profit de tous. La
même comparaison se trouve dans une chanson de Bernard
d'Auriac, troubadour de Béziers, contemporain d'Ermengaud :
dant des

,

Re

no

val sabers

qui nol despen

;

Que s'aviatz mil marcs d'aur o d'argen ,
Els teniatz rescondutz nUeg e dia,
Ja quel tesaurs autre pro nous tenria 2.

Cette habitude de

qualifier le savoir du nom de trésor était
un
grand nombre d'ouvra¬
encyclopédiques, tels que le Trésor de maître Pierre de

alors fort usitée. On intitula ainsi

ges
Corbiac et celui de Brunetto Latini.
Tous

Miroirs

ouvrages, qu'ils s'appellent Trésors, Sommes,
Images, ont entre eux beaucoup de traits de res-

ces
ou

1

ien

no

soi

Ni soi ges

teologias

astronomias
Quar lunh temps astronomia
,

auzi, ni geometria ,
Escripturas
Ni fizica, ni naturas.
Non

Ni las sanctas

,

Y. 237'et suiv.

2

A. rien

aviez mille
nuit

sert le savoir

quand on ne le dépense pas. Si vous
d'argent et que vous les tinssiez cachés la
et le jour, ce trésor ne vous serait d'aueune utilité. »

«

ne

marcs

d'or

ou

Bullet. de la Soc. Arch. de

Béziers, 2e sèrie, /, 197.

�-

10

-

reconnaître qu'ils oirt été' composés
époque et tirés d'un fonds commun de connais¬
sances puisées dans les auteurs profanes, les livres saints et
ceux des Pères de l'Église. A l'exception de Roger Bacon, qui
sut trouver des voies nouvelles et à qui sont dues plusieurs
découvertes scientifiques, et notamment la réforme du calendrier
Julien
de saint Thomas d'Aquin 2 , qui brille au-dessus de
scntblflucc. li csl facile de
vers

la même

les autres par sa supériorité dans les
les auteurs de sommes et autres livres
tous

études théologiques,
du même genre ne

peuvent être considérés que comme de patients compilateurs ,
qui devraient être tous placés sur la même ligne, si l'un n'avait

plus grand nombre de connaissances dans son ency¬
clopédie, si celui-ci n'avait trouvé une meilleure méthode d'ex¬
position, si enfin l'antériorité delà date ne donnait à tel autre
la priorité de rang.
Cette priorité appartient à l'Image du monde d'Honoré 3,
théologal de l'église d'Autuu, écrite en latin et composée vers
! 120. Vient ensuite le grand ouvrage de Vincent de Beauvais,
commencé dans la première moitié du xme siècle et terminé
en 1236. Ce serait la plus complète des encyclopédies de ces
époques, si le Spéculum morale, qui lui a été attribué, était son
ouvrage. II n'est pas de sujet qui n'ait sa place dans les trois
autres Spécula naturale, doctrinale et historiale, qui embras¬
sent tout ce que l'on savait au xiue siècle sur Dieu, l'univers
réuni

et

un

l'homme.

grande division en trois Spécula est ce qui mérite le
plus d'être signalé dans le mode d'exposition de Vincent de
Beauvais. Celui de chaque partie n'a rien qui le distingue des
La

1

La

réforme du calendrier

de Jules César, qui ne

fut faite

qu'en 1582 sous le pontificat de Grégoire XIII, avait été proposée par
Roger Bacon à Clément IV plus de trois siècles auparavant.
2 Dante
place saint Thomas d'Aquin dans la sphère du soleil avec
Albert de Cologne, saint Denis l'aréopagite , saint Ambroise , Boëce ,
saint Isidore, Béde, Richard de Saint-Victor etSéguier.
3 Honoré
d'Autun, connu aussi sous le nom à'Bonorius le Soli¬
taire, composa, indépendamment de son Imago mundi, plusieurs
ouvrages théologiques et liturgiques.

�—

ií

-

ouvrages du même genre. Ainsi, dans le Spéculum naturak,il expose jour par jour l'œuvre de la création , comme l'avait
fait avant lui, dans un ouvrage dont il s'est beaucoup servi, le
savant

cordeliér Guillaume de Conches-,

qui vivait

au

siècle

précédent.
Toutes les

' et le

plus grand nombre d'ouvrages
scientifiques de cette époque sont écrits en latin. C'était la
langue savante, c'était aussi la langue universelle dans ce
sens qu'il se trouvait dans tous les
pays des hommes capables
de la comprendre et de l'écrire. Mais le nombre de ees lettrés,
presque tous revêtus du froc monacal, était restreint et le
devenait tous les jours davantage. Les laïques, en général,
ne connaissaient
pas le latin. Leur ignorance était extrême a,
eomme nous
l'apprend Ermengaud dans ces deux vers du
Breviari

sommes

:

Laygua
Que non

son

gen

d'au! enfePdemen.
V. 1871-2.

L'étude

Plusieurs
à

du latin allait même s'afï'aiblissant

dans l'église.
évèques cherchèrent à la ranimer. Un concile tenu

Béziers,

en

disciplinaires,

1234, contient,

une

au

milieu d'autres

disposition formelle

sur ce

mesures

point.

Lés ouvrages dont nous venons de parler ne s'adressaient
donc

qu'à

nombre fort limité de lecteurs, et leurs enseigne¬
perdus pour ceux à qui ils auraient été le plus
nécessaires. Delà vint, sans doute, à quelques esprits la pensée
d'écrire dans la langue parlée. Alors parurent le tfésor de
un

ments étaient

1

Parmi le

grand nombre de Sommes composées au xme siècle,
Prepositivns, de Simon de
Tournay, de Jean de La Rochelle, d'Alexandre de Halès et d'Albert nous

mentionnerons seulement celles de

le-Grand.
5

chapitre I" de son histoire Florentine, Ricordano Malespini
qu'il écrit son livre pour l'instruction de tous ceux qui le
liront, qu'ils soient lettrés ou laïques.
Au

annonce

�M

-

-

Latini cil prose française, 1 et son Tesoretto en vers
italiens, l'Image du Monde de Gautier de Metz en vers fran¬
çais et les deux poèmes romans de Pierre de Corbiac et de
Brunetto

Ermengaud. Dante lui-même qui, dans le Convito
appelle le latin signor, et l'idiome de son pays servo, qui a
écrit ses traités de Vulgari Eloquio et de Monarchia dans la
langue suzeraine, adopte résolument pour son grand poème,
tout d'actualité, la langue vulgaire accessible au plus grand
nombre, et abandonne, comme ne pouvant être compris que de
quelques clercs, les sept premiers chapitres qu'il en avait écrits
Ma'.fre

en

l'idiome maternel, qu'il proclame

latin. Son amour pour

lui a porté bonbeur. La glorieuse destinée de
ia Divine Comédie lient en partie au choix qu'il en a fait pour

dans le Convito,

l'écrire.

devait être
écrit dans leur langue. C'est le motif de la préférence que lui
a donnée Ermengaud; car il lui eut été cent fois plus facile,
comme il nous l'apprend 2
de se servir du latin. Son inspira¬
tion a été plus heureuse encore que celle de Dante. La Divine
Comédie quand même elle eût été composée dans une autre
langue, aurait trouvé parmi les savants des lecteurs , des tra¬
ducteurs et des commentateurs, tandis que le Breviari, oublié
depuis plusieurs siècles, doit sa résurrection à celle dans la¬
quelle il est écrit.
Le Breviari

destiné à l'instruction des laïques

,

,

pourrait se méprendre sur le titre du Breviari,
que le mol Amor qui s'y trouve pourrait donner lieu à de
fausses suppositions, nous nous empressons de déclarer que
ce
poème n'est pas un traité de l'art d'aimer dans le genre de
celui que composa en latin, au xne ou au xive siècle, maître
3. Comme

on

et

une innovation. On ne se permettait la prose que pour
écrits en latin. Ceux qui l'étaient dans les langues
avaient besoin du prestige de la poésie pour se faire accepter.
1

C'était

les

vulgaires

ouvrages

2 Car estiers me

fora c- tans

leugier tractar en lati
Que dir en romans, so vos

Pus

brev.

fi.
shi-5-6.

�-

13

-

royale de France. 1 Les idées
l'époque où
Ermengaud composait son "Breviari. Depuis le milieu du
xme siècle, s'il existait encore des poètes rimant en langue
provençale,2 il n'existait plus en réalité des troubadours. Le
changement de domination avait produit un changement dans
les mœurs L'avarice avait remplacé la noble générosité des
seigneurs, et la tristesse avait assombri leurs manoirs où ,1a
châtelaine recevait naguère, au milieu d'une cour joyeuse, les
Chapelain de la

André

d'amour

cour

chevaleresque avaient fait leur temps à

hommages des

troubadours.

Les Fleurs du Gai

savoir font du mot Amor le

synonime

litre. Mais c'est,
cet'e appel¬

poésie ; Leys d'Amor, tel est leur second
surtout, à la poésié galante que pouvait s'appliquer
de

lation, venue du sentiment qui l'inspirait. L'œuvre d'Ermengaud ne rentre pas dans cette catégorie ni pour les sujets
traités, ni pour le rhythme. Le mot Amour, ainsi que nous
le verrons dans l'arbre généalogique qu'il en dresse, y est pris

plus étendu. C'est l'amour mystique qui unit les
de la sainte Trinité, c'est l'amour créateur de
tout ce qui existe, l'amour de Dieu et du prochain, l'amour de
l'homme pour les biens terrestres, l'amour des créatures entre
elles, l'amour du père pour les enfants.
Quant au mot Breviari, qu'Ermengaud parait seul avoir
employé comme titre d'un ouvrage écrit dans la langue d'Oc,
Suétone.et plusieurs autres auteurs latins cités par Ménage

dans le

sens

le

trois personnes

Le livre d'André le Chapelain, rempli d'allégories, est un code
complet des règles de l'amour, tel qu'on le comprenait dans ces temps
reculés. Une foule de questions y sont discutées et résolues. On y
trouve des aphorismes qui annoncent ou une grande naïveté ou une
profonde corruption dans la société de cette époque. Raynouard fixe à
l'année 1170 la date de ce livre ; M. Frédéric Diez, dans son Essai sur
les cours d'amour ne pense pas qu'il ait pu être écrit avant le
1

xiv«

®

siècle.
Les mémoires

de l'Académie des sciences, arts

Toulouse, 5e série, t. TV , contiennent des vers,
sirventes, des danses, des tensons et des planhs,

première moitié du xrve siècle.

et belles-lettres de
des chansons, des
composés dans la

�11

—

s'en sent servis ;

—

tel est 1c Breviarium historiée

romance com¬

posé par Eutrope. On connaît aussi le Breviarium Aniani ,
abrégé fdu code Théodosien promulgué à Aire, en 506, par
Alaric. Ce titre fut adopté pour les livres d'église longtemps
avant la composition de notre poème, vers 1080. Au moyenâge, plusieurs ouvrages scientifiques le reçurent aussi. Nous
ne citerons que le Breviarium aureum Juris de Guillaume
Durand et un Bréviaire de musique conservé à l'école de
médecine de Montpellier. Le docteur Sachs, éditeur du Trésor
de Maître Pierre de Corbiac, 1 mentionne dans son Introduction
plusieurs autres livres intitulés de la même manière.
II.

L'œuvre d'Ermengaud commence par une

exposition 2 allégo¬

rique, qu'il appelle l'Arbre d'Amour. C'est sous une forme
étrange, qui paraît être une invention de l'auteur, le plan du
poème. Ce plan, qui en relie toutes les parties, doit d'autant
plus être remarqué que presque tous les ouvrages de la même
époque en manquent complètement. Ainsi Brunetto Lalini et
Gautier de Metz divisent l'un son Trésor, l'autre son Image du
Monde en chapitres qui, n'ayant pas de lien commun , pour¬
raient sans inconvénient être placés dans un ordre différent.
Pierre de Corbiac ne fait dans son poème, qui a la sécheresse
d'un programme, que rémunération de ses connaissances , si
variées selon lui que deux ans ne lui suffiraient pas pour en
faire l'exposition,
Nous

o

auria

dig de dos

ans

totz ver cens.
V.

208,

1

Brandebourg, 1839.
L'exposition ou l'explication de l'Arbre d'Amour comprend six
cents trente-deux vers, sous douze
rubriques. Première rubrique :
2

Aysj
ou

comensa

douzième

d'amor

la

matèria

rubrique

:

de

l'arbre d'amor

en general :

Dernière

Ayssi mostra que l'expositios de l'albrè

se deu far d1ssenden

quar amor dissen.

�îl

emploie constamment ces mêmes formules : Je sais je
dirai, je connais etc. De Jacob sai ieu
E sai de
,

vous

,

E sai de Jesabel

Josue

E sai de Gedeon

,

etc.

Le Breviari,

quoique traitant des sujets en apparence dis¬
parates, est cependant homogène ; tous les chapitres dont il se
compose sont autant de branches de l'Arbre d'Amour
que
nous allons décrire en le dépouillant
de quelques branches
parasites.
,

1. Dieu

placé dans un cercle à
l'Arbre a au-dessous de lui la Nature
toutes

la partie supérieure de
qu'il a établie pour régir

les créatures.

Gautier de Metz fait aussi de la Nature
divinité. Nous

le

substitut de la

pensons pas que ni lui, ni Ermengaud aient
pensée d'admettre, à l'exemple de certains philosophes
grecs, deux principes, Dieu et la matière, 1 puisqu'ils subor¬
donnent cette dernière à la divinité. II serait plus injuste en¬
core de leur reprocher le naturalisme de Pline. 2 Dans une
rubrique postérieure, Ermengaud explique mieux son idée.
La Nature, qu'il personnifie, a deux filles auxquelles il donne
des noms fort étranges : l'une s'appelle le Droit Naturel et
l'autre le Droit des gens. La première inspire à l'homme
•comme aux animaux
l'amour physique et celui de leur pro¬
;
la
met
dans le cœur de l'homme seulement
géniture
seconde
l'amour de Dieu et du prochain , et l'attachement aux biens
temporels.
Au bas de l'Arbre symbolique on voit les quatre espèces
d'amour, tournant la tète vers le cercle supérieur où resplendit
la divinité, objet de l'adoration de toutes les créatures. Elles
cherchent à cueillir les fruits de l'arbre qui représentent les
eu

(

ne

la

plusieurs autres philosophes grecs reconnaissaient ces
principes. Platon en admettait trois : Dieu, le Modèle et la

Aristote et

deux

Matière.
s Per
quœ declaralur haud dubié nlturœ polentia, id que esse
quod Deum vocamus.
Plin. Jlist. Nat. II, 7.

�-

16

—

attachés à chacune des quatre espèces
de Dieu et du prochain est la
le fruit de l'amour des hiens temporels est le

biens

fruit de l'amour

d'amour. Le
vie éternelle,
plaisir qu'ils

enfants sont les fruits de l'amour physique , et
le fruit de l'amour des enfants.
Les feuilles et les fleurs ont aussi une signification parti¬
culière. Les premières représentent la vie contemplative , et
les secondes
par la raison qu'elles produisent les fruits ,
figurent la vie active, plus fructueuse ou plus méritoire sui¬

procurent, les

le bonheur est

,

brmengaud. Celte distinction des deux vies, tirée d'Al, se trouve dans toutes les sommes et ouvrages du
même genre. Dante, le poète théologien 2, l'admirateur des
livres d'Aristote et de l'Éthique 3 surtout, devait, comme il l'a
fait, la placer dans la Divine Comédie. Lia et Rachel y fi¬
gurent, la première en cueillant des fleurs dont elle se pare
devant le miroir divin, la vie active, et la seconde, toujours
assise devant ce même miroir, la vie contemplative. 4
Ainsi, dans la Divine Comédie comme dans le Bréviaire,
les fleurs sont les emblèmes de la vie active. Nous avons dû

vant

ristotc

remarquer cette

coïncidence. Mais dans son

Purgatoire Dante
il l'a fait dans le
l'exemple
Thomas,9 qui la

choisit pas entre Lia et Rachel, comme
Convito, où il se prononce pour la vie contemplative à

ne

de st.

Grégoire, st. Bonaventure et st.

1 Eth. liv. X, chap. VII et VIII. Aristote se prononee
contemplative qui est, dit-il, celle des dieux.
2
Theologus Dantes nullius dogmatis expers.
Epilaphe de Dante.
3

quelle parole
pertratta
disposizion que'l ciel non vuolc.
Non

Con

le

Le tre

pour la vie

ti rimembra di

quai la tua Etica

ÏNf. XI, t.

27.

98. — Longtemps avant Dante , S. Grégoire
personnifié les deux vies : Omnis qui ad Deum convertitur
prius necesse est ut desudet in labore, id est, Liam accipiat, ut post ad
videndum principium in Rachel complexibus requiescat. (Hom. XIVJ.
Marthe et Marie représentent aussi la vie active et la vie contemplative.
4

Purgat. XXVII,

avait ainsi

Le
s

symbolisme catholique est rempli de ces sortes de
S. Thomas, secunda secundœ q. clxxXii.

personnifications.

�17

-

considèrent

comme

une

—

jouissance anticipée de l'éternelle

béatitude. Ermengaud, quoiqu'il déclare la vie active
plus
fructueuse, n'est pas cependant en opposition avec eux
car
,

il

ajoute qu'elle est moins sûre que l'autre....
2 Un commentaire

Mais l'auteur

il la

ne

no

s'es tan segura.

prose suit cette première exposition.
s'en contente pas, et, recommençant à
rimer,
en

complète avec une nouvelle allégorie. Cette fois, c'est une
ou
plutôt une reine (son front est ceint d'une couronne)

femme

qu'il

nous montre sur la cime de l'Arbre comme la représen¬
tation des quatre espèces d'amour. Gracieuse et richement

vèluc, elle

tête, que le saint Esprit illumine, l'amour
sur son cœur l'amour maternel et à
pieds, pour montrer qu'on doit les maîtriser, l'amour des
a sur sa

de Dieu et du
ses

prochain,

créatures entre elles et celui des bien
Les

allégories étaient fort

longtemps
vent

auparavant. Les

en

temporels.
moyen-âge et bien

usage au

Écritures

saintes s'en

servent sou¬

les choses intelligibles à la portée des esprits
grossiers qui ne peuvent les percevoir que par les sens.1 Les
poésies des troubadours et des trouvères en sont remplies.
On y trouve à chaque page dame
Loyauté dame Pudeur
pour mettre

,

dame Merci

,

des robes de samit ou de brocart. La reine
de l'Arbre d'amour n'ert qu'une fille ou une sœur de ces
personnages allégoriques. Dante, qui avait fait ses pre¬
mières études poétiques dans les chansons des troubadours
avec

,

personnifié à leur exemple un grand nombre d'êtres
métaphysiques ; il a même dépassé toutes les créations anté¬
rieures de ce genre, quand il a représenté la
théologie, devenue
l'objet des études de son âge mûr sous les traits de la jeune
fille qu'il avait aimée aux jours de sa
première jeunesse
al tempo de' dolci sospiri, confondant ainsi en un seul les deux
amours de toute sa vie
et faisant revivre
pour personnifier
a

,

,

,

1

,

Deus omnibus

providet secundùm quod competit eorum naturse
sensibilia ad intelligibilia veniat,
quia omnis nostra cognitio à, sensu initium habet.
Est autem naturale homini ut per

S.

Thomas, Summa, q. 1, art.

ix.

C

�18

—

sous ses

-

traits la science

cette Béatrix

que sa

qui l'avait consolé de sa perte ,
rêveuse imagination avait divinisée ayant

qu'elle lui fut ravie 1 .
Cette allégorie a beaucoup exercé la patience des commen¬
tateurs de la Divine Comédie
qui en contient plusieurs autres
,

moins difficiles à saisir. Celles du Breviari, si elles sont
moins poétiques, sont plus transparentes ; les esprits les plus
non

ordinaires peuvent

aisément en pénétrer le sens. La sim¬
plicité est le principal mérite de ce poème, qui reproduit sous
une forme familière
presque toutes les doctrines des ouvrages
théologiques les plus renommés. On pourrait, en effet, y
trouver sans de grands efforts l'enseignement des livres
de

Vincent

de

Beauvais

de saint Thomas
de saint
et même la théologie de la Divine Comédie
qu'Ermensaud n'a pas probablement connue. Tous ces ou¬
vrages se ressemblent beaucoup. Malgré quelques divergences
d'opinions, qui donnèrent lieu à d'interminables disputes dans
les écoles les théologiens du moyen-âge étaient d'accord sur
les dogmes et sur les vérités essentielles. Mais celle ressem¬
,

,

Bona ven ture,

,

blance n'existe que pour le fond des doctrines.
a sa forme
particulière ; et, sous ce rapport,
tiné à l'instruction populaire ne saurait être

Chaque écrivain
le Breviari des¬
mis en parallèle
avec la Somme de saint Thomas,
pas plus qu'avec les savants
Commentaires et les autres livres du DocteurSérapliique. Loin
de nous surtout la pensée
quoiqu'il soit écrit en vers comme
la Divine Comédie, de le comparer à ce
poème sacré, auquel
,

ont mis la

main le ciel

et

la terre !

Poema

Al

sacro

quai ha posta mano e cielo

e

terra 2.

Nous ferons néanmoins
citerons
1

quelques rapprochements et nous
quelques textes. Nous les prendrons surtout dans le

Ozanam

justifie cette allégorie

par

l'exemple d'autres personni¬

fications du même genre, telles que celles de ste. Cécile et de ste. Ca¬
therine, représentant l'une la musique et l'autre la philosophie.
2

Dante et la Philoso. catli. nouv. édit.
p.

Paradiso,

xxv,

1.

279 et suiv.

�19

-

-

Spéculum de Vincent de Béarn ais et dans la Divine Comédie,
théologie nous paraîtra moins austère sous les traits
poétiques de Béatrix.
où la vieille

m.
Le Breviari comme le

Spéculum natural?, la Somme de saint
théologiques de la même époque
commence par un traité de Dieu qu'Ermengaud a
placé au
premier cercle de son arbre symbolique 2, comme étant le prin¬
cipe et la source de tout amour 5. « C'est par amour dit-il,
qu'il a créé tout ce qui existe; ses commandements ne sont ins¬
pirés que par son amour pour ses créatures ; et sa grâce qui
les visite et récompense leurs vertus n'est aussi qu'un rayon
Thomas 1 et tous les ouvrages

,

de

son amour.

»

1.

Après aêoir ainsi justifié son début, et sans rechercher,
l'exemple des autres théologiens, les preuves de l'existence
de Dieu
l'auteur s'occupe de la trinité des personnes divines
et de l'unité de leur nature l. Sa doctrine, qui remplit plus
de
trois cents vers du poème, est celle des Pères et des Docteurs
de l'Église, que Dante résume si bien dans les vers suivants

à

,

de

son

Paradis

Credo

:

Credo in tre persone eterne ; e
si una e si trina

Che soffera

Dieu

1

queste

una essenza

eongianto, sunt et este.

principe éternel et souverain bien

Saint Thomas fait

se

communique tout

de Dieu d'une question di¬
théologie, smence, comme
il le dit, plus spéculative que pratique, qui, se proposant la connais¬
sance de Dieu, est supérieure à toutes les autres sciences et doit être
justement appelée la sagesse.
visée

en

dix articles

son traité
la nécessité de la

précéder

sur

Summa,
2

Rubrique : Ayssi comensa i.'expositios

pr1mier e sobiras en
3

S.

mas,
4

i/arbre d'amor.

Bonaventure, Itinerarium mentis ad Deurn,
Summa, 9, II.

Rubrique

:

q. i.

dei, celcle de dieu qtjez es

—

v-vm.

Spéculum nalurate, 1, xi-xil.

De la sancta Trinitat.

—

S. Tho¬

�—

20

—

entier à son fils, et des deux procède le Saint Esprit qui est
consubstanliel à l'un et à l'autre ; d'où résulte l'égalité des trois

Elles sont à la fois Puissance, Intelligence et
l, quoique, pour les distinguer, on désigne chacune d'el¬

personnes.
Amour

attributs. Ermengaud cite st. Augustin 2
consubstantialité , mais sans reproduire les
ce Père sur les rapports de la Trinité avec la
création et tout ce qui existe; il ne combat pas non plus les
anciennes hérésies, notamment celle d'Arius, qui niait la divinité
du Verbe 3. Au lieu de cela, pour faire comprendre à ses ignorants
discipleslemystère de l'unité et de la trinité des personnesdivincs,
il a recours à des comparaisons puériles, comme celle qu'il lire
les par un

seul de

ces

pour établir cette
démonstrations de

source dont l'eau, formant un ruisseau et ensuite un
étang, n'en reste pas moins la même eau. Pierre de Corbiac ,
dans son Trésor, la compare à un cierge qui avec la mèche, la

d'une

cire et la flamme dont il

se

compose ne

forme qu'un seul cierge.

qui défend, sous peine de damnation 4, à ses lec¬
teurs d'approfondir ces questions comme étant au-dessus de
leur intelligence, aurait dû s'appliquer cette défense.

Notre auteur

2 L'essence de Dieu
avec sa

infinité,
1

S.

qui, suivant st. Thomass, se confond
incorporelle, sa perfection, sa bonté , son
éternité, sa prescience, sa justice, son immua-

nature tout

son

Bonaventure, Ilin. ment, locoeitato.—S. Thomas, Summa,

q.

%"I et seq.
3

S.

civitale Dei, lib. 11, cap. xir.
explicite qu'Ermengaud. La
simple exposition du dogme contenu dans le Spéculum nalurale, lib. I,
cap. xxin, n'est probablement qu'un abrégé d'un traité du même au¬
3

teur

Aug. De trinitate, lib. vin ; id. De
Vincent de Beauvais n'est pas plus

intitulé

:

De sancta trinitate communiter

tholicorum doctorum, ouvrage
4

ex

dictis sanclorum et

ca-

qui s'est perdu.

Quar qui aissi trop cavara

Mala ventura li

venra

133b—G.

Un peu plus haut fv. 995 et suivantsJ, Ermengaud place son traité
de la sainte Trinité sous la garde d'un ange qui avec son glaive en dé¬

fend la lecture
s

S.

aux

incrédules.

Thomas, Summa, q. in.

�—

21

-

bilité, questions approfondies dans toutes les théologies, sont
à la suite du traité de la sainte Trinité longuement exposées et
même discutées dans le Breviari1 ; car les entraves de la ver¬
sification ne gênent pas Ermengaud dans ses argumentations
contre les incrédules, dont l'obstination orgueilleuse ne vient,
suivant lui, que delà pauvreté de leur jugement, depaubrieza
de sen. Aussi fait-il de grands efforts pour leur faire compren¬
dre les questions ardues de la prescience, du libre arbitre, de
la prédestination et de la réprobation 2, qui soulevèrent tant et

parmi les anciens théologiens. Il lui
plus facile de leur faire concevoir la puissance de Dieu 5,

de si vives controverses
est

leur montrant le

en

spectacle de la nature.
IV,

La Nature, comme nous l'avons vu plus haut, occupe !c
second cercle de l'Arbre d'Amour. L'auteur, qui l'avait d'abord

la définir, explique maintenant sa pensée
plus claire. Après avoir exposé dans la rubrique
précédente4 l'ordre de la création , il traite dans celle-ci8 de
la nature des diverses créatures. Mais, auparavant, il donne à
personnifiée

sans

d'une manière

Dieu le

de nature créatrice, Natura naturans, suivant

nom

Vincent de Beauvais ; c'est la cause universelle. C'est d'elle que
la nature créée, Natura naturata, ou , pour parler plus clai-

1

Rubrique : De
Dieu

saber de

la divisai, essencia,

etc., de la divina natura ; del

e de la predestinatio dels elegitz e de la presentia

De

dels refudatz ;

la voluntat de

dleu; en qual manieira dleus vql

bes e mals.

2

plus anciens traités sur ces questions est celui d'Honoré
prœdeslinatione et gratiâ. Voiraussi Specul. «at.lib.xxvii,
cap. xci-ciii; s. Thomas, Summa, q. xxm, De prœdeslinatione , et
Lxxxiii De libero arbitrio;S. Bonaventure, Breviloquium ; Dante, Pa¬
Un des

d'Autun

raît. V.
3
*

:

De

T.

7.

Rubrique : Co et en qual manieira Dieus es tot poderos.
Rubrique : En qual manieira e per que Dieus crec e fetz tot

QUANT es.
B

Rubrique

creatura.

:

De natura la qual Dieus a pauzada en cascuna

�qu'elles habitent le ciel ou la terre7
qu'elles soient corporelles ou incorporelles , corruptibles ou
incorruptibles , sensibles ou non sensibles, animées ou inani¬
mées ont reçu leur mode d'être la faculté de se reproduire et
les diverses qualités qui les distinguent.
Après ces principes généraux, Ermengaud traite de la nature
particulière des créatures , et de celle du ciel et de la terre.
rement, les créatures,

,

1.

trois

Anges. 1 Ils forment sous des noms divers
composées chacune de trois ordres ; ils
la cour céleste, où ils ont des attributions et

Les

hiérarchies

habitent

l'auteur définit minutieuse¬
l'aréopagite 2
que Dante a aussi adopté, et qui lui a fourni le sujet d'un des
plus poétiques tableaux de son Paradis 3. Nous le mettons sous
les yeux de nos lecteurs : « Autour d'un point central, qui est
Dieu lui-même, tournent neuf cercles de feu dont la rapidité
augmente ou diminue suivant qu'ils sont plus ou moins rap¬
prochés de ce point. Dans le monde mortel, les sphères sont
d'autant plus rapides qu'elles sont plus éloignées du centre. S'il
en est autrement dans ce temple admirable des anges, qui n'a
pour confins que lumière et amour , c'est que l'attraction di¬
vine fait mouvoir avec plus de rapidité les divers cercles à
mesure qu'ils se rapprochent davantage de l'ineffable amour.
Ainsi le premier cercle est celui des Séraphins, parce qu'ils ont
un
plus grand amour et une plus vive intelligence. Viennent
des

fonctions

ment. Son

diverses

que

classement est celui de st. Denis

ensuite les Chérubins et les Trônes et successivement les au¬
ordres. Tous suivent

tres

avec

attraction afin de s'assimiler

au

plus ou moins de rapidité leur
point central, dont la lumière

supérieurs qui la rendent aux intelligences
sont attirés et que tous attirent
l'image de Dieu. »

éclaire les ordres

inférieures,
vers

1

Rubrique

en sorte que tous

:

De la natura dels àngels ; De las tres ierarchias e

dels ix ordes des àngels.
2

De cœlesti

5

Dante, Farad, xxvm.

hicrarchiâ, cap. vu.

�-

Dans le Breviari

23

—

aussi, les ordres supérieurs sont

rapprochés de Dieu, et

en

plus

reçoivent une plus grande lumière,

qui descend ensuite aux ordres inférieurs :
On

E
E

plus estan sobeira

de Dieu plus propda
mais an de cognicio
mais d'enluminatio,

Aitan

La

son

,

qual dels ordes sobeiras

Dissen tantost als soteiras.
2938

et suiv.

Ermengaud, que Dante nous a fait un
peu oublier, place après les amours sacrés qui tournent
sans cesse autour du cercle radieux de la divine sagesse , les
anges rebelles qui se sont détournés dans leur orgueil de cette
sagesse qui les avait créés bons et participants de la lumière
éternelle.1 Ils sont devenus la personnification du mal par leur
révolte contre Dieu et leur mépris du souverain bien. L'auteur
en conclut que Dieu n'a pas créé le mal2, et il s'attache à le
démontrer dans cette rubrique et dans celles où il traite de la
Divine nature, de la volonté de Dieu et de la prédestination
des élus. S'il le tolère, c'est pour donner aux justes le mérite
de le repousser et mettre à l'épreuve leur fidélité, en laissant
à leur libre arbitre le choix entre la bonne et la mauvaise voie,
c'est-à-dire entre le bien et le mal ; car si Dieu veut que les
2. Lee Démons.

hommes

se

servent de la

liberté de leur action pour

choisir le

souverain bien, il n'use d'aucune contrainte envers eux 3. Sa
volonté est inséparable de sa justice, et l'une est aussi immua¬
ble que
1

l'autre.

«

Aucune nécessité

,

dit st. Jérôme, ne gène

Rubriques : De la natura dels diables; Dels diverses noms dels
Del cazemen dels diables, etc.
S.Thomas, Summa, q.XLvm, art. I. Non

diables ;

2

existent aliquid, velnalura

aliqua, sed ipsa boni absentia malum est. — S. Grég. Moral. Expos, in
]i. Joli. lib. m. cap. 7. Neque mala quœ nulld suâ nalurd subsistant à
Domino creantur, sed creare se mala Dominus indicat, cùm resbenè

nobismalèagentibus in flagella formai; ul ipsa et per dolorem
feriant delinquentibus mala sint, et per naluram qud existant bona.
Specu. nat. lib. xxiv, cap. lxxvi-clxx.

condilas
quo

�24

-

notre

libre arbitré dans

son

-

choix entre le vice cl la vertu,

si cette nécessité existait, il ne saurait y avoir ni
peine
récompense '. » Ermengaud qni développe cette théo¬
rie
insiste particulièrement sur la distinction entre la volonté
de Dieu, qui est Dieu lui-même 2, et ses commandements
qui
ne sont que des signes de celte volonté 3. Pour rendre son
raisonnement plus intelligible il se sert d'une longue
compa¬
raison que nous passons sous silence ; on la trouvera à la ru¬
brique : Del saber de Dieu etc. v. 2234 et suiv.
Nous ne reproduirons pas non plus son histoire des esprits
infernaux qui n'est elle-même qu'une reproduction,
quelquefois
un peu naïve, de la doctrine catholique telle
que l'ont exposée
car

ni

,

,

,

Vincent de Beauvais et st. Thomas 4.
3.

La nature du Ciel et de la Terres. C'est ici la

partie
scientifique du Breviari; on y voit qu'Ermengaud connaissait
à peu près ce que savaient ses contemporains les
plus instruits
en géographie
physique, astronomie, astrologie, météorologie,
minéralogie et histoire naturelle. Ses notions dans cette der-

1

S. Hieronimus adv.

Deus

; nec

ad virtutem,

Lodivianum, 1.
nec

nécessitas est, nec damnalio
2

n : Liberi arbitrii noscondidit
ad vitia necessitate trahimur. Aliquin ubi
nec corona

est.

S.

Aug. Confess. lib. vu. Voluntas et potentia Dei, Deusipse est.
3 Dans la
rubrique, Du savoir de Dieu et de la Prédestination des
Élus, Ermengaud voulant prouver que notre volonté, quoique étant
la môme que celle de Dieu, peut quelquefois lui déplaire, cite
pour
exemple fu.2420 et suiv.) la passion de Jésus-Christ que voulurent à
la fois, mais pour des motifs différents, Dieu et les Juifs. La même
pensée se trouve dans la Divine Comédie. Dante dit, en effet, que d'un
même acte résultèrent deux conséquences diverses, qu'une môme mort
plut à Dieu et aux Juifs.
Però d'un atto useir

cose

ch'à Dio ed à Giudei

diverse,

piacque

una morte.

Parad,
4
3

vu.

t. 16.

Summa, q. xr.m et xliv; Specul. nat. lib. 11, cap. xcvm, cxxxi.
: De la natura del cel e del mon — Quan d'espazi a

Rubriques

del cel entro la

terra, e quant entorn la garlanda del cel e quant

de la part sobirana tro la sotirana.

�nière science sont tirées des livres

d'Aristote,

sa

physiologie de

de Galien ; et son système astronomique est une repro¬
duction de celui de Ptolémée, tel qu'il est expliqué dans l'Alceux

mageste. D'après ce système, le ciel ou le firmament1 qui
de tous côtés fait

entoure la terre

manière

d'Occident

sans

cesse

Orient

et

de la même

les deux

pôles
arctique et antarctique. La terre est ronde 2, elle est au cen¬
tre du monde suspendue au milieu de l'espace ambiant sans
être appuyée sur aucun corps solide. Gautier de Metz la com¬
pare à un œuf 3 dont le jaune occupe le milieu. Ermengaud
nous
apprend ensuite qu'on peut connaître l'espace qui existe
du ciel à la terre sa hauteur et sa circonférence au moyen de
l'astrolabe 4 et du cadran, instruments propres à montrer
son cours

en

sur

,

quantitat del fermamen
quant es de terra londhas. s

La
E

1

Specul. nat. lib.

m.

redonda e stabla fermamens
clau la mar mudabla e bruens
L'aer qu'es plus sotilz es dels dos enclausens,
El cel enclau los tres tot entengrandamens.
2 La terra fes

Cui

seing

e

Trésor, 66-9.
o

Tot ensi

come on

voit de l'uef

Que l'album enclôt le moef,
Et emmi le moef s'abaisse

Une golte

emmi comme graisse,
Qui de nulle part ne se tienst.
E la graisse qui la soutienst

Ne

l'approche de nulle part,
itel esgart

Ensi est par

La terre emmi le ciel assise
Et si

ingalment enmi mise.
Image

4

dû

Monde.

Ptolémée avait réduit l'ancien astrolabe

d'Hipparque à une surface
laquelle il donna le nom d a planisphère. Il s'agit ici de l'astrolabe
le mer, instrument propre à prendre la hauteur du pôle, du soleil et
des étoiles. Ptolémée vivait vers l'an 104 de notre ère; Latini, dans son
Trésor, en fait un roi d'Egypte.
dane à

»

V. 3648. 6.

�—

26

-

4. Sous les rubriques suivantes, nous trouvons décrits et
expliqués les douze signes du zodiaque avec le jour du mois où
le soleil entre dans chaque signe, et la manière dont se forme ,
tous les quatre ans, l'année bissextile; les sept planètes; les
éclipses solaires ; la canicule durant laquelle il est dangereux
de se faire saigner et de prendre médecine ; les comètes qui
annoncent les mortalités, les révolutions et les changements de
dynastie; les étoiles courantes ou tombantes, et les feux qui
brillent quelquefois dans l'air 1 ; les quatre éléments , le feu ,
l'air, l'eau et la terre (on en comptait un cinquième l'éther qui
est oublié dansfle Breviari) ; la nature des pierres précieuses

curatives et merveilleuses 2

; la formation et la
leurs divers noms qui se sont conservés
dans l'idiome de Béziers ; celle des nuages, de la pluie, de

et leurs vertus
nature

des

vents et

neige, des éclairs, du tonnerre , de la foudre , des aërolithes, et les causes des fièvres pestilentielles. Cette partie du
Breviari comprend quarante rubriques 3 et trois mille vers en¬
la

viron. Elle est suivie de

sur

la division du

météores qu'on appelle étoiles tom¬
des étincelles formées dans un air pur qui viennent
perdre dans un air plus épais.

1

Suivant Honoré d'Autun, les

bantes
se

longues explications

ne

sont que

ne croient pas bien à droit
qui cuident qji'estoilc soit,
Estoile ne peut pas cheoir,

Si

Cil

Car totes les confient
En lor cercles ades

movoir

igaument.
lit AGE

DU

MoïDE.

Sœpè etiam stellas, vento impendente , videbis
Prœcipites cœlo labi, noctisque per umbras
Flammarum longos à tergo albescere tractus.
Virgile.

pierres merveilleuses, l'auteur oublie
qui, suivant une opinion reçue de son temps, se formait
dans le ventre du chapon. Alectori es peyra que se engendra el ventre
del capo (Elucidari).
3
Rubriques : Dels xii signes del cel e de la natuba de cascus—
2

Dans

sa

nomenclature des

l'aleclorienne

De las etatz e del temps que
say.

s'es

passat DEL COMENSAMEN DEL MON EN

�-

27

—

semaines, mois et saisons; viennent
âges du monde, le premier commen¬
çant à Adam et finissant à Noë, et le sixième ou le dernier
ayant son point de départ à l'incarnation de Jésus-Christ et
devant durer jusqu'au jugement universel.
L'histoire naturelle de végétaux , simple nomenclature des
plantes médicinales, celle des oiseaux, des poissons, des qua¬
drupèdes enfin celle de l'homme que l'auteur étudie sous le
rapport psychologique et anatomique, sans oublier le système
des quatre tempéraments, complètent le trésor des connaissances
d'Ermengaud l. Les sources où il a puisé tout cet appareil
scientifique et qu'il a soin de nous faire connaître sont, indé¬
pendamment de l'Histoire naturelle d'Aristote et de l'Almageste de Ptolémée , les Questions Naturelles de Sér.éque , les
six âges du monde de Bède dit le vénérable, les Tables astro¬
nomiques d'Alphonse , dit le sage ou le savant :
temps en années, jours,
ensuite les cycles ou six

,

Taulas toletanas

Que

son

bonas

e

sertanas

des astronomes arabes Almazor, AlfraMizaël et Albumazar.

Enfin les ouvrages
gas,

n'entreprendrons pas d'examiner une à une les no¬
scientifiques contenues dans le Breviari. Ce travail qui
dépasserait autant nos forces que les bornes de cette étude
n'aurait d'autre résultat que de glorifier une fois de plus la
science moderne en montrant l'importance de ses découvertes,
l'excellence de ses méthodes et pqr suite sa supériorité sur
les systèmes d'une époque qui sortait à peine de la barbarie.
Ne devant nous occuper que de notre poème roman, nous
nous bornerons à le comparer avec l'ouvrage le plus important
du même genre, 1 e Spéculum naturale de Vincent de Beauvais.
5. Nous

tions

1

Sept Rubriques : De la natura e de las vertutz d'erbas , d'al-

bres e de

plantas—Dels noyrimens e de las manieiras que cascus

hom a naturalmen per razo de sa cojiplextio.

2

V. 3752

,

3.

�—

Nous remarquerons,

losophique fait
mengaud, qui

28

—

auparavant, que le point de vue phi¬
toujours défaut dans celui d'Er-

presque

donne qu'une exposition des phéno¬
physique sans explication de leurs causes
de leurs lois et de leurs rapports. Cette exposition est aussi
moins complète que celle du Spéculum.
La géographie physique du Breviari se réduit à
quelques
données vagues sur la forme du globe terrestre. On n'y trouve
pas un seul mot sur la force centrale de la terre qui est telle,
suivant Vincent de Beauvais 1, que, si le globe terrestre était
perforé en droite ligne par le centre une pierre jetée dans
ce vide s'arrêterait au milieu.
Ermengaud ne rertace, en
général, que] le côté merveilleux du spectacle de la nature.
Sa minéralogie, par exemple, ne traite que des pierres
pré¬
cieuses. Vincent de Beauvais, au contraire, a écrit la mono¬
graphie de plus de cent espèces de pierres ; il fait connaître
leur utilité, leur emploi et même l'art de les extraire des
carrières et de les travailler. On trouve aussi dans le Spéculum 2
un tiaité de
métallurgie qui manque dans le Breviari.
Une des plus importantes découvertes du xme siècle, celle de
la boussole y est passée sous silence. Elle avait été cependant
signalée et décrite dans leurs ouvrages par l'auteur de la Bible
Guyot3, par Vincent de Beauvais et Brunetto Latini 4. Ermen¬
gaud, qui n'écrivait son poème qu'en 1288, a-t-il jugé inutile de
rappeler une invention déjà connue ? Pierre de Corbiac garde le
ne nous

mènes du monde

,

,

même silence dans

1

son

Trésor s.

Specul. nat. lib. vin, cap. i-cvin.

2

Id. lib. vu, cap. i-cvi.

»

On attribue

généralement la Bible Guyot à Hugues de Bercy qui
règne de Philippe-Auguste ou dans les premières

vivait à la fin du

années de celui de Saint Louis.
4
5

Trésor,

chap.

La boussole

i-cxiv.
calamité est mentionnée dans les

ou

Troubadour Olivier le

Templier.

Qu'el lur sia -ver' estela
Els guit
Estat àîrai.

,

caramita,

vers

suivants du

�—

Mais à défaut de

29

-

application à la boussole, notre auteur,
qui connaît la vertu qu'a l'aimant d'attirer le fer, lui attribue
une propriété
plus extraordinaire encore, celle de rapprocher
deux époux désunis. L'aimant donne aussi au mari un moyen
son

infaillible de s'assurer de la fidélité de

sa

femme. Voiries

vers

5924-5 et suivants où l'on trouve la manière de s'en servir.
Le Breviari est rempli de puérilités du même genre. La
crédulité du temps où il vivait, dont ne surent pas se garantir
les meilleurs esprits, serait l'excuse d'Ermengaud, s'il n'eût pas

donné à
dans

une

son

foule de contes ridicules

une

aussi

grande place

poème.

La

botanique , comme nous l'avons déjà dit, n'y est qu'un
catalogue des plantes médicinales. Celle du Spéculum naturale.
contraire, contient, à la suite de savantes observations
la composition et la complexion des plantes en général
la description d'un nombre infini d'herbes sauvages et pota¬
gères , d'arbrisseaux , d'arbustes et d'arbres1.
au

sur

,

La

zoologie du Bréviaire est réduite à quelques généralités

la forme extérieure, l'organisation et les instincts de cer¬
tains animaux. L'ornithologie et l'ichtyologie ne donnent que

sur

les

d'un

très-petit nombre d'oiseaux et de poissons, que
l'imagination d'Ermengaud a doués de nobles sentiments et d'une
intelligence bien supérieure à celle de ses lecteurs laïques.
Ainsi, le corbeau nourrit pieusement ses vieux parents, et
les porte sur son cou qnand ils ne peuvent plus voler ; ainsi
noms

Qu'il soit pour eux une bonne étoile, une boussole, et qu'il
guide. »

«

les

Elle est mentionnée aussi dans le roman de la vie de St. Honorat de
Lérins par

Raimond Férand
Mas ira del mal
Non val la

«

:
temps lur a frascat lur vela,

caramida puescan segre

Mais la fureur du mauvais

boussole

ne

Olivier le

l'estela.

temps leur a déchiré les voiles, la

leur sert plus pour pouvoir suivre l'étoile. »

templier vivait

vers

le milieu du xm» siècle et Raimond

Férand â la fin.
•

Specttl. nat. lib. ix, x

,

xi, xii, xm

et xiv passim.

�l'hirondelle

avec

la (leur de la chéliiioine rend la

à

vue

ses

petits, qui ont les yeux crevés. Nous devons , cependant,
gré de n'avoir pas reproduit plusieurs autres fables,
qui avaient cours de son temps, telles que celles des belettes
lui savoir
des

et

sirènes, dont Brunetto Latini

a

orné

son

Trésor

L'anthropologie du Breviari ne comprend que quelques no¬
tions fort incomplètes soit sur l'âme 2, soit sur le corps. L'âme
humaine y est appelée rationnelle 3 pour la distinguer de l'âme
végétative des plantes et de l'âme scnsitive des animaux i.
Créée à l'image de Dieu invisible et immortelle elle donne la
vie au corps dont elle fait mouvoir et gouverne tous les mem¬
bres ; car elle est tout entière dans les plus petits comme
dans les plus grands. Douée de facultés sensibles par lesquelles
elle diffère peu de celle des animaux et n'exerce sa per¬
ception que par les sens, elle a aussi des facultés mentales,
,

,

1

Chap. 76. Belette. « Chascune conchoit par l'oreilhe et enfante
la bouche ; mais li auquant dient que ce est faux. » Chap. 132.
« Des seraines, dist li auctors
que il en i at de trois manières
unes
qui ont semblances de femes dou chief jusques auz cuisses, mais de là
en aval ont semblanee de poissons, et avoient eles et
ongles, dont
la première chantoit merveillousement de sa bouche
et l'antre de
flèute et de chalemel, la tierce de citole. Et par lour tres doue chans
foisoient périr les neis qui parmi la mer aloent. Mais selonc la
veriteit, les seraines furent .m. meretrix qui dévoroient tous les trespassants et les metoent en ponreteit. »
2
St.Thomas, Summa q. lxxxvii usquè q. xc. — Specvl nat. xxm.
3 Vivere nell'uomo é ratione usare.
Convilo., iv 7.
par

,

,

,

Fatti

non

Ma per

foste

a

viver

corne

brute

seguir virtude e conoscenza.
Inf. xxvi. t.

4 «

L'âme humaine

40.

triple puissance végétative, sensitive
puissance végétative, elle préside à la géné¬
ration à la nutrition, à la croissance. — Par sa puissance sensitive,
elle saisit ce qui est sensible, retient ce qu'elle a saisi, combine ce
qu'elle a retenu. — Par sa puissance intellectuelle elle discerne le
vrai, repousse le mal et tend au bien.
S. Bonaventura Vreviloquium,
(Traduction d'Ozanam.)
intellectuelle.

—

Par

a une

,

sa

,

,

,

�qui l'clèvcnt jusqu'à Dieu et lui font concevoir les choses
surnaturelles et invisibles. Libre enfin dans
est

accessible

aux

bonnes

comme aux

ses

actions, elle

mauvaises pensées et

susceptible de vices et de vertus. Ce sont là les seules notions
du Breviari sur l'âme humaine. On y cherche vainement les
preuves de sa spiritualité et de son immortalité, le mode de
son union avec le corps , les rapports du physique avec le
moral, questions fort abstraites, très-longuement traitées dans
les ouvrages des Pères et des Docteurs de l'Église, qu'il est
difficile d'abaisser jusqu'au niveau de certaines intelligences.
Ce qui n'est pas moins incomplet dans notre poème , c'est la
physiologie et l'anatomie du corps humain. Les fonctions du
cerveau, du cœur, des poumons n'y sont pas même indiquées,
et quelques vers seulement expliquent celles du foie. Nous
trouvons au contraire dans le livre xxvm du Spéculum natura'e
un
traité complet de physiologie et d'analomie suivant les
connaissances du temps. Ermengaud n'en a tiré que la théorie
des quatre tempéraments. Il nous apprend qu'on les appelait
bilieux, sanguin, flegmatique et mélancolique suivant la
nature des humeurs dominantes dans le corps. C'était une
doctrine des péripatélicicns généralement admise. On recon¬
naissait aussi que le tempérament animal tirait son principe
du tempérament universel ou des quatre éléments. Ainsi le
tempérament bilieux répondait au tempérament chaud et sec,
le feu ; le sanguin au tempérament chaud et humide, l'air ;
le flegmatique au tempérament froid et humide, l'eau ; et le
mélancolique au tempérament froid et sec , la terre.
Ermengaud attribue au tempérament une grande influence
sur

la constitution et le caractère des individus. Il en fait

dépendre aussi la nature des songes , tout en admettant
Vincent de Beauvais, qu'ils sont quelquefois des ré¬
vélations de la divinité ou des commandements qu'elle nous
envoie par ses anges , quelquefois aussi des suggestions de
l'esprit du mal
comme

i

Rubrique

que movo

?

:

Dels somnis k de las visios

,

que significo e de

�G. En terminant

appréciation de cette partie du
combien était générale à
cette époque la disposition des esprits à regarder comme vrai
tout ce qui était merveilleux. Vincent de Beauvais et Roger
Bacon croyaient à l'alchimie et à la transmutation des mé¬
taux. Albert le Grand, Alphonse le sage, Raimond Lulle ,
Pierre d'Apono, etc., furent aussi de fervents adeptes de la
philosophie hermétique. Personne, pour ainsi dire, ne doutait
de l'influence des planètes sur les destinées et les événements
humains1. Brunelto Latini tirant l'horoscope de Dante lui
annonçait qu'il serait un grand génie , parce qu'il était né le
44 mai 4265 jour où le soleil était entré dans la constellation
des Gémeaux ; et l'élève croyait sincèrement à cet horoscope
de son maître 2. Comment Ermengaud
qui se montre dans
tout son poème aussi crédule que le plus simple des laïques
qu'il endoctrine, aurait-il douté de cette influence ? Il l'admet
de la manière la plus explicite : « les planètes, dit-il, régis¬
sent toutes les créatures ; elles en reçoivent les biens et les
maux qui sont leur partage ". » Leur action est plus grande
notre,

Bréviaire, nous ferons remarquer

,

,

1

Dans

la

une

lettre d'environ deux mille

vers

,

adressée

au

roi de

Alphonse x , le troubadour Nat de Mons de Toulouse traite
question de l'influence des astres sur les destinées humaines.

Castille

,

2 0

gloriose stelle, o lume pregno
virtú, del quale io riconosco

Di gran
Tutto

,

quai

que

si sia, il mio ingegno.
Parad.

xvii

,

t. 58.

3 Per els e per

lor naturas
riejon las creaturas
Qualque sian el mon terrenals,
E dels prendon els bes els mals.
Se

Breviari, v. 409, 10, 11
Toutes diversiteiz

qui sont
qui diversiteiz ont
Soit de courage ou defaiture,
Et quanqu'il avient par nature
En plantes, n'en herbes, n'en bestes
Avient par les vertus celiestes
Que Dieu as estoiles donna
Quant le monde premier forma.
Es gens

Image

du

monde.

,

12.

�-

33

-

quand deux d'entr'clles sont réunies dans un même si¬
Il nous apprend quelles sont les bonnes et les mauvaises
planètes, instruction assez inutile, puisqu'on ne peut se sous¬
traire à leur influence, quand elle est funeste.
Ainsi, l'enfant
qui vient au monde pendant que règne Saturne, planète des
plus malignes, est nécessairement d'une faible complexion et
ne vit que peu de
temps. Il est paresseux, triste et négligé
dans ses vêtements qu'il choisit d'une couleur sombre
; sa vo¬
encore

gne.

cation est celle de laboureur

d'homme de peine. Quel
moyen a ce malheureux enfant de résister à celte influence ?
ou

Et que

devient le libre arbitre, gêné entre la double contrainte
tempérament et de l'action des astres ? Ermengaud, qui
prévoit l'objection répond que l'homme a reçu de Dieu
sens, raison et pouvoir pour y résister. Dante, au chant xvie
du Purgatoire, résout la même difficulté de la même ma¬
nière :
Une puissance supérieure, dit-il, a créé en vous
l'esprit que l'influence des astres ne domine pas. »
du

,

«

A

maggior forza ed a miglior natura
sogghiacete, e quella cria

Liberi

La mente in voi che'l ciel non ha in

sua

cura

'

.

T. 37.

Une digression se trouve ici ; elle est fort
longue. Il s'agit
de connaître la véritable signification des mots astre et dé¬
sastre, de savoir

1

ce

qui est réellement heur

et malheur. Si

L'influence des astres n'est pas, aux
yeux

de Dante, une excuse
Vous, dit-il, qui habitez encore la terre, vous attribuez
toutes les causes au ciel, comme s'il ordonnait tout nécessairement.
S'il en était ainsi, le libre arbitre serait détruit en
vous, et il ne serait
pas juste de récompenser le bien et de punir le mal. Quoique le ciel
donne la première impulsion à vos actes comme à vos
pensées, vous
du mal.

avez

avez

«

la lumière de la raison pour distinguer
aussi le libre vouloir ; il résiste aux

livrent les influences
êlre

vainqueur.

célestes, et,

avec

le bien et le mal ; vous
premiers combats que lui
l'appui de la sagesse, il finit par

»
....

rîeile

Libero voler, clie se afiatica

prime battaglie col ciel, dura;

Poi vince tntto, se ben si nutrica.
Purgat,

xvi,

t. 25-4-S-6.

D

•

�_

nous
nous

34

-

croire notre auteur et
méprenons souvent à cet égard.
devons en

Sénèque qu'il cite, nous

Ainsi, celui qui perd sa

regarde ordinairement cette perte comme un très grand
malheur. Ermengaud en pense autrement : « Tu te livres au
désespoir, dit-il au mari inconsolable, pour avoir perdu ta
bonne femme. C'est sans raison ; tu peux dire maintenant que
tu t'appartiens. Avant,-tu étais à autrui ; on ne peut rempla¬
cer, quand on les a perdus, son frère, sa mère, ni son père ;
mais il en est autrement d'une femme. Tel en a perdu une
bonne qui en a trouvé une meilleure ' ». Voilà qui est bien digne
d'un pbilosophe stoïcien !

femme

cités dans
partie du Bréviaire. Nous ajouterons à cette liste les
noms suivants qui s'y trouvent aussi
: David, Salomon,
St Jean, St Luc, St Paul, St Jacques, St Mathieu, St Gré¬
7. Nous avons

déjà mentionné plusieurs auteurs

cette

Métbodius,

goire, St Ambroise, St Augustin, St Isidore, St
St Jérôme, St Bernard, St Jean- Damascêne, Caton, Sénèque,
Constantin, Hippocrate, Galicn, et, enfin, Aristote ou le Phi¬
losophe, que nous avons déjà nommé.
Cette dénomination 2 donnée généralement au stagirite, du
temps

d'Ermengaud et dans le siècle

suivant, prouve assez en

quelle estime on tenait ses ouvrages. Ce fut un véritable engoue¬
ment, qui se porta non-seulement sur son Histoire des ani¬
maux et son Éthique, les meilleurs et les plus instructifs de ses
livres, mais aussi sur ceux qui traitent de métaphysique, dont
les esprits du xme siècle étaient peu aptes à pénétrer les

obs-

diras í ma bona molher
perduda, mout es me fer.

\ Tu
Ai
Tu
E

podes dire : aras mieus

solias d'esser

Lunhs homs no

sui;

d'autrui.

pot ne so

fraire

paire ni maire ;
Mas en molher, senes falbir,
Pot hom tot jorn esdevenir.
Mains l'an bona perduda
Que pueis l'an melbor avuda.
Cobrar ni

V. K83 BT 9CIV.

2

St Thomas

d'Aquin appelle

aussi Aristote., le

Philosophe.

Ji'

I

�—

38

—

eurités. On étudia aussi les Analytiques ; cette

étude jeta dans
esprits, trop bien disposés à la recevoir, la semence
des faux raisonnements et des vaines subtilités,, qui germa et
s'épanouît promptement sous le nom de dialectique. Un té¬
moin oculaire, Pierre deCorbiac, qui se donne pour un habile
dialecticien, nous apprend dans son Trésor (v. 584 et suiv.)
en
quoi consistait son savoir : « Au moyen de la dialectique,
dit-il, je sais raisonnablement répondre, poser et fausser les ar¬
guments, sophistiquer, conclure et adroitement déconfire mon
ces

■

mêmes

adversaire.
.

»

Sophismar
Menar

e

mon

conduire etot gignosamens
aversaire

a

desconfezimens.

On ne peut mieux caractériser l'école du syllogisme, qui
.dominait partout, dans la chaire des théologiens comme dans
celle des prédicateurs. Aussi, est-ce avec raison que Dante
reproche aux premiers, du moins à certains d'entre eux, de
rêver sans être endormis, et de ne pas suivre le bon chemin en
laissant captiver par l'amour des apparences 1 ; et aux se¬
conds de renvoyer leurs brebis repues de vent2 , parce qu'ils
ne basent
pas leurs enseignements sur le bon fondement, c'est-

se

à-dire

sur

les

évangiles, dont les premiers disciples firent des

boucliers et des lances 3

Roger Bacon
tre les

.

se prononça

d'une manière pins absolue

con¬

emprunts que la philosophie chrétienne faisait aux livres
\

....

Laggiù non dormendo si sogna,

Credëndo
....

e non

credendo dieervero....

Voi non andate per un

Filosofando
L'amor de

;

sentiero

tanto vi transporta

l'apparenza «'1

suo

pensiero.
Parad. xxix, t.

2

....

Le

pecorelle che non sanno
pasciute di vento.

Tornan del pasco

lu. 36.

5

.

..

A pugnar per

accender la fede

Dejl'evangelio fero scudi

e

lance.
In. 57.

$

28-9.

�36

-

du

philosophe

grec, et,

-

métaphysique plusieurs

surtout, à sa

fois condamnée et exclue

des écoles. Mais ces livres continuè¬

étudiés; la secte des péripatéticiens, dont faisaient

rent à être

partie Albert le Grand, St Thomas,' Pierre Lombard, etc., sor¬
tit triomphante de toutes les épreuves. Dante lui-même, malgré
les reproches qu'on vient de lire et qu'il adressait aux théoloiogiens et aux prédicateurs qui négligeaient les Écritures
saintes, appartenait à cette secte 1 . Aristote était pour lui le
maître de ceux qui savent2 , le guide de la vie et de la raison
humaine3
Ainsi pensait son maître Brunetto Latini, traduc¬
teur de l'Éthique, qui, dans le préambule de son Trésor, dé¬
clare vouloir fonder son esdifice sour le livre d'Aristotle.
Ermengaud, qui n'était pas un esprit novateur, a sui\i les
doctrines qui avaient cours de son temps; il a fait des emprunts
à Aristote et aux anciens philosophes, à l'exemple des autres
théologiens, et particulièrement de Vincent de Beauvais, qui
.

Ozanatn, dans son Étude sur la
Dante, tout en restant le fidèle disciple

Divine Comédie, prouve que
d'Aristote, accepte cependant
plusieurs dogmes platoniciens sur Dieu, la nature et l'humanité. M éta¬
blit aussi que son admiration pour ces philosophes païens ne diminua
pas celle que lui inspiraient les savants traités de St Bonaventure et
de St Thomas. H nous le montre partageant ses sympathies entre ces
deux maîtres des écoles mystique et dogmatique, dont il reproduit
les doctrines dans son poème. Enfin, avec les textes même de ce
poème, il prouve l'orthodoxie de son auteur, qui a été si souvent con¬
1

testée.
Dante

et

laphil. cath., 3« partie, n. ni, v.

2 11 maestro di

color che s armo.
Inf.

5 II duca delia vita e

iv.

dell'umana ragio'ne.
Cosvito.

« Mais Dante n'admet pas d'une manière absolue l'autorité des phi¬
losophes païens sur les questions métaphysiques de la Divinité et de
sa puissance. « Vous avez connu, dit-il au chant 111« du Purgatoire,
des hommes qui ont désiré, sans succès, pénétrer ces mystères, et qui,
au lieu de voir leur curiosité satisfaite, languissent.dans une ignorance

éternelle. Je

parle d'Aristote, de Platon et

de beaucoup d'autres. »

\

�-

déclare nettement dans
serviries belles-lettres 1

son
,

37

-

Spéculum majus, qu'il veul faire
les sciences, la philosophie et les

au progrès des études théologiques. Mais la philo¬
sophie d'Ermengaud, quoique éclairée de la lumière des livres
profanes 2 n'en reste pas moins orthodoxe ; elle n'a d'autre
objet que l'amour et la recherche de la vraie sagesse.

beaux-arts

,

8. Le traité

d'anthropologie,

que nous avons

examiné plus

haut, est suivi de l'histoire du premier homme. L'auteur, après
nous avoir montré son état d'innocence et de bonheur, nous
raconte les circonstances de sa chute, qui entraîna sa réproba¬
tion et celle de

postérité5 . C'est une page de la Genèse écrite
Ermengaud ne se contente pas d'une simple
exposition. A l'exemple de St Augustin, de St Bernard, de
St Thomas et de tous les docteurs de l'Église, il examine, dans
un grand nombre de rubriques, une foule de questions qui dé¬
coulent de ce premier point, telles que celles-ci : Lequel d'A¬
dam ou d'Eve pécha le plus grièvement ? D'où vint le premier
péché qui arma la justice de Dieu contre l'homme qu'il avait
créé bon ? Comment de cette faute originelle sont nés les auen roman.

sa

Mais

prises d'auteurs profanes étaient peu du goût de
juger par ce passage d'une de ses lettres : « Quid facìt
cum psalterio
Jloralius? cum evangeliis Maro ? cum aposlolis Cicero?
Episl. xxii. — Id., Comment, in Epist. ad Galalas, lib. ii.
1

Les

citations

St Jérôme, à en
.

5

profanes
degré d'autorité : 10 Les Écritures canoniques ; 2° Les dé¬
crets de l'Église, des papes, des conciles ; 3« Les Docteurs de l'Église,
dont la doctrine est recommandée ; 4» Les savants, les philosophes et
les historiens profanes, pour les choses qui sont de leur compétence ;
5» Les poètes et les orateurs, pour les vérités de l'ordre naturel qu'ils
ont bien dites ; pour les belles pensées et les beaux sentiments qu'ils
ont bien exprimés.
Bourgeat. Études sur V. de Beauvais, p. 48.
Vincent de Beauvais classe ainsi les auteurs sacrés et

suivant leur

2
f.

Rubrique : De

quo

i.a couruptio

d'umana

natura pel pëccat original,

dlf.lIS los gitec del paradis terrenal pueys quels a vormatz,'

etc., etc.

�péchés que commettent les hommes, solidaires de celui de
premiers parents, et soumis aux mêmes tentations ? Il
se demande aussi pour quelle raison Dieu a permis que l'homme
fût tenté, quand il savait qu'il devait succomber ; pourquoi il
l'a créé bon, quand il savait qu'il deviendrait mauvais ; pour¬
quoi, enfin, il ne l'a pas fait assez bon pour le rendre inacces¬
sible aux suggestions de l'esprit du mal? Il recherche ensuite
les circonstances qui constituent le "péché et celles qui l'excu¬
sent, et termine sa discussion par des considérations sur les
péchés d'orgueil et d'avarice, qui, suivant St Paul et St. Gré¬
goire, sont les sources de tous les autres péchés.
tres

leurs

y

Nous

avons

examiné les deux

premiers cercles de l'Arbre

d'amour, et analysé toutes les rubriques où il est traité de Dieu
et de la Nature, qui sont placés dans ces deux cercles. Nous
arrivons, avec Ermengaud, qui suit fidèlement son programme,
au troisième cercle qui se trouve au
C'est le cercle du droit naturel1 , qu'il

ancien que

côté droit de l'Arbre.
considère comme plus

le droit des gens, et dont il va s'occuper premiè¬

rement.

1. De
maux,

ce

droit naturel, commun aux

naît le

rapprochement des

sexes

hommes et aux ani¬

des diverses espèces

qui habitent la terre, la mer et l'air, suivi de leur reproduction.
Leur amour pour leur progéniture, qu'ils nourrissent et élèvent
avec tant de soin, est aussi une conséquence de ce droit.
Ermengaud n'ajoute presque rien aux notions de son proœmium sur ce point ; il les complétera dans des chapitres pos¬
térieurs, dont nous aurons à nous occuper.
naturel, commun aux hommes et
aux animaux, est leur amour et leur reconnaissance envers
ceux qui leur font du bien ou leur procurent quelque plaisir.
2. Le second sentiment

1

Rubrique : De

dreg de satura.

�-

39

-

Quoique l'homme, qui a plus de connaissance, éprouve plus vi¬
peut se défendre sans mériter
reproches de grossièreté et d'ingratitude, les animaux l'é¬
prouvent aussi suivant le degré de leur intelligence. Ainsi, le
cheval, le chien et l'oiseau, connaissent ceux qui les soignent et
les nourrissent, et leur témoignent leur reconnaissance à leur
manière. Les animaux les plus féroces, l'ours, le loup, le san¬
glier, les oiseaux de proie, autours, faucons, éperviers et
émerillous, suivent aussi cette loi naturelle qui, dans l'intérêt
de la conservation des espèces, les empêche de se livrer à l'ins¬

vement ce

sentiment dont il

ne

les

tinct de leur férocité et de se

détruire entre

eux.

Ermengaud passe ensuite au cercle du droit des gens, qui
côté gauche de l'Arbre d'amour, au-dessous de celui de

est au

la Nature.
VI
, envisagé sommairement dans l'exposition
des obligations morales de l'homme, devient
maintenantfle droit public et même le droit international. Nous
lisons, en effet, dans le Breviari, que c'est en vertu de ce droit
que les terres ont été partagées, les maisons bâties, les royau¬
mes, comtés et baronnies établis,et maintes guerres déclarées.
Mais la guerre, suivant Ermengaud, n'est permise que pour

Le droit des gens4

sous

le rapport

défendre
et la

sa

déclare

personne et son pays.

Le sage Caton la conseille

glorieuse, quand elle a pour but de repousser une

injuste agression qui menace la patrie du joug de l'étranger.
La défense personnelle est aussi chose licite, mais à la condi¬
tion de ne faire usage que des mêmes armes que l'assaillant.
Ainsi, on ne doit pas donner un coup de couteau à celui qui
ne nous menace que d'un soufflet.
A

qui me vol donar gautada
deg donar coltelada 2 .

Non

r

Rubrique

2

V.

:

9353-4.

De dreg de gens.

�40

—

—

Le droit des gens,
nouvelle

enfin, reçoit dans le Breviari une noutransformation, et devient le droit civil en tant qu'il

régit les diverses conventions des citoyens, telles que les
échanges, les ventes et tous les actes du même genre dé la vie
sociale.

Après
partie de

observations, Ermengaud revient à la
relative au droit des gens, tel qu'il
l'a d'abord énoncé, et
développe les obligations qu'il impose à
l'homme envers Dieu et le prochain 1 . C'est une instruction
ckrgmatique de plusieurs milliers de vers, suivie de longues
exhortations en forme de prônes ou d'homélies. Le texte de
cette instruction, tiré de l'ancienne et de la nouvelle loi; est
ainsi traduit dans le poème :
ces courtes

son programme

Ama Dieu de tot ton

talen,

De tot ton cor, de tot ton sen,
E ton prueyme com te mezeis 2

.

Si tout le monde, dit Ermengaud, observait ce comman¬
dement, on n'aurait besoin ni' de décrétales, ni de lois, ni de
frères mineurs, ni de prêcheurs, ni d'ermites, ni de magistrats
pour instruire, endoctriner et punir les hommes. »
«

1. De l'amour de Dieu 3
sintéressé ;

il trouve

eu

.

Tout amour pur

lui-même

sa

et sincère est dé¬
récompense et ne de¬

mande que la
de l'espoir de

réciprocité. L'amour mercenaire, qui se nourrit
quelque profit, est toujours suspect 4
Ainsi, on ne doit aimer Dieu que pour lui-même et non
pour les biens temporels qu'on en attend. Cet amour intéressé
ressemblerait à celui de la courtisane, qui n'aime que pour son
argent l'insensé qu'elle ruine.
Après cette comparaison un peu brutale, Ermengaud expose
.

1

Rubrique : D'amor

2

V. 9413 et suiv.

5

Rubrique : En

nostre
4

seniior,

Dieü e

del peueime,

etc.

qual manieyra e per qual razo deu quex amar

etc.

Suspeclus est mihi

videlur. St

de

amor, oui aliudquid adipiscendi
Bernard, Serm. 83.

spes

suffragari

�—

41

-

rubriques les signes de l'amour de Dieu1 .11 place
première ligne le jeûne, qui dompte les désirs charnels, de
même que la famine oblige le château le plus fort à se rendre ;
l'aumône et les sept œuvres de miséricorde ou œuvres méri¬
toires, qui consistent à endoctriner les pécheurs, à donner à
manger aux pauvres, surtout aux pauvres honteux , à se mon¬
trer hospitalier envers tous, et principalement envers les dis¬
ciples et serviteurs de Dieu demandant l'hospitalité en son
nom (qu'on accueille moins bien que les jongleurs,
serviteurs
du diable), à vêtir les pauvres déguenillés, à visiter les ma¬
lades, à consoler les prisonniers, à ensevelir les morts.
Ces œuvres méritoires donnent lieu à de très longs déve¬
loppements, et sont suivies d'un traité sur l'aumône propre¬
ment dite 2
Elle ne doit être faite que de ce qu'on possède
légitimement. Les clercs ne doivent retenir des aumônes qu'ils
reçoivent que ce qui est nécessaire pour leur nourriture. En
agissant autrement, ils voleraient les pauvres, à qui l'aumône,
ce bien de Dieu, appartient 3 .
Le culte d'adoration que l'homme doit à Dieu pour les biens
spirituels et temporels qu'il en reçoit, est le signe le plus évi¬
dent de l'amour qu'il lui porte, pourvu que ce culte soit sin¬
cère et conforme aux prescriptions de l'Eglise. Après Dieu
on doit honorer Jésus-Christ, la Vierge et les saints. L'histoire
de. la mère du Sauveur, que l'auteur déclare conçue sans pé¬
ché, remplit douze rubriques, suivies de citations latines, tidans quatorze
en

.

1

Rubrique

2

SI Thomas (Secunda secundœ, q.

:

Dels senhals d'ome quez ama Dieu.

xxxii) distingue deux sortes d'au¬
corporelle et l'aumône spirituelle, qui comportent
l'une et l'autre sept obligations. Ermengaud ne suit pas cette distinc¬
tion. L'aumône spirituelle, qu'il place la première comme plus méri¬
toire, consiste seulement, suivant lui, à endoctriner les pêcheurs. Il ne
change presque rien aux anciennes théologies quant à l'aumône corpo¬
mônes

:

l'aumône

relle.
5
E

....

Quantunque la chiesa garda, tutto

delia gente

Non di

cheper Dio dîmanda

parenti, nè d'altro più brutto.
Paríb. xxii, t.

20.

�rees

l'Exode, du livre des Nombres et des

de la Genèse, de

Prophéties. 11 se sert d'une étrange comparaison pour prouver
qn'elle a pu devenir mère sans perdre sa pureté, comparaison
qui se trouve aussi dans une pièce de maître Pierre de Corbiac 1

.

étoiles, du soleil, de la lune, des idoles et
images des faux dieux, la croyance aux sortilèges sont
proscrites dans cette partie'du Breviari 2 . L'auteur, peu versé
2. L'adoration des

des

dans la connaissance de

l'histoire grecque, nous apprend qu'un

avoir refusé d'adorer ses idoles. 11
sainte, et il le prouve en tirant de
l'ancien Testament plusieurs textes pour montrer l'aveugle¬
roi fit mourir Socrate pour
connaît mieux l'Histoire

juifs touchant la venue du Messie 3 . Les juifs
ils avaient obtenu, en
1160, une charte de rémission de l'évèque 4 ; mais ils n'en

ment

des

étaient alors fort nombreux à Béziers;

1 De

vos trac

sa car

humana

Jesu-Christ, nostre salvaire
Si cum, ses

Yai
Per

frachura faire,

rais, quan solelha,
la fenestra vezina.

e ven

Raynouard,

2

Rubriques

:

Choix de poés. orig. des troub. iv, 465.

De las ydolas e de cels que las azoron. —

manieyra et ab qual

En qual

entencio deu hom orar las emages de las

gliey-

sas, e que significo.
s

4

estoria de

l'excegamen

Ego Guillelmus

dels

juzieus.

Bitterrensis Episcopus.... remitto tibi Trenca-

successoribus universis etvobis Judœis prœsentibus etfuturis..., illum impetum et insultum et lapidationis bellum, quodjure
vello et tuis

injurià solebant christiani adversùs Judœos hujus villse facere à
primâ hor'â die sabhati ante Ramos palmarum usquè ad extremam
horam secundse feriœ post Pascha, die vel nocte.... Et propter banc
remissionem et guerpitionem dedisti mihi Guillelmo Episcopo solidos
ducentos melgorienses ad commodum ecclesise sancli Nazarii, quos
omnes denarios a. vobis Judœis accepi.... Et debetis pro dictâ remissioneet guerpitione vos Judœi preedicti et successores vestri in perpetuum, singulis annis, ecclesiœ sancti Nazarii libras quatuor melgorien¬
ses in die palmarum ad ornamenta ipsius ecelesise.... Et hoc faciunt
Judfei voluntate et auctoritate domini Trencavelli.
vel

�-

élaient pas

43

—

moins l'objet de l'animadversion

publique, devenue

plus vive dans toute la chrétienté depuis les croisades.
Les autres signes de l'amour de Dieu sont la prédication,
la prière, la confession et la pénitence1 , sujets traités in extenso
dans notre poème. Ermengaud insiste particulièrement sur la
nécessité et l'efficacité de la prière ; il est d'accord en cela avec
l'auteur de la Divine Comédie, qui la définit : « Une violence
opérée par un ardent amour et une vive espérance qui force
la porte du royaume des cicux, après avoir vaincu la volonté
divine qui veut bien se laisser vaincre, et qui, vaincue, est en¬
core triomphante par sa bonté 2 . »
De longues formules de prières, l'Oraison dominicale et le
sy mbole des apôtres, avec des commentaires interminables, ac¬
compagnent l'exposition des sept œuvres méritoires. La pre¬
mière de ces œuvres, relative à l'instruction religieuse, fournit
à notre auteur l'occasion de donner d'excellents conseils aux
prédicateurs. Il leur recommande, entre autres choses, d'ap¬

prendre eux-mêmes ce qu'ils veulent enseigner aux autres, et
surtout de prêcher d'exemple 3. Tout enseignement, suivant
St Jérôme, perd son autorité, quand il est détruit par les œu¬
vres de celui qui le donne. Perdit autoritatem docendi, cujus
sermo opere destruitur (Epist. 83 contra Yigilantium).
prière, vingt-trois rubriques ; sur l'oraison dominicale,
la confession, la pénitence, la contrition et les sept péchés.
mortels, vingt-neuf. Toutes ces rubriques réunies comprennebt six
4

Sur la

neuf

mille

; sur

vers

environ.
violenzia pate
da viva speranza

2 Rcegkum ccelorgm
Da

caldo

amore e

Che vince la divina voluntate,
Non

aguizache l'uomo all'uom sobranza,
percliè vuol'esser vinta,

Ma vince lei

E vinta vince con sua

beninansa.
Parad. xx, t.

3

Qui vol essenhar

Lo deu

far be

premier mostrar en se,
Quar bon essemple valon mais
No fav sermos ab fagz savais.

32-3.

�44

—

—

3. A

l'exemple de ISéatrix qui, après avoir reconnu l'im¬
puissance de ses raisonnements pour la conversion de Dante,
déclare dans la Divine Comédie, qu'elle n'a
plus qu'à lui mon¬
trer
les,supplices des races damnées 1 Ermengaud cherche
maintenant à ramener parla crainte ceux
qui sont restés sourds
à ses exhorlations. Il leur montre d'abord le tableau du
juge¬
ment dernier,
qu'il peint avec les plus sombres couleurs ; il
décrit ensuite, l'une après l'autre, les dix
peines éternelles qui
attendent les réprouvés, et termine son énnmération
par les
,

vers

suivants

:

Cels que seran en
Auran gran

cel màrtir

d.eliech de morir,

E comensaran

dezirar

La mort que

soîon azirar,
E morir per
re non poiran,
Mas que moren tostemps
viuran.
On trouve la même

pensée dans Y Image du Monde de
^

Gauthier, de Metz

:

Le troubadour Pierre
vers

suivants

Cardinal

exprime la même idée dans les

:

Predicator
Tenc per

Rielhor

Gant îai l'obra que

manda far,

No fas selhui

Que l'obra fui
Que als autres vai

Dante adresse

predicar.

reproche aux prédicateurs de son temps : « Au¬
prêcher avec des mots grotesques et des bouffon¬
neries ; et pourvu que l'auditoire ait bien ri, le capuchon se gonfle et
l'on ne demande rien déplus.
jourd'hui,

on

ce

s'en

va

Oggi si va conmotti econ iscede
predicace, e pur che ben si rida
"Gonfia'l cappucio, e più non si richiedo.
A

Parab. sxix,

t. 39.

i Tanto

giù cadde, che tutti argomenti
sua eran gia corti,
Fuorche mostrargli le perdute genti.
Alla salute

Parab. xxx,

t. 45.

�Laens viennent tot à mal

Li lieuz

a nom :

port;

terre de mort ;

Car les ornes tot vraiment

perpétuelment ;
jorns i meurent en vivant,

I meurent
Totz

Et ades vivent en morant.

Les damnés de l'Enfer de Dante

cris

une

seconde mort
Vedrai

demandent aussi à grands

:

gli antichi spirti do'enli

Che la seconda morte ciâseun brama •

.

poètes ont tiré leur pensée de ce passage de l'Apo¬
calypse : Desirabunt mori et fugiet mors ab c/s2 .
M. Mary-Lafon •"
qui. paraît n'avoir .connu de l'œuvre
d'Ermengaud que les fragments reproduits par Raynouard au
tome premier de son Lexique roman (il n'en cite pas d'autres
dans son Histoire du Midi delà FranceJ, suppose que du Bré¬
Les trois

,

viaire d'amour est sorti l'Enfer de

saurions partager

la Divine Comédie. Nous ne

cette opinion. Elle a été réfutée

dans

un

dis¬

président de la Société archéologique de
Béziers, dont nous extrayons ce passage : « Dante a vécu de
12G4 à 1321. C'est dans la même période qu'il faut placer la
vie deMatfre Ermengaud. Son volumineux poème, commencé
en 1288 (M. Mary-Lafon d t, par erreur, à la fin de 1208 )
n'était probablement pas terminé 4 et surtout connu, lorsque

cours

1

de M. Carou,

Inf. I, t. 39.

2

Cap. ix, V. 6.

3

Histoire du Midi de la France, t. II!,

321 et suiv.

partager, sur ce point seulement, l'opinion de
Ermengaud avait probablement terminé son poème avant
l'année 1300. Nous voyons, en effet, dans la rubrique de la Naissance
du fils de Dieu, qu'en l'année 1289, au printemps, c'est à dire un an
après qu'il l'avait commencé, il en avait fait à peu près les deux tiers.
Mais nous pensons, avec M. Carôu, que Dante comme Ermengaud ont
imité d'anciennes légendes, plus répandues de leur temps qu'elles ne le
sont aujourd'hui, et que le premier n'a rien emprunté au second.
K

Nous ne saurions

M. Carou.

�—

46

-

Dante commença le sien, vers l'année 1300. Ainsi, ies deux
poètes ont dû s'ignorer réciproquement. Les coïncidences que
l'on remarque dans leurs oeuvres ne peuvent venir que de ce
que tous deux ont puisé dans le fonds commun des idées ré¬
gnantes 1 ».
Ce que M. Mary-Lafon trouve de plus saillant pour établir
la similitude des deux enfers, ç'eàt le froid mortel, seconde
peine de celui du Bréviaire, qui fait grincer des dents les
damnés d'Ermengaud et ceux de la Divine Comédie :
Els fa tremolar
E tan lur

e

frémir

fay las dens glatir.
Bbeviari.

\

■

Eran l'ombre dolenti nella

Mettendo i denti iii nota di

ghiaccia
cieogna.

Infer. xxxil, t. 12.
Dans le Bréviaire, cette

peine est celle des méchants en gé¬
néral, tandis que dans l'Enfer de Dante, elle est infligée à ceux
qui ont massacré leurs propres parents, et aux traîtres envers
leur

patrie.
grincement des dents est le seul trait de ressemblance
entre les deux poèmes. Le supplice, lui-même, se trouve men¬
tionné dans des légendes antérieures, le Purgatoire~de\St Pa¬
trice, qu'ont reproduit Mathieu Paris et Vincent de Beauvais,
et la Vision de St Paul, mise en vers français auxme siècle,
mais dont l'original, écrit en latin, est beaucoup plus an¬
Le

cien 2

.

1

Bulletin de la Soc. arch. de Béziers, 2e série, 11, 267.

2

Voir

la

légende du Purgatoire de St Patrice et la Vision de
avant Dante par C. Labitte, dissertation im¬
primée avec les OEuvres de Dante Alighieri, Paris, Charpentier, 1848,
et Dante ou la Philosophie catholique au xme
siècle, par Ozanam,
nouvelle édition, page 324. On trouve, à. la page 425, l'entier poème
St Paul,

sur

ri Divine Comédie

de la vision deSt Paul.

�Nous n'insisterons pas sur

ces

rapprochements. Indépen¬

légendes du Purgatoire de St Patrice, de !a Des¬
cente aux enfers de St Paul, il en existait une foule d'autres,
qui ont été signalées par Charles Labilte, dans sa Divine Co¬
médie avant Dante, et par Ozanam, dans sa savante étude sili¬
ce poète, que nous avons déjà citée : légendes françaises, alle¬
mandes, italiennes, anglaises, espagnoles, byzantines, visions
de l'autre vie, voyages dans le mondé invisible, qui avaient pré¬
cédé la Divine Comédie, et qui peuvent en être considérés
comme les sources, mais les sources éloignées. «La gloire de
Dante, dit Ozanam 1 c'est d'avoir mis sa marque, la marque
de l'unité, sur un sujet immense, dont les éléments mobiles
roulaient depuis bientôt six mille ans dans la pensée des hom¬
mes. » Nous ajouterons que, quels que soient les matériaux
dont il s'est servi, Dante n'en demeure pas moins le sublime ar¬
chitecte de son monument impérissable. Son génie s'est si bien
approprié les vieilles traditions, qu'on peut appliquer à tout
le poème cette pensée du-Paradis .• « Ce que je vais rapporter,
jamais parole ne l'a proféré; jamais encre ne l'a écrit; jamais
imagination ne l'a conçu. •
damment des

,

Quel che mi convien ritrar testeso
porto voce mai nè scrisse inchioslro,
Nè fù per fantasia giammai compreso. 2
Non

Quoique les hommes se soient toujours ressemblés, que
des vices et des vertus ait toujours été à peu près la
même; que, dans tous les temps, les puissants aient opprimé
'4.

la

somme

pressuré les faibles jusqu'au moment où ceux-ci, devenus
le joug et con¬
aimons, néan¬
moins, à connaître les moeurs et les usages des époques éloi¬
gnées de celle où nous vivons, pour les comparer avec nos
mœurs j et nos usages, et contenter, à la fois, notre curiosité
et

forts par leur union, ont violemment secoué
traint leurs maîtres à compter avec eux, nous

1 Dante ou
5

la'philos, cath.

raracl. xix,

t. 3.

au xiii"

siècle par Ozanam, p. 424.

�—

48

—

amour-propre toujours disposé à louer le présent aux
dépens du passé. Ces peintures de mœurs anciennes nous in¬
téressent d'autant plus qu'elles concernent nos ancêtres et
qu'elles sont faites par des personnes ayant vécu avec eux, et
par conséquent bien placées pour lès juger. A ce double point
de vue, nos lecteurs nous sauront gré de leur faire connaître
le tableau que trace Ermengaud de la société de son temps.
C'est une vive satire contre les dérèglements et les injustices ce
ses contemporains,
dont nous allons faire avec lui l'examen de
conscience en relevant les péchés particuliers à chaque condi¬
tion 4
11 commence par les empereurs, les princes et les au¬
tres grands seigneurs.
Les empereurs et autres seigneurs suzerains, dit-il, sont
dans l'usage de vendre la justice à leurs vassaux; ils ruinent
les plaideurs en frais ; ils accordent leurs faveurs aux conseil¬
lers, sénéchaux et viguiers qui commettent des exactions dont
ils profitent ; ils se réjouissent des assassinats commis sur
leurs domaines dans l'espoir d'avoir les biens des coupables ;
ils font pendre un misérable qui vole un chaperon 2 pour se
couvrir, tandis qu'ils s'emparent injustement des terres de
leurs voisins. Avec leurs tailles, usages, gabelles, péages et la
fréquente refonte des monnaies s , ils réduisent leurs vassaux
à l'indigence. Amoureux du faste et de la représentation, ils
et notre

.

1

Rubrique .: De diversas manieyrasde peccatz, los quals fan di-

versas manieyras de gens segon lur condicio.

s
a

« On
pend un pauvre larron pour une
lui-même volé un roussin. »

vétille, et celui qui le pend

Paubre iairon pent
lí peu

hom per una veta,
lo tais qu'a emblat un roci.
P. Cardinal

s Dante
reproche aussi
fréquent des monnaies :

au

:

prop a guerra.

gouvernement de Florence le changement

Quante volte del tempo che rimembre

Leggi,

mokete,

liai tu mutato

oífici
e

e fcostume
rinnovato membre ?
Pt'RG

VI, t. 49.

�-

49

-

aiment à avoir, dans la

cour de leurs
châteaux, de nombreux
clients, et, quand ils voyagent, à être suivis d'une armée de
serviteurs, qui ne leur coûte rien. Dans ce but ils atermoient
sans cesse les affaires de ceux
qui vont leur demander justice,
leur promettent
toujours une décision qu'ils ne rendent jamais,
et au moyen de ces
promesses les forcent à les suivre de

châteaux en châteaux. Us les renvoient
ensuite sans avoir
fait droit à leur demande, mais
après leur avoir causé, pour
satisfaire leur vanité, de grandes
dépenses dont ils ne seront
pas remboursés.
Les bannerets et
seigneurs de châteaux suivent l'exemple
de leurs suzerains. Comme leurs revenus
ne
peuvent suffire
à leurs prodigalités,
ils sont toujours couverts de dettes ; ils
empruntent à leurs hommes liges argent, blé, farine et autres
denrées qu'ils ne rendent jamais. Us se
parjurent plus souvent
que les filles de mauvaise vie 1
La conduite des
simples
chevaliers et gens d'armes est tout aussi
blâmable. Quand,
pour un salaire qu'ils en reçoivent, ils suivent la
bannière
d'un seigneur
qui fait une guerre injuste, ils se rendent
complices des meurtres, pillages et incendies qu'il commet.
C'est un péché dont ils
chargent leur conscience ; mais ils en
font un plus grand
encore, quand trahissant leur serment
de fidélité ils concertent avec son
adversaire la mort d'un ami.
Les textes ne nous
manqueraient pas pour justifier les
satires d'Ermengaud contre les
seigneurs grands et petits. Les
.

1

P.

Cardinal adresse

E

aux

seigneurs les mêmes reproches

:

Mais volon tolre que
lop no fan
mais mentir que tozas de bordelh.
Ravnouard. Ch. d. p. 0.
d. t. iv, 3í8. Tos

temps.

Ils sont

plus ravisseurs que les loups et plus menteurs
que les
filles de bordel. » Cette dernière
expression se rencontre aussi dans la
Divine Comédie. Dante
reproche à l'Italie de n'être plus la maîtresse
des peuples, mais un lieu de
prostitution :
•

Non donna di

provincie,

ma

bordello.

Pur g. vi.

t. 26.
E

�—

sirventes des troubadours

50

sont

-

remplis d'attaques du même

genre. Nous nous contenterons de citer,

en

le traduisant, le

couplet suivant d'une pièce de Giraud de Borneil : « J'ai vu,
dit-il, un temps où l'on ordonnait de nombreux tournois que
suivaient des chevaliers bien équipés. On
parlait ensuite
pendant toute une saison de ceux qui avaient été noblement
blessés. Maintenant on se fait un mérite de voler
bœufs,
moutons et brebis. Honni soit le chevalier
qui veut faire le
galant, quand ses mains sentent le suint des moutons qu'il a
dérobés, et après qu'il a volé les églises et détroussé les
voyageurs ! » 1
La satire des castes privilégiées est suivie dans le Bréviaire
de celle des classes qui s'en
rapprochent le plus par leur vanité
et leur goût
pour le luxe. Ce sont d'abord les avocats. Voici les
reproches que leur adresse Ermengaud : « Non contents, dit-il,
de donner de mauvais conseils, d'empêcher
les accommodements,
de défendre des procès qu'ils reconnaissent
injustes, de se
servir de faux titres et de faux témoins,
de corrompre les
viguiers de conseiller à leurs clients le parjure, ils trompent
parfois leur confiance, et vendent leurs secrets à la partie
adverse. Ils ne manquent jamais
d'exiger des honoraires
exagérés. 2 C'est un argent mal acquis qui se dissipe comme
,

le vent.

»

Après les avocats viennent les médecins qui aiment comme
eux les beaux
palefrois et les riches habits. Gourmands et
1

leu vi torneis mandar

E segre gens
E

garnit*

pneys dels miels

Una

,

ferilx

parlar;
pretz de raubar

sazo

Á.T es

Buous, motos

e

berbitz;

Cavaliers si' aunitz

Qucs met a domneiar,
toca dels mans motos belans,
Ni que rauba gleizas ni viandans. ?
Pus que

Per solatz revelhar.

5

Une ordonnance de

Philippe-le-Hardi, de l'année 1274, obligeait

par serment les avocats à ne se charger que des causes justes, et
défendait de recevoir des honoraires au-dessus de trente livres.

leur

�sensuels, ils s'occupent beaucoup de leur santé et de leurs
et fort peu du salut de leur âme. Ils se
réjouissent de

plaisirs,

voir leurs clients atteints de
graves

maladies, pour en être
payés. Ils partagent môme avec l'apothicaire le bénéfice
qu'il fait sur les médicaments souvent inutiles qu'il fournit. Si
par méfiance vous voulez lire leurs
ordonnances, vous n'y
trouverez que des mots
étranges et inintelligibles.
mieux

Les

bourgeois fiers de leur fortune, avides de distinctions,

moqueurs, fanfarons et vantards, passent, quand ils ne vont
pas chasser, leur temps sur la place à médire, à
parler de
leurs débauches, de leur état de
maison, de leur table et de
leurs dépenses. Leur ruine
qui en est la conséquence est
toujours irrévocable, parce qu'ils sont trop
orgueilleux pour
travailler.
Les

marchands sont encore plus maltraités.
Fraudes sur le
poids et la qualité de la marchandise, marchés usuraires,
accaparement en temps de disette, trahison envers leurs
associés, exactions dans la perception des droits seigneuriaux
qu'ils afferment, mensonges et parjures, tels sont les
principaux
péchés que leur reproche notre auteur.
Les conseillers, tuteurs et administrateurs
qui abusent de
leur mandat pour s'enrichir ; les
journaliers et ouvriers qui se
coalisent pour faire augmenter
leur salaire ; les agriculteurs qui
emportent leurs récoltes nuitamment pour ne pas
payer la
dime au clergé et les droits au
seigneur, qui déplacent et
enlèvent les bornes; les hôteliers
qui détroussent ou font
détrousser les voyageurs; les
joueurs enfin dontjes fripon¬
neries sont de tous les
temps, ont leur bonne part dans les
satires d'Ermengaud. Mais il
attaque plus vivement encore les
jongleurs, ces serviteurs du diable comme il les a déjà
appelés.
Ils sont d'après lui
cajoleurs, menteurs, ingrats, déloyaux,
joueurs, buveurs, coureurs de mauvais lieux et porteurs des
messages d'amour. Leur profession, en effet, qui
avait eu
quelque éclat au siècle précédent, était alors fort décriée. Ce
,

qui le prouve, c'est la supplique qu'en l'année 1273,
quinze ans
du Breviari, le troubadour Giraud
Riquierde Narbonne adressait au roi de
Castille, Alphonse X, pcurle prier
avant la date

�de donner des noms

qui

particuliers

faisaient remarquer

se

par

aux

jongleurs et troubadours

leur bonne conduite , afin de

distinguer de ceux qui avilissaient leur profession par
leurs débauches et les métiers honteux auxquels ils se livraient.
La satire des femmes est la dernière. Ermengaud les accuse
les

de commettre habituellement les sept
n'ont jamais, dit-il, assez de boutons ,

péchés mortels. « Elles
de voiles, de bandeaux,
de cordons, de boucles, de guirlandes, de perles, de ceintures,
de broderies, de chaînes, de justaucorps, de
manteaux, décapés, de tuniques,de gonelles et de fourrures. 1

de bourses,

jamais assez peintes, assez fardées, assez
peignées, ni assez frisées. » Ceci est pour le péché d'orgueil ;
nous
passons les autres sous silence.
Le troubadour Pierre Cardinal qui fut probablement contem¬
porain d'Ermengaud, 3 quoique né avant lui, composa aussi
une satire contre les dérèglements de la société de son temps.
Elle porte dans les manuscrits cette rubrique : Aissi comensa
la gesta de fra Pegre Cardinal. 3 II y censure également les
mœurs des hommes des diverses conditions, médecins, apo¬
thicaires
avocats, trésoriers, juges, baillis et sergents,
marchands, ouvriers et hôteliers, et même le roi auquel il
reproche d'avoir de mauvais ministres, de lever toujours de
nouveaux subsides, de changer les coutumes et les monnaies
et de tondre les brebis jusqu'au sang. Le satirique trouve
Elles

ne

se

sont

,

somptuaires furent faites sous le règne de Philippe-le-Bel,
l'époque où Ermengaud écrivait son poème. Par ces
lois, les fourrures de menu-vair, de petit-gris et d'hermine, l'or, les
pierres précieuses et les couronnes d'or et d'argent étaient interdites
aux bourgeoises. Nulle damoiselle, si elle n'était châtelaine ou dame
de deux mille livres de terre, ns pouvait avoir qu'une paire de robes
par an, etc., etc.
1

Des lois

c'est-à-dire

vers

5

D'après la biographie manuscrite de Michel de la Tour, P. Car¬
temps du roi Jacques d'Aragon, de 1213 à 1276, et
postérieurement, s'il est vrai qu'il soit mort centenaire, comme l'as¬
dinal vivait du

sure ce

5

biographe.

Baynouard, Lexique

roman i,

464.

�53

-

-

partout î immoralité et la corruption dans les rangs

les plus
plus infimes. 1 II n'épargne même pas le
clergé ; bien loin de là, il lui consacre les premières strophes
du Gesta. Il accuse le
pape et les cardinaux de donner au plus
offrant les évêchés et les abbayes, aux
évèques d'écorcher les
prêtres qui ont des revenus et de l'aire pour de l'argent la
tonsure aux
simples ouvriers, aux prêtres de vendre les

élevés

comme

sacrements

dans les

et

les

moines, enfin

de l'aire
dans la maison de leur
père, malgré le semblant de pauvreté qu'ils affectent.
Ermengaud qui a connu cette pièce et d'autres semblables
du même troubadour (car il en reproduit dans ses satires les
pen¬
sées et quelquefois les expressions) s'estabstenu d'y comprendre
le pape, les cardinaux et les autres clercs séculiers ou réguliers.
Son abstention est facile à expliquer. Il était moine. Mais la
raison qu'il donne de son silence est loin d'être une apologie.
«Les clercs, dit-il, n'ont pas besoin qu'on leur montre les
péchés dont ils doivent se confesser et purger leur conscience.
Ils ont le livre des Sentences ( de Pierre Lombard) et la Somme
de levêque d'Ostie (Henri de Suze), où ils trouveront tous les
cas. C'est de ces livres
que je tire moi-même mon enseignement
sur le
pcché.» Il leur laisse donc le soin de faire eux-mêmes
leur examen de conscience, et il s'abstient de censurer leurmesses

meilleure vie dans leurs

,

aux

,

couvents que

conduite.
Les satires où il
sous

1

son

aspect le

attaque les autres conditions et nous montre

plus triste la société du XIIIe siècle

sont

Pierre Cardinal

s'exprime ainsi dans un de ses sirventes : « De
Couchant, je propose aux hommes une convention d'une
nouvelle espèce. Je donnerai un bezant d'or à tout homme loyal à
condition que tous les déloyaux me donneront un clou, aux courtois
un marc si tous ceux qui ne le sont
pas veulent me donner un tour¬
nois, enfin une montagne d'or aux hommes sincères et véridiques si
l'Orient

au

tous les menteurs consentent à

me

donner

un

œuf.

»

Il dit dans

autre sirvente

un

qu'on devrait enterrer tous les chevaliers, afin qu'on
n'en parlât plus ; ils sont tellement honnis et deshonorés
que la vie
vaut moins pour eux que la mort. (Raynouard. Ch. cl. p.
orig.
d. Iroub. iv, 347.)

»

�peut-èlre les pages les plus curieuses de
à

cause

des nombreuses observations

son
sur

long poème soit
,

les

mœurs

et

les

de celte société qu'on

y trouve, soit à cause du ton de
franchise et de bonhomie de l'auteur. N'oublions
pas cependant
usages

qu'il veut moraliser cette société, et que pour réveiller sa honte
et exciter son
repentir, il exagère les vices qu'il lui reproche.
Car, toute corrompue qu'elle était encore, il est pourtant
incontestable que, sous l'influence et l'action du
clergé régulier
qui ouvrait partout des écoles, elle travaillait à sa régénération.
Saint Louis par ses
ordonnances, par la protection qu'il accorda
aux lettres et aux
sciences, et surtout par l'exemple de ses
vertus seconda
puissamment cette influence civilisatrice qui
devait dissiper les dernières ténèbres de la barbarie du Xe
siècle et préparer l'avènement de celui delà renaissance.
,

5. Les satires du

Breviari, qui en sont de véritables épisodes,
éloigné de l'Arbre d'amour. Ermengaud nous
y ramène avec un traité sur l'amour du prochain 1
seconde
obligation imposée à l'homme par ce qu'il appelle le droit des
gens. Nous ne le suivrons pas dans tous les
développements
qu'il donne à cette partie de sa synthèse. L'ancienne et la
nouvelle loi, les prophètes, les
philosophes de l'antiquité font
nous

ont

un

peu

,

à l'homme

dans

son

un

devoir de cet amour, dont Dieu a mis le
germe
11 est le fondement delà société chrétienne.

cœur.

Ermengaud la compare au corps humain dont tous les membres
s'aiment nécessairement, se
portent mutuellement secours et
ne sont jamais
jaloux les uns des autres. « Les pieds, dit-il,
n'envient pas aux yeux la faculté de voir,
pas plus que les
mains n'envient à la
langue celle de parler, et réciproquement.
Chaque membre profite, au contraire, du secours que lui
donnent les autres membres et
par une solidarité tacite, ils
concourent tous au bien être du
corps entier. Ainsi doivent se
conduire et se protéger entre eux les membres de la
société
,

1

Rubrique

gascus amar.

:

D'Amoh

de

ïiìueyme, e

peu

quals

bazos i.o deu

�55

—

—

chrétienne, s'éclairant les uns les autres des lumières de la
foi et s'inspirant de
l'enseignement des livres saints. »
Ermengaud peut avoir emprunté cette comparaison à Saint
Ambroise qui, dans son Commentaire sur la
première épitre
aux
Corynthiens, en fait l'application à l'ordre ecclésiastique.
VU.

L'homme

régénéré par le baptême, rélrabilité parla prière
pratique des œuvres méritoires, ne peut prétendre encore
à l'immortelle
récompense de l'amour de Dieu et du prochain ;
il ne peut porter sa main à ce fruit de l'Arbre
d'amour, s'il n'a

et la

auparavant cueilli les feuilles et les fruits d'un

autre

arbre

qu'Ermengaud appelle l'Arbre de vie. Ces' feuilles et ces
sont les trois vertus
théologales, les quatres cardinales
sept dons du Saint Esprit1

et les

fruits

.

1

Dante,

chant de son Purgatoire, a admirablement per¬
qu'il place autour du char symbolique de l'église,
éclairé par sept candélabres qui
représentent les dons du Saint Esprit ;
du côté de la roue droite du char, symbole
de l'Ancien Testament,
dansent en rond les trois vertus théologales sous la
figure de trois
vierges, l'une plus rouge que la flamme,
sonnifié

ces

au xxix®

vertus

Tanto
€h'a pena

rossa

fora dentro al fuoeo

c'est la charité. L'autre, couleur d'émeraude,
sième est blanche eomme la neige,
La terza parea

Tout le inonde

neve

réconnu la foi.

testé

nota,

c'esti'espérance ; la troi¬

mossa..

Les

quatre vertus cardinales, sous les
et précédées de l'une d'elles qui
a trois yeux
à la tête, la Prudence, dansent du côté de la roue gauche
du char, qui figure le Nouveau Testament.
a

traits de femmes vêtues de pourpre,

Dante

intervertit

ici

Il l'intervertit pneore au

S'eglí

Cependant dans

ce

l'ordre ordinaire des

chant

ama&gt;

bene

xxiv«
e

vertus

théologales.

du Paradis, où se trouve

ce vers,

bene spera e crede.

même chant et les deux suivants, lorsqu'il est

�-

56

—

L'Arbre de vie n'est pas une invention d'Ermengaud ; nous
le trouvons mentionné dans le dernier
couplet du Gesta de
P. Cardinal que nous avons

cité plus haut

May dire non vuelh plus
Mas qui vol poiar sus
Sus en l'Arbre de vida,
Esforse

:

;

se cascus

Que fassa bon conclus
E bona

departida. 1

L'Arbre de vie du Breviari est

planté au côté droit de
l'Arbre delà science du bien et du
mal
dont il sera question plus tard, s'élève au côté gauche.
Les vertus théologales
et cardinales, les sept dons du
Saint Esprit, feuilles et fruits de l'Arbre de
vie, ont été l'objet
de longs traités dans un grand nombre
d'ouvrages théologiques
l'Arbre

d'amour, tandis

que

,

antérieurs

poème

au

Breviari. Il existe

composé

roman,

le troubadour Deudes de

C'est

les vertus

sur

les vertus cardinales

un

au commencement du XIII8 siècle par

Prades, chanoine de Maguelone 2.

théologales et sur la foi principalement,
première de ces vertus, qu'Ermengaud concentre son

la

sur

interrogé

sur

les vertus théologales par S. Pierre, S. Jacques et S. Jeanr

l'examen porte d'abord sur la foi, ensuite sur
l'espérance, et enfin sur
la charité. S. Thomas d'Aquin,
qui examine cette question de

priorité,
perfection la charité, racine
placée avant la foi et l'es¬
pérance, cependant, par ordre de génération, la foi précède l'es¬
pérance, et l'espérance la charité. » Summa, secunda
secundœt
q. lxii, art. iv.
eonclut ainsi

Bien que par ordre de
et forme de toutes les
vertus, doive être
•

«

1

« Je ne veux
pas en dire davantage; mais celui qui veut monter au
haut de l'Arbre de vie doit s'efforcer de faire une bonne
conclusion
et une bonne fin».

2

ÏIaynouard, Lexique

roman i,

563. Deudes de Prades est aussi

auteur d'un roman d'environ 3600
dels ausels cassadors, et

vers

sur

les oiseaux

de plusieurs chansons galantes.

chasseurs,

�enseignement. La plus ancienne définition de la foi est celle de
Saint Paul (Héb. 11.) : Est fides sperandarim substantiarerum,
argumentum non apparentium ; définition que Dante traduit et
explique au XXIVe chant de son Paradis 1 Cette définition
n'aurait pas été comprise des disciples d'Ermengaud ; aussi
leur eu donne-t-il une autre beaucoup plus simple , en disant
que la foi est une vertu par laquelle on croit ce qu'on ne
.

voit pas

2

.

Fes

es

So que

vertutz per que

deu creire

liom

cre

que no ve.

Après quelques généralités sur l'excellence de cette vertu
l'auteur

explique dans

,

nombre égal de rubriques les douze
articles de nos croyances, dictés par chacun des douze apôtres.
Mais auparavant il nous apprend qu'indépendamment du credo
ordinaire, il en existe deux autres, le credo major destiné à
la démonstration du premier, et le troisième commençant par
les mots, Quicumque mit, composé par Saint Anastase pour
un

convaincre les incrédules.
Trois mille

Christ

sur

vers

environ sont consacrés à la vie de Jésus-

les six mille

à peu

prés du traité de la foi. Cette
évangiles expliqués par les Docteurs
les Saints Pères qui y sont cités à
Un sermon sur la passion et la rédemption y
ou

vie est tirée des quatre
de la Sainte Écriture et

chaque

page.

,

1 Fede è sustanzia

di

Ed

non

argomento delle

cose

sperate

parventi
Parad.

t.

22.

La foi est la substance des choses

qu'on espère, et l'argument des
explique ensuite sa définition de cette
manière : « Les choses profondes que je vois ici sont tellement
cachées là-bas à notre intelligence que leur existence est dans la seule
croyance sur laquelle se fonde la haute espérance. C'est pourquoi la
foi tient lieu de substance ; il faut argumenter de cette croyance, sans
avoir d'autre lumière ; c'est pour cela qu'elle tient lieu d'argument. »
«

choses invisibles.

2

Qiiœ esset

»

Dante

merces pdei, nisi lateret quod credimus ? Merces fidei est
quod credidimus anlequam videremus. S. Aire. Enarratio in
psalm. 17.

videre

�large place 1 Le tout se termine par la descente de
l'Esprit Saint sur les apôtres que Jésus-Christ leur avait
promise avant sa passion.
A la rubrique de la naissance du fils de
Dieu, Ermengaud

occupe une

donne

nous

apprend

.

une

seconde fois la date de

son

œuvre, et nous

du jour de cette naissance jusqu'au moment où il
écrit ce chapitre , il s'est écoulé 1289
ans, 3 mois et 2 jours,
ni plus ni moins :
que

Aras

drech

a

Lxxxix ans
E

Nous

déjà

.il.

m. e .cc.

,

e

tres

jors, mais ni

mes

,

mens non es.

qu'il l'avait commencée au printemps de
11 y travaillait donc depuis un an
environ. Dans ce court intervalle de
temps, si notre compte est
exact, il a composé près de vingt mille vers, ce qui donne une
moyenne de cinquante vers par jour. Ce n'est pas trop pour
une poésie d'une aussi mince valeur
esthétique.
Les vies de Saint André
l'apôtre, de Saint Jean l'évangéliste
de Saint Thomas, composées d'environ mille vers
l'année

avons

vu

m.cc.lxxxviii.

,

,

viennent à la suite du traité des vertus
théologales. Par ces
vies légendaires, l'auteur a voulu
appuyer son enseignement
sur des
exemples. C'est ainsi que dans celle de Saint

Jean,
après avoir montré le peu de prix qu'ajoutait cet apôtre
à la possession des biens
temporels, il prêche à ses disciples le
mépris des richesses : « On ne se les procure pas, dit-il, sans
peine ; on ne les garde pas sans crainte ; on ne les perd pas
sans

douleur. Elles

source

de tourments

sont

plus cruels dans l'autre.

Si le Breviari n'avait été

hommes l'amour de Dieu

1
elu

Rubrique

: Ayssi
S. Païre han dig

los evangelis.

tourment dans cette

un

se

et

vie, et la

»

composé que pour inspirer aux
du prochain, il se trouverait

conta so

quels doctors de

en la san'cta tassio del filh de

S. Escriptura

dleu, declaran

�—

Sil¬

ici terminé ; mais l'auteur s'est proposé aussi d'envisager
l'amour sous les deux rapports de l'union des sexes et de
l'amour des enfants, qui sont les fruits de cette union. Ces
deux

amours

sont les

,

qui ont leur place

fils du droit naturel

l'Arbre symbolique,

sur

commun

aux

hommes et

aux

animaux.

Ermengaud s'est déjà occupé, d'une manière générale, de
sexes
dans divers passages de son poème. Il
consacre maintenant un très
grand nombre de chapitres à
cette partie de son programme.
Après avoir établi que Dieu
lui-même,'pour la conservation du monde, a inspiré cet amour
à toutes les créatures1
il en montre dans une rubrique
subséquente 2 les dangers, les mêmes que ceux qui perdirent
le premier homme et la première femme. Mais il s'exprime
avec tant de laisser-aller qu'il
croit devoir interdire la lecture
de son enseignement aux profanes, leur permettant seulement
celle du chapitre où il donne les recettes pour guérir la folie
des amoureux. Si la lecture de ces traités est si dangereuse,
pourquoi donc les a-t-il écrits ? Voici l'excuse qu'il en donne :
Le Breviariest une image du paradis terrestre; l'Arbre de la
science du bien et du mal devait donc y avoir sa place aussi
bien que l'Arbre de vie, afin qu'on pût choisir entre l'un et
l'autre. Cet Arbre n'est en réalité que le périlleux traité
d'amour des dames et les chapitres qui s'y rattachent. En
plaçant ce traité dans son livre Ermengaud a donc voulu nous
l'amour des

,

,

donner le mérite de résister à la tentation de le lire. Mais
le bon moine n'a-l-il pas voulu faire une réclame et allécher
les lecteurs par l'appât toujours irrésistible du fruit défendu ?

Quoiqu'il

en

soit, examinons

son

périlleux traité, qu'il rat-

1

Rubriques : Dieds en paradis terrenal ajusta mascles ab femes
d'auzels, de bestias et de peissos per lor natura conservar, els
benezis.
Aquest' amor de mascle ab feme es bona de se, ab c'om
■—

n'uze be, et en cal manieira ne pot
2

cum

e feme.

es

mot

perilhos

hom uzar.

a las gens

duzar

dest'amor

de mascle

�GO

—

tache

assez

maladroitement à la branche de l'amour naturel

considérant

en

-

comme

tel l'amour

chevaleresque, qui avait

un

tout autre caractère.

VIII
PÉRILLEUX TRAITÉ D'AMOUR DES

Dû

TRAITÉ

QÜ'EN

DAMES AINSI

ONT

LES ANCIENS TROURADOURS DANS LEURS CHANSONS.

De toutes les connaissances entassées par

Ermengaud dans

poème, il n'en est aucune qu'il étale avec plus de complai¬
sance que son savoir en matière de
galanterie. Il s'y déclare
passé-maître; et les troubadours qui viennent le consulter
reconnaissent qu'aucun d'eux ne peut lui être comparé,

son

Entre

C'est pour

nos nous

trobam

parelh 1

.

répondre à leurs désirs et à l'appel qu'ils font à son
qu'il a composé son périlleux traité, dont nous
premières lignes :

amour-propre
traduisons les
«

les

Les troubadours ont souvent chanté cet

amour

naturel,

pour en dire beaucoup de bien , les autres autant de
mal. Mais comme ces derniers ont répandu une grande erreur,
moi, sincère amant, (amans veraijs), je ne puis m'empêcher
de relever leurs médisances ; c'est pourquoi je veux, en forme
de controverse et pour mieux découvrir la vérité répéter ce
qu'ils ont dit et réfuter leurs mensonges avec les paroles des
uns

,

autres

troubadours. Je montrerai aussi tous les biens que

retire de l'amour celui

qui aime

avec

loyauté.. Mais nul

ne

peut connaître l'amour sans s'y livrer. Aucun maître n'est

capable de l'enseigner. C'est par la vue qu'il s'apprend mieux
que par tout ce qu'on peut en entendre dire2 ; c'est la vue
qui l'allume et le plaisir qui le retient. »
1

Breviari,

2

Oculi sunt in aniore duces.

v.

66.

Ovide.

�-

61

-

Après ce singulier préambule, l'auteur continue ainsi:
Puisque tout véritable amant connaît nécessairement l'amour,
je dois le connaître aussi, moi le plus sincère de tous ; car je ne
crois pas que l'aient été plus que moi Fioris ni Blanchefleur 1 ,
Thisbé ni Pyramus 2 Serena niElidus 3, Alion ni Philomène 4,
«

,

Paris ni Helène5

,

Iseult ni Tristan 6

Ainsi notre bon cordelier

.

craint pas

de se comparer aux
plus célèbres héroïnes des romans chevaleresques. Nous aimons
à croire qu'il n'a voulu par ces citations que nous montrer son
érudition dans un genre de littérature fort à la mode de son
temps. Le titre de sincère amant qu'il se donne n'est probable¬
ment qu'une fiction qu'il emploie, à l'exemple des autres
troubadours, pour écrire son traité.
Tuh

Tuh

ne

aquist quez eran bon trobaire
fengian aimador.

se

Raimond

Jourdan, No puesc mudar.

Comprenant cependant l'étrangeté de son rôle, il fait
intervenir, pour les réfuter, certains médisants qui lui reprochent

Ce roman français date du xm* siècle. Il fut d'abord
Allemagne par M. Bekker et puis en France par SI. du
la Bibliothèque Elzévirienne, &lt;1856.
i

publié en
Méril dans

a

Roman

3

Ce roman n'est connu que par

4

L'analyse de cet ouvrage se trouve dans Y Histoire littéraire de la

France
î&gt;

,

t.

provençal.
la mention qu'en fait Ermengaud.

xxi.

Ce roman est

mentionné dans

une

pièce du troubadour Raimond

Jourdan, dans le roman de Flamenca, que publie en ce moment
M.

Paul

m,

&lt;199).

Meyer, et dans une épitre d'Arnaud de

Haruelh. (Raynouard,

II a existé au moyen-âge plusieurs rédactions de la légende
galante de Tristan; ce qui en reste a été réuni par M. Francisque
Michel dans trois volumes in-&lt;l2. publiés à Londres en &lt;1836.
g

-

�de trébucher dans ics misères de l'amour,

lorsque en sa qualité
régler sa conduite et celle
reproche nous paraîtrait plus
sérieux, s'il portait sur sa qualité de frère mineur. On en pensaitautrement auxin® siècle. Les
gens d'église s'occupaient alors
des questions de galanterie comme les
laïques, et composaient
de seigneur ès-lois il devrait mieux
des autres. Aujourd'hui le

des chansons

l'honneur des dames

en

;

il

me

suffira de citer

deux

évêques, l'un de Bazas, l'autre de Clermont dont les
couplets se sont conservés. Dans le perilhos tractai ( et c'est
ici la meilleure justification de son
auteur) l'amour est toujours
un sentiment
moral, sans lequel il n'y a ni mérite, ni prouesse,
ni sens, ni valeur, ni
largesse, ni courtoisie, ni chevalerie.
Pour justifier son
apologie de ce noble sentiment, il rapporte
des strophes d'un
grand nombre de troubadours et un couplet
du trouvère Thibaut, comte de
Champagne et roi de Navarre,
qu'il citera deux fois encore. 11 fait ensuite intervenir son
propre frère, Pierre Ermengaud qui lui adresse le
couplet
suivant:
«

sur
son

Messire

Matfre, que cela ne vous déplaise si je vous interroge
l'amour, et vous demande ce qu'il est et comment il fait
cours.

quoique
roi,

vous

sens

et

Une telle

question doit même vous être agréable,
seigneur ès-lois. Fussiez-vous comte ou
devriez encore l'agréer; car nul n'a vrai mérite,
joie,

vous soyez

valeur, s'il

ne se

livre à l'amour 1

.

»

Matfre émerveillé

applaudit aux paroles de son frère. « Moi
confesseur, dit-il, je puis certifier que bien lui va en
amour. Il suffit de
passer une journée avec lui pour voir à ses
manières qu'il est sincèrement amoureux.* II
prouve ensuite
avec des
couplets d'Aimeri de Bélinoi et de Cadenet la su¬
périorité de mérite et d'élégance des servants d'amour sur ceux
qui s'en éloignent.
A un couplet
de Gaubcrl de Puycibot qui ne voit dans
l'amour qu'une source
d'inquiétudes, il oppose la rétractation
de ce même troubadour
consignée dans un autre couplet. Il
oppose aussi Bambaud à lui-même, et prouve avec
quelques
qui suis

1

son

Matfre cite dans

son

traité

un

autre

couplet de

son

frère Pierre.

�63

-

▼ers

d'Ainieri de

plus être

Péguilain,

—

que celui

qui

se

démeut

ne

doit

cru.

On lui cite

plusieurs

mal de l'amour:
1° Pierre Vidal....

autres troubadours

Mais

qui ont dit du

troubadour était fou. On lui
coupa la langue pour le punir de ses
mensonges, comme le
dit le moine de Montaudon
ce

;

2°

Folquet de Marseille qui fut

un

homme de sens, et

ressemblait pas à Pierre Vidal.... Mais

ne

Folquet, répond

Matfre, ne s'est p'aint que du faux amour. Il a eu raison
de
s'en plaindre ;
3° Marcabrun... Mais les
paroles du fils de Marie-la-brune
sont sans
valeur, puisqu'il n'a jamais aimé et ne l'a jamais été.
D'ailleurs, dit l'apologiste de l'amour, plusieurs de ceux
qui
s'élevèrent
contre

ce

firent Gaubert de

sentiment

se

rétractèrent ensuite. Ainsi

Puycibot, qui, après s'être confessé de sa
faute, s'imposa pour pénitence de dire cent fois
plus de bien
de l'amour qu'il n'en avait dit du
mal; Rambaud de Vaqueiras
qui, s'étant aussi confessé, ne doit pas être en
purgatoire
pour une faute qu'il a expiée; Pierre Vfdal enfin
qui, pour
ne
pas emporter son péché dans l'autre
monde, en fit une
cruelle pénitence dans
celui-ci, quand il se fit chasser comme
un
loup dans les montagnes de Cabaret par les chiens des
bergers de sa dame jusqu'à ce qu'ils l'eussent laissé à moitié
mort. Folquet n'avait rien à
expier, puisqu'il n'était pas
coupable. Quant à Marcabrun, dont rien ne constate le
repentir,
il est sans
,

doute dans les flammes de l'enfer
pour avoir mal

parlé de l'amour.
Lesamoureux

ne se

tiennent pas pour

battus. Ils continuent
récriminations, qu'ils appuient sur les chansons d'un
grand
nombre de troubadours.
Ermeugaud leur oppose les couplets
de ceux qui ont trouvé clans le
domney une" source inépuisable
de bonheur, etexcuse l'amour dont les
peines, dit-il, sont toujours
largement compensées par les plaisirs qu'il nous donne,
leurs

Quar si aguesso ben comtat
Fizelment, el agron trobat

I

�-

Quel

an

64

-

agut d'amors cen tans

De bes que penas

ni affans.

Ermengaud suppose que toutes les bonnes raisons qu'il leur
opposées ont vaincu la résistance de ses adversaires. Ce sont
maintenant les dames qui sont l'objet de leurs plaintes, les
dames qui, après avoir par leurs faux semblants réveillé
l'amour dans leurs cœurs, trahissent sans pitié ceux qui se
sont laissé prendre à leurs pièges. Ermengaud les défend
chaleureusement; il donne une longue liste de troubadours
qui surent choisir des dames dignes de leur affection. Il se met
lui-même de la partie ; il aime aussi une dame dont il peut
proclamer en tous lieux la beauté, la grâce, l'esprit et le mérite.
Il ne suppose pas qu'aucuifdes détracteurs qu'il combat fût
assez mal avisé
pour se permettre de la critiquer; car s'il osait
le faire, Dieu l'en punirait et il eu perdrait aussitôt la parole.
Il ajoute qu'il lui faudrait une année entière pour nommer toutes
les dames qui ne méritent pas les reproches de déloyauté que
leur adressent les médisants. Ceux-ci ne doivent s'en prendre
qu'à eux-mêmes, s'ils n'obtiennent pas des récompenses qui
ne s'accordent qu'au mérite, à la loyauté et
à la courtoisie.
Les dames à leur tour demandent conseil à Ermengaud ;
voici leur requête : « Messire Matfre, puisque vous êtes
l'homme le plus loyal envers les dames et envers l'amour que
nous connaissions,
que vous vous êtes acquis sous ce rapport
une telle réputation que maintes dames de mérite ont reçu de
vous d'excellents conseils... Nous vous
supplions humblement
de nous apprendre la conduite que nous devons tenir dans le
domney, afin de nous mettre à l'abri des railleries et des
insultes des amants fourbes, déloyaux et moqueurs, et de ne pas
encourir le blâme du monde par des façons d'agir condamnables.»
Ermengaud fait immédiatement droit à leui* requête et
leur conseille entre autres choses de se bien
parer, d'avoir de

a

,

belles

manières, soit dans leur maison soit dans les rues de
jamais qu'en bonne compagnie, d'être gaies et courtoises,
de ne point s'arrêter, en se rendant à l'église, avec les per¬
sonnes
qu'elles rencontreront, mais d'aller droit leur chemin,

n'aller

,

,

�-

sans

bruit

et à

petit

65

-

pas. Sont-elles

priées d'amour, elles

ne

doivent pas se montrer de mauvaise humeur contre celui
qui
les en prie, ni jeter les hauts
cris, ni s'en plaindre à leurs
maris. Les femmes qui font le
plus de bruit en

pareille

occurrence, ne sont pas celles qui défendent le mieux leur
honneur. Une dame doit toujours
paraître douce et avenante,
sans cesser d'être
digne et réservée ; elle obtiendra par là les
louanges des preux , qui exalteront partout son mérite. Mais
elle ne doit pas craindre de se montrer hardie
vis-à-vis des
amants

grossiers et discourtois ; c'est un devoir pour elle de
repousser courageusement leurs paroles
outrageantes. Et non
content d'accumuler conseil sur
conseil,

Ermengaud établit un
dialogue entre un amant déloyal et sa dame, et apprend
celle-ci les réponses qu'elle doit
opposer à ses paroles mal¬

curieux
à

séantes.

Tel est

en somme le traité d'amour des dames
qui n'est
aussi périlleux que son titre pourrait le faire craindre.
Ermengaud y donne, au contraire, de bonnes leçons de morale.

pas

11 recommande

en

finissant

aux

fidèles servants d'amour d'ai¬

loyalement leurs dames, sans rien attendre d'elles de ce
qui pourrait nuire à leur réputation, et de garder mieux que
leur propre honneur celui de leur amie.
Ce traité se compose d'environ deux mille
vers, qui sont
l'œuvre d'Ermengaud; mais ce nombre est considérablement
augmenté par les emprunts qu'il fait à divers troubadours. Il
ne néglige jamais
de les nommer. Aussi est-ce bien à tort que
Raynouard (t. v. du Ch. des poés, orig. d. troub.J l'accuse de
plagiat, en disant qu'il ne fait pas connaître les sources d'où il
tire certains passages de son traité. Il lui
impute notamment
d'avoir cité sans les nommer, deux
couplets', l'un de Bernard
de Ventadour, Amors m'a mes en soan, et l'autre de Gaucelm
Faidit, Amicx quan se volpartir. Matfre fait précéder le cou¬
plet du premier des deux troubadours de ces mots : D'aguesta
razo dieys .1. jorn, irat i Bernat de
Ventedorn; et celui du
second de ceux-ci : E per so dieys
Gaucelmps Faidit, qu'en
saub les bes els mals grazir. L'accusation de
plagiat est donc
mer

,

mal fondée.

F

�—

les

Si

66

-

poésies des troubadours s'étaient perdues, le
suffirait, avec les textes nombreux qu'il

Perilhos tractat

contient, pour nous
Nous

avons

faire connaître leur littérature galante.

des troubadours
voici les noms des autres avec l'indication

déjà nommé quelques-uns

sont cités ;

qui

y

du

nombre de

couplets que leur emprunte Ermengaud :
— Arnaud de Maruelh, 6. — Azémar
de Rocaficha, 3. — Bernard de la Font, Ì. — Bernard de
Prades, 1. — Bernard de Ventadour, 9. — BernardjjMartin, 1. — Bérenger de Palasol, 2 — Brunet de Rodez, 6.
Cadenet, 4.— Deudesde Prades, 3.— ErmengaudPierre,
2.
Gaucelm, l. — Guillaume de Bergedan, 1. — Guillaume
Magret, 1 — Guillaume de Cabestaing, 2. — Guillaume rie
Bussignac, 2. — Guillaume de St.-Didier, 1. — Guillaume
Azémar, I. — Guiraud d'Espagne, 1. — Guiraud de Quintignac, 1. — Garin-le-Brun, 3. — Hugues de la Bachèlerie,
1.
Geofïroi Rudel, l. — Guillaume de Montagnagol, 4. —

Aimeric de Sarlat, 1.

—

—

—

Capduelh,2. —Pierre Raimond. 3. — Perdigon, 2.
Peyrols, 3. —Pierre Cardinal, 3.—
Pierre Roger, 2. — Pistoleta, 1. —Raimond Jourdan, 2. —
Rigaud de Berbesil, 2.
Ermengaud cite, en outre, des couplets de plusieurs poètes
anonymes ; il en cite aussi un de sa composition et un autre
adressé par un français, qu'il ne nomme pas, à Thibaut, roi
de Navarre. Le nombre total des couplets cités est de cent
soixante-sept, et celui des troubadours, y compris Matfre
lui-même et Thibaut, roi de Navarre, de quarante-huit. Le
poète favori d'Ermengaud est Aimeric de Peguilain , dont il
cite dix-neuf couplets. Sa prédilection est bien justifiée par le
talent de celui qui en est l'objet. Il suffit, pour s'en convaincre,
de lire sa jolie chanson dialoguée qui commence par ce vers :

Pons de
—

Pierre de Cols, 1. —

Domna per vos

4

raynouard m,

425

—

estauc on gran tormen i

Parti■

occit■ 170.

�-

et sa lenson avec

67

—

Elias d'Uissel.

N'Elias conseill

vos

deman. '

Rambaud de Vaqueiras et Pierre
Vidal, deux éminents
troubadours, occupent aussi une large place dans le traité. On
y trouve sept couplets de chacun d'eux, choisis
parmi leurs
meilleures pièces.
Tous les troubadours
cités, à l'exception de Pierre Ermengaud et de Matfre' lui-même, sont antérieurs à la seconde
moitié du xine siècle. C'est
pour cela que l'auteur qui n'é¬
crivait qu'à la fin de ce même siècle, les
appelle anciens
troubadours, antic trobador. Mais, comme on a pu le re¬
marquer, il ne cite pas tous les anciens poètes renommés ; on
cherche vainement dans le traité les noms d'Arnaud
Daniel,
fra tutti il primo, comme le dit Pétrarque dans son Triomphe
d'amour, de Giraud de Borneil, de Bambaud d'Orange, de
Blacatz, etc. L'obscurité qui règne dans les compositions
d'Arnaud Daniel, l'afféterie de Rambaud, le
dévergondage de
Blacatz peuvent expliquer leur exclusion. Mais nous avons
plus
de peine à comprendre celle de Giraud de
Borneil, appelé par
ses
biographes le maître des troubadours, et vanté par Dante
pour sa rectitude2 S'il se laissa, d'abord, aller au mauvais
goût de son siècle en se faisant un mérite de l'obscurité il
renonça plus tard au trouver obscur, trobar clus, et
composa
des chansons en vers faciles que
tout le monde pût com¬
prendre, et que les bachelettes pussent, suivant son expression,
chanter à la fontaine. Giraud est d'ailleurs, comme
Matfre,
un
poète moralisateur. Celui-ci devait donc apprécier son
.

,

'

Raynouard,

ni, 22.

2 Beltram di
Bornio le armi, Arnaldo Daniello lo
amore,
di Boraello la rettitudine.

Dante, De viilg. eloq., II.

Geraldo

�—

68

—

contemporains, son
deGiraud est presque toujours
motif que Matfre qui
écrivait pour des lecteurs ignorants, et à une'époque où les
pastourelles avaient remplacé les pièces lyriques, n'a rien trouvé
à citer dans les quatre-vingt-dix pièces environ de ce trouba¬
dour, dont plusieurs sont des satires et des sirventes sur

caractère, et estimer, comme tous ses
talent pour les vers. Mais le ton
noble et élevé. C'est peut-être pour ce

les croisades.

Béziers, Raimond Gaucelm, Bernard
d'Auriac, Jean Estève 1 , Guillaume Moine, contemporains
d'Ermengaud, ne devaient pas figurer dans un traité, où ne
Les troubadours de

les anciens troubadours. Nous faisons celte
remarque, afin qu'on ne soit pas tenté d'attribuer leur exclu¬
sion à un sentiment de jalousie. Ils n'ont,d'ailleurs, composé
qu'un très petit nombre de couplets du genre de ceux que

sont

cités que

rapporte

Ermengaud.
IX

rubriques qui suivent le Périlleux traité, contiennent,
nous l'avons déjà dit, l'énumération des qualités né¬
cessaires au fin amador, qui sont écrites sur les feuilles de
l'Arbre de la science du bien et du mal. Ces qualités sont :
Les

comme

1° La

générosité, Amors vol que hom larcx sia'; 2° La

hardiesse,
....

Non val ges un

Enamoratz

ses

bec de gant

ardimen.

(Í) Nous plaçons ici une tenson de Jean Estève avec le troubadour
Jutge, que nous avons omise dans notre Etude sur les troubadours de
Béziers. [Bull, de la Soc. Ârch. de Béz., 2e série, i, 83.)
Duy caxayer an preyat lonjamen
Una dona
Et us es

qu'es bela res e pros,

ricx, manens e poderos,

E l'autre deu may

de

E car sabetz

cals

es

d'argent;
poder ;

.c. marcs

Pero cascus la ser a son

lo dretz ol tortz,

Jutjatz cal deu aver la don enans,
E

jutjatz dreg, quel jutjamens es grans.

�69

—

3° La courtoisie

4°

la vertu chevaleresque par excellence

,

L'humilité, qui

amoureux ;

—

plus

avance

;

l'orgueil les affaires d'un
cette expression très usitée au

5° Le domney ;

que

moyen-âge est aujourd'hui intraduisible. Les trouvères disaient
dosnoi, dosnoiement; ils disaient aussi dosnoyer. C'étaitl'art de
courtiser les dames

d'après les règles de la chevalerie. Les
qualités sont la gaieté, allegransa; le retenement,
expression à laquelle Ermengaud donne un double sens ; il ne
s'agit pas seulement de réserve et de retenue, mais aussi de
l'obligation imposée au fin amador de graver dans sa mémoire,
pour en tirer profit, toutes les belles choses qu'il entend;
enfin la politesse, la prouesse et la loyauté. C'était là dans
autres

leu

fas ges volontier

no

jutjamen ;
perilhos
say las razos,

Mas ges aquest non es tant

Qu'ieu mi dupte, pus que
Ans lo faray, n'Esteve, lialmen

:

La dona deu per razon

Aquel que deu,
Quel don e met
El ric

car

suefre jois tant grans*
lo brut el bobans.

en

vol may

no

retener
fa major esfors,

Trop avetz dig, Jutje, gran falhimen,
jutjamen non es liais ni bos,
Car prezatz mays l'endeutat el cochos
El

A la dona que

lo ric nil manen.

Ayso cornent auzatz

vos

C'om endeutat tras

pietz que s'era mortz,

E ieu say o

be,

a

mantener.?

passat .m. ans,

E de vos cre c'o sabes miels
Ieu
Home

Sitôt

doy tans.

prezi mays, n'Esteve, per mo sen
coytos, plazen et amoros,
pot fayre grans messiôs
fay rie home desconoissen,

nos

Que no

E dona deu
Car en

lo cortès retener,

luy es jois e chans e deportz,

E, sitôt deu, noi camia
Et al ric

sos

talans,

platz cobezeza et enjans.

Jutge, ben greu-vos farai entenden
Neguna res que sia dretz ni razos,
Con

pot esser alegres ni joyos
Sel que deu tant que totz lo van seguen,
E fan l'adoncx en se dos cors aver,
L'autre semblans
Mas lo
Per

non

ric pot esser

quel pretz

es res mas

leu fis

mays a

conorlz ;

amans,

la dona mil lans.

�—

70

-

perfection l'amour chevaleresque. Mais dans la société
galante du moyen-âge , le domneij, espèce d'amour platonique,
se changeait quelquefois en une affection d'une autre nature.
Ermengaud trouve le remède à cet état de choses sur la feuille
de l'Arbre de la science du bien et du mal, qui porte gravé le
mot matremoni. C'était au
point de vue de l'amour chevale¬
resque une conclusion vulgaire. L'auteur la justifie par un
exemple célèbre, tiré des fastes de la galanterie, où l'on voit
qu'Elidus, fils du comte Maninus, après un long dosnoiement
oii il montra toutes les
qualités d'un amant désintéressé, prit
pour femme Sérène, sa douce amie, fille du roi de Tubie1 .
L'antagonisme existant entre le mariage et l'amour cheva¬
leresque une fois concilié, Ermengaud traite longuement de
l'union de l'homme et delà femme, telle qu'elle est établie par
l'Église. Il fait de l'obéissance de la femme une condition du
bonheur des époux. «Une maison, dit-il, où la femme est
par son esprit supérieure à son mari, et où elle commande,
penche inévitablement vers sa ruine.» Dans quelle intention
toute

sa

No pot amar, n'Esteve, veramen
Negun ricx hom, per la fey que dey vos !

Sabetz per que

ni cal

es

l'ochaysos,

En l'aver ten lo cor el pessamen,
E

sapehatz be d'aqui nol pot mover ;

Mas sel que
Can

El

ve

deu es ab pensar estortz,
si dons ni pot.far sos comans

cuj'aver mais quel pestres Joans.
À mo senhor n'Ebles fassam

Jutje,

saber,

duy, cals es nostre descort,
Et el dir n'a aco quel n'er semblans,
Qu'el sap d'amor los trebalhs els afans.
nos

»

Ayso vuelh ieu, n'Esteve, en el volei,
mo senhor en Ebles sia l'acortz;
Mays yeu volgra c'ab lieis fos en Joans,
C'a

Car

aquel

sap

Bibl.

1

Ermengaud

de Serena

a

s'es vertadiers mon chans.
imp.

ms.

2701, 34. Mahn, Gedichtk

déjà mentionné dans le Perilhos

et d'Elidus.

ii,

174.

tractat le roman

�et

dans

quel but doit-on

marier 1 ? On voit aux expressions
la doctrine de l'Église sur
ce point délicat
qu'il s'adressait à des disciples excessivement
grossiers. Avec quelle personne doit-on s'unir par le mariage?
Ermengaud répond très sagement que les époux doivent être
dont

se

sert

se

l'auteur pour exposer

de la même condition sociale 2

.

11 insiste ensuite

sur

les

qualités physiques et morales qu'on doit rechercher dans la
personne que l'on choisit pour épouse. «Bonnefemme, dit-il,
fait bonne maison ; femme folle la détruit. 11 vaut mieux
habiter avec des lions et des serpents une masure
que traverse
la pluie que vivre dans un palais avec une femme folle,
bavarde, méchante et querelleuse.» Le mari doit être maître
absolu dans sa maison 3 ; son cœur ne doit pas être accessible
à la

jalousie. Si sa femme est vertueuse, pour quelle raison
jaloux ? Si elle ne l'est pas, il anra beau la garder,
l'admonester Jet la frapper, il ne pourra la corriger. Plus il se
montrera jaloux, plus elle cherchera à justifier sa jalousie ;
une femme fait volontiers ce que son mari lui défend.
Les citations de couplets de chansons provençales abondent
dans celte rubrique comme dans celles qui la suivent, où
serait-il

l'auteur énumère les défauts contraires à l'amour des dames.
Ces défauts, qui sont les contre-parties des qualités du parfait
amant, causent

le malheur de

qui en sont atteints. Ne
de l'amour, ils se plaignent des tourments
qu'il leur fait endurer. Ermengaud sensible à leurs plaintes va
leur donner plusieurs recettes pour guérir leur folie 4 Veu¬
lent-ils se détacher d'une dame qu'ils aiment outre mesure ?
Ils doivent examiner avec soin ses défauts physiques, et, si
l'occasion s'en présente, les faire paraître au grand jour. Si la
ceux

sachant pas user

.

1

Rubrique

:

An qual

2

Rubrique

:

Ab

qual persona se deu hom ajustar de matremoni ?

s

Rubrique

:

En

qual manieyra cascus deu tener reglada sa

molher
4

ententio deu hom venir a matremoni

?

Rubrique : Remedis

per escantir folia

d'aymadors.

?

�dame esl boiteuse, qu'ils la fassent marcher; jaser, si elle parie
mal ; chanter, si elle a une voix fausse; rire, si elle a de
vilaines dents. Si elle n'a point d'imperfection physique, leur

imagination doit en créer; leur faire paraître bouffie celle qui
est grasse, noire celle qui est brune, déguisée et fardée celle
qui est parée avec goût. Ermengaud désire surtout que l'amant
puisse-voir sa dame le matin, quand elle fera sa toilette, et
même avant qu'elle l'ait commencée, parce qu'il est convaincu
qu'il découvrira sur sa personne quelque défaut qui lui inspi¬
rera le
dégoût et l'aversion. Le bon moine ne parait pas se
douter le moins du monde des dangers de son remède. Il
indique ensuite au malheureux poursuivant plusieurs distraclions qui lui feront oublier celle qui trouble son bonheur, telles
que le jeu, la chasse, les tournois s'il est chevalier, s'il est
clerc la lecture des traités

Lutrin. Il lui donne aussi

sur

la pénitence et le chant du

traitement

hygiénique propre à
tempérer son ardeur amoureuse. Il lui recommande enfin de
se
séparer sans bruit de sa dame, de se méfier de ses larmes
et de n'y voir qu'un artifice
pour le retenir.
un

Puisque dans votre opinion, maître Ermengaud, il est si
dangereux d'aimer les dames pourquoi avez-vous si vivement
,

conseillé

aux

chevaliers de s'enrôler

sous

la bannière de l'amour?

C'est lui-même

qui met cette objection dans la bouche d'un
répond immédiatement qu'il y a temps pour
tout, temps pour prêcher et temps pour rire et plaisanter;
mais qu'en tout cas l'amour est une bonne chose, quand on en
use bien et
qu'il a le mariage pour but. Ce serait donc pour
s'amuser qu'il aurait écrit tant de milliers de vers sur l'amour?
Evidemment non ; c'est son érudition qu'il a voulu montrer à
ses lecteurs, en
remplissant son Breviari de citations tirées des
poésies des troubadours. Mais quelle qu'ait été son intention
l'importance de son long traité n'en est pas moins incontestable.
Les règles de l'amour chevaleresque, que les chansons des
troubadours ne nous font qu'imparfaitement connaître, y sont
très clairement exposées. Dans aucun autre ouvrage de cette
époque, ce côté curieux des mœurs du moyen âge ne peut être

interlocuteur. Il

^

mieux étudié.

�-

73

-

X

Les fruits de l'Arbre de la science du

bien et du mal sont,

Ermengaud, les enfants 1 . Ces fruits sont ce qu'il y a
plus précieux au monde, car sans eux ie monde n'existerait
pas. Comment se fait-il donc qu'ils soient le produit d'un arbre
auquel Dieu défendit aux premiers pères de toucher? Dieu ,
répond Ermengaud, ne voulut proscrire que les unions illégi¬
times ; ceux-là seulement qui s'y livrent mangent du fruit de
l'Arbre de la science du bien et du mal. Une longue glorification
du mariage, dont l'auteur avait déjà montré l'excellence,
termine le chapitre.
La dernière rubrique est consacrée à l'amour des pères pour
leurs enfants. Elle n'est pas longue; cet amour est un senti¬
ment si naturel qu'il n'a pas besoin d'être démontré. 11 doit
cependant avoir des bornes. Ce n'est pas aimer ses enfants que
suivant
de

de fermer les yeux sur leurs fautes. Ermengaud veut qu'on
les balte pour les corriger, et surtout quand ils sont encore

jeunes, pour les habituer de bonne heure à la soumission.
C'est, dit-il, l'avis de Salomon :
Perqu'es cocelhs de Salamo
C'om a la vergua no perdo ;
Car

nois

ama

d'amor fina

Qui nois te en disciplina.

lit, en effet, dans le livre de la Sagesse 2 : Odit filium
qui parcit virgœ. Le troubadour Olivier a traduit cet
axiome, qui était sans doute très populaire deJson [temps :
On

suum

•

Rubrique

le qual

2

:

Del frog que nays de l'arbre de saber ben B mal,

es filhs e filhas.

Cap. xin, 5, xxiv, 2.

�—

Cel que

74

perdona

Per cert adzira

sas vergas

sos

Ai

—

efans.

qual

merce.

Ermengaud mentfcc des peines éternelles les pères qui ne
la règle de Salomon 4,et les représenle armés de
J'épée de la négligence avec laquelle ils coupent la branche
de l'Arbre symbolique qui
porte écrit sur ses feuilles l'amour
des enfants. Telles étaient les mœurs de cette
époque reculée.
Le sceptre
des rois était une verge de fer avec laquelle ils
frappaient leurs sujets ; les papes à leur tour fustigeaient les
rois avec l'arme de l'excommunication
; les grands seigneurs
fouettaient leurs vassaux qui ne traitaient
pas avec moins de
dureté leurs hommes liges ; les maris battaient leurs femmes
;
les pères leurs enfants. Depuis
longtemps, les verges sont
tombées des mains des rois, des
papes, des seigneurs grands
et petits, et même, mais non
pas sans exception, de celles
des maris. Mais la règle de Salomon à
l'égard des enfants est
restée en vigueur jusqu'au commencement de ce siècle. Elle
n'est pas'encore abandonnée dans les
campagnes. Dans les
villes au contraire et parmi les classes
élevées, les pères n'ont
plus dans leurs mains que l'épée émoussée de la négligence.
Us croient d'autant plus aimer
leurs enfants qu'ils se montrent
plus indulgents ; ils rient, comme le dit fort bien Ermengaud,
suivent pas

1 Henri iv voulait

qu'on appliquât la règle de Salomon à l'éduca¬
jeune Dauphin qui fut depuis Louis xm, comme on peut le
voir par la lettre suivante
qu'il adressait à Madame de Montglat, sa
gouvernante : « Madame, Je me playns de ce que vous ne m'avez pas
mandé que vous avyez foueté mon fils
; car je véux et vous commande
que vous le fouetez toutes les fois qu'il sera opyniatre, ou fera
quelque
chose de mal, sachant hien
par moy-mesma qu'yl n'y a ryen au
monde qui luy face plus de
profyt que cella, ce que je reconnoy par
espérienpe m'avoyre profité ; car estant de son âge, j'ay esté fort foueté;
c'est pourquoy je veux
que vous le fassiez ; ce que vous lui ferez éntendre. Adieu Madame de
Montglat, etc. »
tion du

,

,

�75

-

-

de leurs folies, et pensent avoir tout fait pour
s'ils leur laissent de grandes richesses :
Ans riso de lor fadesas

leur bonheur,

,

E pesson de grans riquezas
E de grans terras amassar »
De quels pueseo be riex laissar.

Ce sont les derniers
mais l'observation

que

du Breviari. La

langue en a vieilli ;
qu'ils contiennent est aussi juste aujourd'hui
vers

du temps d'Ermengaud.

Dans

l'analyse qu'on vient de lire, nous avons à peu près
ce que contient le Breviari d'Amor. Sans
revenir sur notre appréciation de chacune de ses parties, nous
remarquerons le silence d'Ermengaud sur les noms des au¬
teurs dont il a imité et peut-être traduit les ouvrages. Le
Breviari n'est pas, en effet, une œuvre d'invention. Ermengaud a mis à contribution, pour le composer , toutes les
Sommes et Spécula antérieurs et notamment celui de Vincent
de Beauvais, qui n'est lui-même qu'une reproduction
plus sa¬
vante des connaissances scientifiques acquises dans les siècles
précédents. Gautier de Metz déclare franchement dans le pro¬
logue de son Image du Monde, que son ouvrage n'est qu'une
traduction du latin 1 ; mais il ne fait pas plus connaître qu'Ermengaud les sources où il en a puisé les éléments. L'usage, à
cette époque, autorisait ces sortes de
plagiats. On nommait
inventorié tout

i

.u'cuiivmu
mis
Des sens de clergie aucuns biens,
Dont maintes gens ne savent riens,
Qu'en romans puissent ce entendre
Qu'en latin ne pussent aprendre....
su

pur heib

Que de latin

QCUÍ)

en romans

�-

70

les auteurs anciens, quand on
taisait le plus souvent les noms

—

citait leurs

ouvrages;

des modernes

ou

mais

on

des contem¬

porains. Dante lui-même en a usé ainsi à l'égard de Pierre
Lombard â qui il a emprunté sa définition de l'espérance1 .
Nous avons remarqué dans le Breviari un grand nombre
de citations d'auteurs Anciens, sacrés et profanes, latins, grecs
et arabes. Ermengaud a-t-il pris ces citations dans les livres
de ces auteurs, ou ne les a-t-il faites que d'après les autres
encyclopédistes ? Rien ne nous autorise à l'accuser d'un
plagiat, qu'il nous serait impossible de prouver. Mais nous
regrettons de ne pas trouver dans son poème cette déclaration
que nous avons remarquée dans le prologue du Spéculum, :
,

Quant à nous, dit Vincent deBeauvais, nous citons par nousmême, ou après avoir vérifié les textes, et non d'après les autres.
«

Nous

indiquons l'ouvrage et l'auteur que nous
le transcrivons fidèlement nous-même ou par

citons, et nous
la main de nos

copistes.»
Le Breviari

été

plutôt jugé sur son étendue'que sur ce
qui s'y trouve en réalité. On l'a considéré généralement comme
une encyclopédie des connaissances de l'époque 2.
Tel est le
jugement de M. Frédéric Diez. Raynouard est moins absolu;
c'est, selon lui, une espèce de compendium des principales

1

a

Définition de Pierre Lombard

beatitudinis, venions

: Est spes certa expeclatio fulurœ
Dei graliâ et meritis prœcedenlibus.
Liber III, dist. 26.

ex

Définition de Dante

:

Speme, diss'io, é uno attender certo
futura, che produce

Delia glòria

Grazia divina

e

precedente merto.
Parad.

xxv,

t. 23.

2 M.

seule

Mary-Lafon voit dans le Breviari, où l'on ne trouve pas'une
ligne sur les mathématiques, un tableau poétique -des sciences

exactes

au

XIIIe siècle.

Hist. du Midi de la France t. H, p.

321 et 326.

�77

-

connaissances naturelles,

-

philosophiques et scientifiques du

siècle, entremêlé d'histoire sainte et

xm°

de théologie4. Cet

plus rapproché de la vérité. Nous ne pouvons,
cependant, nous ranger tout-à-fait de son opinion ; il nous
suffira, pour justifier la nôtre, de montrer ce qui manque
au Breviari, et ce qui devrait s'y trouver, pour que le titre
même restreint d'encyclopédie ou de compendium pût lui être
attribué. Ces lacunes sont nombreuses. Nous n'y trouvons
rien d'abord, sur la grammaire, la dialectique, la rhétori¬
auteur

s'est

,

que, la musique , la géométrie , l'arithmétique, la
dence civile et canonique, connaissances dont Maître

jurispru¬
Pierre de

parade dans son Trésor.2 Nous y cherchons vai¬
nement ensuite quelques notions sur l'art de la guerre, l'art
nautique, la médecine, la politique et l'architecture, qui
remplissent de longs chapitres du Spéculum doctrinale de
Vincent de Beauvais. La métaphysique et la philosophie y
font aussi presque complètement défaut. 11 en est de même
de la géographie , dont l'étude était, du reste, fort négligée
au xinme siècle, ainsi què deia chronologie et de l'histoire.
On ne peut, cependant, pas faire à Ermengaud un re¬
proche de ces omissions. En lisant son poème, on voit qu'il
n'a pas eu le dessein d'écrire une encyclopédie. C'est de l'amour
Corbiac fait

1

Lexique roman 1.1. p. 545.
soi assatz conoissens.
sai parlar latinamens,
Declinar et construire e far derivamens
Per dialèctica sai arrasonablemens
2

....

En totas las vu ars

Per grammatica

E pauzar

e

respondre e falsar argumens

Per Retòrica

Colorar
De Lev

sai per bels affaitamens

paraulas e dir adautamens......
ni de Decretz n'ai après anc granmens
mas

sai yeu tot aondozamens
principals en catre sotzjazens
D'Arismetica «ai totz los acordamens......
De Geometria sai tan dels mezuramens
De musica
Catre sos

C'un basto en mon

ponh, si m'estau en jazens,
bastimens,

Mezuri las tors autas e los grans
E sai proar

triangle equadrangl' eissamens.
(V. bhl et suiv.)

�♦

—

78

—

seulement, et d'abord de l'amour dû par les créatures au créa¬
teur, qu'il a voulu s'occuper. Pour réveiller ce sentiment dans
des cœurs grossiers, il a fait un tableau des merveilles de la
création et écrit accessoirement quelques vers sur la cosmo¬
graphie. Il n'a en général emprunté des connaissances de son
temps que ce qui rentrait plus particulièrement dans son sujet,
et ce qui lui a paru plus approprié à l'intelligence
de ses lec¬
,

teurs. Les

mathématiques, l'art nautique, l'art de la guerre, etc.,
pouvaient trouver place dans un ouvrage de ce genre. Ces
connaissances auraient d'ailleurs rebuté ceux que l'auteur vou¬
lait instruire et moraliser. Il devait,
pour ce dernier motif et à
plus forte raison, passer sous silence la nécromancie, la géo¬
mancie et toutes les sciences occultes, quoiqu'elles fussent au
moyen-âge l'objet de l'engouement général.
L'amour des créatures entre elles, représenté par l'Arbre
de la 'science du bien et du mal, remplit les autres parties du
poème. Le Perillós tractat est entièrement consacré à l'amour
dont Ermengaud explique et devéloppe longuement la théorie
dans les chapitres subséquents.
ne

Ne cherchons donc pas pour ce poème un autre
celui que l'auteur a lui-même choisi. Ce titre lui

mieux que ceux de
aussi prétentieux,

titre que
convient

spéculum, trésor, opus majus, ou autres
fort en usage de son temps. Le mot
Breviari est parfaitement adapté à pn ouvrage où dominej l'idée religieuse, et celui qui le suit ne l'est pas
moins bien à la synthèse que l'auteur s'est proposé de
développer et d'expliquer. Nous avons montré qu'il n'a
négligé aucune partie de cette synthèse, et que toutes les
branches de son Arbre d'amour ont trouvé leur place dans son
poème, sans qu'il en ait élagué aucune. Tout ce qu'on pourrait
lui reprocher, ce serait la longueur de ses développements.
Mais le même reproche devrait être adressé à tous les écrivains
de son siècle, jaloux comme lui de montrer leur érudition.
C'était alors chose si rare que l'érudition, qu'il faut excuser
l'amour propre qu'elle donnait à ceux qui l'avaient péniblement
acquise, et leur savoir gré du legs qu'ils en ont fait aux
siècles suivants. Malgré ses longueurs et d'autres défauts

�79

-

qu'on pourrait

-

relever, le Breviari d'amor n'en est pas
les plus importantes de la littérature
provençale. C'est aussi un curieux monument de la langue
moins

une

des

y

œuvres

littéraire des troubadours

,

au

décadence. Nous l'examinerons
nous

occupant de sa forme.

moment où eommcnce sa
ce dernier
rapport en

sous

�DEUXIÈME

PARTIE.

Nos OBSERVATIONS SÛR LA FORME DE
AURONT

UN

TRIPLE

OBJET

2°

son

style;

3°

1. De

la langue du

L'OEUVRE d'ErMENGAUD

:

1° SA LANGUE ;

sa versification.

Breviari.

—

C'est la même que celle

qu'ils avaient en quel¬
poésies. Les formes gram¬
règles y sont suivies.

les troubadours s'étaient formée et

que

que sorte immobilisée dans leurs
maticales sont identiques ; les mêmes

langues d'une origine commune, différant sur tou
et de la correction , exis¬
âge. L'une était la langue
littéraire, presque exclusivement cons'acrée à la poésie. Toug
les troubadours s'en sont servis, à quelque contrée qu'ils aient
Deux

le rapport de l'élégance
taient dans le Midi au moyen

sous

différences, qu'une observation minu¬
découvrir
pourrait
dans les vers de certains d'entre eux ,

appartenu. De légères
tieuse

dans

surtout

voir

ceux

des derniers venus, ne permettent pas

d'y

langue particulière. L'autre était la langue parlée qu
sans doute, alors comme aujourd'hui, en nom¬
dialectes.1 La règle de la déclinaison à deux cas, si

une

fractionnait

se

breux

4

On

peut conjecturer d'un passage

de la grammaire de Raimond

trobar) composée au xiii® siècle
l'existence à cette époque de plusieurs dialectes. On y lit en effe
que les idiomes méridionaux les plus naturels et les plus réguliers son
Vidal de Bézaudun [Las rasos de

�—

81

—

longuement exposée dans les grammaires provençales de Raimond Vidal et de Gaucelm Faidit, n'y fut peut-être jamais ri¬
goureusement observée. A défaut de texte plus ancien, nous
pouvons citer la Chronique de Mascaró de Béziers, écrite vers
1348, où l'on ne trouve aucune trace de cette règle. Les sujets
ou nominatifs singuliers
n'y reçoivent pas le s final, qui sert au
contraire à y marquer les nominatifs pluriels. Cette règle est
cependant suivie dans les Fleurs du gai savoir, qui sont de
135G d'une date par conséquent postérieure. Elle l'est aussi
dans quelques poésies du xive siècle publiées par M. le doc¬
teur Noulet de Toulouse. Elle était donc bien connue quand
Mascaró rédigeait sa Chronique. Mais comme il l'écrivait dans
la langue parlée il n'y observait pas une prescription qui ne
s'appliquait qu'à la langue littéraire; d'où nous pouvons conclu¬
re
que les deux langues ont existé simultanément, chacune
avec sa
syntaxe et sa destination particulières. Elles restèrent
distinctes tant que fut en honneur la poésie provençale , 011
plutôt la poésie lyrique qui, destinéeaux seigneurs, dédaignait
les expressions triviales de leurs serfs, et évitait les incorrec¬
tions de leur patois.
Mais, à la fin du xme siècle, quand cette poésie de cour
n'ayant plus de dames à chanter commença à décliner, la
langue châtiée, qui avait été son instrument, s'altéra peu à
peu, et admit dans son vocabulaire des expressions et des
tournures de la langue parlée, avec laquelle elle devait finir
,

,

de la Provence,

du Limousin, de la Saintonge, de ''Auvergne,
Querci, dont le grammairien ne fait qu'une seule langue qu'il
appelle Limousine. 11 en recommande l'emploi à tous ceux qui veu¬
lent trouver; car, dit-il
les chansons composées dans cette langue
jouissent d'une plus grande autorité que celles qui le sont dans toute
autre. Per qu'ieu vos die que lotz hom que vol trobar ni entendre deu
aver fort privada la parladura de Lemozin. —
Guessard, Gramm. prov2e éd. p. 71.
Bernard de Ventadour, un des meilleurs et des plus anciens trouba¬
dours était du Limousin. Ce sont, sans doute, ses chansons qui
pla¬
cèrent. dans une aussi grande estime la langue de ce pays.
ceux

et du

,

,

G,

�—

82

—

par se confondre. Il s'y glissa aussi des mots français
nombre est allé en augmentant depuis cette époque 1
Le

,

dont le

.

poème d'Ermengaud a été composé au moment où
cette transition. Il est écrit dans la langue littéraire;

commence

mais

on

l'idiome

plusieurs expressions empruntées à
populaire et presque toujours à celui de son pays.
y remarque

Nous relèverons les suivantes :

la diète; ce mot qui ne se trouve ni
Lexique roman de Raynouard, ni dans le Glossaire
occitanien de Rochegude, présente un exemple, entre mille,
d'un verbe formé au moyen d'un substantif par la vive
imagination des paysans méridionaux.
2° Garra
jambe , jarret ; Raynouard et Rochegude
donnent ce mot, mais avec un seul exemple tiré du Breviari :
1° Adietar, mettre à

dans le

,

Garde

se

que

mat

non

dia,

Quar au tramen gran drech séria
Qu'om li ne trenehes la garra.

'

cependant au vers 8553 de la Chronique des
Albigeois. Garra, qui vient du bas-breton, garr, gar, appartient
au langage populaire. 11 ne s'emploie aujourd'hui que pour
désigner le jarret des animaux de boucherie, uno garro ou
un garrou de poueël, de moutou, un jarret de porc, de mouton.
On le trouve

,

éclairs ;

Ilhauces
De vapor

se

fan

en

l'aire

de terramaire.

V. 6189
0

—

90.
\

Ì Raimond

Vidal, dans

sa

'

3° Jliiaüces

r

grammaire, reproche à Bernard de Venta-

dour d'avoir écrit amis pour amies, et se plaint en ces termes de
l'introduction de mots français dans la langue limousine : Pois vos
die que tuil cill que dizon amis per amics.... mantenir per mantener,
el

retenir per retener,
hom mesclar

las deu

lut fallon, que paraulas son franzezas, el noti
ah Lemozinas, aquestos ni negunas paraulas

biaisas.
Las Rasos de

trobar, 85.

�83

—

-

expression qui ne se trouve pas dans les dictionnaires
Raynouard et deRochegude fut, sans doute, peu usitée dans
la langue écrite. Les troubadours et Ermcngaud lui-même se
servent du mot lamp venu du latin lampas.
Celle

de

Tramet Dieus soven en terra...
Lams e fozer e

tempesta...

Breviari.

'emploie le mot lamp dans beaucoup d'idiomes méri¬
parlés aujourd'hui. Mais à Béziers on se sert de
l'expression d'Ermengaud légèrement modifiée; on dit iglauses
au lieu de ilhauces; nous trouvons Ihiauces dans une chronique
biterroise [du xive siècle 1 . Les différentes formes de ce
mot paraissent dériver du mot grec r&gt;.o; soleil ou du latin
On

dionaux

elucere.
4°
sont

expressions usitées aujourd'hui
emprunt fait par la langue du midi à celle

Dessi
un

dessa

;

ces

d'Outre-Loire.
5° Issalot

,

vent du sud-est ;
e Labeg
Mieg jorn, Issalot, VIII. son dreg.
Breviari, v. 8100—1.

Maestre, Ponent

Les formes de ce mot sont dans

le vieux catalan Axaloc

,

italien Scirocco 2 et Scilocco,
provençal Eissero.
Raymond Feraud ou Feraldo, troubadour provençal de la fin
du xme siècle dans son poème de la vie de Saint-Honorat

dans

l'espagnol Sirocco,

en

français Siroc (Dict. de l'Acad.), en

en

,

1 Chronique consulaire de
arch. de Béziers, m, 93.

ï

Mercier et Bégis ; Bulletin de la Soc.

Ménage dérive Scirocco de l'arabe Schorouk qui signifie le lever
font venir de Syriacus, parce que le Scirocco

du soleil. D'autres le
vient de la

Syrie, qui est au sud-est de l'Italie.

�84

—

de
et

Lérins, se
Eyssiroc :

sert pour

Siroc

—

désigner le

même

vent

des mots Siroc

Labech feron mala
tempesta....
Tempesta d'Aquilon, Eyssiroc e Labech...
e

Issalot qui est une altération
évidente de Siroc ou Sirocco
s'est conservé dans l'idiome
biterrois avec le changement du t
final en p,
Issalop au lieu de Issalot.
6°

Grepia, crèche,
Et

en

la

grepia fo pauzatz.

V. 12640.

Cette expression existe

encore

aujourd'hui dans l'idiome

biterrois, d'où Ermengaud l'avait prise probablement;
nous
l'avons vainement cherchée dans les
poésies des autres trou¬
badours où l'on trouve
grepiera, crepcha, crepia, crupia, et
dans les dictionnaires de
Raynouard et de Rochegude.
7° Enfin
,

,

crotz pour

cortz,

cour ;

c'est

encore

une ex¬

pression de la langue parlée, qui n'a pas encore entièrement
disparu du patois de Béziers, où l'on appelle Croutz del rei
les vieilles
prisons (démolies depuis peu) établies à l'ancienne
Cour du roi.

Une autre preuve de l'influence de la
langue parlée pourrait
tirer de
l'emploi de la lettre b au lieu de la lettre v dans
quelques vers du Breviari. En voici deux
exemples pour le
même
se

mol

:

Berbena las nafras

sana

V. 7071.

Qui fai capel de berbena.
V. 7081.

Les

troubadours écrivent les

vcrbena, qui est la forme latine.

uns

vervena

,

les autres

C'est la prononciation de

son

�85

-

—

pays, où tons les v se prononcent b, que
écrivant berbena.

en

reproduit Ermengaud

Nous trouvons
quelquefois aussi dans les pages du Breviari
l'article masculin
singulier le au lieu de lo, qui est le seul
article roman, comme le dit Gaucelm Faidit dans le
Donatz

proensals 1. Raycouard

,

qui dans

sa

grammaire de la langue

n'admet que ce dernier article, donne ensuite le
premier dans le résumé de cette grammaire qui précède son
romane

Lexique

L'article le n'a jamais été employé par les
époque. Ce n'est que dans les Fleurs
du gai savoir,
composées en 1356 que nous trouvons l'article
le pour le nominatif
singulier du genre masculin et lo pour
l'accusatif du même genre, distinction
qui n'est jamais suivie
dans le Breviari. Les deux articles
y sont employés indiffé¬
remment comme sujets ou comme
régimes. Nous avons inuti¬
lement cherché l'article le dans la
Chronique biterroise de
Mascaró écrite, comme nous l'avons
déjà dit, vers 1348, et
dans celle de Mercier et Régis
qui commence vers celte époque
et s'étend jusqu'à la
première moitié du xvue siècle. Aujour¬
d'hui on n'emploie à Réziers
que l'article lo, qui se prononce
lou. L'article le avec un accent
aigu est du pays toulousain ;
il appartenait sans doute à la
langue parlée dans celte contrée
au
temps des troubadours. C'est pour cela qu'à l'époque de la
décadence de leur poésie, il a pu usurper la
place du véritable
roman.

troubadours de la bonne

,

article

roman.

que par

Mais il

nous

est

difficile

l'ignorance des copistes

sa

d'expliquer autrement
présence dans le poème

d'Ermengaud.
S'il était

possible de fixer la délimitation des langues

comme

celle des territoires, nous pourrions avec les idiomes méri¬
dionaux qui existent encore, expliquer certaines différences

dans la langue littéraire des troubadours,
différences ne proviennent que de la langue
pailée dans le pays de chacun d'eux, qui devait être à peu
près la même que celle qu'on y parle maintenant. Ainsi dans
que nous remarquons

et montrer

l

que ces

Lo nominatius se conois
per

eusatius per lo

si

cum

,

eu

lo si cum, lo reis
vei lo rei armat. p. 4.

es

vengutz... l'ac-

�—

le Breviari, sur

86

—

lequel doivent porter nos observations, nous*

de la lettre n dans un grand'
ceux qui commencent par
la syllabe con, tels que convidar, confessor, conservar,
confors, eonfizar, consir, concebre, convent, confondre etc.,
qui toujours y sont écrits covidar, cofessor, cosservar, cofors
etc., ensuite dans les mols efan.pan, benvolensa, infern, etc., qui
deviennent efan, pa, bevolensa, ifern, et dans plusieurs autres.
Cette suppression de la nasale existe encore dans l'idiome
biterrois, et c'est de cet idiome que celte forme est passée
dans la langue du Breviari. Nous l'avons remarquée aussi dans
les œuvres de plusieurs troubadours du Haut-Languedoc en
remontant de Béziersà Toulouse.1 II en est autrement pour les
poésies écrites en Provence. On y rencontre presque toujours

remarquons la suppression
nombre de mots, d'abord

dans

signalés,
aujourd'hui, on disait
convent, enfan, pan,
infern etc., et non pas cofessor, cofizar, etc., etc.
La même observation s'applique à un grand nombre de
mots de l'idiome biterrois et de la langue du Breviari, qui y
prennent une triphtongue là où ils n'ont qu'une diphtongue

la

présence delà lettre n dans les mots

que nous avons

par la raison qu'au moyen-âge comme
dans cette contrée confessor, eonfizar,

dans les divers idiomes de la haute et de la basse Provence.

premieira, lumnieira&gt;

Ces mots sont les suivants: Cadieira,

manieira, entieira,

companbieira

,

drechurieira, derrieira,

citerons qu'un exemple de ce fait, tiré de la Chronique
Albigeois, dont l'auteur, quoiqu'il se dise citoyen de Tudela,
fut probablement un habitant du comté de Toulouse, comme l'a re¬
marqué Fauriel dans son Histoire de la poésie provençale (m, 146).
Les vers que nous citons sont ceux par lesquels cet auteur flétrit la
1 Nous

ne

rimée des

mémoire de Simon de Montfort tué
Si per
Ni per

sous

les

murs

de Toulouse

homes aucire ni per sanc espandir
esperitz perdre ni per mortz cossbntir

foc abrandir

E per

mals

E per

baros destruiré e per paratge aunir

cosselhs

E per donas
Pot hom en

aucire

creire

e per

e per ifans

delir

aquest segle Jeshu-Crist conquerir,
El deu portar corona et en cel resplandir.

:

�87

-

-

requieira, bandieira etc. etc., qui en provençal s'écrivent:
Cadiera, premiera ou prumiera, maniera ou maneira etc.
Ces différences qui existent aujourd'hui peuvent être reconnues,
à l'aide de la règle que nous avons posée, dans les poésies des
troubadours languedociens et provençaux.
Les désinences en al, el, ol et celles en au, eu, oou exis¬
taient pour les mêmes mots, au temps des troubadours, comme
elles existent aujourd'hui C Mais dans la langue littéraire, on
ne faisait
guère usage que des premières. Ermengaud suit à
cet égard l'exemple des autres troubadours. Ceux même du
pays de Provence se servent peu des terminaisons en au.
Il y a cependant lieu de penser que ces dernières existaient
seules, de leur temps comme aujourd'hui, dans la langue parlée
de ce pays. Une chanson de Rambaud d'Orange, 2 où nous
les trouvons plus fréquemment employées que dans les pièces
d'aucun autre troubadour, nous fait présumer qu'il en était
ainsi. Les deux derniers vers des six couplets et de la tornade
de cette pièce ont leurs rimes en aus ; l'on trouve parmi ces
rimes les mots aitaus, liaus, ostaus, coraus, maus, naturaus.
Ce n'est qu'un poète né ou résidant dans un pays où ces formes
étaient usitées qui a pu les employer ainsi dans une même
chanson. Rambaud d'Orange demeurait au château de Courtheson.
Le pronom
tamment

en o

relatif lo employé neutralement
dans les
Aissi
E si

vers

o
o

du Breviari

se

change

cons¬

:

ditz Isidorus......

fay

er

benuratz......

1 llaimond Vidal dit dans sa grammaire que la désinence en al est
pl us régulière que celle en au : Paraulas i a don hom pot far doas rimas,
aissi com leal.... lit pot hom dir qui si vol, liau.... Aissi trvbam que o
an menat li trobador
mas li primier, so es leal, etc. son li plus dreig.
{ Las rasos de trobar, 83} — Les désinences en au, eu, oou, sont usi¬
tées dans la Provence, le Gers, les Landes, le Béarn, une partie de
l'Ariége et dans quelques contrées du bas Languedoc. -Dans le haut
Languedoc au contraire, à partir de Béziers et en remontant vers
Toulouse, on lie se sert que des terminaisons en al, el, ol.
2 Àssats

sai d'amen ben parlar. uaynouard,

Lexique roman, 1) 324.

�88

—

—

Cette forme est la seule usitée dans la contrée de Béziers

où l'on dit

ou

farai,

dirai, et

ou

non

pas

lou, commef

,

en

Provence.

I, y, hi, à lui, à eux, à elle, à elles est aussi dans l'idiome
biterrois la forme ordinaire du datif du pronom
personnel el,
il.

Ermengaud s'en est souvent servi.
Les lecteurs du Breviari y
remarqueront une

souvent

vicieuse,

orthographe

dû conserver. Mais, comme
cette orthographe est probablement le fait des
copistes, il serait
injuste d'en faire un reproche à l'auteur. Nous relèverons seu¬
lement quelques incorrections dans son œuvre.
Aux

vers

que nous avons

3577

nous

trouvons

écrit

avec un s

à la fin le

substantif

sujet singulier, governayres, qui suivant le Donatz
proensals de Gaucelm Faidit n'aurait pas dû recevoir cette
addition. Ce substantif et les autres semblables
ayant leurs dé¬
sinences en dor et dors pour les autres cas du
singulier et du
pluriel, le s final n'est pas nécessaire pour distinguer le sujet
singulier.
Gaucelm Faidit établit aussi dans

sa
grammaire que les
première déclinaison, qui sont tous terminés
en a au
singulier, prennent un s à tous les cas du pluriel, et
n'excepte de la règle que les mots propheta et papa. Nousjrsons

substantifs de la

au vers

11214 du Bréviari

Prophelas
et au vers

11216

e

,

patriarehas,

,

Els

evangelista, doctors.

11 aurait fallu mettre

propheta et evangelistas.
Malvats ( Basos de trobar, 76) doit s'écrire
au nominatif et au vocatif
singuliers, ainsi
du

avec

le

s

final

qu'à tous les

pluriel. Ermengaud,
règle au vers 3391,

pour

De lur donc
E non ges

an

le besoin de la rime, viole
lor malvestat

de Dieu li malvat.

cas

cette

�—

Il l'observe

au vers

89

-

3417,

Encaras

son

li traïdor

Diable malvatz,

peccador.

Il nous reste à signaler quelques solécismes provenus, sans
doute, du patois des faubourgs de Béziers, qui se sont glissés

pieds au lieu de
pes, corses, corps au lieu de cors, diverses au lieu de divers,
nozes, noix au lieu de notz. Ce sont des violations évidentes
des règles du Donatz proensals et de Las razos de trobar.
Divers, notz sont indéclinables ; cors, signifiant corps, à la
différence de cor, cœur, l'est aussi; pes est la seule forme du
pluriel de pes.
Les autres fautes que nous pourrions relever ne sont que de
légères incorrections, comme en ont commises les meilleurs
troubadours. R. Vidal, dans sa grammaire, (p. 52 et suiv.)en
remarque plusieurs du même genre dans les poésies de Bernard
de Yentadour, de Giraud de Borneil, de Peirol, de Folquet
de Marseille, etc. Ermengaud, comme tous les auteurs de
grands poèmes, ne doit pas être jugé avec autant de rigueur.
Les fleurs du gai savoir, comme nous le verrons plus
loin , se
relâchent beaucoup de leur sévérité pour les œuvres de longue
dans le Breviari. Tels sont les mots peses,

baleine.
2. Du

Nous avons déjà remarqué quel'auteurdu Bre¬
vulgariser la science répandue dans les encyclo¬
pédies latines ; et la mettre à la portée des laïques qui ignoraient
cette langue *, et dont l'intelligence était, comme il nous l'ap¬
prend, fort bornée. Il fallait donc que son style fût familier et
se rapprochât de
la langue parlée par ses lecteurs, qu'il
fût simple pour ne pas rebuter leur attention, et clair pour la
captiver. Ce sont les trois qualités qu'il réunit. II suffit pour
comprendre son poème d'avoir quelques notions de la langue
viari

a

style.

voulu

des troubadours, ou même seulement des idiomes modernes

1 Ainsi a fait Gautier de Metz dans

son

Image du monde. Il déclar

dans les premiers vers que c'est por laie gent qu'il romande.

e

�—

qui

en

90

—

sont provenus. Des textes romans connus il n'eu est

d'aussi aisé à traduire. Le Breviari

ne ressemble nulle¬
poésies lyriques du xne siècle dont le sens n'est
pas toujours facile à saisir; il ne ressemble pas surtout à celles
où l'on employait les rimes ardues, rimas caras, ou qu'on
écrivait dans le style obscur, trobârs clus. Ces raffinements de
la poésie artistique, qui affectait aussi les difficultés du
rhythme, ne furent jamais de mise dans les grands poèmes. Le
pas

ment aux

,

Breviari est à la fois

instruction et

une

une

exhortation reli¬

gieuses. Pour les rendre profitables, il fallait d'abord les rendre
intelligibles. Elles le sont à peu près toujours. 11 n'y a que
l'exposition de l'Arbre d'amour qui laisse quelque peu à désirer
sous ce rapport.
Ermengaud lui-même l'a bien senti; car,
après son explication en vers, il a recours à une pa¬
raphrase en prose. Mais, comme l'obscurité et l'embarras
proviennent plutôt de la singularité des pensées que de leur
expression, il n'est guère plus heureux dans sa seconde dé¬
monstration que dans la première. Dans les autres
parties de
son
poème, les exigences du mètre et de la rime ne sont jamais
un

obstacle à la clarté. 11 écrit

en

vers

comme

il écrirait

en

prose, sans jamais rechercher le mérite de l'élégance et de la
concision. 11 a à son service un grand nombre de formules ou
de chevilles qu'il emploie fréquemment soit pour compléter,
soit pour terminer ses vers, telles que celles-ci : Sez dubtansa
Ses falhir — Ses falliensa — Ses ganda — Per ver — Sont
—

par — So es dar — So m'es avis
los naturals escrigs — Enquaras

—-, Al miei veiaire — Segon
de vet z mais saber, etc., etc.

Cette dernière formule lui sert ordinairement de transition.

Lesrépétitionsabondent aussi dans le Breviari, quoique notre
déclare dans le vers suivant qu'il ne les aime pas :

auteur

El

Et que, dans son
orateurs

repetir

no

traité

sur

chrétiens de

ne

m'agrada.

la prédication, il recommande aux
insister sur ce qui est clair :

pas trop

Non deuliom

Majormen

trop refricar
clar,

aqao quez es

*

�-

91

-

Quar d'ome que trop
Las

Lo

refrica

paraulas , quaiuprezica ,
pobol s'enueia mout leu.

toujours ressemblés ;
n'avait pas meilleure vue qu'aujourd'hui

Malheureusement les hommes se sont
et

au

moyen-âge

pour découvrir en
les autres.

on

soi les défauts qu'on se plaisait à

relever chez

Ermengaud répète souvent aussi les mêmes rimes, surtout
ce sont des rimes caras ou difficiles, dont au reste il
fait rarement usage. Ainsi, par exemple, il ne cite jamais
sanh Lucxs à la fin d'un vers sans terminer le vers suivant par

quand

benastrucxs

:

Mosenher sanh Lucxs

Evangelista benastrucxs,
Aux vers

12271 et 12272, le même mot est

employé pour

les deux rimes :

quai se tenc non digna
cocepcio tan digna.

Per la
De

Avec cette

manière de

procéder, il est facile de se tirer

d'embarras.

3. De

la

versification du

Breviari. Nos observations

principalement sur sa métrique. Le poèmej est
composé de vers d'un même rhythme ; ils sont tous de huit
pieds, que les rimes soient masculines ou féminines ; ce qui
parait une exception aux règles de la versification romane, où
les vers de la dernière espèce ont un pied de plus que ceux de
la première. Les fleurs du gai savoir qui, quoique elles aient
été composées après que les troubadours avaient cessé de
chanter, contiennent cependant les principales règles de leur ver¬
sification disposent que le vers qui se termine en accent grave
doit être augmenté d'une syllabe, si fenia en greu, adonex deu

porteront

creisser lebordos d'una sillaba. (Las

Toulouse

en

1841, t. 1. p.

flors del gag saber 'publiées à

100). Les vers terminés

par un

�—

92

—

accent grave

sont nos vers à rime féminine, ceux terminés
par
accent aigu ou par une consonne sont nos
vers à rime masculi¬

un

Remarquons en passant que l'accent grave roman, greu, n'a
que le nom de commun avec le nôtre. Les
dispositions des
Fleurs du gai savoir sur cet accent
et sur l'accent
aigu se
réduisent à ceci, que le vers à rime
masculine a l'accent sur la
ne.

dernière

syllabe, et levers à rime féminine sur la pénultième.
copiste du manuscrit de la Bibliothèque impériale, fonds
français, 1601 (Olim 7619), que nous désignons
par la lettre
Le

D dans notre notice des

du Breviari

manuscrits, voyant dans le rhythme

violation des règles de la versification
romane,
a remanié tout le
poème et a ajouté une syllabe aux vers à
rimes féminines. Les autres manuscrits
sont conformes au
manuscrit A
une

reproduit

(Bibliothèque impériale, fonds français,

n°

857)

notre édition. Quant à nous, nous avions
pensé
qu'Ermengaud avait voulu donner une valeur réelle aux finales
a et e des vers
terminés en accent grave ;
(voir notre notice
des manuscrits, p. xiv).
Mais la disposition des Lois du gai
savoir n'en demeurerait
pas moins violée. Ermengaud,
cependant , l'observe dans sa chanson , Dregz de natura
comanda. Ce premier vers est de huit
que

syllabes, tandis que le vers
suivant, Dont amors pren naissemen, qui se termine en accent
aigu, n'en a que sept ; il en est de même des autres vers de la

chanson '. Mais il faut
remarquer que cette pièce n'a pas la
même métrique
que le Breviari. Les vers n'en sont
que de
sept syllabes. Or, dans toutes les pièces
lyriques de ce genre
les vers à rimes féminines sent
augmentés d'une
,

syllabe. La

1

Raynouard ( Ch. des poès. orig. des troub. v., 260 )
rapporte deux
couplets ce cette chanson je ne sais d'après
quel manuscrit. Le troi¬
sième vers de cette
copie, Qu'hom per befagz ben renda, n'a que sept
syllabes, et est faux par conséquent. Nous lisons sur une
copie faite
par de Roehegude.
,

Qu'om benifag per ben renda.
Ce vers a

huit syllabes

de la chanson.

comme

les autres

vers

à rimes

féminines

�93

—

même

augmentation
syllabes. Exemples :

—

lieu pour les

a

Jam vai

vers

de cinq et de six

revenen

D'un dol

e

d'un'ira....

Giraud

de

Borneil

Rayn. m

,

,

306.

Quan la douss'aura venta
Deves vostre pais,
M'es veiaire qu'ieu senta
Un vent de
B.

Dans

paradis.

de

Ventadour

,

Rayn. ht, 84.

deux couplets (nous pourrions en citer un bien
plus
grand nombre) les vers à rimes féminines ont une syllabe de
plus que ceux à rimes masculines. Mais cette augmentatio n
d'existe pas dans les pièces lyriques
dont les vers terminés en
accent aigu ont huit syllabes.
Exemples :
ces

Quan vei la laudeta mover
De joi sas alas contrai rai.
B.

A

de

Ventadour, Rayn.

m

,

68.

guiza de fin amador

Ab franc

cor

humil

Arnaud

de

e

verai.

Maruelh

Rayn. ni, 228.

,

Lanquan li jorn

son lonc en mai
M'es belhs dous chans d'auzelhs de Ion h.

Jaufre Rudel

Men chant per
Ni per neu,

ni

,

Rayn. iii, 101.

auzel ni per flor,
gelada.

per

Rambaud d'Orange

Nous

ne

connaissons pas

pour

les

vers

Rayn. v. 401.

de pièce lyrique, du rhythme de
de citer, qui n'ait un nombre égal de
à rimes féminines et pour ceux à rime?

celles que nous venons

syllabes

,

�94

—

—

Ermengaud (comme le l'ait avec raison observer le
Jahrbuch fur romanisclie und englische
vierter band, p. 423) a donc adopté pour son
la métrique de ces pièces, et s'est servi pour un

masculines.

docteur Bartsch dans le
literatur,

Breviari

poème didactique d'une forme qui n'était usitée que pour les
pièces lyriques. Dans les poèmes ou romans, en effet, quel que
soit Je nombre des syllabes du vers à rime masculine, le vers
correspondant à rime féminine en a toujours une de plus ;
tels sont pour

les

romans

composés de

vers

de buit pieds :

Jaufre, Flamenca, les Oiseaux chasseurs de Deudes de
Prades, les Quatre vertus cardinales du même auteur, le
Libre de Senequa, la Vie de Sainte-Enimie, l'Évangile de
Nicodème, l'Évangile de l'enfance. Notre poème présente donc
dans sa métrique une singularité qui méritait d'être signalée.
est extraordinaire que les Lois d'amour n'y aient pas
remarqué cette exception à leur règle sur l'accent grave,
alors qu'elles y relèvent l'absence du repos suspensif ou de
l'accent aigu sur la troisième syllabe, destiné à le remplacer.
On y lit en effet :
Emperò d'aquest accent gardar en bordo de vm sillabas, can
non recep pauza suspensiva, non y fam gran forsa, cant
es

Il

«

pauzatz en novas

rimadas, majormen can son longas, com'al

136). »
important témoignage à recueillir. Il prouve,
en effet, concurremment avec le nombre de manuscrits qui
existent encore
la vogue dont jouit en son temps l'œuvre
d'Ermengaud.

romans

del Breviari d'amors (t.

Ce texte est

1.

p.

un

décrit dans notre notice que douze manuscrits

du
professeur Ebert, dans un mémoire sur les manuscrifs
de la Bibliothèque de l'Escurial, qui intéressent l'histoire des langues
et des littératures romanes, (Jahrbuch fur romanischeund englische
literalur, iv, 54-5 ) en signale un treizième, ainsi indiqué au catalogue
1

Nous n'avons

Breviari. M. le

bibliothèque :
Arbol ó Breviario d'Amor, en que

de cette

trata de la esplicacion del dicho
propriedades, de la esencia de Dios , de los angelos buenos
y malos, del cielo, de los signos, etc. etc. en rimas lemosinas por
Messer Matfre, en el ano del nascimiento de J. C. de 1288 , en vitelas,
adorn de vinetas y oro ; en fol. en pasta encarnada, 5-1-3 ».
«

arbol y sus

�95

—

Les vers du Breviari
nanees ou

—

riment en général que par assoit c'est-à-dire que les rimes n'en sont

ne

consonnances,

que suffisantes. On y trouve cependant un bon nombre
rimes riches ou léonines, comme les appellent les Fleurs

de
du

gai savoir. Elles n'étaient pas exigées dans les pièces de peu
d'étendue; elles ne pouvaient donc pas l'être dans les romans
et

les nouvelles rimées.
Une

grande latitude était laissée aux auteurs de ces compo¬
écrivaient en vers plutôt pour se conformer à

sitions, qui les

l'usage que pour montrer leur talent de versificateurs. Celle
indulgence s'étendait aussi aux hiatus. Mais tout ce que nous
appelons hiatus n'était pas alors considéré comme tel. D'après
les Fleurs du gai savoir, cette faute n'existait pas, quand
deux voyelles, dont la rencontre l'aurait causée , se trouvaient
séparées par le repos suspensif ; et, si ces deux voyelles étaient
les mêmes, la faute était fort atténuée par cette circonstance
du repos, qui faisait en quelque sorte un vers de chaque
hémistiche.

si, ni. qui, quo, so
pouvaient être placés au-devant d'autres voyelles, pourvu
qu'elles fussent différentes. Exemples tirés du Breviari :
Les mots d'un

fréquent

usage

tels

que

fay er benauratz...
delieg en lur noirir...
Doncx qui o pot far voluntiers...
Quo es quilh lauza trebalhat...

E si

o

Ni an

So

Il

en

tu, ou.

es

adir rodan desotz...

était de même des

diphtongues

aij, ey. oy, uy, au, eu,

inconvénient être suivies de mots
voyelle, mais non pas d'autres diphton¬

Elles pouvaient sans

commençant par une
gues
Elh

fay nquel be que pot...

Quez el deu en

passiencia.

Li, article nominatif pluriel pouvait aussi

précéder

une

�-

voyelle

sans

qu'il

y

90

-

eût hiatus , li astre, li huelli, li enclutge,

li amie, li arbre etc.

Quar non sento
Li arbre ni freg

ni pauc ni
ni calor.

Mais cet article devait s'élider

quand il

se

rencontrait

avec

commençant par la même voyelle; il fallait écrire
l'image et non pas li image. Les articles lo et la, nominatifs
mot

un
•

pro

singuliers, s'élidaient toujours au-devant des voyelles ;
dire l'amiôs et non pas lo amies ;
L'obra

et non

pas

primieira de

merce

on

devait

,

la obra.

Pour éviter

l'hiatus, la conjonction e reprenait le t étymo¬
logique au-devant des voyelles. Les prépositions a et o et le
pronom relatif que recevaient en pareil cas l'addition d'un d
d'un

z ou

d'un

s :

Az huels, ad amar,

En l'an quez

hom

Ces consonnes supplétives ne se

ses

falhensa.

rencontrent pas toujours dans

probablement le fait
copistes. On ne peut supposer qu'Ermengaud eût laissé
exister dans son poème des hiatus qu'il lui était si facile d'éviter.
Nous ne prétendons pas qu'il en soit exempt. Mais nous laisse¬
rons à d'autres le soin de les contrôler au moyen des règles des
Fleurs du gai savoir que nous avons reproduites. Cette légis¬
lation n'était pas très-rigoureuse ; elle excusait les hiatus et les
autres fautes, quand on les commettait pour ne pas perdre
une bonne expression, par cette raison que le fruit doit tou¬
jours être préféré à l'éeorce, quar mag deu hom voler lo frug
que l'escorsa.
les

vers

du Breviari. Leur omission est

des

G. A.

���</text>
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              </elementTextContainer>
            </element>
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