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                  <text>a

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ACADÉMIE DES SCIENCES, LETTRES ET ARTS DE MARSEILLE

DISCOURS
PRONONCÉS

DANS LA

SÉANCE PUBLIQUE

TENUE

PAR L'ACADÉMIE
POUR LA

M.

DE MARSEILLE

RÉCEPTION

DE

FRÉDÉRIC MISTRAL
Le 13 Février 1887

MARSEILLE
IMPRIMERIE DU JOURNAL DE MARSEILLE

6, Rue

Sainte,

M DCGG LXXXVIl

6

(EX-J. BARlLE)

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��ACADÉMIE DES SCIENCES, LETTRES ET ARTS DE MARSEILLE

DISCOURS
PRONONCÉS DANS

LA

SÉANCE PUBLIQUE

TENDE

PAR L'ACADÉMIE
POUR LA

M.

DE

RÉCEPTION

MARSEILLE
DE

FRÉDÉRIC MISTRAL
Le 13 Février 1887

MARSEILLE
IMPRIMERIE DU JOURNAL DE MARSEILLE

6,

Rne

Sainte,

(EX-J. BARILE)

6

M DCGG LXXXVII

FONS

PE1RE

AZEMA

�32-é'S^

&lt;•

CBC

578

�A (MÊME DES SCIENCES,

M. Frédéric Mistral, ayant

LETTRES ET ARTS III MARSEILLE

prendre séance le 13 Février 1887, et a
qui suit :

venu

Messieurs,

Messies,
Ai ausi dire

Marseille, y est
prononcé le discours

été élu par l'Académie de

de vièi Marsihés que

en

J'ai ouï dire à de vieux Marseillais

la famiho recampado, quand lou recaliéu benesi
douCaclio-fiò, dou Cacho-fiò d'oulivié,
blanquejavo souto li cendre, e que lou
segne-grand vujavo à la taulado lou
darrié cigau de vin eue, tout-en-uncop, de la carriero souloumbrudo e de¬
serto, s'entendié que mountavo uno
voues angelico,cantant pereilavau, ei-

de leur temps, la veille de Noël,
après le grand repas de la famille as¬
semblée, quand la braise bénie de la
bûche traditionnelle, de la bûche d'oli¬
vier, blanchissait sous les cendres, et
que l'aïeul vidait à l'attablée le dernier
verre de vin cuit, tout-à-coup, de la
rue déjà dans l'ombre et déserte, on en¬
tendait monter une voix angélique,
chantant par là-bas, au loin, dans la

lalin dins la niue.

nuit.

de

soun

tèms,

la vèio de Calèndo,

après lou grand repas de

E

qu'èro acò ?

Ero

uno

damo, èro une bello damo,

qu'au bras de soun espous anavo pèr
carriero, en cantant de nouvè, de nouvè prouvençau à la glòri de Diéu, emé

que

Et

qu'était cela ?

C'était
dame

qui,

allait par

une

au

les

dame, c'était une belle
bras de son époux, s'en
rues,

en

chantant des

noëls, des noëls provençaux à la gloire

�pièi un vòu de paure que ié venien
après... E quand li gènt qn'èron à tau¬
ló entendicn eilavau

aquelo

loudiouso, lèu durbien

si

noblo cantarello ié disié
«

cu

Bràvi

voues me-

fenèstro,

e

la

:

Dieu, et puis avec elle, tout un vol
qui s'en venait après... Et
quand les gens qui étaient à table en¬
tendaient là-bas cette voix mélodieuse,
vite,ils ouvraient leur fenêtre,et la no¬
de pauvres

ble

gènt, lou bon Diéu

! oublidés pas

mi paure !

E touti davalavon

plen de fougasso

es nas-

»

emé de canestèu

de nougat, e douli soubro dou festin,e'nterin li campano, amount à la
Majour,
trignoulavon galoio :
navon

de

e

i paure

La

chanteuse

gens,

beilles

des

cor¬

aux

pauvres

Nous la
La belle

marierons,
Françoise,

Nous la marierons

Eh !

bèn, aquelo damo que deseènd
pèr canta de nouvè, de
nouvè prouvençau à la glòri de Diéu
e au pi'oufié
di paure, tenès, sabès
quau es
à l'ouro que vous parle ?
Aquelo bello damo, aquelo grando da¬
mo, es l'Acadèmi de Marsiho,que, vuei,
s'acoumpagnant emé lou Felibrige,
vous counvido, Midamo, vous counvido,Messiés,à douna au Felibrige, va,

lènt-à-dire à l'obro di revendicacioun

prouvençalo, la part
que i'es degudo au festin de Calendo,
la part de Diéu !
Urous d'avé l'intrado en aqueste
bon onstau, d'avé la bèn-vengudo en
aquesto assemblado de letru,de savènt,
d'artisto e de pouèto, onnte, de longo
e

avec

les restes
pendant ce temps,les clo¬
ches, là-haut,à la Major, carillonnaient
joyeuses :

sen.

à la carriero

terradourenco

Braves

du festin. Et

La maridaren

de

«

pleines de gâteaux et de nougat,

et ils donnaient

maridaren,
Franceso,
aura

:

le bon Dieu est né ! N'oubliez

pas mes pauvres ! »
Et tous descendaient

La bello

Quand

leur disait

Quand elle

aura

du bon

sens.

Eh

bien, cette dame qui descend à
pour chanter des noëls, des
noëls provençaux, à la gloire de Dieu
et au profit des pauvres, tenez, savezvous qui elle est, à l'heure où
je vous
parle"? Cette belle dame, cette grande
dame, c'est l'Académie de Marseille
qui, aujourd'hui, s'accompagnant avec
le félibrige, vous convie, Mesdames,
vous convie, Messieurs, à donner au
félibrige, c'est-à-dire à l'œuvre de re¬
vendication indigène et provençale, la
part qui lui est due au festin de Noël,
la part de Dieu !
la

rue

Heureux d'avoir l'entrée

en

ce

bon

logis,de recevoir la bienvenue en cette
assemblée de lettrés, de savants, d'ar¬
tistes et de poètes, où de longue date

�7

—

toco, iéu ai agu

j'ai

recounèisse

reconnaître

d'ami couran,voudriéu
dignamen, autamen, l'ou110ur que me fasès... E
pèr lou recou¬
nèisse, que poudriéu mies faire que de
vous durbi, à moun tour, nosto
galarié
felibrenco pèr vous moustra, Messiés,
ço qu'avèn de plus bèu e de mai prec'ious !
La

lengo prouvençalo, la pouësio dou
Miejour, dins aquésti darrié tems, an
eissuga, sabés, un desastre irreparable.
Teodor Aubanèu, un de nòsti priéu, es
mort... Dounc, se lou permetés, vous
farai, à soun sujet, quàuqui raconte de
jouinesso que vous esclargiran aquelo
astrado pouëtico, e pièi vous legirai
quàuqui pèço de vers que vous faran
juja de la 'perdo majouro que nosto
lengo en éu a facho.
Aurian jamai, dou rèsto, uno oucasioun plus bello d'ounoura la memòri
d'un mantenènt de nosto raço, d'un
ilustre pouèto que fuguè noste ami, e,
trento-cinq an de tèms, noste coumpagnoun de bataio.
Oh ! la fièro jouinesso la galanto
jouinesso qu'avèn passado ensèmble,
ùni quàuquis-un qu'erian! Jouinesso
,

e

vido entiero counsacrado à-n-uno

idèio, que pareissié foulasso au plus
grand noumbre, mai que perseguian,
nous-autre, em'uno afiscacioun toujour
qüe plus no uvel·lo, em'uno fe apoustoulico !
Avian vint
lo

an.

estello que

L'asard,

devian,

pulèu

aque¬

quauque

jour,

o

eu

des amis de

je voudrais
hautement
faites... Et poul¬

cœur,

dignement,

l'honneur que vous me

,

ie

reconnaître, que pourrais-je mieux
mon tour,
notre galerie félibréenne,
pour vous
montrer, Messieurs, ce que nous avons
de plus beau et de plus
précieux !
La langue provençale, la poésie
du
Midi, dans ces derniers temps, ont es¬
suyé, vous le savez, un désastre irré¬
parable. Théodore Aubanel, un de nos
maîtres, est mort... Donc, si vous le
permettez, je vous ferai, à son sujet,
quelques récits de jeunesse qui vous
faire que de vous ouvrir, à

éclairciront cette destinée

poétique
je vous lirai quelques pièces de vers
qui vous feront juger de la grande
perte que notre langue a faite en lui.
Nous n'aurions jamais, au
surplus,
une
occasion plus belle d'honorer la
,

et

mémoire d'un mainteneur de notre

ra¬

d'un poète illustre qui fut notre
ami, et, trente-cinq ans de temps, notre
compagnon de bataille. Oh ! la fière
jeunesse, la charmante jeunesse que
nous avons passée ensemble,
quelques
amis que nous étions ! Jeunesse et vie
entière consacrée à une idée, qui pa¬
raissait insensée au plus grand nombre,
ce,

mais que nous

poursuivions, nous au¬
une ardeur toujours plus
nouvelle, avec une foi d'apôtres !

tres

,

avec

Nous avions
ou

plutôt

vingt ans. Le hasard,
cette étoile que nous de-

�—

nous

chausi

l'entour

pèr patrouno, avié fa qu'à
d'Avignoun nous

di barri

erian rescountra'n roudelet de

pouèto,

touti enfant dou

pople, touti afeciouna,
ispiracioun unenco, pèr lou
relevamen de nosto lengo poupulàri.
E
sènso li nouma que li couneissès
touti
quouro vers l'un, quouro vers
l'autre, nous acampavianloudimenche,
e vague de canta e de dire de vers e
de nous empura vers l'ideau lis un lis
dins

uno

—

—

autre. Avian fa

inné

meme uno

festadié, ounte disian

8

—

vions

quelque jour nous choisir pour
patronne, avait fait qu'à l'entour des
murs d'Avignon
nous nous étions
rencontrés un petit cercle de poètes,
tous enfants du peuple, tous passion¬
nés dans une inspiration commune
pour le relèvement de notre langue
populaire. Et — sans les nommer, vous
,

les connaissez tous
tantôt chez

le

sions

tantôt chez l'un,

—

l'autre,

dimanche ; et en avant

cansoun, un

chanter, et de dire des

vers,

:

attiser

uns

vers

l'idéal les

Nous avions même fait
Sian tout

d'ami, sian tout de fraire,
Sian li cantaire dou païs !
Tout enfantoun amo sa maire,
Tout auceloun

amo

soun

Noste cèu blu, noste

Soun per

nis

:

terraire

nous-autre un paradis.

un

réunis¬
de
et de nous

nous nous

les autres.

chanson,
hymne de fête, où nous disions :

Nous

sommes

tous

des amis,

une

nous sommes

tous

[des frères,
Nous

sommes

Tout

petit enfant aime

les chanteurs du paj-s

Tout oiselet aime

son

!

sa mère,
nid :

Notre ciel
Sont

Ero la

primo-aubo dou Felibrige, e

lou

Felibrige, pèr nous-autre, èro, coume
dirian, un evangèli prouvençau,
countenènt dins si pajo la revelacioun
dou bèu, dou naturau, dou patriau,
emé la recounquisto de tout ço qu'èro
nostre.

Un liò mounte souvènt nous dounarendès-vous èro

Font-Segugno,
plasènço d'un de nòsti
coulègo. Es aqui qu'Aubanèu, per reveni à moun sujèt, rescountrè la jouvènto que fuguè sa proumiero Muso.
Ero uno gènto chato que ié disien

vian

castelet

de

bleu, notre terroir
pour nous autres un paradis.

C'était la

première aube du félibrige,
félibrige,pour nous autres, c'était,
comme nous dirions, un Evangile pro¬
vençal, contenant dans ses pages la
révélation du beau, du naturel, du pa¬
triotique, c'était la reconquête de tout
ce qui était nôtre.
et le

Un lieu où souvent

rendez-vous

nions

gne,

nous nous

était

don¬

Fontségu-

castelet de plaisance d'un de

nos
confrères. C'est là qu'Aubanel, pour
revenir à mon sujet, rencontra la jou¬
vencelle qui fut sa première Muse.

C'était

une

jolie fille qu'on appelait

�Zaiii

de

:

jai

bruneto, palinello, emé dons iue
trelusènt, li vese encaro.

que,

Zani,brunette,
yeux

un peu pâle, avec deux
de jais qui brillaient, je les vois

encore.

Aubanèu s'aflamè

dihoun;
touno

e,

coume un

fau pas n'en douta, la cha-

degué

coumprene

qu'èro

ama-

do.
o

Mai, pèr un sentimen de pudour
de crento, de crento treboulanto,

de fes, au moumen
tèmple de l'Amour, li calignaire d'aquel âge, ni éu, ni elo, tout
en
jougant, tout en risènt, tout en
dansant ensèmble,
jamai s'ausèron
coume

d'escala

esprovon
au

dire tout clar

net que se

voulien. Taque subran, Zani,
la pauro
chato, esfraiado belèu pèr aquéu treboulèri que la gagnavo toujour que
mai, e noun aguènt, pecaire, l'asseguranço ni l'espero de vèire aquelo entrigo veni à bono fin, o pulèu apelado pèr
uno voues
superiouro, un jour, à l'imprevisto, partiguè pèr lou couvènt.
Eu n'en fuguè mourènt, descóunsoula, e d'aquelo doulour alangourido, e d'aquelo passioun abramado, estremado, mai noun apasimado, n'en
sourtiguè, Midamo, un libre calourènt,
esmougu, barbelant, nouvelàri e cas¬
te, qu'Aubanèu apelè lou Libre de l'A¬
mour, e que touto la critico saludè
coume un giscle
d'amour verai e jouve. Vous n'en vau legi quàuqui pajo.
e

lamen

Ah: ta maneto caudo

e

bruno,

Aubanel

escan-

s'enflamma

comme

Mais par un sentiment de
pu¬
deur ou de crainte
inquiète, comme
mée.

éprouvent parfois au moment de
au
temple de l'Amour les
amants de cet âge, ni lui, ni elle, tout
en jouant, tout en riant, tout en dan¬
sant ensemble, n'osèrent jamais se dire
tout clair et net qu'ils se voulaient.
Tellement que soudain, Zani, la pau¬
vre
fille, effrayée peut-être par ce
trouble qui la gagnait toujours da¬
vantage, et n'ayant pas, pécaïré ! l'as¬
surance ou l'espoir de voir cette ten¬
dresse venir à bonne fin, ou plutôt
appelée par une voix supérieure,un jour,
à l'improviste, partit pour le couvent.
Lui en fut mourant, inconsolable. Et
de cette douleur alanguie, et de cette
passion éperdue, enfermée en lui,
mais non apaisée, il sortit, Mesda¬
mes, un livre brûlant, ému, palpitant,
ingénu et chaste qu'Aubanel appela
le Livre de l'Amour, et que toute la
critique salua comme un jaillissement
d'amour vrai et jeune.
Je vais vous en lire quelques pages.
en

monter

Ah! ta

petite main chaude et brune,

Baio-me-la! baio-me-la !

Donne-la moi! donne-la moi!

Vèrte emé iéu

Viens avec moi; il fait lune claire,
Viens, le ciel est étoile.

Vène, lou cèu

:

fai claro luno,
es

estela.

une

paille; et il n'en faut pas douter, la fil¬
lette dut, comprendre qu'elle était ai¬

�Ah! ta nianeto bruno

e

caudo,

Ah! ta

Mete

petite main brune et chaude,

l'aquí dedins ma man!
Àsseten-nous, e sus ta faudo

Mets-là dedans

Asseyons-nous, et

sur

Brèsso-me

Berce-moi

ton enfant!

toun enfant!

coume

main !

ma

comme

le pan de ta robe

Sènso bonur siéu las de courre,
Las de courre coume un chin fòu !

Je suis las de courir

Assolo-me, soufrisse e ploure....
Perquè cantas, gai roussignòu?

Console-moi, je souffre et je pleure...
Pourquoi chantez-vous, gais rossignols?

La luno s'escound

O

jouvènt,

e

—La tiéuno
Ma

man es

Ma

man

man

ta

man es

me

brulo,

frejo

jalo

tout

:

La bello niue!— Ta

soumbrejo
ferni,
frejo!

o

Las de courir

La lune

:

Zani!

Ah!

miraiavo. Escoutas

glace

l'atrouva

Dins

mirau

regardas bèn
Mirau, mirau, fai-me la vèir.e,
Tu que l'as visto tan souvent.
soun

:

marbre,

:

hôpitaux. Esseulé, le poète en¬
la cherchant partout, dans
où il la rencontrait, dans

dolori erre,
le bosquet

la chambrette où elle

miroir où elle

couchait, dans le

mirait. Ecoutez

se

Mais

aro, coume

Dins lis endré qu'a tant treva?
O mis iue, mi grands iue bevèire,

un

la mort,

Constantinople servir les malades

dans les

Mai,

la chambreto

Zani!

Mais Zani est nonnette; elle est allée
à

Ah! la voici pourtant,
Où la fillette vivait.

pamens

o

comme

comme

Ounte vivié la chatouneto!

vaqui,

:

la chambrette

maintenant, comment la retrouver
qu'elle a tant hantés?
O mes yeux, mes grands yeux buveurs,
Dans son miroir, regardez bien :
Miroir, miroir, fais-moi la voir,
Toi qui l'as vue si souvent.
Dans les endroits

Lou

Le matin, dans l'eau claire

Que fasié teleto,

Quand elle baignait son beau visage,
Quand elle trempait ses belles mains,
Qu'elle faisait toilette en chantant,

matin, dedins l'aigo claro
Quand trempavo sa bello caro,
Quand trempavo si bèlli man,
B

en

cantant,

qu'à través soun èr riseire
Perlejavon si blànqui dènt,
Miraü, mirau, fai-me la vèire,
Tu que l'as visto tant souvènt.

:

Car tout le sang de mon corps
Bout et rebout dans mon cœur.

moungeto, es anado à
Coustantinople servi li malaut, dins lis
espitau.E soulet, lou pouèto endoulenti
varaio, la cercant de pertout, dins Ion
bousquet ounte la rescountravo, dins
la chambreto ounte couchavo, dins lou
se

brûle,

me

Ma main est froide

Ma main

la mort,

es

mirau ounte

bonheur,
chien fou!

cache; tout devient sombre

—La tienne

Car tout lou sang de moun cadabre
Boni e reboui dedins moun cor.

Mai Zani

un

La belle nuit!—Ta main frissonne,
O jeune homme, et ta main est froide !

coume un mabre,

coume

se

sans

comme

Et

qu'à travers

Luisaient

son

air rieur

des

perles ses blanches dents....
Miroir, miroir, fais-moi la voir,
Toi

comme

qui l'as

vue

si souvent.

�11

—

Qu'èro innoucènto e qu'èro urouso!
Leissant toumba, touto crentouso,

Qu'elle était innocente et qu'elle était heureuse!
Laissant tomber, toute craintive,

Sus

soun espalo, au mendre brut,
long péu coume un long fichu.
Pièi, dins lis Ouro de soun rèire
Au bon Diéu parlavo long-tèm...
Mirau, mirau, fai-me la vèire,

Sur

Si

Ses

ïu que

l'as visto tant souvent.

Contro

un

brout de santo liéurèio,

Lou libre èi
Vai

sus

veni, vès i

la chaminèio

:

l'a leissa

car

ses épaules, au moindre bruit,
longs cheveux comme un long voile.

Puis dans les Heures de

son

aïeul,

Au bon Dieu elle

parlait longtemps...
Miroir, miroir, fais-moi la voir,
Toi qui l'as vue si souvent.
Contre

un

brin de

Le livre est

Elle

va

sur

venir,

rameau

bénit,

la cheminée;

voyez, car

elle l'a laissé

Dubert ounte avié coumença.

Ouvert où elle l'avait commencé.

pas lougié, courrèire,
L'ause dins lou boufa dou vènt.

Son

Mirau, mirau, fai-me la vèire,

Miroir, miroir, fais-moi la voir,

Tu

Toi

Soun

pichot

que

l'as visto tant souvènt.

Li jour de fèsto e de grand messo,
Qu'èro gènto e qu'èro ben messo,
La pauro

enfant ! De

L'amirave
Iéu

moun

cantoun

Segnour, perdoun ! —
l'amirave, en plen Sant-Pèire,
—

Dins lou soulèu

e

dins l'encèn...

Mirau, mirau, fai-me la vèire,
Tu que

l'as visto tant souvènt.

Assetado

eici, travaiavo,

De la fenèstro

Pèr li paure,

babihavo;

pèr lou bon Diéu

N'abenè de lano

e

E dins la chambro

de fiéu!
e

dins lou vèire

Si det fasien lou vai-e-vèn.

Mirau, mirau, fai-me la vèire,
Tu que

l'as visto tant souvènt !

Ah! lou tèms di douci babiho,
e

de pouësio,

E de l'amour e

dou dansa,

Tèms de

joio

Aquéu bèu tèms ei bèn passa !
Ti long péu, qu'a coupa lou prèire,
Pecaire! avèn tant jouga 'nsèn !
Mirau, mirau, fai-me la vèire,
Tu que

l'as visto tant souvent !

petit

pas

léger,

coureur,

Je l'entends dans le souffle du vent.

qui l'as

vue

si souvent.

Les

jours de fête et de grand'messe,
Qu'elle était gentille et bien parée,
La pauvre enfant! De mon coin
Je l'admirais!— Seigneur, pardon !
Je l'admirais en plein Saint-Pierre,
Dans le soleil et dans l'encens...

Miroir, miroir, fais-moi la voir,
Toi qui l'as vue si souvent.
Assise ici, elle travaillait;
De la

fenêtre, elle babillait.

Pour les pauvres, pour

Elle

en usa

le bon Dieu,

de la laine et du fil !

Et dans la

chambre, et dans la glace
doigts faisaient le va-et-vient.
Miroir, miroir, fais-moi la voir,
Toi qui l'as vue si souvent.
Ses

Ah! le

temps des doux babils,
Temps de joie et de poésie,
Et de l'amour et du danser !

Ce beau

temps est bien passé !
longs cheveux qu'a coupés le prêtre,
Pauvrette! nous avons tant joué avec!
Miroir, miroir, fais-moi la voir,
Toi qui l'as vue si souvent.
Tes

�Es

ansin,

moun

Dieu.! sias lou mèstre!

C'est ainsi, mon Dieu,

Dins li malur, lis

escaufèstre,
Amaduras vosto meissoun;
Sus lis espino di bouissoun
Chausissès, o divin cuièire,
Li plus belli flour dou printèm...
Mirau, mirau, fai-me la vèire,
Tu que l'as visto tant souvènt.

Dans les

Dou dilun que

Le lundi

vous

êtes le maître!

malheurs, les tourments,
Vous mûrissez votre moisson;
Sur les épines des buissons,
Vous choisissez, ô divin
cueilleur,
Les plus belles fleurs du printemps.
Miroir, miroir, fais-moi la voir,
Toi qui l'as vue si souvent.

s'es enanado,
plour si gauto èron negado.
Ah! qu'avien plourà si bèus iue !
Avien plourà touto la niue !

qu'elle s'en est allée,
pleurs ses joues étaient noyées.
Ah! qu'ils avaient pleuré, ses beaux yeux!
Ils avaient pleuré toute la nuit !
Pourtant, elle n'a pas regardé en arrière,
Quand elle s'est enfermée au couvent.
Miroir, miroir, fais-moi la voir,
Toi qui l'as vue si souvent.

De

De

Pamens n'a pas

regarda rèire,
Quand s'es embarrado au couvènt.
Mirau, mirau, fai-me la vèire,
Tu que Tas visto tant souvent.
Souto la trilio à mita morto

Sous la treille

En

En

morte

demi

a

intrant, eila vers sa porto,
Ai legi : Oustau à
louga.\.
Escritèu, m'as estoumaga !
Res ! plus res ! vole pas ié crèire :
Sèinpre au lindau moun cor revèn,

Ecriteau, tu m'as serré le cœur !
Rien, plus rien ! je ne veux pas y croire
Toujours au seuil mon cœur revient

Mirau !

Miroir ! et tu

Tu que

e me

la fas pas

J'ai lu

Que de tendresso

vèire,

Toi

Maison à louer...

qui l'as

Et

comme

mes

il

amo es

proun

forto

ouvrez

les

encore,

portes,

sœur, je veux entrer ;
Ouvrez les ! Mon àme est assez forte
Pour la voir

Passes

Passes

mitan di malaut.

Provence, dans notre
convention, sans

petite

ploura.
Souto ta couifo à blànquis alo
Enca mai bruno, enca mai palo,
Ei bèn tu que dins la
grand salo
Coume l'Ange de l'espitau
au

voir,

connaît que nous som¬

apprêts !.. Ecoutez-le
quand il crie :
O

moun

la fais pas

si souvent.

vie accoutumée, sans

Du monastère

Per la vèire sènso

se

ici dans la

O

Durbès lèu !

ne me

vue

Dou mounastié durbès li

porto,
mouugeto, iéu vole intra ;

;

Que de tendresse et de simplicité !

de

simplesso ! e
sian eici dins la
Prouvènço, dins nosto vido abituado,
sènso counvencioun, sènso
aprèst !...
Pièi, escouten-lou mai, desmemouria,
quand crido :
e

counèis que

:

,

l'as visto tant souvènt !

coume se

entrant, là-bas, près de sa porte,

sans

Sous ta coiffe

aux

pleurer.
blanches ailes,

Plus brune encore, encore

plus pâle,
qui dans la grand'salle,
l'Ange de l'hôpital,

C'est bien toi
Comme

au

milieu des malades.

égaré,

�—

Escouten-lou, quand

se

desolo

Dequé vos, moim cor, de qu'as fam ?
dequ'as.que toujours crides coume un enfant ?
un

un

Oh! de

Ecoutez-le
Que veux-tu,
Oh ! qu'as-tu,

quand il

mon cœur,
que

se

Comme

un

enfant tu cries et

Comme

un

enfant

que

toujour crides

coume un

enfant?

:

de quoi as-tu faim ?

enfant

qu'as,

désole

tu cries toujours comme un
[enfant ?

enfant crides

e ploures,
qu'an desmama,
Paure cor d'amour afama,
Après lou bonur courres, courres !
Dequé vos, moun cor, de qu'as fam ?

Coume

—

:

Oh!

Coume

13

pleures,
qu'on a arraché du sein ;
Pauvre cœur d'amour affamé,
Après le bonheur tu cours, tu cours...
Que veux-tu, mon cœur, de quoi as-tu faim ?
Oh! qu'as-tu, que tu cries toujours comme un
[enfant ?

Vourriés, quauco part, dins lou mounde
Em'elo, bèn liuen, t'enana

plus t'entourna,
Car lou bonur fau que s'escounde !
Dequé vos, moun cor, de qu'as fam?

E t'escoundre e

Oh! de

qu'as,

que

toujour crides coume un enfant ?

Tu voudrais,

quelque part, dans le monde

Avec elle bien loin t'en

aller,
plus t'en retourner,
Car le bonheur, il faut qu'il se cache !
Que veux-tu, mon cœur, de quoi as-tu faim ?
Oh ! qu'as-tu, que tu cries toujours comme un
Et te cacher et ne

[enfant ?

0 bèuta, pan de la
0 pan goustous, o

jouinesso,
bèu pan blanc,
Pan que se manjo entremoulant,
Pan de l'Amour, pan di caresso !...
Dequé vos, moun cor, de qu'as fam ?
Es de

passioun viscudo, lou vesès ;
countinu, feroun, esglaria,
literaturo noun es aqui pèr ren.

es un
e

la

crid

pain de la jeunesse,
pain savoureux, ô beau pain blanc,
Pain qui se mange en tremblant !
Pain de l'amour, pain des caresses !
Que veux-tu, mon cœur, de quoi as-tu faim ?
O beauté,
O

C'est de la

passion vécue,

vous

le

voyez; c'est un cri continu, farouche,
effaré, et la littérature n'est là pour
rien.

D'aquéu tèms, fànvous dire, em'Aubanèu

li

cambarado, fasian souvènt
d'escourregudo. Jalons de retrouva la
e

pouèsio puro e l'engèni vivent de noslengo maire, de longo erian pèr orto
dius li campèstre e li mountagno,
quouro
amoundaut i Baus, quouro
dins lou Ventour, quouro à la SantoBaumo. Erian jamai tant bèn que
quand nous mesclavian emé lou brave
pople. Couchavian à la feniero, à la

to

En

temps-là, il faut vous dire,
camarades, nous
faisions souvent des échappées. Jaloux
de retrouver la poésie pure et le génie
vivant de notre langue mère, cons¬
tamment nous étions par les routes,
dans les champs et les montagnes, tan¬
tôt là-haut aux Baux, tantôt par le
Ventoux, tantôt à la Sainte-Baume;
nous n'étions
jamais si bien que quand
avec

ce

Aubanel et les

nous nous

mêlions

avec

le brave peu-

�—

14

paiero, dins li jas. Uno fes, me souvèn,
à la voto de Mount-Bran, li gendarmo

ple;

arrapèron, fauto de papié. Uroubastidan, que nous avié'ntendu parla, digué i gendarmo : « Eh !
vesès pas qu'es pas de franchimand ?
parlon coume nous-autre: boutas, soun
pas de liuen.» E nous lachèron.

il m'en souvient, à la fête

nous

samenun

couchions au grenier à foin,
paillère, dans les étables. Une fois,
nous

à la

de Montbrun, les gendarmes nous empoignè¬
rent, faute de papiers. Heureusement,

qui nous avait entendu
parler, dit aux gendarmes: «Eh! voyezvous pas que ce ne
sont pas des franchiman ? Us parlent comme nous au¬
tres : allez, ils ne sont pas de loin.» Et
un

paysan,

on nous

Es dins

aquéli courso à través de
païs qu'Aubanèu acampè la deliciouso
idilo qu'anas vèire :
ISÎ'èro pas uno

rèino, uno rèino e soun trin,
Galoupant noublamen sus sa cavalo blanco,
B que,

dins li grand bos, aubouro enjusqu'i branco

Touto la

caro

roujo

o

palo.

qu'uno enfant dessus

un ase

;

la Font-di-Prat que

venié ; se rescontro
Qu'èro estré lou camin pèr passa touti dous,
Ela chato digué
Jouvènt, avisas-vous :
L'ai

reguigno !—E

rigué contro.

me

travers du

Ce n'était pas une reine, une reine et son train,
Galopant noblement sur sa cavale blanche,
Et qui, dans les grands bois, soulève jusqu'aux

Noblement
Ce

poussière du chemin.

galopant sur 'sa blanche cavale,
reine avec dames et varlets,

n'était pas une

Qui d'un mot de

sa

bouche et d'un seul

coup

[d'oeil

Ce n'était rien

gris

pèr lou proumié cop vesiéu la cliatouneto
Que, segur, m'aviéjamai vist.
vers

au

qu'Aubanel cueillit la délicieuse
que vous allez voir :

Vous fait le

Que delong d'un draiòu anavo plan-planeto

Es

idylle

ces courses

[branches

galoupant sus sa blanco cavalo,
N'èro pas uno rèino emé damo e varlet,
Que d'un mot de sa bouco et d'un eop d'iue soulet

E

pays,

Toute la

Noublamen

N'èro rèn

C'est dans

pòusso dou camin.

Vous fai la

lâcha.

visage

rouge ou

pâle.

qu'une enfant sur un âne gris
doucement,

Qui le long d'un sentier s'en allait

[doucettement,

lapremière fois.je voyaisla bachelette
Qui bien sûr ne m'avait jamais vu.

Et pour

C'était

vers

la Fontaine des Prés qu'elle venait;

il

[se trouve

Qne le chemin était étroit pour passer tous deux,
Et la fillette dit : « Jeune homme, prenez garde :
« L'âne rue !
» —Et elle me rit au nez

—

—

Tenès, passas davans!
regarde e m'aplante

La

—

E, pèr delice, alor,

vaqui

s'arrèsto...
Uno rèino, belèu, m'aurié vira la testo.
,

e

que

Mai, pèr l'enfant, viré moun

cor.

Tenez, passez devant.—Et avec délice alors .
regarde et me plante là et voilà qu'elle

Je la

[s'arrête,,.
Une reine

peut-être m'aurait tourné la tête,

Mais l'enfant tourna

mon

cœur.

�15

—

n'èro

Oh !

—

Oh !

qu'uno enfant, e n'èro que mai bello !
de basin, trop pichot e trop just,
un pau davans,
e si poulit bras nus

ce

n'e'tait qu'une enfant, et elle n'en était

Badavo

Sourtien de

L)e

Son corset de
Bâillait

fichu,n'avié ges

èro au tèms de la caud;

:

Em'un brout d'amourié la chato

se

Au dous balin-balant de l'ase que

basin,trop petit et trop juste,

peu devant, et ses jolis bras
Sortaient de sa manche de toile.

mancho de telo.

sa

un

De fichu,elle n'en avait
pas ;

Avec

troutavo

e

de

an

mai,

un

La fasié pu

chasque

grando e

pu

an,

pas

beaux

ses

an

qui trottait,
pieds déchaussés.

de

plus, et de moi elle
[aurait

d'amour,

chasque jour

gènto.

Et pourtant, et pourtant,

eu

honte

parlâmes

nous ne

;

pas

[d'amourMais l'enfant devenait fille, et

chaque

chaque
[ j our
La faisait plus grande et
plus charmante.

Pèr lis

èr, pèr lou biais e pèr la majesta
coume aco, d'enfant, dins li grand vilo;
Poudès cerca long-tèms
poudès cerca sur milo
Tant d'innoucènço et de bèuta !
N'ai pas

temps de la
[chaleur ;

brin de mûrier la fille s'éventait.

Elle s'arrête.— Un

de iéu avié crento!

parlerian

pamens

Mai l'enfant venié fllio, e

e

au

nus

Au doux balin-balant de l'âne

Pendaient

E pamens,

c'était

ventavo ;

Penja von si bèu pèd descau.

S'arrèsto.—Un

que

(plus belle.

Soun courset

vist

,

Pour

l'air,pour la tournure et

an

pour

,

la majesté,

Je n'en ai pas vu comme
Vous pouvez

cela, d'enfant, dans les
[grandes villes ;
chercher longtemps
vous
pouvez
[chercher sur mille
,

Tant d'innocence et de beauté !

—Ma mignoto,coume es toun noum ?—

T.i

gènt

—E toun

me

dison Roso,

ase, coume

L'enfant alor

èi que

se

e ma

Vous lou
[vau dire;

maire Rouset.

iè dison?—Blanquet '?.

.

—Ma

mignonne,comment te

nommes-tu ?— Je vais

[vous le dire
Les gens

m'appellent Rose, et

—Et, ton âne, comment est-ce

met à rire.

L'enfant alors

—As de

fraire,as de sorre,o ti gènt n'an que tu?
Siéu l'einado de cinq.— Tu l'einado, jouineto ?
—Un que s'envai soulet, un encaro que teto,
Emé dous autre pèr dessu !

—

As-tu des

se

—

l"an

après à legi ? Sies estado à l'escolo ?

—Oh si ! — Ta coumunioun ?
—E

mounte

M'envau

vas

au

?

—

Mi

- -

L'ai facho Tan passa.

gènt meissounon, sian
[pressa ;

—

Un

frères, as-tu des

qu'on le ■ nomme-?...
[—Blanquet ?...

ta famille
[n'a-t- elle que toi ?

sœurs, ou

cinq. —Toi, l'aînée, jeunette ?

qui marche seul,

un

Avec deux autres par

—T'a-t-on

qui tette encore,
surcroît.

appris à lire ? Es-tu allée à l'école ?

—Oh oui !— Et ta communion ?— Je
—Et où vas-tu ?

—

Mes

plan, darrié la colo.
Je m'en

;

mère Roset.

met à rire.

—

—Je suis l'aîne'e de

ma

vais à la

l'ai faite Tan

[passé.
parents moissonnent, nous
[sommes pressés ;

plaine, derrière la colline.

�E l'enfant
O

viré net dintre li pinatèu...

Bèuta, coume fau que

Par

avé, de moun cor,

siegues pouderouso,

de ma vido amourouso,

Un moumenet gara

,

d'un tèms que sias
liuei), liuen de pertout, dins un d'a-

Vous sèmblo tout

quéli païsage plen de silènci e de clarun, ounte l'amo se chalo emai se ressereno dins la verduro e dms l'eigag-no.
E ai'o, quau creirié
tant crentous, e tant
l'iue

eourous

qu'aquéu pouèto
lèu esmougu pèr

d'uno bruneto,

quand ié pren si

devèngue,

refoulèri sournaru,

devèngue terrible e segrenous cou¬
me lou Dante! Veici,pèr vous lou prou¬

o,

va,

aquéu moussèu estrange

dans les jeunes pins

il faut que tu sois puissante.
de mon cœur, de ma vie amoureuse,

0 Beauté, comme
Pour avoir

Un court

lou fèu!

pòu-ti digas me, rescountra
quaucarèn déplus 1res, de plus cande ?
Se

Et l'enfant tourna net

moment, ôté le fiel !

peut-il rencontrer, dites-moi, rien
plus frais et de plus candide? 11 vous

Se
de

semble tout à coup que vous êtes loin,
loin de partout, dans un de ces paysa¬

et de clarté, où
rassérène dans la
verdure, dans la rosée. Et maintenant
qui croirait que ce poète, si timide et si
vite
ému par l'œil
brillant d'une
brunette, devient, quand il lui reprend
ses sombres oppressions, oui, oui, de¬
ges pleins de silence
l'âme s'épanouit et se

vient terrible et noir comme

le Dante !

Voici, pour vous le prouver, ce mor¬
ceau étrange intitulé Le 9 Thermidor.

entitula

Lou 9 Termidor.
—Mounte

vas

emé toun grand eoutèu ?

—Coupa de tèsto : siéu bourrèu.

giscla sus ta vèsto,
Bourrèu, lavo ti man.

—Mai lou sang a
Sus ti det !...
—E

perquè ? eoumence mai deman :
tant de tèsto !

Rèsto encaro a sega

—Mounte

vas

emé toun grand eoutèu ?

—Coupa de tèsto : siéu

bourrèu.

sabe. Sies-ti paire V
jamai esmougu.
Sèns ferni, e sènso avé begu,
Fas mouri lis enfant e li maire.
Sies bourrèu ! lou
Un enfant t'a

—Mounte vas, emé toun

—Coupa de tèsto : siéu

grand eoutèu ?

bourrèu.

—Où vas-tu avec ton

grand couteau ?

—Couper des têtes: je

suis bourreau.

jailli sur ta veste,
doigts... Bourreau, lave tes mains.
—Et pourquoi? je recommence encore demain:
Il reste encore à faucher tant de têtes !
—Mais le sang a
Sur tes

—Où vas-tu avec ton

—Couper des têtes:
Tu

es

bourreau,

grand couteau ?

je suis bourreau.

je le sais. Es-tu père

?

jamais ému.
frémir et sans avoir bu,

Un enfant ne t'a

Sans

Tu fais

mourir les enfants et les mères.

—Où vas-tu, avec
—

ton grand couteau ?

Couper des têtes, je

suis bourreau.

�De ti mort la

plaço

es

caladado !

—De tes morts la

place est pavée,
qui est vivant t'implore à genoux.
Dis-moi si tu es homme, ou non...
-Laisse-moi, que j'achève ma journée.

Ço qu'es viéu te prègo d'à geinoun.
—Digo

me se

—Laisso-me

Ce

sies ome, vo noun...
qu'acabe ma journado.

Mounte vas, emé toun

—Coupa de tèsto

grand coutèu ?
siéu bourrèu.

:

—Où

vas tu, avec ton
grand couteau ?
—Couper des tètes, je suis bourreau.

Digo-me quete goust a toun béure?
Dins toun got n'escumo pas lou sang ?
Digo-me se quand trisses toun pan,
Creses pas de car faire toun viéure ?
.

—

—

Mounte vas emé toun

Coupa de tèsto

grand coutèu ?
siéu bourrèu.

:

La susour, lou

lassige t'arrapo...
embreca,
O bourrèu! pourrié proun nous manca,
E, malur, se la vitimo escapo !
Pauso-te ! toun coutèu

—

—

Mounte

vas

emé toun

Coupa de tèsto

:

grand coutèu ?
siéu bourrèu.

A'scapa ! bouto, à toun tour, ta gauto
Sus lou plot rouge de sang mousi :
De toun còu li tento
O

van

crussi !

bourrèu, quouro ta tèsto sauto ?

Amoulas de fres lou

grand coutèu!
Tranquen la tèsto dou bourrèu !
Devèn-ti

estouna que

l'autour
(Vaquéli vers ague créa, Messies, e crea
fourmidable lou dramo prouvençau?
Aubanèu èro nascu pèr retraire e pèr
mòure la fernisoun tragico.
I'avié,
dins soun temperamen, uno sorto de
masclun que lou pourtavo au rouge e
au
ferouge. L'a di, éu-meme, dins un
sounet magnifi ounte esplico soun ata¬
visme

:

nous

—

Dis-moi, quel goût

Dans ton

a

ton breuvage?

le sang

n'écume-t-il pas ?
Dis-moi, quand tu broies ton pain,
Ne crois-tu pas de chair faire ta nourriture
—

—

verre

Où vas-tu

ton

avec

?

grand couteau ?

Couper des têtes, je suis bourreau.

La sueur, la fatigue te saisissent...
Repose-toi ! Ton couteau ébréché,
O bourreau ! pourrait bien nous
manquer,
Et malheur, si la victime échappe
!
—

—

—

Où vas-tu

ton

grand couteau ?
Couper des têtes, je suis bourreau.

Elle

a

avec

échappé; mets à ton tour ta joue

Sur le billot rouge de sang moisi :
De ton cou les tendons vont craquer;
O bourreau !

quand est-ce que ta tète saute ?

Aiguisez de frais le grand couteau

:

Tranchons la tète du bourreau.

Devons-nous
teur de

nous

étonner que

l'au¬

ait

créé, Messieurs, et
créé formidable, le drame provençal?
Aubanel était né pour retracer, pour
soulever le frisson tragique. Il y avait
dans son tempérament une sorte d'ar¬
deur virile qui le portait au rouge et au
ces vers

farouche. Il l'a dit lui-même dans
sonnet

magnifique où il explique

atavisme

:
3

un

son

�18
Un

capitàni grè

Dou tcms de

Orcant lis
Dis armo,

que

pourtavo cuirasso,

Barbo-Rousso,

es

esta

moun

Un

aujòu

au poung,

cridavo : Arrasso !

arrasso

Du

!

Des armes, fer

I'èsto, lioun, sablas, farnino, dardai fòu,
Avié tout afrounta! li

capitaine grec qui portait cuirasse,
temps de Barberousse, a été mon aïeul :
Cherchant les rudes coups, ivre du
cliquetis

;

estramas, ébri dou chaplachòu

ferre

—

loup, li tartarasso

Spguissien trefouli sa cavalo negrasso,
i'aurié de mort un terro-sòu.

Car sabien que

au

poing,il criait

;

Arrière 1 Arrière 1

Peste, lions, déserts, famine, soleil fou,
Il avait tout affronté! Les loups, les vautours,
Suivaient, avides, sa cavale noire,
Car ils savaient qu'il y aurait de morts une

[jonchée.
Vint

an

chaplè li Turc, raubè li Sarrasino

;

Soun espaso au soulèu lusissié cremesino,
Quand sus li Maugrabin passavo coume un flèu,

Vingt

il tailla les Tlires

pièces, enleva les
[Sarrazines;
Son épée au soleil reluisait, cramoisie,
Quand sur les Maugrabins il passait comme un
ans

en

[fléau,
A

grand galop,terrible, indoumtable, ferouge!

D'aquí vèn que.pèr fes, de
Tire d'èu

Es

moun amour

sang moun vers es rouge :
di femo e dou soulèu.

em'aquéu gàubi mèstre

la pouderouso toco que venès d'entre-vèire
que lou valerous felibre a douta nosto
lengo de tres dramo prouvençau en
cinq ate e en vers.
Lou proumic d'aquéli dramo, Lou
Pan dou Pecat, — que se
jouguè à
Mount-Pèlié en 1878, — se passo en
terro d'Arle, au tèms dis iero,
quand,

Camargo

juliet,
caucon

li

garbo d'or. Es dins aquéu mitan de
e de
belugo, e dins lou miramen
dis ourizount inmènse, que l'autour a
plaça lou crime de sa pèço, l'adultèri
fatau, l'adultèri terrible que lou demoun de
miejour abro,coume un uiau,
braso

dins lou cor,

Faneto.

e

dins li

veno

de la bello

qu'à la fin s'espio, fatalamen

grand galop, terrible, indomptable, farouche.
parfois mon vers de sang est

V oilà d'où vient que

[rouge
Je tire de lui

mon amour

des femmes et du

:

soleil.

Avec l'habileté maîtresse et la

e

souto lou dardai dou soulèu de
li cavaloto blanco de

Au

sante touche

que vous venez

voir, le vaillant félibre

a

puis¬
d'entre¬

doté notre

langue de trois drames provençaux, en
cinq actes et en vers.
Le premier de ces drames, le Pain
du Péché,— qui se joua à Montpellier
1878,

en terre d'Arles,
aires, quand, sous les
rayons du soleil de juillet, les petits
chevaux blancs de Camargue foulent
les gerbes d'or. C'est dans ce milieu
de braise et d'étincelles
et dans
le mirage des horizons immenses
que l'auteur a placé le crime de sa
pièce, l'adultère fatal, l'adultère terri¬
ble, que le démon de midi allume
comme un éclair dans le cœur, dans
les veines de la belle Fanette, et qui à
en

—

se passe

à la saison des

,

,

�—

coume

lou crime, pèr

lou remors

e

pèr

la mort.

Lou

segound dramo d'Aubanèu a
pèr titre Lou Pastre, e se passo
amoundaut dius li coumbo dou
tour. Es

Yen-

gardaire d'avé, souvage e
l'antique Poulifème,
e
que vivènt dins lou desert, soulet
emé si bèsti, un jour vèi aparèisse uno
imprudènto Galatèio, que vèn à la
mountagno, souleto acampa d'erbo.
L'empourtamen, lou ruscle d'aquéu
desbadarna, mai fèr que souu bestiari,
e l'ourriblo tragèdi que pièi se n'enseguis, fan lou sujet de l'espetacle ; e
un

brutalas

coume

veici

coublet d'uno

un

nelenco que

cansoun

ié fai alusioun

auba-

:

fin

s'expie, fatalement comme le
crime, par le remords et par la mort.
Le

second drame d'Aubanel

a pour
titre le Pâtre,
et se passe là-haut,
dans les combes du Ventoux. C'est un

gardeur de brebis, farouche et brut
comme
l'antique Polyphème, et qui,
vivant dans le désert, seul avec ses
bêtes, un jour voit apparaître une im¬
prudente Galathée, qui vient à la mon¬
tagne,seulette, cueillir de l'herbe. L'em¬
portement, le rut de cet être dé¬
bordé, plus sauvage que son bétail,
et l'horrible tragédie qui s'en suit*
font le sujet du spectacle. Et voici un
couplet d'une chanson aubanelesque
qui y fait allusion :
Aubanel semble muet,
Mais le feu

Eu

Emé sa jouvo.
jour qu'aura lesi,
vous

fara fresi

couve

;

Il s'enfonce dans les bois feuillus

ramu

Avec
Un

Il

:

sa

jour qu'il

jouvencelle.
en aura le loisir,

fera frémir

vous

:

Counèis lis astre,

Il connaît les astres,

Trèvo li

Il liante les

pastre.

Lou darrié de si dramo

pèr noum
Raubatori. l'es questioun d'uno
nòvio, bello coume lou jour, que la
vèio de si noço, à la fiero de Bèu-Caire,
de boumian l'an raubado, l'an menado
en Espagno, e la volon
fourça de se
a

Loïc

em'un d'éli. La

bello dis

defènd de touti

de

si

forço,
jusqu'à tant que si bourrèu ié fan jura,
de guerro lasso, qu'en pas se mari¬
e

la

Mai lou fiò couvo ;

Un

noun

—

Aubanêu sèmblo mut,
S'enfounso i bos

marida

19

se

dant emé

soun

raubadou

n'espousara

Le

dernier de

pâtres.

ces

drames

a

pour

Le

Rapt. Il y est question d'une
fiancée, belle comme le jour, qui, la
veille de ses noces, à la foire de Beaucaire, a été volée par les bohémiens.
Ils l'ont menée en Espagne, ils la veu¬

nom

lent forcer

de

se

marier

avec

l'un

d'eux. La belle dit non, et se défend
de toutes ses forces, tant et tant que
ses

bourreaux lui font

lasse que ne se

jurer de guerre
mariant pas avec son

�—

jarnai

d'autre.

20

—

Mai vaqui que
matin, l'a deliéurado ; e quand, tout triounfant, ié dis
vène emé iéu, » elo, desesperado e

ravisseur,

«

tout

sublimo, respond qu'a jura sus lou
Crist de pas se marida, e se fai mounjo.

moi,» elle, désespérée et sublime, ré¬
pond qu'elle a juré sur le Christ de ne
pas se marier, et elle se fait religieuse.

soun

ges
nòvi,

un

bèu

L'on

s'enganarié pamens se, d'après
plagnun e li sournuro de soun obro,
de soun obro proumierenco, l'ons'anavo
pensa que noste dramatisto fugue esta
li

dins

sa

vido,

sournaru e

e

dins

doulènt

soun

obro entiero,

coume

dins la prou-

épousera jamais

triomphant, il dit

: «

viens

avec

On

se tromperait
pourtant, si d'après
plaintes et les sombres teintes de
son œuvre, de son œuvre du
premier
âge, l'on allait penser que notre dra¬
maturge fut dans sa vie, et dans son

les

miero

œuvre

di countraste ;

comme

part. Teodor Aubanèu es l'orne
e, pèr touti aquéli que
noun
l'art couneigu qu'à sa maduresoun, acò èro lou cantaire de la vido
embriago e de la lusènto joio !

elle n'en

d'autre. Mais voici que son fiancé, un
beau matin, l'a délivrée ; et quand,

entière,
dans la

sombre et dolent,
première partie. Théo¬

dore Aubanel est
trastes

l'ont

:

et,

connu

l'homme des

pour

qu'en

con¬

tous ceux qui ne
maturité, c'était

sa

le chanteur de la vie enivrée et de l'étincelante
Dins

nòsti

fèsto

felibrenco, dins
aquélis agapo trefoulido e sacrado,
ounte, ideal amen, vesian nosto Prouvènço blanqueja dins l'azur coume la
fiho dou soulèu, coume la maire de
l'art pur, e coume lou simbèu de touto
pouësio, quau i'avié de plus gai, de
mai entousiasto que lou felibre Au¬
banèu ! Falié l'entèndre quand, aubourant soun vèire, disié :
Ami, la pouësio es coume lou soulèu :
Trelusis sus lou mounde, e l'escaufo e fai viéure,

pais, touti podon lou béure,
Aquèu soulèu di jouine e di fort e di bèu.

Dins touti li

Dans
agapes
ment,

joie !

nos

fêtes félibréennes, dans ces

joyeuses et sacrées où, idéale¬
nous voyions
notre Provence

blanchir dans l'azur

comme

la fille du

la mère de l'art pur et
symbole de toute poésie,
qui y avait-il de plus gai, de plus en¬
thousiaste que le félibre Aubanel ! Il
fallait l'entendre, quand élevant son
verre, il disait :
soleil,

comme

comme

le

Amis, la poésie est comme le soleil :
Elle luit sur le monde, et l'échauffé, et fait vivre,
Dans tous les pays, tous peuvent le boire,
Ce soleil des

jeunes, des forts et des beaux 1

�—

Urotts quau

ié saup courre, urous quau lou saup
(vèire !

toujour, tambèn a soun tremount.
Aquelo pluejo d'or, quand toumbo d'eilamount,
Coume à-n-un vin de Dieu fau ié pourgi soun
Trelusis pas

21

—

Heureux

qui sait courir à lui, heureux qui sait le

[voir.

Et à cette

toujours ; il a aussi son couchant,
pluie d'or, quand elle tombe de là-haut,

Comme à

un

Il

ne

brille pas

vin de Dieu il faut tendre son verre.

(vèire.

grandis oucasioun, à Fourcauquié coume à Paris, quand, davans
lou publi estouna de nous vèire destaragna lou cèu de nosto vièio glòri,
quand s'agissié, davans li mescresènt,
davans li renegat, lis enemi, d'afourti
lou principe e li dre de la Causo, quau
es que prouclamavo
emé mai d'elouquènci l'amour de nosto lengo e lis
E dins li

de nosto reneissènço !

enauramen

Et dans

les

grandes occasions, à
Forcalquier comme à Paris, quand de¬
vant le public étonné de nous voir ra¬
fraîchir le ciel de notre vieille gloire,
quand il s'agissait devant les mé¬
créants, devant les renégats, les enne¬
mis, d'affirmer le principe et les droits
de la Cause, qui est-ce qui procla¬
mait avec plus d'éloquence l'amour de
notre langue et les essors de notre
renaissance ?

«

traton de

Nous

fenat

,

disié

Avignoun au Centenari de Petrarco.

—

de noste cèu, de
noste caud soulèu, dou rire de nòsti chato, de la gràci
de nosto lengo ! E voulèn canta, plou¬
rà, ama dins la douço parladuro de

Ah ! segur sian fenat
nosto terro, fenat de

noste

brès

e

de nòsti maire,

aquéu leng*age divin
reviéure de touti li

dins

qu'es esta lou
literaturo

dou

tant pis pèr aquéli que l'an
Messiés, quand uno idèio
boulego, dins lou cor d'ome coume
Aubanèu, d'estrambord tau, rapelasMiejour,

—

oublida !

»

vous

que

grano,

aquelo idèio flòri ;
lou

coume es de crèire, coume
cresèn touti, la Franço, elo peréu,
e

se,

redeveni ravoio, es en nous
dins nòstis
li

ourigino,

regréu que

es en

«

en

dèu

retrempant

favourisant

verdejon dins li founs

On

nous

traite de fous, disait-il à

Avignon, au Centenaire de Pétrarque.
—

Ah ! sûrement, nous sommes

de notre ciel, de notre terre,

fous

fous de

soleil, du rire de nos filles,
grâce de notre langue ! Et nous

notre chaud
de la

voulons chanter,

pleurer, aimer dans

parler de nos berceaux ét de
dans ce langage divin
qui a été le renouveau de toutes les
littératures du Midi, — tant pis pour
ceux qui l'ont oublié ! — » Messieurs,
quand une idée remue dans le cœur

le doux
nos

mères

d'hommes

,

comme

Aubanel de

enthousiasmes, rappelez-vous

tels

qu'elle

graine, cette idée fleurie ; et si, comme
il est à croire, comme nous le croyons
tous, la France, elle aussi, doit re¬
devenir vigoureuse, c'est en nous re¬
trempant dans nos origines, c'est en fa-

�-

poupulàri, qu'escaparen à la flaquesso
dou cousmoupoulitisme emai i
platitudo d'un

nivelage

generau.

-

vorisant les pousses nouvelles
qui ver¬
dissent dans les profondeurs populaires,

échapperons au flasque cos¬
mopolitisme et à la platitude d'un nivelage général.
Pour revenir, les
poésies que je vous
citais tout à l'heure, sauf pourtant les
trois drames (dont deux sont
inédits),
ont été publiées dans le volume inti¬
que nous

Pèr reveni, li

pouësio que vous citout-escas, franc pamens li tres
dramo (que n' i' a dous d'inedi), soun
estado publicado dins lou voulume
entitula La Miougrano entre-duberto.
Mai es dins soun
segound voulume,
nouma Li Fiho
d'Avignoun, que lou
brihant e simpati
pouèto avigmounen
a
jita lou rampau de sa richo naturo,
a
'spandi li coulour de sa paleto restave

plendènto. Acò'

22

beluguié, es un
pèiro preciouso
ounte nosto Prouvènço, quand voudra
se faire bello, à bèl èime
pòu pesca.
s un

veritable escriu de

,

tulé

La

aqui que i'a Li Fabre, meravihous
cop de pincièu que iéu fau que vous
mostre. La pèço es dedicado à-n-Alplionse Daudet, e Daudet un jour disié :
Quand je sens s'éteindre en moi le
sentiment de la lumière, je
relis Li
Fabre, et il se rallume soudain à cette
flamme incandescente. »
«

Coume

cavalié

qu'èi pressa,
Arregardas lou jour passa :

Sus

un

soun

camin lou

vèspre oumbrejo
Tau qu'un bregand dins la
fourèst,
La traito niue es à
l'arrèst,
L'auro deja boufo plus
frejo.

et

Mais

jeté la palme de sa riche nature, a ré¬
pandu les couleurs de sa palette res¬
plendissante. C'est un étincellement,
c'est

un

véritable écrin de

pierres pré¬
cieuses, où notre Provence, quand elle
voudra se faire belle,
pourra puiser à

pleines.

C'est là. que sont les Forgerons ,
merveilleux coup de pinceau qu'il faut

je

vous montre. La pièce est dé¬
Alphonse Daudet, et Daudet un
jour disait :

que

diée à

«

Quand je

Fabre, et il

s'éteindre

sens

sentiment de

la

en

moi le

lumière, je relis Li

rallume soudain à cette
flamme incandescente. »

Comme

an

se

cavalier

Regardez le jour qui
;

entrouverte.

second

volume, nommé
d'Avignon, que le brillant
sympathique poète avignonnais a
son

Les Filles

mains
Es

Grenade

c'est dans

Sur
Tel

son

qui est pressé
passe :

chemin le soir étend l'ombre.

qu'un brigand dans la forêt,

La traîtresse nuit est
La bise

a

l'arrêt ;

déjà souffle plus froide.

�Boul'o

Elle souffle

Li

Les

plus forto, e fai gibla
pibo proumto a gingoula.
Lou bhrri di nivo s'estrasso;
L'or gisclo esbléugissènt, leissant
Un long ridèu coulour de sang
Que floto foui ta pèr l'aurasso.
L'encèndi s'atubo
D

uno

tremount.

au

bataio de demoun

sus

lou soulèu rouge.

Tantost dre, tantost se

plegant,

Dins lou cèu li fabre

gigant,
Brassejant d'uno ardour ferouno,
Forjon pèr lou jouine matin
Li rai d'or,

li rai diamantin
Que dou soulèu soun la courouno.

Belugo, uiau e lamp de fiò
Fan un grand e terrible jo.
La braso reboumbis en plueio;
Tout erèmo, la terro e lou cèu;

Fugisson li d irriés aucèu;
Lis aubre an de carboun pèr fueio.
Sus li

serre

La luno
Coume
Dins

blu, i' a'

n moumen,

espincho douçamen
uno

soun

nouvieto crentouso;

bèu draiòu

L'incendie s'allume

au

argenta

Sèmblo que n'auso pas mounta,
Tant l'esluciado èi souvertouso !

Vous diriez

parfois le choc farouche;
écrasés
Que des forgerons fantastiques
Frappent à grands coups sur le soleil
Vous diriez dans les nuages

courbant,
cieux, les forgerons géants,
Agitant leurs bras avec une ardeur farouche,
Dans les

Forgent pour le jeune matin
Les rayons d'or, les rayons de diamant
Qui du soleil sont la couronne.
Etincelles, éclairs et sillons de feu
F'ont

grand et terrible jeu;
en pluie.
Tout flambe, la terre et le ciel;
Les derniers oiseaux s'enfuient,
un

La braise retombe

Les arbres ont des charbons

La fumée

E lou soulèu encourroussa,

Et le soleil

De l'orre enclume

De l'horrible enclume

que

bramo.

feuilles.

bleues, il y a un moment,
épie doucement
Comme une petite épousée craintive;
Dans son beau sentier argenté,
J1 semble qu'elle n'ose pas monter,
Tant. l'éclair est épouvantable !
La lune

Lou fum ennivoulis la flamo;

jito dins la mar

pour

Sur les cimes

Les

cabussa,

rouge.

Tantôt debout, tantôt se

Li fabre devènon negras,
Lou martèu alasso li bras,

Se

couchant.

D'une bataille de démons

Dirias, de fes, lou tuert aurouge;
Dirias, dins li nivo espouti,
Que de manescau fin tasti
Tabason

plus fort, et fait gémir
peupliers prompts à geindre.
La muraille de nuées se déchire;
L'or jaillit éblouissant, laissant
Un long rideau couleur de sang
Qui flotte, fouetté par la tourmente.

forgerons deviennent noirs,

Le marteau lassé le

Se

bras,

enveloppe la flamme.
courroucé,

jette dans la

mer

précipité,
qui hurle.

�Es dins km
que passo,
nus

friqueto

d'Avignoun

pièi aqui
risouleto, la Ve¬

libre,

meme

e

C'est dans le même

es

là que passe,

:

■Couine la flamo dou fusiéu

Comme la flamme du fusil

Tis iue m'esbrihaudon, chatouno !

Tes

Passes

plus,

0 laisso
De

me

que me

m'éblouissent, jeune fille;
plus, car tu me fais mourir,

Ou laisse-moi te dévorer

te devouri

De baisers !

poutouno !

Es

aqui qu'escalustro, dins soun nus
oulimpian, aquelo Venus d'Arle que
vauguè a soun autour, subre-tout dins
lou mounde dis artisto e di pouèto,
uno

yeux

Ne passe

fasmouri,

amiracioun triounfalo

:

brille, dans sa nudité
olympienne, cette Vénus d'Arles qui
valut à son auteur, surtout dans le
monde des artistes et des poètes, une
admiration triomphale :
C'est là que

a faire veni fòu !
tendramen toun cou
Se clino. Respirant li poutoun e lou rire,
Ta freseo bouco en flour dequ'èique val nous dire?

Tu

gràci an nousa
oundado frisa.
O blaneo Venus d'Arle, o rèino prouvençalo,
Ges de mantèu n'escound ti supèrbis espalo:
Se vèi que sies divesso e fiho dou. ceùblu ;
Toun bèu pitre nous bado, e l'iue plen de belu
S'espanto de plesi devans la jouino auturo
Di poumo de toun sen tant redouno e tant puro.
Que sies bello !... Venès, pople, venès teta

Les Amours d'un ruban

Sies bello, o

Venus d'Arle,

ïa tèsto èi fiero

Lis

Ti

amour

long-

e

douço,

e

d'uno veto eme

peu sus

toun front

A si beu sen bessoun

per

l'amour

e

es

belle, ô Vénus d'Arles, à faire devenir fou !

Ta tête est fière et douce, et

tendrement ton cou
S'incline.Respirant les baisers et le rire,
Ta fraîche bouche en fleur,que va-t-elle nous dire?
avec grâce ont noué
longs cheveux, sur ton front, ondulés et frisés.
O blanche Vénus d'Arles, ô rein3 provençale,
Aucun manteau ne cache tes superbes épaules.

Tes

Il

voit que tu es déesse et fille du ciel bleu ;

se

Ta

belle

dequé sarié lou mounde ?
ço qu'es bèu, tout ço qu'es laïd s'es[counde !

poitrine s'entrouvre, et l'oeil plein

de

[lueur
S'émerveille de

plaisir devant la jeune fierté
de ton sein si rond et si pur.
belle !
Venez, peuples, venez tâter

Des pommes

Que tu

la bèuta.

Oh ! sènso la bèuta,
Luse tout

par

friande et rieuse, la Vé¬

d'Avignon

nus

:

livre, c'est

A

Oh !
Tout

es

..

beaux 6eins jumeaux l'amour et la beauté.

ces

la beauté que serait le monde?.
qui est beau reluit, tout ce qui est laid

sans
ce

se

[cache.

E
O

pièi escoutas la fin

:

douço Venus d'Arle ! Ô fado de jouvènço,

Et

puis, écoutez la fiu

:

O douce Vénus d'Arles, ô fée de jeunesse !

Ta bèuta, que clarejo en touto la Prouvènço,
Fai bello nosti fiho enosti drôle san.

Ta beauté

qui éclaire toute la Provence

Fait belles

nos

aquelo car bruno, o Venus, i'a toun sang
Sempre vièu, sempre caud. E nosti chato alerto,
Vaqui perquè s'envan la peitrino duberto ;

Sous cette chair bruns, Ô Vénus,

Souto

filles et sains

nos

fils;
court ton sang,

Toujours vif, toujours chaud. Et nos filles alertes,
Voilà pourquoi elles s'en vont la poitrine décou[verte,

�-

E nosti

gai jouvènt, vaqui

I lucho de

l'amour, di brau

perque soun
e

25

—

Et

fort

vaqui perquè t'ame, e ta beuta in'engano,
E perquè ieu crestian, te cante, o grand pagano !

Vaqui... Dins Aubanèu crestian e
catouli, catouli counvincu e d'autro
part artisto, e pagan de sa naturo,
,

omedouMiejour, l'esperit
sang,touti dous arderous, de longo
soun en lucho ; e d'aquelo bataio
sort,
pèr escandihado, uno lusour de pourpro. La sensacioun que lai aquelo
pouësio, ouriginalo e persounalo coume
n'i a belèu gaire, es quaucarèn de fres
e

proun

lou

e

de caud

michour

en meme

tèms,

couine

la

trais la carnaduro dou
jouvènt o lou vin vermeiau que gisclo
de la bouto. Es uno pouësio que pòu
s'apela nouvialo coume aquelo que
que

barbèlo dins lou

Cantico

di Cantico ;

l'engèni d'Aubanèu, aquel engèni
e soude, que percéu,
d'un cop
e
d'iue,
vivamen repinto la reliamour
di causo e dis auvàri, l'ai l'efèt, sabès
de que? d'aquéli roucas taia, escalabrous e azurin, que se drèisson à la
cimo di mountagno de Prouvènço, e
que s'acoulourisson d'or, de blanc o de
rouge
segound lou nivoulun que
passo dins lou cèu o la lumicro que
e

franc

,

dardaio.
Lou felibre de la

Miougrano, coume
l'apelavian, es mort en pleno sabo, à
58

an.

Sentent veni

soun ouro,

gais jeunes

Aux luttes de

E

coume

nos

gens,

voilà pourquoi ils sont

[forts

de la mort,

quatre

.

l'amour,des taureaux et de lamort.

Voilà pourquoi je t'aime, et ta beauté m'enchante,
Et

pourquoi, moi chrétien, je te ehante, d grande
[paonne !

Voilà... Dans Aubanel

chrétien et

catholique, catholique convaincu et
d'autre part artiste, et païen de sa
nature, comme bien des hommes du
Midi, l'esprit et le sang, tous deux
ardents, sont constamment en lutte;
et de cette bataille sort, par éclair, une
lueur de pourpre. La sensation que
donne cette poésie, originale et per¬
sonnelle comme il n'y eu a peutêtre

guère, est quelque chose de frais
en même temps, comme la
tiédeur qu'exhale la carnation d'une
jeunesse ou le vin vermeil qui jaillit
du fût. C'est une poésie qui peut
s'appeler nuptiale comme celle qui
palpite dans le Cantique des Canti¬
ques ; et le génie d'Aubanel, ce génie
franc et abrupt qui perce d'un coup d'œil
et de chaud

et vivement reflète l'éclat des

choses

et des

péripéties humaines, fait l'effet,
savez-vous de
quoi? de ces roches
taillées, escarpées et azurées, qui se
dressent à la cime des montagnes de
Provence, et qui se colorent d'or, de
blanc et de rouge selou le nuage qui
passe dans le ciel ou la lumière qui
rayonne.
Le Félibre de la
nous

Grenade,

l'appelions, est mort

sève, à 58

ans.

en

comme

pleine

Sentant venir son heure,
4

�/

—

jour

mort, dins un dina d'ami,
faguè long dou Rose, en faci d'Avignoun sa vilo bèn-amado, souto li
grandis aubo d'aquelo Bartalasso qu'èro
lou bos sacra di muso avignounenco,
éu, veritable ciéune, vouguè redire aqui
si trobo li plus auto e vouguè recanta
touti si plus bèu cant.
avans sa

que

26

—

quatre jours avant sa mort, dans un
dîner d'amis qu'il fit le long du Rhône,
en face d'Avignon, sa ville bien aimée,
sous les grands arbres
de cette Barthelasse qui était le bois sacré des
muses
avignonnaises, lui, véritable
cygne, voulut redire toutes ses trou¬
vailles les plus hautes, et voulut reclianter tous ses plus beaux chants.
Et maintenant,

E aro, en

acabant aquesto charradisso, ounte ai revist belugueja lis
amistousi farfantello de moun passat

en

achevant

cette

Miougrano entre-duberto sèmblo avé

causerie, où j'ai revu étinceler les fan¬
tômes caressants de mon passé fuyant,
il faut, Messieurs, que je vous le dise :
voyez, s'il m'a été doux, s'il m'est
venu à
point de faire les honneurs
de cette fête littéraire à la gloire
rayonnante de Théodore Aubanel, c'est
parce que, Messieurs, lui-même, le
poète de la Grenade entr' ouverte

counfisa lou siuen de

semble avoir confié le soin de

fugènt, fau, Messiés, que vous lou
digue: vès, se m'es esta dous, se m'es
vengu à biais, de faire lis ounour d'aquesto fèsto literari à l'enraiounado
glôri de Teodor Aubanèu, es per-çoque, Messies,éu-meme loupouèto de la
sa

memòri à l'A-

cadèmi Marsiheso.
En

de

efèt, es un membre de l'Acadèmi
Marsiho, noste eminènt counfraire

C'est,

effet, un membre de l'Aca¬
Marseille, notre éminent
confrère et ami de jeunesse, Ludovic
de

Teodor Aubanèu

Legré,

que

obro.

par testament de publier
nitive de ses œuvres.

ami de

jouinesso, Ludôvi Legré, que
a cargapèr testamen
d'estampa l'edicioun deflnitivo de sis
0 Ludòvi

ounte,

0

Legré, rapello-te lou tèms
nous-autre, tu

coume

peréu

Ludovic

Legré, rappelle-toi le
comme nous autres,toi aussi,
faisais des vers, et des vers proven¬

çaux,

ounte

le

afouga embria de lumiero,
courrian d'à pèd, ensèmble, la coustiero
de Gèmo, de Cassis, de Ceiresto, e que
m'iniciaves i resplendour sereno de ta
Prouvènço maritimo ; rapello-te lou

Théodore Aubanel a chargé
l'édition défi¬

temps où

fasiés de vers, e de vers prouvençau,
entre Maiano e Sant-Roumié, lou tèms
,

mé¬

en

démie

e

sa

moire à l'Académie marseillaise.

tu

entre Maillane et Saint-Remy,

temps où affolés, ivres de lumière,
courions à pied, ensemble, les
coteaux de Gémenos, de Cassis, de
Ceyreste,et que tu m'initiais aux splen¬
nous

deurs sereines de la Provence mariti-

�—

tèms

ounte, dins li moüntagno de
Peiro-Rue, de Ganagòbi, e pièi alin
pu liueu, dins li cieuta d'Itali, au
Coulisèu de Roumo

e

sus

li lono de

Veniso, recaupiés mai que touti, mai
entimamen que touti, li counfidènci
d'Aubanèu : e'm'acò, dins lou libre que
medites de faire, e que tu soulet pos
faire, raconto-nous, o vièi ami, tout
ço que i'avié d'amo, de sincerita naïvo.
de

passioun pèr lou bèu, de leiauta
prefoundo e de patrioutisme dins l'engèni courous dou fièr e grand pouèto
Teodor Aubanèu.

27

—

rappelle-toi le temps où dans les
montagnes de Peire-Rue, de Ganagobi,
et puis là-bas, plus loin, dans les cités
d'Italie, au Colisée de Rome et sur les
lagunes de Venise, tu recevais plus
que tous, plus intimement que tous,
les confidences d'Aubanel : et ainsi,
dans le livre que tu médites de faire,et
que seul tu peux faire, raconte-nous,
ô vieil ami, tout ce qu'il y avait d'âme,
de sincérité naïve, de passion pour le
beau, de loyauté profonde et de patrio tisme, dans le génie brillant du fier
et grand poète Théodore Aubanel !
me

;

��RÉPONSE
de

M,

EUGÈNE ROSTAND
PRÉSIDENT

DE

L'ACADÉMIE

AU DISCOURS
de

M.

FRÉDÉRIC MISTRAL
PRONONCÉ

Monsieur

DANS LA

SÉANCE

DU

13 FÉVRIER 1887

,

puis-je vous dire : parlez, parlez encore... ou plutôt, chantez encore,
parole est un chant, large, charmeur et noble! Vous venez de faire
passer en nous, et sur ce vibrant auditoire, parmi ces filles toujours belles et ces
fils toujours artistes de Marseille à demi-grecque, la double sensation délicieuse
d'un riche idiome souple à tout rendre et d'une grande voix inspirée. Comment
fera celui à qui échoit le périlleux privilège de vous souhaiter la bienvenue, sur
ce seuil où vous venez de mettre votre couronne de thyms odorants et de lauriers
vivaces?... Mon premier devoir est de la gratitude : soyez remercié d'avoir associé
Que ne

car

votre

�-

30

—

notre

compagnie à la gloire d'Aubanel en rappelant le legs précieux qu'il a fait
impuissant à rien ajouter au radieux portrait que vous
avez tracé avec la
générosité du génie. Je me contenterai d'écrire un mot au bas
du cadre : Aubanel, nous en sommes caution à son ombre amie qui nous
écoute,
a confié à des mains sûres le soin de sa mémoire
et la garde de son durable
monument. Pour vous, qui venez de nous apporter avec de
si délicats hommages
une offrande éclatante, ma
réponse sera simple : elle consiste à vous apprendre ce
qu'il nous a plu de faire en acclamant votre nom. Nous avons voulu deux choses :
dire bien haut ce que les Provençaux pensent de leur grand poète, et saluer la
Provence même dans celui qui à nos yeux l'incarne.
Oui, le 21 mai 1854, il était de cette réunion désormais historique de Fontségugne, le brûlant adorateur de la Vénus d'Arles, et il a tenu le serment alors
prêté à l'Idée dont vos jeunesses, vous venez de nous le raconter, se firent une foi.
Mais un autre était là, qu'un chef-d'œuvre plus complet, de renom universel, de
perfection définitive, a fait le premier. Celui-là, c'était vous.—Un enfant naît aux
pieds des Alpilles, dans un bourg campagnard, de l'union de deux êtres sains,
religieux et forts, qu'il comparera à Ruth et à Booz. Il passe ses premiers ans au
milieu des cultivateurs et des pâtres, des glaneuses et des moissonneurs, des
magnanarelles et des bouviers, dans l'indépendance et les longs rêves suggestifs
de la vraie vie rustique. Son père ne lui a montré et ne lui lègue que des exemples
de travail, de croyance, de droiture patriarcale. Il a pour compagnons de jeux les
petits paysans des mas, pour maître Roumanille que vous me reprocheriez
d'oublier aujourd'hui. Il sait par cœur, du Pater des Calendes au Mousse de
Marseille, ces chansons populaires dont la France devra recueillir partout l'ano¬
nyme et ravissant trésor. Il étudie avec l'ardeur d'un Ionien qui se reconnaît les
lettres antiques, source inépuisée d'invention et de forme pure quoi qu'en dise une
de nos écoles sceptiques. Et un matin, de tout cela, d'abord des dons de Dieu d'un
profond sentiment de cette nature qui l'imprègne d'elle, d'une culture mentale
affinée, d'un attachement intense à la contrée natale, sort, éclate un poème dont
à l'un des nôtres. Je serais

,

,

il

a

demandé le doux
Un

nom

à

sa

mère.

grand poète nous est né », s'écria, dès qu'il eut lu Mireille, cet immortel
qui la France aime toujours la divine harmonie, et dont le souvenir
reste vivant dans notre Académie où il vint deux fois s'asseoir.—Et il ajoutait:
un poète
de vingt-cinq ans a du premier jet laissé couler de sa veine une épopée
agreste où les scènes descriptives de Y Odyssée et les scènes innocemment
passionnées de Daphnis et Chloé sont mêlées aux saintetés et aux tristesses du
«

Lamartine de

«

«

«

,

�—

«
«

31

—

christianisme... Ah! nous avons lu bien des poètes de toutes les langues et de
tous les siècles : à l'exception d'Homère, aucun n'eut pour nous un charme plus

«

inattendu, plus émané de la nature...

«

méditation n'a-t-elle pour

Pourquoi

moi autant d'attrait

aucune

que

cette

des

œuvres

œuvre

de la

spontanée ?

Pourquoi chez nous (et je comprends dans ce mot les plus grands poètes
métaphysiques français, anglais ou allemands du siècle) la sève est-elle moins
limpide, le style moins naïf, les images moins primitives, les couleurs moins
printanières, les clartés moins sereines, les impressions qu'on reçoit moins
fraîches, moins originales? C'est que nous sommes l'art, et que cela est la
nature
c'est que notre poésie est retournée en dedans, et que celle-là est
déployée en dehors... 0 poète de Maillane, ton poème n'est pas de l'Occident,
il est de l'Orient. On dirait que pendant la nuit une flottante Délos s'est détachée
de son groupe d'îles, et est venue sans bruit s'annexer au continent de la
Provence embaumée, apportant avec elle un des chantres divins de la famille
des Mélésigènes. Le parfum de ton livre ne s'évaporera pas en mille ans...»
L'éblouissante page ! Et comment aurais-je résisté à l'évoquer puisque c'est de
l'oublié, pour beaucoup presque de l'inédit? Quand il l'écrivit, avec la libéralité
d'âme et la hardie bonne foi trop rares dans les lettres françaises de ce siècle,
Lamartine était ce qu'il fut souvent, le poète au sens latin du mot, le devin. Le
temps a ratifié sa prophétie. Vos idylles épiques restent les seules épopées de la
France; on a traduit Mireille dans toutes les langues de l'Europe; on l'étudié en
Allemagne, en Finlande, en Scandinavie ; elle est fameuse jusqu'au delà de
l'Atlantique, et les arts un à un, mais surtout grâce à un maître souverain la
Musique, ont pour jamais fixé sous toutes les formes l'image de la fille chaste et
passionnée de la Crau.
Quand vous eûtes ainsi, Monsieur, mis.la Provence des champs et des bois au
nombre des pays que l'Art en y faisant vivre de l'idéal universalise et consacre,
celle des montagnes et de la mer vous appela. Vous venez de nous l'apprendre, ce
fût l'un des nôtres, Ludovic Legré, le futur héritier d'Aubanel, qui à ce moment
vous entraîna vers les collines charmantes de Ceyreste et les pittoresques rochers
de Cassis. Là, sous le ciel clair, en face de la Méditerranée murmurante et de ses
horizons bleus, devant les golfes aux voiles éparses, s'accomplit en 1866 l'éclosion
de Calenclal. Quel art consommé tout le long des douze chants ! Que de saisissants
ou exquis épisodes ! que de paysages lumineux ! A coup sûr, dans cet enthousiaste
pêcheur de nos baies aspirant à Estérelle, vous avez voulu faire entrevoir au peuple
l'effort courageux vers le bien et le beau : superbe entreprise, alors que d'autres
«

«

«
«

«

«

«

«

«

«

«

�"\

-

32

—

vident l'âme

populaire de tout ce qui n'est pas souci du réel, la font matérialisée,
Puis, après dix ans de repos fécond, le recueil lyrique des Iles d'Or,
où se croisent plaintes et contes, sonnets et sirventes, romances et cantiques, et
d'où se détachent des fragments radieux, cette Communion des Saints par exemple
dont la splendeur liliale me fait songer à l'ingénu d'un préraphaélite avec l'ac¬
compli d'un Raphaël... Dix ans encore, et Nerte apparaît, une « nouvelle » à vous
entendre, mais combien exacte de restitution psychologique, combien suave de
coloris ! Et enfin, — sans que vous ayez jamais interrompu l'immense labeur de
votre Dictionnaire, monument philologique qui perpétuera votre nom comme vos
créations d'artiste, —voici venir un drame d'histoire, cette Reine Jeanne dont vous
avez offert la prime fleur cet été à une cour d'amour de 1886, au pied du Luberon...
Lamartine n'a été démenti que sur ce mot : « tu as fait un chef-d'œuvre, on n'en
fait pas deux dans une vie. » Vous en avez fait plus de deux. Et pourtant, s'il
entendit que vous demeurerez pour la postérité le poète de Mireille, peut-être eut-il
dure et triste...

encore

raison.

Où il

contenta pas

de voir juste, où il prouva son équité supérieure, ce
préférant Mireille à presque toutes les filles de l'imagination de notre âge.
Il a dit pourquoi, et ses raisons restent fortes; notre génération critique en fournirait
de plus précises, à condition de parler sans faux égards pour les banales idolâtries,
avec la sincérité brave qui seule donne de l'intérêt aux
chocs d'idées, qui comprend
les convictions contraires, mais a réfléchi les siennes et s'y tient.'—Oui (et j'oublie
que je suis devant vous), il y a dans notre poésie contemporaine des voix plus
sonores, ou plus savantes, ou plus puissantes que la vôtre ; il n'en est pas de plus
géniale. Quelle est la marque des grands poètes ? C'est la candeur dans la beauté,
la spontanéité de l'inspiration, l'ampleur du souffle unie à la vigueur des combinai¬
sons, la perfection simple de la forme. Votre muse a dans Mirèille tous ces
caractères : chez lequel de nos poètes du premier ordre les trouvons-nous longtemps
cumulés ? La littérature n'est là pour rien, disiez-vous tout à l'heure : il n'y en a
pas dans Mireille', il y en a, et de la rhétorique, même dans Lamartine, même dans
Musset, surtout dans Hugo, sauf en quelques parties impérissables des Méditations,
des Feuilles d'Automne et des Nuits.
Votre poésie n'est pas voulue : elle jaillit
et coule comme une source, où le génie d'un Gounod a bu.Elle ignore l'affectation,
au
milieu d'une civilisation vieillissante et curieuse. —Tels poètes sont parfois
au-dessus de la vérité humaine, ou au-dessous : vous vous y maintenez. Trop
souvent ils se sont complu à traduire des pensers excessifs, ou des passions
excep¬
fut

ne se

en

—

tionnelles

:

vous -avez

exprimé les sentiments éternels, et pour le duo de Vincent

�—

avec

sa

brune

aimée

33

—

je crois l'immortalité certaine. — Ils ont surmené leur
mûri la vôtre, enseigné le patient et probe respect de la

production; vous avez
pensée. — Ils ont cultivé, surchauffé leur gloire; la vôtre s'est épanouie d'ellemême, sans un effort, sans concession, loin du centre factice où l'injustice
intellectuelle consciente, le véritable crime contre l'Esprit, se commet chaque
jour. — « Poète, » vous disait Lamartine il y a vingt-huit ans, « rentre dans la
maison de ta mère, attelle tes taureaux ou tes mules à ta charrue, rapporte
pour tes vers à soie les brassées de feuilles de tes mûriers, jette ta plume, et ne
«

«

«

«

reprends qu'à de rares intervalles, pendant que la Mireille que Dieu te
destine étendra la nappe blanche et coupera le pain blond sur ta table. Rends

la

grâce au ciel, et ne reste pas parmi nous, tu manquerais ta vie. » Admirables
conseils, que vous avez suivis ! J'ai passé dans la maisom de Maillane, j'ai rompu
le pain à la table hospitalière; j'y ai vu le poète indépendant, fidèle aux choses
hautes, soucieux de l'Art seul; j'y ai vu la Mireille que lui promit l'aéde.Et je dis :
par la pureté, la dignité, la suite d'une vie donnée toute entière à l'idéal, par la
communion constante avec l'humanité simple et la nature, par tout cela encore, si
«

je

compare, vous

demeurez plus grand !

Voilà, Monsieur, ce que nous pensons de vous, et nous avons voulu avoir une
occasion publique de le dire, au nom de la plus populeuse cité provençale. Mais,
je vous en ai averti, nous avons eu un second but : glorifier en vous notre chère Pro¬
vence elle-même. Et cela, j'en suis sûr, vous sera plus doux que les louanges de
notre admiration, car vous êtes de ces hommes de plus en plus rares qui mettent
leur

cause

au-dessus de leur renommée.

une race s'est-elle reconnue en vous? C'est que vous
rendu la conscience et la fierté d'elle-même dans une sorte de révélation.

Pourquoi donc toute
lui

avez

passion pour les merveilles de sa nature et l'éclat de son passé,
quelques complices d'adolescence juré de « reconquérir ce qui
était nôtre. » Toute votre inspiration dès lors, vous l'avez vouée au pays natal, non
comme d'autres pour en tirer des effets de couleur ou par la caricature aisée le rire
stérile, mais pour le célébrer, pour activer, assainir, relever sa vie. A une époque
où les notions de sang, de sol, de souche semblent s'effacer dans la fraternité vague
et le cosmopolitisme flasque que vous dénonciez tout à l'heure, vous vous êtes
enfermé au fond de votre province, et vous n'avez chanté qu'elle, ses vigueurs ou
ses grâces, ses mœurs, ses légendes, ses coutumes caractéristiques. Qui vous
voit
dans le village ensoleillé, parmi les travailleurs de la terre, conversant dans le
commun dialecte avec Ramon ou Mireille, Alari ou Vincent, Ourrias ou
Ambroise,
Saisi d'une filiale
vous

aviez

avec

s

�—

connaît

34

—

l'unique coin de France où tout un peuple entoure, honore, fréquente,
pas un poète, mais le Poète. Et enfin, renouvelant l'idiome fané, le
guérissant de ses chutes, le lavant de ses taches, le montrant égal aux créations
de l'art le plus haut comme aux usages les plus modestes de l'existence
plébéienne,
vous avez restitué aux
Provençaux le sens et l'orgueil d'une langue qui porta une
magnifique floraison tandis que le français balbutiait encore, que Dante et
Pétrarque aimèrent, que dans leurs universités nos voisins allemands étudient, que
des foules compactes n'ont pas cessé de parler.
Mais, murmurent ceux qui doutent, et qui vous élèvent d'autant plus, cette
renaissance due à un homme hors pair durera-t-elle? ne galvanise-t-il
pas une
langue morte?... Morte! cela est bon à croire dans nos villes, et il n'en faut pas
juger ici. Celui qui parcourt les chemins, les hameaux, les vallées de la Provence
se convainc vite
que cette langue n'a pas de si tôt fini de puiser sa sève dans le
terroir. Si elle est destinée à périr un jour, c'est le secret de l'avenir: tout ne
meurt-il pas, notre civilisation même est-elle assurée de ne
point se transformer
toute entière, et les plus mémorables langages n'ont-ils
pas rempli leur rôle
dans l'évolution humaine quand ils laissent après eux de
belles œuvres fixées?
Le provençal a bien des éléments de vie, 11e fût-ce
que d'être réaliste. Notre
français poétique, conventionnel au XYIP et au XVIIIe siècle, même avec
Racine, même avec André Chénier, retient de nos jours, jusque dans les recherches
du trivial, et malgré que nous nous vantions d'avoir brisé toutes les
entraves,
je ne sais quoi au moins de convenu qui porte le lecteur à se dire : on 11e
parle pas ainsi. Le provençal ne cesse point d'être poétique en étant exact : la
familiarité et la grandeur s'y fondent, comme la mâle simplicité du
poète de Maillane
garde dans un salon parisien une supérieure élégance. Le naturalisme véritable,
vous en avez donné la
leçon et le modèle, Monsieur, avant que l'autre naquît, dès
1859. Vos humbles à vous, vos
va-nu-pieds robustes, vos vanniers, vos laboureurs,
vos gens de mer, vos belles filles ne sont
point des sujets de thèmes littéraires : un
sang rouge court dans leurs veines, vous les campez précis et debout en pleine
réalité. N'est-ce pas la visée des naturalistes, et n'avez-vous
pas été oseur le
premier, avec plus de justesse, plus de mesure aussi, dans l'audace ? Une langue
qui entre d'autres privilèges a celui-là n'est pas si faible en 1111 temps où l'esthé¬
tique est avant tout inquiète de vérité : en revendiquer les titres était opportun, et
vous avez eu même
l'à-propos pour vous en luttant pour elle.
Bien hardis au surplus ceux qui tranchent la question de ses destinées ! La
place au soleil ne fut-elle pas incertaine longtemps pour d'autres idiomes? N'a-t-on
aime

non

�—

35

—

pas eu longtemps, pour prendre un exemple, le droit de croire que les dialectes
divers de l'immense domaine austro hongrois viendraient se noyer dans la langue
allemande ? Sans l'énergie de quelques poètes Magyars moins grands, aussi tenaces

que vous, la cause du verbe national
cablement perdue ? Et pourquoi n'en

et de cette fière poésie n'était-elle pas irrévo¬
serait-il pas du Rhône comme du Danube,
l'autre vieux fleuve chargé de souvenirs ? — Quelques-uns affirment que pour la
diffusion de vos ouvrages vous auriez mieux fait d'écrire en français. Mais d'abord
pour vous la renommée n'était pas tout ; et puis, est-ce bien sûr? Sully-Prudhomme
et Coppée ont-ils été plus lus que vous ? Parce que Brizeux l'a peinte en vers fran¬
çais, sa Marie d'Arzannô, si touchante qu'elle soit, compte-t-elle des dévots dans
l'univers entier comme votre Mireille?... Au surplus, je vais mettre toutes les
opinions d'accord. Je vous en demande pardon, Monsieur : mais traduite en français
votre poésie reste admirable, transparente comme nos flots, sobre comme du clas¬
sique grec. Ne vous en plaignez pas : qui sait? peut être, sans votre littérale et
saisissante translation, n'auriez vous conquis ni Lamartine, ni Gounod. C'est un
providentiel bonheur pour le provençal que vous l'ayez choisi : pour vous, résignezvous-y, en toute langue vous auriez été grand poète.
Mais le

complément d'honneur de votre œuvre est d'avoir été mieux qu'une
sous quel aspect moral vous m'apparaissez
quand j'y réfléchis ? Comme une sorte de prêtre du patriotisme, le mot m'a été dit
un
jour par un soldat. Il faut ici parler net. Il s'est trouvé, il se trouvait encore
naguère, des esprits faussés pour dénoncer le mouvement félibréen comme une
sorte de conspiration contre l'unité nationale, conspiration dont on a accusé tout
restauration littéraire. Savez-vous

le

monde

d'être, même l'Académie française. Comme si unité était synonyme

d'uniformité ! Comme si l'unité vraie n'était pas

plutôt l'harmonie qui naît, loin
la variété même ! Comme si dans la libre race gauloise
populaires ne servait pas, au lieu de lui nuire, la vitalité
collective ! H y a quatre siècles que notre Provence s'est donnée, corps et cœur,
à la France : elle en fêtera cette année le quatrième centenaire, et vous allez en
présider les allégresses commémoratives à côté des chefs de notre armée. Car il n'y
a plus de
Nord et de Midi pour nous que sur la carte : Provençaux, Bretons ou
Normands sont pour toujours le même peuple indissolublement serré autour du
même drapeau... La propagande des félibres un danger pour la Patrie ! Mais elle
est exactement, elle est directement le contraire, et il faudrait que notre vif bon
sens eût contracté la maladie du sophisme pour écouter ceux qui obscurcissent
l'évidence. Votre œuvre littéraire, Monsieur, elle est un accroissement du

en soit altérée, de
la franchise des dialectes

qu'elle

�—

patrimoine national
œuvre

morale est

: nous

une

36

—

tenons à Mireille comme aux Contemplations. Et votre

école de

patriotisme. Quelle confiance avoir

tisme

en un

patrio¬

qui, perdu dans les généralités et sous le niveau d'une centralisation sans
mesure, ne s'alimenterait plus à aucune des raisons d'effort où se prend le cœur de
l'homme, ni à l'amour du lieu d'origine, ni au souvenir du foyer familial, ni au
respect de la foi religieuse et des traditions des ancêtres ? Ou que semble-t-on
croire à un antagonisme entre le dévouement à la petite patrie et le dévouement
à la grande ? Ils se soutiennent au contraire comme par de mystérieuses racines
entrelacées, l'un se nourrit de l'autre, et le citoyen le plus épris du sillon natal
sera
toujours le plus invincible défenseur de la terre commune.
kSí j'étais ministre de l'instruction publique », s'écriait Lamartine au terme
de cet Entretien qu'il faut citer une dernière fois, « je ferais imprimer à six millions d'exemplaires le poème épique de Mireille, et je l'enverrais gratuitement à
toutes les portes où il y aurait une mère, un vieillard, un fils capable d'épeler ce
catéchisme de sentiment, de vertu, de poésie. » Celui-là était un patriote. Et
nous disons, nous : pour aviver la flamme sainte, qu'on ne croie pas superflu de
laisser bégayer aux enfants du peuple les refrains qui un jour leur rappelleront le
pays. Si à l'exemple d'autres nous jugeons meilleur de fonder sur le groupement
par la région notre organisation défensive, les frères des landes, des monts ou des
côtes qui se suivront au loin ne s'entraîneront-ils pas mieux aux échos des airs de
leur province? Votre Suffren, quelle cantilène de bord pour des matelots de
Toulon! Votre Tambour d'Arcole, quel chant pour d'intrépides Camarguais jetés à
l'arène des batailles, pour des fils de paysans de Cadenet ou d'ouvriers de Mar¬
seille!... 0 noble poète, ce n'est pas une page, c'est l'ensemble, c'est le fond de votre
œuvre qu'emplit la foi patriotique : elle en est la substance même. Je me figure que
nous voilà tous ensemble à quelqu'un de vos banquets fraternels : je mêle dans la
coupe catalane l'eau de votre Rhône et l'eau de notre mer; j'y jette pour la parfu¬
mer nos plantes sauvages; et levant la coupe en l'honneur de votre génie, puis de
la Provence dont il nous est le symbole, je reporte, sûr de répondre à votre plus
profonde pensée, l'offrande de la libation sacrée à la France !
«

«

«

«

Marseille.— Imprimerie du Journal de Marseille, ex-J.Barile, rue

Sainte, 6.

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          <name>Portail</name>
          <description>Le portail dans la typologie Occitanica</description>
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              <text>Bibliotèca</text>
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          <name>Type de Document</name>
          <description>Le type dans la typologie Occitanica</description>
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              <text>Livre</text>
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          <name>Catégorie</name>
          <description>La catégorie dans la typologie Occitanica</description>
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          <name>Contributeur</name>
          <description>Le contributeur à Occitanica</description>
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              <text>CIRDOC - Institut occitan de cultura</text>
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