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                  <text>Pròsper ESTIEU

LAS ORAS CANTAIRAS
LES HEURES CHANTANTES

PRIVAT-DIDIER

��A

ORAS CANTAIRAS.

���OBRAS

Lou

DEL

AUTOR

Terradou, sonets lengadocians (1895).

Bordons
Flors

Pagans, sonets occitans (1899).

d'Occitania, sonets occitans (1906).

La Canson

Occitana, òdas

Lo Romancero Occitan
Lo Flahut Occitan

sirventes (1908).

(1926).

Las Bucolicas de Vergili

Lo Fablièr Occitan

e

(1914).
(1928).

(1930).

PET{ PALESTRE

:

Las Fablas de La Fontaine reviradas

Ramon de Perelha,

en

ritmes occitans.

trilogia occitana.

Lo Novèl Flahut Occitan.
Las Annadas Rojas.
La Muza Antica.
Las Razimadas.
Lo Libre de Jòb rcvirat

Tots dreils de

en

occitan.

reproduction

rezervals per

e

de traduction

lots païzes.

�LAS ORAS CANTA1RAS
Les Heures chantantes.

Fons Marcel

CARRIÈRES

�BIBLIOTÈCA

DEL GAI SABER
II

Pròsper EST1EU

LAS

ORAS CANTAIRAS
SONETS

OCCITANS

Am Traduccion

franceza.

TOULOUSE

ÉDOUARD

PARIS

PRIVAT

HENRI DIDIER

ÉDITEUR
i

h,

rue

ÉDITEUR

des Arts, i!i.

6,
1

g31

rue

de la Sorbonne, 6.

�BIBLIOTHÈQUE

DU GAI SAVOIR
H

Pròsper EST! EU

LES

HEURES CHANTANTES
SOMMETS

OCCITANS

Avec Traduction

française.

C.i.D.O.
SÉZiEP.S
TOULOUSE

ÉDOUARD

PARIS

PRIVAT

HENRI DIDIER

ÉDITEUR

i£,

rue

ÉDITEUR

des Arts, i4-

6,

&lt;93[

rue

de la Sorbonne, 6.

�CAB 922

�BRÈVE HISTOIRE

DE LA LANGUE D'OC

i

On

doit pas

ignorer que la langue d'Oc, la première en
langues romanes, atteignit, aux xn° et xin" siècles, un
degré remarquable de perfection et qu'elle régna en souveraine
incontestée dans le Midi de la France, « des
Alpes aux Pyré¬
nées. » Les Troubadours exercèrent une grande influence sur
les littératures italienne, castillane,
française, même allemande
et anglaise : Dante et Pétrarque
les appelèrent « leurs maîtres ».
La langue occitane était alors un instrument littéraire
capable
de traduire les plus délicats sentiments de
l'esprit, les plus
ne

date des

vives émotions du cœur; elle eut
mairiens.
Au

ses

théoriciens

et

ses

gram¬

siècle, pour des motifs divers, se produisit la déca¬
rapide de la littérature courtoise occitane. Cependant la
langue se maintint pure longtemps encore : ceux qui, tels les
xni"

dence

rédacteurs de

coutumes et

les clavaires des communes, écri¬

vaient la

langue d'Oc, lui conservèrent sa graphie et ses caracté¬
ristiques littéraires. Mais ses titres de noblesse finirent par
disparaître : ne se transmettant guère que sur les lèvres des
paysans et des ouvriers, la langue se déforma, s'avilit et tomba
à l'état de «
patois ».
Lorsque cer.taipç esprits, d'ailleurs remarquables, tels que
Godolin et plus tard Jasmin, voulurent demander à la
langue
OIUS CANTAIRAS.

il

�BRÈVE

II

HISTOIRE

DE

LA

LANGUE

D'OC.

du terroir

d'exprimer leurs pensées et leurs sentiments, ils ne
écrire cette langue dans sa forme traditionnelle, et
ils empruntèrent leur graphie à la langue d'Oïl.
C'est ainsi que disparurent les particularités graphiques de
la lang-ue d'Oc. L'a semissonant (entre a et o) de la fin des
mots et des finales atones des verbes s'écrivit simplement o :
porta devint porto, cantas devint cantos. L'o ayant le son de
surent pas

ou

s'écrivit

on :

Tolosa devint Toulouso. Les doubles lettres

Ih, nh, s'écrivirent M, gn : familha devintfamillo, montanha
devint moantagno. De nombreuses consonnes tombèrent quand
elles

faisaient pas

entendre dans la prononciation : pèd
deman devint dema; plazer, plasé-, rodar, rouda.
v, se prononçant b en Languedoc et en Gascogne,

ne se

devint pè;
La lettre

s'écrivit b

:

lo vin devint lou bi.

La déformation et l'avilissement s'accentuèrent

davantage.

C'est ainsi que les diphtongues au, eu, ou s'écrivirent aou,
eou, oou : trauc devint traouc- freule, freoule; agradiu,

agradiou; pou, poou. Sous l'influence du français de plus
en
plus envahissant, les mots s'altérèrent au point de devenir
méconnaissables. C'est ainsi que glorio devint glouèro ; victorio, bitouèro; bouts, bouès. Voilà où sont tombées les
formes romanes glòria, victorià, vots, qui rappelaient de si
près les formes latines, jusqu'à leur être semblables.
Le vocabulaire

se

ressentit énormément de l'influence fran¬

çaise et les gallicismes abondèrent. Les formes verbales, à la
suite de

déplacements d'accent qui venaient se surajouter aux
exposées plus haut, devinrent de véri¬
tables monstres linguistiques : abia (imparfait de aber) s'écri¬
vit abio; cantariam (conditionnel de cantar) s'écrivit cantarion; diran (futur de dire) s'écrivit en certains endroits
diroou. Les conjugaisons s'enchevêtrèrent au point que lo
même verbe était d'une conjugaison ou d'une autre suivant la
causes

de déformation

contrée.

�BRÈVE

HISTOIRE

DE

LA

LANGUE

D'OC.

III

Car il faut dire que

l'évolution ne fut pas identique dans tous
occitans, des influences diverses s'exerçant sur la lan¬
gue d'Oc en plus de l'influence française. Le manque d'auteurs
de grande envergure, le défaut d'Académies et de
législation
littéraire favorisèrent i'émiettement de la
langue en une multi¬
tude infinie de dialectes
qu'entretenait innocemment la veine
des poètes de clocher, ceux-ci n'écrivant
que pour les gens de
leur village, en s'appliquant à conserver à la
langue son pitto¬
resque local.
les pays

II

Avec le

mouvement du

rent vers le

Romantisme, les regards se tournè¬
Moyen âge; dans les archives poussiéreuses, les

savants découvrirent les

œuvres

des Troubadours.

Combien

vile et pauvre

était devenue la langue des grands rapsodes de
l'Occitanie! Et cependant, c'était, sous la rouille et l'ordure, le
même métal. Pourquoi ne
pas essayer de rendre à cette langue
sa beauté
perdue, que l'on retrouvait dans les vieux manuscrits?
D'abord, n'était-elle pas capable de produire des chefs-d'œuvre
poétiques? Dès 1838, la Société Archéologique de Béziers
l'admit à ses concours. Il faudrait lire, dans les
rapports
annuels, les exhortations incessantes de cette Société aux
poètes occitans pour qu'ils adoptent une orthographe logique,
rationnelle. Mais quelle sera donc cette orthographe? « Les
poètes néo-romans devront suivre, dans leurs compositions,
l'orthographe des Troubadours », dit une note du Bulletin de
la Société de l'année 1864.
Chacun sait comment la jeune Ecole
d'Avignon, ayant à sa
tête Mistral et Roumanille, voulut réaliser la réforme
qui s'im¬
posait. Son œuvre, il faut le reconnaître, était excessivement
difficile. Placés
taient

entre

les

patoisants irréductibles, qui n'admet¬

réforme, et entre les partisans d'une graphie
étymologique rationnelle, Mistral et ses amis se contentèrent
aucune

Í

�BRÈVE

IV

HISTOIRE

DE

LA

LANGUE

D'OC.

mitigée, qu'ils consolidèrent par des chefsgloire méritée rejaillit sur eux, et
1' « aubade » commencée en Provence, se répercuta, grâce à
leur impulsion, dans toutes les provinces occitanes. La Société
Archéologique de Béziers accueillit avec admiration les grands
écrivains provençaux et proposa leur exemple à ses concur¬
rents. C'est ainsi qu'en 1870 Gabriel Azaïs disait : « Initiateurs
et surtout réformateurs, ces deux poètes (Mistral et Roumanille)
ont épuré leur idiome et ont appris à leurs disciples à l'écrire
correctement, en prenant pour modèles les maîtres du Moyen
âge qui l'avaient perfectionné. »
d'une réforme

d'œuvre littéraires. Une

Mistral lui-même écrivait

au

carcassonnais Achille Mir,

en

H faut, si l'on veut exister, affirmer carrément son
existence, en reprenant les traditions de notre littérature
méridionale. Il faut expulser hardiment tous les gallicismes
et appliquer à nos dialectes modernes le système orthogra¬
phique des troubadours du xm" siècle. »
Mais, ce que Mistral conseillait si fort à Achille Mir, le
1874

: «

faisait-il lui-même? Dès

1864, Damase Arbaud écrivait, dans

II" volume des Chants Populaires de Provence :
«
L'orthographe suivie par l'école avignonaise est radicalement
différente de celle des Troubadours, elle n'est pas l'orthographe
qui convient à la langue provençale » (p. 11). Et, en s'appuyant,
non
pas sur les œuvres mêmes des troubadours à la graphie
sa

préface

au

trop souvent

hésitante et incorrecte, mais

sur

les anciennes

grammaires provençales, Damase Arbaud reprochait aux félibres

avignonais

:

supprimer les formes distinctives des pluriels dans les
noms et les adjectifs;
20 de
supprimer les r des infinitifs, l'm de la 1* personne
du pluriel des verbes, le tz de la ae personne du pluriel, le
idu participe passé; « les tendances de cette école, ajoutait-il,
sont d'arriver à une orthographe purement phonétique » (p. x)t
i°

de

�BRÈVE

HISTOIRE

DE

LA

LANGUE

D'OC.

L'œuvre

d'épuration et de restauration entreprise, avec trop
Mistral, fut reprise courageusement par un
curé du Limousin, l'abbé
Joseph Roux, déjà remarqué au
concours
d'Avignon en 1874. 11 s'était de lui-même décidé à
adopter « une orthographe se rapprochant le plus possible de
celle des troubadours », comme le
demandait, en 1876, le
Consistoire des Jeux Floraux de Barcelone. Nommé
Majorai
du Félibrige en 1876, il
présenta au concours de la Société
Archéologique de Béziers quelques poèmes où, pour la pre¬
de timidité, par

mière fois, il réalisait

ses réformes, et le rapporteur, Gabriel
Azaïs, lui reprocha d'utiliser, en finale féminine, l'a à la place

de l'o. L'abbé Roux récidiva l'année
son

envoi de la

note

d'après, accompagnant
ma
langue
le temps d'abord, par nos amateurs

suivante

limousine si déformée par

:

«

J'essaie de refaire

de

patois ensuite. Je dis « refaire », c'est-à-dire la faire telle
qu'elle était, en tenant compte du génie, du temps et des
circonstances... Né en plein Limousin, enfant du
peuple,
membre d'une famille où l'on parle bien le vieux
langage,
depuis longtemps je demande aux livres, je cherche sur
les lèvres de ceux qui m'entourent, la véritable
parladura
traditionnelle... » {Bail, de la Société Arch. de
Béziers,
1877, p. 63, note). Le grand pas était fait par l'adoption
de la finale a. A cette réforme, l'abbé Roux
ajoutait l'adop¬
tion de IV des infinitifs, de l'm de la i*
personne du pluriel
des verbes, et supprimait le ç.
La Chanson Limousine de l'abbé Roux

réforme

parut en 1888. Sa

graphique fit jeter les hauts cris, et le Félibrige
limousin, fièrement groupé autour de son chapdal, fut quel¬
que temps regardé comme un schisme

�BRÈVE

VI

HISTOIRE

DE

LA

LANGUE

D'OC.

III

cependant la réforme n'était pas encore suffisante. Elle
reprise et complétée par deux poètes languedociens, Estieu
et Perbosc. Nous ne dirons pas ici le travail énorme et cons¬
ciencieux fourni par ces deux grands ouvriers. Faisant mar¬
cher de pair l'étude de la langue ancienne et la connaissance
du parler usuel, ils arrivèrent progressivement à la restaura¬
tion quasi définitive de la langue occitane. Les points essentiels
Et

fut

par

lesquels ils améliorèrent la graphie de l'abbé Roux furent

remplacement de la voyelle double ou par o, tandis qu'ils
marquaient d'un accent grave le ò gardant le son de o, et
l'adoption de la terminaison tz pour la 2* personne du pluriel
le

des verbes.

du premier coup à l'acqui¬
graphie rationnelle, basée sur l'étymologie.
Tous deux écrivirent d'abord dans une langue qui tenait à la
fois de Mistral, de Fourès et de l'abbé Roux. En feuilletant la
revue Mount-Segur (1896-1899), on peut se rendre compte
que c'est vers 1898, au n° 10 de cette revue, qu'ils changèrent
leur graphie : la Renaishenso Roumano était devenue sous
leur plume la Renaishensa Occitana. Pròsper Estieu publia
en
1899 son recueil Bordons Pagans, le premier volume
écrit dans la graphie qu'on appela « néo-romane ». En 1902
parut Remembransa, d'Antonin Perbosc, et, du même au¬
teur, en 1903, Lo Gòt Occitan, imprimé à Tulle, dans cette
même ville où mourait, deux ans plus tard, le chanoine
Joseph Roux.
C'est en 1904 que Perbosc fit paraître, dans la revue MontEstieu et Perbosc n'arrivèrent pas

sition de cette

�BRÈVE

HISTOIRE

DE

LA

LANGUE

D'OC.

VII

Segur (1901-1904), le programme de cette tentative de restau¬
ration, programme reproduit par Estieu dans sa préface à
Flors d'Occitania (1906).
« Il faut revenir à la
langue, ou, pour mieux dire, il faut
forger la langue nouvelle, la langue occitane vivante de notre
temps, par la fusion de tous les éléments utilisables conservés
dans les parlers populaires.
« Celte œuvre, nous ne
pensons pas qu'elle puisse 6tre ni
qu'elle doive être l'œuvre d'un homme, cet homme fût-il Le
Dante ou Mistral; elle peut et doit être l'œuvre commune de
tous les

écrivains occitans.

Nous n'avons pas

la prétention d'avoir résolu la question;
posé et mis en application des principes qui nous
semblent bons : voilà tout. Ces principes consistent :
«

nous avons

à adopter la graphie classique des trobadors,
plifiant;
1°

20

à remonter

vraies

en

la sim¬

occitanes, en n'employant,
cependant, les vocables anciens, que dans le cas où ils ont été
maintenus par l'un ou par l'autre des parlers actuels, ou dans
le cas où les bons vocables font défaut;
aux

sources

3° à bannir tous les mots
mots occitans

français qui ont pris la place de
disparus dans tel terroir, mais conservés dans un

autre;
4' à créer des mots

nouveaux,

en

les tirant autant que

possible des parlers populaires et subsidiairement des lan¬
gues qui sont, dans le passé ou dans le présent, sœurs de la
notre.

« Enfin, la
pensée qui doit diriger tous les efforts dans l'ap¬
plication de ces principes, c'est qu'il faut œuvrer avec les par¬
lers populaires et qu'il faut œuvrer avec l'âme du
peuple ; c'est

�BRÈVE

VIII

que

HISTOIRE

DE

LA

LANGUE

D'OC.

l'écrivain occitan doit partir du peuple de maintenant

pour retrouver, à travers les siècles et les

terroirs, la lan¬

des générations passées, renouer la chaîne qui lie les
vivants aux morts. On peut dire qu'avec les
parlers actuels,
tels qu'ils sont, en prenant tantôt dans un
terroir, tantôt
dans un autre, les formes
pures qui s'y sont conservées, il
est possible d'écrire une
langue qui, faite de mots vivants,
sera ni
plus ni moins la langue des trobadors telle ou peu
s'en faut qu'elle serait si elle s'était maintenue comme
langue
littéraire. Voilà justement ce qu'il faut faire. »
(Flors d'Occitania, p. xm).
gue

La contradiction était

venue

à Mistral à

cause

de

ses

graphiques ; l'abbé Roux s'était vu accuser de ne
naître la langue limousine; Estieu et Perbosc durent
mes

de nombreux assauts

réfor¬

pas con¬
soutenir

les accusait

d'écrire une langue
bâtie, solide et dura¬
ble, étayée sur des ouvrages magnifiques, tels que Lo Gòt
Occitan, Flors d'Occitanla, L'Arada, La Canson Occitana,
Lo Romancero Occitan, Lo Libre dels Auzèls, Lo Flahut
Occitan, Las Bucolicas de Vergili.
:

on

savante, artificielle. Mais l'œuvre était

Au lendemain de la

grande

manoir d'Avignonet,
Montgailhard, se fonda,
le 6 juillet 1919, l'Escola Occitana.
Appuyée sur l'Académie
des Jeux Floraux, elle publie depuis cette date une revue,
Lo Gai Saber qui pénètre dans tous les milieux félibréens.
De très nombreux écrivains, dans toutes les
provinces occitane»,
se rallient à ses
principes : en Limousin, en Auvergne, eu
Rouergue, en Périgord, en Gascogne, dans tout le Languedoc,
guerre, au

chez le vénérable baron Désazars de

en

Provence même.
La

question de La Langue d'Oc à l'Ecole donne plus de
aux
principes de YEscola Occitana, seuls capables de
répondre aux exigences d'un enseignement pédagogique.
valeur

�BRÈVE

L'heure semble

HISTOIRE

venue

DE

LA

LANGUE

où des éditions

d'Oc doivent être tentées, éditions que

D'OC.

IX

importantes en langue
rend possibles l'unifi¬

cation

graphique de l'Escola Occitana.
Bibliotèca del Gai Saber (.Bibliothèque du Gai
Savoir) est ouverte aux ouvrages occitans se recommandant
par une grande valeur littéraire et une irréprochable graphie.
La

L'avenir dira si cette tentative était vaine.

Toulouse, le

10

avril ig3o.

Le Comité d'édition

:

Philadelphe de Gerde, présidente',
Joseph Anglade;
Armand Praviel ;

Edouard Privat

;

Joseph Salvat, secrétaire.

��RÈGLES POUR LA LECTURE OCCITANE

Nous n'avons pas

occitane. Il

ture

la prétention de faire ici un traité de lec¬
semble bon toutefois d'exposer les règles

nous

plus essentielles de la

les

prononciation et de l'accentuation.
I

Prononciation.

i) Voyelles.
dans le corps d'un mot, accentué ou non, sonnefrançais : amic (ami), pr. amie. S'il constitue une
terminaison atone, il se prononce entre a et o : lenga (lan¬
a,

seul

ou

comme en

léngo; canlas (tu chantes), pr. cantos.
jamais muet. Sans accent il se prononce é : abet
(sapin), pr. abét. Avec l'accent grave il se prononce è : pèrdi
(je perds), pr. pèrdi.
Ì se prononce toujours i. Suivi de n il n'a jamais le son
nasal comme en français : infèrn (enfer), pr. innfèr et non
gue),

i

pr.

n'est

e

einfèr.
O

sans

accent

tan ; avec

se

l'accent

prononce ou :
grave,

il

pr. ouccirajòl (fil de

occitan (occitan),

se prononce o :

l'eau), pr. rajol.
u
un

a

son

son de u français
intermédiaire entre

le

(dans certains sous-dialectes, c'est
eu et u français) : lana (lune),

�RÈGLES

XII

pr.
pr.

luno. Après
àoulré.

Les

une

POUR

LA

LECTURE

voyelle, il

a

le

son

OCCITANE.

de

ou

:

autre

(autre),

diphtongues et les triphtongues se prononcent d'une
voix, chaque voyelle conservant le son qui

seule émission de

lui est propre :

desempèi (depuis), pr. dé-zém-pèï; pariu
(pareil), pr. pa-riou; terraire (terroir), pr. tér-raï-ré; iòu
(œuf), pr. iàou. Un tréma sur l'í indique que cette voyelle
forme une syllabe séparée :
pais (pays), pr. pa-is.
2) Consonnes.
c

et g

ont le son dur devant a, 0, ò,

encadenat (en¬
gabèlo ; ils ont
le son doux devant e, è, i : cercar
(chercher), pr. sérca; gents
(gens), pr. jéns; aici (ici), pr. àïssi.

chaîné),

pr.

d final

énkadénat ; gabèla (javelle),

souvent

u :

pr.

pèd (pied), pr. pè.
adjectifs ou adverbes, est géné¬
pr. bi; dernan (demain), pr. déma;
plan (beaucoup), pr. pla. Il ne se prononce pas d'ordinaire
dans les mots tels que : carn (chair), pr. car;
ibèrn (hiver),
pr. ibèr; jôrn (jour), pr. jour.
ne se

prononce pas :

n, à la fin des substantifs,
ralement muet : vin (vin),

à la fin des substantifs, des adjectifs et des infinitifs, est
généralement muet : terrador (terroir), pr. térradou;primièr
r,

(premier),
S

pr.

primiè; triomfar (triompher),

est dur et

canzou;

sifflant

:

canson

(chanson),

pr.

triounja.

pr. cansou et

non

rosinhòl (rossignol), pr. roussignol et non
rouzignol.

t a toujours le son dur : quantis (combien
A la fin des substantifs ou adverbes, il est

de), pr. canntis.
généralement muet :
rabentament (rapidement), pr. rabéntomén.
v sonne comme b, ainsi
qu'en espagnol : vivèm (nous
vivons), pr. bibèn ; vam (élan), pr. bam.

�RÈGLES

Des groupes

ch
Ih

se
se

nh

se

POUR

de

LA

LECTURE

consonnes sont

prononce

tch

prononce

ill

:

prononce gn

OCCITAN!:.

formés

avec

XIII

la lettre h

:

chucar (sucer), pr. tchuca.
traballiar (travailler), pr. trabailla.
: ganhar (gagner), pr. gagna.
:

Liaison.
La liaison
S

fait

se

final s'adoucit

en

en

occitan
z

comme en

et fait liaison

français.
avec

le mot suivant

quand ce mot commence par une voyelle : nòstres aujòls (nos
aïeux), pr. nos-tré-zàou-jols. Si le mot suivant commence par
une
des trois consonnes c (ou qu), p, t, S garde le son
dur : los cants (les chants), pr. Ions cants; ajes pas tant
(n'aie pas tant), pr. ajés pas tant; dels plazers (des plaisirs),
pr. dés plasés. Si le mot suivant commence par une autre
consonne, s se vocalise en i : es dos (il est doux), pr. éï
dons; las cercar (les chercher), pr. lùï sérca; quantas ribièras
(combien de rivières), pr. quantòï ribièros ; dels grands(des grands), pr. déî grans.
t final fait liaison avec le mot

suivant commençant par une

voyelle : lot es gaujos (tout est joyeux), pr. tout-téï-gàou-jous.
d final fait aussi liaison et prend alors le son du t : l'un i
pèrd e (l'un y perd et), pr. l'u-ni-pèr-ié.

ne

Quand une lettre finale
fait jamais liaison.

ne se prononce pas

(vin, carn), elle

Elision.
En

français,

en

dehors de l'article et du

seul s'élide. En occitan, peuvent
atones a, e,

i.

pronom, l'e muet
s'élider toutes les voyelles

�XIV

REGLES

POUll

LA

LECTURE

OCCITANE.

Parfois c'est la

voyelle finale d'un mot qui est élidée : en
(en terre occitane), pr. én-tèr-r'ouc-ci-ta-no;
l'autre i ganha (l'autre y gagne),
pr. l'àou-tr'i-ga-gno ; del
negre atahut (du noir tombeau), pr. dél-né-gr'a-ta-ut.
Parfois c'est la voyelle commençant un mot
qui est élidée :
sabi un terraire (je sais un terroir), pr. sa-bi'n-tér-rài'-ré;
e dins l'òbra
qu'a entrepreza (et dans l'œuvre qu'il a entre¬
prise), pr. é-din-l'o-bro-q'a'n-lré-pré-zo.
terra occitana

II
Accentuation.

En

soit

occitan, les mots sont accentués, soit

sur

la dernière

syllabe

1) Ils sont accentués
sont terminés

sur

sur

l'avant-dernière,

:

l'avant-dernière syllabe quand ils

:

des trois voyelles atones a, e, i : abelha (abeille),
a-bé-illo; irange (orange), pr. i-ran-jé; sacrifici (sa¬
crifice). pr. sa-cri-fi-ssi ;
ou
par la consonne s marquant le pluriel après une voyelle :
ni ses (nids), pr. ni-sés; terraires (terroirs),
pr. tér-raï-rés;
et la deuxième personne du singulier
des verbes : ajes (que
tu aies), pr. a-jés; emplenas
(tu remplis), pr. ém-plé-nos.
par une

pr.

2) Ils sont accentués
terminés

sur

la dernière syllabe quand ils sont

:

par une consonne (en exceptant les cas énumévés ci-dessus) :
perdigal (perdreau), pr. per-di-gal ; polidet (joliet), pr

�RÈGLES

POUR

LA.

LECTURE

OCCITANE.

pou-li-dét; cercar (chercher), pr. sér-ca; moton
pr. mou-tou; uros (heureux), pr. u-rous;
ou

par une

XV

(mouton),

diphtongue accentuée : agradi a (agréable), pr.

a-gra-di0VL.

d'usage de marquer d'un accent sur la syllabe accen¬
exception à ces deux règles : aura (il
aura), pr. aou-ra; aquí (là), pr. a-qui; seràs (tu seras), pr.
sé-ras; cànlan (ils chantent), pr. can-loun ; apòstol (apô¬
IL est

tuée les mots faisant

tre), pr.

a-pos-loul.

�I

CANTAR

�I

CHANTER!

ORAS CANTA1RAS.

�I

CANTAR!

jos lo cèl : lo grilli, I'auzelet, l'aura,
garric dins los fogals rozents,
L'amor tant poderos dins lo còr dels jovents
li l'alauzeta abelugada que s'enaura.
Tot canla

Las brancas del

gazalhan que laura,
pins l'armonia dels vents,
la mar en rumor, e los flumes rabents,
los blats ondejants que 1' solelh de Junh daura.

Auzisètz los refrins del
Dins la selva de
E
E

Cantar, cantar! Aquí sò que mon èime
Mai que

vòl.

jamai escotarai lo rosinhòl

Embriaigat, dins l'òrt, pel perfum d'una ròza.

viscut per èstre un blanc aujòl,
esperant lo grand silenci de la cròza,
Sens relambi, Cansons, tindatz sui miu flaujòl!
Ara

En

qu'ai

pron

�I

CHANTER!

Tout chante

sous

le ciel

:

le

grillon, l'oiselet, la brise,
ardents, l'amour si

la branche du chêne dans les âtres

puissant au cœur des jouvenceaux et l'alouette alerte
qui prend son essor.

Ecoutez les refrains du laboureur au

travail, l'harmo¬

nie des vents dans la forêt de

pins, et la mer en ru¬
meur, et les fleuves rapides, et les blés ondoyants que
le soleil de juin dore.

Plus
j'écouterai, dans le jardin, le rossignol enivré
d'une rose.

Chanter, chanter! Voilà ce que mon esprit veut.
que jamais
du parfum

j'ai assez vécu pour être un blanc
aïeul, en attendant le grand silence de la tombe, sans
répit, ô Chansons, retentissez sur mon flûteau!
Maintenant que

�II

LO

VIÈLH CASE ENJOVENIT

L'arbre tot desfelhat raiba subre la

còla.

Quantis dels sius branquets a vistis s'asecar!
Quantas d'aurasas son vengudas lo trucar!
E, soscant al Ibèrn, de

tristum s'arrigòla.

Aici que cap à-n-el rabentainent
Un bèl fum d'auzelons cercant à

Tots,

en

s'envòla
s'ajocar.

fazent la ronda abant de lo fregar,
gais adius al solelh que trascòla.

Mandan lors

E, còpsec, lo vièlh case es com enjovenit,
Tant per aletas bategantas es florit,
Tant los clars gargalhòls cantan dins son brancatge

Com

el,

som

cargat

d'ans

que me

fan l'èime trum

Mas, parius als brezilhs que tindan pel boscatge,
Los bordons occitans encantan mon vielhum.

�II

LE VIEUX

L'arbre

tout

ses rameaux

il

CHÊNE RAJEUNI

défeuillé rêve
a vus se

sur

la colline. Combien de

dessécher ! Combien de tempêtes

le

frapper! Et, songeant à l'Hiver, il s'em¬
plit de tristesse.

sont venues

Voici que vers lui rapidement s'envole une belle nuée
d'oisillons cherchant à se jucher. Tous, en farandolant
avant de le frôler, envoient leurs gais adieux au soleil

qui

se

couche.

rajeuni, tant
petites ailes palpitantes, tant les clairs
gosiers chantent dans ses branches.
Et, soudain, le vieux chêne est comme

il

est

fleuri de

Comme

lui, je suis chargé d'ans qui assombrissent
pensée; mais, semblables aux gazouillements qui
retentissent dans le bocage, les vers occitans enchantent
ma

ma

vieillesse.

�III

VÒTS

SIMPLES

D'autres

pr'

del aur o de varias onors
Ajen lo cap comol de milanta tracases,
S'estaquen à lors bens com garrics als rocases
O visquen enfonzats dins pejoras orrors !
amor

Ieu, fugint las ciutats e totas lors clamors,
Cap al terraire ont som nascut porti mos pases
E, barrant lo miu còr à totis plazers bases,
Al

E

poètic obratge emplègui mas ardors.

gar-aicx los simples vòts que fau als diuzes :
caud, l'esliu sui bòrd dels riuzes

Pasar l'ibèrn al

Aber mèl dins

mos

bucs

Viure demest las flors

e

com

fruta dins

òrt;

lo vièlh de Tarenta;

Estre ric de bordons e, content

M'acaminar al cròs

mon

de

mon

sens remors e sens

sòrt,
crenta.

�III

SIMPLES VŒUX

Que d'autres par amour de l'or ou des vains honneurs
emplie d'innombrables tracas,, s'attachent
leurs biens comme les chênes aux rochers ou vivent

aient la tête
à

enfoncés dans les

pires horreurs !

leurs clameurs, je porte
le terroir où je suis né et, fermant mon
les plaisirs bas,, j'emploie mes ardeurs à

Moi, fuyant les cités et toutes
mes

pas vers

cœur

à tous

l'œuvre

poétique.

simples souhaits que j'adresse aux
l'hiver au coin du feu, l'été sur le bord
des ruisseaux; avoir du miel dans mes ruches et des
fruits dans mon jardin;
Et

dieux

voici les
:

Vivre

passer

au

milieu des fleurs comme le

vieillard de Ta-

rente; être riche de poésie et, content de mon sort,
m'aclieminer vers la tombe sans remords et sans crainte.

�8

-

—

IV

COM L'Al G A DEL Rill CLAR...

Com

l'aiga del riu clar cascalhant dins la comba
pèrd dins l'Ocean rarament amaizat,
Mos jorns de joventut dins lo gorg del Pasat
Se

An vitament trobat lor eternala tomba.

Com los raises de fòc del solelh que

tresplomba

S'atudan pauc à pauc al ponent abrazat,
Lo flam de mon estiu m'a fugit e laisat
Dius lo negre tristum que plan tròp rn'endolomba.

Ara, raibes de gauch, vos fau los mius adius!
Deman belèu
Es

venguda

Com

comptarai plus demest los vius
ieu la sazon autonala...

per

escaparai

pas

al despietados Sòrt,

Vèrii, bèla Ama d'Oc,
E

m'inspirar de cants

me

que

ala
desfizen la Mòrt!
fregar

am ton

:

�IV

COMME

L'EAU DU

RUISSEAU

CLAIR..

Comme l'eau du ruisseau clair chantant dans la val¬
lée

perd dans l'Océan rarement apaisé, mes jours de
jeunesse dans le gouffre du Passé ont rapidement trouvé
se

leur tombeau éternel.

Gomme les rayons

de feu du soleil déclinant s'étei¬
gnent peu à peu au ponant embrasé, la flamme de mon
été m'a fui et m'a laissé dans la noire tristesse qui beau¬
coup trop m'endolorit.

Maintenant, rêves de

joie, je vous fais mes adieux!
peut-être je ne compterai plus parmi les vivants :
venue
pour moi, la saison automnale...

Demain
elle est

Comme je n'échapperai point, au Sort
viens, ô belle Ame d'Oc, me frôler de ton

impitoyable,

aile et m'inspirer des chants qui puissent défier la Mort !

�10

—

—

V

LO

FLAHUTÈL
Hic

argata sacra pendebit Jistula pinu.
Vergili

Com

un

(Bue. vu).

d'Ellada o d'Auzoma,
siagui pas lo mèstre d'un tropèl,

ancian pastor

Per tant que

très de

ai fait

Ambe

un

D'ont

raja, jols mius dets, una dots

carvena

Cal creire que som pas encara à
E que son ont los cal los traucs

D'abòrd que ma canson,

un

flahutèl

d'armonia.

l'agonia

d'aquel canèl,

à l'ombra d'un ormèl,

Espèrta los resons de mon Occitania.

M'an lauzat mai d'un
Per
E

còp d'unis

que

m'an auzit;

d'autres, lo solelh m'a trop embalauzit,

degalhi

ma

vida,

e

fau

una

òbra

vana...

qu'es segur, es que dusc'
Demorarai fidèl à la Muza occitana
Oui sab? Sò

E que mon

à ma fin

clar flahut penjarà pas al pin.

�—

11

-

y

LE FLUTEAU

berger d'Hellade ou d'Ausonie,
je ne sois pas possesseur d'un troupeau, avec
un tronçon de roseau j'ai
fait un flûteau d'où coule,
sous mes doigts, une source d'harmonie.
Comme

un

ancien

bien que

Il faut croire que

je

ne

suis

pas encore

agonisant et

qu'ils sont où il les faut, les trous de ce tuyau, puisque
ma
chanson, à l'ombre d'un ormeau, éveille les échos
de

mon

Occitanie.

Certains, qui m'ont ouï, m'ont loué bien souvent; pour
d'autres, le soleil m'a trop ébloui, et je gaspille ma vie,
et

je fais œuvre vaine...

qui est sûr, c'est que jusqu'à ma mort,
je resterai fidèle à la Muse occitane et que mon clair
flûteau ne pendra pas au pin.
Oui sait? Ce

�-

12

—

VI

LA

NOYÈLA ARCADÌA

Sosqui sobent, ieu que sentisi dins mas venas
La sang de Coridon o del bel Dametàs,
A l'encontrada benastruga ont l'Eurotàs
Mèscla son aiga fresca à las verdas carvenas.

Ajent al còr,

lo dius Pan, crudèlas penas,
cercar un pauc solàs
E, 'mbriaic de mon raibe, esperar lo trespàs,
Dins la sirins

com
me

cal

Lo front enramelat d'èdras

e

de verbenas.

Aquí perquè, dempèi ma prima joventut,
Paseji 'Is dets subre los traucs de mon flahut
Ont trobi los

resons

de l'antica armonia.

E, tal lo Pèd-de-Cabra enrodat dels boièrs,
Dins

mon

Fau ambe

terraire

d'Oc, qu'es

mas cansons

una autra Arcadia,
trefozir los laurièrs.

�VI

LA NOUVELLE ARCADiE

Je songe

souvent,

de Corydon

sang
reuse

ou

moi qui sens dans mes veines le
du beau Dametas, à la contrée heu¬

où l'Eurotas mêle

son

onde fraîche

aux

verts ro¬

seaux.

Ayant au cœur, comme le dieu Pan, de cruelles pei¬
il me faut chercher un peu de joie dans la syrinx
et, ivre de mon rêve, attendre le trépas, le front enguir¬
nes,

landé de lierre et de verveine.

pourquoi, depuis ma prime jeunesse, je promène
doigts sur les trous de mon flûteau où je trouve les
échos de l'antique harmonie.
Voilà

mes

Et, tel le Chèvre-Pied entouré de bouviers., en mon
terroir occitan,
mes

qui est une autre
chants tressaillir les lauriers.

Arcadie, je fais

avec

�14

—

—

VII

JOS UN PIN

Jos

un

Me

som

se destacant subre 1' cèl blos
asèit per que mon èime randolaire

grand pin

Cap aïs plus auts acrins del Raibe ensorcelaire
Pògue volar com lo Pegaze fabulós.

L'arbre
Dins
Ton

Que

me

mon

dis

:

—

Los cants que

brancum baizat per

cèrcas, auzis-los
la luts e per l'aire !

engenh sià 1' retrat del buf reviscolaire
me fa bronzinar am vam merabilhos ! —

Dementre que los verts ramèls à mon auzida
Son atal fredonants, ma cara es enluzida

Pel solelh ufanos de

E

sos

raises daurats.

crezi, 'mbalauzit, qu'ai vist pasar tot ara,
qu'antan se mostrèt als potents Inspirats,

Tal

Sui siu carri de fòc lo bèl Pòrta-Citara.

�VII

SOUS UN

Je

suis assis

sous un

le fabuleux

Pégase.

PIN

grand pin se détachant sur
le ciel pur, pour que ma pensée vagabonde vers les plus
hauts sommets du Rêve ensorceleur puisse s'envoler
me

comme

L'arbre

me

dit

entends-les dans
lumière!
me

:

mes

Les chants

que tu
branches caressées par

—

Que ton génie soit semblable

fait vibrer

avec un

au

entrain merveilleux.

cherches,
l'air et la
souffle qui

—

Pendant que

oreille,
de

ses

les verts rameaux fredonnent ainsi à mon
visage est éclairé par le soleil orgueilleux
rayons dorés.
mon

Et

je crois, ébloui, avoir vu passer tout à l'heure, tel
qu'antan il apparut aux puissants Inspirés, sur son char
de feu le beau Citharède.

�VIII

L'ABET

Agaitatz-lo, l'abet gigant, sabre la sèrra !
Am qun ufan son cimèl trauca la nibol !
Acô 's pas el qu'es envejos del rèc trebol
Se trigosant, com la colòbra, ras de terra.

Li cal

largs orizons, la tronadisa fera,

La tramontana dins

sas

brancas

en

rambol

E 1' solelh
E fa

trascolant, qu'es tant agradibol
rajar subre el raises d'aur en polvèra..

Jos la nèu de Décembre

o

jos l'aura de Mai,

Viu

res

que per montar e

Que

son

darrièr branquet aje

Lo

troba

jamai
granda ausada..

pas

pron

Poèta, afebrit par son raibe, es atal :

Cap à

son
E lo cèrca

ideal arbora sa pensada
totjorn, lo Poèma immortal !

�VIII

LE SAPIN

Regardez-le, le sapin géant, sur la montagne! Avec
quelle fierté sa cime troue la nue! Ce n'est pas lui qui
est

envieux du ruisseau trouble

couleuvre, à

rez

se

traînant,

comme

la

de terre.

11 lui faut les

larges horizons, les furieux coups de
ses branches agitées et
le
soleil couchant, qui tant lui agrée
et fait couler sur lui
la poussière d'or de ses
rayons.
tonnerre, la tramontane dans

Sous la

neige de Décembre

ou sous

la brise de Mai, il

vit que pour monter et jamais il ne trouve
que son
dernier rameau ait hauteur suffisante.
ne

Le
idéal

Poète, enfiévré
il élève

cherche

sa

par son rêve, est ainsi : Vers son
pensée et, le Poème immortel, il le

toujours!

ORAS

CANTAIRAS.

2

�18

-

-

IX

SONET

D'ESPER

J^evirat de

Jan Carrère.

Cantatz, polhs del maitin ! Bronzisètz, olifants !
Liris blozes, ondratz los camins de l'auròra !
S'enfonze dins la nèit tot sò que nos malcòra
se mòstre lo
jorn dels pòples triomfants !

E

Sèm los semenadors africs
A l'ora ont Mai florit

com

los enfants,

senhoreja defora,

aimatz, abèm l'amfòra
de grand gauch nos farà refofants.

E, per vos aus que nos
Del vin que

Que serà dos de viure, aprèp òrra tempèsta,
Quand los òrts perfumats e las ciutats en fèsta
Del ancian Atge d'Aur cantaran lo revellí !

aquel temps que nostre èime endevina,
Déjà vezèm, brembant un levar de solelh,

Virats vèrs

Lo reviscoladis de la Glòria Iatina!

�—

19

—

IX

SONNET D'ESPOIR

Vibrez, coqs et clairons des matins triomphants!
Lys vainqueurs, pavoisez le chemin de l'aurore !
Et que tout l'avenir tressaille, où s'élabore
La lumière promise aux peuples renaissants!

Nous

les

yeux d'adolescents,
qui reluit l'espoir des jardins près d'éclore;
Et nous tendons vers vous qui nous suivez l'amphore
D'où le vin d'allégresse exaltera nos sens.
sommes

semeurs aux

En

Ah !

qu'on aimera vivre après tant de tempêtes,
Quand la nature en fleurs et les cités en fêtes
D'un multiple Age d'Or chanteront le réveil!

Et,

vers ces

temps nouveaux que notre élan devine

Nous ferons
Le retour

resplendir, en lever de soleil,
triomphal de la Gloire latine!
Jean Carrère.

�—

20

—

X

REV1SCÒL

Qu'èra devengut fosc lo cèl de mon terraire,
Que vejèt naise l' trobador Arnaut Vidal,

Dempèi qu'aquì

se delarguèt lo
Dont lo lentan remembre encara

temporal
es

treviraire !

Mas lo

temps es vengut d'aber còr esperaire,
Pramor que treluzis un novèl lum astral
Ont pozèt son engenh lo nostre

grand Mistral

E que

del païs d'Oc

se mostra

l'aparaire.

Vejatz! sortison, triomfants, de cada ostal
L'ancian fichu florit, la còfa e 1' dabantal !
N'an trefozit de gauch, dins lor cròs, las
Aujòlas..

Ama del

Lauragués que m'as fait cantador,
morisiàs, e tant te reviscòlas

Dizian que

Qu'à Castèlnòu

ara se ten

la Cort d'Amor !

�X

REVIVISCENCE

Qu'il était devenu sombre, le ciel de mon terroir, qui
Vidal, depuis que s'y
déchaîna la tempête dont le lointain souvenir épouvante

vit naître le troubadour Arnaut

encore

!

Mais
car

le temps est venu d'avoir l'espoir au cœur,
brille un astre nouveau où notre grand Mistral

puisa

son
occitan.

génie et qui

se montre

le protecteur du

pays

Voyez ! de chaque maison sortent, triomphants, l'an¬
fleuri, la coiffe et le tablier! Les Aïeules en
ont tressailli de
joie dans leur tombeau...
cien fichu

Ame du

Lauraguais qui m'as fait poète, on te disait
et tant tu te ranimes que, maintenant, à
Castelnaudary se tient la Cour d'Amour !
mourante,

�-

22

-

XI

LA

MÒRT

DEL

ROSINHÒL

L'afogat rosinhòl pinçat subre un rozièr
agaitar s'espandir una ròza naisenta,
Dabant ela pasèt tota una nèit auzenta,
En debanant sa melodia à plen gozièr.

Pr'

Lo

carbon de brazièr,
plazenta.
Se pauzant pas jamai, dusc' à l'alba luzenta
Triolegèt lo muzicaire bartasièr.
broton, roje

coin un

Era embriaic de l'armonia tant

Ailàs ! tot

adalit, tombèt mòrt l'esperaire

Abant que lo solelh esclairès lo terraire,
E mirèt pas la flor dins son espelizon...

Es que,
Me

filli d'un païs qu'a mon idolatria,
caldrà, ieu tant-ben, amudir ma canson

Sens

veze

respelir l'occitana Patria?

�XI

LA MORT DU ROSSIGNOL

L'enthousiaste

rossignol, perché

sur un

rosier

pour

une rose naissante, passa devant
nuit calme et sereine, en dévidant sa

regarder s'épanouir
elle toute

une

mélodie à

plein gosier.

Le

charbon ardent, était ivre
agréable. Ne se reposant jamais, le

bouton, rouge comme un

de l'harmonie si

musicien des halliers fit entendre ses

trilles jusqu'aux

premières lueurs de l'aube.

épuisé, l'oiseau plein d'espérance tomba
que le soleil éclairât le terroir, et ne vit pas

Hélas! tout
mort avant

la fleur dans son

éclosion...

Fils d'un pays que

j'idolâtre, faudra-t-il que, moi
avoir vu renaître la Patrie

aussi, je cesse de chanter sans
occitane?

�—

24

-

XII

LÈNH

DELS CAMINS

Lènii dels camins de fèrre

e

DE

FÈRRE

lènh de las

ciutats,

Lènh de sò que pudis, destrantalha,
entahina,
Dins lo campèstre
perfumat per l'englantina,
Los miunis
pases, aquest

vèspre, sian portats !

Los mòts

enganadors, los ai pron escotats ;
rajant d'una orra tina...
qu'an luzor diamantina,
raises de fòc, miunis raibes, montatz !

Ai pron begut de fèl
Ara. cap als lugars
Tais de

Lo flam

d'engenh demest los òmes lèu s'atuda;
brandant, li cal la solituda
d'aqueste monde arriban pas.

Per que siague
Ont las rumors

Adonc per ieu jòias
Subre una sèrra ont
Me brembar las

celencas sian tastadas
vau
poder, en plena pats,
cansons
que 'ls diuzes m'an cantadas !

�XII

LOIN DES CHEMINS DE FER

Loin des chemins de fer et loin des

cités, loin de

ce

qui pue, détraque, irrite, dans le terroir parfumé par
l'églantine, ce soir, que mes pas soient portés !

je les ai suffisamment écoutés;
de fiel coulant d'une affreuse cuve... Main¬
les astres à l'éclat diamantin, tels des rayons

Les mots trompeurs,

j'ai bu

assez

tenant, vers
de feu, ô mes rêves, montez!

La flamme du

génie vite s'éteint parmi les hommes;
pour qu'elle soit dans toute sa splendeur, il lui faut la
solitude où n'arrivent point les rumeurs de ce monde.

des joies célestes soient goûtées par moi sur
je vais pouvoir, en pleine paix, me rap¬
peler les chants que les dieux m'ont chantés !
Donc que

une

colline où

�il

AL

VÈSPRE

DE LA VIDA

�II

AU

SOIR DE LA VIE

�28

-

I

AL

Los

ans son

Ont

es

VÈSPRE

DE

LA VIDA

la

jovensa lèu finis.
qu'èri mainatge e qu'am fadeza
Randolejabi dins la tèrra lauragueza
Que, prèp Fendelha, com una òrta s'aplanis.
corts

e

Io temps

Dezempèi que mon cap vite se desgarnis,
Aprèp m'èstre aclinat suis libres sens pigreza,
M'es dos de viure

en

E de tornar, com una

filh de la

ironda, à

rasa

mon

pageza

vièlh nis.

•

L'amor del

terrador, del còr res non l'arranca.
Malgrat que lo camin me fague camba ranca,
Am qun gauch vau ont ai trobat mos
primièrs cants

Quand ai enfin

pauc solàs dins ma bordeta,
los mius s'espasejan pels camps,
aujòl, que brèsi la drolleta...

un

Mentre que tots
Es ieu, lo blanc

�-

29

—

I

AU

Les

ans

SOIR DE LA VIE

sont courts et.

la

jeunesse tôt finit. Qu'est de¬

où, enfant folâtre, j'errais dans la contrée
lauraguaise qui, près de Fendeille, s'aplanit, comme un
jardin !
venu

le temps

Depuis que rapidement ma tête devient chauve, après
penché obstinément sur les livres, il m'est doux
de vivre en fils de la race paysanne et de revenir comme

m'èt.re

une

hirondelle à

L'amour du

mon

vieux nid.

terroir, rien

ne peut l'arracher du cœur.
faligue
Quoique la marche
beaucoup, avec quelle
joie je vais où j'ai trouvé mes premiers chants !

me

enfin me reposer dans ma petite borde,
miens s'en vont à travers champs,
moi, le blanc aïeul, qui berce la fillette...

Quand je

peux

tandis que tous les
c'est

�—

30

-

II

BRÈSA1RÒLA

PER

ESTÈLA

Dormis

lèu, plores pas mai !
prèp tu, mon Esteleta !
Com as pron de la popeta,
Ieu, l'aujòl, te bresarai.
Som

Per te

plaire, entonarai

Occitana cansoneta;
Acatat sus ta breseta.
Sui flahut. la te dirai.

Sòm-sòm ! barra la

parpèlha

Com I'auzèla dins lo nis
Escondut

Escota

jos

ara

1'

una

fèlha.

barba-gris

Que dins tu, gaujos, regrèlha
E, quand arribas, partís !

�—

Bi¬

ll

BERCEUSE POUR ESTELLE

Dors

pleure plus! Je suis près de toi, ma
petite Estelle! Puisque tu as tété suffisamment, moi,
l'aïeul, je te bercerai.
bientôt,

Pour te
tane.

ne

plaire, j'entonnerai

Penché

sur

ta

une

bercelonnette,

chansonnette occi¬

sur mon

flûteau je te

la dirai.

Dors, dors ! ferme ta paupière comme l'oiselle dans le
nid caché

sous

une

feuille.

Écoute maintenant le vieillard à barbe grise qui,

joyeux, revit

en

toi et part, quand tu arrives !

�-

32

-

III

ROBERT MALAUT

Aura quatre ans

à las

marsencas

semenalhas.

Porta

plus raubas, es vestit en omenet.
auzir, Fautra setmana, son caquet,
calià veze far bodoflas ambe palhas !

Lo calià
E 1'

Pietat! 1' Ibèrn

espròba pas res que sernalhas...
qu'a 1' raumàs nostre polit drollet!
La fèbre, dins son lèit, lo fa demorar quet
E F ten com lo fielat ten lo peis dins sas malhas.

Gar-aici

Mas uèi

pel primièr còp lo inètge

nos a

dit

Que F mal del enfanton deman serà garit
E qu'abèm tort d'èstre cremats per la tahina.

Esper, qu'ès per nos aus un bèl rai de solelh !
Dernpèi sièis jorns, papà, mamà, pepi, menina,
Vejent Robèrt, malaut, n'èrem totis mai qu' el!

�—

33

-

III

ROBERT MALADE

Il

quatre ans aux semailles de mars. Il n'est plus
robe, il est vêtu en petit homme. Il fallait l'entendre,
l'autre semaine, son caquet, et il fallait le voir faire des
bulles (de savon) avec des
pailles !
aura

en

Hélas! l'Hiver

n'éprouve pas seulement les lézards
gris... Voici que notre petit enfant est enrhumé! La fiè¬
vre, dans son lit, l'oblige à rester coi et le tient comme
le filet tient le poisson dans ses mailles.

Mais

aujourd'hui, pour la première fois, le médecin
le mal de l'enfançon sera guéri demain et
nous avons tort d'être consumés par l'inquiétude.

nous a

que

dit que

Espoir,

comme tu es pour nous un beau rayon

de so¬
Depuis six jours, père, mère, grand-père, grand'mère, voyant Robert malade, l'étions bien plus que lui !
leil!

ORAS CANTAIRAS.

3

�IV

BODOFLAS DE SABON

Jos

un

arbre florit, dins

Nostre Robèrtonet
Per far

la

raza

bufa dins

d'un òrt,
pallia.

una

bodoflas de sabon se destrantalha

E troba que son

buf

Com volètz pas que

es pas

las remire ambe

An tant bèlas colors ont
Mas totas dins

jamai pron fort.

lo cèl

se

estrambòrd?

miralha!

fregant la muralha,
gaire, aquí lor triste sort.

un res, en

Se crèban. Durar

lo mainatge
òbra ambe un novèl coratge,

Acò rai ! Atristat un moment,
Recomensa

Sens

son

poder s'alasar de sas deziluzions.

Malastrozament

pr' el, serà metèisa istòria,

Quand aurà dins lo còr lo fòc de la
E raibarà d'amor o

pasions

raibarà de glòria !

�IV

BULLES DE SAVON

Sous

un

arbre

en

faire des bulles de

jamais

jardin,

fleurs, dans l'allée d'un

petit Robert souffle dans

tre

une

paille. Il s'évertue à

et trouve que son

savon

no¬

souffle n'est

fort.

assez

Comment ne voulez-vous pas qu'il les admire avec en¬
thousiasme? Elles ont de si belles couleurs où le ciel se
reflète ! Mais toutes, en

soudain. Durer peu,

œuvre

lasser de

avec

ses

un

un

instant, l'enfant

nouveau

crèvent

recommence

courage, sans

pouvoir

se

désillusions.

Malheureusement pour

lui, il

aura au cœur le feu
d'amour ou rêvera de gloire.

quand il

se

voilà leur triste sort.

Qu'importe! Attristé
son

frôlant la muraille,

en sera encore

ainsi,

des passions et rêvera

�—

36

-

V

LO JOVE COLETGÎAN

Tornant à

Castèlnòu, sui vèspre, d'un pèd las,

Sobent rencontri 'n bèl drollet dins la carrièra.
La siuna boca

Arriba del

la

rojor d'una cerièra;
colètge e camina à grand pas.
a

Me retrobi dins el, am mos libres

jol bras
à la siuna parièra,
Al temps ont mos parents, malgrat lor grand paurièra,
Volian que qualque jorn foguèsi 'n sabentàs.
E

blodeta negra

ma

Dabant
Tota

E tant

Que

aquel jovent, dins

ma

vida d'escolan

me

mon

Lo revezi

secotis

mon

mon cap

se ven

de trobaire

retraire,

remembre lentan

vièlh profesor decendut dins la cròza,
sulcòp tal que 1' veziai antan,

Ouand declinabi dabant el

:

—

Rosa, la ròza.

�37

—

—

V

LE JEUNE

Revenant à

COLLÉGIEN

Castelnaudary,

sur

le soir, d'un pied fati¬

gué, je rencontre souvent un bel enfant dans la rue.
bouche

la rougeur

a

chemine à

Je

me

grands

retrouve

Sa

d'une cerise; il arrive du collège et

pas.

en

lui,

avec mes

livres

sous

le bras et

petite blouse noire semblable à la sienne, au temps
parents, malgré leur grande pauvreté, voulaient
que quelque jour je fusse un grand savant.
ma

où

mes

Devant

ce

vie d'écolier

tête de poète toute ma
apparaît et tant m'émeut mon souvenir loin¬
jouvenceau,

en ma

tain

Que

mon

vieux professeur descendu au tombeau, je

le revois soudain tel que
déclinais devant lui : —

je le voyais autrefois, quand je
Rosci, la rose.

�—

38

—

VI

L'OSTAL DEL

Que

BOLANGÈR

pastèt aquí, de sacas de farina,
qu'à pauzar levam èra totjorn afric!
Segur, abià l'esper que lèu lo farian rie
Los afans arrancats de sa nuda peitrina.
ne

Un

Ara, vuda

es

la mait; la mirgueta i gorrina

E tròba à rozegar que

postes de garric ;
botiga, plus de còcas al abric ;
forn, jamai calfat, es comol d'escurina.

Dins la
Lo

Lo

bolangèr es mort. Dempèi, aquel ostal
Ont s'es menat, tantas d'annadas, grand rambal
Es devengut lo siau refugi d'un trobaire.
t

Pracò, per l'abeluc es pas estat orrit :

Aprèp brases nerviuts, s'i vei un front soscaire;
Aprèp lo pan del còrps, s'i fa 1' pan del esprit.

�Yí

LA MAISON

DU

BOULANGER

Qu'il en pétrit là, des balles de farine, un boulanger
toujours empressé à préparer le levain! Sûrement, il es¬

pérait que bientôt l'enrichiraient
sa poitrine nue.

les ahans arrachés de

pétrin est vide; la souris s'y promène
des planches de chêne; dans
la boutique, plus de gâteaux à l'abri; le four, jamais
chauffé,, est plein d'obscurité.
Maintenant, le

et ne trouve

à ronger que

boulanger est mort. Depuis, cette maison, où du¬
d'années on a fait grand travail, est devenue le
calme refuge d'un poète.
Le

rant tant

Pourtant, toute

activité ne l'a pas abandonnée : après
voit un front rêveur; après le

des bras nerveux, on y

pain du corps, on y fait

le pain de l'esprit.

�VII

RATONETA

Ratoneta, aquí 1' nom de ma polida gata.
la trobatz subre 1' camin,

La conestretz, se
A

long pel sedos, à son blanc morre fin
Que neteja sobent am sa biaisuda pata.
son

nèit, subre 1' teulat fa 'n bèl saganh, quand trata
sos menuts afars am lo
gat del vezin ;
Mas, com i a temps per tot, trèva de bon maitin
De la cava al granièr, ont dusc' al vèspre rata.
La

De

Enfin

cap à ieu, tre qu'a 1' ventre redond;
Trepeja siaudament mos papièrs, fa ron-ron,
Me frèga e me caresa ambe sa coga nauta.
ven

Mentre que som
De sò que canta
Mas

un

afric à 'nregar mos bordons,
dins mon èime, non se n' chauta;
non-sabi-que luzis dins sos vistons.

�VII

RATON NETTE

Ratonnette, tel est le nom de ma jolie chatte. Si vous
sur le chemin, vous la connaîtrez à son long

la trouvez

soyeux, à son fin museau
nettoie avec sa patte agile.

poil

La

nuit, elle fait

un

beau

blanc

que souvent

vacarme sur

elle

le toit, quand

s'occupe de ses menues affaires avec le chat du voi¬
sin; mais, comme il y a temps pour tout, elle va de bon
matin de la cave au grenier, où jusqu'au soir elle fait la

elle

chasse

aux

rats.

Enfin elle vient

elle

piétine doucement

et me caresse

de

Pendant que
se
un

vers

sa

moi, quand elle est bien repue;
mes

queue

papiers, ronronne, me frôle

relevée.

je m'obstine à aligner mes vers, elle ne

préoccupe guère de ce qui chante en mon

je-ne-sais-quoi brille dans son regard.

esprit ; mais

�VIII

BR1NDE

À L'OSTALADA

D'abòrd que uèi nos aicì tols
Asèits dabant aquesta taula,
I

a

de bèls

jorns dins la vida aula

Ont cadun deu

Tant-ben
Mas lo

One
Es

vos

portar sa crots.

cal auzir

ma

vots;

ara tant me saula
tremolanta paraula

gauch

ma

com

mesclada à de

senglots.

Quand aurai fait la grand clucada,
Siatz units
E serai

D'aquel

com una

clocada

siau, al negre clôt.

esper

l'ama coflada,

Lo vòstre Ancian lèva son
A la santat, de l'ostalada!

gòt

�VIÍI

BR1NDE A LA

MAISONNÉE

Puisque aujourd'hui nous voici tous assis devant cette
table, il y a de beaux jours dans la vie mauvaise où
chacun doit porter sa croix.

C'est

pourquoi il

vous faut entendre ina voix; mais je
empli de joie que ma tremblante pa¬
mêlée à des sanglots.

suis maintenant si
role est

comme

Quand pour toujours j'aurai fermé les yeux, soyez
comme une couvée de
poussins, et je serai tran¬
quille, au noir tombeau.

unis

L'âme
verre

gonflée de cet espoir, votre Ancien lève

à"la santé de la maisonnée!

son

�III

PER

ÒRTA

�III

DANS LA CAMPAGNE

�-

46

-

I

A

TRES

TRÈMOLS

Felhuts trèmols que me

solet
cap-pelat jos vostres rams tant adornaires,
Me reconeisètz pas demest los caminaires,
D'abòrd qu'ai plan cambiat dempèi qu'èri drollet.
vezètz

ara

E

Sui bord

d'aquel canal qu'es l'òbra de Riquet,
tres claufits d'auzèls embelinaires,
E, vostres brancs, l'Autan los farà bronzinaires,
Mentre que per totjorn al cròs estarai quet.

Ètz totis

Yejatz

sus vostra rusca aquels noms d'amorozes!
los qu'à vint ans fazian raibes urozes?

Ont

son

Ont

son

potons e juraments? Tot acò 's mòrt.

Ieu, bèls arbres, pels ans ai la barba

blanquida,

E, mentre que servatz la fòrsa e l'estrambòrd,
N'ai plus, per vos cantar, qu'una vots
aflaquida.

�—

47

—

I

A TROIS TREMBLES

Arbres feuillus

qui maintenant me voyez solitaire et
si enjoliveurs, vous ne me
reconnaissez pas parmi les passants, car j'ai bien changé
depuis mon enfance.
chauve

sous

vos

rameaux

Au bord du canal

qui est l'œuvre de Riquet, vous êtes
charmeurs, et, vos bran¬
ches, l'Autan les fera bruire, pendant que pour toujours
je serai muet dans la tombe.
tous

les trois couverts d'oiseaux

Voyez ces noms d'amoureux sur votre écorce! Où sont
qui, à vingt ans, faisaient d'heureux rêves? Où

ceux

sont

les baisers et les serments? Tout cela

Moi, beaux arbres, j'ai la barbe blanchie

est mort.

par

les

ans,

et, tandis que vous conservez la force et l'enthousiasme,

je n'ai plus,

pour vous

chanter, qu'une voix affaiblie.

�—

48

—

II

SUBRE UN

CAMJN

Subre 1' camin que mena à l'encluza
ma solitària
pasejada.

de Gai

Aimi de far

La vida siava
Per

me

qu'ara enfin m'es autrejada,
gandir de l'èrnha, aquí l'acabarai.

Tant-ben,

1' solelh manda lo mendre rai,
pels mius pèds es trepejada !
f som autant content qu'à la felibrejada;
Sò qu'i trôbi, mai d'un òc trobarà jamai.
Ire que

Com l'èrba espesa

Ouantis de
I ai
E i

côps, al temps lentan de ma jovensa,
legit de bordons en lenga de Provensa
ai auzit la fièra vots del grand Forés !

Es atal que,

1'

cap

plen d'idèas abrondantas,

Com, pescar à la linha, acò me dis pas res,

Pèsqui long del canal de rimas plan tindantas.

�II

SUR UN CHEMIN

Sur le chemin
ma

qui mène à l'écluse de Gay j'aime faire
promenade solitaire. La vie tranquille qui mainte¬

nant

m'est enfin

server

accordée, je l'achèverai là,

pour me

de tout souci.

pré¬

C'est

pourquoi, dès que le soleil envoie le moindre
pieds foulent l'herbe drue! J'y suis
aussi content qu'à
une félibrée; ce que j'y trouve, plus
d'un ne le trouvera jamais.
rayon, comme mes

Combien de

fois,

temps lointain de ma jeunesse,
langue de Provence et entendu la

au

j'y ai lu des

vers en

fière voix du

grand Fourès!

C'est ainsi que,
la pêche à

comme

le

la tête pleine d'idées enthousiastes,
la ligne me laisse indifférent, je pêche

long du canal des
ORAS

CANTAIRAS.

rimes bien

sonnantes.

4

�—

50

—

III

LA BARCA

Pr' intrar dins lo Basin,

qu'irondas alertadas
Frègan rabentament jos un solelh de fòc,
La barca atend, dins las encluzas de Saut-Ròc,
Ou'escalon pr' escalon las aigas sian montadas.

Se n' va,

dins lo canal de

mon

terraire d'Oc,

Cap à Toloza e sas viuletas tant vantadas.
Dempèi que fa lo va-e-ven, que n'a portadas,
De barricas de vin de Seta

e

del Medòc!

Ara. lizant. demest los potons de l'onzada,
Pel campana! de Sant-Miquèl es saludada,
Dement.re

qu'una femna, ajent

E darrièr ela
Sui camin
E

un

mena

qu'à la barra

fam de

plan redond

polida marmalha,
fa tirar la malha
vièlli retrai Pozeïdon.

1' miòl que

un

sen

�III

LA

BARQUE

Pour entrer dans le Bassin

(de Castelnaudary), que
rapidement sous un soleil
de feu, la barque attend, aux écluses de Saint-Roch,
qu'échelon à échelon les eaux aient monté.
les hirondelles alertes frôlent

Elle va,
et ses

dans le canal de

pays d'Oc, vers Toulouse
réputées. Depuis qu'elle fait ce par¬
de barriques de vin elle a portées, de Sète
mon

violettes si

cours, que
du Médoc!

et

Maintenant, glissant parmi les baisers des petites
vagues, elle est saluée par le carillon de l'église SaintMichel, tandis qu'une femme, ayant sein rebondi

Et derrière elle

une

nuée de beaux

chemin conduit le mulet

qu'à la barre

un

enfants,

sur

le

qui tend le câble de halage et
vieillard fait songer à Poséidon.

�—

52

—

IV

LO BASIN DE

CASTÈLNÒUDAR1

Lo basin de

Castèlnòudari,

Dempèi qu'à

mon lezer lo vezi tornamai !
als jorns, bèls com aquels de Mai,

Me fa

soscar

Ont per

las flors del gauch

Es

un

com

ma

m'agrada,

jovensa èra ondrada.

pòrt de mar, com una trista rada
grands bastiments apareison jamai.
Mentrestant los batèus subre el fuzaban
gai,
Abant qu'en Lauragués i ajès via ferrada.
com

Ont los

Que

ila

plazenta ambe sos nauts pibols !
qu'ai colètgc abiai plazers agradibols
Quand, lènh dels profesors, i cercabi de nizes.
son

es

Mai

Ara, soscaire jols ombrozes platanièrs,
Paure trobaire d'Oc qu'ai pelses totis
grizes,
Dins

mos

remembres

vau cercar mos cants

darrièrs.

�—

53

—

IV

LE BASSIN DE CASTELNAUDARY

Qu'il me plaît, le bassin de Castelnaudary, depuis
qu'à mon loisir je le vois de nouveau! Il me fait songer
aux
jours, beaux comme ceux du mois de Mai, où ma
jeunesse était embellie par les fleurs de la joie.

Il ressemble à

port de mer, à une rade triste où les
grands vaisseaux n'apparaissent jamais. Cependant les
bateaux glissaient sur lui joyeusement, avant
qu'en Lauraguais il y eût la voie ferrée.

Comme

un

île

plaît avec ses hauts peupliers!
plus qu'au collège, je goûtais d'agréables moments,
quand, loin des professeurs, j'y cherchais des nids.
son

me

Bien

Maintenant, sous les ombreux platanes, pauvre poète
qui ai les cheveux tout gris, dans mes souvenirs je

d'Oc

vais chercher

mes

derniers chants.

�V

LAS

VIÈLHAS MÒLÀS

Temps dels molins quilhats subre las nautas còlas,
jingoleja l'Autanàs descabestrat,
Temps dels blancs molinièrs, que tant an mòudurat
Gap al cèl fosc del debrembièr, rabent, t'envòlas !
Ont

S'auzis

plus bronzinar la canson de las mòlas
Fazent farina ambe lo milh, ambe lo blat.
Las duras
De virar

Jos
E

pèiras de Sidòbre an acabat
d'engabiadas esquiròlas.

coma

engard, la verda mofa las vestís,
aquí dempèi qu'ai lauragués païs
cilindres d'acièr foguèron remplasadas.

un

son

Pels

Res

n'escapant,

Las

cauzas

tèrra, al despietados Sòrt,
còps se vezon delaisadas
que caminan vers la Mòrt.

sus
d'autres

Com de meninas

�—

55

—

V

LES VIEILLES MEULES

Temps des moulins dressés sur les hautes collines où
se lamente, temps des blancs meuniers
qui ont fait tant de moutures, tu t'envoles, rapide, vers
l'Autan déchaîné

le ciel sombre de l'oubli.

On n'entend

plus bourdonner la chanson des meules

faisant de la farine

avec

le maïs et le blé. Les dures

pierres de Sidobre ont fini de tourner comme des écu¬
reuils

en

Sous
sont

là

cage.

un

hangar, la verte mousse les envahit, et elles

depuis qu'au pays lauraguais elles furent rempla¬
les cylindres d'acier.

cées par

Rien

n'échappant,

choses d'autrefois

se

sur terre, au Sort impitoyable, les
voient délaissées comme des aïeules

qui cheminent vers la Mort.

�5(3

—

—

VI

ES TORNAT LO FLORIT ABR3LH

Es tornat lo florit Abrilh

Per ortdrar

nostra terra

ronda.

Ara, pel bòsc, tot arbre a bronda
E 1'
gazalhan semena 1' milh.

Se

va

dezentutar lo grilh,

Va retrobar

son

nis

l'ironda;

Cantan l'amor dins la luts blonda
Lo rosinhòl e 1' cardonilh.

Al cèl luzis la

Grand-Candèla,

Lo taure
Tot sò

seguis la vedèla,
que viu es alegrat.

Ieu, polit

mes, per que me cauzes
Plazer diuzenc, al bòrd d'un
prat

Agaiti verdejar los

sauzes.

�VI

L'AVRIL FLEURI

L'Avril fleuri
ronde.

est

revenu

EST REVENU

pour

Maintenant, dans les bois,

embellir notre
tout arbre

terre

se couvre

de feuilles et le laboureur sème le maïs.

Le

grillon va sortir de

ver son

son trou, l'hirondelle va retrou¬
nid; dans la lumière blonde, le rossignol et le

chardonneret chantent l'amour.

La

grande Lampe brille dans le ciel, le taureau
génisse, tout ce qui vit est dans la joie.

pour¬

suit la

Moi, pour que tu
au

bord d'un

me causes plaisir divin, joli mois,
pré je regarde verdoyer les saules.

�VII
A LA DOSA AURA

Tre que frègas mon front, me fas soscar, dosa
aura,
A ton cantaire, 1' grand Bernat de Ventadorn,
E metes dins

mon

còr l'estrambordanta ardor

Que sentisià Petrarca amorozit de Laura.

Donas

al pages que dins la comba laura ;
Bransòlas los pibols ondrant mon terrador;
Es una dots de gauch ton buf encorador,
vam

A l'ora ont dins lo cèl monta la luna

0 fada caresanta,

Las flors dels
En trevant lo

saura.

ambe los tius potons,

pradelets, las trazes dels brotons,
maitin pels caminois ont pasi.

Tant-ben, qun plazer ai, als mius moments perduts,
De te seguir, Encantadora del espaci,
Que fas dire pels pins la canta dels lahuts!

�59

-

VII

A LA DOUCE BRISE

Dès que tu

songer

et tu mets en

sentait

Tu

frôles

mon

front, douce brise, tu

me

fais

à ton chantre, le grand Bernard de Ventadour,
mon

cœur

l'ardeur enthousiaste que res¬

Pétrarque énamouré de Laure.

remplis d'ardeur le

paysan

qui laboure dans la

vallée; tu berces les peupliers qui enjolivent mon terroir;
ton souffle réconfortant est une source de joie, à l'heure
où dans le ciel monte la lune blonde.

O fée caressante, avec tes baisers tu fais éclore les
fleurs des prés, en errant le matin dans les sentiers où je

passe.

Aussi, à mes moments perdus, quel plaisir j'ai à te
suivre, Enchanteresse de l'espace* qui fais dire aux pins
la chanson des luths!

�VIII

LO

GAUCH

MAJOR

Aquel qu'a

pas al còr lo bèl flam poètic
indiferent dabant l'èrba e 1' mentastre
Siague plangut! Beurà totjorn, per son malastre,
Dins la copa de vida un vin de farlabic.
E pasa

Per coneise 1'

bonur, basta pas d'èstre ric.
qu'es mens uros qu'un pastre.
Cal qu'aquesta vertat dins los cerbèls s'encastre
Es sempre triste lo
qu'als vicis es afric.
Tal

es

Ieu,
Dins

amonedat

per
ma

Los tius

bandir tota pensada doloroza,
paurièra, vau tastar, Alba claroza,
potons, que tant me balhan estrambòrd !

Perdut demest las flors
Sentisi 1'
Lo rozal

:

qu'ambe tos plors arròzas,
gauch major, à l'ora ont dins mon òrt
diamantin lugreja sus las ròzas.

�-

61

—

VIII

LA JOIE

SUPRÊME

Celui

qui n'a pas au cœur la belle flamme poétique et
indifférent devant l'herbe et la menthe, il faut le
plaindre. Il boira toujours, pour son malheur, dans la
coupe de vie un vin frelaté.

passe

Pour connaître le
Tel

a

bonheur, il

ne

suffit

pas

d'être riche.

beaucoup d'or qui est moins heureux qu'un pâtre.

Il faut que cette vérité s'enchâsse dans les cerveaux :
celui qui s'abandonne aux vices est toujours dans la

tristesse.

Moi, pour bannir toute pensée douloureuse, dans ma
pauvreté, Aube claire, je vais goûter tes baisers qui me
donnent tant d'enthousiasme!

Perdu

parmi les fleurs humectées de tes larmes, je
joie suprême, à l'heure où dans mon jardin

suis dans la

la rosée diamantine scintille

sur

les

roses.

�IX

LAS FLORS

DEL TERRADOR

Flors del Chili, flors del

Japon, flors de la China,

Qu'ètz triomfantas dins los òrts del grand Paris,
Se de

vos

Abètz pas,

remirar mai d'un

regaudis,
als mius èlhs, la gracia qu'embelina !
se

A

ieu, me cal la Ròza e la fresca Englantina,
Liri, lo Gaujet, la Viuleta, l'Iris,
La Giroflada, que per
sègas me soris,
Lo

La Maireselva

Punts de fòc
Tot sò

e

e

la Ginèsta,

sa

vezina.

d'azur demest los blats

qu'ondra la sèrra,

e

daurats,
los prats,
barreja,

la comba,

Tot sò dont la sentor à l'aura

se

e

Aquí sò qu'aima lo Trobaire soscador,
A l'ora ont jol siu front la Rima
volastreja,
Embriaigada pels perfums del terrador.

�—

63

—

IX

LES

FLEURS DU TERROIR

Fleurs du

Chili, fleurs du Japon, fleurs de la Chine,
qui triomphez dans les jardins du grand Paris, si, en
vous admirant, plus d'un se réjouit, vous n'avez pas, à
mes
yeux, la grâce enchanteresse.

Il

faut, à moi, la Rose et la fraîche Églantine,
Lis, le Souci, la Violette, l'Iris, la Giroflée, qui me
sourit au temps de la moisson, le Chèvrefeuille et le
Genêt, son voisin.
me

le

Points de feu et d'azur

qui

mêle

sa

Voilà
son

parmi les blés dorés, tout ce
la colline, et la vallée, et les prés, tout ce qui
fragrance à la brise,

orne

ce

qu'aime le Poète songeur, à l'heure où sous
prend l'essor, enivrée des parfums du

front la Rime

terroir.

�-

64

—

X

FLORS PAS! DAS

Dins lo veire

d'aiga ont las ai trempadas,

Acatan lo cap

qualquas

Dont rabeiitament

Dins tot

mon

ostal

pauras flors,
las bonàs sentors

se son

escampadas.

grand dezaire e mièjas-tampadas.
pasit lor tendre velors !
Retrobaran plus lors bèlas colors,
E per l'òrra Mort déjà son palpadas.

Son

en

Com,

ara, es

Gojat, de ton sang sentis la cremor!
Joventa, ton còr conegue l'Amor!
Trobaire, caris la Muza polida !

plazers, estrambòrd,
jol cèl fa son espelida
moris com flors raubadas al òrt.

Beutat, potons,
Tot acò
E

�—

65

—

X

FLEURS

Dans le

FANÉES

d'eau où

je les ai trempées, baissent
quelques pauvres fleurs, dont les bons aromes
toute ma maison rapidement se sont répandus.
verre

la tête
dans

Elles ont

grande tristesse et sont fermées à demi.
flétri, leur tendre velours ! Elles ne retrou¬
veront plus leurs belles couleurs et sont
déjà touchées
par l'affreuse Mort.
Comme il est

Jeune homme,,

sens

comme

ton

sang

brûle! Jeune

fille, que ton cœur connaisse l'Amour! Poète, chéris la
Muse charmante !

Beauté, joie, baisers, plaisirs, enthousiasme, tout cela
éclôt
au

sous

le ciel

et meurt

comme

les fleurs dérobées

jardin.
ORAS CANTAIRAS.

5

�66

-

-

XI

LO POLH

OCCITAN

Cantabit

Es negra

nèit subre 1' terraire ;

Los auzelets
E la

qui cantavit.

son

muts dins

l'òrt,

nibol, malastros sòrt !

Del estelum vela l'esclaire.

lo gahus espantaire
Espandis com un planh de mòrt...
Ont son lo gauch e l'estrambòrd?
Ont es la Luts, rèina del aire?
Suis camps

Mas auzisètz! Jol cèl negros,

Còpsec

un
Resontis à

clam victorïos
plena garganta.

Al cimèl d'un

pibol del brelh,

Es lo Polh occitan que
La

respelida del Solelh !

canta

�-

67

—

XI

LE

Il est nuit noire

oisillons

COQ OCCITAN

sur

la campagne;

dans le jardin, les

sont

muets, et, malheureux sort! la
l'éclat des astres.

La chouette de mauvais augure
comme

une

plainte de

thousiasme? Où

est

la

voile

les champs
joie et l'en¬

sur

mort... Où sont la

Lumière, reine de l'air?

Mais écoutez! Sous le ciel

victorieux retentit à

répand

nue

sombre, soudain
gosier.
plein

un

cri

Au faîte d'un peuplier du breuil, c'est le
Coq occitan
qui chante la renaissance du Soleil !

�68

—

-

XII

SOLELH LEVANT

Las estèlas

pauc à pauc escondudas;
Sola, encara Venus lugreja al orizon.
Còpsec, Taises d'un fòc mai roje qu'un tizon
se son

An esclairat las infinidas estendudas.

E las bestiòlas que dins l'òrba son
perdudas,
Los auzèls ajocats subre l'arbre o I' boison,

Tot sò que viu s'espèrta e repren
sa canson,
Totas las votses ambe gauch son confondudas.

Miratz l'Astre diuzenc

qu'es dins son esplendor
qu'escampa à rajòls son flam sul terrador!
Salut à-n-el, lo congrelhaire de la vida !
E

Potonejaire afric de las Hors de mon òrt,
Solelh, que fas mon ama regaudida,
Com mancaràs al miunis èlhs, quand serai mort !
O bèl

�-

69

-

XII

SOLEIL LEVANT

Les étoiles
brille

plus

rouge

se

sont

cachées peu

seule, Vénus
d'un feu
qu'un tison ont éclairé l'espace infini.

encore

à l'horizon.

à

peu;

Soudain, des rayons

Et les bestioles

chés
et

sur

perdues dans l'herbe, les oiseaux ju¬
le buisson, tout ce qui vit s'éveille
chanson, toutes les voix avec joie se con¬

l'arbre

reprend

sa

ou

fondent.

Voyez l'Astre divin qui
à

est dans sa splendeur et qui
sur la terre ! Salut à lui,

grands flots sa flamme
qui est la source de la vie!

verse

Toi, qui prodigues tes baisers aux fleurs de mon jar¬
din, ô beau Soleil! toi, qui mets l'allégresse en mon âme,
comme

tu

manqueras à mes yeux,

quand je serai mort!

�XIII

SOLELH

COLCANT

Vaprèp J.-M.de Heredia.

Sui

frejal, arjelats luzents com lo vernis
lo ponent aluma ;
Lènh, clarejant encara am sa barba d'escruma,
Dauran lo fier acrin que

La

mar sens

Als mius

fin

comensa

la tèrra finis.

silenci. Lo nis
bòrda que fuma;
Sol, l'Angelus del vèspre, esbrandat dins la bruma,
A la granda rumor del Océan s'unìs.
Es mut,

pèds tot

ont

l'ôme

es

es

nèit

intrat à

e

sa

'Lavets, com d'un prigond abisi, de las planas,
Dels èrmes, dels barrencs, montan votses lentanas
De

gazalhans tardièrs tornant al abovalh.

Ara tot. l'orizon s'emmantèla dins
E lo solelh morent

sus

l'ombra,

la vota solombra

Tampa las brancas d'aur de

son

roje ventalh.

�XIII

SOLEIL COUCHANT

Les

ajoncs éclatants, parure du granit,
l'âpre sommet que le couchant allume;
loin, brillante encor par sa barbe d'écume,

Dorent

Au
La

A

mer sans

fin

commence

où la terre finit.

pieds, c'est la nuit, le silence. Le nid
tait, l'homme est rentré sous le chaume qui fume ;

mes

Se

Seul, l'Angélus du soir,
A la vaste

rumeur

ébranlé dans la brume,

de l'Océan s'unit.

Alors, comme du fond d'un abîme, des traînes,
landes, des ravins, montent des voix lointaines

Des

De

pâtres attardés ramenant le bétail.

L'horizon tout entier

s'enveloppe dans l'ombre,
ciel riche et sombre.
d'or de son rouge éventail.

Et le soleil mourant, sur un
Ferme les branches

J.-M.

de

Heredia.

�-

72

—

XIV

MÒSTRA SOLARIA

LA

Horas

non numero

nisi

A la

paret del campanal
Qu'es arborat subre la plana,

Una mostra solaria anciana
Mezura lo temps

eternal.

Subre 1' terraire comunal
Tinda pas com una campana;
Mas
Jol

rega d'ombra s'afana
grand solelh, diuzenc fanal.
sa

Dis al pasant : — La vida umana
Sobent plan trista se debana;
Cal profitar del bèl estiu.

S'ès

malcorat,

Acò's

ta

Compta

com

òc déclaras,

fauta. Tant
res que

las

qu'ès viu,
claras !

oras

—

serenas.

�XIV

LE CADRAN SOLAIRE

A la muraille du clocher

ancien cadran solaire

un

Sur le terroir de la
cloche ;

qui

commune

le temps

il

mais sa ligne d'ombre
soleil, phare divin.
une

Il dit

au

roule bien

Si le

dresse

se

mesure

ne

se

la plaine,
éternel.
sur

tinte pas comme

hâte

sous

le grand

passant : — La vie humaine souvent se dé¬
triste; il faut profiter du bel été!

chagrin t'accable, comme tu le dis, c'est ta faute.
vie, ne compte que les heures claires ! —

Tant que tu as

�-

74

-

XV

NÈ1T D'ESTIU

Dins

un

lensòl de fòc lo solelh s'es

colcat,

E la rabia del vent,
dempèi lo luscre, es morta.
La calor d'aquest jorn
es estada tant fòrta

Qu'am plazer preni l'fresc dins

mon

òrt perfumat.

Déjà, dins lo lentan, la cabèca a chocat,
E los grilhs afogats cantan en còr
per òrta.
Qui pòd saber? Belèu sò que tant los conòrta
Es de veze 1' trelus del grand cèl estelat.

Sui miu cap,

lo Camin-de-sant-Jaques blanqueja,
Vega m'agaita ambe son èlh que belugueja.
Los raises d'Arcturus

me

fan tot

pensatiu.

Dementre que
E que

l'ponent à fons se desporpora
desplèga son mantèl la nèit d'estiu,

Una luna de coire al orizon s'arbora.

�75

—

-

XV

NUIT

D'ÉTÉ

Le soleil s'est couché dans un

linceul de feu, et, depuis

crépuscule, la fureur du vent s'est apaisée. La chaleur
journée a été si forte qu'en mon jardin parfumé je
goûte avec plaisir la fraîcheur du soir.

le

de la

Déjà, dans le lointain, la chouette a hululé, et, dans
champs, les grillons enthousiastes chantent en chœur.
Oui peut savoir? Ce qui peut-être tant les réconforte,
c'est de voir la splendeur du grand ciel étoilé.

les

Sur
me

ma

tête, la Voie lactée est toute

avec son œil qui étincelle,
rendent tout pensif.

regarde

turus me

les

blanche, Véga
rayons

d'Arc-

que

le couchant perd tout à fait sa pourpre et
la nuit d'été déploie son manteau, une lune de cui¬

vre

à l'horizon

Tandis que

se

lève.

�XVI

JORN DE

PLUÈJA

Plus de solelh. Plòu

sens relambi. L' cèl
negros
D'una capa de plomb curbis tot lo terraire.
Los auzelets son muts. Dezobrat, lo lauraire

Tròba que

dura trop lo temporal afros.

E mentrestant, al lòc d'èstre

pr'el malastros,
aquel lavasi malcoraire.
Respelirà la luts del Astre escauduraire ;
Es benfazent

Deman lo blat serà mai granat e mai
ros.

Atal

sus

ieu, aprèp los bèls jorns d'alegransa,

Tomba l'orra nibol de la
E crezi mai d'un

còp

dezesperansa,

que mon

Mas, tre que la trumada

èime

se

mòr.

plus sa frenezia,
grand tristum qu'a rajat dins mon còr,
Ensaji de ne far meison de poezia.
De tot lo

a

�77

—

—

XVI

JOUR DE PLUIE

Plus de soleil. Il

relâche. Le ciel sombre
de plomb. Les oisillons sont
Désœuvré, le laboureur trouve que l'orage affreux

muets.

dure

pleut

sans

la terre d'une cape

couvre

beaucoup trop.

Et

cependant, au lieu d'être pour lui un désastre, la
grande pluie qui l'attriste est un bienfait. La lumière de
l'Astre réchauffant reparaîtra; demain le blé sera
plus
grenu et plus doré.

C'est

ainsi

qu'après les beaux jours d'allégresse,
nue de la
désespérance et que,
plus d'une fois, je crois que mon esprit se meurt.
s'abat

sur

moi l'affreuse

Mais, dès
toute la

que la tourmente n'a plus sa violence, de
tristesse qui a coulé dans mon cœur, j'essaie

d'en faire

une

moisson de

poésie.

�78

—

—

XVII

LA VOTS DE L'AIGA

Ma

lauzenja, degun jamai la dirà pron.
Fumant dins lo regon que durbis Io lauraire,
Monti 'n vapor jol bèl solelh escauduraire,

—

Deveni la nibol que

Ma vots

es

E tant-ben

carreja lo tron.

la clamor del Océan feron
es

Res n'es blos

del rèc lo mormol

corn ma

Que prepari l'espiga

alegraire.

nèu. Es

e

Me fau saba del arbre

ieu, dins Io terraire,
cofli lo borron.

e me

fau l'albairada

Qu'à la punta del jorn lugreja sus la prada.
Venus pozèt dins mon escruma sa belor.

Mas

pèrlas ondran e la ròza e la provenca.
Quand me cambi 'n lagrema, amaizi la dolor...
Som l'Aiga universala, eternala, diuzenca ! —

�XVII

LA VOIX DE L'EAU

Mon

le fera jamais assez. Fumant
par le laboureur, je monte en
vapeur sous le beau soleil réchauffant, je deviens la nue
qui charrie le tonnerre.
—

éloge, nul

dans le sillon

ne

ouvert

Ma voix est la clameur de l'Océan furieux et aussi le

réjouissant murmure du ruisseau. Rien n'est pur comme
ma
neige. C'est moi, dans la campagne, qui prépare l'épi
et gonfle le bourgeon.

Je
au

me

fais la sève de l'arbre et

point du jour, brille

mon

écume

Mes

sa

sur

je me fais la rosée qui,
la prairie. Vénus puisa dans

beauté.

perles ornent et la rose et la pervenche. Lorsque
je deviens larme, j'apaise la douleur... Je suis l'Eau
universelle, éternelle, divine! —

�80

—

-

XVIII

BLATS EN

ÈRBA

Enfin, sui terrador, plus de nèu! Los froments
Verdejan ara dins la plana e dins la comba.
Regaudits pel solelh, que subre elis tresplomba,
Dins l'aire fan montar

agradius bruziments.

plan escotar pasi de longs moments.
Ajent totjorn pron temps de soscar à la tomba,
A los

m'endolomba
lors ondejaments.

Debrembi dabant els tot sò que
E

laisi bresar per

me

La vida dels mortals dins lor saba es
Son lo pan

enclauza.

de deman. En atendent, l'alauza

Fa tindar din l'azur

son

tira-lira clar.

i

Ieu, trobaire fidèl à Cerès la supèrba,
Canti dins mon païs retipant verda mar
La

gaujoza

canson

dels blats

encara en

èrba.

�XVIII

BLÉS

EN HERBE

Enfin

plus de neige sur la terre! Maintenant, dans la
plaine et dans la vallée, les blés verdoient. Réjouis
par
le soleil, qui les
surplombe, ils font monter dans l'air
leurs agréables murmures.

Je passe

de beaux

moments à les

écouter. Ayant tou¬
de temps pour songer à la tombe,
j'oublie
devant eux ce qui me tourmente et
je me laisse bercer
par leurs ondulations.

jours

assez

La vie des mortels

est

enclose

en

leur sève. Ils

sont

pain de demain. En attendant, l'alouette fait tinter
l'azur

son

le

dans

tire-lire clair.

Moi, poète fidèle à Cérès la superbe, en mon pays
une mer
verte, je chante la joyeuse chanson

semblable à
des blés

encore en

OliAS CANTAIHAS.

herbe.
6

�XIX

BLATS MADURS

La

cigala,

que ten

del solelh

sas

ardors,

A volat sui

pibol e canta : « Sèga-sèga!
La mar d'espigas d'aur jol cèl clar se desplèga.
Afana-tej pagès ! Los blats son segadors !

Dalhas, pasejatz-vos demest los terradors!
Tombatz, froments pezucs, que 1' fèr Autan

bolèga
jol rollèu! Anatz jols pèds de l'èga!
seretz d'un pòple fòrt los noiridors ! »

Redolatz
Deman

Los

gazalhans,

sense

jamai sentir lasièra,

An escotat la cantairìs

e

subre l'ièra,

Malgrat lo calimàs, an fait un bèl garbièr.

Occitanìa cara,
de t'arrancar del caitivièr,
temps de la sèga es pas vengut encara !

Quantis
Per
E lo

an

qu'ajes

semenat,
vam

�-

83

—

XIX

BLÉS MÛRS

La

cigale, qui doit son ardeur au soleil, a volé sur un
peuplier et chante : « Moissonne, moissonne! La mer
des épis d'or se
déploie sous le ciel clair. Paysan, hâtetoi ! Les blés

sont mûrs !

Faux,

promenez-vous dans les champs ! Tombez, fro¬
lourds agités par le
sauvage Autan! Roulez sous
le rouleau ! Allez sous les
pieds des chevaux ! Demain

ments

vous

serez

Sans

la nourriture d'un

peuple fort !

»

jamais sentir la fatigue, les fermiers ont écouté
la canicule, ont fait sur leur aire

la chanteuse et, malgré
un beau
gerbier.

Qu'ils

sont nombreux

qui ont jeté la semence,
Occitanie, pour que tu aies la force de t'arracher à
sort
misérable, et le temps de la moisson n'est pas

chère
ton

venu encore

!

ceux

�XX

LA BENED1CCION DEL BESTIAL

Jol caud solelh d'una agostenca maitinada,
Las fedas e los biòus, los bardots del molin
E mai d'una cabala ambe

Se

van

son

bèl

polin
annada.

far benezir per tota una autra

Tenguts pels païzans ajent tèsta aclinada,
Son enrengats sus cada
E 1' rector, mormolant
A

aurièra del camin,

pregarias en latin,
grands còps d'asperson lor manda aiga sinhada.

Dabant

aquel tablèu del aprèp-batezons,

De remembres

lentans, de bucòlics

Del fonze del Pasat

E crezi

montan à

ma

resons

memòria.

qu'ai viscut à-n-aquel temps ancian
e lo Bestial se fazian bèla
glòria

Ont l'Orne
De

se

sentir units dins lo culte de Pan.

�—

85

—

XX

LA

BÉNÉDICTION

DU

Sous le chaud soleil d'une matinée
et

BÉTAIL

d'août, les brebis

les bœufs, les ânes du moulin et

avec
une

son

autre

beau

poulain vont

se

plus d'une jument
faire bénir pour toute

année.

Tenus par

les paysans ayant la tête inclinée, ils sont
alignés sur chaque bord du chemin, et le prêtre, mur¬
murant des prières en latin, à grands coups de
goupillon
leur jette l'eau bénite.

Devant

ce

tableau de

l'après-battage, de lointains

sou¬

venirs, de bucoliques échos remontent à ma mémoire du
fond du Passé.

Et

je crois

l'Homme

et

que j'ai vécu en ces temps très
le Bétail se faisaient belle gloire

unis dans le culte de Pan.

anciens où
de se sentir

�86

-

-

XXI

LO GRAPAUD

Tre que

dins la nèit negra a pron mes sa fizansa,
grapaud, mon vezin, s'arrancant de son trauc,
Tot d'un còp met un chut à son cridadìs rauc
E, ventrut e patut, cap à mon òrt s'abansa.
Un

Com s'i

plai, tot l'estiu, per i cercar pitansa,
Aquel engormandit del vèrme e del limauc !
Trevant dins los legums, los salva
pauc à pauc
Del canilhum e de qui
sab quanta manjansa!

Lo

Com la
Ai

afric, me som fait son bailet.
pòrta del claus a pr' el trop naut. sulhet,
aquí 'n peirard per li servir de lòca.

vezent tant

mes

Enfin que vos dirai?
E vezètz ont ne som

E fòrsa gents., que

M'agrada

sa

laidor.

grapaud me pertoca,
1' valon pas, me fan orror.
:

un

�XXI

LE CRAPAUD

Dès

qu'en la nuit noire il a mis suffisante confiance,
crapaud, mon voisin, s'arrachant de son trou, tout à
coup met fin à son cri rauque et, ventru et pattu, vers
mon
jardin s'avance.

un

Comme il

s'y plaît, tout l'été, pour y chercher sa nour¬
riture, cet affriandé du ver et de la limace ! Errant dans
les légumes, il les préserve peu à peu des chenilles et
de qui sait combien de parasites !

Le voyant si obstiné, je me suis fait son
Comme la porte de l'enclos a un seuil trop

lui, j'ai mis là

une grosse

pierre

pour

serviteur.
haut pour
lui servir de

marche.

Enfin que vous

dirai-je? Sa laideur me plaît. Et voyez
j'en suis : un crapaud me préoccupe, et de nom¬
breuses gens, qui ne le valent pas, me font horreur !
où

�XXII

JORN AUTONENC

Trobaire atencionat al

dins las

randuras,
randolejairas dins lo cèl,
d'un campanal, d'un grilh o d'un auzèl,
vent

A las nibols

Als cants

Tròbi dins tot acò milanta encantaduras.

Gara-aici que 'Is pibols an jaunas ramaduras,
Tant-ben los platanièrs e lo mendre arbricèl.
Es Octobre qu'arriba e qu'ambe son

pincèl

Daura 1'

terraire, abant lo temps de las freduras.

Me

pasejant vèrs las encluzas de Sant-Ròc,
lenga d'Oc
Mon païs qu'ondra tant la sazon autonenca
;
Voldriai retraire ambe de mòts de

Mas dels

pintres d'engenh som un tròp flac regrelh
ma
paleta felibrenca
barrejar los raises de solelh...

A las colors de

Sabi pas

�XXII

JOUR AUTOMNAL

Poète attentif

au

vent

dans les haies, aux nues errant

dans le ciel, aux chants

d'un

d'un clocher, d'un grillon ou

oiseau, je trouve dans tout cela mille enchante¬

ments

.

Voici que

les peupliers ont feuillage jauni, ainsi que
platanes et le moindre arbrisseau. C'est octobre qui
arrive et qui avec son pinceau dore la campagne, avant
le temps des frimas.
les

Me

vou¬

drais

pays

si

promenant vers les écluses de Saint-Roch, je
reproduire avec des mots de langue d'Oc mon
embelli par l'Automne;

Mais

je suis un trop faible rejeton des peintres de
génie : aux couleurs de ma palette félibréenne je ne sais
pas mêler les rayons de soleil...

�XXIII

LOS GEN1BRES

Juniperi gravis umbra.
Vergili

(Egl. X).

Jos la capa del cèl, qu'ai ponent es rozenta,
Los genibres en dòl s'arboran sui

supèl.
tropèl,
plazenta.

Una pastora à lor entorn garda un
Mentre que l'auzelum dis sa canson

Lors fèlhas tèunhas fan

punhizon escozenta;
prima, lors flors n'an jamai trelus bèl;
An brancatge autant fosc qu'un arbre de tombèl,
E lor ombra pasabà antan
per malfazenta.
A la

Ai bezonh de cantar
Ont niza 1' mèrle

e

aquels arbrets rústics

dont los

Son claufits de granets

Belèu

rams

aromàtics

qu'asadolhan las grivas.

qu'un faune jos lor

rusca es

ajasat,

E, tridolant demest las cizampas aurivas,

Aquel mièch-dius

se

bremba aquí lo temps pasat...

�91

-

—

XXIII

LES

GENÉVRIERS

du ciel, toute rouge au ponant, les ge¬
se dressent sur le tertre. Autour d'eux,
une pastoure garde un troupeau, pendant que les oi¬
seaux font retentir leur agréable chanson.
Sous la cape

névriers

Leurs

en

deuil

minces

feuilles

font piqûre lancinante ; au

printemps, leurs fleurs n'ont jamais bel éclat ; ils
ramure aussi sombre qu'un arbre de tombeau, et
ombre

passait jadis

pour

malfaisante.

J'ai besoin de chanter ces

arbrisseaux rustiques où le

merle niche et dont les rameaux
verts

de baies

ont
leur

aromatiques sont cou¬

qui rassasient les grives.

Quelque faune est peut-être gîté sous leur écorce, et,
grelottant parmi les bises farouches, ce demi-dieu se
souvient là du temps passé...

�XXIV

LA CANSON DE LA

L'auzina, que
Crèma dins lo
—

A

mila

VIÈLHA

AUZINA

s'es agafada al roc,
fogal e dis aquesta canta :
Coneisi los Trevants qu'am
cara trebolanta
mièja-nèit d'espaventar se fan un jòc.
ans

Cadun dels miunis

brancs, qu'es ara escardenc fòc,
qu'abian calor ablaziganta,
Als longs ibèrns, à la clamor tant
pertocanta
Dels Autans qu'an bufat subre la tèrra d'Oc.
Sosca als estius

Brezilhs dels

auzelons, potons de las Aimadas,
trumadas,

Planhs de tortoras,
pets de tron dins las
Vos ai auzits al bòsc
que barra l'orizon!

Ara ètz totis aici

com

antan

pels terraires,

D'abord que dins ma vots s'auzìs vostre
reson,
li tindaretz
totjorndins los cants dels Trobaires!

—

�XXIV

LA VIEILLE YEUSE

LA CHANSON DE

L'yeuse, qui pendant mille ans s'est agriffée au ro¬
cher, brûle dans l'âtre et dit cette chanson : — Je con¬

qui avec leur visage troublant se
jeu à minuit de semer l'épouvante.

nais les Fantômes
un

Chacune de

mes

font

branches., qui est maintenant un

feu

qui avaient chaleur accablante,
longs hivers, à la clameur si émouvante des Autans

écarlate, songe aux étés
aux

soufflant

sur

la

terre

d'Oc.

Gazouillis des oisillons, baisers
des

des Amantes, plaintes

tourterelles, éclats du tonnerre dans les tempêtes,
ai entendus dans le bois qui ferme l'horizon!

je

vous

autrefois
dans la campagne, puisque dans ma voix on entend votre
écho, et vous retentirez toujours dans les chants des
A

cette

Poètes !

—

heure, vous

êtes tous ici comme

�IV

DABANT L'OCEAN

�IV

DEVANT

\

L'OCÉAN

�—

96

-

I

MARINA

Mar siava. Sus l'arena

Potoneja

una

barra d'escruma

pèds ont moris son mormol.
raibi com s'èri sol.
lentan un bastiment que fuma.

mos

Perdut demest las gents,
Vezi dins lo

Lo

cèl, dusc' à mièchjorn emmantelat de bruma,

Gracia al vent
De temps en

Que

De

ara

n'a plus

una

temps, se mostra un

ven regar

dròllas,

larg

l'azur ambe

sa

nibol.

gabian faribol

blanca pluma.

1' solelh crèma mens que l'amor,
escondon lor belor
qu'Afrodita espeliguèt de l'onda.

que

Dins l'onzada amarganta
E bremban

Que m'es plazent, cada an, à la cauda sazon,
De tornar aicital, com à son nis l'ironda,
Per

pèrdre

mon

agait sul marin orizon!

�—

97

—

I

MARINE

Mer calme. Sur le sable de la

plage

barre d'écume
pieds où son murmure expire. Perdu parmi
la foule, je rêve comme si
j'étais seul. Je vois dans le
lointain un navire qui fume.
baise

une

mes

Le

ciel, jusqu'à midi couvert de brume, à cette heure
plus un seul nuage, grâce au vent du large. De
temps en temps, on aperçoit un goéland folâtre qui
vient rayer l'azur avec son blanc
plumage.
n'a

Des

jeunes filles, moins brûlées par le soleil que par
l'amour, dans la vague amère cachent leur beauté et

rappellent qu'Aphrodite naquit de la

mer.

Qu'il m'est agréable, chaque année, à la chaude sai¬
son, de revenir ici, comme l'hirondelle à son nid, pour
perdre mon regard sur l'horizon marin !
ORAS

CANTAIRAS.

7

�—

98

—

II

A LA PUNTA DEL CR0Z1C

Un filh del

païs d'Oc, ò tèrra d'Armorica,
pescadors pel vent del larg usclats,
los tius embrums, que fan los pòts salats,

Tèrra dels
Demest

Te

pòrta los

resons

de

sa

Muza rústica!

Sa

pensada es per tu tant viva e tant africa
Que 'ls siunis èlhs pòdon pas èstre arrigolats
Dabant tos orizons sobent ennibolats
E

l'Océan, dont la

rumor ven

d'America.

Yai, lo pòs creire uros, quand sui ròc granitic
S'aplanta per mirar lo potent Atlantic
Lutant contra 1'

ribatge ambe onzadas ferojas,

Mentre que lo solelh, qu'esclaira aquels combats,
Abant de se colcar manda sas flambas rojas

Sui

cloquièr del Crozic

e

sui de Borg-de-Batz !

�t

-

99

—

il

A LA POINTE DU CROISIC

d'Oc, ô terre d'Armorique, terre des
pêcheurs hâlés par le vent du large, parmi les embruns,
qui mettent un goût de sel aux lèvres, t'apporte les
Un fils du pays

échos de

sa

Muse

rustique !

pensée est pour toi si vive et si émue que ses yeux
peuvent se rassasier devant tes horizons souvent né¬
buleux et devant ton Océan, dont la rumeur vient
Sa

ne

d'Amérique.

le croire heureux, quand il se dresse sur
quelque rocher de granit pour contempler le puissant
Atlantique luttant contre le rivage avec ses vagues fu¬
Va, tu peux

rieuses,
Tandis que le soleil, qui éclaire ces combats, envoie
flammes rouges, avant de se coucher, sur le clocher

ses

du Croisic et

sur

celui de

Bourg-de-Batz !

�«

—

100

—

III

A SANT-MARC-DE-BRETANHA

M'agrada de soscar que uèi fa just un an
M'espasejabi sul ribatge de Bretanha,
Mentre que lo solelh, tal un dius que se banha,
Fazià trempar son front de fòc dins l'Océan.

Coin m'enfonzabi dins lo

raibe,

en escotant,

Perdut al

pèd d'un baus brembant una montanha,
l'aiga e l'bruch del vent que l'acompanha
remirant lo vòl rabent d'un blanc gabian !

Lo bruch de

0 'n

Al orizon

apareisian no.mbrozas vêlas;
retipant de rojastras estelas

Dos fanais

Semenaban lor luts dins lo luscre d'estiu.

E, malgrat un tablèu d'una tala armonìa,
Trevant dins un pais que non èra lo miu,
Abiai la

languizon de

mon

Occitania.

�-

101

—

I

.

III

A

plaît de songer qu'aujourd'hui il y a juste un an
promenais sur le rivage de Bretagne, tandis que
soleil, tel un dieu qui se baigne, trempait son front de

Il

je
le

SAINT-MARC-DE-BRETAGNE

me

me

feu dans le vaste Océan.

Comme

je m'enfonçais dans le rêve, en écoutant,
évoquant une montagne,
du bruit du vent ou en
le vol rapide d'une blanche mouette !

au fond d'un précipice
le bruit de l'eau accompagné

perdu

admirant

De nombreuses voiles

apparaissaient à l'horizon; deux

phares semblables à des étoiles rouges semaient
lumière dans le crépuscule estival.

Et, malgré un tableau
dans
de

un

mon

leur

d'une telle harmonie, errant
le mien, j'avais la nostalgie

pays qui n'était pas
Occitanie!

�-

102

-

IV

FORÀS-SUR-MAR

A

Fouras

fut la dernière étape de Napoléon Ie'.
de fond, un matelot le porta sur
ses épaules jusqu'à la chaloupe envoyée par la frégate
« La Saale », qui fit bientôt voile pour l'île d'Aix. On
sait le reste.
(Guides Diamant.)
A

cause

du manque

Es aici que
Se librar al

venguèt, aprèp sa descazensa,
Anglès lo grand Napoléon.

El, que sempre

foguèt un leial vencidor,
placèt mal sa crezensa.

Dins la fe d'Albion

Cent

trobi pr' escazensa
lugar perdèt tota esplendor,
E, subre aquela arena ont pasèt soscador,
Un fum de banhadors cèrcan gauch e plazensa.
ans

aprèp

Als lòcs ont

sa mort, me

son

Uèi, à Foras, los rics fan s'escondre 'ls pacans.
Oun bacanal ! Pracô, demest rires e cants,
Me sentisi comol de solombras

Com dins

un

raibe, crezi

veze

pensadas.

al orizon,

Mentre que lo solelh tomba dins las onzadas,
Un valent matelot portant Napoléon!

�IV

A

C'est ici
vint

loyal, dans la foi d'Albion plaça

Cent

ans

lieux où
ce

qu'après sa déchéance le grand Empereur
l'Anglais. Luij qui fut toujours un vain¬

livrer à

se

queur

FOURAS-SUR-MER

après

son

mal sa confiance.

mort, je me trouve par hasard aux
perdit tout éclat, et, sur le sable de

sa

étoile

rivage où il passa songeur, une
joie et plaisir.

nuée de baigneurs

cherchent

à
et

Aujourd'hui, à Fouras, les riches obligent les paysans
cacher. Quelle bacchanale ! Pourtant, parmi les rires

se

les chants,

Comme

je

me sens

en un

rêve,

que le soleil s'enfonce
lot portant Napoléon!

envahi

par

de sombres pensées.

je crois voir à

l'horizon, tandis

dans les vagues, un vaillant mate¬

�—

104

—

V

DINS UN

BOSQUET
SUBRE L' RIBATGE

Dins

Los

aquel bòsc mièch-ciutadan
E mièch-campèstre,
estrangèrs un còp cada an
Cèrcan ben-èstre.

Aquí tant-ben

demandant
silvèstre,
fugir lo solelh cremant,
vau

L'ombriu

Per

Tirànic mèstre.

Miralhejant jos lo cèl clar,
La granda mar,
Ara com es apazimada!

Mas, jol cèl gris,
Mai d'un marin dins la trumada
Aici

peris...

�—

105

—

V

BOSQUET

DANS UN

SUR LE RIVAGE

Dans

ce

gers une

bosquet mi-citadin et mi-champêtre,

fois

Là aussi

par an

les étran¬

cherchent le bien-être.

je vais demander l'ombre
tyrannique.

sylvestre, pour fuir

le soleil, maître

Miroitant

sous

maintenant est

Mais,

sous

le ciel clair, comme la

grande

mer

apaisée!

le ciel sombre, plus d'un marin

tempête ici périt...

dans la

�—

106

-

VI

CASTÈLALHON-PLAJA

A

Oraci, qu'Apollon salvèt de l'ambicion,

aiinat com son Tibur
Aquest polit canton de tèrra ont lo bonur,
Tal que se deu comprendre, es pas una iluzion.

Aurià segurament

res
que pel raibe e la contemplacion,
Ai vist enfin ma barca intrar al pòrt segur.

Nascut

Aici, per d'autres, jos cèl clar o cèl escur,
Se descadene 1' vent de manta òrra

Ieu,

pasion !

aquel folet serai pas trebolat,
qu'ai barba griza e qu'ai lo suc pelat
l'gauch que se crompa empoizona lo còr.

per
D'abord
E que

Yòli viure

en

darrièris estius
prezar mai qu'un trezòr,

repaus mos

E, tot paure que som,
Castèlalhon, ton Océan

e tos

ombrius!

�VI

CHÂTELA1LL0N-PLAGE

A

Horace, qu'Apollon préserva de l'ambition, aurait cer¬
comme son Tibur ce joli coin de terre

tainement aimé

bonheur, tel qu'on doit le

où le
une

comprendre, n'est pas

illusion.

le rêve et la contemplation, j'ai vu
barque entrer enfin au port bien abrité. Que pour
d'autres, ici, sous le ciel clair ou sombre, se déchaîne
le vent des basses passions !
Né seulement pour

ma

Moi, je ne serai pas
j'ai barbe grise et tête
empoisonne le cœur.

Je
vre

ton

veux

vivre

en

troublé par cet ouragan, puisque
chauve et que la joie qui s'achète

repos mes

je suis, priser plus
Océan et tes ombrages!

que

ultimes étés et, tout pau¬

qu'un trésor, Ghâtelaillon,

�-

108

—

YII

CLAR-SEJORN

Subre 1'

ribatge, lènh de

Castèlnòudari,
e sanitos !
Atal aurai tastat mai d'un moment plan dos,
Abant d'èstre estirat per sempre jol suzari.
mon

Potóna-me, vent larg tant fresc

Demest un fum de gents me sentir solitari,
Mirar l'onzada s'arborant cap al cèl blos,
Auzir la vots del Océan espectaclos,

Aquí sò qu'ara

A

com

lo

pan

m'es necesari.

Clar-Sejorn, ostal d'estiu per mon vielhum,
mius e me fa lum
pòrt al navigaire.

Crèma per ieu l'amor dels
Com un fanal mostrant lo

D'abòrd que mon presfait terrestre es
Ai plus, dabant la mar, qu'à demorar
E

qu'à flahutejar jos

mon

novèl teulat.

acabat,
soscaire

�109

—

—

VII

CLAIR-SÉJOUR

Sur le rivage, loin de mon
si frais et si salubre vent du

Castelnaudary, baise-moi,
large! J'aurai ainsi goûté
bien
doux,
avant d'être étendu pour
plus d'un moment
toujours sous le suaire.

milieu de la foule,

contempler
s'élevant vers le ciel pur, entendre la voix de
l'Océan grandiose, voilà ce qui maintenant comme le
pain m'est nécessaire.
Me sentir solitaire

au

la vague

A

Clair-Séjour, maison d'été

l'amour des

miens

me

phare montrant le port

Puisque

mon nouveau

au

et

pour ma vieillesse,
m'éclaire comme un

navigateur.

tâche terrestre est finie, je n'ai plus qu'à
devant la mer et qu'à jouer du flûteau sous

ma

être songeur

brûle

toit.

�-

110

-

VIII

DEMEST LAS FLORS

A dos cent pases

de la mar

descabestrada

cizampa enfuronida del ponent,
Dabant un ostalet, se vei un òrt plazent

Per la

Remirat per

las gents que fan la

Aquí, ròza, glaujòl,

ulhet e jiroflada

Mèsclan lor bona flaira à
Mentre

qu'en bronzinant

Al

de cada flor fa

sen

me

la frescor del vent,

l'abelhard insolent

longa potonada.

Ieu, la sarcleta en man
Per

pasejada.

pauzar un pauc

jol solelh estivenc,

del trabalh felibrenc,

vièlh còs dusc' à faire

Alasi

mon

Com

aquel claus tant agradiu me

Mas montaran
Se

nibols al cèl de

m'entrepren la languizon

suzada.

regaudis !

ma

pensada,

de mon païs...

�111

-

—

VIII

PARMI

LES FLEURS

A deux cents pas de la mer
furieuse du ponant, devant une

agréable jardin admiré

par

les

déchaînée par la rafale
maisonnette, on voit un

promeneurs.

Là, rose, glaïeul, œillet et giroflée mêlent leur bonne
odeur à la fraîcheur du vent, tandis
qu'en bourdonnant
l'insolent frelon fait de longs baisers au sein de

chaque

fleur.

Moi, le sarcloir en main sous le soleil d'été, pour me
reposer un peu du travail félibréen, je fatigue mon vieux
corps au

point d'être tout

Comme cet enclos si

en sueur.

agréable

nuages monteront au ciel de ma
saillir la nostalgie de mon pays...

réjouit! Mais des
pensée, si vient m'asme

�112

-

IX

DABANT UNA GARBA DE

RÒZAS

lauzar, ròzas polidas,
cantèt Anacreon !
Mas los bordons que meritatz, qui sab ont son?
Sorgas de mon engenh pels ans son ataridas.
Qu'auriai plazer de
Filhas

d'aquelas

vos

que

de las òrtas floridas
del Japon.
Pracò m'embelinatz, dins mon blanc ostalon,
Vos autras que prèp l'Atlantic ètz espelidas.
Segur, arribatz

pas

De l'Italia, de la Pèrsa o

Lo que mèscla son ama al perfum
Pòd dire que coneis sò que i a de

Subre la tèrra

pr' adocir

Garba rica de flaira

e

un pauc

d'una flor
milhor
la vida.

rica de beltat,

Tre que picarà l'ora ont te veirai
Reviuràs dins mon cor qu'as tant

marfida,
embrïaigat !

�IX

DEVANT UNE GERBE DE ROSES

Comme

j'aurais plaisir à vous louer, roses jolies, filles
chanta Anacréon ! Mais qui sait où sont les
vers
que vous méritez? Les sources de mon génie sont
taries par les ans.
de celles que

Certes,
de Perse

dans

ma

n'arrivez point des jardins fleuris d'Italie,
Japon. Pourtant vous me charmez,
blanche maisonnette, vous qui êtes écloses sur
vous
ou

les bords de

du

l'Atlantique.

Celui

qui mêle son âme au parfum d'une fleur peut
qu'il connaît ce qu'il y a de meilleur au monde pour
adoucir un peu la vie.

dire

Gerbe riche de

que

parfum et de beauté, dès que sonnera
je te verrai flétrie, tu revivras dans mon
tu as tant enivré !

ORAS

CANTAIRAS.

l'heure où
cœur

8

�—

114

—

X

SUBRE LA MORT D'UN GRILH

L'abiai destutat al prat de la Leza,
Ont am son cri-cri s'èra decelat.

vejèt lèu-Ièu engabiat,
plus auzit, tèrra Lauragueza !

Tant-ben s'i
E l'as

Tant que pozèt vam
De Castèlalhon, ont

dins l'aura tebeza

foguèt portat,
resontir
son
Faguèt
cant alertat,
Sens mostrar

jamai la mendra pigreza.

l'embrum maldit.
jorn, sanglasat,, còpsec amudit,
Trespasèt, pietat! lènh de son terraire...

Mas, prèp l'Océan, i a
Un

Adiu, brabe grilh, negre com jaiet,

Qu'as tant regaudit mon cor de trobaire
E que m'as quitat lo vint de julhet !

�—

115

-

X

SUR LA MORT D'UN GRILLON

Je l'avais fait sortir de
avec son

mis

en

trou

pré de la Lèze, où
s'y vit-il
l'as plus entendu, terre Laurason

au

cri-cri il s'était décelé. Aussi bientôt
cage, et tu ne

guaise !

Tant

qu'il puisa vigueur dans la tiède brise de Châtelaillon, où il fut porté, il fit retentir son chant alerte,
sans montrer
jamais la moindre indolence.

Mais„ près de

jour, paralysé

par

hélas! loin de

son

l'Océan, il y a l'embrun maudit. Un
le froid, soudain silencieux, il mourut,
terroir...

Adieu, vaillant grillon, noir comme le jais, qui as tant
réjoui mon cœur de poète et qui m'as quitté le vingt
juillet !

�—

116

—

XI

LO VIÈLH PESCA!RE

Lop de

mar cinquanta ans, — o se n' manca pas
Subre nombrozas mars se vejèt batsacat;

gaire,

Faguèt lo torn del monde, al temps qu'èra soldat;
Pèi, com los sius aujòls, se volguèt far pescaire.

Jol solelh

'Is embrums,

pèl usclada per l'aire_,
peis dins son fielat.
Mai d'un còp per la Mòrt se sentiguèt
fregat ;
Mas sempre del grand Gorg finiguèt per se traire.
Menèt

Ara

es

sa

e

barca

vièlh

e

e

trobèt

compren

qu'a plus lo pèd

segur.

En atendent d'anar dormir al cròs escur,
De l'alba al luscre trèva sol subre 1'

ribatge.

E, soscant als sius filhs qu'à-n-aquesta

ora son
Subre l'onzada enfuronida per l'auratge,
En alucant sa pipa agaita l'orizon.

—

�—

117

—

XI

LE VIEUX

PÊCHEUR

Loup de mer pendant cinquante ans, — ou
faut de peu, — sur de nombreuses mers il se

il s'en
vit se¬
coué; il fit le tour du monde, au temps où il était sol¬
dat; mais, comme ses aïeux, il voulut être pêcheur.

Sous le soleil et les
le vent du
son

la

dans

embruns, ayant la peau hâlée par

large, il dirigea

son

sa barque et trouva du pois¬
filet. Plus d'une fois, il se sentit frôlé par

Mort; mais il finit toujours par se tirer du grand

Gouffre.

Maintenant il est vieux

il

comprend qu'il n'a plus
pied sûr. En attendant d'aller dormir au noir tom¬
beau, de l'aube au crépuscule il erre sur le rivage.
et

le

Et, songeant à ses fils qui, à cette heure, sont

l'ouragan rend furieuse,

vague que
il observe l'horizon.

en

allumant

sur
sa

la

pipe

�-

118

-

XII

LOS SALVADORS

La

mar

tant

bêla

granda trahidora.
solelh, com un miralh vos emblauzis,
Vos refresca, vos brèsa e vos acostozis;
Pèi, dins un res, s'enfuronìs jos la tempora.
es

una

Jol clar

Malur als enfantons

qn'à-n-aquela mala ora
en
plen bolegadis !
Aquesta los capvira e los aprigondìs,
Se tròban dins l'onzada

E I'órra Mort

se

mostra

lèu triomfadora.

Mas, sui ribal del Ocean, los imprudents
Qualque còp son salvats pels marinièrs valents
Qu'an per mestièr de tene cap à la trumada.

0 Muza

d'Oc, qu'as inspirat los Trobadors,

A-n-un temps ont lo Crime es fièr de son
armada,
Sauras pas jamai pron lauzar los salvadors!

�XII

LES SAUVETEURS

La

si belle est

grande traîtresse. Sous le
soleil, elle est éblouissante comme un miroir, elle
rafraîchit, berce, caresse; puis, soudain, sous la tem¬
pête elle devient furieuse.
mer

une

clair

Malheur

aux

enfançons qui, à cette mauvaise heure,
la vague en pleine agitation! Celle-ci
les engloutit, et bientôt l'affreuse Mort

trouvent dans

se

les

renverse

et

apparaît triomphante.

Mais, sur le rivage de l'Océan, les imprudents sont
quelquefois secourus par les mariniers vaillants, dont le
métier est de tenir tête à l'orage.

0 Muse

d'Oc, qui as inspiré les Troubadours,
temps où le Crime est fier de son armée, tu ne
jamais assez louer les sauveteurs!

en un
sauras

�—

120

—

XIII

LOS TRES DROLLETS
DINS LA BARQUETA

Los

tres

drollets dins la

Jos lo cèl

blos,

com

barqueta

son montais.

la mâr siava lor agrada!

Cap al ponent veiran belèu nóva encontrada...
E lèu pel vent lènh de la tèrra son butats.

Los

tres

drollets tot d'un

còp son espaventats :
Una nibol al orizon s'es arborada.
Aici l'aura tge ! La barqueta es cap virada,
E tres cadavres sul ribatge sonjitats...

Los tres drollets subre l'onzada bresadora

Crezian pasar una jornada encantadora;
Mas n'an trobat que la trumada e que la

Gom los drollets

Mòrt.

embrïaigats per l'esperansa,
Quantas de gents sul Ocean del estrambòrd
Soscan pas gaire à la mala ora que s'abansa !

�—

121

—

XIII

LES TROIS PETITS ENFANTS
DANS LA PETITE

BARQUE

petits enfants sont montés dans la petite
barque. Sous le ciel pur, comme la mer calme leur
plaît! Peut-être verront-ils vers le ponant une contrée
nouvelle... Et bientôt par le vent ils sont poussés loin
Les trois

de la terre.

petits enfants sont soudain épouvantés : un
gros nuage s'est levé à l'horizon. Voici l'orage! La pe¬
tite barque chavire et trois cadavres sont rejetés sur le
rivage...
Les trois

Les trois

petits enfants croyaient

enchanteresse
trouvé que

sur

passer une journée
la vague berceuse; mais ils n'ont

la tourmente et

Comme les
de gens, sur

que

la Mort.

petits enfants enivrés d'espoir, combien
l'Océan de l'enthousiasme, ne songent

guère à la mauvaise heure qui s'avance !

�122

—

—

XIV

A-N-UN GAB1 AN

Subre 1'

ribatge, auca de mar,
Dont lo ventre tot blanc
rega
Venes t'apitansar d'un
Pèi

gabian rabent,
lo blos azur,
còp de bèc segur,
dispareises dins un res cap al ponent.

Vas, subre l'Atlantic, t'enfonzar dins lo vent,
Dins la fèra trumada

e

1' nibolum escur,

E lo còr del
Tre que

A l'ora

pescaire es comol de bonur,
viras sul peis que lo fielat atend.

ont

lo marin

se

pèrd dins la brumor,

Acò 's tu que seguis per trobar sens error
Lo pòrt, dont lo fanal à sos èlhs luzis
plus.

Poguèsi, ieu tant-ben, bèl auzèl salvador,
Quand claurai ma parpèlha al solelhenc trelus,
Veze l'ala que mena à l'etèrna claror !

�XIV

A UN

GOÉLAND

rivage, oie de mer, goéland rapide, dont le
blanc raie le pur azur, tu viens assouvir ta
d'un sûr coup de bec, puis tu disparais soudain

Sur le

ventre tout

faim
vers

le ponant.

l'Atlantique, t'enfoncer dans le vent, dans
obscurs nuages, et le cœur
du pêcheur est empli de joie, dès que tu tournoies sur
le banc de poissons que le filet attend.
Tu vas, sur

la sauvage

tourmente et les

perd dans la tourmente,
toi qu'il suit pour trouver sans méprise le port,
le phare ne luit plus à ses yeux.

A l'heure où le marin
c'est
dont

se

Puissé-je, moi aussi, bel oiseau sauveteur, quand je
ma paupière à l'éclat du
soleil, voir l'aile qui con¬

clorai

duit à la lumière éternelle !

�—

124

-

XV

CEMENTER]

MARIN

Dins la vièlha paret

lauzas son encastradas.
legis lo nom d'un espos car
Que dormis per totjorn al fonze de la mar,
Pr' aber volgut trevar dins lentanas contradas.
Subre

una se

Subre

una

autra, pietat! de letras mascaradas
filh que periguèt à Trafalgar...
Quantis malastres esclairèt lo grand Lugar
Bremban

un

Sus las onzadas per

l'Aguial descabestradas !

Ara dins lo cèl blau lo solelh

treluzis,
ribatge moris,
supresièrs cantan las moscairòlas,

Lo bruch del Océan sui
Demest los

Dementre que

dins tu s'auzison plorar fort
los drollets, las maires, las aujòlas,
marin qu'as pas mêmes un mort !

Las veuzas,

Cementèri

�XV

CIMETIÈRE MARIN

dans la vieille muraille.
d'un cher époux qui dort pour

Des dalles sont encastrées
Sur l'une

on

lit le

nom

au fond de la mer,
des contrées lointaines.

toujours

pour

avoir voulu errer en

l'autre, hélas! des lettres noircies rappellent un
qui périt à Trafalgar... Combien de catastrophes le
grand Astre éclaira sur les vagues déchaînées par l'Aqui¬
Sur

fils

lon!

Maintenant le soleil brille dans

le ciel bleu, la rumeur

le rivage,

les fauvettes chantent

de l'Océan meurt

sur

parmi les cyprès,

Pendant que
rin

dans toi viennent pleurer bien fort

les

les enfants, les mères, les aïeules, cimetière ma¬
qui n'as pas même un mort !

veuves,

�—

126

—

XVI

VAU PLUS SUBRE LA

PLAJA

Vau

plus subre la plaja ont son apareguts
qu'ai mes d'Agost quitan las vilas.
Castèlalhon es refofant d'autòmobilas,
Los novèls rics

E s'i

Ont

va

faire lo

anats

grand branle dels

escuts.

los

jorns tranquilles qu'ai viscuts,
ponentala mar, dabant las tiunas ilas
D'Oleron e de Re? Ont son, auras sutilas,
Vostres potons tant agradius del
larg venguts?
son

0

Ara,

com cèrqui pas lo gauch d'aquesta
Dins la contemplacion d'una anca

vida
arredondida,

Demori siau

Mas, tre
Aurà

Suis

e

soscador dins

mon

ostal.

1' femelan com un vòl d'irondèlas
fugit per mon solàs lènh d'aicital,
tius bòrds, Océan, dirai cantas novèlas!
que

�—

127

-

XVI

JE NE VAIS PLUS SUR LA PLAGE

Je

ne

veaux

vais

riches

Châtelaillon

plus sur la plage où sont apparus les nou¬
qui, au mois d'août, quittent les villes.
est débordant d'automobiles, et on va y

faire la danse des écus.

Où sont allés les

jours tranquilles que j'ai vécus, ô
occidentale, devant tes îles d'Oléron et de Ré? Où
sont, brises subtiles, vos baisers si agréables venus du
large?
mer

Maintenant,
vie dans la
reste

seul et

comme je ne cherche pas la joie de cette
contemplation d'une hanche rebondie, je
songeur dans ma maison.

Mais, dès que, tel un vol d'hirondelles, femmes et fil¬
les auront fui loin d'ici pour ma satisfaction, sur tes
bords, Océan, je dirai des chants nouveaux!

�128

—

—

XVII

DABANT L'OCEAN

En

agaitant lo va-e-ven de las

Oue subre '1s

rocs

onzadas

à tot moment se van

trisar,

de sal me laisi caresar,
qu'à tot azard landrejan mas pensadas.

Pel vent, cargat
Mentre

Sortidas de la
De votses

mar e

jamai alasadas,

d'espavent me venon sanglasar.

Om dirià de Titans sui
De renées de

punt de trespasar,
damnats, de gemècs d'aveuzadas.

Perdut demest

aquel tronant bolegadìs,
nèit ai tant treboladis
lo mendre mot de sò que

Duscas à negra

Que tròbi pas

Dins

un

tal bruch que

Totas las rimas d'Oc

pensi.

vendrià far lo Vèrbe uman?

valdrian pas mon

E, mut, escoti las clamors

del Océan.

silenci,

�129

-

—

XYII

DEVANT L'OCÉAN

En

contemplant le flux

et le reflux des
vagues

qui à
rochers, je me
laisse caresser par le vent
chargé de sel, tandis qu'à
tout hasard mes
pensées vagabondent.
tout

moment vont se

Sorties de la
vante

viennent

pulvériser

sur

les

jamais fatiguées, des voix d'épou¬
terrifier. On dirait des Titans sur le

mer et
me

point de trépasser, des blasphèmes de
réprouvés, des
gémissements de veuves.

Perdu dans

cette tonnante

agitation, je suis dans un
grand trouble jusqu'à la nuit noire que
je ne trouve
pas le moindre mot de ce
que je
si

pense.

Que viendrait faire dans
main? Toutes les rimes d'Oc

lence,

et, muet,

un

tel bruit le Verbe hu¬

ne

vaudraient pas mon si¬
de l'Océan.

j'écoute les clameurs

9

�—

130

—

XVIII
LA MAR PARLA

parla. Sa vots, tant cara al vièlh Omèra,
s'alasar pr' asabentar los vius.
Lo grand Gorg en rumor es la boca de Dius,
E sò que dis atal resontis sus la tèrra :

La Mar
Clama

sens

comprendràs, Umanitat leugèra,
foguèri lo brès, als sècles primitius?
S'envòlan los ibèrns, las primas, los estius,
Rabents com los gabians subre l'onzada fèra.

—

Ouora

me

Dont

s'amudis. Mon flus e mon reílus
plus tard s'auziran plus,
plaja en van esperarà l'aiga salada.

Tot pasa e

Jol solelh atudat
La

Pèi vendrà 'n temps ont aquest monde
Sos tròses viraran jos la vota estelada,
E

res

n'es res! La Gauza etèrna,

sola,

serà rot;
es

tot!

—

�XVIII

LA MER PARLE

La Mer
clame

parle. Sa voix, si chère au vieil Homère,
lasser pour instruire les vivants. Le grand
rumeur est la bouche de Dieu, et ce
en
qu'il

sans se

Gouffre

dit retentit ainsi

sur

la terre

:

Quand me comprendras-tu, Humanité légère, dont
je fus le berceau, aux siècles primitifs? Les hivers, les
printemps, les étés s'envolent, rapides comme les goé¬
lands sur la vague furieuse.
—

Tout passe et

tombe dans le silence. Plus tard, mon
ne s'entendront plus sous le soleil, la
plage attendra en vain l'onde salée.

flux et

Puis

mon

reflux

temps viendra où notre monde sera détruit;
sous la voûte étoilée, et rien n'est
rien! La Cause éternelle, seule, est tout! —
ses

un

débris tourneront

�132

—

—

XIX

AL ATLANTIC

Lo torni
Dont la

saludar, l'Atlantic amargant,
granda rumor jamai n'es amaizada,

E veni retrobar dins lo bruch de l'onzada

Gom

un reson

potent de

Son embrum fa

Que

soscar

mon

còr bategant.

al alen d'un

gigant.

gauta a frescor quand pr'el es caresada !
Ara cap al ponent s'envòla ma
pensada,
ma

Tala à travèrs

lo^cèl

una

ala de gabian.

0 gorg espectaclos dels
peises que
Miralh ont las nibols e 1' solelh se
Me

pòdi plus

Per

de te

veze

cada

an

!

respondre à ta vots qu'eternalament clama,
ma
lenga d'Oc qu'ai volgut, Ocean,
dire ma canson del prigond de mon ama!

Es dins

Te

pasar

baralhan,
miralhan,

�—

133

—

XIX

A

L'ATLANTIQUE

Je le salue de nouveau,

l'Atlantique amer, dont la
s'apaise, et je viens retrouver

grande

rumeur jamais ne
dans le bruit de la vague comme un
mon cœur

puissant écho de

palpitant.

Son embrun fait songer au

souffle d'un géant. Comme
par lui elle est caressée!
Maintenant vers le ponant ma pensée s'envole, telle à
travers le ciel une aile de goéland.
ma

joue est fraîche quand

0

prodigieux gouffre des poissons grouillants, miroir
nues et le soleil se
mirent, je ne peux plus me
passer de te voir chaque année!

où les

Pour

c'est
ma

en

répondre à ta voix qui clame éternellement,
ma
langue d'Oc que j'ai voulu, Océanj te dire

chanson du fin fond de

mon

âme !

�y

LO FLAHUT D'AMOR

�V

LE

FLÛTEAU

D'AMOUR

�136

—

—

I

LO CANT D'ERÒS

—

Som

l'eternal, lo sobeiran, lo dius dels diuzes !
lugars e las flors me debon lor beutat;

Los

Serai

sens

finicion sò que som sempre estat :

Congrelhaire del gauch

Triomfi dins lo

vent e

e

dels raibes graciuzes.

dins

l'aiga dels riuzes.
còps uros lo que se ramba à mon costat!
Mas, se som benfazent, maldisi sens pietat
Aquels que de potons son tròp avariciuzes.
Tres

Pastres de Tesalia
Sian lauzats

Gobèrna los

Cèl

e

Sola,
E tot

preires de Pafòs
pr' ensenhar dins lors cantas qu'Eròs
umans, las bèstias e las plantas!
e

Tèrra, auzisètz ma potenta clamor!
ma lei bandís las oras dezolantas,
es van

dins

Funivèrs,

sonque

l'Amor !

—

�—

137

—

I

LE CHANT

D'ÉROS

Je suis

l'éternel, le souverain, le dieu des dieux!
me doivent leur
beauté; je serai
toujours ce que j'ai toujours été : le créateur de la joie
et des agréables rêves.
—

Les astres et les fleurs

Je

triomphe dans le

vent et dans l'eau des ruisseaux.

Trois fois heureux celui

qui se range de mon côté!
Mais, si je suis bienfaisant, je maudis sans pitié ceux
qui se montrent trop avares de baisers.

Bergers de Thessalie et prêtres de Paphos soient
dans leurs chants qu'Éros gou¬
bêtes et les plantes !

loués pour enseigner
verne les humains,
les

Ciel
ma

dans

et

Terre, entendez

loi chasse les heures

puissante clameur! Seule,
désolantes, et tout est vain

ma

l'univers, sauf l'Amour!

—

�138

-

—

II

HIC VER PVRPVREVM

Subre lo

larg riban del Zodiac celenc,

Lo Marre acalorit al orizon s'arbora ;
L'afros Ibèrn

ven

de

Del Amor sobeiran

fugir, e torna Fora
jol trelus solelhenc.

Selenè, qu'apareis dins lo cèl estelenc,
De

Endimion endormit s'endolora ;

veze

Gibèla

rezurgida es com una pastora
Alangorida tot lo vèspre sui pelhenc.
»

Com antan lo

Giclòp soscant à Galatèa,
viu n'a dezenant res qu'una idèa
grand Poton, ne deguèse morir.

Tot sò que

Faire lo

Tot còr s'aflamba

suplicanta ;
tebeza dins los camps, e van florir
Los rozièrs porporats de la carn bateganta !
L'aura

es

e

tota vots es

�II

VOICI LE PRINTEMPS MAGNIFIQUE

large ruban du Zodiaque céleste, le Bélier
plein d'ardeur se lève à l'horizon ; l'affreux Hiver vient
de s'enfuir, et revient l'heure de l'Amour souverain
Sous le

sous

l'éclat du soleil.

Sélénéj qui apparaît

dans le ciel étoilé, souffre de voir

Endymion endormi; Cybèle renaissante évoque une
bergère tout le soir langoureuse au milieu du gazon.

Comme antan le

Cyclope songeant à Galatée, tout ce
qui vit n'a désormais qu'un seul désir : faire le grand
Baiser, au risque d'en mourir.

Tout

rosiers

s'enflamme et toute voix est

suppliante;
champs, et vont fleurir les
empourprés de la chair palpitante !

la brise

cœur

est

tiède dans les

�-

140

-

III

LO

JOVENT CANTA

Remembra-te lo vièlh

adagi, ma Mestresa !
Tal vòl pas far
quand pòd que pòd pas far quand
E laisa-me penjar mos brases à ton
còl,

—

«

Tu, qu'as dins los vistons ardors d'una tigresa!

Oc vezi

plan : seràs de fòc à ma caresa,
Polida flor de carn, dont som lo
parpalhòl !
Del dos mèl dels tius
pots, ne farai un
Es

sus

ta

boca

rigòl;
qu'es la dots d'embrïaiguesa.

Afanem-nos ! L'ora que pasa torna plus.
Intrem
Ara

sens

mai

muzar

qu'abèm dins

al

temple de Venus,

nostre còr la sang rozenta !

Los bèls vint ans, em
pleguem-los

à

nos

carir!

Faguem del fruch d'amor la culhida plazenta
E visquem de potons
duscas à ne morir ! —

vòl !

»

�III

LE JEUNE HOMME CHANTE

Rappelle-toi le vieil adage, mon Amante! « Tel ne
quand il peut qui ne peut quand il veut », et laissemoi suspendre mes bras à ton cou, toi,
qui as dans les
yeux l'ardeur d'une tigresse !
—

veut

Je le vois bien

: tu seras de feu à ma
caresse, ô belle
fleur de chair, dont je
suis le papillon ! Je me rassasierai
du doux miel de tes lèvres
; c'est sur ta bouche

qu'est

la

source

de l'ivresse.

Hâtons-nous donc ! L'heure qui fuit ne revient
Entrons
nant
cent

plus.
plus tarder au temple de Vénus, mainte¬
dans notre cœur nous avons sang incandes¬

sans

que
!

Les beaux

vingt ans, employons-les à nous chérir Í
Faisons du fruit d'amour
l'agréable cueillette et vivons,
de baisers au
point d'en mourir ! —

�IV

LA FEMNA

LA DESTINADA DE

angèla envolada del cèl,
quicòm de mai qu'umana creatura,
A tots sos dons de poderoza encantadura
Se vendrian ajustar las alas del auzèl.

Se la Femna èra
S'èra

Las

vièrges

que

pintrèt lo diuzenc Rafaèl

Sèrvan subre lor front serafica ondradura ;

Pracò 1' trelus
Es

res

que

rajant de lor regardadura

l'òbra remirabla d'un pincèl.

Com cal lo

grand solelh per espandir la ròza,
dins una clastra escura com la cróza
Ou'una joventa deu rebondre sa belor.
Es pas

Quand Dius faguèt
E li donèt
Es que

un

son cor

tant blos e tant
Amor,

aimaire

còs destinat al

volià que devenguèse

espoza e

maire.

�IV

LA.

DESTINÉE DE LA FEMME

Si la Femme était

ange envolé des cieux, si elle
plus qu'une créature humaine, à tous ses dons de
puissant enchantement viendraient s'ajouter les ailes de
un

était

l'oiseau.

Les
sur

vierges

leur front

que

peignit le divin Raphaël

séraphique

conservent

le vif éclat
issu de leur regard n'est
que l'œuvre admirable d'un
pinceau.

Comme il faut le

parure; pourtant

grand soleil

pour faire épanouir les
cloître obscur comme un
tombeau qu'une jeune fille doit ensevelir sa beauté.

roses,

ce

n'est pas dans

Lorsque Dieu fit

un

son cœur si pur et si aimant et lui
destiné à l'Amour, c'est qu'il voulait
qu'elle devînt épouse et mère.

donna

un

corps

�—

144

—

V

1D1LA PACANA

Per

veze

Lo Guilhaumet que
E

sosca

fait mai d'una lèga
cèrca à se maridar lèu

la Marion, a

qu'à la bêla agradarà belèu,
es potent dins son còr que batèga.

Tant l'amor

femna aprèp los trabalhs de la sèga,

L'aurà per

Se, dusc' aquí, degun li ven pas far rampèu...
Remiratz subre l'ièra aquest plazent tablèu :
Dos

promezis dansant al son de la bodèga!

Mas la nèit

Cal

es

tornar am

Mentre que

venguda e se finis lo bal.
regrèt cadun à son ostal,

s'auzis plus

que

1' clam de la cabèca.

Alavets, espertant los auzèls sul boison,
Un

poton

resontis jos la luts pallifèca

De Selenè soscant al bel Endimion...

�IDYLLE

RUSTIQUE

Pour voir la

Marion, il a fait plus d'une lieue, le Guillaumet, qui cherche à se marier bientôt et songe qu'il
plaira peut-être à la belle, tant l'amour est puissant en
son cœur
qui palpite.

Il l'aura pour

femme après les travaux de la moisson,
ne vient le supplanter... Admirez sur
agréable tableau : deux promis dansant au

si, jusque là, nul
l'aire
son

cet

de la

cornemuse !

Mais la nuit

est venue et

regret chacun revienne à

le bal

est

fini. Il faut

qu'avec

maison, tandis qu'on n'en¬
tend plus que le cri de la chouette.
sa

Alors, éveillant les oiseaux
retentit

sous

la clarté

le

buisson, un baiser
pâle de Séléné songeant au bel
sur

Endjmion...
xo

�—

146

-

VI

DOS

ASTRES

mas non pas encara la nèit clauza.
Respirabi còsta Ela un buf d'aire leugèr
Imprenhat del perfum capitos del viulhèr,

Èra nèit,

E soscabem tots dos à la

Pòts

meteisa

cauza.

amudits, faziam sul pelhenc longa pauza.

dangèr

Pels que s'aiman, parlar es sobent un
E se far de potons es abastant mestièr.
L'Amor es un drollet tant polit, quand non g-auza

Lèu-lèu sul nostre cap
Mentre

qu'un rosinhòl

Se mostrèt la claror de

emmantelat d'ombrum,
can taba

E, tot d'un còp, suis èlhs
Se

de

pauzèt, los cambiant en

La luts del estelum

dins l'arbrum,

la luna novèla.

mon Aimada un rai
dos astres... Jamai

m'a paregut tant

bèla !

!

�—

147

—

VI

DEUX

ASTRES

C'était la
rais
fum

nuit, mais pas encore la nuit close. Je respi¬
près d'Elle un léger souffle d'air imprégné du par¬
capiteux du violier, et nous songions tous deux à la

même chose.

Silencieux, nous nous reposions longuement sur le
Pour ceux qui s'aiment, parler est souvent un
danger et se faire des baisers est œuvre suffisante.
L'Amour est un enfant si joli, quand il n'ose!

gazon.

Bientôt

notre tête

que l'ombre enveloppait, tandis
qu'un rossignol chantait dans la ramure, se montra la
sur

clarté de la lune nouvelle.

Et, soudain, dans les yeux de l'Aimée un rayon se
posa, les changeant en deux astres... Jamais la lumière
des étoiles ne m'a paru si belle !

�148

-

—

VII

LO VIN

Butada
La

nau

D'AMOR

pr' un bon vent sus l'onzada amarganta,
rabentament quita I' pòrt de Dublin,

E lo

copie que porta i tasta lèu un vin
Que li crèm^ lo cór plan mai que la garganta.

Ara, Izèut e Tristan an l'ama bateganta
E, debrembànt la mar e tot son remolin,
Soscan

qu'à lor pasion, qu'à-n-aquel fòc malin
embrïaiganta.

Ou'èra escondut dins la licor

Laisant lènh darrièr tu l'orizon

ponental,
bastiment, perquè t'afanas donc atal?
Pels dos amorozits vendran pron lèu las
penas...
Bèl

Lo fòc

qu'ara los crèma

E cambia

en

tal brazàs

es tant viu e tant fòrt
lo sang de lors venas

tot

Que 1' podran atudar que dins l'etèrna Mòrt.

�VII

LE

VIN

D'AMOUR

Poussée par un bon vent sur les vagues
nef rapidement s'éloigne de Dublin, et

amères, la

le couple qu'elle

emporte y goûte bientôt un vin qui lui brûle le
bien

plus

que

cœur

le gosier.

Maintenant, Yseult et Tristan sont dans un grand
trouble et, oubliant la mer et son déchaînement, ils ne
songent

qu'à leur passion, qu'à ce mauvais feu qui était
liqueur enivrante.

caché dans la

Laissant derrière toi l'horizon occidental, beau navire,

pourquoi te hâtes-tu ainsi? Pour les deux
assez

amoureux

tôt viendra la souffrance...

Le feu

qui maintenant les consume est si vif et si fort
change en un tel brasier tout le sang de leurs'veines
qu'ils ne pourront l'éteindre que dans l'éternelle Mort.

et

�—

150

—

VIII

RÒZA MÒRTA

LA

Filha d'un bèl rozièr

flor,
parpalhòl caresada,
Acolorida e perfumada,
Visquèt que la mitat d'un jor.
Per

en

un

Culhida per sa grand belor,
Triomfèt sui sen d'una aimada,
Pèi

se

Dins

vejèt abandonada

un

libret de

cants

d'amor.

Dempèi, la flor subrepolida
S'es asecada e s'es blazida,
Ajent aquí son atahut.

E

l'aura, gemegant

òrta,
qu'es escondut
blos d'aquela mòrta.

Dis lo tristum
Dins lo còr

per

�VIII

LA

ROSE MORTE

Fille d'un beau rosier
colorée et

fleuri, caressée par un papillon,
parfumée, elle ne vécut qu'une demi-journée.

Cueillie pour sa
sein d'une amante,

dans

un

grande beauté, elle triompha sur le
puis elle se vit bientôt abandonnée

livret de chants d'amour.

Depuis, la plus jolie des fleurs s'est desséchée et s'est
flétrie, ayant là son tombeau.

Et la

brise, gémissant à travers la campagne^ dit la
cœur pur de cette morte.

tristesse cachée dans le

�IX

AL CANTAIRE DE

CINTÌA

Per

qualquas rièits d'amor que te donèt Cintia,
quantis de torments paguères ta pasion!
Coin tot amorozit, abiàs la
pretencion
De

D'enclaure dins

ton

Ailàs!

bêla

mestresa

De trahir lo que
Sab qu'ambe un
E 's

Se

pr'acò

ton

que

còr duradisa

alegria.

sobent

felonia;
l'aima a malastros bezon;
caud potet pòd ganhar son perdon,
se plai dins la bistòrta via.
a

aimada

foguèt cauza de tos mals,
T'inspirèt saquelà de bordons immortals
Qu'ai legits plan sobent dins un ombros boscatge.

Mas ieu, qu'en
Lauragués som un pauc
Se dels fòcs de Venus abiai
pas pasat
Voldriai pas ton engenh al

cantador,
l'atge,
prêts de ta dolor!

�IX

AU CHANTRE DE CINTHIE

Pour

quelques nuits d'amour que te donna
de combien de tourments tu payas ta passion!
tout

amoureux,

ton cœur

tu

la durable

Cinlhie,
Comme
avais la prétention d'enfermer en
allégresse.

Hélas! maîtresse belle est

infidèle; elle a le
qui l'aime ; elle sait qu'avec
un chaud baiser elle obtiendra son
pardon, et c'est pour¬
quoi elle se complaît dans la voie tortueuse.
souvent

funeste besoin de trahir celui

Si ton aimée fut la

cependant des
dans

un

Mais

de tes maux,

vers immortels que
ombreux bocage.

moi, qui

elle t'inspira
j'ai lus bien souvent

Lauraguais suis un peu poète, si des
je n'avais dépassé l'âge, je ne voudrais
ton génie au prix de la douleur !

feux de Vénus
pas

cause

en

�X

LA FONT DE SANT-BERTOMIU

I

a

dins

un

prat d'Occitanìa una font bêla

Ont

aquels qu'an vint ans pozan aiga d'amor.
L'ombra i apara, tot l'estiu, de la calor;
S' i vei milanta flors demest l'èrba novèla.

Manta
E

se

Acò

joventa i va culhir la pimpanèla
n' entorna ambe sul front una rojor...

se

pasa

atal dins aquel terrador;

Mas, aprèp lo grand gauch, ven la tristor crudèla.

Al temps
De l'aiga

lentan de ma cremanta joventut,
dels potons, mai d'un còp n'ai begut,
M'embriaigant suis pòts d'una amiga carida.

ara qu'es de nèu ma barba de
Dels raibes fadorlencs ai l'ama plan

Mas,
E

rajas plus

per

romiu,
garida,
ieu, font de Sant-Bertomiu !

�-

155

—

X

LA FONTAINE DE

SAINT-BARTHÉLÉMY

pré d'Occitanie est une belle fontaine où
qui ont vingt ans puisent l'eau d'amour. Tout l'été,
l'ombre y garantit de la chaleur ; on y voit des milliers
de fleurs parmi l'herbe nouvelle.
Dans

un

ceux

Mainte
revient
dans
tesse

ce

cueillir la pâquerette et en
front... Cela se passe ainsi
terroir; mais, après la grande joie, vient la tris¬
jouvente

avec une

cruelle.

Au temps
des
sur

v va

rougeur au

lointain de ma jeunesse enflammée, de l'eau
d'une fois j'en ai bu, m'enivrant

baisers, plus

les lèvres d'une amante chérie.

Mais, maintenant qu'est de neige ma barbe de pèlerin,
j'ai l'âme bien guérie, et tu ne coules

des rêves libertins

plus

pour

moi, fontaine de Saint-Barthélemy !

�—

156

-

XI

LO BLOS AMOUR

Polets de fòc subre

boca

arrozentida,
tindar, als mius florits vint ans
Com me parlan de tu mos remembres
lentans,
Fèbre que renaisiàs tre qu'èras amortida !
Com

vos

una

ai fait

!

L'amoroza

pasion, à tal punt l'ai sentida
Qu'a sobent aflambat mos bordons occitans
E,
Se

.

tant que me

veirai al nombre dels Umans,
pòd plan que ma carn per ela sià mordida.

Mas

quand, tal

un

batèu qu'es intrat dins lo pòrt,

Aurai trobat segur
refugi dins la Mòrt,
Aura 'nfin lo repaus lo miu còs en

polvèra.

N'ajent plus dins lo còr devoranta cremor
E gandit dels plazers
que dona aquesta tèrra,
Es alavets que
1' conestrai, lo blos Amor !

�XI

LE PUR AMOUR

bouche brûlante, comme

je
vingt, ans fleuris ! Comme
me
parlent de toi mes lointains souvenirs, fièvre qui te
ravivais dès que tu t'étais apaisée!
Baisers de feu

vous

La
a

une

en

mes

amoureuse, à tel point je l'ai sentie qu'elle
enflammé mes vers occitans, et, tant que je se¬

passion

souvent

rai

sur

ai fait retentir

au

nombre des

chair par

Humains, il

se peut

bien

que ma

elle soit mordue.

Mais

lorsque, tel un vaisseau qui est entré au port,
j'aurai trouvé un bon refuge dans la Mort, mon corps
en poussière aura enfin le repos.

N'ayant plus dans le .cœur brûlure dévorante et pré¬
plaisirs que donne cette terre, c'est alors que
je le connaîtrai, le pur Amour!
servé des

�4

VI

AL TEMPS

ANTIC

�VI

AU TEMPS

ANTIQUE

i

�-

160

-

I

LOS ANCIANS DIUZES

morts los diuzes de l'Ellada,
E, per aquel que va, lènh del trigòs uman,
Mirar lo ponent d'aur, à solelh trascolant,
Se mòstran un per un dins la vota estelada.
Son pas encara

Vejatz ! lor vièlha glòria aquí s'es etsilada :
Sempre amoros, Mars à Venus balha la man;
Treluziguèron ièr, treluziran deman.
Sol, Pan es demorat sus la tèrra enneblada.

èime siague afric
à la vots del garric,
armonia am tota cauza.

Acò 's bastant per que mon
Al mormol de la sorga,
E

se

sentigue

en

Olimp pron grand
la luts diuzenca qu'es enclauza

L'acrin de la Pensada
Per contene
Dins

l'Espaci 'nfinit

e

es un

lo Temps sobeiran.

�I

LES ANCIENS

Ils

ne

sont

pas encore morts,

DIEUX

les dieux de FHellade,

et, pour celui qui va, loin des préoccupations
humaines,
admirer le ponant d'or, au coucher du
soleil, ils se
montrent tour à tour

dans la voûte étoilée.

Voyez! leur vieille gloire là s'est exilée : toujours
amoureux, Mars donne la main à Vénus; ils brillèrent
hier, ils brilleront demain. Seul, Pan
terre

Gela suffit pour que mon
esprit
mure de la
source, à la voix du

harmonie

Le

est

demeuré

sur

la

nébuleuse.

avec

sommet

toute

soit attentif
chêne, et se

au mur¬

sente

en

chose.

de la Pensée est

Olympe assez grand
la divine lumière qui est enclose dans
l'Espace infini et le Temps souverain.

pour contenir

un

�II

PREGARIA A DIANA

Te vòli

suplicar dins

0 filha de
Se

pòd

Qu'es

pas que

un

mon

parlar rústic,

Latona, asostaira Diana !

siàs sorda à la lenga Occitana,
reson del Ionian antic.

lentan

pacifie
totjorn à tota glòria vana!
Manten mormols al riu rajant demest la plana,
Lo perfum à la flor e la fòrsa al garric !
Lo còr

uman se

mòstre enfin còr

E barrat per

tropòl, gracia à tu, s'engraise dins la prada;
tròp sofrir sià delibrada;
L'auzèl, per te lauzar, entone sa canson !
Lo

La molhèr prens sens

emplenar sa tina,
finit la segazon,
jol solelh l'Ama Latina !

Fai que lo païzan pògue
Tre que dels blats aurà
E lèu triomfe

�II

PRIÈRE

Je

A DIANE

supplier en mon parler rustique, ô fille
Latone, Diane protectrice! Il ne se peut que tu sois
sourde à la langue Occitane, qui est un lointain écho de
l'Ionien antique.
te

veux

de

Puisse le
fermé pour
murmure

cœur

humain

se

montrer

enfin

pacifique et

toujours à toute vaine gloire! Conserve le

au

ruisseau

fum à la fleur et la

qui coule dans la plaine, le
puissance au chêne !

par¬

Que, grâce à toi, le troupeau s'engraisse dans la prai¬
rie; que la femme enceinte soit délivrée sans trop souf¬
frir; que, pour te louer, l'oiseau entonne sa chanson!

Fais que
aura fini la

le

paysan

puisse remplir

sa cuve,

moisson, et que bientôt triomphe

leil l'Ame Latine !

dès qu'il
le so¬

sous

�—

164

—

III

LA MORT

Subre

un

Dona lo

D'ORFÈU

rocàs de Trasa Orfèu l'Encantador

vam

als

planhs de

son ama

entrumada.

La selva
per I'auzir amudis sa ramada
E lo ferum es
pertocat de sa dolor.

La Nimfa dabant el esconde

Atude 1' fòc secrèt dont

se

sa

belor!

sentis cremada !

Dempèi qu'es despartit de sa molhèr aimada,
Lo cantador d'engen vòl azirar l'Amor.

Mesprezadas per el, las Bacantas ferojas
L'abocinejan, e lors mans son totas rojas
Del sang d'Aquel
qu'entonèt tantas de cansons...

Auzisètz! Dins l'Ebrus

una

grand clamadisa

Ara sortis d'un cap copat, e los
resons
Dizon subre 1' ribal :
Euridisa ! Euridisa !
—

—

�—

165

-

III

LA MORT

Sur

libre

un

rocher de Thrace

cours aux

D'ORPHÉE

Orphée l'Enchanteur donne

lamentations de

son

âme assombrie. La

l'entendre apaise sa ramure et les bêtes féro¬
compatissent à sa douleur.

forêt pour
ces

Que la Nymphe cache sa beauté devant lui! Qu'elle
éteigne le feu secret dont elle se sent consumée ! Depuis
qu'il est séparé de sa compagne aimée, le chantre de
génie veut détester l'Amour.

lui, les Bacchantes farouches le mettent
leurs mains sont toutes rouges du sang
qui entonna tant de chansons...

Méprisées
en

par

morceaux, et

de Celui

Écoutez! Dans l'Hébrus maintenant
meur

sort

rivage

:

d'une tête

—

grande cla¬
coupée, et les échos disent sur le

Eurydice! Eurydice!

—

une

�—

166

—

IV

ILÀS

Tre que

1' jovent aimat pel fìlh d'Amfitrion,
Que ten masa pezuga e l'arc de Meotida,
A desbarcat sul ribal de la
Propontida,
Va pozar d'aiga dosa à-n-una clara font.

De

son

malastros

n'a

gaire presentida :
gracia à-n-el, los companhs de Jazon,
lo solelh s'esconde al orizon,
lo plazer de la set escantida.
sort

Sosca que,
Abant que
Sentiran

S'abansa de la

dots, e sab pas qu'aquì
Las nimfas Eunicè, Malis e Niqueià.
Caduna.,

en

i

a

lo vezent, se n'es amorozida...

Ara, al fonze del gorg es atirat, ailàs!
E sa flor de jovensa es tot d'un
còp blazida,
Mentre qu'Alcid clama jol cèl : — lias ! Ilàs !

—

�—

167

—

IV

HYLAS

Dès que

le beau jeune homme aimé du fils d'Amphi¬
tryon qui tient massue pesante et l'arc de Méotide, a
débarqué sur le rivage de la Propontide, il va puiser de
l'eau à

une

Il n'a

claire fontaine.

guère le pressentiment de son malheureux sort :
à lui, avant que le soleil se couche,
Jason sentiront le plaisir de la soif

il songe que, grâce
les compagnons de

étanchée.

s'approche de la source, et il ignore que sont là les
nymphes Eunicé, Malis et Nykheia. Chacune, en le
voyant, s'énamoure de lui...
Il

sa

Maintenant, hélas ! il est attiré au fond du gouffre, et
fleur de jouvence est flétrie soudain, pendant que

sous

le ciel Alcide clame

:

—

Hylas! Hylas!

—

�—

168

—

Y

ERACLÈS

A STIMFALA
A

mon

amie, îo

grand escalpraire

E. Antoni Bourdelle.

Ven de

menar

à-n-Euristèu lo

pòrc-singlar,

E, jamai las, vòl perseguir l'òbra entrepreza.
Acò's pas el que farà
pròba de pigreza
Dabant aquels que lo
dangèr fa recular.

Agaitatz donc lo filh d'Alcmèna
Suis bords del lac

e

remiratz

Los auzelases que tant son
La perdran lèu,

randolar

son

ufaneza!

de mala

preza

l'enveja qu'an de s'envolar.

Lo
Lo

pèd esquèr piejat al cimèl d'una ròca,
genolh dreit pel sòl, una man que s'encròca

Al nèrvi dur d'ont la sageta
va

partir,

L'Eròs

seguis dins las nibols las negras alas
Oue, totas, van sus las onzadas s'enretir,
E 1'

gauch jol cèl

monta en clamors universalas!

�—

169

Y

HÉRACLÈS

A STYMPHALE

A

mon

ami, le

grand sculpteur

E. Antoine Bourdelle.

Il vient d'amener le

sanglier à Eurysthée, et, inlas¬
sable, il veut continuer l'œuvre entreprise. Ce n'est pas
lui qui fera preuve de paresse devant tous ceux que le
danger fait reculer.

les bords
oiseaux si
perdront bientôt l'envie de s'envoler.

Regardez donc le fils d'Alcmène
du lac et admirez

sa

difficiles à capturer

errer sur
belle fierté ! Les grands

^

Le

pied gauche appuyé au sommet d'un rocher, le
genou droit à terre, une main qui s'accroche au nerf
rigide d'où la flèche va partir,

Le Héros suit dans les nuages

les noires ailes qui s'en
les vagues, et la joie monte

vont, toutes, se raidir sur
sous le ciel en des clameurs universelles !

�170

—

-

VI

OMFALA

Dabant la Lidiana

plegat lo genolh
qu'escanèt lo lion d'Argolida.
pels vistons de la rèina polida,
a

Lo valent
Enfadat
Com

una

femna vira 1' fus

e

lo trezolh.

Aquela qu'aima l'encadena à son pecolh.
Ouna pietat! sa descazensa es
plan complida.
Tota sa fòrsa, dins un lèit l'a sebelida
E de plazer e de
vergonha fa 'n sadolh.

Li parletz plus de sas dotze òbras eroïcas!
Res que. per sa pasion
a pensadas africas,
Ara qu'un fiel de lana es
pezuc à sa man.

Dempèi qu'a renegat sa vida triomfala,
sa
gorrina es devengut un gorriman,
E sa glòria, la met dins los
potons d'Omfala...,
Am

�171

—

—

VI

OMPHALE

Lydienne a plié le genou le vaillant qui
étrangla le lion d'Argolide. Affolé par les yeux de la
reine jolie, comme une femme il tourne le fuseau et le
Devant la

dévidoir.

qu'il aime l'enchaîne auprès de sa couche. Quelle
pitié! sa déchéance est bien réelle. Toute sa force, il l'a
ensevelie dans un lit, et il se ràssasie de plaisir et de
Celle

honte.

parlez plus de ses douze travaux héroïques!
passion qu'il a pensées ardentes,
maintenant qu'un fil de laine est lourd à sa main.
Ne lui

Ce n'est que pour sa

Depuis qu'il a
rendu libidineux
les baisers

renié

sa

comme

d'Omphale...

vie triomphale, sa gouge l'a
sa gloire, il la met dans,

elle, et

�VII

L'ORA DELS EGIPANS

De l'aire atebezit
que

S'escapan siavament
Las ardors del estiu

frèga lo felhum
embrïaigantas ;
son tant
ablazigantas

sentors

Que s'amudis dins los bartases l'auzelum.

Lo bestial

acaumat se

rescond al ombrum ;

Jols negres
E s'auzis

Suis

pins son endormidas las Bacantas,
plus que las cigalas bronzinantas
arbres potonats
pel solelhenc clarum.

Alangoridas, las

tortoras

se

bequejan,

Mentre que 'Is
parpalhòls ambe pena alatejan
A l'aurièra dels
prats e subre 'ls camps fegonds.

Còpsec grandas clamors cap al cèl son montadas
ara
qu'a picat dins los bòsques prigonds
L'ora ont los Egipans van raubar las
Driadas.

Es

�VII

L'HEURE DES yEGIPANS

De l'air attiédi
cement
sont

si

qui frôle le feuillage s'exhalent dou¬
enivrantes; les ardeurs de l'été
accablantes que, dans les halliers, les oiseaux
des

senteurs

sont muets.

Suffoqué de chaleur, le bétail
Bacchantes

sont

endormies

se met

à l'ombre

;

les

les

pins noirs, et on
plus que les cigales stridentes sur les arbres
par l'éclat du soleil.
sous

n'entend
baisés

Langoureuses, les tourterelles se becquètent, pendant
que les papillons volettent avec peine au bord des prés
et sur les
champs féconds.

Soudain de

c'est

grandes clameurs s'élèvent vers le ciel :
qu'a sonné dans les bois profonds
iEgipans vont ravir les Dryades.

maintenant

l'heure où les

�VIII

DAFN1S

Als prats

de Siracuza, ambe de blanca cira
calamèls lo bèl jovent Dafnis.
Remirar la palomba, à l'ora ont fa son nis,
Aber lait, aber fruta, aquí sò que dezira.

Junhìs

sos

Dezempèi qu'es
Dins

Son
A

son
sas

plus res non aspira.
jamai agut treboladis.

nascut, à

còr n'a

el, Cloè e Testilis.
Es uros. Non aima e non azira.

sorres, per

quinze

ans.

Gar-aicì

qu'un Satir, qu'a los pòts escardencs
jols raises solelhencs,
Emporta cap al bòsc una jove Driada.

E los èlhs aflambats

E tot d'un

còp,

Ou'abant èra

per son malur,
siau còsta sa

tant

Se sentis abrazat per

aquel pastor,
tropelada,

lo grand fòc d'amor.

�—

175

-

VIII

DAPHNIS

Aux

prés de Syracuse, le jeune

et beau

Daphnis joint
vierge. Contempler la
palombe, à l'heure où elle fait son nid, avoir du lait,
avoir des fruits, voilà ce
qu'il désire.
ses

chalumeaux

avec

de la cire

Depuis qu'il est né, il n'aspire pas à autre chose. Le
jamais pénétré dans son cœur. Pour lui,
Ghloé et Testilis sont ses sœurs. Il a
quinze ans. Il est
trouble n'a

heureux. Il n'aime ni

ne

hait.
...3

Voici

qu'un Satire, qui a les lèvres rouges comme
enflammés sous les rayons solaires,
emporte vers le bois une jeune Dryade.
braise et les yeux

.

Et

soudain,

ravant

tout

pour son malheur, ce
était si calme
auprès de son

embrasé par

berger, qui
troupeau,

le grand feu d'amour.

aupa¬

se sent

�176

—

—

IX

PASTORS ANTICS

Ara

anat ambe Milon

qu'Egon se n' es
Sals ribals del Alfèu
Tant
Son

glòria atlètica
prezada, d'Elida à la tèrra d'Atica,
tropèl es gardat pel pastor Coridon.
cercar

Mas, abant de partir, à-n-aquest faguèt don,
En sinne d'amistat, de sa flahuta antica.
Atal tinda

totjorn una canson rústica
Per lo bestial banut que pais sui Latimnon.

gar-aici Batòs, simple pastor de cabras,
ven dire al vaquièr insolentas palabras,
Mentre que los taurèls ròmian de brancs d'oliu.
E

Que

Còpsec lo maldizent,
Sentis à

son

talon

E Coridon s'acata

que tot

un
e

descaus camina.

lancejament viu,
una espina.

li trai

�IX

BERGERS ANTIQUES

Maintenant

qu'Egon s'en est allé avec Milon sur les
l'Alphée chercher la gloire des athlètes si pri¬
sée, de l'Élide à l'Attique, son troupeau est
gardé par le
berger Corydon.
bords de

Mais,

avant

de partir,

signe d'amitié, il fit don à
antique. C'est ainsi que retentit tou¬
jours une chanson rustique pour le bétail qui
paît sur
le Latymnon.
celui-ci de

sa

Et voici que
vient dire

au

en

flûte

Battos,

un

simple gardeur de chèvres,

vacher d'insolentes

jeunes taureaux

ruminent des

paroles, tandis

rameaux

que

les

d'olivier.

Soudain, le médisant,, qui chemine pieds nus, sent à
talon une vive douleur, et
Corydon se baisse et lui
tire une épine.
son

�X

LO PREZENT DE TEOCR1T

—

bèl temple de Cipris
vela, gracia à Zèus, l'aura abelana!
femna qu'ai trabalh sempre s'afana

Cap à Nilèa

Cofle

ma

A-n-una

e son

Yau ofrir la conolha ont I'ibòri luzis.

farà, de vestidura, aquel utis,
e gojats dels monts e de la plana !
Dos còps per an òuvelhas donen blanca lana
Que fielarà la bèla e saja Teugenis!

Que

ne

Per dròllas

Niciàs, te segonda Atenè l'Immortala,
D'abórd qu'à ton fogal as una molhèr tala.
Aquesta agrade mon prezent amistados !

Ailàs ! val pauc ; mas ma paurièra es mon escuza
Com lo fau de bon còr, pòd èstre que preciós,
E brembarà lo Cantador de Siracuza !

—

�—

179

-

X

LE

PRÉSENT

DE

THÉ0CR1TE

Que, grâce à Zeus, la brise favorable gonfle ma
vers Nilée et son beau
temple de Cypris! A une
épouse sans cesse à son ouvrage je vais donner la que¬
—

voile

nouille où l'ivoire brille.

Que celle-ci en fera, des vêtements pour filles et gar¬
des monts et de la plaine ! Que deux fois l'an les
brebis donnent blanche laine
qui sera filée par la belle
et sage
Theugénis !
çons

Nicias, Athénée l'Immortelle te protège, puisque à ton
as une telle compagne. Que celle-ci reçoive mon
présent amical !

foyer tu

Hélas ! il n'a pas grande valeur ; mais la
pauvreté est
mon excuse. Comme
je le fais de bon cœur, il ne

peut

être que
cuse.

—

précieux, et il rappellera le Chantre de Syra¬

�XI

LO CANT DE LAS SERENAS

A resontit aqueste cant trebolador :
Sèm fadas de solàs ! Dins la luts

—

Abèm vistons de fòc
E nostre abrasament

Vèni

nos veze

e

te

e

!&gt;oca

es

esplèndida,
arrozentida,

embrïaigador!

calfar à nostra ardor !

Coneisèm

tot lo
gauch que pòd donar la vida;
Sabèm la branca d'aur
que, de fruta claufida,
Val mai que lo Laurièr d'eternala verdor!
—

Ara n'ai

tròp auzit... Cira de las abelhas,

Afana-te d'intrar dins las miunas aurelhas !

Tampa-las vite, tampa-las sòlidament!

E

mon

Com òc

Per

me

còr

bategant, estacatz-lo, cadenas,
foguèt Ulisi al mast del bastiment,
gandir del òrre amor de las Serenas !

�XI

SIRÈNES

LE CHANT DES

Ce chant troublant

de

a

retenti

:

—

Nous

sommes

plaisir ! Dans l'éclatante lumière, nous
de feu et la bouche couleur de braise,

yeux

brassements

Viens

sont

nous

des

où

se

des

avons

et nos em-

d'ivresse!

voir et te chauffer à notre ardeur! Nous

connaissons toute la
savons

sources

folles

joie

trouve

fruits, vaut plus

que

le

que peut donner la vie; nous
d'or qui, couvert de

rameau

le Laurier éternellement vert!

—

Maintenant, j'en ai assez entendu... Cire des abeilles,
hâte-toi

d'entrer dans

mes

oreilles!

Ferme-les

vite,

ferme-les solidement !

Et

le fut

mon cœur

Ulysse

de l'horrible

au

palpitant, chaînes, attachez-le, comme
mât de son vaisseau, pour me préserver

amour

des Sirènes!

�XII

L'INCONEGUT

I

Crezent

qu'à son fogal serà lo benvengut,
Rei, qu'a tant trevat subre mar e per òrta,
Torna dins son païs. Ailàs! d'una vots
fòrta,
La Reina dis :
Per ieu, ès un
inconegut!
Lo

—

—

—

—

—

—

—

—

Ma bèla

amiga, dins tos brases m'as agut !
si-que-non plora una espoza mòrtaí
M'as esperat long-temps dabant
aquesta porta.
Te n' cal dire
plan mai, se vòs èstre cregut!
Parla clar,

As

ta cambra

plazenta.

La coneis mai
que tu ma fidèla sirventa.
Ai dormit ambe tu dins un lèit d'olivièr.

—

Aisò

—

As

—

lampa d'aur dins

una

Car

me

una

pròba

taca

pas que

com un

siagui ta molhèr.

peze sus ton anca...

Espòs, ès tornat, e plus

res non me manca !

—

�XII

L'INCONNU

Croyant qu'à
a

son

loyer il

tant erré sur mer et sur

Hélas! d'une voix
connu, pour

sera

le bienvenu, le Roi, qui

terre, revient dans son pays.

forte, la Reine dit

:

—

Tu

es un

in¬

moi!

Ma belle

amie, tu m'as eu dans tes bras! — Parle
clairement, sinon pleure ton épouse morte! — Tu m'as
attendu longtemps devant cette porte. — Il faut
que tu
en dises bien
plus, si tu veux que je puisse te croire !
—

—

—

Tu

as une

lampe d'or dans ta chambre agréable.
plus que toi. — J'ai

Ma fidèle servante la connaît

dormi

avec

Ceci

toi dans

un

lit d'olivier.

je sois ton épouse. — Tu
pois sur ta hanche... — Cher
Epoux, te voici de retour, et plus rien ne me manque ! —
•—

as une

ne

tache

prouve pas que
comme

un

�—

184

—

XIII

LA MORT D'ULISl

Aquel que recebèt dels diuzes, dins Itaca,
La grand ruza del
volp e l'ardor del lion;
Ou'intrèt ambe
E demorèt

un

cabal de bòs dins llion

long-temps

am

l'ama

sense

taca;

Aquel que s'arranquèt de la potenta estaca
De Calipsò,
qu'abià per el amor prigond;
Qu'abuglèt lo Ciclòp, al païs Lestrigon,
E triomfèt dins

mant

perilh

e manta ataca;

Aquel espos tant esperat,
Tornat dins son
palais,

Ulisi enfin,
ajèt per asasin

Lo filh que

Es atal
En

Sò

li donèt Circè l'Encantadora.

qu'ai plus fort, es atal qu'ai plus fin,
juste castiament, arriba tard o d'ora
qu'es escriut dins lo grand libre del Destin.

�XIII

LA MORT D'ULYSSE

Celui

qui, dans Itaque, reçut des dieux la ruse du re¬
celui qui entra dans Ilion avec
cheval de bois et demeura longtemps avec l'âme sans

nard et l'ardeur du lion ;
un

tache ;

Celui

qui s'arracha des puissants liens de Calypso,
qui avait pour lui un profond amour; celui qui, au pays
des Lestrigons, aveugla le Cyclope et triompha dans
maint péril et mainte attaque ;

Cet

époux si attendu, Ulysse enfin, rentré dans son

palais, trouva

pour
l'Enchanteresse.

C'est ainsi
arrive tôt
au

ou

assassin le fils

que

lui donna Circé

qu'au plus fort, c'est ainsi qu'au plus fin
tard, en juste châtiment, ce qui est écrit

livre du Destin.

�XIV
LA MORT DE

SAFÒ

Delaisant lo laurièr
que l'a tant
Safò va cap al
gorg amargant e
E subre

Fa

sos

un aut

azombrada,
prigond,

rocàs, palla, dezesperada,

darrièrs a^dius al solelh
que s'escond.
J

Demest los
negres pins
Mentre que los gabians

s'arbora l'Inspirada,

volastrejan

en

rond.

Coma vòl de la vida èstre lèu
delibrada,
Dabant la Mòrt
que ven destorna pas lo

L'aire

front.

tebés, la mar potoneja l'arena.
Aquela que fazià rampèu à la serena,
Degun l'auzirà plus, plus veirà son bèl còs...
es

D'abòrd que los Mortals son
pr' ela
La Trobairis d'engenh abandona

malgraciuzes,
Lesbòs,

E

son

amor

cremant, lo

va

portar als Diuzes !

�XIV

LA MORT DE SAPHO

qui tant la couvrit de son om¬
bre, Sapho va vers le gouffre amer et profond, et sur
un haut rocher, pâle, désespérée, fait ses derniers adieux
au soleil
qui se couche.
Délaissant le laurier

Parmi les

pins noirs se dresse l'Inspirée,

tandis que

Comme elle veut être
détourne pas le front

les mouettes volent en tournoyant.
bientôt délivrée de la

devant la Mort

L'air est

vie, elle ne

qui vient.

tiède; la

mer

baise le sable du rivage. Celle

qui l'emporta sur la sirène,
ne verra

nul ne l'entendra plus, plus

la beauté de son corps...

Puisque tous les Mortels pour elle ont malveillance,
génie abandonne Lesbos, et son amour
brûlant, elle l'apporte aux Dieux !

la Poétesse de

�VII

reMembransas

�VII

SOUVENIRS

�—

190

—

I

LA

RIQUESA DELS MÒRTS
DE

LA GRAND

GUÈRRA

Dizètz-la, mius bordons, la riquesa dels Mòrts!
Acò 's els que

Trobant que
An escampat

l'abian, la reala fortuna.
plan morir èra cauza oportuna,
lor sang cremanta d'estrambòrds.

An donat lor

jovensa aquelis valents còrs,
promés à lor vielhuna,
l5 plazer dels potons esperats per mai d'una,
'ls drollets qu'aurian faits dins abrasaments forts.

E 1' dos asiavament
E
E

Resontigue lor laus! A nostra grand paurièra
An fait la caritat de lor ora darrièra;
Am lor dolor nos an probat lor bèl amor.

Es

gracia à-n-els que son tornats Prêts e Paratge,
Que volian pas jamai auzir nostra clamor,
E 1' gauch de viure, lo debèm à lor coratge.

�I

LA RICHESSE
DE

Dites-la,, ô

DES MORTS

LA GRANDE GUERRE

la richesse des Morts! C'étaient
qui l'avaient, la réelle opulence. Trouvant que bien
mourir était chose opportune, ils ont versé leur sang
mes

vers,

eux

brûlant d'enthousiasme.

Ces

vaillants

donné leur

jeunesse, et la
tranquillité promise à leurs vieux ans, et le plaisir
des baisers attendus par plus d'une, et les enfants qu'ils
auraient engendrés en de fortes étreintes.
cœurs

ont

douce

Oue leur

louange retentisse ! A notre grande pauvreté
heure; avec leur
nous ont
prouvé leur grand amour.

ils ont fait l'aumône de leur dernière

douleur ils

C'est

Valeur et Loyauté,
qui ne voulaient jamais entendre notre appel, et la joie
de vivre, nous la devons à leur courage!
grâce à

eux que sont revenues

�—

192

-

II

JOGLAR ENRIC AR1BAUD

A MON

MÒRT

PER LA FRANSA

Ara

podètz plorar, muzas d'Occitania !
plus, lo que foguèt mon bèl joglar,
Regrelh d'aquels pastors que cantaban tant clar
Demest los bòsques e los prats de l'Arcadia !

L'auziretz

Rajaba dels sius pòts una dots d'armonia ;
Sa vots embriaigaba autant que lo nectar;
Com antan Arion dins l'Ionenca mar,

Èra

un

encantador dins la nostra

patria.

Oui, dezenant, am tot son biais, am son ardor,
Vos redirà, bordons florits del « Terrador » ?
Coma dabant l'Infèrn, laisem tota esperansa!

Mon

car

Enric, tornaràs plus à Mont-Oliu !

à ton estiu, ès tombat per la Fransa...
Repauza en pats ! Dins lo miu còr ès totjorn viu !
A pena

�II

A MON

«

JOUGLAR

»

HENRI ARIBAUD

MORT POUR LA FRANCE

Maintenant

pleurer, muses d'Occitanie !
plus, celui qui fut mon beau jouglar,
descendant de ces bergers qui chantaient si clair dans
les bosquets et les prés d'Arcadie !

Vous

ne

Une

vous

pouvez

l'entendrez

source

d'harmonie coulait de

ses

lèvres;

sa

voix

enivrait autant que le nectar; comme jadis Arion dans
la mer Ionienne, c'était un enchanteur dans notre pa¬
trie.

Qui, désormais, avec tout son talent, avec son ardeur,
redira, ô vers fleuris du « Terradou » ? Comme
devant l'Enfer, laissons toute espérance!
vous

Mon cher

Henri, tu

reviendras plus à Montolieu !
peine à ton été, tu es mort pour la France... Repose
en paix! Dans mon cœur tu vis toujours!
ne

A

13

�—

194

—

III

SUBRE LA

MÒRT

DE FREDERIC MISTRAL

qu'as la vertadièra vida,
escampi pas de plors,
E me contentarai de pauzar qualquas flors,
Rústic guerdon per la granda òbra qu'as complida.
0

mon

Mèstre,

ara

Sul marbre de ton cròs

sola, sebelida;
Ama, fanal d'estelencas flambors,
Treluzirà totjorn suis nostres terradors,
E nostra Lenga te debrà sa respelida !
Ton

umana

despolha

es,

Mas ton

com tu, sublime filh dels Trobadors.,
Jos lo cèl ponental n'a cantat las amors

Degun

E retrobat la dots antica del Idili.

aqueste adiu, ò Frederic Mistral,
Tu, qu'ès lo nostre Omèra e lo nostre Vergili,
Grazis

E

qu'ai Temple de Glòria intras pel grand
19lâ.

portal !

�—

195

-

III

SUR LA MORT
DE

FRÉDÉRIC MISTRAL

0

Maître, maintenant que tu as la véritable vie, je ne
verse
pas des pleurs sur le marbre de ton tombeau et je
me

contenterai

récompense

d'y déposer quelques fleurs, rustique
la grande Œuvre que tu as accomplie.

pour

Seule, ton humaine dépouille est ensevelie; mais ton
Ame, ce phare aux flamboiements stellaires, brillera
toujours sur nos terroirs, et notre Langue te devra sa
renaissance !

Nul, ô sublime fils des Troubadours, n'a chanté comme
amours sous le ciel occidental et retrouvé l'antique
source de
l'Idylle.

toi les

Accepte cet adieu, ô Frédéric Mistral, toi, qui es notre
Virgile et qui entres par la grande
porte au Temple de la Gloire !

Homère et notre

�—

196

—

IV

PEL Vll&lt; CENTENAR]
D'ELIZABÈT D'ONGRÌA

Filha de

rei, ambe

de

belor,
podià creire sens parièra
E, dins l'aur e lo gauch, debrembar, auturièra.
Que la porpra à la sang- deu sobent sa color.
A

sos

sa cara

vint ans, se

Mas, dins l'ôrt de Bontat, se mostrèt l'umbla flor,.
Dont lo perfum es un solàs
per la paurièra;
Demest los malastrucs, se
volguèt la darrièra
E moriguèt jos lo
cilici de dolor.

Que, del fonze de mon occitana patrìa,
Marlborg lo laus d'Elizabèt d'Ongria,
Que tantis cantadors glorifican ongan !
Voie à

Voli, com els, aber afeccion abrazanta,
Ieu, libertari qu'ai una ama de pagan,
Per una tala Rèina e pr' una tala Santa !

�—

197

—

IV

POUR

LE V1I&lt; CENTENAIRE

D'ÉLISABETH DE HONGRIE

beau visage, en ses vingt ans,
pouvait se croire sans égale et, dans l'or et la joie,
oublier, hautaine, que souvent la pourpre doit sa couleur
Fille de

roi,

avec son

elle

au

sang.

Mais, dans le jardin de la Bonté, elle fut l'humble
fleur, dont le parfum est un soulagement pour la pau¬
vreté; parmi les malheureux, elle voulut avoir la
place et elle mourut sous le cilice douloureux.

dernière

Que, du fond de ma patrie occitane, s'envole vers
Marlbourg l'éloge d'Elisabeth de Hongrie que, cette an¬
née, tant de poètes glorifient !

Je veux, comme eux,
libertaire ayant une âme
et une telle Sainte !

avoir affection très vive, moi,
de païen, pour une telle Reine

�—

198

—

V

A-N-UNA

DROLLETA
QU'ABIAJ

Abiàs

LORRENCA

RECULH1DA

que quatre ans, quand jos lo miu teulat
Volguèri t'abrigar com una jove ironda
Mièja-morenta, e tridolanta, e vagabonda,
Dont lo nis per l'aurasa es estat
despalhat.
res

Veniàs d'un terrador

pels Germans dezolat
lègas à la ronda.
malastre me cauzèt dolor prigonda
!

E roïnat à trenta

Com ton

Dempèi,
0

ma

retrazes un auzèl reviscolat...

Gilbèrta, de Very1, dròlla manèla,

Soscabas pas aici qu'èras una orfanèla,
Tant los rniunis e ieu faziam tot à ton
grat!

T'a

calgut

Dins

ton

entornar, aquest mes de novembre,

païs Lorrenc per totjorn delibrat,
qu'una cauza : un bon remembre !

E te demandi
1918.
i.

Village de la Meuse.

�—

199

—

V

FILLETTE

UNE

A

LORRAINE

QUE J'AVAIS RECUEILLIE

Tu n'avais que

quatre ans,

quand je voulus t'abriter

hirondelle demi-morte, et
grelottante, et vagabonde, dont le nid a été détruit par

sous

la

mon

toit,

comme une

tempête.
terroir désolé par les Allemands et
lieues à la ronde. Comme ton infortune

Tu venais d'un

ruiné à trente

m'accabla de douleur !
revenu

0

ma

a

es comme un

oiseau

ici tu ne te
tu étais orpheline, tant les miens

Gilberte, de Véry, douce fillette,

rendais pas compte que
et moi cherchions à te

Il

Depuis, tu

à la vie...

fallu que tu

complaire!

revinsses,

en ce

mois de novembre,
toujours, et je ne

dans ton pays Lorrain délivré pour
te demande ou'une chose : un bon souvenir
x

!

�VI
LO

BON

CAPELAN

En remembransa del abat

J. B.

Dabant lo

capelan fièr de son ministèri,
Ajem l'ama dobèrta e tenguem lo cap clin !
A declarat la guerra
al Esperit malin,
Al qual a renonciat subre lo batistèri.
S'a

plegat

jol pes del grand Misteri,
Pecat, com Jocelin;
Quand las pasions an fait dins el lor remolin,
Las a dondadas pr' anar
blos al cementèri.
sa razon

S'es arborat contra 1'

Virat vèrs TAl-Delà rescondut
Es estat lo pastor
que
S'es roïnat per secorir

viu

pas

pel tombèl,
del tropèl,

los malastrozes.

Pracò, dins sa paurièra, a pas agut torment.
gauch guerdonant tots los còrs generozes,
S'es fait un paradis am son renonciament.
Ric del

1919.

�—

201

—

VI

BON

LE

PRÊTRE
"En souvenir de l'abbé

Devant le
vrons

à

J. B.

prêtre ayant la fierté de son ministère, ou¬

notre âme et

courbons la tête ! Il

a

déclaré la guerre

l'Esprit du Mal, auquel il renonça sur les fonts bap¬

tismaux.

S'il a plié sa raison sous le poids du
il s'est dressé contre le Péché, comme
les

grand Mystère,
Jocelyn; quand

passions ont fait en lui leur sarabande, il les a domp¬
aller sans tache au cimetière.

tées pour

Tourné
le

vers

berger qui

TAu-Delà caché par

vit

pas
assister les malheureux.

a

été

du troupeau, il s'est ruiné pour

pauvreté ne l'a pas fait souffrir. Riche
joie qui est la récompense des cœurs généreux,
fait un paradis avec son désintéressement.

Pourtant,
de cette
il s'est

ne

le tombeau, il

sa

�202

—

VII

A NA MARIA VINAS
RÈJNA

Lo

jove

e

DEL FELIBRIGE

1' vièlh, lo

0 flor del felibrenc
Ara

vos

Franc

Siatz

e

1' ric,

fan lor omenatge
cortès autant

nostra

Contra

paure e

Reinatge,

fòrsa

e

qu' afric.

nostre

abric

l'estrangèr baronatge !
qu'un mainatge,

Jana d'Arc èra

E triomfèt del Enemic.

Lo frut del arbre

Qu'es

Poezia,
ambrozia,

per nos-aus una

Aparem-lo uèi

com antan !

Quicòm me dis, Rèina Maria,
Que non auretz renhat en van
Subre l'occitana Patria !

�-

203

-

VII
A DEMOISELLE
REINE DU

Le

MARIE VINAS
FÉL1BR1GE

jeune homme et le vieillard, le pauvre et le riche,
Royauté félibréenne, vous présentent à
heure leurs hommages aussi empressés que francs

ô fleur de la
cette
et

courtois.

Soyez notre force et notre abri contre toute influence
étrangère ! Jeanne d'Arc n'était qu'une enfant, et elle
triompha de l'Ennemi.

Poésie, qui est une ambroisie pour
défendons-le aujourd'hui comme autrefois!

Le fruit de l'arbre
nous,

J'ai le
pas

régné

pressentiment, reine Marie, que vous
en

vain sur la Patrie occitane !

n'aurez

�VIII
Al Baron DESAZARS

de

MONTGALHARD

per sos 83 ans

Valent decan dels

gais felibres Tolozans,
volgut m'autrejar ton amistat solida,
S'a nevat sui tiu cap, ton
òbra es plan complida,
E me plai de cantar tos
quatre-vint-tres ans.
O'as

Tos trabalhs de sabent

jamai alasants
respelida
De nostra lenga d'Oc, antan rèina
polida,
E uèi paura sirventa encò dels
païzans.
Per

ton

Pracò,, tot
Tornarà

son

èime d'elei raibant la

òc dis,

revenja es certana;
mestrejar dins la tèrra Occitana
nos

sa

E te debrà mai d'un blos rai de

Dure

encara

long-temps

son

trelus.

ta vida nòbla

bèla,
quand per tu lo grand Calelh flambarà plus,
Pògues trobar pats e guerdon en santa Estela !
E,

1920.

e

�205

—

—

VIiI

DÉSAZARS

Au Baron

MONTGAI LHARD

de

pour ses 83

Vaillant

ans

doyen des gais félibres de Toulouse, qui as
amitié, s'il a neigé sur ta
bien fait ton œuvre, et il me plaît de chanter

voulu m'accorder ta solide

tète, tu as

quatre-vingt-trois

tes

ans.

Tes travaux de savant
pour
notre
vre

jamais une fatigue
ton esprit d'élite songeant à la renaissance de
langue d'Oc, jadis reine jolie, et aujourd'hui pau¬

servante

sont

chez les paysans.

Pourtant, tout
certaine ; elle
te

ne

nous

le fait prévoir,

sa

revanche est

prévaudra de nouveau en terre Occitane et
de son éclat.

devra maint pur rayon

Que ta vie noble et belle dure encore longtemps, et,

quand pour toi le grand Flambeau ne brillera plus,
puisses-tu trouver paix et récompense en sainte Es¬
telle !

�—

206

—

IX

PER MON AMIC FELIS BERTRAND
PARTIT PER

SALÒNICA

Jlnimae dimxdium

meae...

Oraci.

Fraires

d'Elena, per aquel que m'es tant car
luziguen vostres raises remirables !
E tu, Ciprìs, e vos-aus tots, vents favorables,
Fazètz siava per el la tempestoza mar !
Al cèl

Ou'arribe à salvament subre 'ls bòrds del
Ont

son encara

Que

Vardar,

los vièlhs diuzes secorables !

jorns de solàs aquí siaguen durables
qu'un beure dos aprèp un beure amar !

sos

E tais

0

Yal-Clauza, t'a pas per sempre abandonada,
reveze lèu, acò 's dins la
pensada
D'aquel valent portant com ieu nom benastrat.
E te

Un

En

còp qu'aurà tocat al pórt de Salònica,
païs Grèc serà que mièch-despatriat :

Laisa

un

1920.

fraire de còr

en

tèrra Occitanica.

�—

207

—

IX

FÉLIX

A MON AMI
PARTI

Frères

d'Hélène,

POUR

BERTRAND

SALONIQUE

celui qui m'est si cher que
admirables ! Et toi, Cypris, et vous tous, vents propices, rendez calme pour
lui la mer tempétueuse!
brillent dans le ciel

pour

vos

rayons

Qu'il arrive sain et sauf
sont encore

sur

les bords du Vardar, où
Que ses jours

les anciens dieux secourables!

de bonheur y

aient encore une longue durée et tels
qu'un doux breuvage après breuvage amer!
0 Vaucluse, il

t'a pas

abandonnée pour toujours,
bientôt, telle est la pensée de ce vaillant
portant comme moi un nom prédestiné.

et

te

ne

revoir

Lorsqu'il aura touché au port de Salonique, en pays
il ne sera qu'à demi expatrié : il laisse un frère de

grec

cœur

dans la

terre

Occitane.

�A SANTA

ELÈNA

DE SERBIA

Elèna del

païs Angevin que, pr' aujôls,
dempèi cent ans los comtes de Frovensa,
En dosa Fransa se pasèt vostra jovensa,
E dins l'estrange coneguèretz los grands dois.
Abiatz

Aquí los vostres èlhs plorèron à rajôls
Pramor qu'abiatz pietat de l'umana dolensa.
Joventas pauras, vos ajent per providensa,
I recebian de

vos

camizas

e

lensòls.

Contra 'ls reizes crudèls sobent
Tant-ben

me

Es per vostre

ma

rima trona;

chauti pauc

qu'ajetz portat corona :
grand còr qu'à mon èime agradatz.

S'auzigue vostre laus dins mon Occitania,
Rèina de sang fransés rebonduda à Gradatz,
Vos qu'ara ètz una santa en tèrra de Serbia!
1920.

�-

,209

-

X

A SAINTE

HÉLÈNE

DE SERBIE

Hélène du pays

Angevin qui, depuis cent, ans, aviez
pour aïeux les comtes de Provence, votre jeunessse
s'écoula en douce France, et en pays étranger vous
connûtes les grand deuils.
Là
aviez

dont

pleurèrent abondamment parce que vous
pitié de la souffrance humaine. Les jeunes filles,
vous étiez la
providence, y recevaient de vous tout
vos

yeux

leur trousseau.

Ma rime tonne souvent contre les rois

pourquoi

peu

m'importe

c'est pour votre

grand

que vous ayez
cœur que vous

cruels; c'est
porté couronne :
êtes chère à ma

pensée.
Que votre éloge soit entendu en mon Occitanie, reine
de sang français inhumée à Gradatz, ô vous
qui mainte¬
nant êtes une sainte en terre de Serbie !

ii

i

�—

210

XI

A MON AMIC

Mon bèl

LO P1NTRE H. B.

E

l'Art, aquí l'onor e

Ta

l'ama enjovenida
pel plazer de pintrar,
le far decorar,
lo gauch de ta vida !

amic, qu'as sempre

E que pintras res que
As pas jamai cercat à

paleta al solelh occitan

se

marida;

Am la diuzenca luts la sabes tant

ondrar

Que, dins cadun dels tius tablèus, cal remirar,
Gom dins un òrt, ulhet e ròza e margarida.

Que n'an retraits subre la tela tas colors,
D'orizons aflambats, de pradelets en flors
E de molins virant al Lauragués terraire !

Ieu, qu'antan ai cantat
Som

uros e som

Grand
1920.

pasionat

sò que ton pincèl dis,

fièr de
per

me

sentir ton fraire,

las beutats de mon païs !

�211

-

—

XI

A MON AMI

Mon bel

LE PEINTRE H. B.

ami, qui as toujours l'âme rajeunie et qui

peins

pour le seul plaisir de peindre, tu n'as jamais
cherché à te faire décorer, et l'Art, voilà l'honneur et
la joie de ta viel

Ta

palette

l'orner

avec

se marie au soleil occitan; tu sais tant
la divine lumière que, dans chacun de tes

tableaux, il faut admirer,
la rose et la marguerite.

comme en un

jardin, l'œillet,

Que tes couleurs en ont reproduits sur
horizons enflammés, des prés fleuris et
tournant

en

terroir

lauraguais !

Moi, qui jadis ai chanté
suis heureux et fier de

sionné pour

la toile, des
des moulins

me

les beautés de

ce que dit ton
sentir ton frère,

mon pays !

pinceau, je
grand pas¬

�212

—

—

XII

EN REMEMBRE

DEL GRAND P1NTRE

LAURAGUÉS

JAN-PAUL LAURENS

Ara

qu'ès mòrt, Jan-Paul Laurens, reviudador
poderos de l'eroïca Gèsta anciana,
Auzìs aqueste laus que cap à tu s'afana
E que trai de son còr un novèl Trobador!
Tant

0 filh del

Mon
E

se

Lauragués

filh de laurador,
de ta grana
lentana,
pincèl ès lo reviudador.
e

engenh de poèta

es un pauc
sab remembrar la desbranda

Dont ambe ton

Lo Malastre

L'as
Del

d'antan, jol celenc Luminari
immortalizat, sublime vezionari
pasat Tolozan e dels Emmuralhats !

Tant-ben ai

grand ufan d'èstre ton remiraire,
Ieu, qu'ai cantat suis vièlhs castèls desmerletats
La

canson

1921.

dels Màrtirs del occitan terraire !

�XII

EN SOUVENIR
DU GRAND PEINTRE LAURAGUA1S
JEAN-PAUL LAURENS

Maintenant que tu es mort,

Jean-Paul Laurens, évopuissant de l'héroïque Geste ancienne, écoute
cet éloge qui se hâte vers toi et
qu'un nouveau Trou¬
badour fait jaillir de son cœur!
cateur si

0 fils du

de

poète est

Lauraguais
un peu de

lointaine défaite que tu

et fils de

laboureur,

ta race et sait

fais revivre

se

mon

génie

souvenir de la

avec ton

pinceau.

Le Malheur

céleste

d'autrefois, tu l'as immortalisé sous le
Luminaire, visionnaire sublime du passé Toulou¬

sain et des Emmurés !

C'est

pourquoi je suis fier de me dire ton admirateur,
moi, qui ai chanté sur les vieux châteaux démantelés la
chanson des Martyrs du terroir occitan !

�XIII
A

LA MEMÒRIA

DEL TROBA1RE LOIS GOIER

S'èras nascut
0

en

Grècia, al temps de Periclès,

quand Octavi mèstrejaba

Seriàs

estat

de marbre

Ont auriàs fait

e

en Auzonia,
d'aur dins ta patria,

rampèu al Apollon-Ermès.

Gom lo Destin

volguèt que ton ílahut cantés
A-n-un sècle que ris dels pastors d'Arcadia,
N'as trobat, per guerdon de ta bèla armonia,
Qu'una cròza perduda al païs de ton brès.
Afric remirador de l'alba sus la cola,
Èras pas fait per conquistar la gloriòla,

Nibol

qu'escond lo blos acrin del Ideal.

Vai, trobaire barrat à tots soscaments òrres,
Ton

mesconegut es un nom immortal,
qu'es encastrât al còr de las nòu Sorres

nom

D'abòrd
mu.

�—

215

-

XIII
A

DU

LA

POÈTE

Si tu étais né

MÉMOIRE

LOUJS GQUYER

Grèce, au temps de Périclès, ou
quand Octave gouvernait en Ausonie, tu aurais été de
marbre et d'or en ta patrie, où tu l'aurais emporté sur
Hermès-Apollon.
en

Comme le Destin voulut que ton
siècle qui se moque des bergers

flûteau chantât en
dArcadie, tu n'as
trouvé, pour récompense de ta belle harmonie, qu'une
tombe perdue en ton pays natal.
un

Enthousiaste admirateur de l'aube

n'étais pas fait pour conquérir la
cache le pur sommet de l'Idéal.

la

colline, tu
vaine gloire, nuée qui
sur

Ya, poète fermé aux viles songeries, ton nom mé¬
est un nom immortel, car il est enchâssé dans le

connu
cœur

des neuf Sœurs !

�—

216

-

XIY

A FI

LADÈLFA

DE

GÈRDA

Las

legendas se n' van. Encara un blos simbèl
rejunh Io temps de cortezia!
jamai rèina de poezia
Una qu'ajèt à la Daurada son tombèl.

D'idéal que
Aie! foguèt

Sa bêla

vida, ailàs! n'èra qu'un conte bèl

Per los nôstres
E

son

A cada

Mas

aujòls ondrat de fantezia,
vin retrazent l'ambrozia,
Mai, nos montaba al cerbèl.

nom, com un
mes

de

jorn benezit, cap à las Pirenèas,
de las nòstras idèas,
Nasquèt Aquela, dont l'engenh es abrazant.
un

Pr'arborar lo penon

flor d'aur que bresèt la dosa aura,
trelus sul pais Tolozan...
Filadèlfa, acò 's vos, nostra Glemensa Izaura!
E, tala

una

Ara met

i 924.

son

�XIV

A PHILADELPHE DE GERDE

Les

légendes s'en vont. Encore un pur symbole
qui rejoint le temps de courtoisie! Ici, elle ne
jamais reine de poésie, celle qui à la Daurade eut

d'idéal
fut
son

tombeau.

Sa belle

vie, hélas! n'était qu'un beau conte orné de
aïeux, et son nom, tel un vin rappe¬
à chaque mois de Mai, nous montait

fantaisie par nos
lant l'ambroisie,
au cerveau.

Mais

un

jour béni, du côté des Pyrénées, pour arbo¬
idées, naquit Celle, dont le génie

le pennon de nos
est un feu ardent.
rer

Et, telle

fleur d'or que la douce brise a bercée, à
répand son éclat sur le pays Toulou¬
Philadelphe, c'est vous qui êtes notre Clémence
une

cette heure

sain...
Isaure !

elle

�—

218

—

XV
A

MAGALÌ

DEODAT

RÈINA DELS GT(ÏLHS DEL

DE

SEVERAC

LAU1{AGUÉS

0

Magalì, dròlla mannada,
jorn de gauch ara es vengut!
Vostre nom, vostra joventut
Vòlon qu'aicì siatz coronada!
Lo

D'acò

siaguetz

estonada!
Aquel onor vos es degut,
D'abòrd qu'un paire abètz
perdut
Que conquistèt la Renomrnada.
Totis los
Per
En

sian

bategants!

laus tinden los cants

parladura dels

Ieu,
Al

cors

vostre

pas

pagezes !

qu'ai volgut tala clamor,
dels Grilhets Lauraguezes

nom

Vos fau Rèina de Cort d'Amor!
i926.

�XV

A

MAGALl
REINE DES

DÉODAT

DE

SÉVERAC

GRILLONS DU LAUJ{J1GUAJS

Magali, jeune fille charmante, le jour de joie main¬
Votre nom et votre jeunesse veulent
qu'ici vous soyez couronnée!
0

tenant est venu!

Ne
est

vous

en

montrez pas

surprise ! Cet honneur vous

dû, puisque vous avez perdu un père qui conquit la

Renommée.

Que tous les cœurs soient palpitants ! Que, pour vous
louer, retentissent les chants en langage rustique!

Moi, qui ai voulu pour vous de telles acclamations, au
nom

des Grillons du

Cour d'Amour!

Lauraguais je

vous

fais Reine de

�—

220

—

XYI

AL

ESCALPRAIRE

Jan Malacan, bèl

JAN

MALACAN

escalpraire,

Autor del buste de

Forés,

Ton nom, lo pòple Lauragués
Podrà pas n'èstre debrembaire !

Lo tiu cizèl tant biaisut

es

Qu'a fait reviure lo Trobaire
Que nos cantèt lo « Grand Lauraire
E

se

mostrèt fièr

Albigés.

L'abèm

quilhat sus la Terrasa,
Aquel que de la nostra rasa
Foguèt lo poderos regrelh.

Siagues lauzat
gràcia à tu

Es

per amor

qu'ara

que sus la cara
Receu los potons del Solelh!
1927.

»

�221

—

—

XVI

AU

SCULPTEUR

JEAN

MALACAN

Jean

Malacan, beau sculpteur, auteur du buste de
Fourès, ton nom, le peuple du Lauraguais ne pourra pas
l'oublier !

Ton ciseau est si habile

qui

nous
fier d'être

chanta le «
Albigeois.

Nous l'avons dressé

fait revivre le Poète
Grand Laboureur » et se montra

sur

qu'il

la

a

Terrasse, celui qui de notre

lignée fut le puissant rejeton.

Sois
sur

le

loué, puisque maintenant c'est grâce à toi que
visage il reçoit les baisers du Soleil !

�XVII

LO

PÒRTA-PLUMA D'AUGUSTE FORÉS

Es

com

Lo

pòrta-pluma

Tenià

un

fus, lis

com un

e

redond,

que 1' Trobaire
boièr l'araire.

Àdòlfe Hermet1

me

Raibabi pas tant

n'a fait don.

grand guerdon,

Ieu, Lauragués cansonejaire,
Pcr aber fait

un
pauc tindaire
Lo Verbe d'Oc al abandon.

Bocin de

bos, bocin de ferre,
se n' van
quèrre
del immortal Laurier,

S'à Paris d'autres
Un

ram

M'ès
E

bastant, à Castèlnòudari,
vòli, trezòr sens parièr,

Te

servar

dins

1927.

i.

Nebot

d'Auguste Forés.

un

relicari!

�XVÏI

LE PORTE-PLUME D'AUGUSTE

Il ressemble à

porte-plume
tient l'araire.

un

FOURÈS

fuseau, il est lisse et arrondi, le

le Poète tenait comme un laboureur
Adolphe Hermet m'en a fait don.

que

Je n'ambitionnais pas une
chansonnier

si grande récompense, moi,
Lauraguais, pour avoir fait un peu retentir

le Verbe d'Oc abandonné.

Morceau de

bois,

chercher à Paris

Tu

me

pareil, te

morceau

un rameau

de fer, si d'autres vont

de l'immortel Laurier,

suffis, à Castelnaudary, et je veux, trésor sans
conserver

dans

un

reliquaire !

�—

224

—

XVÍII

AL
PROLOGUE

PÒPLE OCCITAN
DE

«

RAMON

DE

PERELHA

»

Dezempèi sèt cents ans la Muza d'Oc ploraba.
Pòple-inartir, tos aparaires afogats
Subre los camps de mortalatge èran tombais,
E, tal un flac calelh, ton engenh s'atudaba.

Eras

com un

garric qu'a perdut tota saba
ramèls asecats;
eroïcs combats,
de la Mòrt pauc à pauc s'enfonzaba.

E que jol cèl n'a plus que
Ton ama, debrembant los

Dins lo gorg

Pracò, tant longa som podià pas mai durar.
L'Alba apareis ! Aicì 1' moment de t'arborar;
L'ora de ton triomfe, es ara qu'es venguda !

un novèl Trobador;
Al flume del Pasat fai ambe el grand beguda,

Aqueste vèspre, auzis
E

correràs, glorios, cap al Avenidor!

�-

225

-

XVIII

AU

PEUPLE

PROLOGUE

DE

Depuis sept cents

OCCITAN

RAMON

«

ans,

DE

PERELHA

»

la Muse d'Oc pleurait. Peuple-

Martyr, tes ardents défenseurs étaient tombés sur les
champs de tuerie, et, telle une faible lampe rustique,
ton génie s'éteignait.

Tu étais semblable à

chêne

qui a perdu toute sa
le ciel n'a plus que des rameaux dessé¬
chés; ton âme, oubliant les héroïques combats, dans le
gouffre de la Mort peu à peu s'enfonçait.
sève et

qui

un

sous

Pourtant, ton long sommeil ne pouvait durer plus
longtemps. L'Aube apparaît ! Voici le moment de te
lever; l'heure de ton triomphe, c'est maintenant qu'elle
est venue

Ce

!

soir, écoute

un

nouveau

désaltère-toi abondamment
pourras,

glorieux, aller

vers

au

Troubadour;
fleuve du

avec

lui

Passé, et tu

l'Avenir!
i5

�VIII

SAPIENSA

�Y

t

VIII

SAGESSE

�—

228

I

GUENÒMES

LOS

Sèm tos

engenhs, ò Tèrra, e sèm los cercadors
riquesas que dins tu son escondudas ;
Sabèm las votas d'aur e las
gèmas fondudas,
—

De las

E subretot los talismans encantadors.

Sò que nos fauta, dins las nòstras
Son los raises de luts, merabilhas

prigondors,
perdudas.

Nos remembram las infinidas estendudas

E, dins l'escur, raibam celèstas esplendors.

Lo Dius potent, que com
L'Estelum à
E

I

nos

a

laise

son

det,

montar

nos

anèl diamantin pòrta
alande la pòrta

dins l'azur clar

pron temps que trevam
Volèm reconquistar l'espaci
E

nos

e

blos !

pels tenebrozes clastres ;
'spetaclos

amiralhar dabant lo front dels Astres !

�I

LES GNOMES

génies, ô Terre, et nous sommes
les gardiens des richesses que tu recèles; nous connais¬
sons les voûtes d'or et les gemmes fondues et surtout
—

Nous

sommes

tes

les talismans enchanteurs.

qui nous manque, en nos profondeurs, ce sont les
rayons de lumière, merveilles que nous avons perdues.
Nous nous souvenons des étendues infinies et, dans
Ce

l'obscuritéj

nous

songeons aux

célestes splendeurs.

Que le Dieu puissant, qui comme un anneau
porte les étoiles à son doigt, nous ouvre
et nous laisse monter dans l'azur clair et pur !
mants

de dia¬

la porte

longtemps que nous errons dans les refu¬
ténébreux; nous voulons reconquérir l'espace magni¬
fique et nous mirer devant le front des Astres !
Il y a assez

ges

�II

LOS SILFES

Dins I'escur

1' clarum,

lauzenja al Subrefòrt
Silfes, dona 1' buf reviscolaire
E nos fa, quand li
plai, los bons Engenhs del aire
Butant la vela del pescaire
cap al port !
—

Qu'à

e

nos-aus,

Es El tant-ben, pracò,
que dona l'estrambòrd
Al negre temporal que carreja l'esclaire.
S'es lo grand Benfazent, es lo

Son

espir fa la vida

e son

grand Dezolaire-;
aspir la mòrt.

Tremolatz, bastiments, subre la mar tant granda,.
Quand nos cal metre las onzadas en desbranda!
Com, alavets, del Eternal sèm los sirvents!

Grand

Dius, i

de pasions jol cèl descadenadas
Qu'espaventan plan mai que la ràbia dels vents...
Quora lo còr uman aurà plus sas trumadas?
a

�il

LES SYLPHES

Dans les ténèbres et

—

dans la lumière, louons

le

qui à nous, Sylphes, donne le souffle
fait, quand il veut, les bons Génies de
poussant vers le port la voile du pêcheur!

Tout-Puissant
vivifiant et
l'air

nous

aussi, pourtant, qui donne au nuage som¬
impétueuse ardeur pour charrier l'éclair. S'il est le
Bienfaiteur, il est le grand Désolateur; son expiration
fait la vie et son aspiration fait la mort.
C'est Lui

bre

si vaste, quand nous
déroule ! Comme nous som¬

Tremblez, navires, sur la mer
devons mettre les vagues en
mes

alors les serviteurs de

l'Eternel !

il est sous le ciel des passions déchatqui épouvantent beaucoup plus que la rage des
vents... Quand viendra-t-il, le jour où le cœur humain
n'aura plus ses tempêtes?
Grand Dieu,

nées

�ü

—

232

—

III

LOS ONDINS

Sèm los

Ondins, e te pregam, Dius sobeiran !
Es que i a pas pron
temps que, dins arbres e plantas,
Sèm condamnais à far sabas reviscolantas?
S' òc voliàs, sens nos-aus fariàs
grelhar lo gran.
—

Segur, pels carbenals, nostre plazer es grand,
Quand farandolejam dins dotses mormolantas;
Mas trop sobent clamam dins las mars
jangolantas,
E 'spaventables son los torments qu'enduram.

Mèstre dels

Oceans, que dins ton sen estremas
pietat, agaita las lagremas
Que fan rajar vèrs tu los èlhs dels tius enfants!
De Humes de

Quora, delargant plus malastrozes lavàsis,
Sui delòvi del Mal

nos

veirem triomfants

E montarem enfin als estelencs

espàcis?

�-

233

—

III

LES ONDINS

—

Nous

souverain! Est-ce
dans les arbres et

les

Ondins, et nous te prions, Dieu
qu'il n'y a pas assez longtemps que,
les plantes, nous sommes condamnés

sommes

à faire les sèves vivifiantes? Si tu le
tu

ferais germer

voulais,

sans nous

les graines.

Certes, parmi les roseaux, notre plaisir est grand,

quand

nous tournoyons dans le murmure des sources;
mais trop souvent nous clamons dans les hurlantes
mers, et
avons

à

ils sont épouvantables, les tourments

que nous

supporter.

Maître des Océans,

de

qui recèles en ton sein des fleuves
pitié, vois les larmes que font couler vers toi les yeux

de tes enfants !

Quand, ne déchaînant plus les malfaisants orages,
triompherons-nous du déluge du Mal et monterons-nous
enfin vers les espaces étoilés?

�—

234

-

IV

LAS

—

BLANDAS

Quand, del fonze del pots, montam dusc' à la
del Cèrs,

Biandas que tridolam jols freds potons
I remiram las esplendors del Univèrs,
E

d'embrïaigament abèm nostra

ama raza.

0 Solelh

rajolant, ta fòrsa nos escraza!
Pracò, dabant ta luts, tenèm vistons dobèrts,
E te bebèm autant e mai que los lauzèrts,
Nos-autras que podèm viure deinest la braza !

Ailàs! trevar dins l'aiga es nostre triste sort,
E 1'

perdèm quaziment, lo bèl flam d'estrambòrd,
prigondas.

A l'ora ont cal tornar dins las clòtas

E ben ! que

Conestrem

lo Destin nos mòstre un còx de
saquelà de diuzencas segondas,

roc

S'ambe l'èime escalam dusc' à la dots del Fòc!

!

grazar

�IV

LES SALAMANDRES

Quand, du fond des puits, nous montons jusqu'à
margelle, Salamandres qui grelottons sous les froids
baisers du Cers, nous y contemplons les
splendeurs de
—

la

l'Univers, et notre âme

y

0 Soleil rayonnant, ta

tant, devant ta lumière,

déborde d'ivresse.

puissance
nous

ne

nous

écrase! Pour¬

cessons

d'avoir les

yeux ouverts, et nous te buvons autant et plus que
lézards, nous qui pouvons vivre dans la braise !

Hélas !
la

errer

perdons

l'heure où il

les

dans l'eau est notre triste sort, et nous

presque, la belle flamme d'enthousiasme, à
nous faut revenir dans les mares
profondes.

Eh bien! que

le Destin ait pour nous un cœur de
pierre! Nous connaîtrons quand même des moments di¬
vins, si, par la pensée, nous montons jusqu'à la source
du Feu !

�—

236

-

y

SAPIENSA

Dezempèi Salomon,
Ouantis d'umans

caritèt la Sapiensa,
perduts dins mant camin escur
que

An cercat lo bèl órt ont florís lo Bonur
E n'an trobat
que

Oui sab

1' cròs

per suprema

cabensa !

l'auriai pas

entrevist pr' escazensa
Prèp mon ostal brembant lo d'Oraci à Tibur?
Aquí, l'èime en repaus, teni donc per segur
Que tot sò qu'es pecat mérita penitensa;
se

Qu'empoizonan sobent plazers tròp agradius;
Que, mentrestant, debèm sense desplaire à Dius
Subre la mar del gauch flotejar com lo ciure,

Faire sò que se pòd per pas totiorn sofrir
E jamai debrembar que. s'es bon de plan
Es encara milhor de saber plan morir.

viure,

�—

237

—

V

SAGESSE

Depuis Salomon, qui chanta la Sagesse, combien
perdus dans maint chemin obscur ont cher¬
ché le beau jardin où le Bonheur fleurit et n'ont trouvé
que la tombe pour suprême fortune!

d'humains

Oui sait si

je

l'aurais

hasard près
rappelant celle d'Horace à Tibur? Là,
l'esprit en repos, j'ai la certitude que tout ce qui est
péché mérite pénitence;
de

ne

pas entrevu par

maison

ma

Que souvent les plaisirs trop agréables sont des poi¬
; que, cependant, nous devons sans déplaire à
Dieu flotter comme le liège sur la mer
de la joie,

sons

Faire
frir
il

et

tout ce

n'oublier

est encore

qu'on peut pour ne pas toujours souf¬
jamais que, s'il est bon de bien vivre,

meilleur de savoir bien mourir.

�VI

LA DESCAZENSA UMANA

Quand nostre paire Adam ajèt pres via íòrta,
Am fèlhas de figuièr se faguèt un mantèl
E vejèt s'arborar un terrible Arcàngel
Que del Ort merbelhos li barraba la porta.

Alavets

enfants

escampilhats per òrta
Sentiguèron lo Mal rozegar lor cerbèl ;
Lo Crime floriguèt jos l'esplendor del cèl
E la Yertut per de longs sècles foguèt mòrta.
sos

Sempre esclau de Satan, l'òme val mens que 1'
De la sang de Ca'in son cor a mai d'un glop
E 'ndormis

son remors

ambe

sa

mescrezensa.

Es atal que se n' va cap al gorg infernal.
E finirà dins la pejora descazensa,
Se

non

demanda

son

perdon al Eternal.

�—

239

-

VI

LA

Quand
un

notre

manteau

vant

lui

DÉCHÉANCE

un

père Adam

de feuilles de

terrible

HUMAINE

fut mal conduit, il se fit
figuier et vit se dresser de¬
se

Archange qui lui interdit

Jardin merveilleux.

Alors

ses

enfants

dispersés

sur

la

le Mal

la porte du

terre sentirent que

rongeait leur cerveau ; le Crime s'épanouit sous
la splendeur des cieux et la Vertu
disparut pour de
longs siècles.

le

Toujours esclave
loup; il a dans le

Caïn

et il

endort

C'est ainsi

cœur

son

plus d'une

remords

vaut

moins que

goutte du sang

avec son

de

incroyance.

qu'il s'en va vers le gouffre infernal, et il
pire déchéance, s'il ne supplie pas l'Eternel
pardonner.

finira dans la
de le

de Satan, l'homme

�—

240

—

VII

VIDA SIAVA

solàs en abonde
E som autant gaujos qu'un grilhet dins son trauc,
D'abord que tot m'encanta e qu'ai comprés un pauc
La granda Lei d'Amor dins la beutat del monde.

Jos

mon

umble teulat, ai

Abant que dins lo
Me parle l'Océan,

cròs mon òsa s'aprigonde,

tant espetaclos nauc,
jorn un jangolament rauc,
estelat de son trelus m'inonde!

D'ont monta nèit e
E lo cèl

D'autres

faguen tindar mescrezenta canson!
solelh esclaira ma razon,

Un sol rai de

E sabi triomfar

de las

pensadas sombras.

jorn, la Mòrt vendrà. Mon èime non la crenli.
siai partit pel païs de las Ombras,
Dins ma fizansa en Dius pozarai mon engenh.
Un

Duscas que

�—

241

—

VII

VIE CALME

Sous

humble toit, j'ai du
repos en abondance et
je suis aussi joyeux qu'un grillon dans son
trou, puis¬
que tout m'enchante et que
j'ai un peu compris la
mon

grande Loi d'Amour dans la beauté du monde.

Avant que ma

dépouille s'enfonce dans la tombe, qu'il
ce récipient si
merveilleux, d'où

parle, l'Océan,
monte nuit et
jour
me

étoilé m'inonde de

une
sa

Que d'autres fassent
seul rayon

rauque rumeur, et que le ciel
clarté !

retentir mécréante chanson ! Un

de soleil éclaire

ma

raison,

et

je sais triom¬

ne

la craint pas.

pher des sombres pensées,

Un

jour, la

Jusqu'à

ce que

puiserai

mon

mort viendra. Ma

pensée

je sois parti pour le pays des Ombres,
je
génie dans ma confiance en Dieu.

ORAS CANTA1RAS.

l6

�—

242

—

VIII

LA BAZIL1CA

Cap d'architècte uman, cap de mèstre-mason
An pas bastit lo temple ont mon ama senglota ;
Aquí del Tot-Potent mon còr jamai non dota;
Vèrme de tèrra, i vau acatar ma razon.

vitralhs la porpra e l'aur del orizon,
pilhèrs, l'espés felhum per vota ;
orguena es lo vent que mon aurelha escota

A per

Los arbres per
Son

A l'ora ont dins los rams

bronzina

sa canson.

l'arbrespin, qu'espandis napa blanca,
pelhenc lo tapis ; enfin, à cada branca
èdra met sos festons que l'ondrejan tant plan!

L'autar

es

E 1'
L'

E, dins aquela
Sens fidèls

naturala bazilica,

e sens

clercs,

Que per el sol dis la

som com un

capelan

Paraula evangèlica.

�-

243

—

VIII

LA

BASILIQUE

Nul architecte

humain, nul maître-maçon n'ont bâti
temple où mon âme sanglote; là mon cœur ne doute
jamais du Tout-Puissant; ver de terre, là je vais humi¬
le

lier

ma

Ce

raison.

vitraux la pourpre et l'or de l'ho¬
rizon, les arbres pour piliers, l'épais feuillage pour
voûte; son orgue, c'est le vent que perçoit mon oreille,
à l'heure où dans le feuillage il fait entendre sa mé¬

temple

a pour

lodie.

L'autel, c'est l'aubépine étendant sa nappe blanche, et
tapis le gazon ; enfin, à chaque branche le lierre met
ses festons
qui lui font une si belle parure !
le

Et, dans cette basilique naturelle, où on ne voit ni
chœur, je suis comme un chape¬
lain qui pour lui seul dit la Parole évangélique.

fidèles ni enfants de

�IX

LA

VOTS

DE

LAS

CAMPANAS

Dins l'aire
Com

siau, jol clar solelh de mon païs,
m'agrada d'auzir la vots de las campanas

Om dirià la

Que,

per

canson

de meninas lentanas

bresar drollets,

tot d'un

cóp rezurgis

D'un aire

planhibol, lo carilhon me dis
cal mesprezar totas cauzas umanas
E que pensadas de trobaire son plan vanas,
Se non pòdon montar duscas al Paradis.
Que

me

Qui los

me

tornarà,

mos

creires de jovensa

Perduts dins los camins d'ufanoza
Batalhs

d'aram, subre

E fazètz que mon

mon

sapiensa?

còr venètz trucar !

èlh devengue lagremaire
Quand los càntics del campanal me fan soscar
Al temps qu'èri 'n clerjon remirat per sa maire !:

�-

245

-

IX

LA

VOIX

DES

CLOCHES

Dans l'air
me

de

calme, sous le clair soleil de mon pays, qu'il
plaît d'ouïr la voix des cloches ! On dirait la chanson
lointaines aïeules qui, pour bercer des enfanç.ons,

ressuscite soudain.

D'un air

plaintif, le carillon me dit qu'il me faut mé¬
priser toutes choses humaines et que les pensées d'un
poète sont bien vaines, si elles ne peuvent s'élever jus¬
qu'au Paradis.

Oui

me

les

rendra, les

croyances

de

mon

jeune âge,
savoir?

que j'ai perdues dans les chemins de l'orgueilleux
Battants d'airain, venez frapper sur mon cœur!

Et

faites que

remplissent de larmes
quand les cantiques du clocher me font songer au temps
où j'étais un enfant de chœur admiré par sa mère !
mes yeux se

�—

246

-

XI

CAMPANAS

TORNADAS

Campanas dels cloquièrs del païs Occitan,
Que cap à Roma, 1' Dijòus-Sant, èretz anadas
E qu'aqueste maitin, gaujozas, ètz tornadas,
Sonatz sus ieu per espertar ma fe d'antan !

Un

còp de mai, lo Crist rezurgirà deman,
rezurgìs cada an dempèi dos mila annadas.
Sonatz à grands balans, campanas afanadas !
Sonatz, sonatz subre mon ama de Pagan!

Com

Per òrta remiratz las èrbas

verdejantas,
bategantas
qu'es tot pintrat d'azur!

Dins lo bartàs florit las alas
E 1' cèl enfestolit

Tota la

tèrra,

E i aurià

res

regaudida,
ieu qu'auriai lo còr pron dur

en vos

auzint,

es

que
Per èstre sord à vostre cant d'etèrna vida?

�X

CLOCHES

REVENUES

0 cloches des clochers du pays Occitan, qui
Saint étiez allées à Rome et qui ce matin,
êtes

revenues,,

sonnez sur

moi pour

réveiller

le Jeudijoyeuses,
ma

foi de

jadis !

Une fois de

plus, le Christ ressuscitera demain, comme
chaque année depuis deux mille ans. Sonnez
volée, cloches empressées ! Sonnez, sonnez sur

il ressuscite
à toute
mon

âme de Païen!

Admirez dans la campagne les herbes verdoyantes,
dans le hallier fleuri les ailes qui palpitent et le ciel en
fête

qui est tout peint d'azur !

Toute la terre, en vous
aurait que

entendant, se réjouit, et il n'y
moi qui aurais le cœur assez dur pour être

sourd à votre chant de vie éternelle?

�DINS UNA

GLÈ1ZA

Som intrat per azard dins una glèiza escura,
A l'ora ont s'auzìs
plus aquí lo inendre cant.
Oui sab ! belèu

Finirai per

qu'un jorn, negadis suplicant,
trobar la calanca segura...

Lèu, jos la vota nauta, ai solàs e frescura,
Dementre que defora Agost es ensucant.
Com lo mistèri del sant Lòc es
pertocant!

Déjà flaquison

mon

orguèlh

e ma rancura.

Ni fum d'encens ni

punts de flamba als candelhèrs.
prèires son partits. Dins l'ombra dels pilhèrs,
Sola, una aujòla, lo cap clin, es en pregària.

Los

Mas

ieu,

que

la dotansa abeura de dolor,

Quora farai la simpla
Per que

la Fe

me

cauza

siague

un

necesària
baume garidor?

�I

—

249

—

XI

DANS UNE

ÉGLISE

Je suis entré par

hasard dans une église obscure,
n'y entend plus le moindre chant.
sait ! un jour peut-être, naufragé suppliant, finirai-je
trouver la crique à l'abri du danger...

à l'heure où l'on

Oui
par

Bientôt,

la haute voûte, j'ai repos et fraîcheur,
dehors
la chaleur d'Août est accablante.
que
Gomme le mystère du saint Lieu m'émeut! Déjà fai¬
blissent mon orgueil et ma rancœur.
sous

tandis

Ni fumée d'encens ni

deliers. Les

seule,

une

points de flamme aux chan¬
prêtres sont partis. Dans l'ombre des piliers,
aïeule, tête inclinée, est en prière.

Mais

moi, que le doute abreuve de douleur, quand
ferai-je la seule chose nécessaire pour que la Foi me
soit

un

baume

guérisseur?

�—

250

-

XII

JOS

L'ESTELUM

S'enlaira cap al cèl lo perfum dels rozièrs;
Ambe son mantèl fosc la nèit curbis la
tèrra;
Lo silenci

fa, de la comba à la sèrra ;
L'aura subre 'ls tombèls brèsa los
supresièrs.
se

Amont, los Astres, innombrables lampezièrs,
Mandan lor siau trelus duscas à

nostra

esfèra ;

Als camps del Infinit, diamantina
polvèra,
Se balansan, parius à milanta encensièrs.

Anant vèrs lo
ponent

dins lor etèrna corsa,
Yegà, Casiopèa, Arcturus, la Granda-Orsa

An l'aire de voler tombar dins l'Ocean.

Mas lor desenta
E tot

en

asension

es

Ièu mudada,

lugar retrai l'ama de cada uman
i èstre reviudada.

S'enfonzant dins la Mòrt
per

�XII

LES

SOUS

ÉTOILES

parfum des rosiers s'exhale vers le ciel ; le sombre
de la nuit couvre la terre; le silence règne, de
vallée à la colline; la brise berce les cyprès sur les

Le

manteau

la

tombeaux.

innombrables, envoient
jusqu'à notre sphère ; diamantine pous¬
sière aux champs de l'Infini, ils se balancent, pareils à
des myriades d'encensoirs.
Là-haut, les Astres, lustres

leur douce clarté

éternelle, Véga,
Cassiopée, Arcturus, la Grande-Ourse semblent vouloir
Allant

vers

le ponant en

leur

course

tomber dans l'Océan.

change bientôt en ascension, et
semblable à l'âme de chaque homme

Mais leur déclin
toute

étoile est

se

s'enfonçant dans la Mort pour y trouver

nouvelle vie.

�—

252

-

XIÍI

LA

MÒRT D'UN ASTRE

Ouantis sècles abant lo

jorn de ta naisensa,
Tèrra-Maire, aquela estèla de Cefèu,
Que n'es plus qu'un punt roje e s'atudarà lèu,
Era un astre cremant dels bèls focs de
jovensa !
0

Acò 's l'etèrna lei

:

finis sò que comensa,

E, dusc' al firmament, la Mòrt

es

lo grand flèu.

Es atal
que la nèit fa veze
Un celèste fanal en

aquel tablèu
descazensa.
plena

:

Un

jorn, tant-ben, nostre tant caud e clarSolelh
qu'una claror morenta de calelh,
Demest los camps de las esfèras
tornejantas.
N'aurà

Mas, tre

que

qui sab ont trobarà

son

tombèl,

Seguit aquí de sas planetas tridolantas,
Dins l'Infinit espelirà 'n
lugar novèl.

�—

253

—

XIII

LA MORT D'UN ASTRE

Combien de siècles avant le

jour de ta naissance, ô
Terre-Mère, cette étoile de Céphée, qui n'est plus qu'un
point rouge et s'éteindra bientôt, était un astre brûlant
des beaux feux de la jeunesse!

C'est l'éternelle loi

:

tout ce

qui

commence

finit, et,

jusqu'au firmament, la Mort est le grand fléau. C'est
ainsi que la nuit présente ce tableau : un céleste falot
en pleine
déchéance.

jour, aussi, notre si chaud et si clair Soleil n'aura
qu'une clarté mourante de lampe rustique, dans les
champs des sphères tournoyantes.
Un

Mais, dès qu'il trouvera son tombeau qui sait où,
suivi là de
une

ses

planètes grelottantes, naîtra dans l'Infini

étoile nouvelle.

�XIV

LOS CLAMS DEL

Lo faure verturos

Sul fèrre tant

a

FÈRRE

regusat sa marga.

rozent

qu'es emmimarelant

E bremba la claror del solelh trascolant
Tusta

sense

repaus

à la luts de la farga.

E 1' métal,

escupint sas bélugas, delarga
jangolaments contra 1' bras davalant,
S'amendris, se torsis, de rabia es tremolant
E 'spanta lo païs sa clamor auta e
larga.
Milà

Pauràs, as tòrt de tant te planhe ! Es lo martel
Que fa de tu quicòm d'utile, fort e bèl,
Mentre qu'abant n'èras que
pèira rovilhada.

Los malastres tant-ben
Mas i

E

mon

a

temps que
còr

se

me

en

furor;

s'es plan apazimada,
jols còps de la dolor.

ma vots

fa blos

metian

�XIV

LES CLAMEURS DU FER

Le

vigoureux forgeron a retroussé sa manche. Sur le
qu'il éblouit et rappelle la clarté du
soleil couchant, il frappe sans répit à la lueur de la
forge.
fer si incandescent

Et le

métal, crachant ses étincelles, laisse échapper
plaintes contre le bras qui s'abat sur lui, il se con¬
tracte, se tord, tremble de fureur et épouvante le pays
mille

avec son

immense clameur.

Pauvret, tu as tort de tant te plaindre! C'est le
qui fait de toi quelque chose d'utile, de fort et
de beau, tandis qu'auparavant tu n'étais qu'une pierre
marteau

rouillée.

L'adversité aussi

longtemps que
s'épure sous les

ma

me

mettait

en

fureur; mais il

voix s'est apaiséej et
de la douleur.

coups

mon

y a

cœur

�XV

LOS TALISMANS

Quand, al vièlh temps del rei Artus, un paladin
Sentisià dins son cór la
pasion amoroza,
Los Talismans faziàn
E vencisià 'ls

son ama

verturoza,

périls trobats sul siu

camin.

L'eròs, foguès Erèc, o Gauvan, o Merlin,
Aprèp nombrozes ans de vida aventuroza,
Arribaba un bèl jorn prèp
la Princesa bloza
Que tant l'abià 'sperat, e l'abrasaba enfin...

Lo trobaire Occitan dins

Emplèga rimas d'aur

e

sos

raibes febrozes

bordons ardorozes

Per atenhe la Glòria als
camps

del Ideal.

L'engenh, es d'aquel biais que son èime lo
que verdeje o non lo Lauriòr triomfal,

poza,

E,

Tròba

totjorn la Mòrt, qu'es la suprèma Espoza.

�XV

LES TALISMANS

Quand,

au

vieux temps du roi Arthus, un paladin

éprouvait en son cœur la passion amoureuse, les Talis¬
mans rendaient son âme résistante, et il triomphait des
périls trouvés sur son chemin.

Que le héros fût Erèk, ou Gauvain, ou Merlin, après
ans de vie aventureuse, il arrivait un beau

de nombreux

jour auprès de la chaste Princesse qui l'avait tant at¬
tendu, et il l'embrassait enfin...

Le

poète Occitan

en ses rêves fiévreux emploie
enflammés pour atteindre la

mes

d'or et les

aux

champs de l'Idéal.

C'est

ainsi

vers

que

son

esprit puise

aux

les ri¬
Gloire

sources

du

génie, et, que verdoie ou non le Laurier triomphal,
trouve toujours la Mort, qui est la suprême Épouse.
ORAS CANTAIKAS.

*7

il

�XVI

DINS

UN

CEMENTÈRI

Pèiras dels mauzolèus per

la mofa cofadas,
qu'ètz de guingòi sus mai d'un cròs,
Prèp vos-autras voldriai aber un còr d'eròs

Grozes de bòs

Se rizent de la Mòrt dins las fèras mescladas !

Aici, rosinholets, alauzetas tufadas
Venon bastir lor nis, lènh de tot van

E las romècs
Gèrcan de

0 siava

me

dins aquest claus !
valgué an descobèrt las claus,
la pòrta del Mistèri.

pats dels rebonduts

Del sol saber que
E s'alanda per els

los èlhs del còs veirai plus l'Estelum,
solàs, al cementèri,
Vertat, solelh dels Mòrts, me farà lum.

Quand

am

Per ieu tant-ben i aurà
E la

trigòs,

flors, qu'endiamanta lo ròs,
retene, à ma farda agafadas.

en

�XVI

DANS UN

Pierres des

CIMETIÈRE

mausolées coiffées de mousse,

croix de

bois

qui êtes de guingois sur plus d'une tombe, je vou¬
drais, près de vous, avoir un cœur de héros se moquant
de la Mort dans les mêlées sauvages !

Ici, rossignols et alouettes huppées viennent bâtir leur
nid, loin de tout vain tracas, et les ronces en fleurs, que
la rosée couvre de ses diamants, agriffées à mes vête¬
ments, cherchent à me retenir.

0 calme paix de ceux qui sont ensevelis
clos ! Ils ont trouvé les clés du seul savoir

pour eux

dans cet en¬
qui vaille, et
s'ouvre toute grande la porte du Mystère.

Quand je

ne

corps, pour moi
la Vérité, soleil

verrai plus les étoiles avec les
aussi, au cimetière, il y aura le
des Morts, m'éclairera.

yeux

du

repos., et

�260

—

—

XVII

VJÌMTAS VAMTJITVM

Ta

sofrensa, jamai la veiràs acabada,

Se

mesprèzas lo Cèl, ò paura Umanitat !
podèm plan cercar, nòstra felicitat :

La
Gal

E

l'ajuda de Dius

siague trobada.

per que

ieu, tant ufanos d'una rima aflambada,

Pr'

branquet del Laurièr am pena conquistat
tròp sobent que tot es vanitat
qu'encara l'ai pas, la Sapiensa raibada...
un

Debrembi
E

Ouand

agaiti virar sui miu

Sentisi dins
E 1' frut de

Tot

mon
ma

pensada

vergonhos de ieu

La tresuzor

me

cap

còr espantant

e

a

l'Estelum,
trebolum,

sabor amarganta.

de mon flac esfòrs,
l'enveja m'aganta

pren e
D'anar dins l'atahut amudir

mon remors.

�XVII

VANITÉ

Tu
le

DES

VANITÉS

jamais finir ta souffrance, si tu méprises
Ciel, ô pauvre Humanité ! Nous pouvons bien cher¬
ne verras

cher notre félicité

il faut l'aide de Dieu pour que nous

:

la trouvions.

Et moi, si

orgueilleux d'un rime enflammée, pour un
péniblement conquis j'oublie trop
souvent que tout est vanité et que je ne l'ai pas encore,
la Sagesse rêvée...
rameau

du

Laurier

Quand je regarde tourner les Astres

j'éprouve
fruit de

en mon cœur un

ma

pensée

a saveur

sur ma tête,
trouble épouvantable, et le
bien amère.

Tout honteux de moi-même et de

je

me sens angoissé et l'envie me
tombeau étouffer mon remords.

mon

faible effort,

prend d'aller dans le

�—

262

—

XVIII

PREGARIA

Gar-aicì que los ans fan ma despoderansa;
Mas cremantas pasions amaizan lor furor;
Sò
E

qu'antan m' èra car m'es vengut en orror,
pèrd dins la dezesperansa.

mon ama se

Grand

pecador, mon ufanoza aseguransa,
me
fugir. Ieu, qu'aimi la claror,
Ara compreni qu'ai viscut dins la negror
E qu'ai trobat, lènh de mon Dius, la malauransa.
La vezi

acla

volant

agaita lo solelh
'ls raises de fòc acaten son perpelh,
Poguèsi 'n jorn mirar la Luts paradizenca !
Com

una

en

Sens que

Destacat de la

Demandi
Per faire

destinada à

périr,
qu'un resquit de la Gràcia diuzenca,
blos sò que dins ieu pòd pas morir !
carn

�XVIII

PRIÈRE

Voici que par les ans je suis bien affaibli; mes brû¬
lantes passions atténuent leur fureur; ce qui autrefois
m'était

cher, je le prends

en

aversion, et

mon

âme

se

perd dans la désespérance.

Grand
surance.

pécheur, je vois s'enfuir

mon

orgueilleuse

as¬

Moi, qui aime la clarté, je comprends mainte¬

que j'ai vécu dans les ténèbres et que, loin de
Dieu, j'ai trouvé le malheur.

nant

Comme un aigle en volant regarde
les rais de feu abaissent sa paupière,

mon

le soleil sans que
puissé-je voir un

jour la Lumière céleste !
•

Détaché de la chair destinée à

périr, je ne demande
qu'une parcelle de la Grâce divine, pour purifier ce qui
en moi ne
peut mourir !

�IX

LO BASTIMENT

�IX

LE

VAISSEAU

�—

266

—

Èri 'n bèl bastiment desplegant totas velas
Slibre la

de

gaujoza joventut,
navigabi, fizansos, lo front perdut,
Lo jorn, dins lo solelh, la nèit, dins las estelas.
mar

ma

E

La Serenas sobent m'

ajèron demest elas,
d'amor èri pron esmogut.
pietat ! que sériai devengut?
aquestas totjorn me salvèron d'aquelas.

E per lors cants
Sens las Muzas,

Mas

Jol cèl negros, una

trumada aurià pogut
M'aprigondir dins qualque gorg inconegut
0 m'espotir còpsec subre ròcas lentanas...

Ara sià remerciât lo

favorable Sòrtl
bon vent, som arribat al pòrt
cargazon de causons occitanas !

Butat per un

Ambe

ma

�-

J'étais
sur

la

un

mer

267

beau vaisseau

de

mon

—

voguant à pleines voiles
jeunesse, et, confiant,

insouciante

je naviguais, le front perdu, le jour, dans le soleil,
la nuit, dans les étoiles.

Les Sirènes souvent m'eurent

milieu

d'elles, et
leurs chants d'amour je me sentais ému. Sans les
Muses, hélas ! que serais-je devenu ? Mais celles-ci tou¬
jours me préservèrent de celles-là.
au

par

Sous le ciel

sombre, une tourmente aurait bien pu
m'engloutir dans quelque gouffre inconnu ou me briser
soudain

sur

des roches lointaines...

Maintenant soit remercié le Destin

bon vent, je suis arrivé
gaison de chansons occitanes!

par un

au

favorable! Poussé

port avec ma car¬

��ENSENHADOR

I

��ENSENHADOR

Pages.

Brève

histoire

Règles

de

la

langue

d'oc

pour la lecture occitane

I.

—

I. Cantar!

a

III. Simples Vòts

ia

Pin

i4

VIII. L'Abet
IX. Sonet

8
io

VI. La novèla Arcadia
un

4
6

l'Aiga del Riu clar

V. Lo Flahutèl

VII. Jos

n

Cantar!

II. Lo vièlh Case enjovenit
IV. Com

i

i6

d'Esper

18

X. Lo Reviscoladis

ao

La Mòrt del Rosinhòl

2a

XII. Lènh dels Camins de Fèrre

a4

XI.

II.

I.

Al

—

Al

"Vèspre de la Vida.

Vèspre de la Vida

II. Bresairòla per

Estela

a8

3o

�—

272

—

III. Robert malaut

3a

IV. Bodoflas

34

V. Lo jove Coletgian
VI. L'Ostal del

36

Bolangèr

38

VII. Ratoneta

4o

VIII. Brinde à l'Ostalada

III.

I.
II.
III.

—

42
Per Orta.

À tres Trèmols

Subre

un

46

Camin

48

La Barca

5o

IV. Lo Basin de Caslèlnòudari
V. Las vièlhas Mòlas
VI.

54

Es tornat lo florit Abrilh

56

VII. La dosa Aura

VIII.

Lo Gauch

58

major

6o

IX. Las Flors del Terrador

62

X. Flors pasidas
Lo Polh Occitan

64

XI.
XII.

Solelh levant

XIII.

Solelh colcant

XIV.

Oras

non numero

66
68
70

nisi serenas

XV. ISèit d'Esliu
XVI. Jorn de

en

Pluèja
l'A.iga
Èrba

80

XIX. Blats madurs
,

XX.
XXI.

La Benediccion del Bestial
Lo

72

74
76
78

XVII. La Vots de
XVIII. Blats

Ô2

Grapaud

XXII. Jorn autonenc

XXIII. Los Genibres
XXIV. La Canson de la vièlha Auzina

8-2

84
86
88
9°

92

�-

IV.

I.

—

273

—

Dabant l'Océan.

96
98

Marina

II. A ia Punta del Crozic
III. A Sant-Marc de Bretanha

100

IV. A Fouràs-subre-Mar

102

V. Dins

un

io4
106
108

Bosquet long de la Mar

Gastèlalhon-Plaja
Clar-Sejorn

VI. A
VII.

VIII. Demest las Flors
IX. Dabant

una

110

Garba de Ròzas

112

u4
116
118

X. Subre la Mòrt d'un Grilh
XI.
XII.
XIII.

Lo vièlh Pescaire
Los Salvadors
Los tres Drollets dins la

Barqueta

120

XIV. A-n-un Gabian

122

124

XV. Cementèri marin

XVI. Vau
XVII.

126

plus subre la Plaja

128

Dabant l'Océan

XVIII. La Mar

13o

parla

i3a

XIX. Al Atlantic

V.

—

Lo Flahut d'Amor.

i36

I. Lo Gant d'Eròs
II.

Hic

ver

i38

purpureum

i4o

III. Un Jovent canta
IV.

142

La Destinada de la Femna

144

V. Idila pagana

146
i48

VI. Dos Astres
VII.

Lo Vin d'Amor
ORAS

CANTAIRAS.

l8

�274

—

—

VIII. La Ròza mòrta

i5o

IX. Al Cantaire de Cintia

i5a

X. La Font de Sant-Bertomiu

154
i56

XI. Lo blos Amor

VI.

—

Al

Temps antic.
160

I. Los ancians Diuzes

Pregària à Diana

162

III. La Mòrt d'Orfèu.

i04

II.

IV. Ilàs
V.

166

Eraclès à Stimfala

168

VI. Omfala
VII.
VIII.

170

L'Ora dels

Egipans

172

Dafnis

174
176
178

[X. Pastors antics
X. Lo Prezent de Teocrite
XI. L'Inconegut
XII.

180

Lo Cant de las Serenas

182

XIII. La Mòrt d'Ulisi

184

XIV. La Mòrt de Safò

186

VII.

1.

La

II. A

—

Rernembransas.

Riquesa dels Mòrts
bèl Joglar Enric Aribaud

190

mon

III.

Subre la Mòrt de Frederic Mistral

IV.

Pel VIIe Centenari de santa Elizabèt

192

d'Ongria

V. A-n-una Drolleta Lorrenca
VI.

Lo bon

Capelan

VII. A Na Maria Vinàs,
VIII. Al Baron Desazars

IX. A
X.

mon

194
196
198
200

Rèina del Felibrige
de Montgalhard

Amic Felis Bertrand

A santa Elèna de Serbia

202

204
206
208

�—

XI. A

mon

—

Amic, lo Pintre H. B

XII. Al grand
XIII.

275

Pintre Jan-Paul Laurens

A la Memòria de Lois Goièr

aïo

212

ai4
216

XIV. A Filadèlfa de Gèrda
XV. A

218

XVI. Al

220

XVII.
XVIII.

Magali Deodat de Severac
Escalpraire Jan Malacan
Lo Pòrta-pluma d'Auguste Forés
Al Pòple Occitan
VIII.

—

222

234

Sapiensa.

I. Los Guenòmes

228

II. Los Silfes

2

3o

III. Los Ondins

232

IV. Las Blandas

2

V.

VI. La Descazensa

238

umana

VII. Vida siava
VIII.
IX.
X.

240

La Bazilica

242

La Vots de las

244

Campanas
Campanas tornadas

XI. Dins
XII.

una

246

Glèiza

248

Jos l'Estelum

'

XIII. La Mòrt d'un Astre
XIV.
XV.

25o
252

Los Clams del Fèrre

254

Los Talismans

256

XVI. Dins

un

Cementèri

258

XVII. Vanitas vanitatum
XVIII.

34

286

Sapiensa

260

Pregària

262
IX.

—

Èri 'n bèl bastiment

Lo Bastiment.
266

�ACABAT

D'ESTAMPAR
PER

EDOUARD
LO

Toulousb.

—

XVII

DE

PRIVAT,

A TOLOZA

SETEMBRE

Iuipr. etLibr. ÉdouardPrivat.

MGMXXXI

—

2io5.

—

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              <text>Las oras cantairas : sonets occitans am trad. franceza = Les heures chantantes : sonnets occitans avec trad. françaises / Prosper Estieu</text>
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              <text>Las oras cantairas : sonets occitans am trad. franceza = Les heures chantantes : sonnets occitans avec trad. françaises / Prosper Estieu </text>
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              <text>Appartient à la collection : (Bibliothèque du Gai Savoir ; 2) - Texte bilingue occitan-français en regard</text>
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