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                  <text>PRÒSPER ESTIEU

Lou Terradou
SOUNETS

LENGODOUCIANS

—i &gt;: &gt;—

Traducciu francéso dret-à-dret

©

Prefàcio per Antounin PERBOSG

♦

CARCASSOUNO

BIBLIOUTÈCO DE
3,

LA

«

REVUE MÉRIDIONALE

Carrièro Victor Hugo,
MDCCCXCV

3

��LOU TERRADOU

�TIRAGE
Dont 7 sur

:

Soo

EXEMPLAIRES

Hollande numérotés à la Tresse

�*

PRÒSPER ESTIEU

Lou Terradou
SOUNETS

LENGODOUCIANS

!!!)• —

Traducciu francéso dret-à-dret

e

Prefàcio per Antounin

PERBOSC

í

C.l.0.0.
BÈZIERS
CARCASSOUNO
BIBLIOUTÈCO DE LA
3,

«

REVUE

MÉRIDIONALE

Carrièro Victor Hugo, 3
MDCCCXCV

Fons andriu-j. boussac
CIRDOC

OC0008115

»

�ÀA6 ni

CAO

ỳl&amp;UÏÏ

�PRÉFACE

hiìJi amistadous del pais

tant bel
fiers Roumans laisseroun Jour traço,
Cerco dins tons cants, dnsqnos al tonmbel,
A far regrelhar l'engenh de ta Raço!
Omit Ions

Pròsper ESTIEU.

��PRÉFACE
•USM'

e

ciel était-il bleu

n'en

le soleil brillant? Je

gardé le souvenir. Ce que je
âme était sombre, mes
yeux indifférents aux horizons entrevus, et
que le train qui m'emportait avait un roule¬
fantastique et lugubre bien en harmonie avec mes
sais, c'est

ment

et

ai pas

que mon

pensées.
J'allais
inoubliable pèlerinage ! — vers le pays Lauraguais, que mes pieds n'avaient pas encore foulé et que,
cependant, je connaissais bien par l'œuvre du poète qui
l'avait si magistralement chanté et qui maintenant dormait
—

« sur

à

le sein de la bonne terre

».

Montlaur, Avignonet, Mas-Saintes-Puelles !...
Ces noms qui, aux brèves haltes, résonnaient tour à tour
mes oreilles, me remémoraient avec
plus de précision les

souvenirs

historiques souvent évoqués par le félibre des
Castelnandary! Là, il avait vécu les an¬
nées d'heureuse jouvence; là, il avait souffert sa longue
agonie; là, il était mort...
Chants du Soleil.

�IV

LOU

TERRADOU

Maintenant, il
chêne,
encore

se taisait à jamais, debout en sa bière de
tombeau profond où il avait voulu
garder
l'attitude de sa vie.
en son

Ses meilleurs amis étaient

là, Xavier de Ricard à leur
la foule, qui trop souvent
méconnaît les hautes gloires,
regardait, étonnée, ces
inconnus apportant leur salut admiratif au mort tant re¬
gretté. L'un d'eux avait retracé avec des paroles éloquentes
tête.

Une foule immense

—

—

et enflammées la vie du

grand disparu ; mais celui-là qui
jamais, à cette heure, écrit une ligne en langue
d'Oc, ne se doutait pas, devant cette tombe, qu'il relèverait
l'arme tombée de la main du vaillant lutteur et
qu'il la
ferait de nouveau flamboyer dans les batailles de-la Pensée.
Celui-là, c'était Pròsper Estieu. Pour la première fois, ce
jour d'avant-prime automne — 20 septembre 1891 — je vis
n'avait

le futur auteur du Terroir.
Ce mâle

brun

visage, aux yeux tour à tour ardents et
mélancoliques, à la chevelure flottante comme un étendard
de révolte, dont je connaissais
quelques pages, vers ou
proses, d'indépendante et artistique allure, m'avait séduit
par ce que je savais de lui et surtout par ce que j'ignorais
encore. Aussi,
lorsque, la funèbre cérémonie terminée, le
cortège se fut dispersé, de la gare, où j'allais m'embarquer,
je retournai soudain vers la ville, afin d'y retrouver Pròsper
au

Estieu. Et ensemble, à la vesprée,

nous entretenant

de

Celui

qui avait été notre commun ami, nous nous achemi¬
nâmes vers le cimetière, pour lui porter
un dernier et
plus intime adieu.
Notre causerie fut

que nous la

longue et devint bientôt si amicale
continuâmes jusqu'à... Toulouse. Dans ce

�PRÉFACE

Estieu commença à devenir félibre. En nos erran¬
à travers les rues de la cité de Goudelin, dont nous

voyage,
ces

rêvions

déjà la conquête, il

déclama des sonnets âpres
quelques-uns
me
rappelaient les Fleurs du Mal. En ce temps-là, il
ciselait les dernières pages d'un livre en prose qui devait
s'appeler Gens de Glèbe : — des études qui, comme les plus
vigoureuses de l'auteur à'Ompdrailles, attendront long¬
temps un éditeur, car elles ont trop d'art et trop d'audace.
Quelques jours après, nous formions le projet — non
réalisé, hélas! — d'élever à Fourès, en attendant le mar¬
bre ou le bronze que lui doit le Félibrige, un monument
plus modeste : un livre en langue d'Oc dédié à sa mémoire.
Pour ce livre, Léon Cladel se souvint qu'il avait manié au¬
trefois le parler de son Quercy; Estieu voulut suivre son
exemple, — et voilà comment il trouva ses premiers vers
lauraguais :
et

me

éblouissants de force et de couleur, dont

Desempuèi

que t'abcm pourtad, o fier troubalre
Qu'es la raianto lux del nostre terradou,
Dins aquel cros que tant abiô de prigoundou,
Abcm loti cor matadp'r un terrible desaire...
Notre

langue est

ses vers sur

trouvé

sa

Trobador

Fourès

une

fascinatrice. Il

en une

lettre

me

communiqua

enthousiaste; il avait enfin

voie; j'avais, suivant son expression,
qui sommeillait en lui ».

Les nobles âmes

meurent

«

éveillé le

pas. Fourès avait recueilli
compatriote Hugues Destrem, le courageux membre du Conseil des Cinq-Cents;
ores, le génie du Vengeur des Albigeois, le grand lyrique
et le grand libertaire, revit en le Verbe
puissant de cet
ne

l'énergie et la vaillance de

son

�VI

TERRADOU

LOU

Lauraguais qui, tout enfant, en son village de Fendelhe, entendit aussi de mystérieux chants de colère et

autre

d'amour.

Toute la
Terroir ;
rouge sur

poésie du campestre lauraguais est dans le
elle fait l'unité vivante de ce livre. Passer le fer
les vices paysans, Estieu avait rêvé cela ; mais il

vices, c'est l'état social barbare où nous
fait naître, et, dans son œuvre nouvelle, il
n'a voulu voir que les vertus de la race et surtout la poésie
éternelle de la terre, qui, elle, ne meurt jamais, en dépit
des iniquités sociales. Il s'est tourné vers la maternelle
terre. En elle, il a reconnu l'immortelle Inspiratrice, et,
en un de ses sonnets, l'un des plus parfaits, il a tracé son
Art poétique ; il s'est abreuvé à la vraie source de poésie,
à laquelle Horace n'avait pas même songé dans son Epitre
a

songé

vivons

aux

que ces

qui les

Pisons

a

:

As debrembat
De dire que

l'terraire

es

lou soubeiran Mestre.

Dempuei, te délaissant, o subregrand Latin!
Cèrqui l'Art pouëtic, lou journ, dins lou campestre,
La nueit, ves lous lugras al trelus diamantin.
Qu'il évoqué les gloires passées de sa race ou

qu'il

pro¬

phétise

ses

futures destinées, c'est à la terre toujours que

revient

son

culte. D'elle tout est sorti, les rudes travailleurs,

les saines et belles

plantes

filles,

comme

les bêtes, les arbres et les

:

Es la miuno, tahe, la Divo

des Pagans,

La Cibelo al sé nud, la Maire de las maires...
Le voici donc

revenu

à

son

village de Fendelhe, où

�VII

PRÉFACE

premières années. Il se revoit écolier
discipline, à tout labeur imposé; maudissant
Virgile sur les bancs du collège, — Virgile qu'il a compris
quinze ans plus tard et dont il a fait son livre de chevet.
11 se revoit surtout en ses échappées libres en pleine nature,
adolescent brun, débraillé et mi-sauvage, la tête et les
pieds nus, courant à travers les arées, encageant des gril¬
lons, écrêtant les maïs, maniant la houe, Vandu^ac ou
s'écoulèrent
rebelle à

ses

toute

l'araire.
A

l'horizon, le grand ciel bleu coupé au nord par la

unie de la Montagne-Noire; dentelé à l'ouest par
Corbières, au sud
par les pics neigeux des Pyrénées, — et, dans ce cadre gran¬
diose, s'étendant à perte de vue vers l'est, la plaine fertile,
la vaste plaine solombreuse où lèvent les blés roux, les
rigides maïs aux épis casqués de crinières blondes; d'où
émergent les chênes qui bravent l'Autan et les peupliers
« amants des dateurs »; où blanchoient, nombreuses, les
bordes à toitures basses, la ville et les villages groupés
autour de leur clocher, dans une mer d'arbres : Castelnaudary, Labécède-Lauraguais, Issel, Saint-Martin-la-Lande,
Pexiora, Fanjeaux, Miraval-Lauraguais, Villeneuve-laComptal... Et c'est là que le poète aspire à pleins poumons
les fortifiantes émanations de la nourricière glèbe ; c'est là,
devant ce magique décor, que, les yeux tournés vers les
Pierres de Naurouse, il écoute les sublimes voix de la

croupe

les derniers contreforts, arides et bas, des

Nature.
Et toutes

ces

remembrances, toutes

ces

visions revivent

dans le Terroir.
Voici

son

père, le laborieux ga\aïllaii de Miraval, qui,

�VIII

LOU

TERRADOU

la

mort à

peine, dort l'éternel sommeil à l'orée du cime¬
Fendelhe; sa mère, si bonne, vieille, esseulée et
triste, filant au coin de l'âtre, à la lueur tremblante de l'an¬
tique chaleu ; sa vaillante compagne, ses enfants, dont les
tière de

sont

caresses

tumes »,
à

sa

« ce

qu'il

a

de meilleur

pour

bercer

ses amer¬

surtout la dernière venue, cette Mireille saluée
naissance par une pièce

O

—

exquise

droullcto,

es

:

lou gaudj de la miutio oustalado,

Es loti rai de soulelh que ven

m'cscaudurà...

Voici les

labours, les semailles, les moissons, les aurores,
vesprées. Et voici les arbres, les plantes, les bonnes
bêtes, ces amis familiers des paysans et des poètes. Ceux
les

et celles

qu'il choisit pour les chanter symbolisent ses émo¬
tions, ses joies, ses souffrances et ses rêves : tels les lézards
qui, « profondément méridionaux, ont horreur du temps
sombre », les abeilles, les
hirondelles, l'alouette, le bœuf
courageux et tenace, cette ânesse
montrait si

qui,

têtue »,

« pour

les peupliers, ces
lutteurs », les coquelicots,

reculer,

se

puritains », les
du sang
de nos aïeux... » Oh ! comme il sent et
exprime leur âme
en artiste
impeccable et en penseur fougueux !
Pages simples et sobres, tout imprégnées du parfum des
foins, des sureaux, des romarins, des genêts, des ajoncs et
des églantiers; portraits et
paysages vigoureux comme des
eaux-fortes; géorgiques sans fade didactique, originales et
chênes,

ces «

«

« rouges

vécues, où une âme aimante et meurtrie a mis toutes
dresses, ses révoltes et ses fiertés : c'est la Nature vue
trée par un

peintre qui sait rendre

avec

de la forme, du son et de la couleur,

ses

et

ten¬

péné¬

des mots la sensation

la Nature vivante et
pensante, personnifiant toutes les passions de l'humanité.
—

�PRÉFACE

IX

Fils de

boscassier-laboureur, Eslieu se montre fier de sa
plébéienne et il n'a pas cessé d'être plébéien : il est
l'infatigable laboureur qui trace toujours droit son sillon
en
chantant, l'intrépide bûcheron qui frappe à rudes coups
dans la forêt sombre des Injustices.
Et, certes, illesconnaît,
les iniquités, les amertumes
évoquées souvent dans une
strophe où la plainte se redresse en flagellement et se ter¬
mine dans la joie calme de la tâche
accomplie, de l'Adver¬
souche

sité acceptée,

Et, à ce propos, il me plaît de citer un sonnet français
d'Estieu, comme préface à ses sonnets lauraguais :

DEBOUT !

J'ai
Et

vu

récompenser toutes les félonies
sans merci toutes les loyautés;

traquer

J'ai

vu

tous les

abjects

sur

le pavois portés

Et tous les valeureux trahies

J'ai

vu

gémonies.

les actions nobles,

toujours lionuies
aboyer de loin à mes fiertés;

Et la haine

Aux cailloux des chemins

Et

aux

pieds se sont heurtés
j'ai souffert, sanglant, les pires agonies...

Soit. Je suis

Malgré tous
Comme

un

un

vies

marcheur que

rien n'a harassé.
je m'en vais, inlassé,
vengeur, au vieux temps héroïque.

mes revers,

barde

Et, quoique le Destin m'accable jusqu'au bout,
Parmi les cœurs meurtris, on me verra
stoïque;
Parmi les dos courbés,

011 me verra

debout 1

�LOU

X

TERRADOU

gai joueur de corne¬
heures ensoleillées, le
sylvestre, le pâtre idyllique qui chante comme une cigale
enivrée de rayons ; mais, au fond de tous ses chants, il y a
la tristesse implacable du Sort mauvais, la nostalgie des
Ages d'or peut-être vécus autrefois par les heureux ancê¬
tres insoupçonneux des tourments de
l'Ame moderne...
Sa Muse n'est pas du tout parente de cette Muse banale et
frivole qui se contente de rire et de chanter, le verre en
main. Avec moins de sérénité et plus de véhémence, elle
est sœur de celle de Théocrite et de Virgile.
On le voit, ce poète n'est pas un
muse. En lui reparaît bien, aux rares

O Fourès! ton cher
beauté

parler lauraguais, ressuscité dans sa

ancienne, quelle merveilleuse langue poétique !

avais pu lire le Terroir ! Com¬
Lexique d'Oc y sont réhabilités, purifiés
de leurs scories et de leurs tares, revenus à leur primitif
éclat! Sans nul doute, les patoisants en frémiront, et, peutêtre aussi, certains félibres qui ne sont que des patoisants

Quelle joie pour toi, si tu
bien d'oubliés du

sans

le savoir.

Si la

langue d'Oc avait dû rester la pauvre princesse en
qui règne chez les bouviers et les villageois de
nos
provinces, croit-on qu'un Roumanille, un Aubanel, un
Mistral, un Félix Gras l'auraient prise par la main, pour la
restaurer sur son trône de gloire? La voilà reine comme
jadis, et son diadème brille de toutes les pierreries recon
quises, arrachées une à une par ses poètes aux butins des
Barbares. Elle est reine, la langue que Pròsper Estieu a
reforgée sur son enclume, en orfèvre incomparable : tel ce
vieux soc rouillé, bon tout au plus pour le marchand de
ferraille, dont il parle en ses vers :

haillons

�PRÉFACE

Toun obro

es

XI

lènJi d'esser fini do;

Subre

l'enclutge enjouvcnido,

Ambe

vam

tournaras laurà !

Oui, elle est reine, la langue splendide du poète du
exprime jusqu'aux plus subtils sentiments de
l'âme. Comme la fauvette, elle gazouille ; comme l'alouette,
elle monte vers le soleil; comme l'aigle, elle plane. Exquisement, elle dit les mots d'amour ; superbement, elle clame
Terroir. Elle

les enthousiasmes et les ires. Elle

a

le

pittoresque, la

l'éclat, la souplesse, la grâce, l'harmonie. Elle
voix de la

a

saveur,

toutes les

Lyre.

Or, écoutez le tressaillement qui s'élève de ce beau livre,
de ce poème dont chaque sonnet est un chant. Dans la
phrase à invulnérable armature, sous la sonorité des mots,
sous le cliquetis des rimes, c'est le bruit sourd des revendi¬
cations hautaines, et- les vers sont comme de solides com¬
battants bardés de fer et

casqués d'or qui frappent

sur

les

retentissants boucliers, prêts aux prochaines batailles.
Le Verbe languedocien, le voilà, épuré, dépouillé

de
à son origine, admirable
voix des hautes et généreuses pensées, émanation d'une
Race aux énergies invincibles, bonne lance des nouvelle-1
toutes ses gangues,

noble

comme

Croisades !
Ce travail de

nelle,

ouvrier

plus

restitution, d'épuration savante et ration¬
doit pas oublier que Fourès en a été le premier
Languedoc. Estieu a affiné encore, retrempé aux

on ne
en

le vocabulaire du Maître.
poète du Terroir— jel'ai dit et je tiens à le redire —
est avant tout un adorateur passionné de la forme. Quelle
magnificence dans ces rimes claironnantes et richissimes
pures sources romanes

Le

î

�XII

LOU

TERRADOU

qui suffiraient à signer un sonnet de Pròsper Estieu ! Ecrit
en français, ce recueil placerait sûrement son auteur tout à
côté des maîtres du genre, les Sully-Prudhomme, les Ban¬
ville, les Joséphin Soulary, les J.-M. de Hérédia.
Ce prestigieux sertisseur de vers « adornés de rimes
sculpturales », ce virgilien, manie la satire avec la hardiesse
et la vigueur d'un Juvénal ou d'un Guilhem Figuera. Nous
n'en avons pas fini avec lui, en concluant qu'il est le Prince
du Sonnet d'Oc. Avec une patience, une ténacité de domp¬
teur de fauves, il avait condamné sa Muse à chanter sur le
lit de

Procuste du Sonnet.

Mais il vient de libérer

ses

grandes ailes avides d'espace : — maintenant, elles se
déploient, indépendantes et planantes, dans le Sirventes,
et, avec des rythmes étranges, neufs et ressuscités, l'aède
languedocien met là encore toute son âme vibrante et pas¬
sionnée.
Ce

nouveau

convient et

livre, Poète, tu lui as donné le nom

qui lui

qui symbolise absolument ta vie et ton génie
: DINS LA MÈSCLO! — Dans la Mêlée!

de combattant

Antonin PERBOSC
Décembre 189 S
.t.

�I

INVOUCACIUS

Lengo d'amour,
E de

se i a d'arlcri
bastard, ah! per san Ceri !

Auras dóu terradou li mascle à toun consta.
Tant que

lou mistral as ferouge

Bramar a dins li roco, aurouge,

T'apararen à boulet
Car sics tu la Patrio

c

rouge,

tu la Liberia!

Frederic MISTRAL.

���I

POÉTIQUE

L'ART

l

our

trouver le secret de chansons sublimes

vinssent
relire

—

l'Epître

de cela

aux

guérir

il

a

y

mon

qui

âme blessée, je voulus

longtemps

—

poète de Tibur,

Pisons.

Je savais qu'elle était estimée par de grands esprits et

qu'une voix de génie
les vis pas,
ma

A

a

des échos immortels

les magiques horizons

vers

;

mais je

ne

lesquels l'aile de

pensée voulait prendre l'essor.
ma

œuvre

terroir

désillusion

j'ai pensé bien

charmante, tu
est

as

souvent :

—

Dans ton

oublié de dire, hélas !

que

le

le souverain Maître.

Depuis, te délaissant, ô grand Latin ! je cherche l'art
poétique, le jour, dans les champs,
astres à

l'éclat diamantin.

—

la nuit,

vers

les

�L'ART POUETIG

r!~

ïfî

||f|Pj er troubar lou secret de sublimos cansouns,
Que venguèssen garir

Per

E

Voulguèri relegir

—

d'acò i

Pouète de Tibur,

l'Epistolo

a
as

matrassado,

'no passado

--

Pisouns.

d'espirits gigants sabiòi qu'èro presado

qu'uno

Mès lous

voux

vegèri

d'engenh
pas,

a

d'immourtals

ma

Dins

desillusiu
toun

obro

De dire que

ressouns ;

lous magies ourizouns

Ount vouliò s'enlairar l'alo de

A

moun amo

ma

pensado...

pla soubent ai raibat
agradibo, ai-las !

1' terraire

Dempuèi, te délaissant,

es

o

as

:

debrembat

lou soubèiran Mestre.

subregrand Latin !

Cèrqui l'Art pouëtic, lou journ, dins lou campestre,
La

nuèit, vès lous lugras al trelus diamantin.

�6

LOU

TERRADOU

II

A MES

DEVANCIERS

POÈTES

LES

LAURAGUAIS

monombreux,
Vous, qui champsféconds
êtes ensevelis dans
terroir
d'arbres
couvert de

et

réveillez-vous, pour ouïr des sonnets ardents où du Verbe
roman

Le

revivra la

parler occitanien tomber dans l'abandon? Cela

se verra
mes

splendeur !
ne

point, poètes véhéments ! Glorifier la nature rend

jours heureux

;

ici je vais mettre

mon

âme de terrien

vaillant.

Quel affreux temps,
murmurer un

ils étudient

Mais
mes

va

ne

seul mot d'Oc

l'Allemand,

nos

sur

langue qui

sous

le soleil

un

les bancs du

crime de

collège

:

—

enfançons...

désespérez point. Elle

aînés ! la

retentir

hélas ! Ores, c'est

vous

ne

râle

pas

encore,

ô

fut si chère, et comme elle

joyeux !

�7

INVOUCACIUS

II

DABANCIERS

A MOUS
LOUS

H

ous aus

LAURAGUÊSES

TROUBAIRES

qu'èts rebounduds dins lou miu terradou

Claufid de camps

granius

e

d'arbres souloumbrouses,

Espertats-vous, p'r ausir de sounets arderouses
Ount del Verbe

Lour
Acò

rouman

reviurà

l'esplendou !

parlar occitan toumbar dins l'abandou ?
se

vèira pas,

troubaires verturouses !

Cantà 1' campestre
Aici metrai

Ai-las !

fa lous miunis journs urouses

moun cor

qun orre

temps! Aro,

es un

sacrilètge

De marmulà 'n mot d'Oc subre 's bancs del

Estudioun l'Alemand, lous nostris
Mès
La

desesperets

lengo,

pas.

o mous

;

de terrian valedou.

N'a

pas

Ainads!

coulètge :

mainatjous...

la rèumo

que vous

encaro,

fouguèt tant

E, ja ! va brounzinar joubs lou soulelh gaujous!

caro,

�8

LOU

TERRADOU

III

CLÉMENCE

A

e

sois

Isaure
du Gai-Savoir

plus attristée
:

—

ISAURE

en

ta

tombe,

Dame

il luit de nouveau, le clair emblème

qui t'agrée tant.

L'Aube, qui enfin s'est levée, dans

chaque

cerveau

clairoie, et le beau parler moniin fait rééclore la Fleur
dorée.

Plus tôt que
aider

notre

se

ne

l'aurais

cru, tes

Mainteneurs ont voulu

Renaissance.

Laus à euxl
de toi

je

et que

Toulouse, reine du Midi, toujours

souvienne, ô Clémence !

/

�INVOUCACIUS

9

III

A

CLEMENÇO ISAURO

ou

siògues plus emmalcourado,

Dono

Tourno

Isauro, dins lou toumbèl

lusir, lou clar simbèl

Del Gai-Saber que tant

t'agrado.

L'Albo, qu'enfins s'es arbourado,

Claréjo dins cado cerbèl,
E F
Fa

parlar mound

e

subrebèl

respelir la Flour daurado.

Plus-lèu que nou b'auriòi cregut,
Tous Manteneires

an

voulgut

Ajudar nostro Renai«senço.
Laus à-n-elis !

et

toutjourn

que

Toulouso, reino del Mèdjourn,
De tu

se

souvengue,

o

Clemenço !

:

�10

lou

terradou

IV

A

LA.

GRANDE OMBRE

d'auguste fourès

epuis
es

cette fosse

terrible

si

que nous

t'avons porté, ô fier poète, qui

la rayonnante

profonde,

lumière de notre terroir,

nous avons

le

cœur

brisé

en

par une

angoisse.

Hélas! il te l'a fallu bientôt laisser choir, ton

puissant

outil, travailleur opiniâtre ! Qui la maniera avec la même

vaillance, la plume que tu tenais comme un bouvier
l'araire ?

Rejeton des troubadours, ô grand faidit, à peine à ton
été, tu disparais, sort maudit !

tandis qu'allait vers toi la

Gloire éblouissante.

Va!
tu

as

parmi tes aïeux tu

peux

dormir tranquille, Fourès

;

forgé pour le Midi une œuvre merveilleuse, et je vais

le continuer, ce que tu as

si bien entrepris !

�il

JNVOUCACIUS

IV

A

LA GRANDO

OUMBRO

d'auguste fourés

esempuèi

que

t'abèm pourtad, o fier troubaire,

Qu'ès la raianto lux del nostre terradou,
Dins

aquel

Abèm lou

Ai-las !
Toun

te

cros que tant
cor

l'a

abiò de prigoundou,

matad p'r un

calgud pla trop lèu laissa 'staire,

pouderous utis, afric trabalhadou !

Qui la manejara dambe la
La

plumo

que

peno

Mentre

E

o

subregrand faidid,

à toun estiu, t'escoundes, sort

Aujols

pos

dourmir siaud, Fourés :

fargat pel Mèdjourn uno obro
vau

maldid !

qu'à tu veniò la Glòrio espetaclouso.

Vai ! demèst lous
As

mémo ardou,

teniòs courao un bouier l'araire ?

Regrelh des troubadours,
A

terrible desaire.

ba

perseguir,

ço

miralhouso,

qu'as tant pla 'ntreprés !

�d2

LOU

TERRADOU

V

VIRGILE

A

au temps démonje enfance,
bâillais quand sur la grammaire
de Lhomond

Virgile, j'étais loin de

extraordinairement, ô

penser

que,

plus tard, devenu

félibre, je te louerais en ma langue épurée.
Enchaîné
sauvage

alors

l'affreuse

par

version,

esprit

mon

rêvait la liberté, et, quand le professeur arrivait,

portant le livre où tu as mis ton génie, je croyais voir
un

démon...

Quelle enfance triste !
souvent

troublé à

enfin les yeux
Ton

œuvre,

me

un

que

tes Bucoliques
Mais

m'ont

j'ai ouvert

à leur beauté.

chaque nuit, je la prends à

elle fait déborder dans
suis

et

rendre malade !

peu poète,

mon cœur

maintenant

que

l'amour du

mon

chevet

;

Terroir, et je

je te comprends !

�INVOUCACIUS

13

V

A

1

temps qu'èri mainatge

Abiòi
O

d'aques badalhs

Virgili, èri lènh de

Plus tard

VIRGILI

te

que soun

souscar que,

lausariòi dins lou miu

Labets encadenad per

subre. Lhoumound

e que

del

gros

calibre,

felibre,

parlar mound.

l'orro versiu,

moun

Espirit salvatgenc raibabo d'esser libre,
E, quand lou proufessour veniò, pourtant lou libre,
Ount

as

més toun

engenh, cresiòi veire

daimoun..

un

Quno tristo efantesso ! et que tas Bucoulicos
M'an treboulad soubent à n'aber de coulicos !
Mès ai dubert enfins lous èlhs à lour

Toun

obro, cado nuèit à

Fa 'zoundar dins

E

soum un

pauc

moun

pouète,

moun
cor

splendou.

cabés la préni ;

l'amour del

aro que te

terradou,

coumpréni !

�LOU

14

TERRADOU

VI

ESPOIR

té danset sonles
Commeje le gril on quisortir
chantede abricontrée,
trou,

créés par mon

vers

ma

ne veux pas

âmé enthousiaste, je les clamerai sans

jamais être enroué.
Je suis heureux, parce que

je le dis sincèrement

—

peu

je

me

contente.

jardin et un pré.
beaucoup la désirent; mais —

L'argent ? Celui-là est fortuné
Et la Gloire? Je sais que

de

elle

qui

ne me

a un

tente pas, non plus !

apprenti-félibre, quand je
livre et le lit à travers champs

Pourtant, si, par hasard, un
serai

en

la bière, ouvre ce

à l'ombre d'un

ou

saule.

J'espère qu'il ne méprisera point les beautés
pestre et que dans son
de

pensées.

petit

pays

du cam¬

il saura trouver un monde

�INVOUCACIUS

15

VI

ES P

Oumo

lou

grilh

Ë

que canto,

R

abrigaddins

soun

trauc,

Iéu, voli pas sourtir de la miuno encoùntrado,
E 's

verses

coungrelhads

Aqui lous clamarai
Soum

urous

per moun amo encourado,

sense esse

per-ço que

jamai

rauc.

m'acounlenti de

L'argent? Es fourtunad lou qu'a 'n ort
E la Giòrio? Per

e

'no prado.

pla la sabi desirado,

Mès, parli francoment :
P'r acò, se, per

pauc.

asard,

me

un

tento pas, tapauc.

aprendis-felibre,

Quand serai reboundud, durbits aiceste libre
E lou

legits deforo à l'oumbro d'un alba,

Espèri què

per

Las beutats del

Dins

soun

el

seran pas

campèstre,

pichoun pais

un

mespresados
e que saura

troubà

mounde de pensados.

�LOU

TERRADOU

VII

DÉESSE

LA

Pour Henri Ner.

mon frère
cher, enlesnaidieux
ssant, desnousLatins,
reniâmes sur
baptistères
les

prêtres,

nos

et nos

brahmines à

nous,

nous

firent confesser les

mystères catholiques.
Nous

beau faire et beau

aurons

écorcher

nos

genoux aux

Vérité dans les Bibles
naîtrons

l'Au-Delà,

en

dire,

nous aurons

beau

cailloux des routes, chercher la

parchemin

nous serons en

:

—

quand

nous con¬

les cimetières.

Pourtant, elle coule toujours, elle coule à grands flots,
la fontaine de

qui

poésie où les aïeux éteignaient leur soif et

au cœur verce

l'ivresse.

Puisque notre horizon
abreuver à

celle

divine

qui voulut s'en éloigner.

ne

saurait s'éclairer, allons

source

:

celui-là

ne

vécut

nous

jamais

�INVOUCACIUS

17

VII

LA.

DIVESSO

Per Enric Ner.

iu fraire car, abèm subre lous

Renegat,
E nostris
Nous

an

en

capelans,

naissent, lous diuses des Latins,
quesoun

nostris bramins,

fait counfessar lous catoulics mistèris.

Aurem bèl

far, bèl dire,

esser

'Scourjar nostris genoulhs

as

de sants austèris.

calhaus des camins,

Cercar la Veritat dins de vièlhs

Quand
P'r

baplistèrïs

saurem

l'Al-Delà,

pergamins

serem pes

:

cementèris.

acò, rajo toutjourn, rajo à grandis rajols,

La fount de Pouësio, ount la set des aujols

S'atudabo,

e

qu'ai

cor

budo l'embriaiguesso.

Puèi-que nostre ourizoun
Anem

nous

N'a pas

abéurar vès

nou se

pod esclargir,

aquelo Divesso

:

jamai viscut qui voulguèt la fugir.

�I

�IL

L'OUSTALADO

O

moun

galant picliot oust au,

As ges d'armarié ni de gardo;
En passant, pas res t'arregardo,

Degun dis

: «
L.

Aqui resto

de

un

tau.

Derluc-Perussis.

���I

LA PETITE

MÉTAIRIE

T'ai, entre Mirepoix et Revel, un petit fonds
de terre très sablonneux

bien mauvais état

: «

avec

une

Chaque oiseau trouve

son

métairie

en

nid beau...

»

Pourtant, quand il produisait du vin, il était bien plus
agréable. Là, en ma jeunesse, j'ai fait mille fredaines; là,
on verra mon

tombeau.

Mais, actuellement, je n'ai point hâte de mourir
cela. Chantons le berceau, le

Je

veux me

promener par

Lauraguais, le

ragaillardi !

laissons

maïs et le blé.

les champs; quoique

soit morte, que mon cœur soit

:

ma

vigne

�I

LOU BOURDICOU

ntre

Miropeis

Ai pauc

e

Rebèl,

de terro

e

Ambe unbourdic
«

pla de sable

coumo un

Cado aucèl trobo

soun

Quand i abiò de jus de gabèl,

Ero, p'r acò, mai agradable.

Aqui, jouvent, ai fait lou diable;
Aqui

se

veira

moun

Mès de clucar

toumbèl.

aro nou

presso :

Laissem acò. Cantem la bresso,
Lou

Lauragués, lou milh, lou blad.

Voli

me

Malgrat
Que

passejar
que ma

moun cor

per orto ;

vigno siò morto,

siò reviscoulad !

estable

nids bèl...

»

:

�JÊ4

LOU

TERRADOU

II

A LA

MÉTAIRIE

A

Baptiste Bonnet.

avant d'al eLauraguais,
r au collège apprendre
l'filsesclavage,
de
terre

du

un

bruns,

tes

nu-tête, débraillé et mi-sauvage, vécut en sa horde ses dix

premiers avrils.
11 avait le

pied terreux, alors qu'il était tout enfant; il

courait dans les sillons pour

mettre des grillons en cage;

il savait tenir le mancheron de l'araire et écimer les maïs

déjà

ce

Méridional était âpre

au

:

labeur.

Maintenant, loin de toi, métairie, c'est de toute autre
façon qu'il travaille : la plume est
tant, ton souvenir
Va!

malgré

sa

vaillante houe. Pour¬

toujours le réconforte.

ses paperasses,

était hier; cela ne l'a pas

il est aujourd'hui

changé d'être allé

graine de laboureur et il s'en glorifie !

aux

ce

qu'il

écoles: il est

�l'oustaladô

2Î5

II

A LA BORDO

A Batisto Bonnet.
bant d'anà '1

Terro del
A

sa

bordo

coulètge aprene l'esclavatge,

Lauragués,

passèt

sous

un

des tius maurèls filhs

dex primiers Abrilhs,

Cap nud, espanjarlad e la mitât salvatge.
Abiò lou

pèd terrous, quand èro tout mainatge;

engabiar de grilhs;

Anabo pes

selhouns

per

Sabiò

l'araire

descrestar lous milhs

tene

e

:

Déjà 'quel Mèdjournal èro afric à l'oubratge.
Aro, lènhde tu, bordo,
Qu'el trabalho
P'r

:

es

d'uno autro faissou

la plumo es soun

valent foussou.

acò, toun souvenl toutjourn lou reviscolo.

Vai!

malgrat

Acò l'a pas

Es grano

sous

papiers,

es

buèi

ço

qu'èro aièr;

çambiad d'esse anad à l'escolo

de lauraire emai s'en mostro fièr!

:

�LOU

TERRADOU

III

LES MIENS

Te mequiglobien
ant misère.
labou¬
rifie d'longtemps
être le filstétad'ulen laitvaildelà
reur

Voilà

déjà douze

fossoyeur

a

ans

qu'il dort à l'orée du champ

son

un

soir de

en

où l'on voit

son

fatigue,

avec

les cheveux

encore

la fosse il fallut le descendre.

Ma bonne mère

a encore

quelques souffles de vie. Cepen¬

dant, la pauvre femme est chargée d'ans.

hivers, elle s'appuie
Veuve

père expirer!

juin, le mois de la cerise... Martyr de

ardeur et comblé de

noirs,

le

le droit de faucher.

Jour affreux que celui
C'était

que

et

sur un

bâton.

épuisée, les pleurs ont brûlé

souvent elle murmure, en

qu'en le cercueil

que

Depuis trois

filant

au

sa

coin du feu

finit l'infortune...

»

paupière, et
: «

Ce n'est

�l'oustalado

27

III

LOUS MI US

oum

fièr d'esse 1'

goujat d'un valent gazalha

Qu'abiò ferme poupat la lait de la
1

a

doutce

ans

Del camp que
Orre

Éro

adejà qu'el dourmits à l'aurièro
1' reboundeire

journ, quand

un

vespre

piel

on

vei

a

soun

lou dret de dalhà.

paire badalhà !

de Junh, lou més de la cerièro..

Martir de l'abeluc
Amb lou

paurièro.

e

coumoul de lassièro,

negre,

Ma brabo maire

al clot calguèt lou dabalhà.

encaro a

qualques lamps de vido;

Mentretan, la paurasso es d'annados claufido.

Desempuèi tres ibers
Véuse,agudo,

pes

se sousto

plours

sa

subre

parpèlho

E mourmoulo soubent, en fialant
«

N'es que

dins l'atahut

que

un

es

broc.
cremado,

prèp del foc :

finits la trumado...

»

�25

LOU

TERRADOU

IV

LE BERCEAU

J.-Fclicien Court.

A

T'ai dans mon gallesetasartisons
une reliquepassablement
chère, bien
vieille, et

trouée.

De

mille manières,

rideaux de gaze;
Cet

objet,

ont

que

que

les araignées lui font des

elle est enfin tout enfumée.
je préfère à

un monceau

d'écus, c'est

un

grand berceau poussiéreux, un berceau où bien souvent

j'ai dormi tout mouillé dans
vrai bonheur embaumait

ma

Il est à l'ancienne mode
est en

à

:

mes

langes,

au temps

où le

vie.

il

a

la forme d'un cercueil; il

chêne, il est épais, il est profond et il n'est plus bon

yien, sinon pour mettre au feu.

Cependant, je
mon cœur

ne

le brûlerai jamais. Quand je le voi«,

s'emplit d'émotion

génie, langue d'Oc!

:

—

C'est là

que

j'ai tété ton

�l'oustalado

29

IV

LOU

A

ipl
l«ll

i dins

moun

Annadido

Las aragnos

J.-Felician Court.
uno

relico aimado,

proubé traucado

pes cussous.

li fan de milanto faissous

Ridèus de gazo;

Aquelo

e

soulelher

BRÈS

enfins

qu'es

causo,

es

per

bèlcop afumado.

iéu plus estimado

Qu'un mountairou d'escuts, es un grand brès poulsous,
Un brès ount

pla soubent ai dourmit tout pissous,

Al temps ount

pel bounur

Es à l'anciano modo
Es fait amb de

E n'es pas

garric,

boun

Saquela, voli
Es

es

vido èro embaumado.

formo d'atahut;

espés, es founzut

per res, sounco per

pas

Quand lou vesi,

: a

ma

fà de braso.

jamai lou jità 1' foc.
moun cor

de coumpassiu s'arraso :

aqui qu'ai poupat toun engenh, lengo d'Oc !

�30

LOU

TERRADOU

y

LE BON

LAIT

Quand nous étions au mail ot, Lauraguais mes
frères,

par

de rudes femmes

ris. Quel lait abondant avaient celles

Repus toujours, jamais

nous ne

étions

nous

qui

nous ont

nour¬

élevés!

pleurions.

Nés pour enfoncer dans le sol le coutre des
seins
ou

araires, des
faisions tôt des seins taris. Quand il gèle
les Autans soufflent, furieux, il ne les faut
pas rachi-

gonflés

que

tiques

ceux

nous

qui sont

par

les terroirs.

Moi, qui à travers champs
il

me

préoccupe que de rêver,
plaît de m'y remembrer, profondément ému, ce

temps où
Tout

en

ma

mère

avec son

ne me

pied

faisant tourner fuseau

me

ou

berçait,
dévidoir,

son

bon lait mettait la forte sève et dans

mes

moëlles.

mon

—

temps où

sang et

dans

�31

l'oustalado

y

LA BOUNO LAIT

uand èrem al

troussèl, Lauraguéses

Per de rudos moulhers

Quno espunto abiòn

Las

nous aus

que nous an

mous

fraires,

èrem nouirids.

abourids!

Toutjourn assadoulhads, jamai n'èrem plouraires.
enfounzar lou gazelh des araires,

Nascuds per
Fasiòm des

sens

Quand torro
Cal pas que

coumouls de

ou que

sens

vite alarids.

's Autans bufoun, encoulerids,

siòn gamads lous

que soun pes

Iéu, que per orto n'ai mestier que

terraires.

de raibar,

Majoment emaugud, me plai de m'i brembar
A quel
Tout

temps ount ma maire amb lou

en

fasent virar lou fus

ou

pèd m'abressabo,

lou tresoulh,

Temps ount sa bouno lait metiò la forto sabo
E dins la miuno sang e

dins lou miu mesoulh.

�32

LOU

TERRADOU

VI

LE CHALEU

A Albert Arnavielle.

Be vieux chaleu songe à sa flamme d'Depuis
antan :tienles
Miens des Leurs l'avaient hérité.

longtemps il n'a plus
couvert

de

crochet de suspension, il est

son

vert-de-gris et empli de poussière.

La borde où il brûlait était

pâle clarté. On voyait
son

huile

rousse

bien

mi-obscure, tant

nager

—

sa

mèche avait

et c'était pitié !

—

dans

plus d'une mouche.

Certes, pour faire de la fumée il n'avait pas son pareil.

Malgré

ses

défauts,

nous

miser, de bonne heure
Car

nous

n'avions

l'aimions ainsi, et, pour écono¬

nous

l'éteignions.

jamais de l'argent de reste. Nous l'em¬

ployions à acheter du pain :
yeux, pour manger un peu

plus.

—

nous

faisions pâtir les

�L'OUSTALADO

33

IV

LOU CALELH

A-n-Albert Arnaviello.
m

1 siu flam d'anlan lou vielh calelh

sousco :

Lous Miunis des Lours l'abiòn airetad.

Dempuèi pla de temps
Cubert de verdet

es

descougatad,

coumoul de pousco.

e

La bordo ount cremabo èro
Tant

soun

blése abiò

Se vesiò nadar

Dins

Ja,

soun

per

Malgrat
E,

per

Car

oli

—

pallo claretad.

qu'èro

rous

uno

pielad !

pla mai d'uno

fa de fum èro
sous

mèdjo fousco,

ço que

—

mousco...

cal.

défauts l'aimabem tal qual,

estalbiar, pla lèu l'aludabem.

d'argent de trop, n'abiòm

A croumpar

Fasiòm

de

pan nous aus

pati 's èlhs,

per

pas

jamai.

l'emplegabem

manjà 'n

pauc

mai.

:

�34

LOU

TERRADOU

VII

LE JARDIN

A Froment de

Beaurepaire.

Te suis possesseur
ornébouquet.
de verdure
Avril d'un enclosfrais
Là,
et fleuri par

l'été

suspend à

comme un

chaque

rameau

fruits d'or et muscats

qu'Août mûrit.
J'y rime souvent,

ma

femme

jouent à cache-cache; puis,
peu :

Je n'ai pas

nos

sans y suer,

enfançons

je travaille

y

un

la passion d'acheter des champs

:

il faut tout

ambition, quand les ans auront bien ridé

peau,

Et
sera

le

coud et

je sème des légumes, je taille la haie.

laisser... Ma seule
ma

y

quand je n'aurai

pas

plus de flamme qu'un chaleu,

d'avoir, pour y finir ma vie, un jardin bien petit sous

grand Soleil !

�L'OUSTALADO

35

VII

L'ORT

A Froument de

oum

mestre d'un claus oundrad de verduro

E flourid
A

p'r Abrilh

coumo un

fresc bouquet.

|ui, l'estiu penjo à cado branquet

Fruts d'aur

I rimi

e

muscads

soubent,

ma

qu'Agoust amaduro.

femno i courduro

E nostris droullouns i fan al

Puèi,

i

sense

Semeni

Ba cal

susar,

qü'aurai

de

camps

faran

ans

pas

n'ai

pas

ma

la passiu

:

ambiciu,

pèl pla rafido

mai de flam qu'un calelh,

Sera d'aber, per
ort

;

trabalhi 'n pauquet :

laissai-... Ma soulo

tout

Quand lous

Un

cluquet

legums, talhi la randuro.

De croumpar

E

Bclrepaire.

i finir

ma

vido,

pla pichoun joubs lou grand Soulelh !

�3ê

LÔU

TERRABCIU

VIII

A MES ENFANTS

Marins et Edouard.

eut-être

je vais
rêve que

ne

Ces

vous

dire

: vous êtes encore trop

jeux et

ne songe

ma

ce que

jeunes

morale,

qu'à rire.

jeux, plus tard il faudra les proscrire; il faudra

chacun de
que,

comprendrez-vous point tout

esprit joyeux n'a guère envie d'écouter

et votre
et

ne

vous

travaille

avec

courage et

ô enfançons! quand je serai mort,

relise ceci,

en ma

que

parce

tombe je

ne

voudrais pas vous maudire.
Aimez
mémoire

votre

Patrie, aimez la Liberté

et

la probité soit la seule loi qui vous tienne

que

;

conservez

ma

à l'attache.

Fils !

ce

n'est pas pour

les Estieu qu'est faite la richesse

mais

vous serez

sans

tache et, gravé dans le cœur, l'amour de votre

toujours

assez

;

fortunés, si vous avez un nom

terroir !

�L'OL'STALADO

37

VIII

A MOUS EFANTS

Màrius
elèu
Ets

coumprendrets

trop jouves

D'escoutar

E raibo que

lous jocs

es

Edouard.

pas tout ço que vau vous dire :

encaro e vostre

mouralo

ma

c

pas

èime gaudjous

gaire invejous,

e sousco res

qu'à rire.

Aquelis jocs, plus tard caldra lous interdire;
Caldra
E

qu'à

trabalh cadun siò couratjous

soun

relegisque aiço,

mainatjous,

perço que,

Un cop mort,

dins

Aimats vostro

Patrìo, aimats la Libertat;

Servats

pla

ma

memòrio

Siòsque la soulo lé
Filhs !

es

pas pas

Mès sempre

moun cros

e

que

que vous

vouldriòi pas vous maldire.

l'ounestetat

tengue à l'estaco,

Estieus qu'es faito l'esplendou

n'aurets prou, s'abèts

E, 'nclastrad dins lou

cor,

;

un noum sens taco

l'amour del terradou !

�33

lou

terradou

IX

A MA FILLETTE MIREILLE
POUR

SA NAISSANCE

Mireille de Pròsper

Esiieu, qu'en toi
devienne l'été ! et que, grâce
à Dieu, fleurisse et prospère tout le
bonheur que pour loi dans mon cœur
j'espère !
le printemps

Frédéric MISTRAL.

O fillette, tu es la joie de ma maisonnée, tu es le

pure
dont

Je

rayon de soleil qui vient me réchauffer ; et ta
enfance maintenant m'aidera à supporter les tristesses
mon âme est
emplie.

sais pas encore si tu es blonde ou brune; mais que
m'importent tes cheveux? Ils seront comme ils seront. Si
ne

tu es
vers

vertueuse, tu trouveras toujours pour t'adorer celui

qui ton

cœur aura

pris

son essor.

Qui peut connaître les malheurs qui planent sur les peti¬
tes têtes? La ronce de la Vie

l'Amour

est

un

feu si cruel

a

de nombreuses

quand

en nous

Mais à
et si

épines et

il s'allume !

quoi vais-je songer ! Certainement, tu prospéreras,
je deviens assez vieux pour te voir bien grande, ô ma

Mireille ! il

sera

à toi le Vincent que

tu voudras !

�l'oustalado

39

IX
A MA DROULLETO
PER

SA

MIRÈLHO

NÀISSENÇO

Mirèio de Prouspèr Estiéu,
Qu'en tu tou printemps devèngae l'estiéu !
E, gramaci Dieu,
Flourigue e pronspère,
Tout l'ur quepèr lu dius moun cor espère.
Frederi MISTRAL.

E
A

blouso efantesso arom'ajudara
trigoussà 's malcors dount ai l'amo couflado.

ta

Encaro sabi pas

s'ès bloundo

ou

bristoulado

;

Mès que me fa toun piel ? Sera coumo sera.
S'ès sajo, troubaras toutjourn
per t'adourà
A quel vès qui toun cor aura pres la voulado.

Qui sap qualis malurs trèvoun
L'arroumec de la Vido

E l'Amour

es un

es

foc tant

sus caps pichouns ?
claufid de pounchouns,

auriu, quand s'abrando !

Mès à que vau souscar! Segur, t'abouriras,
E, se veni prou vièlh per te veire pla grando,

Mirèlho,

sera

tiu lou Vincent que vouldras!

�40

LOU

TERRADOU

X

LA

MONTÉE

Üne voix m'a dit : « Dans lcolline,
e sentier quipèlerin,
mène
«

«

chemine!

«

vingt

«

«

«

ans

au

Tu

sommet

es

de la haute

ô

dans la pauvreté, mais l'illusion des

doit te suffire.

Allons! hâte-toi! Tends le

jarret loin de

ce

bourbier

appelé la terre ! Tu toucheras là-haut le Bleu qui t'attend; alors, tu rêveras en pleine clarté! »
Que les jours d'idéal ont peu de durée! Avant d'avoir

les cheveux couleur de la rosée
mais

qui, le matin, voile les

automnaux,

J'ai fait l'ascension de
l'autre

penchant, déjà

mon

ma

vie, et, devant la nuit de

âme tremble, épouvantée...

�41

L'OUSTALADO

X

LA MOUNTADO

no voux

Que

m'a dit

meno

: «

Dins lou carrièrou

à l'acrin de la nauto serro,

camino !

Ès dins la misèro,

«

O roumiu,

«

Mès amb l'illusiu des vingt ans n'as prou.

«

Am ! afano-te! Fai tibà

«

Lènh

«

Toucaras amount lou Blu que

«

Labets, raibaras

Que 's

l'garrou

d'aquel fangas nouminad la terro !

en

t'espèro

pleno clarou! »

journs d'idéal an pauc de durado !

Abant d'abé 1'

piel coulour d'albairado

Que velo, al maitin, cado
De la miuno vido ai fait la

ferrajal,
mountado,

E, dabant l'escur de l'autre penjal,
Moun

;

amo

adejà tremolo, espantado...

�42

LOU

TERRADOU

XI

AUJOURD'HUI

aujourd'hui, je n'ai plus l'ardeur de mon prin¬
temps, et la vie

Antan, jamais soucieux, je
bientôt

ne

a

fait

mon

cœur

saignant.

savais pas que le bonheur,

quelque chose l'empoisonne.

Dès que

j'avais

trouvé

quelque claire rime, je rêvais
lauriers, poète orgueilleux; je voulais escalader le sommet
des honneurs; mais la
Gloire, hélas! ce n'est qu'une frime.
A toute cette fumée

sonnés,
mes

on ne songe

sont

chers

crus un moment. A trente

ans

plus ainsi. Ores, les jours calmes font

allégresses.

Et, pour endormir
ce

je

vos

mes

caresses,

enfançons!

ô

douleurs,
ma

ce que

j'ai de meilleur,

compagne vaillante!

ô

mes

�43

l'oustalado

XI

ABUÈI

buèi, n'ai pas plus l'ardour
E la vido

a

Antan, sabiòi pas,
Que 1' bounur,
Tre

fait loa-min

de:ma primo,

cor sannous.

jamai soucinous,

;

lèu-lèu quicom l'enverimo,

qu'abiòi troubat qualquo claro rimo,
pouète ufanous ;

Raibabi lauriers,

Vouliòi 'scalabrar l'acrin des ounous;
Mès la Glòrio, ai las

A tout

! n'es pas qu'uno frimo.

aquel fum creguèri 'n moument.

A Irento

ans

sounads,

Aro, lours journs

on sousco

siauds fan

E, per bransoular las

mas

autroment.

allegressos.

miunos doulous,

Ço qu'ai de melhour, soun vostros caressos,
O moulher valento!

o

càris droullous !

�2í9fii
J33'

�III

LA TERRO MAIRALO

Quati la doiiss 'aura venta
ves nostre pais,
M'es vejaire qu' ieu senta
Odor de paradis.

De

Bernard

de

Ventadour.

�i

��I

CYBÈLE

/1 François Fabic.

elle Cybèle
est la miesein
nne aussila, Mère
la Déesse
Païens,
des des
mères,
la

le soleil féconde

ses

enfanta tant de dieux géants
Devant
la tête,
est

que

nu,

au

avec

rayons amoureux

et qui jadis

!

elle, alors, les Peuples palpitants inclinaient

acharnés

aux

labeurs des champs.

Ores, elle

l'Oubliée, et, pour de nombreux rimeurs, ses enchan¬

tements sont peu

O Poètes !
nos

enivrants...

il est temps

de prendre

meilleurs chants soient à

sa

sa

défense ! Que

louange! Aimons-la bien,

l'Aïeule à l'éternelle beauté

Qui toujours fait éclore les
sans

grains ensemencés et qui,

s'affaiblir, depuis tant d'années, à son sein fécond

soutient l'Humanité !

�I

CIBELO

A Francés Fabier.

s

'a

I

a

niiuno, tabé, la Divo des Pagans,
Cibèlo al sé nud, la Maire de las maires,

Que lou soulelh emprenho amb sous raisses aimaires
E

qu'antan efantèt tant de diuses gigants!

Dabant elo,

alabets, lous Poples bategants

Aclinaboun lou cap, per orto frèm

Aro,

es

la Debrembado,

Lous sius encantoments

0 troubaires !

es

soun

forço rmaircs,

pauc

embrïaigants...

temps de prene sa revenjo !

Que noslris melhours
Aimem-lo

e, per

trimaires.

cants

siòsquen à

sa

lausenjo !

pla, l'Aujolo à l'eterno bèutat

Que sempre fa 'spelir las granos semenados
E que,

sèns s'aflaquir, dempuèi tantos d'annados,

Al siu

poupèl fecound sousten l'Umanitat !

�LOU

50

TERRADOU

II

A

LA TERRE

rer. Si Tuje
O erre-mère, par toi je moi
me tusens attifumée.
ne

te

travaille pas, par

fus, il y a trente ans, mon berceau
lit où

j'irai

me

En ton sein

seras

aimé : tu

seras

le dernier

coucher.
profond qu'il

rongé des vers, l'âme en

plein

sera

doux de rêver, le corps

repos

! Alors, je n'aurai plus

peur

de l'humaine tourmente: le bonheur éclôt dès que

pour

toujours

on

vient de clore la paupière.

jusqu'à
entend grisoller

Cependant, pour fuir les chagrins, dont ma vie
jour

ce

a

été pleine, dès que, le matin, on

L'alouette

qui dans la lumière blonde s'envole, il me

faut, enthousiaste, errer
les

de

longues heures

champs fraîchement labourés qui exhalent

fragrance !

à travers

si saine

�LA TERRO MAIRALO

51

II

A LA TERRO

| erro-Maire, per tu me sentissi 'mbescar.

Il

Se te trabalhi

Fousquèros, i

iéu

pas, per

seras

fumado.

la miuno bresso aimado

a trento ans,

:

Seras l'ultime lèit ount m'anirai coulcar.

Dins lou tiu sé
Lou corps

prigound

manjad pe's

fara boun

que

verms,

souscar,

l'amo repáusimado !

Labets, n'aurai plus póu de l'umano trumado :
Lou bounur

espelits tre qu'on

ven

de clucar.
I

Menlretan, per fugir las èrgnos, dount ma vido,

Dusquos al journ d'abuèi
Talèu que,

me

estado claufido,

lou maitin, s'ausits calandrejar

La lauseto que
Iéu

es

dins la lux bloundo s'enlairo,

cal, abroundad, pla de temps landrejar

Pe's camps

laurads de fresc

que

fan tant bouno flairo !

�LOU

52

TERRADOU

III

DANS LES CHAMPS

Que je suis mal
heureux,
ldea rimer!
Rime meLa
la
poète
qui ai quand
fuit, pauvre

rage

Muse, qui toujours ne se laisse pas aimer, me dit : «

Aujour¬

d'hui, il fait trop froid : il faut attendre le Printemps. »
Dès que
donne les
dans

frime,
neras

le soleil luit, j'ai la canne à la main; j'aban¬
papiers

la campagne,
me

dit

: «

demain.

sur

le

lesquels

mon

crayon,

que

esprit s'acharne, et,
je promène

pour

la

Aujourd'hui, il fait trop chaud : tu griffon¬

»

Toujours errant, hélas ! combien d'heures j'ai passées
dans le

campestre en fleurs, en semant mes

pensées,

sans

ajouter la moindre page à mon livre.
Mais, malgré tout, je n'ai pas fait une perte bien grande :
—

les meilleurs sonnets

bonheur

ne

le donnent jamais,

qu'on trouve dans les champs.

l'enivrant

�LA

TERRO

MAIRALO

III

PER ORTO

a

!

ne soum

malurous, quand me fugits la Rimo,

Paure troubaire

La Muso, que

Me dits
Tre que

: «

loutjourn se laisso pas aima,

Buèi, fa trop fred : cal esperar la

Primo.

»

1' soulelh lusits, ai la cano à la mà ;

Ourissi lous

papiers ount moun cerbèl s'escrimo,

E, pes camps, lou
Me dits

qu'ai la ràbio de rimà !

: «

craioun, que passéji per frimo,

Buèi, fa trop caud : grifounaras demà. »

Roundinejaire, ai las! que d'ouros ai passados
Dins lou campestre en
Sènse

flours, semenant mas pensados,

ajusta '1 miu libre une pajo de

Mès, pracò, n'ai pas fait une

mai !

perdo pla forto :

Lous melhouris sounets lou dounoun pas

jamai,

L'embrïaigant bounur que se trobo per orto.

�54

LOU

TERRADOU

IV

FENDELHE

Omon viquil age, s'effacera
en mon cœur
as laisséde une
qu'à tul'heure
trace

Tu

mort.

ne

ma

rappelles le temps où tant il m'agréait de

me

fumer des barbes de maïs dans du

Une ceinture de

champs très fertiles t'entoure

habitants travaillent
blé les

papier grossier...

avec

;

tes bruns

acharnement ; fourrage,

vin et

récompensent de leurs efforts, et je suis bien heureux

d'être de cette

race.

O Fendelhe !

depuis vingt

toujours je

ans, ma

veux

main n'ait

te bien aimer, quoique,
pas

été serrée

par

tes

paysans,
Et

quoique,

pour eux,

m'arrête, songeur,

regarder

un

au

je sois déjà

un

inconnu, quand je

milieu de la grand'route,

instant la maison où je suis né.

pour

�LA

55

MAIRALO

TERRO

IV

FENDELHO

iu

vilatge,

Que
Tu

me

se

as

moun cor uno traço

desfaçara qu'à l'ouro de

brembos lou

Fumar de

laissât dius

ma

mort.

temps ount m'agradabo fort

piel de milh dins de papier de traço...

Uno cinto de camps ferme

granius t'abrasso

;

Toun escabot maurèl trabalho fort-e-mort ;

Pasturo, vin
E

bèlcop

e

me

blad pagoun

soun

espefort,

fa gaudj d'esser d'aquelo

raço.

O Fendelho !

toutjourn iéu voli te pi' aima,

Malgrat

desempuèi vingt

que,

Pes tiunis païsans nou
E que,

la miuno

ma

siò 'stado sarrado,

p'r elis, iéu siòi déjà 'n incounescud,

Quand m'aplanti, souscaire,
Per

ans,

al mèdj de la pèirado,

agaità 'n moument l'oustal ount

soum

nascud.

�56

LOU

TERRADOU

y

LE LAURAGUAIS

A Paul

Fagot.

Couché prèsj'ai d'lesun hallier,tournés
au pied d'ul'est
n vertde
coteau,

vers

yeux

Naurouse, du côté de la Montagne-Noire dressant, vigou¬
reuse, sa croupe

Un

altière dans le ciel azuré.

laboureur, derrière un araire primitif, adorne

maints sillons la
voix ardente,

plaine ombreuse où, sans cesse et d'une

chaque soir d'été, chantent tant de grillons !

Là, des blés, des maïs, de jeunes vignes, des
fèves et des

de

champs de

peupliers géants; mais, au lieu de rivières, à

peine, çà et là, des ruisseaux desséchés.
Que d'autres aillent loin chercher des
leur terroir soient vile détachés:
au

Lauraguais !

—

merveilles et de

mon cœur

est chevillé

�LA

TERRO

67

MAIRALO

Y

LOU

LAURAGUÉS
A Paul

oulcad

Fagot.

prèp d'un bartas al pèd d'un vert

coutiu,

Ai lous vistouns duberts sul levant de Naurouso,
Vès la

Mountagno-Negro airissant, verturouso,

Dins lou cèl azurad

Un

soun

esquinal autiu.

gazalhan, darrè 'n araire primitiu,

Oundro de mants selhouns la

arderouso,
grilhets, cado vespre d'estiu !

Ount, sèns cap de
Cantoun tant de

A qui,
E de

piano souloumbrouso

relais, d'une

voux

de blads, de milhs, de malhols, de fabièros

pibouls gigants ; mès, al loc de ribièros,

A peno,

de çà-n-là, de riuses assecads.

Que d'autres

anen

lènh

E de lour terradou

Moun

cor

cercar

de mirabilhos

siòsquen lèu destacads :

al Lauragués ten ambe

de cabilhos !

�58

TERRADOU

LOU

VI

LES LAURAGUAIS

Sur

un

thème d'Antonin Pcrhosc.

en routiniers,ils et,
Bes Lauraguaifierss sont gens
forts, binulle
et

pourtant,

part

reculent. Sous leur rude écorce ils ont
faite de
Ce

sont

tous vents ;

quand ils ont dit

au roc :

courbent pas

En
il

point des écervelés

rétracteront

s'agriffent
ne

en

ne

âme ardente

gaieté gauloise et de vigueur latine.

ne

ne se

une

que

chacun fait tourner à

non, vous pouvez

point. Ils sont pareils
—

ils vont droit

ou

croire qu'ils
chênes qui

aux

de travers, mais ils

l'échiné.

Lauraguais, pardi! il
est, comme partout,

en

qui

est de mauvais et de bons;
ne sont

ni tu ni

vous,

hypo¬

crites, paresseux, viveurs, poltrons et obséquieux.
Ces

quand

paroissiens-là,
nous

nous ne

partirons

pour

ils sont les bâtards du pays

les priserons

pour

rien,frère!

les luttes prochaines :
de Fourès!

V

—

eux,

�59

MAIRALO

TËRRO

LA

VI

LAURAGUÉSES

LOUS

Subre

ous

Lauraguéses

E, pracò, fiers

un

soun gens

forts,

e

terne d'Antounin

Perbosc.

claufids de routino,
en-loc.

capounoun pas

Joubs lour pèl rascagnudo an uno amo de foc.
Faito de

gaudj galés

Soun pas

Quand

d'aurivelads

an

dit

Soun

parius

Van

dret

En

e

nou,

as

ou

cadun inquiquino

que

poudèts creire qu'es

garrics

de

de verlut latino.

s'agafoun al

que

bistort,

mes

Lauragués, pardi ! n'i

a

Elis

quand partirem

soun

per

roc :

d'orres et de bous

Falsis, fegnants, gourrins, couards

Fraire !

al broc.

osco

fibloun pas l'esquino.

N'i a, coumo en tout roudal, que soun

Aquelis parrouquians, lous

;

e

;

ni tu ni

vous

flato-putos.

presarem pas

rés,

las prouximos lutos :

de bastards del païs

de Fourés !

�éo

TERRADOÜ

LOU

VII

L'HEUREUX

qu'heureux est celuy qui peult passer son aage
Entre
Sans

pareils à

crainte,

sans

Ne
Et

Il

ne

Son

ambition

!

libre affection,

plus avant

sans

passion,

que son propre

héritage.

s'empesche point des affaires d'autruy,

sa

ne

dépend

que

de luy,

court, son roy, sa faveur et son

11

ne

mange son

11

ne

met

Et

sa

principal espoir

11 est

fiction,

en son pauvre mesnage

plus grand désir, désir

Ne s'estend

sans

sans

soing d'acquérir davantage

tyrannise point
son

! et qui

envie et

Règne paisiblement
Le misérable

soy

bien

en

païs estranger,

pour autruy sa personne en

plus riche qu'il n'est

maistre.

ne

danger,

voudroit iamais estre.
I. DU BELLAY.

(Les liegrels.

—

Edition de J568J

�LA

MAÍRALO

TERP.O

Gi

VII

L'UROUS

(D'aprcp Jouaquim del Bellay).
h !

qu'urous

aquel

es

Demèst lous sius
Sènse

póu, sènse invejo, e sèns

Règno pla siaudoment dins
Lou besounh de croumpar
Rés que per
E

soun

pas

Se coupo pas

majoural

Es

court

Va pas

Dins
E

passar soun atge

cap

sènse ficciu,

d'ambiciu

n'es

pas

soun

meinatge !

lou siu partatge
afecciu,

mai lènh
cap

des afas del vesì

esper, es

e soun

que soun propre

rèi,

el

soun

que

;

1' fa lus!

plafait

airetatge.

;

e soun

roundinejar pe's terrradous lentans

soun

;

plus grand, afranquid de passiu,

lou

Soun

pod

e que,

soun paure

lou siu bé gardo

vot lou

S'espandits

sa

que

parius

pichoun païs cèrco à viure forço

mestre.
;

ans,

plus fourtunad qu'es n'ensajo jamais d'estre.

�LOU

TERRADOU

VIII

AUX

NUES

Te suis jaloux delavous,
Vous faites dans
bri-seô nues ! allant
le ciel

vous

ressemblez à

ce

une

veut;

que

volée de

et venant,

palombes

aux

si blanches

ailes !

Vous
•

*

couvrez

l'azur

condamné à vivre par
vos

draps,

pour

de

vos

légers voiles,

terre, je voudrais

faire des baisers

aux

me

et

moi,

coucher dans

étoiles.

Je n'imagine point de plus grand bonheur. Maintenant,
moutonnantes, vous planez sur ma tête,
verrez une

Vous étiez à
pays.
mon

N'est-ce
petit

et

bientôt

vous

contrée nouvelle;

nias

Fendelhe, il n'y a qu'un instant. C'est
pas

?

qu'il

vous

mon

plaît, emmi blés et maïs,

�LA

.63

MAIRALO

TERRO

VIII

LAS

A

ou m

gelous de

NIBOULS

vous autros,

Fasèts dins lou cèl ço que
Anant

De

nibouletos !
l'auro vol

;

venent, retrasèts un vol

e

paloumbos qu'an tant candos aletos !

Curbissèts l'azur de vostros veletos,
E

iéu, coundamnad à viure pel sol,

Vouldriòi

me

coulcar dins vostre

Per far de poutouns
Coumo

Aro,

à

Acò 's

ne

sabi

pas cap.

moutounant, me passats sui cap,

E lèu-lèu vèirets

Èrets

à las esteletos.

aquel bounur

en

lançol,

uno

Fendelho, i
moun

Demèst blads

a

autro

encountrado.

rés qu'un bricou.

país. 'Tat? que vous agrado,
e

milhs, lou miu bourdicou ?

6

�64

LOU

TERRADOU

IX

POÈTE

LA MISSION DU

!

uisque pour tout bien tu n'as

que tes

fais-les retentir bien haut, ô poète
heureux pauvre,

celui qui rêve,

—

sa

chants,

! C'est

un

chaumière vaut plus

qu'un château ducal.
Ne te

plains

pas;

oublieux des cités ;
toi desentraves, et

tel

que tu es

demeure; sois souvent

les préoccupations humaines sont pour

la solitude est

ce

qu'il te faut.

Surtout, fuis l'abominable politique qui tant épouvante
la rime

Où

champêtre... Fils affectueux du si beau
les

dans tes

fiers
vers,

Romains

ont

laissé

pays

leur trace,

cherche

jusqu'à ta dernière heure, à ressusciter le

génie de ta Race !

�LA

TERHO

MAIRALO

6ô

IX

LA MISSIU DEL TROUBAIRE

per tout

bé n'as

ressountir
Es

un

paure urous

pla naut,

planhigues

pas ;

Troubaire •!

o

aquel qu'es raibaire,

Soun bourdic val mai que
Te

castèl ducal.

demoro tal qual

;

Siòs de las ciutats soubent debrembaire
Lou rambalh

uman

E la soulitudo

es

cascal,

que toun

es

ço que

per tu

;

'ntrabaire,

te cal.

Fugis subretout l'orro poulitico
Qu'espavento tant la rimo rustico...
Filh amistadous del païs tant bèl
Ount lous

fiers Roumans laissèroun

Cèrco dins tous cants,
A far

lour traço,

dusquos al toumbèl,

regrelhar l'engenh de ta Raço !

�LO'U TERRADOU

66

X

LA LANGUE MATERNELLE

( Vieux Roman)

T'ai espoir que le parler fleuri, le parler qui,
plaire, n'a

pour

a

pris naissance, jamais
En

ferme

croyance que par

toujours honoré
Parmi

siècle,

ceux

qui

en

vers

enseveli.

là il

ne

peut déchoir

des hommes fidèles il

lui ont mis leur espérance,

lui, aimant

chants,

et

pareil et qui à Toulouse

;

sera

joie.

avec

en notre France, le grand

Comme
beaux

ne se verra

il est enchâssé

notre cœur
est ma

pas son

mon

en

notre

Mistral fut le premier.

village,

pour

être coutumier de

toi je me tourne, Langue maternelle !

�LA

TERRO

MAIRALO

«7

X
\

LA LENGUA MAYRE

( Vielh Romans)

ar

floratz,

plazensa,
Qu' ha pres a Tholoza
Ane

Es
E

no

se

al nostre
n'i pot

nayshensa,

vira sosterratz.

cor

enclastratz

trobar dechazensa

Per homs

fìzels, ben m'es

;

crezensa,

Sera tot iorn ab gaugz ondratz.
De cels
En

qu'hant

nostre

segle,

mes
en

en

nostra

Lo grans Mistral fos lo
Com lui

del

Pr'

de bels chans

Vas

esser

vos

mieus

yeu me

lui 'speransa,

Fransa,

primier.

vilatge

amayre,

costumier,

vir, Lengua

mayre

!

�ras'

�IV

L'AMOUR

Gentil mia Donna, i'
Nel

movcr

veggio

de' vostri ucclii

un

dolce lume

Che mi mostra la via ch'al ciel cotiduce.
F. Petrarco.

(Canzoni, XIXJ

���I

L'AIMÉE

A la Mienne.

Hvec la fine tail e et ton sein naissant, blanc
comme

que tu

lait, frais

rosée, à seize

comme

ans,

étais exquisement belle !

Ta main valait sûrement le

je l'aurais prise

pour

plus joli

morceau

d'une fée

du Paros, si elle avait été

;

un peu

moins chaude.

Vers toi, le cœur enflammé,

je revenais dès

que

j'étais

parti. Que rapidement les heures s'envolaient,

Quand

posaient

nous

sur

étions

tous

deux, et

les miennes des baisers

au

quand tes lèvres

parfum si doux !

�L'AIMADO

A la Miuno.

mbe ta talho menudeto
E toun
Blanc
A

Valiò lou
L'auriòi

à prou-peno gros,

coumo

sexe

Ta man, segur,

sen

ans,

lait, fresc

qu'èros poulideto !

d'uno fadeto

plus coutinaud tros

;

cregudo de Paros,

S'èro estació

un

Vès tu, lou cor
Tournabi tre

pauc mens

caudeto.

arrousentid,

qu'èri partid.

Que vite las

ouros

Quand

troubabem loutis dous,

E

coumo ros,

nous

passaboun,

quand tous pots su's mius pausaboun

De poutouns

al perfum tant dous !

�74

LOU

TERRADOU

II

LA PEUR D'AMOUR

Be corail de deux cenelles brillait à ton oreil e,
et

en

mon

cœur

l'amour

croissait

des

avec

pensées charnelles.

Malgré tes craintes virginales,
mordait ;

la soif du baiser

se

lisait

un

mal semblable te

sur tes rouges

lèvres.

Que je te taquinais souvent sur l'herbe, tandis que le
Vent

Je

jouait dans ta chevelure !

ne

pouvais

reuse comme un

me

tenir coi, et toi, tu te montrais

tarin

près d'un faucon...

peu¬

�l'amour

75

II

LA POU D'AMOUR

ou

A
E dins

couralti de dos assanèlos
toun

aurelho

l'amour creissiò,

moun cor

Ambe de

esplendissiò,

pensados carnèlos.

Malgrat tas timours vierginèlos,
Un mal

pariu te mourdissiò

La set del bais

Subre

tas

se

labros

;

legissiò

rouginèlos.

Que te capignabi soubent
Sur

Verbo,

mentre que

lou vent

Jougabo dins ta pamparrugo !
lèu

nou

poudiòi demoura quet,

E tu te moustrabos

Coumo

un

pòurugo

senilh prèp

d'un falquet...

�76

LOU

TERRADOU

III

LE SENTIER

Te sais un étroit sentier le long d'un ruisseau
où merles et tourterelles vont boire
;

peupliers, chaque pâquerette sourit

aux

sous ses

passants et rêve à

l'ombre.

Pour conduire

au

bonheur, il n'a pas

combien de fois, à la nuit brune,
chanteresse

Dès
des

qui savait guérir

ma

qu'elle arrivait à petits

Puis,

nous
tant

nous

de

jusqu'à satiété...

cachions

vers

pareil. Là,

j'allais attendre l'En¬

cruelle souffrance !

pas et

épais halliers, je l'embrassais

brillaient

son

frôlant les branches

sans me

dans

luisants, et

]es
nous

lasser jamais.

luzernières
nous

où

aimions

�l'amour

77

111

L'

IÈ

I S

abi 'n ièii estret tout lou
Ount

van

loung d'un riu

beure 1' merle et la

lourtourèlo;

Joubs lous sius pibouls, cado pimparèlo
Graciuso 's passants e
Per menà '1

raibo à l'oumbriu.

bounur, n'a

de

pas soun

à la nuèit maurèlo,

Aqui,

que

Anabi

'sperà 'quelo Encantarèlo

cops,

pariu.

Que sabiò garir moun malcor auriu.
Tre
E

qu'elo arribabo à picbounis

passes

fregant lous brancs des ramuds bartasses,

L'abrassabi sèns m'alassar

jamai.

escoundiòm demèst las lusernos

Puèi,

nous

Ount

trelusissiòn tantos de

E fasiòm l'amour à

pouder

lucernos,
pas

mai...

�LOU

TERRADOU

IV

LA. FLEUR

D'ÉGLANTIER

Un jour de Mai, loin de toute cachette, la
main dans la main

essart entouré de vieux

églantiers,

et

l'âme ravie, dans

nous

un

courions tous deux.

Je m'en souviens bien. Une douce brise soufflait, et, la

veille,

Tiens je t'avais demandée... Je cueillis

aux

fleur que,

depuis, tu

as

gardée et qui, lors,

orna

une.

tes cheveux

soyeux.

Quel heureux hasard ! L'églantine aimée, je l'ai revue

aujourd'hui

:

—

il

y a

douze

ans,

tu l'avais serrée dans

un

tiroir.

Comme
ont

ces

pétales desséchés, ô

ma

femme chère, qui

gardé quelque chose de leur prime odeur, notre ancien

amour

nous

parfume

encore.

�l'amour

79

IV

LA FLOUR DE GARRA.BIER

i^glj n journ maienc, lènh des amagadous,
jlk^Llj La man dins la man e l'amo

abroundado,

Dins

uno

De vielhs

bousigo à founs enroudado
garrabiers courriòm loulis dous.

M'en souveni

pla. Fasiò 'n aire dous,

E, la velho,

as

Tius t'abiòi demandado...

Coupèri 'no fiour qu'as dempuèi gardado
E

qu'oundrèt, labets, lou tiu piel sedous.

Qun

urous

asard ! L'englantino aimado,

L'ai revisto abuèi
I

a

:

—

d'acò doutce ans,

Coumo

aquel

l'abiòs estremado,

dins

secum,

un

tiradou.

miuno moulher

caro,

Qu'a servat quicom de sa primo óudou,
Nostre ancian

amour

nous

perfumo encaro !

�80

L0U

TERRÁDOU

y

AUX PERVENCHES

A Antonin

Glaire.

B marine,
leurs d'azurpervenches
tendre, ! fleurs coulj'ai
eur d'eau
ô

affection. Pour
certaine

Que

je

vous

vous

un

soyez au

regarde

sans

empli de joie quand
Là,

vous

honore le

contempler, souvent je suis allé dans

vous

prairie où

êtes

grande

pour vous

ruisseau serpente.

soleil,

que

jamais

me

l'emblème du

soyez

lasser, et

étalez

vous vous

génie humain !

vous

sur ma

parler

à l'ombre,

mon cœur est

poitrine.

roman

Certes, chères

me

qui tant
sont

vos

gerbes,
Aussi chères que
vous

bleus

n'êtes pas

le drapeau félibréen; mais, sûrement,

les seules fleurs belles

qui rivalisent

avec vous

!

:

—

je sais deux

yeux

�l'amour

81

V

A LAS PROUVENGOS

A-n-Antounin

lours de tendre azur,

O prouvencos
Per

uno

flours d'aigo marino,

souin vostre

remirar, soubent

vous

Dins

!

pradèlo ount

riu gourrino.

Que siòts al soulelh, que siòts à
Vous

agaiti sèns

E lou miu

cor

ne
es

afecciunad.

anad

soum

un

l'oumbrino,

fà 'n abenad,
de

gaudj emplenad

Quand senhourejats subre ma

petrino.

Èts aqui 1' simbèl del parlar rouman
Que fa tant
Ja !

caros

Autant

Mès,

ounour

me

caros

segur,

soun

que

Glaire.

à l'engenh uman !
las vostros gabèlos,

1' felibrenc drapèu

;

èts pas las soulos flours bèlos :

Sabi dous èlhs blus que vous

fan rampèu !

�LOU

62

TERRADOU

VI

LA

CORNEMUSE

A Paul Arène.

bien calme,amères
, et que
Quand le temps estapaiser
la nuitpensées,
dehors

j'erre

pour

mes

j'ouïs les refrains du rustique instrument
ment

prisé de Labécède au pic de Nore.

Devant
cornemuse
sans

à

qui est grande¬

se

chaque métairie où une jeune fille habite, la
passionnément résonne ; un garçon amoureux,

reposer un

instant, dans la peau de mouton souffle

perdre haleine.
Et les

jarrets des vieux, qui étaient rouillés, tressaillent ;

soudain, les voilà ragaillardis et, comme à leurs
ils sautent

sur

Tandis que,

trop dansé,

vingt

ans,

l'aire,

s'essuyant avec son mouchoir, lasse d'avoir

la jeune métayère regarde à la dérobée le

pâtre-troubadour.

�83

L'AMOUR

VI

LA

BOUDÈGO

A Paul Arcno.

uand lou temps es
Trèvi

pla siaud, la nuèit, e que deforo

p'r apasimar moun auriu pessoment,

Ausissi 's remenilhs del rústic instrument

Qu'es majoment

presad, de Labecedo à Noro.

Dabant cado bordo ount uno
La

Un

boudègo zounzouno apassiunadoment ;

goujat amourous, sèns s'apausà 'n moument,

Dins la

E lous

pèl de moutoun bufo que se degoro.
poumpilhs des vièlhs, qu'èroun

Trefousissoun ;

E,

drollo demoro,

coumo

sulcop, soun esperdigalhads

à lours vingt ans, sautoun

Mentre que,

arroubilhads,

subre l'aièro,

s'eissugant ambe soun moucadou,

Lasso de trop

dansar, la jouve camp-masièro

Agaito al deraubad lou pastre-troubadou.

�TERRADOU

LOU

84

VII

LA

PAYSANNE

A

Auguste Marin.

Ce qui, surtout, donne de l'agrément citadines,
au Midi,
ce

fleurs de

sont de nombreuses et

charmantes

joie et d'amour, brunes et blondes, dont l'agréable

parfum m'a souvent réconforté.
L'immortel

Aubanel

a

génialement chanté les filles

d'Avignon, Goudelin les Toulousaines, et je sais que

Montpellier

a

force délurées et que chaque

Arlésienne est

reine de beauté.

Mais celle

belle, c'est

qui, à

une, en

mes

Si bien terreux est

a

entre toutes est la plus

Lauraguais, qui

de l'aube à la vesprée, en

et, nue, on

yeux,

son

sue

à grosses gouttes,

arrachant du chiendent.
pied,

sa

jambe est faite au tour,

la croirait sculplée dans le bronze, tant sa chair

été baisée par

le soleil !

�85

l'amour

VII

LA.

PAGÉSO

A-n-Auguste Marin.
o

subretout, douno al Mèdjourn plasentad,

que,

Es mai d'un escabot de gentos
Flours de
Dount

gaudj

e

ciutadinos,

d'amour, maurèlos e bloundinos,

l'agradiu perfum soubent m'a 'rremountad.

L'immourtal Aubanèl ambe engenh a cantad
Las filhos

d'Avignoun, Goudelin las Moundinos,

E sabi que

1' Clapas

forço campardinos

cado Arlatenco es rèino de bèutad.

E que

Mès La

qu'es, à

Es uno, en

S'a lou

èlhs, la plus bèlo de toutos,
que suso

vesprado,

à grossos goutos,

en arrancant

d'agram.

pèd pla terrous, sa cambo es tournejado,

E, nudo,
a

mous

Lauragués,

De l'albo à la

Tant

a

on

la creiriò 'scalprado dins l'aram,

'gut pel soulelh la carn

poutounejado !

�80

LOU

TERRADOU

VIII

UNE JEUNE

A

EILLE

Jeune
lauraguaifaire'se,chanter
tu as vingt ans et ton
visage fille beau
à

est

badours. Tu

as

tous les trouba-

le sein bien

rondelet, l'œil vif, le parler

doux; mais le secret d'amour, tu l'ignores

Curieuse, ouïs-moi
maintenant, c'est
soyeux

ne

te mets

la pomme

soit

—

Ce qui à ton

un amoureux

qui t'embrasse, enflammé,

et te murmure : «

Va !

:

Tu

point

dorée, et tu

douce, elle est

en

en

peine. Tu

verras

un peu

toujours suivre de

/

et

y

»

mordras

assez

tôt, à

sûrement que, quoiqu'elle

tarée.

jeune fille!

sa sœur,

man jue,

quelque bois odorant,

Dès que lu en auras goûté, tu auras

et, flétrie, tu sauras, ô

cœur

cheveux châtains

aux

mie chère !

es ma

encore.

perdu tes charmes,

que

la Douleur.

le Plaisir

se

fait

�L AMOUR

87

VIII

A-N-UNO JOUVENTO

ouvento

lauraguéso, 'as vingt

ans e ta caro

Es bèlo à fà cantar toutis lous Troubadous.
As lou sé

pla redound, l'èlh viu, lou parlar dous

Mès lou secrèt

d'amour, lou sabes pas

Curïouso, ausis-me
Es

un

:

—

Ço qu'ai tiu

fringaire al piel castanhenc

e

;

encaro.

cor manco, aro,

sedous

Que t'abrasse, afougad, dins qualque bosc óudous,
En te mourmoulant

: «

Ès la miuno migo

Vai ! te tracasses pas.

I mourdiras

A la poumo

e

daurado,

Que, malgrat
Tre que

que

E, paissido, sauras
Se fa

que

!

»

lèu,

veiras sèns belèu

siò dousso,

n'auras tastat,

prou

caro

auras

es un pauc

vermenado.

perdut ta flour,

lou Plaser, mainaio,

toutjourn seguir de

sa sor,

la Doulour.

�88

LOU

TERRADOU

IX

MARIÉE

LA

rosées,
elanche de la tête auxmêlés
pieds, les joues d'oran¬
ses

ger,

la mariée

cœur avec ses

Les yeux
te voir
reuse :

cheveux soyeux

passe au

ce

déluré qui

a

Que tu

me

parlé à

son

vingt séterôes.

langoureux, il lui dit

jamais je
—

bras de

aux rameaux

nous

trois troupeaux

ne me

aurons

dans

: «

plais ! De

rassasie. Va ! je te rendrai heu¬

maïs, nous aurons blé et deux ou

nos

prairies.

»

Souriante, elle écoute, et les conviés tout le jouf ont les
yeux

ouverts sur elle ; jusqu'au coucher du soleil elle est

reine du

village.

Mais, dès que, fleurs de lumière, les étoiles s'allument,
cet

astre de

chair

d'amour, bientôt il

perd
ne

son

éclat virginal et, dans le ciel

brillera plus...

�89

l'amour

IX

NÒBIO

LA

lanco del cap as
Soun

pèds, gautos acoulourados,

piel sedous as brancs de l'irandjer

La nòbio passo

mesclad,

al bras d'aquel afiroulad

Qu'a parlat à soun cor

ambe sas vingt sestrados.

Parpèlho alangourido, el li dits : « Que m'agrados

!

t'agaitar jamai nou soum arrigoulad.

«

De

«

Vai ! te rendrai

«

E dous

ou

1res

urouso :

aurem

—

milh,

aurem

blad

troupèls demèst las nostros prados. »

Sourrisento, elo escouto, e lous
Subre elo tout lou

journ

an

acouvidads

lous èlhs alandads

Dusquos à soulelh coule es rèino
Mès, tre que lous

;

del vilatge.

lugrars s'alucoun, flours de lux,

Aquel astre de carn perd lou siu piucelatge,
E, dins lou cèl d'amour, lèu

trelusira plus...

�00

LOU

TERRADOU

X

LA

VEUVE

A Jules

A{éma.

Be pieled soleil,
terreux,la le sein qui
gonflévingt
et le front l'œil
doré
par

veuve,

si noir, dans un

fossé herbeux

ans et

a

pose son

enfançon, et, dès

qu'elle l'a endormi, derrière un mulet laboure.
Moi, Pétrarque enflammé de cette belle Laure, je ferais
bien dix sonnets pour

avoir d'elle

un

baiser. Je lui dis

ma

passion, mais bientôt je change de ton : — elle est chaste,
sa voix se mêle aux soupirs de la brise :

et

«

de

D'âme et de corps

fidèle à

mon

plaire n'est plus descendu

mon

enfant n'a

plus

son

père...

cher Enterré, le besoin

sourit à

de

s'éveiller,

un

papillon.

son

que

»

Et, tandis qu'en pleurant elle sillonne une
venant

depuis

en mon cœur,

jeune vigne,

joli nourrisson allongé

sur

l'herbe

�l'amour

91

X

VÉUSO

LA

A JUli A {ema.
èd terrous, sé
La véuso,

Dins

un

couflad

qu'a vingt

e

frount que 1' soulelh dauro,

ans e

tant negre vistoun,

balat erbud pauso soun efantoun,

E, tre que l'a 'ndourmid, al darrè d'un miòl lauro.
léu, Petrarco afougad d'aquelo bèlo Lauro,
Fariòi

pla dèx sounets p'r aber d'elo un poutoun.

Li disi

ma

Elo

sajo,

es

passiu, mès lèu cambi de toun :
—

e sa voux se

«

D'amoe de corps

«

Lou besounh

«

Dins

moun

mèsclo

fidèlo à

raoun car

d'agradar n'es

cor.desempuèi

as

pas

que

planhs de l'auro
Reboundud,

plus descendud

1' drollea

pas soun

E, mentre qu'en plourant elo enrego 1' malhol,
Venent de

:

s'espertar, lou siu poulid poupaire

Aloungad sul pelhenc rits à-n-un parpalhol.

paire...»

��V

L'AMISTAT

Vivitis

indignifraternum rumpere fœdus.
HourÀci

.

���I

A ANTONIN

ous,

PERBOSC

qui sommes les fils d'une contrée heureuse

qui de brûlant soleil jamais
allons
pour

nous

lever !

réconfort

Nous

avons

son

Si le Maître n'est

ne

plus,

même

idéal,

nous avons

parti

l'âme ardente, et la
;

quelque soudard le Droit est foulé
comme

ruons

nous aurons

Œuvre puissante.

Cause occitanienne est notre seul
par

fut privée, nous

des mulets

sous

le bât

pourtant, lorsque
aux

pieds,

nous

qui d'une croix les

marque.
Le Droit !... ah ! il n'a

depuis
du

que

Montfort,

ce

plus repris racine

en

notre terre,

bandit, porta ici l'horreur de la loi

plus fort.
Ami,

avec

des chants toujours altiers, délivrons le pays

où retentit le beau

elle

parler d'Oc, et qu'enfin de

résplendisse, la gloire du Midi !
7 Décembre 1891.

nouveau

�A-N-ANTOUNIN

PERBOSC

fi]ousaus,quesèmlousfìlhsd'unoencountrado uroiiso
itiOne âe.
Nous

anam

Aurem

Abèm même

soulelh

sonn

es

partid,

Obro pouderouso.

ideal, abèm l'amo arderouso,

Pracò, quand p'r
coumo

pas jamaispatid,

arbourar ! Se lou Mestre

p'r encouradour

E la Causo occitano

Ruam

cremant n'a

un

joubs lou bast

desempuèi

Amie, ambe de

terro

a

espoutid,

que

lous

plus fort,

toutjourn,

Delibrem lou païs ount lou bèl Oc

7 de Décembre 1891.

;

plus représ racino.

cants auturouses

E tourne enfins lusir la

es

crouso.

1' gourrimand Mountfort

que

Pourtèt aici l'ourrour de la lé del

El, dins la nostro

partid

soudard lou Dret

de miòls

Lou Dret!... ah!

nostre soul

es

brounzino,

glòrio del Mèdjourn !

�98

LOU

TERRADOU

II

A PRÒSPER ESTIEU

Oui,qui notre
Langue
était jadis un robusterépres¬
chêne
largement,
s'épandit
sans entraves

sives, tant qu'il n'y eut pas des cœurs oublieux du Passé !
Cet arbre

Nous
terre

puissant, il

avons

revu

vécu quand même !

a

ses

rameaux

monter vers

l'azur

:

la

des faidits a de nouveaux poètes qui rêvent aux

aïeux, aux martyrs, aux trobadors ; dans son ciel enténébré
ont reparu

Frère,

les étoiles.

nous nous sommes

loureuse, le

cœur

Fourès mort,

Et
en

meurtri, devant

relevons

son

lauraguais, moi

et pour

une

oriflamme

chantons, la tête haute,

ton

rencontrés à

comme

en mon

une

heure dou¬

tombe bien aimée...
en

deuil,

le Maître chanta, toi

quercynol,

pour nos

libertés

notre campestre I
A. P.
li Décembre 1891.

�l'amistat

A

c,

èro

un

PRÒSPER ESTIEU

fièr garric, antan, nostre Parlà,

Espandit largoment,
Tant que
—

1' Passat n'agèt

Aquel arbre poutent

Abèm revist

souscoun as

a

a

sans

pas

de

fialats entrabaires,
cors

debrembaires !

viscut saquelà !

vès l'azur escalà

sous rams

La terro des faidits

Que

99

:

de nouvèls raibaires

aujols,

as

màrtirs,

as

troubaires

;

Soun cèl enniboulad s'es tournad estelà.

Fraire,
Lou

nous

cor

sèm troubads à-n-uno

niacad, dabant

Fourés mort,

relevem

uno

soun

ouro

entrumado,

toumbo pla 'imado...

auriflambo

en

E cantem, lou cap naut, coumo cantèt lou
Tu dins toun

lauragués, iò dins

Per nostros libertats

e

moun

dol,
Mestre,

carcinol,

per nostre campestre

!

Antounin PERBOSC.
14 de Décembre 1891.

�lou terradou

100

III

TOUJOURS

En

mon

CIGALES

pèlerinage dans VInconnu,

songe que sons le ciel j'ai toujours vécu
seulementpour chanter comme une cigale.

je

Antonin Perbosc.

^oi aussi, je suis une cigale qui vivait au temps
orné
j

de nombreux

de Platon. Sur le faîte d'un fronton grec

astragales,

J'avais l'insatiable besoin d'aller chanter ; et même, si je
ne

me

trompe, ton âme-sœur

voix était

sans

Depuis,
comme

je

donnait l'exemple, et

me

nous

ainsi

un

été. Mon bonheur fit le tien.

le rappelle.
avons

ressuscité; mais, quand

aujourd'hui, les miroirs crevés, je
Un

sa

rivale.

Nous passâmes
Tout cela,

me

jour d'hiver de 1892.

me sens

il neige
mourir...

�L'AMISTAT

lOi

III

TOUTJOURN GIGALOS

Dins

roumivatge en l'Incoimescut,
cel ai toutjourn viscut
que per cantar coumo uno cigaló.
moun

Sousqui
Res

que joui

Antounin Perbosc.

éu

tabé,

soum uno

cigaló

Que viviò del temps de Platoun.
Subre 1'

capelh d'un

grec

frountoun,

Qu'oundrabo mai d'uno astragalo,
D'anar cantà 'biòi la

Emai,

se nou

Amo-sor

E

sa voux

Atal

me

fringalo
m'engani, toun

dounabo 1' toun,

èro sènse

passèrem

egalo.

estiu.
fasquèt lou tiu.

un

Lou miu bounur
me

rememori.

Abèm resurgat,

desempuèi

De tout acò

;

;

nèvo coumo abuèi,
Lous miralhs crebads, iéu me mòri...
Mès, tre
Un

que

journ cl'ibèr cle 1892.

�102

lou

terradou

IV

A PHILA.DELPHE

Qui sait en quels lieux naquit, qui sait
quel pays magique sort l'étranger
nostalgique qui pleure en moi ?...
de

Phjladelphe.

élibresse, agrée

passionné
maniant

un

cordial salut d'un qui est

pour son

terroir et qui, tout jeune,

l'araire, chantait par les

champs

bel

en

Oc

maternel.
Tu fais de ton
Mireille est
l'ôter

un

parler

bien

jamais, le

un

parler magistral, qui de celui de

digne frère; et les siècles

rameau que

tu

as

posé

sur

la tête de Mistral.

Attristé emmi la brume automnale, ton

déploie

son

aile

pour

glorifier le

Mais, dans ton village, tu

pays

es une

pourront

ne

génie naissant

de Bigorre

;

exilée, et là tes yeux

toujours pleureront, parce que, jadis, tu vivais dans l'Hellade.
11 Mai 1893.

�103

L'AMISTAT

IV

A

FILADELFO

Qui sap en quines locs bayou,
Qui sap de quin pais magique
Sort ed estranyb noustalgiqiie
Que plouro en y ou ?...
Filadelfo

roubairis, agrado

fBramos d'AutounoJ.

salut coural
qu'es afougad per lou siu terraire
E que, jouvenot, manejant l'araire,
Cantabo per orto en bel Oc mairal.
un

D'un

Fas de toun

parlà 'n parlar majoural,
un pla digne fraire ;
sècles jamai nou lou poudran traire,
ram
qu'as pausad sui cap de Mistral.

Qu'es del de Mirèlho
E 's

Lou

Atristad demèst la brumo autounalo,
Toun
Per

engenh naissent desplègo
glourificà 1' païs bigourran;

Mès, dins toun vilatge, ès

soun

alo

uno exilado,
aquí sempre plouraran,
Perço que, ancian temps, viviòs dins l'Ellado.
E tous èlhs

11 de Mai 1893.

�104

LOU

TERRADOU

V

LA

RESSUSGITÉE

A

Philadelphe.

accompl
Oemps espérés, vous vous êtes
! La
Ionie,
les isbeaux
terre

occitanienne est

jours, les jours d'harmonie,

sous

et

une

le soleil de

nouveau

sont éclos.

Foulquets abhorés, Montforts cruels, qui
ont

fait preuve

évanouis dans

Cependant,
chauffées,

n'y
O
ores

a

en

d'abominable félonie,

en

ces

sans retour

se

lieux
sont

l'ignominie et la mort éternelle.
pour

les âmes

enthousiastes, ardemment

les siècles passés, par la flamme poétique, il

point de néant.
Leucade, ouïs!

Ta granle noyée, Sapho-la-Sublime

est ressuscitée et chanté

21 Mai Í893.

au

pied d'un mont pyrénéen !

�L'AMISTAT

105

y

LA RESURGADO

A
empses

esperads,

La terro occitano
E lous bèlis

vous

èts acoumplids !

est uno

Iounio,

journs, lous journs d'armounio,

Dejoubs lou soulelh

soun tourna

'spelids.

Foulquets azirads, Mounlforts emmalids,
Qu'an fait probo aici d'orro felounio,
Pla seguroment dins
E l'etèrno mort

Pel flam

l'ignouminìo

se soun

Mentretan, per las
As sècles

amos

avalids.

encourados,

passads, frèm escalfurados
pouëtic, i

a

O Lèucado, ausis ! Ta
Safo-la-Sublimo
E canto al

Filadelfo.

aro

pas

de

nean.

grando negado,
es

resurgado

pèd d'un mount pirenean !

21 de Mai 1803.

�106

LOU

TERRADOU

VI

A MON AMI JEAN J***

Vaillant ami, lu cherches dans la peinture un
baume doux à tes douleurs ; tu veux

les cruelles

amours

qui, antan, ont mis ton

oublier
à la

cœur

torture.

En admirant les

beautés

troublants contours, tu vas
au

de Nature et de Vénus

les

employant tes jours, la main

pinceau, et bientôt, aiglon, tu atteindras le faîte.

Ton but est noble, et il faut que tu
pour

être heureux ainsi, tu

auras

triomphes; mais,

beau faire

:

tu seras

toujours martyr de ton Idée.
Jusqu'à
te

dis-je,

ce que lu

sois dans ton blanc suaire, tu

un nouveau

ton flanc !

27 Juillet 1894.

seras,

Prométhée, et le Vautour ouvrira

�L'AMISTAT

107

VI

A MOUN AMIC JEAN J*»

aient amie, cèrcos clins la

pinturo

Un baume dous à la tiunos doulours ;
Vos debrembar las crudèlos

Qu'antan

an

més toun

cor

amours

à la tourturo.

En remirant las bèutats de Naturo
E de Venus lous treboulants countours,

La mà '1
E lèu,

vas

empleganl tous jours,

agloun, atenhiras l'auturo.

Ta toco

es

Mès, p'r
Seras

pincèl,

noblo,

e

esse urous

te cal trioumfar ;

atal,

auras

bèl far

:

toutjourn martir de toun Idèo.

Dusquos

que

Seras, te disi,

siòs dins toun susàri blanc,
un

nouvèl Proumetèo,

E lou Voultour te durbira lou flanc !
27 de Juillet 1894.

�10Ô

LOU

TERRADOU

VII

A ACHILLE MIR

mir, qui sait comme toi rire à gorge déployée ?
Quand

trinqueur. Tous
abbé

ton

tu as le verre

nos

chagrins, tu

en

nous

Toujours il faut qu'à ta joie tu
visage, on voit que tu n'es pas

dant, les malheurs
leur chaîne

Mais

tes

trompe :

Aussi,

maître-

les fais oublier,

avec

a

souffrances, tu n'as

haut, ô

mon

atrabilaire;

cepen¬

pas

voulu les dire. Je
en ce

rire que riait,

me

en

de la famille félibréenne, je veux clamer
cher Bourgalet, que ton âme est la

de celle de Roumanille !
11 Mai 1893.

un

la porte, et, sur

t'épargnent point, pecaire ! Je sais
bien plus d'un anneau...

—

au nom

ouvres

ne

tu les as dites, changées
Avignon, le grand Cascarelet.

b'en

es un

Martin, Jean-François, Picounel.

ton

que

main, tu

sœur

�10Ô

L'AMISTAT

YII

A-N-ACHILLE MIR

pj

ir, qui sap coumo
' à plenmestre-trincaire
canèl ?
god tu bascalès
Quand

lou

as

en man,

Toutis nostris malcors, nous lous
Amb

toun abat

un

mandos de caire,

Martin, Jan-Francés, Picounèl.

Sempre à toun gaudj te cal durbir lou pourtanèl,
E,

vei qu'ès

sur ta caro, on

pas un

soumicaire

;

Mentretan, lous malurs t'espargnoun pas, pecaire !
Sabi que

lour cadeno

a

pla mai d'un anèl...

Mès lous tius pessoments, as pas

M'engàni

:

lous

as

voulgut lous dire.

dits, cambiads

en

aquel rire

Que risiò, 'n Avignoun, lou grand Cascarelet.

Tabés, al

noum

Voli clamar

Que toun

de la felibrenco familho,

pla naut,

amo es

11 de

la

Mai 1893.

o moun car

sor

Bourgalet,

de la de Roumanilho!

;

�LOU

no

TERRADOU

VIII

A

HENRI

(Pour la naissance de

NER

fillette Jeanne-Renée-Aimée)

sa

Ou as assez pleuré, frère ! tu peux
chanter ! Unsi
tempête
de soleil

rais

cuisante que

chasse

soit la Douleur, elle

a

une

;

pour

toujours après elle

une

heure embaumée.

La

furieuse finit par

mer

succède à l'Autan...

Aimée,

au

couvrant

de

baisers la fillette

port tant cherché tu viens t'arrêter.

J'y suis arrivé
filles du

En

s'apaiser, et bientôt la brise

avec ma

Mireille,

un

jour où les fleurs,

Printemps, éclosaient nombreuses

par

les verts

terroirs.

Ores, oublions notre amère jeunésse :
doc et dans la

—

dans le Langue¬

Provence, il est deux troubadours trouvant

le Bonheur !
31 Octobre 1892.

�L'AMISTAT

1)1

VIII

A-N-ENRIC NER

Per la naissenço de
s

prou

droiilleto Jano-Reinicro-Aimado.

sa

lagremat, fraire !

Un rai de soulelh
La

Doulour,

feroujo

uno

ouro

trumado ;

embaumado.

l'Auta...

poutounejant ta drouletto Aimado,

Al port tant cercad

venes

I

ma

soum

Un

!

apasimado,

mar ven

E l'auro lèu-lèu succèdo à
En

pos cantà
uno

tant que siò 'scousento, a

per

Toutjourn aprèts elo
La

casso

arribad ambe

journ

ount las

flours,

Mirèlho,
que

Espelissiòn frèm

pes

Aro, debrembem

nostro aulo

Dins lou

Lengodoc

e

1' Printemps coungrèlho,

verds terradous.

jouvenço

:

dins la Prouvenço,

Troubantlou Bounur, i
31

t'arrestà.

a

dous troubadous!

d'Ouctobre 1892.

9

�LOU

TERRADOU

IX

A RAYMOND DE LA

TAILHÈDE

Raymond, dis-nous des

vers

divins !

Jules Tellier.

epuis

dans ton

que

«

bois sacré » j'ai contemplé

Syrinx, la belle nymphe, et la théorie des

Sylvains, je suis profondément ému.
Abreuvé de ta
passe

soudain

poésie, quand je rêve sur le sein de Cybèle,

en mon

esprit Pan, le vieux Pan toujours

joyeux.
Je songe que, si le

grand Pindare avait vécu en notre

siècle, il m'aurait fait entrevoir ainsi

Dieux, Satyres, Faunes, Bacchantes, et que tu es un aède
immortel, ô Raymond, qui si bien m'enchantes!
25 Octobre 189-'i.

�L'AMISTAT

113

IX

A RAMOUND DE LA

TALHÈDO

Raymond, dis-nous des

vers

Jùli Tellier.

; sacra

E des Silvans la

ribambèlo,

Soum

prigoundomenl trevirad.

De

pouësio abéurad,

ta

Quand raibi sui sé de Cibèlo,
Passo

sulcop dins

ma

Pan, lou vièlh Pan
Sousqui

que, se

cerbèlo

sempre encourad.

lou grand Pindaro

Abiò viscut al sècle

d'aro,

M'auriò fait intreveire atal

Diuses, Salirs, Faunes, Bacantos,
E

qu'ès

O

Ramound,

un

aède immourtal,
que tant

25 d'Ouctobre

pla m'encantos !

d

»

divins !

�LOU

114

TERRADOU

X

AU

PYRÉNÉEN RAOUL LAFAGETTE

gaire nousplusappelhautle notre
Que le vultoujours
Tartaripensée
ns : —! frère,
Que
élevons

certain temps, notre œuvre est
méprisée? Escaladons, les yeux tournés vers les sommets.
nous

importe, si, durant un

Nous oublierons,

nuit où l'âme humaine est enfoncée; par une
la

joue caressée, nous serons
Rien

ne nous

perdus en des rêves altiers.
—

épouvanter.

vaincus par quelque cruel malheur,
de lumière et du parfum des menthes, nous
du moins, la joie d'avoir voulu monter !

Et, si nous tombons,
ivres d'air pur,
aurons,

déchaînés,
feront de vains efforts

découragera de ce but aimé :

éclairs et tonnerre dans la tourmente
pour nous

l'affreuse
brise d'idéal

devant les névés éburnêens,

15 Août 189lt.

�115

L'AMISTAT

X

AL PIRENEAN

ue

1'

vulgàri troupèl

RAOUL LAFAGETO

nous

digue Tartarins :

Fraire, enlairem toutjourn plus aut nostro pensado
Que

nous

fa,

se

nostro Obro un temps es

mespresado ?

Escalabrem, lous èlhs virads vès lous acrins.
Debrembarem, dabant lous neviers ibourins,
L'orro negrour

P'r

uno auro

Sarem

Rés

ount l'amo umano es

d'ideal la gauto

se

caressado,

rebutara d'aquelo toco

Descadenads, laucets

E,

;

perduds demèst de raibes auturins.

nous

Faran

enfounzado

vans

e

aimado

troun dins la

;

trumado

espeforts per nous espaventar.

toumbam, vencids per qualque auriu malastre,

Embrïaigs d'aire blous, de lux e de mentastre,
Aurem, al
15

mens,

lou gaudi d'aber voulgut mountar !

d'Agoust 1894.

!

�TERRADOU

LOU

116

A PRÒSPER ESTIEU

lus liant!

toujours plus haut! oui, telle est la devise

Qui convient
Frère ! il faut

nous

Et fermer notre

L'Art tout

cœur

bas

en

aux

vaillants delà plaine et des monts;

unir dans

se

à

ce

ce que

qui

vautre ;

nous

nous

aimons,

divise.

il est temps qu'on avise ;

Gare à l'éclaboussure infecte des limons ;

Que l'air pur des sommets
Et que notre

remplisse

nos poumons,

fierté dédaigne qui la vise.

Demandant la

patrie

aux

horizons rêvés,

Qu'à leur même idéal les âmes fraternelles
Montent

comme aux

Oh ! les cimes,
Allons donc
Sur le

grands pics où dorment les névés.

ami ! le salut est en elles ;

vers

l'azur, les yeux toujours levés

vierge trésor des blancheurs éternelles !
Raoul LAFAGETTE.

Foix, 17 Août 1894.

�VI

LOU

CAMPESTRE
Entretan, las flous creisseran,
Les

roitssignols s'acourdaran,
se faran plus nautos,
Et yen m'y sèçoutrc de pautos.
Las herhos

Pèire Goudelin.

��-

-,

'

.

•

V."

•

•

■

•- .*•

.

•

•

•

-

■

■

■

�I

PRINTEMPS

LE

Bed'expirer,
' me chauffe
il vient
soleil d'AvrilHiver
tout empressés,
affreux,laet,nuque;
cet

milliers de bourgeons ont

des

entr'ouvert l'écorce de ma

treille.

Dans

chaque hallier la lambrusque pousse ; à travers

prés et dans les sentiers, comme une

les

jeune fille

au cœur

ardent, pour plaire davantage, la Terre se pare.

Le
par

l'air embaumé, va errer en

Vous
il

ragaillardi
rêvant, paupière essuyée.

poète, qui est son chaud amoureux, tout

avez

calmé

ses

souffrances, ô fleurs ! De nouveau

chante, l'âme enivrée par vos

couleurs.

parfums

et par

vos

�PRIMO

LA

|!î| ou soulelh d'Abrilh me calfo la clusco;
|©ë Ven de badalhà 'quel lbèr afrous,

Wm

E, ferme afanads, milanto bourrous
De la miuno trilho

Dins cado bartas
A través lou

Coumo

uno

an

crebat la

grèlho la lambrusco ;

prads

e pes

mainado al

carrièrous,
cor

arderous,

Per

agradar mai, la Terro

Lou

Troubaire, qu'es soun caud amourous,

Tout

uegaudinad

sous

parpelho eissugado.
malcors,

El tourno cantar, l'amo
Per vostris

perfums

frusco.

l'aire óudourous,

per

Va landrà 'n raibant,
Abèts assiaudat

se

o

flours !

einbrïaigado

e vostros

coulours.

rusco.

�LOU

TERRADOU

II

LES

OISEAUX

H h! ce n'était pas trop tôt que lesenfin
oisil ons
revinssent

de

tous

côtés

égayer

mes

pensées ! El il va même en éclore de nouvelles nichées qui
la fin de Juin sillonneront l'air pur.

avant

De

insouciants, il y en a de toutes les couleurs, et

ces

toujours leurs chansons clairement retentissent; ils ont
oublié

qu'ils avaient les plumes hérissées,

au temps

où

nos

jardins étaient veufs de leurs fleurs.
Le

cœur

ragaillardi

par

la saison embaumée, chacun,

en

becquetant sa mie bien- aimée, engendre les refrains de
l'année

qui vient.

Mais le concert des
coup en une
vient de

amours

universelles

muette épouvante :

déployer les ailes...

—

se

change tout à

dans le ciel

un

faucon

�LOU

123

CAMPESTRE

II

L'AUC ELU M

h ! n'èro pas

trop lèu

qu'enfins lous aucèlous

Ji Tournessen de tout caire allegrar mas pensados !
ne va 'spelir de nouvèlos nisados

Emai

Qu'abant la fin de Junh regaran

l'aire blous.

D'aques sèns-èrgno, n'i a de toutos las
E lours

cansouns

jamai

nou soun

coulous,

engargassados

;

An debrembal

qu'abiòn las plumos airissados,

Al temps ount

nostris orts èroun véuses de flous.

'mbaumado,
Cadun, en bequejant sa migueto pla 'imado,
Coungrelho 's remenilhs de l'annado que ven.
Lou

cor

regaudinad

per

la

sasou

Mès lou councert de las amours
Tout d'un cop se
Dins lou cèl

un

tremudo

falquet

mud espavent :
d'espandir las alos...

en un

ven

universalos

�124

LOU

TERRADOU

III

DANS

LA HAIE

A Charles Ratier.
haie est

a

en

fête;

ses

bourgeons sont éclos,

chacun, entr'ouvert, rit dans

et

son

apriline

toilette.

La rosée
fleuries où,

a

mis

sa

mouillure

sur

les branchettes toutes

folâtres, les oiseaux font leur nid

que

le soleil

réchauffe.

Là, souffle

s'y marie
Et,

avec

sous

vent d'amour; ò

un

joie! l'aubépin odorant

la clématite !

leurs

rameaux

depuis l'aube, les

rayons

qui tant agréent,

un

d'or de l'Astre-Dieu.

lézard boit,

�LOU

i2o

CAMPESTRE

III

DINS LA RANDURO

A

nfestoulido

es

la randuro ;

Lous sius broutouns

soun

abourids,

E cadun, intredubert, rits
Dins

Lou

soun

abrilhenco oundraduro.

ros a mes sa

banhaduro

Subre lous brancs toutis flourids
Ount lous aucèls
Lour nids que

Aqui bufo
O

fan, aberids,

1' soulelh escauduro.

un vent aínourous ;

gaudj ! l'arbrespin óudourous

S'y marido ambe la vidalbo !
E, joubs lours rams 1ant agradius,
Un laucert béu,

Carles Ratier.

desempuèi l'albo,

Lous raisses d'aur de l'Astre-Dius.

�LOU

126

TERRADOU

IV

LES

LÉZARDS GRIS

A Gaston Jourdanne.

troupe de léfrétil¬
Üout
une murai
zards
gris contre
s'ébattent.
Qu'ilsl e, unegracieux
sont

lants ! Ils ont

un

cercle argenté à

et

la place des sourcils

;

profondément méridionaux, ils ont horreur du temps sombre.
A l'heure où la chaleur est
les feuilles sèches ;
les rayons

là, ils

du soleil

rentrent dans leur

Humain brisé par
étreint le

cœur,

ne

se

étouffante, ils courent parmi

rôtissent

comme sur

les éblouissent point

des grils;

;

trou, dès qu'arrive la fraîcheur

puis, ils
du soir.

les chagrins, tenailles qui n'ont jamais

des lézards

gris, j'envie le bonheur de

ces

petites bêtes.
Et, si, quand je serai mort, il me faut revenir dans la
nature,
lézard

je souhaite, frileux, le céleste plaisir de ressusciter

au

pied de quelque haie.

�LOU

CAMPESTRE

127

IV

LAS

SARNALHOS

A Gastoun Jourdano.
1

ras

d'uno paret, se

De sarnalhos. Que
An

un

gaudino

soun

un agrum

manhagos

e

fouzilhos !

cercle argentad en

plaço de las cilhos ;
Mèdjournalos à founs, ourrissoun lou temps trum.
Al fort del

calimas, s'adraioun pel

Se rouslissoun

aqui

coumo

secum ;

subre de grilhos;

Lous raisses del soulelh lour fan
pas babarilhos ;

Puèi, s'entutoun talèu qu'arribo lou frescum.
Uman engrunad

pe's desaires, estanalhos

Qu'an pas jamai sarrat lou

cor

de las

sarnalhos,

Invéji lou bounur d'aquel pichoun bestial.
E, s'un cop mort,

me

cal tournar dins la naturo,

Soubèti, fregeluc, lou plaser celestial
De resurgar

laucert al pèd d'uno randuro.

o

�LOU

i 23

TERRADOU

Y

LES VIEUX CHEMINS

Qu'ils ont été battus,
n'y avai
t paslesla
canalquandlail voie
ferrée,
grand'route, le

et

vieux chemins abandonnés !

Emplis de

ronces et

de joncs, de la prime aube à la

vesprée, ils ont l'âme attristée, étonnés de leur solitude.

Le vent,

soufflant dans leurs haies, dit qu'ils pleurent

les causeries de

Pour les
sont

ceux

qui

ores sont

ensevelis.

consoler, des heures et des heures, là mes pas

perdus, cherchant des rimes et des mûres.

�LOU

CAMPESTRE

y

LOUS

VIËLHS

ue soun

CAMINS

estadis batanads,

Quand i abiò pas la
Lou

grand' pèirado,

canal, la vio ferrado,

Lous vièlhs camins abandounads !

Per

jouncs

De punto
Elis

an

e roumecs

emplenads,

d'albo à la vesprado,

l'amo malcourado,

De lour soulitudo estounads.

Lou vent, bufant dins lours
Dits que

randuros,

plouroun las parladuros

De's que soun aro

rebounduds.

Pe's

counsoular, d'ouros

Aqui

mous passes soun

Cercant de rimos

e

e

d'ouros,

perduds,

d'amouros.

129

�130

LOU

TERRADOU

VI

LES

RUCHES

Bes ruchesqu'arrive
bourdonnantesbientôt
sont toutes
alignées
remplissent
et, dès

pour
à la

Mai,

se

;

les mouches d'or, il n'y a jamais de repos :

nuit, rien

ne

de l'aube

les distrait.

Elles montrent le dard, de peur

gâteaux odorants et aussi les
l'envi... Et,

—

roses

puisque l'occasion

se

qu'on leur

prenne

les

où elles vont butiner à

présente,

que

"le Nord

comprenne

Tout l'attachement que

j'ai

pour mon

jardins clos, l'abeille veille toujours
Au terroir d'Oc,

je défends

par l'horrible Croisade
miel !

:—

sur

un rameau

c'est

sa

Midi ! Si,

en

les

la fleur préférée,
de l'arbre mutilé

Langue où je fais

mon

�LOU

CAMPESTRE

131

VI

LOUS

ous

E
Per las

BUCS

bucs brounzinants

soun

toulis

en

rengo

s'emplenoun lèu, tre qu'arribo Mai

mouscos

De l'albo à la

d'aur i

nuèit,

a

repaus

res nou

Mostroun lou fissoun, de

jamai

;

:

las derengo.

póu qu'on lour prengo

Lous raisses de bresco óudourouso emai
Las

rosos

ount

E, mentre qu'i

van

chucar

soum, que

Tout l'estacoment

mai-que-mai...
lou Nord

coumprengo

qu'ai pel rniu Mèdjourn !

Se, pe's orts clausads, l'abelho toutjourn
Vèlho

sur

la flour

Al terradou d'Oc
De l'arbre

qu'a lou mai presado,
apari 'n ramèl

escapiad

Es la siuno

per

l'orro Crousado

:

Lengo ount fau lou miu mèl !

�132

LOU

TERRADOU

VII

LES

ur

les talus et les

sureaux
en

le

GENÊTS

et des

ce sont

;

mais

des

ce

que nous avons

les genêts.

Ici, leurs massifs épais couvrent,
collines

avons

romarins, des fenouils montés

graine qui ont senteur d'anis
plus,

coteaux, nous

avec

les ajoncs, des

entières; le long des étroits chemins, il y en a

aussi des rangées où

la fauvette cache

son

Elles ornent le terroir, et leur bonne
Août monte

vers

le

nid.

odeur, qui jusqu'en

ciel, rappelle le Printemps,

au

milieu

de l'Eté.

Quand je vais admirant leur couleur dorée, la noire
tristesse fuit

m'agrée !

ma

tête

pensive, et je vois tout beau et vivre

�LOU

133

CAMPESTRE

VII

LAS

ubre lous

supèls

Abèm de sabucs

De fenoulhs
Mès ço

Amb lous

e per

las coustièros,

de roumanis,

e

granads qu'an sentour d'anis

qu'abèm mai

Lour matum

GIN ESTOS

soun

;

las ginestièros.

espés aicital garnis,

arjalads, de

serros

entièros

;

Loung des carretals n'i a tabé de tièros
Ount la bouscarèlo escound lou siu

nids.

Oundroun lou terraire, e lour bouno

Que dusquos Agoust vès lou cèl
Remembro la Primo, al

Quand

vau

flairo,

s'enlairo,

mèdj de l'Estiu.

remirant lour coulour daurado,

L'escur tristum fuch
E vesi tout bèl

e

moun

cap

pensatiu

viure m'agrado !

�134

LOU

TERRADOU

VIII

LA

«

a

SOURCE

source moussue au

chantonnant

en

sur

pied d'un peuplier naît,
du

gravier, et forme

petit ruisseau bordé de fleurettes, plein de

un

cressons et

jamais trouble.

Celui-ci à travers les

prés coule, plaintif; et je m'en

vais, fumant force cigarettes,
mes amours sous ses

Couché
errer

mon

sur

l'herbe sèche,

âme attristée que

m'emplissais

:

remembrer le temps de

ombrages si charmants.

Jeunesse! tu étais aussi
tu

me

— ores,

paupière mi-close, je laisse
l'eau berce de

source

c'est

mon

son murmure.

chère, antan, et de joie
Eté, et tu t'es tarie...

�LOU

CAMPESTRE

VIII

LA

a

'n

moufudo al pèd d'un piboul

sourgo

Nais,
E fa

DOUTS

cascalhant subre de pèiretos,

en

pichoun riu bourdad de flouretos,

Plen de creisselouns

e

jamai treboul.

El, à través prads rajo, planhiboul
E m'en vau, fumant

forço cigaretos,

Me brembar lou temps

Dejoubs

soun

Coulcad sul

;

de

mas amouretos

oumbrum tant agradiboul.

pelhenc, parpelho satado,

Laissi roundinar

moun

amo

atristado

Que l'aigo bransolo ambe soun mourmoul.

Jouvenço ! atabés èros douts carido,
Antan,
Aro,

e

de gaudj me fasiòs coumoul :

es moun

Estiu,

e

t' ès atarido...

135

�136

LOU

TERRADOU

IX

A UNE FLEUR DE SCABIEUSE

CUEILLIE EN QUERCY

^ ■ il

viens d'éclore, radieuse,

Quercy, et
ô

en

Lauraguais tu

en un pré
vas

du

te flétrir,

jolie fleur de scabieuse !
Avec

une

voix

mystérieuse tu

murmures :

pourquoi si tôt m'as-tu cueillie et suis-je ici ?»
comme

Que

«

Poète,

—

Tu

es,

moi, trop curieuse.

ce

soit le matin, à midi

ou

le soir, il faut toujours

mourir ; chacun suit sa destinée.

Où
ma

ma

dépouille reposera-1—elle ? Quand achèverai-je

journée ? Celui qui le sait

ne

le dira point...

�LOU

137

CAMPESTRE

IX

A-N-UNO FLOUR

D'ESCABÏOUSO
CARCÌ

CULHIDO EN

d'espelir, radïouso
i un

E 'n

Lauragués

pradelet del Carei,
vas te

paissi,

Poulido flour d'escabïouso !

Ambe

uno

voux

Mourmoulos

: «

misterïouso

Pouète, coussi

Tant lèu m'as preso e soum

Ès

coumo

aici ?

»

iéu, trop curïouso.

Que siò lou maitin, à mèdjourn
Ou 1' vespre,

Cadun

Ount

cal mourir toutjourn

seguits

sa

moun osso

Quouro acabarai
Lou que

ba

destinado.
repausara
ma

sap nou

?

journado ?
ba dira...

;

�138

LOU TERRADOU

X

IL

MATTINO

(Sonetto CLXXXIII)

Il cantar nuovo e'1 pianger degli augelli
In su'l di fanno risentir le valli,

E'1

mormorar

Giù per

amor

Destami al

neve
non

suon

Pettinando al

Cosí mi

liquidi cristalli

lucidi freschi rivi

Quella ch' ha
Nel cui

de'

snelli.

il volto, oro i
fur mai

capelli,

inganni nè falli,

degli amorosi balli,

suo

vecchio i bianchi velli.

sveglio à salutar l'Aurora,

E'l Sol ch' è seco, e
Ne'

e

più l'altro, ond' io fui

primi anni abbagliato,

e sono ancora.

I'gli ho veduti alcun giorno ambedui
Levarsi

insieme, e'n

Quel far le stelle,

e

un

punto e'n un' ora,

questo sparir lui.
F. PETRARCA.

�LOU

139

CAMPESTRE

X

LOU MAITIN

(Traducciu de Petrarco)

ou

cantar nouvèlenc des

A la

punto del journ fa ressountì 1' deforo,

E lou mourmouladis de
S'ausits

La

poulids passerads,

pe's riuses clars

l'aigueto
que

qu'a de nèu sui frount

e

sounoro

rajoun, encourads.
lous pielses daurads

E dount l'amour

jamai n'engano

M'arrevelho,

dansant dabant Lou qu'elo adoro,

en

E lous raisses del Vièlh

'Spertad,

vau

ne soun

escaudurads.

vistis,

un

caro

la sièg; mès vouldriòi remirà

L'Astre que, coumo antan,

rn'embabarilho

journ, levads

Toutis dous à-n-un cop, e,
L'un

'ntier demoro

saludar l'Albo à la blanco

E 1' Soulelh que

Lous ai

e

per

encaro...

m'esclairà

memourancio

caro,

'sclipsèt l'Estelum, l'Autre, lou Dius-Lugrà !

�140

TERRADOU

LOU

XI

SOIR

LE

Be Soleil s'est couché
déjàdepui
pluss plus d'une heurela;
l'occident

nuit vient

avec

son

n'est

empourpré, et

noir

manteau

qui couvrira bientôt

toute cette contrée.
i

Pour bien rêver,
on

est, tout le

rendre la
vers

joie

il

me

jour, abreuvé d'amertumes, il est bon,
au cœur

attristé, de lever

un peu

pour

les yeux

la voûte azurée.

Le ciel,

champ semé où il

paisiblement,
en un

instant par

songe que,

germe

des astres, clairoie

et, contemplant ces grains de lumière éclos

myriades,

Moi, fils du Lauraguais

je

faut la fin de la vesprée. Quand

que

je n'abandonnerai jamais,

si partout les étoiles sont belles, dans

terroir, elles le sont bien plus !

mon

�LOU

CAMPESTRE

141

XI

LOU

Soulelh s'es coulcad

ou

Lou pounent
E la nuèit

ven

ambe

Que curbira lèu-lèu
Per

pla raibar,

Quand
Es

VESPRE

on

me

es, tout

dempuèi mai d'uno ourado

adejà n'es plus empourpourad,
soun

touto

mantoul ennegrad

aicesto encountrado.

cal la fin de la vesprado.
lou journ, d'amarums abéurad,

boun, per allegrar l'espirit malcourad,

De levà 'n pauc

Lou

cèl,

camp

lous èlhs vès l'arvóuto azurado.

semenad ount grèlho de lugras,

Claréjo siaudoment,

e,

Espelids dins

de temps per ribambèlos,

un res

mirant aques

Iéu, filh del Lauragués qu'ourrirai
Sousqui
Dins lou

que,

pas

s'apertout las estelos

miu terradou ba

soun

gras

jamai,

soun

encaro

bèlos,
mai !

;

�LOU

142

TERRADOU

XII

OPULENCE

Teune
homme,goûter
ndide aveni
j'avais rêvéjourun spleplaisirs
je croyais
de rla;
aux

un

vie, et

que

je n'aurais

à l'heureux festin

Cher
as

fui

je

pas encore

me

verrais joyeux.

espoir, maintenant tu

comme

Malheur

Mais,

es

dans l'air s'envole

plus d'une fois

est l'étemel

me

considéré, celui qui
langue d'Oc

que

sa

table le

le Pauvre

la meilleure richesse.

sera

sous

a

l'âme poétique et

la voûte azurée est

celui

ne

sylphide; à

convie, et je sais

en

Il

mon cœur ; tu

Maudit.

tout

a

chassé de

une

qui chante
qui

le visage trop ridé, quand

encore

jamais de tes vaincus, ô Misère ! Le grand

ciel est à lui, et, pour un
vaut tout l'or de la terre !

troubadour, l'argent des étoiles

�LOU

CAMPESTRE

143

XII

OUPULÈNCIO

|||§j|l
ouvent, abiòi raibat à l'Aveni 'splendid ;
|f||J|l Cresiòi de tastà 'n
journ

E

qu'encaro auriòi

Car esper,
As
A

fugit

de

la

pas

Quand à l'urous festin

caro

me

coumo

trop rafido,

veiriòi

moun cor aro

plasers de la vido,

as

regaudid.

ès forobandid

fuch dins l'aire

uno

;

silfido ;

\
sa

taulo 1' Malur mai d'un cop

E sabi que

lou Paure

es

m'acouvido,

l'eternal Maldid.

Mès, tout coumptad, aquel qu'a l'amo felibrenco
E canto

en

Es

encaro

El

nou sera

lengo d'Oc joubs la
lou

capo azurenco

qu'a la melhouro esplendour.

jamai des tius vencids, Misèro !

Lou grand cèl

es

soun

L'argent de l'estelum val

ben,

e, per un

troubadour,

tout l'aur de la terro !

H

�i44

LÛU

TERRADOU

XIII

L'ALOUETTE

A

alouette, dès que l'aube naît, tu t'es assez
reposée dans le profond sillon ouvert par le

laboureur ; mouillée par

la rosée, il faut

que

lu t'enso¬

leilles, pendant que ta nitée est encore endormie.
Bientôt,

l'Astre-Dieu la terre est embrasée

par

cercle de feu
lumière

tu

voles

te

qui te fait chanter

;

mirer.

O vaillante !

;

à ce

c'est la

ton âme, dans l'azur, est sœur

de la Pensée !

Nous,
orner

nous

notre

t'avons choisi, oiseau qui tant agrées, pour

bannière,

nue

écarlate, où tu chanteras bien

haut ta chanson libertaire.

Et

de, toi qui,

des aïeux
pour

as

toujours

été

un

assez
un

longtemps,

sur

insigne militaire,

emblème de paix !

le

casque

nous

superbe

voulons faire

�LOU

CAMPESTRE

145

XIII

A

LA

LAUSETO

| auseto, tre que nais l'albo, t'ès prou pausado

| Dins lou bourdou prigound dubert pel gazalhà
Banhado
Mentre

pel rousal, te cal assoulelhà,

qu'es endourmido

encaro ta

I.èu-lèu, pel Lugra-Dius la terro

es

nisado.
abrasado

;

A-n-aquel round de foc volos t'amiralhà.
O valento !

es

la lux que te fa

bresilhà

;

Toun amo, dins l'azur, es sor de la Pensado !
Nous

aus

t'abèm causid, aucèl

P'r oundrar nostro

bandièro, escarlato niboul,

Ount cantaras naut-naut ta

E de

tu

que, prou temps,

cansoun

sul

Des rèires ès estado ensenho
Voulèm far per

agradiboul,

toutjourn

libertàrio.

cascou

magnifie

militàrio,

un

simbèl pacifie !

;

�146

LOU

TERRADOU

XIV

HIRONDELLES

LES

Voici que déjà, s'enfuyant Septembre
de mon toit,
s
finit. leIl
hirondelles m'ont dit que

faut
ces

beaucoup de rayons d'or pour chauffer le nid de
oisillons

qui abhorrent les frimas.

Elles s'envolent
la

datte

hâte de
travers

vers

mielleuse

et

le lointain pays
brunie par

qui

nous

le soleil

;

fournit

elles ont

réjouir la Mauresque voilée, et elles s'en vont à

la

mer sans

être nullement exténuées.

Là-bas, elles donneront

la

becquée à

une

nouvelle

couvée; puis, dès qu'ici la chaleur sera revenue, empres¬
sées, elles reviendront saluer le mois de Mai.
Nous

jeunes

sommes

ou

vieux,

nid que nous

quasi pareils
nous

laissons,

aux

faisons tous
nous ne

oiseaux migrateurs :
un

long

voyage,

le revoyons plus...

—

mais le

�r

LOU

147

CAMPESTRE

XIV

LAS

ar'

IROUNDOS

aqui qu'adejà, fugissent ma téulado,

Las iroundos m'an dit que

Cal

Septembre finits.

pla de raisses d'aur p'r escaudurar lou nids

D'aquelis aucèlouns qu'aziroun la gèlado.

fournits

Voloun vès lou païs

lentan

La dato mellicouso

pel Soulelh usclado.

e

que nous

Languissoun d'allegrar la Mauresco velado,
E

van

à

través

mar

sèns brico

esse

aganids.

Apapaissounaran aqui 'no autro couado ;
Apuèi, tre qu'aici la calour

sera

lournado,

Africos, tournaran saludà 1' més de Mai.
Sèm

gairebé parius as aucèls de passatge :

Jouvents

ou

vièlhs, fasèm toutis

Mes lou nids que

un

loung viatge,

laissam, lou revesèm pas mai...

�143

LOU

TERRADOU

XV

PAPILLON

LE

A Frédéric Bataille.

"-J-*

1 est nuit noire. Un papillon vêtu de soie dorée
et de

chandelle, tombe

11

n'est

dentelle, qui était allé voler près de la

feuillet, étourdi

sur mon

point châtié

:

—

trouble; voilà le pauvret

Affreux,

avec ses

la flamme.

il est déjà parti, il revient

tourner, il veut baiser l'Etoile;
se

par

mais, cette fois,

son

œil

ridé,

ses

trois quarts rôti.

aux

ailes enfumées,

son

ventre

pattes brûlées, il se traîne encore et cherche la lumière...

Ainsi le Poète

toujours

l'appelle.

son

emploie

sa

vie;

vol:— quand il

a

vers

l'Idéal il prend

bien souffert, la Mort

�LOU

CAMPESTRE

XV

PARPALHOL

LOU

A Frederic Batalho.

s

negro

nuèit. Un parpalhol vestid

De sedo daurado emai de dentèlo,

Qu'èro anad voular prèp de la candèlo,
Toumbo sui miu fulh,
N'es pas

castigad

:

—

pel flam emboutid.
es

déjà partid,

Tourno virar, vol poutounar

Mès, aiceste
Gar'

aqui 1' paurot

Orre, dambe
Soun ventre

Se

cop, soun

sas

èlh

rantèlo

;

roustid.

as tres quarts

rufad,

sas

patos cr;mados,

e cerco

Atal lou Pouète

emplègo

Vès l'Ideal pren

toutjourn

a

;

alos afumados,

trigosso encaro

Quand

se

l'Estèlo

lou lum...

sa

vido

soun

;

voulum

:

pla soufert, la Mort l'acouvido.

�150

LOU

TERRADOU

XVI

PYRÉNÉES

LES

oète

pensif, je contemple le velours empourpré

qui, dès
ces

monts où

jamais

que
ne

le soleil

se

couche,

se

déploie

sur

faiblit le jarret de l'izard agile qui

bondit, vertigineux.
La chaîne de

paraît

ne

écrasé
cœur

pas

neige dentèle l'azur serein, et, d'ici, elle

éloignée de plus d'une lieue. Là-derrière,

chaque fois qu'il s'agite, est le Peuple espagnol

si ardent.

Terre des Ibères, tes sommets protecteurs,
ont

au

défié les affreux conquérants,

dressent

qui toujours

malgré le Roi-Soleil

se

superbement.

Quand tes enfants bruns, qui ont nos idées, auront la

Liberté, alors seulement,
de

Pyrénées !

sous

le ciel, il n'y en aura plus,

�151

CAMPESTRE

LOU

XVI

PIRENÈOS

LAS

roubairs

pensatiu, remiri lou velous

Pourpourad

que,

Subre 's mounts ount

De l'isart aberid que

talèu soulelh coule, se desplègo

jamai flacD

pas

la templègo

guimbo, espetaclous.

La cadeno de nèu dentèlo

l'azur blous,

E, d'aici, semblo pas mai lènh que d'uno

lègo.

Aqui darrè, 'spoutid cado cop que boulègo,
Es lou

Pople espanhol al

Terro des Iberians, tous

Que toutjourn an

cor tant

ardelous.

acrins assoustaires,

dit grègo

as orres

counquistaires,

Malgrat lou Rei-Soulelh s'adreitoun bèloment.
Quand lous tius filhs maurèls, qu'an las nostros idèos,
Auran la

Libertat, alabets souloment,

Dejoubs lou cèl, n'i aura pas plus, de Pirenèos !

�LOU

152

TERRADOU

XVII

MIDI

*-j-

uillet arrive

D'ÉTÉ

avec ses

flamment l'air ; par

chaleurs qui vite en-

les champs

ne

bourdonnent

guère mouches, abeilles et frelons.

Ores, les fleurs sont flétries
est

;

le moissonneur de

trempé, et, dans le troupeau, le bouc lascif a moins

d'ardeurs

qu'au Printemps.

Les oiseaux, baissant les ailes, oublient
leurs

fringales

Midi
la

sueur

épand

aussi, à l'ombre,

amoureuses.

sa

clarté et, seul, le chant des cigales trouble

paix des arbres.

�LOU

153

CAMPESTRE

XVJ1

MÈDJOURN D'ESTIU

ulheí arribo amb

sas

calous

Que vite arrousenlissoun l'aire
Per orto brounzinoun pas

gaire

Mouscos, abelhos, fourcelous.
Aro, paissidos soun las flous ;
De

susou

's

gòfi lou segaire,

E, pel troupèl, lou bouc fringaire
xVIens

qu'à la Primo

es

Lous aucèls, acatant

ardelous.

las alos,

Debremboun tabès, à Poumbrum,
Lours amourousidos

fringalos.

Mèdjourn espandits

soun

clarum

E, soul, lou cant de las cigalos
Treboulo la pax

de Parbrum.

;

�154

LOU

TERRADOU

XVJ1I

AU

SOLEIL

epuis les temps les plus reculés, ô Soleil ! tu

réjouis le ciel et la terre ; et j'éprouve le vif
besoin de te rimer

Tu
sans

es

un

sonnet

le seul Maître

pareilles

:

—

rustique.

omnipotent, dont les bontés sont

tu donnes l'ardeur aux cigales qui, en

leur chant, te louent ;

Tu

dores

les

amoureuses...

génie dans

grenus ;

tu rends les jeunes filles

Moi, quand je te vois briller,

J'oublie toutes
le

épis

ma

mes

tristesses, et tes rayons font affluer

tête de poêle !

�LOU

155

CAMPESTRE

XVIII

AL SOULELH

empuèi lou temps lou plus antic,
O Soulelh ! terro

E

me

sentissi de

e

cèl

regalos

;

fringalos

De 1e rimà 'n sounet rustic.

Es lou soul Mestre
Dount las bountats

Dounos lou

vain

despoutic,
soun

à las

sènse

egalos

:

cigalos

Que te lausoun dins lour cantic ;
Dauros las

espigos granados

;

Amourousisses las mainados...

Iéu, quand te vesi clarejar,
De tout malcor

soum

E 's tiunis raisses fan

L'engenh dins

debrembaire,

rajar

moun cap

de troubaire !

�156

LOU

CAMPESTRE

XIX

L'AUTAN

A Félix Gras.

Bien
loin navire
de ton rivage,petitô Médi
terranée,
le
puissant
brick,
effrayés,
et

cherchent
mise

en courroux

C'est l'Autan
renverser

frêle
à

sa

ce

les

le

port qui leur serve d'abri :

un

et la vague

qui

se

la brise s'est

mugit.

lève et qui balaie les

toitures, qu'il

paille, il arrache

—

un

a

nues.

Pour

de folles ardeurs! Comme une

vieux chêne, et la terre tremble

voix souveraine.

Dès que,

de

vers

révolté,

ce

démon qui fait rouler tant de rochers de la

Narbonne, il vient ici souffler, je l'aime,

colline à la combe.

Quand pour une grande Cause nous avons de l'attache¬
ment, nous, les

Occitaniens,

tombe, pareils

Vent qui clame épouvantablement !

au

nous

sommes,

jusqu'à la

�LOU

CAMPESTRE

157

XIX

L'AUTA

A Félix Gras.

la lènh del tiu
Lou bastiment

'Spóurids,

ribatge,

Mediterrano,

poutent emai lou pichoun bric,

cercoun un port per se metre à

L'auro s'es courroussado

Es FAutà que se
Per

o mar

lèvo

e

e

l'abric

:

l'ounzado embarano.

las nibouls

engrano.

espalabissà 's téulads, el n'es, afric !

Coumo

uno

fréulo

palho,

E la terro tremolo à

Tre que,

sa

arranco un

voux

vièlh garric,

soubèirano.

de vès Narbouno, el

ven

aici bufà,

L'aimi, aquel revoultad, aquel daimoun que fa
Redoular tant de

rocs

de la

serro

à la coumbo.

Quand p'r uno grando Causo abèm d'estacoment,
Nous aus, lous Occitans, sèm
Parius al Vent que

dusquos à la toumbo

clamo espaventabloment !

�LOU

158

TERRADOU

XX

LES ORMES

A

Raymond Faure-Dcre.

epuis bien des Avrils, ils ne sont plus jeunes,
A„/
la

Fendelhe ! les

ò

ormes

ornant ton

esplanade où, à

Saint-Martin, notre fête patronale, on danse au son des

clarinettes.

haute
mon

ausâ
leur ombre,

où j'avais des culottes courtes, elle était

Au temps

qu'aujourd'hui, leur verte croupe ; sous

vieux maître

d'école, bonhomme à lunettes, lisait son

journal.
Les soirs

d'été, qu'ils en

des aïeuls exténués!
leurs

os

sont

mon

plantés...

assis à leur pied,

Beaucoup d'entre eux sont morts et

poussière.

Arbres que

voit,

ont eus,

nul n'avait chantés, quand mon œil vous

esprit

songe

au

lointain ancêtre qui vous

a

�LOU

4Ô9

CAMPESTRE

XX

LAS OURMOS

A Ramound Faure-Dero.

Epsgsa

empuèi forço Abrilhs,
Las ourmos,

Ount,
Se

per

soun

Al temps ount
aut

Fendelho, oundrant toun planai

Sant-Martin, nostre patrounal,

sautéjo al

Èro

jouvenetos

nou soun

coumo

de las clarinetos.

abiòi de

caussos nanetos,

abuèi lour verd

esquinal

;

Dejoubs lour oumbrum, legissiò 1' journal
Lou miu vièlh regent, brabe ome à

Lous vespres
Assèits à lour

Pla d'elis

Arbres que

Quand
A

d'estiu, qu'elos n'an aguds,
pèd, de pipis aguds !

soun

morts

e

digus n'abiò

moun

lunetos.

èlh

l'aujol lentan

vous

lour

pas

vei,

que vous a

osso

es

pousco.

cantads,

moun

espirit

sousco

plantads...

12

�LOU TERRADOU

160

XXI

PEUPLIERS

LES

A

Auguste Quercy.

Ils sont hauts, ils sont droits, ils sont lointains
fiers, ils
la sève

ont

ils n'ont pas

ardente, et

en

les pays

leurs pareils, les si verts peupliers, les peu¬

pliers occitaniens qui ornent le pays avoisinant
Ils

ne

savent

pas

Toulouse.

les passions; leur âme est toujours

qui sont les seuls puritains ; ce sont eux

pure ; ce sont eux

qui devraient élever nos cœurs et nous faire oublier

les

turpitudes de la vie.
Le chant

enivre ;
cesse

ils

avec

cigale

ou

d'un oiseau

amoureux

ils sont les amants des Clartés qui

frôlent

les
sans

leur franche stature.

Ils n'ont
—

d'une

qu'une ambition, mais elle est grande, en vérité:

veulent,

ces

leur dernier

idéalistes,

rameau

avec

leur dernière branche,

faire des baisers à l'Azur !

�LOU

161

CAMPESTRE

XXI

LOUS

PIBOULS

A-n-Auguste Carci.
oun

drets, soun fiers, lour sabo

auts. soun

E n'an pas
Lous tant verdis

lours parius

as

es

ardelonso

païses lentans,

pibouls, lous pibouls occitans

Qu'oundroun tout lou campestre avesinant Toulouso.
Saboun pas

las passius

Acò 's elis que soun

Elis per
E

nous

nostris

cors

cigalo

embrïaigo

amo es sempre

blouso

lous soulis puritans;
debriòn

far debrembar la

Un cantar de
Lous

lour

;

ou

esse

alertants

vido escandalouso.

d'aucèl

; soun amants

amourous

de las Clarous

Que frègoun sèns relais lour estaturo franco.
An rés

qu'uno ambiciu, mès l'an grando,

segur :

Voloun, lous ideals ! amb lour darnièro branco,
Amb lour damier ramèl

poutounejar l'azur !

;

�162

LOU

TERRADOU

XXII

LES

CHÊNES

A Achille

Ronqiiet.

aujourd'hui, je veux chanter les chênes, ces

fiers enfants des forêts. Couverts d'oisillons et

de

glands, la sève à grands flots circule

et la mousse

Comme

les vêt du

mes

tronc

en

leurs

rameaux

jusqu'aux branches.

aïeux, ils ont tous les courages; vieux, ils

gardent toujours les ardeurs de la jeunesse; ils bravent les
nimbus

qui charrient des éclairs, et, forts, ils résistent

vaillamment

aux

orages.

Mais, lorsqu'ils

peuvent plus lutter contre l'Autan,

ne

ils s'abattent d'un coup:
aiment

En

plus

un

que tout

ils

ne se

courbent jamais! Ils

les altières attitudes.

temps où chacun s'avilit à employer mille plati¬

tudes pour

atteindre

vous ne me verrez

aux

pas

honneurs, ô chênes du Lauraguais,

plier !

�LOU

CAMPESTRE

XXII

LOUS GARRICS

A-n-Achille

Rouquet.

buèi, voli cantar lous garrics, fiers mainatges
De las silvos. Claufids d'aucèlouns
La sabo à grands

rajols s'adràio dins lours

E la moufo 's vestits del

Coumo lous mius

souc

aujols,

an

e

d'aglands,

rams

dusqu'as brancatges.
toutis lous couratges

;

Vièlhs, de la jouventut gardoun touljourn lous flams

Tutéjoun lous tempiers
E, fortis, braboment

que

carréjoun de lamps,

tenoun cap as

auratges.

Mès, quand countro l'Autà podoun pas lutar mai,
S'avalissoun d'un cop : se fibloun
pas

jamai !

Aimoun subretout las autivos atitudos.
Dins

un

temps ount cadun s'agourrino à 'mplegar,

P'r ateinhe à las ounours, milanto

Garrics del

Lauragués,

me

platitudos,

veirets pas plegar !

;

�•164

LOU

TERRADOU

XXIII

DANS LA

FORÊT

Te viens me remémorer
mes années
enfant, j'ai
erré,infécondes
dans la forêt

comme

les

où,

tant

alors, combien je suis heureux de fouler

glands de l'an passé mêlés

C'est le matin
rosée

que

devant moi

encore

et, certes,

pieds

aux

champignons !

aux

les feuilles ont des perles de

;

le soleil fait vivement scint'ller, tandis
je vois voleter les merles épeurés qui

que

cares¬

saient leurs mies.

Les yeux

grands ouverts

sous

les arbres qui s'étendent

loin, ouïssant l'agréable frôlement des

au

monter

en

moi

une

sève

rameaux,

je

sens

puissante.

Je baise la mousse, j'embrasse chaque tronc, mon sang

bout, j'ai soif d'ambroisie
un

amoureuse et

Faune, avoir des pieds de bouc !

je voudrais,

comme

�LOU

CAMPESTRE

i 65

XXIII

DINS LA SILVO

nbrar

mas

ount,

annados esterlos

mainatge, ai tant landrat,

Coumo alabets, que soum urous de
Lous

Es
De

e,

trepejà

aglands d'arunan mesclads à las couderlos !

encaro

ros

maitin ;

que

la fuèlhos

an

de perlos

lou soulelh fa bèlcop clarejà,

Mentre que

dabant iéu vési voulastrejà

Lous merles

espóurids

que

fringaboun lours merlos.

Élhs alandads dejoubs l'arbrum que s'espandits,
Ausint des ramelets

l'agradiu fregadis,

Me sentissi mountar de sabo verturouso,

Poutounéji la rnoufo, abrassi cado
La sang me
E

vouldriòi,

souc,

bulh, ai set d'ambroufio
coumo un

amourouso

Faune, aber de pèds de bouc !

jà !

�166

LOU

TERRADOU

XXIV

SONNET

ANTIQUE

A

Raymond de la Tailhède.

écouté
les cldesameurs
voix suppliante
Dryade
chênesde
! ma
je t'offrirai
ô

les

deux

mon

chalumeau

dontje suis fou, c'est Ida, la bacchante, qui

cheveux couronnés de
marie

du miel,

et

d'un bouc, même

qui,

doigts, chante si bien dans les bocages !

sous mes

Celle

cornes

aux

rameaux

nombreux

branchettes d'ormeau et les

:

a

le pampre

les

s'y

graines du lierre à la

feuillée d'acanthe.

Qu'en le bois habité par le fils de Vénus, je la trouve

endormie, le thyrse à côté d'elle ! Que m'attendent là
ardeurs de

tigresse,

Et que son corps couvert à
flots boire l'ivresse
enflammé !

ses

sur

un

peine

par

sein par

le lin

me

laisse à

Bacchus et l'Amour

�1&lt;&gt;7

CAMPESTRE

LOU

XXIV

SO UN ET ANTIC

A Ramound de la Talliedo.

scouto

las clamours de

Drïado des
Las dos

cornos

garrics !

e

ma voux

suplicanto,

t'oufrirai de mèl,

d'un bouc emai

raoun

calumèl

Que, dejoubs lous mius digts, pe's bousquets tant pla canto !

Aquelo dount

soum

folh,

es

Ida, la bacanto,

Qu'a 1' piel engarlandad de pla mai d'un ramèl :
Lou pampre

s'i marido

E las granos

de l'èdro à las fuèlhos d'acanto.

branquets de l'ourmèl

as

Que, dins lou bosc pel filh de Venus abitad,
Iéu la trobe

dourmint, lou tirse al siu coustad !

Que m'espèren aqui
E que soun corps

Me laisse à

Subre

un

sas

ardours de tigresso,

pel lin à

prou-peno

amagad

grandis gloups béure l'embrïaiguesso

sé per

Bacchus

e

l'Amour afougad !

�168

I

LOU

TERRADOU

_

XXV

SONNET AUTOMNAL

Où est la brise de Maibourgeons
chantant dans les" roma¬
rins ? Où

les forêts

sont les

profondes, le Cers siffle, furieux

jaunit, dansant dans les chemins
Et,

verts ?

comme

Dans

chaque feuille

;

des rondes attristées.

des cailloux partis de mille frondes, de tous

les clochers ornés de

plus d'un nid, j'ai

à la prime aube

vu

s'envoler les hirondelles loin de notre soleil
se

—

qui, tout pâle,

meurt.

La beauté du

Cybèle

sera

campestre, hélas !

tôt ensevelie,

veuve

a

disparu

; sous

la neige

de l'Astre-Dieu voilé par

les nuages.

Je sais qu'il reviendra, le

Printemps si beau ; mais que
m'importeront les journées agréables? — La fleur du cœur
humain

ne

s'épanouit qu'une fois...

�169

CAMPESTRE

LOU

XXV

SOUNET AUTOUNAL

unt es

Ounl

l'auro de Mai cantant

soun

pe's roumanis?

lous broutouns verds ? Dins las silvos

Lou Gers

fiulo, enrabiad

;

cado fuelho jaunits,

Dansant dins lous camins d'entristoulidos roundos.

E,

coumo

de calhaus partids de milo froundos,

De toutis lous clou
A punto

|uiers oundrads de mai d'un nids,

d'albo ai vist s'enlairar las iroundos

Lènh de nostre soulelh que,
La bèutat del

Cibèlo

palle, s'aganits.

campestre, ai-las ! s'es escoundudo

joubs la nèu

sera

las nibouls.

Sabi que tournara

la Primo tant poulido

Mès que

me

poudran

La flour del

cor uman

;

lèu reboundudo,

Véuso de l'Astre-Dius velad per

;

far lous journs agradibouls ?
n'a rés

qu'uno espelido...

pri—

[goundos

•

�170

LOU

TERRADOU

XXVI

LES

les

ans

bois, lorsque Avril arrive, la nouvelle

ramure

oiseau

prélude:

Emmi les arbres
s'éteint.

Là,

sans

le

c'est

—

BOIS

salue;
un

sur

les branchettes chaque

gazouillis universel.

pleins de rouille, le feu d'amour bientôt

le moindre refrain, que la solitude est

affreuse !

Mêmes
nous

plaisirs, mêmes tristesses

sommes

toute notre

bien leurs frères

:

—

nous sont communs ;
nous

chantons durant

jeunesse,

Et, dès que cette folle s'enfuit, la tête chauve

ridé,

nous

perdons la joie et la vigueur.

et le

visage

�LOU CAMPESTRE

171

XXVI

LOUS

er

La

Su's
Es

BOSQUES

bosques, quand arribo Abrilh,
ramo

nouvèlo 1' saludo ;

branquets cado aucèl preludo

un

:

universal bresilh.

Demèst l'arbrum

plen de roubilh,

Lou foc d'amour lèu-lèu s'atudo.

Qu'es

aqui la soulitudo,

orro

Sènse lou mendre remenilh !

Mêmes

plasers, mêmes desaires

Noussoun coumuns; sèm

plaloursfraires:

Cantam, touto la jouventut,
E, tre que fuch aquelo fado,

Cap pelad

e caro

Perdèm lou

gaudj

rufado,
e

la vertut.

�172

LOU

TERRADOU

XXVII

BÛCHERON

LE

amais il
^

un

ne

sort, le fort bûcheron, sans donner

tour de meule à son outil ;

dans le sentier

qui mène à

son

bois, il

Dans les vieux chênes il fait mordre
CDups

tous les arbres tremblent. Sur

vole; il est là pareil à

De

ce

vaillant

forêt du

ne

Mal, et

ne muse

guère.

l'acier, et d'ouïr
tête

un

ses

fer luisant

antique homme d'armes.

je connais le frère. Celui-ci aussi, allant

dans la campagne, est

Le travail

un

sa

et, de bon matin,

vitement prêt à

lasse pas son âme ;
sa

couper

des troncs.

il éclaircit l'épaisse

hache, c'est la Pensée !

�LOU

CAMPESTRE

173

XXVII

LOU

BOUSCASSIER

amai sourtits pas,
Sènse à

soun

lou fort bouscassier,

utis dounà 'n tour de

molo;

E, dè boun maitin, dins la caminolo
Que

meno

al siu bosc, n'es pas

Dins lous vièlhs
E d'ausir

sous

garrics fa mourdir l'acier,

cops tout

Subre lou siu cap un
El retrais

dapassier.

l'arbrum tremolo.

fer lusent volo;

aqui 'n antic armassier.

D'aquel valedour couneissi lou fraire.
Aiceste

atabés, anant pel terraire,

A coupar

de

Lou trabalh

soucs es

nou

fa

vitoment prèst.

soun amo

cansado ;

Esclarjits del Mal l'espesso afourèst,
E la siu

pigasso, acò 's la Pensado!

�TERRADOU

LOU

174

XXVIII

LE TRONC

D'ARBRE

A Louis Astruc.

C'était unequibeldans
le yeuse,
aisants,
l'âtre en les bois-pl
réchauffe.
l'arbre

ores me

Tes chênes, Nature,
sont toujours bienfaisants.

Longtemps il m'obombra.
morts,

De

se

vivants ou

rougis, lui qui avait encore
de nids dans sa ramure, il verse des

voir là, sur les chenêts

si dure écorce et tant

pleurs, des pleurs cuisants.
Enfin, il
forêt,
tes

sera

se

console,

en

graine, dans la
craindra pas, Autan,

songeant que sa

bientôt puissante et ne

clameurs.

heures bénies ! — le tronc me dit,
rythmes qu'il ouït, quand la brise chantait à

Et, toute la vesprée
enflammé, les

travers ses rameaux.

—

�LOI' .CAMPESTRE

175

XXVIII
/

LOU

SOUC

»

/1 Loiivis Astruc.

ro un

bèl

L'arbre

ansin, pe's bosques plasents,

qu'ai miu foc

aro

m'escauduro.

Loungtemps m'a 'soumbrad. Tous garrics, Naturo,
Vius

De
El

ou

se

mortis,

veire

soun sempre

plafasent;-.

aqui, su's anders rousenls,

qu'abiò la

rusco encaro tant

E de nidses dins

sa

dui'o

cabeladuro,

Escampo de plours, de plours esco'usenls.
S'acounsolo ènfins, souscait que sas granos,
Dins la silvo, lèu
E

crentaran pas,

seran

soubèiranov

Aut'à, lous tius bram;.

E 1' souc, tout lou vespre,
Me

—

ouros

b^nesidos !

—

dits, aflambad, las trobos qu'a 'usidos,

Quand l'auro cantabo

à través

sous

rams.

43

�LOU

TERRADOU

XXIX

*

A UN VIEUX NID

s'inclDans
ine, lesla
Vers
la papillonne
Saint-Sylvestre
'an gris.
neige
ciel lest
et le ores
arbres dénudés où toute

joie meurt, te voilà tout seul, nid

de chardonneret.

Le Cers
à

avec

force dans ton creux

demi détruit, chaque

tourbillonne; tu es

oiseau te fuit ; ô berceau ! le

farouche Hiver t'endommage ; pourtant,

de te voir, cela me

charme.

A
de

mes

ces

oreilles viennent les échos, lointains et

chansons que tu as

Et je te trouve

fait éclore, au Printemps passé.

moins, beaucoup moins ravagé qi:e mon

qui avait une nichée d'Espoirs tant ailés
pris l'essor !

pauvre cœur,
ont

magiques,

qui

�LOU

CAMPESTRE

177

XXIX

VIÈLH

A-N-UN

ès la Sant-Silvestre

La nèu

parpalholo

Demèst l'arbrum nud
Gar' te

l'an s'aclino ;

lou cèl

ount tout

es

gris.

gaudj mourits,

aqui soulet, nids de cardelino.

Lou Cers ambe
Es

e

aro

NIDS

vam

dins

tu

remoulino ;

mèdj despalhad, cado aucèl t'ourrits

Lou

ferouge Ibèr,

o

brès ! te perits

;

;

Pracò, de te veire, acò m'embelino.
A

mous

Lentans

ausidous
e

venoun

lous ressouns,

magies, d'aquelos

cansouns

Qu'as fait espelir, la Primo passado.
E te trobi mens,

Que

moun

pla

mens

paure cor,

ourresad

qu'abiò 'no nisado

D'Espers tant aluds qu'an foronisad !

��VII

LO US

TRABALHS
E dins la coumbo,
S'adreitet
Nud

e

Musclad

un

fieroment

lauraire

beloment
coumo un

lutaire.

Auguste Fourès.

���I

AUX PAYSANS

aysans,

qui

semences,
vers

adornés de rimes

ne

rêvez

ô vaillants, qui

ne

comprenez

labours, guérels et
serez

sourds h

mes

sculpturales,

Emmi les blés, emmi les prés,
vous

que

gloire de

vos

terroirs,

point les splendeurs des malins et des

vesprées.

Maniant le mancheron de l'araire et le bident,
rien de

vous ne

que

les savants appellent

Eh bien! demeurez tel que vous

êtes: moi, cigale, je

savez

ce

grand tourment

Poésie.

chante

avec

frénésie;

—

vous, vous

préparez la Moreson !

�PAISANS

AS

aïsans, que
l»

Graits

vaibats qu'arados,

e semens, o

valedous.

Que serets sourds as mius bourdous

Oundra.ds de riinos escalpradros,
Demèst lous

blads, demèst las prados,

Glòrio des vostris terradous,

Coumprenèts pas las esplendous
Des maiiins

e

de las

Manejant estebo
Sabèts pas res

e

vesprados.

bigòs,

d'aquel trigòs

Que 's sapients noummoun
Eh bé ! talis

Pouësio.

qu'èts demourats :

Canti, cigaló, amb frenesìo ;
Vous aus,

la Mèissoun prepara's !

�TERRADOU

LOU

184

II

LABOUREUR

LE

Be paysan va labourer.
ent hautqu'ill'aiguiachetés
l ade,
paire Il
detibœufs
il suit

à

sa

forte

là-bas, son
le chiendent fera luire le versoir rouillé.

Fanjeaux et il songe,

champ envahi par

le

poing attaché

Brun !

au

Hâ ! Châtain !

crêtes de maïs,

que, par

ensoleillé; toute la journée, il

mancheron de
Vous

aurez

une

sa

charrue :

«

Hâ!

belle poignée de

quand viendra l'heure de la veillée! »

Le Cers souffle, le
laboureur n'a

sifflotant,

en

11 est arrivé dans l'essart
a

a

froid fait

pas peur

gercer

les mains

;

le robuste

du rhume, et, le cœur empli de

joie, dans les sillons il chemine.
Aussi, il
trouve à sa

aura

faim,

ce

soir... Quel régal

pour

métairie du vin dans la bouteille, une

légumes et du pain de seigle!

lui, s'il

platée de

�TRABALHS

LOUS

II

LOU

LA.URAIRE

pagés va laurar. Ten auto

ou

l'agulhado,

Segnits lou fort parelh qu'à Fan-Jóus a croumpad
E sousco, en

fullejant,

que,

p'r aval, soun campad

D'agram tara lusir la mousso arroubilhado.
Es arribad dins la

bousigo assoulelhado

Tout lou

lou punh à l'estebo arrapad :

«

journ,

a

;

Ha ! Maurel ! Ha ! Castanh ! Aurets un

quand vendra l'ouro de la velhado ! »

De crestos,

bufo, la fréd fa crebassar las màs ;

Lou Cers
Lou rude

E, lou
Tabès,

gazalhan n'a

cor

pas

póu del raumas,

allegrad, dins lous bourdouns artelho.

aura

talent, al

vespre...

Se trobo al siu bourdic de

Un

bèl urpad

Qun regal,

vin dins la boutelho,

platad de legums et de pan de sigal !

�■1815

lou

terradou

III

P A X !

ès que nos

d'être

A
fini

un

air vivifiant.

Rome, jadis, lorsque Consuls et Dictateurs avaient

quelque glorieuse

guerre,

derrière

se

une

paire de bœufs,

croyaient dans leurs champs

plus triomphateurs.

Celui
t-il

coin de terre où autrefois il

ce

l'aiguillade à la senestre, ils
bien

sont plus enfançons, obligés

ne

soldats, ils désertent combe et montagne,

plus d'un oublie

et, loin,

aspirait

fils

qui emploie

pas autant

sa

vie

aux travaux

de gloire, n'a-t-il

du labourage n'a-

pas autant

de

courage

qu'un galonné comblé d'honneurs ?
Quand, dans les terroirs qui font les moissons blondes,
nos

yeux

verront-il ; des

l'acier de tous les

canons

socj et
?

des versoirs forgés

avec

�Lous

TFiABALH-S

III

P A X

re

que

!

lous nostris filhs nou soun plus efantous,

coumbo e serro,
mai d'un debrembo aquel cantoun de terro

Fourçads dresser soudards, desertoun
E, lènh,
Ount

A

aspirabo antan un aire sanitous.

Roumo, 's autris cops, Conses e Dictatous,

Quand abiòn acabat
Darrè 'n

qualquo glouriouso guerro,

parelb de bióus, l'agulhado à l'esquerro,

Se cresiòn dins lours camps

Lou
Es

pla mai trioumfalous.

qu'emplègo sa vido as trabalhs del lauratgê

qu'a dounc

Autant

pas

de glòrio, es qu'a pas de couratge

qu'un galounad acoumoulad

d'ounous?

Quouro, pe 's terradous que fan

las mèissouns róussos,

Nostris èlhs miraran de relhos

de

e

moussos

Fargados amb l'acier de toutis lous canous

?

�138

LOU

TERRADOU

IV

LE

RÊVE

DU VAUTOUR

A Alcide Blavet.

Venant
gou, passant
le Ventour,
fuyant du
les Cani
cimes
lui jadis sur
aimées,
dans le
par

ciel

assombri,

au

milieu des tempêtes, regardez

voler,

regardez le speclaculeux vautour!
Pour découvrir

un

il cherche les nations

volé

charnier, il fait le tour du Monde

;

qui ont les meilleures armées; il

a

d'agneaux et de brebis goitreuses, et, maintenant,

assez

chaque berger peut dormir tranquille.
Il
les

veut

se

repaître de tout autre façon, et,

jours de la dernière

percher

sur une

Allons !
L'oiseau
attend de

il

va

rappelant

du côté du Rhin

se

roche.

ayez

sinistre
se

guerre,

se

gaver

bientôt
est

là,

remporté la victoire,
cou

déplumé, bec

de charogne humaine !

canons

!

crochu, qui

�LOUS

189

TRABALHS

IV

LOU RAIBE DEL VOULTOUR

A-n-Alcide Blavd

enent del

Canigou, passant subre 1' Ventour,

Fugissent las autours
D.ins lou cèl

gaitats l'espetaclous voultour 1

Per descurbì 'n carnier, del
Recerco las nacius

E

E,

se

Mounde fa lou tour

qu'an melhouros armados

raubat d'agnèls

e

;

;

de fedos gamados,

pod dourmir tranquille,

El vol

el antan aimados,

ennegrid, à través las trumados,

Gaitats voular,

A prou

per

aro,

cado pastour.

s'apitançar de touto autro manièro,

brembant lous journs de la guerro darnièro,

Va del coustad del Rhin

Anem ! canouns,
L'aucèlas

es

se

quilhar subre

un roc.

ajets lèu viclòrio ganhado!

aqui, colh pelad, bèc

en croc,

Qu'espèro fà 'n sadoulh d'umano carraunhado !

�TERRADOU

LOU

190

V

LES

i

ils vont

conscrits, quand

nos

le cœur gros:

quitter leurs champs de maïs et

de blé et les

jouventes qui ont presque
Ce seront des

ils

se

leur âge.

sûrement,
gloire, si du Nord tout nébuleux nous

soldats pleins de courage, et,

couvriront de

vient par

ils tirent au sort, font

grand tapage, ils ont pourtant

un

—

CONSCRITS

malheur un nouvel orage.

mères ! ces jours cruels où,
coule à ruisseaux ! Mort aux

Mais, qu'ils ne viennent pas,
dans

les champs,

Souverains qui

le sang

voudraient la guerre !

Que les garçons
enfoncer le coutre

vieux toits !

qu'antan vous berçâtes

dans la terre et meurent

reviennent

vieux sous leurs

�LOUS TRABALHS

191

V

COUSCRITS

LOUS

e

noslris couscrits fan

pla de tapatge,

Quand tiroun al sort, an lou cor couflad :
Van laissar lours camps
E las drollos

de milh

de blad

qu'an gairebé lour atge.

Seran de soudards claufids de
E

e

couratge,

faran, segur, qualquo acciu d'esclat,

Se de l'Ibersenc tout enniboulad

Nous

ven

per

malur

un

nouvel auratge.

Mès, que venguen pas, aques journs aurius,
Maires !
Mort

as

ount la sang

pe's

Soubèirans que

camps

vouldriòn la

Que 's goujats qu'abèts antan
Tournen enfounzà 1'
E

fa de rius !
guerro

!

bransoulads

gazelh dins la terro

mourisquen vièlhs joubs lours vièlhs téulads !

�TÈRRADOt)

LOÜ

192

VI

LES

VIEUX

en avril, quandfleurs,
l'abeilesl e vieux
enfonce sonfrontdard dans
le sein des

songeur

au

fuient les chenêts et errent de tous côtés :

—

le soleil du

Printemps est le meilleur tison.
Tandis que

l'alouette dans les airs dit sa chanson, je

regarde les blancs aïeuls :

—

ils sont pliés en angle droit ;

ils essayent,

pecaire I de travailler leurs champs, et

poids des

ans

les fait trembloter sur la houe.

Antan,

ces

pas

vaillants,

que

la guerre épargna, n'avaient

leurs pareils pour remuer la glèbe :

leur faut

un

mois pour

refaire

un

—

maintenant, il

fossé...

qui sont de leur
jamais dire assejusqu'à

Mais, pour donner l'exemple à ceux

graine, ils veulent s'échiner sans
ce

le

qu'ils soient fauchés par la Mort souveraine.

�Loüs

TRÀBÀLHS

i 93

VI

LOUS

abrilh, quand l'abeltio enfounzo

n

Dins lou sé de

e

Lcu soulelh de la Primo

Mentre que

pipis

Ensajoun dins lours
des

trèvoun de tout caire
es

ans

:

—

camps

soun

sa cansoun,

plegads

un

;

lous fa tremoular sui foussoun.

sèns-parius

Aro, lour cal

escaire

en

de trabalhar, pecaire !

Antan, aques valents esparnhads per la
Hroun de

:

lou melhour tisoun.

lou calandre enlairo

Gaiti lous blancs

fissoun

soun

lasflours, lous vièlhsalfrount souscaire

Fugissoun lous anders

E 1' pés

VIËLHS

boulegar la terro

per

més per

guerro
:

refà 'n bessairou...

Mès, per dounar l'exemple as que soun de lour grano,
Se voloun

Dusquos

esquinar sèns jamai dirçprou,

quo

siòn dalhads

per

la Mort soubèirano.

�LOU

194

TERRADOU

VII

A

o
—

une

UNJ VIEUX SOC

res, ton

fer

ne

les fouille plus, ô

terroirs féconds, dont tu

soc

! les

faisais les splendeurs :

affreuse rouille te ronge.

Ne te reposant

qu'au temps de la moisson, que tu en as

tracés, des sillons, à travers le chiendent et les chardons,
tiré par

quelque ardent cheval !

Tu lui faisais tendre le

jarret,

au

laboureur marchant,

heureux, dans la glèbe que tu éventrais !

I
Et,

comme une

aïeule, hélas ! qui

colique, te voilà mis de côté...

en un

coin gît, mélan¬

�LOUS

195

TRABALHS

VII

VIÈLHO

A-N-UNO

Dount
Un

tu

orre

fasiòs las

roubilh

te

RELHO

esplendous

:

rousègo.

T'apausant qu'ai temps de la sègo,
Que n'as enregads, de bourdous,
Demèst
Tirado

l'agram

p'r

uno

e

lous cardous,

arderouso ègo !

Li fasiòs estirà 's garrous,
Al lauraire artelhant, urous,
Dins la

E,

galgo

coumo uno

per tu

'nventrado !

aujolo, pietat !

Qu'à-n-un cantoun jais, malcourado,
Gar' te

%

aqui

meso

de coustat...

�166

LOU

TERRADOU

VIII

TU RELABOURERAS !

Au vieux

■

e

voilà mis de côté

de ferraille.

et

bon pour

soc.

le marchand

Moi, de te voir ainsi, pecairc !

profondément je suis contristé.

Mais il

changera, ton misérable état:— bientôt, rougi

de tous côtés, tu seras

réparé

par

le marteau d'un forgeron

actif.

Ton
avec

Et

œuvre

courage tu

ce

loin d'être

est

finie; rajeuni

sur

l'enclume,

relaboureras.

n'est pas

toi,

ton laboureur que

soc

nul

ne

d'araire, qui
reforgera...

es

à plaindre

:

c'est

�LOUS

197

TRABALHS

VIII

TOURNARAS LAURAR!

A la viclho relho.

ar' te

aqui

E bouno

meso

de coustat

pel pelharoucaire.

Iéu, de te veire atal, pecaire !

Prigoundoment
Mès

soum

countristad.

cambiara, toun piètre estat :

Arrousentido de tout caire,
Lèu-lèu

sera

toun

atrincaire

Lou inartèl d'un faure alertad.

Toun obro
Subre
Ambe

es

lènh d'esser finido ;

l'enclutge enjouvenido,
vara

tournaras laurà.

E n'es pas tu,

relho d'araire,

Qu'ès à planhe :

—

es

lou tiu lauraire

Que digus nou refargara...

�198

LOU

TERRADOU

IX

LA

SEMENCE

A Paul Marièton.
ar

les guérels

féconds, je regarde le bras

d'un fier paysan au
blé. C'est à la volée que

visage bruni. Il sème du

de tous côtés il fait pleuvoir les

grains.

Et, jusqu'à ce qu'au ciel il voie les astres, il puisera
au

sac,

travaillée

O
en

manche

retroussée, et

il te

fécondera, Terre

qui, malgré l'hiver, bientôt verdoieras.

toi, des Humains l'éternelle nourrice, glèbe noire,

ta matrice le blé

tombe, pour renaître épi.

Maintenant que la plume est mon soc, comme la
germe

dans les champs, en

mon cerveau

semence

l'Idée éclot.

�LOUS TRABALHS

IX

LOU SEMEN

A Paul Marietoun.

e's

graits pla coutiouls, agaiti lou bras

D'un fier

pagés à caro brisloulado.

Semeno de blad. Es à la

voulado

Que de tout coustat fa plôure lous gras.

E, dusquos qu'ai cèl veje lous lugras,
El pousara
E

'1

sac, margo

reissugado,

t'emprenhara, Terro boulegado

Que, malgrat l'Ibèr, lèu verdejaràs.
O tu,

Galgo

des Umans l'eterno nouiriço,
negro,

Per renaisse

Aro que

dins la tiuno matriço,

espig, lou blad s'avalits.

la plumo

Coumo lou

semen

es

la miuno relho,

pel campestre grelho,

Dins lou miu cerbèl l·Idèo

espelits.

199

�200

LOU

TERRADOU

X

LES FAUCHAISONS

Ünbientôt,
bruit d'chaque
aiguisagefauxs'ouït du côté de la prairie;
coupe comme un

les paysans

et

laborieux

en

choeur clament

%ou,

rasoir,

enfoncés à

mi-corps dans l'herbe mûre.
Avant midi, ils en auront fauché
ils travaillent de bon cœur!
Par

jeunes filles et

odorant

gars,

est retourné sur

Avec la

souvenir de la

trempés de

sueur.

chanson, le fourrage

une

place.

déjà bien vieux

;

mais je

conserve

le

jouvente aimée.

Si, maintenant,

en

chantant

sont

séterée. Comme

Mienne, antan, j'allais faner. C'était le temps

des baisers... Cela est

j'y

Ils

une

songe un peu,

ces

jours fleuris m'ont échappé, dès

j'ai l'âme parfumée

Juin, par le premier foin coupé.

comme

que

la campagne,

�LOUS

201

TRABALHS

X

LAS

n

bruch

DALHASOUNS

d'agusadis s'ausits devès la prado

;

Cado dalho lèu-lèu coupo coumo un rasou,
E 's

pagéses valents en colho cridoun ^ou,

Enfounzads à

mèdj

N'auran abant

La

e

dins Terbo amadurado.

mèdjourn toumbat

Jà ! s'i fan de boun
Per drollos

corps

cor

uno

sesirado.

! Soun gòfis de susou.

goujats, cantant

uno cansou,

pasturo óudourouso es sul jas revirado.

Antan, ambe la Miuno anabi fourquejà.
Êro 1' temps des poutouns... Acò 's pla vièlh déjà ;
Mès

gardi 1' souveni de la jouvento aimado.

S'aquelis journs flourids
Tre

aro

m'an escapad,

qu'i sousqui 'n pauquet, ai l'amo perfumado

Coumo 1' campestre, en

Junh, pel primier fen coupad.

�202

LOU

TERRADOU

XI

LA

PRIÈRE

DU PAYSAN

O Sol
eil, mon dieu,quigrand
maître dule ciel,
regarde
chemine
ce

chant ! S'il
pas

ne

crève pas

du blé même

11 n'a que
mis

une

pain dont il
coup

cou¬

la disette, il n'y aura

oiseau.

semence...

qu'il fasse

au

déjà il jaunit

;

hélas ! j'y ai

Que, grâce à la pluie, il

moins

un autre

nœud !

pied-terreux qui te demande aujourd'hui le
a

tant besoin ! Ordonne que la nuée donne un

d'aspersoir !

Et, si tu fécondes ainsi
une

vers

ce sera

empans, et

mine de

Plains le

ici,

pour un

deux

devienne beau et

nuage

mon

champ, si, voilé pendant

heure, enfin tu m'exauces, je te dirai merci dans

chanson !

une

�LOUS

203

TRABALHS

XI

LA

Soulelh,
Miro

PREGÀRIO

moun

aura

pas

El n'a que
Pietat! de

PAGÉS

dius, grand senhour del cèl,

aquel tempier qu'ai pounent camino !

S'aici crèbo pas, sera
1

DEL

la famino,

de blad mêmes p'r
dous

pams, e

semen

n'i ai

un

aucèl.

déjà 's roussèl
mes

;

emino...

uno

Que, gràcio à la pluèjo, âge bouno mino
E que

fasque al

Planh lou

mens un autre

pèd-terrous qu'abuèi te demando

Lou pan que

li fa tant besounh ! Coumando

Que la niboul doune

E,

se

nousèl !

un

cop

d'aspersoun !

lou miu camp atal benesisses,

Se, velad

uno ouro,

Te dirai mercès dins

enfins tu m'ausisses,
uno cansoun

!

�204

LOÜ TERRAÚOÜ

XII

LES

BLÉS

Bes blmêlent,
és sont épiés en nos plaines frémissements,
fécondes
Et

Le chant
Des

onduleux, dans leurs

sec

de la caille

grillons, à

aux

vifs stridulements

travers les lumineuses ondes.

Gosier tout ruisselant de clairs
Vol bruissant ainsi que

L'alouette s'élève

et

gazouillements,

le caillou des frondes,

dit les moissons blondes

Qui feront les greniers encombrés de froments.
Les blés

encore verts

Les grands

de bon soleil

se

baignent

coquelicots superbement

y

;

saignent,

Et les tendres bluets les étoilent d'azur.
Les

magnifiques blés ! Telle la gent humaine,
Forte, drue et fleurie, où l'âpre mort promène,
Comme

l'estivandier,

20 Mai 1882.

son

dail terrible

et sûr.

Auguste FOURÈS.

�Í.OÜS TRABALHS

£05

XII

LOUS BLADS

(Traducciu d'Auguste Fourês.)
ous

blads

qu'an espigat dins las pianos fecoundos

Ounzadéjoun, mesclant à lours fresinoments
Lou cantar de la callo

e

's vius cricritoments

Des

grilhets à través las trelusentos oundos.

Lou

gargalhol rajant de clars bresilhoments,

Vol brusissent tant

La lauseto s'enlairo

pla
e

que

1' calhau de las froundos,

dits las

sègos bloundos

Que faran lous graniers coumoulads de frouments.
Lous blads

Las

encaro

rougèlos de

verds de boun soulelh s'alacoun ;

sang

superboment lous tacoun,

E lous tendres bluets lous

Oh! que soun

Forto, espesso
Coumo

pingalhoun d'azur.

magnifies ! Talo la gent
e

umano,

flourido, ount l'aulo Mort s'afanOj

l'estivandier, de passà 'n dalh segur.

�206

LOU

TERRADOU

XIII

LE BATTAGE

sont battuesquisur les
avec rouleaux, avec fléauxnourricières
aires les

tant crû

Les

belles

gerbes

ont

depuis les gelées !

grains noirs et les grains

rouges sont

gaillardes, les matayères travaillent

mélangés

au tarare, pour

;

trier

les balles et l'ivraie.

Bientôt la

paille est mise

féconde et que

Mois de la

en tas.

Que cette année est

de joie ont les meuniers!

cigale chanteuse, salut à toi ! En les greniers,

je contemple le blé qui s'amoncelle !

�LOUS

TRABALHS

XIII

LAS BATASOUNS

mbe

roullèus, ambe flagèls

Soun batudos

sur

las aièros

Las bèlos garbos nouiricièros

Qu'an tant

crescut

dempuèi lous gèls !

Lous grans negres e
Soun

barrejads; las camp-masièros

Al bramaire
Per

La

lous rougèls

trabalhoun, fièros,

trigar las bolbos

palho

es

e

's jèls.

lèu amoulounado.

Qu'es graniboulo, aicesto annado,
E

qu'an de gaudj, lous mouliniers !

Més de la

cigalo cantairo,

Salut à

! Dins lous

tu

Remiri 1' blad que

graniers,

s'amountairo !

207

�208

LOU

TERRADOU

XIV

.IDYLLE

D'AOÛT

A Pascal

Delga.

B a fauvette se tait à l'ombre d'un buisson; le
soleil d'Août brûle combe et coteau ;

des

épis de blé dans chaque étroit chemin

:

—

il y a

les Lauraguais

ont fini la moisson.

En

un

coin, la faucille

se repose avec

dépiquer! Le rouleau tourne
vous

irez sûrement dans le

tout à fait

Pour

sur

la houe

:

—

il faut

l'aire. Grains daurés,

pétrin, avant

que vous soyez

rongés par le charançon !

chanter

sur

l'airée, le Philippe est un maître.

Quand il fait claquer son fouet, clamant : I-o ! Bitti !
son

mulet, stimulé, fait tendre le licol.

Le

vaillant

n'est pas

seul

:

fourche à côté de lui, sans peur
sa

femme avant la

—

de

Saint-Sylvestre.

depuis
se

grand matin,

rôtir, celle qui

sera

�LOUS

TRABALHS

209

XIV

IDILLO AGOUSTENCO

A Pascal

a

bouscarèlo

mudo à l'oumbro d'un bouissoun ;

es

Lou soulelh agoustenc
I

a

crèmo coumbo

d'espigos de blad dins cado carretièro

Lous

Dins

Lauraguéses
un

an

e

cantou 1' voulam

:

s'apauso amb lou foussoun

daurads, anirets

segur

dins la pastièro,

Abant que

siòts à founs rousegads pel

Per

sui

cantar

cussoun

:

I-o ! Bittl !

miòl, alertad, fa tibar lou cabestre.

Lou valent

es

pas

soul

:

desempuèi boun maiti,

Fourquéjo al coustat d'el, sèns póu de

se

rousti,

La que sera sa femno abant la Sant-Silvestre.
*

!

cabelh, lou Filip es un mestre.

Quand fa petà l' fouguet, clamant
Lou siu

coustièro

acabat la mèissoun.

Cal batre ! Lou roullèu viro subre l'aièro.
Grans

Delga.

:

;

�LOU

210

TERRADOU

XV

LA CHANSON DU

u as

et la

Que j'en
avons

PAYSAN

comblé de tes dons, ô

Nature! la plaine

colline, et il n'a pas grêlé.

ai radé, de la graine mûre!

Femme! nous

fourrage, paille; maïs et blé.

Qu'il neige ou qu'il gèle, du

jeûne si horrible il ne sera

plus question :

La huche est
d'été !

pleine, et

nous

devons la vie au Soleil

�LOUS

211

TRABALHS

XV

LA CANSOUN DEL

s

acoumoulat

De
La

plano

E n'a pas

tous

e

douns, Naturo,

l'auturo,

grellat.

Que n'ai rastoulat,
De grano

maduro !

Femno ! abèm

Palho, milh
Que nève
Del
Nou

e

ou

jùne tant
sera

La mait

PAGÉS

pasturo,

blad.
que torre,
orre

questiu

es

:

claufido,

E debèm la vido

Al Soulelh d'estiu !

�TERRADOU

LOU

212

XVI

LE

MAIS

notre Lauraguais,

«y-v ans

depuis des milliers

le maïs a pour les paysans une

d'années,

grande valeur; après le blé, c'est la fleur des récoltes; c'est
lui

qui rend nos garçons forts et nos filles

de panicules,
alors, la chaleur mûrit les cambarles

On voit tomber par
vers

et

la fin de Juillet ;

charmantes.

terre des poignées

brunit la couleur des barbes d'or ornant

Toute l'année,

l'avale, chaud

les épis grenus.

travailleur
dur, le milhas, dont l'odeur

soir et matin, comme chaque

ou

froid,

mou ou

réconforte !

Quand

j'étais tout petit, combien de chaudronnées j'en

voyais vider
repus

!

sur

la vieille table où mes aïeux s'en sont

�LOUS

TRABALHS

XVI

LOU MILH

ins nostre Lauragués,
Lou milh

dempuèi milanto annados,

pe's païsans a 'no grando valour ;

Aprèp lou blad, de las recoltos es la flour;
El fa Ions

goujats forts

Se vei toumbar

e

las drollos mannados.

pel sol de crestos à manados,

Vès la fin de Juillet ; alabets,

la calour

Amaduro lous tancs ebrunits la coulour
Des

pielses d'aur oundrant las cabossos granados.

Tout l'an, vespre e

maitin, cado trabalhadou

Coumo lou fa lisar dins soun
Caud

ou

fred, molh

ou

Quand èri pichounet,
léu

ne

engouladou,

dur, lou milhas que restaulo !

quantis de pairoulads

vesiòi budar subre la vièlho taulo

Ount lous miunis

aujols s'en soun arrigoulads !

213

�LOU

2i4

TERRADOU

XVII

MOULINS A VENT

LES

Quand Eole, furieux, souffle ses halenées, c'est
fête,

Dès que
ceux

de

en

Lauraguais,

pour

les moulins à vent.

j'en vois quelqu'un, soudain je me rappelle que

Castelnaudary tournent par vingtaines.

Leurs

volants,

sans

répit, à chaque tour rapide, font

grincer les ferrures où ils sont enchaînés, tandis que les
meuniers, braies enfarinées, veillent à la trémie et mouturent souvent...

Et, tant que le Cers geint ou que l'Autan clame,
moulins,
ment

au

sommet de quelque haute serre,

les

magnifique¬

tournent, obstinés.

plus leurs
volées, ils ressemblent à des oiseaux géants arrêtés sur la
Mais, dès que l'air est calme, ne prenant

terre avec

les ailes clouées dans le ciel pur.

�LOUS

215

TRABALHS

XVII

LOUS MOULINS A VENT

uand Eolo,

enrabiad, bufo

gj Es festo, en
Tre que

sas

Lauragués, per lous moulins à vent.

'n vesi qualqu'un, tout d'un cop me souven

Que lous de Castèl-Nóu rodoun per
Lours

vingtenados.

vélos, sèns relais, à cado tour rabent,

Fan cricà 's ferroments ount soun

Mentre que

Vèlhoun à

E, tant
Lous

alenados,

que

encadenados,

's mouliniers, bragos enfarinados,

l'intremèdjo

e

móuduroun soubent...

1' Cers jangolo

ou

tant que clamo l'Auto,

moulins, à l'acrin de qualquo serro nauto,

Espetaclousoment viroun, avalentads.
Mès, tre que l'aire es siaud, prenent
Sembloun d'aucèls

gigants

sur

plus lours voulados,

la terro arrestads

Ambe, dins lou cèl blous, las alos

clabelados.

�LOU

Zifì

TERRADOU

XVIII

PHYLLOXERA

LE

Aux FendelJiois.

Bes souches de noiplusre pays,
qui étaiempourprés
ent si feuil ues,
de raisins
ne

toi,

mûrissent

de sarment, nous étions réchauffés:

sang

Enthousiasme d'antan,

attrapons
Ce

affaiblis,

tout

de ruisseau

—

mainte¬

chais, les barriques sont vides.

nant, en nos

sommes

; par

nous

a

le moût parti, tu t'éteins; nous

nous sommes

tout attristés ;

la tisane

beaucoup rendus foireux, et nous n'en

plus, des guenons velues... (Ivresses complètes.)

Phylloxéra maudit, d'où est-il venu ?

Avoir l'estomac

cru

? Depuis qu'ici nul ne se

Frères, notre nez a les pâleb

couleurs... Plantons d'autres

qui l'aurait

moisi ? Jcs !

grise,

vignes, bannissons l'eau et revenons
notre

vin pur

!

bientôt trinquer

avec

�LOUS

217

TRABALHS

XVIII

LOU FILOUXERA

As Fendelhaires.

j|

il

del païs, que tant èroun ramudos,
Amaduroun pas mai de rasins pourpourads ;
as soucos

Per tu, sang

d'eisserment, èrem escalfurads :

Aro, dins nostris chais, las barricos soun budos.
Abroundadis d'antan, lou moust
Sèm toutis

aflaquids, sèm toutis malcourads ;

La tisano de riu,
E

n'agafam

partid, t'atudos

pas

pietat !

nous a

'sfouirads,

plus, de mouninos peludos...

Aquel Filouxera maldid, d'ount
Abé 1' ventre mousid ? Jès !

Desempuèi qu'aicital digus
Fraires, lou nostre

nas a

es

véngud ?

qui b'auriò cregud ?
nou

s'embrïaigo,

las pallos coulous...

Plantem d'autris malbols,

forobardisquem l'aigo

E tournera lèu trincar arabe nostre vin blous !

;

�LOU

218

TERRADOU

\

XIX

L'HIVER DANS LES

MÉTAIRIES

Ba neige vient de couvri
r plainavant
es et montagnes;
longtemps
le ciel
il y

redevienne pur.
copeaux,

en a pour

que

Aussi, dans[chaque borde, avec un feu de

les métayères font rôtir force châtaignes.

noircies, les araignées se
pelotonnent, immobiles ; elles fileront quand viendront les
chaleurs ; par contre, les quenouilles ont des tas de filasse,
Aux

poutres, que la fumée a

tant que

Les

le givre pend aux branches des haies.

pâtres, emprisonnés par l'hiver et profondément

rongés par la nostalgie du campestre, en égrenant
veillent

sans

Pourtant,
poupon

du maïs,

lumière.

un rayon

de soleil réjouit la masure, dès qu'un

sourit à l'aïeul centenaire qui ronfle, endormi sur

la chaise à sel.

�LOUS

219

TRABALHS

XIX

L'IBÈR

a

nèu

N'i

a

ven

per

DINS LAS BORDOS

de curbir

planuros

e

mountanhos

;

loungtemps abant que lou cèl tourne blous

Tabé, dins cado bordo, ambe un foc d'estelous,
Las

camp-masièros fan roustir forço castanhos.

As

saumiers, que lou fum a 'nnegrids, las aranhos

S'arrucoun ; fialaran

quand vendran las calous ;

Las counoulhos, per countro, an
Tant que

1' gibre pendilho as brancs de las baranhos.

Lous pastres, per
E

l'Ibèr tengudis

rousegads à founs p'r

En

fialado à moulous,

uno orro

en

prisoun

languisoun,

degranant de milh, vèlhoun sèns luminàri.

Pracò, 'n rai de soulelh regaudits lou casai,
Tre

Que

qu'un poupaire rits al pipi centenari
rounco

subre la cadièro de la sal...

�+

+

�VIII

LOU
Aro

es

BESTIAL

tems de

D'oniels

e

porla de past res

e

de montons, de pargues e

Claude

de fèdos,

de clédos

Peyrot, priour de Pradinas.

���I

LE VIEUX PATRE

ans

l'essart

ensoleillé,

plus labourer :
mourra sans

tenir de

C'est de cela

qu'il

lagera... Dedans il

—

nouveau

a

sa

ore?,

l'Aïeul

ne

peut

jambe est raide, et il

l'aiguillade.

l'âme oppressée, et rien ne la sou¬

ne

veut pas demeurer, et

il s'en

va

garder les ouailles.

Dans le communal le troupeau
fait

son

repas, tout

droit

en son

paît; lui, de pain dur il

manteau de bure.

Puis, songeant sous un hêtre feuillu, quand

crépuscule, il
qui éblcuit.

se

vient le

détache, silencieux, sur le ponent d'or

�I

VIÈLH PASTRE

LOU

ins la

bousigo assoulelhado,

Aro, l'Ancian pod pas laurà :
Sa cambo

Sèns

Es d'acò
E

E s'en

ranco, e

tourna tener

mourira

l'agulhado.

qu'a l'amo bilhado,

res nou

Dedins

es

la debilhara...

nou

va

vol pas

demourà,

gardar l'óuvelhado.

Pel coumunal lou

troupèl pais

;

El, de pan dur fa soun repais,
Tout dret dins

sa

roupo

burèlo.

Puèi, souscant joubs un faug ramud,
Al

luscre,

se

Sul pounent

/*

destaco, mud,

d'aur qu'emmimarèlo.

�286

TERRADOU

LOU

II

LES

«

a

colline

OUAILLES

est

soleil vient de
dans la

prairie,

comme

Elle est tiraillée par

de-ci, de-là, aboie à

coiffée d'ombre; à

l'horizon, le

disparaître. Pour bien brouter

elle chemine, la troupelée !

la faim. Un noir chien de berger,

en

devenir aphone, derrière le pâtre

à face hâlée.

Et la forte odeur du suint

va

s'épandant

par

le terroir,

et les sonnailles retentissent.

Moi, je les écoute, attristé :
se

grave

dans

mon

esprit.

—

elles parlent, etleur langage

�LOU

BESTIAL

£27

II

L'ÓUVELHADO

d'oumbro

a serro

Lou soulelh
Per dins lou

ven

es

capelado

de trescoulà.

prad s'arrigoulà,

Jà ! camino, la troupelado !
Es de talent acoumoulado.

Un negre farou, de çà 'n là,

Jaupo à

se

degargamelà,

Darrè lou pastre à caro usclado.
E del surge
Va

la forto óudou

s'espandint pel terradou,

E las

esquilhos fan tapatge.

léu las escouti, corferid
Elos

parloun,

e

S'enclaslro dins

:

lour lengatge
moun

espirit.

;

�228

LOU

TERRADOU

III

CE

QUE DISENT LES SONNAILLES

Sr—

es

sonnailles de bronze

suspendues

très laineux des moutons disent
«

Petits !

«

vos

les

«

mangées.

vous,

« vous

ébatez

«

sang

les mains de

bouchers, frères des pâtres

Et

«

Hélas !

« nous

;

ces

agneaux :

persécuteurs,

ensuite, elles seront

peut-être, qui n'avez que deux
sur

l'herbe,

comme

aussi,

cou

mères, bientôt égorgées,

Rougiront de leur

«

aux

au

vous

et qui

n'achèverez pas la semaine.

les cloches de la cruelle

nous sonnons

ans

le glas...

»

race

humaine,

�LOU

229

BESTIAL

III

ÇO QUE DISOUN LAS ESQUILHOS

as

esquilhos d'aram penjados

Al colh
As

pla lanud des moutous

agnèls disoun

: «

Efantous !

«

Lèu, voslros maires, escourjados,

«

De lour sang

«

Las

«

Lous bouchers, fraires des pastous ;

«

Elos, apuèi, seran manjados.

«

E belèu

«

Que

«

Acabarets pas

mans

d'aques persécutons,

vous

vous

faran enroujados

aus,

lous doublencs,

gaudinats su's pelencs,

la

semmano.

«

Coumo las campanos,

«

De la crudèlo raço umano,

«

Nous autros tabé

ai-las !

sounam

clas...

»

�230

LOU

TERRADOU

IV

LES JEUNES CHIENS

■'

*—L

des

les

travers

prés, ils jappent et jouent

soleil, ils s'épucent

;

ils sont heureux

;

au

comme

dieux, les jeunes chiens !

Ils tettent encore; ils ont des
yeux

ruisseaux; bientôt ils

11
serez

vous

seront bien

faudra fuir leurs

marquées

aux

hargneux, mais fidèles.

morsures,

ouailles!

ou

vous

jarrets...

Dans les bordes et les

chiens défenseurs !

où la chassie fait deux

terroirs, ils seront les maîtres, les

�LOU

BESTIAL

231

IV

LOUS

CADÈLS

|p|| aupoun,
fadéjoun pe's pradèls;
Al soulelh, se cercoun las piuses
ijyfll
Soun

urouses coumo

de

diuses,

Lous cadèls !

Encaro elis poupoun ; an
Ounl la
Lèu-lèu

d'èls

laganho fa dous riuses
seran

;

pla malgraciuses,

Mès fidèls.

Vous caldra
Ouvelhos !

fugir lours nhacados,

ou

sarets marcados

As garrous...
Dins las bordos

e

lous

terraires,

Senhourejaran, lous farous
Aparaires !

;

�232

LOU

TERRADOU

y

LA

CHÈVRE

Jamais on ne l'attache et jamais lechien
s pastoures
ne

l'ont

menée

paître

avec

à

un

ses

côtés; dans les verts sentiers, elle fouis capricieusement
les tendres fleurs,
Elle

en

a

qui sont les reines des prairies.

fait, du bon lait, et elle

heures, à écimer les

en

a

passé, des

de l'olivier argenté, du saule

rameaux

flexible, du peuplier élancé et des

ronces

si chargées de

mûres !

Mais,
avec

ores,

peine

la

une

cornue a un

mamelle abondante, elle fait retentir

à travers les tertres

Dans tout le
ment...

ses

bè

qu'elle franchit.

terroir, la sonnaille de

Pauvre chèvre !

chevreau !

chagrin qui fait pitié; traînant

on

a

vendu

son
au

cou

tinte folle¬

marché

son

joli

�233

BESTIAL

LOU

y

CABRO

LA

amai l'estacoun pas e
L'an pas

menado paisse ambe un gous al coustat ;

Dins lous verds carrièrous,
Las

flouretos, que soun des

N'a fait, de bouno
A

jamai las pastouros

lait,

e

trepejo à voulountat

pradèls las senhouros.

n'a passados, d'ouros,

'scapitar lous brancs de l'ouliu argentad,

Del

sause

vimounenc, del piboul aut mountad

E de las arroumècs tant claufidos d'amouros

Mes,

aro,

la banudo

a

!

'n malcor pietadous;

Trigoussant ambe peno un poupèl aboundous,
Fa ressountir

sous

be pe's termes

qu'escalabro.

Destimbourladoment, dins tout lou terradou,

L'esquilho del siu colh tindino... Pauro cabro !
An vendul al mercat

soun

poulid cabridou !

�234

LOU

TERRADOU

VI

COMBAT

DE TAUREAUX

Oête
baissée, front contre front, et, spectacle
effrayant,
bave abondante

une

leur

barbouillant

mufle, les deux taureaux bruns excités par l'amour

donnent libre

à la colère enfermée

cours

Une génisse est la
fondément

cause

en

leurs veines.

de leur brouille soudaine ; pro¬

achaleurée, elle errait

autour

d'eux. Pour les

séparer, il n'y a, dans le pré, qu'un pâtre de douze
le pauvre
Oh!

enfant

quel

—

coup

vous

le comprenez

! Déjà le vaincu est

ce'te

heure, ils avaient vécu

ils

haïssent pour

se

Le

vainqueur

génisse,

en

fuit, rongé

a

en

paix, et,

et

n'o'se point...

par terre
en un

! Jusqu'à

seul instant,

la vie.

le

cœur

empli de joie et d'ardeur

ruminant, l'invite
par

—

ans,

au

le ressentiment.

plaisir, tandis

que

;

la

l'autre

�LOU

235

BESTIAL

VI

BATESTO DE TAURES

'spaventablo

ount, e,

causo,

enfarnissant lour mour,
Lous dous taures maurèls afiscads per

l'amour

Alargoun l'iro qu'es dins lours venos enclauso.
De lour broulho rabento

bravo

uno

es

l'encauso

Acalourido à founs, trevabo à

lour entour.

Per lous asseparar,

a

De doutceans, e
Ai ! qun truc

pel prad i

! Adejà pel sol

un res

vedèlo,

en

Mentre que

es

lou vincud!

ouro, en pax

abiòn viscut,

de temps, s'aziroun per la vido.

Lou vincedour de
La

qu'un pastour

Y mainad — ba coumprenèts — nou gauso...

Dusquos à-n-aicesto
E, dins

;

gaudj

e

de flam

a

'n plen cor;

roumiant, à fringar l'acouvido,

l'autre fuch, rousegad pel rancor.

�236

LOU

TEERADQU

VII

LES

BŒUFS

Ils s'en vont à l'abattoir, suivis d'un fier bou¬
vier.

rumineront

Hélas !

ils

sont

là

cent

qui bientôt

plus. Ils couvrent la chaussée, et, spectacle

touchant, chaque vache
Avec la tête

a

l'œil charmeur

pour

le taureau.

basse, les bœufs sont moins fringants. Eux,

qui ont traîné l'araire et le rouleau, ils suivent à
cœur

et

ne

peut-être ils comprennent qu'au bout de

contre¬

ce

chemin

châtaigniers ombreux, grands chênes et

sources

ils trouveront leur bourreau.

Adieu!

où, le soir, ardents, ils allaient boire!

Ils sont marqués

pour dormir leur dernier sommeil.
Avec le
tout

ce

merlin, le boucher

va

donner le coup mortel à

bétail qui rassasiera les hommes... Oh !

pourquoi le monde est fait ainsi ?

qui

me

dira

�137

BESTIAL

LOU

VII
V

BIÓUS

LOUS

'en

al tuadou,

van

Ai-las !

soun

Courbissoun la
Cado

vaco

seguids p'r

aqui cent

pèirado,

e,

que

fier menaire.

un

roumiaran

pas

lèu.

pertoucant tablèu,

pel taure a l'èlh embelinaire.

Amb lou cap

acatad, lous biôus an mens boun aire.

Elis, qu'an trigoussat l'araire e

lou roullèu,

belèu
d'aquel camin troubaran lou sannaire.

Siègoun d'arraco-cor e coumprenoun
Qu'ai cap

Adiussiòts! castanhers oumbrouses, auts
E sourgos ount,

garrics

lou vespre, anaboun béure, africs !

Soun marcads per

dourmir lou damier de lours somes.

Amb lou malh, un

boucher

A tout

Oh !

va

dounà 1'

cop

mourtal

aquel bestial qu'assadoulhara 's omes...

qui m' dira perque lou mounde es fait atal ?

�238

LOU

TERRADOU

VIII

ET LES CHEVAUX?

ans

t)

la série

de

mes

sonnets, oubliant bêtes

chevalines, d'un mot je salue coqs, poules,

oies, canards, chiens et chats.

Mais il
pas sur

ne

les pouliches:

tins étaient

Jamais,
la

faut pas que vous vous
en mes

jeunes

ans,

ne

rime

pitié! charre-

berlines...

mes

mon

—

étonniez, si je

si bon père ne fut acheteur d'un cheval :

—

pauvreté l'avait marqué.

Son fouet était

une

trique, et,

pour

marché, il n'attelait qu'une ânesse.

aller faire

un tour au

�LOU

239

BESTIAL

VIII

E LOUS CHABALS?

ins la tièro de

mous

sonnets,

Debrembant bestios cabalinos,
D'un mot saludi

poulhs, galinos,

Aucos, canards, canhs

e mounets.

Mès cal pas que vous estounets
Se rimi pas sur

las poulinos

Carretouns èroun
Pietat! dins

mas

mous ans

:

berlinos,

jouvenets...

Jamai, lou miu tant brabe paire
D'uno ègo nou
La

fousquèt croumpaire :

paurièro l'abiò marcad.

Lou siu

E, p'r

fouguet èro

anar

N'atelabo

uno

trico,

fà 'n tour al mercat,

qu'uno bourrico.

�LOU

240

TERRADOU

IX

L'ANESSE

mourut l'an passé notre viqu'un
eil e ânesse, quiEffrayée
était
douceetfrancheautant

quelque âne, elle

sentant

ou

elle

Si

ruait

ne

vous

ne

saviez,

faut pas

goûté

aller

en

enfants,

d'un poil,

comme

elle

a

été ardente

le bât et tirer le charretin ! Cependant,
que,

malgré

Chaque fois

toute une

Anesse

pas

son

zèle, elle n'ait jamais

la trique...

un peu

reculait pas,

mes

croire

Pauvresse !

c'était

bronchait

point.

pour trotter sous
il

ne

mouton.

affaire pour

si elle n'était

que

nous

voulions l'atteler,

l'obliger à reculer, et elle

pas

ne

battue.

grise, qui aimais tant les chardons, toi qui pour

arrière te montrais si têtue, tu

en mes vers

!

méritais

une

place

�LOU

241

BESTIAL

IX

LA BOURRICO

m ourisquèt l'an passad nostro vièlho bourrico,

A

m

Qu'èro manhèlo

'Spóurido

ou que

Brounchabo pas
Se

sabiòts,

mous

Per troutar

Cal pas

d'un

e

franco autant pla qu'un moutou.

ase agesse

la sentou,

d'un piel, reguinnabo

pas

brico.

efants, coussi 's estado africo,

joubs l'embardo

e

creire, pracò, malgrat

tirà 1' carretou !
sa

valentou,

Que n'age pas jamai tastat un pauc la trico...
Paurasso ! Cado cop que

vouliòm l'atelar,

Èro

la fà recular,

tout un

rambalh per

E reculabo pas, se

n'èro

pas

batudo.

Saumo

griso,

Tu que

p'r anà 'n darrè fasiòs de la testudo,

Meritabos

un

que tant

aimabos lous cardous,

jas dins lous miunis bourdous I

�242

LOU

TERRADOU

X

LE

CHARRETIN

Oout peinpoint,
t en vertlescomme
lesplats,
haies,distancer
ne se
chemins
laissant

sur

par

les voitures nombreuses, le charretin filait à l'ombre

des

grands platanes.

Un peu
il

déjeté, veuf de tout ornement, à Castelnaudary

portait des paniers de raisins précoces, de pêches mûres

et le

plus joli blé de tous les greniers.

Char d'un vaillant à la forte sève,
et

ne

se

lassait

il roulait toute l'année

point. Maintenant, lorsque, revenant de

quelque champ,
J'entre dans
peux, sans une
versés...

ma

borde, le front soucieux, jamais je ne

grande angoisse, voir ses brancards ren¬

�LOU

BESTIAL

X

LOU

CARRETOUN

pintrad de verd coumo las randuros,

out

Lou carretounet, sus

Tenent

pèd soubent à forço vecturos,

Fusabo à l'oumbrum des

Un pauc

De rasins

grands plataniers.

de guingòi, véuse d'oundraduros,

El à Castèl-Ncm

E 1'

camins planiers,

pourtabo paniers

primaigs, d'auberjos maduros

plus poulid blad de touts lous graniers.

Carri d'un valent à la forto sabo,
Roudabo tout l'an

e nou

s'alassabo.

Aro, quand, venent de qualque campas,
Intri dins

ma

bordo amb lou frount souscaire,

grand malcor jamai podi pas

Sènse

un

Veire

sous

brancards viradis de caire...

243

�!

+

�ÍX

CAUSO
O

Terro d'Oc I Ions

lutaires

Cardinal, Born, Figueira,
E Ions cantaires
De la court

d'Alienor

Soun tournads

E per

per

t'encourà

te delibrà I
Antounin Perbosc.

���I

A LA COUPE

Coupe sainte,parmi
je nelessuimoutons
s qu'un etpoèteles chèvres,
rustique
abandonné

et

je

mérite

ne

de toucher de

pas

mes

lèvres ton argent

beaucoup plus prisé que celui d'un vase antique.
Pour réchauffer les
t'en
tu

à travers les

vas

mers

triomphes... Mais

comme

Je

tu l'es en un

sens

que

cœurs

avec

le feu de la Poésie, tu

et tu franchis les monts

que

t'importent

mes

! Partout

paroles, louée

chant fameux ?

devant toi

ma

voix tremble. Je

me

tais.

Pourtant, Coupe vivifiante, laisse-moi porter un brinde à
nos

frères, les Catalans,

A tous les Latins
dont le

qui ont l'âme ardente, surtout à Mistral,

génie resplendira dans mille ans

aujourd'hui l'Etoile du Félibrige !
Carcassonne, le 11 Mai 1893.

comme

brille

�I

A

COUPO

LA

oupo santo,

iéu

soum

qu'un troubaire rustic

Abandounad deinèst lous moutouns et las cabros,
®

E m'ameriti pas

vU

Toun argent

P'r escaudurar lous
T'en

vas

à través

cors

mars e

de toucar de

coumo

amb lou flam

Me taisi. Mentretan,
Laisso-me pourtà

Subretout à

'Splendira

un

te fan mas palabros,

famous cantic ?

dabant tu 's tremoulanto.
Coupo reviscoulanto,

'n brinde

A toutis lous Latins

pouëtic,

lous mounts escalabros !

b'ès dins

Sentissi que ma voux

labros

mai presad qu'aqueld'un vase antic.

Pertout trioumfos... Mès que

Lausado

mas

as

fraires catalans,

qu'an l'amo calourenco,

Mistral, dount l'engenh, dins milo ans,

coumo

abuèi l'Estello felibrenco !

Carcassouno,lou 11 de Mai 1893

.

�250

LOU

TERRADOU

II

LA RACE LATINE

(D'après Alecsandri.)
ur son

une

front

étoile

toujours serein, la Race latine

a

qui l'entoure d'un nimbe merveilleux

semant la lumière devant elle.

C'est

une

reine

splendidement

belle, dont tout le

Septentrion est jaloux ; dans l'air chaud,
le soleil la

Elle

baigne

bleue où,

Mais

couvre

ses

sous

le ciel pur,

de rayons.

pieds

souriante, elle

le Monde est

au

flot

se

mire.

amer

de la Méditerranée si

épouvanté lorsque, frémissante de

colère, elle prend ta défense, ô Liberté !

�LA

CAUSO

251

II

LA

RAÇO LATINO
\

(D'aprèp Alecsandri.)
a

Raço latino

Subre

soun

a

'n estello

frount

jamai neblous,

Que li fa 'n nimbe miraclous
Semenant la lux dabant elo.

Es

uno

rèino subrebèlo,

Dount tout l'ibersenc
Dins l'aire

es

jelous

;

caud, joubs lou cèl blous,

De rais lou soulelh l'emmantèlo.

Banho

sous

De l'interno
Ount

pèds al flux
e

amar

tant bluo mar

s'amiralho, sourisento.

Mès lou Mounde

es

espaventad

Quand, de grando iro fremissento,
Elo

t'aparo,

o

Libertat !

�/

252

LOU

TERRADOU

III

SANG

MÊLÉ

A Aristide Brun.

Quand Okba-Ben-Hedjadj, fier émir sarrasin,
cherchant

Charles

région, venait de Carcassonne
sentit

tout à

Il attacha
nant

son

seul dans

adorée...

frisson

cheval à
une

un

avec

l'âme

dans

notre

attristée, il

amoureux.

peuplier voisin, et, s'achemi-

prairie, il fit d'une bergère

une

reine

Depuis, le peuple Arabe est notre cousin.

Depuis,
nous

coup un

l'Austrasien

son sang,

mêlé

au

nôtre,

nous

enflamme le cœur,

brunit la peau, et nous sommes en amour des mâles

puissants.
Et voilà

pourquoi tu m'es cher,

soleil si chaud mûrit

dont

un

l'orange, et dont tant de vaillants

en

terre d'Oc sont morts !

pays étranger,

�LA

CAUSO

253

III

SANG MESCLADO

A-n-Aristide Brun.

uand

Okba-Ben-Hedjadj, fier emir sarrasin,

Cercant Karl-l'Austrasian dins la
Veniò de Carcassouno amb l'amo

Sentisquèt tout d'un
Estaquèt

soun

nostro

encounlrado,

malcourado,

cop un amourous

fresin.

chabal à-n-un piboul vesin,

E, s'acaminant soul dins lou verd d'uno prado,

Fasquèt d'uno pastouro uno rèino adourado...

Dempuèi, lou pople Arabe
Dempuèi, la siuno
Nou fa lou

E sèm, as
E

cor

sang,

es

lou nostre cousin.

à la nostro mesclado,

rousent, nous fa la pèl usclado,

jocs d'amour, de mascles subreforts.

gar' aqui perque m'ès car, païs estrange,

Dount

un

soulelh tant caud amaduro

Dount tantis de valents

en

l'irange,

terro d'Oc soun morts

!

�TERRADOU

LOU

254

IV

LE TROUBADOUR

noble châtelaine rondels, tornades

imer pour

faire priser plus que blasons la

et chansons ;

langue d'Oc si charmeresse';

horizons
comme

Etre

nouveaux

;

Cour d'amour

:

—

sa

les chemins laisser des échos
laine;

d'humeur joyeuse; gagner
voilà

Il m'est cher aussi
un

par

le mouton laisse

débordant

plaine, admirant toujours des

à la

Aller de la colline

•

ma

en

vie, et comme elle m'est chère !

d'ouïr,

chaud baiser de gente

le Prix

en un

dame...

coin, tinter sur ma joue

�LA

CAUSO

S55

IV

LOU TROUBADOUR

imar per

noblo castelano

H Roundèls,

tournados

Faire presar

que

La

mai

blasouns

lengo d'Oc tant abelano

Anar de la

serro

Sempre mirant

à la

nous

un

piano,

Esse assoundad de bouno
en

Aqui

ma

vido,

e,

M'es

car

tabé, dins

;

ressouns

moutoun laisso

Ganhar la Jòio

;

ourizouns

Pe's camins laissar de
Coumo

cansouns ;

e

sa

lano ;

umour

;

Court d'amour

jà ! m'es
un

caro

:

!

cantoun,

Ausir tindar subre

ma caro

De gento

caud poutoun...

dono

un

13

�LOU

256

TERRADOU

V

LE

e

^

ne

rimerai

FAIDIT

plus douce tornade, puisque le

Loup est vainqueur; en moi le Troubadour est

mort; pour

la joie,

ma

Ma terre-mère est

journée est finie.

ensanglantée, ensanglantée en pleine

splendeur... Pour avoir la lance à mon poing, que ma
guitare soit abandonnée !

Oui, malgré bourreaux et moines, ô si agréable terre
d'Oc ! tôt

ou

tard tu

seras

vengée

;

Et, contre Montfort, ce maudit, contre Rome, cette
traîtresse, toujours il luttera, le

Faidit !

�LA

CAUSO

257

I

y

LOU

imarai

FAIDID

plus dousso tournado,

Puèique lou Loup
Es

mort en

Pel

es

vincedour;

iéu lou Troubadour ;

gaudj, ai finit

Ma terro-maire

ma

es

journado.

ensannado,

Ensannado

en

P'r aber al

punh l'esquinadour,

Siò,

ma

pleno esplendour...

guitarro, abandounado !

Malgrat bourrèus
Tant
Seras

e mounges, oc

!

agradibo terro d'Oc,
venjado tard

ou

d'ouro

;

E, countro Mountfort, lou maldid,
Countro

Roumo, la trahidouro,

Lutara sempre,

lou Faidid !

�258

LOU

TERRADOU

VI

LE

FÉLIBRE

A

&gt;

eux

qui savent

se

Frédéric Mistral.

souvenir t'ont entendu, ô

Le-plus-grand ! Et, quand tu le voudras, ils
se

lèveront, pour te suivre vers la victoire.

Nos destinées

ne

sont

pas encore

les niais le verront

peu,
yeux,

;

accomplies

—

dans

les bandeaux tomberont des

devant l'éclat de ta gloire.

Génie bienfaisant, tu as donné au pays
clef

:

qui

Mais

va

d'Oc enchaîné la

le rendre libre.

qu'ai-je dit! La Patrie était dans le sépulcre, et,

Félibre, tu lui

as

rendu la vie

avec

ton luth !

�LA

259

CAUSO

VI

LOU FELIBRE

A

m.

|m.

Frederic Mistral.

quelis qu'an bouno memòrio
T'an ententud, o

Subregand !

E, quand vouldras, s'arbouraran,
Per te

seguir vès la victòrio.

N'es pas

coumplido nostro Istòrio :

Lèu-lèu, lous nècis ba vèiran
Des èlhs lous bendèls

;

toumbaran,

Dabant lou trelus de ta

glòrio.

Engenh plafasent, as dounad
Al païs

d'Oc encadenad

La clau que va
Mès de

lou faire libre.

qu'ai dit ! Dins l'atahut

Éro la Patrìo,

e,

Felibre,

L'as revludado amb toun lahut !

�260

LOU

TERRADOU

VII

LE CHANT DES GRILLONS

A L.-Xavier de Ricard.

O gril ons méridterre,
ionaux,dèsqui chantez
si clair
sous
le soleil
couche,
les mottes de

que

dites-moi, vaillants, pourquoi
Taisez-vous
Et les

un

instant

:

je

—

grillons m'ont dit

: «

vous

vous

«

vîmes des

«

épouvantés.
«

Il

ne

« nous
«

notre

faut pas que

voulons

fierté !

jeter

infatigables ?
ouïs.

C'est pour les libertés de la

terre d'Oc que nous nous mettons

de sang

êtes

ai suffisamment

«

averses

se

en

peine; antan,

albigeois tomber

sur

les

nous

champs

les Montforts reviennent ! Ardents,
aux

Croisés maudits les cri-cri de

»

Et, depuis que les grillons m'ont crié vengeance, j'admire
chant, et, le cœur enhardi, moi aussi, je chante pour

leur

la Liberté !

�LA

261

CAUSO

VII

LOU CANT DES GRILHS

/1 L.-Xavier de Ricard.

g r i 1h s

mèdjournals,

que tant

Talèu soulelh coule,

clar cantats,

dejoubs lous

carrasses,

Disèts-me, valents, coussi n'èts pas lasses?
Taisats-vous

E lous

un

pauc :

—

grilhs m'an dit :

«

vous

ai

prou

'scoutads.

Per las libertats
nostris tracasses

«

De la terro d'Oc

«

Vejèrem antan toumbar d'enlabasses

«

D'albigéso

«

Cal pas que

«

Voulèm

«

Jitar lous gric-grics de nostro

as

sang

soun

su's

camps

;

espantads.

's Mountforts tournen ! Arderouses,

maldids que portoun de crouses

E, dempuèi que 's grilhs m'an

fiertat !

cridat vengencio,

Remiri lour cant, e, cor alertad,
Iéu canti tabé per

»

l'Independencio !

�262

LOU

TERRADOU

VIU

LES

COQUELICOTS

A Jean Carrere.
les blés

ar

épiés et

les avoines

par

faux couchera bientôt
par

de grand matin pour
trouvées

si le

il faut les lui

lui

ses

Peuple les

a

leurs frêles

naît

j'ai

rappeler! Notre Midi, Montfort l'incendia

libertés furent supprimées.

et

nous

couleur

voyons
de feu

éclore des
bout

de

les Languedociens; mais il

en

au

tiges.

les sèment pas,

toujours, de

aïeux !

que

oubliées, les guerres d'antan,

Depuis, dans notre terroir,

ne

terre, je suis allé

rimer, et voici les rimes

fleurs à l'odeur mauvaise

Ils

la

:

Hélas !

et par

que

ces

coquelicots,

rouges

du

sang

de

nos

�LA

263

CAUSO

VIII

LAS

ROUGÈLOS

Carrr.ro.

A Jan

e's blads

espigads

e per

las cibados

Que lou dalh pel solfara
Soum anad de

grand maitin per troubar,

Egar' aici las rimos
Se lou

qu'ai troubados :

Pople, ai-las ! las a debrembados,

Las guerros
Lou

lèu toumbar,

d'antan, cal las li brembar !

Mèdjourn, Mountfort lou fasquèt flambar;

Sas libertats

p'r el fousquèroun raubados.

Desempuèi, dins lou nostre terradou,
Vesèm

espelir flours à malo ôudou

Qu'an coulour de foc subre lours tigèlos.
Las
Mès

semenoun

ne

pas,

lous Lengodoucians

nais toutjourn,

;

d'aquelos rougèlos,

Roujos de la sang des nostris Ancians.

�264

LOU

TERRADOU

IX

AUX

AÏEUX

Oroubadours,plaines
laboureurs,
manouvriers,Montfort
ensevelis
si
dans

aïeules que

qui

nos

vous vengeront

Jusqu'à
voulons

ce que

les iniquités soient

ceux

vous

abolies,

nous ne

notre tour d'entre¬

n'aviez pas tant souffert,

serions moins irrités.

montrer que nous

l'aimâtes

aux

peine, et déjà

nous avons

comme

Aïeux vaillants !

bientôt, — et qu'ils n'oublient point,

languedocien, il
ceux

facilement notre sang s'échauffe et

point dégénéré !

hâte de bien

aimons la patrie occitanienne
siècles passés,

Quand les éclairs sillonnent le ciel

que

toutes

point demeurer inactifs. Voici

Nous arrivons à

vous

;

maintenant sont nés.

prendre les Croisades ! Si
nous

ravagées par

les Foulquets aveuvèrent de bonne heure,

qui

nous

tonne

haïssent,

que notre race n'a

�LA

265

CAUSO

IX

AS AUJOLS

roubadours, gazalhans, manoubriers, sebelids
Dins nostros

pianos

per

Mountfort tant ourresados ;

pe's Foulquets de bouno ouro avéusados,

Meninos

Lous que vous

Dusquos

que

Voulèm pas

venjaran

aro soun

espelids.

's passo-drets siòsquen touts avalids,

demourar ambe las mails crousados.

Aici lou nostre tour de faire las Crousados !
S'abiòls pas tant
A prou-peno
De

soufert, seriòm mens emmalids.

arribam,

e

deja

nous

atrio

pla moustrar qu'aimam l'occitano patrio

Coumo

as

sècles

passads

vous aus,

Aujols valents !

Al cèl

lengodoucian trouno lèu, quand laucéjo,

E que

debremben pas, lous nostris malvoulents,

Qu'abèm la sang rousento e que raço

racéjo !

�266

LOU

TERRADOU

X

LA CAVERNE

A Louis

Vergne.

Be roi Pierre d'Aragon est tombé. 11Raymond
est évident,
pour

vaincu; et,
bûcher,
Au

ces

comme

ils

Dieu

zons

le

sur

vers une caverne.

d'amour, Foulquet les

maudits

a

;

il

refuge, et, quand la muraille est

solidement, ils peuvent faire leurs adieux

aux

hori¬

atroce;

en ce

splendides...

Martyrs, là,
noir

est

veulent point monter

ne

fait clore l'orifice de leur
bâtie

le comte

que

pourchassés s'enfuient
du

nom

les Faidits,

tombeau,

Croisés

Ni le

ne

vous avez souffert
vos

os

l'ont pas

roc

ni le

enflammer le pays

ont

blanchi ; mais votre âme, les

vaincue.

mur ne

l'ont arrêtée

albigeois, et c'est

qui l'avons héritée !

mort

une

:

—

elle est

nous, vos

revenue

descendants,

�LA

267

CAUSO

X

LA CA.UNO

A Louvis

E,

Verhne.

| ou rei Pèire es toumbad. Es clar, per lous Faidids,
H Que lou coumte Ramound a perdut la partido ;
coumo voloun pas aber la carn roustido,

Fujoun vès uno cauno aques forobandids.
Al

poum

De lour

del Dius d'amour, Foulquet lous a

maldids

;

refugidou fa clausar la sourtido,

E, quand la muralho es

soulidoment bastido,

Podoun far lours adius as ourizouns

'splendids...

Màrtirs, abèts soufert aqui 'no mort atroço ;
Dins

aquel

negre cros a

Mès vostro amo,

Ni 1'

roc

E 's

nous

osso ;

's Crousads l'an pas vencido gés.

ni la paret nou

Es tournado

blanquit la vostro

arrestado :
afougar lou païs albigés,

aus,

l'an

vostris filhs,

pas

que

l'abèm airetado !
i

�268

LOU

TERRADOU

XI

LES CORNEILLES

A

omme un

sages

hauteur,

un

antique

augure cherchant des

dans le ciel, je suis

monté

pré-

sur

une

bâton à la main, à l'heure du crépuscule.

Là, beaucoup plus semblable

simple mortel, je
livre de la

Charles Maurras.

à

un

demi-dieu

qu'à

un

suis dressé superbement et, dans le

me

Nature, j'ai lu

ce que sera

Demain.

Occitanie, ô beau terroir, dont je suis l'enthousiaste
adorateur, regarde

se

Le Jour-Nouveau

lever, triomphant,

qui t'entoure d'un nimbe

les corneilles font leur

prophétique farandole !

! Au ponent,

�LA

259

CAUSO

XI

LAS AGRALHOS

A

oumo un

antic devin

Cercant sui cèJ
A soulelh

Me

soum

causo

coule, subre

quilhad,

un

rouman

futuro,
auturo

uno

broc

Caries Mann

en man.

Aqui, pla mai mèdj-dius qu'uman,
Ai arbourat

moun

estaturo

E, dins lou libre de Naturo,

Legit

ço que sera

Occitanìo,
Dount

o

soum

Deman.

bèl terraire,

l'afougad adouraire,

Agaito levar, trioumfanl,
Lou Journ-Nouvèl que
Sul pounent,
Lour

t'aureolo !

las agralhos fan

proufetico farandolo !

a

�270

LOU

TERRADOU

XII

SUR UN SOMMET

A Frédéric Amouretti.

Teneige.
suis debout
Nore blaànc de
Toute au
la sommet du pic déploie
terre d'Oc

pieds

l'écho d'un chant arrive

à

mon

Toulouse lui répond, et sa voix est
sous

le

un

de la sauvage

C'est, après

En

il

va

peuple qui maudit

un

!

ses

peu,

bourreaux, les auteurs

sommeil de six cents

faire éclater

avant

Puisque

pareille. Peu à

Croisade.

qui est enfin honteuse de

nouveau

oreille.

ciel, le concert augmente... Maintenant, c'est le

cri de tout

Race

mes

doucement la brise souffle, et, venant de la Pro¬

;

vence,

se

pour

sa

sa

ans,

déchéance

l'éveil d'une

et

qui veut de

gloire.

l'indépendance, ô frères vaillants !

nous avons bien conservé la mémoire des ancêtres,

poindre, le jour où

nous serons

vainqueurs !

�LA

CAUSO

271

XII

SUBRE UN ACRIN

A Frederic Amouretti.

oum

quilhad à l'acrin de Noro blanc de nivo.

Touto la terro d'Oc à

pèds s'espandits;

mous

Siaudoment l'auro bufo, e 'n ressoun canladis,
Venent de la

Toulouso li

respound,

Pauc à pauc,

Aro,

es

Prouvenço, à

moun

aurelho arrivo.

e sa voux es

parivo.

lou councert dejoubs lou cèl grandits...

lou crid de tout

un

pople

Sous bourrèus, lous autours de

que

maldits

la Crousado aurivo.

Es, aprèp siès cents ans de som, l'espertoment
D'uno

Raço qu'a

E que

vol tourna-mai faire esplendir

Zou ! per

prou

de l'avalissoment

l'independencio,

o

sa

glòrio.

fraires valedours !

Puèique abèm pla servat des rèires la memòrio,
Va

puntejar lou journ ount

sarem

vincedours!

«9

�272

LOU

TERRADOU

XIII

AU VICOMTE RAYMOND-ROGER
EMPOISONNÉ PAR MONTFORT

aymond-Roger, noble Occitanien, tu
d'une
et ta

bien

cruelle; tu n'as plus ta lance

rondache; mais ton triomphe est proche.

Tu peux être
de

mort

es mort

Tudela, ta

satisfait. Il est certain
race est

que,

depuis Guillaume

demeurée fidèle à l'indépendance

d'autrefois.

A
sur

Carcassonne, cité fière,
la

Ta

nous avons

arboré ton pennon

plus haute muraille.

langue, épée glorieuse, dans

va nous

une

donner la revanche de Muret !

bataille acharnée,

�273

CAUSO

LA

XIII

RAMOUND-ROUGER

AL VISCOUMTE

EMPOUISOUNAD PER MOUNTFORT

amound-Rouger, noble Occitan,
Ès mort d'uno mort pla
N'as

plus la lanço e ta roundèlo ;

Mès toun trioumfe

Pos

es

pas

lentan.

countent! Es certan

esser

Que, dempuèi Guilhem de
Ta raço
A

Tudèlo,

demoro fidèlo

l'independencio d'antan.

A Carcassouno,

ciutat fièro,

Abèm arbourat ta

Subre la

Ta

bandièro

plus auto paret.

lengo, espaso glourïouso,

Dins
Va

crudèlo

uno

nous

batalho arderouso,

revenjar de Muret !

&gt;

�274

LOU

TERRADOU

XIV

FRANÇAIS !

/T\

•

•

ontfort

et

comme

des

hâte de revivre
sommes

Et,

qu'il

nous

Malgré
Français

:

si

nous

épis; c'est pourquoi,
nous

sommes

ont

fauchés

nous avons

vaincus,

nous

ne

voyant si enflammés, certains, qui font métier

d'exalter la

si,

—

chevaliers

soumis !

pas

nous

Ah !

:

ses

grande Patrie, vont

sur

nous

traitant de renégats.

la terre maternelle, c'est la bannière fédérale

plaît d'arborer,

notre
—

cher espoir,

nous

voulons

l'Occitanie est dans la France !

demeurer

�LA

275

CAUSO

XIV

FRANCÉSES

oumo

espigos

Mountfort

!

nous an

e sa

segads,

chivalerio ;

Tabé, reviure nous atrio : '
Se sèm vencids, sèm pas

E,

nous

plegads !

vejent tant afougads,

D'unis, que fan lour industrio
D'ennaurar la
Van

nous

grando Patrio,

tratants de

Ah ! subre la terro

renegads.

mairalo,

S'es la bandièro federalo

Que

nous

agrado d'arbourar,

Malgrat nostro caro esperanço,
Voulèm Francéses demourar :

L'Occitanio

es

dins la Franço !

�278

LOU

TERRADOU

XV

A L'OCCITANIE

Oma chère Pai
rie, te voilà
régénérée!
Fatigdans
uée
suaire,
reprends
ton
enfin du

le Monde étonné

:

tu

—

le

rang

Loup

implacable t'avait mal

étranglée.
Tu
le

sens

le souffle d'un vent de liberté ; tu

patrimoine qui te fut volé

peuple veut être gouverné

:

;

reconquiers

c'est par lui seul que ton
—

six siècles d'oppression

t'ont mal enchaînée...

Oui! elles éclatent de nouveau, tes anciennes

splendeurs;

chaque jour ils ressuscitent, les mâles troubadours qui
exaltèrent ton

sommet de la

nom au

Et les autres nations pourront
d'or

sur

roman

!

ton

Histoire

:

—

Son

Gloire.

lire demain

ces

lettres

Libérateur, c'est le Verbe

�277

CAUSO

LA

XV

A

ma caro

L'OCCITANÌO

Patrio, à la vido ès tournado !

Del susari fasent ènfins

un

Reprénes lou tiu reng dins lou
Lou

Loup acarnassid t'abiò mal

D'un vent de liberlat sentisses

abenad,

Mounde estounad :
escanado.

l'alenado

;

Recounquistos lou ben que te fousquèt panad ;
Toun

pople per el soul vol esser goubernad :

Siès sècles

d'oupressiu t'an mal encadenado...

Oc ! tournoun

clarejar tas vièlhos esplendours;

Resurgoun cado journ lous

mascles troubadours
Glòrio.

Qu'enlairèroun toun noum à l'acrin de la
E las autros nacius

poudran legir deman

Aicestos letros d'aur subre la tiuno

Istòrio

LOV SIV LIBERATOVR ES LOV

VERBE ROVMAN.

:

�+

�X

DARNIERS

Je

VOTS

veux

M'ombrage

au

qu'un arbre
lieu d'un marbre.

Rounsard.

���T e veux, quand j'aurai la paupière clsoit
ose,demain,
— que
soit dans trente

ce

—

me

une

reposer

dans

mon

terroir,

ans ou

au

que ce

pied d'un figuier,

simple pierre.

Fidèle

au

pays

pourrai l'aimer
les branches ;

11 y aura

Muse loue, dans la Mort je

que ma

encore ; on

entendra

là, le tombeau

des figues,

en

me sera

Thermidor

mon

âme clamer dans

doux.

;

becquetées

milliers d'oisillons et ayant sans cesse une ceinture

Commes elles feront la

perle, à chaque

rameau

terre, je n'aurai trouvé qu'absinthe:—dans
elles

sous

ma

par des

d'ailes,
! Sur la
tombe,

puiseront leur miel...
Fendelhe, le 12 Août 1893.

\

*

�oli, quand aurai la parpelho clauso,

Siòsque dins trento
Dins
Al

moun

Poudrai dins la
amo

figos i

ma-Muso lauso,

mort encaro

sera

aura,

Bequejados

per

dousso

repausimà,
uno

lauso.

•

l'aimà ;

causo.

'1 temps de las calous

;

milanto aucèlous,

Ajent sèns relais d'alos
Jà !

me

pe's brancs s'ausira clamà;

Aqui l'atahut
De

terradou

siòsque demà,

pèd d'un figuier, dejoubs

Fidèl al païs que

Moun

ans ou

uno

cinto,

perlejaran à cado ramèl !

N'aurai

sur

Elos dins

la terro atroubat

moun

cros

qu'absinto

pousaran

:

lour mèl...

Fendelho, lou 12 d'Agoust 1893.

ooo&lt;

V

�♦

�ENSENHADOU

#v

��ENSENHADOU

Préface

m

I.

-

INVOUCACIUS

I.

—L'Art Pouëtic

II.

—

A.

mous

Dabanciers

7

III.

—

A

Clemenço Isauro

9

IV.

—

A la

V.

—

VI.
VII.

—

—

A

5

grando oumbro d'Auguste Fourés...

11

Virgili

13

Esper

15

La Divesso

17
so

�288

LOU

II.

—

TERRADOU

L'OUSTALADO

I.

—

Lou Bourdicou

23

II.

—

A la Bordo

2f

III.

—

Lous Mius

27

IV.

—

Lou Brès

29

V.

—

La Bouno lait

31

VI.

-

Lou Calelh

33

VII.

—

L'Ort

35

VIII.

—

A

Efants

37

—

A ma drouletto Mirèllio

39

X.

—

La Mountado

41

XI.

—

Abuèi

43

IX.

mous

III.

—

LA TERRO MAIRALO

I.

—

Cibèlo

49

II.

—

A la Terro

51

III.

—

Per Orto

53

IV.

—

Fendelho

55

V.

—

Lou

57

Lauragués..

�ENSENHADOU

VI.

—

Lous

VII.

—

L'Urous

Lauraguéses

289

59
61
63

VIII.— A las Nibouis
XI.

—

La Missiu del Troubaire

6o

X.

—

La

6/

Lengua Mayre

IV.

—

L'AMOUR

I.

—

L'Aimado

73

II.

—

La Pôu d'Amour

7a

III.

—

L'Ièis

77

IV.

—

La Flour de Garrabier

79

V.

—

A las Prouvencos

8'1

VI.

—

La

Boudègo

8

VII.

—

La

Pagéso

8

VIII.

—

A-n-uno Jouvento

8

IX.

—

La. Nôbio

8

X.

—

La Véuso

9

V.
I.
II.

—

—

—

L'AMISTAT

A-n-Antounin Perbosc
A

Pròsper Estieu (A. Perbosc).

9

S

�£00

LOU

TERRADOU

III.

—

Toutjourn Cigalos

IV.

—

A

Filadelfo

103

V.

—

La

Resurgado

105

VI.

—

A

VII.

-

A-n-Achille Mir

109

VIII.

—

A-n-Enric Ner

111

IX.

—

A Ramtmnd de la Tallièdo

113

X.

—

Al

115

***

—

A

moun

Amic Jan J***

Pirenean Raoul Lafageto

Pròsper Estieu (R. Lafagette)

VI.

—

101

107

116

LOU CAMPESTRE

I.

—

La Primo

121

II.

—

L'Aucelum

123

III.

—

Dins la Randuro

125

IV.

—

Las Sarnalhos

127

V.

—

Lous vièlhs Camins

129

VI.

—

Lous Bues

131

VII.

—

Las Ginestos

133

VIII.

—

La Douts

135

—

A-n-uno Flour d'Escabïouso

137

IX.

�ENSENHADOU

291

X.

—

Lou Maitin..

139

XI.

—

Lou

Vespre

141

XII.

—

Oupulencio

143

XIII.

—

A la Lauseto

145

XIV.

—

Las Iroundos

147

XV.

—

Lou

149

XVI.

—

Las Pirenèos

151

XVII.

—

Mèdjourn d'Estiu

153

XVIII.

—

Al Soulelh

155

XIX.

—

L'Auta

XX.

—

Las Ourmos

159

XXI.

—

Lous Pibouls

161

XXII.

—

Lous Garrics

163

XXIII.

—

Dins la Silvo

165

XXIV.

—

Sounet antic

167

XXV.

—

Sounet autounal

169

XXVI.

—

Lous

171

XXVII.

—

Lou Bouscassier

Parpalhol

Bosques

XXVIII.- Lou Souc
XXIX.

—

A-n-un vièlh Nids

'

157

173

175
177

�292

LOU

VII.

—

TERRADOU

LOUS TRABALHS

I.

—

As

II.

—

Lou Lauraire

185

III.

—

Pax !

187

IV.

—

Lou Raibe del Voultour

189

V.

—

Lous Couscrits

191

VI.

—

Lous Vièlhs

193

VII.

—

A-n-uno vièllio Rellio

195

VIII.

—

Tournaras laurar !

197

—

Lou Semen

199

X.

—

Las Dalhasouns

201

XI.

—

La

203

XII.

—

Lous Blads

205

XIII.

—

Las Batasouns

207

XIV.

—

Idillo Agoustenco

209

XV.

—

La Cansoun del

211

XVI.

—

LouMilh

XVII.

—

Lous Moulins à vent

XVIII.

—

Lou Filouxera

217

XIX.

—

L'Ibôr dins las Bordos

219

IX.

Païsans

183

Pregàrio del Pagés

Pagés

213

�ENSENHADOU

VIII.

—

293

LOU BESTIAL

Lou -vièlh Pastre

225

L'Óuvelhado

227

—

Ço que disoun las Esquilhos

229

IV.

—

Lous Cadèls

231

V.

—

La Cabro

233

VI.

—

Batesto de Taures

235

VII.

—

Lous Biôus

237

VIII.

—

E lous Chabals ?

239

IX.

—

La Bourrico

241

X.

—

Lou Carretoun

243

I.

—

II.

—

III.

IX.

I.
II.

—

—

A la

—

Coupo

La Raço

LA CAUSO

249

latino

251

III.

—

Sang mesclado

253

IV.

—

Lou Troubadour

255

V.

—

Lou

Faidid

257

VI.

—

Lou Felibre.

259

�294

VII.
VIII.

LOU

—

—

TERRADOU

Lou Cant des Grilhs

261

Las

263

Rougèlos

IX.

—

As

Aujols

265

X.

—

La Cauno

267

XI.

—

Las

269

XII.

—

Subre

XIII.

—

Al Viseoumte

XIV.

—

Francéses!

275

—

A l'Occitanio

277

XV.

Agralhos
un

X.

Acrin

—

Ramcund-Rouger

271

273

DARNIERS VOTS

Voli, quand aurai la parpelho clauso,

283

�ACHEVÉ D'IMPRIMER
le

quinze Mars mil huit cent quatre-vingt-quinze
PAR

Marius
il,

Bonnevilleu

Rue Bessieres,
A MONTAUBAN

n

���BIBLIOUTÈCO
DE LA

«

REVUE

MÉRIDIONALE

&gt;,

VOULUMES PARESCUDS :
Les Littérateurs
xvne

siècle à

languedociens de Narbonne, du
jours, 30 p. p. gr. in-8°, par

nos

Gaston JOURDANNE

2

»

Éloge

de Pierre Goudelin (1579-1649), suivi d'une
sur le Réveil poétique de la
langue d'Oc, 69 p. p.
in-12, par Gaston JOURDANNE
étude

Rondels, 72
Lou

p. p.

in-12,

Terradou,

XII-300 p. p., par

par

sounets

Achille ROUQUET

lengodoucians,
Pròsper ESTIEU..

2 50
1 50

in-8°,
6

»

�</text>
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