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                  <text>Revisia de l'ESCOLA

Dis Aup ï Pirenèu

...

F. Mistral.

TOLOZA
■«'

Lo Numéro

:

1 fr.

�SABER

LO GAI

Revista de l'ESCOLA OCCITANA
^

BURÈUS

:

9, Carrièi-a Duranti, 9

,,

.

Abonaments

:

( Fransa
_

I

:

un an.

.

«

TOLOZA

S fr.

.

,

.

Est range : un an.

.

.

,

6 fr.

ENSENHADOR
N- B

del

LA DIRECTION

( Mai

Junh' 1 920 )

-

Première Fête de TEscola Occi¬

:

tan a.

Baron

■

Desazàrs

GALHARD

de

MONT-

:

Discours.

de BROUSSE :
Dr E. LEVRAT :

Al Vin

J. D.

Bolegadisa Occitane'.

J. Rozès

•

Discours.

!

■

"

d'AÌegria.
1

:

"

:

Conselh de.

&lt;

Ì

Redacçion

Baron Desazars de Montgalhard, Capiscòl;
Jozèp Anglade, Prosper Estieu, Antonin Perbosc, Jos-Capiscòls ; J.-Rozès de Brousse, Secretàri ; Armand Praviel, Clavaire.

ASABERS. - Per tôt sò que pertòca la Redaccion
l'Adininislracion del gai saber e la Direccion de
VEscola Occitana, escriure al Dr E. LEVRAT',
e

clavaire-adjont, Mèstre

en

Gai Saber,

9,

Carrièra

Duranti, TOLOZA.
-

Tots los

obratges en lenga d'Oc seran mencios'pc cal, analizats, à condicion que nos sian
mandats en dople eizeinplàri.
—

nats e,

Pregària à-n-aquels que non vôlon faire partida de Y Es còla Occitana de nos remandar aicesta
Revista. Loá que la gardaran seran considérais com
—

Membres aderents.

-

�Première Fête de l'ESCOLA OCCITANA

(2 Mai 1920)

| JEscòla
Occitana
nuelle à

a

célébré

Toulouse, le

I.

RÉUNION

2.

Mai

DU

sa

première fête

an¬

1920.

BUREAU

Le matin-, à dix heures, le Bureau s'est réuni en
séance particulière au siège social, 9 rue Duranti.

Étaient présents

:

MM. le Baron Desazars de Mont-

gailhard, Capiscol, J. Anglade, J. Rozès de Brousse,
Praviel, F. Tresserre et E. Levrat.
M. Armand Praviel rend compte de la situation
financière et fait connaître le nombre des adhérentset leur qualité : 16 Majoraux du
Félibrige, 6 Maîtres

Gai-Savoir, 3 membres de l'Institut (Académie
Française, des Inscriptions et Belles-Lettres, de Mé¬
decine), 16 Mainteneurs des Jeux Floraux, 6 Maîtres
ès Jeux.
Le Capiscol félicite les membres du Bureau, dont
l'activité et le dévouement ont produit cet excellent
en

résultat

: MM. le docteur Levrat, notre administra¬
teur, sans qui Y Escòla n'aurait pas vécu, J. Anglade,

P.

Estieu, A. Perbosc, A Praviel
collaboré avec,
Il est décidé que

ont

et tous ceux

qui

eux.

le Gai Saber paraîtra 6 fois par
régulièrement, aux dates suivantes : 1"
juin, 1" Août, Ier Octobre, 1" Décembre, i°r Février,
ier Avril. (L'année sociale commence le 2
Mai).
Le Bureau adresse des remerciements au Capiscol
qui veut bien offrir à YEscòïa un tirage à part de
an

et

très

�66

LO

GAI

SABER

le'Concours de Langue Romane de
Jeux Floraux. Ce rapport sera en¬
voyé à tous les abonnés avec le prochain numéro du

son

rapport sur
l'Académie des

Gai Saber.
Il est décidé que

chaque tome du Gai Saber com¬
prendra deux années paginées avec une table finale.
Le tome I comprendra tous les numéros
jusqu'à celui
du i" Avril 1921 inclus.
M. Anglade propose la création de membres bien¬
faiteurs qui verseront une somme unique, dont le
minimum est fixé à 100 francs. Ce vœu est
adopté.
M. Anglade propôse la publication d'un numéro
consacré à des études

sur

nos

voisins les Catalans

et

appelé à nous apporter leur sympathie active. Ce
vœu est
adopté. On pourra aussi, lorsque les circons¬
tances paraîtront
favorables, consacrer un numéro au
Félibrige en Amérique.
La séance

est

levée à

II. LES

11

heures

et

demie.

JEUX FLORAUX

A deux heures de l'après-midi, les membres de
VEscòla Occitana se trouvaient réunis à l'Hôtel
d'Assézat et de Clémence Izaure, pour écouter la lec¬
ture du rapport sur le concours de
Langue Romane
de l'Académie des Jeux
Floraux, rapport de M. le
Baron Desazars de Montgailhard, et la lecture des

pièces couronnées. Notre Escòlan le Dr Étieniie Levrat, Maître en Gai-Savoir, vient lire quelques-uns
de ses beaux sonnets de la
Sèga qui ont obtenu un
Souci.

III.
Le
còla

LA

TAULEJADA

soir, à 7 heures et demie, les félibres de VEsse

retrouvaient nombreux à l'Hôtel

Baîchère.

la réunion générale qui, selon la tradition du
Félibrige, s'est tenue à table, en un banquet fra¬
pour

ternel.

�lc)

gai

saber

67

Les félibres et de gentes félibresses étaient nom¬
breux autour de leur
Capiscol, M. le baron Desazars
de Montgailhard, qui présidait.
S'étaient fait excuser: MM. le Maire de
Toulouse,
le Majorai Prosper Estieu, j os-capiscòl,
et sa gra¬
cieuse fille Mireille, qui n'ont
pu venir, empêchés par
les grèves des cheminots ; François

Tresserre, Dr
Auban, Dr Ch. Pélissier, grand lauréat des Jeux
Floraux septénaires, etc.
A l'heure des brindes, le
Capiscol se lève et pro¬
nonce le remarquable discours suivant :
DISCOURS

de M. le Baron Desazars de

Montgailhard

Majorai du Félibrige, Mainteneur des Jeux Floraux
Capiscol de X'Escola Occitan a

Mes bien chers

Confrères,
Mesdames, Messieurs,
Un grand honneur m'a été fait, en me
désignant
comme capiscol de YEscòla Occitana.
Je sais tout
le prix de cet honneur, et- ma reconnaissance est à
l'unisson. Mais qu'attendre d'un vieillard
plus qu'oc¬
togénaire, pour vous aider dans l'œuvre patriotique
que vous avez entreprise? Quels que soient ses désirs
et les dernières ardeurs d'une vie
qui s'éteint, il ne
peut vous promettre qu'un concours éphémère. Fleureusement, la plupart d'entre vous, mes chers Confrè¬
res, sont jeunes et pleins de jours. Vous prendrez

certainement à cœur les destinées de notre nouvelle
frairie languedocienne, et j'aurai
ainsi la suprême
consolation de laisser en bonnes mains l'œuvre de

«joie», de «paratge» et de civilisation qui a fait la
gloire de la France Méridionale et. en particulier,

celle de Toulouse.
Pour la première fois,
le 6 juillet dernier à

VEscòla Occitana, fondée

Avignonet-Lauraguais, s'est ré-

�68

LO

GAI

SABER

unie

aujourd'hui à son siège social, à Toulouse. En
qualité de' Capiscol, j'adresse un salut fraternel
à tous ceux qui, de près ou de loin, ont adhéré à notre
institution, et je souhaite la bienvenue à ceux qui as¬
sistent à cette taulejada à la mode félibréenne : con¬
frères, dames et représentants de la Presse.
Si la Presse avait existé -au temps de la fondation
de la Conjpagnie du Gai Savoir,les Sept Trouba¬
ma

dours auraient

eu

certainement

recours

à elle pour

envoyer à tous les « fins amans » de poésie leur cé¬
lèbre convocation en vers pour le courant de l'an 1324.'
Nous

plus favorisés aujourd'hui. Nous n'en
plus réduits à envoj^er de simples circulaires.

sommes

sommes

La Presse

a

hérité des

cent

voix de la

Renommée

antique. Elle les a augmentées de plusieurs milliers
de voix, et elle veut bien nous les prêter gracieu¬
sement pour annoncer nos travaux et nos fêtes : qu'elle
en soit remerciée pour le présent
et pour l'avenir !
Malgré le titre suggestif de leur code poétique —
Las Leys d'Amors, « les lois d'Amour» ■— les Sept
Troubadours n'admettaient pas les dames dans leur
Compagnie, ni même dans leurs concours. Cepen¬
dant, il y eut à Toulouse, des femmes-poètes qui au¬
raient mérité cet honneur, comme, par exemple, Na
Lombarda. Il y eut aussi, pour présider les Cours
d'Amour, de grandes dames, telle Adélaïde de Burlats. Ces précédents auraient pu rendre les Mainteneurs du Gai Savoir moins
mysogines. Nous ne sau¬
rions rappeler Clémence Isaure, car il s'agit d'une
figure symbolique plutôt que d'une réalité féminine ;
et, lorsque nous la voyons surgir des limbes médié¬
vales, la Compagnie du Gai Savoir était devenue un
«collège» réservé aux jeunes gens. L'Escòla Occitana est plus ouverte. Elle est accessible à tous les
sexes et à tous les
âges. C'est pourquoi nous saluons
respectueusement les dames qui ont bien voulu s'as¬
seoir à notre table et nous les prions de continuer leur
aimable assistance. Elles porteront sûrement bonheur
à notre frairie naissante.

�LO

GAISABER

Notre cordiale reconnaissance
bres de notre Bureau

dévouement
tana

au

va

enfin

aux

mem¬

qui ont mis

recrutement

tant de zèle et de
de VEscòla
Occi-

Joseph Anglade, Prosper Estieu, Antonin
Perbosc, jos-capiscols, Joseph Rozès de Brousse,
secretàri, et Armand Praviel. clavaire. Grâce à
eux, le groupement qui s'est formé comprend déjà 3
membres de l'Institut, 16 Majoraux du
Félibrige et
22 Mainteneurs ou Maîtres de
l'Académie des Jeux
:

Floraux, dont le Modérateur actuel, le Baron de Bouglon, a bien voulu honorer de sa présence notre
banquet.
Nous

ne

saurions enfin oublier

notre

clavaire-ad-

jont, le docteur Etienne Levrat. et nous joignons à
nos remerciements
pour les services qu'il a rendus à
la formation de notre association nos
plus cordiales
félicitations pour le double succès qu'il vient d'obte¬
nir à l'Académie des Jeux Floraux avec un recueil de
sonnets, intitulé la Sega, et aux grands Jeux Floraux
du Félibrige avec un recueil
plus important encore,
intitulé La Garba' Occitana. Nous applaudissons
d'autant plus à ce double succès qu'il est aussi une
consécration du dialecte sélectionné que notre frairie
compte faire prévaloir et qui n'est autre que celui
des anciens poètes toulousains appartenant
soit à la
période féodale, soit à la période « bourgeoise » des
Sept Troubadours.
De tout temps, le dialecte Toulousain a été parti¬
culièrement apprécié par les Troubadours, et l'un des.
plus réputés, celui qu'on peut aujourd'hui considérer
comme l'auteur de la seconde
partie de la Canso de la

Cro^ada contr'éls Ereges d'Albeges, Peire Carde-

nal,

ne pouvait même supporter que le dialecte toulou¬
sain, quoiqu'il fût originaire de Puy-en-Velay et par
conséquent hors du soupçon, comme l'a fait observer
Cazeneuve, «d'avoir voulu donner unegloirè non mé¬
ritée à une ville si éloignée du lieu de sa naissance»:

Tolo\i7, quan m'cclbire
Vastre fag valen
E vostre parlar gen,

�7°

GO

GAI

SABER

Âutras cïutats a\ire
De bel captenemen.

Frédéric Mistral partageait ces sentiments. Il con¬
sidérait Toulouse comme la cité sainte des Trouba¬

dours, et, lorsqu'il vint, en 1879, recevoir ses lettres
de Maîtrise à l'Académie des Jeux Floraux, il lui
adressa le plus chaleureux salut :
A Toulouio vivènto, à Toiiloûso que canto
E canto emé plasé li refrin de Mengaud,
Ieu tire loti capeu e dise : Vilo santo,

Longo-mai au soulèu t'espandigues puissanto !
Longo-mai fagues gau !...
Car l'amo don Miejour arremousqdo en tu,
Cavaleiroiiso e digno, a traversa lis âge ...
Mistral fit plus encore. Il adjura l'Académie des
Jeux Floraux de reprendre sa «langue historique».
Pendant quelques années, l'Académie, éblouie par le
soleil triomphant du Grand Siècle, hésita à se ral¬
lier à la cause félibréenne. Le retour au régionalisme
médiéval lui paraissait anachronique, allant à ren¬
contre du mouvement d'unification nationale auquel
les Capétiens ont attaché leur gloire: Mais, si la
grande patrie nous est chère, c'est surtout par la rai¬
son. On ne. naît pas tout à la fois Gascon et Cham¬
penois, Provençal et Breton, Vendéen et Normand,
Basque et Lorrain. L'intérêt politique a fait grouper
les indigènes de ces diverses régions raciques sous
la raison nationale de Français. Ce qui exerce sur¬
tout, ce qui entretient ce groupement, c'est le culte
de la petite patrie où surgit et s'affirme ce qu'il 3' a
de plus, intime, de plus actif, de plus résistant dans
l'âme française. Et YEscòla Occitana a pour but de
fortifier ce sentiment, en faisant mieux connaître,
mieux pratiquer, mieux aimer sa langue ancestrale.
Vous avez dqnc charge d'âmes, mes chers Confrères;
à vous de vous montrer dignes de ce devoir patrio¬
tique !
Si les concours institués par le patriotisme des .Sept
Troubadours ont été d'abord diminués par l'invasion
de l'Humanisme gréco-latin, puis supprimés parle tri-

�LO

GAI

SABER

n

omphe de l'Académisme français, leur rétablissement
la munificence de M. Théodore Ozenne, sous l'in¬
telligente impulsion du Comte Fernand de Rességuier,
est en train de rendre à Toulouse son
antique supré¬
matie littéraire. Et ce nouveau
prestige de la glo¬
rieuse Cité Palladienne s'exerce en dépit des dialec¬
tes et des sous-dialectes— sinon
des'patois et des jar¬
gons — qui se sont multipliés autour d'elle, faute
d'une direction centrale, et dont les différences ver¬
bales se font sentir jusque dans ses
faubourgs, sui¬
vant qu'ils sont situés sur la rive droite ou sur la rive
gauche de la Garonne.
Autrefois, comme aujourd'hui, la langue d'Qc comp¬
tait de nombreux dialectes, dont les caractères
parti¬
culiers se distinguaient nettement. En aucun
temps
les Limousins n'ont parlé comme les Gascons, quoi¬
qu'ils fissent partie de l'Aquitaine, et les Toulousains
comme les Provençaux ou comme les Catalans. Mais
il ne faut pas croire, malgré la diversité de leur ori¬
gine et des centres littéraires qu'ils établirent succes¬
sivement en Limousin, à Toulouse, en Provence, en
Catalogne, que les Troubadours aient parlé une lan¬
gue poétique différente. Ils ont, au contraire, usé
d'une langue uniforme, grammaticalement fixée et
qu'on pourrait appeler le roman littéraire ; et cette
langue était comprise au nord jusqu'en Angleterre,
au midi jusqu'en Italie, en Espagne et en
Portugal.
Un phénomène semblable se produit aujourd'hui.
Les anciens pays de la langue d'Oc demandent l'uni¬
fication de leurs dialectes au point de vue littéraire
et tournent une fois de plus leurs
regards vers Tou¬
louse pour établir cette hégémonie. La Catalogne
elle-même considère, la Cité des Sept-Troubadours
et de Clémence Isaure comme devant
imposer sa di¬
rection, sinon sa suprématie :
par

La lenga d'Oc tant blo\a
reflorit al Capitoli de Lolo\a,
E, darrier Canigo, las nians an aplandit. (i)
...

A

(r) Prosper Estieu, Flors d'Occitania,

p. 232.

�LO

72

Pour faciliter

sensible,

GAI

cette

SABER

œuvre

et

pour

la rendre plus

meilleurs poètes néo-romans ont em¬
ployé une locution caractéristique qui embrasse tous
les pays à unifier sous la même langue littéraire. Ils
nos

servis du

Occitan, que vous avez adopté
frairie ; et vous ne pouviez en trouver de
meilleur pour la caractériser. Sans doute, le mot est
nouveau avec cette
acception ; mais il a déjà été em¬
ployé géographiquement par les représentants de l'au¬
torité royale, après l'annexion française du Comté de
Toulouse. Il a l'avantage d'une signification plus éten¬
due que les limites d'une province et permet,
par
suite, de grouper sous une dénomination générale
plusieurs régions parlant la même langue. Il répond
trop exactement aux sentiments qui l'ont inspiré et
et au but que nous nous sommes
imposé, pour ne pas
être agréé par ceux qui font abstraction des dialectes
morcelés et veulent parler une langue sélectionnée'
s'appliquant à tous les pays d'Oc.
L'important est de ne rien exagérer. S'il est con¬
traire à ses intérêts, de vouloir rabaisser la poésie
au
jargon actuel des patoisants, sous prétexte de la
faire mieux comprendre par tous, il ne serait
pas
moins regrettable de voir les poètes actuels n'user
que de la langue archaïque des anciens Troubadours,
au risque
de ne plus se faire comprendre du tout.
Au seizième siècle,
Scaliger plaisantait les habi¬
tants de Béziers
qui avaient coutume, à cette époque et
depuis beaucoup plus longtemps sans doute, de chan¬
ger les b en v ; et il ajoutait, toujours en latin, com¬
se sont

mot

pour notre

me

là,

il était habituel

aux

lettrés d'écrire

en ce

temps-

qui n'excluait ni l'esprit ni l'ironie : O felices
populi quibus vivgre est bibere! De nos jours en¬
ce

core, on

gage,
siers

leur attribue cette même déformation de lan¬

lorsqu'on leur fait dire plaisamment
on

:

De Vé-

boit la mer! Est-ce à dire que, pour être

compris des Biterrois, les poètes languedociens de¬
vraient parler ainsi ?
Un autre phénomène
linguistique s'est produit en

�LO

GAI

SABER

73

Lauraguais et dans plusieurs autres régions environ¬
nantes. Du quinzième au seizième siècle, et sous l'in¬
fluence des parlers Auvergnats, la voyelle a, qui
terminait certains mots languedociens, a été rempla¬
cée par la voyelle o, ce/ qui rend ces mots durs et peu
harmonieux. Il y a donc tout avantage à reprendre
l'ancienne désinence a, qui était si douce et si eupho¬
nique. Les indig'ènes y consentent d'autant mieux que
cet a final, qui est devenu la muette e en français, doit
se prononcer sans insister, car il est de
principe, en
languedocien comme en espagnol et en italien, que
la voix s'appuie sur la syllabe pénultième des mots et
non sur la dernière
syllabe.
On ne laisse pas impunément une langue vaga¬
bonder sans règle et sans frein, comme il a été fait
"pendant trop longtemps pour la langue d'Oc. Après
des siècles d'abandon, ma gis sine domino quàm
in libertate, pour parler comme Tacite, elle ne pou¬
vait que dégénérer et s'abâtardir en une foule de
parlers locaux plus ou moins différents, plus ou moins
défectueux. Il était donc nécessaire qu'une réaction
se fit en vue non point de rétablir l'ancienne
langue
d'Oc telle qu'elle était parlée par les Troubadours,
mais de la rendre vivante de notre temps par la fu¬
sion de

tous les éléments

utilisables conservés dans

parlers populaires. Pour obtenir ce résultat, il ne
suffisait pas de se contenter des improvisations quel¬
conques des rimeurs de clocher. Cette sélection ne
pouvait non plus être réalisée par un seul homme,
les

cet homme fût-il Dante ou Mistral. Elle devait être'
l'œuvre commune de tous les poètes soucieux de la
rénovation Occitane.

A cet

effet, quelques principes ont été; posés qui
paraissent très rationnels. C'est d'abord d'a¬
dopter la graphie classique des anciens Troubadours
en la simplifiant. C'est ensuite de
remonter aux véri¬
tables sources Occitanes, en n'employant toutefois
les vocables anciens que dans les cas où les bons vo¬
cables modernes font défaut. Quant aux mots d'orinous

�LO

74

GAI

SABER

gine française qui ont pris la place des mots Occitans
disparus dans tel terroir, mais conservés dans un
autre, ils doivent être entièrement proscrits. Et, s'il
est nécessaire de créer des mots nouveaux pour tra¬
duire des idées nouvelles, il faut les tirer autant que
possible des parlers populaires et, subsidiairement,
des langues qui sont, dans le passé ou dans le présent,
sœurs de notre langue
indigène.
L'exemple de cette rénovation nous a été donné par
des maîtres incontestés, Comme Auguste Fourès et
l'abbé Joseph Roux, et il a été largement continué
par leurs successeurs attitrés, Prosper Estieu et Antonin Perbosc. Il ne peut qu'être suivi par leurs ému¬
les, s'ils veulent faire prospérer VEscòla Occitana et
en faire une institution tout à la fois traditionaliste et
rénovatrice.
Voilà pour la forme, mes chers Confrères. Reste
le fond. C'est dans la poésie des Troubadours que

s'est exprimé par excellence le plus haut idéal de no¬
tre race; et, toutes les fois que nos Modernes ont re¬
pris leurs thèmes, ils ont touché à la grande poésie.
.Montrez-vous les

qui,

par ses

dignes fils de

ce

peuple privilégié

aïeux grecs, a possédé l'art de plaire,

par son éducation latine, y a joint la volonté d'agir
et, par sa culture judéo-chrétienne, a su tout épurer,
tout sublimiser. Vous procurerez ainsi une
gloire im¬

périssable à la Patrie Occitane et,
grande Patrie Française !

par

surcroît, à la

Après ce discours vivement applaudi, M. le Majo¬
Anglade entonne la Coupo Santo, léchant sacré
des Félibres, dont le refrain est
repris en chœur par
tous les assistants. Après la dernière
strophe, que
tous chantent debout, chacun
prend la parole à son
tour. Successivement, on entend un brinde éblouis¬
sant de M. le Baron de Bouglon, Modérateur des
Jeux Floraux et membre bienfaiteur de YEscòla,
des discours de MM. Anglade, R. Lizop,
délégué derai

�J

lo

gai

saber

75

la Fédération Régionaliste Française,
Dugarçon, pro¬
fesseur à la Faculté de Droit, S'-Raymond, Audiau,

qui apporte le salut des félibres Limousins, Armand
Praviel, qui met l'assemblée au courant des déci¬
sions du Bureau. Enfin, le
Majorai J. Rozès de
Brousse, au nom des Toulousains de Toulouse, dont
il est le Président, prononce une vibrante et
spiritu¬
elle allocution.

DISCOURS
de M. J. Rozès de Brousse
Majorai du Félibrige, Maiiiteneur et Maître ès Jeux Floraux

Gentas Don as,
Senhe Capiscol,
Senhes Majorals e Manteneires de Dona
Clemensa Isaura,
Valents Felibres, Gais Conpaires e Amics,
Laisatz-me

la

Copa, al

dels Tolo^ans
e al
valent espandiment de VEscòla Occitana.
ldEscòla Occitana, plantada dins lo terrador
Lengadocian per l'egrègi Majorai Desazars de Montgalhard e per sos valents companhs, fa regrelhar sus
Toloza com una fresca e rejovenida flor de poesia e
de

enautar

nom

Tolo^a, à la benvenguda, à la jove espelizon

de beutat. A

son

entorn

e

dins

son

òrt,

s'acampan

gaujozament e amistadozament los vièlhs felibres
Mondins, los felibres de VEscòla dels Tolo^aus de
Toloza e los senhes Manteneires de l'Academia dels
Jòcs Florals. E s'acampan to.ts — òc vezètz aquesta
vesprada — dins una fervoroza fraternitat. Aquela
fraternitat es quicòm de rare e de merabilhos. Dincas
auèi, dins lo Félibrige — e mêmes dins lo Felibrige
Tolozan
los uns espinchaban los autres d'un èl
pas plan catolic. «Tu, fas acò per tu; ièu, fau acò
per ièu ; e t'espii, e gaiti lo moment de te tirar dins
los cambajons Í » (Rires et aplaudissements ). Acò
—

�76

LO

GAI SABER

s'es long-tems fait atal, e Mistral, lo
«Lo Felibrige es un sac de gàrri ! »

Mèstre, dizià

:

Nos-aus, mos amies, nos sarram la man. Abèm los
per los autres las portas del òrt librament e grandament dubertas, e — òc vezèts ara
frairejam tots
dins lo même òrt, altorn de la mèma copa, la Copa del Felibrige, la Copa Santa, la Copa de la Terra
Lengadociana e de la Patria Mondina.
Regaudisem-nos, fraires e amies, d'aquela bona e
dosa fraternitat ! Nòstra terra
Lengadociana, nòstra
Ciutat Mondina son pron
grandas, pron largas e pron
fegondas per aber dòs, très, quatre Escòlas per trabalhar, per semenar lo bon gran e per far espelir la
sèga de vertat, de poezia e de beutat.
Malgrat que si à un pauc trop dezondrada per lo
parlar vulgàri, la «Toulousèno» del bon Mengaud
que deu èstre nòstre Evangèli mondin — nos enuns

—

—

senha l'òbra à far

1

:

Que ìeu soui fier de tas Academios,
Des moumiments qu'ornon nostro Citât,
De toun renoum e de tas pouesios
E de toun cant dempèi loungtemps citât!

Ai mi tabès nostro lerigo gascouno
One tant nous douno
De gaietat !

Nos-aus, los Tolozans de Toloza, fazèm dempèi

mai de quinze ans òbra felibrenca
nòstre poder
Les mounuments

en

salvant de

tôt.

qu'ornon nostro Citât.

La

valenta, e egrègia, e subregaia Companhla dels
Jocs Florals, dempèi mai de sièis sècles, apara dins
tôt lo Mièjorn lo trezor, ò
Toloza, «de toun renoum
e de tas
pouesios i, !
E vos-aus, companhs de VEscò.la
Occitana, volètz
trabalhar subretot per la Lenga,
per ńòstra vièlha
Lenga mairala, per la lenga de Pèire Vidal, de Goudouli, de Fourès, de Perbosc e d'Estieu, e dizètz :
O !

qu'aimi pla nostro lengo
Que tant nous douno
De gaietat

gascouno

�LO

GAI

SABER

77

Acò's acò ! Despartiguem-nos l'òbra. frairès e
amies, la bêla òbra qu'es à far ' Laurem tots, caduń
ambe nòstre araire, la bêla terra
mairala, la terra
de la Patria! Laurem e
faguem nòstra òbra, qu'es
l'òbra comuna, l'ôbra de cadun
com dis lo Mèstre,

e

dé tots ! Laurem

e

trabalhem,

Dis A itp i Pirenèu

e la niait dins. l'a man !
Ausi 1^ Copa à la valenta Escòla
Occïtana l
E, per finida, al nom de vos-aus tots, l'ausi tambèn al Capolier, à Dôna Frédéric Mistral
e
à la
Rèina del
Felibrige !

Puis le Maître Antoqin Perbosc dit Las
rei Salomon, une pièce

remarquable de

Upas
son

e lo
beau

Libre dels Autels actuellement sous
presse ; M. Lèvefaude chante
Magali et le Dr Levrat célèbre en ce
beau Sonnet le Vin mystique de
la

Coupe Sainte

Sonnet du Dr Etienne Levrat
Maître

Al Vin

en

Qai-Savoir

d'Alegria

Flam de la Rasa mièjomala,
Alucas fòc jos lo parpelh,
Cambias lo còr en vin calelh,

Espèrtas la glò.ria reirala !
Sang blos de la terra mairala
Raubat al clarum del solelh,
O Vin ardoros del
Regret h.
Dels sants Espars desplègas

l'ala !

Copa de gauch, copa d'amor,
la claror
s'afana.

Gracia à tu, cap à
Nbstra Patria ara

:

�LO

GAI

SABER

Dots d'alegrìa e d'estrambòrd,
Es tu que fas l'Ama Occitana

Triomfadora de la Mort!
TRADUCTION FRANÇAISE

Le Vin

d'Allégresse

Flamme de la Race méridionale, tu allumes le feu sous la
paupière, tu changes le cœur en une lampe éclatante, tu éveilles
la

gloire ancestrale !

'

Sang

pur de la terre maternelle dérobé à la lumière du soleil,
ô Vin ardent de la
Renaissance, tu donnes l'essor aux saints

Espoirs !

Coupe de joie,

coupe

tenant notre Patrie

Source
Occitane

se

d'amour, grâce à toi,

vers

la clarté main¬

hâte.

d'allégresse et d'enthousiasme, c'est toi qui fais l'Ame
triomphatrice de la Mort !

C'est enfin un feu roulant de
poésies et de chan¬
M. Audiau dit à ravir les
Esclops et une ex¬
quise pastorale Limousine. Armand Praviel, infati¬
sons.

gable, joue loti Renegat, la Coumtesso ; on en¬
tonne le
Ma^et de Mèstre Roumieu ; une char¬
mante

félibresse détaille

avec

art

gascon. Il était près de minuit
de la Toulousaine, s'acheva la
fête de YEscòla Occitana.

un

délicieux conte

lorsque, aux accents
première et très belle

LA DIRECTION.

�jfèáSL jSsáfc ^sjst j&amp;íh.

íSíSh

j!|&amp;

gsg»

SU** Kl/8* vNiyy KiX Kry Ki/^ Sixy SiX KiX KiX

BOLEGADISA

OCGITAIMA

D'A'5
ò'o;í ácanip del 23 de Mai, tengiit en ciutat
d'Alès à
Vocation de la Santa-Estèla, lo Con-

sistòri del Felibrige a elegit Majorais Los felibres:
René Lavaud, del Peirigord, Simin Palay, de

Pau, e l'abat Paul Payan, de Veison (Vau-Clu£a), Totas nòstras relicitacions à-n-aquels bons
aparaires de la Pafria d'Oc.
Sèni uroyes

d'aprcndre

que,

à la Santa-Estèla

d'Alès, Na Maria Vinas, la g enta filha de nòstre

amiclo Majorai D'J. Vinas, de Bassan (Eraut),
es estada coronada Rèina del FelibrigepelD' Car¬
ies Pelissier, de La Palma (Aude), autor d'un ra¬
conte dels temses Gallo-Romans titolàt La Cloto.
Es aquela bêla òbra qu'a valgut al D Pelissier lo

primier prêts de prò^a als Grands Jòcs Florals
del Felibrige. Mandam nòstres dévots omenatges
à nòstra novèla Rèina e nòstras melhoras felicita¬
cions al grand Lauréat. Los autres ganhaires de
las jòias son: lo D'E. Levrat, de Tolo^a, clavaireadjont de /'Escòla Occitana (segond prêts de poeBa, lo primier èsent estât re^ervat), A. BoudonLashermes, del Vêlai, L. Abric, de Lunël. J. Ladoux, de Bejièrs, L. Stehlé, de Ganges, etc. Laus
à tots !

La segonda manifestacion de la Liga Regionalista de prop agauda artistica « Oc » s'es fait a,
lo 10 de Mai, al grand amfiteatre de la Facilitât
de Dret de
Lo^ Majorai J. Anglade, pro-

Boloja.

fesor de lenga Romana à la Facilitât de Letras de

la Ciutat Mondina, i fdguèt una bêla confcreusa
subre l'bbfa literària de nòstre amie lo Majorai
Antonin Perbosc. Nos anoncian qu'una novèla

�8o

LO

GAI

SABER

òbra

poetica d'aicesi, Lo Libre dels Auzèls, va èstre
publîcadaper la Liga « Oc » e que sera ondrada
de nombro^as tsilogravaduraS del mèstre Olié.
Se soscrût encò
rier a Lafaièta,
io

de Doua

Richard, libràri,

car¬

Toloja. Etsemplàris ordinaris :
fi-.; subre Olanda: 30 fr.; subre Japon: 60 fr.

Aprenhn am grand placer que la bibliotèca
felibrenca del regretat Majorai e Mèstre en J.òcS
Florals Gaston Jor danne ven d'èstre aqueridaper
/'Institut d'Etudes Méridionales de l'Universitat de

Tolo^a. Aquela mercanta colleccion es compojada de mai d'un centenat de libres en lenga
d'Oc am
nescriuts

dedicaçion d'autor. /'

a

tamben de

ma-

d'Auguste Fourès, de Paul Froment,
etc. Ajustent que lo Majorai D" A/barel, de Narbona, ven de faire don à-n-aquel Institut d'una
colleccion

XVII

.

de

rn.anescriu.ts

XVIII

romans

dels

sècles

poefïas gasconas, nadals, ser¬
mons en lenga d'Oc, etc.,
e qu'es, fòrtament ques¬
tion, à /'Institut d'Études Méridionales, de crompar la bibliotèca del- regretat Majorai e egrègi
romaniste- Camille Chabaneau. Tolo^a se bolèga.
e

:

Dius lo Libre

Novial de Na Su.3a.nna Vinas e
Majfre de Baugé, titolat « Paraulas
», se tròban de verses e de prônas dels
felibres : J. P. Bedard, D' J. Fallen, Capolher
del Felibrige, D' Vabre, Prosper Estieu, Ro^ès
de Caries
Occitanas

de

Brousse, D* Albarèl, Doua Frédéric Mistral,

Margarida Priolo-Guillot, M. Came/a J; S. Palay,
A, Perbosc. A. Arnavielle, J. Loubet, L. Spariat,
V. Bernard, J. Ladoux, P. Fontan, etc. Fajèm
de vòts per que tots aquels noms se retròben, l'an
que ven, dins un bèl Libre de Naisensa /
J- DLe Gérant

r

E. LEVRAT.

Inipr. de la "Societat d'Edicion Occitana "

—

Ca&amp;téTgfctiì^ìyL.

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�Supplément

au

/V° 5 du Gai Saber.

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�RAPPORT
SUR

LE

CONCOURS DE POÉSIE EN LANGUE D'OC
Lu le 2 mai 19S0
SÉANCE PUBLIQUE DE

EN

Par M.

le baron

L'ACADEMIE

DESAZARS

L'un des

de

DES JEUX FLORAUX

MONTGAILHARB

Quarante Mainteneurs.

Messieurs,
La

longue et tragique

de subir

guerre que nous venons

nation quand
patriotiques.
Après la victoire, nous devons d'autant plus en¬
tretenir ces sentiments et les développer qu'ils
sont battus en brèche par les utopies liumanitarisles et par les menées révolutionnaires interna¬
tionales, et qu'aujourd'hui encore « la -paix n'est
qu'une espérance et un nom », au dire de nos
gouvernants les plus avertis.
Le meilleur moyen de conjurer tant de dangers
est de joindre la force morale à la force matérielle
en
encourageant plus que jamais le culte du sol
natal. Là, en effet, est l'origine du patriotisme.
Dû à la vieille maxime romaine pro ciris et focis,
il s'est étendu du foyer familial à la cité,
cité à la nation. Professer, soutenir,
l'amour du sol natal, ce n'est donc pas
elle

•

montré

a

que peut une
des sentiments véritablement
a

ce

v

�84

-

-

supprimer notre devoir de Français; c'est, au

ou

contraire, le corroborer. Plus nous approfondis¬
sons l'étude de notre histoire locale, de notre lan¬

indigène, de

gue

nos

traditions ancestrales, plus

retrouvons les bases fondamentales de
grande patrie, et, par suite, les moyens de
nous

y

rendre d'autant

la
la

plus forte, d'autant plus intan¬

gible.

particulier, la conviction de nos
poètes Occitans ; et, dans le concours de cette an¬
née, l'un de nos lauréats l'a affirmé excellemment
un vers où il se déclare «,d'autanl plus Français
qu'il est devenu meilleur Occitan » :
Telle est, en

en

Melhor Frances de melhor

De

son

déjà dit

Capoulié Félix Gras avait
termes particulièrement saisissants :

côté, l'ancien

en

viiatge mai que toun yilatge;

Ame

moun

Ame

Prouvenço mai que ta
la Franço mai que tout !

Ame

ma

Nous retrouvons la môme
les

Occitan.

prouvinço;

profession de foi dans

strophes vibrantes que notre confrère

Eslieu
tana

a

Prosper

consacrées A la France en sa Canso

:

A tu las

rimas las melhoras

0 Fransa,

reina del Ponent!

S'aimi bel cop ma terra-maire,
Se del Lengadoc som amaire,
0 Fransa! T'aimi belèu

mai!

l'arribe, tard o d'ora,
Malgrat ta lenga envazidora
Que linda pas sus ma mandora,
Te rencgarai pas jamai !...
Vai que

Occi-

�—

85

—

Vous connaissez enfin le célèbre

Frédéric Mistral

aphorisme de

:

Ouau ten

sa

Iengo ten la clau

Oue di cadèno lou deliéuro.

C'est

l'empire de

sous

dance et de

ces

sentiments d'indépen¬

liberté, d'amour de la petite patrie et

de dévouement à la grande, qu'un député des
Bouches-du-Rhône, M. André Lefèvre, a déposé,
le 3o juin dernier, une proposition de loi
pour la
création d'une chaire de langue et de littérature
provençales à l'Université d'Aix.
Peu après, au Congrès régionaliste qui s'est
tenu à Marseille, du
19 au 21 septembre, notre
éminenl maître ès Jeux Floraux, Emile Ripert, a
demandé que la langue provençale puisse être
choisie pour les examens du baccalauréat ; et notre
regretté lauréat, Joseph Lhermite — le bon frère
Savinien
a émis le vœu
que la langue proven¬
çale soit professée à tous les degrés de l'enseigne¬
ment primaire et secondaire.
Les fervents du Haut-Languedoc n'avaient
pas
attendu ces dernières manifestations pour contri¬
buer, de leur côté, à la mise en valeur de la lan¬
gue et de la littérature indigènes. Le 6 juillet der¬
nier, au cœur du Lauraguais, à Avignonet, un des
anciens châteaux-forts du Comté de Toulouse
qui
commandait la grande voie romaine de Narbonne
à son passage au col de Naurouze
(le principal
—

seuil
de

de

ouvert à

la frontière de la Haute-Garonne

et

l'Aude, entre le versant de l'Atlantique et celui
la Méditerranée), ils ont jeté les fondements

d'une nouvelle Ecole

qui

a

pris le

nom

caractéristi-

�—

86

—

A'Escola Occitana cl qui a pour organe une
spéciale, Lo Gai Saber, rédigée en langue
d'Oc et en langue d'Oïl, ce qui en fait un organe
doublement français destiné à répandre, au milieu

que

revue

langue indigène commune, un dialecte parti¬
qui soit à la fois le langage de tous et celui
d'une élite consciente de ses règles et de ses for¬
mes traditionnelles, pour en arriver graduellement
à l'unité littéraire de la langue d'Oc, comme
avaient fait les Troubadours en créant la langue

de la

culier

», comme ont fait plus tard, à leur
exemple, Dante et Pétrarque, pour la langue ita¬
lienne, jusque-là abandonnées à des jargons locaux
plus ou moins étendus, plus ou moins déformés.
Affdiée, le 25 septembre, au Félibrige, l'Escola
Occitana compte déjà de nombreux adhérents,
parmi lesquels se trouvent plusieurs Majoraux du
Félibrige ainsi que plusieurs Maîtres et Mainleneuis de l'Académie des Jeux Foraux. Elle se pro¬
pose de ne rien négliger pour rétablir suivant ses
règles la « langue historique » de la France méri¬
dionale, ainsi que l'a appelée Frédéric Mistral,
cette langue qui fut celle des Troubadours de la
geste royale et de la geste féodale comme de la
geste bourgeoise des Sept-Troubadours, et dont la
graphie, trop longtemps abandonnée à l'ignorance
des Patoisants modernes, se perfectionne chaque
jour davantage en des œuvres parfois remarqua¬
bles par le fond et par la forme. Nous pouvons en
juger par. les concours annuels qui se font à
l'Académie des Jeux Foraux depuis leur reconsti¬
tution sous l'impulsion de notre ancien et excellent
secrétaire perpétuel, le comte Fernand de Ressé«

courtoise

�—

87

—

guier, aidé des fonds de notre généreux bienfaiteur,
M. Théodore Ozenne, et, eu particulier, par le
concours de cette année,
où sont représentés la
plupart des dialectes méridionaux.
Sans doute, nous aurions bien des reproches à
faire à certaines pièces qui nous ont été envoyées
sans avoir été
« polies et
repolies » suivant le
précepte de Boileau. Mais, même dans ces pièces,
nous avons souvent
retrouvé des qualités qui té¬
moignent de progrès sensibles dans la connais¬
sance de
la langue, et nous avons d'autant plus
regretté de ne pouvoir leur accorder quelques dis¬
tinctions honorifiques.
I.

Il

en

Poésies inédites.

ainsi, notamment, pour une pièce qui

déparlement de Vaucluse (dialecte
Perluis) et qui est intitulée L'Incendi dins la

nous

de

est

—

vient du

L'Incendie dans la Forêt de Pins ».
dramatique. Elle est rendue d'une
façon pittoresque. Le vers est facile; mais il n'est
pas toujours juste, et les rimes laissent à désirer.
Plus abondant et plus divers se montre à nous
un
poète de la Chalosse, cette partie des Landes
qui avoisine la Gironde et qui a aussi ses forêts de
pins et ses incendies par trop fréquents. Mais ses
poèmes se bornent à décrire un Sentier capricieux
(Lou Couralet), un Gué paisible {Lou Goá), un
simple Chêne-Vert {La Cassourettë). Nous les
apprécions volontiers, car ils forment autant de
petits tableaux vécus et sincères. Mais il n'en sauPignoulièro

La

scène

«

est

�—

rait être de

88

—

même pour un sonnet sur

le « Mois
(Lou Mes cVAbriu), d'une fable « Le
Martin-Pêcheur et le Goujon » (Lou Martin Pesqùê e lou Pechot), enfin d'une légende « La foi
du Charbonnier » (La fe dou Carbouere), d'une
exécution trop lâchée pour conquérir un premier
d'Avril

»

rang.
C'est de la Provence que nous

viennent un dia
logue, Lou Desespera « Le Désespéré », et un son¬
net A-n-un Ami « A un Ami », plein de senti¬
ments plus charitables que vraiment poétiques.
Au dialecte rhodanien appartient également la
pièce intitulée Mirage « Mirage ». De l'alexandrin
pompeux nous sommes passés au vers alerte de
cinq pieds. Le sujet était pourtant lugubre, car le
poète y parle d'enterrer « sa muse mauresque ».
Il est vrai qu'il s'agit d'une simple cigale.
Un poète de Mussidan, près de Ribérac, dans
la Dordogne, nous fait remonter au déluge qu'il
décrit abondamment. Il y fait parler Dieu en style
un peu trop familier. On y voit naturellement défi¬
ler toutes les bêtes de la création. Il y ajoute
quelques détails inédits. Au sortir de l'arche, Dieu
n'entendant plus chanter les rossignols envoya
un
inspecteur du domaine divin » pour leur rap¬
peler qu'ils avaient un devoir à remplir puisqu'il
«

les avait doués d'une voix merveilleuse
chanter l'amour. Mais les

:

c'était de

rossignols répondirent
pendant leur sommeil, la vigne avait telle¬
ment
poussé qu'elle les avait fait prisonniers dans
se.s
branches feuillues. L'inspecteur consentit à
les délivrer de leur verte prison à la condition
qu'à l'avenir ils ne cesseraient plus de chanter

que,

�—

tarit

que

8g

—

la vigne pousserait. De là, le proverbe

paysan :
Tant que la vigno gaissarò
Lou Roussignoulel chantarò.

A cette terminaison
cette

en

o

nous

reconnaissons

qui a si fort adul¬
langue d'Oc et qu'il est si nécessaire de

vieille forme auvergnate

téré notre

changer

part de nos
Nous

le font aujourd'hui la plu¬
poètes néo-Occitans.

en a, comme
avons

hâte d'arriver à des œuvres d'une

pensée plus élevée et d'une graphie plus

sélection¬

pourquoi nous négligeons un cerlnin
nombre de pièces trop insuffisantes pour l'un ou
l'autre de ces motifs, ou pour tous deux; et nous
passons à des poésies émanant d'un poète qui
nous
paraît appartenir au Lauraguais, tout au
moins par le dialecte qu'il a employé. La première
de ces poésies est un chant d'allégresse à la suite
de la victoire de 1918 : Joun de Gaadj « Jour de
Joie ». La seconde est une hymne patriotique à
née.

C'est

délivrée de ses enne¬
Pays ». Enfin, la troi¬
sième est consacrée « A son Fils » A moun Filh,
de retour de la Grande Guerre, et qui lui est de¬
venu d'autant plus cher qu'il a arrosé de son sang
l'adresse de la France, enfin
mis : A moun Païs « A mon

anceslrale, pendant que priaient pour la
patrie sa mère, ses sœurs et ses frères puînés :
la terre

Soun fier de lu, Paurot, e m'ès dus ccips mai oar
Despèi qu'as azaigat de ta sang le Terraire,
Oun pregabon tas sors, tous fraires e ta maire,
Saquela que le.fer fousegabo ta car!

Peu s'en est

fallu que

l'ensemble de

ces

trois

�—

go

—

pièces n'obtînt une Heur. Elles l'auraient mérité
les sentiments élevés qu'elles expriment comme
par leur mode d'exécution soignée. Mais, par com¬
paraison, elles ont dû céder Le pas à des pièces qui
ont paru plus réussies.
C'est un véritable recueil que M. Jean Ladoux,
par

professeur

au

Collège Henri IV, à Béziers, nous a

envoyé sous le titre de Floretas Carladezes
Fleurettes du Carladès », pays de l'Auvergne,
«
relevant du château de Cariai au moyen âge,

aujourd'hui partagé entre le

Cantal et l'Aveyron.

peut compter une douzaine de pièces d'inspi¬
rations variées : les unes consacrées à la Reine du
On y

Felibrige et à la mémoire
tent

de

de Frédéric Mistral, les

natal du poète; les dernières
sujets patriotiques ou religieux.

autres au

pays

trai¬

plus importante des pièces de ce recueil est
ma Montanha « A ma Montagne ».
C'est un hommage cordial rendu à tout ce que le
poète aime et regrette. Et tout lui sourit du pays de
son enfance, les pics qui rasent le ciel, les prairies
qui descendent des sommets en nappes vertes
comme l'émeraude, les troupeaux qui y paissent
au milieu des sonnailles, les villages pleins de su¬
La

intitulée A

perbes garçons et de charmantes filles, la langue
qu'on parle dans la forge, comme dans la ferme,
rappelant le génie latin, clair, chaleureux, aimable
et

fier. Souvent le vent y est

froid; mais soufflez

la jeunesse accourra,
et vite elle dansera la bourrée en chantant les
aventures de Jean de la Lune. Bientôt le brouillard
aura disparu,
le soleil sera revenu; Monsieur le

fort dans la cornemuse, toute

Curé lui-même ne trouvera

rien à redire, car les

�—

!)'

—

Carladaises sont aussi sages que belles. Et le
poète
s'écrie en finissant comme il a commencé : « Vers
mon

ciel,
sa

qui s'étale
pensée prend

pays
ma

nichée.

sur une

sa

volée

hauteur, au ras du
l'oiseau vers

comme

»

Puis, viennent des « Chansons des Champs »,
leur notation musicale, comme le « Retour
de foire » Retordu de fiera, Regret, Al Pont vièlh
d'Entraigas, «Au Pont-Vieux d'Entraygue »,etc.
Le Recueil se termine par quelques sonnets.
Le tout forme un ensemble soigné, plein de senliments délicats, témoignant d'un esprit élevé
et
d'un cœur généreux, présenté dans une langue
correcte, suivant les formes néo-occitanes. L'Aca¬
démie, se souvenant qu'elle a déjàaccordé, en 1912,
à M. Jean Ladoux, pour des poésies semblables,
une Églantine d'argent,
lui décerne pour la se¬
avec

conde fois

un
rappel de cette fleur.
abondantes, plus lyriques, plus pittoresques
sont les
poésies que nous a envoyées, du Grand
Séminaire de Cahors, M. l'abbé Jules Cubaynes,

Plus

originaire de Sainl-Hilaire-Lalbenque (Lot). 11 aété mobilisé pendant la Grande Guerre et il a été
envoyé sur la frontière. Il y a fait son double
devoir de soldat et de prêtre, et ses sentiments
patriotiques et religieux se sont traduits en vers
émus, rendant grâces au souverain « Sauveur »
Salvador, qui a assuré la victoire française et a
permis aux vainqueurs de célébrer des « noëls »
glorieux. La pensée du sol natal est mèlce à tous
ces sentiments, car,
loin de la petite patrie, il a
longuement songé à son village, à son foyer fami¬
lial, à son dialecte quercynois, et il a noté ses sen-

�—

92

—

plusieurs pièces : Languina « Noslalgie »,
», Mainats de Mas « les Enfanls du Más », Nostra lenga « Noire langue ».
Ce sont leur souvenir el l'amour qu'il leur porte
qui sont l'aboutissement de toutes ses pensées. Sa
nature sentimentale ne retient pas seulement des
impressions idéales. 11 y joint des images pré¬
cises. Sa vue des choses est exacte. Elle se tra¬
duit en descriptions pittoresques formant autant
de tableaux vécus, aux contours arrêtés, à la cou¬

salions

en

l'Ostal

v

la Maison

chatoyante, semblables aux tableaux
peintres hollandais. C'est un lyrique, mais sans
élans exagérés. Pas de nuages métaphysiques, pas

leur claire et
des

mystiques, pas de brouillards mélanco¬
Si,
parfois,
liques.
son âme est triste, ce n'est pas
parce qu'elle est « lasse du vide affreux qui la
remplit ». Elle est, au contraire, convaincue que
tout ce qui arrive est conforme aux desseins de la
de vapeurs

Providence.
La

langue que parle M.

■

l'Abbé Cubaynes est

des mots spéciaux au
Ouercy, ou plutôt conservés là et perdus ailleurs,
ce
qui la rend d'autant plus intéressante. II y a peutêtre des longueurs dans certaines pièces,1 comme
l'Oslal; mais on ne saurait s'en plaindre, car on y
retrouve une évocation et une description très
exactes des choses et des mœurs du pays.
M. l'abbé Cubaynes nous avait déjà envoyé des
poésies semblables, et l'Académie les avait récom¬
pensées d'un Œillet, en 1918. Elle lui accorde
aujourd'hui un rappel de cette fleur et elle y joint
excellente.

ses

On y retrouve

meilleurs

Voici

éloges.
poète bien connu el très

encore un

apprécié

�-93 —
de l'Académie*

M.

Emilien Barreyre, marin à

Ares, canton d'Audenge (Gironde), parlant le dia¬
lecte gascon du pays de Bucli. Son verbe est facile
se
distingue aussi par son origina¬
pittoresque. C'est la mer qu'il aime à chanter,
la mer mystérieuse, et il l'interroge sur le Rocher
de Cordouan, Lou lioucas de Cordouan, dont le
phare est « semblable à un chandelier portant un
cierge immense ». Il y avait là jadis un simple toit
de pêcheur, que mai fleurissait, que les femmes fré¬
quentaient, autour duquel elles aimaient à danser
et à rire, et dont la mer jalouse venait deux fois
par jour interrompre les jeux. Mais aussi, deux
fois par jour, la mer reculait; et les femmes, che¬
veux au vent,
poitrine.nue, pieds nus, jambes nues,
la poursuivaient de leurs injures en jetant des ga¬
lets sur son clair azur. Ces querelles devaient mal
finir. Une nuit, la mer monte doucement vers le
rocher, unie comme une coulée de plomb fondu,
prodigieuse de silence sous la clarté des étoiles. Au
sommet du rocher étaient encore les femmes qui se
riaient d'elle, et, au lieu d'écouter ses soupirs
amoureux, elles lui jettent de nouveau des quar¬
tiers de roche qui déchirent sa robe azurée. « Eh!
quoi, s'écrie la mer, ne suis-je pas la grande agitée?
Depuis qu'il existe un ciel, une terre, une mer, je
tourmente à ma guise le Vésuve et l'Etna; j'ai pris
l'Atlantide et je ne ravirais pas à quelques femmes
le rocher de Cordouan? Ah! je ferais plutôt de la
terre un vaste lac, j'éteindrais plutôt les étoiles.
Combats d'amour, combats mortels! qu'importe!
je veux le rocher! »■ Et, aussitôt, elle grandit, elle
écume, elle submerge maison, jardin et vignes,,; et

et

abondant. Il

lité

•

\

A'.3.

(TOULOUSE)
nw

a-

�Ou¬

—

trés haut dans le

ciel, très loin dans les terres,
pendant cent ans, elle lance ses vagues contre le
rocher, elle l'élreint et s'en empare... — Oui, dit le

poète, mais pourquoi as-tu laissé l'homme bâtir
le phare qui domine tes ondes et les éclaire de ses
feux?
Et la mer de répondre : « Forte, j'aime
l'art prodigieux. J'ai toujours baisé, en l'admirant,
—

le Colosse de Pihodes !

»

Telle est cette

pièce, légende plus bizarre qu'in¬
génieuse, mais fournissant au poète de curieux
mouvements lyriques, qui témoignent d'une
vir¬
tuosité peu ordinaire. Et l'Académie a décerné à
l'auteur, M. Emilien Barreyre, un rappel de
l'Églantine d'argent, qu'il avait obtenue en igi/j.
Nous revenons à la poésie classique avec une ode
dialecte de l'Armagnac intitulée Recordansa
en
(( Commémoration ». C'est une
pièce de belle tenue
littéraire, avec la graphie néo-occitane la plus étu¬
diée. Elle nous rappelle nos devoirs envers les
Morts de la dernière guerre. Ils étaient partis
joyeux, superbes de courage et confiants dans la
victoire. Et les voilà, maintenant, reposant silen¬
cieusement

là-bas !

Ils

sont

tombés

comme

les

d'or que la grêle a fauchées. C'est à peine
jeté un peu de terre sur leurs corps déchi¬
quetés par les obus. Mais ils ne peuvent mourir
oubliés. Ils resteront toujours vivants dans notre

grappes
si l'on a

mémoire

comme

cueillis dans
car

dans

nos

cœurs.

Dieu les

giron. Ne pleurons

a

re¬

pas sur eux,

ils sont éternels!...

Par

tion

son

ses

sentiments

élevés,

comme par sa correc¬

graphique, cette ode a valu un Œillet à son
auteur, M, Arthur Cambos, professeur au Collège

�—

g5

—

de

Bergerac, déjà titulaire d'une Primevère au
de 1914- Nous lui aurions demandé plus
d'abandon, plus de chaleur, plus de sursauts dans
sa marche normale. Pectus est
quod clisertos facit.
Parfois, une trop grande préoccupation de la forme,
un
trop grand souci de la perfection impersonnelle

concours

nuisent

aux

élans du

cœur.

Il faut savoir céder à

l'inspiration, même désordonnée, à la condition
régler les écarts.

d'en

Souvent

un

beau désordre est

un

effet de

l'art,

dit un des législateurs du Parnasse, et, dans un
horizon trop gris, un éclair est le bienvenu.
C'est également suivant la graphie traditionnelle
a

des Troubadours et

d'après les modèles fournis par

les maîtres

poètes néo-Occitans, Prosper Estieu et
Antonin Perbosc, que sont écrits les vingt sonnets
formant le recueil intitulé La
La récolte faite

de bonne terre, et
ses

plus chauds

Sega « La Moisson ».
vraiment de beau blé venant

est

le soleil étincelant l'a dorée de

rayons :

Pramor
E

qu'es de fier blad de terra sàboroza
l'estinglant solelh l'a daurada amb un rai.

Après un sonnet liminaire en guise d'introduc¬
tion, le poète citante sa mère, qui a bercé longue¬
ment son

enfance

en

le couvrant de

ses

baisers, et

qui lui a donné l'orgueil de sa race en lui apprenant
sa langue ancestrale. Il chante ensuite
sa femme,
qui a porté la joie sous son toit et qui garde l'hon¬
neur de sa maison, fidèle à
son foyer, rappelant
bellement la matrone romaine. Mais voici le pre-

�—

96

—

mier-né. Il porte dans ses
Le poète, en lui souhaitant

veines du sang occitan.
la bienvenue, lui recom¬
mande de labourer droit et profond le sillon de la
vie; et quand, devenu homme, s'ouvrira pour lui
la porte des larmes, qu'il ne désespère pas de
l'avenir en gardant l'idéal, source de toutes les
énergies. Ces trois sonnets sont vraiment remar¬
quables par les sentiments qu'ils expriment comme
par la forme dont ils sont revêtus. Ceux qui sui¬
vent sont consacrés à la Terre Occitane, où s'épa¬
nouit, chanteuse, l'âme heureuse, où fleurit l'amour
à la clarté du foyer, où le nuage du soir ardent est
semblable, ô Vénus affolante, à la ceinture dé¬
nouée

:

Terraire ont

s'espelis, cantaira, l'ama uroza,
floreja l'amor al clarum del foguier,
Oni. le nibol del ser ardoros es parier,
0 Venus afogaira, a la cinta desnoza!...
Ont

Puis, viennent le sonnet à l'Olivier, le sonnet
Cigale de l'Olivier, le sonnet au Soleil

à la

Occitan

:

Solelh blos, solelh luzent, solelh cantaire,
Que per et resontis le clar verbe Occitan.
...

On serait tenté de tout citer de

mant, car au

clair verbe occitan

joindre
esprit hellénique

reusement

pur

«

se

Lo sage cor roman,

Nous

en avons

fait

«

le

ce

»

sage cœur

recueil char¬

viennent heu¬

romain et le

» :

le blos eime ellenic.
assez

connaître pour montrer

qu'il mérite à tôus égards le Souci

que

l'Académie

�—

97

—

son auteur, le docteur Etienne Levrat,
Toulouse, un vrai poète dans les deux
langues d'Oc et d'Oïl, qui nous est revenu de la
Grande Guerre, après avoir connu l'horrible main
de la mort, après avoir vu couler le sang et germer
les tombes, plus fort et plus vaillant que jamais,
a

décerné à

médecin à

et à

qui

l'avenir

nous

réservons les plus belles Heurs de

:

Veici ton camp, ta miga, ton ostal, Jovent!
15 (l'estre vincedor, ara digu no dota.

Des sonnets

savoureux

du docteur Levrat

nous

à une grande pièce, que M. Simin Palay,
publiciste à Pau, a intitulée Abor! « Automne! ».
C'est presque une élégie, où le poète vieillissant
jette un regard mélancolique sur son passé plein
d'espérances, ayant chanté des jours et des nuits,
brûlant de fièvre, dévorant des yeux la Gloire
éblouissante, acclamé par la foule, les bras levés
balançant les lauriers cueillis en son honneur et se
passons

parce qu'il possédait des coffres pleins
la jeunesse. « 0 jeunesse, s'écrie-t-il,

sentant fort

de l'or de

Ó ivresse belle et sainte! C'est

toi, la fée qui donnes
vie; tu es la grâce souveraine
par qui l'homme est vaillant et puissant comme un
l'ardent, désir de la
Dieu

:

briaguère sente e guymante, o Yoentut,
Qu'ey Lu, hade, que das a tout l'aimi de bibe...
O Ypcntut, qu'es la g'oulhàrdesse soùbirane
Que hé l'ômi baient et puchant comm et diu.
0

Mais, hélas! chaque jour tombant derrière la
montagne emporte avec

lui

un peu

de force et de

�—

9b

-

beauté. Sur le rêve

qui s'estompe, l'implacable
s'érige. Et la vie, alors, la vie toute nue
s'avance comme une pauvre voyageuse. Ce que son,
pied foule sur son chemin n'est plus la poussière
dorée, mais la boue visqueuse. Tu ne veux pas le
reconnaître, ô poète, lu te détournes, tu cherches
dans le ciel encore un peu d'azur. C'est en vain.
Regarde-toi au miroir de l'onde limpide et pure.

vérité

Vois cette chevelure où. des fils blancs s'emmêlent.
sur la colline,
contemple une dernière fois
le paysage qui t'environne, et, avec l'angélus hum¬
ble et triste qui tinte, dis à ta jeunesse un adieu

Monte

définitif. Descends ensuite dans la
douce

est
ta

aux

maisonnette

ton

vallée, l'ombre
replis des penchants, va retrouver
assoupie au bord de l'allée. Ranime

feu. Laisse ton âme

se

Pâtre. L'hiver hurlant n'est

bercer à la douceur de

la haute
arri¬
vée dans la vallée. Sans rancœur ni regret, instalie-toi à la place qu'occupaient tes aïeux. Ils y
ont vécu heureux. Tu étais prêt à la répudier, et
peut-être il s'y cache le secret du bonheur réel. Ta
maison, ta petite maison, c'est tout ce qui te reste,
ô poète. Eh bien, refais ton nid dans cet asile pré¬
cieux. Pose ta lyre, prends ta flûte de bois, joue
un « branle » joyeux. N'écoute
pas la nuit déses¬
pérante. Du seuil, d'où la vue s'étend au loin, tu
verras se lever plus d'une aube insoupçonnée qui
encore

montagne. Tu peux songer, en

fera battre ton

cœur

que sur

attendant

son

frémissant. Celte vie, au moins,

tissée de paix. Elle vaudra celle que lu rêvais
qui s'est enfuie. Poète, rien ne vaut la douceur
rayonnante de ce foyer, et chaque heure que tu

sera

et

y passeras

vaut qu'on la vive!...

�—

99

—

poésie n'est pas dans les théories
les formules. Il est dans l'émotion vraie librement

Le secret de la
et

exprimée. Et la poésie de M. Simin Palay est natu¬
relle et touchante. Elle a ému profondément ses
juges qui, à l'unanimité, ont été heureux de lui
décerner un Souci. M. Simin Palay avait déjà
obtenu une Primevère en 1907 et le prix Deloume
en 1908.
II.

—

Poésies imprimées.

L'élégant volume imprimé que nous a envoyé
Pons, professeur au Lycée de Montpel¬
lier, est intitulé El bon Pedriç « Le bon Banc dé
Pierre ». Écrit avant 1914? il a été publié en 1919
seulement. Ce livre nous apporte, après la grande
M. Joseph S.

tourmente, l'écho reposant de la vie roussillonnaise. Du bon banc de pierre, où s'assied l'aïeule,

poète a vu se dérouler les différentes scènes de
rustique; et il les chante dans une belle
langue, châtiée et harmonieuse, la langue catalane
faite pour dire de si belles choses et non pas seule¬
le

la vie

ment des

Carallades ! Les scènes

se

passent au

pied du Canigou, dont la haute silhouette se
devine, pour ainsi dire, à travers les strophes.
Quelques pièces mélancoliques viennent assom¬
brir quelquefois cette poésie, et une certaine
amertume s'y mêle à la joie : surgit amari aliqaid.
Mais la joie saine dont on jouit loin des villes, dans
un
paysage harmonieux, près d'un être cher dont
011 partage
la vie, voilà ce qui domine dans ce
beau volume du poète catalan. El bon Pedriç peut
se comparer à ce que la poésie d'au delà du Cani-

�—

100

—

gou a produit de meilleur dans ces dernières années.
Visca Rosselló ! L'Académie, qui avait déjà cou¬

ronné,

en 1912, la première œuvre de J.-S. Pons,
Roses y Xiprers, en lui accordant une Eglantine,
lui décerne, pour son nouveau volume, une Vio¬
lette d'argent.

Après de trop nombreuses années, nous revient
(Hautes-Pyrénées) M. Michel Camélat,
majorai du Félibrige. En 1900, il nous avait en¬
voyé le doux poème montagnard de Béline, auquel
l'Académie décerna une Primevère. Le voici, aujour¬
d'hui, avec un grand poème historique en neuf
chants, 011 il célèbre les gloires les plus anciennes
de la Gascogne sous le titre de Mourte e Bi.be

d'Arrens

«

Morte et Vivante »,

V.

qu'explique cette

viua

«

: Morta dihuen qu'es; mes jo la
On dit qu'elle est morte; mais moi,

crois vivante

de
crecli
je la

exergue

Balaguer

».

Les chanteurs de la Terre natale ont

gravi les

pentes du Pic-du-Midi d'Ossau et y tiennent une
« Assemblée »,
L'Amassade. Leur chef, Adrien

Planté, leur parle de la Gascogne actuelle. Elle
n'est plus que néant, dit-il. Il faut la ressusciter
en

puisant dans

nouveaux, et

son

histoire des enseignements

il invite les principaux membres de

l'assemblée à

rappeler la geste des héros gascons.
il raconte la prise de Sos par
Crassus, lieutenant de César, et sa défense héroïque
par Adcantuan, chef des Soliates. Sarrieu parle
ensuite de Comminges et des cités méridionales,
tour à tour envahies par les Barbares. Il termine
en
racontant l'épisode de Gondowald, tué avec
Mummol et Sagittaire, au siège de Comminges.
Daugé

commence, et

�101

L'abbé Sarran
celte

—

évoque la mémoire de Lampégie,
d'Aquitaine, comte de Toulouse,

fille d'Eudes

Abi-Nessa. Il dit

captivité par
d'Abd-el-Raman, après avoir tué AbiNessa', et la revanche prise par son père à la bataille
de Poitiers avec ses fantassins Vascons qui s'empa¬
rent du camp des Arabes pendant que Charles
Martel les massacrait avec sa cavalerie Franque.
Lafon raconte le combat gigantesque de Loup et '
mariée

au maure

sa

les soldats

abruptes de Roncevaux.
l'histoire du comte Guil¬
laume d'Aquitaine, le fameux Guillaume au CourtNez, agenouillé sur le tombeau de saint Sever,
expliquant à son peuple l'invasion de la Gascogne
par les Normands, et, finalement, faisant de ces
derniers un massacre si grand, à Taller, qu'après
cent ans on retrouvait encore, près de l'abbaye,
leurs ossements blanchis. Labaig-Langlade conte
la geste de Cenlullç de Béarn devant Fraga, en
Catalogne, où il tombe sous les coups des Maures.
Enfin, Simin Palay fait le récit du désastre de
Muret, de la mort de Pierre II d'Aragon et du
triomphe de Simon de Monlfort. Durant de longues
années, c'en est fait de la France méridionale. Mais
de Roland dans les gorges

Puis, Lalanne rappelle

de Gaslon-Phœbus à Henri de Béarn,

la Gascogne

redevient florissante et heureuse.

Cependant, la nuit était venue. Les étoiles qui
au plus profond du ciel, les étoiles riantes
commençaient à pâlir. Les chanteurs se taisent. Ils
quittent le pic du Midi d'Ossau pour rentrer vers
la plaine où ils attendent le Patriarche de Maillane.
Et ils le reçoivent à Pau,, la capitale du Béarn,
dans le noble Château où s'assemblaient autrefois

brillaient

�102

les libres États du pays,

si puissants que les rois
furent nargués. II est là, le Maillanais, comme l'empereur dans son palais. Il parle
en souverain. Il salue les élus et les forts
qui se
groupent autour de lui. Catalans, Provençaux et
Gascons, levez-vous! Voici la Coupe de Poésie.
Venez-y boire la liqueur fortifiante. La Poésie est
eux-mêmes y

encore

vaincu.

vivante.

Rome

L'ombre

s'est

est

tombée. Le Barbare

a

répandue. Mais la clarté

éblouissante du Gai Savoir est apparue sur notre
Terre. Ce sont les Troubadours qui nous l'ont

apportée. D'un mont à l'autre, d'une mer à l'autre
mer, ils ont égrené leurs chansons. Ils ont levé
haut notre Saint-Graal. Venez tous boire à la Coupe
sainte. Marchez en criant : «Allons ! », et non plus
Hélas! ». 0 frères du Soleil couchant, vous êtes
la vie qui. se répand sur le monde !...
Tel est ce poème audent, coloré, abondant, dont
chaque chant forme lui-même un poème complet.
Écrit dans une langue tantôt énergique et fière,
tantôt attristée et mélancolique, mais toujours sa¬
«

il restera comme un monument de pre¬
mier ordre élevé à la gloire de la Gascogne. Il

voureuse,

devait rallier tous les
a

décerné

Dans le

une

suffrages, et l'Académie lui
d'argent.

Violette

poème de M. Camélat, il y a une lacune
de la bataille de Muret à la visite de Frédéric
Mistral. Le poète s'en excuse sur la besogne qu'il
aurait eue à accomplir. Les vingt-quatre chants
classiques ne lui auraient pas suffi s'il avait dû
qui

va

�io3

—

—

rappeler toute la geste Gasconne

avec ses

chefs

conducteurs, rois ou confies, ses guerriers, ses
bâtisseurs de villes, d'églises, de monastères, ses
saints, ses paysans. Il y avait, du moins, quelques
figures à ne pas négliger pour servir d'exemple et
de leçon à la génération présente et aux généra¬
tions à venir. Passe

encore

Henri IV dont l'Histoire
les faits

a

pour Gaslon-Phœbus et
mis en lumière suffisante

gestes mémorables. Mais on ne saurait
rappeler les mérites des Gascons et des Commingeois qui furent les compagnons d'armes de
Jeanne d'Arc et qui l'aidèrent si puissamment à
chasser les Anglais de la France qu'ils dévastaient
depuis cent ans, et à créer la patrie française, tels
que Jean d'Aulon, qualifié par Charles VII « prince
d'honneur »•; La Hire, resté le type des héros popu¬
et

trop

laires, et

ses

deux frères, Amador et Etienne de

Vignolles; Barbazan, PothondeXintrailles, Thibault
d'Armagnac, Bernard de Gomminges, Arnaut de
Coarraze, seigneur d'Aspet, et tant d'autres capi¬
taines devenus légendaires par leurs exploits mer¬
veilleux, tous braves autant qu'aventureux, pas¬
sionnés de gloire autant que fidèles à l'honneur,
légers d'argent autant que riches en blessures, aux¬
quels le Roi avait octroyé, entre autres privilèges,
le droit de porter sur leurs habits un M couronné
d'or, rappelant tout à la fois le siège de Montargis, où ils s'étaient montrés particulièrement valeu¬
reux, et leur qualité foncière de Méridionaux.
Pendant l'ère

dats

venus

notamment des
a

recruté

moderne, c'est

de toutes

ses

encore avec

anciennes

provinces Occitanes,

meilleurs

les sol¬

provinces, et
Napoléon
maréchaux, les Lanes, les

nos

que

�—

io4

—

Pérignon, les Soult, les Bessières, les Murât. Ils
se

sont

continués

avec

le maréchal Canrobert, le

maréchal Niel,
joignant à sa grande science militaire la haute pré¬
voyance de l'homme d'Etat. Aujourd'hui, ils se
nomment Joffre et Galliéni, Focli et Castelnau. Et
héros de Saint-Privai,

tous ont

mis

au

et avec le

service de la

France, ainsi que vous

de nos confrères, « la robuste
ténacité des rocs pyrénéens et l'irrésistible élan des
flots de la Garonne avec, dans les yeux, celte claire
llamme qui n'est que le reflet de notre soleil d'or

le disait

naguère

et de notre

Mais la

un

ciel bleu

».

victoire, suivie de traités de paix imposés

par le vainqueur, ne suffit pas pour assurer la vita¬
lité d'un peuple. Dès que les Hellènes eurent vaincu
les Perses à Sala mine, et parachevé leur victoire à

Platées, ils s'empressèrent d'élever sur l'Acro¬
pole i'Athéna Promachos qui devait à jamais con¬
sacrer leur
triomphe. Puis, ils érigèrent un temple
à Nikée Aptéros, c'est-à-dire à la « Victoire sans
ailes ». El, lorsque le marin qui avait triomphé à
Salamine doublait Sunium et apercevait, à droite
des Propylées, dans la lumière du soleil couchant,
la lance au repos d'Alliéna Promaclios et le geste
immobile de son bras droit armé du javelot ; lorsque
le soldat redevenu citoyen qui avait vaincu à Platées
passait devant la Nikée, à laquelle les ailes avaient
été coupées pour la fixer à jamais en Grèce, ils
croyaient, l'un et l'autre, au triomphe éternel de
leur patrie. Ils connurent, plus tard, que des sym¬
boles ne suffisent pas. Pour les peuples, aujour¬
d'hui plus que jamais, il n'est de victoire durable
que celle qui sans cesse est recréée par l'effort.

�Mais, dira-t-on, poétiser n'est pas agir, et l'on
citera la fable de la

Cigale et la Fourmi, devenue,

La

Fontaine, le symbole de la paresse et de
l'insouciance opposées au travail et à la prévoyance.

avec

Il y a là une méprise;
Midi et il a calomnié la

La Fontaine n'était pas du
Cigale. Un savant méridio¬
nal, Henri Fabre, de Sérignan, l'a réhabilitée scien¬
tifiquement dans sa Vie des Insectes. Vous vous
souvenez

de

ce

tableau si finement dessiné. Pendant

quatre ans, la Cigale creuse le sol où elle s'est
enfouie pour

arriver à la lumière. Et, quand elle
arrive enfin, elle chante enivrée de joie. Mais elle
ne chante
pas pour elle seule et pour le plaisir de
chanter. « En juillet, aux heures étouffantes de
l'après-midi, lorsque la plèbe insecte, exténuée
y

de

soif,

erre,

sur

les

Heurs

de

la disette

cherchant en vain à se désaltérer
fanées, taries, la • Cigale se rit

vrille, elle met

générale.

Avec

son

rostre,

pièce de
inépuisable. Etablie, toujours chantant,
en

perce

une

fine

sa cave
sur

un

d'arbuste, elle fore l'écorce ferme et lisse
que gonfle une sève mûrie par le' soleil. Le
suçoir ayant plongé par le trou de bonde, délicieu¬
sement, elle s'abreuve, immobile, recueillie, tout

rameau

entière
Comme

aux

elle

insectes à

charmes du sirpp et de
a

bon cœur,

profiter de

sa

la chanson...

»

elle appelle les autres

petite

source

miraculeuse.

Et, parmi les guêpes, les cétoines et les forficules,
on voit accourir les fourmis elle-même.s.;
qui s'em¬
pressent de profiler de la « piqûre meljiflue » et
d'acquérir des provisions nouvelles de force et

d'énergie. Transposée dans la société humaine,
cette

protestation de l'entomologiste contre lefabu-

�—

liste

io6

—

conserve-t-elle pas toute sa

saveur? L'in¬
la mission expresse de faire
jaillir du sol natal les sources d'idéal et de beauté
qui le font aimer? Oue nos poètes Occitans pren¬
nent donc
pour modèle la cigale, telle que nous la
fait connaître le vieux savant de Sérignan, et qu'ils
chantent! Oui, qu'ils chantent comme Frédéric
Mistral, pour recréer toutes les énergies, celle de
l'individu et celle de la race, celle de la province
et celle de la nation; qu'ils chantent comme Eschyle,
pour les tenir sans cesse en éveil; et, au besoin,
qu'ils chantent comme Tyrtée, pour les exalter jus¬
qu'à l'héroïsme !...
ne

tellectuel n'a-t-il pas

�POÉSIES '

COURONNÉES PAR L'ACADÉMIE DES JEUX FLORAUX
.iATT

CONCOURS

I.

Abor !

io
a

obtenu
La

un

—

pièce,

IDE!

192Q

POÉSIES INÉDITES.

par

M. Simin Palay,

publiciste à Pau,

Souci.

Sega, recueil de poésies, par M.
a obtenu un Souci.

le D'Etienne Levrat,

médecin à Toulouse,

3o Recordansa, ode, par M. Arthur Cambos, professeur au
Collège de Bergerac, a obtenu un Œillet.
4° Lou Roucas de Cordouan (légende), pièce, par M. Emilien Barreyre, marin à Arès (Gironde), a obtenu un rappel
d'Eglantine d'argent.
5« Languina, Salvador, l'Ostal (Soscament), Mainat
del Mas (ballada), Nostra lenga (sonnets), poésies, par
M. l'abbé Jules Cubaynes, du Grand Séminaire de Cahors, ont
obtenu un rappel d'Œillet.
0» Floretas Carladezes, recueil de poésies, par M. Jean
Ladoux, professeur au Collège Henri-IV, à Béziers, ont obtenu
un
rappel d'Eglantine d'argent.

II.

70

—

POÉSIES IMPRIMÉES.

El bon Pedriç,

Pons, professeur au

S.

Violette

d'argent.

Bibe, poème, par M. Michel Camej.at, majorai
Félibrige, à Arrens (Hautes-Pyrénées), a obtenu une

8» Mourte e
du

recueil de poésies, par M. JosephLycée de Montpellier, a obtenu une

Violette d'argent.

�ABOR !
PIÈGE

qui

a obtenu

Pau M. Simin

un

souqi

PALAY, Publiciste à Pau.

Praùbe Poêle! Au loung dous dies e dous sés
Qu'as cantal, lous oelhs gratis ubèrts, bruslan de bide,
Sus la Glòrie estiglante, alirante, escahide
Doun la pelhe s'oubribe,
aboulante, am plasés.

Lous bras

hauts, que bedès autour de tu lou moùnde
Yumpa lous berds laurès en toun aunou trencals
E qu'entcnès lous clams d'estrambord ahoezals
E las laudous
puva-t

decap cliens fi ni couinpde.

AUTOMNE !
Pauvre Poète! Au

long des jours et des nuits — tu as chanté,
fièvre, — dévorant des yeux la Gloire éblouissante, ou
corps attirant et souple, — dont la robe flottait affolante et joyeuse.
brûlant de

Tu

voyais autour de toi la foule, les bras levés,

lauriers cueillis

en

thousiasme délirant

ton
—

honneur
et

les

—

et tu

louanges

—

balançant les

entendais les clameurs d'en¬

monter vers toi

sans

fin.

�—

iog

—

Que-l sentibes lou cô

prou gran enla 'mbarra
birouleyc en cèu e (erre
quilhan ta tèste aliherre,
ńad aute, aperch, n'ategnera...

Tout ço qui biù c
E qu'ategnès, en

Las nubles que

Qu'ères yoén e lou
Lou

bouribe à las bées;
prim-temps qu'eslouribe : aquiù qu'ey lou secret!

Enta 'stène lou

lou

sang que-t

casala trop estret

De l'or de la yoentut

qu'abès las

arques

plées.

0 Yoenè! Lou sourelh que lusibe enla tu,
Enta tu soul, Poète, e tout que-s bienè yàs.e
Aus tous pès ; tout qu'ère créât enla-t coumplàse.
Enta tu la béulat, enta lu lou cèu blu !
E

ta

biéne, à la fi, ha 'splandi lou tou rèbe,
parts de la mar loegntane lhèu, adès,

De las

Partiré la
Lous pots

Reyne d'Amou doun atendès
ent'apadsa la toue loungue frèbe...

Tu te sentais le

cœur assez
grand pour enclore — tout ce qui vit
palpite dans le ciel et sur la terre, — et, levant la tête fière, tu
atteignais — les nues que nul autre après toi n'atteindrait.

et

Tu étais jeune et le sang bouillonnait dans tes veines; — le Prin¬
temps fleurissait : voilà le secret! — Pour agrandir ton royaume
trop étroit, — tu possédais des coffres pleins de l'or de la jeunesse.

0 Jeunesse! Pour toi brillait le soleil, — pour
venait se prosterner à tes pieds ; — tout était

tout

plaire

:

—

pour

toi la Beauté,

pour

toi seul, Poète, et
créé pour te com¬
toi le, ciel bleu !

Et, enfin, pour que s'épanouisse ton rêve, — des bords de la mer
lointaine, sans doute, tout à l'heure — partirait la Reine d'Amour
dont tu attendais
les lèvres qui apaiseraient ton long tourment...
—

�I 10

briaguère sente e gaymante, ô Yoentut!
Ou'ey tu, liade, qui das à tout hàmi de J)il)e ;
Que seniies lous camps aùles ta que s'y 'slibe
E per tu la méndre causolô qu'a berlut.
0

oelhs, à la loue aledade
qu'eslourech d'amou besiat e cant
E sus loun aie, s'enayran toustem mey haut,
Lou Desi desdrabat qu'alargue sa boulade.
Au hissan dous tous
La terre

Tan

qui t'abém, la mar qu'ey plasente au nabiu
E lous camis terraus que s'eslan sur la plane...

0 Yoentut,

qu'ès la goalhardesse soubirane
e puchant
coum u diu.

Oui lié l'ômi baient

0 Jeunesse, ô

ivresse belle et sainte !

C'est toi, fée, qui donnes
champs arides afin
et la plus infime chose acquiert par toi de la

à tout l'ardent lîésir de la vie.

qu'il s'y moissonne
vertu

—

A la flamme de ton

regard,

—

—

et

sous ton
sur

haleine,

—

aile, élevant

la terre fleurit
sans cesse son

lqngtemps que nous te possédons, la mer est favorable à la
les terrestres chemins ne quittent pas la plaine... — 0 Jeu¬
! tu es la Grâce souveraine
par qui l'homme est vaillant et

—

nesse

ton

le Désir libéré largue son vol.

Aussi

nef;

—

Tu sèmes les

!

d'amour tendre et chaud
essor,

—

puissant

—

comme un

dieu !

�—

III

—

darrè la mountagne
de force e de béutat ;
Sou rèbe esbalausil s'argusse la Bertal;
L'àrbe en flou que-s deshollie au miey-de la planlagne,
Las! tout die

qui cad

per

Que-us emporte u drinou

E la

Bite, labèts, la Bile tau coum ey

Que s'abance coum ue praube biatyadoure...
Ço qui, s'ou caminau, soun pè descaus e houre
N'ey pas mey proube d'or mes esléngue baudrey.

recounéche la; que t'arrebires;
Que cèrques per lou cèu encoère u drin de blu !
B'ey en balles ! Soun oelh coum l'acè red e du
Que t'estaque au plaça per tan qui t'en estîres.

Nou bos pas

*

*

Hélas !
lui

un

chaque jour tombant derrière la montagne — emporte
de force et de beauté. — Sur le rêve qui s'estompe,

peu

placable Vérité s'érige; —
Et la

*

l'arbre fleuri se défeuille dans le parc.

Vie, alors, la Vie toute nue —

s'avance comme une pauvre

foule sur le chemin — n'est plus
dorée mais la boue visqueuse.

voyageuse... —

poussière

avec

l'im¬

Ce que son pied

la

ne veux pas la reconnaître; tu te détournes; — lu cherches
et
le ciel encore un peu d'azur, — c'est en vain ! Son
dur comme l'acier, — quoi que tu lasses pour fuir, le cloue sur la
place.

Tu

par

œil froid

�112

Boulouns
S'ou

ou

nou,

que-t lié. Prem-le lou cô si b'os;

rèbeesba'ubit lié bacha la perpère;
Dessus lou camp grêlal Iou bouè qui-s desespère
tou

Nou tourne pas

dressa, 'n plouran, lous blounds cabos.

Espie-t

au miralh de l'aygue linde et blousse;
Ouère aquets péus de biéus touts blancs entermesclats
E sus lou rose de ta pèt, en loungs

S'esténe lou

pelats,
pallè'nfadit de l'amarousse...

Bè-t-en s'ou

coustalat; puye tau campanè;
Espie, u darrè cop, lou pèys qui t'amirone
.E, dab l'Anyèlus triste e marfandit qui sone,
Poète, dit l'ultime adiu au tou yoenè!
Dit adiu à

l'Amou; dit adiu à las hades

Oui-t dansaben autour
Dit adiu à la Glorie à

Alede dou bent

Que -tu l'acceptes

caut

au sou

souns

cla dous

hautboys ;

poutous beroys;

las darrères bouhades ;

elle te tient. Comprime ton cœur si tu
en plus s'efface baisse la paupière;
le laboureur qui se désespère devant son
champ grêlé, — pour
tant qu'il pleure ne redresse
pas les blonds épis.

veux;

—

ou non,

le rêve qui de plus

sur

—

Regarde-toi

au

miroir de l'onde limpide

velure où des fils blancs s'emmêlent

longues traînées

—

—

et

et pure;
sur

le

—

rose

vois

cette che¬

de ta peau, en

s'étendre la pâleur fade de la marguerite

sau¬

vage

Va,
fois

la colline, monte

au

beffroi;

le.paysage qui t'environne

—

et

va sur

qui tinte,

—

Poète, dis à la

Dis adieu à
de toi

lèvres

contemple une derniere
bAngélus humble et triste
jeunesse l'adieu définitif.
—

avec

l'Amour, dis adieu aux fées — qui dansaient autour
clair des hautbois; — dis adieu à la Gloire et à ses
charmantes; — aspire les dernières bouffées du vent capiteux;
au

son

�—

113

—

qu'ey lou passât!
bédé mey, sounque si rèbes,
lyre, qui sus lou mounde encoère elhèbes,
desbelliaré pas qu'u reclam lèu lassat.

Plée-t l'amne de tout aco :
N'an lournaras pas
E la
Nou

qu'ey acabat... Bâche la la balée :
qu'ey toustém douce au replegdous rebès;
Que bas trouba, seguin lou tras fresc dou tous pès,
La casete assupide à l'estrém de l'alée.

Bèn! tout

L'oumbre

Qu'en puye, drim flaugnac, u
Au larè, bergougnous, u soul

hiéu léuyè de hum ;

grilhou que cante,
Mes la crampe, aquéste mali tan clareyante,
Que s'ey pleade d'oumbre bluee d'u perhum.
De hoelhe mourte e

de l'aram dous

flocs qui càden;

saumès qu'a tescut;
adare qu'an biscut
à 'spera que t'enhàden.

Ue aragne, à d'enbat dous
Lous parpalhòus d'estiu

E, d'are enla, n'as pas

Emplis ton âme de tout cela : c'est le Passé! — Tu
plus si ce n'est en songe — et la lyre que tu élèves
monde
ne réveillerait plus qu'un écho vite amorti.

le reverras
encore sur le

ne

—

fini... Descends dans la vallée : — l'ombre est
replis des penchants; — et, suivant la trace fraîche de tes
tu vas retrouver — la maisonnette assoupie au bord de l'allée.

Va! tout cela est
douce

pas,

aux

Un filet de fumée légère en monte paresseusement; — timide, au
foyer un grillon solitaire chante ; — mais la chambre, ce matin encore

baignée de lumière,
parfum
toute

—

s'est emplie d'ombre bleue et

qui se fanent. — Une
les
papillons
file; —
de l'été maintenant
désormais, il n'est plus à craindre qu'ils te troublent.

De feuille morte et

de l'odeur des fleurs

araignée entre les poutres
ont

vécu

—

et,

d'un

2

.

�—

L'abor, l'abor daurat e

ii4

—

dous qu'ey arribat

l'aygue qui museye à las plecbères;
Ouè, lou sang de las bils qu'on bribe à las machères...
E lou tou rèbe n'ey pas, bclbèu, acabat !

Au bièu de

hardie l'esclame!
Dèche-t baroula l'amne à l'auyou dou larè,
Ren aquesle ore. Lou Passât que boey darrè
Abite dounc lou hoec e que

E l'ibèr

qu'ey encoère au soum

Que pòdes souneya

dous pics, qui brame.

drin mey. L'abor qu'ey dous.

E pusque lou castèt
E s'ey esbourroal au

ourgulhous qui baslibes
plâ de las estibes1

Aban d'eu abé

bist lusi las esplendous.

Chens mau-cô

ni degrèu acaseh-te

Oun lous payrans

à la place

doun ès lou frut besiat

biscoun;

Que l'espudibes, per drin mey, e que s'y 'scoun,
Lhèu, lou secret dou bounur qui yamey nou passe.
doré est venu — au fil de l'eau qui
— vois, le sang des vignes vibre à
ses joues... — Et ton rêve n'est peut-être pas achevé!
Ranime donc le feu et que la flamme éclate! — Laisse ton âme,se
bercer à la douceur de. l'âtre, — saisis celte heure. Le Passé fuit
dans le lointain— et l'Hiver hurlant est encore sur lahaute montagne.
l'Automne doux et
branches des bordures;

L'Automne,

muse aux

Tu peux songer un peu plus. L'Automne est tiède. — Et puisque
l'orgueilleux palais que tu bâtissais — s'est écroulé à mi-côte —
avant que tu aies pu en voir resplendir les magnificences,
Sans rancœur ni regrets, installe-loi à la place — où les aïeux
dont tu es issu vécurent; — tu étais prêt à la répudier et il s'y
cache, — peut-être, le secret du bonheur qui jamais ne passe.

i.

gers

Le

plateau moyen où s'arrêtent
les hauts pâturages.

plà de las estibes est le

avant de gagner

les ber¬

�—

Quoan

se soun,

115

—

lous thesaus qui 'sperèm, escourruts

Coum

l'aygue enler lous digts e quoan la bide ardenle
S'amague, chic à chic^ au benl qui deslalente
E mate, au Irucdou temps, lous cos lous mey gourruts,
■m

Case-Casele 11

Qu'ey loutu ço qui demoure!...
Assourine-t, Poète, à d'aquet moufle ascès;
Dèche la

Yoyue

u

lyre! Pren ta fïahute de bouès,
brànlou; n'escoùtes pas la noeyt qui ploure!

Dou

lindau, d'oun la bisle autan qui bòu s'estén,
Que bederas llieba mey d'ue aubèle-bère
E lou brin enayrant d'ue bite nabère
Que hara perpita lou tou cô trebalént...

Quand les trésors que l'on espéra se sont échappés — comme l'eiiu
doigts; quand le désir farouche — peu à peu s'abat, sous le
vent desséchant
qui brise, aux coups du Temps, le corps le plus
vigoureux,
•

entre les

—

Case-casé/e1\ C'est
cet

joue

un

Du
(u

pourtant ce qui reste! — Refais ton nid dans
— Pose ta lyre ! Prends ta flûte de bois, —

asile moelleux, Poète.

branle

:

n'écoute

la Nuit désespérante!

s'étend autant que tu le peux souhaiter, —
plus d'une aube insoupçonnée — et le cours
d'une existence nouvelle — fera battre ton cœur frémis¬

seuil, d'où ta

verras

enlevaQl

pas

se

vue

lever

sant.

1.
de

Case-casiile I (mot à mot —

regret, d'amour

ternelle.

maison, petite maison'!). Exclamation de tendresse,
sur les lèvres quand on parle de la maison m'a-

qui revient souvent

�—

Que l'aberas, au mens

116

—

si bos, de [&gt;als tescude;

qui rebès e qui lioeyou;
Poète, arrè non bau d'aquel larè l'auyou,

Oue baiera la
Mes cade

douceur
la vive!

que

bau, aquiu, d'esta biscude!

du moins, sera tissée de paix. Si tu le veux, — elle vau¬
celle-que tu rêvas et qui s'enfuit. — Poète, rien ne vaut la
rayonnante de ce foyer, — mais chaque heure, là, vaut qu'on

Cette vie,
dra bien

ore

�7

'aLty:\;v

Tr*i:'-'-y

'■

;í

117

—

LV

Y •"}?

' ~'î"j27

—

SIEG-.A.

I_.^.

serie m vingt sonnets

oui

obtenu

ont

Par M. le Docteur Etienne

un

souci

LEVRAT, Médecin à Toulouse.

Enrengatz-vos, bordons ! La rega del laaraire
E la d'aqae/ que ten lo calam per araire
Portail

un

paria

nom en

parlar Occitan.

(Antonin Perbûsc).

La Qarba.

segadors de la bloza pensada,
Dempèi la punta d'alba e dusca al ser sombros,
Los valenls

Goican dins los bordons lo blad
Oue farà lo pan

inadur

e ros

viu de la bêla ostalada.

LA MOISSON

(sonnets)
La Germe.
Alignez-vous, sillons! La raie du
celui qui tient la
plume au lieu de la charrue portent
un nom semblable en langage Occitan.
laboureur et celle de

Antonin Pkrbosc.

de la pure pensée, — depuis la prime
jusqu'à l'ombre du soir, — couchent dans les sillons le blé mûr
roux
qui fera le pain vivant do la belle maisonnée.

Les vaillants moissonneurs
aube
et

—

Jf-

�-—•

E

118

—

polida serà la garbièra arborada

Jol clarum Occitan que lugreja, ardoros.
L'eime reiral somelha al semen poderos,
Ont lèu

regrelharà la beutàt debrembada.

dins lo camp patriab
espigs debrembats, pel gauch de mon ostal
Yeni ligar ma garba. Es pas espetacloza.

leu, glenaire pauras,
Dels

Es

pichona, e los grans son pas bèls. Acò rai !
qu'es de fier blad de terra saboroza,
l'estinglant solelli l'a daurada amb un rai.

Pramor
E

Et

jolie

flambe

sera .la gerbière dressée — sous la clarté occitane qui
ardeur. — L'esprit ancestr-al sommeille à la seiftence

avec

puissante,

—

où bientôt regermera la beauté oubliée.

Moi, pauvre glaneur,
oubliés, pour la joie de
n'est pas

Elle est

dans le champ de la Patrie, — des épis
la maison, — je viens lier ma gerbe. Elle

merveilleuse.
petite et les grains

est de beau blé de belle terre
rayon.

ne sont pas
—

et le

beaux. Qu'importe!

—

Elle

soleil étincelant l'a dorée d'un

�—

no

—

AI Solelh occitan.

0 solelh hlos,

solelh luzent, solelh cantaire,

d'embelinament,

0 copa de clarum e
Bêla calor que s'espandis
0

gauchozamenl,

lugarn miechjornal, nòstre

raiant trobaire,

Del fier eime reiral ès lo

poderos paire,

L'ama de la Patrìa e son

consolament,

Del lerrador florit lo mèstre.
E lo

plavoleat

conquistador del espant enganaire.
fas tindar pels aires las cansons,

Es tu que

afogats potets espelir los resons
trefozir d'esper los que son dins las

Dels
E

cròzas...

Regrelha à ton trelus la Pensada d'antan,
Claufises los roziers d'embriaigantas ròzas
E per

linda clar nòslre Verbe occitan.

tu

Au Soleil

soleil brillant, soleil chanteur, — ô coupe cle
belle chaleur qui s'épand joyeuse, — astre
poète rayonnant,

O soleil pur,

de charme,

et

dional, notre
Du vaillant

Patrie et

sa

occitan.

—

clarté
méri¬

esprit ancestral tu es lé puissant père, — l'âme de
— le maître bienveillant de la terre — et

consolation,

la

le

l'épouvante trompeuse.
C'est toi qui fais résonner dans les airs les chansons, — qui épa¬
nouis les échos des baisers fous— et tressaillir d'espoir ceux qui sont

conquérant qui dompte

dans les tombes...
A ta

de

lumière regerme

roses

enivrantes

—

le génie d'autreiois, — tu combles les rosiers
toi retentit le clair verbe occitan.

et par

�Sel va pagana.

Lo vièlh

l'èdra capelat,
amb pietat emmantèla,

garric del bôsc

per

Lo que la mofa verda
Lo reire de la selva a canson
Dins l'ombra del felhum per

subrebèla

l'Abrilh scrincelat.

Dempèi sècles, quilhat jol blos cèl eslelat,
Escota bategar del sol l'ama piùzèla
E baiza, trevirat, la Driada fidèla
Que desnoza à sos pèds son long pel rozelat.
Es bèl amie del

Ped-de-Cabra flahutaire,

Del vièlh Silvan

e

de

l'agait embelinaire

De la Nimfa à la dots
A raubat los secrets

banhant

sa

rozentor.

ardorozes dels diuzes,

mèscla al dos mormol del riuzes,

E

sa

A

l'agradiva nèit bremba lo gauch d'Amor.

vots, que se

Forêt païenne.
bois, coiffé de lierre, — celui que la mousse
pieusement, — l'ancêtre de la forêt, a une chanson
dans l'ombre de son feuillage ciselé par l'avril.

Le vieux chêne du

revêt

verte

exquise

—

Depuis des siècles, debout sous le pur ciel étoile, — il écoule
frémir du sol l'âme vierge, — et, troublé, couvre de baisers la
Dryade fidèle — qui dénoue à ses pieds sa long'ue chevelure blonde.
et

Il est le

du vieux Sylvain

du

baignant sa chair

grand ami du faune joueur de flûte, —
regard enjôleur — de la nymphe, à la source

rosée.
Il

a

doux

ravi les ardents secrets des
des ruisseaux, —

murmure

d'Amour.

dieux, — et sa voix, se mêlant au
rappelle à l'agréable nuit la joie

�121

L'Ostal florit.

Dempèi Io jorn naisen, s'alanda lo portai.
Lo mail in blos hizis à la fitiéstra uroza,

Qu'cngarlabda lo flam de la ròza audoroza,
Ë l'gauget d'aur tamben se solelha aquital.
Ara, s'es escanlit al caire del fogal
L'adolentil calelli que balèhc luis negroza.
santa esclaridor dels còrs monta, ardoroza;
Tôt l'oslal es comol del gaucb del festanal.

La

Torna lo filli ! Aie!

qu'artelha dins la plana,
Cap al leulat, ont l'as bresal, ò Sobeirana,
Àma reirala, al jove temps de las cansons.

Valenl, s'es pasejat al tristum de la guerra,
A clinat son front las jos las òrras sazons;
Mas, uei, va semenar lo bon blad per son ièra.
La Maison

fleurie.

— Le matin
enguirlandée par le flamboiement

Depuis le jour naissant, le portail est grand ouvert.
pur luit à la fenêtre heureuse —
de la rose odorante;— etlesouci
Il est éteint maintenant
donna lumière sombre.

ardent;

—

toute

—

d'or aussi se tourne là vers le soleil.

coin du

foj-cr

—

le dolent eroisset qui

Le saint éclairement des

cœurs

monte,

la maison est pleine de lajoie de la grande fête.

Le (ils revient! Voici
vers

au

qu'il chemine à grands

l'as bercé, ô Souveraine,

le toit où tu

pas

—

dans la plaine,

—

Aine ancestrale, au

jeune temps des chansons.
Vaillant, il
son

front las

a

parcouru

sous

les tristesses de la guerre, — il
— mais aujourd'hui il

les rudes saisons,

le bon blé pour son

aire.

a

courbé

va semer

�122

Pregaria.
Mon Dius ! Aicì lo

ser que siaudamenl
E l'ombra de l'abet fa potons à l'ostal,

clavat lo

La mazièra valenta

a

A la nèit que se va

desplegar

dévala,

portai
com una

ala.

rega à la terra mairala,
vesprala tinda al roje campanal.
Manda-me lo vin blos e lo pan de sigal,
Pastura al taure ros, cibada à la cavala.

Ai acabat

ma

L'ora

grelhar als bordons lo blad que bandis fam,
Madura los razims que nos balhan l'eslam,
A l'ôrt fai llorejar per nôstre gaucli la rôza.

Fai

Que la mainada aje beutal e cor piuzèl,
E dels reires, colcats dins la pats de la crôza,
Dins nôstre èime

espandis lo remembre fidèl !
Prière.

Mon Dieu, voici le soir qui descend avec calme, — et l'ombre du
sapin donne des baisers à la maison, — La vaillante fermière a
fermé le portail — à la nuit qui va se déployer comme une aile.
J'ai achevé mon sillon à la terre maternelle, — l'heure crépuscu¬
laire sonne au rouge clocher. — Envoie-moi le vin pur et le pain de
seigle, — la provende au taureau roux, l'avoine à la jument.
Fais germer au

sillon le blé qui chasse la faim,

—

mûris les raisins

qui nous donnent la flamme, — fais fleurir au jardin, pour notre
joie, la rose.
Que la jeune fille soit belle et aie le cœur vierge, — et des anciens,
couchés dans la paix de la tombe, — épanouis dans notre esprit le
souvenir fidèle !

�RECORDANSA
ODA

QUI A OBTENU

Par M.

Arthur

UN

ŒILLET

CAMBOS, Professeur
de

au

Collège

Bergerac.
Aat lòs cors!

qu'a fenit l'esglaiosa Tempèsta,
Que l'aima Palz commensa à renhàr de lois Boris,
Qu'après losjorns de dôl moulon Ios cauts de hèsta,
Los oellis levais en là la capera celèsta,
N'anguem jamès, vivens, nos oblidar los Morts!
Adara

Oi ! de tais Morts serén coma la

niu corrièra?...

Jovens, richa meison dos canons udolanls,
Fiers de donar loi- sang per la Mai qu'os apèra,
a calut, mes grans que los erós d'Omèra,
L'infèrn descadenal per brizar lors eslans!

Qu'os

COMMÉMORATION
ODE

Haut les cœurs!

présent qu'a cessé l'effroyable Tempête, — que la Paix bienfai¬
à régner de toutes parts, — qu'après les jours de
deuil montent les chants de i'ète, — les yeux levés vers la voûte
céleste, — n'allons jamais, vivants, oublier les Morts!
A

sante commence

Quoi! de tels Morts seraient pareils à la nue passagère?... —
riche moisson des canons hurlants, — fiers de donner
leur sang à la Mère qui les appelle, — il leur a fallu, plus grands
que les héros d'Homère, — l'enfer déchaîné pour briser leurs élans !
Jeunes hommes,

�ia4

■—

Promesas do
De

lornar

—

primver qu'un cròi aurai s'emporta,

vensedors liascon Io

juramen ;

la Patrìa elzòrla,
superba coòrla..,.
bat, silenciozamen !

Cars enfans que la votz de
Oue partiscon, gaujos, en
Ara

jàzon,

cap

Lo trépas, que,
Dauit tots, lonb

sol prèiz de lor rare coralje?
dos sèus, an degut s'endormir,

Païzans derabats de dora

Obriers que
Poètas que

au

sant

Iaoratje,

n'an pas qu'esbauchal lor obratje,
n'an hèit qu'enairar 1111 sospir!

tan de soldais, de joenesas segadas,
qu'ende nos aus eston trucliats debot
0 graponanl dens los hangàs de las Irencadas?
Ont son las gaspas d'aur que la grêla a picadas?
Pièp do bòsc, dens Io val o la planai — Acò

Ont

son

Martirs

—

lot?

printemps qu'un vent d'orage emporte, — de reve¬
vainqueurs ils firent le serment; — cliers enfants que la voix de
Patrie exhorte, — ils partirent, joyeux, en superbe cohorte.... —
présent, ils reposent silencieusement, là-bas !

Promesses du
nir
la
A

Quoi ! le trépas seul prix de leur rare courage? — Presque tous,
dû s'endormir, — paysans ravis de bonne heure
au saint labour, — ouvriers qui n'ont qu'ébauché leur ouvrage, —
poètes qui n'ont fait qu'exhaler un soupir 1
loin des leurs, ont

Où sont tant de

— martyrs qui,;
rampant dans la boue épaisse
d'or que la grêle a hachées?
la plaine! — Et c'est tout?

soldats, de jeunesses fauchées,

debout

pour nous, furent frappés
— ou
des tranchées? — Où sont les grappes
—

Près du bois, dans

le val ou

�125

Ont

son

Dont los

Ios

pîchons dont lo lòt estèc sofransà,
an seguit lo doloros camin,
era plen de la granda Esperansa,

pès

Dont lo còr

Dont lo sacrifiameu

Qu'an

pas

a

sauvai

nòsla Fransa,

podut cridar victòria, à la perfin?...

noviet, hilli, frai, espos e pai encoèra,
Entapoats per l'aubus sense nat mot d'adiu,

Ont

son

Gaupits dens lo fornas o solets à l'ombrera,
Que digun n'a sur ets gitat un pauc de terra?...
Ont son aquets? ont son?—Cap sus!... que son à Diu !
pòdon pas morir los Morts sens crotz ni tombas,
Que viuon blos de lors despòlhas e, reals,
Que planan dens l'azur, candes vois de colombas :
Non plorem mes sur ets, sublimas ecatombas;
Non plorem mes sur ets, car que son eternals!
Non

Où sont-ils, ces petils dont le lot fut la Souffrance, — dont les
pieds ont suivi le douloureux chemin, — dont le cœur était plein de
la grande Espérance, — dont le sacrifice a sauvé notre France, —
qui n'ont pu crier victoire, à la dernière heure'?...

sont-ils, fiancé, fils, frère, époux et père encore, — enfouis par
sans un seul mot d'adieu, — tassés dans la fournaise ou seuls
dans l'ombre, — sans qu'on ait, sur eux, jeté un peu de terre'?... —
Où sont-ils, ceux-là? où sont-ils? — Là-haut!... ils sont à Dieu!
Où

l'obus

Ils ne peuvent mourir, les Morts sans croix ni tombes, — ils vivent
dépouillés de leur enveloppe terrestre et, réels, — ils planent dans
l'azur, blancs essaims de colombes :,— ne pleurons plus sur eux,
sublimes hécatombes; — ne pleurons plus sur eux, car ils sont éter¬

nels !

�podon pas morir nòsles Morts! Nos entend-on
la Gloria a près sur son carr lumenos
E, dosas claretats, dinc' à nos aus descendon :
Espiéntotjorn, espién las mans pallas que tendon...
Oh, davan lors autars, en fola, ajulhem-nos !

Non

Los que

dlzon, los grans Morts, — la tormenta pasada
amb els, lo nau e ros cabelh,
D'acabar, per amor, l'òbra qu'auen laisada,
De goarir au mes lèu nósta Mai tan blasada,

Nos

—

De perparar,

De lier que sa

Beutat

se

requinque

au

sorelh!...

Gad'an, ajulhem-nos, las parpèlas estancas,
Mes còrs sempre fizèls, uros de revenir
Lor portar, à brasats, de flors rojas e blancas,
Mesclant piozanien, sotz lo blu d'entre-brancas,

Au

■

Ils

perhum dos lauriers l'encens do sovenir!

ne

peuvent mourir, nos Morts! Ils nous entendent, — ceux que
a
pris sur son char lumineux, — et, douces clartés, jus¬

la Gloire

ils descendent : — regardons toujours, regardons les
pâles qu'ils tendent... — Oh! devant leurs autels, en l'ouïe,
mettons-nous à genoux !
qu'à

nous

mains

Ils

disent, les grands Morts, après la tourmente, — de pré¬
la venue des nouveaux épis d'or, — d'achever, par
amour, l'œuvre qu'ils avaient laissée, — de guérir au plus tôt notre
Mère atteinte de tant de blessures, — de faire que sa Beauté se
nous

parer, avec eux,

relève

au

soleil!...

Chaque année, mettons-nous à genoux, nos larmes étanchéeS, —
cœurs toujours fidèles, heureux de revenir — leur porter, à
brassées, des fleurs rouges et blanches, — mêlant pieusement, sous
le bleu d'entre les branches, — au parfum des lauriers l'encens du
mais

souvenir !

�127

—

LOU ROUCAS DE CORDOUAN
(légende)
PIÈCE
S

qui

a

un

obtenu

rappel

d'ÉGLANTINE d'argent

Émilien BARREYRE, marin, à Arès (Gironde).

Par M.

La

Un amirau de brounze

au

ma es so

de la bie.

miey d'une ciutat,

Ou las Puramidos mastan dens la
Es

bèt;

campère,
's pla sabut qu'aquet brounze es mastal

mes

Per quauque
E l'istori

d'Egipte

glori batalbère

;

dit qu'ember MenGs,

a

.

Cbeop, Meycerinus, Chefran, reys legèndaris,
Hèren basti'u campas, pous

abé'n toumbadis,

La^ Puramidos Gètsedaris.

LE ROCHER DE CORDOUAN

(légende)
La
Un amiral de bronze

dressées dans le désert,

mer

est sœur de la vie.

milieu d'une ville, — ou les Pyramides
c'est beau; mais on sait que ce bronze —

au

—-

guerrière;
d'Egypte apprend que vers Memphis, — Chéops,
Mycérinus, Chéphreu, rois légendaires, — liront bâtir dans le désert,
pour leur servir de tombeaux, — les Pyramides de Gizèh.
fut

érigé (pour illustrer) quelque gloire

Et l'histoire

�■

128

Mes pas mey que l'aỳgat, pas mey que lous lugans ;
Pas mey que lou gran cèu,
pas mey que la m*» grande,
Lou i'oucas escurous n'es l'obre dous ouraans !
E la ma, soûle, sab per quau diuse coumande,
Lou roucas maliney, de l'aygue a près souri lans...
Ah! bibe la surlutz de la

ma

soulitari!

Mey qu'un brut de carreyre aymi lou dou plén-ma !
E soy mey esmabut per la bouts de la ma,
Oue per lou braulhamen publari.
Puramidos de gres, à bous lous carbanas!
A tu lou puble en pile, amiralet qu'arame
Prese per

E lou

l'Ensabut, mey qu'à bous auts,
S'estaque au mistariaus roucas!

!
moun ame

de Cordouan que,

dab sa faraméle,
candeley qu'a 'ne grande candële,
Ey parlât à la ma per sabé coum badut.
E douce, e'n brams per cop, la ma m'a respoundut
roue

Semble

un

gran

Mais pas

:

plus que les flots, pas plus que les étoiles, — pas plus
le grand ciel, pas plus que l'océan, — le sombre rocher n'est
l'œuvre des hommes!
Et la mer, seule, sait par quel ordre divin
le rocher marin a surgi des ondes...
Ah! vive la splendeur de la mer solitaire! — Plus que le bruit des
rues, j'aime le (bruit) des grèves! — Et je suis plus ému par la voix
de la mer
que par le vacarme des foules.
Pyramides de granit, à vous les caravanes! —A toi l'afflux des
foules, amiral d'airain! — Eprise d'Inconnu, plus qu'à vous, mon
âme
s'attache au rocher mystérieux!
Et du rocher de Cordouan qui, avec son phare, — semble un grand
chandelier portant un cierge immense, — pour connaître, l'origine,
j'ai interrogé la mer. — Et la mer, tantôt douce, tantôt gémissante,
que

—

—

—

—

m'a

répondu

:

�—

«

Lou

129

de Cordouan

roue

—

es

Itilli dou terrayre...

Oue! n'eu sès tradit?

e
perlan, es bray
Qu'autes cops, touquèue à la biguoulayre ;

Es
E

bray qu'abriguèue un leyl de pescayre,
qu'alenlourn d'et, flourejèue May.

Coum ère
E dens

en

béutat, las liemnes l'aymèuen,

sos casaus tout

l'esliu dansèuen

En risèn de
you.

Qu'èri
E

labé dou

you

besèn

roue amourouse,

trajan d'amou,
Plagnènle ember et, me cridèuen : « Hou !
Arrey, gran' jalouse ! »
coum

me

me

Es

bray, jalousie, en you gn'abé, 'u(an
Qu'ey l'aygue perhounte e que l'ayre es gran,
Que lou lèms a nudes.
E

coum

Péus

au

me

besèn las hemnes cula ;

bent, poup nu, pès nus, cames nudes,

Bénguen après

lous esbouludes,

E

moun azau

rounsen

you lia
calhaus sus

cla.

« Le rocher de Cordouan est iils
de la terre...
Quoi! cela te
surprend? Et pourtant, c'est vrai — qu'autrefois il touchait aux
champs de vigne; — c'est vrai qu'il abritait un toit de pêcheur — et
qu'autour de lui Mai fleurissait.
« Comme il était beau, les femmes l'aimaient — et, dans ses jar¬
dins, tout l'été dansaient— en se riant de moi. — Car moi aussi
j'aimais.le rocher, — et me voyant vers lui me traîner et gémir
d'amour, elles me criaient : — « Hue! arrière, grande jalouse! »
El c'est vrai ; de la jalousie, en moi, il y en avait autant — que
mes flots ont de profondeur (autant) que l'espace a d'immensité, —
(autant) que la tempête a de nuages. — Et, me voyant reculer, les
femmes, — cheveux au vent, sein nu, pieds nus, jambes nues, —
venaient après moi s'ébattre—et lançaient des galets sur mon clair azur.
—

«

�—

i3o

—

Mes

aymi lou roue, e n'i sbouludèntes,
Ni cops de calhaus, ô heinnes burlèntes !
Dens cousse à l'amou, n'stanquen las mas.
E dus cops per

joun, bère c caligtiayre,
Blanquejan d'andade ou de crauanas,
Bòngui freteja d'un larg poutounas,
Lou roue heroutjayre.
Une noeyl, pertan, moun gran
Estut

broulhejat

per

cò (an blous,

d'auls còs jalous;

E coum,

Lou

bas lou beyre :
loung dou roucas, pùyi tout ichau.

chap ploumbejan planeyre;
Miragle de cbel e de luganeyre;
E ni 'n brut de bent, ni 'n crit de courlau.
Eri

coum un

Mes

au soum

dou roue, soun

hem nés

encare,

Ou'esclissen de ride, e besi lu care

Grimacheya 'n

Mais

«

you.

j'aime le rocher, et ni coups de cailloux,

femmes brûlantes!

—

dans

sa course

—

ni

vos

à l'amour n'arrêtent la

ébats, ô
mer.

—

jour, — blanche de vagues ou de
d'un large baiser — le rocher fa¬

Et, belle et câline, deux fois par
mouettes,
rouche.

—

je viens

caresser

du

nuit, pourtant, mon grand cœur si pur — fut troublé par
cœurs jaloux; — et comment, tu vas le voir;. — Le long
rocher, doucement, je monte. —J'étais unie comme une coulée

de

plomb,

Une

«

d'autres

—

prodigieuse de silence et d'étoiles;
cri de courlis.

—

et pas un bruit

de vent, pas un

Mais, au sommet du rocher, sont encore des femmes — éclatant
rire; et je vois leur visage — grimacer en moi. — Et bientôt, en

«

de

�—

E
0

131

—

lèu, en braulhan, o 'scures Ebèles!
rôyne de l'ome! ô despuradou !

Me

rounsen

De

Atau, per

L'aurey

e

e's l'esquissadou
plip d'estéles!

rouquels,
moun

ausi mas suspits d'amou,
l'ausèt, dius de l'ayradou,

Toucals, hèn estanques;
E la Hemne au cò jalous e 'scarniu,

roun'se peyranques

Pas prou dons esclits, me
Mes se moun plip perd sas
Lou men cò 's mey

esteles blanques,
biu !

Mey biu per ayma, mey goalhard per baie.
E bèy, pouderouse, e fau gran' regate
Per me mestreja.
Oué 1

ne

soy pas mey

la gran' lioulatride?

Dempuch qu'es un sòu, un cèu, une ma,
Trementi Besube, Stroumbole, Etna;
Ey près l'Atlantide;

hurlant, ô
Elles

—

Èves sombres ! — O perdition de l'homme! ô impudeur!
jettent des quartiers de roches qui déchirent ma robe

me

d'étoiles !

le zéphyr et l'oi¬
Femme, au cœur
jaloux et hostile, — non contente de rire aux éclats, me lance des
pierres! — Mais si ma robe perd ses blanches étoiles, — mon cœur
«

Ainsi, pour écouler mes soupirs d'amour, —
dieux de l'air, — émus, se taisent; — et la

seau,

est

plus ardent.

Plus ardent à l'amour, plus fort pour lutler. —- Kl ma volonté
puissante, et il faut grande joùte — pour me vaincre. — Quoi!
ne suis-je plus la grande agitée? — Depuis qu'il existe une terre, un
ciel, une mer, — je tourmente le Vésuve, le Stroinboli, l'Etna; —
j'ai pris l'Atlantide;
«

est

�102

L'Atlantide

qu'ère un mounde gigan!
lou roue de Gordouan
A quauques fimèles?
Ah ! hari mey lèu la
terre en aygas !
S'estupi mey lèu toutes las estéles !
Batèles d'amou, mourtales batèles!
Ré! bòy lou roucas!
E

prengari

pas

E grauman d'amou, rougne que te
rougne!
E' utourn dou roucas, barlumpeje e hougne
Casaus
E 'mber cèu

Cent

fau

ans

Hort haut

e

e

bigneys !

e

sòu,

hort

mas

lugn,

per

Sarra lou roue,

—

«

Bèsi

plan, ô

Qu'entre lou

poudé,

libre.

coum

beys,

»

respoundi labels,
lous grabeyrets,
nabiu silhe.

ma,

roucas e

Lou gran

L'Atlantide

felibre,
garbes d'aygueys,

raoun ome

rounsa

qui était

monde immense ! —Et je ne ravirais pas
quelques femmes'? — Ah ! je ferais plutôt
de la terre un vaste lac!
J'éteindrais plutôt toutes les étoiles! —
Combats d'amour, combats mortels! —
Qu'importe! Je veux le
«

le rocher de Gordouan

un

—

à

—

rocher !
« El, écumante d'amour,
je gronde et gronde! — El, autour du
rocher, je frappe et enfonce - jardins et vignes! —Et, très haut
dans le ciel, très loin dans les terres, ami poète, — Cent ans durant,
il me faut lancer mes gerbes de
vagues — pour pouvoir, comme tu

le vois,
—

la

—

étreindre librement le rocher.

Je vois bien, ô mer,

grève

—

répondis-je alors, — qu'entre le rocher et
le grand vaisseau rampe. — Mais, ô mer, toi qui aimes

�qu'aymes tan, ô ma, lou soulas,
hey que per l'ome, enta la rouquilhe,
Dichères basti lou grau fat- que silhe
E pod (oun aygas? »

Mes

tu

Coum

respounde aquére :
la faramère,
Forte, aymi lou gran.
Aymi l'art miragle, ome, e'n l'art se'm-podes,
Bèsi dens toun obre en peyre ou brounzan,
Dens l'obre qu'en you surlutze e hey godes,
L'elerne Béutat, l'immourtau Áyman.
E'y toujoun poutouat, en lou relucan,

E la
—

«

ina

tournèt

me

Te trementes pas per

Lou Gentalb de Rodes!

tant

la solitude,

»

comment se fait-il que sur te rocher — tu laissas
phare qui éblouit
et domine tes ondes? »

—

l'homme bâtir le

la mer me répondit ceci : — « Ne te tourmente
le phare. — Forte, j'aime (ce qui est grand). — J'aime
l'art prodigieux, homme (et par ton art), quand tu me domines, —je
vois dans ton œuvre de pierre ou de bronze, — dans l'œifcre qui en
moi resplendit fièrement, — l'éternelle Beauté, l'Amant immortel. —
Et j'ai toujours baisé, en le contemplant, — le Colosse de Rhodes! »
Et, de

pas pour

nouveau,

�LANGUINA
PIÈGE
QUI

A

UN RAPPEL

OBTENU

Par M. l'abbé Jules

D'ŒILLET

CUBAYNES, du Grand Séminaire
de Cahors.

Que la Vez-oza, al pèd dels retenais, cascalhe;
Oue lo bòsc de Mondon de prima s'emmirgalhe ;
Que m'apare Benamenil sos òrts en flor,
Sos ostals, son cloquier chiutonanl de birondes :
Sò meune, ò mon Carsi, sol tu z'ôc me rescondes,
Sô meune e, tant-ben, sô melhor.
Onte son,

dins las garrigadas,
garric tôt onjisas de mèl
Qu'anabem lecar, d'avegadas,
Del temps que faziam pastorèl?

Las folhas de

.

L-

«

;

i

i

;

NOSTALGIE
Oue la

Vezouse1,

au pied des pentes, murmure; — que la forêt
printemps s'embellisse; — que Bénaménil m'offre ses
jardins en fleur, — ses maisons, son clocher bruyant d'hirondelles :
ce
qui est mien, ô mon Ouercy, seul tu me le gardes; — ce qui
est mien et, aussi, ce qui m'est le meilleur.

de Mondon de

—

Où sont,
miel

—

dans les chênaies,

que nous

pastoureaux?

—

— les feuilles de chêne humides de
allions lécher, parfois, — au temps où nous étions
Quand irons-nous, blottis dans la bruyère, — à

J. La Vezouse est un ruisseau

qui

se

jette dans la Moselle, à Lunéville.

�—

135

—

Ouora anarem, amagats dins la
A l'espéra dels perdigals?
A la

sazon

e dels domegals,
galelarem la cruga?

dels bruzes

Ouora

A nòstra taula de

Oui lo

bruga,

pairin venià

se

sèire

cirèi,
com un

rèi,

sèire, o Fraire?
Agremolit ès tu, dins la trencada, amont;
Me forbandiran ieu, deman, sabi pas ont!
O! nos garde e nos benezigue lo Diu-Paire !
Mas, per lu tant-ben, segur, espandis

Ouora anarem, nos-aus

tant-ben

nos

De nôslre lerrador la- sovenensa clara :

ieu, tu diubes veire, alara,
e sa maire qu'i ris
Etola l'amistal qu'as iaisada al païs,

Alavets,

com

E lo teu mainadon
Nòstre

parel dé biòus arromiats à l'arada,
lo cabal,

Las fedas

e

Tant

coma lo canabal,
e lo frachibal,

plan

Las yinhas
Lo clôt

e

lo

lot

pèch, la boiga e 1' grezal
e la prada.

E las vernièras

l'affût des perdreaux? — A la saison des cèpes et des orûnges, —■
quand boirons-nous à la régalade, à la cruche? — A notre table de
cerisier, — où l'aïeul venait s'asseoir comme un roi, — quand ironsnous aussi nous asseoir, ô Frère? — Tu
es accroupi dans la tran¬
chée, là-haut; — et l'on me dirigera, demain, je ne sais ou! — Oh!
qu'il nous garde et nous bénisse, le Dieu-Père! — Mais pour toi
aussi, certaiment, resplendit — de notre terroir la limpide souve¬
nance :
et, comme moi, tu dois voir, alors, — et ton enfant et sa
mère qui lui sourit, — et toute l'affection que tu as laissée au pays :
notre paire de bœufs ruminant sur le guéret, — les brebis et tout
le bétail, — de même que la chènevière, les vignes et la friche, —- la
combe et le plateau, la bouygue. et la grèze, —: et les vernières et la
prairie.
—

—

�i3G

—

—

En

Alont

lai, plan lènc, per aqueles garrics
fazèm, cada an, la folha per las fedas,

Entremèch los randals de
A bel tal de

e

d'arbre-espics,

claus, al cap de las bledas,

Al abord florit dels
Al abòrd dels ôrls
Al abord del

troncs

caminolets,

dc'caulets,
gòch trebol de graulhels,
roses

Se rescondan dotze ostalets.

Apraqui, cada ser, la canlia,
De jol solaudi, japa al vent.
Mas, quora, sul cledon, lo paure que mascanha
Yen, tôt preganl Diu, la biasa sul ren,
Apara'r la man e son escudèla,
Dins aquela man una enfanloncla
De milhàs tôt caud balha una rudèla;
E, tôt rinsant, dins l'escudèla,
Voja un veirat de vin, la nòslra enfanlonèla,
Enlreinens qu'en abal, sul solel-colc seren,
Espelis la primièra estèla.

Là-bas, très loin, entre ces chênes — où nous émondons, chaque
année, « la feuille » pour les brebis, — entre les haies de buissons
et d'aubépines, — parmi les enclos, à l'extrémité des
champs de
betteraves, — au bord (leuri des sentiers, — au bord des jardins
jaunes de choux, — au bord de la mare noire de têtards, — se ca¬
chent douze maisonnettes.

Là, chaque soir, la chienne, — sous le hangar, aboie au vent. —
lorsque, à l'entrée de la cour, le pauvre qui peine — vient, en
priant Dieu, la besace à l'épaule, — tendre la main et son écuelle, —
dans cette main, une douce enfant, — de « milhas » grillé
dépose
une tranche; — et, rieuse, dans l'écuelle — elle verse une rasade de
vin, la douce enfant, — tandis que, là-bas, sur le couchant serein, —
Mais

naît la

première étoile.

�—

i37

—

Ara, sul mas nòl l'esprandin.
de cirèi s'amòda la cigala.
Jol valet, la menina fiala.

Per

un marc

Lo boièr

delhar, qu'a jonjut plan matin :
e frairon fan à la foriala ;

va

Sorrela

Mas, tant lèu l'an vist, al cap de
Entremècli la sot e lo paredòl,
Ont la

gleba espiga

Sorrela
E la

e

frairon

lor soi,

e la menta nol,
l'agantan pel còl;

pach del solel desus eles dabala.
grepia brama lo brau ;
porche, lo teson rondina,
Los pèds de dabans dins lo nauc.
lo capulèt blanc pindolal sus l'esquina,
Al pargue, entremens, la pastrona clan.
A la

Al

Am

Ara l'anhelum

e

la basibalha,

Bialant, tornejant, tôt à la gazalha,
Aqui s'agrumèla, alai se degalha,

Maintenant,

sur

le

flotte un parfum de cuisine. — Sur une
cigale. — Sous l'auvent, l'aïeule filecar il a lié ses bœufs de grand matin : —

mas,

branche de cerisier s'anime la
Le laboureur rentre,

—

Frère et

jouent

sœur

aux

billes ;

—

mais dès qu'ils le voient, au fond

réduit et le mur bas, — où l'herbe est en
épis, où la menthe fleure, — frère et sœur s'attachent à son cou ; —
et la paix du soleil sur eux descend.
de la cour,

—

A la crèche
—

à

entre le

mugit le bouvillon;

—

à la porcherie, le cochon grogne,

pattes de devant dans l'auge. — Son blanc eapulet
l'épaule, — au parc, cependant, la bergerette pousse son
ses

et les antenais, — bêlant et tournant en
tassent, là se dispersent, — là-bas répaç

Maintenant les agneaux

désordre,

—

ici

se

suspendu

troupeau.

�138

—

Abal

escampilha

—

clochon de pallia
japa e 1' boièr ne pialha
pastrona buta am un folliac de fau.

La canha
E la

Costa

un

;

ne

brès, denaul, la

un

maman

despòlha

Son mainadon rosèl,
Cande

ilor, polit com un angèl.
Siaudament, dins lo brès, la maman lo trantôllia
com una

E diriatz la

Tant la maire

es

:

Famillia dins lo cèl,

santa

graciuza

e

T mainadon rosèl.

Que la Vezoza, al pèd dels retenais, cascalhe:
Que ló bòsc de Mondon, de prima s'emmirgalbe ;
Que m'apare Benamenil sos òrts en flor,
Sos ostals, son cloquièr chiutonant de birondes :
Sò meune, ô mon Carsi, sol tu z'ôc me rescondes,
Sô meune e, tant-ben, sô melhor.
Benamenil

gerbe de paille;

(M.

—

bergerette frappe

e

M.), prima

1917.

la chienne en aboie, le laboureur
branche de fau (hêtre).

en

jure

—

et la

avec une

Près d'un

berceau, dans la maison, la mère dévêt — son enfanfrais comme une fleur, gracieux comme un ange. —
Lentement, dans le berceau, la mère le balance :
et l'on dirait la
sainte Famille dans le ciel, — tant la mère est douce et l'enfantelet
telet blond,

—

—

blond.
Oue la

Yezouse,

au pied des pentes, murmure; — que la forêt de
printemps s'embellisse; — que Benamenil m'offre ses
jardins en fleur, — ses maisons, son clocher bruyant d'hirondelles :
ce
qui est mien, ô mon Quercy, seul tu me le gardes; — ce qui
est mien et, aussi, ce
qui m'est le meilleur.

Mondon de

—

Bénaménil

(M.-et-M.), printemps 1917.

�13g

—

MONTANHA

MA

A

—

PIÈGE

FAISANT

" FLORETAS CARLADEZES

DE

PARTIE

recueil de

oui

a

obtenu

Par M. Jean

rappel

un

poésies

d'ÉGLANTINE d'argent

LADOUX, Professeur au Collège

Henri-IV,

à Béziers.

Vers

mon païs
Que s'espandis

Sus

una

ausada

Ensolelhada
Al

ras

Ma

del cèl,

pensada

Prend

sa

volada,

Corn

un

aucèl

Vèrs

sa

nizada.

A MA

MONTAGNE
PIÈCE

Vers
soleil

mon

—

oiseau

à

—

pays —
du ciel,

ras

vers sa

qui s'étale — sur une hauteur — exposée
comme
ma pensée — prend sa volée, —
—

nichée.

au
un

�—

En Garlades
«

Prend

un

i4o

quai

—

me

diria

:

baston, vai per la prada

Pastre menut d'una vacada »,
Lo plazer que per iu serià

Gardar

en

temps de darreirià !

Oual païs

mai gentc pòd èslre,
mirgalhat è mai vivent,
Quand vezèm la nibol d'argent,
Butada per l'autan, son mèstre,
Pasejar l'ombra pel campèstre?

Mai

Al

fresc, la polòta íloris,
E, quora eici ven una agada,
Vezi 'n aval la solelhada

Que vira

en

E la verda

òr los ostals gris,

espéra

me

ris.

En

Carladés, si quelqu'un me disait : — « Prends un bâton,
dans la prairie, — humble berger d'une vacherie, » — le
plaisir que ce serait pour moi — de garder les troupeaux dans la

va-t-en

saison de l'automne !

Quel pays peut être plus charmant, — plus nuancé et plus vivant,
quand nous voyons le nuage d'argent, — poussé par l'autan, son
maître, — promener l'ombre dans la campagne?
—

Au frais, le colchique fleurit, — et, lorsqu'ici vient
je vois là-bas une échappée de soleil — qui change en
grises, — et la verte espérance me sourit.

une averse,

or

—

les maisons

�-

â

•

_

\

■

'

'

,

'

-

'

,

itil

—

"

•

1

t

;

—

sègt la combèla,
mésclanl, jols movents trelus,

Un f'um blancos
Se

Als reliais
E

me

jaunes, verds è blus,

m'enmanlèla

sembla que

Aquela liurèia tant bêla.
t

Las vacas,

del malin al ser,
en bufant, tranquillas,

Paison l'èrba

Al tintament de las
E

esquillas,

iu, soscaire de lezer,

Raibe de tôt sò

Delaisant las

qu'ai plazer

sorsas

:

mairalas,

pluvier, vanèu,
qu'abòtz pòu de le nèu,
pas sus vòstras alas

Podètz filar,
Vautres

Anarai

Veire las bêlas Provensalas.

Une fumée blanchâtre suit le
vants
me

éclats de lumière,

semble que

comme

—

aux

cette livrée

vallon, —- se mêlant, sous les mou¬
reflets jaunes, verts et bleus, — et il

si belle de la nature

—

m'enveloppe

d'un manteau.

Les vaches, du matin au soir, — broutent l'herbe en soufflant,
tranquilles, — au tintement des sonnailles ; — et moi, songeur de
loisir, — je rêve de tout ce qui me fait plaisir.

Abandonnant les

vier,

vanneau,

sur vos

ailes

—

sources

maternelles,

—

vous pouvez

qui avez peur de la neige,
voir les belles Provençales.

—

vous

—

fuir, plu¬

je n'irai pas

�\l\.2

•

Amb lo divin ensenhament
D'una fe dosa è
Lo còr

en

pas

poderoza,

è l'ama bloza,

De pan de sega o de froment
E quatre nozes soi content.

Me fa gau veire de familhas,
Somezas à la lèi d'amor,

Escampilhar sul terrador,
Com

sus un

aubre de

Crânes garsons

ramilhas,

è gentas fîlhas;

Nôstre vièlh sang a regrelhat
Dins de galhards que son en renga,

E, claronanta, nòstra leiiga
Per totas las clasas rebat
E monta à

son

pontificat.

l'enseignement divin — d'une foi douce et puissante, — le
paix et l'âme pure, — du pain de seigle ou de froment —
quatre noix, je suis content.

Avec

cœur en

et

Je suis joyeux de voir des familles — soumises à la loi d'amour, —
éparpiller sur le terroir, — comme sur un arbre des ramilles, — de
superbes garçons et de charmantes filles;

s'est rajeuni — dans des gaillards qui sont en
et, claironnante, notre langue — dans toutes les écoles
frappe les échos — et monte à son apogée.
Notre vieux sang

ligne,

—

�—

i43

—

Levatz-vos, enfants, per la glòria
De mantene l'òime latin

Clar, caloros, aimable è fin,
E que se ne garde memôria
E dins la farga è dins la bòria.

Tenèlz ferme à vòstre
Com

un

cluclion;

aubré

Per donar

s'agáfa è lucha
fronda, flor è fruclia,

Porlaretz bêla florizon

D'obras d'amor è de

razon.

Levez-vous, enfants, pour la gloire

—

clair, chaleureux,
—

et dans la

aimable et fin, — et
l'orge et dans la ferme.

Tenez ferme à votre
lutte

chaumière;

—

de maintenir le génie latin —
l'on en garde le souvenir

que

comme un

arbre s'accroche et
porterez belle

pour donner feuillage, fleurs et fruits, — vous
floraison
d'œuvres d'amour et de raison.
—

—

Toulouse.

—

Les Frères DOULADOURE,

impr., rue St Rome, 39.

—

3416

��REVISTAS E JORNALS

I. Publicacions en

Lou

Felibrige,

—

RECOMANDATS
lenga d'Oc

Malhana-en-Provensa.

Beziers.

La Cigalo Lengadouciano, —
La Terro d'Oc, — Toloza.

L'A ut à, — Toloza.
Reclams de Biarn e Gasconnhc, — Pau.
Era Bouts der'a Mountanho, — Mont-Alban.

Montanyes Regalad.es, —
Lou Gai, — Mont-Pelher.

Perpinhan.

II. Publicacions en

fransés

Française, — i, rue de Lille, Paris.
des Idées et des Livres, — 155,
Paris.
Revue Universelle, — 157, Bould S'- Germain,

La Minerve

La Revue Critique
Bould S'-Germain,
La
Paris.

Nos Loisirs,
'Le

—

18, rue

d'Enghien, Paris.

Jardin sur la Montagne, —
de la Presse,
21,

Le Çourrier
Paris.

Foix.
Bould Montmartre,

Imprimerie Lauraguaise
(Aude)

37, Rue de la Baffe -»

Castelnaudary

Travaux en tous

Exécution Rapide &amp; Soignée

Genres

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DE NAISSANCE ■■ DE MARIAGE
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PROSPECTUS

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PRIX

E3TC.

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AVANTAGEUX

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�EXTRAIT DU CATALOGUE
de la

Societat d'Edicion Occitana
37, Rue de la Baffe

Lou

Terradou, sonnets

tion

française,

p.)'.—

par

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CASTI3LNAUDARV

en langue d'Oc, avec traduc¬
Prosper Estieu (i vol. in-8°,

fr.
15. »
d'Occitania, sonnets
langue d'Oc, avec tra¬
duction française, par Prosper Estieu (1 vol. in-8°,
280 p.)
10. »
fr.
La Canson Occitana, poèmes en langue d'Oc, avec tra¬
300

rare

Flors

en

duction

française, par Prosper Estieu (T vol. in-8°,

p.)

fr.
10. »
d'Oc, avec
traduction française, par Prosper Estieu (1 vol. in8°, 344 P-)
fr12. »
Contes Populaires ( 1re série). Contes de la Vallée du
Lambon, (texte occitan et traduction française),
264

Lo Romancero

Occitan, poèmes en langue.

recueillis par

96

Antonin Perbosc.

p

1

vol. in-16, XVIfr.
2.50

Guilhèm de Toloza, poème en langue d'Oc, avec tra¬
duction française, par Antonin Perbosc (1 vol. in-

8°,

54

p.)

.

Oras, poèmes en langue

traduction

française,
raisin, 160 p.)

8°

fr.
2.50
d'Oc, avec
Louis Go'uyer (1 vol. infr.
6.50
.

Lo Brande de las

par

..........

En Souscription : las annadas rojas
par

-

1 vol. in-8, 300p. environ, avec traduction française en
regard, sur beau
vélin, titre rouge, elfvirs neufs, lettres ornées, fleurons et culs-de-lampe

artistiques (Édition de Bibliothèque)

fr.

La SOCIETAT D'EDICION OCCITANA se change
mettre en vente tous les ouvrages que îïllïî. les
dront bien lui confier.

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Prosper ESTIEU

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SOCIETAT

D'EDICION

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OCCITANA

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d'éditer et de
Auteurs vou¬

CASTELNAUOARY.

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              <text>Estieu, Prosper (1860-1939). Directeur de publication</text>
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          <name>Relation</name>
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              <text>Vignette : http://occitanica.eu/omeka/files/original/aa77b3f174aa46ca8fe77a4a64392946.jpg</text>
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          <name>Is Part Of</name>
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              <text>&lt;!DOCTYPE html&gt;&#13;
&lt;html&gt;&#13;
&lt;head&gt;&#13;
&lt;/head&gt;&#13;
&lt;body&gt;&#13;
Lo Gai Saber (&lt;a href="http://occitanica.eu/omeka/items/show/13154"&gt;Acc&amp;egrave;s &amp;agrave; l'ensemble des num&amp;eacute;ros de la revue&lt;/a&gt;)&#13;
&lt;/body&gt;&#13;
&lt;/html&gt;</text>
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&lt;html&gt;&#13;
&lt;head&gt;&#13;
&lt;/head&gt;&#13;
&lt;body&gt;&#13;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;em&gt;Lo Gai Saber&lt;/em&gt; est une revue litt&amp;eacute;raire occitane publi&amp;eacute;e depuis 1919. La rubrique &lt;em&gt;L'&amp;Ograve;rt dels trobaires&lt;/em&gt; est consacr&amp;eacute;e &amp;agrave; la po&amp;eacute;sie, la rubrique &lt;em&gt;Bolegadisa occitana&lt;/em&gt; donne des informations sur l'actualit&amp;eacute; de l'action occitane. La revue fait aussi &amp;eacute;cho des publications du domaine occitan et des r&amp;eacute;sultats du concours annuel de po&amp;eacute;sie occitane de l'Acad&amp;eacute;mie des Jeux floraux.&lt;/div&gt;&#13;
&lt;/body&gt;&#13;
&lt;/html&gt;</text>
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&lt;html&gt;&#13;
&lt;head&gt;&#13;
&lt;/head&gt;&#13;
&lt;body&gt;&#13;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Lo&amp;nbsp;&lt;em&gt;Gai Saber&lt;/em&gt;&amp;nbsp;es una revista liter&amp;agrave;ria occitana publicada dempu&amp;egrave;i 1919. La rubrica&amp;nbsp;&lt;em&gt;L'&amp;Ograve;rt dels trobaires&lt;/em&gt;&amp;nbsp;es consacrada a la poesia, la rubrica&amp;nbsp;&lt;em&gt;Bolegadisa occitana&lt;/em&gt;&amp;nbsp;balha d'informacions sus l'actualitat de l'accion occitana. La revista se fa tanben lo resson de las publicacions del domeni occitan e dels resultats del concors annadi&amp;egrave;r de poesia occitana de l'Acad&amp;egrave;mia dels J&amp;ograve;cs florals.&lt;/div&gt;&#13;
&lt;/body&gt;&#13;
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          <name>Contributeur</name>
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              <text>Bibliothèque de Toulouse</text>
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