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DE MAURIN DES MAURES À MAFFRE-BEAUGÉ,
LE RÉCIT OCCITAN DE L'HUMANITÉ
Contribution à Jean-Claude BOUVIER et Jean-Noël PELEN, Récits d’Occitanie, Aix-enProvence, PUP, 2004, p. 83-104, (actes du colloque des 18/19 mai 2001, UMR
Telemme, Aix-en-Provence).
La gauche paraît oublier aujourd’hui qu’il fut un temps où, non seulement elle portait la
revendication décentralisatrice, mais qu’il lui arrivait même de poser la question régionale
dans des termes encore plus audacieux. Toute la gauche, et pas seulement les chevaux légers
du PSU et de quelques autres organisations marginales. N’étant pas communiste, ni lecteur
assidu de la presse communiste, j'avais oublié que le Parti communiste, le parti “ jacobin ”
par excellence, avait tenu en son temps un discours occitan. Sans doute, même à l’époque, et
en dépit des amitiés que j’y avais, je n'avais pas mesuré combien il s'était engagé. Le hasard
d’un feuilletage de L'Humanité des années 1970 me l’a fait redécouvrir. Cette contribution
n’entend pas analyser l’évolution de la conception communiste de la région. Elle veut
simplement rendre compte du reflet que son principal organe de presse fournit en la matière,
de qu’il y est écrit entre l’été 1974 et novembre 1979, puisque c’est entre ces deux moments
que le principal de son récit occitan se déroule. C’est la mise en mots et en scène de cet
aspect particulier de la ligne politique du moment qui nous intéresse ici, avec ses différentes
phases, avec ses lieux emblématiques, avec ses héros. Bien entendu, pour mieux comprendre
la place que cette histoire prend, il faudrait analyser les débats au sein de l’organisation,
repérer les rapports de force qui la parcourent et lier ce récit aux autres, à ceux que dans le
même temps le journal du PCF raconte ou à ceux qui, sur le même thème, sont racontés par
d’autres. Il faudrait remonter plus haut pour en trouver les antécédents. Il faudrait suivre audelà pour relever ses prolongements et son effacement. Il faudrait confronter le quotidien
national et la presse locale du même parti pour, éventuellement, repérer un décalage, ou une
antériorité, ou une inertie dans la conservation d'une ligne abandonnée par le “ centre ”1. Il
faudrait suivre les hommes - car c'est une histoire d'hommes - qui mettent en actes et en
paroles le récit occitan du PCF. Il faudrait enfin replacer ce discours dans celui plus général
que tient au même moment un parti qui, de l’ “ eurocommunisme ” à l’abandon de la
dictature du prolétariat, paraît être en train de réviser ses principes de base.
La révélation du récit
Centralisé, fier de son homogénéité apparente, farouchement patriote depuis la
Libération, le PCF ne passe pas pour avoir des sympathies particulières pour le régionalisme
ou pour ce qui pourrait rattacher le socialisme français au fédéralisme proudhonien. Ses
références sont jacobines et, surtout pas, girondines. Globalement vrai, cette présentation
n’en est pas moins grossière et la réalité plus nuancée. Toute une sensibilité militante, en
particulier chez les instituteurs qui gravitent autour du mouvement Freinet, s’est attachée
1

La communication est fondée sur le dépouillement presque exhaustif du quotidien et de son complément du
dimanche, L’Humanité Dimanche, entre les mois de juillet 1974 et novembre 1979. Des sondages ont été
effectués en amont (1970) et en aval (1980-81), ainsi que dans La Marseillaise, quotidien du PCF en région
provençale (1975 en particulier), dans France nouvelle (périodique de référence du parti), Révolution et les
Cahiers d’histoire de l’Institut Maurice Thorez.

�2
avant-guerre à la défense de la langue du peuple, et donc des « patois ». Mais le Parti, pour
qui la Nation est une, n’a jamais vraiment porté cette aspiration. À la Libération, il a été l’un
des acteurs principaux de la disparition des régions nées de la Résistance et représentées par
les commissaires régionaux de la République. Dans les années 1960, il se tient à l’écart des
débats qui, à gauche, autour du PSU, de Robert Lafont, ou de la SFIO, portent sur la
décentralisation ou la “ décolonisation ” des régions périphériques du pays. Pourtant, là
encore, cette vision de ses positions est cavalière et renvoie à la représentation qu’il donne
de lui-même. En réalité, prolongeant une orientation qui s’est affirmée depuis 1967, le
programme qu’il publie en 1971 – Changer de cap - prend en compte la décentralisation
culturelle et préconise l’élection au suffrage universel, à la proportionnelle d’une assemblée
régionale. Le Programme commun de gouvernement qu’il signe avec le PS l’année suivante,
le 27 juin 1972, entérine cette évolution 2 . Mais on peut considérer qu’il s’agit, pour
l’essentiel, d’un ralliement tactique à un thème banalisé dans la gauche non communiste,
une réponse à la loi de régionalisation que le gouvernement gaulliste fait alors voter, le 7
juillet 19723. En tout cas, rien dans la lecture de sa presse n’indique vraiment un changement
d’intérêt pour la chose régionale en général ou pour le Midi en particulier. La représentation
qui est donnée du Sud se situe dans l’imagerie traditionnelle. En 1974, pour L’Humanité, le
Midi, c’est la Provence d’Alphonse Daudet ou celle de Jean Aicard. Les feuilletons ou les
séries d’articles qui y renvoient sont, bien entendu, estivaux4. Cinq ans après, l’image que ce
journal donne du Midi n’est plus la même. Le Midi est passé de l’autre côté du Rhône, son
héros n’est plus de fiction, c’est Emmanuel Maffre-Baugé, leader du mouvement viticole,
figure de proue du Midi révolté, désormais “ compagnon de route ”. Entre les deux dates,
c'est toute l'histoire de l'occitanisation du PC, le passage d'un méridionalisme touristique et
littéraire (non régionaliste) à une analyse politique et culturelle de la région, en même temps
que le passage - et ce n'est pas sans signification - d'un Midi à l'autre, de la Provence au
Languedoc. Mais, au-delà de cette apparence, force est de constater que ce glissement vers
une représentation non folklorique du Midi masque de fait l’abandon par le PC d’une ligne
que le régionalisme avait paru un temps imprégner. Ce n’est, évidemment, qu’un aspect d’un
tournant plus global.
Le récit occitan de L’Humanité commence à la fin de 1974. Il connaît son apogée, en
termes d’occurrences, en 1978-79, et aussitôt le reflux. Pourquoi ce début fin 1974 ? C’est
parce que la référence occitane fait son apparition dans le journal, me semble-t-il pour la
première fois, le 12 décembre dans un article situé à Béziers, consacré à “ un métier pour des
jeunes ” et rendant compte de l’existence de VVAP (Volem viure al païs)5. Jusqu’ici, le
traitement des problèmes méridionaux avait été des plus classiques, y compris la récurrente
question viticole, même si les comptes rendus faisaient parfois références au passé cathare.
2

e

Tout un développement de sa 3 partie “ démocratiser les institutions. Garantir et développer les libertés ” est
consacré à la région, “ nouvelle collectivité territoriale démocratique ”. Le PCF sera le plus ardent promoteur
de ce programme commun.
3
Loi portant “ création et organisation des régions ”. Rappelons que le conseil régional qu’elle institue est
composé des parlementaires de la région et de représentants des collectivités locales.
4
Maurin des Maures en juin 1974 et série d’articles “ Autour d’Alphonse Daudet ” à partir du 8 août.
5
Les comités VVAP sont issus de Lutte occitane. Ils se sont constitués pour soutenir la candidature de R.
Lafont aux élections présidentielles de mai 1974. Le changement de nom reflète l’inflexion de la ligne,
l’abandon du gauchisme, le choix du rapprochement avec le mouvement social, viticole en particulier, et avec
le PCF. Le slogan “ Volem viure … ” a été lancé par le Comité occitan d’étude et d’action (COEA) créé en
1962 au moment des grèves de Decazeville.

�3
En 1974, la couverture des luttes qui se déroulent à Fos ou de celle que mènent, en
décembre, les Dracénois contre le transfert de la préfecture du Var à Toulon ne
s’accompagne d’aucune allusion régionaliste. Le discours naissant sur l’Occitanie concerne
l’autre côté, pas la Provence industrielle et touristique.
En 1975, les feuilletons de l’été restent dans les sentiers touristiques habituels – Marcel
Pagnol et la Camargue6 -, pourtant le tournant occitan s’affirme, il est net l’année suivante,
mais la grande césure, la prise en compte totale du discours occitan des communistes
languedociens par le Parti, se situe entre 1976 et 1977. La progression du nombre d’articles
consacrés à cette région est spectaculaire. Le Languedoc, l’Occitanie, paraît avoir joué un
rôle de déclencheur dans la « prise de conscience » régionale du PC. Sa place de région
emblématique est liée à celle que tient désormais la question régionale. La thématique des
fêtes de L’Humanité reflète cette évolution, qui est celle de la ligne du parti : elle passe du
classique, “ La Fête, le Peuple ”, en 1974, à l’inflexion démocratique, “ La Fête des
libertés ”, en 1975, à la diversité nationale, “ Une fête aux couleurs de la France ”, en 1976,
pour aboutir à “ La France et ses régions ” en 19777, et retourner par étapes sur les sentiers
de plus en plus balisés, “ la Fête de la qualité de la vie, de la lutte et de l’espoir ” en 1978,
“ La Fête, la lutte ” en 1979.
C’est donc d’un moment très particulier dont il s’agit, moment de rupture, aboutissement
d'une réflexion engagée à gauche, surtout hors du PC, dix ou vingt ans auparavant, effet
inattendu de l'investissement soixante-huitard en politique, rencontre brève entre une
conjoncture politique, une conscience régionaliste et une représentation idéologique.
La mise en récit
Le contexte politique et idéologique demanderait à être précisé. L’histoire des années 1970
est quelque peu étouffée aujourd’hui entre mai 68 et les années Mitterrand. La période est
pourtant essentielle. C’est alors que 68 fait sentir ses effets et c’est alors que la victoire de la
gauche se prépare. Le gaullisme se saborde et laisse la présidence de la République à la
droite libérale, conservatrice et moderniste. Valéry Giscard d’Estaing vient d’être élu, en
mai, au moment où ce récit commence. Le gauchisme s’épuise, une partie de ses forces
réinvestit la gauche classique à qui l’unité “ historique ” conclue par le PS et le PC redonne
toutes ses chances électorales. Vont en témoigner les élections municipales en 1977 et les
législatives de 1978, mais les européennes de l’année suivante montrent que la mécanique
unitaire connaît des ratés. L’Europe justement, elle est en toile de fond, pomme de discorde
à gauche, point nodal des contradictions communistes et régionalistes. Le PC paraît s’ouvrir
et prendre de l’autonomie vis-à-vis du modèle soviétique. Il opte pour l’eurocommunisme en
1976. Alors que le 21e congrès (automne 1974) ne sortait pas des discours rebattus, le 22e
(février 1976) s'engage pour “ le socialisme aux couleurs de la France ”. La Déclaration des
libertés, publiée le 16 mai de l'année précédente, affirme dans son article 59 que “ le droit à
l’existence et au développement des cultures régionales et particulières ” est garanti. Le 22e
congrès prend en compte la question régionale, crée une section au comité central dont Félix
6

« Sur les traces de Marcel Pagnol, le « santonnifié » d’Aubagne » du 19 au 22 août 1975. La Camargue suit
du 26 au 28 mais déjà, le 23 juillet, le Museon arlaten avait donné lieu à article.
7
Cette année-là la Fête est répartie en six ensembles régionaux : Nord, Est, Ouest, Centre, Midi et Ile-deFrance. Ce dernier étant insuffisant pour abriter tous les stands de la région parisienne, certains d’entre eux
ont été répartis dans les autres ensembles régionaux : “ la fête est ainsi à l’image du pays. Les Parisiens sont
souvent des provinciaux attachés à leur région d’origine ou à celle de leurs vacances ” … (5 septembre 1977).

�4
Damette devient le responsable. Le PC veut « faire avancer la société française vers
l’épanouissement créatif, enrichissant pour tous, des particularités régionales enfin dotées
des moyens non de « survie », mais d’essor vers l’avenir »8. Avec le 23e congrès (mai
1979), reviennent des analyses plus convenues et l' “ Union de la gauche ” est, de fait, mise
en sourdine, mais Georges Marchais en conclusion réaffirme la volonté du parti de
progresser dans la voie de l’autogestion communale et du pouvoir régional pour « obtenir
vraiment le droit de « vivre, travailler et décider au pays » »9. Dans le même temps, le PC,
traditionnellement hostile à la CEE, combat violemment son élargissement méditerranéen en
brandissant sans retenue la référence patriotique. Ce chauvinisme national est la clé qui sert
à refermer les portes des changements internes. Il est vrai que la crise économique, la
“ mondialisation ” du moment, accélère les mutations sociales et régionales qui menacent la
base ouvrière du Parti. Elle accentue les traumatismes collectifs en Lorraine, mais aussi dans
le Midi, avec la débâcle de la “ Navale ” et la fermeture des bassins houillers des Cévennes
et de Carmaux. Le Midi viticole qui vote à gauche supporte mal dans ce contexte postsoixante-huitard et de crise la tutelle du pouvoir central ces transformations qui le
bousculent. Depuis longtemps, il se sent ou se croit mal aimé, sacrifié sur l’autel européen. Il
a peur d’une évolution qui menace son équilibre et son mode de vie. Le Parti communiste,
parti tribunicien par nature, a jusqu’ici joué la carte du social, le “ prolétariat ”. Il paraît
tenter par celle des régions “ prolétaires ”.
Le récit occitan s'installe donc entre 1975 et 1976. Il privilégie un secteur géographique,
le Bas Languedoc, ou plus exactement l’Aude et l’Hérault avec des pointes avancées dans
les Pyrénées-Orientales, le Gard, Arles et Avignon. Mais l’essentiel se joue entre
Montpellier, Béziers et Carcassonne. C’est là que Georges Marchais se rend en mai 197610.
Le moment n’est pas indifférent pour la région qui est propulsée sur le devant de la scène.
Ce n’est pourtant pas la seule région en crise, 1975 a connu les événements d’Aleria et la
Bretagne, à l’automne, a été paralysée par une journée morte. Certes aucune région de
France n’est absente des colonnes du journal et, encore moins, de sa fête, mais aucune – ni la
Bretagne, ni l’Alsace, ni la Corse – occupe une place équivalente au Midi, ou plutôt à ce
Midi, qui est peu toulousain et pas vraiment provençal.
Le corps du récit
Le récit occitan de L’Humanité comporte trois volets, social, culturel et politique.
Le volet social, celui des luttes, est agricole, principalement viticole. Le thème s’installe
en 1975, alors que depuis le début de l’année le comité régional d’action viticole multiplie
les actions. Il s’agit surtout pour L’Humanité de dénoncer la « destruction » de l’agriculture
du Midi programmée par le gouvernement et Bruxelles : « le vignoble méridional (est) en
danger »11. Le mouvement, radicalisé à partir de l’été, reprend de plus belle au début de
1976. L’Humanité ne manque pas d’établir, comme tout le monde, la comparaison avec
1907. Mais elle ne signale pas que les drapeaux occitans ont remplacé les drapeaux
8

L’Humanité Dimanche n°74, 29 juin 1976, dossier « Les régions, c’est la France » avec en couverture une
Bretonne en coiffe à vélo. Félix Damette prend la défense des jacobins qui ne sont pour rien dans
l’étouffement des cultures régionales (p. 31). Il vient de faire paraître Le territoire français et son
aménagement aux Editions Sociales.
9
L’Humanité 14 mai 1979.
10
Il y retournera par deux fois en novembre et décembre 1978.
11
L’Humanité, 29 juillet 1975.

�5
français. Ni le ton, ni la teneur des articles ne sont originaux. Ils se situent dans la tradition
défensive : « Le Languedoc-Roussillon ne veut pas mourir », « une région dressée contre le
mensonge et la crise : le Languedoc »12 . Le mouvement des vignerons, dont certains
éléments sont en armes, vire à la révolte régionale. Le drame éclate à Montredon le 4
mars où un vigneron et un officier de CRS sont tués dans l’échange de tirs entre
manifestants et forces de l’ordre. L’Humanité ne jette pas d’huile sur le feu. Au contraire,
elle tend à circonscrire l’information. Le PC contribue à la désescalade qui commence
aussitôt. Il cherche à rendre le mouvement plus politique. C’est alors que le “ droit de vivre
et de travailler au pays ” apparaît pour la première fois dans les colonnes du quotidien, le 30
avril, dans le compte rendu de la grande manifestation de Montpellier13. Les numéros de
L’Humanité Dimanche du 28 avril et du 4 mai accompagnent cette prise en compte de la
thématique VVAP. Georges Marchais se rend dans le Languedoc. Accueilli avec des
drapeaux occitans et catalans, il déclare dans son discours de Montpellier, que L’Humanité
reproduit et commente : “ Volem viure al païs, oui, vous avez raison ! ”. Sur la tribune
tendue de tricolore, une banderole : « Per lo païs, les communistes avec nous pour une
France où il fera bon vivre ». Dans le même numéro, est repris une interview donnée au
Midi Libre sous le titre “ Comment nous sommes régionalistes ”14. Le “ droit de vivre et de
travailler au pays ” s’impose désormais comme une antienne. Il triomphe tout au long de
1977 jusqu’à la Fête de l’Humanité, qui en est en quelque sorte la consécration. Mais, s’il
reste étroitement lié à la vigne et au Bas Languedoc, il commence à s’élargir à la défense de
l’emploi sur tout le territoire. Il s’étend même, en 1978, à la Corse sur laquelle le PC est
toujours resté prudent, mais dont le “ peuple ” est reconnu15. Dans la ligne du 22e congrès
et de la proposition de loi, déposée par le groupe communiste fin 1977, sur la “ création
d’un pouvoir régional dans la perspective du socialisme démocratique autogestionnaire
pour la France ”, la question est reprise au moment des législatives. Le thème est relancé
avec le soutien apporté au manifeste Mon païs escorjat présenté à Montpellier par
Emmanuel Maffre-Baugé, Robert Lafont et Jean-Pierre Chabrol, le 27 octobre 197816.
L’Humanité en rend compte dès le lendemain et le PC s’en fait désormais le défenseur.
Georges Marchais lui apporte publiquement son soutien en décembre lorsqu’il revient dans
le Languedoc-Roussillon, mais il ne reprend plus lui-même le “ volem viure ” de 1976. Le
slogan n’est pas abandonné, mais il est complété. Il devient “ vivre, travailler et décider au
pays ”17. Car la menace est celle de l’étranger, c’est celle de la CEE. L’Humanité Dimanche
du 13 octobre 1978 publie un texte des cinq fédérations du Languedoc–Roussillon qui
donne le ton de la campagne. Le titre, en langue d’oc, La Malarga, renvoie à la maladie qui
tue les étangs. L’argument est simple : “ Ils assassinent notre région, défendons-là ”. Robert
Lafont, présenté comme « une des plus grandes personnalités de l’occitanisme », sert de
référence. En dépit de l’élargissement du thème, de son application à d’autres cas locaux, le
Languedoc viticole reste la référence. France nouvelle lui consacre son numéro de
décembre (“ Le Languedoc veut vivre et décider ”). La région a un héros, Emmanuel
12

« Unes » des 16 janvier et 3 février 1976.
En « une » : « 100 000 à Montpellier pour le droit de vivre et de travailler au pays ».
14
L’Humanité, 17 mai 1976, p. 5, avec un commentaire de Michel Cardoze, envoyé spécial (« TOUS
acclament cette affirmation nécessaire de la « personnalité » des régions »)
15
6 septembre 1978 : « Forti saremu si saremu uniti. Démocratie régionale, libération des ondes et des
moyens de l’identité du peuple corse ». C’est la seule fois que la langue corse est ainsi mise en avant.
16
L’appel est signé par 150 personnalités régionales.
17
L’Humanité-Dimanche, 12-18 juillet 1978.
13

�6
Maffre-Beaugé, que le PC fait sien. Depuis 1970, il est le porte-parole du Comité régional
d’action viticole. Il incarne le sursaut de 1975-1976. Homme de masse et d’institutions,
c’est un orateur inspiré, un tribun. Il n’est pas communiste, c’est un notable issu du
Languedoc « blanc », qui affiche son engagement chrétien. Il possède donc les atouts
classiques du “ compagnon de route ”18. En lui, se lient l’économique et le culturel, la
défense viticole et la tradition régionale.
Le deuxième volet est en effet culturel. L’usage de certains mots, la popularisation
d’expressions dialectales donnent de la couleur à la campagne. Le vocabulaire occitan se
répand dans la presse au-delà du Volem viure al païs. Dans les titres, on interpelle les Omes
d’oc (10 octobre 1977), on crie diguem no ! (31 juillet 1978), volem l’estatut ! (1er août
1977). On célèbre le cantar al païs (30 décembre 1978). Le travail des hommes de la vigne
est associé à un art de vivre, à une culture. En 1976, si région il y a, c’est de l’Occitanie dont
il s’agit, même si lorsque Georges Marchais se rend en Bretagne, le quotidien rend un
hommage obligé, mais balancé, à sa culture 19 . Lorsque L’Humanité publie une série
d’articles sur « La France des régions » en juin 1976, l’Occitanie est à la place d’honneur20.
La revendication culturelle est portée par L’Humanité quand le journal rend compte des
spectacles du Théâtre de la Carrièra21 ou du chanteur Marti, figure de proue de la “ nouvelle
chanson occitane ”22, de manière plus systématique qu’auparavant, à partir de 197623. À la
Fête de l’Humanité, André Benedetto a présenté “ Les Drapiers jacobins ”, pièce créée à
Montauban au Festival d’Occitanie dans laquelle La Marseillaise est chantée en occitan,
tandis que Robespierre est transfiguré en héros de l’autonomie régionale24. Cette année-là, à
Avignon, les “ ethnies (étaient) à l’avant-scène ” et Paul Puaux avait regroupé les spectacles
de six compagnies de théâtre sous la rubrique de “ Théâtre des Ethnies ”25. Toujours à
Avignon, les communistes ont organisé le 3 octobre une journée sur la culture d’oc et le 8
novembre 1976, le quotidien publie dans sa rubrique “ Idées ” un grand article de René
Merle, intitulé “ Sur et pour la culture occitane ”, qui lie la revendication de la langue et
celle de démocratie, sur le plan local comme sur le plan national. Il défend l’idée que
18

Il figurera sur la liste communiste aux “ européennes ” de 1979 (c’est l’un des deux seuls noncommunistes) et apportera son soutien à Georges Marchais lors de la campagne pour l’élection présidentielle
en 1981. Il a présidé la Fédération nationale des Vins de table et de pays, la Chambre régionale d’agriculture
et auparavant celle de l’Hérault.
19
L’Humanité 11 octobre, p. 2, article de Jacques Chambaz, “ Pour l’essor de la culture en Bretagne et de la
culture bretonne : la liberté ! ” avec une critique des positions de Morvan Lebesque.
20
L’Humanité 11 juin 1976, p. 2.
21
Cette troupe joue un rôle important dans la prise de conscience occitane. Son créateur, C. Alranq, qui a joué
un rôle important dans la naissance de Lutte occitane, choisit assez vite de se lier au PCF et de soutenir le
Programme commun. La première création marquante de la troupe est Mort et résurrection de M. Occitanie.
22
Dont le premier disque, Un païs que vol viure, est sorti en 1969 et qui, en 1974, est consacré son entrée
dans la collection “ Poésie et chanson ”, chez Seghers. Interview de Marti le 1er décembre 1976 dont le titre
reprend l’idée qui lui est chère :» La culture d’Oc pour ce pays, c’est une arme pour transformer ».
e
23
En 1975, pour le première fois semble-t-il, le journal a rendu compte des 4 rencontres occitanes qui
accompagnent le Festival en louant “ La Pastorale de Fos ” mise en scène par le Théâtre de la Carrièra. Mais
le caractère régional de cette production est relativement minoré (L’Humanité Dimanche n° 228, 23 juillet
1975, article de M. Boué).
24
L’Humanité 13 septembre 1976.
25
L’Humanité 25 mai 1976. Parmi les spectacles, celui du Théâtre de la Carrièra, “ La Liberté ou la Mort ”,
qui revient sur la condamnation des idiomes régionaux par la Révolution Française et une pièce du Centre
dramatique de la Courneuve sur le rattachement du Languedoc à la France. L’instituteur communiste Paul
Puaux a succédé à Jean Vilar à la tête du Festival d’Avignon en 1971.

�7
“ l’importance de la création actuelle rend tout à fait insupportable le sort fait à la vie
culturelle d’oc, comme à tout autre, par ce régime : de ce seul fait, la culture occitane
actuelle appelle le changement de société ”26.
Cet article annonce l’ouvrage qu’il peut publier aux Éditions sociales, en août 1977 : Culture
occitane per avançar. Tout au long de cette année, le journal s’est fait le relais de la
campagne pour une télévision régionale et dénonce la censure que subit la langue d’oc à
FR327. À partir du 30 juin 1977, il donne en feuilleton les textes de 100 écrivains sur le
thème “ Lire le pays ”. L’éventail des écrivains, des styles et des territoire de France se
déploie jusqu’au 4 janvier 1978. Dans le lot, le Midi est bien représenté, dans toute sa
diversité, d’Edmonde Charles-Roux qui glorifie « Marseille la rebelle » (18 août), à Yves
Berger se dit « Fou du Lubéron » (11 octobre) ou Jean Carrière qui parle de « La Cévenne »
(24 novembre) en passant par André Chamson, Daniel Biga, René Nelli, André Remacle,
Raymond Jean, Joseph Delteil, André Benedetto, etc. Mais c’est Jean Cassou qui, le 9
juillet, évoque le « Pays d’oc ». Pour la Fête de l’Humanité de la même année - “ Les
régions, c’est la France ” - le journaliste Laurent Salini salue “ la France se regardant en ses
différences ”, avec ses “ régions bien vivantes parlant haut leur langue et leur langage ”, des
“ régions qui refusent d’être de simples divisions administratives pour être des pays ”28. La
fête accorde, comme il se doit, une place à leurs chansons et à leurs jeux, la pétanque en
particulier 29 . Ses rues ne portent plus comme d’habitude les noms issus du Panthéon
révolutionnaire, mais ceux des cours d’eau et des montagnes qui font la diversité du terroir
français30. En décembre, L’Humanité illustre son intérêt pour le terroir en faisant un sort,
durant toute une semaine, au « pays » niçois dans ses divers aspects, politique ou
économique aussi bien que culturel 31 . La tendance s’affirme en 1978-79 avec la
multiplication des comptes rendus sur des initiatives en oc : Jazz rock en pays d’oc32, Panazo
conteur occitan (3 février 1978), débat sur la culture occitane lors des Rencontres d’Arles33,
Mostrà del Larzac34, université occitane d’été à Nîmes35, présentation du spectacle du
Théâtre de la Carrièra à la Cartoucherie36. Même si la thématique générale de la Fête de
26

Fils du sénateur-maire de La Seyne (Var), cet intellectuel communiste, professeur d’Histoire-Géographie,
spécialiste de l’histoire de la langue d’oc, est l’une des figures de proue de l’occitanisme en Provence.
27
Rubrique télévision : revendication d’un magazine culturel à FR3 Toulouse (24 mars), article “ L’Occitanie
censurée ? ” (28 avril), soutien à une pétition du mouvement Viure contre “ l’interdiction ” du parler
provençal (18 mai, signatures à adresser à la mairie de La Seyne), article “ Sourd à la langue d’oc ” (21
septembre).
28
L’Humanité 12 septembre 1977.
29
“ La pétanque. Cette petite boule qui roule dans la tête de tant de Français ”, article d’Abel Michéa, en
illustration de la Fête de L’Humanité consacrée aux régions (5 septembre 1977).
30
En 1975, la fête était organisée autour de la grand place Maurice-Thorez. Marx, Engels, Lénine avaient leur
avenue avec les héros de l’histoire du communisme français. L’entrée de la fête se faisait par l’ “ Union
populaire ”. En 1977, elle se fait – malgré tout – par l’Ile-de-France.
31
12 au 17 décembre 1977. Le « pays » nissard est décliné selon le thème du pays qui « veut vivre » (Charles
Caressa, secrétaire fédéral, 12 décembre). Le supplément du lendemain s’intéresse aux chanteurs occitans
locaux et René Merle « dit pourquoi le dialecte niçois intéresse la culture nationale ».
32
Montpellier, 16 janvier 1978.
e
33
11 juillet 1979. Ce sont les 10 rencontre de ce type.
34
15 septembre 1979. Cette manifestation qui expose les plasticiens résidant dans le Midi existe depuis 10
ans.
35
5 septembre 1979, la ville est alors dirigée par le communiste R. Jourdan.
36
Mais la critique du journal a étrillé les productions présentées à Avignon par La Carrièra (“ La Fille
d’Occitanie ”) et par André Benedetto (“ Saint Fénian et Dom Paresse ”).

�8
l’Humanité de n’est plus régionale, elle n’en a pas moins “ l’accent du Midi ” . Mais il n’y
a pas que l’accent. Les espaces et la toponymie restent régionaux, la chanson occitane est
toujours bien représentée et l’on “ adhère au pays ”. France nouvelle a consacré le 1er août
un dossier aux cultures régionales (“ un pays et des langues ”) et les Cahiers d’histoire de
l’Institut Maurice Thorez donne, un après, un supplément sur le Languedoc (août 197938).
Le volet politique n’est jamais absent, surtout pas de la chronologie. La « montée » du
thème occitan en 1978-79 est liée à la préparation des « européennes ». Il en va
différemment au départ, quand la question est articulée au réexamen relatif des positions
canoniques. Le moment est caractérisé par une réflexion sur la démocratie, notamment
locale, qui débouche sur un choix significatif, aussi inattendu (par rapport à la tradition
communiste) qu’éphémère, celui de l’autogestion. Il s’impose en même temps que celui de
la région. Le point de départ public en est, comme on l’a vu, la “ Déclaration des libertés ”
du 16 mai 1975. À sa suite, lors de la Fête de l’Humanité – la “ Fête des Libertés ” -,
Georges Marchais fait savoir que le Parti avait élaboré “ il y a pas mal de temps, un
document sérieux pour un pouvoir régional réel ”39. L’année suivante, la même fête fait
passer le discours régional du folklore habituel sur un terrain plus politique. Quelques mois
après, le 2 novembre, se tient à Montpellier un colloque sur la région, preuve s’il en est que
le Languedoc joue sur ce terrain un rôle moteur, même si le thème “ vivre et travailler au
pays ” commence à être étendu à l’ensemble du pays, en particulier aux autres régions
périphériques40. Le « Vivre au pays » s’affiche en première page le 16 février 1977, dans le
cadre de la campagne pour les municipales, alors que les viticulteurs manifestent à
nouveau. La Fête de l’Humanité de 1977 constitue la consécration médiatique de la région.
Parmi les six espaces régionaux autour duquel elle est organisée, celui du Midi occupe la
place de choix. Alors que le Théâtre de la Carrièra présente dans ce cadre “ Mort et
résurrection de M. Occitanie ”41, Georges Marchais reprend le “ Vivre au pays ” dans son
discours. Le traitement d’aucune autre région ne peut être comparé à celui dont le Bas
Languedoc bénéficie, même si, ni la Bretagne à laquelle l’Humanité Dimanche consacre un
dossier en 1975, et encore moins la Corse (en 1977-78), ne sont absentes du débat42. La
condamnation du terrorisme qui touche la Bretagne et émerge au Pays Basque en 1978
permet au PC de réaffirmer sa revendication d’une “ vraie ” région et d’assemblées
régionales élues. En « voyage en terre occitane et pays catalan »43, Georges Marchais le
redit à Carcassonne et devant les organisations professionnelles et culturelles du
Roussillon : la région doit avoir une « véritable autonomie » pour les affaires de sa
compétence, en particulier les orientations économiques, l’aménagement du territoire, les
37

37

L’Humanité 24 août 1978.
En fait, L’Humanité annonce le supplément sur le Languedoc le 30 août et, le 20 septembre, n’y fait plus
référence mais signale que les Cahiers publient un dossier sur “ Recherche historique et région : où en
sommes-nous ? ”. En 1978, les Cahiers n°28 avaient publié un article sur les « viticulteurs du Midi » et des
documents sur la naissance du MODEF.
39
L’Humanité 15 septembre 1975.
40
L’Alsace par exemple (27 mai 1977, « Vivre et travailler au pays. Les Alsaciens ont manifesté hier à
Strasbourg » et 16 juin, « Libertés pour nos régions » lorsque Georges Marchais s’y rend).
41
C’est sa première création, celle qui l’a fait connaître et qui, donc, en 1977, est déjà datée.
42
Mais le cas corse gêne, à l’évidence (réponse de Marchais aux frères Simeoni, 12 août 1977 : « Démocratie
régionale et solidarité nationale »). Il est rare que, dans le quotidien, la revendication du « vrai pouvoir
régional » soit associée à la Corse. Aussi quand elle l’est, on ne peut que le remarquer (compte rendu du
discours de Charles Fiterman, à Ajaccio, 9 décembre 1977).
43
L’Humanité 31 novembre 1978.
38

�9
langues et les cultures régionales, mais il se prononce pour des pouvoirs équivalents aux
départements44. Ce n’est pas une nouveauté, mais l’accent a changé, il n’est plus sur la
région comme entité à part, elle redevenue un territoire comme les autres. La Fête de
l’Humanité de 1979 conserve les espaces régionaux, l’entrée se fait par l’avenue de la
Méditerranée et débouche sur l’espace Midi. André Benedetto présente la “ Ballade de
Montredon ”. Pourtant une inflexion est sensible à plusieurs signes, favorisée sans doute
par l’échec rencontré aux législatives de 1978. La Méditerranée mise en avant en 1979
n’est pas le Midi de 1977, l’Ile-de-France est promue comme une région comme les autres,
“ l’espace d’une région en lutte avec d’autres régions, avec son accent ”45. Curieusement, le
slogan “ Libérez les régions ” lancé en juillet46 pour annoncer la Fête de L’Humanité n’est
plus repris par la suite et se transforme au moment de la fête elle-même en “ Que sont
devenues les régions ? ”. Bientôt, la CGT mènera campagne pour “ vivre et travailler à
Paris ” (28 janvier 1981)47. Depuis le 25 juillet 1978, dans le journal, le “ vivre au pays ”
s’accompagne désormais du “ produire français ”. La défense de la région se justifie par la
protection des richesses françaises. En fait, Nation et région participent du même combat, le
combat contre l’Europe “ allemande ”. L’Humanité du 30 décembre 1978 porte en bandeau
au-dessus du titre “ Culture occitane : le nivellement par l’Europe ”. Si sur la lancée du
mouvement antérieur, on laisse à la revendication occitane une place, l’instrumentalisation
politique est là pour indiquer qu’elle n’est plus que résiduelle
Les limites du récit
Le discours communiste est national. Il l’est dans ses objectifs comme dans ses
fondements. Dans ce cadre, la place de la région en général et celle de l’Occitanie en
particulier n’a jamais été éclaircie, de même que le contenu de la régionalisation dont on ne
sait pas, au fond, si elle ne réduit pas à la décentralisation. De ce flou, le PC n’a pas le
monopole, mais il est le seul grand parti à s’être engagé aussi loin dans la revendication
régionale. Il a fallu pour cela un moment de trouble des références dogmatiques et de
recherche d’autres horizons, sur fond de crise idéologique du marxisme, de mutations
sociologiques et culturelles, de transformations économiques dans des régions de monoactivité qui s’interrogent sur leur avenir, alors que des logiques politiques nouvelles
paraissent s’imposer, soit dans le cadre national avec le Programme commun, soit dans le
cadre occidental avec l’eurocommunisme. Le PC ajoute à ses valeurs sûres, valeurs
identitaires et valeurs refuges – anticapitalisme, antiaméricanisme, antigermanisme, hostilité
à la construction européenne, attachement au “ modèle ” soviétique, patriotisme – des
thèmes de société neufs, la condition féminine, l’environnement, la région. Mais le discours
sur la région ou sur l’Occitanie - puisqu’il s’agit surtout d’elle - ne place jamais ni l’une, ni
l’autre au centre du raisonnement, elles ne sont jamais considérées pour elles-mêmes, mais
toujours par rapport à la Nation et à une certaine idée de la France. Cette France, à sa façon,
est une France éternelle, comme dans le discours nationaliste, même si elle est moins celle
des grands hommes (encore que …), que celle du peuple. L’Occitanie reste une petite patrie
44

L’Humanité 4 décembre 1978. Il se prononce pour des pouvoirs équivalents aux départements …
L’Humanité, 10 septembre 1978 (Robert Crémieux).
46
16 juillet 1979, article de Michel Doumenc. Quatre jours après, Charles Silvestre, toujours dans ce cadre,
présente l’espace Midi et le train qui conduira les Méridionaux à la fête sous le titre “ Le Midi, ses luttes, le
train, le rugby et Trénet ” (20 juillet).
47
En 1979, le slogan pour la fête de L’Avant-Garde était : “ Aller à Argenteuil pour vivre au pays ” (2 juin).
45

�10
dans la grande. Les deux sont perpétuellement menacées par “ les autres ”. La position
régionale est constamment “ défensive ”, en particulier sur le plan économique où tout est
agression, à commencer par les arrachages des vignes imposés48. La catastrophe est toujours
pour demain. Ce cadre limite la thématique régionale et facilite son instrumentalisation. Au
moment même où elle s’impose, les contre-feux sont allumés. Le 6 avril 1977, il est
clairement affirmé que “ la lutte pour vivre au pays, c’est aussi défendre l’économie
française ”, car “ indépendance de la France d’abord ”. L’Occitanie, région modèle,
emblématique, placé sur une sorte de piédestal, se dilue finalement dans l’ensemble des
régions qui composent la France et qui, toutes, peuvent revendiquer le “ droit de vivre et de
travailler au pays ”. En même temps, un rééquilibrage s’opère en faveur de la Nation.
L’historien François Hincker, dans un article intitulé « Région contre Nation », le 12 août
1978, donne la mesure des inquiétudes suscitées par la poussée régionaliste partie du Sud.
L’adversaire principal qui était au départ l’État central glisse du côté de la CEE. Le discours
patriotique prend des accents chauvins et xénophobes. À partir du printemps 1978, après le
résultat décevant des législatives, tout est jugé à l’aune de la lutte contre l’épouvantail
européen, et de plus en plus, au fur et à mesure que les “ européennes ” se rapprochent. Le
Languedoc et l’Occitanie sont un outil dans ce combat. Les États-Généraux que l’on y
organise au premier semestre 1979 sont “ contre l’Europe ”. À ce concert, Emmanuel
Maffre-Beaugé apporte sa contribution avec un livre intitulé Face à l’Europe des impasses,
un livre “ pour tous les villages de France ” que la presse communiste promeut 49 .
L’Humanité agite la menace allemande avec un ton digne des campagnes du temps de
la Guerre froide. Il faut défendre “ les régions contre l’Europe allemande ” (28 janvier
1979), défendre “ les traditions régionales de chasse ” contre Bruxelles (21 avril, “ Lou gran
patac ”50), défendre la France contre une Allemagne dont on se demande si elle n’est pas
restée aux mains des hitlériens. L’apogée de cette campagne est atteint en mai-juin 1979 –
les élections européennes, les premières au suffrage universel, ont lieu le 10 juin - avec des
références constantes à la lutte contre le nazisme et la description d’une Alsace vassalisée51.
Le 23e congrès qui s’est tenu en mai a promu le slogan “ Produire français ”. Il est lancé
dans la presse comme pour contrebalancer la décentralisation et l’autogestion mise en avant
en 197752 . Le diptyque “ Vivre au pays et produire français ” revient désormais avec
régularité. Il est proposé par Pierre Juquin, qui vient de rentrer au Bureau politique, en
juillet, en précisant que le souhait n’est pas propre aux Occitans53. Il est repris au sujet de
Fos en août et, comme il se doit, le mois suivant à la Fête de L’Humanité. Les régions sont
mobilisées, une à une, contre l’élargissement de la CEE. Le Midi est mobilisé comme les
48

12 juin 1978 : le Languedoc est sinistré, André Lajoinie appelle la population à faire échec à la destruction
du vignoble et à l’élargissement du Marché commun ; 28 juillet : 100 000 ha de vignes condamnées ; 10 août :
s’opposer à l’arrachage
49
Toulouse, Privat. Compte rendu par J. Le Lagadec, 29 mars 1979.
er
50
À propos des directives européennes sur la palombe. Thème repris le 1 juin en bandeau de « une », audessus du titre : “ Bruxelles contre les traditions. Le secrétaire général du P.C.F. au côté des chasseurs ”.
51
Le summum est atteint dans le numéro du 24 mai 1979 (avec « 22 ans de CEE, l’Allemagne gagnant ”, un
ancien nazi à la tête de la RFA et “ Non à la vassalisation de l’Alsace et de la France ”). Le lendemain, le
journal annonce qu’un autre nazi est chargé de la propagande européenne par le président Giscard d’Estaing
et le chancelier Schmidt. Et, le 6 juin, il titre : « Il y a 35 ans le débarquement, mais les industriels allemands
préparaient leur Europe d’aujourd’hui ”.
52
Il réapparaît dans L’Humanité le 31 janvier 1978,
53
25 juillet 1978 : article en ouverture de la campagne lancée par les communistes du Midi en direction des
vacanciers. La revendication culturelle n’apparaît pas.

�11
autres régions en crise contre l’“ Europe de la casse ” et c’est de là que l’on analyse les
« complots de Brême »54. Alors que le PC et la CGT mènent la bataille pour la défense du
« charbon français » (celui des bassins du Midi) et que, dans ce cadre, Georges Marchais
déclare : “ Oui, nous aimons la France ”55, L’Humanité s’indigne car “ Le France est vendu
une société allemande ” (25 octobre 1977), et Claude Cabannes, l’un de ses éditorialistes
politiques, écrit un article dont le titre, “ Mon village à l’heure allemande ”, renvoie au
célèbre récit pour lequel Jean-Louis Bory avait obtenu le prix Goncourt à la Libération56.
C’est dans ce contexte que Mon païs escorjat est encore utilisé, alors que ses initiateurs se
divisent précisément sur la question de l’alignement sur le PC57. À la fête régionale de
L’Humanité à Toulouse en mai, René Piquet débat avec les régionalistes (dont Robert
Lafont). Le discours est là plus élaboré, il sort tout droit des débats du 23e congrès qui vient
de se tenir : la démocratie régionale s’intègre dans la stratégie autogestionnaire du PC, elle
se veut facteur d’approfondissement de souveraineté populaire, mais il n’est pas question de
reconnaître à la région un statut particulier, elle est au même niveau que le département ou la
commune. Le même orateur renvoie l’Occitanie à sa condition ordinaire quelques jours
après : “ L’Occitanie nous sollicitera pour d’autres luttes. La Nation pour l’Occitanie,
l’Occitanie pour la Nation ”58. Le balancier penche désormais du côté d’une Nation déclinée
sur tous les tons59. Lors du congrès, seuls les délégués de l’Hérault et des Pyrénéesorientales ont tenté de mettre en avant la question de l’identité culturelle, celui de la Corse
étant nettement en retrait60. Mais commentant les résultats du PCF aux cantonales de mars

54

L’Humanité Dimanche n° 128, 12-18 juillet 1978, «Les complots de Brême vus du Midi ” (il s’agit de
dénoncer le « sommet » européen qui vient de se tenir à Brême. En « une », ces « complots » sont devenus
ceux de « la sainte alliance »). Le même numéro se fait l’écho de l’hostilité de la Fédération départementale
des caves coopératives de l’Hérault à l’entrée de l’Espagne, du Portugal et de la Grèce dans la CEE.
55
Dans le cadre d’un débat au Forum de Radio-Monte-Carlo à Toulouse avec la presse quotidienne de
province. Ce même numéro rend compte d’un meeting de Mon païs escorjat (9 février 1979)
56
Jean-Louis BORY, Mon village à l’heure allemande, Paris, Flammarion, 1945 (Prix Goncourt la même
année). L’article de Claude Cabannes est du 22 mars.
57
L’Humanité du 14 février 1979 rend compte des divergences qui opposent Jean-Pierre Chabrol et Robert
Lafont à Maffre-Baugé parce que celui-ci serait prêt à accepter de figurer sur la liste communiste aux
européennes, ce qui se confirmera peu après.
58
Comptes rendus des 28 mai et 8 juin 1979 (rencontre avec les intellectuels organisée par la Fédération de
Haute-Garonne). Roland Piquet est présenté comme le candidat communiste représentant Midi-Pyrénées aux
« européennes ». Membre du Bureau politique, il est le responsable à la propagande au secrétariat du comité
central. Il sera élu député européen le 10 juin.
59
L’historien Roger Martelli publie aux Editions sociales La Nation au début de 1979 (compte rendu “ la
Nation vivante ” le 20 février par Laurent Salini). Le 3 janvier précédent Charles Silvestre avait publié
e
“ Nation-région : même combat ” dans la rubrique “ Idées ”. Dans le cadre de la préparation du 23 congrès,
Martelli revient de façon très orthodoxe sur la question (“ Sommes-nous nationalistes ? ”), tandis que
l’historien (non moins orthodoxe) de la Révolution Française, Claude Mazauric, qui milite alors à Aix-enProvence, cellule Jacques Duclos, défend, lui, la ligne antérieure plus ouverte à la revendication régionale
(“ Nation-régions : “ la nouveauté ” ”. Les deux contributions sont publiées le 3 mars 1979). Cette cellule et
son responsable, l’historien Michel Barak, avaient défrayé la chronique communiste en 1978 en critiquant le
tournant pris par le PC (lire le témoignage de Barak, Fractures au P.C.F. Des communistes parlent, AixParis, Edisud/Karthala, 1980).
60
Comptes rendus des 11 et 12 mai 1979. Le délégué de l’Hérault met en avant le manifeste Mon païs
escorjat et souligne que “ les communistes sont apparus comme porteurs de l’intérêt régional ”. Celui des
Pyrénées-Orientales précise que sa fédération a fait un manifeste bilingue, Pour la langue et la culture
catalane, une avancée démocratique. Pour celui de la Corse, l’unité nationale doit aujourd’hui se fonder sur

�12
1979 en Languedoc-Roussillon, L’Humanité avait donné le la en titrant : “ Le Parti du
sentiment national ”61. Contre l’Europe, face au PS (pour tenter d’infléchir un rapport de
force qui est devenu défavorable) et contre la droite, le PC fait feu de tout bois, mais le Midi
n’est plus qu’un élément du décor, il renvoie à un ailleurs exotique et nostalgique, image de
soleil et de “ bon vieux temps ”, il colore le récit comme la publicité Ricard les fêtes qu’il
organise62. La référence reste utile pour combattre sur place les notables du socialisme
méridional et essayer de séduire les laissés-pour-compte des transformations économiques et
les intellectuels. À ses débuts, Révolution, le tout jeune hebdomadaire du PC, créé en mars
1980 pour essayer de concurrencer les magazines qui tiennent le haut du pavé, fait défiler,
sous la rubrique Viure, les figures et les questions qui ont marqué le combat occitan de ces
dernières années. Le viure est décliné sous ses diverses formes : volem viure al païs (n° 13),
« le droit de vivre en langue d’oc ” (par Robert Lafont, n° 14), volem estudiar al païs (n°
39), etc. Emmanuel Maffre-Beaugé et la mine cévenole de Ladrecht (près d’Alès) renvoient
à l’actualité sociale, les félibres rouges, mais aussi Frédéric Mistral, avec l’évocation du
150e anniversaire de sa naissance à Arles (n° 15 et 23), renvoient à l’histoire. La question de
la langue revient régulièrement. Mais cette présence est en quelque sorte résiduelle. La
question est laissée aux intellectuels. Le 23e congrès ne connaît peut-être pas un
retournement aussi brutal que ce qu’affirment Marc Lazar et Stéphane Courtois 63 , la
thématique régionale ne disparaît pas, mais son heure est passée. La campagne de Georges
Marchais pour les élections présidentielles de 1981 insiste davantage sur “ produire
français ” que sur le “ vivre au pays ”64. C’est ce que L’Humanité reflète fidèlement65. Le
protectionnisme et la peur des autres que le premier thème révèle s’inscrit dans une tradition
longue du mouvement ouvrier français, même s’il rejoint les préoccupations internationales
– anti-européennes – du camp soviétique et les problèmes sociaux liés à la conjoncture.
L’autre plateau de la balance ne pesait pas du même poids historique et ses racines occitanes
étaient superficielles, trop liées à la conjoncture et aux représentations un moment
dominantes. Le mouvement entamé dès que la revendication régionaliste s’affirme en 1977
rectifie au fil des mois l’inflexion de la “ ligne ” et lui fait retrouver le droit fil de la tradition
“ jacobine ”, préparant le terrain au raidissement “ hexagonal ” que l’on connaîtra dix ans
après.

e

“ l’épanouissement des diversités régionales ”. En 1976, lors du 22 congrès, le délégué de la Corse avait
réfuté toute “ solution régionale à la crise ” après avoir défendu l’unité nationale (7 février 1976).
61
20 mars 1979.
62
Dans le compte rendu de la Fête de L’Humanité de 1979, l’article consacré à “ l’espace Midi pour vivre au
pays ” est accompagné par une photo de la banderole des fédérations du Languedoc du PCF portant en gros
“ Los occitans en lucha ! ”. Mais l’article est intitulé “ Y’d’la joie ! ” en l’honneur de l’ ”occitan ” Charles
Trénet … (10 septembre 1979)
63
Stéphane COURTOIS, Marc LAZAR, Histoire du Parti communiste français, Paris, PUF, 1995, p. 385 et
suiv.
64
Ce sont les deux thèmes sur lesquels L’Humanité organise un sondage d’opinion en janvier-février 1981. La
même année, les Éditions sociales publient l’ouvrage de Jean GIARD et Jacques SCHERBLING, L’enjeu
régional, qui dénonce le “ régionalisme de gauche ”, critique les thèmes du “ colonialisme intérieur ”, met sur
le même pied toutes les régions et défend le maintien du département.
65
Le 17 janvier 1981, “ volem viure al païs ” est ressorti au sujet des menaces que feraient peser les
multinationales américaines sur Arles, mais associé au “ Produire français ”. Un mois plus tard, la relance de
la campagne pour le “ charbon français ” (c’est-à-dire celui de Gardanne, des Cévennes, de Ladrech et même
le lignite de Haute-Provence) fait disparaître le premier terme (13, 17, 25 et 28 février).

�13
Soulignons une autre limite frappante de ce discours occitan du PC. L’une de ses
faiblesses, que L’Humanité reproduit, en l’amplifiant peut-être, tient aussi aux limites même
du Midi mis au premier rang de la scène. Ce Midi est méditerranéen, et cette promotion n’est
pas sans rapport avec l’imaginaire saisonnier d’un temps où les vacances conduisent sur la
côte des millions d’estivants qui viennent au soleil pour bronzer ou au village pour retrouver
(ou s’inventer) des racines. Ils peuvent venir aussi, éventuellement, pour manifester (voir le
Larzac) ou, plus encore, pour participer aux festivals qui deviennent l’une des
caractéristiques de l’été méridional. En témoignent le succès d’Avignon et la couverture que
régulièrement L’Humanité lui accorde, ainsi qu’aux manifestations culturelles qui gravitent
dans son orbite. Mais la terre des festivals n’est pas tout à fait celle des luttes “ occitanes ”.
Dans le discours de L’Humanité, il y a en fait deux Midi méditerranéens, et, de ce point de
vue, le journal conforte, inconsciemment, un vieux stéréotype. Il y a deux Midis, l’un
sérieux et l’autre moins. Il y a celui des luttes, du travail, de la vigne et du charbon, le
“ vrai ”. C’est le Languedoc. Il y a l’autre, celui des loisirs, du tourisme, des festivals, qui est
également celui des faits divers, de la corruption et du banditisme. C’est la Provence. Le
premier peut prendre son destin en mains, l’autre n’est qu’un appendice, une dépendance de
forces, légitimes ou illégitimes, qui le dépassent. Il est frappant de lire en parallèle les deux
récits au fil des numéros, le récit “ occitan ” et le récit “ provençal ” d’à côté. S’il y a des
luttes, comme à Fos ou à La Ciotat, elles ne sont jamais présentées comme ayant un
caractère régional. La vie politique y est dominée par des repoussoirs comme Gaston
Defferre et Jacques Médecin. Marseille, Nice, la côte reviennent régulièrement à la dernière
page du journal, celle qu’il consacre aux faits de société. Gangstérisme, drogue, bavures
policières, attentats racistes paraissent en être les spécialités et cette représentation où se
mêlent considérations politiques, moralisme communiste, idées reçues, ne va pas sans
dérapages significatifs. Il serait impensable de qualifier régionalement un truand ailleurs
qu’en Provence, mais ici le journal peut titrer : “ En créant une cascade de sociétés
immobilières, l’escroc provençal détourne 5 millions AF ” (14 octobre 1975)66. Ce Midi là
est celui de l’immoralité, de l’argent ou plus exactement du “ fric ”, de la guerre des casinos
(à Nice) ou des spéculations immobilières67. Il est encore celui de la nature mise en péril68,
la mer polluée, la forêt incendiée, mais le menace vient de l’argent roi, du profit qui fait
« main basse sur la Côte d’azur »69, mais non du tourisme de masse. Les vacances sont
célébrées et ce Midi-là est, plus que l’autre, celui des loisirs en bord de mer. Image
ambivalente donc d’une région attractive et répulsive. L’Humanité, en juillet 1975, évoque
Côte d’azur comme « le pays où l’on n’allait pas »70. L’idéal, qui dénoue la contradiction, se
trouve dans le tourisme social dont la filiale du PC, Tourisme et Travail, se fait le champion
en menant le combat pour un projet de village à Villefranche-sur-Mer, dans les Alpes-

66

Article d’Alex Panzani, correspondant de L’Humanité à Marseille, et grand fournisseur de la rubrique
“ Faits divers ”.
67
Pour la période dépouillé, j’ai compté 69 articles concernant la grande criminalité dans la région, 24 sur
divers scandales locaux, 28 sur des dérives policières (plus 19 consacré par Alex Panzani au centre de
rétention d’Arenc dont il révèle l’existence en 1975), 38 aux exactions d’extrême droite et aux “ ratonnades ”,
12 aux casinos de la Côte d’azur. Il s’agit d’articles et non d’entrefilets.
68
En particulier en 1978 avec l’organisation des “ Assises de la Mer ” à Marseille le 27 janvier – “ Sauver la
mer ” - et celles de la forêt à La Seyne le 6 octobre (“ La Provence assassinée ”).
69
L’Humanité 3 mars 1976, à propos de J. Médecin.
70
28 juillet 1975.

�14
Maritimes, en 1976-77, contre Jacques Médecin, alors secrétaire d’État au Tourisme . À
côté de la Côte, la Provence est aussi le lieu de ce que le journal appelle “ la festivalité
provençale ”72. Avignon est pour le parti l’occasion d’exposer ses vues en matière de
politique culturelle. André Benedetto ou le Théâtre de la Carrièra y sont à leur place,
marginale en général73. L’Humanité consacre également des comptes rendus réguliers aux
initiatives de municipalités amies, Arles ou Martigues, mais aussi aux spectacles “ in ” de
Châteauvallon (Toulon) ou d’Antibes. Remarquons simplement que ni Orange, ni Aix n’y
trouvent place. L’opéra, qui n’est pas encore à la mode, reste un loisir bourgeois. Dans ce
Midi à l’Est du Rhône, les Alpes-Maritimes tiennent une place à part. En fait, bien plus que
dans les Bouches-du-Rhône ou le Vaucluse, c’est là que la question de l’identité locale est
abordée. Le nissardisme cultivé par les communistes locaux y est pour beaucoup. La façon
dont leur leader historique, Virgile Barel, aborde la question est significative :
“ Je suis patriote niçois, un patriote chauvin. Je ne m’explique pas pourquoi, mais c’est
comme ça … Parmi les problèmes auxquels je veux m’intéresser maintenant, il y a
l’Occitanie. Je ne comprends pas pourquoi il y a une culture nissarde. Moi, je suis
tellement pour l’unité nationale ! Mais cependant je sens instinctivement mon
attachement personnel de toutes mes fibres à ma terre niçoise ”74.
Patriotisme local et “ jacobinisme ” affirmé, réalité provençale oubliée (ou plutôt niée),
l’Occitanie comme une concession à la ligne du moment. Dans une certaine mesure, le
discours du vieux militant peut être considéré comme un assez bon reflet de la réalité
complexe d’une culture communiste pour laquelle le récit occitan ne pouvait être
qu’incongru75. Il n’a duré d’ailleurs que l’espace d’un matin, qui n’était pas un matin
d’aurore.
71

Jean-Marie Guillon
Professeur d’histoire contemporaine
Université de Provence (Aix-Marseille I)

71

La campagne de L’Humanité en faveur du projet de Tourisme et Travail à Villefranche débute en mars
1976 et se prolonge plus d’un an.
72
5 septembre 1978.
73
Et comment ne pas relever que le titre du manifeste Mon païs escorjat est traduit en français dès qu’il
franchit le Rhône à l’occasion du festival d’Avignon ? (L’Humanité du 28 juillet 1979).
74
Article consacré aux 89 ans de Virgile Barel (“ Bon anniversaire, Virgile ! ”), 10 décembre 1977.
75
En contrepoint, complément, et illustration de ma présentation, voir les premiers numéros
d’Amiras/Repères revue occitane (R. Lafont directeur, P. Martel rédacteur en chef) consacrés à la question
régionale, en particulier l’interview donnée par R. Piquet au n°1, « Décentralisation an 1 », janvier 1982 (p.
74 : la notion de région doit être applicable partout, or la réalité régionale n’est pas partout la même) et celui
de F. Damette dans le n°3 (septembre 1982, p. 75 et suiv.), écartelé entre la « démocratie culturelle », qui
relève plutôt de la ligne passée, et la « décentralisation très poussée », qui est celle du moment.

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