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                  <text>21« Annada. Nos 185-186-187

e

188 (mars-àbrilh-mai e junh

1940)

Gai

Lo

Revisia de l'ESCOLA OCCITANA
—m—

Hommage a Prosper Estieu

Dis Aup i Pirenèu

...

F. Mistral.

TOLOZA
5-4,

Carrièra

delà

Arts,

Aqueste

14

numéro:

10 fr.

�LO

GAI

SABER

Revista de l'BSCOLA OCCITANA
ADMIMSTRAOION

:

lUibi-arla Privât,

14, Carrièra dels Arts, TOL.OZA

Pransa

Abonaments

:

:

Estrange

un

C. C. Toloza 1673

-

an

.

.

: un an

.

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.

20 fr.

30 fr.

ENSENHADOR
dels N" 1S5, IS6,

1S7

ISS (mars, abrilh, mai

e

Abbé

Joseph SALVAT

:

:

Joseph-Sébastien PONS
Roger LAFAGETTE :
J.

:

Irèna BONNET
Jean AMADE
Jean

:

MONTAUGÉ

SÉGUY

La vie du poète.
Bibliographie de Prosper Estieu.
La Muse de Prosper Estieu.
VEstieu que je préfère.
Estieu et Mistral.

CHARLÈS-BRUN :

Théron de

janh 1940)

ÉTUDES

I.

J. S. et A. P.

e

:

:

Prosper Estieu poèta nacional.
Prééminence de Prosper Estieu.
Prosper Estieii rénovateur de la
Archaïsmes et latinismes dans la

:

Peire-Joan ROUDIN :
Un auditeur de la Faculté
des Let. de Bordeaux :
Fernan GAULHET :
Joan LESAFFRE :
Jean GIROU :

langue de Prosper Estieu.
Prosper Estieu e Çatalonha.
Prosper Estieu et l'Université.
L'òbra inconeguda de P. Estieu.
Estieu e la Joventut occitana.
Iconographie de Prosper Estieu.

II. SOUVENIRS

Antonin PERBOSC :
Emile RIPERT :
C. GANDILHON GENS
D'ARMES :
Maria BARAILLÉ :
.

Marguerite DUFAUR
L'AUBANELENCO

Raymond LIZOP
Jean LEBRAU :
Julieta DISSEL :

:

:

:

Remembransas.
Souvenirs de

Prosper Estieu.

Ma rencontre

avec

Estieu.

Evocacion.

Souvenirs.
Remembre.

Impressions et souvenirs.
La mort de Prosper Estieu.
Sovenirs.

�Lo Oai Saber, N°5

185, 186, 187

e

188.

mars, abrii.h, mai e junh 1940.

Hommage à Prosper ESTSEU
i

ÉTUDES
LA VIE DU POETE

Prosper Estieu, fils unique de Guillaume et de Marienaquit à Fendeille, près de Castelnaudary (Aude), le 7 juillet 1860. Une plaque de marbre
rappelant cette naissance fut inaugurée sur la maison
natale, en présence du poète, le 14 juin 1936.
Son père, Guillaume, revenu dans son pays natal
après avoir servi sept ans dans la marine, acheta aux
environs un petit bois dans un tènement appelé « Lé
Grabiè ». Il arracha les chênes, bâtit une maison basse
qu'on appela et qu'on appelle encore « En Estieu »,
acheta quelques champs avoisinants, et mena dans son
bordicon, où il devait mourir, une vie assez misérable,
vendant à la ville de Castelnaudary des figues et des
fraises. Il ne tarda pas à vendre, à Fendeille, la maison
natale du futur troubadour, pour acheter à Castelnau¬
dary, rue de la Baffe, un immeuble où l'Imprimerie
Lauragaise devait plus tard s'installer.
Prosper Estieu, qui, de bonne heure, manifesta un
goût marqué pour l'étude, fut mis par ses parents
Anne Cathala,

«

aux

écoles

», comme on

disait alors. Il fut successi¬

vement élève à l'école

des Frères et

au

publique de Fendeille, à l'école
Collège de garçons de Castelnaudary

(1870-1874), au Petit Séminaire de Carcassonne (18741875), encore au Collège de Castelnaudary (1875-1876),
et enfin à l'Ecole normale d'instituteurs de Carcassonne

(1876-1879).
Plusieurs séjours qu'il fit chez son oncle Jean-Vin¬
cent

Cathala, instituteur à Montmaur,

en

Lauragais,

�LO

54

GAI

SABER

lui avaient permis d'apprendre de
miers rudiments du latin et du grec.

cet oncle les pre¬

d'abord les fonctions d'instituteur public,
adjoint à Coursan, puis comme directeur aux
Brunels (1879-1880) et aux Crozés, près Castelnaudary.
Le grand félibre du Lauragais, Auguste Fourès, alors
dans la plénitude de son talent, l'attirait dans son or¬
bite. Leur première rencontre datait de 1878.
C'est Fourès, premier adjoint au maire de Castelnau¬
dary, qui le fit nommer au hameau des Crozés, dont il
fonda l'école. A cette époque, ils publièrent ensemble
une revue, La Poésie moderne, qui eut en tout six nu¬
Il exerça

comme

méros (1881).

Estieu avait épousé Françoise Pornay, d'origine pro¬
vençale, et leur premier enfant, Marius, naissait aux
Crozés.
Il

prit alors

un

congé et s'essaya dans le journalisme,

avait fait son aîné Fourès. Il fut quelque temps
secrétaire à la rédaction du journal toulousain Le

comme

Réveil, de Duportal; il suivit ensuite Omer Sarraut
à Carcassonne, et ressuscita, avec Blangonnet, le jour¬
nal La Cité (août 1882-décembre 1883).
Rentré dans l'enseignement public au 1" janvier
1884, il fut instituteur à Clermont-sur-Lauquet, d'où il
collaborait au Bon Sens de Carcassonne. En août
1885, il fut nommé à Paziols, où, l'année suivante, lui
naissait son second fils, Edouard; il collabora à la
Revue Méridionale, fondée à Carcassonne par Gaston
Jourdanne, Achille Mir et Achille Rouquet en 1887.
C'est alors qu'il publia, sous le pseudonyme de « Prosper l'Eté », son premier essai d'histoire littéraire :
Fabre d'Eglantine réhabilité. De Paziols, il fut nommé
directeur à Ginestas en août 1889.
Auguste Fourès étant mort à Castelnaudary, le
septembre 1891, Prosper Estieu exigea pour son maî¬
tre et ami des funérailles civiles, suivant la volonté du
4

défunt; cela provoqua un certain scandale,

à la suite

duquel le jeune instituteur fut déplacé et nommé, dès
la rentrée d'octobre, dans un petit village de la Monta¬
gne-Noire, Fraissé-Cabardès, où devait naître sa fille
Mireille, et où devaient éclore les premiers sonnets
occitans du Terradou.

�LO

GAI

SABER

55

Sa rencontre avec Antonin Perbosc aux funérailles
de Fourès décida de sa vocation félibréenne. Auguste
Fourès — détail curieux — ne lui avait jamais suggéré
l'idée d'écrire en langue d'oc. Or, sur la tombe du

félibre, l'élève jura de continuer l'œuvre occitane du
Maître disparu.
Ce furent alors la fondation de YEscolo Aiidenco, à
Carcassonne (1892), et celle de VEscolo Moundino, la

année, à Toulouse, auxquelles il prit une large
à YEscolo Audenco il trouvait les majoraux
Achille Mir et Gaston Jourdanne; à YEscolo Moundino
les majoraux Xavier de Ricard et Antonin Perbosc.
Cette même année 1892, il fonda à Toulouse le jour¬
nal hebdomadaire Le Lengodoucian, qui eut 13 nu¬
méros, dont le premier (4 septembre) portait un édi¬
torial, Çò que voulèm ! signé Jan Doc — un des
principaux pseudonymes de notre poète — et un son¬
net, « A-n-Augusto Fourès », signé « Prouspèr l'Estiéu ». Déjà la Revue Méridionale de juillet 1892
avait publié « Las Sarnalhos », autre sonnet. Ces deux
pièces peuvent être considérées comme les premières
publiées du recueil Lou Terradou, qui se préparait et
qui devait paraître en librairie en 1895.
Depuis Pâques 1894, Estieu était instituteur à Ribouisse, non loin de Mirepoix et de l'Ariège. C'est alors
qu'il entra en relations avec les félibres ariégeois
Caussou et Teulié, et qu'il fonda avec eux YEscolo de
Mountsegur aux vacances de Pâques 1896. En juin,
parut le premier numéro de la revue Mount-Segur por¬
tant en première page le fameux Remembratz-vous !
de Prosper Estieu.
Il faut lire, dans cette revue, qui en quatre ans
(1896-1899) publia onze numéros (!), les transforma¬
tions progressives de la graphie sous les signatures
d'Antonin Perbosc et de Prosper Estieu; au numéro 9
apparaît définitivement la graphie dite « occitane ».
Sur ces entrefaites, Estieu fut nommé instituteur à
Ricaud, près de Castelnaudary, et c'est là qu'il publia,
en 1899, son premier recueil de vers en graphie « occi¬
tane », Bordons pagans. Il continuait sa collaboration
à la Revue Méridionale de Carcassonne. Son nom s'im¬
posait à l'attention des lettrés. Dès 1895, Mistral l'avait
même

part

:

�LO

56

GAI

SABER

son livre Lou Terradou par une belle lettre
appelait ce recueil « le cantique de nos canti¬
ques ». L'Académie des Jeux Floraux, rouvrant alors
ses concours à la langue d'Oc, lleurissait le livre d'un
œillet. Les honneurs se préparaient pour le vaillant
félibre et le poète inspiré.
Instituteur à Rennes-le-Château (septembre 1899),
Estieu fut élu majorai du Félibrige, en même temps
que Planté, Vermenouze et Devoluy, au Consistoire de
Beaucaire en 1900. Deux ans plus tard, le 19 décem¬
bre 1902, il fut nommé maître ès-Jeux par l'Académie

remercié de

où il

des Jeux Floraux.
Mais le nouveau majorai ne demeurait pas inactif,
et, à Rennes-le-Château, paraissait, en avril 1901, le
premier numéro de la petite revue à couverture verte
Mont-Segur (nouvelle série). Pendant plus de trois ans,
d'avril 1901 à décembre 1904, il fut, de cette revue, à v
la fois le rédacteur en chef, l'administrateur et... l'im.primeur, sur une petite presse à main que lui avait
cédée l'ariégeois Arthur Caussou.
n'a pas besoin de commentaires

Le bel exemple, qui
!

encore paraître une nouvelle
Bordons biblics.
En 1903, Estieu fut nommé instituteur à Raissacsur-Lampy, petit village sur les penchants de la Mon¬

Cette année 1901 vit

série de sonnets,

tagne-Noire. De ce moment date une période plus stable
de sa vie
il devait demeurer là vingt ans — qui vit
paraître de nombreux recueils de poésies. Il publia
Flors d'Occitania, recueil de sonnets comprenant, avec
d'autres, ceux des « Bordons pagans » et des « Bordons
biblics », en 1906. En 1908, paraissaient les sirventés
de La Canson Occitana, et, en 1914, quelques mois
avant la guerre, les poèmes du Romancero Occitan.
Mais Estieu était toujours un félibre d'action. Il
rêva, un des premiers, d'un rapprochement avec les
poètes catalans, et fonda, avec Plàcit Vidal (Josep Aladern) la revue Occitania, « revista literaria y social de
les terres de Llengua d'Oc », dont le premier numéro
parut en janvier 1905, et qui devait durer jusqu'à octo¬
—

bre de la même année.

On peut voir dans Occitania, comme dans MontSegur, les échos des querelles qui les mirent aux pri-

�LO

GAI

SABER

57

lui et Perbosc, avec le capoulier Pierre Devoluy et
Jules Ronjat, soit à propos des réformes graphiques
on les appelait alors des « alchimistes » —, soit à
ses,

—

de l'organisation intérieure du Félibrige : ils
défendirent, avec succès d'ailleurs, en provoquant plus
tard la démission du capoulier, le principe et l'utilité

propos

des Maintenances.

Quand fut fondé, en août 1910, le journal L'Estello,
çlirigé par le nouveau capoulier, Valère Bernard, Estieu
était chargé de la correspondance et de la chronique
concernant le Languedoc, tandis que la part de la Gas¬
cogne revenait à son amie Philadelphe de Gerde, la
poétesse de Bigorre.
En 1911, il rêva d'élever une statue à Esclarmonde,
l'héroïne de Montségur : des polémiques violentes
l'obligèrent à abandonner ce projet.
La guerre de 1914 suspendit l'activité félibréenne du
majorai. Mais on le trouve, au 6 juillet 1919, chez le
majorai Désazars de Montgailhard, en Avignonet, fon¬
dant YEscòla Occitana avec Anglade, Perbosc, Praviel,
Rozès de Brousse, Cartailhac, et dirigeant Lo Gai Saber,
organe du nouveau groupement, qui, appuyé sur l'Aca¬
démie des Jeux Floraux, devait bientôt prendre une
importance de premier ordre dans le mouvement de
renaissance occitane.

Malgré son âge et l'affaiblissement de sa vue, Estieu
participait encore aux manifestations félibréennes. Je
le

vis ainsi aux fêtes de Carcassonne en l'honneur
d'Achille Mir en 1922, aux fêtes mistraliennes de Narbonne en 1923, aux fêtes du VIe Centenaire du Gai
Savoir à Toulouse en 1924.

Désormais, il faisait de Castelnaudary, où il prenait
retraite en 1923, un centre félibréen très actif, fon¬
dant Los Grilhs del Lauragués en 1924, le Colètge d'Occitania en 1927, provoquant l'éclosion de nouvelles
Ecoles félibréennes à Albi (Escòla Rochegude), à Mazamet (Escòla d'Autpol), ou la résurrection d'Ecoles
sa

éteintes

comme

1 'Escòla Audenca de Carcassonne.

L'Académie des Jeux Floraux vient célébrer

en

1925

premier lauréat Arnaut Vidal à Castelnaudary où
elle est accueillie par la Reine du Félibrige. En 1927,
le capoulier Marius Jouveau, entouré d'une couronne
son

�5»

lo

de

majoraux, assiste à

gai saber

l'inauguration du buste de FouLauragais. Des fêtes inoublia¬

rès dans la capitale du
bles soulèvent la masse

populaire.

fait professeur :
les coins de
ouvrages ne cessent de

Et le majorai auréolé de gloire se
les élèves lui viennent en foule de tous

l'Occitanie. Et de nouveaux
porter au loin sa renommée : en
tan et Las Bucolicas de Vergili en ritmes occitans;
1930, Lo Fablièr Occitan; en 1931, Las Oras
Mais Prosper Estieu, chargé d'ans et de

1926, Lo Flahut Occi¬
en
cantairas.
gloire, a
quitté le Lauragais, en 1933, pour habiter Pamiers,
auprès de sa fille, Mireille, et de son gendre. Il ne sor¬
tira guère, désormais, que pour assister aux Fêtes du
Blé Nouveau de Montgeard, à l'inauguration d'une pla¬
que commémorative sur sa maison natale de Fendeille
1936, et, enfin, à la Sainte-Estelle de Foix, qui, pour
la Pentecôte de 1937, devait amener la Coupe Sainte
pays d'Esclarmonde. La dernière vision qu'eurent
de Prosper Estieu les félibres de toute l'Occitanie fut
en

au

lisant ses der¬
affaiblie, au pied

vision sublime : le vieux majorai
nières strophes, de sa voix d'airain
du roc de Montségur !
une

Prosper Estieu à Pamiers ne l'empê¬
s'intéresser toujours au mouvement félibréen, de prendre part aux délibérations annuelles de
la Commission de langue d'Oc à l'Académie des Jeux
La retraite de

chait pas de

de polir

Floraux, et surtout d'écrire, inlassable, et
sans cesse des œuvres nouvelles d'une inspiration

jours renouvelée.
Mais sa vue allait s'affaiblissant tous

tou¬

les jours, tan¬
le pro¬

hantée

dis que son âme, assoiffée de vérité,
par
blème de la destinée humaine, se rapprochait de
Celui-ci vint au-devant de lui au soir
froide
née d'hiver : le disciple à qui il avait
foi occitane lui rendait, avec le pardon, la foi
tienne de ses jeunes ans.

Dieu.
jour¬
communiqué sa
chré¬

d'une

Prosper Estieu devait mourir, dans
matin du 11 décembre 1939.

la paix retrouvée,

au

Abbé Joseph

à

Salvat,

Majorai du Félibrige,
Mainteneur des Jeux Floraux,
Maître de Conférences
l'Institut Catholique de Toulouse.

�GAI

LO

59

SABER

BIBLIOGRAPHIE DE PROSPER

précédé d'une LettreCarcassonne, Polère,

l'). — L'Ecole, poème
préface d'Auguste Fourès.
1882, in-12, 14 p.

Eté (Prosper

—

ESTIEU

Fabre d'Eglantine réhabilité, avec le portrait du
Conventionnel et une Lettre-préface d'Achille

grand

Rou-

quet. Paris, Vanier, 1889. Gr. in-8, 16 p.
Estieu (Prosper). — Lou Terradou, sounets lengodoucians,
tradiucciu francéso dret-à-dret, e Prefàcio per Antounin Perbosc. Carcassouno, Bibl. de la « Revue Méri¬
dionale », 1895. In-8% XII-295 p.
—

—■

Bordons pagans en

lenga d'Oc am traduction francesa.

Carcasona, Bibl. de la « Revue Méridionale », 1899.
In-8°, 32 p.
Bordons biblics en lenga d'Oc am traduccion franceza.
Bibliotèca occitana de « Mont-Segur », 1901. In-12,
32 p.

-—-

Flors

d'Occitania

[sonets,

am

traduccion franceza].

Toloza, Marqueste, 1906. In-8°,
par Jane Rouquet.
-—

—

XVII-279

p.,

portrait

[poèmes, am traduccion franceza,
poème liminari d'A. Perbosc], Carcasona, Bibl. de la
«
Revue Méridionale », 1908. In-8°, 265 p.

La Canson Occitana

La

question d'Esclarmonde. Foix, Gadrat,

1911. In-12,

48 p.

Compozicions e
gravats sur bòsc
per Achille Rouquet. Carcasona, Bibl. de la « Revue
Méridionale », 1912. Gr. in-8°, 31 p.
Lo Romancero Occitan [poèmes], am traduccion fran¬
ceza, Entroduccion pel Baron Desazars de MontgaIhard, Castèlnôudari, Societat d'Edicion Occitana,
1914. In-8°, LI-343 p.
A nostres Fraires d'America. Signé : Prosper Estieu. —
S. 1., 1918. In-4°, 1 p. sur 2 col.
VIe Centenari del Gai Saber. Cant occitan, paraulas de
Prosper Estieu subre un aire de Charles Haring.
Castèlnàudarri, Societat d'Edicion occitana, 1924.
In-12, 3 p.
—

—

Lo

Romancero Occitan (Extraits)...
desins de Jana e Auguste Rouquet,

�óo

LO

GAI

SABER

Glòria à Dius, paraulas

de P. Estieu subre un aire catalan.
Bordeaux, Ed. de la « Revue Méridionale », 1924.
Gr. in-8, 4 p.

Estieu

(Prosper).

Lo Flahut Occitan, cantas novas sus
e muzica.
Prefàcia de l'abat
Jozèp Salvat. Toloza e Paris, Edicions « Occitania »,
1926. In-4% 103 p.
Ròca (Jan de la). — [Prosper Estieu]. Lo Mètge de Cucunhan, conte dramatic occitan, illustracions de Paul
Sibra. Castèlnôudari, Soc. d'Ed. Occit., 1926. In-8°,
30 p.; 2a éd., 1933.
—

vièlhs aires. Paraulas

Estieu

(Prosper).

—

Las Bucolicas de Vergili en ritmes
d'Edic. Occit., 1926.

occitans. Castèlnôudari, Societat

In-8°, 67
—

p.

Lo Fablièr Occitan. Illustracions de Paul

tèlnôudari, Soc.
—

d'Ed.

Occit.,

Las Oras cantairas, sonets occitans
franceza. Toulouse, E. Privât; Paris,

In-8", XVI-276

p.

Sibra. Cas¬

1930. In-8°, 171

p.

traduccion
H. Didier, 1931.
(Bibliotèca del Gai Saber, H.)

Las Batezons, paraulas de

am

P. Estieu subre

un

vièlh aire

La Canson de Castèlnôu, paraulas
de P. Estieu subre un vièlh aire occitan (Canson
n° 3).
Auzisètz los Auzelets, paraulas de P. Estieu
subre un aire populari (Canson n° 5). — Me parles
(Canson n° 2).

—

—

pas

mai ! paraulas de P. Estieu subre

un

vièlh aire

occitan (Canson n° 6). — Rèina del Cèl, paraulas
de P. Estieu subre un aire catalan (Cantic n° 1). —Cantem Nadal, paraulas de P. Estieu subre un vièlh
aire occitan (Cantic n° 2). —• Dius poderos, paraulas
de P. Estieu, muzica de D. de Severac (Cantic n° 3).
—

Uèi, subre de palha torrada... Nadalet, paraulas de

P. Estieu, muzica de D. de Severac (Cantic n° 6).

—-

Castèlnôudari, Repertôri dels Grilhs del Lauragués,
s. d. In-8°, 4 p. chacun.

Prosper Estieu

a

écrit quelques poésies françaises

parues

dans La Poésie Moderne et la Revue Méridionale. Il a pu¬
blié de très nombreux articles de doctrine, de propagande,
de polémique, de critique, de chronique, en occitan et en
français, dans :
La
Revue
Méridionale, La Revue Félibréenne, Le
Gril, La Terro d'Oc, Le Lengodoucian, Mouni-Segur, MontSegur, Occitania, L'Estello, Le Lauraguais, Lo Gai Sa¬

ber, etc.
De nombreux poèmes occitans, recueillis pour la plupart
dans ses volumes, ont paru dans des publications félibréen-

�LO

GAI

6l

SABER

ou régionalistes, des hommages, des recueils, des almanachs, des programmes de fêtes, des anthologies de France
et de l'étranger.
Pseudonymes : Prosper l'Eté, Jan Doc (J.D.), Jean d'Occitanie, Jan de la Rôca, la Cigala de l'Ort, etc...

nés

A

CONSULTER, SUR PROSPER ESTIEU

Calalonia,

revue

Pere Fort,
Biosca.

barcelonaise, 4 août 1906. — Articles de
José Maria de Sucre. Portrait par Joaquim

revue milanaise, 1910, 1912, articles de
Joseph Rouquet, Bernardo Sanvinsenti.
La Nouvelle Revue (15 septembre-l" novembre 1921) :
« Un poète d'Occitanie », par Félix Bertrand.
Les diverses Anthologies félibréennes et régionalistes, les
Histoires du Félibrige, les revues et publications félibréen¬
nes, etc...

Natura ed Arte,

Signalons particulièrement :
—
L'Empire du Soleil. Toulouse, Pri¬
vât, 1911.
Praviel (Armand) et Rozès de Brousse (J.). — Anthologie
du Félibrige. Paris, Librairie Nationale.
Bever (Van). — Les Poètes du Terroir. Paris, Delagrave,
Praviel (Armand).

t.

III.
J. S.

et

A. P.

�62

LO

GAI

SABER

LA MUSE DE PROSPER ESTIEU

En 1909, heureuse année, paraissaient deux remar¬
quables anthologies de la poésie méridionale, celle du
Félibrige par A. Praviel et J. Rozès de Brousse, et celle
de l'Amour Provençal, par E. Gaubert et J. Véran.
C'est là, je pense, que j'appris à connaître le nom de
Prosper Estieu. Dix ans après, me trouvant à Carcassonne, comme je désirais recueillir une expression de
ce terroir que domine la Cité, un peu dur avec ses cy¬
près hagards, j'eus l'occasion et la curiosité de lire son
œuvre.

Il
fum

parut alors que Lou Terradou exhalait un par¬
puissant, que la sève en était ardente et que les
souvenirs d'une enfance villageoise, les laboureurs avec
leurs bêtes et. les moulins à vent avec leurs ailes, ve¬
me

naient se fixer naturellement à travers ces rimes. Je
discernai aussi quelque violence rustique dans l'expres¬
sion de cette ardeur. Les sonnets de Flors d'Occitania,

qui exaltent souvent la beauté sculpturale, me rappe¬
lèrent Aubanel et ses Filles d'Avignon. J'observai qhe
Prosper Estieu s'appliquait à suivre de plus près la
technique parnassienne. Elle consiste, on le sait bien, à
choisir des scènes et des figures dans l'histoire ou dans
la mythologie : Léda et le cygne, Prométhée et le vau¬
tour, la Belle Paule. Il y avait sans doute quelque nou¬
veauté à fixer ces vieilles scènes en languedocien.
Puis, avec La Canson Occitana, désirant élargir son
horizon poétique, le « félibre » évoquait des images
épiques et tentait de composer un romancero méridio¬
nal. Et il donnait ainsi la mesure de son talent vigou¬
reux.

Tel est,

à première

vue,

le développement de

sa

poé¬

sie. Elle glisse sans mystère du ruralisme au parnassianisme et de celui-ci à la restauration moyen-âgeuse,
mais elle s'adresse à un large public.
Des poèmes plus récents, ceux de sa vieillesse, pa¬
raissent surtout consacrés à des adaptations. L'un de

�lo

ses

gai

saber

derniers sonnets, ie dernier peut-être, feuille morte

qu'un

rayon

du soir illumine, s'inspire de la seule

beauté morale.
Il

se

peut que dans l'avenir le nom de Prosper Estieu

demeure attaché à la ruine mystérieuse de Montségur,
et

que son œuvre apparaisse comme une dérivation
singulière du romantisme des châteaux forts, et qu'on

s'étonne de la résurrection éclatante d'un thème his¬

torique sans issue. Victor Hugo, qui aimait certaines
syllabes dures de la langue d'oc, mais qui confondait
vraisemblablement la Cerdagne et la Navarre, avait
déjà chanté Masferrer avec une imprécision gran¬
diose

:

Sanche

a le Canigou, pic chargé de forêts,
Que blanchit du matin la clarté baptismale.

Mais qu'elle soit de France ou d'Espagne, la vraie
chanson de geste nous émeut, tandis que la Légende
des Siècles nous amuse malgré sa splendeur. La chan¬
son de geste appelait un auditoire attentif parce que le
récit était la forme primitive du spectacle, et parce que
les histoires avec leurs « vaillantises » ne s'étaient pas
encore enlisées dans l'histoire...

Je suis plus porté à admirer chez Prosper Estieu ce
premief mouvement qui lui fit découvrir la langue
d'oc, et je me persuade que sa muse la plus sûre est
celle de son été, la simple muse du Terradou, car enfin
il s'est trouvé sur son passage et ce fut la fiancée rus¬
tique ou la lavandière penchée sous les ornieaux.
Joseph-Sébastien

PONS,

Professeur
à la Faculté des Lettres de Toulouse,

Mainteneur des Jeux Floraux.

�LO

64

L'ESTIEU

GAI

SABER

QUE JE PRÉFÈRE

des tout derniers survivants des
J'évoquais avec lui, cet été, notre
première entrevue, dont il avait gardé le souvenir très
vivant. Cela remontait, mon Dieu ! à pas loin de cin¬
quante ans... De passage à Foix, il était venu embrasser mon père, qui était, à son habitude, souffrant et
couché. Estieu était alors dans la plénitude de sa ro¬
bustesse. Je le revois, avec ses longs cheveux et sa
barbe brune, un bâton noueux dans la main, rayon¬
nant de vie, d'ardeur, de beauté rustique. Une douceur,
pourtant, une tristesse demeurait au fond de ses yeux.
Ce fut comme une irruption d'été dans la chambre du
valétudinaire, une de ces journées d'été à la fois brû¬
lantes et voilées... Les deux poètes, celui d'oïl et celui
d'oc, si différents de tempérament et de physionomie,
si proches par le caractère et l'enthousiasme héroïque,
■se donnèrent une fraternelle accolade. Puis, d'une voix
d'ombre chaude, ardente et mélancolique, Estieu dé¬
Estieu était l'un
amis de mon père.

.

clama des vers...

plus tard, il publiait son premier ouvrage,
Terradou, qui contient un très beau sonnet
adressé à mon père et le sonnet en réponse de celui-ci.
Mon père consacrait aussitôt à ce livre un article où
il proclamait grand poète le chantre du Lauragais.
Estieu lui répondait, dans une longue lettre que j'ai
Un peu

Lou

sous

les yeux : «

Que

vous

m'avez compris !... Je crois

de toutes les études qui seront consacrées à mon
livre, la vôtre sera la plus belle... Merci du fond du
cœur, et agréez mon accolade la plus fraternelle. »
Certes, depuis ce premier livre, Prosper Estieu a pu¬
que

où l'inspiration s'élar¬
sujets les plus généraux de la littérature, de
l'histoire et de la philosophie. Tous ces poèmes sont
d'un pur métal, tordu et forgé de main de maître.

blié de très nombreux ouvrages

git

aux

Forme

splendide, vers aux rimes
Oundrads de rimos

comme

il

a

sculpturales,

escalprados,

dit fièrement lui-même.

�LO GAI

SABER

65

Si cependant il m'est permis d'avouer mon opinion
personnelle, j'aurai l'audace de penser et le courage de
dire que, parmi tant de recueils admirables, Lou Terradou restera son chef-d'œuvre parce que, sous une
forme du premier coup parfaite, il est celui, directe¬
ment

inspiré par la terre maternelle et les souvenirs
d'enfant, dont les sources sont les plus fraîches et les
plus profondes. Il est le plus ingénu sans être le moins
savant. Il est le plus émouvant parce qu'il est le plus
ému. Il est celui où fleurit, à chaque page, comme sans
le vouloir et sans le savoir, le détail vivant et spontané
qui ne s'invente pas, le souvenir familier où l'âme se
révèle, où s'éclaire la psychologie d'une existence,
d'une race et d'un terroir. Il est, en un mot, celui qui
me paraît le mieux satisfaire à la fois le cœur et l'es¬
prit, dans cet accord intime et total de toutes les facul¬
tés que doit réaliser l'œuvre d'art.
Aussi, lorsqu'après tant de sonnets éclatants mais
un peu froids comme l'or, le bronze et le marbre, ou,
au contraire,
tant d'imprécations enflammées contre
cet affreux Simon de Montfort, vous vous replongez
dans les vers émus du Terradou, vous y prenez comme
un
bain de fraîcheur végétale, vous y retrouvez un
Estieu rustique et savoureux que vous aviez presque
oublié, en communion avec la nature, la glèbe, la vie
primitive du paysan. Vous l'accompagnez
Pe's camps
ou

bien

une

au

laurads de fresc

bord de

«

que

la sourgo

fan tant bouno flairo,

moufudo

»

où il attarde

rêverie

Que l'aigo brans,olo ambe

soun

mourmoul,

admirez que, chaque fois, le thème général soit
vivifié et renouvelé par le souvenir personnel, l'émo¬
et

vous

tion, le trait pittoresque et vécu. Si, par exemple, les
quatrains du sonnet La Pageso chantent la louange
anonyme et traditionnelle des belles filles d'Avignon,
d'Arles et de Toulouse, voici les tercets qui surgissent
dans leur beauté non pareille et donnent, par contraste,
sa pleine valeur au sonnet tout entier :
Mes la

qu'es, à mous èlhs, la plus bèlo de ioutos,
en Lauragués, que suso à grossos goutos,

Es uno,

,

�66

LO

De l'albo à la

GAI

vesprado,

SABER

en

arfancant d'agram.

S'a lou

pèd pla terrous, sa cambo es tournejado,
E, nudo, on la creiriò 'scalprado dins l'aram,
Tant a'gut pel soulelh la carn poutounejado !

Voilà le Prosper Estieu que
riche et assez grand pour que

je préfère. Il est assez
chacun puisse choisir.
Moi, c'est dans l'auteur du Terradou que je vois le vrai
fils de Virgile. Tel est mon sentiment. Vous me l'avez
demandé. Je vous le donne pour ce qu'il vaut.
Roger LAFAGETTE.

ESTIEU ET MISTRAL

Deux

images de Prosper Estieu se sont gravées dans
avec une vivacité singulière, et il faut bien
qu'il y ait eu en lui de la grandeur, car je suis infini¬
ment plus sensible aux idées et à leur traduction ver¬
bale qu'aux apparences corporelles.
Je l-'ai vu pour la première fois en 1892. Nous étions
quelques félibres et fédéralistes parisiens (j'entends :
habitant Paris) qui venions donner la main aux fédé¬
ralistes et félibres de Toulouse, pour dresser la pro¬
testation de la jeunesse et de la foi en face de l'amu¬
sante descente des Cadets de Gascogne — bustes, ban¬
quets et discours. (Les jeunes gens manquent de res¬
pect envers les « autorités constituées », les acteurs
de la Comédie-Française et les honorables membres du
Félibrige qui ne savent que le français.) Bref, l'affaire
fut assez chaude et je me rappelle fort bien que, devant
le monument du grand Fourès, le maire de la cité palladienne fit ce qu'il put, sans y réussir, pour m'enlever
la parole. Estieu lut, magnifiquement, à cette inauguma

mémoire

�LO

GAI

SABER

.67

ration,

un
magnifique discours d'Antonin Perbosc.
Mais c'est la veille que j'avais fait sa connaissance et
c'est de la veille que le souvenir m'est resté le
plus
vivant. Mêlée à la foule trépidante, jacassante,
pom¬
peuse et décorée des Cadets, notre petite troupe subis¬
sait, dans la Salle des Illustres du Capitole, l'avalan¬
che des discours officiels. Quand ils furent achevés,
une voix s'éleva de nos
rangs : Estieu criait : « Vive
l'Occitanie ! » C'est ainsi que je le revois encore, en
fermant les yeux, tel que l'a peint Armand Praviel,
«

brun, vigoureux, superbe, la chevelure léonine, la

voix de cuivre », avec
rasin

«

sa

haute stature d'émir

sar¬

».

L'âge avait blanchi la

chevelure léonine », lors de
deux ans et demi, à
il n'avait nullement
affaibli sa foi occitane. Estieu était assis au pied de
Mont-Ségur, dont les hardis excursionnistes faisaient
l'escalade sous un soleil torride, et nous lisions ensem¬
ble le beau sonnet qu'il avait écrit en souvenir des
faidits martyrs. Il ne jetait plus un cri triomphant :
la sérénité avait remplacé la
fougue : la certitude res¬
tait en lui, aussi inébranlable. Cette vie a été d'un seul
«

notre dernière rencontre, il y a
la Sainte-Estelle de Foix; mais

tenant.

On s'est plu quelquefois, par ignorance ou par mal¬
veillance, à opposer Estieu à Mistral. Par orgueil pro¬
vincial, aussi, et parce que, à la première période du
Félibrige, la Provence a donné le branle et pris la plus
haute place dans notre renaissance. En fait, nul n'a
été plus mistralien que celui que nous pleurons : non
pas de ces mistraliens dévots qui ne souffrent même
pas que l'on discute la graphie adoptée pour Mirèio,
mais de ceux qui ont compris la pensée du patriarche
de Maillane et en ont fait leur règle, en toute liberté,
puisque ce libre développement est la première leçon
de Mistral.

Melchior de Vogiié disait qu'il manquait une inscrip¬
sur le piédestal
de la statue du Maillanais, en
Arles : « Ici est un poète qui recréa un peuple » : le
mort d'hier n'a jamais eu d'autre propos. Recréer un
peuple, c'est lui rendre le sens de son originalité et
tion

l'orgueil nécessaire

:

Estieu

a

toujours été hanté

par

,

�68

LO

la chute de la

GAI

SABER

patrie méridionale à Muret

:

«

Mainte¬

nant tout est fini, et, depuis sept cents ans, — Vous
inclinez votre front, frères languedociens; — Mais le
malheur ne doit pas abattre votre âme... » C'est tout
le sens de cet « albigéisme » qu'on lui a reproché. Ce¬

pendant, il est vrai qu'une nationalité ne retrouve sa
force que si elle prend conscience de son passé et com¬
mémore ses malheurs, ainsi qu'elle célèbre ses gloires,
Estieu n'a pas voulu rompre la chaîne: il est un
«

il

nouveau
vous

d'oc,

troubadour

»

:

«

faut ouïr la voix,

comme

un

souvenez-vous

!

Des

troubadours

nouveaux

Cette voix qui en langue
tonnerre, clame : — Languedociens,
—

»

Mistral donnait la langue pour fondement à la re¬
naissance provençale : il n'a cessé de le répéter élo-

quemment.

«

Il faut

se

méfier de tout

ce

qui est

en

dehors de la langue », a-t-il même écrit. Prosper Estieu,
là encore, s'est montré fidèle à
à sa façon, qui me paraît la

l'idée mistralienne, mais
bonne. Il n'a pas voulu
seulement évoquer et glorifier les poètes de notre
grande époque méridionale : trop de félibres, me disait
un jour mon vieux maître Camille Chabaneau, procla¬
ment, dans leurs discours, qu'ils pleurent en lisant
Arnaud Daniel : c'est, sans doute, qu'ils pleurent de
désespoir de ne pas le comprendre. Estieu comprenait
Arnaud Daniel et les autres troubadours
étudiés passionnément et toute la réforme

:

il les avait

qu'il

a

tentée

Perbosc, avec l'abbé Salvat, c'est un retour à leur
langue et à leur graphie. Là où des adversaires ont vu
une affectation d'archaïsme, quand ils n'ont pas dit :
de la pédanterie — et rien n'est moins pédantesque et
moins archaïque que les vers d'Estieu —, il faut voir
avec

le souci de rendre à

un

imprimé phonétiquement,
blesse et

son

Je n'ai pas

idiome
ses

négligé, « patoisé »,
véritables lettres de no¬

unité.

besoin de rappeler ce qu'il a fait pour
l'enseignement de la langue d'oc et la belle œuvre du
Collège d'Occitanie. Au temps où nos dialectes étaient
pourchassés et où il fallait du courage pour faire ce
qu'il faisait, instituteur public, il leur ouvrait son
école : il lui en a cuit, parfois. Là encore, il était mistralien : la proscription de notre langue édictée par

,

�lo gai

saber

69

l'Université (aussi bien que par les

gieuses,

congrégations reli¬
honnête) paraissait à Mistral le plus-

soyons

sûr moyen de déraciner l'élève et de lui apprendre le
mépris de sa famille, attachée au « patois ». Du reste,
Mistral voyait bien qu'un idiome que l'on
n'enseigne
pas s'abâtardit et se perd : Estieu le voyait comme lui.
Il n'a pas eu la consécration parisienne, qu'il n'a
jamais recherchée : il savait ce qu'elle exige de com¬
promissions et combien, au demeurant, elle est vaine :
mais il a pu, avant de dormir son dernier sommeil,
se rendre cette justice, que nous lui rendons,
d'avoir
été non seulement un de nos grands poètes d'oc (je n'ai
point à traiter ici de ses œuvres), mais un patriote
convaincu, un doctrinaire solide, un bon ouvrier de la
grande œuvre.
J.-Charles BRUN,

Majorai du Félibrige,
délégué général
de la Fédération Régionaliste Française.

PROSPÈR ESTIEU, POÈTA NACIONAL

Demest la rica

espelizon de poètas que, dempèi Mis¬
reviscolat la produccion literaria occitana,
Prospèr Estieu reprezenta, ambe la perfeccion clasica
de la forma, l'équilibré e la varietat. A cantat

tral,

an

L'amor, l'amistat, l'ostalada,
E, amb una ama encigalada,
Lo Lauragués ont « es » nascut.

Mas, per aquels que s'estacaran à cercar, jol estrop
del vèrbe, l'ama del poèta, fièra, dreita,
poderoza, pasionada de vertat, la partida la mai sinniembelinaire

ficativa de

son

ôbra, crezi

que

la trobaran dins La Can-

�45

LO

7°

GAI

SABER

Occitana. Me sembla que l'esencial de la pensada
Prospèr Estieu, la clau de sa vida felibrenca, vida
poèta e d'òme d'accion, ten dins La Canson Occi¬
tana, espresion cremanta e fòrta de sa fe.
D'autres an tastat e an saput dire l'encantament de
nòstra tèrra privilegiada; d'autres an cantat tôt sô que
pòd faire bategar un eòr uman; mas es el qu'a portât
vertadièrament, dins la sinfonia dels poètas occitans,,
la nota doloroza de l'ama lengadociana, nota que
monta d'un lentan pasat :
son

de
de

La nòstra tèrra

Es

granibola

claufida de flors

De milanta colors;
Mas abèm l'ama planhibola.

Acò vòl pas dire que dins La Canson Occitana lo
poèta sia arribat à son maximum de perfeccion verbala. I a, segurament, dins d'autras partidas de son
ôbra abondoza, un vocabulari mai gostos, de vèrses.
melhor escrincelats, e mêmes mai de vertadièra poezia,
mas i a pas l'emocion fòrta, prigonda que
refòfa
d'aquelas pajas ont tôt un pasat rezurgìs. Aqui lo poèta
a reviscolat amb una intensitat inegalada mêmes per
Forés
plus violent, mas mens poderos —, los sècles
—

ensannozits

e

dolorozes de nòstra istòria.

Me sembla qu'es pas traïr la pensada d'Estieu de
subretot dins el lo poèta qu'a convìdát l'Occitanìa
à se remembrar los sècles de glôria e de patiments dins

veze

famoza poezia Lengadocians, remembratz-vos !, lo
poèta dont Paul Sibra a fait lo retrat, lo peregrin de
Mont-Segur.
Mont-Segur ? Qui a dit, melhor qu'el, la sinnificacion doloroza d'aquela sèrra legendaria :
sa

Dizon que pèiras an còr dur.
E mentrestant, que de lagremas
Al fonze de ton cor estremas,

Pèira griza de Mont-Segur ?

Qui n'a comprés melhor la valor simbolica ?
Mas, per tastar coma se deu algunas pajas de La
Canson Occitana, las cal aber legidas al pèd d'aquel
castèl pirenenc, fièr testimôni, que, fregat sens relambi

�LO

GAI

SABER

7 1

pel vol poderos de las aclas, domina, de son auturoza
tristor, un orizon unie, salvatge, espandit à pèrda de
vista, de segur lo mai bèl de nòstre Lengadôc. A la votz
del trobaire, plenament armonizada ambe lo païzage,
las combas e las sèrras s'emplénan d'ombras, rezurgidas de la prigondor del pasat. Aquel pasat se fa prezent, los sècles s'avalison. Coma las muralhas totjorn
dreitas, la pensada del poèta es l'espresion de la vitalitat d'una rasa, la prôba que l'Ama d'Oc vòl pas
morir.

*.

Alavetz, l'istòria parei dins sa prigonda continuïtat,
espresion divèrsa de las mêmes realitats eternalas que
despàsan las institucions, los eveniments e los òmes.
Aquestis pòdon bolegar d'onzadas de surfasa que
sémblan modificar lo cors de l'istòria, mas las realitats
vertadièras ne son pas entemenadas e perseguison lor
lent caminament, irrezistiblas fôrsas bastiseiras contra
qunas tôt se ven turtar vanament.
La plena conciencia de l'eternitat de las fòrsas de
vida, qu'afraira los poètas e los sants, Estieu l'a prigondament aguda. Es ela que li fa escriure, dins son
poème epic à la glòria de nòstra tèrra, al costat de
las pajas amargantas ont l'aziransa e la révolta estofan
qualque côp la vertat istorica, — aziransa e révolta

lo revèrs d'un amor pasionat —
fizansa e d'espèr. Granda prôba,
d'alhors, del perfèt équilibré d'aquel engenh que do¬
mina los eveniments contingents per s'enanar plus
lènh trobar sô que demôra e que, fin finala, trïomfarà.
E, un côp de mai, Mont-Segur se prèsta à la simbolica
espresion de sas esperansas :
que son pracô res que
de poèmes comols de

Aquel Mont-Tabòr ont es Mont-Segur,
Aprèp jorns de dôl e de felonia,
Auzìs reiiontir causons d'armonia
E de dos espèr jos lo clar azur.
Lo même

prèza à

sa

sens prigond de l'istôria fa
justa mezura

la vanitat dels

que

lo poèta

conquistaires

Que seménan pertot l'afront,
■e

met

sa

fizansa dins lo poder de la lenga per

far

re-

�72

lo

zurgir los pôples

GAI

saber

:

L'arma suprèma, acò's lo vèrbe.

Som segura que, dins sas darnièras
oras, debia pas
renegar aquelis vèrses, dedicats als Tchècs en 1907 £■
que tôrnan prene, uèi, ailàs ! tota lor actualitat :
Lo

feroje Tudèsc podrà
plus lèu tarir la sorga,
encadenar per fòrsa e per mesorga,
Tant que lo tchèc aut tindarà.

De l'ombroza Moldau

Que

vos

Efectivament,

es dins sa Ienga que cal cercar la mai
espresion d'una rasa, tala que l'an fargada
de sècles d'istôria, tala que se mantendrà
malgrat los
entravadises, e malgrat los cambiaments necesaris.

vertadièra

Aimi de creire que,
taires que van un oòp

darrièr lo bruch dels conquisde mai ensannozir l'Euròpa, lo
trobaire a entrevist, à sas oras suprèmas, dins aquels
moments ont l'ama va atenhe à la
plena coneisensa,
l'avenidor raibat ont totis los pôples fraires, «
ligats
que per l'amor », podran
Cantar
E lo

un

laus à lor Federacion.

cant interior

qu'auziguèt sus son cabés d'anpensant à sos dicipols fervorozes, èra segurament, ambe mai de claror e mai de plenituda, lo cant
qu'enluziguèt la mòrt del grand faidit dont nos a dit.

gôni,

en

la gèsta :

Era

un cant afogat e comol
d'armonia,
Qu'ambe la mort venia consolar lo martir
E li dire 's espèrs d'un
fdh d'Occitania.

Irèna BONNET.

PRÉÉMINENCE

DE PROSPER ESTIEU

Il ne serait pas exact et il ne serait pas équitable
de ne pas faire à Prosper Estieu sa place dans le chœur
des poètes de notre temps.

�LO

GAI

SABER

73

Bien qu'il ait écrit en langue d'oc ses œuvres maî¬
tresses, celles-ci ne sont pas moins honorables pour
le patrimoine littéraire de la France que les plus fa¬
meuses, non seulement des poètes du Midi mais des
poètes de langue française.

Quelques réserves que puissent motiver certaines de
inspirations, animées d'un souffle partisan à l'égard
de l'albigéisme et de ses retentissements historiques,
on peut égaler sa verve lyrique au
génie épique de Mis¬
ses

tral et reconnaître

en

lui

un

ouvrier savant, expert, ma¬

gnifique parfois, du labeur littéraire.
L'art d'une composition équilibrée s'harmonise chez
lui à la science et à l'expression d'une langue pure,
celle des troubadours du XIII0 siècle, écrite, orthogra¬

phiée, parlée avec un souci d'érudition authentique,
dépourvu d'étroitesse, accueillant les vocables nou¬
veaux, mais restituant au langage traditionnel, toujours
en honneur, mais
longtemps défiguré par un visage vul¬
gaire, dans le midi de la France, la noblesse originelle,
héritée du latin.

Assurément, et de même que pour Mistral, l'hermé¬
tisme de cet idiome pour les étrangers aux langues mé¬
ridionales restreint l'audience d'un grand nombre,
mais, outre qu'il est relativement aisé d'en percer le
mystère grâce aux traductions, aux commentaires et
à la parenté latine, perceptible à la plupart des esprits
cultivés, serait-il juste

même intelligent de repro¬
employé sa langue maternelle,
surtout quand celle-ci a une histoire et a fait ses preu¬
ves littéraires, pour exprimer les sentiments jaillis du
fond de l'âme, pour glorifier notamment le terroir, ses
cher à

un

ou

auteur d'avoir

fils et leur destin ?

Prosper Estieu, célèbre et populaire des Alpes aux
Pyrénées et d'une mer à l'autre, ne doit pas nombrer
seulement parmi ses lecteurs la plupart de ses compa¬
triotes, mais tous les fidèles de la poésie.
Dans son œuvre ils apprécieront, avec l'art d'une
forme sûre, une conception originale du lyrisme, des¬
criptif ou intime, inspiré de la tradition ou du sol.
Ce lyrisme est caractérisé, chez le grand méridional
abattu par l'âge comme un cyprès par l'ouragan, au-

�LO

74

tant par

GAI

SABER

la flamme de l'invention

que par

la maîtrise

du verbe.

Ce qu'il pouvait y avoir d'excessif dans l'une s'or¬
donnait, en quelque manière, grâce à la mesure de
l'autre. Une lave parfois volcanique, mais coulée dans
le moule d'un potier grec, éclosait en œuvre vivante,
palpitante de fièvre ou d'espoir.
C'est vers celui d'une lumière qui passe toutes les.
clartés de ce monde que le poète a orienté le suprême

regard de

sa

recueillera

sur

vie parmi nous. La piété de beaucoup
les strophes du génie ce reflet de l'espé¬

rance.

THÉRON

de

MONTAUGÉ,

Mainteneur des Jeux Floraux.

PROSPER ESTIEU

RÉNOVATEUR

DE LA LANGUE

Je suis entré pour la première fois en rapport avec
Prosper Estieu et Antonin Perbosc en novembre pour
l'un, en décembre pour l'autre, de 1906 : cela fait déjà
dans les trente-quatre ans, plus d'un tiers de siècle
donc ! Je garde encore précieusement leurs lettres de
ce temps-là...
Prosper Estieu m'envoyait alors, en m'écrivant,
d'abord les dix premiers numéros de la revue Occitania
(de Toulouse et de Barcelone), puis encore ses Flors
d'Occitania, recueil de vers paru la même année, et
celui aussi de Lou Terradou, « sounets lengadoucians »,
publié par lui bien avant, en 1895. Mistral avait qualifié
ce dernier de « Cantique de nos cantiques », en une

�LO

lettre

reproduite

par

GAI

SABER

lui dans

son

75

journal L'Aiòli :
féli-

cette lettre avait ensuite fait le tour de la presse

bréenne.
Comme de juste, Prosper Estieu était fier, à la fois,
et tout confus du mot si élogieux et touchant de l'au¬
teur de Mireille. Mais le succès de ses Flors d'Occitania

dépassa toutes

ses

espérances. Le poète de Lou Terra-

dou était devenu, à son tour, un maître...
Il vient de mourir maintenant, objet du respect et
de l'admiration de tous. La poésie méridionale perd
avec lui un de ses représentants les
plus grands, les

plus purs. Inclinons-nous pieusement
tombe, qui vient à peine de se fermer.
de

devant

cette

Je laisse à d'autres le soin de célébrer la beauté de
sa
forme. Je ne m'attacherai, en ces quelques

lignes, qu'à

et féconde tentative de ré¬
langue occitane. Antonin Perbosc, dans
sa préface de Lou Terradou de son ami, et Prosper
Estieu lui-même, dans sa présentation au Lecteur des
Flors d'Occitania, ont clairement expliqué leurs inten¬
tions, exprimé avec foi leurs espoirs, montré en parti¬
culier la nécessité d'une restauration intégrale de la
langue d'oc, notamment par la fusion de tous les élé¬
ments utilisables conservés dans les parlers populaires.
Mais certaines précisions peuvent être apportées en¬
core, en cette matière, quelques rappels de souvenirs
plus exactement... Qu'on m'en excuse donc...
sa courageuse

novation de la

Il s'était élevé, en 1905, des controverses assez vives,
dégénérant même parfois en disputes, entre les poètes
« occitans »
et certains poètes provençaux. Ils étaient
à peu près tous d'accord sur ce principe que les poètes
du Midi, vrais descendants des troubadours, ceux de la
Provence et du Languedoc comme du Limousin et de
la Gascogne, devaient tendre à rétablir en son unité,
sa force et sa richesse la langue d'oc, et que les par-

�76

LO

GAI

SABER

lers actuels de ces diverses provinces n'en étaient que
les différents états au bout d'une évolution accomplie

longuement par elle. Mais, s'ils admettaient la théorie
d'une langue unique, d'une langue commune, ils com¬
mençaient à ne plus s'entendre déjà sur le caractère
et les résultats de cette évolution. Là où Devoluy voyait
une
loi nécessaire d'étapes successives, Perbosc et
Estieu ne voulaient voir autre chose qu'un abâtardisse¬
ment progressif, venu de ce que la langue mère avait
cessé un jour d'être écrite. Mais le désaccord était en¬
core plus flagrant lorsque nos théoriciens dégageaient
les conséquences de leurs affirmations et qu'il s'agis¬
sait de savoir quelle serait cette langue commune.
Pour Devoluy et Ronjat, en effet, de tous les parlers
d'oc, c'était celui de la plaine d'Arles qui avait le plus

qui, contenant le moins d'archaïsmes, était
conséquent le plus modernisé. Or il se trouvait que
c'était aussi la langue de Mireille et de Calendal. La
langue de Mistral, supérieure aux langues voisines,
plus illustre qu'elles, devait donc être adoptée dans
toute la terre d'Oc; et les poètes du Midi devaient dé¬
sormais puiser leur vocabulaire dans le Trésor du Félibrige ou Dictionnaire de la langue provençale.
évolué et
par

Tout en rendant hommage au génie de Mistral, Per¬
bosc et Estieu se refusèrent énergiquement à renoncer
à leur propre langue, à sacrifier au provençal le quer-

le lauragais, et choisir comme instrument
commune un dialecte qui a tellement évo¬
lué que, de tous les parlers d'oc, il est aujourd'hui, aux
yeux de certains, le plus éloigné de la langue mère,
du roman des troubadours. La langue commune ne
doit pas plus être le provençal qu'elle ne doit être le
limousin, le gascon, le languedocien ou le catalan. L'in¬
transigeance du capoulier Devoluy et peut-être plus
encore du baile Ronjat (qui avaient fini l'un et l'autre
par devenir néfastes et se rendre impossibles en bien
des milieux félibréens) n'aurait pu amener qu'une
anarchie complète chez les représentants des différents
dialectes méridionaux, en naturelle et légitime rébel¬
lion contre ces décisions arbitraires et un pareil des¬
potisme...
cynois

ou

de culture

Prosper Estieu est, précisément, de ceux qui, en

�lo

dépit de

ces

gai

saber

77

hasardeuses et malencontreuses doctrines,

ont le mieux contribué à instaurer et maintenir la si

désirable unité entre tous les parlers d'oc. On peut
discuter sur certains moyens proposés ou
pratiqués
même par lui; mais l'effort accompli grâce à son exem¬
ple et sous son impulsion a été vraiment salutaire à de
nombreux points de vue. Il a redonné à la
le

goût de la vie, lui infusant

langue d'oc

un

sang nouveau, lui

transmettant les battements de son propre cœur, —
généreux et ardent —, lui permettant ainsi de
franchir avec bonheur de difficiles étapes, en
marche,
comme elle est, vers un
mystérieux avenir.
cœur

Jean AMADE,

Professeur
à la Faculté

des Lettres de

Montpellier,
Majorai du Félibrige.

archaïsmes et latinismes
dans la langue de prosper estieu

«
Combien d'oubliés du Lexique d'Oc y sont réhabi¬
lités, purifiés de leurs scories et de leurs tares, revenus
à leur primitif éclat ! Sans aucun
douté, les patoisants
en
frémiront, et peut-être aussi certains félibres qui
ne sont
que des patoisants sans le savoir... » (a. Perbosc, préface du Terradou, p. X, décembre 1893).
«
Aquels principis consistison... 2° à remontar à las
vertadieras sorgas occitanas, en n'emplegant, pr'acà,

los vocables ancians que dins lo cas ont son estats mantenguts per l'un o l'autre dels parlars actuals, o dins
lo cas ont defaltan los bons vocables
modernes; 3° à
bandir tots los mots francezes qu'an près la plasa de
mots occitans avalits dins tal terraire,
mas conservais

�LO

78

GAI SABER

un autre » (P. Estieu, Al Legidor, Flors
tania, p. XII, 1906).

dins

d'Occi-

Ces deux citations contiennent, et la justification
des archaïsmes dans l'œuvre de Pv Estieu, et le plan
de" cette petite étude. En effet, P. Estieu n'emploie

archaïsme sans raison : ce sont ces motifs
allons essayer de dégager.
Signalons, tout de suite, une grande difficulté : ce
qui me paraît un archaïsme peut, en fait, survivre
dans une zone que je ne connais pas. Mais si cette zone
est très exiguë, la qualification d'archaïsme reste légi¬
time : dans le cas contraire, je serais reconnaissant au

jamais

un

que nous

lecteur de bien

Voici

donc

vouloir

me

comment

on

signaler mon erreur.
peut interpréter ces ar¬

chaïsmes.

Après un sommeil litté¬
langue s'est trouvée fort
démunie de termes abstraits. Comme la langue du
Moyen Age en offre un assortiment très abondant, il
suffisait d'y puiser pour combler les vides. Et ces vides,
il fallait les remplir, car notre langue doit pouvoir ser¬
vir à manier des idées, à analyser des sentiments, et
non pas seulement à conter des sottises. Quel mal y
aurait-il à prendre dans notre propre fonds ce qui nous
1. CAS DE SUPPLEANCE.
raire de quatre siècles, notre

fait défaut ? C'est ainsi que nous avons :
Afougat, T. 275 0), afogadament, C. 141 : très grande
extension de ce terme rare, impliquant l'idée d'ardeur
ou
d'enthousiasme (nous considérons comme un ar¬
chaïsme le fait d'employer avec une valeur très extensive un terme conservé uniquement dans un idiotisme,
qui n'est lui-même, le plus souvent, qu'un archaïsme

vivant) — aparaire « défenseur » F. 200 — auturous
T. 97, auturin T. 115 —■ azir « haine, ressentiment »
(Goud.) (2) F. 224, R. 164, etc. et azirar T. 105, azi(1) Notre étude se limite
(1895), que nous citons -dans

à quatre recueils : T. Lou Terradou
la graphie de cette édition; F. Flors

d'Occitania &lt;1908); C. La Canson Occitana (1908); R.
cero Occitan (1914). Les chiffres renvoient aux pages

Lo Roman¬
des éditions

indiquées.
de

(2) Quand le mot est encore attesté
Goudelin, nous l'indiquons ainsi.

exactement, un lexique de

Goudelin.

dans le ictiounari Moundi,
Le Dictiounari est, plus

.

�0

LO

GAI

79

SABER

ransa F. Ï30, aziros F. 138 — ballairis F. 152 — bategants (poples) T. 49: extension de còr bategant cf.
F. 154 C. 88, etc. — blos (partout) « pur » au sens abs¬
trait : extension de vin blos, aiga bloza — cobezejar
« désirer vivement » F. 96 et cobes F.
148 — descazensa F. 144, 166 — divesso « déesse » T. 7, F. 68 —
engcnh « génie » T. 259, F. 208 — lahut « luth »
C. 160, etc. — malcor T. 9 — mortalatge « massacre »
R. 192 (attesté seulement en ancien occitan au sens de
«
legs ») — orre « affreux » (partout) — (araire)
primitiu T. 57 (latin.) — robin « rubis » (Goud.) F. 170
timour (latin.) F. 75 — extension considérable des
—

iboul, donnant lieu à de nombreuses
préfixe subre (équivalent au
préverbe-préfixe latin per —) : subregand, subrabelugadas F. 164, subrombrejant F. 218, subrestomagada
F. 166, subre-mestièr F. XVI, etc. (Le Lexique de Levy
donne plus de cent soixante-dix composés avec subre-).
2. ANTI-GALLICISMES. Le mot serait bien attesté
dans la langue populaire, mais c'est un gallicisme.
suffixes

—

enc,

—

créations, et surtout du

remplacer par un terme archaïque.
cabal R. 134 (bis) vs. (3) chabal (cabal encore attesté
sporadiquement : Vic-Dessos cabatil (4) — desreis vs.
dezôrdre
conort F. 44, conortar R. 176 vs. coratge,
encoratjar (qui ne sont pas de véritables gallicismes)
espaventablament T. 157 vs. espoentable — escalprados T. 183 vs. escultar — galés T. 59, C. 86 vs.
gôloès — gauch (gaujos), terme sporadique étendu par
Estieu, remplaçant partout jàia (sauf en R. 116),
lequel est déjà employé par les troubadours, cette
forme étant très voisine du lim. jau, jauvi — grazit
F. 62 vs. agreable — manlevar F. X vs. emprontar —
mirabilhos T. 57 vs. merbelhos — mojofa C. 128 vs.
frèza — nibol (Goud.) vs. nuatge — pacan F. 40 vs.
païzant — prouximo (latin.) T. 59 vs. prochèna —
rabent (rare, et Goud.) T. 215 vs. rapide — senèstra
C. 134 vs. gaucha -— siau passim, siaudoment (tradui¬
sant « paisiblement » de Du Bellay) T. 61, asiauzar
R. 326 : extension d'après demorar siau (cf. R. 172) —
Mieux vaut le

—

—

'(3) vs. versus, c'est-à-dire « s'opposant à ».
(4) Le vocabulaire catalan ne saurait entrer
détermination des archaïsmes en languedocien.

en

jeu pour la

�8o

I.O

singlar R. 58
pora

F. 28

GAI

SABER

sanglièr — tebe F. 12 vs. tiède
tem(qui n'est pas un gallicisme, mais
saison ») : extension d'après
temporas :

vs.

—

vs. sazon

ressemble à «
les Quatre-Temps — testimon C. 218 vs.
temoèn
tezaur F. 72 vs. trezòr
treboulant T. 107 vs. troblant
(trébol est parfaitement attesté : vin trébol)
vel
F. 98, 108, 152 vs. voèla
via F. 48 vs. voiatgc.

—

—

—

—

3. EFFETS DE COULEUR LOCALE.
L'archaïsme
continue à évoquer l'atmosphère médiévale
exigée par
le genre.

a) poésies lyriques imitées des œuvres des trouba¬
dours : baudor « liesse » C. 34
cosirier « souci »
C. 36
encombrier « chagrin » C. 36 —
temps de
Pascor C. 40
pel saure « cheveux blonds » C. 40
(attesté dans Mirèio, II, 11, saureto).
—

—

—

b) poésies épiques : apostòli « pape » R. 184 —
prat batalher F. 172, R. 132, camp batalher R. 204 —
bisbe R. 174, 176, 248 (mais abesque C. 56) — cabalcar
R. 88, es cabalcaire R. 134,
277, èstre cabalcador R. 208
caitivier « immondice » F. 176
caratge « visage »
R. 240
cremor « ardeur » F.
178, R. 112 — descoiiort F. 174, R. 184 —
emperairis F. 178, R. 127 —
escadafal (Goud.) C. 152 — espalme « défaillance »
R. 333
fer « féroce » C. 78 (Mistral : capoun-fèr :
faucon) — guierdon « récompense » F. 178 — ira
F. 176, etc. (mais : La granda colèra de
Guilhèm) —mazèl « carnage » R. 184, 260, mazelhèr
(Goud.) « bou¬
cher » R. 114 (en face de boucher T.
237, « Lous
Biòus », pièce d'un caractère plus familier) —
paziment « dallage » R. 176 — pensier F. 178 — varletalha R. 128
via R. 120.
Termes archéologiques :
alberc « haubert » R. 132
èlme « heaume » R. 186
gonèlas « cottes d'armes » R. 226
matrasinas
«
flèches » C. 76
merlets « créneaux » R. 106, 292
pabalhas « tentes » C. 74
timpans « timbales »
C. 60
tautador « cible pour la lance » R. 208.
—

—

—

—

—

—

—

—

—

—

—•

—

—

Dans la « Légende des Siècles », Victor
Hugo em¬
ploie constamment le même procédé, avec une diffé¬
rence, toutefois : P. Estieu est garanti, par son érudi¬
tion parnassienne, de bévues telles
que le fameux
«
clerc en Sorbonne » du IXe siècle, ou «
je sais lire
en latin et je suis bachelier
», ou encore les anachro-

�LO

nismes
radnus

dans

la

GAI

8

SABER

description des

armures

d'

«

I

Evi-

».

4. RÉSURRECTION DE MOTS AYANT UN PASSÉ,
PATRIOTIQUE OU LITTÉRAIRE.
bourdous « vers » T. 183 (par contre, est populaire
sens de « sillon » T. 185) — conse « consul (de
Rome) » T. 187 (terme d'un emploi constant dans les
chartes, encore largement attesté au sens de « maire » )
faidit T. 4, etc. — joglars R. 234, 238 — Na, article
personnel féminin — troubairis T. 103 — troubar
T. 263, etc.
au

—

5. TERMES NORLËS. Le terme existe dans la langue

courante, mais le poète estime qu'il est trop familier
pour le ton de son poème : il lui substitue alors un
archaïsme. Le procédé se rapproche, dans ce cas, de
celui de Salluste et de Lucrèce, qui cultivent l'ar¬
chaïsme pour donner plus de noblesse à leur style.
Mais le fait est rare chez Estieu, et souvent douteux.
bais « baiser » R. 78, 300, 366, F. 162, 84, baizar
R. 152, au lieu de poton et de ses dérivés, qu'on trouve
cependant en F. 124, 132, R. 212, 218, 234, 194. En se
reportant aux textes, on pourra percevoir les nuances
qui sont, il est vrai, assez ténues. — glavi « glaive »
F. 128
ur « bonheur » T. 102, F. 28 — labras vs.
pòts T. 249, F., 98 (mais pot en R. 84).
—

6. ETYMOLOGISMES.

espirit T. 5 (mais Esprit C. 90) — nouminad T. 10
sanitat F. 46. Dans la graphie, distinction entre v
et b (attestée en Provence, et ailleurs sporadiquement),
pèd, aber, etc.
Ainsi, on peut voir, en 3, 4, 5, que beaucoup des ar¬
chaïsmes employés par Estieu ont une valeur stylis¬
tique incontestable. Ceux qui ont été relevés en 1 et 2
ont pour buts l'enrichissement et l'épurement de la
langue. Une constatation s'impose tout d'abord: c'est
que ces archaïsmes sont relativement bien peu nom¬
breux, si on les compare aux innovations introduites
ou tentées par Ronsard en
français. Si l'on poursuit
la comparaison, on verra que les rénovateurs modernes
de la langue d'oc se sont trouvés en présence du même
problème que les poètes de la Pléiade : faire de la Ian—

�82

■

lo

gai

saber

nationale un outil littéraire perfectionné. Mais le
français du XVIe siècle était tout simplement pauvre,
tandis que la langue d'oc du XIXe siècle n'était qu'ap¬
pauvrie : là où Ronsard a dû emprunter directement
au latin
et il l'a fait avec plus de discrétion qu'on
ne le croit généralement —, Estieu n'avait qu'à puiser
dans les richesses oubliées de la vieille langue, qui
abonde en termes abstraits et subtils : ce qui explique
le nombre intime des latinismes ou néologismes d'Estieu (on aurait tôt fait de les compter dans mon réper¬
toire). D'autre part, les uns et les autres ont enrichileur langue par des procédés intérieurs (dérivation suffixale, composition, etc.) dont il ne pouvait être ques¬
gue

— •

tion dans cette étude.
Tout cela contribue à

créer, évidemment, une langue
du moins littéraire. A cette objection,
une seule réponse : comparez la production littéraire
de la France précédant le XVIe siècle à celle qui l'a

assez

savante,

suivi, bit

nous

ou

n'aurons le droit de réclamer la langue

d'oc à l'Ecole que

où cette langue aura
droit, c'est grâce à l'œuvre
des Mistral, des Perbosc et des Estieu que nous l'au¬

une

rons

dans la

valeur de culture

:

et

mesure

ce

acquis.
Jean SÉGUY.

PROSPER ESTIEU E CATALONHA

Dins la vida exemplaria e l'òbra aleisonadoira de
Prosper Estieu, ambedoas adralhadas non solament
cap à l'enaurament de la Tèrra e de la Lenga d'Oc per
l'aflat de la poezia e de l'accion felibrenca, mas encara
al espandiment d'una Cultura pròpiament occitana, las
relacions amb Catalonha senhalèron la temptativa de

�LO

GAI

SABER

renovacion

nacionala mai preciza e de mai grand
tirada de la nòstra Renaisensa dempèi la fondacion
del Felibrige. Se non capitèt practicament tala com lo

Mèstre venerat

companhs d'idéal l'abian somal principi del movement
d'acostafnent intelectual occitan-catalan qu'esperancèt,
mai tard, las nôvas generacions d'entre las doas guèrras. De tôt biais, dins los sentiments e las idèas
que
lo butèron, i a, per nos-autres, l'ampla matèria eroïca
niada,

es,

e

sos

peròc, de

segur

de las motivacions mai actualas.
De segur,
per

tre qu'enreguèt la dralha felibrenca, ProsEstieu, tant-ben, s'aderiguèt amb tôt lo programa

mistralenc
substancia

e

comunièt d'èime

e

de

ideologica, sentimentala

cor

amb tota

la

mistica de l'Oda
i felibres catalans e del cant de La Copa. Dins Lou
Terradou, pracô, largat al lum quatre ans aprèp (1895),
trobam res qu'un sonet ont aludis lo tèma de la frairetat catalana. Ligat com es, aquest, al d'una vaga frairetat latina, es malaizit d'i destoscar l'endica, fins
sutila, dels sius sentiments personals e de. las sius
idèas particularas tocant la Renaisensa Catalana.
L'an

e

d'aprèp de la publicacion del Terradou, Prosper

Estieu comensa, amb Antonin Perbòsc, la publicacion.
de la revista Montsegur que marca l'espandiment de
lors relacions comunas dins lo mond occitan e l'afortiment de lors pozicions doctrinalas tocant la Lenga e la

politica felibrenca. Peròc, cal esperar fins al 1902 per
trobar, non solament un poèma de Prosper Estieu dirèctament inspirât per Catalonha, mas encara d'entresenhas precizas d'un confrairatge siu amb un escriban
catalan que compartis sos sentiments e sas idèas tocant
l'union de las tèrras sòrres. Lo poèma es un sonet,
Subre la mort de Jacint Verdaguer, ont legisèm aquestes vèrses decelaires:
Servam l'esper, Catalans Fraires,
Per delibrar nòstres terraires,
De

poder junhe nôstras

L'escriban catalan

mans...

En

Josep Aladern que propagaba, alavets, dins lo diari La Renaixensa, un catalanisme radical e i publiquèt d'articles ont demostraba
era

l'unitat fondamentala de tots los dialèctes d'oc amb
lo catalan literari. L'edicion en volum d'aquels estudis

�84

LO

li balhèt l'escazensa de

GAI

«

SABER

relacionar-se amb Frédéric

Mistral, Lluis Funèu, Antonin Perbòsc, Prosper Estieu
i altres patricis del felibrisme ». Es de las relacions
amb los très darrièrs qu'espeliguèt
cion comuna à favor de l'unificacion
turaia que, pèi, se concretèt dins la

lo projècte d'aclinguïstica e culrevista Occitania.
Aquesta sortiguèt mezadièrament del genier al octobre
de 1905, amb l'indicacion, sòbre la tampa, de la dopla
direccion : l'Occitana, flzada à Prosper Estieu, e la Catalana à l'Aladern, amb sètis respectius à Toloza e Barcelona. Lors principis son enonciats al cap del primièr
numéro e pòdon rezumir-se dins las formulas sinteticas de Prosper Estieu : « i a plus de Pirenèas » e
« Toloza e Barcelona !...
vaqui lo clam que va despertar la Patria !...

»

Aquelas formulas seràn, pèi, glozadas dins los nu¬
seguents. Abiàn recebut l'adezion « simpatica »
del mai grand poèta catalan d'aquel temps (e de tôt
lo nôstre temps), Joan Maragall.
Es dins Occitania qu'Estieu publica sos bèls poemas
Al Canigo e Aquelas montanhas ont, clarament, tòrna
afortir la siu comunautat de pensada e la siu volontat
d'accion conjunta amb los Catalans. De mai, qualquas
regas de la siu cronica mezadièra nos fan veire, mai
clara encara, sa pensada tocant las relacions de la
nòstra Renaisensa amb la Catalana, lo siu concèpt dinamic de Renaisensa que destria tota l'exemplaritat de la
segonda e l'estèrle acofinament del Felibrige provensal.
méros

Mas lo

principi de confrairatge pan-occitan e d'unilinguïstica aparat per Occitania aguèt gens de reson
dins l'intelectualitat catalana, e lo contrast violent del
Felibrige oficial bailejat per Devoluy empachèt las
nòrmas graficas d'En Perbôsc de capitar al nôstre. De
las doas bandas, l'indiferencia del public compeliguèt
la revista à plegar abans d'aber realizat lo projècte de
tat

Federacion de totas las Escôlas Occitanas à Barcelona,
amb l'apondezon de notables elements catalans.
Un còp esvarada, peròc, aquela temptativa, non
s'aplantèron gens la pensada e l'accion catalanista de
Prosper Estieu. Dins las publicacions de 1906-07, se
vei que non s'es acabada l'amistansa amb l'Aladern e

las relacions amb Catalonha. En 1906

es un

estudi del

�LO

setmanari

GAI

SABER

Catalonia, fondât

per

85

aquest, sobre lo novèl

trovador lengadocian. En 1907, es lo sonet d'Estieu Als
fraires catalans recebuts al Capitôli de Toloza, qu'es

publicat dins la Revue Méridionale. Aquest sonet es
estât rejunt dins La Canson occitana. Ara es dins aquel
libre que cal cercar l'expresion poetica del catalanisme
del Mèstre. La Canson occitana es lo darrièr libre
pu¬
blicat d'Estieu ont s'exprimiga atal. Aprèp, es dins la
coleccion de! Gai Saber que cal cercar-ne l'esperlon-

gament. Dempèi los grands aniversaris catalans, com
lo de l'Oda d'Aribau e lo del Canigò, fins als estudis
asabentats dels joves escribans occitanistas qu'an multiplicat los ligams inlelectuals amb Catalonha, fins à la
colaboracion directa de poètas o de prozistas d'aquela
tèrra, porgis un fum d'exemples que l'idéal de la revista Occitania a trobat, jos l'aflat o amb l'ajuda de
Prosper Estieu, un biais novèl de s'expresar e de se
realizar. Citarem pèi la bêla floridura dels Corses de
vacansas Occitans-Catalans de
Ripoll e l'institucion de
Corses de Lenga Catalana pel Colètge d'Occitania.
Lo darrièr testimoniatge poetic del acostament espiritual de Prosper Estieu amb Catalonha es la version

lengadociana de la legenda catalana del Comte A mal
que publiquèt dins Lo Gai Saber d'octobre 1935.
Aquesta legenda es una de las mai conegudas e mai
tractadas del legendari catalan; es, de segur, la de mai
tracendencia sinïbolica dins lo folklore e la poezia literaria d'aquest pôple. Lo grand Joan Maragall li donèt,
dins son ôbra, una plasa qu'a quioòm de semblant à
la del Faust dins l'ôbra de Gœthe. M'agradaria de veire,
dins lo breu e blos reson qu'a fait tindar dins l'ôbra
d'En Prosper Estieu, lo sinne d'un
confrairatge d'èime
e d'anina que
traspasaba las raras de l'expresion literaria

e

de l'accion.

Peire-Joan ROUDIN.

�86

GAI

LO

SABER

PROSPER ESTIEU ET

«

Nul n'est

prophète

L'UNIVERSITÉ

en son pays »,

dit le proverbe,

menteur, quand il s'agit de Prosper Estieu. Il y a déjà

longtemps que le poète dont les ouvrages ont à jamais
fixé la gloire, le félibre dont le rayonnement ne cessera
de croître, a reçu la consécration éclatante de l'élite,
dans le Midi de la France. Il a reçu également celle
des milieux internationaux. En Allemagne, en Italie,
en Catalogne, en Norvège, en Irlande, son œuvre a été
l'objet d'études particulières, dans la presse, dans les
revues, ainsi que dans les Universités. II lui manquait
encore une consécration oifficielle, celle qui a été don¬
née à Mistral, celle des Universités françaises. A l'Uni¬
versité de Bordeaux revient le mérite de cette initiative.
M. Gaston Guillaumie, professeur de langues et litté¬
ratures du Sud-Ouest de la France à la Faculté des

Lettres,

a

l'étude de

consacré son cours public de l'hiver 1939 à
Prosper Estieu et de l'école néo-romane. Le

dévouement
est

assez

esprit et

de M. Guillaumie à la

connu

avec

pour

quel

que

cœur

il

l'on

cause

félibréenne

dans quel
cet hommage à l'au¬

comprenne

a conçu

teur de La Canson Occitana.
cours du professeur étant radiodiffusé par le poste
Bordeaux-Lafayette, Prosper Estieu était à l'écoute:
il envoyait par écrit ses réflexions, parfois des papiers
inédits : de tout cela résultait une atmosphère excep¬
tionnelle pour les auditeurs de ces cours où planait,
invisible et présente, l'image de l'auguste vieillard de

Le

de

Pamiers.

Prosper Estieu venaient à propos,
ceux qui avaient été profes¬
sés, les années précédentes, dans la même chaire, sur
la poésie des troubadours. Pour des auditeurs connais¬
sant déjà les beautés de la poésie provençale, l'histoire
de ses gloires et aussi de son déclin, il était naturel
d'évoquer la véritable renaissance des lettres occitanes,
en dissipant un préjugé, trop souvent répandu dans le
grand public, où l'on est porté à croire qu'après la preCes

cours

sur

étant la suite naturelle de

�LÒ

GAI

87

SABER

mière génération félibréenne et les œuvres d'Aubanel,
de Roumanille et de Mistral, la littérature d'oc n'a pas
soutenu sa valeur. Il importait donc de mettre en relief
le rôle des grands ouvriers qui, dans la seconde géné¬
ration des félibres, ont travaillé à la rénovation de la

langue d'oc, et renoué la tradition

avec

les anciens

troubadours. Les leçons consacrées à Auguste Fourès,
Antonin
données

Perbosc et Prosper Estieu, les explications
la graphie de l'Ecole néo-romane ont pu

sur

dissiper ce genre d'erreur et mettre en valeur ''impor¬
tance capitale de ce grand effort linguistique et litté¬
raire.

Ensuite fut abordée directement l'étude minutieuse

méthodique de l'œuvre entière de Prosper Estieu,
ses
différents aspects, depuis le Terradou jus¬
qu'aux Oras cantairas. Les auditeurs ayant sous les
yeux des textes choisis imprimés pour eux, pouvaient,
en écoutant le commentaire, apprécier la hauteur de
pensée de l'écrivain, la variété de son inspiration, et
l'admirable perfection de sa technique. Ainsi furent
révélés aux auditeurs les multiples visages de l'œuvre
d'Estieu; ils purent se convaincre que le poète ne fut
pas seulement un joueur de cornemuse, un pâtre idyl¬
lique, chantant comme une cigale enivrée de soleil, à
la façon de Théoçrite et de Virgile, mais que sa lyre
est capable, quand il met son enthousiasme au service
et

sous

d'une

cause

sainte, de donner des accents d'une élo¬

plus sévère et surtout plus véhémente. Une
large part fut faite, dans les textes choisis, aux magni¬
fiques poèmes oii s'expriment d'une façon si mâle et
si guerrière les revendications passionnées du félibre
vengeur de la langue sacrée.
Par ailleurs, parallèlement à l'étude des œuvres, la
biographie de Prosper Estieu se développait en ta¬
bleaux successifs, correspondant aux étapes de son
quence

existence laborieuse de lutteur et d'homme d'action.
Toutes les nuances de cette âme magnifique furent mi¬
ses en relief : son amour intense de ía terre et du peu¬

tempérament fougueux pour la poésie, son ac¬
prodigieux pour les lettres
d'Occitania, jusqu'aux Oras
cantairas, qui constituent, au soir de sa vie, son testa¬
ment moral, on peut suivre l'évolution, pendant plus
ple,

son

tivité et son enthousiasme
occitanes. Depuis les FÌors

�88

LO

GAI

SABER

de

vingt ans de méditation et de progrès vers la sagesse,
des pensées les plus intimes du poète, de ses luttes
émouvantes pour atteindre l'Idéal, des angoisses
lancoliques de

mé¬

son cœur

dans la recherche du chemin

de la Vérité.

Les dernières leçons de M. Guillaumie dégagèrent les
conclusions essentielles qu'un public éclairé devait tirer

après l'étude d'une œuvre poétique si riche de subs¬
tance spirituelle : deux enseignements importants fu^
rent mis en lumière. En remontant jusqu'à la
langue
des grands ancêtres, les « novels trobadors »,
Prosper
Estieu et ceux de son école ont donné un grand exem¬
ple : ils ont voulu que la langue, qui fut autrefois la

première langue littéraire de l'Europe, ne soit plus,
sous notre ciel, une
langue méprisée; en épurant leur
dialecte, ils ont contribué à l'unification et à la nou¬
velle splendeur de cette langue magnifique. Ils ont aussi
prouvé, une fois de plus, que cette langue d'oc ne peut
pas mourir, et qu'elle est aussi — on l'oublie trop sou¬
vent
une langue française, issue comme sa sœur
d'oïl, d'un berceau commun, de la même langue ro¬
maine, qui servit autrefois d'interprète au monde.
Et, dans cette nouvelle bataille pacifique, « la novèla
mesclada », celle que livrent les félibres, où il n'est
question ni de vengeance furieuse, ni de sang versé,
un autre exemple plus
précieux encore nous est donné
par Prosper Estieu : au-dessus de tout, l'union indes¬
tructible pour la grande patrie française. Pas plus que
Mistral, Estieu n'a voulu dissocier l'amour de la France
et celui de la patrie occitane. Dans son œuvre et sa vie,
les exemples abondent et les cours de M. Guillaumie
les ont mis en évidence : ses discours, ses
poèmes, ses
lettres, foisonnent de multiples témoignages sur la vo¬
lonté qu'il a toujours eue de ne rien renier de son âme
française. Comme l'auteur de « Mireille » et de « Calendal », comme Fourès, comme Félix Gras et tant
d'autres félibres, Estieu n'est pas seulement un patriote
occitan, il est aussi un patriote français. Dans La Canson Occitana, il l'a clamé bien haut aux
enfançons du
Languedoc !
—

Un Auditeur

de la Faculté des Lettres de Bordeaux.

�LO GAI

SABER

89

L'OBRA INCONEGUDA DE PROSPER
ESTIEU

D'autres, mai asabentats, parlaran als
legeires del
Gai Saber de la
vida, del prêtait e de l'òbra coneguda
de Prospèr Estieu. Es
per acò que me serà permés de
far entrevezer l'ôbra encara iuedita
del Mèstre que
ploram.
Al

azart

d'una convèrsa, al mes de mai
pasat, lo
despleguèt uèit volums de tela cirada, qu'enclavàban aquel trezaur. Aquestes volums son
escriuts
ainbe suènb e prèstis à èse
publicats, ambe titols, ensenhadors e taulas, mêmes reviraduras en francés.
Sabèm que seran servais
piozament per Madama PratEstieu, dinna filha del venerat capiscôL
Las reviraduras fòrman la
maja part d'aquels iné¬
dits : coma los escribans de la
Renaisensa, En Estieu
es anat à las
sorgas del Umanisme; en enrequiguent
lo seu esperit, a
enrequit la nôstra lenga : a mostrat
per l'exemple que, plan manejat, lo
lengadocian podia
esprimir la pensada dels poètas de totis los
tempses

poèta

e

me

de totas las escôlas.

Es atal qu'en defôra de las Bucolicas de
Vèrgili, volum publicat, a revirat totas las Fablas de La
Fon¬
taine, los Sonets de Hérédia, de poèmes cauzits de Philéas Lebesgue, lo Libre de
Jòb, traduccion biblica que
l'adjudèt à sostener sa femna malauta, Le Centaure de
Maurici de Guérin (aqueste, parés, revirat dins un
jorn
en ritmes
occitans).
Mai

que mai, debèm notar una Antologia poetica del
temps antic dusc'al temps d'ara en ritmes occitans :
los sièis capitols d'aqueste
Florilège carréjan l'esperit
de la civilizacion occidentala (')•
Per complétai- aquel trabalh
lenguïstic, es de senhalar una novèla edicion del
Terrador, prèsta à espelir
(1) Los sièis capitols son : Antiquitat grèca,
Antiquitat latina,
Mejan Atge e Renaisensa dusc'à Guilhèm Colletet
(1594), de Cor¬
neille à Antòni Deschamps
(1800), de Victor Hugo à
Verlaigep.
(1844), antologia contemporana dempèi Verlaine.

f \^l

�LO

9°

GAI

SABER

nòrmas grafìcas del Colètge d'Occitania.
Legendas, lo sol libre de pròza, d'una lenga
granada e plegadisa, faran al segur la jòia de la redaccion d'aquesta revista, ambe las mantunas cronicas que
s'i podran culhir.
Lo Beure d'Amor es una adaptacion en vèrses dei
segon

las

Contes

vièlh

e

roman

francés de Tristan

e

Izeut.

L'òbra pròpiament òriginala del Mèstre pòt constituir sièis libres de vèrses de diferenta importancia. Cal
metre à una plasa à part Ramon de Perelha, granda

trilogia dramatica, ont lo poèta de Remembratz-vos fa
soscar à nôstra antiga e venjibola Canson de la Crozada : esperam un jorn ne balhar lo tème esencial e
d'abondozas citacions à nùstres legeires.
Demòran los poèmes lirics : aisi, un Novèl Flahut
Occitan ambe sa muzica, complément del jà paregut;
aqui, Al temps de la Grand Guèrra, poèmes tragics que
malurozament tornan d'actualitat; apèi, abèm dos reculhs de formas variadas : Los sèt Raizes (2), e Las
Razimadas : aqueste dividit en doas partidas, la primièra : Dins mon Terraire; la segonda, Pels Drollets.
Per acabar, tenèm un volum de sonets, Las Oras luscralas, que sulcòp va èse publicat : aqui, lo poèta se
remembra del pasat, de sa vida pageza, de sos aujòls
e subretot se rezinna à la mort, perque, sa dis,
un

cop

mort, reviurai, tala es mon esperansa.

Aquela idèia de la mort èra talament prezenta al seu
esperit qu'En Estieu abia presentit que veirià pas espelir aquel libre. Duscas à la fin, gardèt pracò una prigonda luciditat e, lo 20 d'octobre, escribia son darrièr
sonet, Lo Vièlh Garric :
clamant dins los vents occitans,
es demorat cent cinquante ans

fidèl à

son

reiral lengatge.

Mentre qu'ai cròz serai jagut,
dirà mon nom am son brancalge,
mon

(2) Los

sèt

car

Raizes

companh de joventut.
òdas, siirventés,
canties e nadalets.

son :

trôbas mescladas, bélugas,

causons

d'amor,.

�LO

GAI

SABER

91

AI cròz es jagut lo vièlh trobaire; mas nos demòran
las litsons de son òbra e de sa vida. Tal un Abat Faria
de

legenda, lo profèta de Montsegur

se

destaca del

cas-

tèl arroïnat ont Paul Sibrà l'a fait remirar e descen
cap à nos aus, joves occitans, per far luzir à nòstra

coneisensa,

encara

bre d'un trezaur

prezonhèra de l'escurina, lo remem¬
parièr, arremozat dins los sècles

sens

de lutz : sa vida e son ôbra nos balharan l'utis merabilhos que nos durbirà las portas de
l'antiga esplendor
reviscolada.

Fernan GAULHET.

ESTIEU E LA JOVENTUT OCCITANA

X..., janvier 1940.
Mon
Dins

una

car

Ora

Majoral

e

amic,

grèva de tant de tristesas, lo destin
de la Patria

crudèl vèn de picar al còr e à l'esperit
occitana : Prospèr Estieu es mòrt !

Quatre simples mots

: un

dòl immense.

La novèla m'es

venguda trobar dins lo canton d'un
bòsc onte, l'esquina plegada sota la plueja, d'enfants
del Lengadôc, del Roselhon, del Roèrga fan un barri
de carn subre las frontièras de la Latinitat, sota l'oèlh
dels Barbars.

Deman,

un

pichòt sota-liòctenent, mèstre d'escòla
mon P. C., una letra à

dins lo païs audenc, vendrà à
la man : « Estieu es mòrt ! »

Piòi, lo mètge del batalhon arribarà, el tambèn, por¬
un jornal del
Miegjorn e me mostrarà lo titol

tant

amar :

«

Estieu

es

mòrt !

»

�92

LO

GAI

E piòi encara, un de
sion, s'arrestarà dabant

SABER

mos
ma

òmes, tornant de permi«

cagna » per me balhar

la confirmacion de la marrida novèla...
Lo

pòple de Lengadòc comprend d'instinct

que

vèn

de pèrdre un de sos caps espirituals e
que se deu dinar
dabant lo cròs del poète. Mas los
que « coneison lo
secret »,

felibres

e

occitanistes, pòdon

pas

s'empachar

de plorar pramor que sàbon tôt sô
que reprezentaba
dins nôstra renaisensa e dins nôstra cultura un mèstre
coma Prospèr Estieu. E sièi bèn
segur que los joves
sentison tôt particuliarament lo dôl de lor Patria
car,
per élis, lo venerable decan de VEscòla Occitana èra
pas solament l'edificador poderos d'una òbra poetica
manhifica, mas tambèn la mai bloza personificacion del
patriotisme occitan e un dels grands simbòls de nôstra

respelida.
An

après dins

sos

poèmes, aquelis joves, l'amor del

tcrrador e las pajas gloriozas o dolorozas de nôstra
istôria ; an trobat dins los libres d'aquel
grand umaniste las prôbas de la continuïtat de nôstra cultura

latina; i'an après la noblesa dels sentiments, la beutat
e las
riquesas del art poetic; an trapat dins son ôbra
de restauracion lenguïstica un utis
que son importancia se pôd mezurar à las consequencias
qu'an seguit,
en Catalonha, lo trabalh
analôg entreprés per Pompeu
Fabra ; an vist, enfin, dins sa vida, un naut
etsemple

d'estacament à-n-un idéal e una subrebèla litson de
fidelitat à la rasa, à sas tradicions e à sa
lenga.

D'aquel païs onte, dempièi setembre, ai rescontrat
côp lo sovenir de Maurici Barrés, apôstol del
patriotisme lorrenc, ma pensada s'en va, iôi, del costat
del mont sacrat de Montsegur que
foguèt la « Colline
inspirée » de nôstre Prospèr Estieu, apôstol del patrio¬
tisme occitan. Al pèd del piôch famos, lo car
Majorai
m'apareis tal que lo pintrèt Sibra e me sembla auzir
sa nôbla votz clamant
qualque « Remembratz-vos ! »...
mantun

La litson de

son ôbra e de sa vida, la demembrarem
serà venguda l'ora de la patz e que tornarem
prene nôstra plasa dins la dralha occitana,
Estieu serà un dels mèstres que balharan als
joves
d'Oc, dezirozes de fargar un monde novèl, los elements.
espirituals per una sana reconstruccion.

pas, e, quora

�GO GAI

Crezètz,
mon

dòl

SABER

93

amie, que Io dôl de YEscòla Occitana es
lo dùl dels joves d'Occitania. Vos abrasi

car
e

respectuozament.
JOAN

LESAFFRE,

Fondalor,
ancian Prezident del Novèl-Lengadôc.

ICONOGRAPHIE DE PROSPER ESTIEU

L'iconographie d'un homme illustre pose plusieurs
problèmes dans l'ordre de la création artistique. Dans
cette sollicitation de commande l'artiste, sculpteur ou
peintre, arrive-t-il à traduire d'abord le modèle ? Y
trouve-t-il un jeu libre d'interprétation ou déboire et
critique ? La reproduction plastique d'une célébrité
donne-t-elle du prestige à cette œuvre, lui confère-t-elle
par un contrat mystérieux une expression d'art supplé¬
mentaire par l'inspiration suscitée ? C'est à la lueur
de ces deux concepts que je désire examiner les bustes
et les portraits de mon illustre ami, le grand poète occi¬
tan Prosper Estieu et établir les contacts échangés
en¬
tre

les artistes et leur modèle.

Le premier buste d'Estieu est dû

au talent du sculp¬
Calvet, de l'Ecole Toulousaine. Ce sculpteur ariégeois devait rendre par un monument un hommage

teur

durable à Esclarmonde de Foix; on voit bien, autour
de cette Princesse de Poésie et grande prêtresse du

catharisme,

un groupe de troubadours où aurait figuré
honneur Prosper Estieu. L'artiste a construit
dans la glaise un Estieu dans la maturité de sa longue

avec

et vaillante existence.

Le sculpteur a exprimé par la saillie des volumes et
la structure des

masses

le lutteur occitan

qui

a com-

�LO

94

GAI

SABER

avec puissance pour son pays et pour sa langue.
L'Estieu de Calvet est bien le robuste chevalier mé¬
diéval qui va se battre dans le tournoi des lices roma¬

battu

le Gai Saber »; il évoque les premières lut¬

nes

pour «

tes

félibréennes. Estieu est le solide combattant des

temps héroïques de Mistral et de Fourès, c'est
du

«

félibrige rouge

l'Estieu

».

tempête est passée, la victoire est certaine; les
lyriques du Terradou et des Flors d'Occitania,
l'épopée du Romancero occitan et de La Canson occiLa

sonnets

tana furent des armes victorieuses dans la rénovation
de la graphie romane. Estieu est devenu un apôtre et

Malacan, le maître sculpteur du Lauragais, va
traduire dans la terre d'Issel et dans le marbre de
Labécède l'aède vénérable, le poète inspiré, l'évêque ca¬
thare devenu orthodoxe. Un buste magnifique en terre

J.-B.

patinée, deux fois grand comme nature, représen¬
occitan et du sol et de la tra¬
Par une admirable interpréta¬
tion l'artiste a rendu la rare puissance, l'énergie com¬
bative, la faculté créatrice, les dons divins du poète,
la stricte conscience du romaniste. L'image olympienne
d'Estieu est décrite dans toute son analyse humaine
et multipliée par la subtile cadence des surfaces et des
saillies; c'est la substance profonde du cœur, de l'âme,
de l'esprit qui se dégage de cette gloire de la terre

cuite

tera Estieu conquérant
dition et de la langue.

natale.
son expression est un monde,
d'observations vécues et de souvenirs émus.
Estieu restera ainsi toujours parmi nous.

Ce buste est définitif et

sujet

Mais à côté du grand poète lyrique dont les
étaient gonflés par un cers épique, il existait un

envols
Estieu
familier, pédagogue, ami des petits et des enfants, un
grand-père à barbe blanche qui contait des légendes,

fables puisées chez Esope; près de
l'âtre, à la veillée, sur son « flahut » il retrouvait de
vieux airs, d'anciennes chansons, des rondes d'autre¬
fois. Et Malacan, un jour, dans un élan spontané et
naïf, prend un caillou, un caillou du chemin, de ce
marbre de Labécède, que demain le cantonnier brisera
de son maillet, et sur cette pierre triangulaire il taille
des histoires, des

à

grands

coups

de marteau, et le profil d'Estieu naît ho-

�LO

rizontal et racé;

sa

GAI

bouche

SABER

se

95

fleurit du flahut et les
un chant nouveau

doigts maigres et agiles conduisent

sur de vieux airs. L'Estieu du Flahut occitan et du
Fablier occitan y est saisi dans toute sa rustique sim¬

plicité. Une telle pièce de haute qualité est
l'atelier du sculpteur.
Si Estieu

a

sculpteur, il

suscité

sur

la terre des

«

encore

lauraires

dans
»

son

également trouvé dans son époque et
dans son pays son peintre. Dans le domaine pictural,
on peut déclarer que la
présence d'Estieu en Lauragais
a

affirmé le talent de Paul Sibra. Plus tard, l'esthéti¬
cien ou l'historien de l'art trouvera matière à érudi¬
tion en découvrant le monde félibréen et en impli¬
a

quant, sur ce thème, l'évasion spirituelle, plastique ou
colorée par l'éclosion et le rayonnement du mouvement
romaniste.
Paul Sibra

a

connu

la notoriété par

le portrait d'Es¬

tieu à Montségnr. La localisation n'est pas ici arbitraire
et

dépasse l'allusion, car elle touche en profondeur aux
mystères du symbole. Estieu comme un bloc se dresse,
réplique de la falaise sacrée de Montségur; le « pur »
est assis devant le temple, et tous deux s'élèvent tête
et citadelle, par la construction identique de lignes
semblables, comme des rayons de gloire, dans le ciel
de l'épopée romanè. Estieu monte la garde, sentinelle
de la redoute albigeoise, dernier défenseur des libertés
occitanes. Le bâton à la main, il défie : Tàca-z-i se gau! Cette toile célèbre est l'honneur du Musée d'Art
Occitan de Salon en Provence.

zas

Dans un autre tableau de Sibra, Estieu poète et ro¬
maniste est représenté de profil en buste beaucoup plus

grand que nature; les volutes des cheveux et les volu¬
tes de la barbe encadrent le précieux et fin visage de
l'érudit de la

«
lenga mairala », de l'historien de la
méridionale, de l'aède inspiré du Languedoc.
Sous le lorgnon, l'œil glauque d'Estieu adapté plus à
la vision intérieure qu'au spectacle éphémère du monde
extérieur, me rappelle les vers de Chénier quand il
demande à Homère aveugle :

terre

Si

plutôt sous un corps terrestre et passager
Tu n'es point quelque dieu protecteur de la Grèce
Tant une grâce auguste ennoblit ta vieillesse !

|
j

"

�96

lo

gai

saber

Une autre étude de Sibra bien venue et très expres¬
sive est un portrait d'Estieu souriant et familier, d'Estieu grand-père. Ce tableau, le préféré de l'auteur
enjoué du Flahut et du Fablier, est destiné aux Salons

de l'Hôtel d'Assézat.
Dans le monde félibréen, la belle tête de vieillard ho¬
mérique d'Estieu devait servir d'insigne modèle à plu¬
sieurs artistes. Achille Rouquet, fondateur de l'Escòla
Audenca, directeur de la Revue Méridionale, a taillé en
xylographe remarquable dans le buis les traits d'Es¬
tieu, son jeune compagnon des luttes politiques et lit¬
téraires. Estieu y est dessiné de face, alors que c'est
le profil d'ascète qui a surtout retenu les artistes; dans
des oppositions fortes de blanc et de noir, Estieu revit
dans sa force, dans son application, dans sa volonté.
Antoine Conio, de Marseille, majorai du Félibrige, a
édité avec un souci éclairé une série de cartes repro¬
duisant les traits des félibres et majoraux. Elle s'inti¬

tule : « A cadun sa part »; cette documentation est
d'un intérêt extrême; chaque portrait est accompagné
d'un extrait de l'œuvre de l'auteur. Prosper Estieu y

figure au n° 39; M. Jourdan a tracé un dessin à la
plume, d'une écriture sobre et concise qui rend bien
de trois quarts l'esprit attentif de l'illustre majorai.
Un autre dessin à la plume, inédit, est celui de M. Cazelles inscrit au coin d'un page où Jan Pitchou dans
un sonnet pleure « la mort del troubaire ». Estieu y
est représenté en buste de trois quarts dans une gra¬
phie un peu romantique qui n'est pas pour déplaire.
Estieu n'est-il pas notre poète épique de la geste occi¬
tane ?

Telles

sont

les

images d'Estieu, témoignages élo¬

quents d'artistes contemporains qui furent
teur de leur auguste modèle.

à la hau¬

Jean GIROU.

�LO GAI

SABER

97

II

SOUVENIRS
REMEMBRANSAS
Es lo 21

de septembre 1891 que
vejèri pel primier
côp Prospèr Estieu. Era lo jorn del entèrrament d'Au¬
guste Forés. Lo rebondut qu'aquel ser
quitabem per
tôt jamai endormit, drech dins son
tauc, al cementèri
de Castelnôudàri èra un
grand amie que perdiam.
Praoò, se nôstres noms à totes très abian mai d'un
côp
vezinat dins
mantas revistas

mèjornalas, Estieu n'abia

jamai duscas aqui escrich una sola rega en
lenga d'ôc,
e quai auria dich
que d'aquela tomba trop lèu dubèrta
s'èra envolada la viva
béluga qu'anaba alucar lo foc
novèl mai que plus
flambejaire al ardent fogal lauragués ? Aquel miracle se fasquèt simplament coma una
rôza espelis al solel. Inoblidabla
vesprada d'afrairament
!
felibrene
Se

Prospèr Estieu n'èra pas encara lo trobaire occi¬
qu'es devengut, abia escrich saquelà d'ôbras
pauc
o pron
aparentadas al felibrige : Gens de Glèbe, Lettres
de mon Jardin, Carnet d'un
Paysan, parescudas en partida dins la Revue
Méridionale, de Carcasona, ont se
legis dins lo n° d'abril 1891 : «
Je sens que devant
ce modeste coin de
Lauragais, si j'avais le talent du
grand félibre Auguste Fourès, je clamerais ici
même,
en parler d'oc, un sirvente
véhément à faire exulter les
mânes des trobadors. Mais ce chant sublime
que, sim¬
ple terrien, je ne peux avoir sur les lèvres, je l'ai dans
le cœur. » (Carnet d'un
Paysan, III. Sud contre Nord.)
Aqui que nôstre estampèl de Castelnôudàri se debanèt dusca al endoman,
dusca à Toloza. Quand nos
quitèrem, Estieu abia près aquela decizion irrevocabla :
lo titol déjà trobat de son libre francés Le
Terroir
tan

...

...

anaba devenir Lou Terradou.

�lo

g8

gai

saber

Un mes aprèp, me mandaba per un Tombèl
guste Forés —• libre aparelhat mas non publicat
primier sonet occitan, lo que se legis à la paja

d'Au¬
son

11 del

Terradou.
Lo 11 décembre seguent, Io novèl felibre m'escribia
que « n'èra à son sonet XXVIII », e per
al sonet XXXIV.
Profetizabi donc pas trop mal quand, en aquel temps,,
diziai dins lo primier fascicle de la Revue félibréenne
(tome VII, p. 363) parescut aprèp la mòrt de
:
« Cette arme que l'auteur des Grilhs a forgée « solide,
« souple et loyale », suivant l'expression de
Ricard, cette arme tombée si prématurément de
main du grand poète, voilà qu'elle a été

Nadal n'èra
Forés

Xavier de
la
déjà relevée
maître. »

disciple qui sera demain un
lèu 50 ans d'acò. Subrebèla temporada ont
dempèi las ardentas oras d'alèrt e de combat dusca à
la siauda serenitat de las oras luscralas, aquel que l'astrada menèt sus mon camin i a sempre corregut à mon
costat en frairal amie d'èime e de còr.
Atal pasam sus aquesta paura tèrra ont lo melhor
consolament es d'esperar que l'esperfòrs dels que selevaran mantendra e complira l'òbra dels que tomban.
Tu, Estieu, brave e fidèl companhon, aqui-te dins la
«
siava patz dels rebonduts », tu que sens repaus e
sens faliment as fach tant bona e bêla batuda. Los que
vendran entendran sempre ta crida : « Gens de Beziers,
de Carcas, de Fois, de Lavaur, de Muret, de Toloza...,
Occitans, remembratz-vos ! »
par un
Il

aura

Antonin

PERBOSC,

Majorai del Felibrige,
Mèstre en Jòcs Florals.

SOUVENIRS DE PROSPER

de Montpellier, en l'an 1911,
la première fois j'ai vu Prosper Estieu. L'an¬
précédente, dans la précieuse Anthologie d'Armand

C'est à la Sainte-Estelle
que pour

née

ESTIEU

�LO

GAI

Praviel et Rozès de Brousse,

SABER

99

j'avais lu des extraits de

et, jeune Félibre, désireux de m'initier peu
à peu à toutes les formes de la Renaissance d'Oc dans
l'ambition que j'avais de devenir l'un de ses historiens,
J'avais vivement admiré cette poésie mâle, sonore,
«
brounzinanto », qui disait les deuils et les espoirs
de la patrie occitane. Aussi ce me fut grande joie d'en¬
tendre pour la première fois « rugir le monstre luimême », qui, à la sonorité de son verbe, ajoutait celle
de sa voix, tout aussi bronzée que son teint de prince
mauresque sur sa noire chevelure. Il y avait là Philadelphe de Gerde, dans tout l'éclat de sa beauté, Valère
Bernard, jeune et vaillant Capoulié, Charles-Brun heu¬
reux de se retrouver dans sa ville natale, et tout se
passa très bien, sauf qu'à son départ Prosper Estieu,
déjà très myope et d'ailleurs tout enivré de rythmes
et d'estrambord, faillit se faire écraser par un train en
gare de Montpellier...
Six ans plus tard je le retrouvai, au village de Raissac-sur-Lampy, où il était alors instituteur. Officier
depuis une année, alors en garnison à Carcassonne
pour quelques mois, j'avais noué amitié avec le châte¬
lain de Raissac, Léon Cathary, grand lettré, bibliophile
passionné, qui avait réuni dans son vieux castel habile¬
ment restauré les éléments d'une magnifique biblio¬
thèque. Les livres d'Estieu, aimablement dédicacés, y
étaient en bonne place, et le poète lui-même était à por¬
tée de ses livres, à quelques pas du château où étaient
son école et son logement, où il habitait avec sa femme
et sa fille Mireille, joliment chantée par Mistral, « Mirèio de Prousper Estieu ».
Encouragé par le bon accueil du poète, je lui appor¬
tai un jour le manuscrit de ma thèse de doctorat de
ses

œuvres,

provençale, qui avait obtenu l'impri¬
depuis juillet 1914, mais que les
événements m'avaient forcé d'enfermer dans un tiroir
en attendant des temps meilleurs. Il voulut bien la lire,
m'encourager et me donner des suggestions utiles.
Pour le remercier — si c'était là toutefois un remer¬
ciement suffisant —, j'écrivis en son honneur un son¬
net franchimand, que Lo Gai Saber a publié naguère à
propos d'une cérémonie où nous honorions à Toulouse
La Renaissance

matur de la Sorbonne

le vieux maître.'

�lOO

LO

GAI

SABER

Car ce fut ensuite pour moi, la paix revenue, une bien
grande joie de retrouver Prosper Estieu parmi nos
confrères et amis des Jeux Floraux, à l'Hôtel d'Assézat,,
et plus encore au Clocher de Rodez, dans les
banquets
fraternels de YEscòla Occitana, animés par la verve
du bon Joseph Anglade, de Praviel, de Rozès, et
sage¬
ment réglés par notre cher abbé Salvat, qui, d'un œil
attentif, veille à tout et à tous.
Mais la plus belle vision, et la dernière, hélas ! que
je garde de Prosper Estieu, c'est celle qu'il nous donna
lui-même dans ces fêtes de 1938, où les Félibres
s'étaient assemblés pour la Sainte-Estelle, à Foix, et
plus encore au pied du château ruiné de Montségur.
Nous y étions montés, le mardi, en dépit de la grande
chaleur qui frappait rudement sur la côte abrupte, et
là-haut nous avions entendu Jouveau, Salvat, Fontan,
d'autres encore chanter les plus beaux et les plus pa¬
thétiques des vers dédiés au souvenir des vieux faidits.
Mais le bon maître n'avait pu nous suivre : oppressé

l'âge, la voix déjà rauque et entrecoupée, il avait
au pied de la colline sacrée, du castel dé¬
mantelé dont il avait si souvent évoqué la gloire tragi¬

par

dû s'asseoir

que, et, comme nous redescendions, nous
autour de lui pour l'écouter nous dire le

fîmes cercle
beau sonnet
qu'a publié depuis l'Armana prouvençau, cet admira¬
ble Nunc dimittis de ce vieillard Siméon, se résignant
à la mort inévitable et remerciant Dieu de lui avoir

permis de voir enfin son rêve réalisé, la Coupe Sainte
Montségur, le Thabor où se transfigure l'Occitanie
aux yeux des disciples fidèles...
à

Ce

pressentiment n'était que trop juste : nous
plus, nous, Provençaux, revu depuis Prosper
Estieu. Il n'est pas venu boire à la Coupe, au pied du
Mont-Ventoux, à Carpentras, à la dernière Sainten'avons

Estelle de la Paix.
Et c'est

quelques mois après cette dernière réunion
appris que Prosper Estieu venait de
disparaître au cœur de la grande tourmente, lui, le
chantre de l'épopée méridionale qui va d'Aymeric de
Narbonne et de Guibourc d'Orange jusqu'aux forts de
,Verdun et jusqu'à ceux de la ligne Maginot.
que nous avons

�lo

gai

saber

IOt

Mais

son œuvre nous reste, son œuvre où la nature,,
mythologie, l'histoire, l'idylle, l'épopée, la chanson
mélangent leurs prestiges et leurs enchantements, poé¬
sie tendre et forte, caressante et rude tour à tour, son
exemple de grand travailleur, de grand honnête
homme, de pur poète, fier et désintéressé, de chré¬
tien un peu hétérodoxe parfois, mais toujours sincère
et toujours de bonne foi.
Que la terre d'Oc, qu'il a tant et si bien chantée,,
soit légère à son corps ! Quant à son âme, elle combat
sans doute avec les milices
célestes pour la France
latine et chrétienne contre des armées plus barbares
encore que celles dont Béziers, Lavaur, Carcassonne et
Toulouse supportèrent jadis l'assaut brutal.

la

Emile

RIPERT,

Professeur à la Faculté des Lettres d'Aix,
Majorai du Félibrige,
Maître ès-Jeux Floraux.

MA RENCONTRE AVEC ESTIEU

Ceux

qui parlent et écrivent la langue d'oc et ont

dans les veines la chaleur du sang méridional savent

Prosper Estieu, le Hérédia de la langue d'oc, fut
poète né, un ardent et beau poète épique et lyrique.
Ceux qui ignorent la langue d'oc et ceux aussi pour les¬
quels les Leconte de Lisle, les Hérédia et autres
Parnassiens ne sont pas des poètes sont tout à fait hors
d'état de rendre justice à Prosper Estieu. Sa mémoire
se passera de leurs suffrages. Au reste, ce n'est pas
pour eux que j'écris; je les laisse à leur conception
que
un

�LO

I O 2

étroite et

GAI

SABER.

subtile, prétentieuse et brumeuse, de la vraie

par eux d'autant plus exaltée qu'elle reste inac¬
cessible au pauvre lettré ordinaire, dépourvu de sno¬
bisme. Disant cela, je vais me faire traiter de passéiste

poésie,

obtus et de

pompier endurci. Je n'en ai aucun souci;
je place très haut le génie lyrique de Prosper Estieu,
viril comme Apollon, sonore et lumineux comme l'Eté
dont il portait le nom méridional.
et

Après des essais en français, il se révéla, vers la
comme poète occitan. Persuadé de la richesse
foncière de la langue d'oc et de la décadence où on la
laissait glisser, il en étudia le glorieux passé et, fort de
l'exemple de Mistral, il se mit à œuvrer dans la langue
ancestrale et à l'enrichir sans pédantisme. Sans jamais
archaïser avec excès, comme des ignorants l'ont cru,
il lui rendit sa jeunesse et sa couleur et sa fougue. Il
trentaine,

eut de bonne heure la chance de trouver un

merveilleux

frère d'armes dans l'éminent poète d'oc, d'un an son
cadet, le glorieux quercynois qui heureusement lui sur¬

vit, Antonin Perbosc. Ces deux poètes d'oc, lyriques et
épiques et également savants, resteront inséparables
dans l'histoire des Lettres méridionales.
vers 1895 que commencèrent à paraître les bel¬
grandes œuvres de Prosper Estieu : Lou Terradou, Flors d'Occitania, La Canson occitana... et, plus
tard, Lo Romancero occitan, Lo Flahut occitan, Las

C'est

les et

Oras cantairas. Il travaillait à son dernier recueil, Las
Oras luscralas, quand la mort est venue éteindre sa
flamme octogénaire. Rien de la poésie épique et lyri¬

lui fut étranger : l'ode, l'épopée, l'élégie, la bal¬
lade, l'antique sirventes, le sonnet parnassien, la chan¬
son même, avec sa verve populaire. En chacun de ces
que ne

genres, on pourrait citer de Prosper Estieu d'exquis,
de forts, de lumineux poèmes. Que n'en ai-je la place !
Et je ne puis rien dire de son œuvre de grammairien,

linguiste, d'unificateur (avec Perbosc) de l'ortho¬
graphe occitane.
Naturellement, il était depuis quelque quarante ans
Majorai du Félibrige et Maître ès-Jeux Floraux de
l'Académie de Toulouse. Pour montrer en quelle estime
les poètes le tenaient, que ne puis-je citer l'opinion de
ceux qui l'ont connu, la vôtre par exemple, Pierre Jalade

�I.O

(iA !

SAlîKR

bert, et rappeler Ses rencontres chez l'abbé Bessou avec
le grave Perbosc et notre ardent Vermenouze ! Quant
à l'admiration qu'en son âge mûr il soulevait autour
de lui, nul ne l'a mieux dépeinte qu'Armand Praviel
et J.-R. de Brousse dans leur Anthologie du Félibrige :
«Au point de vue poétique, il a triomphé partout, sa¬
chant à la fois chanter des odes fougueuses et ciseler
des sonnets parfaits... Aussi son œuvre a-t-elle dépassé
le cercle de la littérature méridionale

:

on

l'a étudié

sympathie et admiration en Italie, en Espagne, en
Allemagne et jusqu'en Norvège. Brun, vigoureux, su¬
perbe, la chevelure léonine, la barbe de jais, la voix
de cuivre, Prosper Estieu est une des physionomies les
plus impressionnantes de la Renaissance méridionale,
et il n'est pas de belle fête occitane où n'apparaisse sa

avec

haute stature d'émir sarrazin.

Quand il

me

»

fut donné de le connaître, il avait

soixante-dix ans et sa chevelure était blanche, mais
quelle flamme encore et quel enthousiasme ! Je me sou¬
viens d'un soir, à Toulouse, où je lui récitai le sonnet de
Pierre de Nolhac, A la Gloire du Vers : « Gloire au
vers triomphal, fait de sons éclatants — Et que les jeu¬
nes gens, le soir, sous les étoiles, — Ivres d'art immor¬
tel, se répètent longtemps ! »
Admirable sonnet

avons,

me dit-il, et quelle chance nous
cher poète, d'en être émus ! Quand on sent la

poésie

avec

«

enthousiasme,

on a

toujours vingt

ans. »

Et, d'un geste juvénile, le vieux poète m'embrassa. —
Je suis, d'un cœur bien triste, avec ceux qui le pleu¬
rent.

C. GANDILHON GENS-D'ARMES.

EVOCACÏON

Un patriarc ! Es atal que l'ai sempre conegut. Lo
vejèri pel primièr oòp, i a unis onze ans, à Castèlnôu,
ont Los Grilhs del Lauragués e Lo Colètge d'Occitania

�LO

GAI

SABER

fèsta annadièra. Abiai menât d'Albi qualescolanas, laureatas dels Jôcs Florals. Arribèrem
al bèl mitan de la mesa, quand lo predicaire acababa
son sermon; e, à la sortida del ofici, mentre que lo cortètge s'organizaba per anar florir lo buste de Forés, al
Ort de la Terrasa, vejèrem, demest los felibres, up
vièlh òme à la barba d'argent, à la longa cabeladura
de nèu encadrant una cara maurèla : èra Prospèr Es¬
tieu. Abia pas setanta ans, e déjà trisaba menut, e
déjà clinaba las espallas... Mas lo fièr profil gardaba
sa puretat de medalha e la votz sa sonoritat d'aram.
Lo vèspre, jos los ombrages del Enclaus Sant-Francés,
lo poguèri longament remirar mentre que la Cort
d'Amor dezencatelaba son programe : al inièch d'un
partèrra florit de fichus mirgalhats e de frescas caras
sonrizentas, èra mai que jamai lo patriarc cargat d'ans
e de glôria que tôt un pòple enròda de respèt e de véné¬
fazian lor
quas

ration.

La fèsta finida, sul camin que nos menaba cap à
la vila, un amie me volguèt prezentar à Prosper Estieu,
e lo Mèstre, totjorn aculhent als joves, me diguèt que
lo

prêtait èra grand, los obrièrs

pauc

nombrozes,

e que

cadun, del plus menut al plus fort, debia butar à la
rôda per que se reviscolèse nôstra vièlha lenga d'oc.
L'auzisi encara afortir d'una votz que la montada fazia
palsemaira : « Lo Felibrige es coma un engrenatge :

quand òm i met lo det menèl, lo bras i pasa tôt entièr !

»

Oc podià proclamar, ja que tota son existencia
l'ilustracion. Quand lo coneguèri melhor, quand

n'èra
ajèri
legit son ôbra, m'apareguèt que la grandor d'un Pros¬
per Estieu es dins l'unitat de sa vida. E ara qu'es mort,
òc sentisi encara mai prigondament. Lo poèta es naut :
a sapiut manejar totis los genres, lo sirventesc, l'epopèia, l'elegia, la fabla, e mai que mai lo sonet que se
plèga el-mèmes à totas las inspiracions ; mas l'òme es
plus naut encara : sa vida es una rega tota dreita com
la que tràsan los boièrs de Fendelha dins la tèrra lauragueza. Sul crôs de Forés, Estieu a trobat sa voca¬
tion. A virât l'esquina à la poezia franceza ont abia
déjà fait sas pròbas; s'es consacrât al reviscòl de la
lenga e de l'ama reiralas. Tota una vida donada à-n-una
idèa ! Los ans pasaran e Estieu serà, jùrn aprèp jorn,

�lo

gai

saber

105.

lo cantaire del Terradou, de La Canson Occitana, del
Romancero Occitan, de las Flors d'Occitania... Aquel
mot « occitan » tinda coma un rampèl, floteja coma

drapèu gaireben dins cada titol. Es lo mòt-mèstre,.
paraula magica qu'orienta tota l'activitat. Per defidèl à son idéal, Prosper Estieu a bezonh,
morar
de oòps qu'i a, d'èstre eroïc. Li arriba de fondar de
revistas dont es, à-n-el tôt sol, lo director, lo redactor
e l'imprimeire. Mànjan son temps e son argent, mas
dùran. Lo jorn es donat als enfants dont lo poèta es lo
regent, las nèits son donadas à l'òbra. E l'ôbra se perseguis, las pèiras s'ajùstan à la Montjòia. Estieu a l'es¬
tima d'un Mistral, l'amistat frairenala d'un Perbòsc,
un

la

mas

son

d'ans

e

nom trai mal
à sortir de l'escurina. Caldrà
d'ans per que conegue l'embriaigament de la

popularitat. Sa carrièra universitaria s'acabarà à Raisac-sus-Lampi, dins un poste ont d'autres la coménsan.
Las dificultats, la lasièra, l'amarum an pogut s'amontairar, Estieu s'es pas jamai descorajat, a pas jamai
abandonat l'esteva.

Se cal dinar plan bas dabant una tala vida qu'es un
e una litson. D'aquel etsemple, d'aquela litEstieu sabià lo prètz; nos a laisat lo simbèl de

etsemple
son,

existencia e lo retrat de
de sos plus bèls poèmes.

ama dins qualquesEl, es lo « garric » que
tibia pas, lo « pibol » qu'estira son darnièr branc per
«
potonejar l'azur » e atenhe las estèlas. Tota la noblesa e la fiertat de son oòr, las a faitas pasar dins
aquels sonets qu'an immortal reson.
Lo darnièr oôp que vejèri lo Mèstre, èra al pèd de
la ròca de Montsegur. Trop las per escaladar lo pèch,
èra demorat asèit à l'aurièra d'un camp mentre que los
fidèls de la Santa-Estèla de Fois fazian lor peregrinage. E quand tornèrem davalar, lo poèta ajèt aquesta
paraula : « Ara pôdi morir : ai vist lo Capolièr portar
la Copa à Montsegur ! » Lo vièlh obrièr de la Cauza
occitana demandaba pas d'autra recompensa.
son

uns

son

Marîa BARAILLÉ.

�io6

LO

GAI

SABER

SOUVENIRS

Quelques pages

sur

Prosper Estieu... Depuis long¬

temps déjà ses nombreux admirateurs ont écrit et dit
tout ce qu'il y avait à dire et à écrire sur lui. Il serait
difficile, sans répéter quelqu'un, d'ajouter un chant à
tous ces chants, si on ne me permettait quelques sou¬
venirs personnels. Il faut

parfois

se

contenter de peu.

Trois parmi les autres. Le premier se situe en 1927.
Des félibres s'étaient réunis à Çastelnaudary pour fêter
la mémoire d'Auguste Fourès en se groupant autour
de

son

buste. Des félibres et

non

des moindres

:

la

grande Philadelphe en tête; Anglade qui devait bientôt
disparaître; François de Gélis parti, lui aussi; Antonin
Perbosc, Armand Praviel, l'abbé Salvat, Rozès de
Brousse, bien vivants, ceux-là; Magali de Séverac et sa
mère, fille et femme du génial Déodat; Juliette Dissel
dont le talent splendide se révéla ce jour-là.
Et aussi un grand vieillard : sec, droit, aux yeux ins¬
pirés, à la barbe en pointe qui lui faisait un profil
étrange; ce profil que le pinceau de Paul Sibra a im¬
mortalisé. On en voit de semblables découpés aux stal¬
les des jubés de Saint-Bertrand-de-Comminges et de
la Cathédrale d'Auch. Une tête de prophète, de pèlerin
du Moyen Age, ou de pâtre biblique de je ne sais quelle
lointaine Chaldée.

C'était Prosper Estieu, rayonnant, inspiré. Son
rayonnement s'affirma au pied du monument, dans ce
minuscule jardin de Çastelnaudary où il aimait s'as¬
seoir. Il parla. Ce fut comme si l'esprit avait soufflé.
H parla encore à la taulejada, au moment des brindes, et à la Cour d'Amour. Chacune de ses paroles attei¬
gnait nos clœurs, ... mais allait plus loin. Elle planait
au-dessus du terroir lauragais, tout crissant du chant
des grillons, ce terroir que Fourès avait si bien chanté
et que Prosper Estieu aima d'une incomparable affec¬
tion.

Deuxième souvenir. Le ruban rouge vint fleurir la

�LO

GAI

SABER

boutonnière du poète. Lorsqu'il était instituteur de vil¬

lage, Estieu avait peut-être convoité la modeste violette
académique. Ses ambitions n'étaient pas allées plus
loin. Mais ses amis savaient souhaiter pour lui. La
Croix d'honneur fut bien placée sur la poitrine de cet
homme intègre et de ce poète désintéressé.
Elle récompensait l'effort enthousiaste fait en faveur
de la langue et de la vieille terre d'Oc. Et, à Castelnaudary encore, sous-préfecture du Félibrige, Estieu
entouré de poètes et d'un essaim de jolies filles portant
le costume ancestral, fut le héros de cette réunion. Son
émotion
La

ne peut se traduire.
vie, qui d'une part lui fut si dure, lui donna, ce

jour-là,

une

Comme de

belle compensation.
coutume, sa fille, sa Mireille, la filleule de

Mistral, était à ses côtés. A elle aussi, on doit une pen¬
sée. Elle veilla, telle Antigone, sur la santé fragile du
vieillard; elle l'encouragea, le soutint aux heures péni¬
bles, et, sans nul doute, ses soins affectueux et cons¬
tants ont prolongé les jours de notre grand Estieu.
Et l'ultime souvenir

a pour cadre Montgeard, gra¬
du Lauragais. C'était en juillet
1932. M. et Mmo Roger Dalga, petits-neveux de Fourès,
avaient organisé, ainsi qu'ils en ont l'heureuse habi¬
tude, la fête du Blé Nouveau. Sous la lumière matinale,
le village fleurait le froment frais.
Blé en gerbes, en couronnes, en guirlandes, en fes¬

cieux

village

au cœur

tons.

Fête symbolique du pain que Prosper
dait. Il avait vieilli. Ses yeux et sa voix

Estieu prési¬
faiblissaient;
mais par une sorte de miracle que sainte Estelle ob¬
tient pour ses amis, la déchéance physique semblait
compensée par une foi encore plus rayonnante.
Foi en. la terre, en la race, en l'avenir de la langue
d'oc. Foi du prophète qui voit et qui entend ce que
d'autres ne peuvent entendre et qui sait et qui affirme
que jamais nul effort n'est perdu.
Car, pareil au grain de blé qui. mis en terre, engendre
un épi, et à ces épis qui, réunis, deviennent gerbes, le
moindre mouvement félibréen peut faire lever une
moisson abondante.

�lo gaisaber

Vous êtes

parti, Prosper Estieu. Mais votre œuvre

durera, car notre terre vous méritait. Et, dans ce Lauragais encore brûlant du passage de Dominique, dans
ce Lauragais que le vent n'a pas cessé d'aimer, ceux qui
vous suivent reprendront le flambeau que vos mains
ont laissé tomber et le déposeront, brillant, devant
l'autel de sainte Estelle.
Marguerite DUFAUR.

REMEMBRE

Es em'uno grando tristesso qu'avèn après, à la fin
de l'an passa, la mort dóu Majourau de Fendèio,
P. Estiéu. E, tre saupre aquelo novo malastrouso, que
laisso mudo uno di grando voues di Terro d'Oc, à l'ouro

la chavano peto e trono sus lou païs, avèn
pensado lou remèmbre pregound dóu Pouèto que vèn de leissa s'enarta, vers li
clarta Sant-Estelenco, sa grando amo de cantaire e de
mémo

que

senti mounta dins nosto

troubadour.

de segur; mai nous es dous
coupia de sa man, sa « Canson pel Cabalet »,
que Deodat de Severac n'escriguè la musico. Nous
l'avié baiado simplamen, couralamen, emè touto sa Fé
de pouèto, un jour que l'avian demandádo umblamen
au grand felibre qu'èro, pèr la faire canta en de rode
L'avian gaire couneigu,

de serva,

nostre.

E vuei que nous a leissa pèr sempre, nous es de bon
tamben de nous remembra lis armounio duradisso e
la belour de si pouèmo que, alisca de guierdoun emè
lou musician magnifì dóu Lauragués, an sachu avéra
lis acrin dis obro li mai grando e li mai forto de nôsti
Terro d'Oc.

�LO

GAI

SABER

IOg

E

aquéu remèmbre armounious s'endevèn emè lou
e
bènvoulènt rescontre que faguerian déu
jPouèto à la Santo-Estello de Fouis. Emé sa caro
d'aposto, sa simplesso acuiènto e sa Fé seguro, soun
amistanço nous fuguè un counfort di mai precious,
que li jouine li mai umble an sèmpre besoun de l'ajudo
tjarrié

freiralo de sis einat.

Vaqui perdequé nous es grèu, aro, de sounja que de
man di Pirenèu, avèn perdu un ami saberu e cantadis, maugrat lis an que s'amoulounavon sus sa vido;
perdequé sentèn necite de serva pïousamen sa memòri
e soun eisèmple, e de countunia d'oubra, coume éu,
pèr l'ounouranço de nòstis avi, de nôsti terro, e la mantenènço de tout ço bèu que, mai que mai, dèu faire
la

lume

au

mounde.
L'AUBANELENCO.

IMPRESSIONS ET SOUVENIRS

Au temps,

hélas, trop lointain !

—

de

mes

années

d'étudiant à Toulouse, mon attention fut un jour atti¬
rée dans la librairie des demoiselles Brun par une revue
occitane d'un tout petit format dont la couverture
verte comme l'espérance portait un nom prestigieux :
Mont-Segur. Déjà attiré par les lettres d'Oc, j'eus vite
fait d'acheter le numéro. J'y lus tout de suite avec pas¬
sion des sonnets dont la graphie insolite pour moi évo¬
quait celle des troubadours, des sonnets écrits dans
une langue et un rythme superbes et dont l'inspiration
nous
emportait d'un coup d'aile jusqu'aux étoiles !
Tout cela laissait bien loin les pauvres patoiseries où
se traînait jusque-là — en dehors du grand Fourès —
notre poésie languedocienne. Ces vers étaient signés
d'un nom où flambaient toutes les ardeurs des messi-

9

�ï ,I

LO GAI

O

dors d'Occitanie

:

SABER

Prosper Estieu

Je devins dès lors

un

—

Prosper l'Eté !

lecteur enthousiaste des

vers

de

Prosper Estieu, du Terradou et des Flors d'Occitania, alors prêtes à éclore, jusqu'aux derniers poèmes
publiés par Lo Gai Saber à la veille de sa mort. Je pla¬
çais le chantre inspiré de Fendeille au premier rang dé
mes admirations, tout près du Maillanais !
Eloigné par mes études et par ma carrière pendant
de longues années de notre Midi Languedocien, sauf
pendant de brèves périodes de vacances, je ne vis guère
Prosper Estieu qu'à travers ses poèmes pendant les
années de sa vigoureuse maturité où sa fougue entraî¬
nante s'égalait aux véhémences de son verbe éclatant.
Je n'ai eu l'honneur d'approcher et de connaître que
l'apôtre à la longue barbe blanche de prophète, au
visage pâle et mystiquement émacié d'ascète fait pour
tenter le pinceau d'un Greco ou d'un Zurbaran.
Son extérieur donnait

comme

celui de Mistral

une

impression de simplicité et d'indicible grandeur. Sa
personnalité s'affirmait doucement dominatrice et con¬
quérante. Le poids des années ne ployait pas la foi ni
l'ardeur laborieuse et militante de ce Grand Lauraire.
Le noble vieillard réalisa peut-être au cours de ces

vingt dernières années

son

action la plus féconde,

en

fondant avec un groupe d'amis et de disciples enthou¬
siastes L'Escòla Occitana, Lo Colètge d'Occitania, et
leurs vaillantes filiales qui ont essaimé partout sur la
terre d'Oc. Ne fut-il pas le véritable animateur et orga¬
nisateur de l'action félibréenne dans ce Languedoc où
Fourès avait été un précurseur presque isolé ?

plumes autorisées étudieront ici sa grande ré¬
graphique et linguistique, son action infatigable
tant aux Jeux Floraux que dans les organismes félibréens, son œuvre poétique immense poursuivie sans
faiblesse jusqu'au dernier jour, l'ascension obstinée
du penseur et du philosophe vers la lumière des
Des
forme

sommets...

L'Escolo deras Pireneos n'oublie pas qu'à la félibrée
de Mirepoix, en 1935, au lendemain de la mort de son
fondateur si regretté le majorai Bernard Sarrieu, Pros¬
per

Estieu vint apporter à

tâche de continuer

son

qui avaient la lourde
l'encouragement de sa

ceux

œuvre

�lo

gai

sabkjr

I I

Í

présence et de sa parole. Elle est heureuse et itère de
lui avoir procuré une des dernières et des plus grandes
joies de sa vie félibréenne.
Au dernier jour de la Sainte-Estelle de Foix en 1938,
Organisée par notre Ecole, les félibres, après avoir gravi
én un pèlerinage pieusement fraternel la montagne ins¬
pirée de Montségur, après avoir chanté là-haut, devant
les monts Pyrénéens, Lo Boièr et Lou Rei en Peire, se
sont groupés sur le plateau, au pied du Roc, avant de
dire un dernier adieu à ces lieux sacrés. Le Capoulier,
les Majoraux, les représentants de toutes les Ecoles de
Nice à Bayonne, entourent Prosper Estieu. Le grand
occitan lit d'une voix étranglée d'émotion un magni¬
fique sonnet, puis, rejetant en arrière sa face plus pâle
encore et ses longs cheveux d'argent : « Les Proven¬
çaux sont montés à Montségur, la cause est gagnée...
Nunc dimittis !

&gt;&gt;

Raymond LIZOP,
Majorai du Félibrige.

LA

C'est

MORT

sous

un

DE

PROSPER ESTIEU

ciel triste, à l'unisson des cœurs, que

les admirateurs et les amis de Prosper Estieu l'ont con¬
duit

petit cimetière de Fendeille, face à la maison
n'y a que la route à
traverser. Sur les arbres dépouillés, sur les labours
brumeux pesait le deuil de celui qui hier encore, dans
Lo Gai Saber, évoquait la borde lauragaise « al
au

natale. Du berceau à la tombe il

entorn

de Fendelha

»

dans

un

de

ces

sonnets d'une

pureté classique qui l'égalait à Théocrite. Il chantait
les « joguets rusties », le sifflet taillé dans le sureau,
« la cansoneta encigalada »...

�LO

i i 2

GAI

SABER

Le poète donne une âme aux plus humbles choses.
C'est ainsi que Prosper Estieu enracinait les petits de
l'école et c'est pourquoi le Gouvernement français, il

quelques années, le décora de la Légion d'honneur.
Quand revient, si vite, le temps des grandes épreuves,
si la France retrouve le peuple fidèle, le soldat-paysan,
sans hésiter, sans discuter, c'est à des hommes comme
Prosper Estieu qu'elle le doit parce qu'ils ont tenu le
sol vivant en tenant la langue vive, selon la chanson

y a

de Mistral.
M. le Préfet, retenu à Paris, en se faisant représen¬
ter aux obsèques, et par un poète, lui-même très atta¬
ché au sol natal, rappelait ainsi l'hommage national, le

témoignage de reconnaissance au grand mainteneur des
traditions qui sauvent notre pays chaque fois qu'il est
en péril de mort. A Fendeille même, des foyers en ruine
témoignent d'un abandon contre lequel Prosper Estieu
incarnait les salutaires réactions.

Qu'importe décembre, les bocages nus et muets, la
glaise lourde ! Prosper Estieu est entré dans l'heureux
été que son nom annonçait déjà, dès sa naissance,
l'heureux été de son œuvre immortelle. Tant qu'il y
aura un oiseau pour chanter dans le ciel lauragais, le
Lauragais d'Estieu, de Fourès, de Séverac, de Salvat,
de Sibra, cette œuvre chantera, perpétuant sa mission
belle et bonne.
Jean LEBRAU.

SOYENIRS

I avià seis ans que, totis dos, viviàm a Castèl-Nòu
d'Arri à bet-lèu dos cents pases l'un de l'autre e — me
creiretz se volètz — non avià solament jamai auzit
mensonar

son

nom.

�LO GAI SABER

113

Un jorn, dins la carrièira, vegt
barba coma la d'un profèta.

un

Monsur, amb

una

E

qui es aquò ? demandèri à una femna.
Qualque poèta ! me respondèt.
Puèi, un autre còp, auziguèri Senher Roger dire de
sonets de Prosper Estieu. Aquel jorn, dins ma vida, es
marcat d'una granda crotz.
—

—

L'endeman,

anèri veire

lo

Mèstre. Me

d'amont las lunetas, me demandât d'ont èri

fintèt per

voliai.
Respondèri qu'èri una filha de lauraires e de terralhèrs
d'Issel, e que voliai dire de vèrses d'el à las testas de
Forés que s'apreparavan.
—

—

Ehé... Sauretz ?...

Ensajarai...

S'alizèt la barba,
anèt

e que

dreit

à-n

un

se

levèt

libre.

Lo

e,

trigosant las savatas,

còr

me

fazià

tifa-tafa.

Amanhaguèt lo libre avans de lo dubrir e diguèt :
De iéu, nani, vôli pas que digatz rés, mas vos cal
aprener quicòm de Forés. S'arrestèt à-n una pagina
ont i avià en letras majoralas : « A la Lauzeta. »
Alavetz, d'a-pasets, coma quand ensenhava los pichôts efans, legiguèt aquel remirable poèma :
—

0 lauzeta,
Belugueia,

Plena de

vam,

de flam, de fòc...

Mon còr, mai que mai, pataquejava coma aquel de la
lauzeta qu'aviai tant sovent auzida, sus los rastolhs de

Tèrra-1'òrt, dins lo calimàs, s'adalir
la

mar

bloza de l'aire

en

cantant

«

dins

».

Lo

jorn de la fèsta, diguèri « La Lauzeta ». De vam,
llam, de fôc, ne mancavi gaire, vos prometi. Aoò non
èra dit coma à la « Comédie Française ». M'en chautavi
de

e

lo Mèstre tan-bèn.

Jozèp Anglada demandât :
Qu'es aquela dròlla ?
Aquel dròlla èra una lauzeta lauragueza
« d'alandar sas aletas »,
pel primièr còp de
volià cantar per Occitania à ne còr-falir.
—

que venià
sa vida, e

�lo gaiSABER

anada à l'ostal de la carcompliments,
mas, fin finala, caziàm totjorn d'acòrdi. Parlavem totis
dos al còp. La Mirèlha diziq :
Mais, papa, laisse-la parler...
Despuèi, quantis còps

som

rièira Contresty ! Non auziai totjorn de

—

E iéu
—

:

Voldriai far acô, voldriai far aiçô...

Jamai

non

me

dizià

:

mainatge, ès fada ! »
dizon encara côp à
côp. De nos-autris dos, lo mai « pantaiaire » èra encara
el. Mas tôt sô que dizià èra grand e bèl'e, per iéu, un
—■

...

«

coma

A

que pensas, paura
tant d'autres m'an dit

ensenhament

e una

e me

litson.

E

quand sèt oras aviàn picat despuèi un très al cloquièr de Sant-Miquèl, me calià partir... Mas, en m'en
tornant, aviai d'alas que me portavan.
Julieta DISSEL.

�lo

gai

saber

115

III

POÈMES

GLAS DE MORT

Sus ed Païs-Beròi glas de mort a sonat :
En Arrastèt d'Aryènt s'ei crochida ùa pùa...
E tôt sô

qui parla Oc, cò dolent, s'ei senhat.

Estiu, ed manhific Estiu s'en ei tornat...
—

Ed Poèta aciatau no-ei pas à caza sùa
gran bèt-tròs que

Estiu, après Mistral, mes
A

cantà sense-cès que

E tant haut

—-

nat l

s'èra condamnât,

tant loenh anaba

era vots sùa,
Qu'et madech, à bèts côps, s'en trobaba estonat.

Ya

ra

e

Vox Populi l'abèba encoronat

Pr'aber at Vèrbe-Vièlh quilhat hauta estatùa
E s'èste en Libe-Antic tostem entre-sinnat.
U bo Mèstre

en permer e puch u Frai ainat,
Que m'arcostèi sobent à sùa amistat brùa,
E qu'eu debi ed docè de sabé-u perdonat.

Qu'èra inocent e dos, at hons, coma u mainat,
E Diu qui-u se sabè, que l'a volut à sùa;
E que s'ei hèt tôt chòi tapé que l'a sénat.

Estiu, ed bèt Poèta Estiu s'en ei anat...
qui s'en porta en Per-Delà-Ra-Lùa,
ò Senho, qu'eu s'aurà pla ganhat I

E-d Laurè
.Et au men,

Filadèlfa

de

YERDA,

Jôcs Florals,
Mèstra en Gai Saber.

Mèstra

en

�LO

GAISABER

Pays-Joli glas mortel a sonné : Dans le Rateau
dent s'est brisée... Et tout ce qui parle Oc,,
dolent, s'est signé.

Sur le

d'Argent
cœur

une

Estieu, le magnifique Estieu s'est retiré... — Le Poète icidans sa demeure — Estieu, après Mistral,,
beaucoup plus grand qu'aucun !
bas n'est pas

A chanter sans répit il s'était condamné, et
loin allait sa voix puissante que lui-même,

si haut et si
parfois, s'en

trouvait étonné.

Ja la Vox Populi l'avait encouronné pour avoir au VieuxVerbe élevé haute stèle et s'être au Livre-Ancien sans cesse

renseigné.
Un bon Maître d'abord et

puyai souvent à

son

puis
amitié rude,

un

Frère aîné, je m'ap¬

—

et je lui dois la joie

de le savoir absous.
Il était simple et doux, au fond, comme un enfant, et
Dieu qui le savait l'a voulu dans sa gloire. Et il s'est fait

petit quand II lui

a

fait signe.

Estieu, le beau Poète Estieu s'en, est allé... et le Laurier
qu'il emporte en Par-Delà-La-Lune, lui au moins, ô Sei¬
gneur, l'aura bien mérité !
P.

de

G.

REMEMBRE

1

a

sus

de moments

eles

una

e de paraulas que de bada
vida entièra pot lizar :

se vengarà jamai de l'arrazar,
l'emprenta qu'ai prigond de nos-aus an marcada.
Tal ne foguèt del ser longdan ont vos, l'Aujôl,
e ieu, lo Prèire encara al ras de la jovensa,
liguèrem amistat, tant-lèu far coneisensa
e coma paire e fû nos prenguèrem pel còl...
E 'n mot d'alara, un mot que, depic, nos destralla,.
res non

tant

nos

davala drech al cor, un

mot de

vos,

l'entendi, prononciat aqui sus mon espalla,
e

l'entendrai dusca al tombèl

:

�LO

GAI

SABER

117

«
Que sètz uros !
ieu, ieu la cèrqui à tôt èstre ! »
—-

Avètz la fe; e

—

Dius volent qu'en acò lèu ganhe cù combat,

diguèri qu'un mot, ieu tant-ben, lo ciel Mèstre

vos
«

—

Non

me

cercariàs pas se non m'aviàs trobat!

»

:
—

1

E

foguèt aqui tôt. Per comuniar à masa
comprene, à que servirià van discors
amb un abaus de paraulum, nebladas flors
neportadas per òps al primier vent que pasa ?
Nos èrem dich sô sol necesari, sens mai...
Dempèi, l'atge es vengut ambe son dezaguici
e bèl briu es estât
amar, vòstre calici :
consent, l'avètz begut de plen grat, saquelai...
E del temps qu'à la lutz pasadisa, pecaire,
los èls de vòstre còrs clucavan de nonent,
en vos la Lutz d'Aquel qu'a dich : « Ieu soi l'Esclaire
coma antan reprenià tôt son
espandiment...
E dins la patz promeza als ornes de
drechura,.
dins la fe conquerida e pagada amb dolor,
e se

■—

—

»

—

d'una ama ara-meteus amaizada e segura
vos sètz vos adormit « al
potet del Senhor

»...2

E donc sià benezit lo que sab ont nos mena,
quand nos buta al escur per un rufe draiòl !

Benezit, quand nos bòta à plec la crotz sul col
e que nòstra flaquièra
aqui-dejos vezena !
Ne sèm per uèi al dur trabal de curbizons
e nàstre cèl es cupe e la tèrra
s'empega
e vezèm pas encara al cap de nôstra rega
lo jorn que lèu vendra, lo de las segazons :
mas vendrà !
Lo que l'a promés, A quel sab tene
«
e res plus alavetz non li demandarém
car, la jôia de nàstre Dius, tota l'aurém,
sens que degun jamai la nos pàgue reprene »
3.
—

—

Juli
Mèstre
Mèstre

(1) Pascal, Pensées. Le Mystère 'de Jésus.
(2) « In osculo sancto Domini. »
(3) Joan., XVI, 22-23.

CUBAYNES,
en
en

Jòcs Florals,
Gai Saber.
°

y9

;

�118

LO GAI SABER

Il est des heures et des paroles sur lesquelles une vie
entière aurait beau passer : rien ne sera jamais capable
d'effacer l'empreinte qu'elles ont gravée en nous.
Ainsi en fut-il de ce soir lointain où vous, l'Aïeul, et moi,
le Prêtre encore au seuil de la jeunesse, nous nous liâmes
d'amitié à peine avions-nous fait connaissance et où,

père et fils, nous nous embrassâmes. Voici qu'un
d'alors, un mot qui soudain nous ébranle, tant il nous
entre droit au ciœur, un mot de vous, je l'entends, prononcé
là sur mon épaule et je l'entendrai jusqu'au tombeau :
comme

mot

«
Que vous êtes heureux ! Vous avez, vous, la foi !
moi, moi, de tout mon effort je la cherche ! »

—•

Et

Dieu voulant

qu'en ceci la victoire soit certaine pour
qui combat, je ne vous répondis moi-même que d'un
mot, celui du Maître :
celui

—■

«

Tu

ne me

chercherais pas

si tu

ne

m'avais trouvé !

Ce fut tout. Pour communier intimement et

se

»

compren¬

dre, à quoi servirait un vain discours aux grandes phrases,
fleurs qu'emporte à jamais le premier vent qui
passe .? Nous nous étions dit l'essentiel; il n'en fallait pas
stériles

plus...
—-

Depuis, l'âge est

ment, votre calice fut
l'avez bu,
—

épreuves et, longue¬
résigné et de plein gré vous

venu avec ses
amer :

malgré tout...

Et tandis

qu'à la clarté d'ici-bas les

corps lentement se fermaient, en vous la
qui a dit : « Je suis la Lumière » comme
nait toute sa splendeur...

yeux de votre
Clarté de Celui
autrefois repre¬

—( Et dans la paix promise aux hommes
de bonne
volonté, dans la foi conquise et payée par la souffrance,

d'une âme cette fois calme et assurée
dormi « au baiser du Seigneur »...

vous

vous

êtes

en¬

Et donc qu'il soit béni Celui qui

sait où il nous mène,
dans les ténèbres sur un rude che¬
Béni soit-il, quand il nous impose la croix et que
faiblesse halète sous la charge ! Nous en sommes pré¬

quand il
min !
notre

nous pousse

au
dur travail des semailles et notre ciel est
noir et la terre est ten.ace et nous ne voyons pas encore
au bout du sillon le jour qui doit venir, celui de la mois¬
son : mais il viendra !
Celui qui l'a promis tient parole
«
et alors nous ne lui demanderons plus rien d'autre —

sentement

—

car,
que

la joie de notre Dieu, nous l'aurons toute entière,
puisse jamais personne nous la prendre ! »
J. C.

sans

�lo

gai

saber

119

SETENA

Per

Prousper Estieu.

Fuguèt, toun sourel vidant,
Ufanous. Ara, decan,
As retrouvât Roumaniha.
La glôria de toun estieu,
Dins lou verbe qu'as fach

Bladeja

en

tieu

Oucitania.

Ben-astrat Troubaire !

—

A Dieu.

JóusÈ LOUBET,

mountpelieirenc,
Majoural dau Felibrige.

A LA

MEMOIRE DE PROSPER ESTIEU

Estieu est

mort, la flamme d'or
âme a fui son corps.
C'est un peu moins de chant, un peu moins de lumière
Sur cette terre grimacière
Où triomphent en vain les fous et les butors.
Qu'était

son

Mais dans la lumière infinie
Aux

Que refléta son pur génie,
pieds de Notre-Dame et de l'Enfant Jésus,
Nous savons bien que l'ont reçu
Tous

nos

vieux Saints d'Occitanie.
Albert

PESTOUR,

Maître ès-Jeux Floraux.

(Noël 1939)

'

�I20

gai

lo

saber

L'ANGE NEGRE...

L'Ange negre a fregat una ala
Espandida sul meu pais :
Auziràs plus, Tèrra mairala,
Son trefoliment cantadis.
La votz d'amor s'es atudada

Que bresaba lo

pais,
volada
Cap als òrts blaus del Paradis.

L'Auzèl blos

a

meu

près sa

Mas

sos cants, à jamai, per òrta
Volastréjan sul meu pais :
Son cant d'amor, lo vent lo porta;
Son cant d'esper, l'aiga lo dis.

Son cant de révolta e de glôria
Esmòu los acrins del pais;
Dins la cizampa e la ventòria
Es son ama que resontis.
Tèrra Nòstra, t'a tant aimada
Que, dins son cant, sempre, s'auzis,
Leugèra, prigonda, abrandada,
La teu polsada 0), ò mon Pais !
Loïza PAULIN.
Décembre 1939.

LA

DOLOROSA

SORPRESA

A l'amie heroic d'En Prosper
Estieu, Mossèn Josèp Salvat.

Era bé d'esperar, amie, la mala nova;
Era bé d'esperar i em deixa estemordit.
(1) Respiration.

�LO

GAI

SABER

121

Ai las ! que
En

sentireu, vos, qui haveu compartit,
empelt cordial, sa vida ? Ruda prova !

Qui feie viure

a

qui dels dós la Vida Nova,

Nova a cada moment com l'alena del pit ?
Dêu la vostra amistat atiava amb el dit
I

provident designi

un

L'Apòstol i el Poeta

l'arrel hom hi troba.

a

un

bon dia, en l'altura
'ns vé,
dins l'abraçada.

Del patrial amor qui de Déu-Pare
Us trobàreu units, — complets —
I ara...; mes, no

'l veiéu dins vostra nit obscura ?

Santa Estela assolí i

Flautejant nadalets...

us

ama

com

! Jo 'l veuré

aquella vegada...

Mossen Bartomèu

BARCELO,

Català de Mallorca.

A l'ami héroïque de Prosper
Estieu, M. l'abbé Joseph Salvat.

Il fallait s'attendre, ami, à la mauvaise nouvelle; il fal¬
lait s'y attendre et elle me laisse hébété. Hélas ! qu'est-ce

devez éprouver, vous, qui avez partagé
greffé sur son cœur ? Rude épreuve !

que vous
comme

sa

vie,

Quel est celui des deux qui faisait vivre à l'autre la Vie
Nouvelle, nouvelle à chaque instant comme l'haleine de la
poitrine ? Dieu attisait du doigt votre amitié, et l'on trouve
à sa source un dessein providentiel.
L'Apôtre et le Poète, un 'beau jour, dans les hauteurs de
l'amour de la Patrie qui nous vient de Dieu le Père, vous
vous êtes trouvés unis, complétés,
dans l'étreinte.
Et maintenant...; mais ne le voyez-vous pas dans votre
vous aime !
Pour moi, je le verrai jouant sur son fluteau des « noëls »...
■comme cette fois-là...
B. B.
nuit obscure ? Il est arrivé à Sainte Estelle et il

�122

lo gai saber

AL

MÈSTRE

REGRETAT

ZJna estèla dins nòstre cèl s'es

escantida,

Qu'endacòm mai, sigur, s'es tornada alucar
D'una lutz que jamai vendrà plus trabucar
A las ombras del mal dont la tèrra

es

claufida.

Es mòrt Prosper

Estiu, mas à l'ora ont la vida
quitava, al moment ont s'anàvan clucar
Sos paures èls macats de trop espelucar
Los vièlhis pergamins, èra sa respelida.
Lo

Afranquit, lènc del crûs, son èime trevarà
Pertot ont nòstra lenga aimada tindarà,
Pertot ont servaran nòstra fe bloza e sansa,
Son èime que

Que d'èstre
Es èstre

un

serà sempre prôba en tôt lòc
dels melhors efants de Tèrra d'Oc,
dels melhors, tant-ben, de nôstra Fransa

un

Frédéric CAYROU,
Mèstre

en

Gai Saber.

POUR LA GLOIRE DE PROSPER ESTIEU

Mon grand Ami,

Nous

nous

sommes

connus

Pourtant,

au

soir de notre

vie;

comme accouru de loin
J'ai senti que la même étoile, au

Dardait

Ton

;

l'influx sacré

sur

à ton appel,
fond du ciel,
notre âme ravie.

garde l'odeur des monts, où l'aigle prie
comme un beau rayon tout doré de fin miel,
Du pays occitan le charme essentiel
vers

Et,

S'y condense,

pour que

ta gloire

nous

sourie.

�LO

GAI

SABER

123

Je n'oublierai jamais ton accueil à
Pamiers,
Beau vieillard inspiré, dont l'œil était

Prophète dont les

d'orage,

pas

ont ouvert maints sentiers.

Rien n'entama jamais ta foi ni ton courage :
Tu restes un exemple à tous ceux qui
viendront,
Et rien n'arrachera le laurier de ton front...
Philéas LEBESGUE.
La Neuville-Vault

(Oise), janvier 19i0.

L'ANIMA L'ESTIEU

El toc de les campanes

occitanes

escampa un trist lament
que

'l vent

repren.
és

un

en

Del munt cap a les planes
adeusiau de neguit i d'amor.
Ha mort el trobador
de la barba nevada,
ha mort !
A la llar endolada,
sovenir s'arrapa al geni decaigut :
L'ànima d'Estieu reviu al seu « Flahut
el llibre respira i s'enlaira i nos crida.

un

»

Ha mort,
més pel record,
morta

es

plena de vida.
Carles

Gener de 19Í0.

GRANDO,

Majorai del Felibrige.

;

�LO

124

GAI

SABER

SUS LA MORT DE PROSPER ESTIEU

Quand son venguts trop nauts, qu'an fasti las nibols
D'esquisar lor vel gris al cap de lor brancatge,
Gelos de lor balans, un ser d'ibèrn, l'auratge
Crèba sus lor cimèl e mata los pibols.
Mas, lèu, dins los ilhòts, lo pèd rasclat regrelha.
Deman, d'autres pibols escalaran lo cèl,
Qu'à las vièlhas razics diran que lo solel
Com pel paire a, pels fûhs, sempre una ardor parelha.
E tornaran cantar, un jorn, l'imne à la
Tôt l'aur de lors borrons emblauzirà la

Lutz.
prima,
E, per venjar la mort, un ser d'estiu, lor cima
Al ponent dardalhant panarà son trelus...
L'Occitania en dôl a perdut son cantaire.
Tindarà plus causons son lahut descordat;

Mas, coma las razics, sa granda òbra a gardat
Sa fôrsa de regrelh dins un sanse terraire.

Que nos fa que la mòrt à sos filhs l'aje près ?
plan de sècles, ja, qu'ensajèt, l'asasina,
D'amudir nòstra lenga... E, tant-plan, dins sa roïna
L'Empèri del Solel es vengut quèrre un brès.

Fa

Estieu, el, a portât sa pèira glorïoza
Per bastir lo novèl castèl ont, libra,

enfin,

Tornamai vòl renhar, sus son pòple latin,
La Comtesa qu'antan se prenguèt per espoza.
com prezent nobial « Lo Terrador
dempèi, jamai las, com fazian los trobaires,
Cada jorn, de novèls bordons, de novèls aires
Dizian qu'èra totjorn fidèl son aimador.

Li balhèt

»,

E

jovents qu'es pas d'òbra mai bêla
Que de reviscolar l'engenh d'un vièlh pais...
Tant-ben, al jorn marrit ont son còrps s'avalis,
Coma un estelum d'aur son ama emmimarèla.

E dizian als

�lo

gai saber

125

E cadun de sos rais farà naise un sorgent,
Un sorgent de beltat, d'amor, de poezia.
A cadun sa béluga e, lèu, nòstra Patria

Retiplarà l'esclat d'una nèit d'Orient /...
O Mèstre, sus ton clôt badant, un fûh se clina,
Un fûh inconegut, mas un fdh que ton cant,

Amb planes, a fait fièr de se dize Occitan,
Rampan plen d'abeluc de la Rasa Latina.
E

te

ven

demandar,

com

fazian al pibol

Matat los que volian far rampèu à lor paire,
Sonca un dels glops ardents del chue reviscolaire
Que tremuda l'ïbèrn en un Mai floribol.

E,

sarà pas sol, dins lo cèl dels trobaires
ganhat ta plasa al mitan dels mai grands,
Espertais per ta votz, veiràs, coma de grans,
Tos ritmes immortals grelhar un fum de
fraires.
com

Ont

as

Paul LASSERRE.
A las Armadas

d'Orient, 11-I-19A0.

REMEMBRATSSA

Sovenir de

ma

primièra

rencon¬

ambe Pròsper Estieu lo 28 de
mai 1933 à las fèstas d'Anglada à
Lezinhan.
tra

Es un matin de Mai,
fresc com una Joventa,
Enluzit de colors coma n'i a pas sovent,
Jos la bandièra d'òr e de
sang que lo vent
Venia coflar tôt dosament
Coma la vêla al mast de qualqua nau

Que lo vejèri l'primièr côp.

Era J'ora cantaira

Ont,

sus

e

rabenta,

l'ora encantadisa

la tèrra d'Oc, torna clapar l'esclòp,

�120

LO

GAI SABER

Ont, dins lo bòsc e dins la lisa ('),
Los auzelons derreuelhats
Per la granda bolegadisa,

Durbison al matin d'èls emmeravelhats;
E mai d'una rosinholada,
Sut ierraire Lezinhanenc,
Dins lo fèlhum d'una ormenada,
Celebraba l'èime d'Anglada,
D'un remenilh trobadorenc.

Estiu, aquel matin de fe, de remembransa,
Ai vist dins ton agach, felibre subrebèl,
Pasar com una flamba, una granda esperansa.
De tôt caire venian rejunge lo tropèl
Los fdhs amorozits de la Terra Occitana;
« Dis Aup i Pirenèu
» abian quitat l'ostal,
E vezias, ufanos, aquela mar umana

Qu'abia realizat lo raibe de Mistral.

immortala,

Mas, lo clam poderos de la rasa

Sol, belèu, l'as auzit, quand, pel Cèrs (2) emportât,
Dins un grand buf de libertat,
S'ennairèt per partir gaujos, d'un grand còp d'ala,
A

trabès la latiniïat.
Pèire GARDES,
en Gai Saber.

Mèstre

Montalban, 15-1-19A0.

REMINISCENCE

Les lauréats

français qui, dans l'Ombre dorée

Où Clémence confond ceux d'Oc et ceux d'Oïl,
Venaient entendre, le Deux Mai, d'un cœur civil
Et qui sait ce qu'il doit à l'Aïeule Sacrée,
Ses rythmes provençaux rénovés par Mistral,

Ceux-là, dès qu'ils voyaient surgir la silhouette
D'Estieu, barbu, voûté, brusque et patriarcal,
(1) Haie.

(2) Vent d'Ouest dans les

Corbières.

�lo

Se disaient :
Est-ce
...

un

gai

saber

Alchimiste ? Est-ce un Prophète ?

Une étoile, à travers ses yeux, se

reflétait...

Ainsi, plus d'une fois, grâce au docte et bon Maître,
Ai-je cru que, parmi les Rois Mages, s'était
Glissé jadis un Troubadour... avant la lettre,
Dont l'encens inscrivit autour de l'Enfant-Dieu
Un poème au furtif et lent tournoiement bleu !...
Poésie, ô secret et souverain hommage !
Les Saints Livres l'ont tu, mais pourquoi, de ce Magef
Nous semblait-il que descendît Prosper Estieu ?
Suzanne MALARD,
Maître ès-Jéux Floraux.

IN MEMORIAM !

Noble Prosper Estieu ! Dans ton nom,
Ardait le bel été de la terre occitane;
Ta figure
Et tu fus,

clair drapeau,

évoquait le maître de Maillane,
après lui, le pasteur du troupeau.

Ton corps dans le terroir a trouvé son tombeau;
Ton âme a pris son vol au glas de la cdmpane,
Et tout ce que chanta, rêva ta foi romane,
La mort te le révèle aux feux de son flambeau.
Tu vois enfin Raimon, Trencavel, Esclarmonde,
Le roi Peire, tous ceux que leur sang pourpre
Et pour qui tu lançais tes strophes vers
Tu
Et
Le

inonde
l'azur.
perces les secrets douloureux de l'Histoire,
tes yeux exaucés contemplent dans sa gloire
graal que tu cherchais au pog de Montségur.
Jean

SUBERVILLE,

Maître ès-Jeux Floraux.
18

janvier 19Í0.

�LO

GAISABER

A PROSPER ESTIEU

Mestre, eschampaire de pantais,
setz dins la lumiera
dont vòstra ama era

ara

d'ardejants rais;
grand Fendelhenc, font blosa
d'auts désirs

e

d'estrambòrd,

qu'avetz trascimat lo bòrd
belujant de la riba urosa,

vos

miratz nòstre monde e mandatz
à las amas dormilhosas
las messatgieras solelhosas.
D'un mot
en

sobeiran, trasmudatz
flors abrilhosas

lor neu,

qu'avetz

vos

Estieu.

nom :

Paul-Loïs
Mèstre

en

GRENIER,
Gai Saber.

Maître, épancheur de rêves,
êtes maintenant dans la lumière
dont votre âme était
d'ardents rayons;

vous

grand Fendeillais,

source pure

de hauts désirs et d'enthousiasme,
vous

qui

avez

franchi le bord

étincelant de la rive heureuse,
contemplez notre monde et envoyez
aux âmes qui sommeillent
les

messagères de soleil.
changez

D'un mot souverain,
en fleurs d'Avril
leur neige
vous

qui

vous

appelez

:

Eté.

P.-L. G.

�LO

GAI

SABER

129

LO TROBADOR
OMENATGE A LA

MEIVJpRIA DE PROSPER ESTIEU

Desempuei prima auba a l'ora luscrala,
Subre son Flahut, calamela d'aur,
De longa a cantat lo sieu. Terrador,
L'Occitania, o valenta o mairala.
Mai lo cant drnd de la
Animada atau pel bon

flauta corala,
Trobador,
Dan vielh parlar tant fiiguet sauvador
E l'enaurèt en lioga majorala.
E

d'aqui

ven

qu'a

son

darrier badalh,

Dins l'esluc abrat d'un ultim pantais,
Aurà vist, lo Mestre, en plegant par pela,

Dubert, l'esperant, si portaus badiers,
E regolant di rais de Santa Estela,
Lo

ceu

de Mistral

e

di Primadiers.
PAU

EYSSAVEL,
provensal,

Mèstre

en

Gai Saber.

Ausserra, lo 22 de genier de 19Í0.

De la prime aube à l'heure crépusculaire, — Sur son
flageolet, pipeau d'or, — Sans trêve il a chanté son pays,
L'Occitanie, ou héroïque ou maternelle.
—

Mais le chant généreux de la flûte limpide, — Ainsi ren¬
due vivante par le bon Troubadour, — Fut aussi le sauveur
du vieux langage — Et l'exhaussa en la place première.
Et de là vient qu'à son dernier soupir, — Dans l'éclair
enflammé d'une vision ultime, ■—- Le Maître aura vu, en
fermant les paupières, —•

Ouvert, l'attendant,

ses

portes toutes grandes, — Et ruis¬
Estelle, — Le ciel de Mistral

selant des rayons de Sainte
et des Primadiers.

P. E.

�lo

I3°

gai saber

FLOR DE BOL

Estiu

se

Dins

son

En

n'es anal amb la darnièra rôza.
car Terrador se n'es anat pauzar.

dòl, las Muzas d'Oc vénon cap à
Per lo plorar e lo lauzar.

sa

cròza

Mas la Rèina del Cèl coronada d'estèlas
L'a volgnt aparar dejost son blau mantèl,

Li diguent : « M'as portât tas flors à canastèlas;
Sempr.e te sias fizat al que faguèt lo cèl;
As cantat la granclor del Dius que tôt gobèrna;
Cap al Dius Poderos as fait bèl pregadis,
E tant-ben t'a volgnt donar la lutz etèrna,
E uèi te ven resaupre al sulh del Paradis.
As tant aimat ta lenga, e ta tèrra, e ta rasa,
Que t'es plan peixlonat, cantaire d'icleal.
Demest los trobadors t'a gardat bêla plasa
A la dreta del grand Mistral. »

Estiu
Dins
En

se
son

n'es anat amb la darnièra rôza.
car Terrador se n'es anat pauzar.

dòl, las Muzas d'Oc vénon cap à
Per lo plorar e lo lauzar.

sa

crôza

Anna-Marîa PONROUCH-PETIT.

A PROSPER ESTIEU

Ont sias anat, Prosper Estieu,
nôstre amie de totjorn, lo Mèstre,
tu que, pariu à quoique diu,

senhorejabas sul campèstre
amb lo Verbe occitan per simbèl
Estieu ! es donc vertat que non te

sobeiran ?
reveiran ?

�LO

GAI

SABER

Cosi

as fait per
trespasar,
tu, bel congrelhaire de vida ?
Qun sinne as vist 'al cèl pasar ?
Quna votz ton ama a seguida ?
Dins lo lòc nadalenc, ara t'an sosterrat,
boca amudida, mans crozadas, uèl barrat.

Mas, al mens, ton cant es fargat :
comol de vertut salvadora,
sul nòstre Pais delargat,
al moment que picarà l'ora,
el farà la respelizon
del terraire ont ta mòrt diu portai• florizôn,
per que lo Verbe del Trobaire aje razon !
Eugèni SEGURET.

PER UN VESPRE ESTIVENC

Pet primièr còp, anèri veze l' Mèstre
A Castèlnòu, per un vèspre estivenc.
Al contravent remembraba l' campèstre
Un

grilh parier al jaiet pirenenc.

Tota

esmoguda, agaitabi V trobaire.

Era lo temps del « Flahut Occitan
Sul flahutèl cercant un novèl aire,
Ambe V grilhet acordaba son vam.

—

»

Al cèl viroîejàban las irondas...
Lo solelh colc èra dins l'esplendor,

E son rai d'aur, pasant entre lors rondas,
Potonejaba l' front del cantador.

Cecilia CUXAC.

�LO

132

GAI

SABER

OMENATGE AL D1SPAREGUT

(quatrin)
partit lo nèstre Mèstre Estieu,
païs del solàs, alprèp de Santa Estèla,
Nos demòra, pas-mens, sa grand òbra que viu,
Se per sempre es
Pel

E lo remembre

car

d'una

ama

subre-bèla !
Paul SICARD.

20-1-19Í0.

LA MORT DU

FÉLIBRE

«
0 vanitat dels conquistaires
Que seménan pertot l'afront !
Nasquen, un jorn, qualques cantaires»
E'n pòple mòrt arbora l'front !
l'arma suprèma, acò's lo Vèrbe,
Quand afoga un Tirtèu supèrbe... »
P. Estieu, La Canson Occitana.

Le Félibre s'est tu. Sa voix grave et profonde
Ne soulèvera point la pierre du tombeau.

lyre est là, muette, et muet son pipeau
Qui, hier encor, chantaient la liberté d'un monde;

Sa

ardent, fier et joyeux
longue nuit, revivre
grand soleil latin dont la chaleur l'enivre
dont la clarté pure emplit enfin ses yeux.

La liberté d'un peuple
De se sentir, après la

Au
Et

Béni sois-tu, Poète aux mots pleins de lumière,
Pour avoir dissipé la honteuse langueur
Où le peuple occitan, sans force et sans bigueur,
Perdait le souvenir de sa jeunesse altière.

�lo

gai

saber

Estieu, tu ranimas son cœur endolori :
Il allait s'arrêter; mais ton œuvre fut sûre;
Le charme de ton verbe a fermé la blessure,
Et fait courir le sang dans le vieux corps meurtri.
Georges PEYRONNET.

LA

MORT

DEL

TROUBAIRE

glas malencounious plouro dins moun aurelho !
Quin lum s'es escantit ? — Acò's Prouspèr Estiu,
Dits l'autù jemicant; acò's le Praire tiu,
Le Troubaire glourious, Z'Ouràci de Fendelho ! »
Un
«

Le Lauraire, à l'arnés sent que flaquis
E le valent Bouiè s'arrèsto, pensatiu :

la relho,

Le boun Blad

rescoundut, que balharà l'estiu ?'
Mès, l'auratge espassat, sa fe se derebelho.

Es partit l'Eiretiè del nostre grand Fourés !
La Mort, al Lauragués, trahidouro, l'a près.
Un vent de dol s'esten subre l'Ouccitanio !
Mès del Cantaire

bel, qu'aimavo le Mièdjoun,

Le Vèrb.e pouderous, tout claufit d'armounio,
Demest les poples d'Oc restrounirà toutjoun

D.

!

CAZELLES
(Jan Pitchou.)

Décembre 1939.

�LO

134

GAI SABER

IV

HOMMAGES

Me cline bèn bas davans lou

cros de Prouspèr Estieu.
pèr éu dato d'avans que, capoulié,
siegue devengu l'animatour ouficiau — coume quaucun l'a vougu dire — di felibre
qu'an uno obro de
franco valour. A vint an, legissiéu li Bordons Pagans
em' un plesi que siéu liuen de renega vuei, se d'uni
creson degué rougi d'èstre esta parnassian. A l'auto
estimo qu'ai agudo de jouinesso pèr Prouspèr Estieu,
s'es lèu apoundu uno respetuouso afecioun, car ai toujour ama sènso reservo tôutis aquéli que porton veri-

Moun amiracioun

tablamen la Fe felibrenco

coume uno

flamo dins

soun

qu'èro lou cas pèr éu. Aquelo flamo, ai agu
l'ur de la vèire ardeja coume un flò grè, l'an passa,
à Fouis e subre-tout au pèd de Mount-Segur. Es l'image
de Prouspèr Estieu barbelant coume un jouine prèire
davans un dis autar sacra de la Patrio, que gardaraï
dins ma memòri. Se pou dire qu'à proche de quatrecor

—

ço

vints

an

soun

fidèle

noste counfraire
amour

es

mort tout caud

encaro

de

pèr la Terro Miejournalo.
Marius

JOUVEAU,

Capoulié dóu Felibrige.

Avec Prosper Estieu disparaît le plus grand et le
plus fidèle des disciples de Mistral. Avec lui, les lettres
françaises et particulièrement les lettres occitanes per¬
dent un de leurs poètes les plus inspirés.
L'Académie des Jeux Floraux à laquelle il apparte¬
nait depuis trente-huit àns en qualité de Maître èsJeux s'honore d'avoir reconnu dans l'auteur du Terradou un des meilleurs artisans de la renaissance

occitane.

�LO

GAI

SABER

135

Aussi, est-ce un devoir pour celui qui a la lourde
charge de la représenter aujourd'hui d'apporter sur
cette tombe qui vient de s'ouvrir l'hommage de la re¬
connaissance et de l'admiration des Compagnons du
Gai Savoir.

Prosper Estieu fut un poète; la flamme divine l'avait
dès sa jeunesse et son talent n'a fait que
grandir.
D'autres, plus qualifiés, diront ce que fut son œuvre
si variée et toujours si pure; d'autres encore feront
ressortir l'importance de son rôle dans la restauration
de la langue d'Oc. — Je n'ai pas la prétention de les
suivre sur ce terrain. Qu'il me soit permis simplement
d'apporter mon tribut à ces louanges et de dire ce qui
m'a frappé dans le grand vieillard que j'ai malheureu¬
touché

sement

trop peu connu.

J'ai aimé

langue

sa

savoureuse,

son

inspiration si

Sincère et si humaine, l'harmonie de ses vers, mais, par
dessus tout, j'ai admiré la noblesse de son âme.

C'était

un

homme de bonne foi.

Sa vie, traversée par de dures épreuves et sans doute

des luttes intérieures douloureuses, n'a été qu'une
longue recherche de la vérité, une ascension constante

par

vers

la Lumière.

On

nous l'a montré les yeux fixés sur Montségur, la
montagne symbolique. Nous savons maintenant que,
par dessus cette cime célèbre, son regard s'élevait vers
le Ciel, vers la Patrie Eternelle.

Amiral comte d'ADHÉMAR

de CRANSAC,
perpétuel de VAcadémie des Jeux Floraux.

Secrétaire

11 est des morts
foule se souvienne.
Il
de

en

est

qui

couronnes.

se

qu'il faut qu'on loue

jeté

peuvent passer de panégyriques et

Prosper Estieu.
provinciale; leur œuvre a
radieuse lumière sur le pays languedocien.

œuvre

une

la

Même dans la tombe, ils restent debout.

Tel fut Fourès'; tel est
Leur

pour que

a

créé l'âme

�136

lo

gai

saber

Ils ne sont pas morts, ces porteurs de flambeau; ils
sont toujours là clans l'amour de la terre, dans les vers
du poète- qu'ils ont éveillé, dans la splendeur de l'âme

provinciale.
Je

ne veux

pas

analyser

une œuvre

qui

va

de l'hum¬

ble fleur des champs au Terradou, d'un chant de flûte

sylvestre à l'Epopée occitane, de la mélodie agreste au
lyrique et familier.
Je m'incline devant cette tombe et ce cercueil, et
continue de vivre en communion avec la pensée et
l'âme de celui que j'aimais.
Fablier

Demain nous dresserons le buste de Prosper Estieu
à côté du buste d'Auguste Fourès; et Castelnaudary
deviendra un lieu de pèlerinage pour tous les Occitans.

François TRESSERRE,
Doyen de l'Académie des Jeux Floraux,
Mèstre d'òbra du Félibrige.

Estieu e you qu'èrem de bielhes counechences; ya
qui sapiam que toute bite que-s déu acaba, separacioûs d'aqueres ne-s hèn pas sens crèbe-co.
Que-ns èrem rencountrats p'ou permè cop en bile
d'Agen, aus Yocs flouraus de YEscolo de Jansemin,
en 1898, oun ère tabé lou soû amie Perbosc e qu'abèm
passât à masse dus beroys dies. Ya qu'abousse bint ans
de mey que you, e que n'estéssi à las mies permères
cansoûs, qu'ère boulut esta lou me amie e, despuch,
lou ligàmi, si s'ère per cops eslouchat, qu'ère toutû demourat soulide e que-ns escribèm au mens û cop l'an.
Que-nse bedèm tabé prou soubén, sustout à Tou¬
louse, e qu'abouy encoère lou plasé de debisa dab et à
Fouch, per la darrère Santé Estéle.
Ço qui m'abè toucat de tire en Estieu, qu'ère la soue
fé occitane, l'amou qui pourtabe à la patrie, e que crey
que la coumunicabe à touts lous qui l'apressaben e qui
debienguèn lous soûs amies, yustemén permou d'aquet
hoec qui esperlitabe de la soue paraule e mey encoère
de las soues trobes; car Estieu qu'ère û artiste d'eley

�LO GAISABER

e

tout artiste

qu'a

coum

d'et.

137

û baran qui escauhe autour

O, de segu, la Terre d'oc qu'a perdut dab et û dous

soûs mey fidèus amants. Diu que l'aye !

SiMiN PALAY,
biarnés,
Mayourau don Felibrige.

Je désire m'associer à

l'hommage qui va être rendu
poète occitan Prosper Estieu.
Entre l'homme et l'œuvre, entre sa vie et sa poésie,
il y a une harmonie si totale et si rare, que cela fait
un autre poème, le
plus noble de tous ceux qu'il a
au

écrits.

Estieu est l'âme chantante du Languedoc. Il a été
pour sa terre ce que Mistral
que le Virgile des Bucoliques

fut
fut

pour la Provence, ce
pour sa patrie man-

touane. Mais au delà des frontières du Languedoc, son
verbe garde sa densité et son éclat, car il eut le sens
vrai de la terre maternelle, des vertus qui montent
d'elle dans nos corps et dans nos âmes, de la louange
éternelle qu'elle chante à la gloire de Dieu.
Nous aimons en Estieu le poète de la tradition, des
coutumes disparues, des visages effacés. Mais sa poésie
n'est pas du passé; elle chante le présent le plus vivant
dans la langue qui ne doit point périr.
Monseigneur J. CALVET,
Doyen de la Faculté libre des Lettres,
Institut Catholique de Paris.

J'ai
Estelle

(1910).

connu

qui

se

Prosper Estieu à la fête de la Saintecélébrait, cette année-là, à Perpignan

�lo

•3S

Ses

vers

gai saber

épiques étaient soulevés d'un

grand souffle

tintaient comme des carillons de bronze. Il était
alors
voilà longtemps — jeune, lyrique, puissant et
beau, et les chiromanciennes auraient dit de lui qu'il
était né sous le signe apollonien.

et

—

J'avais écrit

un

Je leur disais

poème

en

l'honneur de ceux du

Midi.

:

Fils du Midi, fds

des provinces éclatantes,

Je veux souffler aux sept roseaux de la syrinx
Pour vous tous qui lancez, d'un sonore larynx,
Les dialectes purs aux syllabes chantantes.
Et le Maître bienveillant me
écrire en langue d'Occitanie.
Je

pardonna de ne pas

garderai précieusement le souvenir de ce

poète

magnifique et indulgent, l'un des plus nobles Princes
qui aient fait escorte à l'Empereur Mistral.
Henry MUCHART,
Maître ès-Jeux Floraux.

Me vezi ben sovent

asetat sur un terme, à l'ombra
lo solelh plomba e que, davans

d'una cleda, mentre que

nautres, amont, Mont-Segur quilha dins una polvera
d'aur sos barris gigants : sèm à l'òrle dôu Prat dels
Cramats.
Un ôme, un apôstol, coma e barba blanchas, legit; la
luzit dins son agach; una esmoguda sacrada fait
tremolar sa votz, e los vers s'enauran ambe d'alas de
fìòc :
fe

flambèt à Mont-Segur...
lo bèu poèta de Flors d'Occitania, de
La Canson Occitana, de Las Oras cantairas, l'ai plus
vist; mas, per una vezion ultima, se pôd pas n'en trobar de mai bêla qu'aquela onte, En Prosper Estieu e
ieu, avèm comuniat tant prigondament, dins tal endrech e dins tau jorn ! Non, acò se pôd pas.
Quand lo lenhèr orresc

L'ai plus vist,

�lo

gai

saber

!39

Benezisi Dius de m'aver balhat aquel bonur; son
sovenir me seguirà tota ma vida, e, quora pensi qu'acô's ieu qu'Estieu avia chauzit per lo reprezentar à la
darreira Santa-Estèla, me senti fièr : ìiòstra fe e sa
fizansa fan un liam que la mòrt romprà pas.
Laus au poèta, à l'apòstol, au fizèl amans de la Comtesa; au Felibre valènt e ardènt que, coma degun, aparèt la Cauza ! Sa vida es un exemple que tota l'Occitanìa deu seguir. E, de lo segre, sarà lo mai bèu, lo

grand omenatge que lo païs rendra à l'ôme, à sa
sa glôria !

mai

memòria, à
Laus !

Benezet

VIDAL,

auvernhat,
Majorait dôu Felibrige.

Quna pèrda abèm faita ! Qun dòl per sa familha, per
Felibrige e per totis los que ténon à cor la respelida de nòstra lenga occitana !
Se pòd dire que, dempièi Mistral, Prosper Estieu es
estât lo grand 'mèstre de la poezia oecitana, lo plus bèl,
lo plus blos liric qu'aje cantat nôstre terraire; se pòd
dire que demorarà immortal coma lo diuzenc poèta de

tôt lo

Provensa.

Paure Estieu ! el que se plazia tant à remirar la
belor del païs lengadocian, son clar solelh e sas nèits
esteladas, el que dizia que

L'argent del estelum val tôt l'aur de la terra,

gar'aqui

que,

dins lo darnièr temps de sa vida, sos èls

s'èran tancats à la lutz.

Mas, dins la nèit ont èra enclastrat, el, que podia
plus legir ni escriure, podia trobar una consolacion en
soscant al grand ùbra qu'abia entreprés e perseguit
tota

sa

vida.

se dire : « Ai batalhat dusc' à
darnièrs jorns per una cauza sacrada : la renaisensa de la lenga e de la patria occitanas; ara pòdi

Podia vertadièrament

mos

*

�140

lo

morir; ai acabat

ma

gai

corsa;

saber

ai gardai la fe, la fe dins

la doctrina crestiana, la fe dins l'avenidor de la
e del païs
occitans; coma los avis tant savis dont

Mistral,
Ai

lenga
parla

viscut,

Ai tengut

Nòsira lenga viva.
Ai
Ai
Tant

viscut,
tengut

com

ai poscut ! »

Decan J.-E.

ABELOUS,

Manteneire dels Jòcs Florals.

Quand je suis chez moi, en Ariège, il n'est pas de
jour où je ne gravisse la colline de Charmante. De là,
le regard embrasse la forêt de Bélesta, le
pic de Tabe,
le Saint-Barthélémy et Mont-Ségur, suprême refuge
des « faydits », Mont-Ségur, roc vertigineux où périt
dans les flammes la fleur de la civilisation occitane.
Si l'on excepte Napoléon Peyrat, ce Michelet des
Albigeois, nul n'appartint davantage à Mont-Ségur que
Prosper Estieu. C'était là sa patrie d'élection, l'âme
de

son

âme.

Sa Canson Occitana, où se trouve l'invocation force¬
née « Remembratz-vos », doit son ardeur épique, sa
violence héroïque, à ces pèlerinages douloureux que

Prosper Estieu fit si souvent à Mont-Ségur.
Né en terre lauragaise, entre l'autan et le cers, c'est
à Mont-Ségur que le génie d'Estieu a pris son vol
un vol d'aigle.
Raymond ESCHOLIER,
maître ès-Jeux Floraux.

Vòstra letra

me ven

d'Alsaça ont soi
Estieu.

ara,

anonçar, dins un pichot vilatge
la mort del decàn En Prosper

�lo

gai saber

A travers l'aluenhament
que dona mai
tôt ço que se passa de marcant al

cara a

141

d'interès enpaïs, aquela

novela pren sas proporsions
justas e son sens vertadier : la d'un dol nacional per la terra d'Oc. Non
s'agis
de cap de glôria militària, ni de

personalitat banalaoiiciala, mas, en un temps trebol, de la cara simbolica d'un patriota escret.
ment

Pcrsonalament es sempre d'aquel caire qu'avià vist
la testa auturiosa a la barba pairenala,
barreja d'orgulh occitan e de siaudor patriarcala, del trobaire
abrandat de l'ufanós « Remembratz-vos ! » ont nostris
cors joves avian leu-leu
posât l'ardor de la lucha e la
fe dins la continuitat de l'eime e de la pensada
occitana
qu'a belament ilustrats. Per qu'erem venguts d'ora a
sa concepcion d'uniíicación de la
lenga, uei mai necessària que jamai, al sentit d'aquel patriotisme libéral e
umàn, inspirât de la vertut de la terra nadalenca, de
la personalitat prigonda eiretada dels nostris e
d'aquel
esperit a la fes tolérant e libertari qu'es plan la marca
dels fils del Lengadoc.
D'aici-Iuenh saludi
creire

Causa.

mai

que

sa memôria e vos
pregui de me
jamai plan vostre de tôt cor en la

Léon CORDES.

Je me fais un pieux devoir de déposer sur la tombe
de Prosper Estieu le modeste tribut de mon admira¬
tion. Tous ceux qui ont au cœur le désir de maintenir
la langue d'oc, et l'âme traditionnelle des
provinces
méridionales éprouvent les mêmes regrets devant la

disparition de ce magnifique poète. D'autres ont déjà
dit les qualités maîtresses de son œuvre impérissable,

mais ses amis ont le devoir de saluer celui dont toute
la vie a été consacrée au service de sa terre natale et
à la beauté de ses traditions.
Les félibres du Bordelais qui ont eu l'occasion de
le voir et de l'acclamer à Saint-Emilion, le 7 juin 1925,
au cours de la Félibrée de «
Guyenne et Gascogne »

où il
son

accompagnait Philadelphe de Gerde, ont conservé
profondément lorsque,

souvenir. Tous ont été émus

�lo gai

142

5aber

à la fin du banquet que présidait Léon Bérard, Prosper Estieu lut avec sa fougue habituelle
poème à la « Granda Pirenenca ».
ce

son

beau

Les fils d'Occitanie seront fiers de dire la gloire
fidèle terrien, dont l'âme ardente restera parmi

de
les

plus belles qui aient animé la foi félibréenne des chefs,
de la race apostolique.
Adolphe LAJOINIE,
MèstPe d'òbra du Félibrige.
Bordeaux, 30-1-1940.

Estieu !

Qu'aquel nom per nautres demorarà bèl !
nautres, filhs de « l'Empèri dóu soulèu » ! Estieu !
aquel nom magie que porta dins el tota la color, tota
la flamba, lo lum e l'estrambòrd del païs occitan !
Aquel nom que personifica l'ama d'un terrador cremanta d'un dezir de respelida ! Aquel nom escrich dins
lo solelh coma un etsemple arderos ! aquel nom coma
un drapèl !...
Maites an dich, e diran, sô que foguèt la vida modèsta e glorioza d'aquel gigant. Ieu, piozament, non
vèli me sovenir que de la pintadura encantadora que
vojèt dins l'ama d'un felihre montanhard. Car es à-n-el,
per un bon très, que quauques-uns, en Roèrgue, debèm
d'aber luchat, e gardat al oòr la Fe subrebèla e la
flamba Sant-Estelenca que lo Mèstre azondaba al torn
per

d'ei.
Lo

prumier oôp

lo vejèrem, à Toloza, en 1922,
l'enluzisia d'abòrd nos aginolhèt;
e pièi sa bontat pairugala e
tant franca, sans maganha,
nos conquistèt. Dempièi aquel jorn admirable, — vos
n' sovenètz, ò mos amies Calelhon, Seguret ! — ambe
qun amor devorèrem aquelas Flors d'Occitania, aquels
Bordons pagans ! Talament, talament ! que nòstres
companhs aici cridàban à-z-una revolucion, perqu'èrem
joines alèra, e que dins nôstras obretas fumarlozas la
calor d'Estieu qu'asachàbem de li metre ne susprenguèt mai d'un.
A ! s'abian pogut coma nautres beure la poezia e lo
solelh à la font amistadoza e beluguejanta que rajaba
que

la beltat antica que

�lo

gai

saber

143

rajarà d'aquel oòr arderos ! S'abian conegut coma
lo boiiur de se jimpar de
oòp en còp totes
redons dins aquela flamba
miejornala ont pozàbem à
talh de mont nôstra
provezion de jòia e d'abeluc ! E
qun bonur per nautres de veire cosi l'admiracion
que
de nòstre oòr montaba
cap al Mèstre, lo Mèstre la nos
pagaba d'una amistat tant simpla coma franca ! De sa
prezensa à Rodés à las fèstas de Santa-Estèla, en
1929,
totes los roergats gàrdan lo remembre
esmogut. De
plan luèn Estieu abia tengut à nos venir portar sus
plasa aquela flamba ont los ans enquèra auzàban pas
gafar.
Tant plan que duèi, quand la patria
occitana plora
sus la tomba d'aquel
grand majorai, abèm pas qu'à nos
remembrar cosi èra bloza e calda
aquela flamba per
l'atieirar oòpsec amb aquelas
»e

nautres

Que

se

trufon dóu toumbèu.

Dòrm en patz lo sòm dels bons
lauraires, dins lo
claus rustic de Fendelha, ò bèl
poèta dels estieus lumenozes ! Ton òbra pòd
pas morir : es d'aquelas que frozan eternament sus las
aradas, prometèiras de misons
espetaclozas. E vejà qu'à ton rampèl esclèt, de cors
valents se lèvan : culiran per ta
glòria los ramèls à
brasadas que sus la tèrra occitana florison e floriran !
Enric MOULY,

Capiscôl de l'Estèla de Bessou.

Estieu

es

mort.

Aquela anoncia me foguet faita per Boussac, dins
longa letra ont me bailava de detalhs tocant l'espelison per leu d'un nou periodic, « Terra d'Oc »,
que
tendria la plaça d' « Occilania »
pel temps de guerra.
Aquel rapropiament m'agradet. Era una proba treuna

lusenta que, lo Mestre mort, son obra demorava viva
e verturosa. E
quna recompença mai bela per un ome
que de veser qu'a pas viscut vanament sa vida !
D'autres diran pel menut l'òbra literària e
linguistica de Prosper Estieu.
Me voli, ieu, representar la dolor de son traire de
lucha, Antonin Perbosc. Dempei mai de quaranta ans,

�lo gaisaber

144

trabalhat costa à costa, son sempre demorats units
dins la pena coma oc son ara dins l'onor. Lors noms
debon pas ésser desseparats,. e se Dius a volgut sonar
à el nostre decàn venerat, nos a permetut de servar
demest nos-aus Perbosc.

an

Prosper Estieu, podes dormir en patz. Lo serrament
fasian los Primadiers sul cros de Jansemin, lo fa-

que

sem

sul tiu.

Nostres ainais, tos

escolans dels primiers jorns, nos

la via à seguir. Ambe lor ajuda, es
estrambord que continuarem ton obra, e que

mostran

ambe
farem

pertot, fierament, nostra lenga.
Marcel CARRIÈRES.
Front d'Alsàcia, 16-1-1940.
ressontir

...

Comme tous les miens, je parle Oc (lo parlai- de
un Oc qui s'est divisé, par suite de l'inculture,

Fois),

graphie fantaisiste et de la mauvaise prononcia¬
plusieurs parlers locaux. Prosper Estieu a eu
l'impérissable mérite d'unifier, avec Antonin Perbosc,
la graphie de ces parlers et d'illustrer cette œuvre de
philologue en écrivant ses admirables et purs poèmes,
tantôt d'une douceur virgilienne, tantôt d'une fougue
et d'une force qui font songer aux « sirventes » des
plus grands de nos troubadours.
Pour moi, je lui dois les minutes les plus « hautes »
de la

tion,

de

en

vie.

ma

Il m'a révélé l'histoire émouvante de nos

méridionales.

provinces

J'ai, enfin, connu, à la lecture de ses

vers,

cette émotion d'art qui est une des preuves

notre

essence

de

divine...

Je le revois en fermant mes paupières, j'entends
sa voix chantante.
Tous les détails de notre
dernière entrevue, quelques jours avant la guerre,
quelques semaines avant sa mort, sont présents à ma
mémoire.
...

encore

Je l'ai pleuré, je le pleure, et cependant, pour moi,
Prosper Estieu n'est pas mort !
Louis

PALAUQUI.

�LO

GAI SABER

145

V

EXTRAITS
ET

DE

LETTRES

TÉLÉGRAMMES

J'ai appris avec une véritable douleur la
Estieu... Je suis obligé d'ajourner à des

mort de Prosper
temps meilleurs

l'hommage enthousiaste dont je suis redevable au président
de l'Ecole Occitane et au plus grand disciple du grand
fédéraliste Fourès.
Charles Maurras,

de l'Académie Française.

Paris, 17-1-1940.

Que 'm lié dòu,

mes nou

podi carga-m d'escribe ue paye
idées de saluda la memori
qu'espèri, capbat de 1940,

dinne d'Estieu... Per aco, qu'abi
dou gran Baient desparescut, e

calameya

quauques payes.

M.

de

Camelat,

Mayourau dou Felibrige.

Arrens, 6-1-1940.

Apprends avec profonde tristesse la mort de votre père
lequel, depuis mon enfance, je professais la plus pro¬

pour

fonde affection et une très sincère admiration.
Je vous prie d'agréer mes bien sincères condoléances et
toute ma

sympathie.
Albert Sarraut,
Ministre de VIntérieur.

Paris, 16-XII-1939.
J'ai été tout à fait peiné — et je sais que mon frère l'a
-été également — de la disparition de notre vieil ami... Les
manifestations de sympathie qui se sont produites autour
de la tombe de votre père auront été, j'en suis sûr, une
consolation pour vous, pour votre frère et pour toute votre
famille.
Maurice Sarraut.

Toulouse, 16-XII-1939.

Aquela novèla

me

fa una granda pena; nòstre mèstre
benvolensa dempèi lo comensament

m'abia mostrat plan de

�LO

GAI

SABER

de mos estudis occitans al Colètge, e sèrvi preciozament
los voluras de sas ôbras occitanas, qu'el abia agut la bontat
de flocar d'una dedicasa à Castèlnòudari en 1931... Abèm

aquela consolacion de saber que lo trobaire que ploram
a tornat trobar, abant de se morir, la patz dins la fe al
Dius de sa joventut, coma òc pròban los sonets de « Las
Oras luscralas » qu'esperam veze lèu espelir, malgrat l'òrra
trumada de l'ora d'uèi.

Angers, 16-XIÏ-1939.

Doctor Colonel Henric,
Profesor al Colètge cl'Occitania.

Ai exprimit ma simpatia tant plan coma se pot dire en
qualques mots, mas ai pas pogut i metre tôt ço qu'auriá
volgut e tôt ço qu'es dins ieu d'inflnidament triste dabant
la mort del grand trobador d'Occitania. Per onorar sa memòria ai legit son bel poème « Cap als cimèls... » e vos
escrivi.

A.-J. Boussac,
Jos-sendic
S.

Juèri, 12-XII-1939.
C'est

de la Mantenencia de Lengadòc.

grand et glorieux ami que je perds, et c'est
le magnifique poète que nous regret¬
derniers je revivais par la pensée nos
longues causeries avec le maître dans son bureau de la rue
Contresty, et le souvenir de ces agréables heures révolues
m'émouvait profondément.
un

autant l'homme que
tons. Tous ces jours

Paul Sibra.

Castres, 17-XII-1939.
J'apprends avec un profond sentiment de tristesse la dis¬
parition de mon ami Prosper Estieu. Vous savez combien
j'admire ses œuvres; son enthousiasme albigeois a été sou¬
vent un encouragement pour moi et m'a aidé dans les
efforts que je fais pour faire aimer et comprendre l'his¬
toire de notre Midi.
D.

Béziers, 13-XII-1939.
Je

ne

chagrin,

Roché,
magistrat.

peux pas y croire. Vous concevez mon immense
ma profonde douleur, le vide irréparable que c'est

moi. Je venais me retremper auprès de lui, me récon¬
forter, et nous avions toujours quelque chose à dire. Et
puis, vingt-huit ans d'affection, d'admiration et de recon¬
naissance de ma part... Et tout ce qu'il m'avait appris !
Nîmes, 15-XII-1939.
Philippe Fauré-Frémiet,
pour

:

�LO

;

Poiidets

me

GAI

SABER

147

coumtar

à la toujour noblo

permièi lis amiratours dóu Poueto,
e que sa formo viso au deficlassi.

ispiracioun,

riitièu, autant dire au
La grafio d'Estièu

e, en seguido, de l'Escolo Oucitano
discutido dins lou detalh. Mais a lou grand mérité
d'esse couërènto, au cop lougico e tradiciounalo. Se fai
belèu un trop grand pas en arrier, mostro is felibres dóu
Pounènt (d'Auvergno is Pireneus) lou soulet camin que
podon segre. E sarié de bon que lou Levant prouvençau e
aupen faguesse un pas en avans vers l'unitat graflco tant

pot

esse

necito.

Pamens me semblo qu'Estieu s'es toujour dit e a vertàdieramen estât un countinuaire dóu Malhan.en. Mejans diferénts, mémo toco : la glòri dôu Terraire !
Renat Lavaud,
clóu

Peirigòrd,
Majourau dôu Felibrige.

Sant-Rafèu, 6-1-1940.

Siei tout esmougut encaro de leji al Gai Saber lou décès
l'egrèji e venerat capiscol Prosper Estieu, decan de
l'Escola Occitana e jos-decan del Felibrige actual, que sa
perdo sara sentido à la longo del tems tant coumo as
acamps ount, de toutos parts del Miejour, venien pouza un
chale à soun dire aflamat e refresqui soun sourjent d'estrainbord.
de

Tal es lou demanat del tems que m'a pas
estât permés,
barrulaire que fuguèri, de lou rescountra
courpouralomen,

tant que ,abem agut tal cas d'escambia uno courrespoundenci à l'avantaje del felibrije.
N'en rejounhi lous tralhadis as testimonis d'aqués
que
marquèron d'en premié lou camin de la glouriouzo resurjido ouccitano.
L. Piat,
per

Mèslre
Le

en

Gai Saber.

Vésinet, 26-1-1940.

Comme mon mari, j'ai aimé l'iœuvre de Prosper Estieu.
Connaissant la joie et la douceur de vivre près d'un être

supérieur, je comprends
séparation.

ce

qu'est

pour vous

la douloureuse

Madeleine-Edouard Privât.

Toulouse, 18-XII-1939.

�LO GAI SABER

Uèi solament apreni la mort del majorai Estieu ! Las.
cigalas pôdon que plan plorar ! Vos dizi : ambe vos dins
la pena e lo dòl. Prègui Nòstre-Senhe e santa Estèla de li
donar, al nôstre bèl trobaire, la lutz e la patz del Paradis.,
E pòd èstre segur, ara qu'es rebondut, de
reveze

lo Solelh vincedor del

escur

!...

Lois Mavit.

Sijan, 16-XII-1939.

Prosper Estieu

mort. Sa plasa percòp

es

serà totjorn

marcada sobre tèrra, son òbra literaria es immortala, e losnumerozes escolans que se son abeurats à la font sacrada

jos

sa

direccion la persegran

D'una vida
talitat.

coma

per

la del Mèstre

la

à plena Horizon.
ploram raja l'immor-

menar

que

Alban Boulet.
Las

Armadas, 17-XII-1939.

J'ai appris avec peine la mort du Doyen
citana. Deuil pour tous, car, à la lumière

de VEscòla Ocde vos exposés,
précédents sur le Félibrige, les néophytes comme moi sa¬
vent à présent ce qu'ont fait les chefs, Prosper Estieu et
d'autres. Je m'associe

au

deuil de l'Ecole.
L. Beaumadier.

Béziers, 17-XII-1939.

Una granda cara occitana que se n' va. E es amb una
granda esmocion qu'ai legit la novèla de sa mòrt. Totis los
felibres, de lènh o de proche, èrem aqui, de còsta vos,
dins lo darnièr omenatge que li abètz portât. E nos acatam,
per la pensada, dabant aquel cròs que se ven de prene lo
que, tant valentament, nos a dobèrt la dralha. Encara un
qu'abia consacrât tota sa vida à-n-un merabilhos idéal,
devengut lo nôstre.
Pèire Faure.
Las

Armadas, 22-XII-1939.

Son

nom

et aimée

de

ne

s'éteindra pas, son œuvre survivra, connue

plus

en

plus... Je fais apprendre,

pour

Nolël,.

�LO

GAI

SABER

149

le

« Cantem com òc cal, jos
la nòstra teulada...
fants le clament avec joie.

»

Les

en¬

A. Carbonne.

Vira, 21-XII-1939.
J'ai
nous

appris

tans

Son

bres

avec

considérions
œuvre

beaucoup de peine la

mort de celui que
le plus grand des poètes occi¬
considérable restera pour tous les féli-

comme

sujet d'admiration.

un

J.

Seix, 17-XII-1939.

J'avais

férés... Je
pour moi

le bonheur de devenir

eu

peux

Palmade,

Secrétaire général
de l'Escolo deras Pireneos.

un

dire et je dois dire

de

que

ses

élèves pré¬

M. Estieu

a

été

bon maître. Ses conseils m'ont été précieux
et la vie m'a appris à mieux les
comprendre encore. Je
n'étais rien pour lui et je lui dois tout ! Il m'a
appris à
lire ! Sa main», qui a écrit d'immortelles
œuvres, a été bien
un

souvent sur la mienne, avec une
patiente douceur, pour la
guider quand j'étais un enfant ! Je l'aimais comme un père.

Pierre Escarguel,
Aux

de

Armées, 15-XII-1939.

Croyez à

notre

la part que

nous

Raissac-sur-Lampi.

sympathie bien émue à tous deux, et à
prenons à la perte d'un ami qui, pour
nous, était joyeusement retrouvé... Nos deux petits
garçons
se faisaient une fête, de leur
côté, de faire la connaissance
d'un ami de leur « pépé Han »... Pour
nous, avec nos sou¬
venirs, leur œuvre, ce qu'ils ont voulu, le meilleur d'euxmêmes, demeure, et garde plus fortement la flamme qui

les animait...

Onzain, 11-1-1940.

Louis-Simon Ryner.

Comme fut,

au prône de la Messe, pleurée la mort du
sera, de même, lu, dimanche, votre merci bien
touchant... Et croyez que la minute sera encore
saisie, après

noble

Poète,

avoir dit
•

son

et belle âme

cantique, de prier tous ensemble
d'élite, pieusement envolée :

pour

la chère

�a

LO GAI SABER

150

Pensem

coma

cal,

Jos la nòstra teulada,
Pensem coma cal
Al majorai.
Abbé J. Saur y,

Raissac-sur-Lampy, 26-XII-1939.
Ont envoyé encore leurs sentiments
casion de la mort du majorai :

Curé.
de sympathie à l'oc¬

Joseph de Pesquidoux, de l'Académie Française; José
Vincent, critique littéraire; Dr Sibot, de Cambo; F. Mistral,
majorai
Calelhon,
du Félibrige;
capiscol du Calel
del Roèrgue; M™" Maisonnave, institutrice à Lescure (Tarn) ; :
Mn"&gt; Gaby Véziat, de Castres; Maurice Bascoul, de Mazamet;
chanoine Vidal, archiprêtre de Pamiers; chanoine Rey,
doyen du Chapitre, Carcassonne; Ernest Vieu, mèstre
d'òbra du Félibrige; P.-L. Berthaud, directeur de « Oc » ;
François Rongau, directeur de l'Ecole Normale d'Institu¬
teurs de Carcassonne; Jules Contencin, René_ Fournier,
majoraux du Félibrige; docteur Rambaud, sénateur de:
l'Ariège, maire de Pamiers; Henri Gout, député de l'Aude;
Eugène Taillefer, conseiller municipal de Pamiers; cha¬
noine Cunnac, supérieur de l'Ecole Saint-Stanislas (ancien
Petit Séminaire) de Carcassonne; Jean Fauré, président du
Syndicat d'Initiative de Pamiers; Bernard Aribaut; Guitard (E.-H.), directeur du Musée Saint-Raymond à Tou¬
louse; Jean Guiraud, rédacteur en chef de « La Croix »;
abbé Bergey, curé de Saint-Emilion; Jean Ladoux, mèstre
en Gai Saber; Mme Henriette Déodat de Séverac; MUo A. Sicre; docteur Assailly; Jean Delage, directeur de « La Tri¬
bune Ariégeoise »; M1,e Anne Valère-Bernard; Clovis Roques,,
majorai du Félibrige; J. Maffre; F. Barrié, etc...
.

LA PRESSE:
Ont rendu compte des obsèques de Prosper Estieu : La
(14 décembre 1939), La Dépêche (14 décembre

Garonne

1939), L'Eclair (17 décembre 1939).
Ont
Estieu

publié des articles, á la suite de la mort de Prosper
:

.

L'Echo de Carcassonne (11
poète est mort (XXX).

décembre 1939)

:

Un grand

�LO

La Dépêche
Estieu.

GAI

SABER

(13 décembre 1939)

La Garonne (13 décembre 1939)
Estieu (A. Praviel).
Le Narrateur de

La mort de Prosper

:

Nos maîtres. Prosper

:

Villefranche-de-Rouergue (16 décembre

1939).
La Croix (16 décembre 1939).

Tablettes d'Avignon (17 décembre 1939).
Journal de l'Aveyron (24
Estieu (Calelhon et Séguret).

décembre

1939)

Prosper

:

Pignato (desèmbre 1939).
Felibrige (octobre-decembre 1939).
Armanac rouergas per 1940 : Mourtuari (E. Séguret).
Armanac dera Mountanho 1940, retrat per Sibra.
Le Cadet de Gascogne (5 janvier 1940) : Prosper Estieu
La

Lou

■(P. C.).

L'Auvergnat de Paris (6 janvier 1940)

Le poète Prosper

:

Estieu (Gandilhon Gens d'Armes).
L'Auia (janvier 1940)
Brousse), poème inédit.
Revista de Catalunya

Prosper

:

(Gener

Estieu

1940)

:

(J.

Rozès

Prosper

de

Estieu

'(P.-L. Berthaud).
Reclams de Biarn

e

Gascougne (Yenè de 1940).

Terra d'Oc (gener 1940).
Oc (janvier 1940)

—

(febrier 1940

:

Omenatge à Prosper

Estieu (A. Praviel).
Lou Bournat (janv.-feb. 1940).
La

Rampelada del Colètge d'Occitania (janv.-feb. 1940) :
L'Exemple du Maître (J. Salvat).
L'Action Régionaliste (janv.-mars 1940).
Calendau (janviè 1940) : Prousper Estieu (P. A.)
(mars
1940) : Prouspèr Estieu (A.-J. Boussac).
Trencavel (mars 1940) : Prosper Estieu (Clardeluno),
poèmes.
La Gazette lauragaise (1er trim. 1940) : Prosper Estieu
chantre du Lauragais (J. Salvat), portrait.
—

�152

LO

GAI

SABER

La Guèrra

D'autres escolans

nos

an

de la guèrra.

mandat de novèlas abant la fin

Adjudant Clastres ; — Almonièr Gabriel Sarraute ; — Pèire
— Serjant Renat Nelli ; — Joan
Seguy ; — Fernan
Gaulhet; — Serjant Razols Cun ; — Jozèp Palmade ; — Re¬
Grand ;

nat Calmet.

Aclapadas jos una granda superioritat d'efectiu e de material, nôstras armadas an degut sinnar un armistici, aprèp de
combats eroïcs, ambe l'Alemanha lo 22, ambe l'Italia lo 24
de

junh.
Esperam,

ara, la patz, dins l'onor.
A totis nôstres escolans demandam
que nos fàguen
tôt sô que, pertocant la guèrra,
interesar nôstra

felibrenca
etc

:

saber
pôd
familha
môrts, blasaduras, captivitat, cilacions al ôrdre,.

...

L,a Santa°Estèla

Foguèt celebrada à Montpelhër lo 12 de mai, per Pentagranda ofensiva alemanda comensada dos jorns
abant cauzèt que mantuns felibres i
poguèron pas venir, e,
demest élis, lo Capolièr.
Retendrem, de las decizions prezas al Consistôri, que se
faguèt doas eleccions al majoralat. Nòstre escolan A.-J.
Boussac, de l'Escôla Rochegude, foguèt elegit majorai en
plasa d'Emili Barlhe (cigala de Garona). La Cigala del Ort,
de nôstre regretat capiscôl Prospèr Estieu, foguèt atribuïda
à nôstre amie Joan Ladoux, de Bezièrs, mèstre
en Gai Saber,
costa. La

conselhèr de l'Escôla Occitana.
Nôstres compliments als novèls

Lo 24 d'abrilh

es

môrt à Bezièrs

majorai Renat Fournier,

que

majorais.

nôstre escolan

e

amie lo

portaba la Cigala de Bezièrs.

Santa Estèla l'aura amistadozament aculhit al Paradis !

CRI-CRI.

Imp. d'Editions Occitanes

-

Castelnaudary. Le Gérant: A. PRAVIEL.

.

�POÈMES

III.
FILADELFA de YERDA
Juli CUBAYNES :
Jóusè LOUBET:
Albert PËSTOUR
Lo'izà PAULIN

:

Setena.
A la mémoire de

Prosper Estieu.
L'Ange negre ...
La dolorosa Sorpresa.

:

:

Bartomèu BARCELO
Frédéric CAYROU :
Philéas LEBESGUE :
Caries GRANDO :
Paul LASSERRE

Glas de mort.
Remembre.

:

Al Mèstre
Pour la

regretat.

gloire de Prosper Estieu.

L'ànima d'Estieu.
Sus la mòrt de

:

Pèire GARDES :
Suzanne MALARD :
-Jean SUBERVILLE :
Paul-Lois GRENIER
Pau EYSSAVEL:

Prosper Estieu.

Remembransa.

Réminiscence.
Ln memoriam !
A

:

Prosper Estieu.

Lo Trobador.

Anna-Maria PONROUCHPETIT

Flor de dòl.

:

Eugèni SEGURET
Cecilia CUXAC
Paul SICARD :

A

Prosper Estieu.
un
vèspre estivenc.
Omenatge al disparegut.

:

Per

:

-Georges PEYRONNET
D.GAZELLES

La mort du Félibre.
La mort del Troubaire.

IV.

Marius JOUVEAU.

CRANSAC.

:

:

HOMMAGES
—

Amiral

:

Comte

d'ADHEMAR

DE

François TRESSERRE. — Simìn PALAY.
Monseigneur J. CALVET. — Henry MUCHART. — Benezet
VIDAL.
Decan J.-E. ABELOUS.
Raymond ESCHOLIER.
Léon CORDES.
Adolphe LAJOÏNIE. — Enric
MOULY.
Marcèl CARRIÈRES.
Louis PALAUQUI.
—

—

—

—

—

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EXTRAITS

V.

ET

DE

LETTRES

TÉLÉGRAMMES

:

Charles MAURRAS.
M. de CAMELAT.
Albert SAR¬
Maurice SARRAUT.
Colonèl HENRIC.
A.-.I..
BOUSSAC.
Paul SIBRA.
Déodat ROCHÉ.
Philippe
FAURÉ-FRÉMIET.
Renat LAVAUD.
L. PIAT.
Ma¬
deleine-Edouard PRIVAT.
Lois MAVIT. — Alban BOU¬
LET.
L. BEAUMADIER.
Pèire FAURE.
A. CARJ PALMADE
BONNE.
Pierre ESCARGUEL.
LouisSimon RYNER.
Abbé J. SAURY.
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RAU T.

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LA PRESSE

•CRI-CRI

:

:

La mort de
La

Prosper Estieu.
Guèrra, La Santa-Estèla.

�A NOS ESCOLANS
A l'occasion du numéro
spécial
mémoire de notre

du GAI SABER,.
regretté capiscol,
tout
souscripteur aux ORAS LUSCRALAS ou à
1 HOMMAGE A PROSPER ESTIEIJ
pourra obtenir
les œuvres suivantes, non encore
épuisées, du ma¬
jorai avec une réduction atteignant 30 ou 40 °/0 sur
le prix actuel de vente. Voici donc les
prix pour les
souscripteurs :
consacré à la

Lou

Terradou,

franceza, (

1

sonets

vol. in-8°,

occitans

300

p.)

ambe

traduccion

■—rare.

.

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22.

»-

Flors d'Occitania, sonets occitans ambe traduccion

franceza, (1 vol. in-8°, 280 p.)
fr. 14. »
La Canson Occitana, poèmes en
lenga d'Oc, ambe
traduccion franceza, (1 vol. in-8°, 264
p.). fr. 14. »
Lo Romancero Occitan, poèmes en
lenga d'Oc, ambe;
traduccion franceza, (1 vol. in-8", 344
p.). fr. 13. »
Lo Flahut Occitan, 43 chansons avec
musique, texteoccitan et traduct. franç. pouvant se chanter dans les■deux langues, (1 vol. in-80, 104
p.).
fr. 11. »
Lo Fablièr Occitan, ambe lexic
occitan-francés
(1 vol. in-8°, 170 p.) ilustracions de P. Sibra fr. 13. »•
.

Las Oras

.

Cantairas, sonets occitans ambe traduccion

franceza, (1 vol. in-8° carrat xvi-276 p.).
Las Bucolicas de

in-8°, 68 p.)
Lo

Vergili

en

30

cions de P. Sibra

13.

»■

prix de Las

»

6.

»

0.50

toutes les demandes à M. le

l'Imprimerie d'Editions Occitanes,
Castelnaudary (Aude).

6.

p.) ilustrafr.

Cantiques et Chansons (l'unité)

Le

fr.
fr.

Mètge de Cucunhan (1 vol in-8°,

Adresser

.

ritmes occitans ( 1 vol-

3,

Directeur de

Quai du Port,

Oras luscralas (60-20 frs.), de
(15 frs.), et des ou¬
vrages demandés sera acquitté dans les huit jours
après réception, par chèque postal, pour éviter les
frais de recouvrement (frais de port en
sus). ;

l'Hommage à Prosper Estien

�Eet'ieu.-Io Gai Saber,mars-Juin
I940,0as*telnaudary}impr, d'éditions occitanes 1940.

Hommage à Prosper

*

BM»

Toulouse»

�</text>
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              <text>Vignette : https://occitanica.eu/files/original/d981b31e160821adc483546f8cc36b6e.JPG</text>
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              <text>Lo Gai Saber (&lt;a href="http://occitanica.eu/omeka/items/show/13154"&gt;Acc&amp;egrave;s &amp;agrave; l'ensemble des num&amp;eacute;ros de la revue&lt;/a&gt;)</text>
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              <text>1 fasc. (pp. 54-152) ; 22 cm</text>
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              <text>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;em&gt;Lo Gai Saber&lt;/em&gt; est une revue litt&amp;eacute;raire occitane publi&amp;eacute;e depuis 1919. La rubrique &lt;em&gt;L'&amp;Ograve;rt dels trobaires&lt;/em&gt; est consacr&amp;eacute;e &amp;agrave; la po&amp;eacute;sie, la rubrique &lt;em&gt;Bolegadisa occitana&lt;/em&gt; donne des informations sur l'actualit&amp;eacute; de l'action occitane. La revue fait aussi &amp;eacute;cho des publications du domaine occitan et des r&amp;eacute;sultats du concours annuel de po&amp;eacute;sie occitane de l'Acad&amp;eacute;mie des Jeux floraux.&amp;nbsp;&lt;/div&gt;</text>
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              <text>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Lo&amp;nbsp;&lt;em&gt;Gai Saber&lt;/em&gt;&amp;nbsp;es una revista liter&amp;agrave;ria occitana publicada dempu&amp;egrave;i 1919. La rubrica&amp;nbsp;&lt;em&gt;L'&amp;Ograve;rt dels trobaires&lt;/em&gt;&amp;nbsp;es consacrada a la poesia, la rubrica&amp;nbsp;&lt;em&gt;Bolegadisa occitana&lt;/em&gt;&amp;nbsp;balha d'informacions sus l'actualitat de l'accion occitana. La revista se fa tanben lo resson de las publicacions del domeni occitan e dels resultats del concors annadi&amp;egrave;r de poesia occitana de l'Acad&amp;egrave;mia dels J&amp;ograve;cs florals.&lt;/div&gt;</text>
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              <text>Pons, Josep Sebastià (1886-1962)</text>
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              <text>Perbosc, Antonin (1861-1944)</text>
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              <text>Paulin, Louisa (1888-1944)</text>
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              <text>Lafagette, Roger</text>
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              <text>Charles-Brun, Jean (1870-1946)</text>
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              <text>Bonnet, Irène</text>
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              <text>Théron de Montaugé, Louis (1880-19..)</text>
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              <text>Amade, Jean (1878-1949)</text>
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              <text>Séguy, Jean (1914-1973)</text>
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              <text>Rouquette, Pierre (1898-1988)</text>
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              <text>Gaulhet, Fernand</text>
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              <text>Lesaffre, Jean (1907-1975)</text>
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              <text>Girou, Jean (1889-1972)</text>
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              <text>Ripert, Émile (1882-1948)</text>
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              <text>Gandilhon Gens-d'Armes, Camille (1871-1948)</text>
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              <text>Baraillé, Marie (1895-1968)</text>
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              <text>Dufaur, Marguerite</text>
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              <text>Lizop, Raymond (1879-1969)</text>
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              <text>Lebrau, Jean (1891-1983)</text>
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              <text>Dissel, Juliette (1902-1962)</text>
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              <text>Philadelphe de Gerde (1871-1952)</text>
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              <text>Cubaynes, Jules (1894-1975)</text>
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              <text>Loubet, Joseph (1874-1951)</text>
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              <text>Pestour, Albert (1886-1965)</text>
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              <text>Cayrou, Frédéric (1879-1958)</text>
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      <description>Jeu de métadonnées internes a Occitanica</description>
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          <name>Portail</name>
          <description>Le portail dans la typologie Occitanica</description>
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              <text>Mediatèca</text>
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              <text>Bibliotèca</text>
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          <name>Contributeur</name>
          <description>Le contributeur à Occitanica</description>
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              <text>Bibliothèque de Toulouse</text>
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      <name>Escòla occitana</name>
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      <name>grafias de l'occitan = graphies de l'occitan</name>
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      <name>Poesia occitana = poésie occitane</name>
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