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Résistances et conscience de l’histoire dans La Festa de Robert Lafont1
Claire TORREILLES

Résumé
La Festa (1983-1996) de Robert Lafont est un roman-fleuve de l’envergure du Jean-Christophe
(1904-1912) de Romain Rolland et il se déploie comme lui en une fresque historique
européenne que l’on pourrait qualifier, en citant Claudel, de « déclaration de conscience ». C’est
le roman d’une génération, celle qui a vingt ans pendant la deuxième guerre mondiale. Placé
dans la filiation non déguisée du héros du premier roman de Robert Lafont, Vida de Joan
Larsinhac (1951), le personnage central des deux premiers tomes, Joan Ventenac, connaît le
destin tourmenté d’un écrivain engagé dans les luttes de son siècle. Résistant, il l’est, dans les
faits, en plusieurs lieux, à différents moments de sa vie : maquisard en Cévennes, combattant
à Budapest, soutien clandestin du FLN à Paris. Il l’est en permanence dans la conscience intime
des enjeux et du sens de l’histoire qu’il est en train de vivre et de celle qu’il revit en pensée et
en écriture, en particulier l’histoire de Jean Cavalier et des camisards cévenols. Cette conscience
occitane malheureuse mais lucide empêche Ventenac de céder, quelles que soient les
circonstances, au triomphalisme des libérations ou à ce qu’il ressent comme l’expression de
« la bonne conscience de la France ». Elle est le fondement de son anticolonialisme et de son
opposition à toutes les formes de la raison d’État. Dans la construction du roman, l’épisode
de la résistance des paysans du Larzac au projet d’extension du camp militaire occupe une
place symbolique. Les premières manifestations de soutien organisées dans l’été 1973
rassemblent en un lieu d’espoir et d’utopies croisées des personnages séparés par la vie et
déchirés par leur « haute conscience de l’histoire ». L’écriture romanesque virtuose de Robert
Lafont noue les fils du récit de résistance et de son commentaire, de l’oubli de soi et du
narcissisme analytique, de l’exigence de liberté et du désir de bonheur dans ce roman
chevaleresque des temps modernes qu’il nomme lui-même un Don Quichotte occitanien.

Robert Lafont a été, toute sa vie, un homme de combat et de résistance, un homme qui
marche, comme le personnage d’Amielh dans La Festa, qui avance contre le mistral sur les
digues du Rhône à Arles :
Un còp de mai, montere sus lo levadon. Tenguere tant coma poguere, a devinar dins
l’escur la fòrça giganta de l’aiga, a contrabatre amb tot çò qu’aviáu de vida dins ieu lo
vam descabestrat de l’aura2. La Festa I, p. 247.
La Festa est un roman-fleuve en trois volumes (deux premiers publiés en 1983 puis un
troisième publié en 1996). Il est comparable à Jean-Christophe (1904-1912) de Romain Rolland
par la taille et l’ambition du propos, par sa dimension historique européenne. Par un certain
romantisme aussi qui emporte les destinées, les rêves et les consciences des personnages.
Mais avec, évidemment, une construction romanesque bien différente. La Festa a une
structure complexe, en kaléidoscope, avec des effets de facettes qui amplifient la réalité. Le
personnage central, Joan Ventenac, est la réincarnation de Joan Larsinhac, héros du premier
roman de Robert Lafont (1950), mort au maquis. Il a un double, qui est Amielh Ribièra son
Cet article a fait l’objet d’une communication au colloque de Corte : Resistenza e machja literaria, 16-17 octobre
2013. Stamperia Sammarcelli, 2018. p. 283-314. Les traductions en note sont de Claire Torreilles.
2
Une fois de plus je suis monté sur la levée. J’ai tenu aussi longtemps que je le pouvais, à deviner dans l’obscurité
la force gigantesque de l’eau, à résister avec toute la vie qui était en moi la puissance déchaînée du vent.
1

�2

élève et disciple au lycée d’Arles, au début du roman, juste après la guerre. Mais surtout
chacun d’eux est multiplié, démultiplié par de nombreuses postulations narratives : les
personnages se racontent aux autres personnages, s’écrivent, se projettent dans la fiction de
personnages historiques ou non, se mettent tout entiers ?, conscience et inconscient, dans
leur propre œuvre d’écrivain qu’ils finissent d’ailleurs, l’un et l’autre, par détruire. C’est cette
intériorité des personnages, leur narcissisme d’une certaine façon, qui permet au roman
historique d’être un vrai roman avec des personnages de chair et d’âme. Intellectuels engagés
dans les guerres et les révolutions de leur temps, ils ne cessent de s’interroger sur le sens de
l’histoire passée et présente, exaltés ou tourmentés, sensibles, toujours lucides.
La Résistance, comme moment de l’histoire nationale, représente pour une génération, celle
de Robert Lafont, l’entrée dans l’histoire. La Vida de Joan Larsinhac est dédiée « I joves de
mon temps », aux jeunes-gens de mon âge. La destinée du héros est l’image d’« una
generacion que caminava a paupas dins l’escur de la guèrra », une génération qui avançait à
tâtons dans l’obscurité de la guerre. Dans La Festa la Résistance est le point de départ de
l’avancée difficile de la même génération dans les guerres et les révolutions de la seconde
moitié du XXe siècle.
Mais du point de vue de l’historien de l’Occitanie qu’est Robert Lafont3, la Résistance et le
maquis s’insèrent aussi dans la longue durée des résistances, soulèvements et révoltes qui à
de nombreuses reprises ont déchiré, exprimé et façonné le pays. Dans la fresque historique
que représente La Festa se dégagent quelques figures et quelques moments forts des
résistances occitanes.
Nous aborderons donc le thème de la résistance, des résistances dans La Festa, sous ces deux
points de vue : générationnel et territorial.

I – La Résistance et après ?
Le héros, Joan Ventenac, s’engage dans la Résistance très jeune. Il rejoint le maquis AigoualCévennes et participe aux combats de la Libération avec les FTP en Gardonnenque, le pays
natal de Robert Lafont qui s’étend le long du Gardon entre Alès et Nîmes. Ces combats sont
décrits assez longuement dans la première partie du tome II, Lo libre de Joan. Débâcle de la
Wehrmacht dans l’été 44, atrocités, confusion des commandements, de part et d’autre c’est
« una borbolhada de comandament entre Cevenas e Ròse », p. 15.
Joan n’a rien d’un héros. C’est un jeune étudiant qui ne cultive ni l’héroïsme ni la bravade
mais qui se trouve à sa place et d’une certaine façon heureux dans le groupe de résistants que
le roman prend le temps de décrire. Car il y a bien un côté romanesque de la Résistance
Un soir, après un engagement particulièrement violent, seul sur un chemin, Joan se trouve
face à un soldat allemand isolé et le tue. C’est bien plus tard, en ouvrant sa sacoche, qu’il
devine que le soldat est d’origine juive et que le remords le saisit, avec la conscience de
l’horreur de la guerre :
Avèm chauchat galhards dins l’atrocitat ! Es ara que me carcine. Qu’aguesse tirat…4 La Festa
I. p. 224

À la Libération, Joan s’engage dans la 2e DB de de Lattre jusqu’à Vienne. Avec les maquisards
communistes. Au retour, il peine à trouver sa place dans la société de l’après-guerre. Militant
3
4

Histoire d’Occitanie, Dr A. Armengaud et R. Lafont, IEO / Hachette littérature, Paris, 1979, 949 p.
Nous nous sommes vautrés dans l’atrocité. C’est maintenant que je me ronge. Que j’ai pu tirer…

�3

et professeur de philosophie au lycée d’Arles, il est exclu du PCF pour « comportement
immoral ». Le communisme des années 50 est brutal.
Après des années de solitude, Jean se retrouve à Budapest le 24 octobre 1956, aux côtés des
Hongrois qui s’opposent aux tanks soviétiques :
O ere d’aquélei, aqueu dimecres 24, que s’atroberon davant lei tank sovietics. Es aquí que
recacere aquesta grafinhadura au boteu. Mai amb ela ai marchat, crese que fai nòu jorns. I a
jamai agut de victòria a Budapest. Se disiá que lei Rus eran partits mai n’ai sempre vist que
rodavan… 5 La Festa II. p. 349-350

Revenu du « mensonge stalinien », Joan Ventenac vit ensuite à Paris. Il s’engage aux côtés du
FLN par conviction anticolonialiste. Il s’interroge sur son parcours, sur les contradictions de
son époque, sur l’incertitude des engagements (p. 236) : Pour Joan c’est le remords d’avoir
tué Rudolf qui fait pencher la balance du côté de l’engagement :
Dempuèi l’automne m’es sovent venguda l’idèa que, s’aqueu matin aguesse pas agut un
soudat que me tombesse davant a quasiment m’embroncar entre sei cambas, benlèu qu’a
Budapest auriáu jogat ren que lei consciéncias atencionadas e desarmadas6. La Festa I. p. 262

Quant à Amielh, le disciple et le double narratif de Joan, il commence par suivre Joan en
Europe centrale, puis il est appelé en Algérie où il découvre l’horreur de la guerre coloniale
dont il témoigne dans un roman en français, Djemila. Les maquisards ce sont les Algériens :
Ieu se’n cauguèt de gaire que me mandesson massacrar lei maquis d’Argeria7. La Festa I. p.
269
Comme Joan, il sort de la guerre avec dégoût et mauvaise conscience et comme lui il a recours

à la métaphore du bourbier :

Siás Amielh, revòutat contra la guèrra, mai que i enfangueres ta consciéncia : complici.8. La
Festa I. p. 270

Avec le temps, les personnages passent donc de la Résistance en France aux résistances dans
le monde. Le passage se fait par la démythification de l’image héroïsée et stéréotypée «quelque
peu franchouillarde » de la Résistance fabriquée par la littérature et le cinéma.
La Resisténcia, los dròlles qu’an vint ans ara la coneisson encara per l’apologetica dau roman
e dau cinèma. A pron pena s’un autre ton comença de se donar en literatura. Trenta ans
d’epopèia recitada, aquò’s long coma una religion establida. Mai l’eroïsme escur au dintre deis
ans quaranta, cinquanta, qué ne pòdon comprene los joves ? Dins la nuech espessa. La nuech
de l’Ocupacion, se’n parla. Mai la nuech de l’ocupacion dei clòscas ? Foguèt justament,

J’étais de ceux-là, ce mercredi 24, quand on s’est trouvé devant les tanks soviétiques. C’est là que j’ai pris cette
blessure au mollet. Mais avec elle j’ai marché, neuf jours je crois bien. Il n’y a jamais eu de victoire à Budapest.
On disait que les Russes étaient partis mais j’en ai toujours vu qui rôdaient.
6 Depuis l’automne m’est souvent venue l’idée que, si ce matin-là il n’y avait pas eu un soldat pour me tomber
dessus, à me faire broncher quasiment entre ses jambes, peut-être qu’à Budapest je n’aurais fait que jouer les
consciences attentionnées et désarmées.
7 Il s’en est fallu de peu qu’ils m’envoient massacrer les maquis d’Algérie.
8 Tu es Amielh, révolté contre la guerre où tu as pourtant embourbé ta conscience, complice…
5

�4
l’automne de 56, una nuech que s’estrifa, leis eimes que se desliuran dei timidesas. Mai que
dise aquí, la nuech tombèt tornarmai sus Budapest9. La Festa I. p. 458

La nuit de l’occupation des cerveaux : belle image de l’aliénation dont Lafont a fait de
nombreuses analyses. Aliénation française qu’il ne cesse de pourfendre en s’adressant aux
Français eux-mêmes : Lettre ouverte aux Français d’un Occitan (1973), Lettres de Vienne (1989),
Vingt lettres sur l’histoire (2005). Et dans ses démonstrations, notons que l’histoire de la Corse
a toujours une place de choix10. Mais aussi, la dernière phrase le dit bien : aliénation des
peuples bernés ou vaincus par les impérialismes.
Joan Ventenac polémique par lettre et en français avec un gaulliste satisfait au nom d’une
génération d’insatisfaits. Il lui écrit :
Nous avons, monsieur, à vingt-deux ans défilé, maquisards d’abord, soldats réguliers ensuite,
dans des villes que nous venions de libérer. La foule agitait des drapeaux le long des avenues,
il y avait foule et drapeaux aux fenêtres. Tout le monde nous acclamait. Unanimité nationale.
J’ai senti alors le tissu de l’opinion se refermer et combler du même coup la faille que notre
combat avait dessinée dans l’époque… De Gaulle n’était plus le déchireur du 8 mai mais le
grand refermeur. La Festa II. p. 352

L’image est reprise plus loin en forme de maxime :
Le dérisoire n’est pas la déchirure que trace l’acte héroïque dans le tissu lourd du siècle mais
ce tissu même qui se referme. La Festa II. p. 352

La formule est sartrienne : elle évoque l’engluement dans l’être comme étouffement de la
liberté.
C’est bien la question qui traverse l’œuvre de Lafont, depuis ses premiers écrits comme La
Cabana en 1945 et la Vida de Joan Larsinhac en 1951, la question déjà posée dans Occitània en
194811, moins l’héroïsme de la guerre ou de la Résistance que le doute jeté sur le degré de
liberté recouvré à la Libération. Non seulement le pathétique est banni dans les deux œuvres
citées, mais Robert Lafont dira plus tard, que le dénuement rhétorique auquel il s’était astreint
fut la condition d’une « écriture de l’économie extrême » qu’il s’était donné pour tâche
d’inventer alors en occitan.
En février 1945, il écrivait dans Tèrra d’Oc, qu’il regrettait que les drapeaux français aient fait
disparaître le drapeau occitan :

La Résistance, les jeunes qui ont vingt ans maintenant en connaissent le visage par l’apologétique du roman
et du cinéma. C’est à peine si un autre ton commence à émerger en littérature. Trente ans d’épopée récitée, c’est
long comme une religion établie. Mais l’héroïsme obscur, au cœur des années quarante, cinquante, qu’est-ce
qu’ils peuvent en comprendre les jeunes ? Dans la nuit épaisse. La nuit de l’Occupation, on en parle. Mais la
nuit de l’occupation des cerveaux ? Ce fut justement, l’automne de 56, une nuit que se déchire, les esprits qui
se délivrent des timidités. Mais que dis-je ? La nuit tomba à nouveau sur Budapest.
10 « Leçons de Corse », Lettres de Vienne à un ami européen, Avignon, Aubanel, avril-mai 1989. p.51-60.
Dans La Festa I, Lo cavalier de Març, p. 93, l’écrasement de la République corse par l’armée française est pris
comme exemple d’injustice historique dans une lettre supposée du marquis de Sade au Chevalier de Març : « Se
vous faut pasmens une mostre, un modèle de realitat, pensatz, vous nen prégui, a la malastrouse Republique de
Corse que nostres armades franceses acaberont y a pas may de sept ans. En joignent l’exemple deys Corses a la
leyssoun philosophique, comprendrez que vostre Quichotte a couquaren de grand à fayre din nostre siècle. »
(écrit en pastiche de graphie du XVIIIe)
11 Occitania, agost-setembre, nòva seria 6.
9

�5
Sota una mar de drapeus la tèrra maire dispareissiá. L’Occitan cercava sa bandièra, sa bandièra
sang e soleu qu’auria volgut apariar totjorn a la tela dei tres colors12.

Cet article, écrit à 22 ans, commence par comparer, de manière très félibréenne, la guerre qui
met le pays à feu et à sang à la Croisade albigeoise. Mais comme autrefois le pays se soulève
et c’est « l’armada dau poble occitan dressada fàcia a sei envasidors 13».
Lafont a toujours dit que la carte des marquis en France dessinait l’Occitanie et pas
seulement, dans son esprit, parce que c’était la zone occupée plus tard, mais pour des raisons
à la fois de géographie et de population. Et cela nous amène à notre second point: les
résistances d’un pays.

Tèrra
d’Oc,
février
1945

Sous une mer de drapeaux la terre mère disparaissait. L’Occitan cherchait son étendard, son étendard sang et
soleil qu’il aurait voulu toujours assortir à la toile aux trois couleurs.
13 L’armée du peuple occitan dressée face à ses envahisseurs.
12

�6

II - Les résistances d’un pays
La voix du pays, si l’on peut dire, est portée dans La Festa par le personnage mythique du
« Vielh de la montanha », le Vieux de la montagne. C’est un ermite vivant dans une grotte de
la montagne cévenole qui parle au nom de tous ceux qui, selon les époques, s’y sont réfugiés :
un déserteur de 1914 que Joan rencontre en partant au maquis, un huguenot réfugié au désert,
un camisard cherchant un abri et avant eux encore une longue chaîne de « faidits », hommes
maudits et pourchassés pour leur religion, chrétiens, juifs jusqu’aux druides des anciens
temps… Dans la parole inspirée de cet ermite, on entend déjà le souffle épique du poème
La Gacha a la Cistèrna (1998) qui exprime l’horreur du fanatisme et des guerres saintes :
De segle en segle la pensada dels òmes liures e solitaris es menaçada de perir dins la sang dels
còsses sofrents. La pensada càmbia, lo combat dura14.
[…] Seràs crosat contra totas las crosadas. Un sol enemic l’intolerància. Cal melhor morir per
l’òme que matar al nom de Dieu15. La Festa I. p. 105

C’est la mémoire des camisards qui hante le maquis des Cévennes : Cavalier, Roland, Laporte,
Masel, « lei trevas son dins nosautres 16 » (p. 31). Il semble que la liaison camisards /
maquisards ait été un topos, une « ressega » dit Lafont, une scie (p. 21) chez les maquisards
eux-mêmes, en pays huguenot. Le protestant Lafont la reprend à son compte, à travers son
personnage Joan Ventenac. À Ganges, Joan trouve le journal de Jean Cavalier, un exemplaire
en anglais, écrit en exil. Il le traduit en occitan classique :
Es a Ganges que se comencèt de nos donar lo nom de camisards17. La Festa I. p. 108.

Il superpose aux scènes vécues de la guerre les images de celle des camisards. Le glissement
se fait par un nom de village, une odeur, une vision. On bascule soudain dans le XVIIIe par
la magie de l’écriture et le plaisir de l’invention romanesque :
Foguèt aquela nuech de meissons coma n’i a de còps en Roergue, e mai foguesse d’estiu, que
la freg apareis blanca sus una cresta … La Festa I. p. 175

Il suffit d’un lieu familier, un mas, une forêt, un chemin, pour que la vision historique surgisse
et se déploie, auréolée de romantisme. C’est la Gardonnenque où chevauche Cavalier, laissant
derrière lui des villages fumants :
Cavalier avançava au davant de la victòria de per lei pradas gardonencas. Sabiá que li sufiriá
de pausar lei genolhs au sòu, Dieu parlariá per sa boca, l’enemic tremolariá, l’enemic seriá
emportat per lo ronfle dau Psaume. […] As pas vist Cavalier quand rintra a Nimes, sus una
gravadura deis òbras d’Alexandre Dumas ? Es vestit coma un comte de Tolosa, Ramon que
rintra dins sa vila, lo ceu deviá estre porpau per l’apoteòsi de tótei lei cavaliers de nòstra
istòria18. La Festa II. p. 78.

De siècle en siècle, la pensée des hommes libres et solitaires est menacée de périr dans le sang des corps
souffrants. La pensée change, le combat dure.
15 Tu seras croisé contre toutes les croisades. Un seul ennemi, l’intolérance. Il vaut mieux mourir pour l’homme
que tuer au nom de Dieu.
16 Les fantômes sont en nous.
17 C’est à Ganges qu’on a commencé à nous donner le nom de Camisards.
18 Cavalier avançait au-devant de la victoire, dans les prairies de la Gardonnenque. Il savait qu’il lui suffirait de
poser les genoux au sol, Dieu parlerait par sa bouche, l’ennemi tremblerait, l’ennemi serait emporté par le
ronflement du Psaume. […] N’as-tu point vu Cavalier quand il entre à Nîmes sur une gravure des œuvres
14

�7

Jean Cavalier, chef camisard, par Pierre-Antoine Labouchère, 1864
Musée du Désert

C’est encore une sombre auberge du Causse où Cavalier aurait pu rencontrer secrètement La
Bourlie pour réunir le soulèvement du Rouergue et des Cévennes et pour y associer
l’Angleterre (c’est le thème de La Quimèra de Joan Bodon, 1974). Si cela avait réussi :
Vos n’auriá fotuda una de Republica deis Provincias Unidas dau Miegjorn ! La Festa II. p. 73.

Et de l’excursion onirique dans les résistances passées, on revient à la résistance présente. Du
rêve de fédération de La Bourlie aux utopies de la Libération. Quand, au XXe siècle, des
communistes en arrivent à penser qu’ils n’auraient jamais dû déposer les armes (p. 165) et à
rêver de fonder sur les comités de Libération avec les armes des FTP des sortes de soviets…
c'est-à-dire de transformer la libération en révolution, c’est une utopie qui a du panache,
même si elle heurte la « légalité républicaine » et la bourgeoisie au pouvoir (p. 166). Joan en
tout cas le traduit (de façon bien peu sartrienne cette fois-ci) en perspectives occitanes :
S’aviam vougut, a la Liberacion… Camisard, maquisard, entre Cevenas e la mar, entre Aups
e Lemosin, eriam lei mestres. Se París seguissiá pas, se París s’era liberat ren que per saludar
bas de Gaulle, lei Soviets leis aurian poguts faire au Miegjorn. A Tolosa, i eriam quasi arribats.
De Gaulle degut i venir d’un còp d’ala d’avion impausar sa Crotz de Lorrena. Mai se i avián
refusat l’aterrissatge19 ? La Festa II. p. 167-168.

Une autre libération après la Libération qui conditionnerait les libérations des Indochinois,
des Malgaches, des Algériens ? (p.168) C’est bien Robert Lafont théoricien du colonialisme
d’Alexandre Dumas ? Il est habillé comme un comte de Toulouse, Raymond qui rentre dans sa ville. Le ciel
devait être pourpre pour l’apothéose de tous les cavaliers de notre histoire.
19 Si nous avions voulu, à la Libération… Camisard, maquisard, entre Cévennes et la mer, entre Alpes et
Limousin, nous étions les maîtres. Si Paris ne suivait pas, si Paris s’était libéré rien que pour saluer De Gaulle
bien bas, les soviets on aurait pu les faire dans le Midi. À Toulouse, on y était presque arrivé. De Gaulle a dû y
venir d’un coup d’aile d’avion imposer sa Croix de Lorraine. Mais si on lui avait refusé l’atterrissage ?

�8

intérieur qui parle. Au moment où il écrit La Festa, il a écrit presque tous ses livres sur la
France : La Révolution régionaliste, 1967 ; Sur la France, 1968 ; Décoloniser en France, 1971 ;
Autonomie, de la région à l’autogestion, 1976. Cette série sera bouclée avec Le Dénouement français
en 1986. Les autres ouvrages d’histoire et d’histoire des idées traiteront de l’Europe. Mais
déjà La Festa est un « roman européen ». Les personnages de toutes les époques parcourent
l’Europe du nord au sud jusqu’à ce qu’ils convergent tous à la fin sur le Larzac pour le grand
rassemblement européen des antimilitaristes et des minorités en lutte.
Le roman commence et finit par la mobilisation de soutien à la résistance des paysans à
l’extension du camp militaire du Larzac. Le mouvement est complexe, venu de plusieurs
horizons, lent à mûrir et à se structurer mais pour cela puissant. Le point culminant pour le
narrateur est la journée du rassemblement au Rajal del Gorb du 24 août 1973, journée où pour
la première fois une jeunesse européenne manifestait pacifiquement dans l’été du Larzac :
Feniera, rastolh, jauneta, serpol, fedam : a plen de narras lo Causse, per en dessús la fola
margalhada qu’ara comença d’ocupar la granda prada sota lo rocàs20. La Festa II. p. 414.

Un moment de fête, de paix partagée et de bonheur qu’on voudrait arrêter. Le récit n’a rien
d’épique, il est particulièrement fragmenté à la manière des romanciers unanimistes qui
donnent plusieurs points de vue sur même moment, en
plusieurs tonalités, celui de Maria ou de Guiraud, paysans du
Larzac, celui des écrivains Amielh et Joan, celui des jeunes,
celui des occitanistes venus de diverses régions et même celui,
extérieur, des « touristes » :
Sus lo Mandarós [a Milhau], i a mai, visible, un problèma de
circulacion. Leis autòs de tota color e de tota talha cauman coma un
tropeu. Pasmens çaganhós, lo tropeu. Lei toristas o prenon mau de
perdre son temps per en causa de çò qu’a ben un biais de
manifestacion politica. Ja que se son fachs insolentar per
d’inscripcions sus son camin : toristas defòra, e mai toristas nazis, qu’an
legit d’unei, s’es pas una vergonha, la polícia deuriá s’ocupar
d’aqueleis autonomistas que mascaran lei parets, d’inconscients que
son21… La Festa I, p. 39.

Joan le voyageur qui la veille était à Salzbourg se sent
« empaïsat », empaysé, dans ce Larzac hier considéré par toute l’Europe comme un désert
arriéré, aujourd’hui
Votz de la terra e de l’istòria […] escampaire public de la crida de libertat22. La Festa II. p.
411.

20 Foin, chaume, trigonelle, serpolet, brebis, le Causse nous emplit les narines, par-dessus la foule bigarrée qui
commence à occuper la grande prairie sous le rocher.
21 Sur le Mandarous (à Millau), il y aussi, visiblement, un problème de circulation. Les autos de toutes couleurs
et de toutes tailles paissent comme un troupeau. Un peu désordonné toutefois le troupeau. Les touristes râlent
de perdre leur temps à cause de ce qui a bien l’air d’une manifestation politique. Déjà qu’ils se sont fait insulter
par des inscriptions lues sur la route : Touristes dehors et même Touristes nazis, si c’est pas une honte, la police
devrait s’occuper de ces autonomistes qui barbouillent les murs, ces inconscients…
22 La portée de ces événements est analysée à plusieurs reprises par Robert Lafont dans ses essais en français,
comme dans Le Coq et l’Oc : « Le 20 août 1973, une foule de cinquante mille personnes se rassemble à l’appel
de cent dix paysans-éleveurs sur le plateau du Larzac, au centre géographique de l’espace d’oc [souligné par nous]. Une
population agricole à la fois traditionnelle d’implantation et ouverte à la modernité se trouvait menacée
d’expropriation par l’extension du camp militaire. La résistance s’organise. Elle coïncide avec la lutte des

�9

Le pays n’est pas un nid où on se replie, c’est un espace en train de s’inventer, d’inventer un
avenir autre que celui que la nation lui avait assigné, c’est un « endevenidor desamarrat », un
avenir sans attache23.
Le second tome de La Festa s’achève dans cette exaltation.
Robert Lafont écrivit, treize ans plus tard, un troisième tome : Finisegle (1996, Fédérop).
Beaucoup de déplacements fébriles, comme dans les deux tomes précédents, de Paris à
Florence, de la Provence à Venise… Mais la tonalité est bien différente, c’est, dit Jean-Claude
Forêt, une « festa ivernenca, fèsta sens causa e masqueta sus nòstre void24 ». Amielh a pris la
place de Joan comme personnage principal. Le propos est plus philosophique que
proprement politique : propos sur l’art, sur l’homme occidental, sur le sentiment du vide et
du vertige décliné en nombreux contrepoints romanesques. La résistance dans l’histoire
prend en particulier la forme de l’acte terroriste inutile et désespéré d’une jeune femme
marginale, Gertrude, dont la figure hante le narrateur. Mais l’acte de résistance majeur est
clairement l’écriture. Amielh vit à Paris et il a loué une une maison de banlieue pour écrire,
en marge... Le roman s’appelle d’ailleurs Lo marge. L’œuvre est acte de résistance de la vie
contre le néant. Le manuscrit disparaît après une perquisition par les policiers de
l’antiterrorisme qui poursuivent Amielh pour avoir hébergé Gertrude : Deux mille pages en
occitan : ils n’y comprennent rien :
Un fameux sac d’embrouilles. Laurent dit que c’est écrit en occitan. Il ne sait pas lire cette
foutue langue, mais il la reconnaît. Dis-nous pourquoi tu codes ce que tu écris ? Deux mille
pages ! Tu n’es pas assez jobard pour les écrire pour toi seul, dans un langage illisible. La
Festa III. p. 243.

Dérisoire d’écrire en occitan. Et pourtant, à un moment donné, c’est le seul acte vrai de
liberté, de résistance à la pensée dominante, à ses modes et à ses codes, à proprement parler
un « maquis littéraire » :
Òc es un roman, Casamonti, lo roman dei romans, escrich en plana lenga romana, pesat a la
romana de l’auto-coneissença25. La Festa III. p. 211.

La résistance n’est plus une affaire de génération ni de pays, c’est l’œuvre poursuivie en toute
conscience « contra suberna26 », contre le vent sur la jetée. Œuvre qui continue, en toute
lucidité, à tracer des chemins nouveaux et inspirants malgré les obstacles. Lafont essayiste
n’est plus publié à Paris à partir des années 80, Lafont médiéviste n’a pas été reconnu par ses
pairs à la hauteur où le plaçait son ouvrage, La Geste de Roland (1991), Lafont écrivain et poète
occitan a toujours assumé le sacrifice de notoriété auquel son choix de langue le condamnait.

ouvriers de Lip à Besançon : là-bas il s’agit de sauver une production dont vit la région ; ici, il est question de
rassembler un pays autour de son axe social, contre les déménagements de l’impérialisme. En 1974, la fête des
moissons pour le tiers-monde, organisée par les paysans du Larzac, rassemble plus de cent mille manifestants :
ils représentent tout ce qui en France et loin dans le monde lutte contre le militarisme, l’impérialisme et pour de nouveaux rapports
sociaux. Le souffle de mai 68 semble renaître. C’est une fête de la jeunesse. L’occitanité des slogans éclate sur ce fond
bigarré de foule mondialiste ». Le Coq et l’Oc, Actes Sud, 1997. p. 209.
23 Voix de la terre et de l’histoire […], crieur public de la liberté.
24 fête d’hiver, fête sans cause et masque sur notre vide. Jean-Claude Forêt, 4e de couv. de Finisègle.
25 Oui, Casamonti, c’est un roman, le roman des romans, écrit en bonne langue romane, pesé à la romaine de
l’autoconnaissance.
26 Arnaud Daniel : « leu sui Arnaut qu'amas l'aura: E chatz le lebre ab lo bou: E nadi contra suberna ».

�10

À la fin de sa vie, il a salué comme un écho du Larzac de 1973 le grand rassemblement de
2003 contre l’Organisation Mondiale du Commerce sur le plateau du Larzac. Il a été à
l’initiative, avec les militants occitans altermondialistes, du manifeste Gardarem la Tèrra27 :
Perqué lo Larzac ? Perque i a trenta dos ans, es una data essenciala. Avètz l’aparament del
local, sèm de païsans, una cellula locala. Del meteis temps se pausa lo problèma del país e se
pausa lo problèma eucumenic de la Tèrra.
[En mai de Seattle…], lo Larzac inventa la ligason del local e del planetari. Un país dubèrt,
un país de relacions. Sèm pas dins una fortalesa, sèm dubèrts. Es aquò la leiçon occitana28.
(2013, p. 201)

Lafont n’a jamais rien dit d’autre à partir du moment où il a pris la parole et la plume en
occitan. Dans l’article de février 1945 cité plus haut :
Sabiá que la cultura d’òc era lo signe d’una nòva cultura francesa e europenca29.

Œuvres de Robert Lafont citées
1951- Vida de Joan Larsinhac , I.E.O., Toulouse,
1969- Teatre Claus, I.E.O, Toulouse.
1967- La Révolution régionaliste, Gallimard, Paris.
1968- Sur la France, Gallimard, Paris.
1971- Le Sud et le Nord, Dialectique de la France (dir.), Privat, Toulouse.
1971- Décoloniser en France. Les Régions face à l’Europe, Gallimard, Paris.
1971- Clefs pour l’Occitanie, réd. Rééd. 1977, 1987, Seghers, Paris.
1973- Lettre ouverte aux Français, d’un Occitan Albin Michel, Paris.
1974- La Revendication Occitane, Flammarion, Paris.
1976- Autonomie, de la Région à l’Autogestion Gallimard, Paris.
1979- Histoire d’Occitanie, dir. de ... (avec A. Armengaud) Hachette, Paris.
1991- La Geste de Roland, t. I, L’Epopée de la Frontière ; t. II, Espaces, Textes, Pouvoirs, L’Harmattan, Paris.
1983-96- La Festa: 1- Lo Cavalier de Març, 2- Lo Libre de Joan, 3 - Finisegle,, Fédérop-Le Chemin Vert,Obradors, Lyon, Paris, Église-Neuve-d’Issac.
1986- Le Dénouement Français, J.-J. Pauvert-Suger, Paris.
1987- Questions sur les Mots (avec H. Boyer, Ph. Gardy, J.-M. Marconot et P. Siblot), Didier, Paris.
1989- Lettres de Vienne à un ami européen, Aubanel, Avignon.
1990- Le Dire et le Faire, Praxiling, Montpellier,
1994- Il y a quelqu’un. La Parole et le Corps, Praxiling,Montpellier.
1997- Quarante ans de sociolinguistique à la périphérie, l'Harmattan, Paris.
1998- La Gacha a la Cisterna, Jorn, Montpeyroux.
2001- L’Eròi talhat, Trabucaire, Perpignan.
2005-.Vingt lettres sur l’histoire, Vent Terral, Villefranche d’Albigeois.

L’association Gardarem la tèrra a organisé le 7 octobre 2009 à Nîmes le colloque « Robert Lafont, la haute
conscience d’une histoire ». Perpignan, Trabucaire, 2013.
28 Pourquoi le Larzac ? Parce qu’il y a trente-deux ans, c’est une date essentielle. Vous avez là la défense du
local, nous sommes des paysans, une cellule locale. En même temps se pose le problème du pays et le problème
œcuménique de la Terre.
[plus loin que Seattle], le Larzac invente la liaison du local et du planétaire. Un pays ouvert, un pays de relations.
Nous ne sommes pas dans une forteresse, nous sommes ouverts. C’est cela la leçon occitane.
29 Je savais que la culture d’oc était le signe d’une nouvelle culture française et européenne.
27

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              <text>&lt;p style="text-align: justify;"&gt;&lt;em&gt;La Festa&lt;/em&gt; (1983-1996) de Robert Lafont est un roman-fleuve de l&amp;rsquo;envergure du &lt;em&gt;Jean-Christophe&lt;/em&gt; (1904-1912) de Romain Rolland et il se d&amp;eacute;ploie comme lui en une fresque historique europ&amp;eacute;enne que l&amp;rsquo;on pourrait qualifier, en citant Claudel, de &amp;laquo; d&amp;eacute;claration de conscience &amp;raquo;. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C&amp;rsquo;est le roman d&amp;rsquo;une g&amp;eacute;n&amp;eacute;ration, celle qui a vingt ans pendant la Deuxi&amp;egrave;me Guerre Mondiale. Plac&amp;eacute; dans la filiation non d&amp;eacute;guis&amp;eacute;e du h&amp;eacute;ros du premier roman de Robert Lafont, &lt;em&gt;Vida de Joan Larsinhac&lt;/em&gt; (1951), le personnage central des deux premiers tomes, Joan Ventenac, conna&amp;icirc;t le destin tourment&amp;eacute; d&amp;rsquo;un &amp;eacute;crivain engag&amp;eacute; dans les luttes de son si&amp;egrave;cle. &lt;br /&gt;R&amp;eacute;sistant, il l&amp;rsquo;est, dans les faits, en plusieurs lieux, &amp;agrave; diff&amp;eacute;rents moments de sa vie : maquisard en C&amp;eacute;vennes, combattant &amp;agrave; Budapest, soutien clandestin du FLN &amp;agrave; Paris. Il l&amp;rsquo;est en permanence dans la conscience intime des enjeux et du sens de l&amp;rsquo;histoire qu&amp;rsquo;il est en train de vivre et de celle qu&amp;rsquo;il revit en pens&amp;eacute;e et en &amp;eacute;criture, en particulier l&amp;rsquo;histoire de Jean Cavalier et des camisards c&amp;eacute;venols.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Cette conscience occitane malheureuse mais lucide emp&amp;ecirc;che Ventenac de c&amp;eacute;der, quelles que soient les circonstances, au triomphalisme des lib&amp;eacute;rations ou &amp;agrave; ce qu&amp;rsquo;il ressent comme l&amp;rsquo;expression de &amp;laquo; la bonne conscience de la France &amp;raquo;. Elle est le fondement de son anticolonialisme et de son opposition &amp;agrave; toutes les formes de la raison d&amp;rsquo;&amp;Eacute;tat. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans la construction du roman, l&amp;rsquo;&amp;eacute;pisode de la r&amp;eacute;sistance des paysans du Larzac au projet d&amp;rsquo;extension du camp militaire occupe une place symbolique. Les premi&amp;egrave;res manifestations de soutien organis&amp;eacute;es dans l&amp;rsquo;&amp;eacute;t&amp;eacute; 1973 rassemblent en un lieu d&amp;rsquo;espoir et d&amp;rsquo;utopies crois&amp;eacute;es des personnages s&amp;eacute;par&amp;eacute;s par la vie et d&amp;eacute;chir&amp;eacute;s par leur &amp;laquo; haute conscience de l&amp;rsquo;histoire &amp;raquo;. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L&amp;rsquo;&amp;eacute;criture romanesque virtuose de Robert Lafont noue les fils du r&amp;eacute;cit de r&amp;eacute;sistance et de son commentaire, de l&amp;rsquo;oubli de soi et du narcissisme analytique, de l&amp;rsquo;exigence de libert&amp;eacute; et du d&amp;eacute;sir de bonheur dans ce roman chevaleresque des temps modernes qu&amp;rsquo;il nomme lui-m&amp;ecirc;me un Don Quichotte occitanien.&lt;/p&gt;&#13;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Cet article a fait l'objet d'une communication au colloque de Corte :&amp;nbsp; &lt;em&gt;Resistenza &amp;egrave; machja literaria&lt;/em&gt;, 16-17 octobre 2013.&lt;/div&gt;</text>
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              <text>Lafont, Robert (1923-2009) -- Critique et interprétation</text>
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          <name>Catégorie</name>
          <description>La catégorie dans la typologie Occitanica</description>
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              <text>Ressources scientifiques</text>
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          <name>Contributeur</name>
          <description>Le contributeur à Occitanica</description>
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              <text>CIRDOC - Institut occitan de cultura</text>
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