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                  <text>RECHERCHES ET DOCUMENTS
1
DU
CENTRE
THOMAS MORE
D[CEMBRE 1985 .
N°48

RAPPORT

minorités nationales,
culture et décentralisation:
le cas occitan
Ce- texte est la relation due à Françoise MORIN(Université de Toulouse - Le Mirail)
du Colloque, réalisé avec le concours du MINISTERE DE LA CUL TURE, qui se tint
au Centre Thomas More les 4 - 5 décembre 1983, avec Cl. ALRANO, Ch. COULON,
W. DRESSLER-HOLOHAN; D. FROSSART, Ph. GERDY, D. GROSCLAUDE, F..
MORIN, L. OUERE.

A partir d'une prise de -conscience des minorités nationales naissait en France, il y a
une quinzaine d'années, une dynamique nouvelle. Des Bretons, des Occitans·, des
Corses, des Basques ; .. revendiquaient, non seulement une langue et une culture,
mais aussi «le droit de vivre, travailler et décider au pays». Pour exprimer ces revendications, les cultures minoritaires utilisèrent la chanson, le théâtre, la radio, l'édi~
tion et, _plus récemment, le cinéma et la télévision. Ce fut une véritable explosion de
la parole minoritaire.
Perspective
Jusqu'en mai 1981, l'État français est resté sourd à ces revendications~ En se présentant aux élections 'avec, dans ses bagages, la reconnaissance des «peuples minoritai•
res» de France et de leur «droit à la différence»,le Parti Socialiste transgressait èn quelqùesë&gt;rte toùte uné série de règles et de principes qui ont mqdelé l'État-Nation à la
française. · Après deux ans de gouvernement, si le programme socialiste de «la France
au Pluriel» est loin d'être appliqué dans sa globalité, des ouvertures ont néanmoins
eu lieu (Rapport H. Giordan, développement de l'enseignement des langues régiona·1es, radios libres, projet de décentralisation en cours). · ·
· ·
· ·
Or, paradoxalement, au moment où les acteurs de ces cultures minoritaires devraient
s'emparer de ces ouvertures pour développer une dynamique de conscientisation, on
constate un certain immobilisme de ces mouvements (excepté en Corse).

�62
Le but de cette Table ronde était donc, comme le souligna l'un des organisateurs,
Françoise Morin, «de faire le po-int sur ces quinze années d'initiatives culturelles,
d'analyser les blocages de la situation actuelle tant du point de vue des cultures
minoritaires que des institutions nationales&gt;&gt;. D'où la question fondamentale exami née au cours de nos deux journées de débat : les cultures minoritaires doivent-elles
tout attendre d'un État-Providence pour exister ? Et, plus généralement, quel doit
être le rôle de l'Etat dans la reconstruction d'identités minoritaires ?
Si dans ces dernières années différentes réunions scientifiques ont permis aux chercheurs de faire le point sur les problématiques de l'ethnicité et des mouvements de
revendication ethnique
toutes ces rencontres portaient toujours SUR les acteurs
de ces cultures minoritaires, mais ne se faisaient jamais AVEC eux. Cette Table ronde, en réunissant chercheurs ET acteurs, voulait donc rompre avec cette pratique de
recherche et proposait un dialogue qui se voulait à long terme générateur d'innovations méthodologiques et, pourquoi pas, d'actions culturelles.

Mais cette rencontre d'un nouveau type engendre des interactions qui peuvent poser,
tant aux chercheurs qu'aux acteurs,de nombreUses questions concernant :
- les formes et les limites de l'implication du chercheur vis-à.vis des acteurs de
ces cultures minoritaires,
- les moyens de réappropriation par les acteurs des résultats de la recherche,
- le développement d'une recherche-action .et sa reconnaissance par les institutions de financement de la recherche, comme cela se passe au Québec,
- . la formulation d'objets de recherche qui répondent aux besoins des acteurs,etc.
Pendant ces deux journées, nous avons voulu tester la pertinence de ces questions et,
pour cela, confronter nos expériences de chercheurs et d'acteurs en matière minoritaire.
Le choix d'une minorité-type : !'Occitanie
Pour des raisons de temps, d'efficacité et· de moyens, nous avons choisi de focaliser
notre réflexion sur les initiatives culturelles d'une seule minorité nationale. Tous les
acteurs étaient en effet occitanistes, chacun ayant dans le domaine qui lui est propre
une longue expérience d'action culturelle militante. Par contre, les chercheurs
n'étaient pas tous des spécialistes de l'espace occitan. La présence de deux sociologues-anthropologues qui travaillent avec des minorités nationales différentes de
!'Occitanie (L. Quere pour la Bretagne, W. Dressler-Holohan pour la Corse) n'était
pas un hasard. En effet, l'expérience a montré que seule l'approche comparative permet d'avancer dans l'analyse du vécu minoritaire, de la dynamique revendicative de
chaque groupe et de la logique centraliste de l'État.
Cette comparaison à l'échelle hexagonale se double d'une autre, certes plus distanciée dans l'espace mais aussi efficace. En effet, trois anthropologues participant à
cette Table ronde travaillent simultanément dans des sociétés «lointaines» (où se
développent des mouvements de revendication ethnique et de contestation du pouvoir étatique) et avec des cultures minoritaires en France (Ch. Coulon : Afrique-Occitanie, J.-M. Auzias et F. Morin : Amérique Indienne-Occitanie). Ce deuxième niveau
comparatif permet notamment de retrouver les mémes mécanismes de domination
de l'État et des conceptions similaires du politique (Le Multiple contre l'Un) revendiqué par ces cultures minoritaires.
Cette pluralité de recherches qu i débordent l'espace occitan et même l'hexagone ne
doit pas être considérée comme un obstacle au dialogue que nous avons voulu

�instaurer entre chercheurs et acteurs, notamment pour une meilleure compréhension
de la crise que traverse la revendication occitane et qui fut l'objet de nombreuses discussions au cours de cette Table ronde. Cette diversité d'approche a au contraire
servi d'outil pour dépasser des schémas explicatifs de cette situation de stagnation
voire même de régression, manifestement simplistes. Cette connaissance par certains
chercheurs d' «ailleurs» revend.iqués . a été utilisée pour une analyse «décentrée» du
mouvement occitan.
De surcroît, il est important de souligner que cette Table ronde eut .lieu à un moment où la recherche .sur les minorités et relations interethniques se trouve plus que
jamais marginalisée, voire ignorée, par les instances officielles de la recherche. Cet ·
cJspect .a été particuJièrement souligné par H. Giordan dans son intervention : «Si on
ne commence pas à engager une politique de connaissance, on n'engagera pas sérieusement une politique de réhabilitation, de réparation historique. Le bilan est catastrophique. On avait proposé au Ministère de la recherche un programme mobilisateur
sur la diversité culturelle qui n'a pas été retenu par le Ministre ... Et dans le rapport
Godelier, il y a une demi-ligne là&lt;Jessus, et cela figure dans le document annexe ... ».
Cette carence de l'État en matière de diversité culturelle se retrouve à différents niveaux de l'action politique. C'est un thème qui est revenu à plusieurs moments du
débat et auquel nous ferons allusion plus loin.
Une faiblesse du mouvement
Cependant, cette situation tient aussi à la faiblesse du mouvement occitan qui n'a
jamais rassemblé une large partie de la population ni exercé une pression adéquate
sur les pouvoirs publics. L'échec du mouvement occitan a été particulièrement analysé dans l'intervention de Ch. Coulon qui a souligné notamment :
«1 - Le mouvement occitan n'a pas su mobiliser de larges secteurs de la population
occitane sur une alternative culturelle. Il y a contradiction entre l'intérêt
croissant que manifestent beaucoup de gens dans les régions occitanes pour leur
culture propre et la faiblesse des effectifs que le mouvement occitan peut rassembler.
2 - Il n'a pas· su profiter des ouvertures, des initiatives, des «possibilités» qui ont
vu le jour au cours de ces deux dernières années (rapport Giordan, rapport
Coutouly).
3 - Il a constamment oscillé entre une mentalité de quémandeur face à l'État et
aux notables locaux, et un gauchisme stérile confiné dans son impuissance.
·
4-

Au lieu de développer et de dynami"Ser les initiatives et créations culturelles
occitanes prises çà et là, il a trop souvent agi en censeur, s'érigeant en seul
détenteur authentique et unique de la vérité occitane. En ce sens, et malgré un
langage souvent populiste, le. mouvement occitan s'est coupé de la société occitane et
des dynamismes· sociaux qui s'y déroulent ».
.
Volontairement provocatrice, cette appréciation critique des responsabilités du mouvement occitan a favorisé une large discussion entre les participants. Beaucoup ont
reconnu que le mouvement occitan s'était ·en effet éloigné du pays «réel» et des pratiques culturelles et linguistiques vécues quotidiennement par une partie de la population occitane. Ce point a été particulièrement illustré par des participants qui
mènent une action culturelle en milieu rural. A.-M. Granié, animatrice du «Théâtre
du Semalou», a notamment montré .l'intellectualisme de la démarche militante qui
n'a pas de prise sur la vie quotidienne et qui aurait en quelque sorte «brûlé les étapes» en ignorant les parlers locaux, les identifications au «pays», en un mot, les identités d'en bas au profit de l'identité occitane, souvent artificiellement définie d'en
.

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haut et par conséquent sans lien direct avec les milieux sociaux traditionnellement
porteurs d'un vécu occitan.
Les raisons de la crise
Toutefois, les raisons de Ja crise· occitane sont apparues au cours de la discussion
·comme··beaucoup plus coinplex-ês, dans la mesure où !'Occitanie rurale est el1e-méme
voie .de désintégration. Ph. Gardy et Cl. Alranq ont tous deux souligné daris leur
î-ntervention le décalage entre ùn discours à la recherche d'une occitanité et une
situation sociale qui se caractér_ise de plus en plus nettement par · l'urbanité et la
migratiQn. «Quel rapport y a-t-il, demandait Ph. Gardy, entre un village de Lomagne
et les 9/10e des habitants du Langueçfoc-Roussillon qui habitent dans les grandes
yilles avec des populations qui ne sont pas occitanes~ au sens traditionnel du terme?
Les 3/4 des gens ne sont plus, dans ces villages, d'origine occitane, ils sont maghrébins, ils sont portugais, Hs sont castillans, ils sont français du Nord. On se trouve
devant un pays, au sens large du terme, complètement émietté». Mais pour Cl.
Alranq, «s'il y a urgence de réfléchir sur des interventions dans ce contact entre
cultures au niveau des grands centres urbains», le problème fondamental reste qu'il
«faudrait intervenir avec ·d'autres outils culturels que ceux que l'on utilise . . . il faudrait revenir à des formations théâtrales qui nous préparent à la rue».

eri

Il -est important de souligner que beaucoup de participants de cette Table ronde
étaient conscients des enjeUx posés par les relations intercülturelles en Occitanie. Ils
se· montraient néanmoins extrêmement méfiants à l'égard du concept de «métissage
culturel» qui semblerait être la réponse d'un certain nombre d'instances officielles à
cette pluralité de f'hexagone. Or, «te métissage culturel fait peur», comme l'a déclaré
H. Giordan; car il risque de se solder par la mort culturelle de chacun des groupes en
présence.
Paradoxalement, la mort culturelle peut aussi provenir «d'un attachement presque
obsessionnel, quasi viscéral à Ja langue», comme l'a souligné Ph. Gardy. Mais une langue ne fonctionne pas dans le vide. «Elle doit être en dialogue avec une société. Tant
qu'on fera des fiches de grammaire, tant que le mouvement occitan n'abordera pas
de façon sérieuse les conditions socio-économiques et politiques du fonctionnement
de la langue, tant qu'il isolera langue, culture et société ... , il n'y aura pas de développement de cette langue elle-méme», remarque Christian Coulon. Ce fétichisme de
la langue, développé par certains militants occitans, et qui illustre le côté très félibréen du mouvement, bloque l'usage et la diffusion de la langue, donc le développement de la culture occitane. Pour Philippe Gardy, «on se trouve dans une situation
où le problème de la langue est vécu de façon tellement intérieure et comme quelque
chose de tellement intouchable, à la fois par les militants et par une partie des chercheurs». Il s'agit dans ce dernier cas des dialectologues qui sont, selon lui, «des militants inversés, reconvertis dans un éparpillement linguistique au nom de l'amour de
l'origine en quelque sorte.. ; et qui se complaisent à fabriquer plus qu'à observer
dans la réalité».
~parpillement que l'on retrouve dans les atlas linguistiques de France et qui nuit à
l'unification de la langue occitane, condition qui apparaît nécessaire pour être reconnue par un pouvoir politique.
·
Cette fixation sur la langue, dénoncée par plusieurs participants de cette Table ronde1
s'accompagne bien souvent d'une image passéiste de la culture occitane. Lorsque
F R3 offre quelques crédits pour faire des émissions occitanes, le réflexe occitaniste,
souligne Ph. Martel, c'est de prendre une caméra et d'aller au marché de Villeneuve-

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sur-Lpt pour nous montrer des Occitans qui vendent des salades en occitan. « Et s'ils
ne les vendent pas en occitan, on coupe le son pour qu'on ne sache pas qu'ils ne les
vendent pas en occitan», remarque-t-il, tout en constatant cette volonté toujours
prompte du minoritaire «à se conformer à l'image que lui renvoie le miroir tendu par
le majoritaire». «Vous nous dites que nous sommes le temps des ancêtres(. .. ), vous
nous demandez d'être authentiques (. .. ), comme nous n'avons pas de coiffe, nous
allons jusqu'à en inventer, comme le père Mistral avec le costume arlésien».
L'intériorisation par les minoritaires de cette image folklorisante et archaïque que la
société dominante fabrique d'eux montre qu'il y a un manque de réflexion des occitanistes sur leur propre culture. «On demande la reconnaissance de la Culture Occitane avec des majuscules, on demande l'occitan à la télévision sans jamais se poser la
question : pour quoi faire ? pour dire quoi ?». Cette réflexion de Ph. Martel montre
bien les limites de l'État dans la reconstruction des identités minoritaires.
Bilan sélectif des initiatives
Après ce. premier débat général, un bilan des initiatives occitanes de ces quinze dernières années fut proposé par différents militants. Dans le cadre de cet article, nous
avons sélectionné ce quj nous semble le plus significatif.
Dans son intervention sur «l'édition phonographique occitane», M. Berthoumieux
oppose deux périod~s. L'une (1970-1981) est celle de l'affirmation et de l'expansion
du mouvement occitan. « La chanson occi.tane se définit alors comme une chanson
engagée, une chanson slogan». C'est l'époque où s'organise la maison de disques Ven~
tadorn, au départ structure associatiw rattachée.à l'I.EO. qui se transforrœ en SARL; d'autres
éditions se développent : Revolum, Cap et Cap, Recalin, qui portent cette expression
occitane nouvelle auprès d'un public sans cesse plus large. Par contre, depuis 1978,
indique M. Berthoumieux, «ta chanson occitane se renouvelle peu», et certains chanteurs, tels Marti ou Los de Nadau, ., «semblent un peu prisonniers de l'image qu'ils
ont imposée à leur public». Si la majorité de ces chanteurs «semblent animés par ta
volonté d'améliorer une qualité musicale et plus largement artistique de leur prestation, il n'en reste pas moins que, globalement, ils n'amènent pas un renouvellement
de la création en occitan».
Les conditions politiques, selon M. Berthoumieux, n'étaient pas (et ne sont toujours
pas) favorables à un renouveau de l'occitanisme ; car, nous dit-il, les militants occitàns ont trop fait confiance à la .gauche, investissant «chacun dans son coin et daris
son domaine dans toutes les structures culturerles décentralisées ou pas, mises en
place par le nouveau pouvoir pour préparer le changement». «Aussi, ajoute-t-il, larevendication d'autonomie ou d'identité semble-t-elle aujourd'hui en régression et
l'opinion semble se satisfaire des timides mesures prises ici et là en matière d'enseignement et de medias audio-visuels».
·
La crise politiqu~ du mouvement occitan et le non-renouvellement de la création
occitane ont des effets directs sur la production du disque occitan : « Les éditeurs
occitans ont dû réagir, et notamment diversifier leur production : Ventadorn a
ouvert une collection de disques classiques et Revolum a mis à son catalogue trois
disques d'expression non occitane (flamenco, créol~ et français)».
Cependant, cela n'a permis que de colmater lès brèches ; et les conclusions de M.
Berthoumieux ne sont guère optimistes : « La crise du disque a en effet provoqué une
prudence accrue des disquaires (... ), qui ne veulent plus très souvent prendre des
.risques financiers sur des disques dont lâ rotation est trop lente L... ). Le secteur des

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supermarchés,· qui semblait s'ouvrir à nos productions il y a quelques années, est
quasiment complètement fermé aujourd'hui (. .. ). A l'heure actuelle, l'édition occitane est menacée : elle ne peut survivre qu'avec l'aide des pouvoirs publics et qu'à
&lt;;:ondition de limiter au maximum les risques financiers au niveau de la production».
Le-théâtre occitan ·
La même analyse se retrouve dans l'expérience de l'acteur Claude Alranq. Pour lui, le
théâtre occitan est «une dynamique qui a été brisée». Dans son intervention, Cl.
Alranq distingue trois périodes hi~oriques. «La premiè_re (1970-1972) a été, nous
dit-il, urie période de pur volontarisme etde totale marginalité : gratuité des spectacles, pas de différence entre le politique et le culturel, isolement politique. Cette
période correspond à la naissance du mouvement occitan». Dans un deuxième
temps, le théâtre occitan trouve un certain écho auprès de mouvements de gauche régionaux ; il passe à une situation que Cl. Alranq qualifie de «semi-professionalisme
militant». C'est une «période d'explosion». «Nous n'avions pas besoin à ce momentlà d'aller frapper aux portes, d'expliquer pourquoi nous devions exister. Les syndicats, les comités viticoles venaient frapper à notre porte. Nous ne vivions pas richement, mais nous vivions avec notre pays». En même temps, explique Cl. Alranq, la
légitimité quasi naturelle du mouvement et des expressions artistiques occitanes,
l'impression que ceux-ci traduisaient une cause historique et populaire, permettaient
dè nouvelles interrogations, autor'isaient un dépassement : «C'était un moment où
moi, je me suis senti un peu libéré de mes tâches de pédagogue et de mes tâches de
militant pour pousser la troupe de La Carriera à avoir un travail de recherche plus
fondamental. On se disait que le théâtre occitan ne devait pas vivre seulement parce
qu'il portait une idée sociale et économique, mais aussi parce qu'il puisait dans des
références culturelles spécifiques au niveau de la sexualité, de la féminité, de la fête
carnavalesque, p·â r exemple». Ces réflexions s'avéraient.d'autant plus significatives,
explique Cl. Alranq, qu'à l'époque le jeune tf:léâtre régional, qu'il fût d'expression
occ.i tane ou française, était en plein développement, et qu'il militait pour l'autonomie·culturelle.
·
Le coup d'arrêt de cette dynamique se situe, selon Alranq, en 1977-19.78. L'affaire
de Montredon est le symbole de cette rupture, car au lieu d'être l'amorce d'une vaste
action unitaire occitane, elle a provoqué l'éparpillement. L'échec de Montredon
signale l'échec du mouvement historique. Tout est retombé ; et les difficuhés du
théâtre occitan sont, explique Cl. Alranq, à situer dans ce èontexte : &lt;&lt;en l'absence
d'un mouvement historique, dit-il, chacun se replie sur soi-même». C'est le «début
d'lme dégringolade?&gt;, L'arrivée de la gauche n'a, sur ce point, fait que compliquer le
problème, affirme Cl. Alranq. Il est vrai, déclare-t-il, qu'elle a pratiqué un certain
nombre d'ouvertures· dont les occifanistes n'ont pas su profiter ; mais tout de même
«il ·n'y a pas eu de rupture fondamentale de la politique», notamment en matière
culturelle. «Ce qui a continué d'exister, c'est la loi du profit et de la concentration».
C'est aussi la loi du vedettariat. ·Les intellectuels qui ont pris le pouvoir culturel
régional «ont commencé"·à dire que nous étions des passéistes», peu à peu ils se sont
aussi convertis aux «critères de la norme française qui font que si l'on ne fait pas
venir Planchon ou Peter Brook, on n'a pas 'd'action -culturelle». «Ce qui fait qu'on
nous a complexés parœ qu'effectivement noùs ne savions que rabâcher nos difficultés .On nous a aussr infériorisés parce qu'on nous comparait avec des choses qui ne
sont pas comparables. Quand on se bat pour faire vivré dix personnes avec 20 miliions de subventions, on ne peut pas faire un grand spectacle&gt;&gt;.

~our ÇI. Alranq, ce n'est pas parce que nous aurons des «Adjani ou des Montand
occitans que nous sauverons !'Occitanie, mais parce que nous aurons derrière rious

�67

un mouvement social». Mais finalement Cl. Alranq demeure relativement optimiste ':
«En trois années, dit-il, j'ai donné 300 représentations. J'ai l'impression que l'on n'a
pas été abandonné par le peuple de chez nous. Depuis 1970, j'ai toujours eu des
publics sensibles à la question occitane, à la défense de la langue et du pays. J'ai eu
l'impression de rencontrer un peuple qui aspirait à une reconquête ou tout au moins
une sociabilité qui continue d'exister».
«Seulement, conclut Alranq, on est arrivé à une situation où le théâtre occitan n'a
pas eu le temps d'affirmer sa personnalité, de trouver son originalité; on l'a contraint
à copier les autres».
Le cinéma occitan
Si le cir'éma occitan est à la recherche depuis quelques années d'un nouveau pu~lic, .
les rapports de !'Occitanie avec ce septième art sont très anciens, puisq·ue le cinématographe est né dans ce pays, comme l'a montré Jean Fléchet. Inventé à Lyon par
Louis et Auguste Lumière, il· devient très vite un spectacle populaire et donne lieu
pendant plus de dix ans (1896-1907) à un artisanat local et rural très animé. Mais ce
marché · 1ocal occitan fut soudain bouleversé par deux hommes, Ch. Pathé et L.
Gaumont, ·qui, en s'installant à Paris, vont organiser en la centralisant l'industrie
cinématographique. «Les cinéastes forains d'Occitanie cessèrent de produire leurs
propres bandes pour s'adonner aux cfrcuits Pathé et Gaumont ... La production arti~
sanale, locale, régionale était coulée». Et avec cette mort, ajoute Jean Fléchet, c'est
«l'idée d'une école occitane ou à défaut régionale du cinéma qui disparaît».
Contrairement aux l:tats-Unis, à i'ltalie ou à l'Espagne qui voient leur cinéma se
· développer régionalement, en France, au début du siècle, c'est le réflexe centraliste
qui l'emporte, car on ne peut faire de bon cinéma qu'à Paris. Là création en 1940
d'un organisme d'l:tat chargé de .gérer, contrôler et censurer le cinéma français,qui
deviendra après la guerre le CNC (Centre National de la Cinématographie) donne lé
coup de grâce à toute initiative régionale. ·
Si le succès de la trilogie de Pagnol (dont la production était d'ailleurs parisienne)
avait permis avant la guerre une percée du cinéma_marseillais, la rich~se du «filon
culturel provençal» ne semble pas aussi "rentable à la libération et, comme le note J.
Fléchet, «jusqu'à l'aube des années 70, l'Occitanie est toujours or_p heline d((! son
cinéma».
·
Après ce long silence, c'est dans la mouvance de la revendication occitane en mai 68
qu'émerge ta notion d'un «cinéma occitan». Elle naît à Paris où travaillent tous les
professionnels cinéastes qui se reconnaissent occitans. En fondant l'association
«Cinéma . occitan&gt;&gt;., ils cherchent à se donner des «ancêtres» parmi les cinéastes ayant
utilisé les parlers occitans dans leurs films (comme Rouquier avec Farrebique). Puis
tfèsviteœttepremèreassociation se transfonœ en CINOC dont l'objectif est de faire
«consdemmeni&gt;&gt; du dnéma occitan. En tournant avec les moyens du bor9, ce cinéma des années 70 est avant tout militant et -par là totalement en marge du système
commercial du cinéma traditionnel. Particulièrement efficace en 1976, il devient au
moment fort des luttes viticoles un véritable cinéma . d'intervention avec débat et
animation. C'est à ce moment-là que se cr'ée TECIMEOC, nouvelle association qui se
donne pour tâche de promouvoir et développer une télévision et un cinéma occitans
à partir d'une «analyse lucide» de _la situation des années 80 et que J. Fléchet
résume en 4 points :
1 - si la culture occitane veut survivre, il faut investir !'audio-visuel ;
2 - pour qu'un cinéma existe, il faut un public important ;
3 - or le public occitan est très restreint et dispersé : il faut donc le développer ;

�68·
4 -

par quel canal commercial ? Les circuits des salles de cinéma étant monopolisés
par les grandes compagnies, la programmation de la télévision étant faite à
Paris, il _faut créer une distribution cinématographique occitane ; mais pour cela
i-1 faut avant tout produire des films et · proposer des scénarios occitans. Les
. moyens? Ils existent, comme le fond de soutien géré par -le CNC et distribué sélectivement sous forme d'avance sur la recette, mais essentiellement à des professionnels parisiens. Il faut revendiquer la répartition régionale de ce fond de
soutien auquel nous avons droit puisqu'il provient d'une taxe sur.les prix de ·
billets de cinéma.
·

TECIMEOC lance une campagne pour le scénario occitan. «Il faut écrire des scénarios de ·qualité artistique irréprochable tels que les commissions parisiennes ne
puissent les rejeter». C'est ainsi que J. Fléchet réussit en présentant «l'Orsalher», le
montreur d'ours, à .obtenir une avance sur recette de 1.800.000 F. A cela s'ajouta un
million de co-production de FR3.Mais un film commercial coûte environ 5 millions ..
«H fallait donc trouver la différence en Occitanie» sous
dé sôuscnpt1ons~--prestations, participations de collaborateurs. ~râœ à cet appo_rt militant, le film fut réalisé, il restait à le distdbuer.

forme

Les grandes compagnies de distribution ayant refusé, Jean Fléçhet et la sociét:é
«Films Verts .Colportage» créée en novembre 1983 adoptent une véritable «stratégie
de guérilla commerciale» pour lancer «l'Orsalher». En utflisant le circuit des salles de
. cinéma indépendant qui s'adresse à un public cinéphile urbain, et les ciréuits itinérants ruraux qui assurent -la diffusion de films dans des villages auprès d'un public
populaire, I.e film sortira ·d'abord en Midi-Pyrénées, là où il a été tourné et où se
passe l'action du film, dont la langue parlée est l'occitan gascon, puis dans différentes régions d'ôccitanie pour gagner peu à peu les autres parties de la France et finalement P~ris «quJ sera considéré comme un village parmi d'autres sur la draille de
notre tour de France de colporteur d'images». Pour sensibiliser ce nouveau public
cinéma occitan, outre la publicité habituelle, les animations, les actions en col,l~boration avec les associations seront privilégiées.
·
·
·

au

Pour J. Fléchet cette expérience ne doit pas rester isolée. Elle doit être suivie
«d'autl'es films de la même famille . ., . L'Occitanie doit se mobiliser pour son cinéma ... non pas en faisant des manifs d'im'p vissants ... mais en proposant pes scénarios de très grande qualité». ·c'est seulement «avec des sujets très for.t s, eri jouant la
carte de la qualité que nous parviendrons à nous faire prendre au sérieux».
La télévision
Cet ·appel à la créativité, pour «la bataiUe du scénario», sera également évoqué à
propos des programmes de télévision. « Exiger une télé occitane, mais pourquoi
faire ?... Du folklore qui n'intéresse personne? Il ne suffit pas de revendiquer ... il
faut produire», affirme J.-M: Auzias après avoir fait le bilan de son expérience lyonnàise. Créer, prdduire ... mais comment ? N'y a-t-il pas un manque de formation ?
Comment écrire un scénario de film ? Comment présenter des projets à la commission de programme de telle façon qu'ils soient retenus ? Or il va cJes·œntres cinématographiques ·régionaux qui se mettent en place dans le cadre de la décentrai isation et
qui peuvent répondre à cette carence, remarque F. Foureau. «A nous d'investir ces
structures régionates, à nous de nous battre pour nous faire reconnaître»·. Il y a en
effet des «occasions manquées» qu'il ne faut pas renouveler, comme te souligne J.
Coutouly dans son rapPQrt sur «l'audio-visuel et les langues de France&gt;~ établi en
1982 sur la demande du Président de FR3. La loi sur f'Audio-visuel votée en 1982
ouvrait en ·effet une brèche en assurant «l'expression des langues régionales dans les

�69
medias audio-visuels» et demandait une réaction immédiate des mouvements régionalistes. «Il fallait mettre la Haute Autorité au pied du mur, faire une démarche
solennelle et unitaire ... 11 n'y a eu que des lettres individuelles ... La faiblesse du
mouvement occitan a paru alors éclatante ... car i1 n'a aucune stratégie, il h:'a que
des tactiques». Le fait qu'il soit essentiellement dirigé, comm~ beaucoup dé mouvements ethniques en France, par des enseignants explique, ·selon J. ·coutolily; son
«manque d'ouverture et dè rencontre avec le dehors». Or il est urgent de s'ouvrir aux
autres organisations sociales, au mouvement associatif,comme de mener des actions
conjointes avec les B~etons, les Basques,· etc. Seuls, les Occitans ne peuvent rien.
Tout en évoquant les temps forts du militantisme des années 70, S. Granier pense
que «ce temps des prophètes est passé ... c'est maintenant le temps du travail, de
l'organisation». Il nous en donne un exemple avec «Radio-Narbonne» dont if est l'un
des responsables. Dans une région pourtant très désoccitanisée comme le Narbonnais, cette radio-libre bilingue connaît depuis 1981 un grand succès. Parce qu'elle ne
se présente pas comme occitaniste mais «comme la radio de tout le monde&gt;:. l'utilisation de la langue d'oc en temps égal avec le français est bien acceptée. Les auditeurs comprennent l'occitan mêm.e si lors des reportages ils répondent en français au
cours de l'entretien. A la différence de beaucoup de radio-libres qui n'émettent que
musique et chansons, Radio-Narbonne a voulu diversifier ses programmes en faisant
de Vinformation, des émissions culturelles, des reportages de toute .sorte ... et se professionnaliser en cherchant le maxim~m de rigueur et de qualité. Elle émet aujourd'
hui près de dix heures par jour dans les deux langues et montre ainsi., comme le souligne S. Granier, que l'occitan n'est pas une langue complètement morte ... «C'est
un cadavre qui bouge encore ... dès qu'on arrive avec un moyen moderne, ça fonctionne ... les gens réagissent très bien ... l'occitan est une langue comme une autre
à partir du moment où les situations d'égalité sont créées».. S. Granier ajoute que,
«contrairement à ce que l'on dit, les jeunes parlent plus spontanément l'oc que les
vieux» qui ont le sentiment de ne pas avoir le vocabulaire adéquat à la réalité
moderne. « Il y a là une responsabilité du mouvement occitan : apporter 1.es éléments
linguistiques qui permettent de traduire cette réalité pratique». On peut regretter
que la réussite de Radio-Narbonne reste une expérience isolée. Par manque de temps,
peu de contacts existent entre radio.-libres occitanes, bien qu'une «fédération occitane» existe depuis juillet 1981.
L'un des points forts de la discussion sur l'audio-visuel occitan à partir de cette expérience réussie de Radio-Narbonne fut ce choix délibéré et souligné à plusieurs reprises par S. Granier «de ne pas faire une radio militante» mais une radio «en direct
avec le vécu des gens pour leur donner la parole afin qu'ils communiquent». En
d'autres termes, si l'on sait que pour survivre aujourd'hui les cultures minoritaires
doivent s'investir dans le champ de !'audio-visuel et les industries culturelles,
comment échapper au danger des icônes, comment éviter de fabriquer des images de
ce que la réalité n'est pas, comment «ne pas opposer une culture fabriquée par des
industries et une idéologie comme celle du mouvement occitan à la culture vécue par
les gens dans leur vie quotidienne ?».

*

*

*

�70
Conclusion
..

Ces questions ont été plus systém,a tiquement reprises lors de ,la dernière partie de
cette TaJ&gt;le ronde. L. quéré, à parti.r de son expérience d'acteur comme de cher
cheur de la réalité bretonne, problématisera le.débat en $e demandant comment une
culture minoritaire peut survivre à l'épreuve de la modernité sans céder à l'idéologie
du modernisme. Ce qu~ revient selon L.·Quéré à se poser deux questions :
1 - quelle pratique sociale et culturelle peut-on concevoir qui permettrait à ces
cultures minoritaires_de traverser cette é·preuve de la modernité avec succès ?

2 - que peut-on raisonnablement espérer de l'l:tat en ce domaine ?
Si l'l:tat peut en effet donner les condition~ matérie11es qui permettront le développement de certaines initiatives, il ne peut, selon L. Quéré, se substituer rii aux créateurs ni aux mouvements sociaux et culturels, car «il n'y a pas de production admi·nistrative du sens identitaire ni de la sociabilité». Pour un certain nombre de .participants, l'Etat reste paurtant responsable du blocage des institutions concernant ·,es cultures
minoritaires. Celles~i doivent continuer à lutter pour un changement des choix politiques de l'l:tat. · ·
·
Pour d'autres, la modernité se traduit par une dévalorisation du patrimoine culturel
et implique une séparation de ce qui était traditionnellement indissocié, comme par
exemple l'action économique qui · se sépare du domaine de la connaissance. La
morale et la pratique obéissent à des logiques différentes qui «fonctionnent séparément ·et s'imposent de l'extérieur aux gens». Un écart se creuse entre la sphère des
spécialistes et la sphère de la vie quotidienne~ La modernité ne risque-t-elle pas alors
de se traduire par une totalè colonisation de la vie quotidienne, le savoir-faire transmis par la tradition de devenir improductif et le patrimoine, objet de contemplation
nostalgique ...

Christian COULON
C.N.R.S. - Bordeaux
Françoise MORIN
Université Toulouse - Le Mirail

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              <text>Rapport de recherche : Minorités nationales, culture et décentralisation : le cas occitan (1983)</text>
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              <text>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Bien connue aujourd'hui, la crise dans laquelle entre le mouvement occitan et plus largement la dynamique de revendication r&amp;eacute;gionaliste au d&amp;eacute;but des ann&amp;eacute;es 1980 est observ&amp;eacute;e d&amp;egrave;s 1983 par deux chercheurs en sciences sociales : Fran&amp;ccedil;oise Morin (Universit&amp;eacute; de Toulouse-Le Mirail) et Christian Coulon (CNRS, Bordeaux).&amp;nbsp;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce rapport est la relation d'une communication faite au colloque qui s'est tenu les 4 et 5 d&amp;eacute;cembre 1983 au Centre Thomas-More &amp;agrave; Lyon sur la probl&amp;eacute;matique des &amp;laquo; minorit&amp;eacute;s nationales &amp;raquo; dans le nouveau contexte politique de la gauche au pouvoir :&amp;nbsp;&lt;br /&gt;&amp;laquo;&amp;nbsp;Jusqu'en mai 1981, l'&amp;Eacute;tat fran&amp;ccedil;ais est rest&amp;eacute; sourd &amp;agrave; ces revendications. En se pr&amp;eacute;sentant aux &amp;eacute;lections avec, dans ses bagages, la reconnaissance des &amp;laquo; peuples minoritaires &amp;raquo; de France et de leur &amp;laquo; droit &amp;agrave; la diff&amp;eacute;rence &amp;raquo;, le Parti Socialiste transgressait en quelque sorte toute une s&amp;eacute;rie de r&amp;egrave;gles et de principes qui ont model&amp;eacute; l'&amp;Eacute;tat-Nation &amp;agrave; la fran&amp;ccedil;aise. Apr&amp;egrave;s deux ans de gouvernement, si le programme socialiste de &amp;laquo; la France au Pluriel &amp;raquo; est loin d'&amp;ecirc;tre appliqu&amp;eacute; dans sa globalit&amp;eacute;, des ouvertures ont n&amp;eacute;anmoins eu lieu (...) Or, paradoxalement, au moment o&amp;ugrave; les acteurs de ces cultures minoritaires devraient s'emparer de ces ouvertures pour d&amp;eacute;velopper une dynamique de conscientisation, on constate un certain immobilisme de ces mouvements (except&amp;eacute; en Corse). &amp;raquo;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il a &amp;eacute;t&amp;eacute; publi&amp;eacute; dans &lt;em&gt;Recherches et documents du Centre Thomas More&lt;/em&gt;, n&amp;deg; 48, d&amp;eacute;cembre 1985.&lt;/div&gt;</text>
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              <text>D&amp;egrave;s 1983 deux chercheurs en sciences sociales, Fran&amp;ccedil;oise Morin et Christian Coulon, per&amp;ccedil;oivent la crise du mouvement occitan apr&amp;egrave;s une d&amp;eacute;cennie de prise de conscience massive et d'explosion militante et cr&amp;eacute;ative. Ils constatent le paradoxe qui marque le d&amp;eacute;but de la p&amp;eacute;riode : alors que l'arriv&amp;eacute;e de la gauche au pouvoir en 1981 ouvre des perspectives politiques pour le mouvement occitan, celui-ci fait preuve d'un certain immobilisme.</text>
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