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                  <text>La fête de la petite patrie à Capbreton
4 et 5 Septembre 1910
J'aurais voulu laisser à un jeune le plaisir de parler aux
Escouliès de Febus des fêtes gasconnes de Capbreton. Les
affectueuses instances du bureau ne me l'ont pas permis.
Jamais cependant je ne fus moins préparé au rôle de
conteur, de chroniqueur.
Depuis plusieurs jours, j'étais envahi par une tristesse qui
torturait mon cœur et paralysait mon esprit.
M. Planté était retenu à Départ par line convalescence
laborieuse. Lafore s'en allait aux eaux, chercher la guérison
d'un mal qui ne paraît grave qu'à travers les nuages d'une
imagination trop fertile. Le Gurmeth tout entier s'abstenait.
Camélat ne donnait aucun signe de vie. Cardaillac semble
nous avoir abandonnés et Carrive à la loéngue tan ahielade
était devenu muet.
Qu'irais-je faire à Capbreton, sans le cortège des amitiés
si vivantes qui me réchauffaient jadis de leur ardeur, de leur
enthousiasme ?
Si j'avais honnêtement pu m'abstenir, j'aurais télégraphié
des excuses et je serais resté à Bidache pour taquiner le
goujon ou jouir des dernières mélodies des nomades chanteurs, linots, chardonnerets et fauvettes qui reprennent le
chemin de l'exil à la première feuille qui tombe.
C'est donc le front entouré de papillons noirs que le
4 Septembre au matin, je montai sur le petit vapeur qui sert
de trait d'union entre Bidache et Bayonne. Les premières
caresses du soleil qui se lève, la pelouse toujours verte et
fleurie qui borde la Bidouze ; la succession rapide des ta-

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bleaux si gais, si riants, si variés qui font de d'Adour un
fleuve enchanteur ; puis, à partir de Bayonne, le vacarme de
celte chose laide, malpropre, fuyante, enfumée qu'on appelle
le chemin de fer, rien ne fut capable de m'égayer ou de me
distraire.
D'un pas d'automate, je descends à Benesse, petite station
mélancoliquement assise au milieu des pins. Je me laisse
pousser dans une sorte de diligence des anciens temps,
lourde et criarde, traînée par des mules, et en avant pour la
plage houleuse ! lorsque je me trouve nez à nez avec un
Monsieur à la chevelure argentée, au teint légèrement bruni,
portant lorgnon et béret bleu, avec, en bandoulière, un sac
de cuir mystérieux, que je vois toujours le même depuis
des années et qui toujours m'intrigue à un degré que je ne
saurais dire.
A ce portrait sommairement esquissé, vous avez reconnu
Canton, le Béarnais fervent qui s'est fait et avec quel succès!
l'apôtre recruteur de notre Ecole.
11 m'interpelle de sa voix sympathique :
Adiu, Lalanne, e quin te ba la botte? Tè ! assiu que-t
presénti û Gascou d'Armagnac, purmè prêts de pouesie a
Coundoum, Mous de Desclaux, reyén de Pujols, e ù Biarnês
de Coarraze, mentabut Cyprién de Pomès.
Un premier prix de poésie et un Béarnais de la cité d'Henricou, diable ! Ce sont là camarades de marque. D'un mouvement spontané je tends ma main tandis que le sourire
revient sur mes lèvres et que tout mon être s'ouvre à la
gaîté !
Etrange mystère de la machine humaine, qu'un rien atterre
et qu'un rien emporte au-dessus des horizons radieux !
Dès cet instant, le pin ne me semblait plus morose, la
route devenait pittoresque, les champs de maïs et de chaume,
encore couverts de la buée matinale, prenaient des tons
chatoyants ; le vieux tronc de chêne couché le long du fossé,
noirci par les ans, mutilé par la hache, revêtait un cachet
d'originalité et d'inimitable poésie.
Que fut-ce donc lorsque, débarquant à Capbreton, je me
trouvai en présence de la trinité démocratique landaise :
le docteur Samanos, le meilleur des Gascons et le plus
sérieux des Français ; Labeyrie (Léon pour les intimes),

�— m —
toujours railleur, batailleur et rieur, dont la moustache
hérissée à la manière du Cadet de Gascogne qui part en
guerre, fait rêver de poétiques conquêtes ; le bon Darclanne, aussi fin poète que polémiste mordant ou linguiste
érudit !
Malaye, mes chers amis, d'avoir oublié que si je laissais
une partie de mon cœur au pays des gaves, je devais trouver
à l'ombre des pignadas mêmes sympathies, même amour de
la patrie, de sa langue, de ses coutumes, de ses vieilles
libertés ; même enthousiasme pour les grandes et belles
choses qui élèvent l'âme, au-dessus des petitesses de la vie,
des mesquineries de l'existence.
Grâce à vous, grâce à la foule des autres chers camarades
que j'aperçois, devisant sur les terrasses des cafés ou faisant
les cent pas autour de l'orchestre bruyant, qui fait sauter,
danser, tourbillonner de solides gars, me voilà remonté et
tout prêt à tenir, avec l'ardeur des anciens jours, mon rôle
de secrétaire général de Febus.
* *
Voulez-vous, tant que la musique nous berce de ses accords
harmonieux, que nous jetions un rapide coup d'œil sur la
cité renommée qui va, deux jours durant, nous donner une
fraternelle hospitalité ?
Comme toutes les stations balnéaires de notre pays,
Salies-de-Béarn, Biarritz, Eaux-Bonnes, Cauterels et combien
d autres ! Capbreton est double.
Le vieux Capbreton est un gros bourg comme il y en a
quelques-uns au pied des Pyrénées. Des anciens temps, il a
les constructions lourdes et massives, toutes édifiées selon
une architecture uniforme, un peu primitive, ignorante des
élégances et des goûts de la civilisation raffinée de notrf
époque. De ci, de là cependant, le progrès moderne s'affirme
par des poussées de maisons rajeunies qui ont tout à fait
bon air avec leur face peinte et leurs balcons fleuris ; un
hôtel de ville tout flambant neuf, et quelques hôtels et cafés
confoi tablement installés autour d'une place minuscule.
Tout cela animé par le va-et-vient, par le trafic d'une population saine, pleine de vivacité et rayonnante d'intelligence
est, ma foi, fort agréable à voir.

�- 184 Mais ne cherchez pas le monument, bronze, pierre, édifice
ou buste destiné à perpétuer le souvenir de hauts faits, d'événements mémorables. Les rudes pionniers que furent nos
pères ne travaillaient pas pour la gloire, ils se souciaient peu
de l'admiration de la postérité. Notre esprit avide de connaître, désireux de toujours percer les nuages du passé, ne
comprend pas une telle mentalité.
Voici cependant une maison qui appelle et retient l'attention parce qu'elle échappe à la banalité qui est le caractère
général de tout ce qui l'entoure. Elle est exiguë, mais ses
Ouvertures à cintre surbaissé, ses croisées à meneaux, les
traces de sculptures qu'on aperçoit encore, malgré les efforts
combinés du temps et des profanes, indiquent une origine
et une destination qui piquent la curiosité.
— C'est la maison du Templier, me dit un passant, et si
l'on fouillait le sous-sol on découvrirait un souterrain dont
les ramifications s'étendent au loin et vont se perdre soit
dans la forêt, soit dans quelque rocher bien retiré du rivage.
Nous voilà en plein mystère et mon imagination bâtit tout
de suite un roman dans lequel un pauvre diable de moine
échappe aux griffes d'un roi avide et cruel et aux doigts
tremblants d'un pape prévaricateur.
— Mais il est probable qu'aucun Templier n'habita jamais
cette maison, ajouta mon interlocuteur. Ce seraient plutôt
les chevaliers de Malte qui, aux temps de notre prospérité,
eurent ici établissement et chapelle.
Au diable soit le pédant, m'écriai-je intérieurement, et je
le plantai là pour me diriger vers une vieille tour dont
j'apercevais Te sommet.
Cette vieille tour servit autrefois de phare, on en a fait un
vulgaire clocher.
Ma mauvaise humeur s'en augmenta encore. Je pénétrai
dans l'église sans trop espérer y trouver la dérivation nécessaire à celui qui devra bientôt participer à l'organisation
d'une fête.
Comme je me trompais !
Quelle agréable surprise m'attendait sur le seuil !
Les murs du porche sont tapissés de plaques de marbre
sur lesquelles sont inscrits en lettres d'or, les marins

�— 188 —
capbretonnais qui ont péri en mer. Tout y est, noms,
prénoms et dates.
Dans l'intérieur du bâtiment, c'est bien autre chose. Une
série de tableautins courent le long du mur, à hauteur
d'homme, où une main intelligente et pieuse a écrit, époque
par époque, l'histoire du monument.
La voila l'Action Febusienne, la glorification de la patrie
locale dans ce qu'elle a de plus précieux! La voilà restaurée,
réformée la mentalité ancestrale qui faisait les grandes choses sans en léguer le souvenir pour servir de leçon et d'exemple aux hommes de l'avenir ! Qu'il soit félicité, qu'il soit béni,
le curé gascon qui a exécuté cette belle pensée, qui a posé
cette pierre sur l'autel de notre chère petite patrie. Qu'il lui
surgisse du sol gascon, en foule, partout, dans les églises,
dans les écoles, dans les mairies, dans les grandes maisons
paysannes, dans les familles ouvrières, beaucoup d'imitateurs et notre pays sera un jour le premier du monde au
point de vue de la documentation historique.
Avec une généreuse ardeur qui ne se dément jamais,
M. Bibal cherche à enrichir de choses intéressantes notre
Musée Fébusien de Mauvezin. J'exprime le vœu qu'il fasse
copier les inscriptions de l'Eglise de Capbreton pour les
exposer à la vue des visiteurs avec cette invitation : « Béarnais et Gascons, écrivez ainsi chez vous Vhistoire de vos
familles. »
Capbreton remonte à une haute antiquité. Avant le xie siècle, les Normands y laissèrent des traces de leur passage.
Au xne et au xin« siècles, ses marins courageux, entreprenants, sillonnent les mers, poursuivent la baleine jusqu'aux
bancs de Terre-Neuve. Bien avant Christophe Colomb, ils
connaissent l'Amérique et donnent à une île le nom de leur
village.
Jusqu'au xve siècle, leur port fut le premier du Golfe de
Gascogne grâce à l'asile calme et sûr que les navires trouvent, par tous les temps, dans le Gouf ou fosse d'une profondeur de 300 mètres creusée sur la côte par la mer prévoyante et bonne. Aussi les populations maritimes reconnaissantes lui donnèrent-elles le nom de Boucaou de Dion.
Ces trois siècles constituèrent une ère d'une prospérité,
d'une richesse inouïes.

�«

— 186 —

Mais hélas ! le malheur ne perd jamais une occasion de
semer les larmes et les deuils. Une tempête, dont l'horreur
ne fut jamais égalée, entassa des montagnes de sable sur le
rivage de sorte que l'Adour qui débouchait à Capbreton fut
détourné de son cours et alla demander asile à Bayonne.
Ceci ressemble à un conte de fées et pourtant c'est de l'histoire !
A dater de ce moment la décadence devint rapide et terrible. En une centaine d'années, la population descendit du
chiffre de 10.000 habitants à celui de 400 (xvne siècle).
Je ne m'étendrai pas sur les doléances des Capbretonnais, sur leurs désirs et leurs légitimes espoirs. Dans une
poésie originale, émaillée de traits d'esprit, Yan du Gouff
s'est chargé de ce soin bien mieux que je n'aurais su le faire ;
il s'en est acquitté en fds pieux, ardemment dévoué à la cité
capbretonnaisc ; on trouvera ce morceau de choix couvert
par les applaudissements de la foule, dans la partie de ce
compte-rendu qui traite du banquet. Qu'il me soit permis
d'ajouter pour rendre hommage au mérite, que Yan du Gouff
n'est qu'un pseudonyme qui cache une personnalité bien
sympathique de l'enseignement primaire landais : M. Jean
Duboscq, instituteur à Tersis-les-Bains.
Le lecteur qui connaît seulement de nom l'aimable cité
dont nous esquissons l'histoire à grands traits, se demande
comment à la suite de la calamité dont elle fut victime, elle
put encore subsister, par quel miracle elle parvint à ne pas
être rayée de la carte de la Gascogne.
Ah ! c'est que notre sol est doué d'une vitalité contre
laquelle rieii ne prévaut. C'est que, du sein des sables, surgirent le pin et la vigne, ces trésors de la côte landaise. C'est
que l'eau devint l'alliée de la terre en se faisant nourricière
à son tour. C'est que la nature a doué Capbreton d'un climat
d'une douceur incomparable, d'une plage immense de sable
fin, d'une mer qui s'étend au loin dans l'azur des cieux, tantôt
caressante et charmeuse, tantôt capricieuse et folâtre, tantôt
rugissante et courroucée, mais toujours salutaire et belle.
Aussi un Capbreton nouveau s'est-il établi.sur ses bords
composé de villas, d'établissements et d'hôtels qui ne laissent rien à désirer au double point de vue de l'élégance et
du confort.

�- 187 -

'

Les étrangers en foule viennent y chercher le repos, les
distractions et le calme, et des artistes de renom, des écrivains de valeur, tels MM. Reymond, J.-H. Rosny, Paul
Margueritte, Maillé, Charles Derennes, etc., l'inspiration
qui engendre les œuvres fortes.
C'est dans ce double cadre doublement enchanteur que
l'Escole Gastou Febus va cette année tenir ses assises.
* *

i

Pour la première fois depuis treize ans, M. Planté ne présidera pas nos feux floraux. Le mal l'a touché de son aile
sans pouvoir cependant triompher de sa force d'âme ni
ébranler son dévoùment à la cause du pays béarnais et
gascon. Si laborieuse que soit sa convalescence, elle ne l'empêchera pas de mener à bonne fin son apostolat. Il vivra
longtemps encore pour voir enfin la langue restaurée et la
patrie des aïeux rétablie dans toute sa force et toute sa
gloire : « Je renonce à tout désormais, me disait-il, il y a
quelques jours, dans une de ces conversations où il répand
sans s'en douter tout le charme de son esprit et de son
cœur ; je renonce à tout : administration municipale,
sciences, lettres et arts, livres et journaux, pour me consacrer uniquement et sans réserve à ma chère Escole de
Fébus
Ce sera le couronnement d'une belle existence,
mon cher Président, d'une existence toute consacrée au
beau et au bien : Diu que pe la hèsi encoère lounque e
gauyouse !
C'est à M. Bibal que revient cette année l'honneur de
diriger nos jeux et de présider notre fête.
Savez-vous qui est M. Bibal ?
Un peu, sans doute, car les Reclams ont souvent parlé de
lui et les hautes situations qu'il a occupées et qu'il occupe
encore dans le Gers, les œuvres philanthropiques auxquelles
il a attaché son nom lui ont valu, au pays gascon, la notoriété qui revient de droit aux intelligences d'élite et aux
grands cœurs.
Je vous demande cependant la permission de vous le présenter et d'esquisser, en quelques traits rapides, cette physionomie sympathique.

�— 188 —

P(

JM. Bibal est le fils d'un entrepreneur de travaux publics,
qui notamment exécuta à Bayonne, pour le service des chemins de fer, le pont sur l'Adour. La mort prématurée de son
père et la banqueroute d'une société de crédit, lui firent
connaître la gêne au moment où il entrait dans l'adolescence.
Ses études n'étaient pas achevées. Malgré ses malheurs, sa
mère consentait aux sacrifices nécessaires pour en amener le
couronnement ; mais lui, avec cette promptitude de décision
qui est le propre des hommes énergiques : c&lt; J'en sais assez
pour travailler, mère, et me suffire désormais. » Et sans
vouloir rien entendre, il s'en fut frapper à la porte d'un"
industriel qui lui donna un petit emploi de scribe. Il est a
croire que le patron fut content de lui car, au bout de cinq
ou six mois, il lui donnait, comme étrenne, une pièce de
cinquante centimes. Ah ! dix sous, à cette époque, ne se
trouvaient pas dans le pas d'un cheval. Il la caressait, il la
dorlotait avec amour, cette jolie pièce, car elle lui promettait le plus grand plaisir qu'il ait jamais éprouvé de sa vie. Le
dimanche venu, il revêt ses habits de fête, comme il sied à
quelqu'un qui a la bourse bien garnie; et le pied leste, les
yeux brillants de joie, il court à sa mère, se jette dans ses
bras et mystérieusement lui glisse dans la main son trésor.
On ne peut entendre sans émotion l'abbé Pailhé, conter ce
trait de piété filiale.
M. Bibal se fit dé bonne heure remarquer par son travail
et des aptitudes exceptionnelles, aussi avança-t-il avec une
extraordinaire rapidité.
Encore tout jeune, nous le trouvons du côté des Alpes,
directeur de travaux importants. Il invente une machine qui
réduit la main d'œuvre à presque rien et réalise des bénéfices considérables au profit de la Société qui l'emploie.
Il reçut en récompense une seconde petite pièce ; seulement
cette fois les dix sous avaient changé de nom et de couleur ;
ils s'appelaient, je crois, cent mille francs.
Ce fut la base, le point de départ de sa fortune.
Bientôt l'un de ses patrons lui donnait sa fille en mariage.
Pour devenir un des heureux de la vie, M. Bibal n'avait
qu'à se laisser faire. Mais il prétend que l'argent n'a de réelle
valeur que lorsqu'il a fait travailler l'esprit et couler la
sueur ». Laissez-moi brasser des affaires à mon tour, dit-il à

�— 189 —
son beau-père ». Dès ce moment, il ouvre des chantiers
partout où l'on peut travailler," avec profit : au Nord ou au
Sud, à l'Est et à l'Ouest. Il vit de la vie de l'ouvrier, il apprend à
le connaître et à l'aimer. Dans les rares loisirs que lui laissent
sës occupations, il trouve le moyen de compléter ses études
littéraires et d'apprendre à manier la plume et la parole.
Ces travaux si différents, menés avec une vigueur et une
sûreté de vue rares, ont fait de lui un des hommes les plus
remarquables de son département. Aussi les honneurs sontils venus à lui « coum Faygue s'en ba enta la houn». Il est
maire de Masseube, conseiller général de son canton ; long
temps il a occupé le fauteuil de la présidence de l'Assemblée
départementale et s'il a été candidat malheureux à la députation, c'est que peut-être il a manqué de cette conscience
un peu spéciale qui est celle de tout homme politique qui se
respecte.
Lorsque la fortune est venue, solidement assise, après
avoir établi ses trois filles dans des situations enviables, il
songe aux malheureux, à ces ouvriers qui ont été les instruments de sa prospérité.
Au profit de la veuve la plus intéressante, de la mère qui
aura le mieux élevé une nombreuse famille, de l'ouvrier
devenu vieux et demeuré pauvre malgré un travail persévérant et une conduite irréprochable, il a créé trois prix
annuels de 600 fr. L'abbé Pailhé m'a promis depuis longtemps de nous dire par le détail l'histoire et le dispositif de
ces trois fondations. Ça viendra quelque jour, car s'il est de
ceux qui se mettent tard en route, il est aussi de ceux qui ne
manquent pas à la parole donnée.
Enfin et c'est ici le point le plus intéressant pour les enfants
de la terre gasconne, M. Bibal, il y a trois ans, achetait,
remettait à neuf et offrait à l'Ecole Gastou-Febus le château
royal de Mauvezin pour y établir une bibliothèque et un
musée régional.
J'arrête là la liste des largesses de ce brave enfant de la
Gascogne, il faudrait un volume pour tout conter. Mais j'en ai
dit assez pour justifier le titre de président d'honneur que le
bureau lui a décerné et pour faire comprendre à nos lecteurs
combien nous devons être fiers d'avoir été cette année présidés par un homme de cette valeur et d'un si rare mérite.

�— 190 -

Le programme de nos fêtes dressé par M. Planté et
M. Larrat, maire de Capbreton, se divise en quatre parties :
1° 4 Septembre, 9 heures du soir, réception à la Mairie ;
2° 5 Septembre, 10 heures du matin, Cour d'Amour dans
le salon de la Mairie ;
3°5 Septembre, 1 heure du soir, Banquet à l'hôtel de la Plage ;
4° 5 Septembre, 5 heures du soir, Promenade en mer
et au lac de Hossegor sur de petits vapeurs et des canots
automobiles.
Le moment est venu de prendre contact avec M. le Maire
et de revoir avec lui tous les détails de ce programme, afin
d'éviter toute surprise et tout désagrément.
Me voici introduit dans son cabinet. Il me reçoit de la
façon la plus cordiale. La rosette violette qu'il porte à sa
boutonnière m'indique qu'il a jadis, comme moi, appartenu
à l'enseignement primaire et cette constatation rend la
conversation amicale, presque fraternelle. Un tiers vient
nous rejoindre bientôt, c'est M. Piere, directeur d'école à
Capbreton, qui a bien voulu nous donner sa précieuse collaboration. Avec des hommes habitués à comprendre à demi
mot, les dernières dispositions furent vite prises.
M. Larrat m'offre alors de me faire voir la salle des fêtes.
Elle est décorée avec une profusion et un art exquis. Partout
des drapeaux, partout des fleurs. La table est couverte de
flacons de Champagne et de friandises capables de satisfaire
les goûts les plus délicats. Le cristal des coupes rayonne
dans la pénombre. Un ruban de roses court sur les quatre
côtés de la table. Tout cela, sous l'action de la lumière électrique, brillera tout à l'heure de mille feux. Comme je fais à
M. le Maire des compliments bien mérités : « Attendez,
réplique-t-il, vous n'avez pas encore tout vu. » Et il me
conduit vers un cadre de verre sous lequel il a pieusement
réuni les photographies des trois excellents écrivains landais : Isidore Salles, Mgr Gassiat et l'abbé Pédegert. Comme
ils avaient été à la peine ils méritaient bien d'être à l'honneur, bravo !
— Oh! ce n'est pas tout, me dit à nouveau le bon maire et
son fin sourire me promet nouvelle surprise.
Me prenant alors par la main, il me conduit vers le fond

�— 191 —
de la salle où sera demain installé le bureau, pour la Cour
d'amour.
Là, je reste en arrêt devant un portrait dû au pinceau de
M. Lacoste, professeur à l'Ecole des Beaux-Arts de Bordeaux.
— Oh ! c'est bien lui, m'écriai-je ! C'est son vaste front aux
pensées généreuses, son fin sourire, ses yeux où se reflète la
.bonté, ses croix et ses médailles, qui témoignent de ses
importants travaux ; c'est bien M. Planté !
Votre âme sera demain avec nous, mon cher Président,
pour nous réchauffer de sa foi, chacun s'en doutait un peu.
Mais grâce à la générosité de M. Bibal, votre image y sera
aussi. Je regrette que ma plume soit incapable de lui exprimer la gratitude qui déborde de mon cœur.
*

Neuf heures ont sonné.
La salle de la Mairie se remplit peu à peu.
M. le Maire est là, à la place du maître, face à la porte,
entouré des membres du Conseil municipal et du Syndicat
d'Initiative au grand complet. Les écoliers de Febus circulent de groupe en groupe, échangeant des poignées de main,
des propos joyeux, tout heureux de se revoir.
Bientôt le silence se fait et M. Larrat nous souhaite la
bienvenue. Son discours est d'un ami de la petite patrie qui
en connaît les besoins et les forces vives. La phrase est correcte, simple, sans prétention. Le débit doux et modeste.
L'impression produite sur l'auditoire excellente. Fier du
succès de mon ancien collègue, je m'efforce d'applaudir plus
fort que l'assistance : c'est impossible.
Mais, je laisse la parole à M. Larrat :
MONSIEUR LE PRÉSIDENT,
MESDAMES, MESSIEURS,

En choisissant Capbreton pour la célébration annuelle de ses
Jeux Floraux en 1910, le Bureau de l'Escole Gastou-Fébus nous a
fait un honneur auquel nous avons été très sensibles.
Aujourd'hui, votre arrivée parmi nous nous cause une vraie
joie.
De cetle joie, de cet honneur, veuillez me permettre de vous

�— 192 offrir, en toute simplicité, Monsieur le Président, l'hommage de
notre reconnaissance, et de joindre à cet hommage nos souhaits
de.cordiale bienvenue.
A notre joie, Monsieur le Président d'honneur, se mêle cependant un regret, celui de ne pas voir à côté de vous M. Adrien
Planté, le cher et vénéré Président et fondateur de l'Escote, auquel
nous adressons nos vœux les meilleurs pour son complet rétablissement.
11 fut un temps, Messieurs, où, dans nos écoles de village, sous
prétexte d'apprendre le français aux enfants, on menait une vraie
campagne contre notre gascon. Dans certaines localités, on faisait
une obligation aux jeunes élèves d'abandonner complètement leur
langue maternelle.
Etait-ce bien humain d'abord, bien nécessaire ensuite, de priver
tout d'un coup l'enfant de son langage, le seul qu'il eût appris
dans la famille, le seul qu'il eût à sa disposition pour se faire
comprendre ? N'y avait-il pas là plutôt une transition à ménager,
à utiliser même ?
J'estime que l'erreur était grande de considérer le gascon
comme ennemi, dans l'enseignement du français. Des voix autorisées ont prouvé qu'il pouvait jouer le rôle d'auxiliaire, et
d'auxiliaire très profitable, dans cet enseignement. Les modestes
vieux maîtres de l'enfance, et je suis du nombre, n'ont pas oublié
ce que disait à ce propos, il y a quarante ans, M. Michel Bréal,
dans un ouvrage intitulé « l'Ecole », que je me contente de
rappeler.
Inutile, Messieurs, de parler du français que les enfants pou
vaient apprendre ainsi, obligés qu'ils étaient de le façonner euxmêmes ; moins encore des fâcheux procédés de surveillance et de
délation quelquefois employés.
C'est sans doute cette lutte contre la vieille langue locale qui a
fait dire à un de nos félibres Landais:
«
«
«
«

Amies, birade qu'es l'arrode ;
Tout qu'es chanyat en lou pays ;
Touts que s'amaquen à le mode,
Touts que parlen com à Paris. ...

« L'ancien parla que hèy bergougne,
« E so que manque à le Gascougne,
« Diou me daou ! Que soun lous Gascouns ! »

�— 193 —
Avait-on donc à rougir d'une langue qui, avant d'être celle de nos
mères, fut celle de nos ancêtres, celle de nos vieux troubadours,
celle de tout le Midi de la France ; langue qui s'est conservée dans
les divers idiomes de cette région : provençal, languedocien,
béarnais, gascon ; celle qui fut, sinon la sœur aînée, du moins la
sœur jumelle de la langue d'oïl, devenue notre français ?
A tous ces titres, qui suffisent bien pour la qualifier de langue,
j'ajouterai, chose que vous savez tous du reste, qu'on la retrouve
dans les vieux parchemins des familles, et dans les études des
notaires du moyen-âge ; que, succédant au latin, elle fut tout près
de nous, sans aller chercher ailleurs, la langue officielle de l'hôtelde ville de Bayonne pendant plus de trois siècles, jusqu'à ce que
sa sœur du Nord y prît sa place, en 1565.
Fort heureusement, la croisade dont je parlais au début n'a pas
duré. Déplorons cependant qu'elle ait trop souvent contribué à
substituer à notre gascon, dans la famille, un français incorrect et
bâtard, dont personne n'a à se louer, ni ceux qui le parlent, ni
ceux qui l'entendent.
Grâce à vous, maîtres et élèves de l'Escole Gastou-Fébus, le gracieux béarnais des rives des Gaves et son frère, le joli gascon des
bords de l'Adour, de la Midouze et du Gers, sont aujourd'hui plus
en faveur ; et le même félibre que j'ai déjà cité, a pu, dans une pièce
dédiée au grand poète provençal, dire à ses amis, à ses disciples
de l'Escole, et à tous ceux qui aiment son parler du pays de Gosse :
«
«
«
«
«
«
«
«
«

Et bous, en m'escoulan, et bous,
Aou meygascoun amistadous,
Qu'em redisets couratye !
Couratye ! Et le man den le man,
Baillam à nouste bieil rouman,
Nabet esclat, nabère bite,
Et le grane France, chen cès,
N'aoura pas de meilles Françès
Que lous de le petite !

C'est là ce que l'Escole fait de son mieux. Et on ne peut que l'en
féliciter.
Veuillez me permettre, Monsieur le Président, et vous tous,
Messieurs, de joindre ma faible voix à toutes celles qui vous
encouragent dans vos travaux, dans une œuvre dont tout notre
Sud Ouest doit être heureux et fier.
Au cours d'une conférence faite au commencement de l'annee(

�— 194 —
devant un auditoire choisi, un éminent poète et académicien,
disait : « Un peuple se fait connaître par sa langue. Il a, dans sa
« langue, exprimé ses sensations, ses sentiments, ses idées, tout
« ce que la nature, tout ce que l'ambiance lui inspiraient. Il a
« ainsi, en quelque sorte, pris des clichés de toutes les émotions
« qu'il a éprouvées. Eh bien ! dans ces clichés, en les étudiant
« de près, on peut voir ce qu'était le peuple. »
Ne trouvez-vous pas, Messieurs, que ces paroles s'appliquent
tout particulièrement aux divers idiomes de notre vieille langue
d'oc, idiomes que les Batbedat, les Despourrins, les Jasmins, les
Mistral, et tant d'autres, ont ennoblis par leurs œuvres, et rendus impérissables ?
Mais j'oubliais que je parle ici à des convertis. Et alors, pourquoi insisterais je ?
Avant de finir, veuillez me permettre, Monsieur le Président,,
vous, membres de l'Escole, vous, Mesdames et Messieurs, que
nous sommes si heureux de voir parmi nous, d'envoyer un souvenir ému à nos félibres landais qui ne sont plus, mais dont j'ai
la bonne chance de mettre les traits sous vos yeux ; au vénéré
chanoine Pédegert, à Isidore Salles, à Monsignor Gassiat, félibres
dont vous connaissez tous les belles poésies, et d'exprimer le vœu
qu'ils aient, parmi vous, des imitateurs pour donner, comme eux,
à notre vieille langue,
« Xabèt esclat, nabère bite ! «
Au nom de la population de Capbreton, je lève mon verre :
A vous, Monsieur le Président d'Honneur, dont nous connaissons le dévouement sans bornes à l'Association, les encouragements et les bienfaits qu'elle vous doit, entre autres le riche
don du château de Mauvezin, destiné par vous à devenir le musée
de l'Escole Gastou-Fébus, et à perpétuer le souvenir de ses faits et
gestes ; à vous, Monsieur Bibal, dont je ne veux pas commettre
l'indiscrétion de révéler ici les belles œuvres philanthropiques
dues à votre cœur compatissant et généreux ;
A votre cher collègue, M. Adrien Planté, dont nous regrettons
profondément l'absence, et auquel nous renouvelons nos vœux de
prompt rétablissement ;
A Messieurs les membres du Bureau, tous si dévoués à l'œuvre;
A l'Escole tout entière ;

�— 19o —
Enfin aux heureux lauréats de
d'avance toutes mes félicitations.

demain,

auxquels j'adresse

M. Bibal, président d'honneur de l'Escole Gastou Febus,
lui répond, à peu près, en ces termes :
a Monsieur le Maire, et permettez-moi d'ajouter Monsieur et
« cher Collègue. Il y a si longtemps que j'exerce les fonctions
« d'officier municipal que, dès que je me trouve dans une mairie,
« en présence du chef de la Municipalité, j'éprouve tout de suite
« comme un sentiment de confraternité. Je vous dirai donc :
« Monsieur et cher Collègue. Cela me rendra plus facile et plus
« agréable de vous remercier cordialement de l'accueil personnel
« que vous m'avez fait hier. Votre bienveillance, votre amabilité.
« vos attentions de toutes sortes m'ont tout de suite mis à l'aise,
« mais ces attentions mêmes m ont fait penser une fois de plus
« que les qualités que je voyais en vous étaient précisément l'apa« nage des homraes-4'élite, en sorte qu'aux remerciements que je
« vous dois, je suis obligé d'ajouter des compliments et des félicite tations.
« M. Adrien Planté, notre vénéré Président, qu'une récente ma« ladie a empêché de venir aujourd'hui, m'avait chargé de vous
« remercier spécialement de l'accueil que vous lui aviez fait au
« mois d'avril dernier. Je comprends, à présent, que M. Adrien
« Planté a éprouvé certainement les mêmes impressions que moi,
« à votre égard. C'est donc de tout cœur et en pleine conviction
« que je vous remets ses remerciements les meilleurs. »
« L'accueil que vous faites à l'Escole Gastou Fébus, la réception
que vous avez préparée à ses Félibres, les ont, à coup sûr, profondément touchés et il semble que mes remerciements devraient
être d'autant plus prolongés que vos égards et vos attentions s'adressent à un plus grand nombre, à tous les membres de l'Escole.
Quelques uns d'entre nous sont venus ici, en explorateurs, comme
inconnus ; beaucoup, après avoir fait votre connaissance et vu
votre beau pays, votre belle plage, y reviendront en amis.
« Pour ma part, j'ai été tout d'abord agréablement surpris, puis
enthousiasmé de voir que vous étiez un des nôtres, que vous aviez
les mêmes idées, les mêmes regrets, les mêmes espérances. Vous
aviez cent fois raisen, Monsieur et cher Collègue, quand vous avez
dit combien il était regrettable que la langue gasconne ait été
mécounue et pendant trop longtemps laissée à l'abandon.

�— 196 —
« N'est-ce pas un peu notre faute? quand la mode est venue d'avoir de l'instruction, de l'instruction même obligatoire, tous ont
voulu étudier et parler comme à Paris, quelques-uns ont eu honte
que leurs enfants parlassent le gascon ; et nous avons fait et laissé
faire des franchimans qui écorchaient l'une et l'autre langues, Mais
il est survenu des rénovateurs qui ont dit à la mode parisienne :
« Tu n'iras pas plus loin ; nous avons nos traditions, notre passé,
« notre caractère, notre langue, notre terroir, et nous voulons
« rester Gascons et pour rester Gascons nous voulons conserver
« notre langue ».
« N'est-ce pas Mistral qui a dit : « qui ten la lengo ten la claou ? »
« Mistral, certes, est un de ceux qui ont le mieux organisé la
défense et peut-être la victoire. Mais vous m'avez fait un grand
plaisir quand à son nom vous avez ajouté d'autres noms, ceux de
quelques félibres du Sud-Ouest et aussi celui de Jasmin.
« Jasmin, en effet', paraît être le premier, en ce siècle, qui fit le
mieux ressortir les beautés de la langue gasconne et la répandit
dans le monde entier. Car ses principaux ouvrages : l'Abuglo de
CastèlcuUiè, Françouwto, Maltro l'innouccnto, Lous dus frays bessous,
ont été traduits dans toutes les langues.
«Jasmin a été le poète de ma jeunesse, et c'est lui, pendant que
j'apprenais le français, qui m'empêcha d'oublier le gascon. Vous
avez dit, tout à l'heure, Monsieur et cher Collègue, quelques vers
de nos félibres du Sud-Ouest qui ont été fort applaudis. Voulezvous me permettre de vous dire quelques vers de Jasmin. Ce ne
sont pas ses meilleurs, mais ils sont chantants et ils ont été bien
chantés, sur un air bien connu, aux bords de la Garonne. Je les
ai appris, dans ma jeunesse, et je ne les ai jamais oubliés ; les
voici : Jasmin, se trouvant en présence d'une fille au cœur de
glace, lui dit entre autres choses :
«
«
«
«
«

Ta tourtero enfugido
Te baillo uno litsou ;
Es al bos que t'oublido
Et qué ben may poulido
Dunpey qu'y fay l'amou.

«
«
«
«

Pel l'amou tout palpito ;
Siet Iou per que t'enbito,
Aoutromen, de la bito
Lous bets jours sayon nuts
« Et perduts...

�- 197 —
« Gn'a que l'amou, maynado,
« Qu'ai bounhur pot mena ;
« Acos tout d'estre aymado,
« Mès, quant on sat ayma !
«Nous sommes très heureux, Monsieur et cher Collègue, d'avoir
votre concours pour l'œuvre que nous poursuivons : la libération
méridionale et l'expansion de la langue gasconne ; avec beaucoup
d'hommes comme vous nous sommes sûrs de réussir. Et, puisque
j'ai touché, en commençant, à ia question administrative, permettez-moi d'ajouter que la commune de Capbreton, de la ville à
la plage, doit s'estimer heureuse et particulièrement favorisée de
vous avoir pour administrateur. Avec ce que vous avez fait, avec
les projets dont vous m'avez fait part, la prospérité viendra certainement à Capbreton, désirée par tous et que nous vous souhaitons bien vivement. La réception qui nous est faite par la municipalité, par le Syndicat d'Initiative, laissera dans notre esprit un
souvenir impérissable ; et, comme je le disais en commençant,
beaucoup d'entre nous qui sont venus ici en explorateurs reviendront en amis.
« Afin de donner à nos remerciements, à nos souhaits, comme une
façon tangible ou effective, laissez moi, Monsieur et cher Collègue,
aller à vous, et, au nom de toute l'Escole Gastou Febus, avec joie
et reconnaissance, vous apporter une cordiale poignée de mains...
(Applaudissements et serrement de main) et M. Bibal continue :
« Nos remerciements ont été aussi à l'adresse du Syndicat d'Initiative. Il me sera donc permis, pour les souligner, d'aller vers
l'honorable M. Garcia, président du Syndicat, et de lui serrer la
main, au nom de tous, avec la plus vive cordialité. »
Une ovation est faite à M. Bibal quand il contourne la
table pour aller mettre ses mains dans les mains de M. le
Maire et de M. le Président du Syndicat d'Initiative.
Puis on fait mousser le Champagne, e cadû que s'en ba
t'oun lou pén lou cô, balha-n ue tringlade.
J'aperçois dans un coin de la salle en béret bleu et sandale
de baigneur un homme pour lequel j'éprouve la plus respectueuse affection, M. Bourriez, professeur à la faculté de
Bordeaux, qui nous a donné des articles d'une haute valeur
littéraire, une conférence sur les contes de la Gascogne qui

s

�fit courir tout Pau et les règles grammaticales du béarnais et
du gascon. Je vais à lui pour lui présenter mes hommages.
Mais je suis interpellé de droite et de gauche, de partout un
peu et je passe en donnant force poignées de mains : à l'abbé
Sarran, à l'abbé Daugé qui tantôt me caresse, tantôt me
grapigne ; au docteur Gaye, un fidèle de nos réunions ; à un
Monsieur qui poupe lou Champagne mélhe qu'aygue benedite, l'ami Carrive ; à une foule d'amis nouveaux et 'anciens.
Il en est ainsi dans toutes les Assemblées des écoliers de
Febus, gaîté, amitié, fraternité, cris de joie ; — oh ! pas fèn
de brut ; — mais nous ne serions pas Gascons sj notre
exubérance n'était accompagnée de grands gestes et de quelques exclamations.
Je suis interrompu dans ma randonnée par des appels
réitérés : Lou Crabe de Mùgrou ! Ceci s'adresse à Daugé qui
voudrait bien faire la petite bouche. Més ne bague pas. Il
promet lou Crabe à condition qu'on lui laisse d'abord chanter
Lou Tabaquè. Il obtient dans ces couplets pétillants d'esprit
son succès habituel. Que bos que-t disi, gouyat, en espian-te
ha lou coum-qui de préne ûe prése, que-m pensabi enter
you medich : Lou boun Diu que l'a criât enta china e se
yaméy e tourni enta Bourdèu qu'où croumperèy ûe tabaquère
grane coum û paroussién enta que chîni dou matî au sé.
Nous entendons ensuite avec grand plaisir M. Loustau, de
Capbreton, dans Sabi ença, d'Isidore Salles.
M. Destribats chante avec brio une chanson gasconne :
les / quin chapèu !
Cependant il y a mieux à faire pensent quelques assistants.
L'un d'eux entonne lou Cèu de Pau, qui est repris avec
entrain par tout le monde.
C'est ensuite le tour de Aquéres Mountines et ce chant
national de l'Escole fait se grouper une vingtaine de chanvteurs qui s'en donnent à cœur joie.
M. Larrat, qui prend à cette manifestation bien gasconne
un visible plaisir, demande La haut sus las mounlagnes et il
chante de sa voix grave et il s'accompagne du geste en
mesure.
Oh! la belle fin de soirée ! Comme tu te serais réjoui, ami
Lafore, si per pic ou per pelade ne t'en ères pas anat aygasseya per Sagorre ou Magorre.

�Nous en avons vu une pareille à Pau, toi et moi, lorsque
€ Fournets se faisant bon enfant » détailla avec un groupe
d'amis tout le répertoire béarnais.
T'en souviens-tu ?
Eh bien, au Gran dous Grans que t'at yuri, ceci était aussi
beau que cela.
Vers minuit on se sépara. Les vieux allèrent se coucher
tandis que les jeunes répondant aux appels enragés du piston
et de la clarinette préférèrent s'amuser et danser.
Ne le répétez à personne, mais j'en sais qui ne rentrèrent
qu'aux premières lueurs du jour.

Avant la reprise de la fête, le bureau se réunit dans la salle
de la Mairie, à 9 heures du matin, sous la présidence de
M. Bibal pour délibérer sur les affaires de l'Escole.
Etaient présents : MM. Bourciez., professeur de langues et de
littératures romanes à la Faculté des Lettres de Bordeaux, spécialement convoqué ; MM. Lalanne, Darclanne, Camelat, Sarran,
Daugé, Batcave.
I. Election d'un Vice-Président Général. — M. Batcave est proposé.
La nomination sera soumise à la ratification de l'Assemblée
générale.
II. Situation: financière. — M. Laborde-Barbanègre fait connaître
que les cotisations recouvrées au 30 juin montent à 2.397 fr. 43,
sur lesquelles il y aura à payer les notes des « Beclams ». L'excédent aura l'affectation qui paraîtra le plus utile.
III. Plan d'une anthologie Béarnaise et Gasconne. — Au nom de
M. A. Planté et au sien, M. B. Batcave demande s'il ne conviendrait
pas d'entreprendre la publication d'un livre populaire dit anthologie, réunissant les morceaux choisis des écrivains de la région
sur laquelle s'exerce l'action de l'Escole, afin d'éviter l'apparition
d'ouvrages fâcheux où notre patrimoine littéraire n'est pas même
quelquefois indiqué ou bien est défiguré.
Le principe de cette publication populaire est adopté. Les morceaux seront réunis pour chaque région par chacun des membres
de l'Escole qui voudront s'en occuper et plus particulièrement

�— 200 —
pour le Béârn par MM. A. Planté, Labaig-Langlade, Lalanne,
Lafore, Lacoarret, Baudorre, S. Palay ; pour les Landes par MM.
Daugé et Darclanne ; pour l'Armagnac par MM. Tallez, Lavergne,
Sarran et Michelet ; pour les Hautes-Pyrénées, par MM. Camelat
et S. Palay.. Ils seront centralisés par M. Batcave qui les soumettra
à M. A. Planté, président de l'Escole. M. Bourciez veut bien se
charger de revoir ce choix de morceaux il).
IV. Plan de leçons parallèles d'histoire de France et d'histoire de la
Gascogne. — M. Batcave, d'accord avec M. A. Planté, propose de
publier dans les Reclarns des plans de leçons parallèles d'histoire
de France et d'histoire de la Gascogne. Les professeurs d'enseignement primaire, même d'enseignement secondaire, pourraient s'en
inspirer pour montrer à leurs élèves ce qui se faisait dans notre
région, ce qu'étaient nos pères béarnais ou gascons, dans tel
moment de l'histoire. Ainsi Gaston-Phœbus serait étudié dans son
rôle comme vicomte de Béarn, sa lutte avec l'Armagnac, aussi
bien que dans ses rapports avec l'Angleterre et la France, sa figure
de grand seigneur attirant les visiteurs illustres : Froissart entre
autres. Gaston XI apparaîtrait comme vicomte béarnais, légiférant
sagement, et comme lieutenant du roi de France, enlevant le SudOuest à l'Angleterre pour le rendre Français ; Mauléon, Guiche,
Bayonne, Dax, St-Sever, etc., sont ses conquêtes. Jacques Cœur,
Bureau, viennent le visiter a Orlhez. — La famille des comtes
d'Armagnac fournirait une leçon intéressante, car quels qu'aient
été les vices de plusieurs de ses membres, il ne faut pas oublier
qu'ils représentèrent le parti français contre les Bourguignons
alliés aux Anglais. — Ceci dit seulement à titre d'indication et
d'exemple et sans avoir rien de limitatif.
Le bureau adopte cette idée et décide qu'il sera publié dans les
Reclams des plans de leçons parallèles d'histoire.
V. Trois vœux de P.-D. Lafore, secrétaire des Basses-Pyrénées.
,

I

L'Almanach Hachette, de Paris, qu'a publicat Faut an ûe carte
de las lengues de France.
Que-n'y counte quouate : la f rancése, la bretoune, la basquéte,
la catalane.
(1) L'anthologie comprendra deux parties : les œuvres des vieux écrivains
et les œuvres des écrivains récents. Afin de ne pas trop grever le budget de
l'Escole, il est décidé que les deux volumes seront publiés en deux exercices
consécutifs. Et maintenant que chacun se mette à l'œuvre !

�— 201 —
La írancése que plape de blu toute la carte, s'en tiren : la Bretagne, lou Bascouat, lou Roussillou.
En prumères, que-s coupe en dues mayes parts : la lengue d'Oc
e la lengue d'Oïl ;
La lengue d'Oïl qu'a très ou quouate dialectes mercats : lou
Nourmaa, lou Picard, lou Parisenc, etc. ;
La lengue d'Oc que n a cinq ou cheys mentabuts: lou Gascou ;
lou Biarnés ; lou Lenguedoucia ; lou Proubençau, etc. ;
' (A sabe per aco se lou parla d'u peïs qui ey
lountemps estât soubiraa, n'ey pas lengue a
d'espars ; boutam toutu aci lou biarnés dialecte
de lengue d'Oc ; so qui ey bertat d'une mode,
que n'ey tabe de l'aute).

Cadu de queths dialectes, qu'ey lengue de France, auta plaa lou
Gascou, lou Biarnés, dialectes d'Oc, coum lou Picard e lou Parisenc,
dialectes d'Oïl ;
Cadu d'eths qu'a lous sous patouès, mes nats d'eths n'ey pas u
patouès — pas mey lous parlas de l'Adour e dous Gabes que lous
parlas de la Seine e de la Loire ;
U patouès, qu'ey la mode de mau debisa ue lengue ou u dialecte ;
de que n'y a que gouasten lou parla de Paris ; de que-n'ya qu'entequen lou parla de Pau.
Mes aco ne bùu pas dise que, per eth medich, nat de queths dialectes e sie u patouès.
Se u dialecte a dauneyat ta l'aysiè dou goubernemen, ne bòu
pas dise aco, que lous auts que soun baduts bastards.
Dechâ apera patouès lou Gascou e lou Biarnés — en prumères,
n'ey pas cause bertadère: l'Histori que s'at amuche e la carte de
las lengues hèyte à Paris que s'at broumbe — apuch, qu'ey coum
si aperaben tort, bougnut, desestruc, enbastardit, escamat, bouhebrac, entecat, ourtou, u omi qui pot abe quauque micheris coum
tout aute, mes qui toutu e s quilhe dret.
E, de tout aco que-s debire aqueste bot, qui prègui à l'Escole
Gastou-Fébus de larga — a l'Escole Gastou-Fébus, qui ey lou chibaliè armât, acabalat e enplumachat dou Biarnés e dou Gascou :
« L'Escole Gastou-Fébus qu'espudéch lou mout « patouès » dat a la
n lengue biarnése, a la lengue gascoune. Que l'acasse dous sous paraulis.
« — Aqueth mout, ni en paraules, ni en escriuU, ne déu pas esta
« espleytat per nats de l'Escole, — Lous reyéns ne dében pas decha-u

\

�— 202 «
«
«
&lt;(

espleyía p'ousmaynadyes, mes amucha-us quin ey liastiau e nade
brigue bertadè ; e cadu de l'Escole que dèu tribalha toustem e pertout,
oitn se bouilli et oun se pousqui, au medich prèts-hèyt, chens paus ni
ces. »
Adopté.
II

f

En apitan l'Escole Gastou-Fébus, qu'abèm dit: Se lous cures e
lous reyéns e soun dap nous, que pouyram ha quauqu'arrey, pramou que tiénen l'abiéne dap lou canalhè.
Reyéns e caperaas que soun biencuts a pièles.
U domine, qui ère dous sèt qui quilhan l'Escole, qu'abè dit:
nous autes reyéns, bore de l'escole, au cor dous houécs dou biladye,
que déuram clama la béutat dou parla, l'amou dou parsaa e la
glori de la soue histori.
Hères que créden ouey lou die, que lous reyéns espleytats e pa
gats de tau ore a tau ore, que baden, Fore passade, omis coum
lous auts, mestes dou lou ana e dou lou debis. Ey bertat aco ou
nou ? N'abem pas at sabe aci.
Mes lous reyéns de l'Escole Gastou-Fébus, se bolen ha obre boune, que dében, de segu débisa francés aus gouyatots héns l'escole
— e débisa-us gascou, biarnés, hore de l'escole. — Que n'an lou
dret e n'an pas a dise nani.
Se bolen ha obre boune, que deben amucha au lou larè, aus
hilhs lous, aus hils de la loue carn, lou debisa de case ; d'aco
tapauc arrèy ne n lous hè pas empath;que deben amucha las
béutats dou parsaa e dou sou passât, aus hilhs lous, lous beth
prumès.
Atau qu'amucheran aus autes, oubrès, paysaas ou moussus a
ha parié dap lous manadyes lous.
Se ne hèn pas aco, ne soun pas aci sounque ta d'arride, sounque
ta diberti-s.
Lous reyéns que poden hère, e que poden se bolen, n'y a pas
a dise !
Se ne bolen pas, n'ey pas la péne de s'amassa.
Mes se bolen. que eau que hasquin eths, lous bèths prumès, aunou au parla dou larè, per fèyts e per obres de tout die.
Taus caperas, qu'ey tout parié. Lous youens, qui soun de l'Escole que deben, lous bèths prumès, predica, debisa au lous parroupiaas, en biarnés, en gascou.
Sinou, que trahéchen l'obre.

�Eths n'an pas mey nade desencuse ta nou pas espleyta hens lou
lou ministari, lou parla dou parsaa.
Se n'at hèn pas qu'ey quo n'at bolen pas.
E si cadu ne bòu pas ha so qui pot, n'ey pas la péne d'esta d'ue
assouciance qui ey hèyte tau serbici d'ue cause qui trahéchen
mey-leu qu'arrey mey.
« Que, hore de las loues escoles, lous reyéns gascous e biarnés debisin
à gascou; biarnés aus maynadyes ; qu'ous disin so qu'ey lou lou peis e
t lou son passât ; e, en prumères, que hasquin atau dap lous lous hilhs.
« Que lous caperaas prediquin e débisin gascou, biarnés dap lous
lous parroupiàs.
« L'Escole qu'ey heyte enta d'aqueth prèts-hèyt : sauba la lengue, clàu
« de tout ; e si cad'u ne bôu pas tribalha coum pot, perque ey de
« l'Escole ? )&gt;
Adopté.
III
L'Escole n'ey pas estade hèyte per chouès, enta deberti-s, enta
bayoula-s, répecha, e balha metau e paperoles.
Lous qui s'y soun boutats que counechèn lou sou prèts-hèyt.
Se s'y soun boutats, qu'ey bahide tabalha-u la loue ayude.
Lou mey aysit dous tribalhs e dilhèu lou mey bou, qu'ey de segu
de debisa, de debisa toustem e pertout, gascou dab lous Gascous,
biarnés dap lous Biarnés — so qui s'en tourne au medich.
Escribe qu'ey beroy, mes debisa qu'ey melhe.
Chic que poden escribe, mes touts que poden debisa.
Se n'at hèn pas, perque soun de l'Escole ?
En s'y boutan, oun que s'ey engadyat per aunou a ha so que
cadu e pot enta l'obre apoudyade :
A parla en prumères, lou parla de case dab lous manadyes de
la case.
A parla tabey la lengue dou pèis à touts lous dou pèis : aus
baylets, a las gouyes, au praube, au riche, en biadye, à l'oustau,
oun debaren, a taule d'oste, a touts lous qui boulhen entene,
Mantu cop, a l'escadence de l'encountre, que trebuquen mounde
a qui heré gay de debisa lou parla dou parsaa... mesquine gausen
pas da l'abiade...
Qu'ey aus de Gastou-Febus a da-le.
Trope d'u cop, en prumères, que p'espieran drin de trubès, mes
apuch que s'y bouteran dab plasé.

�— 204 —
La lengue gascoune n'ey pas mey a case en Gascougne.
La daune que s'estuye bergougnouse, e que cap-bache a case...
coum ue praube minable.
Qu'ey aus de Fébus a tourna-le ha dauneya.
Sinou perqué s'èm amassais ?
En ue case bouryése dou Biarn, la gouye sourtide d u gnaute
coundiciou oun francimandeyaben que credè de plaa ha en francimandeyan. Que la parlan biarnés, que bedou qu'en parlaben tabey
aus manadyes ; qu'en debisa tabey dap eths, qu'où leyou quouan
poudou ; que s'estaqua d'autan mey aus mestes, e ne s'en tournera
pas tau sou bourdalat en y pourtan la bergougne e lou mesprèts
dou parla dous payrans.
Asso ne soun pas
l'oumpre.

noudigues couèytes au sou arrayades à

Atau que eau ha touts se boulém sauba la lengue.
Qu'ey atau qui aberam «lous dus parlas d'A Noste » auta plaa
coum l'amie qui s'apère l'Artè dou Pourtaou.
Qu'ey atau qui pouyram tourna ha dauneya la lengue.
En prediquan dap feyts e nou pas per paraules.
En prediquan coun dise u apostou,en tems e hore de tems,toustem e pertout.
Se bolen ha, que eau ha en han, ou decha-c.
Se ne hem pas aquo perque em de l'Escole e perque ey l'Escole ?
Se boulera ha, d'autes que heran coum nous.
E se boulera ha tabey, lou parla biarnés e gascou que tonrneran
brouni mey hort en Biarn e en Gascougne.
E a case que tournera dauneya, la lengue mayrane.
(( L'Escole Gastou Fébus que broumbe qu'ey hèyte ta sauba de la
u mourt e dou desbroumb, lou parla de la case, lou passât e l'kistori de
x la thine patrie, ta mantiene, hens lou coo dous sous hilhs, tout so qui
H tagn a la thine patrie.
« Cade escouliè de Fébus qu'ey u oubrè de l'obre.
« Cad'u que déu tribalha-y de tout lou sou poudé.
« Lou mendre e so de mey aysit, qu'ey de débisa lou parla dous parsaas
ft pertout e toustem oun se pousqui hens lou briu de la bite, e, prumè
a qued'ana 'ta dehore, d'où tourna ha dauneya cad'uhens la soue case.
« L'Escouliè de Fébus qu'oudéu espleyta a case, enbiadye, al'oustau
a oun ey dtbarat hens la boutique oun croumpe, dap lou praube coum
u dap lou riche, dap lou thin coum dap lou mayou, dap touts lous qui
« l'entenen e qui ou bolen entenc.

�— 205 —
« Chens aco n'a pas coumprés lou prêts heyt de l'Escole c n'a pas que
a ha de n'esta.

« E coum.so de houdeu biéne dou bec, touts lous asabés, las coumunicacious, lous recebuts dous dinès crubats, tout so d'officiel, que déu
esta en lengue d'Oc. »
Adopté.
VI. — Versions dans les écoles. — M. Lalanne, secrétaire-général,
propose de remplacer le concours de cahiers d'écoles pour 19101911 sur le plan suivant ;
1° Il sera fait des traductions sur cahiers qui devront durer
toute l'année et être soit hebdomadaires, soit bi-mensuelles. Un
prix de 100 fr. sera décerné à l'instituteur ou l'institutrice qui
donnera le meilleur résultat ;
2° Sujet imposé comme par le passé donnant droit aux récompenses ordinaires.
Il y aura donc en 1911 deux sortes de concours. Toutes les écoles
peuvent'concourir dans l'une ou l'autre section ou dans les deux
simultanément.
Adopté.
VII. — Dépôt de deux volumes pour compte-rendu. — Il est proposé
et adopté qu'en principe il devra être déposé deux exemplaires de
tout ouvrage dont un compte-rendu sera demandé dans les Reclams.
L'un des exemplaires sera destiné à l'auteur du compte-rendu et
l'autre volume sera déposé à la Bibliothèque de l'Escole au château de Mauvezin.

Dix heures ont sonné. Le public est exact. Il arrive
nombreux. Bourgeois de blanc cravatés, ouvriers endimanchés, baigneurs et touristes, prêtres et laïcs, dames aux
claires toilettes, fillettes aux joues roses, garçonnets à la
mine éveillée, vieillards des deux sexes, tous prennent place
en silence.
Bientôt la vaste salle est bondée. Le bruissement des
étoffes, le bourdonnement étouffé qui nous vient à travers
la porte, indiquent qùe le vestibule et l'escalier monumental
sont occupés par une foule avide d'entendre si du moins
elle ne peut voir. Le soleil nous envoie ses caresses par les
croisées entrebaillées. Il semble dire : réjouissez-vous, votre
réunion est belle, l'or de mes rayons la fait plus belle
encore. A la tribune d'honneur prennent place autour de
M. Bibal, M. Larrat, maire, le Conseil municipal, le bureau

�- 206 de l'Escole, l'archevêque Mgr Soulé, natif de Capbreton, sur
la soutane duquel tranche la rosette rouge d'officier de la
Légion d'honneur ; M. Lavaurs, directeur des postes et télégraphes en retraite ; M. Bernis, ingénieur en chef des Ponts
et Chaussées, les représentants de la presse ; sept ravissantes
jeunes filles tout de blanc vêtues, personnifiant les sept
muses : Mlle Alberte Lalanne, reine intérimaire de la Cour
d'Amour ; Mlles Renée Lâchée, Madeleine Romefort, Suzanne Bourriez, Marie-Thérèze Vignes, Marie Getten, Edith
Péré.
M. Bibal prend la parole en ces termes :
Avant l'ouverture des Jeux Floraux, il est'tout d'abord, pour
moi, un pénible devoir, celui de vous annoncer que M. Adrien
Planté, notre aimé et éminent Président, a été mis, par une
fâcheuse maladie, dans l'impossibité de venir à cette réunion.
Jusqu'au dernier moment, nous avions espéré que la convalescence serait assez rapide pour que nous ayons encore le plaisir
de le voir présider cette fête félibréenne, comme il sait les présider avec tant de distinction et tant de compétence. Hélas ! les
médecins lui ont interdit, jusqu'au bout, de faire le voyage de
Capbreton.
Voici, d'ailleurs, sa lettre dont il m'a chargé de vous donner
connaissance :
« Mon cher Collègue,
« La convalescence prolongée d'une grave indisposition, qui es*
venue malencontreusement me surprendre, ne me permet pas de
me rendre à Capbreton pour présider la réunion générale annuelle
de notre chère Escole Gastou Fébus.
« C'est pour moi un véritable chagrin....
« Vous voudrez bien vous faire mon fidèle interprète auprès de
mes chers et vaillants confrères qui, avec tant d'entrain, ont
répondu à notre appel ; dites-leur que, de loin, je suis avec eux,
comptant toujours sur leur concours le plus dévoué pour le développement de notre œuvre de décentralisation et de libération
méridionale, par la fidélité de tous.au culte de la petite patrie !
« Veuillez aussi remercier, en mon nom, mes amis de Capbreton,
auxquels je comptais apporter moi-même l'expression de ma
reconnaissance pour les sympathies qu'ils m'ont témoignées, dans
la préparation de cette fête, avec l'hommage de ma vieille admiration pour leur station océanique, à laquelle je souhaite de tout
cœur une brillante, une longue prospérité.... »

�- 207 Aussi, vous le voyez, notre Président, toujours si bon, si aimablé, si généreux, n'oublie pas, dans' sa pensée affectueuse, ni ses
amis, ni aucun de ceux qui l'ont si sympathiquement accueilli, à
sa précédente visite, et veulent bien conserver leur concours à
l'œuvre de notre libération méridionale, au culte de la petite
patrie.
Il nous a écrit son affliction. Mais notre peine égale la sienne.
J'interprète certainement le sentiment de tous ceux qui le connais
sent, en lui adressant, d'ici, non seulement l'expression des vifs
regrets que nous cause son absence, mais aussi les vœux les plus
sincères pour son rétablissement le plus prompt et le plus
complet.
Si sa présence nous fait défaut, nous sommes assurés que son
âme est avec nous, que sa pensée affectueuse nous accompagne.
De notre côté, nous avons cherché à avoir, de lui, le plus possible ;
nous avons voulu posséder, sous nos yeux, aujourd'hui même, son
portrait le plus récent, tel que nous le connaissons, tel que* nous
l'aimons, et il est là, pour nous encourager, pour nous donner la
satisfaction de son clair regard et de son franc sourire.
Au surplus, je ne saurais mieux faire son éloge en quelques
mots, qu'en citant ceux par lesquels M. Lacoarret l'a gravé,
dans notre esprit, l'année dernière, à la Félibrée de Salies-deBéarn. Je le vois encore, quand il disait d'Adrien Planté :
« ...Gauyou, sapience, balentise, amistousé, eth qu'at a tout ; dap
« eth que serats toustem oli sus aygue. ».
Après cet éloge ciselé, il me devient plus facile d'avouer que je
sens toute l'étendue de mon insuffisance et de dire que si j'ai
accepté de venir ici parler à sa place, et pour lui obéir, c'est sur
votre extrême obligeance que je comptais.
Mais quels sont donc les hommes qui, selon l'expression imagée
du Dr Lacoarret, seraient de nature à faire flotter la barque de
Fébus comme l'huile sur eau ?
M. Adrien Planté, ainsi qu'un capitaine à bord de son navire,
dès qu'il aperçoit le moindre grain à l'horizon, prend ses disposi
tions pour résister même à l'ouragan, de même M. Adrien Planté
semble avoir tout prévu pour sauvegarder l'œuvre dont il est le
fondateur et le grand maître.
11 y a quelques jours il m'écrivait :
«
Ainsi qu'il est convenu avec ces messieurs, les membres du
bureau, je vous dirai que ma santé m'imposant un certain repos,

�— 208 —
je croyais nécessaire pour le bon fonctionnement de l'Escole de
me donner un suppléant. De même que nous avons un secrétaire
général, nous aurions ainsi un vice-président général qui s'occuperait, à mon défaut, des détails généraux de l'œuvre et que ce
suppléant devait être, à mon avis, M.Louis Batcave (notre délégué
à Paris), dont la vie est toute consacrée au culte de notre petite
patrie et aux intérêts généraux de l'Escole.. »
L'éloge de M. Louis Batcave n'est pas à faire. 11 est connu de
nous tous. Ses travaux, ses ouvrages, son caractère en ont fait un
félibre d'élite, au premier rang. Son dévouement à notre cause,
les services qu'il a rendus à notre Société ont déjà gagné notre
reconnaissance. Mais il y a une considération qui domine tout &gt;
au-dessus de notre appréciation plane encore l'avis souverain de
notre Président et des membres du bureau. C'est dire que sa
nomination de vice-Président général devrait être acceptée à l'unanimité comme par acclamation. (Applaudissements prolongés1.
Aucune opposition alors ?... La nomination de M. Louis Batcave
comme vice-Président général de l'Escole est donc prononcée à
l'unanimité par l'Assemblée générale.
Permettez moi, mon cher vice-Président général, de vous serrer
la main, de vous donner, au nom de notre vénéré Président et
pour nous tous, l'accolade de consécration. (Applaudissements).
M. Bibal continue :
M. Adrien Planté ajoutait encore, dans la lettre :
« Le Secrétaire général, M. Lalanne, qui avait pris un congé
pour cause de maladie, reprend dès aujourd'hui ses fonctions.
Les rouages principaux et nécessaires de l'Escole seront donc
ainsi bien réorganisées... »
M. Lalanne, félibre majorai, qui était depuis de longues années
le secrétaire général de notre Société et lui a rendu tant de services, vient d'obtenir sa retraite de membre de l'enseignement
public. Son dévouement si connu, si apprécié de nous tous, aura
d'autant plus d'effets pour nous qu'il pourra disposer de plus de
loisirs. J'en profite pour adresser à M. Lalanne, au nom de l'Escole,
nos sentiments de reconnaissance pour le passé et nos encourage- *
ments pour l'avenir.
Notre cher Président, vous le voyez, a pensé à tout, même à assurer les rouages nécessaires au bon fonctionnement de notre
Société. Il avait nos souhaits, nos remerciements. Il me semble
qu'il lui serait dû quelque chose de plus.

�— 209 —
Je propose, pour lui, une démonstration frappante des sentiments qui nous animent : un battement de mains, un triple ban...
(triple ban énergique).
Puisse-tr-il avoir entendu ce que nous venons de faire ici, et la
satisfaction qu'il en éprouvera lui rendre définitivement la santé. »
Je me garderais d'amoindrir par un commentaire quelconque le bel éloge que M. le Président honoraire vient de
faire de M. Louis Batcave. Je me permets seulement de
féliciter l'Escole d'avoir su s'attacher par des liens plus
puissants un homme qui lui a déjà fait tant de bien. Je ne
saurais jamais trop le répéter. Si pendant le septennat que
j'ai consacré aux Réclams, j'ai eu quelques succès, si j'ai
pu rendre notre revue un peu intéressante, c'est à ses
conseils, à l'aide précieuse qu'il m'a prodiguée que je le dois
en grande partie. M. Batcave est dans toute la force de la
vie, du talent. J'espère avec tous ses amis qu'il saura, sous
la paternelle direction de M. Planté, infuser à notre œuvre
un peu de sang nouveau, lui donner un regain de vitalité et
de prospérité.
Un peu ému, M. Batcave se lève et remercie en ces termes :
Je vous remercie, mes chers collègues et amis du bureau et de
l'assemblée, de l'accueil sympathique et bienveillant que vous
avez fait à la présentation de ma candidature en des termes trop
aimables .par notre vénéré président d'honneur, M. Bibal.
Mes remercîments vont plus loin ; ils s'adressent aussi à celui
que nous regrettons tous de ne pas voir, pour la première fois,
parmi nous, à M. Adrien Planté qui en a été l'instigateur, qui est
bien près de nous aujourd'hui par le cœur et par l'esprit. Nul plus
que moi ne savait, je le puis confesser, ce qui me manquait pour
accepter, à côté de lui, ce titre de lieutenant et je ne nous trouvais de commun qu'un égal amour de notre petite patrie, de son
histoire, et de la chère langue des aïeux. Mais comment résister ?
Comment ne pas être agréable à celui qui se complaît à être toujours agréable aux autres ?
Donc, mes chers amis, je vous remercie en vous conviant au
labeur, au travail réel et effectif pour le maintien de ce qui cons
titue notre patrimoine régional, c'est à savoir nos traditions et
nos coutumes. Vous l'avouerai-je ? Je trouve quelque coquetterie
à recevoir votre investiture dans ce joli coin des Landes, si gascon,

�- 210 —
dont un maître écrivain, son admirateur fervent, autant dire son
hôte(l), célébrait dans'un roman la douceur d'y vivre, dans ce Capbreton, auquel son curé et son instituteur — bore biencuts dirionsnous en Béarn — voulaient imposer, au xvur3 siècle, la langue
française. Mais l'évêque de Dax veillait ; soutenu par un intendant,
qui fut le bienfaiteur de ces contrées, par d'Etigny, il lit prévaloir
l'usage du gascon. Capbreton, vous le voyez, avait précédé l'Escole
Gastou Febus et voulait maintenir
Lou bet gascoun tan mespresat.
Lou dous parla qui hè ploura
L'amne attentride.
Continuez à Capbreton. continuez partout, faisant vôtres ces
vers de l'aimable et grand poète que je viens de citer, Isidore
Salles :
Hilhs dou Gabe, hilhs de l'Adou
chantons
Cansoun, leyende ou biroulet
Biole, briuloun ou flayoulet
Cantem l'aubade !

L'Assemblée accueille par une salve d'applaudissements
le discours de notre Vice-Président général.
A ce moment, la reine de la Cour d'amour se lève et prononce la parole sacramentelle : « La séance des Jeux floraux
est ouverte ».
M. Bibal prend la parole en ces termes :
MESDAMES,
MESSIEURS,
MES CHERS COLLÈGUES,

.Nous voici réunis pour la tenue de nos Jeux Floraux, lê jugement des œuvres, la distribution des récompenses, devant la
Cour d'Amour.
Elle est une tradition qui nous vient des troubadours ; sachons
nous incliner et la respecter, d'autant plus que nos lauréats de ce
jour auront, sans doute, comme leurs anciens, plus de satisfaction
à être couronnés, sous les yeux ou par les mains des Gcntcs Dames
et Damoiselles.
(1) P. Margueritte. La Faiblesse humaine.

�— 211 Mais, ici, je suis déjà arrêté par les regrets à exprimer pour
l'absence accidentelle de notre Reine constitutionnelle.
Mme Germaine Guillot, de Condom, qui trônait, avec tant de
distinction, à la présidence de nos Félibrées antérieures, retenue
cette fois par un deuil récent, se trouve empêchée de remplir sa
royale fonction. Elle m'a fait part de son chagrin et comme elle
ajoute, non sans esprit, des sentiments pour nous tous, flatteurs,
je crois devoir vous en donner connaissance; voici ce qu'elle
écrit :
« Je penserai beaucoup à vous tous et à l'Escole Gastou Fébus,
« dimanche et lundi, et ma pensée et mes vœux seront parmi mes
« aimables sujets. »
Eh bien! que notre reine, aussi aimable que belle, si regrettée
aujourd'hui, sache bien que la pensée affectueuse de ses aimables
sujets répond à la sienne ; qu'elle veuille bien agréer nos regrets
pour le présent, nos espérances pour l'avenir et les plus chaleureux hommages qu'elle mérite à tous égards.
11 a donc fallu improviser une Cour d'Amour, qu'il me reste à
présenter. Et tout d'abord, voici Mlle Alberte Lalanne, une escholière de Gastou Febus, lauréate des concours de dessin. Je n'ai
pas à en faire l'éloge. Déjà, en 1907. elle a mérité, à Mauvezin, un
brillant sonnet improvisé de Simin Palay. Depuis, ceux qui ont
assisté à nos fêtes de Condom et de Salies ont pu apprécier les
charmes et la valeur de ses poésies ; ce qui lui vaut, aujourd'hui,
l'honneur de ceindre, par intérim, la couronne de Gascogne.
Et puis, voici les Muses, florissantes de jeunesse, aux fleurs et
rubans de Febus : Mlle Romefort, Mlle Bourciez, Mlle Lâché, Mlle
Vignes, Mlle Péré, Mlle Getten. Les trois premières sont des élèves
de l'école des beaux arts de Bordeaux, dont deux lauréates du
concours de dessin ; les trois autres sont du déparlement des
Landes dont deux appartenant à l Université. Mais toutes ont des
charmes d'amabilité et de gentillesse que ma voix ne saurait
définir.
Que la Reine et les Muses, en cette heure solennelle, reçoivent
de nous tous de respectueux hommages et qu'elles me permettent,
en m'inclinant profondément, de saluer, en elles, ce que personnifie la meilleure moitié du genre humain : la grâce et la beauté !
Je manquerais à un autre devoir si je ne me hâtais de remercier les amis, connus ou inconnus, qui assistent à cette réunion
Felibréenne, et si je n'adressais, au nom de tous, nos hommages

�— 212 —
et nos remerciements aux Dames, si nombreuses, qui ont bien
voulu venir égayer cette fête, de leurs toilettes et de leur sourire.
Me sera-t-il permis, ici, à cette extrémité du territoire gascon,
de dire, en quelques mots, au moins pour ceux qui ne les connaissent pas encore, ce que sont les escholiers de Gastou Febus et ce
qu'ils veulent rester ?
Nous sommes, tout d'abord, des Félibres.
Le félibre, le philabros des Grecs, l'ami du beau, grâce aux
raffinements d'une civilisation de plus en plus avancée, est aujourd'hui partout. On le reconnaît à la sensibilité qu'il manifeste pour
toutes les beautés, les harmonies de la nature, pour tous les sentiments élevés ou généreux.
Le Félibre chante le soleil qui réchauffe et féconde ; il aime la
feuille qui pousse, la fleur qui étale ses couleurs, l'oiseau qui gazouille dans le feuillage, le ruisseau qui murmure, l'idylle de ses
champs, les charmes de son pays.
11 rêve, admire, idéalise ce qu'il voit et jette, avec éclat, l'expression de ses intimes sentiments.
Si nous voulons remonter seulement jusqu'à Gastou Febus, sous
l'invocation de qui vit notre Escole, nous devons reconnaître que
celui-là était déjà un Félibre, qui a fait graver, dans le marbre*
au milieu de ses armes de Foix et de Béarn, sur la courtine du
château-fort de Mauvezin, cette chevaleresque devise : « J'ay belle
Dame «aujourd'hui immortelle, parce qu'elle est devenue la propriété de l'Escole Gastou Febus.
On ne sait pas exactement quelle fut, en réalité, cette Dame
unique de la pensée de Fébus. Mais si les Escholiers de nos jours,
ses successeurs, étaient appelés à créer une devise de ce genre, ils
seraient probablement tentés de la mettre au pluriel ; car, d'après
ce que l'on sait, d'après ce que l'on voit, c'est par centaines et par
milliers que l'on compte, aujourd'hui, en Gascogne, les belles
Dames.
C'est ainsi que nous sommes naturellement des Félibres ; et
c'est Jasmin, le poète agenais, et Mistral, le poète provençal, qui
nous ont indiqué la voie nouvelle : Jasmin de qui Mistral a dit :
De Bourdeus fin qu'à Marsiho
Agen nous a larga tan iloum de pouesio
Que n'en siam touti luminous
Mistral, dont les œuvres et le caractère ont fait revivre la vieille

�— 213 —
langue des troubadours et qui est considéré parses contemporains,
par nous tous, comme le chef incontesté du Félibrige méridional,
des Alpes aux Pyrénées.
Au centenaire de Jasmin, les Félibres du Sud-Ouest, conduits
par Mistral, sur les bords de la Garonne, ont fait graver, sur le
piédestal de la statue de Jasmin, ces mots significatifs qui paraissent être le but résumé de toute sa vie :
0 ma lengo, tout mé zou dit
Plantarey uno estelo
A toun froun encrumit,
Escholiers de Gastou Fébus, vous êtes les disciples de Jasmin et
de Mistral; et c'est à vous qu'il appartient de trouver les étoiles,
que vous fixerez sur les tablettes où vous gravez, en langue mayrane, l'explosion de vos sentiments poétiques.
Nous sommes donc des Félibres ; mais nous sommes aussi, et
surtout, des Gascons. Et, hâtons-nous de le dire, tout doucement
entre nous : « N'est pas de la Gascogne qui veut ».
Le Gascon a des défauts ; on nous le dit et nous devons le croire.
Mais il a aussi des qualités débordantes et nous ne pouvons pas
le dire, parce qu'on nous reprocherait de vouloir mettre, dans
notre maison, des guirlandes qui la flattent.
11 est mieux, ce me semble, de rappeler simplement des anecdotes connues, indiscutables, déjà dites et qu'on aime à redire.
Voulez-vous, pour les Gascons, un certificat d'esprit d'initiative
et de persévérance ? C'est Henri IV qui le donne.
Son jardinier de Fontainebleau, probablement paresseux, se
plaignait que le terrain était ingrat, qu'il avait beau le travailler,
que rien n'y venait — « Sèmes-y des (îascons, dit le roi, ils prennent partout ».
Voulez-vous encore, pour eux, un certificat de courage et de
valeur personnelle ? C'est Napoléon Ier qui le délivre. Dans un de
ces moments d'expansion, où il savait si bien juger les hommes et
les choses, il s'écriait : « qu'on me donne une armée de Gascons et
je traverserai cent lieues de flamme ».
Le Gascon est profondément attaché à ses traditions, à sa langue, au terroir de ses ancêtres et, si l'on veut comprendre le motif
de ses préférences, il n'y a qu'à voir, d'un coup d'œil, ce que
contient, pour lui, la Gascogne : Et d'abord, le grand fleuve, les
plaines de la Garonne où poussent, en plein champ, les chanvres,
3

�— 214 —
le tabac et les pommes d'amour ; les monts pyrénéens dont les
dentelures, blanches ou grises, découpent dans le ciel notre horizon méridional ; les cent rivières qui en descendent, rayant le sol
en vallons et coteaux, où la terre est fertile, verte l'hiver, jaune
l'été, où toujours chante le fier Gascon, plus riche d'esprit que
d'argent ; les sites merveilleux où l'on villégiature : Luchon, la
reine des Pyrénées ; Biarritz, la reine des plages et la plage des
rois ; Salies-de Béarn où nous étions l'année dernière, Capvern de
Bigorre où nous serons l'an prochain, Cauterets, Luz, St Sauveur,
Barèges, Bagnères-de-Bigorre et tant d'autres lieux bienfaisants,
dont la nomenclature serait trop longue, où les Parisiens et encore
plus loin les Franchimans du Nord viennent chercher la santé, le
bonheur ou le plaisir.
Et cette belle cité de Pau, à 1 air pur, au ciel bleu, où les nobles
étrangers viennent faire la connaissance du noble Béarn ! Eh ! que
dire de Lourdes ? Non, dans le monde entier, il n'y a pas un coin
de terre où il y ait autant de miracles que chez nous.
Ne devons-nous pas être pleins d'admiration et de reconnaissance
pour toute cette région féconde et pittoresque, oû coule l'Adour,
où roulent les gaves mugissants, depuis les baronnies du château
de Mauvezin jusqu'aux rives de la Bidassoa, depuis le pic du Midi
de Bagnères jusqu'à cette plage hospitalière de Capbreton qui nous
reçoit aujourd'hui si généreusement, jusqu'à ce grand Océan que
limite le Golfe de Gascogne, dont l'écume blanchit sans cesse nos
sables de la Côte d'argent et qui déroule toujours, à nos yeux
charmés, sa robe aux replis verts.
Et, voilà pourquoi nous voulons rester Gascons, parce que nous
avons nos traditions, notre caractère, notre langue, notre terroir ;
parce que nous aimons et chérissons notre petite patrie.
Est-ce à dire pour cela que nous n'aimons pas la France ? Le
reproche serait bien immérité. Ah! si jamais la France avait à
supporter un péril ou une peine, la Gascogne entière serait à son
rang, la première à ses côtés, avec tous ses bras et tout son cœur.
Qu'on nous laisse donc chanter les idylles de nos montagnes,
comme Miqueu de Camélat, les charmes de la case ancestrale,
comme Simin Palay, ou, simplement les notes heureuses du
« Crabè » comme notre distingué secrétaire de la section desLanes.
Qu'on nous laisse, enfin, aimer toutes choses, le beau et le vrai,
comme on sait aimer en Gascogne !

�Que la Gascogne soit fière de ses enfants, et que la France soit
fière de la Gascogne !
Il est permis à chacun d'avoir une ambition. La mienne, la
voici ; et c'est par là que je termine ; car il faut savoir, en toutes
choses, se limiter par une ambition quelconque.
Je voudrais, et je crois être, ici, l'interprète de tous les membres de l'Escole Gastou Febus, je voudrais que la France fut à la
tête de tous les progrès, et la Gascogne à la tête de toutes les provinces, avec notre vieux cri :
Toustem Gascous, Fébus aban.
La harangue de M. Bibal a été coupée par de multiples
salves d'applaudissements. Cela n'étonnera personne car, il
a su parler avec tact le langage qui fait vibrer les Gascons.
Avant de s'asseoir, il donne la parole àl'Ârtè douPourtaou
qui nous lit le rapport étincelant de verve qui suit sur le
concours de poésie.
MESDAMES, MESSIEURS,

Je me croyais, à tout jamais, dispensé de rapports sur les poèmes adressés au concours de « l'Escole », mais, une fois encore,
la volonté de notre sympathique président — dont je regrette
vivement l'absence à ces fêtes — vous condamne au supplice de
mon éloquence (?) plutôt négative. Et. personnellement, j'aggrave
sa sentence de cette fantaisie paradoxale : m'exprimer — du
moins liminairement — en français au cours de cette félibrée à la
gloire des langages aquitains. Vous m'excuserez, Mesdames, vous
me pardonnerez, Messieurs, quand j'aurai dit, sans gouaillerie
aucune, — au contraire — que, si j'en use ainsi, c'est ^our être
clairement compris de tous les adhérents à l'Escole Gastou Febus
et pour qu'à l'avenir ils veuillent bien économiser sur leurs frais
de correspondanca et ne plus adresser à nos concours des poésies
françaises — merveilleuses à tous égards, je veux le croire, mais
que la Commission d'examen ne peut et ne doit pas apprécier.
M. Planté (c'est notre président effectif), s'il eut été des notres
)
avec le charme exquis de sa parole, leur eut adressé cette même
prière en les couvrant de fleurs — telles des victimes offertes au
divin Appolon ; mais moi, pour qui les abeilles de l'Hymette ne
daignèrent point butiuer leur miel, je leur dis brutalement la
règle de notre « Ecole », qu'à tort ils crurent une Académie fran-

�—

216 —

çaise... de province. Nous sommes une compagnie, éprise, certes,
de la langue nationale, mais tellement fervente du verbe populaire, Béarnais ou Gascon, que ces seuls idiomes sont admis à nos
concours.
Mon rapport, préfacé de ces quelques mots, il vous agréera,
sans doute, que je me soumette à la tradition et que je devise
avec vous dans le dialecte de mon village. Aussi bien, sans plus
tarder, puisque nous sommes à Capbretôn dont le nom antique
signifie « entrée du gouffre (cap-buthrou) », si j'en crois la légende
toujours plus véridique que l'histoire, vous convierai-je à vous
plonger avec moi dans le gouffre de la poésie. J'aurai le plaisir de
vous en faire les honneurs.
DAOUNES DE COUS D'AMOU, AOUNÈSTE MOUXDE,
MÈSTES É GAVS COUMHRAYS,

Ké souy éschéntad, é k'én debrét esta mé qué you bous atis
qui-at à m'éscouta, ké souy éschéntad d'abé à 'spélusa deban lou
mounde lés qualitads é lous défaouts dé lés trobes mandades ta lé
prime de l'Escole, més coum sèy qué m'én gouarderat lou sécrét
ké baou batala coum... qu'ugn diseri you ? coum ue mamisèle
chèns pratiques. Ne bourri pa dé bère paouse qué m'anassit éscusa
pramoun sé largui quaouque coumplimén agradiou ké b'abértéchi
qué sera hèyt p'ous mèys camérades dé lé yurade, mé sé daou
quaouque pégniq éscousèn ké biénera de you. A plan carcula ké
baou mélhe qu'aco ké-s' sapi enta pa qu'ugn-aout k'én porti lés
plagues doulèntes. Ataou lous qui-ayi agulhouads, s'aquéts his
ous déscoumplasen, n'aouran pas sounque à tourna s'én décapa
you, quèn sin à man. E, coum dé cla éncla, é publiqui, pér chouès
é chèns ésta-y fourssad, bersséts dou méy éscantilh, ké seré lou
hasard dou diable sé né poudèn pa tourna-m", ungyournou l'août,
lés pères ou saq.
Mé débisam doun de ço qué-s'débire.
Ké baou abia lou rapport, sé né-b' désagrade pa, én éscarpitan
lous tribalhs, l'ung arroun l'août taou coum é-'s cadoun én lés
maos é nou pa pér rénq dé balou.
Lou pérmè councurrèn M. Paou de Dufîourké-'s manda : 1° Lous
mèys di buts de casse é la bouts de la Ttrro ».
K'ère trop coumode de dise « lé mi pérmère casse ». Ségu ké
balè mé dé franchimandéya ou trésaou mout ta ha émyèrri lé
yurade. Mé passam. Aouta plan, én lé permère pèceM. de Duffour

�— 217 ké-'shèy assabé qu'a pourtad à lé Pérfécture lous dénèst'ou pérmis
dé casse. Ey plan segure, aquo ? D'aoutan mé qu'én abian l'istouère,
ké prétèn abé balhad lous escuts ou pércéptou. Sé caou pagua dus
cops lou permis dou coustat de Tarbes, foutud"pèys ! Ké sémbleré
qué seré dehèt prou dé désha s ung cop dé lé mounéde. Mé n'anim
pa cérqua chicanes pér ta chiq de caouse. Ço qu'y a dé mé tris,
k'é de trouba én l'ung é l'août tribalh rims, qui-an lou malure dé
nou pa rima, enbergainads dab moûts franchimans. Né b'éstoumaguét pa sé-b' diq qui s' pod béde mélhes bérsséts. Ké s'én béyd
tabégn de mé charres. Sé Mous de Duffour at boulé ha, h é pouyré
doun ét manda-'s trobes mé plan apoulissades ! Né s'a pa gagnad
qu'ue ménssioun.
Moussu Rietsch ké-s a hèyt pérbiéne « En dous praoubes » é
« misèros » coum çé seré dus quatourzis. Aquét councurrèn k'a
rèyte dé pape proubable. Né s-én émbia pa mé dé chéis trubès de
dit. Coum biéni d'apréne adare qu'ère curé, ké m'èy carculat qué
lé lèy de séparassioun én déout pourta lé coupe à dé mégns qué
Moussu Rietsch ayi lou tésig dé l'ésparagn. En bértad k'a l'èrt
d'esparagna tout : papè é poésie Béyatlou yudyemén dé lé yurade
quén né sabè pa ncouère lou noum de l'oubrè. Lou mèy d'abord,
ta pa damoura 'n darrè : « K'ou déri l'abis (à l'aoutou) de manéya
quouques sounéts é, aquo hèyt, de trigua lous mé plan russids é
manda 's e-ous arroun. Ségu, aquo ké-s sèn, ké pouyré ha de
boun tribalh én s'y amaquan mélhe é han counéchénsses dab lé
feyssoun d'apparia lés rimes é dé lés doubla téndèn à lé médiche
plasse ». —Daugé k escribè : « Caouque bèrs plan escasud. Enta
qué nou pa capsa las rimes ?» E Palay : « L'autou ké diout esta
yoén. Aquét sucyèc qu'a courrud lous camins aoutan coum nat
praube. Las rimes ké soun entérmésclades a la graci de Uiou ! »
Dous aoûts très' dus ké boulèn brounza ou é Mous dé LabaigtLanglade aryènta ou, chéns 's-én balha lé rasoun plan qué lé counéchoûssin béroy, ségu. En fin de counde Moussu Rietsch ké s'én
porte ue madalhe de brounze.
« Qué bouy canta toustém » de M. Lioun Arrix d'Aoureillan, k'és
ung tribalh acabad. Plan qu'ayi mésti de cérqua péous s ous
ouéous é lé mé chicoye laque s ou boun ruyte, le coumissioun n'a
pa bis nad reproch à ha-ou é k'ou da lé pérmère madalhe d'aryen.
« Aou grit maysouè » k'éstou mandad per M. l'abbé Barros
dTrgous. Aou trésaou couplét « agrounléte » e « maysouéte » ne
m'an pa l'èrt de rima, sounque é-m' troumpi. Aoute caouse, ou

�médich éndrét lou niés d'abriou k'és asségurad pr'ung béroy niés.
Ségu né s'y parle pa dou d'aougan. Ké dé doou ha qué s'y muchi
quouque chiq de flaque, ça ou là ! K'y a bèrs ta plan ^pitads !
M. Barros, d'éscribe à lé courrude, n'arrecaptet pa sounque ue
yolhe de brounze aryèntad.
K'am récébud dou. cap couy coum sé sine ou ta mélhe ha-'s
coumpréne de M. Tauzin, de Baigts « la serre dous oulibès ». Ké
s'y trobe aqui pér déhén bérsséts coum né s'én y arrécardéye pa
tout yourn, k'és ung mèste troubadou, lou cap couy ! E toutung,
you médich... tel que vous me voyez — sé me pérmétud d'éscarni
lou défun curé de Bidéren — n'én èy pa pétad de pou, dé bray,
mé ké souy damourad estrémoundid de trouba-y bèrs coum
aqués :
« La care dou Ségnou tarrible coum l'ihè »
Ké-m sémble soubiene-é-m' dé quèn t-anèbi t'ou catrechime
qué né carré pa lhèou préne le sou passeyade p'ou tucoun dous
oulibès ta mucha Jése-Crit dab ue care tarrible. Figurât b'é, né
sèy pa sé m' troumpi ésé né hèch pa dou yan-lire qui-én énségne
ou soun cure mé k'atiuri crédud, qu'a d'aquét moumén qu'ère
mélhe éntéquad d'ung flaque chès parioun. M. Tauzin ké-s' gagne
lé duzaoute madalhe dé brounze aryèntad.
« Bouts dé bosc » k'arribe arroun, k'és ung tribalh d'uegouyate,
Mlle Puyou, de Pau. K'at sèy béroy : l'aounéstetad k-'ésta dé plan
décap à lés iumèles ; més n é pa défèndud, pr'éscadénsse, dé lés
sarsségna chiq ou mig. Plan qu'ayi" escribud ou tèst dou soun
tribalh « toques y si gaouses » ; én lé préguan de m'én déséncusa,
ké bourri dise à d'aquére méynade, qué « aousérous » é « flous »
n'an pa yamé rimad, aou mèy praoube abis, s'éntèn ; é qué né s'
haré pa dou tort ad'ére médiche én sérbi-s' d'idès qui oussin
mégns courrudlés carrères. Tout én lé mandan lé dusaoute menssioun.gagnade pr'ére, ke l'arremercirèy hort d'abé amayoulid lou
counde dous moûts biarnés dé lé mi counéchénsse, ké bouy parla
dout mont « boudayres » troubad en lou soun tribalh é qui-é
n'abisèbi pas. Ta-b dise lé bertad coum é, n'anit pa créde qué sapi
encouère ço qué boou dise (aquét moût !)
Dab M. A. Lamothe k'am bis ung « printèms paysan ». Boun
tribalh. Touts lous mèys camérades qu'y an recounéchud lou printèms de case. A you soulet ké m'abè sémblad trop parie ou qui é
cantan d'aoûts cops lous troubadous Grècs baduds en pèis de gran

�- 219 sou. Ço qu'é d'ésta lustre ! Lé prime sasoun d'aci catbat ké-m'
paréchè, lou mé soubèn, réde é moulhade. B'-és ung bèt désaguis
d'abé de'machans ouélhs !
M. Lamothe lé yurade ke-b' da ue madalhe d'aryèn.
« La bite au biladye », de M. Lamarque d'Artassens né pod pa
accoumpara s' a nad août tribalh ; nou pa qué loys bèrs né siin
hore de pâ, nani ! ké soun coum lous bèrs qui-é bous aoûts ou you
pouyrém ha ; mé ço qu'y a d'ésmiraglan aqui pér déhén k'é lé
biste qui a, Mous dé Lamarque, dé lé yèn ! B-y a mounde de
chouès per sou case ! Qu'ugn malure qué né sii pa pertout ataou !
Madalhe de brounze !
M. P. Abbadie, réyen à Soumbru, ke s'a gagnad ue madalhe
d'aryèn dab.« lou bi blanc de Gascougne » ung istouerot dous mé
plan aiïèytads. « Plan troubad é prou broy tournéyad ! » ça mérquad lou Palay.
•»
Mous Francés dé Lartigue, encouère ugn'aout caddet qui à rèyte
de papè mé nou pa dé pouésie. Ke's a mandad « Pér nouste » é
« lou lî » dus sounéts, à ço qué dits, mé coum né sèg pa lou règle
dous sounéts, ke haré lhèou mélhe d'apéra ous « quatourzis ».
N'am pas bis aoute caouse à reproucha ou sounque sii lou Daugè
qui-é m prègue de disé-ou, én bèt lou dan ue madalhe d'aryèn,
qu'aci catbat lou lin ne-s' cfalhe pa ; k'ou darriguen dab lés mans,
Ké s a hèyt perbiéne dé tarrible bouns bèrs Moussu Dénizet à
taou pun qu'én lous léyin p'ou permè cop, Palay k'abou pou qué
Lacoarrét é'-'s bouloussi yougua ung tourn dé coucard. Aquob'-é-s
débire à lé boste aounou M. Denizet ! En pérmères ké b'abi mérquad maye récoumpènsse, mé, qué boulét ! Ké m'a calud passa-'n
pér lé lèy dou mé hort. Lé yènsse part de lé coumissioun k a
décidad qu'aourét ung diplom dé madalhe d'aryèn.
Lou qui-é sèg ké-'s-a hèyt léyi tribalh chèns taque : « La Partènço
das Pescayres ». Ne-s' béyd pa mélhe ! D'are én là, M. Barreyre
prénét b'-é pér mèste én pè. Nous atis né-'s bédem pa 'n lou cas
dé madalha b', é ké-b' prèguem de nou pa mé ha-b' prima : ké
déscouradyerét lous aoûts councurrèns én arrapan téndèn lé
yènsse yolhe. Ké-b' dam p'ou darrè cop lé madalhe dé bérmélh.
S'abèm poudud ha-b' maye présèn crédét qué seré éstad de boun cô.
K'am récébud de M. Naves « lé cigalhe é l'arroumic ». Lou
tribalh n é pa machan à dise, mé malurousemén lé yurade k'abè
déya léyid lé médiche fable oubrade p'ou Batbedat, de Bayoune —

�l'ançièn ! — é k'a yutyad qu'ue madalhe dé brounze k'accoun
tènteré M. Naves.
L'oubréte qui-é-'s cadou arroun én lés mans ké s' apère « Nouste
terro » d ab pér cantè l'arrepourè « Qui nou pod eanta ké pioule ».
E aquo k'é soubèn bértad dit. K'és ung méynadye de quinze ans,
Adrien Bibes,„ri'Adé, qui-é l'éscribou. En badén bielh k'amassera
couraou. Ké l'an hèyt lé naoutad d ue madalhe dé brounze d ab ue
pèt d'aryèn pér dessus.
« L'abare ou lou machan riche » é v lé coumete de Hallèy » ké'sarriben dé lés Lanes é k'é Moussu Lamarcade qui-é lés embia. Lé
couméte de Halley — b'-é carré lhèou dise dé « ha lè » — ké m'a
tarrible agradad. Ouménaqués omi k'a bis lou tèmsd'aougan d'ab
ouélhs paries dous mèys é ké l'a mérquad « ou papé taou coum
ère. M. Lamarcade k'èt aparssad d ue madalhe dé brounze.
Mous dé Mécène qui a, pr'éscadènsse, ung hort béroy noum, sé
né l'a pa d'énproun, ké 's-a mandad « le bigne de Pujol ». Moussu
de Mécène k'é lotye én dehore dous nous parssangs, mé coum hèy
parlide, ét, dé l'Escole, ké's a calud dacha-ou préne part à lé
prime. Lou soun escriout, escriquad é apoulissad, ké s'a gahad ue
madalhe dé brounze aryèntad.
En séguin « Réncountre » de M. Lacroix, de Buzet, ké 's passa
p'ons dits. Ké-s' pod ha, a d'ayse, ung réncountre mé abantadyous.
Ne diri pa sounque aço à M. Lacroix : A bèt pérlounquéya moûts
d'ab ung médich coudaou, n'é pa ue rasoun ta qué rimin. Moussu
ké b' an toutung mérquad ue inénssioun.
K'am bis arroun « Bin de Gascougne » é « lou petit moulin » de
Mme Pèy dé Libertad- D'ab qu'ugn plasé èy you léyid aquo ! .Mé
toutung, daounéte, ké bam parla-'n dus moûts dou poun d'Orthèz
qui-é hèyt dé pèsses. Ké sabouréyébèn ta boun aquéres trobes,
éscribudes coum né s' béyd pa, agradibes coum né s' pod dise, ta
plan qué m'y ésmusèy décap coum ung boun can dé casse décap
én ung yibiè dé chouès. E coum bouli rappourta b'é-lés amourdèntidesd'ue madalhe dé bérmélh, ké m'éstrabuquèy ou Palay. A
qués açi, d'ab lou béroy parla dou « Franchiman » qui-é sab ta plan
débèrsse quèn boou, ké m' dichou : « Ço qué tu portes là, en penant
des doigts ? » Ké l'at amuchèy. « Trufandises a part — çé-m
réprenou — k'as doun las nasies enhastiquades ta né-t' sies pas
abisad qu'aquéts bersséts an courrud Sagorre, Magorre e touts
lous yournaléts de Biarn e Gascougne ? » K'én damourèy coum
ung porc quèn piche : Né sabouy pa disé-o.u né habés né céses.

�221
D'aoutan

mélhe qué lou résfan dé lé coumissioun ké s'ère apréssad
é à ço qué-m' hasou béde, lou Palay k'abè rasoun. Mme de Libertad
he's-at yougad un lè tourn. Né podem pourlan pa léyi tout ço qui s'
a m ou rie ! K'y aourad gagnad de n'arrécapta qu'ue madalhe
d'aryèn, encouère pramoun qu'èt ue fumèle é qué Mous de Planté
ké lou mé courtés dous omis. Més, ung cop per touts, aouta plan
ta Mme de Libertad que t ous aoûts, ço qué baou dise qué sii dit.
Ne liéneram pa nad counde d'are én là de ço qu'ayi paréchud en
létres de mourlou. Lous bèrs ta lè prime dé l'Escole ké debran
ésta coum lés rosières : né carra pa qu'ayin sérbid. Qué sii
coumprés !
Moussu Levrat, de Simorre, ke-s' gagne ue sigoundë madalhe
de bérmélh dab « l'inno à la Gascougno » é « le plagnénsso dous
aujols )). K'ou prègueram simplemén d'eschartigua ung chiq mé
lou soun Gascoun é dé né pa dacha-y artala lés sègues biéncudes
dous cantès, qué sii dé Proubènsso ou d'oulhoun.
Lou darrè councurrèn admetud k'és Moussu Lauquet de Bagnères qui-émbia dus triba'lhéts. Né caou pa dise én trop de dou
plan, né trop ablada-oustapaouc. Chèns arroumèréya disém qu'ous
an heyt l'aunou d ue menssioun.
D'aoûts councurrècs ne-s'soun pas bis en lou cas d'arriba à l'ore
dite. Moussu Yan d'Urban entr'aouts. K'aourém toutung léyid
lous souns bérs mé coum ous a sicnads ké s'é hiquad ét médich
én dehore dé lé prime.
Ké dirèy à Moussu Pierre Cugulière, de Beziers qui-é's manda
très oubrétes dé permè chouès qué lé coumissioun a lou maye
crèbe co de ne pa poudé-ou da ço qué s' mérite. Mé lé lèy k'é lé
lèy é lé prime k'ère t'ou Biarnés é fou Gascoun souléts. Qué
s'acountènti dé sabé qu'où recounéchem pr'ung troubadou coum
né s'én y béyd pa tout yourn.
Arribad ou coudaou dou rapport ké m damoure encouère a
dise qu'aqués « concours » é lhèou lou mélhe qu'ayim abud à
yutya. E tan agradiuké l'am troubad qué Mous dé Planté, éstaquad
à case p'ou malandrè mé dé cô dab nous, téndèn boun coum lou
boun pan, a tiénud a ba s en de lé sou poche, ue sigounde ma
dalhe de bérmélh qui-é ne's da pa dé coustume.
E k'acaberèy én apéran lous primads ta qué biénin cerqua-s'
lés madalhes.
DAUCLANNE (L'ARTÈ DOU POURTAOU).

�— 222 —

Les boutades bien gasconnes dont l'Artè a émaillé son
travail ont à plusieurs reprises déchaîné le rire dans la salle
entière qui lui fait une ovation lorsqu'il cesse de parler.
A son appel les lauréats-poètes viennent recevoir des
mains des muses les récompenses que le 'Jury leur a
accordées.
A mon tour, je lis le rapport que la commission de la
prose m'a chargé de présenter en son nom.

Report sus lou Councours de Prousèy
GASCOUS E BIARNÉS,
ESCOULIÈS DE FÉRUS,

Que coumenserèy augan, se m'at bouléts perméte, ad espeluca
las pèces dou councours de prousèy, per las qui soun tortes ou
tougnudes, ou qui an quauque lède bourrugue sus ûe beroye care ;
e qu'acaberèy per so de méy bou, ne gausi pas dise so de parfèyt,
puchqu'ey entenut que n'y a pas arré de parfèyt debath la cape
dou cèu.
A la purmère hoélhe dou nouste libi atau afèytat que trobi û
counderilhot de Moussu Paul Dufîour de ïarbes, qui a per enségne
Agita aouan de s'en serbi.
Se n'èri pas trop curious, e-m bouleréts dise, Moussu, quoant
pe couste de tribalh la boste histori ? Que-b maucuti d'abé gahat
lou calam ambrequemén, d'abé-u poussât en aban dab û aysiè, ûe
abourride tan grane que lous beroys penseméns, las imadyes
gaymantes qui enlouréchen soubén sus lous bostes pots, qu'at sèy,
n'an pas abut lou téms de talhuca s ûe place au niièy don boste
debis. Mechidats-pe d'aquéth aysiè, que-b en liera béde de maies.
Adéth soulét que rebièy la coupe dou magrède la boste histori ;
éth tabé que b a hèyt ha empléc d û hardèu de moûts francés,
coum agita au loc de scgouli; facile per aysit ; n'a pas embentat la
poudre qui-s pouderé arrebira atau : n'a vas gahat lou loup per la
coude. Badoun, blanc d'escumo, crida de souffrénce, la même représentation, touto counfuso e d'autes dises dou medich escantilh ne SOUD
pas hèyts ta lusi sus l'escoubat. Desarrigats aquéths cardous dou
boste gascou, leyéts, quoand bouléts councouri, las lèys de la grafie emprimades à la darrère paye dous Reclams e que-b prouméti
que puyerats a la capsus, pramou qu'abéts esperit e dou bou. Per
hoèy que-b countenterats, se-b plats, d'ûe menciou d'haunou.

�- 223 Era hèste-nàou de Moussu Lauquet de Bagnères, coum la pèce
d'assiu deban, qu'ey parla de Bigorre. Qu'y abém troubat quauques beroys passadyes, més lou tablèu coumplit d'ûe hèste-eunau
qu'ey encoère a ha. Et quoant de fransimandalhe y hèn trebuc e
puchéu ! Ne poudém pas créde que disiu en bou bigourdâ : chez
Yanino, era routo, lou menu dou disna, û cabaret, dab regret, etc..
E si per malur la loéngue a hèyt parière cadude, qu'ey aus autous
qui calaméyen a caplheba-lé : lous councours de Febus ne soun
pas hèyts sounque tad aquero.
Si ne-m troumpi, Mous de Lauqué, qu'ey bienut enta nous mey
d'ù cop. Quin se hè doun que hasi tan de fautes de grafie e de tan
mourdéntes? Déns b'at sabét, qu'a escribut b'at en û sottl mout e
toutû qu'en y a dus, per la sacrebius ! b' qu'ey lou que gascou cambiat en b, e at qu'ey û prounoum. Léchammc per lechats-mé qu'ey
la mediche faute. Déns que yèro, que yentrcy, qu'arranyats l'y grêc
de fayssou a ha cos dab lou bèrbe. Lou prounoum que déu toustém
esta hiquat ad espart, ligat per ûe petite raye dab lou que quoand
ey deban, e dab lou bèrbe s'ey per darrè. Manques parièfes, qu'en
y a encoère mey de doutze a la boste pèce. Qu'estangui pourtan
aquiu la mie mustre de grammère : n'ey pas agradibe enta 1 autou,
qu'en souy d'acor, ni ta you tapauc, ou yaméy ne l'abachi, pensats
doun taus qui assiu escouten. A maugrat de toutes aquères fautes
la yurade que-b tién cas de so qu'y a de plâ bigourdâ au boste tri
balh e que b balhe ûe medalhe de brounze.
Las Sèt-crabères de Moussu Darricarrère de Pau que soun
escribudes dab ûe graffe tan ourginale, dab ûe abounde tan grâne
de tremâs que, boulouns ou nou, lou leyedou que pénse au camî
dou cèu mentabut de Sént Yaques. N'y a pas qu'aquéste souléte
différence : acera hore, bus puns que soun blancs e assiu nègres.
Yudyats-ne drin.
Sus aquéstes très moûts qui-s sèguen, de le mêje, en francés de la
mienne, l'autou qu'a troubat lou mouyén de hiqua cinq tremâs, ou
dèts puns enta hoèyt létres ! Ne bouy pas cerqua-u d'arroèyt per
abé hèyt souna ou la létre u tout cop qui n'ey pas caperade dou
tremâ, badoun que ne sie pas aysit de léye : lous ours boulours,
quoand l'autou escriu-t : lus urs bulurs. Aquéste fayssou, au dise
d'Al Cartero, que s pot encoère espliqua. Més a nous pas ha coum
tout lou mounde, oun que-s hè maucuta de nou pas abé yaméy
leyut û mout de gascou. E toutû que sab la loéngue, Mous de Dar-

�— 224 —
ricarrère ; lou sou counde qu'ey plà escribut, beroyemén dit e que
s'y trobe û debis d'ûe mayrane bertadère sus la grane ourse. Tabé
lou balham ûe medalhe de brounze en disén-lou : Couradye, estudiats, tribalhats e ta l'an qui bièy lous puns nègres de las noustes
nautats que baderan blancs toutû coum soun aucaminau dou Cèu.
Dab Lous couate ertès de la bielhe Marioun per Louis
Lamaignère d'Artassens, que liiquam lou pè au peys de las beroyes
Lanes, pramou que Mous de Lamaignère qu'ey Lanusquet e
reyén dou sou mestiè per dessus lou marcat. Asso n'ey pas hèyt
enta s desplase. Ha entra la loéngue a l'escole. a la glisy, au palays
de la yustici,.au tiatre, en tout loc oun lou puble e s'amasse ta
pensa, ta debisa, ta tribalha, ta deberti-s, qu'ey aquiu lou maye
tesic de l'Escole Gastou-Fébus. Tabé be hèy assiu û gauyous serbitur au reyén lanusquet dab l'ahide que lous counfrays sous que
bieneran enta nous autan numerous e mey si s pot, coum an hèyt
lous reyéns dou Biarn.
Ta tourna doun aus Couate ertès, lou counde qu'en ey l'histori
d'ûe biélhe brouthe, sarre la-piastre e pintounère, qui s'untabe lou
palada e s'arrescabe l'os binatè aus despéns dous sous hertès tout
cop qui poudè; qui ous crayouna tan qui biscou e qui ous crayouna mayeméns encoère quoand abou crebat.
Tribalh beroy hèyt e qui a balut a l'autou aquéste dite d'AlCartero « Ahide enta l'abiéne ». Qu'abéts doun a tribalha encoère,
amie counfray, més qu'èts plà abiat. Hats attenciou à la grafie,
desarrigats dou boste debis la fransimandalhe. N'en hiquerèy pas
qu'ûe a la lugou d'aquéste report si ne-b débi pas trop desplase,
més qu'en y aura de soubres entad abia-b s'ou beroy camî. Qu'abéts escribut :
Arré ne cruse autan coum la pene, môme se n'existe pas.

Aboats-éc, n'y a pas aquiu û mout de lanusquet e la pensade
qu'ey toute francése.
Que-b hèm toutû, la gauyou d'ûe medalhe de brounze aryentat.
Drin per drin que puyam enta las bounes pèces. Qu'en abém
apariat dues can a can qui soun de balou parière :
Lou Saunèy de la Crabère per Moussu Léon Arrix, et La
Benyénce de l'Arnautet per Moussu Barros.
Lou Saunèy que-s mie au mièy de la lane dou Poun-Loung oun
lous homis-ausèths e ban, biénen, puyen, debaren, tournéyen,

�— 225 —
birouléyen p'ous èrs, coum la laudéte e l'aurengléte halabastrères.
Lou gouyat qui planéye per acera bèc, que bét ûe gouyate qui
goarde crabes acera houns. Tout choalines que la hè puya héns la
soue courredére, e amasses que h.èn rampèu aus biadyedous de
car e d'os qui porten aies blanques ou nègres ou pingourlades e
qui hissen lous èrs chéns bêles ni hoéc. Ne s'y pana pas qu'û poutou au miey de la boulade, û toutsoulét, n'ey pas goayre, e bertat ?
Més autalèu barrrataplan ! Lou manigle que-s parbire e la gouyate
a terre de patèrnes ; e l'homi ausèth, esbassibat toutû coum la
humerade blanqued'ù saunèy. Pramou que, ausèth de téle, gouyat
à l'oélh nègre e a la bouque bermelhe, poutous, boulade e cadude,
tout aquero n'ère qu'û saunèy : saunèy coum en abém touts hèyts
a bint ans, quoand la hoélhe e berdéye e qui lou co e houléye.
Saunèy beroyemén coundat, plà ourdit e atramat, coum debè esta
lou d'û escribâ qui counéch la loéngue e qui sab maneya lou
calam. B'ey doun doumadye que-s siem trebucats a quauques moûts
fransés. Bey doun doumadye que l'autou qui hé, éth tabé, ariban,
lou saunèy de basti û ausèth de téle coum tan d'autes Fransés
glourious ; qui a troubat, se disen oumén, lou mouyén d'amourti
las cadudes, soubén mourtales, b'ey doumadye que n'ayi pas hèyt
cade la gouyate a de bounes e que ne s'ayi pas dit quin l'auré saubade, mercés a la soue enyenie. Aquero que l'auré miat au pitè
dous councours noustes. Méscouradye, Moussu, que sera ta gnaute
cop. Per hoèy, que s'en tieném a la medalhe d'aryèn,
Moussu Barros, se nou-m troumpi, que-s hè besite augan p'ou
purmè cop.
En boune hore sie !
Lou sou counde qu'ey beroy e gauyous ; la loéngue, drin flouche
per endréts, qu'ey hère boune per d'autes ; la grafie coum eau horemis toutû quauques fautes aysides a courreya. L'autou qu'a boulut
prouba que lou bî, se balhe hourtalésse e couradye, que balhe
tabé esperit, que s'y ey hère plà escadut. Qu'ey û hilhot de la
Chalosse beroye, Mous de Barros, d'aquéth parsâ encantat, oun lou
cèu ey mey blu, la terre mey graîbe, lous arbous mey bérs, las
gouyates mey aymadoures, la pouesie mey gaymante.
Ne l'ère pas a malayse d'esparpalha las flous en lou sou debis
briuleyan. Tabé que las y a semiades coum hè p'ous cams bouyats
e arrasclats lou paysâ qui semie a yuntes lou roumén. Espiats e
beyats !

�- m —
Quoand la fumèle e cride, lou câ qu'en bàcheré la coude'.
Més se l'homi espie en han l'arris dou cà, la moulhè qu'a pòu e
ne demande pas la crouts d'haunou.
Quoand lou tisnè dab lou drap ourdéch las pendardisses, que
coélh per fis so qui a semiat, e labéts que-s grate oun lou prut.
Atau qu'ey lou bertadè pafla de nouste, lou qui s coélh sus la
bouque de las mayrânes. Hurous qui ou sab enténe ! A mous de
Barros qui-n a herterat que hèm coumpliméns e que balham ûe
medalhe d'aryén.
.Mous de Cantou, reyén a Mirepeix, ù habituât dous noustes
councours que-s mande augan La Leyénde de Coarrase. Nou-n
diserèy pas gran cause assiu, pramou que la hiqueram toute sancére aus Reclams.
,
,
Cantou qu'ey û tribalhedou. Lountéms las soués pèces que soun
estades praubes e mâgres, mesclades de brocs e de cardous. La
soue loéngue qu'ère flaque, la soue grafle arrebouhièque coum la
barbe de Couhét. Que s'arrousegabe à la coude dou palmarès, més
arré n'ou descouradyabe : que tribalhabe chéns paus ne cesse, qu'a
leyut touts lous libis dou Biarn e de la Gascougne, qu'a hèyt debisa
touts lous biélhs dou sou parsà ; dab ûe moudestie qui pot serbi
de mûstre, a hère de yoéns, éth qui abè briulétes p'ou mièy de la
peluche, que s hesè escouliè e que demandabe letsous e counsélhs
aus qui sàben. Haunou ad aquéth balén !
Hoèy que debise e qu'escriut ùe loéngue clare e lusénte coum
l'ounde dou sou gabe ; hoèy la soue grafle n'a pas défaut ; hoèy
enflngues, amie Cantou, la yurade que b balhe la recoumpénse
dous méstes, la medalhe de bermélh auheride per mous de Planté
lou nouste présidén aymat. Tribalhats tout parié d'are enla, més
d'ugn'aute fayssou ; escribéts taus Reclams, ta las gazétes dou parsâ, enta regaudi lou puble qui-b. a amuebat, entad amucha lou
puble qui s'a desbroumbat. Pramou, goarats, l'homi n'a pas hèyt
arré tan qu'y soubre qu'auq'arré a ha.
Que so qui-b pourèy dise de Las Agnèstes doun l'autou se mentau Francés de Lartigue ? Tan qui èy abut cretics a ha, counsélhs
a balha, b'èri doun you ad ayse ! Més assiu qu'èy bèth escarbuta,
ne trobi pas sounque a lauda : Ue belhade de famille oundrade
dab û pincèu de méste ; û debis de may boune oun tour per tour
roundaléyen au bèc bèc, lou Boun Diu, la Bièye Marie, Sent Yau-

�sèp e Sent Pè, l'ahoath dous anyoulots a las blangues aies ; au
houns, ûe bère sarrabanténe de parpalhous pingourlats qui ban
tout choalines pausa-s e apuch adroumi-s sus las agnèstes qui lou
printems, en se debertin, a hèyt yesi de terre ! E lous moûts que
sèguen lous moûts, e las phrases que s'ayusten à las phrases ; e las
dues sos mieyounes, musique e pouesie, qui l'autou sémble abé au
sou couman, que-b toquen, que-b esmabéchen, que-b halen suber
part de las causes criades ! E la mayrâne que s'ey carade, e nous
qu'escoutam encoère, a l'entan qui lous nèns gourmans e criden :
Mey, maméte, mey !
Tout aquero qu'ey trop beroy, trop dous, trop agradiu, lou mèy
calam n'en pot pas balha ûe idée coumplide, qu'at eau léye. Que
souy hurous de pourta assiu a Mous de Lartigue, lous coumpliméns de la yurade e d'oundra aquére petite yolhe, aquéth petit
bijou enta m ha coumpréne de touts, de la purmère medalhe de
bermélh.
ESCOULIÈS DE FÉBUS,

Aquéste councours que hè ûe probe qui déu regaudi lou co de
touts lous Gascous aymadous de la patrie. Au per an que hicam
hore councours lous autous qui an arrapat la recoumpénse grane
arroun laquoau ne s'en y balhe pasnad auté. e toutû aquero n'ey
pas de epunéche. Quoand lous aynats e s'en ban floucats dou pè au
cap, lous yoéns qu'arriben e que disen : Au nouste tour adare.
E que hèn sourti dou sòu de la Gascougne debis nabèths, coundes
nabèths, leyéndes nabères, e lou parla lou qu'ey beroy, qu'ey
briuleyan, qu'ey amadou, so qui-s hè pensa e dise : La yoenésse
de hoèy que bau, maugrat l'arrepourè, lous bieilhs d'ariban. E
qu'ey aquére probe qui déu ha tan gauyouse aquéste amassade e
qui hè lusi l'abiéne nouste d'ûe luts tan douce : E qu'ey aquero
qui-m permét de dise bertaderemén : Nou la Gascougne n'ey pas
mourte, nou la Gascougne ne mourira pas.
J.-V. LALANNE.

�Les lauréats du concours de prose viennent prendre leurs
médailles et leurs diplômes des mains des muses qui remplissent leur rôle avec la grâce qu'on met à toute chose
quand on a vingt ans.
Puis M. le Vice-Président Général donne lecture des
divers rapports spéciaux dus à la plume autorisée de
M. Planté.
PRIX SPÉCIAUX
Concours de Dessin
Cette année, les conditions du concours de dessin et peinture
ont été modifiées de façon à donner satisfaction à tout le monde.
On ne pouvait, en effet, mettre utilement en parallèle ou comparaison, des œuvres diverses, à sujets divers et à moyens d'exécution différents : il n'était guère possible de donner des prix à une
peinture plutôt qu'à un dessin au crayon, à une gravure ou eauforte plutôt qu'à une aquarelle ; chacune des œuvres présentées
pouvant avoir un mérite réel : comment comparer, établir une
différence et graduer les récompenses ?
Sur le conseil des membres du jury dont la compétence est
incontestable — on sait que ce jury est composé de tous les professeurs de l'Ecole des Beaux-Arts de Bordeaux, le Bureau a
décidé de faire deux parts dans le concours. C'est pourquoi, il a
imposé un premier sujet: c'est un projet de couverture de la
mélodie du concours de musique : L'enfant au berceau, Lou Ninin
au bersoo.
Les auteurs ont pu ainsi faire valoir leurs qualités d'invention
et d'exécution sous la forme unique, spéciale d'un dessin à faire
graver.
Puis, voulant laisser à chacun des concurrents le moyen de
faire connaître leurs dispositions et leurs goûts artistiques, il a
donné comme sujet à traiter soit en sculpture, soit en peinture, ou
dessin quelconque, Un berger gascon avec son chien fidèle, au choix
des auteurs, en leur recommandant de tenir compte, dans l'exécution de leur sujet, des habitudes, usages, costumes, traditions
de l'une des parties de notre région du Sud-Ouest.
Les résultats du Concours, nous sommes heureux de le déclarer,
ont été cette année très satisfaisants : il y a eu dix-sept concurrents. Si la perfection — qui d'ailleurs n'est pas de ce monde —

�— ââo —•
n'a pas été atteinte par tous les auteurs, le concours a dénoté un
grand effort d'intelligence et de bonne vofonté, dont nous devons
tenir grand compte aux concurrents. Plusieurs jeunes filles n'ont
pas reculé devant la lutte : plusieurs s'en sont tirées avec honneur.
L'Escole Gastou Febus est hère de leur avoir inspiré tant de confiance ; fidèle au culte de la grâce et de la beauté, ces deux inspiratrices de l'art et de la poésie, je les félicite en son nom et les
*

remercie.
J'envoie également l'expression des remerciements de tous à
notre excellent ami M. Edward Lacoste, professeur à l'Ecole des
Beaux Arts de Bordeaux, qui nous a guidé dans l'organisation de
ce concours, et qui, peintre ordinaire de la gracieuse Seigneurie
de Gaston Febus, a droit à la reconnaissance de notre Escole, dont
le Musée du Château de Mauvezin s'orne et s'embellit d'oeuvres
maîtresses dues à son vigoureux talent.
il voudra bien se faire notre interprête auprès de ses éminents
collègues des Beaux-Arts de Bordeaux.
PREMIER CONCOURS

(Couverture du morceau de musique mis au concours : Lou
Ninin au Bersôo.)
Fleur de vermeil offerte par M. Bibal
M. Sellier, instituteur à Mauvezin (Gers).
Le charmant dessin de M. Sellier va être gravé sur la couverture
du morceau de musique couronné, et cette gravure sera due à
l'offre généreuse, que notre compatriote M. Hernoult, graveur à
Paris, a bien voulu nous faire en se chargeant de l'édition à cent
exemplaires de la mélodie.
Vous le voyez, Mesdames et Messieurs, en Béarn et en Gascogne
le cœur a toutes les générosités.
Médaille d'argent
Mlle Renée Lâché, de Bordeaux.
Médaille de bronze et un livre d'art
Mlle Madeleine Romfort, de Bordeaux.
Un litre d'art
M, Beaugrand, de Lavardac (Lot et-Garonne).
M. Cheval, de Bagnères-de-Bigorre, commis des postes à Paris.
4

�— 230 DEUXIÈME

CONCOURS

Dessin, peinture, sculpture (un berger et son chien)
Fleur d'argent offerte par M. Bibal
M. Cheval, déjà nommé, pour sa sculpture.
Médaille d'argent
Mme Guilhot, de Bordeaux, pour sa peinture.
Un litre d'Art
Mlle Renée Lâché, déjà nommée, pour son fusain.

Concours de musique
Ce que nous venons de dire du concours de dessin, peut s'appliquer à celui de musique : il a été cette année exceptionnellement
intéressant.
Les concurrents étaient nombreux — treize — certains très
inspirés et très habiles dans l'expression de leurs idées musicales.
Tous cependant n'ont pas suffisamment compris la pensée du
bureau.
Notre but, en faisant mettre tous les ans en musique quelques
pièces de vers de nos meilleurs auteurs gascons et béarnais, est de
débarrasser les échos de nos vallées et de nos montagnes de ces
idiotes chansons qui courent les rues au grand détriment du bon
bon goût et de l'éducation musicale de nos populations pyrénéennes.
Aux vieilles chansons si populaires de nos aïeux, on a substitué
« Viens Poupoule » et tant d'autres auxquelles nous ne voulons
faire, ici, de réclame.
Pour remonter ce courant funeste, nous avons pensé que l'écrin
de nos troubadours était assez riche ; assez vive l'imagination de
nos artistes ignorés, pour leur demander de rendre à nos belles
soirées méridionales, avec le concours des voix harmonieuses de
notre jeunesse, le charme que les cacophonies modernes lui ont
enlevé.
Nous avons ainsi, grâce à nos concours, lancé des chants bien
vite devenus populaires, tels que les Soubenis de Case, Lous Gabes,
lous Pique-talos, Miguette, Perrequè.... qui font grand honneur à
leurs auteurs.
Cette année, c'est le tour de la délicieuse berceuse, de Yausep

�- 231 Gascoun, pseudonyme derrière lequel s'abrite trop modestement
l'un de nos meilleurs poètes gascons.
Lou Ninin au bersoo est appelé à devenir très promptement
populaire.
Il lui fallait un accompagnement simple, très doux, sans recher
ches techniques, que dans nos écoles, dans les veillées de nos
foyers, chacun put apprendre, chanter et faire chanter autour
de soi.
Sur les treize concurrents, cinq ont supérieurement compris la
pensée du bureau.
D'autres ne se sont pas suffisamment préoccupés de soutenir
leur mélodie par un-accompagnement en rapport avec son caractère de berceuse et ont cru mieux populariser leur œuvre en lui
appliquant le rythme de la valse ou de la mazurka ; non erat his
locus.
Enfin, deux autres, malgré le talent dont ils ont fait preuve, ont
été écartés pour défaut de simplicité ou pour excès de recherche
et de science ; pour ces deux-là, Messieurs Vidal, de Paris et Campet, de St-Jean-de-Luz, le jury ne peut que joindre, à des félicitations très méritées, le regret de n'avoir pu les maintenir au
concours.
Le premier prix consiste en une médaille de vermeil, avec
l'édition à cent exemplaires de sa mélodie portant sur la couverture la gravure du dessin, primé delà fleur de vermeil au concours
de dessin et peinture.
C'est à M. Castaingt, ancien instituteur à Pau, que le jury
accorde à l'unanimité le premier prix.
Ex-œquo : Diplôme de médaille de vtrméil
M. Paul Moureu, de Pau.
M. Jean de Mécène, de Buzet (Lot-et-Garonne).
Médaille d'argent
M. Cazenave, d'Arthez (Basses Pyrénées).
Médaille de Irronze argenté
.

M. Abadie, de Lestelle (Basses-Pyrénées), auquel sa mélodie eut
mérité une médaille d'argent si son accompagnement eut été plus
simple, et M. J.-B. Ahetz-Etcheber, de Capbreton.

�PRIX D'HONNEUR
Offert soit à l'ouvrage, soit à un ensemble de travaux intéressant
le pays de Gascogne ou le dialecte Gascon.

■ Un nom s'imposait au choix du bureau ; c'est celui d'un travailleur opiniâtre, vaillant, à l'esprit gascon très affiné, à l'érudition
très avertie.
L'abbé Jean-Joachim Camille Tauzin, comme l'a justement dit
un de ses biographes, a su se placer au premier rang des intrépides chercheurs, à côté des Couture, Bladé, Tamizey de Larroque,
Arnaudin et de tant d'autres savants qui honorent la Gascogne.
Enfoui dans son coin pittoresque de Saint-Justin-de-Marsan,
membre de la Commission d'études sur la Révolution et membre
de la Société Historique de Gascogne, loin de toute bibliothèque
et de tout centre intellectuel, il a trouvé dans sa force de volonté
le moyen d'amasser d'énormes documents sur l'histoire de sa
chère Gascogne : beaucoup ont été publiés et accueillis avec la
plus grande faveur dans le monde savant, car ils jettent un jour
nouveau, notamment sur les champs de bataille de Crassus, sur la
période de la guerre de Cent ans, sur les sénéchaux anglais en
Gascogne ; sur la Fronde dans les Landes, l'invasion de 1814, et
sur tant d'autres points de notre histoire provinciale à laquelle il
a arraché tant de secrets. Saluons encore l'apparition désirée de
son important manuscrit en 4 volumes consacré à l'histoire des
Landes.
Notre devoir était d'aller chercher, dans sa retraite, ce grand et
modeste travailleur, et de lui demander de vouloir bien accepter
notre prix d'honneur ; mais nous tenons à dire hautement que
nous le lui offrons bien moins à titre de récompense, que comme
un faible hommage de notre admiration et de notre respect.
Tentative de décentralisation scolaire
Je termine cette énumération par une nouvelle qui fera plaisir
aux amis de la terre gasconne, aux fidèles de la campagne régionaliste que nous menons depuis plus de dix ans.
Il y a Gimont, en Armagnac, un vieux Collège renommé : créé .
en 1545 par lettres patentes de François Ier ; restauré en 1809 par
décret de Napoléon Ier, il a produit de nombreuses illustrations
de la région du Sud-Ouest, et a compté, parmi ses maîtres, le

�- 233 célèbre La Kanal qui a si heureusement attaché son nom à l'organisation de l'instruction publique pendant la période la plus agitée
de la Révolution Française.
Aujourd'hui, il a la bonne fortune de posséder un savant professeur, M. Léopold Médan, qui, homme de son temps, s'est
demandé pourquoi il ne tenterait pas parmi ses jeunes élèves de
l'enseignement secondaire-un peu de cette éducation régionaliste,
que depuis si longtemps nous réclamons, et qu'à force de démarches, de sollicitations et d'études, nous avons obtenue pour nos
écoles primaires du rayon de l'Escole Gastou-Fébus.
Sachant fort bien que l'éducation régionaliste « n'est autre
« chose que le dressage des enfants approprié au génie de leur
« région » il a osé tenter l'épreuve, tant au point de vue historique qu'au point de vue félibréen.
L'épreuve a réussi : Cette année, pour la première fois, il nous
a montré, dans le palmarès de son collège, en cinquième B et en
sixième B — et il se propose de pousser plus haut l'an prochain
ses patriotiques essais — deux classes de jeunes enfants concourant et emportant des prix, en langue et littérature gasconne.
Ces collégiens ont adopté la méthode nouvelle avec enthousiasme : le maître s'y est donné de tout cœur, à la grande satisfaction
des parents eux-mêmes, heureux, quand après quelques années
de collège, ils retrouveront leurs enfants, de constater, qu'en
apprenant à bién connaître et à aimer la terre maternelle, ils
voudront avec eux faire revivre au foyer familial les traditions
ancestrales.
C'est avec une grande joie que nous extrayons les lignes suivantes du brillant discours dans lequel M. Léopold Medan a
exposé, devant un imposant auditoire, sa courageuse et consolante
initiative :
« Le progrès ne consiste pas à réduire au même type monotone
« et sans couleur ; ma.is, au contraire, à créer le plus de forces
« originales : la loi de la division du travail nous l'enseigne, et
« c'est porter atteinte aux intérêts généraux de la civilisation que
« de s'attaquer à la langue d'un peuple : c'est les servir que la
« maintenir et la répandre—
« Pour toutes ces raisons, qui ne voit que donner à chaque
« région française une éducation appropriée, c'est une œuvre
« opportune, féconde, actuelle, nécessaire, une œuvre de progrès.
« La Gascogne est précisément une région française r une même

�«
«
«
«
«
«

race l'habite, qui parle la même langue et suit les mêmes coutumes. Sans doute, il y a des terroirs distincts dans cet enclos et
leurs vieux noms sonores chantent toujours sur nos lèvres :
Armagnac, Comminges, Lomagne, Bazadais, Bigorre, Béarn,
Albret... Mais, sous toutes ces différences, c'est le même type et
la même nature qui apparaissent. »

Et rendant un filial hommage à l'esprit gascon, de toutes les
époques, il s'est attaché à démontrer que la méthode savinienne,
à l'application de laquelle il a voué ses efforts, « amène au respect
« du foyer, à l'amour de la cité ; apprend à l'enfant le culte de la
« petite patrie, qui engendre l'amour de la grande, rend au jeune
« homme la fierté de la famille, de la race et des traditions loca« les ; l'attache, par des liens les plus fleuris et les plus puissants,
« au sol natal, qui garde la cendre des aïeux !.... »
Mais n'est-ce pas là, Messieurs, le but que poursuit l'Escole
Gastou Febus ? N'est-ce pas là, la grande pensée qui anime son
activité et soutient ses aspirations ?
Les paroles de M. Léopold Médan ont retenti au fond de nos
coeurs !
Nous avons, en conséquence, décidé de souligner cette première
tentative d'éducation régionaliste dans l'enseignement secondaire,
tentative heureuse si jamais il en fut, en inscrivant sur notre
palmarès le nom de son auteur et de son collège.
L'Escole Gastou Fébus offre à la bibliothèque des deux classes
du Collège de Gimont qui ont inauguré l'enseignement de l'histoire
et de la linguistique gasconne, un lot de livrés, œuvres de nos
principaux auteurs gascons et béarnais.
Le Président, qui fut convié à l'insigne honneur de présider la
distribution des prix du collège de Gimont, en juillet dernier,
honneur que la maladie ne lui a pas permis d'accepter, tient à
offrir, en son nom personnel, comme au nom de la Gascogne
reconnaissante, une grande médaille de vermeil à M. Léopold
Médan.
Le Président de l'Escole,
Adrien PLANTÉ.
Je prends encore la parole pour donner les résultats du
concours des écoles.
Les maîtres ont été sans doute effrayés de l'effort que nous
leur demandions ; peut-être aussi ont-ils manqué de livres

�— 235 —

béarnais et gascons pour y faire un choix judicieux et gradué
des sujets de versions. Ainsi qu'on l'a vu plus haut, le bureau
a décidé de modifier le numéro de nos concours afin de le
rendre plus abordable au grand nombre. Et il sera à la
portée de tous quand j'aurai ajouté qu'il faudra, pendant
l'année scolaire 1910-1911, faire traduire, tout ou partie,
l'excellent livre de Sylvain Lacoste, intitulé : Versions gasconnes (Pau, chez l'auteur, boucherie de la Nouvelle-Halle,
prix fort : 2 fr.).
Trois écoles nous ont envoyé des lots importants de
cahiers : L'école de filles d'Arthez-d'Asson, directrice Mme
Loussalez-Arthets ; l'école de filles de Mirepeix, directrice
Mme Canton ; l'école de garçons de la même commune,
directeur M. Canton.
Les travaux de Mme Loussalez-Arthets se recommandent
par le choix des sujets, par la gradation raisonnée des devoirs et par le sérieux de la traduction.
Les travaux de Mme et de M. Canton, pèchent par quelques
points, ils passent notamment trop vite du simple au composé. On y rencontre cependant de très bonnes versions
littérales et littéraires, les écritures sont très bonnes, les
cahiers très propres.
Le jury a décidé de diviser le prix et il a en conséquence
décerné :
60 fr. en espèces, à Mme Loussalez-Arthets.
20 fr.
—
à Mme Canton.
20 fr.
—
à M. Canton.
*
* *

Là finissent les rapports de nos jeux. Les diverses commissions ons étendu les récompenses à tous les efforts, à
tous les mérites, si modestes qu'ils fussent. Elles ont cependant dû écarter des compositions diverses parce qu'elles
étaient écrites en dialectes étrangers à notre région ou en
français, Il est bon de le rappeler encore une fois le français
n'est pas admis à nos concours. C'est fort regrettable pour
M. André Gaubert, de Masseube, par exemple, qui nous a
envoyé une jolie pièce intitulée : Le Château-fort de Mauvezin. Mais on ne saurait faire une seule exception aux

�— 236 —

règles posées sur ce point par nos statuts, car demain nous
serions débordés et notre action manquerait son but. Toutefois, si un jour ou l'autre la matière nous faisait défaut,
nous pourrions insérer aux Reclams, la poésie de M. Gaubert ; en tout cas elle fera bonne ligure dans le Trésor du
Musée où notre sympathique Conservateur voudra sans
doute la déposer.
*

Le Président se lève une dernière fois et dit, en s'adressant
à M. le Maire de Capbreton :
L'Escole Gastou Febus, reconnaissante de l'accueil aimable qui
lui est fait ici, et aussi des sentiments félibréens qu'elle a été
heureuse de trouver en M. le Maire de Capbreton, a décidé de lui
accorder, à titre de souvenir, une médaille d'argent... et, permet
tez moi, Monsieur et cher Collègue, afin d'ajouter comme une
consécration à la remise que je vous fais, de vous donner au nom
de nous tous, l'accolade fraternelle en Gastou Fébus.
M. le Maire de Capbreton, très ému et très touché de cette attention, remercie chaleureusement.

Le Président continue :
Il est une tradition, d'envoyer au milieu de nos fêtes, et en commun, une pensée, un dernier souvenir à ceux de nos collègues qui
sont morts pendant le cours de l'année précédente.
Depuis notre dernière réunion à Salies-de-Béarn, nous avons
fait deux pertes qui nous ont été bien sensibles.
Le général Blancq, ancien Commandant de Corps d'armée, un
des nôtres, des plus fidèles et des plus éminents, était aussi un
brave : il avait perdu un œil au service militaire. Arrivé au sommet des grades et au moment de la retraite, il s'était retiré à Nay,
au milieu de ses parents et de ses amis, espérant jouir enfin d'un
repos glorieusement gagné, lorsque la mort impitoyable est venue
le surprendre à la fin de l'année dernière.
Ce fut un vrai deuil pour nous tous.
J'avais connu le général Blancq, alors qu'il n'était encore que
colonel de régiment, à Auch. Je l'avais revu, depuis, dans diverses circonstances ; et il m'est ainsi permis de dire personnellement
qu'il était difficile de trouver un homme aussi distingué, aussi
aimable, un félibre aussi charmant.

�Les membres de l'Escole Gastou-Fébus, dont je crois être l'interprète, adressent, en ce jour, un témoignage de sympathie à sa
famille, un pieux souvenir à sa mémoire.
Au mois d'avril dernier, est mort aussi à St-Sever de Chalosse,
le Docteur Louis Sentex, homme distingué et serviable.
Ce fut lui qui reçut, comme maire de St-Sever, les Félibres de
l'Escole Gastou Fébus, lors de notre dernière fête dans les Landes.
Ceux qui y assistaient ont gardé le souvenir de la réception cordiale qui leur fut faite et de l'ardeur qu'il mit à parler de notre
langue mayrane et de son avenir.
Que sa mémoire reçoive, ici, une fois de plus, le témoignage de
nos regrets.
Il me reste à dire quelques mots des succès et événements qui
font honneur à l'Escole Gastou Febus.
Et, sur ce sujet, afin que je ne parle pas seul de choses que j aurais imparfaitement connues, permettez-moi de m'inspirer des
notes qui m'ont été envoyées par M. Adrien Planté et que j'ai là,
sous les yeux.
Notre ami Bourciez, professeur de langues et littératures du
Sud-Ouest à l'Université de Bordeaux, est un des lauréats du prix
Volney. L'académie des Inscriptions et belles lettresìui a décerné,
sur ce prix, une allocation de mille francs pour son ouvrage très
savant « Eléments de linguistique romane ».
M. Bourciez est un grand ami de notre Escole dont il est un des
membres les plus anciens. Il nous a rendu de très grands services,
notamment en fixant les règles de notre orthographe romane qui
font autorité pour nous.
Il est un savant aussi éminent que modeste, c'est l'appréciation
de M. Adrien Planté à laquelle je suis bien aise d'ajouter mon
approbation en reconnaissant une fois de plus la justesse de la
maxime si connue : « La modestie sied au mérite ».
Nous sommes heureux et fiers des travaux et des succès de
M. Bourciez. Qu'il veuille donc agréer nos remerciements, nos
compliments. Si j'allais jusqu'aux félicitations, je profiterais de la
circonstance pour les faire en partie double. Je féliciterais
Mlle Bourciez, notre Muse, d'avoir un père tel que notre éminent
collègue et je féliciterais M. Bourciez d'avoir une fille telle que
notre si gracieuse Muse.
'
Et puis, un autre membre de l'Escole, ami personnel de M.
Adrien Planté, M. Paul Courteault, chargé de cours à l'Université

*

�~ 238 de Bordeaux, a été titularisé professeur d'histoire de Bordeaux et
du Sud-Ouest de la France.
M. Courteault est un fin Béarnais, d'une grande érudition, dont
les Rédams ont déjà, l'an dernier, proclamé les grands succès
qu'il a cueillis avec ses beaux ouvrages sur Montluc.
C'est donc avec un plaisir renouvelé que nous saluons la nomination et le lalent de M. Paul Courtault.
Il s'agit maintenant d'un triomphe nouveau pour l'œuvre que
nous poursuivons, de la reconstitution de nos dialectes méridionaux.
M. MjUardjl, professeur au lycée de Bordeaux et membre de
l'Escole Gastou Febus, a soutenu, le 21 mai dernier, très brillamment en Sorbonne, les deux thèses suivantes pour le Doctorat èslettres :
1° Etude de dialectologie landaise ;
2e Recueil de textes des anciens dialectes landais avec une
introduction grammaticale.
La langue mayrane Landaise est une des plus riches, sonore
sans rudesse. Nous en avons eu de brillants échantillons dans les
œuvres de notre secrétaire de la section des Lanes, l'abbé Daugé.
Nous sommes heureux de saluer à la fois, le dialecte Landais et
M. Millardet.
Sur un autre terrain, en plein Paris, notre collègue, M. Pierre
Lasserre, Docteur ès-lettres, a fait cette année des conférences
très applaudies sur Mistral et son œuvre. Mistral est notre grand
chef ; et faire connaître son œuvre, c'est travailler, avec nous, à la
glorification et à l'expansion de la Langue d'Oc.
A un autre point de vue, nous ne devons pas oublier M. LhepÇ
ancien directeur de l'école primaire de Morlaàs, grand ami de
l'Escole Fastou-Febus, à laquelle il a prêté une si précieuse collaboration quand il était à la tête de cette école dont les succès étaient
très brillants.
A la retraite depuis quelques mois, il en a employé les loisirs à
composer une monographie du mariage en Béarn, us,, coutumes,
chants, récits nuptiaux, accompagnée de belles et très curieuses
photographies.
Je suis informé qu'un exemplaire de ce remarquable travail
enrichira bientôt la bibliothèque du château de Mauvezin.
Au nom de nous tous, j'adresse nos chaleureuses félicitations à
notre collègue M. Lhept, et je profite de l'exemple qu'il donne

�— 239 pour vous prier, mes chers collègues, de ne pas oublier Mauvezin
qui doit devenir la bibliothèque de l'Escole et le gardien impéris
sable de vos œuvres.
Nedois-jepas rappeller aussi que, pendant l'année écoulée, a
paru un ouvrage remarquable de Simin Palay, en langue Béarnaise,
où, sous le modeste titre de « Case », notre poète dépeint avec tant
de talent les charmes du foyer!.
Les œuvres et les succès de Simin Palay ne se comptent plus.
C'est une montagne qui monte toujours.
♦
Salut à la langue Béarnaise ! Salut et félicitations à Simin Palay.
Enfin, encore une bonne nouvelle, mais d'un autre genre.
Le Comte de Viforano, membre de l'Escole Gastou-Fébus et qui,
à ce titre, payait la cotisation statutaire de six francs, vient de
nous annoncer qu'il transformait, cette cotisation en un versement annuel de 200 francs.
L'argent, c'est quelque chose ; mais ce qu'il faut considérer
surtout c'est le bon mouvement parti du cœur.
Le comte de Viforano est un Français d'origine roumaine, savant,
lettré, qui est venu planter sa tente aux environs de Sauveterre de
Bearn. Il s'est adapté à notre histoire, à nos traditions, à notre
langue, à notre œuvre régionaliste. Le voici devenu fin Béarnais.
Il était à Salies; il fut enthousiasmé. — Et voilà que plein
d'admiration et de dévouement, il passe à la Caisse et verse
l'argent à pleines mains. Certes, notre trésorier n'a pas à craindre
que l'Escole Gastou Febus devienne une société financière ou
capitaliste ; mais il reste devant nous le geste ; et bien que les
Réclams en aient déjà parlé, avec remerciements, il nous
appartient encore aujourd'hui, de saluer en chœur, avec joie
reconnaissance, le beau geste de notre éminent et généreux
collègue. (Applaudissements)
Avant de clore la séance des jeux floraux, la jeune Reine, Mlle
Alberte LALANNE, se détache de la Cour d'amour et vient réciter
à son aimable Assemblée une petite poésie de sa composition « La
Chanson du Pâtre, »

�— 240 —

La Chanson du Pâtre
Le soleil sombrait au couchant
Dans un océan de lumière.
Le pàtour revenait des champs
Par un long sentier de bruyère.
Il avait bien dix ans passés.
Un long bâton sur son épaule,
Il s'en allait, jamais pressé,
Suivant les grands bœufs bénévoles.
L'enfant avait un air mutin
Dans ses prunelles couleur d'ombre ;
Son chant léger et argentin,
S'élevait dans la forêt sombre.
Il chantait un air aquitain
Que ses aïeux disaient naguère.
Dans l'air avec l'odeur du thym,
Flottait un parfum de mystère.
La bise soufflait gravement,
Inclinant les vieux pins superbes.
Les grands bœufs meuglaient doucement
En respirant les hautes herbes.
Avec son long bâton de houx,
L'enfant sentait qu'il était maître
De ces bêtes aux grands yeux doux
Que par les bois il menait paître.
Lors, enflant sa petite voix,
11 chantait deux fois plus encore,
Tandis que le vent dans les bois
Jouait de sa harpe sonore.
Et ce chant quand tombait le jour,
Ce vieux refrain de l'Aquitaine,
Devait dans leur tombe lointaine,
Eveitter les anciens pâtours.
Alberte

LALANNE BIBAL

�— 241 J'admire toujours, Mademoiselle, les belles choses que
vous nous dites. J'éprouve un grand plaisir à entendre votre
voix d'ór. Je suis heureux pour votre grand'père, qui vous
couve de ses yeux attendris, de vos succès qui vont s'affirmant d'année en année. Mais, — pardonnez-moi, car la
vérité s'échappe toute seule de la bouche des vieillards,
mais j'aimerais cent fois mieux vos belles strophes si elles
étaient écrites dans la langue du terroir.
Vous m'objecterez que votre enfance s'est passée loin de
la Gascogne, que vous n'avez pas eu les loisirs de vous mêler
au peuple pour apprendre à penser et à parler comme lui.
Je vous répondrai que c'est une excuse en effet ; mais que
lorsque l'on a l'honneur de descendre d'un aïeul qui a
marqué sa place dans les fastes de la petite patrie ; que
lorsque l'on tient du ciel un don pareil au vôtre ; que lorsque
l'on a votre facilité d'assimilation, votre amour du travail,
votre grande intelligence, il faut savoir écrire et parler
gascon.
Apprenez donc la langue de nos mères, c'est si agréable et
si facile !
Et faites-nous ensuite des chansons, des poèmes, des
comédies, des tragédies même et, je vous le prédis, vous
donnerez un nouvel éclat au nom de Bibal, tout en illustrant
celui des Lalanne.
Il est midi, l'ordre du jour est épuisé ; M. Bibal lève la
séance en donnant reudez-vous aux écoliers de Fébus sur les
bords de la plage où nous attend un banquet dont on nous
promet merveille.
*
+ *

Voici la partie la plus animée, la plus vivante, la plus
joyeuse de notre fête ; le banquet.
Il est servi par le personnel de l'hôtel de la Plage. Le menu
est de tous points digue du traiteur Parrain, de succulente
et savoureuse mémoire.
Més b'ey petite cause la hartère en aquéth beroy die !
On a installé le oouvert à quelques mètres de la mer,
sous un vélum immense qui nous protège du soleil sans
nous priver d'un atôme de brise ni d'un pouce de vue.

�— 242 Quelle est admirable et belle une assemblée mangeante,
de joyeux camarades et de bons amis, quand ils ont pour
hôtesse cette chose grande comme l'espace, douce comme
la plaine, superbe comme la montagne, la mer. Les horsd'œuvre avaient beau être excitants, les sauces appétissantes,
les rôtis croustillants, on ne voyait que les bonds de la
vague, on n'entendait que son langage et ses chants. Et l'œil
suivait avec anxiété le grand navire qui était là, à portée de la
main, soufflant par sa haute cheminée, étendant ses blanches
voiles au vent, fendant le flot avec rapidité et sans effort.
Jamais les écoliers de Fébus ne virent pareille merveille,
pareil décor à leurs banquets.
Le protocole avait disposé les places selon le rite étroit et
solennel que la coutume a consacré.
Camelat et moi, Daugé et Darclanne avec quatre ou cinq
grosses légumes (!!!) avions été placés à la table d'honneur.
— E bos esta acera, tu '? me demande l'auteur de Beline ?
— Nou, au Diu biban !
— Labéts you que m'escapi.
Et il s'en fut avec un groupe d'amis, tandis qu'usant de
mes prérogatives de secrétaire général, je détruisis toutes
nos cartes. Et afin que le Président ne pût nous accuser de
le laisser dans l'isolement, j'allai chercher les sept muses et
je lui en fis comme une couronne de roses.
Combien ils me doivent de reconnaissance les membres
du bureau de leur avoir donné la liberté de s'amuser à leur
fantaisie !
Ai-je d'ailleurs à cela^un grand mérite ? Ne sommes-nous
pas fous égaux en Febus ? N'est-il pas de l'intérêt de
l'œuvre de supprimer dans nos réunions toute distinction
aristocratique qui jurerait avec nos instincts, nos goûts, nos
sentiments, nos traditions populaires ?
Il y a beaux jours que Lafore, qui préconise partout et toujours la simplicité, a demandé cette réforme (1). La voilà
(l)Lafore n'est pas le seul à réclamer la simplicité. Bien loin de nous, à
l'autre bout de nos revendications méridionales, le Marquis de Villeneuve
proteste lui aussi dans Occilania du 24 août dernier, contre les usages qui se
sont établis dans les Assemblées des écoles.
«Il y a, dit-il, une table d'honneur où l'on fait asseoir certaines personnes
désignées d'avance comme à un diner officiel... »
Je ne partage pas toutes les idées du rédacteur d'Occitania. Mais cette
fois-ci ii touche juste. Son article est jndicieux, j'en recommande la lecture.

�— 243 —

accomplie sans froissement et sans protestation. J'espère
que du coup son front va se dérider. Il est un autre point
noir dans son esprit sur lequel je ne suis pas de son avis ;
j'aurai l'occasion de m'en expliquer tout à l'heure. Et qu'on
me pardonne de mettre en cause cet ami, malgré son absence
de nos fêtes. Il fut fondateur de l'Escole, il en veut, il en
poursuit le succès et je sais qu'il est l'âme d'un groupe d'écoliers qui partagent ses idées. Tout ce que je pourrai faire
pour dissiper les malentendus naissants ou déjà nés est tout
profit pour l'œuvre.
Mais le temps a passé et le Champagne mousse dans les
verres.
M. Bibal réclame le silence et lit deux télégrammes:
Un du Président de l'Escole : « De loegn lou co malaù saludi
presiden, counfrays, amies é toustem Febus aban »
Sigué : PLANTÉ.
Un de la Reine: « Souvenir et salut cordial de la Reine ».
Signé : Germaine GUILLOT.
L'Assemblée entière envoie, par ses applaudissements, à son
aimé Président et à son aimable reine, l'expression renouvelée de
de ses regrets.
M. Bibal donne alors connaissance de trois lettres qu'il a reçues :
de M. le Sénateur Pédebidou, vice-président de la section de
Bigorre ; de M. le docteur Louge, de Dému (Gers) ; de M. l'Abbé
Hébrard, de Buzét (Lot-et-Garonne).
Ces trois collègues sont excusés avec regrets.
Puis M. Bibal continue à peu près en ces termes: « M. Adrien
Planté m'écrivait dernièrement que la salle destinée à notre
banquet était îéerique, inspiratrice des toasts. Je ne sais encore si
elle va m'inspirer des choses qui vous conviennent ; mais je
commence tout de même et je ne saurais mieux le faire qu'en
adressant nos souhaits les meilleurs à M. le Maire, à la muuicipa.
lité, au Syndicat d'Initiative de Capbreton qui ont préparé cette
réception dont nous garderons l'ineffaçable souvenir, nos compliments reconnaissants aux représentants de la Presse qui honorent
ce banquet de leur présence, — un salut fraternel à tous nos
amis connus ou inconnus, qui, de près ou de loin, par leur
présence effective ou par leurs relations, nous donnent leur
concours à l'œuvre que nous poursuivons, l'expansion de la langue

�— 244

—

gasconne et le culte de la petite patrie, — des souhaits et des
hommages aux Dames, aux Muses, à la Reine de ce jour, qui ont
bien voulu apporter au banquet des Félibres la note heureuse et
gaie que donnent toujours les fleurs qu'ils aiment. (Triple ban
pour les Dames, les Muses et la Reine).
MESDAMES,
MESSIEURS,
MES CHERS COLLÈGUES,

« Dans un moment où notre esprit cherche à retrouver tous ceux
a qui nous devons un sentiment de reconnaissance, une pensée, un
souhait, nous voyons tout de suite apparaître à nos yeux la belle
physionomie de notre vénéré Président de l'Escole, toute faite de
force et de douceur, de bonté et d'intelligence ; et quand on songe
que tous ces biens, qui sont à lui mais qui sont aussi à nous, ont
failli être compromis, comme on voudrait que la chaleur communicative du banquet donnât à nos souhaits l'étincelle, la flamme
nécessaire pour anéantir, à l'instant, les inquiétudes que nous
avons éprouvées.
C'est donc du fond du cœur, avec la foi d'une indéfectible
espérance, que je lève mon verre, que nous devons lever notre
verre : A la santé d'Adrien Planté. (Applaudissements)
Je ne puis oublier Capbreton.
On nous a dit et nous savons que l'air pur avec son oxygène et
les émanations salines avec l'iode sont des éléments essentiels
pour la santé. Eh bien! quand on a vu cette belle plage de
Capbreton dont les extrémités se perdent dans l'infini, au nord et
au sud ; quand on voit comme nous, en ce moment, le grand
océan qui moutonne à nos pieds et lance vers nous, à chaque
ondulation, la brise marine, on ne peut s'empêcher de reconnaître
et de s'écrier que nulle part, ailleurs, l'air n'est plus pur, ni la
mer plus belle.
Ce sont là des éléments certains de santé pour les baigneurs et
de prospérité pour Capbreton.
Cette prospérité, nous souhaitons vivement qu'elle vienne plus
agrandie et qu'elle se maintienne toujours.
Je lève donc mon verre à la prospérité de Capbreton, présente
et future.
Ne devons nous pas quelque chose à la Gascogne et si grande et
si belle?

�— 245 —
Il paraît même qu'elle n'a plus de limites, ici, puisqu'elle
pénètre dans l'Océan et se confond avec lui. Ce sont les géographes
qui l'ont ainsi voulu.
Cette belle mer, de Bordeaux à Capbreton et de Capbreton à
Bayonne et au-delà, c'est toujours le Golfe de Gascogne ; de telle
sorte que, si nous avions la vertu de St-Pi-erre, de marcher sur les
eaux, nous pourrions, à ce moment, aller nous promener sur
l'Océan — en guise de promenade digestive — et nous serions
encore en Cascogne.
Je lève donc mon verre à la Gascogne dans toute son étendue,
et pour tous ceux qui veulent la Gascogne et plus belle et plus
grande ' » (Applaudissements).

M. Larrat, maire de Capbreton, réplique par le discours
suivant qui lui vaut les applaudissements unanimes des auditeurs :
MONSIEUR LE PRÉSIDENT,

■

Laissez-moi vous offrir à nouveau nos remerciements les plus
sineères, pour la grande satisfaction que vous nous avez donnée.
Ce que nous avons pu faire pour vous recevoir est bien peu de
chose, si nous considérons l'honneur que nous devons à votre
visite. C'est donc à nous à vous dire notre reconnaissance ;
Aous bos remercimens, Moussu lou Presidén,
Que diseri amén,
Se nous aoûts ne debém gran graci de l'aounou,
A l'Escole Gastou.
Je me porte garant des Capbretonnais, Monsieur le Président,
pour vous dire que nous sommes très sensibles aux vœux si bien
exprimés par vous, pour l'avenir et la prospérité de notre station.
En retour, je proposerai à mes compatriotes ici présents, je proposerai à tous ceux qui ont bien voulu faire honneur à l'Escole
Gastou-Fébus, en prenant part à,ses agapes, de boire à la prospérité de l'Association, au succès de sa patriotique propagande.
Je dis patriotique, Mesdames et Messieurs, car aimer, comme
l'Escole, sa petite patrie, n'est ce pas aimer et servir la grande?
Levons donc nos verres, à l'Escole, à sa charmante Cour
d'amour, à ses vénérés Présidents, à notre Gascogne toute entière.
5

�— 246 —
Et puis, si vous le voulez bien, nous n'oublierons pas Capbreton :
«
«
«
«

Amies, bebem u goutte aou dous pays de noste,
Oun escouten lou ben chioula dehen lou pin,
Oun entènen le ma truca dessus la coste,
Oun, den lou sable blanc, e brougnen de boun bin. »

Après les discours officiels, une foule d'orateurs se font
inscrire. Nous les applaudirons tous avec entrain même sans
les entendre, car la grane batalurde qui houléye deban nous
que hè trop d'arroèyt.
Voici d'abord l'Abbé Daugé.
Ne l'èy pas yaméy bist tant debisan, que s'a début lima la
loéngue aban de parti. Que m'en af. ... quauquesgarpiâdes
au sou parlatori mes que m'a chicanât, n'a pas tout escribut.
Perqué doun ? Que-m seri hèyt ûe haunou de respoune-t
assiu ; mes truc sus l'ungle, deban Tamassade ? Poumes !
Qu'èy trop de bergougne,
L'Abbé Daugé donc prononce le discours suivant :
Moussu Mayre e moussu Presiden qu'an aymablemen debisat de
hort de causes e dit à cadun so qui calè. Jou que bouy touca dus
moûts dous marins e dous sourdats de Capbretoun.
Mes, prumè de parla dous marins et dous sourdats, enta qué
nou pas mentabe lasgouyates de Capbretoun ? Per fèt de sentimen
e de délicatesse, ne n an pas à croumpa né à Paris ne à las coumunes besies. Que gn'abè ue que se-n èreanade au pélerinadje de
Lourdes ; en bèt se-n tourna que-s trobe en un bagoun doun ne
j'abè pas sounque basquéses e las basquèses de batala et de canta
en bascou e la gouyate de Capbretoun de nou pas tira de tout aco
ne soun ne esquire. Aquère gouyate que-s debè marida et qu'abè
lou pretendut en peys bascou, metem à Cambo. Talèu tournade
que l'escriut : « Se souy estade urouse oey, que-m at pensi. Que m
souy mêmes troubade au bagoun sounque dab basquéses dou
coustat de Cambo, e, à toutso qui disèben, que-m semblèbe que-m
parlèben de tu. » Troubats cauque arré de mey beroy que so que
disèbe aquère nobi de Capretoun ?
Adare loiys marins. Qu'at sàbets ou qu'at saberats: lous de
Capbretoun qu'an troubat l'Amérique prumè que lou Christophe
Colomb. Qu'ous an panât la trobe, ou ne l'an pas heyte abalé,
coum Améric Vespuce a panât au Colomb de balha lou noum à las
Amériques. Capbretoun e Colom que soun dus panats.
Capbretoun qu'abè lou Charlicot qui aymèbe lou piquepout e la

�ma. Perun cop que se-n tournèbede pesca e gaha arré éde gousta
bin dou blanc. — « So qu'ats gahat, Charlicot ? s'ou dit moussu
curé. — Arré, moussu curé. — Que si, Charlicot, b'ats au mens
gahat piquepout. — Oh ! se dit lou Charlicot, cheys boutelhes enta
coate, bolets que sie aco? — N'ats doun pou de damoura pr'aqui
cabbat en cauque plec d'aygue? — Que-y hè aco, esta enterrât assi
ou aqui — e lou Charlicot que muchèbe dab la man lou cemitèri e
la ma. Lou boun Diu eau que respecti asso : credo carnis resurrectionem ! » e dab la man que muchèbe l'estoumac. Qu'ats à la gleyze
de Capbretoun un cadre-muralhe qui dit tout aco.
E lou Hurtetia, so que-p a heyt? Qu'ère anat à tout tour dou
mounde. Que disèbe: — «Lou Napouléoun ne s'entenè pas ne
tchic ne brique à la marine ; qu'és aco so qui l'a perdut. »
Dou soun tems, que-s parlèbe de ha un port à Capbretoun. Un
engeniur, — à tout so qui ne bolen pas ha que eau engeniurs, —
qu'anèbe e que tournèbe, e lou Hurtetia, sendic dous marins, d'arrougagna tout hort : « S'at boulèn, dab causques miliouns que
harén lou port. — Sabets so que bau un milioun, s'ou dit l'engeniur.
— Que sey ne bau pas un omi, » se t ou dit lou Hurtetia.
En ue courrude en peys saubadje, qu'ère estât gahat e boutât en
crouts très jours d'abiade, — « Que me-n souy bis autan coun
Jesu-Chrit, se disèbe à moussu curé. Toutun nou, pas autan coum
ét puch que s'ère mourt e jou que souy en bite; y encoère, ad ét
nou hasè pas arré, que sabè que ressussiteré. — Bous tabé que
ressussiterats. — Aco bray, més sounque à la fin dou mounde.
Que tira l'én dinc'à 86 ans. Escoutats so de darrè qui disou à
moussu curé : — « Moussu curé, que mourechi cretien e catoulic
coum lou Bossuet, coum Sen Bizens de Paul, coum lou gran
Fenelon e coum bous. Ets counten atau? » Moussu curé n'ère pas
mort puch qu'a enterrât lou bielh marin, tems a, e que l'abém a
disna dab nous, assi, à l'aplegade de Gastou-Fébus.
Adare lous sourdats. En dise de un, quedirey de touts : à Cap
bretoun, pès e cap touts que-s semblen.
Que calé abia la guerre dou Maroc e acasi-s à Casablanca. Un
ligotde sourdats que gahe lous debans. Un cop au ras de la porte
de la bile, que s'entén cop de fesilhs : pim ! pam ! L'oficiè blassat
que damoure en darrè. Moun Labaste de Capbretoun, meste en pè
de la mousqueterie, que pren la plasse de l'officié et que commande. Pim ! Pam ! ue baie qu'où trabesse adèt, et e lous camarades
de France que trabessen las baies e Casablanca qu'és au poudé
nouste. Labaste que goarech e qu'ey décorât cop sec. Boulets adare
sabé coum és aquet Labaste de Capbretoun ? Qu'escriut e la hemne:
« Il faut croire que ma conduite devant l'ennemi a été brillante.
Tout le monde me le dit : moi je ne m'en suis aperçu. »

�— 248 —
La hemne countente coum p at poudets pensa. Qu'où tourné
escribe : « On a fait beaucoup de louanges sur mon compte, car je
n'ai fait que mon devoir et un autre en aurait fait autant que moi.
Je n'aurais pas montré l'exemple à mes hommes que nous étions
tous morts. » E un darré cop qu'où dit : « Mon capitaine a eu dès
le premier coup la main droite traversée par une balle. Alors, j'ai
vu rouge et j'ai crié à mes hommes: En avant la bayonnette et feu
partout ! »
Tabé, l'ensegne de nabiu Ballande, lou blassat, qu'escribèbe à
à Capbretoun, à la hemne dou Labaste : « Sa conduite fut au
dessus de tout éloge et véritablement héroïque. Mon plus grand
orgueil est d'avoir commandé à des hommes tels que lui. Vous
pouvez être fière, Madame, d'avoir comme mari un brave comme
Labaste »
Se gn'a d ous qui s plagnen que, en bèt boulé esta gascoun, ne
boulém pas mey esta francès, qu'ous diserats, coan sérén de Paris,
de balha à la France omis coum lou marin Hurtetia ou coum lou
Labaste, — un noum plan gascoun — de Casablanca pramou qu'ère
de Capbretoun !

Mis en haleine par les applaudissements qu'il recueille,
l'abbé Daugé redemande la parole et nous lit sa poésie :

A la coste de Capbretoun
Qu'ère un dimenche de Seteme
A la coste de Capbretoun.
Lou sou, qui dechèbe de preme,
A la ma balhèbe un poutoun.
Scarrabilhades coum las brespes,
Las gouyates. péu apitat,
Que se-n tournèben de las brespes
A nouste Daune de Pietat.
E la ma, la grane macade,
A la bouts horle, au plec gramous,
D'un cap à Faut de l'estacade,
En brama, que balhèbe pous.
Soulete, u' hemne s'estanquèbe
S'ou sable oun l'aygue ba tuma,
E lou soun co que pataquèbe
Mey que las aygues de la ma.

�— 249 —
Pensais au mens : la praube d'ère
Plourèbe un hilh qui hort balè,
E la hilhe maridedére
Un bet marin qui la boulé.
E la ma, la grane macade,
A la bouts horte, au plec gramous,
D'un cap à Faut de l'estacade,
En brama, que balhèbe pous.
-- « M'ous a panats, ô grane hole,
« Se disèbe dab un sanglout,
« E la toue aygue qui birole,
« Assi, que s'ad arrape tout.
« B'ès tu la bère engalinayre !
« L'omi, qui creyt que te-n arrits,
« Que part, etu, grane panayre,
« Que l'esbrigalhes dab lous dits.
E la ma, la grane macade,
A la bouts horte. au plec gramous,
D'un cap à Faut de l'estacade,
En brama, que balhèbe pous.
«
«
«
«
«
«
«
'(

E nous, las mays e las espouses
Qu'abém lous oelhs enta ploura,
E lou co, de plagues sacnouses,
Dab tu, ne-s pot pas sadoura.
B'ès tu tarrible, ma de nouste !
N'ès pas que nerbis e sang biu.
Coum lou bén hè bara la brouste,
Tu que hès bara lou nabiu.

E la ma, la grane macade,
A la bouts horte, au plec gramous,
D'un cap à Faut de l'estacade,
En brama, que balhèbe pous.
«
«
«
«
«
«
«
«

Que-n am pertout, au cemitèri,
De queres toumbes oun las flous
Cade printems, hens lou mistèri,
Tournen dise noustes doulous.
Coan gn'a tabé, graue gourmante,
Dous qui jamé ne soun tournais :
Qu'an escoutat la ma qui cante
E per toustem qu'ous as panats !

�- 250 —
E la ma, la grane macade,
A la bouts horte, au plec gramous,
D'un cap à l'aut de l'estacade,
En brama, que balhèbe pous.
«
«
«
«
«
«
«
«

E dab aco, ma troumpedoure,
Que-t aymi plan, que-t aymam touts
Maugrat jamé ne sis sadoure,
Pr'assi cabbat, de planta crouts.
Qu'ès ta dousséte e qu'ès ta bère !
E nous, coan lou pesquedou sort,
Préga que bam à la capère
Se-n àni pas pesca la mort !

E la ma, la grane macade,
A la bouts horte, au plec gramous,
D'un cap à l'aut de l'estacade,
En brama, que balhèbe pous.
«
«
«
«
«
«
«
«

Be-n costes plous, 6 ma beroye !
Hilhe, hemne, may de marin
Qu'a la doulou mey que la yoye
Ent'ou souna lou tambourin.
Plasés, ne n èrets bous en reyte,
0 Nouste Daune de Pietat.
Disem coum bous : toustem si heyte
De Diu la sente boulentat ! »

E la ma, la grane macade,
A la bouts horte, au plec gramous,
D'un cap à l'aut de l'estacade,
En brama, que balhèbe pous.
Atau que dit, e la qui ploure
Que se-n tournèbe enta l'oustau
Dise au darrè hilh qui-ou damoure :
« Gouyat ne plourim pas atau !
« Se eau parti, part chens bergougne,
« E n'ajis pas pou de la ma.
« Gouyat la ma qu'éy de Gascougne
» Coum lou toun pay e la marna ! »
E la ma, la grane macade,
A la bouts horte, au plec gramous,
D'un cap à Faut de l'estacade,
En brama, que balhèbe pous.

�- 251 Lou gourman yaméy nous-s harte dit-on. Aussi de tous les
coins de la terrasse crie-t-on à l'orateur : Lou Crabe de
Mugroun !
Sans se faire prier, mais après avoir dégusté une gorgée
de café, (on le ferait à moins), le curé de Beylongue redit,
pour la troisième fois, cette spirituelle chanson qu'il a rendue
célèbre. La chanson est quelque chose sans doute, mais la
mimique du chanteur, sa figure tantôt épanouie, tantôt
rapace ou colère ou craintive, toujours originale dans sa
mobilité, soulève l'enthousiasme et fait déchaîner de véritables tempêtes de bravos.
Lorsque Daugé regagne sa place, Darclanne nous dit une
de ses belles poésies. Je regrette que, malgré mes appels, il
ait négligé de me l'envoyer. Les lecteurs lui en garderont
rancune.
Mais quel est ce géant qui gravit les degrés de l'estrade
avec cette désinvolture et cette légèreté ?
Ma vue est mauvaise et je n'aperçois qu'une ombre. Le
docteur Gaye qui voit avec ses yeux de vingt ans vient à
mon aide : C'est Carrive, me dit-il.
— Labéts quebam drin arride si oumén lou chibalè a km
coulubre ad aquéste moumén.
Je me dresse et j'ouvre toutes grandes mes oreilles attentives. Je suis bien attrapé, car le jeune et svelte orateur,
comme l'a d'ailleurs fait Daugé, que m'en balhe ùe esperissade.
Faites, amis, j'en suis un peu fier: la sagesse des vieux
béarnais m'a appris qu'on ne s'occupe jamais des nonvaleurs ! Je dois bien dire un mot pour ma défense ?
Il n'est du reste pas bien terrible l'ami Carrive.
Lisez :

U cop n'ey pas coustume
AMICS,

Acoustumats coum n'èt per lous noustes mèstes a nou yamey
enténe que bestiésses, peguésses e foutèses, qu'èy coum bère pòu
que cauqu'arré de surious qui-p bouléri plaa dise, nou-p parechque
autan béroy récattat aci, qu'û gusmet de péus hcns û toupi
de soupe.

�— 252 Qu-em bau toutu risca, u cop n'ey pas coustume, lhèu que-m
escouterat.
Qu'ey de la mine de truies de Bidache qui p bouy dise dus
moûts encoère, ta au'en tiret proufléyt. Mey aco au mey biste, ta
n'arriba trop tard.
Nou s'y a pas pergut temps, peraquiu, despuch qui lou défun
garde champêtre abou troubat la mine. (Lhèù nou ey encouère
mourt, aco qu'ey soun aha, e nou hè arré au nouste).
Quan hèyt aqueste cop drin mey que houdilla ; lous grans
tribalhs que soun touts acabats, nou eau mey qu'espleyta.
A touca que soun las truies liens lous bancs qui s'amuchen.
U soulet, lou purmè désamandat, que mesure dus pans e miéy
d'espés, sus quoate pas de larye e septante de loung. A d'et soul,
que pot acountenta lous mey pressais, per tan noumbrous qui sien.
Qu'auren plaa boulut esiileyta soulets ta, soûls tabe, tiran tout
lou proufiéyt, aquets moussus, Présiden, Adininistratous e toute
la sequèle de la mine qui paréchén coussuts e qui soun, touts, mey
prétencious e insouléns que riches (nat d'élsque nou a pille), mey
ta espleyta que cale lous dinès. Tabe de mau ou de bou grat,
qu'an hicat la mine en accious.
Qu'abem s'abut aco e, quoate ou cinq, ta las mantienne au cercle
dous amies, que l'as abém gahades toutes en plé.
Qu'en poudet dounc abé, e nou pas de las cares ; a dues per
pistole coum las abein pagades. Que daran gran proufiéyt,
aumench : très cents per cent pla garantits e hypouthécats sus lou
broulhard de la Bidouze.
E, coum nou-p boulem pas béne gat en sac, pourmou que lhèu
nou-n croumparet, que-p bam ha gousta las truies de Bidache.
Au ras d'aqueres lasdau Périgord nou soun que puguèrequi nou-y
eau payera.
Hicat-pe donne a très ou quate ta-m embia (en port pagat s'entend) û pouloy, a dus ta ù capou, û soulet ta ue bère et plaa
grasse poularde. Qu'éus pe harey trufa e tourna embia autan lèu
aco hèyt, ta qué-p én chuquet lous cinq digts e lous pouces de
toutes dues mas.
Credet m'en proufiéytat e hèt lèu.
JULES DE QU'A RIBE.

Capbretou lou 5 de Setéme 1910.

�— 253 —
Maintenant c'est le tour de Yan dou Gouf. Son apparition
est saluée par de vifs applaudissements. Il nous déclame en
maître sa poésie que nous donnons ci-après.

Lou nous Capbretoun
A Moussu Adrien Planté, présidén de
l'Escole Gastou-Fébus.

Capbretoun d'aoûts cops
D'aoûts cops, à Capbretoun, (de co loung téms qu'y a)
Quén, den lou Gouf pregoun, l'Adou ta bagabounde,
Enhén un plec, biené doucemen se plounya,
Qu'abém un port de ma, estimât à le rounde.
Lous cinq mile abitans, (é mé qu'en y abou)
Dab lou trafic dou port, que toucaben mounede ;
Yalous, lous Bayounes, de horbia l'Adou
Qu'assayan mantrun cop, labets, que poudet crede.
Mè, l'arriou cabourrut, qui ne bo sabe arrey,
Aou Bielh-Boucau (1), mé louegn, en courren que s'escape.
Lou port que l'y segui, lou négoci tabey,
E lou Marancin, fier, mesture mé ne thape.
Fatigade, à.le fin, l'Adou de houleya,
Un your, à Boucaou-Naou (1), aqui, net que s'esta'nque ;
Bayoune, tout rabit, biste l'arrecapta,
E, despuch très cénts ans, de le sarra ne manque.
Labets, adiou per nous riché, prospéritat !
Adiou port é nabious ! Yésus ! quegn'un nofradye !
Lou gros bourg, per le yén, thic à thic dezertat,
Biste que debienou un fort piètre biladye,
Pourtan, lous abitans, bignerouns, pesquedous,
Per se gagna le bloque, ets, s'arman de couradye ;
En pescan é cassan, arrouzan de sudous
Les bignes, tranquilots, que bibén chén tapadye.,
(1) Noms d'adare,

�— 254 —
Mè lou téms qu'a chanyat ; aco mé n'es parié :
Lou pech, trop perseguit, aci mé ne s'arreste
Les bignes que s'en ban, ruzat qu'es lou yibié,
De sorte que le poche isla ne hey de reste.

Capbretoun adare :
Urouzemen lou pin sus lous peys qu'a poussât ;
Lous bos que rénden plan, é le yème qu'es care ;
A le bielhe pinasse, un motur qu'an hicat,
E le playe, ab lou téms, qu'a près ugn'aoute care :
Dus mile estranyés pr'an que s'y bienen bagna ;
Qu'am un sanatoriom de grane renoumade ;
Cént bilas é chaléts enta mounde lodya ;
Un gran é béth ôtel, d'aoûts qui hén megns parade.
En bordure qu'am un trotoir tout cimentât ;
Routes, camins grabats per biene ente le coste.
Le noueyt pr'y bede cla, qu'am l'électricitat ;
Léou, un camin de hé, qui passera per noste !
— Après aco, dizets, que boulet doun de mé ? —

Capbretoun douman :
Ço que boulem ? Un port ! Qu'at die, l'août qu'at troumpète ;
Un port, per que lous nos batéous, chén nad dounyé,
Pousquin sourti, rentra, esbita le tampète.
Que boulem ? Dab u digue, en péyre ou de cimen,
Empacha que le ma descaoussi lou ribadye,
Ne pousqui, dous chaléts, sapa lou foundemen,
Ni miassa d'anega lou nos nabet biladye.
Que boulem que lou bourg é le playe, sustout,
Units com ray é so, que trubalhin amasse
A balha mé d'engragn aou nos cher arrecout,
Oun bedem dab plezi arriba mounde en masse.
Mè que boulem toutun, à le playe gouayta
Aquere libertat — chén ne prene de reste —
Qui héy que, tuuts péynuts e poden se bouta,
Arrebira-s, se caou, é se tira le beste.

�- 25S Tout aço que heram, tout aco qu'at aouram ;
E Capbretoun, un your, que tournera prospère :
Segu, aban loung téms, nous que retruberam
L'ayzine de d'aoûts cops, mè d'ugn'aoute manière !...

Capbretoun, le mi caze
You, qu'aymi Capbretoun, pramoun qu'en souy sourtit.
Pertout oun baou, pertout, l'anuyé que m'escane ;
Tabey, tustem, quen puch, que m'escapi entou nit,
Oun retrobi lous tues, dab pins, bruc, baste é brane.
Qu'aymi lou nous cloché é le sou bielhe tour,
D'oun beden plan lou bourg, lou bos, bignes é coste ;
Dou plézi qu-im hazé, qu'em soubiréy toutyour,
Lou branlou, per le heste, oun hén pastis à noste.
Le tour! ah ! saludam ! Signaou dou téms passât
Quén lous nos loups de ma pescaben le baleye,
Hazén un Capbretoun louegn, louegn, de l'août coustat,
E rentraben aou port, dab le pinasse pleye !
Urous qu'èren labéts lous nos arrepapouns ;
De bèths ahas hazén après chaque tournade ;
Cas d'escuts countaben a cop de couarterouns...
Ah ! perque doun l'Adou s'en es yamé anade !
Qu'aymi la noste playe oun, dab d'aoûts gouyatots,
Den lou sable qu'éy héyt puts, hourns é mesturotes,
Pirouètes é saouts, aous despens dous pelhots,
Bira, courre, cerca péyrines é cracotes.
Qu'aymi d'espia le ma, lous bagats escuma ;
De m'y plounya l'estiou, se le bedi prou bère ;
Mè que trobi ta béth quén se boute à brama,
Arreguisne, se maste, e broun com lou tonnerre !
Qu'aymi lou réndebous dous pescayres moussus,
Ana huma un pip aou cap de l'estacade,
Quén le mareye mounte é saoute per dessus,
Quén l'aygue, sus lou naz, largue coque chistade.

�— 256 —
Qu'aymi, den lou canaou, sus u galup pesca ;
A Hossegort poussa, se bouy ha u cracade,
Ou bien lou Boudigaout ou Bouret remounta,
Si-m gahe, un your, l'idée de ha u promenade.
Qu'aymi, dab lou hilat, le casse à l'aouzerot ;
Ab lou fezil, tira paloumes é tourtotes ;
Tabey, capbat lou bos, ha courre un lapinot,
Cerca, den le semi, dab Tom, les becadotes.
Qu'aymi lou nos bin blan, dab ustris ou cruspéts4
Alaoudes ou mouréous, paloumes ou becade,
Calhes, tourtes, cibet, même petits aouzéts,
Turbot, enfm, murlat ou loubine ou dourade.
Fort d'aoûts, ataou com you, que s'en laquen lous dits ..
Tout aco que troubam, à Capbretoun, chén courre,
Ço qui hèy qu'ém aci guilheréts é hardits,
Que touts y soun countéus, é nat n'y héy le mourre.
Qu'ats, de le noste bogue, aqui tout lou secret :
Si biey tan d'estranyés, se bastichen d'abiade,
Plaze héy Capbretoun, aco qu'es cla é net.
Sulernen counserba que caou le renoumade.
Capbretoun ! quén l'an bis, que bolen y tourna ;
E, s'y tournen yamé, adiou ! qu'es finit, gare !
Que s'y troben ta plan, n'ou poden mé quita.
Amies, qu'éts abertits ; belhats-bous-y adare !...
Lou 5 setème

1910.

YAN DOU GOUF.

J'ai gardé pour la bonne bouche lou Cascarot. Le hasard,
que j'ai un peu aidé, m'a placé auprès de lui. Car une sympathie indicible m'attire auprès de cet ecclésiastique à la
figure si loyale et si bonne, aux manières si modestes, qui
pratique la tolérance et la bonté comme devait le faire le
Maître.
Je lui demande une chanson.
Il me l'accorde un peu difficilement, mais cependant avec
bonne grâce.
De sa belle voix grave il chante cette belle perle d'antan.

�LOU MOULIÈ

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La hilhe d'un praub' omi
S'ey leuade de matin :
S'a prés lou sac e Vayne
Es anade au moulin...
Repic
Bire-t, gare, mouliné !
Ju bais la tourné
Branlé, rebirè
La moule dou moulin
Digue, digue, digue si,
Digue, digue, digue la,
Qui bo moule moulera.
Lou mpuliè pot pas moule
La moule qu'es de pic.
« — Mouliè, se bos pas moule
Jou que m'en bau d'aci !
« Mes las brumes s'y bouten
E man hèyte esbarrî

k.

íS^

�— 258 —
« Mountade ser un aubre,
Per tèrre que-m fouti.
« Las daunes de la bile
Qu'an entenut lou crit :
« — Pren-t' aygue sau, maynade !
— E qu'èy lou pè oarit ! »
NOTE. — On répète, avant chaque couplet, les deux vers du couplet
précédent.

L'assemblée frémit d'aise, applaudit à outrance et comme
les petits enfants parlant à grand'mère : Encore, encore !
Et encore il cède et nous donne son Salut qu'il composa
à l'occasion de la réunion d'Eauze.
Enfin l'heure avançant toujours, M. Bibal annonce que les
meilleures choses ont malheureusement une fin : « Notre fête si
réussie touche à son terme. Chacun de nous va reprendre sa
liberté d'action. Mais le bureau de l'Escole a décidé, ce matin, que
la prochaine Félibrée aurait lieu, l'an prochain, dans les HautesPyrénées, à Capvern et à notre château de Mauvezln.
Merci encore à tous et salut de fraternité.
Mais au revoir à Capvern et à Mauvezin ».

A Capbretoun
Partidos dou Béarn, d'Armagnac, de Bigorre,
Las cigalos à brulhs soun cajudous che toun ;
Et lur cansoun dempus, qu'entenes Capbretoun,
Den lous bos, et dou port au-pesquè d'Ossegorre.
Uo serunsurrè que s'apaus'én passan,
Et qu'es bout'a canta débat la houelho griso,
Me qu'es caro quan bei l'aure sensé camiso,
Et sous bras estoursuts roujes courao la san.
(!) J'allais commettre une omission, je prie M. Cassaét de m'excuser, je
ne l'ai cependan pas oublié; car on n'oublie pas, quand on a eu le plaisir
de les entendre, les vers qu'il nous a dits et qui valent ceux qui remportèrent
tant de prix à nos Jeux Floraux !

�— 259 —
Et jou qui souy bengut damb eros à la hesto,
Goum ero que souy mue deuan me d'un gran pin,
Et qu'em trobi petit den l'ahorès san fin,
Qui s'esten, berdo ma, dou Boucau à la Testo.
Qu'en passéji rèban à tous hilhs qui soun morts,
Aus pescayres hardits qui dinc au nauèt mounde
Pourtèn lou toun renoun, et n'en hei pas lou counde
Tan n'en basouc à toun d'homes balens et horts.
Que soun morts louy de tu, dens uo neyt d'auratje,
Et coum en un sauney, que besi lou tourmen
Segouti, charuspla, crouchi lou bastimen,
Et den las pregountous s'enfounssa l'equipatje.
Que soun morts, et jame digun nous a troubats, '
Er las mays et las sos, lous hils et las maynados
Benguen en proucession dempei très cens annados,
Prega deuan lou port, pous qui soun pas tournats.
La gleyzo quous serbis de temple de memori.
Qu'ès en aquero houn, que ouei benguen putsa
L'etsemple que dechèn lous morts de bèt tems a
En y leji lur nom, ser las taules de glori.
Que souy coumo bous auts un amie dou passât ;
Las hlous dou Soubeni pousson bèros à nosto,
Dous houns de l'Armagnac qu'en ei pourtant à bosto
E ser l'auta dous morts que pausi lou brassât.
S.

CASSAET

J'ai encore quelques heures devant moi avant de regagner
Bidache. J'en profite pour faire une promenade sur le
sable, trouvant un plaisir d'enfant à raser la vague qui vient
expirer à mes pieds, lorsque je vois venir M. Pierre, mon
aimable collègue de Capbreton. Il est accompagné du
docteur Dulau, directeur du sanatorium, qui demande à
devenir des nôtres.
J'ai passé ma vie avec les enfants. L'enfance m'attire donc
en toutes circonstances, mais surtout quand elle souffre. Je
demande au nouvel écolier de Febus s'il m'autoriserait à
visiter son établissement. Il y consent de très bonne grâce
et m'offre de m'en faire les honneurs.

�— 260 —

Tout en cheminant, il me donne quelques renseignements
sur sa fondation et son fonctionnement.
Le Sanatorium marin de Cap-Breton (Landes), dû à la libéralité de Madame Desjobert, contient 120 lits, 40 gratuits pour
les enfants du département des Landes, 80 payants pour les enfants provenant soit du département des Landes, soit des départements étrangers.
Il est ouvert, toute l'anuée, aux enfants des deux sexes, âgés de
5 ans au moins et de 15 ans au plus.
Les enfants appelés à profiter du traitement marin sont ceux qai
sont atteints :

De lymphatisme et d'anémie ; de scrofule ; d'abcès froids ; de
lupus; de périostite ou d'osteo périostite avec ou sans suppuration ; de tumeur blanche des membres supérieurs avec ou sans
suppuration ; de tumeur blanche des membres inférieurs permettant la marche avec ou sans appareil ; d'ostéite on d'arthrite vertébrale, suppurée ou non, permettant la marche avec ou sans
appareil ; de rachitisme.
Ne peuvent être admis les enfants atteints :

De phtisie déclarée ; de teigne faveuse, tondante ou pelade ;
de syphilis ; d'idiotie ou épilepsie ; de paralysie infantile ; d'incontinence d'urine diurne et nocturne.
Le Prix de la pension est de 1 franc 60 par jour.

Un seul médecin suffit à soigner tous les malades ;
mais il est aidé par un ou deux de ses confrères quand il y
a des opérations à faire.
Mais nous arrivons. Le sanatorium s'étend sur une surface
à forme rectangulaire très allongée. Il fait face à la mer
dont il n'est séparé que par une courte distance. Il n'a rien
de monumental, mais son aspect est cependant agréable.
Rien n'y est sacrifié à la fantaisie. Tout ce que j'ai vu a sa
raison d'être, son utilité pratique. Nous parcourons les
diverses salles avec rapidité, car je n'ai plus que quelques
instants. Elles sont très hautes de plafond, éclairées et
aérées par des fenêtres vastes ; l'air et le soleil y pénètrent
partout à flots. Je remarque que les planchers sont lavés
à grande eau et tenus dans un état de propreté minutieuse.
Je fais en passant une affectueuse caresse aux petits

�— 26Í —
malades qui sont retenus au lit ipar quelque infirmité
nécessitant le repos. Ils y répondent fort civilement. La
salle d'opération me fait frémir, je m'en éloigne à pas
pressés. Et cependant il en faut me dit le docteur, on y
accomplit souvent des miracles. Et, pour le prouver, il me
fait voir plusieurs photographies d'enfants qui sont arrivés
là, les membres pliés, tordus, voués à une immobilité ou à
une claudication perpétuelle et qui en sont repartis sains et
allègres, galopant, sautant comme les cabris dans la montagne. Les voilà, en effet, sur cette épreuve, dignes de pitié, et
sur celle-là dignes d'admiration.
Je tends la main à l'habile docteur-chirurgien et lui
présente des félicitations émues autant que sincères.
Un coup d'œil en passant au dortoir, aux réfectoires, aux
salles de récréation, aux salles de bains : tout est blanc,
reluisant, il y règne un ordre parfait.
La colonie est presque toute sur la plage, en train de se
rouler dans le sable, de courir, de sauter, de cabrioler, de
se griser de l'air salutaire, de l'air vivifiant. Des tentes sont
disposées de ci, de là, où l'on va se reposer quand la fatigue
est venue. Une jeune femme surveille attentivement tout ce
petit monde qui use de la liberté sans en abuser.
Mais je m'échappe en remerciant le docteur Dulau et en
lui promettant de recommander chaudement son établissement. Je le fais ici de grand cœur et c'est justice.

En écrivant ces lignes, à quinze jours de ces charmantes
fêtes,1il m'incombe un devoir auquel je ne saurais manquer
sans ingratitude, c'est de remercier la population de Capbreton de l'accueil si courtois, si sympathique qu'elle a fait
aux écoliers de Fébus. Certes, partout où nous avons passé
depuis treize ans, nous avons été reçus avec l'affabilité particulière aux habitants du Sud-Ouest. Mais la réception de
cette année était empreinte d'un caractère particulier qui
rappelait par certains côtés le-laisser-aller, le bien-être de la
famille. A Capbreton nous étions à notre aise comme chez
nous. J'avais emporté pareille impression de la réunion de
St-Sever. Ce qui semblerait indiquer que l'hospitalité landaise
est surtout faite d'amicale simplicité.

�— 26â —
Merci donc à nos hôtes de deux jours!
Merci à M. le Maire Larrat de tout ce qu'il a fait pour nous
rendre notre séjour agréable. Merci encore à lui des notes
précieuses qu'il m'a fournies pour la rédaction de ce compterendu .
Merci enfin à M. Pierre dont la société m'a été si agréable
et la collaboration si utile !
E si yaméy, lous mèys amies, e passais per nouste, que-b
diserèy : Sedéts-pe au coutét pramou que assiu qu'èts a
boste. E l'auserou encauyoulat qu'en dera û rebalays ; e lou
toupî que s'en arridera drinou mey hort, pramou que
Quoand û amie arribe a la maysou,
Lou hoéc qu'augménte d û tisou.
J'ai promis plus haut de répondre en finissant à une doléance du bon Lafore, qu'il renouvelle chaque année avec
une véhémence qui va toujours croissant.
Tout en rendant au beau sexe, en galant Béarnais qu'il est,
le respectueux hommage qui lui est dû, il ne peut comprendre que nous éprouvions le besoin de confier à une reine,
assistée de six muses, la présidence de nos assemblées.
L'institution, dit-il, est archaïque ; elle a quelque chose de
théâtral qui peut aller fort bien au pays où fleurit l'oranger
mais qui s'assimile mal avec nos sentiments égalitaires, avec
le sérieux qui est la marque distinctive du réveil béarnais et
gascon.
Le sujet est charmant, convenez-en, et prêterait à développements intéressants. Mais j'ai déjà abusé de votre patience, amis lecteurs, et je vais répondre très sobrement.
La femme comme la fleur n'a jamais déparé une belle
réunion ; au contraire, elle l'embellit et la poétise, elle l'égaie
de son sourire et la vivifie de son esprit.
La femme exerce au foyer et dans la société un rôle
prépondérant. Elle a mille ressources pour faire triompher
la qause qu'elle affectionne. Elle tient le cœur de l'homme
et l'âme de l'enfant. Qu'elle le veuille bien et la langue
gasconne deviendra la langue de la famille, la langue des
affaires, la langue du dedans et du dehors, la langue préférée
que l'on parlera mieux encore que par le passé, parce que
la culture générale d'aujourd'hui est supérieure à celle
d'autrefois.

�— 263
Reine ou muse, qu'elle vienne donc à nous la femme
béarnaise ou gasconne, en grand nombre, et qu'elle occupe
au milieu de nous la place de choix, le fauteuil d'honneur.
Qu'elle y vienne si elle a la foi, parce que sa foi en sortira
fortifiée et grandie.
Qu'elle y vienne aussi si elle ne recherche dans notre
société qu'une distraction, parce qu'au contact de la rose la
feuille sèche avait acquis un parfum pénétrant.
Mais il est facile de rajeunir cette institution archaïque des
muses et de la rendre acceptable, que dis-je ? désirable pour
tous ceux qui aiment les choses de chez nous.
Il y a trois ans, à Mauvezin, M. Bibal, nous présenta ses
trois filles, l'une en Garonnaise, l'autre en Tarbaise, la troisième en Ossaloise ; et leurs costumes, renouvelés du passé,
ne furent pas la moindre attraction de la splendide fête qu'il
nous donna.
Eh bien! qu'à Capvern, il nous présente l'année prochaine
un groupe de jeunes personnes habillées comme l'étaient
autrefois nos mères, nos femmes et nos filles et il aura, je
crois pouvoir le garantir, changé les témoignages d'improbation en acclamations d'enthousiasme.
E adare, amies, en attehdén l'anade nabère, lou boun
Diu que-b hèsi gauyous et hurous! (1)
J.-V. LALANNE.

(1) On remarquera que j'ai évité de me servir des mots félibre et félibrige
dans ce long compte-rendu.
J'en dois l'explication à mes amis et à mes lecteurs.
Les statuts du félibrige, je parle du vrai, du beau, du premier en date,
avaient pris pour règle et presque pour devise, ce vers de. notre poète
national :
" Soyons tous amis, soyons tous frères "
Aussi, j'embrassai la cause mistralienne avec un enthousiasme que les
écoliers de Fébus ont tous connu.
Mais depuis deux ans, tout cela est en train de changer.
A la paix, à l'union des premiers ans, ont succédé, au sein du Consistoire,
un état de trouble, fait de querelles intestines, de manifestations ressemblant
tantôt à de la politique de gauche, tantôt à delà politique de droite.
A mon sens (car je parle ici en mon nom personnel sans engager en quoi
que ce soit la responsabilité du bureau de l'Escole), à mon sens, le bon
renom du félibrige est compromis, et je nie refuse à suivre les voies ouvertes
par le félibrige nouvelle manière, parce qu'elles s'écartent de cet idéal de
fraternité qui peut seul amener le triomphe des revendications méridionales.
Mais je suis et je reste écolier de Febus, parce que notre Ecole a toujours
été fidèle aux bonnes traditions : la fête admirable de Gapbreton en est la
preuve la plus éclatante, la plus indéniable.

�- 264 —

Escole

Gastou-Febus

Jeux-Floraux de Capbreton. — 1910
PALMARÈS
Poésie
Médailles de vermeil
er

1 , M. Emilieii Bareyre, d'Arès (Gironde), pour La Partençe das
Pescayres.
2e, Dr Levrat, de Simorre (Gers), pour sa pièce La planhenso
dous anjols.
Médailles d'argent
er

1 , Léon Arrix, d'Aureilhan (Hautes-Pyrénées), pour son ode
Bibe Case.
2e Armand Lamothe, de Lagraulet (Gers), pour son Printemps
paysan.
3°, Pierre Abadie, instituteur à Soumbru (Hautes-Pyrénées),
pour son Bi blanc de Jurançou.
4e, François de Lartigue, de Monguilhem (Gers), pour ses sonnets Per Nouste.
5e, Mme Pierre de Libertad, d'Auch (Gers), pour son Lou pttit
mouli.
Diplômes de médaille d'argent
er

1 , Denizet, à Charre (Basses-Pyrénées), pour En rebasseyan.
2e, Adrien Bibes, d'Adé (Hautes Pyrénées), pour Nouste terre.
Médailles de bronze argenté
er

1 , Jean de Mécène, de Buzet (Lot-et-Garonne), pour La bigno
de Pujol.
2e, Tauzin, de Baigts (Basses-Pyrénées), pour La serre dousoulibés.
3e, Abbé Barros, d'Urgons (Landes), pour Au grit maysouè.
Médailles de bronze
1er, Louis Lamaignère, instituteur à Artassens (Landes), pour
La bite au bilatye.
2e, Abbé Eloi Rietsch, de Uèmu (Gers), pour ses sonnets En dous
praubes, misèros.
3e, J.-B. Lamarcade, de Miramont-Sansacq (LandesJ, pour Lou
bieilh.
4e, Abbé Naves, de Levigneau (Landes), pour sa Chigalhe e Arroumigue.

�— 265 —
Mentions
1er,

Paul Dufîour, de Tarbes (Hautes-Pyrénées), pour Lous mis
débuts de casse.
2e, Mlle Jeanne Puyou, de Pau (Basses-Pyrénées), pour Bouts de .
bosc.
3e, Marcel Lacroix, de Buzet (Lot-et-Garonne), pour Rencountrè.
4e, Lauquet, de Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées), pour
Ero darrero courso de founds.
Concours de Prose
Pa Médaille de vermeil
M. François de Lartigue, de Monguilhem (Gers), pour son récit
Las Aguestes.
2e Médaille de vermeil offerte par le Président de l'Escole
M. Canton, instituteur à Mirepeix (Basses-Pyrénées), pour La
Légende de Coarraze.
Ex-œquo : Médailles d'argent
M. Barros, d'Urgons (Landes), pour La Benyence de l'Arnautet.
M. Léon Arrix, à Aureilhan (Hautes-Pyrénées), pour Lou souney
de la crabère.
Médaille de bronze argenté
M. Louis Lamaignère, instituteur à Artassens (Landes), pour
Lous couate ertès de la Marioun.
Médailles de bronze
M. Darricarrère, de Pau, pour Un counté sur las Estéles apèrades
« las set crabères ».
M. Lauquet, de Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées), pour
Era hesto-naou de Ciéoutat.
Mention honorable
M. Paul Dufîour, de Tarbes (Hautes-Pyrénées), pour Agita aouan
de sén serbi.
Concours de Dessin
PREMIER CONCOURS

(Couverture du morceau de musique mis au concours : Lou
Ninin au Bersòo).
Fleur de vermeil offerte par M. Bibal
M. Sellier, instituteur à Mauvezin (Gers).
)'

�— 266 —
Médaille d'argent
Mlle Renée Lâché, de Bordeaux.
Médaille de bronze et un livre d'art
Mlle Madeleine Romfort, de Bordeaux.
Un livre d'art
M. Beaugrand, de Lavardac (Lot-et-Garonne).
M. Cheval, de Bagnères-de-Bigorre.
DEUXIÈME CONCOURS

Dessin, peinture, sculpture (un berger et son chien).
Fleur d'argent offerte par M. Bibal
M. Cheval, déjà nommé, pour sa sculpture.
Médaille d'argent
Mme Guilhot, de Bordeaux, pour sa peinture
Un livre d'art
Mlle Renée Lâché, déjà nommée, pour son fusain.

Concours de Musique
(Mise en musique avec accompagnement de la Berceuse : Lou
Ninin au Bersôo, de Yausep Gascoun.)
Médaille de vermeil
M. Castaingt, ancien instituteur de Pau, dont l'œuvre va être
gravée par un ami de l'Escole, M. Hernoult, de Pau, et portera la
couverture primée de la fleur de vermeil du Concours de Dessin.
Ex-quo : Diplôme de médaille de vermeil
M. Paul Moureu de Pau.
M. Jean de Mécène, de Buzet (Lot-et Garonne).
Médaille d'argent
M. Cazenave, d'Arthez (Basses Pyrénées).
Médaille de bronze argenté
M. Abadie, de Lestelle (Basses-Pyrénées).
M. J.-B. Ahetz-Etcheber, de Capbreton.
Prix d'Honneur
(Histoire et Erudition)
M. Tauzin, à Saint-Justin-de-Marsan (Landes).

�- 267 -

Concours des Ecoles
Mme Loussalez-Artets, directrice d'école, Arthez-d'Asson, un
prix de 60 f r. en espèces ;
Mme Canton, institutrice à Mirepeix, 20 fr. en espèces ;
M. Canton, instituteur à Mirepeix, un prix de 20 fr. en espèces.

NABÈTHS COUNFRAYS
M. Plassot (A), directeur d'Ecole, Pau.
M. Hustach (Jean) (A), instituteur, Pont d'Hippône, Bône.
M. le Docteur Louit, conseiller général, maire de Jigun (Gers).
M. Cassagnac (Paul de), conseiller général, Château du Coulomé,
à Plaisance (Gers).
M. Larrat, maire de Capbreton.
M. le Docteur Junqua, à Capbreton.
M. Duboscq (Jean) (A), instituteur, à Tersis-les-Bains.
M. Clavery (François), adjoint principal de la marine, à Rochefort.
M. l'abbé Naves, curé de Levigneau (Landes).
M. le Docteur Dulau, directeur du Sanatorium, à CapbretOQ.
M. Getten (A), instituteur, à Dax.
M. Gardas, président du Syndicat d'Initiative, à Capbreton.
M. Pierre (A), directeur d'école, à Capbreton.
M. Ahetz-Etcheber (J.-B.). à Capbreton.
M. Faure (L.), secrétaire de l'Amicale des Hautes-Pyrénées,
Boulevard de La Villette, 171, Paris.
M. Lajus(Paul), rue du Commerce, Orthez (B.-P.).
M. le Docteur Levrat, rue du Sénéchal, 9, Toulouse.

Vu l'importance du compte rendu, nous sommes forcés de renvoyer
au Numéro de Novembre, la publication des pièces des concours de prose
et de poésie qui ont obtenu les numéros i et 2, ainsi que les trois
premiers numéros du concours de musique.
Lou Yérant : E. MARRIMPOUEY.

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              <text>Lalanne, Jean-Victor (1849-1924)</text>
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&lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://www.reclams.org/" target="_blank" rel="noopener"&gt;&lt;img style="height: 97px;" src="http://occitanica.eu/images/omeka/gaston_febus.jpg" height="97" /&gt;&lt;/a&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;</text>
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