<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<item xmlns="http://omeka.org/schemas/omeka-xml/v5" itemId="22634" public="1" featured="0" xmlns:xsi="http://www.w3.org/2001/XMLSchema-instance" xsi:schemaLocation="http://omeka.org/schemas/omeka-xml/v5 http://omeka.org/schemas/omeka-xml/v5/omeka-xml-5-0.xsd" uri="https://www.occitanica.eu/items/show/22634?output=omeka-xml" accessDate="2026-04-13T10:35:30+02:00">
  <fileContainer>
    <file fileId="144364">
      <src>https://www.occitanica.eu/files/original/75b9a5acb85d625b476c6ea30f81cf78.jpg</src>
      <authentication>ced40caf40747bcb6c69e5d700b054bf</authentication>
    </file>
    <file fileId="144365">
      <src>https://www.occitanica.eu/files/original/9602f97cff1ca29d60a5bfa98c880a8f.pdf</src>
      <authentication>38c953f75843448ddfd9da057726aa3b</authentication>
      <elementSetContainer>
        <elementSet elementSetId="9">
          <name>PDF Text</name>
          <description/>
          <elementContainer>
            <element elementId="175">
              <name>Text</name>
              <description/>
              <elementTextContainer>
                <elementText elementTextId="742368">
                  <text>DPUOCEOA:MITNYASRIEN

AICÍERA

�Prix: 20 F

OCCITANIE
UN PAYS POUR DEMAIN

Juillet I9H0
Numéro hors-série,

supplément exeeptionnel.

��'

VIDI3

VHV

t
®sox^to«

^îîîw&lt;.

rrn.f

��C.I.D.O.
BÉZIERS

OCCITANIE

:

UN PAYS POUR DEMAIN

Aicí

e

1980

ara

��C.I.D.O.
BÉZIERS

UN PAYS POUR DEMAIN

L 'Occitanie existe. Treize millions de

citoyens français

prennent peu à peu conscience de leur identité, de leur
différence, de leur appartenance à une communauté qu on
saurait qualifier de « régionale », pour la simple raison
qu'elle dépasse les découpages régionaux imposés par les
technocrates français.
ne

L'Occitanie

existé politiquement. Elle a été conquise
du
XIIIe au XIXe siècle, morceau par mor¬
par les armes,
ceau. On la croyait assimilée, digérée, francisée; elle se
rebâtit

a

sous nos

yeux.

Elle n 'a que faire des ronds-de-cuir de la Pensée fran¬
çaise qui prennent le train en marche.
Ce numéro spécial de Aicí e ara s'adresse à tous ceux qui
veulent mieux connaître notre pays sous tous ses aspects.

Politique, économie, art, littérature, sociologie, éducation :
ils y découvriront Videntité occitane dans toute sa diversité,
dans toute sa profonde unité.
Nous y donnons la parole à ceux qui ont un pays sous les
pieds, une tâche à accomplir, et quelque chose à dire.
«

Puisse le lecteur découvrir que l'Occitanie n'est pas un
Midi » qui n 'existerait que par référence à un Nord, mais

un pays qui renaît, et prend conscience
appartient.

que

l'avenir lui

AICÍE ARA.

�I

�L'OCCITANIE À LA RECHERCHE
DE SON

«

ÈIME

»

Marie-Claire VIGUIER

L'Occitanie existe-t-elle ? Une question que les militants ne
cessent de

se

poser.

Elle existe

au

moins dans l'espace des

choses nommées. L'administration royale lui donna ce nom, que
le

linguiste Jacques Taupiac classe judicieusement parmi les
« semi savante », donc d'emploi malaisé, peu
assurées par l'usage. A tel point que l'on discute encore sur la
place de la syllabe tonique : doit-on prononcer outsitànyo, ou bien

formes de création

outsitanío ? (1).
Antonin Perbosc instituteur et félibre actif, dans la région
languedocienne, pensa, vers le début du siècle, que le terme
méritait d'être popularisé. L'histoire lui a donné raison.
On a dit de lui que, lorsqu'il trouvait un mot rare, il l'enchâs¬
sait bien vite dans un poème, de peur qu'il ne se perde. Ainsi de

l'adjectif biòc, désignant un sabot dépareillé, ou un poulet
acheté seul, du temps où ceux-ci se vendaient par paires, quatre
pattes ficelées.
Un mot que

Perbosc aime beaucoup, et emploie

est l'occitan èime. Un terme à remarquer par sa

assez souvent,

polysémie, et
l'impossibilité de trouver en français un équivalent unique. Il est
clair que les poètes occitans n'arrivent pas à se traduire euxmêmes : problème classique de traduction ? Mais dans un mot
comme èime, il peut s'agir d'un
problème spécifique d'une
langue, du peuple qui la forge et l'emploie. J'ai eu l'idée de

Marie-Claire Viguier :
Née à Albi,

sociologue à l'Université de Toulouse - le - Mirail,
membre du Comité de Rédaction de Aicí

e ara.

�8

AICÍEARA

relever les contextes où apparaît le mot èime. J'en ai retenu

cinquantaine,
qui vont suivre.
une

assez pour

asseoir sérieusement les remarques

PARENTHÈSE PHILOSOPHIQUE

L'èime,
un

nous

terme relié

tence.

Pour

le

au

verrons, est une façon d'être de l'esprit. C'est
domaine de Y essence plutôt qu'à celui de l'exis¬

parler concrètement, Y existentiel représenterait la

vie de tous les jours, ce que nous voyons ; Y essentiel serait
sorte de constante qui se voit à condition d'être attentif,

une

qui dure
à travers le temps. Ainsi, une langue change à chaque
généra¬
tion, mais ce qui change est toujours moins important que ce qui
demeure stable. Ainsi, l'animal-homme s'est formé
nous le
savons à présent — sur trois millions d'années
; et la notion
d'homme, pour nous, ne provoque pas de doute. Donc la « nature
humaine » est une variable à variation tellement lente qu'elle
est
invisible. Et il semble évident que les peuples aussi possèdent
leurs caractéristiques durables.
—

Mais les philosophes ne sont pas accoutumés à raisonner en
termes de durée et de liaison continue entre des choses diffé¬
rentes ou opposées. Ils raisonnent en termes de «paires

mini¬
oui/non, blanc/noir, être/néant... Et la manie cyclique
des philosophes est de supprimer l'un des deux termes : si l'on
supprime la Matière, vous voici idéaliste-, si l'on supprime
l'Esprit, vous voilà matérialiste. Et vous êtes là à jouer à clochepied avec votre concept dépareillé — « biòc » — tout en excom¬
muniant ceux qui font de même, mais sur l'autre pied...
Aucun
exemple ne me semble nécessaire, le procédé étant courant.
males»

:

Le jeu philosophique que j'ai connu il
y a vingt ans était
tence contre l'essence. Mais il y avait, implicite, la notion

l'exis¬
d'être

humain

(baptisée humanisme). L'on faisait, à la mode de
sans le savoir. L'«homme»,
ensuite, se perdit en chemin, et il s'ensuivit une crise de commu¬
nication et de méfiance générale.
N'ayez crainte. Nous ne ferons pas de métaphysique, de
mystique ou de magie. Nous chercherons dans le texte occitan en
langue d'oc.
M. Jourdain, de l'essentialisme

L'ÂME OCCITANE : UNE
Voici
ment

«

RUMEUR

»

UNIVERSITAIRE ?

un sociodrame
sémantique. En d'autres termes : com¬
j'ai recherché les conditions sociales de production d'un

�0 CCITANIE

:

9

UN PA YS PO UR DEMAIN

concept, et son attribution à un référentiel donné. Le concept en
question pouvant s'assimiler à une chimère, qui est, comme
chacun sait, un animal imaginaire composé d'éléments emprun¬
tés à des bêtes existantes.
Au commencement, il y a l'âme bretonne, indiscutable dans le
discours breton, et critiquée par des Bretons comme Quéré.
Michel le Bris

en

dit

:

«

D'un côté le

poétique, l'immense, l'illi¬

mité, la quasi-métaphysique de la mer — c'est sans doute cela
que l'on appelle « l'âme bretonne » ; de l'autre côté le pouvoir, la
catastrophe, la mort. » (2)
ACTE UN.
Michel Grosclaude, spécialiste de gascon,
érudit rationnel, écrit un texte sur le comportement politique des
Occitans. Selon lui, «le comportement politique du Midi paraît
•

—

s'expliquer
nes

(...)

:

rencontre

l'interférence de deux séries de phénomè¬
phénomène économique relativement récent (...)

par

un
une

tradition culturelle latente occitane héritée de

plusieurs siècles d'histoire. En somme, le Midi occitan, qui
possède une conscience plus ou moins confuse d'une certaine
aliénation, qui sent se perdre sa personnalité au fur et à mesure
que disparaissent et sa langue et sa culture, qui perd sa prospé¬
rité après avoir perdu ses libertés, compense cette infériorisation
dans un comportement politique contestataire. » (3)
a

Dans

un

autre

forgé,

au

long des siècles, l'âme occitane.

Cette
Voire !

livre, le même auteur avait écrit que

«

l'histoire

»

âme, produit historique, n'aurait dû gêner

personne.

ACTE DEUX.
Gérard Formaggio, auteur de la thèse la
plus documentée qui existe à l'heure actuelle sur le mouvement
occitaniste (4), reproduit le premier texte de Grosclaude cité plus
haut, jusqu'à «... plusieurs siècles d'histoire». Les guillemets
manquent — un incident de frappe — de telle sorte qu'il est
impossible de savoir où est le texte de Grosclaude et celui de
Formaggio. On lit donc, dans la foulée : « Le Midi prolétarisé
exprime sa protestation en votant en gauche et (...) l'âme occi¬
tane exprime son existence en votant non ». Comme la référence
à Grosclaude tombe précisément ici, la dernière phrase farfelue
lui est attribuée par un effet de contexte.
•

—

Nous pouvons donc lire dans
que,
non

un article de François Dubet (5)
selon Grosclaude, «l'âme occitane s'exprime en votant
». En outre, Dubet renvoie l'« âme occitane » à la
personna¬

lité de base des culturalistes américains.

�AICÍEARA

10

•

ma

ACTE TROIS. — L'âme occitane ne me dit rien, en raison de
connaissance limitée du texte occitan. Je me doute cepen¬

dant que

cette expression ne

doit

pas

être bien répandue. Des

amis renseignés confirment mon intuition. Je pars pourtant à la
recherche de contextes de Y âme. Je trouve surtout, pour l'épo¬
que

félibréenne, la Race, la Terre, et des choses semblables.

Peuple, également. C'est chez Perbosc que je rencontre
Vèime, terme abstrait et souvent conceptualisé, qui semble jouer
le rôle de substitut à Y âme. Le terme n'a pas d'équivalent fran¬
çais, et demeure donc irréductible à des clichés préétablis.
• ENTRACTE. — Je tente
d'expliquer à certains universitaires
que l'âme occitane existe surtout dans la tête de quelques intel¬
lectuels critiques à la recherche de périls théoriques. Ma qualité
de militante ôte à mes affirmations toute crédibilité. Il faut encore
Le

chercher...
•
ACTE QUATRE. — Je rédige un petit article dans le pério¬
dique Païs Occitan (6) pour dire que l'«âme occitane» reste
introuvable ; mon raisonnement est illustré de certains extraits
d'auteurs récents, où apparaît Yèime. Peu après, dans un article
sur l'occitanité (7), je définis Yèime grâce à des expressions
populaires, tirées, entre autres sources, du Trésor dóu Felibrige
de Mistral. Comme l'étymologie proposée par Louis Alibert est
le latin aestimare (mesurer), je présente Yèime comme la
«mesure du monde», un rapport de l'homme au monde. Je
pense au schéma du corps humain, de Léonard de Vinci, et au
roseau d'or cher à Maritain, philosophe traditionnel et diffici¬
lement lisible, mais sympathique en raison de son opposition à

Maurras.
DIVERTISSEMENT.
L'âme occitane qui vote non est
quelque chose de trop joli, de trop ethnotypique, pour ne pas
figurer dans une grande quantité de thèses et de mémoires.
On a ajouté une plume à la tenue peau-rouge des Occitans. On
croira bientôt que c'est le costume traditionnel authentique. De
toute façon, s'il est une loi logique, c'est que le vraisemblable
prime sur le véritable.
•

•

—

ACTE

CINQ.

—

M. Robert Lafont, qui semble craindre pour

le mouvement occitaniste

une

vague

d'obscurantisme métaphy¬

sique, écrit «L'Occitanie sera bientôt une personne. En faisant
passer du singulier de l'acte et de la raison des hommes au collec¬
tif obscur d'une essence de peuple, non seulement sous le terme
èime vous faites, déraisonnablement, une confusion du sujet

�OCCITANIE

:

UN PAYS POUR DEMAIN

11

individuel et du sujet de l'Histoire, mais encore, à
celui-ci,
ôtez l'Histoire : l'Occitanie est devenue le sujet absolu. »
(8)

vous

Il m'apparaît pourtant qu'une personnalisation
de Yèime est
impossible. On ne dit pas «ai un èime», comme on peut dire
ai una ama ». On dit « ai d'èime », « ai l'èime » : il
s'agit d'une
qualité de l'esprit. Au niveau d'un peuple, c'est sa façon d'être
et, si nous admettons le peuple, il n'y a aucune raison de lui
«

refuser Yèime.
En 1943, la

revue Les Cahiers du Sud publia un numéro
spé¬
Le Génie d'oc. Un bonne traduction serait : L'Eime d'òc.
Pour les auteurs — René Nelli, Joë
Bousquet, Simone Weil,

cial

:

etc.

il

—

s'agissait d'une civilisation, d'un héritage culturel,
l'idéologie de l'occupant.

d'une résistance à
•

EPILOGUE.

—

Michel Grosclaude remarque : « Un mot n'a
Je donne quant à moi au

que la signification qu'on lui donne.
terme âme un contenu absolument

positif. C'est

pour

moi

une

étiquette qui recouvre toutes les particularités culturelles,
psychologiques d'un homme ou d'un peuple (...). Le mot âme
serait

un concept raciste si
je lui accordais la signification d'une
substance, ou d'un «je ne sais quoi » héréditaire qui se transmet¬
trait dans le sang ou par les molécules d'A.D.N. Mais
je consi¬

dère précisément que les caractéristiques
psychologiques d'un
peuple sont le produit de l'histoire... et donc également des
conditions matérielles de

sa

vie.

»

(9)

Et notre auteur

ajoute une leçon de syntaxe qui pourrait aussi
bien s'appliquer à Yèime : « Le mot âme est
toujours employé par
moi en fonction de complément, jamais
de sujet. J'ai dit : l'his¬
toire a forgé au long des siècles l'âme occitane
(complément
d'objet); je n'ai jamais dit que l'âme occitane s'exprime en
votant non (sujet). Je n'ai donc jamais substantialisé cette notion
d'âme.

»

CONTEXTES

Frédéric Mistral, dans son Trésor dóu
Felibrige, recense les
emplois usuels du mot : Sabi pas ont a son èime, je ne sais pas
où il a l'esprit; N'ai ges d'èime d'aquò,
je n'ai aucune idée de
cela; Jutjar a l'èime, juger à vue d'œil ; A tôt èime, à tout
hasard ; Trabalhar d'èime, travailler
d'imagination.
Les

sens

nement,

français proposés

raison,

sens,

sont : jugement, opinion, discer¬
pensée, idée, esprit, instinct. Aucun

�AICÍE ARA

12

relie au peuple occitan : il doit donc s'agir ici d'une
acception nouvelle ajoutée par les occitanistes.
Antonin Perbosc emploie le mot dans l'acception tradition¬
nelle : « Unfelibre (...) m'a fach veire lo bon camin, o compreni
a bèl èime» (10); «Las fadas (...)fasiân don als còrs bloses de
bon èime e d'abeluc» (11); «Los òmes sens èime» (11); «Que
Dieu acòrde un pauc mai d'èime als ornes » (12).

contexte ne se

ensuite à Y èime comme marque ou attribut du
Nòstre èime reiral » (11) ; « L 'èime patrial » (11) ; « L'èime
sol del pacan val tota la sapiença (...). L'èime, lo biais, al fons,
aquí çò de melhor» (11); «Tu, manteneire de l'èime» (11);
L'èime abrondant del terrador occitan » (12).
Nous passons

pays : «

«

qu'il ne veut pas parler uniquement de l'entende¬
individuel, mais d'une chose commune à un groupe hu¬
main. L'effort de finesse dans le vocabulaire est évident si nous le
Il est clair

ment

à son contemporain Prosper Estieu : «E l monde nos
l'engenh de l'occitana Raça » (13), e lo «Pòble occi¬
tan qu 'a l'ama ufanosa » (13).
Les emplois plus récents du terme se rattachent soit à la source
Mistral, soit à la source Perbosc. (Nous citons entre crochets

comparons

veirà salvar

auteurs) :
Dolors, plasers t'an

les traductions dues aux

mal clavelat a ton èime»
[toi-même] (14).
Henri Espieux : «E mon èime aflaquit que venguèt tôt de
sause » [mon être flétri] (15).
Pierre Pessemesse : «S'èran derrabat l'èime» [leur nature
profonde] (16).
Michel Chadeuil : « Volèm pas endurmir lo pòble (...). Volèm
durbir a son avenidor en li far sentir son identitat vertadièira e
en li tornar son èime ad eu. » (17).
Henri Mouly : « Cal ben reconéisser que nòstre esperit, nàstre
èime, nòstra lenga, tant valon coma los dels autres. » (18).
Robert Lafont : « O sabèm ara, çò qu 'avèm d'aparar, çò
qu 'avèm gasanhat, e que Voccitanisme es vengut carn de la carn,
René Nelli

:

«

» (19).
Enfin, Yves Rouquette, dans une

èime de l'èime.

traduction de Joseph Delteil,

celui-ci déclara plus authentique que l'original, n'a pu se
priver de Y èime : «L'èime, aquò's l'èime fòl, cantava NòstreSénher. L'èime aquà's bèlnas, grand uèlh epensada sens calças.
Veses dins l'endelà, imaginas la quintesséncia » (20) ; « Assucalo de beutat, d'èime assuca-lo ! » ; e anavan «équipais d'èime.»
que

�OCCITANIE

:

13

UN PA YS PO UR DEMAIN

du surréalisme. Et si l'occitapeuple qui ne veut pas mourir,
alors Vèime d'òc est une forme de résistance. Il a été forgé par le
peuple, comme son langage. Ni plus, ni moins.
L'écrivain Léon Cordes, qui emploie une langue merveilleu¬
sement populaire et authentique, m'écrit que je n'ai rien décou¬
vert. Tant mieux. Voici donc d'autres expressions que l'on peut
relever dans la langue populaire : metre d'èime; sens èime ;
à l'èime de... ; l'èime li diriá pas de... ; segon son èime ; cadun
Ainsi l'èime reçoit la caution

nisme est

a son

une

Utopie

pour un

èime, etc., etc.

précise : « Il m'est arrivé plus d'une fois d'entendre
qui avaient perdu leur occitanité, et qui se posaient des
questions, sauter sur ce mot comme s'ils y retrouvaient la réfé¬
rence à leur personnalité (...). D'un seul mot s'imposaient de
nouveau la langue et la conscience. »
Et Cordes

ceux

Le lecteur qui ne connaît pas l'occitan verra quelle philosophie
implicite peut se dégager dans une langue qu'il croyait-, peutêtre, fossilisée. J'écrivais que la langue est un tissu sans couture,
artisanal et « sauvage ». Il arrive parfois qu'on puisse suivre un
fil, au risque de déchirer la trame. ■

(1) La seconde prononciation, plus naturelle, s'impose.
(2) Michel le Bris,

«

L'Homme

aux

Semelles de Vent

Grasset, 1977

»,

.

(3) Michel Grosclaude, «Deux comportements politiques», in «Le Sud et le
Nord » (Privât, Toulouse, 1971). Cf. également l'article publié dans ce numéro.
(4) Gérard Formaggio,
Bordeaux, 1976).

«

L'Occitanisme contemporain

»

(Thèse de 3e cycle,

(5) François Dubet, «Sur l'analyse sociologique du mouvement occitan» in
«

Sociologie du Travail

(6)

«

Pais Occitan

»,

»,

(7) Maria-Clara Viguièr,

(8) Robèrt Lafont,

«

n° 3,1976.

n° 33, 1978.
«

L'Occitanitat

en

question

»,

in

«

Aicí e

ara »,

n° 2, 1979.

Nani Monsur», Vent Terrai, 1979.

(9) Lettre de M. Grosclaude à l'auteur.
(10) Antonin Perbosc,

«

Manifestes occitans

(11) Antonin Perbosc,

«

Lo Libre del Campèstre

(12) Antonin Perbosc,

«

Lo Gôt occitan

»,

»,

1903.

Cap
»,

e

Cap &amp; Môstra, 1976.

1920.

�AICÍEARA

14

(13) Prqsper Estieu,
(14) René Nelli,

«

«

La Cançon occitana

Arma de Vertat

(15) Henri Espieux,

«

Telaranha

(16) Pierre Pessemesse,
(17) Manifeste, in

«

«

(20) Joseph Delteil,

Nhòcas

«

«

Òc

»,

aux

»,

1908.

I.E.O., coll.

I.E.O., coll.

»,

e

Lo Leberaubre

(18) Henri Mouly, préface
(19) Robert Lafont,

»,

Bachòcas
»,

«

«

Messatges

Messatges

».

1949.

»,

I.E.O., 1957.

»,

n° 1, 1975.

«Contes del

meu

Ostal»de J, Bodon, I.E.O., 1951

n° 190,1953.

Nôstre-Sénher lo Segond

»,

I.E.O., coll.

«

A Tots

»,

1973.

SAURAMPS
LIBRARIA INTERNACIONALA
La Veirièira dau

Triangle, Plaça de la Comedia

34000 Montpelhièr
Tel. 58 76 97

Qui vòu saber qu es aquò que d aimar
Venga enta mi hèr son aprendissatge.
Jo li diré qu 'aquò n es qu 'ua mar
Calma tantòst, tantòst plea d'auratge.
Andriu DELPRAT.

�«

LA SEULE VÉRITABLE PATRIE

»

Henri FABRE-COLBERT

Formidable écrivain populaire,

avec un humour à faire hurler de rire
(Jean Vialade), Henri Fabre-Colbert a fondé et anime depuis
dix ans l'étonnant Écho des Corbières Tèrra d'Ôc. Ses
coups de gueule
irritent les chapelles et les pontifes occitanistes. Les «
spécialistes »
de l'Occitanie en visite en Province préfèrent les allées universitaires
à la fougue de cet homme. Tant pis pour eux. Nous sommes allés
rencontrer Henri Fabre-Colbert dans son
village de Conilhac-Corbières.
«

un

caillou

»

-

Aicí

e

ara.

—

Vous êtes

connu

comme

ancien maquisard

F.T.P., ancien commandant de C.R.S., ancien sympathisant de
l'Algérie française. Depuis dix ans vous êtes autonomiste occi¬
Cet

itinéraire semble déroutant... Quel en est
teur, et comment avez-vous abouti à l'occitanisme ?
tan.

le fil conduc¬

Henri Fabre-Colbert.
Je suis d'une génération où l'on était
enfant après la guerre de 14-18, et enfant dans un
village. J'ai eu
comme instituteurs des radicaux
généreux, des républicains. Ils
n'avaient pas beaucoup d'élèves et connaissaient chacun d'entre
—

nous :

notre

psychologie,

nos

parents. Dans les petits villages,

les instituteurs étaient de grands esprits. Ils nous ont
appris la
République, son histoire, Valmy, les Soldats de l'An II, etc. La
République, c'était la Patrie, la France. On aimait la France en
aimant la République.
En 1939, nous étions adolescents. Cette
guerre était faite par
les ennemis héréditaires : les Allemands. C'était eux qui avaient

Henri Fabre-Colbert :
Homme de cœur et d'action,

fondateur du mensuel L'Écho des Corbières,
auteur

du Défi occitan.

�AICÍE ARA

16

par exemple), et en plus ils
mettre à exécution nos grandes
impulsions, qui étaient la République et la Nation.
Je refusai le S.T.0., la soumission à Vichy, et je pris le Maquis
à Florac, dans les Cévennes. Un Maquis F.T.P., à une époque où
les maquisards n'étaient pas bien nombreux. Je suis de ceux qui
pensent qu'il n'y a pas eu dans le Maquis plus de 6 000 à
8 000 hommes, sur 45 millions de Français. Les autres, ils cher¬
chaient tous des légumes secs, du poulet, du jambon, de la
saucisse. Ils s'en foutaient ! Beaucoup sont devenus résistants à
tué nos pères en Quatorze (le
étaient fascistes. On pouvait

mien,

la Libération.
A la Libération,i'un des mots d'ordre était que l'armée et la
police devaient être entre les mains de gens qui avaient fait de la
Résistance et avaient une formation militaire. Ainsi furent créés
les C.R.S., pour remplacer les G.M.R. (Groupes Mobiles de
Réserve) qui avaient collaboré et attaqué les Maquis. On m'a
proposé d'être commandant de C.R.S. Au bout d'un an j'ai
démissionné : je ne voulais pas diriger la répression envers ceux
qui manifestaient contre la guerre d'Indochine.
Arrive 1958. J'étais parti habiter Rouen. Toujours membre du
Parti socialiste, depuis les Faucons Rouges. Et cette affaire
d'Algérie...
Je pensais que la France — la République — était une et
visible. Je savais bien que les gros colons commettaient des

indi¬
abus

Algérie, qu'ils faisaient «suer le burnous». Mais il y avait
quelque chose de plus grave : c'était l'intégrité de la France,
l'unité de la République. Alors, comme tous les types qui vont au
fond de leurs idées, j'ai milité pour l'Algérie française. C'était
toujours dans la tradition de ce que j'avais appris. Mais vous
savez ce que le général de Gaulle a fait du fameux « Je vous ai
compris». Il a mis tous ceux qui l'avaient compris en prison.
Moi parmi d'autres. A la sortie de prison, je suis retourné dans
mon village de naissance, à Conilhac-Corbières. La France, la
République m'avaient énormément déçu. Tous ceux qui s'étaient
le plus passionnés pour elles, on les avait mis en tôle, et mainte¬
nant on leur tournait le dos. J'étais abandonné de tous, ruiné,
sans argent, désespéré.
C'était le découragement, la décon¬
venue, la vexation au plus profond de moi-même. Je me posais
des questions sur cette France. Je me disais qu'il n'était pas
possible qu'elle fût cela, ou qu'alors elle n'existait pas comme je
l'avais cru, qu'elle était artificielle, que la vraie Patrie c'était

en

�OCCITANIE

:

UN PA YS PO UR DEMAIN

chez moi, dans

ce

où les gens continuaient de parler
du français.

mon pays

langue qui n'était
A

17

pas

une

moment-là commençait l'occitanisme militant. Et c'est le

chanteur Marti

qui

me

révélait la Patrie occitane,
ethnique.

que

la seule

véritable Patrie était la Patrie
A.

e

niste ?

A.
Aujourd'hui, comment vous sentez-vous occitaQu 'est-ce que cela veut dire pour vous ?
—

H. F.-C.

—

Je suis occitaniste parce que notre
pays — sudiste,
paysan — est un des rares

virgilien, méditerranéen, romantique,

endroits du Globe où existe une résistance d'instinct au délire
moderniste des technocrates et des penseurs
professionnels.
S'il était couvert d'usines, de

complexes industriels, de super¬
marchés, d'ordinateurs, de centrales nucléaires
tout cela
autogestionné ou pas, à capital privé (indigne), ou à capital
d'Etat (désincarné) — s'il était hérissé d'H.L.M. sordides ou
débordantes de moquette, je ne serais pas occitaniste. Même si
le béton des maisons de la culture climatisées
dégoulinait de
peintures idéologiques.
—

Je suis occitaniste parce

qu'il faut préserver notre art de vivre,
laisser assassiner notre langue maternelle
qui survit à 700 ans de mortifications, mais elle seule assez
tonique, rassurante, authentique, pour nous inciter justement à
parce

qu'il

ne

faut

pas

résister.

Je ne parle pas de résister à la France. Ce serait
insensé. Notre
autonomisme n'est pas séparatiste. 11 est
toujours mauvais de
voir des hommes se séparer d'autres hommes. Mais
il est exécra¬
ble de feindre d'ignorer les ethnies fondamentales.
Et d'abord la reconnaissance de notre

pensée traditionnelle, et qui détermine
tement de notre peuple.

langue, véhicule de la
en

vérité le compor¬

Je suis occitaniste parce
que

je vois mal un paysan parlant
«
lamp'd'ambianss » où se
tortille pour l'éternité quelque colique
polychrome ; parce que les
jeunes de ce pays jouent chaque dimanche au seul sport où l'on
patois

en

train de marchander

une

ne fasse pas semblant d'être
courageux ; parce que les vieilles
de chez nous ont les cheveux blancs, et non
pas verts comme
autrefois les sous-maîtresses de lupanars ;
parce que les vieux
ont des histoires à raconter à leurs
petits-enfants au coin du feu ;
parce qu'il y a des coins du feu, et des coins d'ombre, et des
coins de lumière.

�AICÌE ARA

18

Parce que les vignerons en colère se battent sur les routes au
lieu de défiler en troupeau soumis et hilare ; parce que je pense

déchaînements du Languedoc pour sa survie,
combinaisons de la décadence, a la grandeur
épique d'une croisade. Et que c'est bien notre tour d'en engager
que

chacun de

ces

loin des putrides
une.

A.

d'Òc

e
:

A.

H. F.-C.
de

ce

Vous l'avez

fait avec L'Echo des Corbières-Tèrra
quelle est l'histoire de ce journal?
—

—

pays.

Je l'ai créé

Sans

d'Action Viticole
ances difficiles.

1970, pour exprimer toute la colère
autre que le soutien des Comités
du chanteur Marti, pour les premières éché¬
en

aucun moyen
et

Depuis, le journal réussit le miracle de boucler son budget,
bénéfices ni pertes. Tout le monde y est bénévole. Cette
année, pour la première fois, grâce à une astuce bien simple qui
consiste à souscrire deux abonnements pour le prix d'un seul,
nous dépassons le cap des 5 000 abonnés.
sans

60% d'entre eux sont des paysans ou des viticulteurs; 20%
des intellectuels et membres de professions libérales ; le reste,
des exilés.
Le lien affectif entre les lecteurs et leur

Vous

vous-même le constater
qui arrive chaque jour.
A.

avez

e

pu

A. —Les raisons de

ce

par

journal est évident.
la masse de courrier

succès ?

H. F.-C. — D'abord, la confiance inconditionnelle envers les
Comités d'Action Viticole, la férocité des textes et la tendresse de
la

pensée, et l'originalité des articles historiques de Jean-Louis

Malves.
11 y a aussi la grande place accordée au Rugby et la page
d'humour. Sans oublier la traditionnelle pin-up, dont les bulles
en occitan défraient tant la
chronique du pays... ■

(Propos recueillis

par

Jean-Pierre Laval).

�LE COMPORTEMENT

POLITIQUE

DES OCCITANS
Michel GROSCLAUDE

Dans l'Etat français, la gauche s'identifie très largement avec
l'Occitanie. Sur le simple plan de la constatation, le fait est là qui crève

les yeux.

Mais,

que

signifie-t-il ?

Les comportements politiques, comme tous les faits sociaux,
relèvent essentiellement de motivations infra-conscientes qu'il

appartient au sociologue de déterminer. En effet quand un habi¬
Fontenay-le-Comte se rend aux urnes, il a simplement
conscience de se décider en fonction de critères d'appréciation
personnels (options politiques, antipathie ou sympathie pour les
candidats en lice, etc.); il en va de même d'un habitant de
Toulouse, Lille ou d'ailleurs. Mais quand on reporte les résultats
électoraux sur une carte, on s'aperçoit que les couleurs politiques
sont nettement régionalisées : la Vendée ne vote pas du tout
comme la Haute-Garonne ou le Nord. C'est la preuve évidente
que des motivations collectives et non conscientes ont infléchi les
tant de

mobiles conscients.
On constate également, quand on compare des cartes géogra¬
phiques électorales dressées pour des périodes assez longues,
que ces colorations politiques régionales sont dotées d'une
remarquable stabilité. Certes, il y a des changements, mais ils
sont toujours très lents : même des mutations aussi considérables
qu'une implantation industrielle accompagnée d'un fort apport

Michel Grosclaude :
Né en 1926, Occitan d'adoption,

professeur d'occitan
écrivain,

et

auteur de la méthode

de philosophie,

Omnivox de gascon.

�20

de

AICÌEARA

population exogène

provoquent pas de bouleversements
politique d'une région.

ne

brutaux du comportement

*
*

*

Sur

une carte

nettement

:

elle

électorale de France, l'Occitanie s'individualise
se situe toujours beaucoup plus à
gauche. La

coupure séculaire entre un Nord conquérant et un Midi conquis,
entre pays de droit coutumier et pays de droit écrit, cette
coupure
que tous nos livres, tout notre enseignement, toutes les paroles

officielles

s'efforcent de

masquer,

réapparaît

au

niveau de

comportements politiques constatables et chiffrables.
*
*

*

PREMIÈRE OBJECTION.

(Elle porte sur nos intentions).
dit-on, n'est pas désintéressée.
plaidoyer déguisé pour les partis de gauche et
le P. S.

Votre «démonstration

Elle

est au fond un
spécialement pour

», nous

RÉPONSE.
Non, il ne s'agit absolument pas, pour nous, de
distinguer entre de «bons » Occitans qui voteraient à gauche, et
d'autres. Nous ne dénions absolument pas
le droit de se dire
Occitans à part entière à ceux d'entre nous
qui ne se situeraient
pas dans le cadre de la majorité politique occitane.
Ce que nous cherchons, c'est
simplement à cerner un peuple
dans son être. On peut le faire de multiples
façons. On peut faire
de l'histoire, de la
linguistique, de la sociologie religieuse, de
l'économie. Mais on peut également faire de la
sociologie électo¬
rale et étudier ses réflexes politiques. Or, nous constatons
que
le peuple occitan s'individualise
par un réflexe politique nette¬
ment marqué.
L'appréhender à partir de ce réflexe est tout aussi
légitime que de l'appréhender de toute autre façon; de plus,
cette méthode a
l'avantage énorme (sur un plan scientifique)
—

d'être facilement chiffrable.

DEUXIÈME OBJECTION.

(Elle porte sur la méthode).
Votre démonstration repose sur le
clivage traditionnel Gauche
contre Droite.
Ce qui soulève deux problèmes. Le

de pouvoir
si tous les partis
serait

gauche.

—

premier
définir ces concepts. Le second serait de savoir
qui se réclament de la gauche sont vraiment à

�OCCITANIE

:

UNPA YS POUR DEMAIN

21

RÉPONSE.
Nous savons bien ce qu'il y a de fallacieux dans
« étiquettes »
politiques et que nombre d'hommes politiques
de gauche en Occitanie ont un comportement de notables
qui ne
diffère pas de celui de leurs collègues dits «de droite». Nous
savons également que sous les IIIe et IVe
Républiques, l'Occitanie
a fourni à la France un personnel
gouvernemental de gauche et
cela n'a nullement empêché la langue occitane de périr et son
—

les

économie d'être démantelée.

Mais le problème sociologique (ou de
caractérologie ethnique)
n'est pas là. La question n'est pas de savoir si M. X..., candidat
radical, ou tel autre est «véritablement à gauche»... on peut
effectivement en discuter ! Ce qui est important, c'est que le
paysan

liste ait
un

du Rouergue

«rouge».

rien à

du Gers, quand il vote radical ou socia¬
voter à gauche et même parfois d'être
trompe d'étiquette en votant, cela n'ôte

ou

l'impression de

son

Qu'il

se

intention.

TROISIÈME OBJECTION.
Pourquoi dire : l'Occitanie vote
à gauche ? Il y a certes une France du Nord et une France du
Midi qui votent différemment. Mais est-il assez prouvé que ce
« Midi de
gauche » puisse être identifié à l'Occitanie ?
—

Les géopoliticiens ont souvent considéré la
RÉPONSE.
Loire comme la limite entre deux Frances. Or, il suffit de regar¬
der des cartes pour se convaincre que le clivage politique de la
France passe bien plus au sud : en gros, des Charentes à la fron¬
tière italienne en longeant le nord du Massif Central.
—

Bien
pas

sûr, la ligne de clivage politique de la France ne coïncide
partout parfaitement (encore que ce soit parfois le cas) avec

la ligne de

séparation ethnique langue d'Oc / langue d'Oïl : les
phénomènes humains n'ont jamais la simplicité des théorèmes de
mathématiques. Mais si on ne veut pas se contenter de réfé¬
rences vagues, c'est encore la ligne de démarcation Oc / Oïl
qui
coïncide le mieux avec le grand clivage politique français.
QUATRIÈME OBJECTION.— Pourquoi vouloir rattacher le
politique du Midi à des causes lointaines (histo¬
riques) ou peu positives (psychologiques) ? Ne serait-il pas plus
fructueux de poser comme hypothèse que le comportement
politique du Midi constitue une protestation contre une frustra¬
tion économique ? Il y aurait une France nantie et industrialisée
et une France
agricole et colonisée.
comportement

�AICÍEARA

22

RÉPONSE.
causes

Dans le comportement politique du Midi, les
économiques jouent indiscutablement leur rôle. Une
—

analyse diachronique montrerait effectivement que le passage du
Midi à la gauche s'est opéré au fur et à mesure du démantè¬
lement de ses infrastructures économiques au cours du XIXe
siècle.
Mais une analyse plus fine montrerait l'insuffisance de cette
explication. En'Occitanie, ce sont les régions les plus dévelop¬
pées industriellement qui votent le plus « à gauche » (Marseille)
et inversement les régions les plus désertifiées qui votent « à
droite » et qui ont à l'égard du pouvoir parisien une réaction
docile de populations assistées (Lozère, Ardèche, Aveyron,
Cantal).

L'impossibilité de calquer les résultats électoraux sur une
du sous-développement oblige à invoquer d'autres fac¬
teurs : à savoir des réactions héritées de tout un
passé historique.
Tout le monde accepte presque sans sourciller de reconnaître un
lien entre le comportement électoral de la Vendée et son
passé
carte

Chouan. La Vendée «vote

pourquoi
Camisard
Il

ne pas
»

dire aussi

»

chouan? Bon, d'accord ! Mais alors
le Gard et les Cévennes « votent

que

?

semble qu'on

devrait interpréter le comportement
comportement protestataire où
viennent se fondre des éléments assez divers. Conscience
confuse d'un passé distinct de celui de la France du Nord ; cons¬
cience confuse d'avoir été, jadis, un pays
conquis ; conscience
confuse d'une culture et d'une langue qui se
perdent; malaise
devant un centralisme qui a toujours été mal
accepté dans un
pays qui fut girondin ; malaise devant un sous-développement
économique réel et croissant.
nous

politique de l'Occitanie

comme un

*
*

*

L'OCCITANIE A-T-ELLE TOUJOURS ÉTÉ À GAUCHE ?

Evidemment non ! Tant que la gauche
française a été nationa¬
liste, jacobine, centralisatrice, l'Occitanie ne s'est pas reconnue
en elle. Marseille sous la
révolution est girondine et pactise avec
la contre-révolution
royaliste. Le Languedoc sera une seconde
Vendée

sous

la Terreur Blanche.

�OCCITANIE

:

UN PA YS POUR DEMAIN

23

Mais la gauche française est devenue progressivement socia¬
liste, internationaliste et anticentralisatrice... alors progressi¬
vement le Midi occitan est « passé » à gauche.
On pourrait bros¬
ser rapidement une histoire de cette évolution.
De 1793 à 1871, la

bipartition politique française se fait Est /
qui est républicain et anti-bonapartiste. C'est
seulement à partir de 1890 que la bi-partition actuelle (Nord /
Ouest. C'est l'Est

Sud) de la France s'amorce véritablement.
1.— A

partir de 1848, autour de la région marseillaise, se cons¬
républicain qui s'étend bientôt à tout le sillon rhoda¬
nien. A partir de 1871, cet ensemble est définitivement acquis à
la gauche et le socialisme naissant y trouvera un terrain favo¬
titue

un

îlot

rable.

2.— A partir de 1870, c'est le tour du bas-Languedoc. Mais la
coloration de

gauche n'est définitivement acquise qu'après 1914.

La crise

1907 et la Révolte des

de

vignerons marquent

une

étape décisive.
3.— Le passage

à gauche de l'Occitanie du nord est légè¬
plus tardif, malgré la présence de noyaux fort anciens
(Brioude, la Combraille). La Dordogne est un fief ancien du Parti
Radical. Le socialisme s'implante en Haute-Vienne dès avant la
Grande-Guerre. Si bien qu'en 1932-1936 on peut distinguer en
Occitanie trois ensembles bien acquis à la gauche : l'axe sudrhodanien, l'axe languedocien jusqu'à Toulouse et le groupe des
départements nord-occitans (Haute-Vienne, Creuse, Dordogne,
Corrèze et Puy-de-Dôme).
rement

Depuis le Front Populaire et la Libération,
tendent à

ces

ensembles

souder, ne laissant en dehors que quelques dépar¬
tements du Massif-Central, les Alpes-Maritimes et les Hautesse

Alpes.
La période gaullienne a joué son rôle dans ce processus de
gauchisation de l'Occitanie ». Cela pourrait s'expliquer par trois
facteurs que chacun hiérarchisera comme il l'entend
Style
gaullien de gouvernement peu apprécié dans'un Midi attaché à
la légalité et à la démocratie locale et représentative : le gaul¬
lisme c'est un certain mépris du parlementarisme, des notables
locaux, des «politiques» au profit des techniciens; élimination
massive du personnel politique méridional qui avait gouverné la
France sous les Républiques précédentes ; la période gaullienne
coïncide avec une période d'expansion qui a drainé les activités
«

.

�24

AICÍE ARA

vers

les

rités

entre le Nord et

régions déjà favorisées et

accru

notablement les dispa¬

le Midi.
*
*

LES

*

RÉACTIONS POLITIQUES OCCITANES DEMAIN ?

Depuis quelques années

certain nombre de changements
période giscardienne) dans
la configuration politique française. Il est trop tôt pour savoir
les conséquences qu'elles peuvent avoir concernant l'Occitanie.
sont

un

intervenus (et surtout depuis la

1.— La France (et

le monde occidental

avec

elle) entrent dans

période économique bien plus difficile. L'expansion rapide
des années précédentes est finie. On peut se demander alors si
on ne va
pas assister à une uniformisation du paysage politique
français, la crise touchant l'ensemble du territoire et spécia¬
lement les régions fortement industrialisées du Nord et de l'Est.
Cependant, il ne semble pas que ce fait ait eu encore de larges
répercussions sur le plan électoral et, à voir les résultats des
une

dernières consulations, la différence entre l'Occitanie et le reste
de la France n'est pas en train de se combler.
2.— Le Parti communiste, tout

en restant assez jacobin et
pris en compte les revendications économiques
des régions et spécialement celles des viticulteurs du Midi. Il
tente d'amalgamer un nationalisme
français anti-européen avec
une défense des
régions. Il est trop tôt pour dire l'écho que ren¬
contrera cette attitude dans la conscience des
populations

centralisateur,

a

occitanes.

3.— Le Parti socialiste (malgré certains de
n'arrive pas à donner l'impression qu'il

ses militants)
prend volontiers en
compte les aspirations régionalistes. Il est trop évident que toute
une frange importante de
son appareil est tentée par un retour à
un jacobinisme éculé (Tendance
Chevènement). Il est trop tôt
pour dire encore les pertes que lui vaudront de telles ambi¬
guïtés.

4.—

Enfin, la naissance de la contestation écologique. La géo¬
graphie électorale du mouvement écologique montre qu'il est
surtout implanté aux points chauds du territoire
(Cotentin) ou là
où il trouve des leaders connus (Alsace). Mais l'idée
écologique
pourrait bien un jour se répandre massivement en Occitanie où le
saccage de la nature par l'économie capitaliste est particuliè-

�0 CCITANIE

UN PA YS PO UR DEMAIN

:

rement avancé. De

plus, si le

25

mouvement

écologiste intègre la

revendication régionaliste dans son programme, il se
peut qu'il
fasse des ravages dans les rangs des partis
français traditionnels,

dont l'étendue

ravages

est

encore

imprévisible. ■

LA GAUCHE PARLEMENTAIRE EN OCCITANIE
ET DANS LE RESTE DE LA FRANCE

AUX ELECTIONS LEGISLATIVES DEPUIS 1958 à
1978
Elections

OCCITANIE (a)

Le reste de la FRANCE (b)

législalatives

Députés

Total des

gauche(c) députés

Soit

Députés

Total des

Soit

(%)

gauche

députés

(%)

1958

37

112

33%

50

349

1962

67

112

60%

73

358

1967

77

112

69%

115

358

32%

1968

50

358

14%

15%
(d&gt;

20%

43

112

39%

1973

70

112

62%

109

358

30%

1978

73

112

65%

125

359&lt;e)

35%

(a) Nous

avons

compté les députés de

nées-Atlantiques n'entrent
ajouté

un

en

tous les départements occitans. Les Pyré¬
compte que pour le Béarn (2 députés). Nous avons

député charentais (Confolentais).

(b) C'est-à-dire

:

tout

le pays d'Oïl, l'Alsace, la Corse, l'Euskadi et la
Bretagne.
entendons P.C., P.S.U., P.S. et, selon les circonstances,

(c) Par «gauche»

nous

les Radicaux alliés

au

P.S.

au

sein de la F.G.D.S., M.R.G.

(d) L'augmentation des députés provient du redécoupage des départements
de la région parisienne.
(e) L'augmentation des députés provient du redécoupage de la Corse.

II est aisé de constater que

le pourcentage des députés de
toujours très nettement supérieur à
ceux du reste de la France. Il avoisine
généralement les 2/3.
Alors que dans le reste de la France il dépasse rarement 1/3.

gauche

en

Occitanie

est

Même au moment des pires catastrophes de la gauche (1958,
1968), il demeure important. La Gauche dans le reste de la
France au moment de ses meilleurs succès atteint à peine les
plus
mauvais scores de la gauche en Occitanie.

�26

AICÍE ARA

UN

RÉVÉLATEUR DE

L'ETHNIE OCCITANE

le militantisme

socialiste

ftáiMli
La carte ci-dessus représente le nombre d'inscrits au Parti
Socialiste par rapport à la population des
départements. Elle a
été établie en 1975. Nous avons calculé le nombre de mandats
de

chaque fédération départementale

par

d'électeurs inscrits.
En noir, les 26 premiers

rapport au nombre

départements.

En hachuré, du 27e au 47e rang.
Ainsi l'AUDE arrive au premier rang avec 1
mandat pour 1419
électeurs inscrits.

L'ILE-ET-VILAINE arrive

au

95e

27 333 électeurs inscrits.
crits

rang

avec

1

mandat pour

Pour l'OCCITANIE, il y a proportionnellement deux
fois plus d'ins¬
au P.S. que
dans le reste de la France

(exactement 2,15).
Ainsi, le militantisme socialiste est un phénomène essentiel¬
lement occitan. La carte du militantisme
socialiste recouvre très

exactement la carte de l'Occitanie.

Les gros points marquent les limites de
la langue d'Oc. Par
quelle troublante succession de causes et
d'effets, les limites
d'une

langue coïncident-elles si bien avec les limites d'un « tem¬
pérament politique » ? C'est le mystère de l'inconscient des
peuples.
Pour percer ce mystère, il faudrait
sans doute analyser de plus
près l'histoire de l'Occitanie, de ses espoirs, de ses
défaites, de
ses

révoltes

enseignée

:

histoire que

nos

livres d'école

ne

nous

ont

pas

�OCCITANIE

:

UN PA YS PO UR DEMAIN

En grisé : Régions où Giscard
aux Présidentielles de 1974.

dEstaing

27

a

obtenu la majorité

**s
*
une

département avec
majotité de dépu¬

tés de Droite.

département avec
égalité de députés de
Droite et de Gauche.

département
une

avec

majorité de dépu¬

tés de Gauche.

Les élections

législatives de 1978

�AICÍE ARA

28

Aieí

e

ara

QUELQUES JUGEMENTS
AICI E ARA fait

déjà partie du paysage
s'y est fait une place de choix,
tant par la présentation que par le contenu (...).
La variété égale la qualité. »
«

occitaniste et

CLINTON

AICI E ARA

«

a

fait de

Montpellier la capi¬

tale intellectuelle de l'Occitanie.

»

MIDI-LIBRE
Un événement dans la presse

«

occitaniste.

»

VOLÈM VIURE AL PAÏS

«

Uno revisto

ana.

moudèrno,

que saup

ounte vòu

»

PROUVÈNÇO, DAU!

«

L'encert

els ternes de

què tracta AICI
amb
dignitat
què és realitzada li
una bona acullença. »
en

E ARA i la
asseguren

AVUI

« Un
grand souci à la fois d'ouverture et
d approfondissement (...). Un effort certain de
clarté et de refus du verbiage. »

SUD
V.

( Abonnement

:

page

3 de couverture )

�1975-1980

:

CINQ ANS DE MOUVEMENT
OCCITAN DANS L'AUDE

Jean-Pierre LAVAL

L'Aude

a

ces

connu

dernières années l'un des

mouvements

populaires les plus marquants depuis le début du siècle. Quel
rôle le mouvement occitan y a-t-il joué ?
Quelles forces et surtout quelles faiblesses se sont-elles
révélées à cette occasion ?

Quelles sont aujourd'hui les tâches du mouvement ?
Telles sont quelques questions qui se posent et auxquelles le
bilan suivant tente d'esquisser une réponse.
Ce
ses

département est traditionnellement, de

mentalités,

par sa structure,
histoire, le détonnateur des crises languedo¬

son

ciennes. C'est ici que des leaders ont surgi de la base pour
soulever ensuite toute la région. 1907 avec Marcellin Albert;
1967 avec André Castéra; 1975 avec André Cazes. C'est ici

qu'est née et s'est concrétisée la volonté de lier la lutte viticole à
celle des autres travailleurs victimes des licenciements et du

chômage. C'est ici qu'ont
du combat viticole

eu

lieu à 70

ans

de distance les drames
en juin 1907, et de

fusillades de Narbonne
Montredon-les-Corbières en mars 1976.
:

Dans les années 1969-1970 et presque simultanément, appa¬
raissaient deux facteurs qui n'allaient pas peu contribuer à faire
évoluer les revendications. De Carcassonne, Claude Marti et

Jean-Pierre Laval :
Né en 1949 à Gourdon,
ancien journaliste

à Libération,
co-fondateur de Aicí e ara.

�AICÍE ARA

30

Mans de Breish

lançaient la nouvelle chanson occitane, et à
Lézignan, Henri Fabre fondait le journal L'Echo des Corbières,
tribune des Comités d'Action Viticole et tribune occitane. La
volonté de « Vivre au pays » éclatait publiquement à travers
soirées et pamphlets, toute une population commençait à retrou¬
ver

sa

profonde identité occitane enfouie

au

fond d'elle-même.

C'est dans le monde viticole que les idées occitanistes rencon¬
traient le plus de succès. De premiers liens solides s'établissaient
des syndicalistes viticoles. Ils allaient être précieux lors¬
éclatèrent, en 1975, des manifestations viticoles devant
l'effondrement du revenu et les importations de vin par les
négociants. Les petites poignées de jeunes occitanistes audois
regroupées autour d'une équipe que j'animais créaient alors des
avec

que

Comités « Volèm Viure al Pais » (rattachés au mouvement du
même nom), à Carcassonne, Narbonne, dans les Corbières et le
Minervois. Ils étaient composés, pour la plupart, de fils de viti¬
culteurs, de jeunes ouvriers et lycéens des villes. Emportés dans
le tourbillon, ils allaient participer à toutes les actions viticoles
avec le souci constant d'y mêler tous ceux qui
souffraient de la
colonisation.
«

Volèm Viure al Pais

»

-

Aude devenait PAR LES ACTES

une

composante de la lutte des viticulteurs,

intégrée à elle, sans qu il
soit toujours possible de distinguer les deux. Les Comités popula¬
risaient la lutte viticole dans les autres couches de la
population
(mars-avril

1975), apportaient au mouvement ses emblèmes
(drapeaux occitans), organisaient des tournées de soutien aux
victimes de la répression (été 1975). Le caractère bâtard, mipolitique, mi-activiste du mouvement, lui permettait, fin 1975,
intégré dans la délégation viticole, de participer aux réunions
communes
:
Comités d'Action Viticole, syndicats C.G.T.,
C.F.D.T., F.E.N., et C.I.D.-UNATI, qui mettaient sur pied les
journées «Région Morte» des 5 février et 29 avril 1976. Cette
présence — bien que non officialisée — était positive. Elle
permettait de faire adopter le mot d'ordre « Vivre et Travailler
au Pays », de dénoncer l'exode, ainsi
que de donner une colora¬
tion occitaniste

aux manifestations. Des dizaines de milliers de
retrouvaient à ces deux occasions dans la rue. Le
contrecoup né du choc de Montredon (4 mars 1976, deux morts,
un viticulteur et
un commandant de
C.R.S.) n'allait pas per¬
mettre de transformer ce premier mouvement d'unité
populaire
en « Etats Généraux » de tout le
Languedoc où la population
aurait exprimé ce qu'elle désirait. Les élus, tous les
notables,

personnes se

�0 CCITANIE

:

UN PA YS PO UR DEMAIN

31

refusaient de démissionner

en bloc, faisant
passer leurs intérêts
électoralistes avant la solidarité avec les forces vives du
Langue¬
doc. Le mécontentement n'avait pu déboucher sur des
perspec¬
tives politiques. La peur des responsables des
partis politiques
hexagonaux devant une dynamique qu'ils ne contrôlaient pas
avait été déterminante. Mais l'ampleur des manifestations
(100.000 à Montpellier le 29 avril 76) ne saurait cacher toute la
fragilité de l'unité réalisée. Les journées « Région morte » avaient
été voulues et imposées par quelques dirigeants viticoles. Ils

l'avaient fait

davantage passer

qu

'accepter.

L'accord entre directions syndicales ne fut enfin jamais conso¬
lidé à la base. Le mouvement occitan
qui intervenait surtout
«au sommet»,
par son influence sur les dirigeants (Michel
Romain et Jean Vialade adhèrent à ce moment à Volèm Viure al
Païs), subit plus que quiconque la retombée du mouvement de
masse. Il ne capitalise pas l'influence
qu'il avait eue. Les effectifs
demeuraient stables.

Volèm Viure al Païs

» tenta alors d'organiser
plusieurs collo¬
à Narbonne en décembre 1976 et février 1977, pour mieux
connaître à partir de quelles bases économiques établir un
plan
de défense du Languedoc. Ces colloques, très suivis, s'ils
per¬
mirent une utile radiographie de la Région et une ouverture aux
forces vives, allaient démontrer une autre des faiblesses du
mouvement occitan : sa subordination aux
forces de la gauche
française. Lors des colloques, c'est, de fait, le P.S. qui «tira les
marrons du feu ». Le mouvement, s'il était
choyé, n'apparaissait
que comme un aiguillon, un inventeur d'idées... que d'autres se
chargaient de mettre en application. Cette politique succursaliste
et suiviste allait s'aggraver aux élections de mars 78. Le mouve¬
ment appela sans principe à voter
pour la gauche. Ayant tout
espéré en la victoire du « programme commun » il allait être
secoué, ballotté par la défaite et le déchirement socialistes«

ques

communistes.
A l'annonce de
ment occitan

se

l'élargissement de la C.E.E.

en

1978, le

mouve¬

trouvait affaibli. Il fut brutalement mis devant le

fait accompli par la parution d'un manifeste («Mon Païs Escorjat ») qui entrait dans la stratégie élaborée par le seul Parti
communiste français. Une nouvelle et grave faiblesse était illus¬
trée à l'occasion : celle d'initiateurs
qui préfèrent monter des
coups d'opinion sans se donner les moyens organisationnels et
autonomes de les assumer, laissant ce soin aux partis déjà en
place. L'opération «manifeste» ne servait qu'à transformer en

�AICÍEARA

32

de route du P.C. Emmanuel Maffre-Beaugé, aux
européennes de 1979. Dans l'Aude, le ralliement de
syndicalistes viticoles et ouvriers à 1'« autonomie » prônée par le
«manifeste» apparaissait, avec le recul, sans substance, sans
conséquences véritables dans la pratique de chaque jour. Parce
qu'aucun travail politique n'avait accompagné le succès d'opi¬
compagnon

élections

nion.

Les partis de gauche français continuaient à reproduire des
paroles, des politiques, des polémiques nées ailleurs.
Une véritable transformation

politique est donc vitale

pour

l'avenir du mouvement occitan. Et l'avenir, c'est tout de suite !
Le mouvement occitan ne peut plus mettre la revendication
autonomiste dans la poche. Il ne doit laisser à personne
le soin de lutter pour briser l'oppression coloniale de
Il lui faut

d'autre
l'Etat.
d'une orga¬

doter d'un programme

politique propre,
points de vue, et renoncer à la
double appartenance qui ne lui a rien apporté. Il lui faut enfin se
fixer des objectifs de campagne. Dans l'Aude, il doit rééquilibrer
sa présence, la mieux répartir entre les
villages et les villes,
organiser son implantation — qui demeure partielle et d'une
faiblesse criante
par un effort suivi de propagande, d'infor¬
se

nisation autonomiste à tous les

—

mation et d'action

en

liaison

avec

les luttes nées

sur

le tas.

Sur le

plan politique, face au pouvoir central qui maintient le
il doit déclencher des campagnes d'action. Sur des
revendications sociales comme le foncier, la dépossession du sol ;
pour une garantie de revenu des agriculteurs ; pour la réappro¬
priation du crédit de l'épargne occitane ; sur le plan culturel, pour
la présence de l'occitan à la télévision et à l'école.
statu

quo,

L'occitanisme politique ne peut plus lier son sort, ses objectifs,
revendications, à une victoire — hypothétique au surplus —

ses

de la

gauche française. C'est un combat long et difficile qui com¬
pour lui. Construire un rapport de force pour arracher un
statut d'autonomie, premier pas vers
l'auto-gouvernement de
mence

notre pays.

Le
une

mouvement doit se
transformer d'un
organisation politique autochtone. ■

groupe

activiste

en

�OCCITANISER L'ÉCOLE

Secteur

«

enseignement »

de l'Institut d'Etudes Occitanes

La transmission de la langue d'oc ne s'effectue pas dans des
conditions normales. L'enseignement apparaît donc comme un

de promotion indispensable. Un parmi d'autres, et non
le seul. Pour sauver la langue occitane, il faut promouvoir
seulement son entrée à l'Ecole, mais aussi son usage dans

moyen
pas
non

toutes les circonstances normales de la vie.

«

LE

FRANÇAIS SERA SEUL EN USAGE DANS L'ÉCOLE

»

Une nation, un Etat, une langue : cet héritage de la Révolution
française donnait le départ à l'action contre les langues diffé¬
rentes du français, parlées sur le territoire de 1'« Hexagone».
Puis vint la 3e République, son Ecole laïque, publique et obli¬
gatoire, et ses maîtres « hussards noirs ».
Les luttes ouvrières avaient permis l'interdiction du travail des
enfants; les progrès techniques de l'industrie rendaient néces¬

saire un minimum d'instruction. L'Ecole se donna donc pour
tâche la formation de travailleurs manuels. Elle était chargée de
transmettre les valeurs du système en place : respect de l'ordre
social, de la hiérarchie, de la propriété; exaltation de la Patrie.
Pour favoriser la mobilité de l'emploi, pour former des esprits

disciplinés et tous semblables, il fallait rejeter les langues et
les cultures «minoritaires». Ferry chargea donc les maîtres
d'une véritable mission : détruire le basque, le breton, l'occi¬
tan... Au nom de l'unité d'une France éternelle, on parla de
Clovis et non des Cathares, de Jeanne d'Arc et non des Com¬
munes. Il fut question pêle-mêle de fraternité et de revanche, de
liberté et d'expansion de l'Empire colonial (Ferry le tonqui-

nois...).

�ÁICI'E ARA

34

Ce fut l'époque du signal : « Le matin, en entrant en classe, le
maître remet au premier élève de la division supérieure un sou

marqué d'une croix faite au couteau. Ce sou s'appelle le signe. Il
s'agit, pour le possesseur — pour le signeur, comme disent les
se débarrasser du sou en le donnant à un autre élève
surpris prononçant seulement un mot de patois» (1).
dernier possesseur du signal était puni.

élèves

qu'il
Le

—

de

aura

Face à cette sorte de génocide linguistique, il y eut quelques
prises de position en faveur de la langue d'oc, mais elles n'allè¬
rent jamais très loin, carie sujet demeurait tabou : « Cela mettrait
une grande inquiétude dans l'esprit de ceux qui insistent sur le
fait que, dans le Félibrige, on cherche un inconscient effritement
de la France » (2).
Les

patois

«

une

nale

»

propositions avancées considèrent donc le
simple base à l'enseignement du français,
de bas-latin pour l'enseignement de la langue natio¬

meilleures

«

» comme une

sorte

(3).

En 1894, on peut enfin lire, dans la Revue Félibréenne : « Notre
politique est bien simple : nous devons lutter sans cesse ni repos
pour défendre la langue et, lorsque nous en aurons obtenu
l'enseignement dans les écoles, nous aurons gagné la grande
bataille ». Mais l'adhésion à l'idéologie nationale française est en
train de se réaliser. Quel Parlement pourrait voter une loi en
faveur d'un tel enseignement? Et ce n'est pas tout : il faudrait
aussi surmonter les préjugés des parents et la « routine » des
maîtres. Jean Jaurès peut bien déclarer en 1911 : « Pourquoi ne
pas profiter de ce que la plupart des enfants de nos écoles con¬
naissent et parlent encore ce que l'on appelle d'un nom grossier :
le patois?», il a toujours le réflexe de rapprocher l'étude de
l'occitan de l'enseignement du français, le principal bénéficiaire
demeurant celui-ci. Et pourtant, « si le provençal ne devait servir
qu'à lécher les bottes de son dédaigneux rival, autant vaut qu'on
le laisse », déclarait Frédéric Mistral, treize ans plus tôt (4).
Au moment où

va

commencer

la Grande Guerre,

Félibrige divisé apparaissent des professeurs,

dans

ce

maîtres
d école (comme Antonin Perbosc et
Prosper Estieu) qui font des
expériences, parlent d'unification de la langue pour la rendre
apte à exprimer la vie moderne, et réclament une reconnaissance
officielle. Ils seront les pionniers du réveil occitan de cette
seconde moitié du XXe siècle.

des

�0 CCITANIE

:

UN PA YS PO UR DEMAIN

35

LA LOI SANS LES MOYENS

Mais il faudra

attendre 1951 pour que le Parlement,
après de
longs débats, adopte la Loi Deixonne (5), qui permet — mais à
titre facultatif
l'enseignement de l'occitan, du basque, du
breton et du catalan. L'Administration ne fera
cependant aucun
effort pour appliquer cette loi, qui
demeurera longtemps lettre
—

morte.

A partir de 1970, les points obtenus à
l'épreuve d'occitan du
baccalauréat comptent pour l'admission définitive. Cette décision
a joué un rôle
important pour la popularisation d'un tel enseigne¬
ment. Mais les occitanistes demandent l'introduction
de l'occi¬
tan, en priorité, dès les
premières années du cycle scolaire, et
non pas à la fin. Cet
enseignement du second cycle qui, plus est,
demeure très mal organisé : on joue au coup

lycée,
et

par coup,

lycée

par

des horaires impossibles, le plus souvent entre midi
deux heures, ou après cinq heures. Dans bien des
cas, seules
avec

les classes terminales peuvent

bénéficier de cet enseignement,
heures supplémentaires non inté¬
du temps normal. L'ouverture des cours se fait

assuré par les professeurs

en

grées à l'emploi
après la rentrée, quand l'emploi du temps des autres
matières est établi. Et il n'y a aucune continuité d'une année sur

bien

l'autre.
Une circulaire du ministre Haby, parue en 1976,
représente le
plus long texte consacré jusqu'ici à cette question. Son but :
limiter l'enseignement de la langue d'oc et le contrôler, car les
enseignants se sont organisés de façon militante : stages, forma¬
tion, moyens d'enseignement.
M. Haby n'utilise plus le terme de «
langue régionale » (ce qui,
déjà, ne correspondait pas à grand chose), mais fait référence
aux «parlers locaux » et aux « cultures
locales ». Il s'agit de favo¬
riser l'esprit de clocher, et uniquement comme
apport à la culture
française. Le particularisme passéiste s'oppose donc, dans l'es¬
prit du ministre, à l'universalisme progressiste de la langue
française. Il insiste sur le caractère accessoire de cet enseigne¬

ment, et sur les conditions administratives limitatives. Les stages
de formation continue
qu'il prévoit pour les maîtres ne sont
pas

organisés,

ou

bien sont déviés de leur propos.

La mauvaise volonté du Pouvoir vient encore de se manifester
à l'occasion de l'affaire de l'occitan en classe de 4e.
Après bien
des difficultés, l'enseignement de notre
langue en 4e semble un
fait acquis. Mais le cadeau est empoisonné : l'occitan est mis en

�AICÍEARA

36

concurrence

les

avec

langues vivantes étrangères

:

espagnol,

allemand le plus souvent. Ceci entraînera une course
aux effectifs, et les enseignants de langues vivantes seront ainsi
amenés à prendre position contre l'occitan. Les parents, euxitalien

ou

mêmes, au moment du choix, se poseront la question de la « ren¬
tabilité», et se décideront en faveur de la langue étrangère. Le
statut actuel de l'occitan est donc de facto une nouvelle exclusion.
Ceci explique que les enseignants occitanistes demandent la
dissociation de la langue d'oc et des langues étrangères, en insis¬
tant sur le fait que l'occitan n'est pas, sur le territoire de l'Etat
français, une langue étrangère, et qu'obliger les enfants à choisir
entre leur langue et celle d'un pays étranger revient à priver ceux
qui choisiront la seconde de la connaissance de leur patrimoine
culturel.
*
*

*

Devant le peu
notre

d'intérêt manifesté par l'Ecole officielle envers
langue, et le soutien mou des syndicats français à ces

revendications, les occitanistes
maternelles

ont

décidé d'ouvrir des écoles

langue occitane. Ils bénéficient en ce domaine
de l'expérience et des exemples corses, basques, bretons et cata¬
lans. La première école de ce type s'est ouverte à Denguin (près
de Pau) l'an passé; la seconde fonctionnera à Béziers dès la
rentrée prochaine (6).
en

Enseigner l'occitan? La question ne se posera plus quand
ne sera plus étranger sur sa propre terre ; quand,
riche de sa langue et de sa culture reconquise, fort d'une
dignité
d'homme libre, il sera son propre maître, décidera de son sort et

l'homme d'oc

choisira

son

avenir. ■

(1 ) B. Boitiat, inspecteur primaire à Barcelonette (1893).

(2) Le félibre Mariéton,

en

1885.

(3) Henri Oddo, «De l'utilité des idiomes du Midi

langue française
(4) Mistral, in

«

»,

pour

l'enseignement de la

1898.

L'Aïoli

»,

n° 261, 27

mars

1898.

15) Loi 51-46 du 11 janvier 1951, relative à l'enseignement des langues et dialectes
locaux (J.O. du 13 janvier 1951).
(6)

«

La Calandreta

de Béziers

:

»,

Edmond

Place de la Mairie, CIDBX 36, 64320 Denguin. Pour l'école

Alby, 5, impasse de la Santoline, 34500 Béziers.

�«

PÈR PROVÈNÇA E PÈR LIPAÏS D'ÒC »

Bernai

Aicí
laren?

e ara.

—

Quora

e

perdequé

se

GIÈLI

fondèt lo movement Par-

Gièli.
Lo movement fuguèt fondât en 1975, pèr
nòsta cultura, e, mai precisament, ambe la tòca de derrabar pèr nôsta lenga lo mai de tèmps possible a la radiò e a la télé¬
vision. Sabètz que, a l'ora que siam, lo manteniment e la reconquista d'una lenga se pòdon pas imaginar sènsa una presència
vertadiera dins li mejans modèrnes de comunicacion.
Avant que Parlaren fuguèsse fondât, aviam jamai poscut nos
faire reçaupre pèr li responsables de la télévision. Dau moment
que l'associacion fuguèt montada, qu'agueriam recampat de
monde e pegat quauqui milierats d'afichas de pertot (sènsa
mancar li muralhas de la T.V. ), fugueriam reçaupeguts.
Bernât

—

aparar

A.

e

A.

B.G.

—

E

aquô serviguèt

a

quicòm ?

Avèm agantat quauquarèn a la radio. Pèr la télévision,
li causas èran bèn partidas, emai aviam cresegut de ganhar. Tôt
èra lèst au nivèu regionau... e puèi lo veto de Paris tombèt. Non
—

pas de la direccion nacionala de la tresenca cadena, mai de bèn
pus aut. E siam encara a barbelar. Ara l'I.E.O. tanbèn demanda
que la télévision se dubrigue. Mai li portas son bèn clavadas...
A.

e

A.

B. G.

—

—

Siatz

Siam

associacions

e

una

antena dau

Felibritge ?

independents dau Felibritge tant coma dis autris

movements..

Bernard Giély :
34 ans, né dans le Gard,
Rédacteur en chef du mensuel Prouvènço dau !
vice-Président du Mouvement Parlaren.

�AICÍEARA

38

A. e A. — A/7 a que dison que siatz d'òrres reaccionaris, de
borgeses passeïstas ; e puèi n 7 a d'autres que vos dison de descaladaires. Ont es la vertat aqui ?
La vertat es que siam pas sectaris. Siam pas d'òmes de
B. G.
capèlas. A l'ora d'ara, malurosament, li divisions tradicionalas
franchimandas regisclan e divison artificialament li aparaires dau
païs d'òc. Fai pena de vèire totis aqueli garrolhas, entre de
monde que, pasmens, an un ideau comun.
Li que nos tratan de reaccionaris, son li que dison que i a una
grafia « progressista » e una grafia « reaccionària » pèr escriure
nôsta lenga. Mai nautres, s'emplegam la grafia de Mistral, es
precisament pèr de qué, aqui, en Provènça, es populària, e que
podèm tocar mai de monde. Mai avèm pas de dogme ! Respectam
tanbèn l'autra grafia. leu même, escriguère dins la revista Aici
e ara un article en grafia de l'I.E.O. I a força monde a Pariaren
que la legisson emai que la pratican. E d'abòrd qu'una lenga, lo
mai important es de la pariar, pense que tôt aquô son de combats
de rèire-garda. Lo tèmps farà la tria e lo monde causiràn. En
—

esperant, la tolerància es de régla.
Coma n'i a tanbèn que nos dison de descaladaires e de botafuèc, pense que siam bèn onte fau, en déféra di sectarismes e di
partit-pres. Pèr mièlhs nos situar, dirai que siam ni de la gaucha
franchimanda, ni de la drecha franchimanda : siam pèr Provènça
e pèr lo païs d'oc. Li que vòlon lo
poder de Paris se garçan bèn de
nautres, e se garçaràn encara de nautres tant que representarem
pas un pes conséquent. Aurem jamai rèn se comptam subre lis
autri : l'istôria lo nos a pron mostrat ! E li nocions fargadas dins
l'encastre de la politicariá exagonala s'endevenon de ges de
maniera ambe çè que nos fau. Podèm — e devèm — aver nôstis
ideas personalas subre li questions socialas e economicas, bèn
segur, e aquô lo pépie néstre ne decidarà quand vendrà lo tèmps
d'organisar nésta plaça, liurament, dins la França e dins l'Eurépa. Mai ara la question es de saupre se deman serem pas
morts! Fau pas faire lo jéc d'aqueli que nos vélon divisar, mai
butar pèr la respelida dau païs. E s'aqué s'apèla faire de politica,
e ben, ne'n fasèm, mai au dire noble dau mot.
A.

vènça

e

A

».

.

—

Òm

la totjorn una

ambiguitat quand parlatz de « Pro¬
a la « provincia », o se

sap pas jamai se vos iimitatz

consideratz l'ensemble de t'Occitania...

B. G. — Pense pas que i aguèsse ges
exista soncament en Provènça pèr de

d'ambiguitat. Pariaren
qué avèm pensât que valiá
mièlhs s'implantar a la començança dins un rôde bèn définit,
pèr
i menar una accion concrèta, utila e
eficaça. En s'escampilhant
un pauc de pertot dins li païs d'éc, auriam
agut mens de força e

�0 CC1TANIE

mens

de

:

UN PA YS PO UR DEMAIN

vam.

Donc

nos

limitam

a

précis, i païs de dialècte

la

39

Provènça à, pèr èstre mai

provençau, d'abòrd que i a una seccion
de Parlaren dins Gard. Mai avèm
sèmpre dich que siam li tenents
d'una mai granda
Es bèn segur que

tèrra, li Païs d'òc, l'Occitania, coma voudretz.
parlam la mèma lenga e que siam un pôple.
Mistral l'aviá bèn vist. Cada région a son
dialècte, son originalitat, e li fau preservar, mai fau pas negar nimai l'unitat de
lenga,
de cultura e de civilisacion. E mai
qu'aquô : Mistral, dins la
segonda nota de Calendau, aviá vist una nacion.
A. e A.
cion es de

Una de las principalas activitats de vôstra associapublicar un mesadièr : Prouvènço dau ! Mai es que tôt
aquò demòra pas un pauc confidencial ?
—

B. G. — Vos pède assegurar
que li Provençaus començan de
bèn conéisser Parlaren. Pas tant coma
voudriam, mai nôsta
accion es pas contidenciala de ges de
biais. Siam aqui sus lo
terren quand se passa quauquarèn,
coma au Verdon, pegam

d'afichas, avèm provençalisat li panèus di vilas, fasèm de cors de
lenga e tôt çô que fau pèr que nôsta accion fugue publica. Pèr
Prouvènço dau, vos pôde dire qu'es un di tiratges li mai impor¬
tants de tota la premsa d'ôc : 5 000 exemplaris. Eriam a 2 000
abonats, e ara tocam quasiment li 3 000! E fau pensar que lo
mesadier es escrich de la promiera paja a la darriera en
lenga
d'ôc.
A.

e

A.

B. G.

—

—

Cossi vesètz l'avenir de vôstra accion ?

Crese que se fau mesfisar dis orientacions neblosas

e

dis escomenges a

repeticion. Fau restar dubèrts, sènsa se pèrdre
dins li dralhas de la politica partisana, o parisenca. Faudrà bèn
arribar a marchar cotria contra li tecnocratas parisencs, amb una
tôca bèn definida : ganhar lo drech a la diferéncia, lo drech a la
lenga, lo drech de mestrejar nèste avenir. Pèr ara, la promiera
causa es de peutirar lo monde en li fasent
comprene onte es son
interès. E quand auràn comprés que l'union, pèr aparar sis
interès comuns, la pôdon faire qu'a l'entorn de sa lenga e de sa
cultura, alara serem bèn partits.
Cresèm

a l'Eurôpa e demandarem un
pache federatiu europlus aver paur de se dire federalista e de reclamar una
refonda compléta dis estructuras institucionalas. La reconquista
passa pèr aqui. ■

penc. Fau

(Interviu

N.B.

—

Parlaren

13009, Marsilha.

e

Prouvènço dau !

:

:

R. Pach)

2 ter, carrièira Rabutin-Chantal,

�AICÍE ARA

40

QUE TROUVEREZ-VOUS
DANS AICI E ARA?

Un Editorial qui traite, dans un esprit de totale
impartialité, des problèmes de l'heure'et de l'orien¬
•

tation

générale de l'occitanisme.
Corrièr dels Legeires,

où nos lecteurs font
part de leurs réflexions. Ce dialogue est précieux
pour l'amélioration constante de la revue.
•

Le

•

Divers articles d'actualité et de réflexion

blèmes politiques, culturels : tous sont

:

pro¬

abordés.

Une Tribuna Iiura où peuvent s'exprimer, sans
exception, toutes les tendances, et où toutes les
idées peuvent être développées.
•

La

rubrique Endacòm mai (Ailleurs) : Corse,
Catalogne, Pays basque, Québec... Comment les
expériences étrangères peuvent nous aider, « Aici
•

e ara ».

De courts textes littéraires inédits des meilleurs
écrivains contemporains : poèmes, nouvelles...
•

Dans les rubriques Libres Novèls et Periodics,
enfin, sont analysées et commentées les dernières
•

parutions.
[Abonnement

:

page

3 de couverture)

�LOS OCCITANS PARLAN ALS OCCITANS
Trente

ans

auteur /

d'évolution du rapport

public

dans la littérature occitane.

Joan LARZAC

En

1980, il n'existe toujours pas de dictionnaire occitan-occitan.
« Je traduis en
français, pour être compris à Paris »
dit un personnage de traître dans « Lei Cascavèus »...

Se siam fotuts, au mens siaguem célébrés »
An escrich tota
en èc. Mas an pas après a sos enfants a los
legir dins sa
lenga. E ara, forts de sos «dreches imprescriptibles» a èstre
«

.

sa

vida

reconoscuts coma escrivans

pòble

—

per sos pars

s'aquò's

pas per son

sòmian pas qu'a se veire publicats en francés. Son
vièlhs : una generacion sacrificada, mas que s'es pas sacrificada.
I cerquetz pas pegaires d'afichas, manejaires de
bombas (a pintrura, naturalament !). Li es pas jamai passât pel cap que, se son
nom es vendable, o devon a d'escurs vendeires d'estands
qu'aurián tanplan coma eles poscut se consacrar a faire son òbra e
qu'an mai aimat fargar lo païs. En 1950, trastegèron pas quand
s'agissiá de causir entre la realisacion d'un diccionari occitanfrancés o francés-occitan. Coma Mistral, causiguèron lo diccio¬
nari occitan-francés e l'edicion bilingua de sos poèmas. Aquô fa
qu'avèm totjorn pas de diccionari occitan-occitan. Nòstras definicions son en francés.
—

Jean Larzac :
Né en 1938 à Sète,

professeur d'Écriture Sainte,
poète et historien,
vice-Président de l'Institut d 'Études Occitanes.

�AICÍE ARA

42

aqueles neô-mistralencs tardièrs abans'anonça una novèla passa dificila, vau
pas plorar ça que la. Es que sabi pro fort lo vam qu'una novèla
generacion li a donat per poder trampassar la zòna de tempèris e
remorcar aqueles vièlhs qu'en finala li devèm pas solament de
n'èstre aqui... mas tanben d'èstre aqui, nautres.
Se m'arrita de veire
donar lo naviri ara que

E val la pena d'espepissar aquelas trenta annadas darrièiras
per veire cossi, a travèrs lo rapòrt escriveire/public, es l'aventura
de la lenga que se viu, ensajant successivament totas las causidas

possiblas dusca a aquela constatacion que tant que la lenga d'ôc
aurà pas un estatut normal, i a ges de rason que l'escrivan d'ôc
se prenga per un escrivan « coma los autres ». Cal donc parlar de
la condicion a-literària de nòstra literatura. E pas solament quand
assumis aquela condicion coma la generacion de las annadas
setanta, mas quand ensaja de i escapar dins las annadas seissanta, o quand, dôus las annadas cinquanta, s'apastura d'illu¬
sion.

Autour de 1950, on se voulait « écrivain français de langue
occitane ». Aujourd'hui on ne recherche plus, comme Lafont,

la

«

Qualité France

»,

mais la littérature d'oc a gagné la bataille
de la modernité.

La question del diccionari, pausada per una enquista d'Òc
1950 venguèt lèu la question de la lenga : « Perqué escrivèm
en lenga d'ôc?» Las responsas demôran dins una ambiguitat
portaira a
e
chanças
E las
venon
lèu ne faire la prèva.
en

l'encôp de perilhs

de

òbras

(1).

1. — «Coma se fai qu'escrigue pas en francés?» demanda
Lafont. La causida per l'occitan se vira aital en causida contra lo
francés. L'occitan es la lenga d'una comunautat e Max Roqueta
ditz qu'un pôble ne val un autre. J. Rècha parla de nacionalitat e

voldriá, el,
vans

dins

un

diccionari tôt occitan. Mas generalament los escri-

d'aquela pontannada se'n tiran amb una especialisacion
l'usatge de las doas lengas : Se pèt pas dire en francés çò

que se

ditz en ôc. Aital Lafont

Quora escrive

francés, mène
quicôm autre
me sentisse responsable. » E Castan : « Una
lenga... s'adreça a
son public prôpri.
Parlar una lenga, aquô's s'integrar a una
comunautat qu'es pas la meteissa d'una autra
lenga. » I a aqui
saique lo perilh d'una esquisofrenia per reparticion de las fonccions entre occitan e francés, perilh trop visible dins d'ébras
bilingas coma las de Nèlli o Lafont D'un band la lenga del cor,
de l'autre la de l'intellècte... Mas i a aqui tanben una
chança, per
lo que s'investis totalament dins sa lenga, de
cavar son alteritat
dusca a la presa de consciéncia nacionala.
un

: «

biais de jôc d'intellècte... escriure

.

en

ôc

es

en

...

�OCCITANIE

2.

—

Es

:

UN PA YS PO UR DEMAIN

43

justament contra aquela risca d'un novèl nacionalisme

occitan — cal dire pasmens qu'òm se podiá mesfisar d'un nacio¬
nalisme en idèia, a veire cossi lo nacionalisme felibrenc aviá
crebat coma una folhôla — que lo rapôrt moral de l'I.E.O. défi¬
nis en 1952 l'escrivan occitan coma un escrivan francés. Francés,
es a dire intelligent, normal. E aital se buta cap
a la polarisacion
d'una França occitana (amb lo dangièr del régionalisme e de la
« resèrva
tipica») mai que non pas d'una Occitania francesa :

Nosautres, escrivans francés de lenga occitana, nôstri pensali dis escrivans francés; avèm coma eli l'amor de
nòstre mestièr d'escrivan, e un destin quasiment parièr espéra
nòstris òbras » (sic ! )... « Fau que lis escrivans occitans sián a la
poncha de la lucha per la qualitat, per l'intelligéncia francesa »
(Lafònt). Aquestecòp, lo perilh évident es de « franchimandejar
en òc» (Espieut), repròchi que, dempuèi, Nèlli o Manciet faguèron sovent a Lafônt (veirem se la capitada de l'edicion francesa
dona rason a los que lo çaganhan sus aquel sicut).
«

ments son

Mas coma totara, lo perilh es pas que la revèrs d'una chança a
córrer, la d'una modernisacion de l'occitan : « Trabalham sus la
lenga per la metre en estât de tôt exprimir, per la faire semblanta
is autri lengas de civilisacion » (Lafônt). Mas un côp capable de
tôt dire, es que l'occitan se désigna pas coma lo rival a eliminar
fàcia a la lenga francesa? I a pas plaça per dos sul même tarrenc.
En 52 ça que la lo perilh es encara trop teoric per que se veja la
contradiccion.

Nelli, Max Rouquette, Saurat, Boudou, en fondant l'écriture
moderne, ont permis à l'Occitanie profonde de placer
sa parole sur l'homme à hauteur de siècle.

occitane

Aquelas reflexions teoricas — que volontan l'empèut de la litesus l'èime del pòble d'òc o sus la modernitat, mas sens
gaire se trachar de las possibilitats concretas d'aquel rescontre
dins l'acte de lectura
trapan sa demonstracion prestigiosa dins
las ôbras d'aquela pontannada. Es lo moment « metafisic» de la
nova literatura occitana, que s'acara als grands problèmas de la
condicion umana o de la civilisacion modèrna (2).
ratura

—

volontaristas
Lafônt, présent sus totes los fronts (roman : Larsinhac;
poësia : Dire; teatre : La Loba), lo grand projècte de moderni¬
sacion es menât per Manciet a son cimèl poëtic amb Accidents,
que destrantalha la paraula per placar milhor la desintegracion
de la consciéncia dins un temps d'abséncia de Dieu.
Encara al nivèl de las intencions dins los ensags

de

La nauta

poësia de Nèlli pausa lo problèma de la modernitat
: Arma de Vertat retrôba la granda tradicion

d'un tôt autre biais

�AICÌEARA

44

occitanacoma un fiai interromput en Occitania, mas que travèrsa
l'istòria literària de l'Occident, del barroquisme al romantisme e
al surréalisme. Mas « quai donc parlariá del passai, quand tôt
ven pas que de nosautres» : èsser e neient, unitat e dualitat,
l'etèrn que se replèga dins I'i'ntèrn? Oc, quai, s'es pas aquel

païsatge
tesa ?

que

se'n pot

pas

»revirar qu'un pentiment d'enfan-

»

Alara? Modernitat? O retorn en fôrça de l'occitanitat pregonda? Max Roqueta i dintra mai per l'escritura — transparenta
que pel record, coma dins un Verd Paradis. « Cargat de
vidas e de sòmis que degun jamai non sauprà», son projècte
coma « l'arbre anava dins la nuôch, redond coma la
tèrra, enrebalant dins lo sômi etèrne sa carga d'astradas escuras ». Aital pòt
dire « S/a/' fidèl » : Es vengut pôble, o
puslèu poblat : « Es sa votz
mai que la meuna que se lèva, e que ditz, uòlhs dubèrts, sa tèrra,
son cèl, sos bòsques, sa sentida de vida e de mort, son
anciá, sa
misèria de rei espelhat. »
—

La votz que parla a Danis Saurat dins sos somis (e li parla en
occitan, a-n-el que parlèt pas jamai la lenga de sos aujôls catars e
viu luônh dels Pirenèus, en Englatèrra), es que per far modèrne
l'anam apariar a l'escritura automatica, a la psicanalisi? «Fa
explosar dins vòstras tèstas la vision del monde tal que Dieu l'a
volgut e fèit e que l'òme lo sap pas veire. » Es ça que la benlèu
l'èime d'un pôble e dins sa lenga e dins sa gèsta, tal coma parla
dins las velhadas d'un vilatge ont Nôstre Sénher es pas passât
que de nuôch : « Lo parlar se n'es anat del pôble?» Aquô rai :
N'es vengut lenga sacrada : « Ac avèm fèit exprès — degun
n'ac deu saber... Ac digas pas. La jôia es amb nosautres », fan
los Gigants. E l'editor : « Per volontat de l'autor, lo tèxt occitan es
pas acompanhat de revirada francesa. »

Es tôt bèl juste al moment que Saurat cabussa de sa modernitat
dins las jaças arqueologicas
lo roman de Bodon

de l'èime (cf. Delteil paleolitic) que

capeja de la granda aiga de la sagà populària

aprivadar l'autobiografia. Aprendrà puèi a la vestir de trepersona per i amagar l'espetament del ieu en tantes de ieus
successius o simultanèus : « Finida la barbariá... quai
n'es
solide ? Ieu lo vesi pas clar lo temps novèl » fa lo devinhaire dels
Baissés. Modernitat? « Òm demòra çò qu'òm es
totjorn... Dins
un sens una lenga es una
preson e i siam dedins » (interwiew de
59). Al Joan Larsinhac dé Lafônt, raconte autobiografic d'una
Resisténcia que l'autor avià pas viscuda, Bodon opausa La
Grava
sul Camin, son retorn del S.T.O. : « Es
que l'ôme es Hure quand
escriu ? Es que pot escriure çô que vol ? Non
pot escriure que çô
que a vertadierament esprovat dins son èime. »
per

sena

�OCCITANIE

:

UN PA YS PO UR DEMAIN

45

Les années 60

marquent le moment de la grande interrogation :
L'impossibilité d'écrire en oc n'est-elle pas le reflet
de l'impossibilité de vivre occitan ?

«

Il faut

nous

réveiller

ou nous

taire dès maintenant

»

(Yves Rouquette).
En fach, de qué demôra possible de viure dins son èime, en
occitan? Es pas una bonetada d'Aragon, d'Emmanuel, o de

Lacôtedins Les Lettres Françaises que pôdon manténer l'illusion
qu'un «destin quasiben parièr» espéra l'òbra dels escrivans
franceses normals

e

dels escrivans franceses

non

franceses de

lenga. Aquela farfantèla s'engruna jos un primièr butassal (3),
lo dels joves de 1956 : « Nòstres crits de te, de révolta e d'amor
serviràn pas a res, la lenga a força de s'acossomir entre de
paginas de revistas e tanben sus los pòts del pòble finira ben un
jorn per morir » (Ives Roqueta). I a puèi la quichada pedagogica
de l'òbra de Bodon. Marca la rompedura amb lo sembla-public
que se n'entretenguèt la ficcion, de Mistral a Lafônt
Lo primièr
en fasent lo semblant d'escriure per
« li pastres e gents di mas »,
en fach analfabètas dins sa
lenga, e lo segond guinhant d'ipotetics occitans cultivats dins sa lenga al nivèl d'una «qualitat
França » : « Es plan polit de cercar de mots estranhs e de formas
occitanissimas. Mas aqueles polits mots, aquelas formas trobadorencas, quai los comprendra ?... Perqué pas un basic occitan ? »
ditz Bodon, que s'encapuda el a escriure occitan per los Occitans.
.

Es una causida parièira — parlar Occitania
fan alara los primièrs movements politics

als Occitans — que
occitanistas. E la
revista Viure ne serà l'expression literària. Dins son manifèste,
son pas de missant destriar los passatges que parlan coma ièr
d'umanisme lafontian : «Aici e ara. Dins aqueste païs e dins
aqueste sègle, l'òme. L'òme deliure e responsable... Escrivans,
parlam davant un pòble que de sègles de messôrga an ensordat...
(s'agís ó')inventar una literatura modèrna, una problematica
nova, una consciéncia occitana acordada amb lo sègle e responsabla davant el. » D'autres passatges an pas besonh d'èstre
signais d'I. Roqueta : « Partissèm d'ont siam : a calòç. Dins la
batèsta que menam ara, la darrièira que se pôsca amb e per
nòstra integritat... la mòrt nôstrà l'espiam a la cara... Es en ôc
que proclamam qu'existis e que pòt existir una Occitania occi¬
tana » (1965).
Alara, «Santat, o fin dels temps?», demandavi dins una
enquista de Viure (4), constatant los longs silencis de nòstres
milhors escrivans.
« Un roman vertadièr
pòt pas èstre que lo rebat, la flor, l'ex¬
pression d'una societat. I a pas cap de societat occitana », respond Max Roqueta. E Ives : « Quand la vida se viu en francés,

�AICÍE ARA

46

ta vida

pòt pas escriure
explica Lafònt :
frenia : « Una lenga vulgara,
l'esperit » ironisava Delteil).
«coma

se

se»,

en occitan. » Demòra pas qu'a far
«sens vergonha ». Finida l'esquisoper la sopa, e una lenga nòbla, per

Non

.

Una lenga per tôt dire e donc

e pas solament dins li
(Camprôs). Pas solament « a l'espéra d'una recuperacion
totala, de la bastison d'un còs sociau que se diga Occitania»
(Lafont), mas efectiva « recuperacion per l'occitan de son domèni
tôt e de totes sos dreches e de totas sas fonccions de lenga »
(I. Roqueta). Mas alara que Lafônt vol anar cercar la vida « aqui
ont es», dins los rescontres amb d'escrivans franceses, denonciant «/a sota-edtimacion dau fach francés», per I. Roqueta,
dins Occitania part integrada a la nacion francesa, i a pas de
plaça per una literatura d'ôc... escriure es tanben un acte politic». E mentre que Nèlli reclama ara un diccionari francésoccitan, per ajudar «un jove escriveire a s'exprimir en òc»,
Lesfargues parla de « far petar las estructuras de l'Estât nacional
una

«creacion

tétras

totala de l'occitanitat,

»

«

francés

».

De

l'impossibilité même d'exister naît alors un des grands
moments de la littérature occitane de tous les temps,
fuite dans l'anticipation avec Boudou, rendez-vous

de l'incommunicabilité suicidaire à la
d'Yves Rouquette, haute

Manciet, alerte à la bombe
tour du rêve chez Espieux.

Jamai coma a aquela passa lo subjècte, la lenga, l'autor e lo
legeire efectiu (l'occitanista) juntèron pas a aquel punt (5) :
l'accion ditz pas res d'autre, dins la parabôla, que lo ghetto ont lo
sol rendètz-vos segur es lo de totas las morts : « Moris ma lenga,
morirai ieu », ditz l'erôi dels Grands Jorns. Los felibres de La
Santa Estèla del Centenari son la version secular-isada dels
Testimônis de Jeovah : partits coma son, i a pas que la fin del
monde per los sauvar, en faguent petar mai que las estructuras
d'un monde ont i a pas de plaça per la lenga d'ôc. Lo sol espèr,

baug, seriá que l'apocalipsi atomica esparnhèsse pas qu'un
copie, occitan, per repoblar la tèrra. Se pot pas melhor tuar en
imaginacions la lenga que cada jorn rauba l'aire a la teuna. Sômi
que fa Tennevin tanben, dins La Darrièra Cartocha, mas que
Bodon descoratja definitivament : « £ se ma letra uèi es en òc, es
son que per tu, mon enfant pichon. Son que per tu que ploras una
lenga môrta entre totas las lengas. » E mai dins Los Grands
Jorns, que conta los darrièrs jorns d'un cancerôs, la quista d'immortalitat a tôt còst mena al refûs d'aquela immortalitat de l'òme
redusit a son cap trencat e totjorn golaud d'espectacles del
monde. Ni per aquela es plan l'image éternisât de l'ôme d'ôc
embarrat dins sa clôsca. « De tôt biais vendra lo temps que, ieu
mort e sens degun per legir ma confession, l'inutilitat sera la

�OCCITANIE

:

UN PA YS POUR DEMAIN

47

qu'o escafa tôt» dirà lo Lafònt de L'lcòna dins l'Isola,
perseguissent son dialòg d'òbras amb Bodon. La sola anticipacion capitada de Tè-tu Tè-ieu es la de la mort
comunicacion
de l'incomunicable, de la quita non-coïncidéncia amb se : « coma
se la mòrt aviá escafat tôt
çò que la precediguèt ».
goma

—

La

lenga d'ôc a pas besonh d'un grand esfôrç, se vei, per trapar

las situacions que fôrçan a la prigondor de l'interrogacion umana.
Mas a travèrs tantas cronicas de l'infèrn, es qu'es pas encara

quicèm mai

que

los occitans

cèrca,

coma se

voliá provocar per compensacion

immensa fresa de viure... Es que ne vôlon
solament? Las faulas del pais d'Amaluc de Max Roqueta (Verd
Paradis II) daissan los boçuts dins l'autodeterminacion. E lo
a

una

darrièr représentant de la

pichèta Glèisa, Catôia, accepta son
Vaccinat, despiucelat e renegat per Fernanda,
l'ultima descendenta d'una autra familha «catôia», quand tôrna
de la guèrra coma Bodon per abordar los temps modèrnes, es un
autre ôme, intégrât : «A Sant Ginèis degun sap pas que soi

alienacion

Catôia.

.

»

Fin de raça... aqueles personatges de Manciet, embarrats dins
la delectacion morôsa de son incomunicabilitat. Lo visitaire del

Gojat de Novémer es pas que lo simetric, e l'espéra, la distància
de se a se, ciclica coma las sasons darrièr la fenèstra, jôc de
poisons e de contra-poisons.
L'Òda a Sant Afrodisi, d'I. Roqueta, refusa aquel esplendid
isolament dins l'Occitanitat prigonda d'un canton de las Landas
ja d'abancis vendut ça que la a l'especulacion toristica. Per una
novèla rompedura amb lo legeire occitanista, Roqueta li reman¬
da, en ôc, de subrepés, l'autobiografia d'una Occitania prostituïda, e urosa : « Ai ganhat. Siài baug de jôia... Èri lo pus bèl. Èri
vengut l'image exacte amb cacalàs e pintoresc de çô qu 'es escrich
que deu èstre... Ma botariga èra un barratge, mon pial del cuol
un pargue nacional, mas venas d'autorotas, mos paumons un
camping, mon fetge una resèrva de métal... Pensarpas ; au mens

pensarpas »...
E pasmens un poèta es aqui, velhaire dins sa torre, a esperar lo
jorn : « Un sòmi môurà tôt » ditz la primièira version d'un siu
poèma. Aquô l'empacha pas de se sentir el tanben fôra-monde :
«En tôt, en totes vene estranh» (Espieut). Coma Rebol : «£
d'umble cambarada deveni un grand estrangièr ». Mas « lo temps
vira al fuòc » canta ja Marti. E Espieut aurà pro viscut per cambiar lo temps de son poèma : « Un sômi a tôt mogut », ditz, après

1968.

�AICÍEARA

48

De

«

4 Vertats

»

à la

«

Nouvelle chanson occitane

»

et au

«

Teatre

de la Carrièra », les années 70 ont vu l'entrée de la littérature
d'oc dans la vie des Occitans. L'écrivain, depuis qu'il l'avoue,
se

« étranger du dedans » : Des multitudes en font
après lui l'expérience et récusent avec Marti l'adjectif

sent moins

«

minoritaire

».

De qué se passèt en 68? Compti per pas res aqueles « poèmas
de mai» que publiquèrem dins Viure, per èstre dins lo còp...
coma se i èrem pas plan abans mai, sus nòstra pròpria butada :
«

Nòstra mòrt, l'avèm tatament en

arrèr,

que

la mòrt pòt pas res

nosautres », ditz Ives Roqueta, tirant las conclusions d'una
passa de vertadièira tanatoterapia. La literatura d'ôc ne sortis
mens literària que jamai... A part que la literatura occitana,
maridada dins la mort amb l'acte d'occitanisme, agèsse sautat de
l'escrich per emplenar tôt lo camp de l'accion publica. Aquò

sus

s'èra endevengut un autre côp, amb los Trobadors, quand
Occitania coma societat e biais de viure èra sortida de son cant.
Aital lo militantisme occitan seriá encara «literatura» coma
l'amor en Occident dempuèi Bernât de Ventadorn. I a pas de qué
n'aver vergonha. Mai que mai quand ôm a poscut participar a
aquela escampa de la literatura dins la vida.

Dempuèi Suberròcas e sas Cançons Mauvolentas — « a la bona
nòsta, mèstes d'escòla / » — èra clar que l'escrivan deviá de
quauque biais tuar son public. Una rajada d'òbras aviá seguit.
Ne siaguèri amb mon Estrangièr del dedins abans de ne tirar las
conclusions teoricas dins un article de Viure : La letra tua (6).
I fasiái ni mai ni mens un elôgi de l'oralitat, desgatjant lo
discors de la lenga empresonat dins lo raconte. Èra la ficcion
d'una literatura en condicion normala e lo critèri de «qualitat

França» qu'aviá copat los «cultivais» dels «cultivators

».

Sa

non-responsa riscava d'èstre mal interpretada : «Ma tèrra a
besonh de dormir » ditz lo Ramond VII de Lafònt temptat d'èstre,
coma lo Mistral de Devolui, redemptor d'una lenga. Mas s'ôm
escota lo discors de la lenga, que cèrca a travèrs totes los alibis

literaris, a suscitar una responsa, ven clar qu'aquela situacion
traspassa las donadas ordinàrias de la situacion literària. Lo
rapòrt autor/public, comunicacion dins (de) la lenga aimada, se
podiá donc exportar a tota situacion capabla de sortir la lenga — e
çò que ven dicible amb ela — de son estât virtual. D'aqui l'empeut de la « nova cançon » suis poèmas-tracts de 4 Vertats, e del
teatre populari sus la nòva cançon : « L'òbra vertadièira es pas
dins cap de libre ni de bibliotèca : Es Occitania que se farga a
travèrs d'aquela psicanalisi collectiva qu'avèm entemenada. »
Es alara vertadièrament que la literatura d'ôc trapa son public,
quand se decidis a lo prene ont es, e ont n'es. Situacion que défi-

�0 CCITANIE

niguèri

:

UN PA YS PO UR DEMAIN

coma situacion didactica de mesa

nista. Al nivèl de
Los Occitans
que

—

e

l'occitan es
siague

Sufis que

49

en

movement occita-

l'emplèc de la lenga, d'en primièr,
los autors demest
sa

—

dison pas pus

sens

trichar.

forçadament

lenga mairala quand aquò's pas vertat
lenga. Ja fasiá'n briu que Tè tu Tè ieu e Lo
.

sa

Poèta es una Vaca avoavan
que

l'escrivan aviá pas avut facil
d'intrar dins l'occitanitat raubada. De
l'acochament de la lenga
dins N.D. dei Bordilhas
(Benedetto) al desfolament de la lenga
dins La Filha d'Occitania, lo public

participa ara a un psicodrama
morbid e solitari coma ièr dins lo roman, mas
collectiu e conquistaire. Didactisme encara al nivèl dei
contengut
informatiu e idéologie. O poiràn pas engolir los
que son pas estais
privats de l'essencial sus las banquetas de l'escòla. Al
programa :
Occitania passât e présent.

linguistic

non pas

Es pas vertat qu'ajam pas cap d'istòria.
» E dins las cançons
Marti, Patrie, Maria Roanet... coma dins lo teatre en contrapunt d'Alranc e de Benedetto o dins lo roman de Bodon (ambe
La Quimèra quita, ço ditz, d'èstre
« nacionalista vergonhós »),
es una contra-istòria
que se teis (7). Coma es d'un autre band una
escôla d'analisi de çô que se passa uôi
que se farga dins Gaston
D., La Pastorala de Fòs e tant de cançons nascudas al contacte de
las luchas : « Avèm una rason tacha
per desmontar la mecanica
«

de

dei malur.

»

Literatura risorgimentala (8) : Alranc posa dins un
poèma de
Refús d'Entarrar l'argument de Mort e Resurreccion de M. Occi¬
tania. E los cantaires trapan dins Jôi e Jovent
d'Espieut tôt un
arsenal d'images de reviscôl — sortida de
l'oblit, de l'ivèrn, de
la solitud, de la mòrt e de l'alienacion
Dels « mots deiembrats
dins lo gorg de la carn d'un pôble » e de la « grana que
raceja »
Maria Roanet pòt dire : « Me soveni», mentre que Marti cons¬
tata : « Sèm de miiièrs ». Òc, coma canta Patrie, « la
prima es filha
de l'ivèrn. »
.

Les années 80 seront dures. L'autonomie ne fleurit pas entre
les blocs, dans une ère de glaciation. Mais « sous la
glace, l'eau
chemine » (Marie Rouanet). Récupérés, mais loin d'être
vraiment reconnus, ce n'est pas le moment de nous vendre.
Las annadas 70 son lo temps dei miracle. Ara
que ne sortissèm,
vesèm ben ça que la que res es pas definitivament

réglât. Mas

mainam qu'avèm fach lo torn dei quadrant, e que totes los
problèmas son estais pausats. Emai se pausan totes a l'encôp,
desenant, coma s'èra venguda bauja l'agulha e virava tan viste
que se n'esfaça... Lo fach novèl es la presa de paraula de totas las
régions occitanas, ont, a flor e a mesura que se derrevelha, la
jove generacion se retròba tôt naturalament a l'ora dei Lengadòc
nos

�AICÍE ARA

50

primièr messatge se vòl despertaire d'autras parausolament paraulas de poètas (Lasdolors
en Auvèrnha, Pelhon a Niça, Pedemai al pais de Buch) : « Quora
quitarem d'èstre poètas aliscats, per viure la violéncia de nòstras
paraulas?» disiá ja Vaselhas. E darrièr aquela provocacion del
poèma-aficha a la rara del non-poèma, se manten entre l'occitanitat pregonda e la modernitat venguda cosmopolita un rapôrt
dialectic, encara pro sovent resolgut dins la causida del fanen

1968

las

en

.

Lo

ôc que siaguen pas

tastic...

Seriá aisit

d'op^usar a l'escritura modèrna de la pròsa d'un
Roqueta [Ma'de in France, Lo Trabalh de las Mans) o de la
poësia d'un Sauvaigo, o encara als tèmas d'actualitat dels romans
de Cordas (los eveniments viticôlas), de Barsôtti (La guèrra
d'Algeria), de Pessamessa (los Waffen-SS), tota una produccion
que la mòda fòlk sauva del sopçon de passéisme. En ôc coma en
francés, lo refús se noiris de la « memôria del vilatge.» (cf.
Gogaud, L'Uèlh de la Font) e de testimònis sus lo viscut occitan
(A. Serra, R. Lapassada e Maria Roanet). Après la rompedura
d'una generacion pura e dura (esteticament, puèi politicament),
ôm crenta pas de far una plaça dins las reedicions al fons felibrenc e pre-felibrenc, criticat e re-utilisat. En Lemosin, lagranda
Ives

ôbra poëtica de Marcèla Delpastre ditz la doxologia d'un espaci
interdich al profane de la de-civilisacion modèrna.
l'abans-Bodon del Temps Novèl, los masques e las

Tornam

a

masquetas

lo trin de l'ecologia. Aquel irrédentisme s'exprimis dins
: « Daus trobadors als felibres, la
literatura lemosina fuguèt pas jamai l'expression de nôstra
cultura populara... Nautres cresèm que lo paganisme, l'ani¬
misme e lo fantastic son çô que ten lo mielhs a l'arma lemosina. »
Lo fantastic, es tanben lo biais, illustrât per P. Bec, M. Chapduelh, FI. Vernet e Ganhaire, de traspassar totas las contradiccions de la situacion literària occitana dempuèi Bodon...
Mas las contradiccions demòran. Ôm pot pas cantar dètz ans
« anam
emponhar las armas. » Alara ôm es temptat de se plànher
coma Mistral d'un pôble que seguis pas : « Se volèm pas mai, se
fasèm pas mielhs » disiá R. Allan. « Ai parlai trop de temps per
queupais de morts. Qu'achabe de morir » (M. Delpastre).
prenon

lo' Manifèste del Leberaubre

E pasmens, la remontada es espetaclosa : Pas que dins A Tots,
cinquanta libres publicats en quauques ans. E sovent grosses :
del temps de son primièr roman «nouvelle vague», Nhòcas e
Bachôcas, jamai Pessamessa auriá pas pensât possible de sortir
un jorn los très volumes quichats de son De Fuôc amb de Cendre.
Ara paréisson d'ensages istorics, teologics, sociologies en lenga
d'èc; comença de florir una literatura per enfants, de bendas
dessenhadas; cada jornal a sa cronica en occitan e ja, après lo
teatre, naseja un cinemà occitanista...

�OCCITANIE

:

UN PA YS PO UR DEMAIN

51

Vertadièirament,
desfaitistas

e

minor» coma
Deleuze

sens

es pas lo moment de se replegar amb los
carrièiristas recuperators sus un «devenir
prepausa un article de Dire, citant a contraGattari : « Quantes d'estils e de genres, o de

los
o
e

movements literaris emai

pichotets an pas qu'un sòmi : remplir
lengatge, faire d'ofriments de servici
coma lenga d'Estat,
lenga oficiala» (n° 2, 1976). Confondre
l'emplèc de l'occitan amb un estil o un genre literari, aquô's
tornar a la situacion esquisofrenica del temps
ont lo pâtés èra pas
qu'un ton del francés. Una lenga es una lenga, e totes los escrivans d'òc, qunta que siague son estetica,
se son tôt naturalament
retrobats dins la campanha de l'I.E.O. per l'occitan lenga naciofonccion majora del

una

nala.

Melhor : Los an rejonches los « escrivans occitans d'expression
francesa ». Notatz lo cambiament : « escrivans franceses de
lenga
occitana» èrem pas jamai que los parents paures de Provincia.

Dempuèi que siam Occitans sens vergonha ni traduccion de rigor
capitat a crear un anti-pôle a Paris.

avèm

Pasmens, al moment que los poders locals, conscients que
s'elabôran dins la cultura occitana las analisis e las valors que
noirisson la vida

politica en Occitania, s'atalan a la sosténer de
primièiras subvencions, sufis d'anar veire Lo R,etorn al Païs
d'Alranc per nos mainar que res es pas ganhat.
D'unes traparàn pessimista aquela peça ont un professor en
sas

exilh sômia de donar

Occitania,

sa

desmession

a

fauta d'èstre mutât

en

jamai far lo pas que côsta. Aital saique
intellectuals e poder de Gaucha calinhan l'occitanisme sens i
cabussar encara. Mas trapi optimista qu'Alranc faga tornar al
païs... lo factor, conscientisat per lo professor impoissent. ■
mas sens

(1) « Òc », revistade l'I.E.O., numéros d'octobre de 1950 ; janvièr, abril,
julhet, octobre de 1951 ; janvièr, julhet, octòbre de 1952.
(2) Cf. Joan Larzac, «Trois poètes d'oc et la conscience occitane», in
Esprit », mai de 1962.
«

(3)

«

Oc

(4)

«

Viure

»,

n° 199, janvièr de 1956.
»,

(5) Cf. Joan
«

Etudes

»,

1966,

numéros 5 e 7.

Larzac, «Le
agost de 1969.

roman

occitan,

roman

d'anticipation»,

in

(6) «Viure», 1969, n° 18-19.
(7) Cf. Joan Larzac, «L'Histoire : source d'inspiration poétique», collèqui de Poigny, 1970 (Ed. La Baconnière, Neuchâtel).
(8) Cf. Maria Roanet, « Occitanie 70 : Les Poètes de la Décolonisation »
(Ed. Oswald, Paris, 1970).

�AICÍEARA

52

AICÍ E ARA A PUBLICAT:

Joan-Frederic BRUN

Estius
e

Secaresas

r--

r

-,

---

^

-y
'

:rf*r±zCF~7i

POËSIA DE UËI
.

AIC1 E ARA

.

1979

Joan-Frederic Brun

:

ESTIUS E SECARESAS
&lt;&lt;

Dins

mòrt, l

aquel univèrs salvatge de païsatges color de
lafemna tenon una granda plaça.

amor e

Joan-Frederic Brun
dièira

poësia

tornam

nos

balha aicí

un

reculh de

verta-

delà Vambigiiitat de son dire, nos
descubrir dins la brasa e la polsa dels estius

escantits.

ont, per

»

,

a

r r
14 F
franco.

RomiègPACH
s

�JAURÈS REPATRIAT

Jòrdi BLANC

Ara que s'engruna lo «socialisme scientific» que senhoregèt
pendent mai d'un sègle en rebocant anarquisme, «socialisme
utopie» e «social democracia» suis tèrmes de l'istôria, es pas
sens interès de tornar descobrir la pensada de Jaurès, per delà
reduccions e recuperacions, en prenguent la pena de tornar
montar a las fonts.

Dins la crisi que sèm : crisi del capitalisme e dels sistèmas
capitalistas d'Estat, redistribucions de las cartas al nivèl internacional e riscas de guèrra mondiala coma abans 1914, l'accion e la
pensada de Jaurès contra l'imperialisme e contra la guèrra
tòrnan d'una actualitat prigonda.
Car Jaurès

(autra reduccion) es pas solament un òme d'accion
politician. Es un pensaire politic e social, un filosòf, e mai se
las istòrias francesas de la filosofia, de la pensada o del marxisme
lo doblidan o l'apichonisson regularament.

o un

Sens

parlar de l'interès d'analisar e de prene en compte per
participacion a las luchas sociô-politicas en
Occitània, sas presas de posicion — coma Occitan e socialista —
sus la lenga e la cultura occitana, e enfin sa teoria de la nacion.
nosautres Occitans sa

L'OCCITANITAT DE

JAURÈS

Joan Jaurès nasquèt en 1859 a Castras, al pè de la Montanha
Negra, dins una région que s'èra industrialisada dempuèi lo
sègle XVIII amb lo textil. Malgrat sas originas borgesòtas (aviá

Jòrdi Blanc :
Né en 1944 dans le Tarn,

professeur de philosophie et d'économie,
poète, traducteur de Karl Marx en occitan,
fondateur des Éditions Vent Terrai.

�54

AICÍEARA

un oncle amiral), sa lenga mairala
foguèt l'occitan, çò qu'es plan
revelatiu de l'usatge généralisât de la lenga, dins totas las classas

socialas,

a

l'epòca.

Pichon nenon, sa maire lo bressava amb la musica e las paraulas de «Sòm, sòm, vèni, vèni, vèni...». Li disiá amistosament
« Lo
Gros», e a son traire, Lois, que vendrà amiral e députât,

Rossèl

o « Rosselon ». Aquô's vertadièrament a travèrs una
granda per sa maire Adelaïs que se sentiguèt totjorn
estacat a la seu lenga e al seu païs. Aital, parlar de lenga
mairala,
es pas son que un biais de dire.
«

»

afeccion

Aprenguèt lo frpncés
coma

fan

encara

a l'escòla. Lo i avián ja parlât a l'ostal,
los occitanofôns amb lors dròlles ? Es malaisit

d'o saupre. Coma aviá bon cap,
latin e lo grèc.

passèt al collègi

Mas, tanlèu defòra, per carrièras
aviá los

ornes

e

las femnas.

o

Mai que

e

encapèt lèu lo

pels camps, a la Fedial, i
mai trimavan o patissián,

mas tanben
parlavan, contavan, cantavan o risián. E Jaurès
volguèt totjorn demorar de planh pè amb eles, emai aguèsse
fachs d'estudis, emai aguèsse pas jamai arrestat
d'aprene.
Sens doblidar lo païs : los camps, los arbres e los
rius, las vilas,
lors monuments e lor istôria. Quand serà despatriat
aquò li
mancarà substantificament, a la Deltelh. Es amb jôia que retrôba
los païsatges d'Albigés o qu'espètan en
poderosas simfonias
paganas e umanas, dins qualque article o dins qualqua pagina de
tèsi, al moment ont ôm s'i espéra lo mens, per comolar un

besonh.

Malgrat una aculturacion intensiva e aboriva en francés,
malgrat una vida publica que lo butava a emplegar mai que mai la
lenga mèstra, Jaurès quitèt pas jamai d'emplegar sa lenga
mairala, tanplan amb los vesins o los boriaires de Bessolet, la
proprietat de la seu femna, qu'amb los obrièrs de Masamet o de
Carmaus, coma a la sortida d'una conferéncia de Julis Guesde, a
Tolosa, dins un café de la plaça del Capitol i per discutir de la
«mission civilisairitz» d'Eurôpa amb un estudiant
negre (testimoniatge de Vincenç Auriôl).

Emplèga publicament l'occitan dins los mitings e las reunions
electoralas. Aquò se fasiá generalament a l'epôca.
A Masamet,
pendent la cauma granda de 1905, los caps sindicals davalats de
Paris e que son pas occitans se devon far revirar las interven-

cions.

Ça que la Jaurès comença totjorn sos discorses en francés,
puèi contunha en occitan. «Dans les réunions populaires les
paysans et les ouvriers n'aiment pas qu'on ne leur parle que
patois : car on pourrait supposer qu'ils n'entendraient pas le
français. Mais ils aiment bien, quand on leur a parlé en français,
qu'on s'adresse aussi à eux dans notre langue du Midi» (La

�OCCITANIE

:

UN PA YS POUR DEMAIN

55

Dépêche du Midi, 27.09.1909). Es la descripcion exacta d'un dels
simptôms de la situacion diglossica que se perlonga encara uèi e
que Jaurès, amb una granda sensibilitat a la fiertat del pèble,
èra plan forçat de i se plegar.

obiigatòria en francés èra trop recenta per permetre
usatge aisit e costumièr del francés, sustot dins las classas
popularas. Al nivèl de l'escrich (i a ja una seleccion sociala e
culturala que s'opéra) la tendéncia es invèrsa : lo francés, lenga
d'aprendissatge de la lectura e de l'escritura, accès obiigatôri
a la cultura mèstra tanplan coma a la sciéncia o a las ideologias
socialistas e revolucionàrias, es la lenga que s'impausa majoritariament dins la propaganda escricha e dins los jornals. Ça que la i
a d'articles en occitan e de fuèlhas en lenga d'èc que circulan,
tanplan reaccionàrias coma republicanas. Per las eleccions de
1885, podèm citar la profession de fe republicana en uèit paginas
de « Guilhaume, de Rainaudas, als electurs de la comuna de
Santa Gemma » e la responsa dels conservators : « Dialogue
patoès entre Guindatorges, Brutapana e Fretaguses, los très
prumièrs de Rosièras e lo quatrième de Carmaus » en tretze
paginas.
L'escòla

un

legeire, Jaurès viatjava pas sens emplenar las pochas de
camisas e caucetas. Legiguèt la
produccion occitanadel passât e la de son temps : felibres lengadocians, lemosins o provençals. Dins sa polemica amb l'Abat
Besson, se fa critic literari occitan, a prepaus de Godolin, de
Forés, de Mistral, d'Aubanèl, de Fèlis Gras, d'Ansèlme Matieu,
que ne pren la mesura gràcia a Lamartine, Vigny, Hugo, Bau¬
Grand

libres, e mai la valisa entre

delaire.
Son occitanitat es talament evidenta e sentida per totes
qu'entre Jaurès e los militants sendicals e politics que lo costejan, entre el e lo pichon pèble occitan se produis un poderés
fenomèn d'identificacion. Se Enric de Navarra, que venguèt
Enric IV de França èra estât « lo noste Enric », Jaurès foguèt
lo nôstre Joanon ». I a pas qu'a pensar al crit que derrevelhèt los
Caramauses lo 31 de julhet de 1914 : « An tuat Jaurès ! an tuat lo
«

nôstre Joanon !

»,

per comprene

cossi, disparegut aquel barri de

proteccion mitica contra lo Mal, tôt veniá possible.
Plan pus tard, quora d'autres deputats agèron presa la seguida
de Jaurès dins la circonscripcion d'AIbi - Carmaus, çè qu'escriguèt lo païsan Lucian Navas : « Ses électeurs ruraux purent, plus
tard, faire quelques comparaisons. Albert Thomas remplaça
Jaurès comme député; il était peuple lui aussi, d'aspect et de
manières, mais parisien, étranger donc. Quelque chose manqua
vraiment entre les mandants et le mandataire, ce lien subtil et
solide à la fois. Et cela, cette chose indiscernable, mais réelle,
manqua encore davantage quand Paul Boncour succéda à Tho-

carn,

�56

AICÍEARA

il était pourtant plein de bonne volonté, mais sa simplicité
manières, on la sentait forcée et un peu condescendante,

mas ;

de
et il

était si bien mis !...

»

JAURÈS E LAS LUCHAS SOCIÒ-POLITICAS EN OCCITANIA

L'engatjament de Jaurès
menèron

se

pot pas limitar ni

a

las luchas que

Occitània amb sa participacion, ni mai solament a
las autras luchas importantas que sostenguèt dins tôt l'Estat
Francés. Seriá doblidar, al Parlament, dins la premsa
dins los
se

en

e

mitings, son accion per l'unitat socialista, sas intervencions sus
la politica imperialista de França e de la autras
poténcias europencas, son accion contra la guèrra dins l'encastre de l'Interna-

cionala.

Ça que la, dins l'amira d'una analisa istorica occitana retrobada, cossl balhar pas una importància màger als dos eveniments
capitals que son la cauma granda de Carmaus (1892) e la fondacion de la Veirièra obrièra d'AIbi
(1895-1896) ; al sosten de Jaurès
als vinhairons revoltats del Miègjorn
en 1905 ; a son accion parlamentàriaen favor d'una nacionalisacion de la vinha
e, per finir,
recèrca permanenta de l'unitat obrièrs-païsans
que s'apièja

a sa
sus

de caracteristicas

sociologicas plan occitanas.
pel long combat de Jaurès a costat dels minaires de
Carmaus, Rolande Trempé, dins son grès trabalh Les mineurs de
Carmaux ensaja de comprene cossl Jaurès se
faguèt socialista al
Per 1892

e

contacte

dels minaires. Mas se las analisas economicas
son
d'una granda riquesa, lo libre daissa de costat
lo problèma de las

particularitats linguisticas, culturalas e istoricas occitanas que
manifestament dintran pas dins l'amira causida.
En

1895, en reaccion al lock-out prononciat contra los veirièrs
de Carmaus, la décision es presa de
fondar una veirièra obrièra.
Un terrenc serà balhat a Albi, çè
que decidarà de l'implantacion.

Aprèp un an de discutidas teoricas, de campanhas de sosten
que
passèron l'exagèn, e sustot de trimadis e de
privacions, lo
primièr forn es alucat e es la granda fèsta de
l'inauguracion en
preséncia de Jaurès. Pas possible de ne far una analisi a la
lèsta,
ni de contar una epopèia en
quatre linhas.

Ja en 1892 lo Narbonés Ferrol èra montât a
Carmaus per desfilar al costat dels minaires. En 1895 Jaurès
èra davalat a Narbona
per balhar una conferéncia al profièch dels veirièrs
Los contactes èran nosats entre militants
socialistas
e

montanhôls.
En

en

cauma.

païsbassôls

1905, quora l'agitacion comença dins lo Païs Bas, Jaurès
a Besièrs, dins las
arenas, per exaltar la solidaritat entre
obrièrs e païsans. « Pour les travailleurs
ruraux, ço ditz, les
propriétaires sont aussi exploiteurs. » Jaurès bufa sul fuôc.
davala

�0 CCITANIE

:

UN PA YS PO UR DEMAIN

57

En 1907, a la Cambra, dins la bolegadissa provocada per la
révolta del Miègjorn, Jaurès defend los vinhairons... e defend lo

Miègjorn. Ensaja de far comprene la prigondor del movement,
qu'es pas réductible a una lucha de classa, puèi que tôt un pòble
es drech, en reaccion contra una injusticia multiseculària.
Despausa una preposicion de lèi que, ni mai ni mens, conten
projècte de nacionalisacion dels grands domènis, la transformacion dels comèrcis e de la fabricacion del sucre, de la venda
un

d'alcoòl

en

servici social.

Son

engatjament a costat dels vinhairons s'endeven amb sa
preoccupacion aboriva e constanta de prene en carga los problèmas païsans. Es per un « agiornamento » del marxisme, que
ten compte de la realitat umana e sociala païsana; una mena de
«

revisionisme»

a

la Maò

:

«

L'idée communiste

a

surtout son

point d'appui dans le prolétariat aggloméré de la grande indus¬
trie, mais elle ne sera décidément victorieuse, et elle ne donnera
sa forme à un ordre nouveau que lorsqu'elle aura trouvé,
par des
adaptations et des combinaisons variées ou par des conquêtes
hardies, le moyen de pénétrer dans l'individualisme paysan;
il faut que le socialisme sache relier les deux pôles, le commu¬
nisme ouvrier et l'individualisme paysan... » (Histoire socialiste
de la Révolution Française, tòme I, p. 769, Editions Sociales).
La cooperacion, es per el un dels mejans d'aquela longa caminada pacifica.

L'OCCITANISME DE JAURÈS
Amb la publicacion, en 1870-1872, de l'Histoire des Albigeois,
Napoléon Peirat, sus la pesada de Augustin Thierry e de MaryLafon tôrna sortir los Albigeses de l'ombra. Amb el comença la
mitificacion de Montsegur. Los intellectuals occitanistas de La
Lauseta (Xavièr de Ricard, Forés) seràn albigeïstas e Jaurès
participarà al meteis culte.

Vincenç Auriòl, qu'aquela preoccupacion jauresiana sembla
tafurar, escriurà pus tard : « Il était de cette race des Albigeois,
de cette race dont les bûchers de Montségur éclairèrent tragique¬
ment l'idéal et l'héroïsme et qu'il évoqua, un soir de 1910, en
langue d'oc, sous la voûte des « Jacobins » à Toulouse : Vosaus,
Amies, qu'avètz tant patit e qu'avètz tant plorat... » (Jean
Jaurès, présenté par Vincent Auriol, p. 5, P.U.F., 1962). Malurosament aqui s'arrèsta aquela citacion de Jaurès parlant en lenga
d'òc.
Per

sa part Charles-André Julien escriurà : « Jaurès attachait
grande importance à l'albigéisme dont la lutte contre l'Eglise
hiérarchique et les rites catholiques ainsi que le caractère social
une

��OCCITANIE

:

UN PA YS POUR DEMAIN

59

des revendications avait gagné
les classes populaires et laissé
de fortes traces. Ayant appris qu'il subsistait un

initié, il avait
le rencontrer. » (Souvenirs et réflexions
sans prétention, in Le mouvement
social, n° 39).
tout mis en œuvre pour

Los catars e los sovenirs de la crosada son encara
actius dins
las determinacions de Jaurès coma una vibracion
perlongada e
totjorn présenta. Lucha per la laïcitat e contra lo poder temporal
de la Glèisa catolica, per la separacion de la Glèisa e de
l'Estat,
contra l'injusticia que patiguèt lo minoritari
Dreyfus coma tantas
formas d'una

meteissa injusticia, d'una meteissa opression.
Combas, de Rôcacorba dins la Montanha Negra, èra albigeïsta el tanben. Coïncidéncia o irrigacion de l'istôria contemporanèia de França per de fonts occitanas encara vivas ?
Las presas de posicion publicas de Jaurès
per l'ensenhament
de l'occitan
e tanben del base
venguent d'un cap socialista,
son politicament
importantas fàcia a un Mistral qu'aviá completament virât a drecha dempuèi la Comuna e a un
Felibritge
majoritariament de drecha. Lo Felibritge «roge», minoritari,
èra republican mas pas socialista. Aprèp la
guèrra, lo movement
cultural occitan laïc e progressista que desvoloparà
(Perbôsc,
Bonafès) se plaçarà dins la dralha dubèrta per Jaurès.
Jaurès prepausa un vertadièr bilinguisme. La
lenga e la cultura
occitana son un monument de cultura
populara qu'es una vergonha de daissar de costat. Aquò permetriá de melhor ensenhar
lo francés (los Felibres o dison tanben), mas sustot de melhor
exercir las facultats de comparason e de desvelopar lo sens de las
diferéneias. Ensenhar la cultura miègjornala e la lenga d'ôc,
ço ditz Jaurès, es lo contrari d'un embarrament. Es una dubertura sus l'istôria e sus I'Antiquitat d'un band, sus
l'espanhôl,
l'italian e las autras lengas latinas de l'autre. Es lo nôstre ligam
Emili

—

natural amb lo mond latin
Es pas per

—

e

iberô-american.

côp d'astre se son article mai important sus la
question occitana es escrich a l'escasença d'un viatge en Argentina, de Lisboa ont espéra lo batèu (1911). Se crei a Tolosa, una
Tolosa que seriá demorada occitana e qu'auriá servada sa
primautat politica. « Dans les quelques jours que j'ai passés à
Lisbonne il m'a semblé plus d'une fois, à entendre dans les rues
les vifs propos, les joyeux appels du peuple, à lire les
enseignes
des boutiques, que je me promenais dans Toulouse, mais dans
une Toulouse qui serait demeurée une
capitale, qui n'aurait pas
subi, dans la langue, une déchéance historique et qui aurait
gardé, sur le fronton de ses édifices comme à la devanture de ses
plus modestes boutiques, aux plus glorieuses comme aux plus
humbles enseignes, ses mots d'autrefois, populaires et royaux. »
Ça que la, dins sa defensa de l'occitan, es a l'opinion publica
que s'adreça. Ne siam pas encara a las batèstas per far avançar

�AICÍE ARA

60

aquelas idèas al dintre de las organisacions politicas, ni mal al
despaus d'una preposicion de lèi sul burèu de la Cambra.
UN SOCIALISME

DESCENTRALISAIRE E

ANTÍ-ETATIC

En 1890, Jaurès defend a Tolosa la creacion d'una facultat de
medecina, çô que permetriá d'aver dins la capitala lengadociana
una universitat compléta, a l'auçada de las grandas universitats
estrangièras. Revendica per l'autonomia d'aquela universitat e
plaideja per d'universitats regionalas «attachées à une région
presque par

des liens de famille

»

qu'aital seràn pus prèp del

pôble.
universitat tolosana es clarament
La raison décisive qui destine Toulouse à devenir
un centre d'Université, c'est que l'Université toulousaine ne
pourra ressembler à aucune autre. Elle pourra avoir une physio¬
nomie originale... Toulouse a avec l'Espagne des relations com¬
merciales et intellectuelles très étendues. Il y a une Revue Pyré¬
néenne qui est presque aussi espagnole que toulousaine, et la
Catalogne en fêtait tout récemment les représentants. » (La
Dépêche, 12.06.1890).
Contra las tendéncias centralisairas de l'Esquèrra, Jaurès pren
posicion per una larga descentralisacion electiva. Aprova totas
las formas democraticas de gestion politica e sociala qu'existisson ja, mai que mai al nivèl de las comunas e dels sendicats.
Ajusta qu'es per un espandiment d'aqueles poders démocraties :
A plus forte raison faudra-t-il décentraliser et faire appel
partout à l'autonomie et à la spontanéité des groupes et des
individus, quand la vie sociale toute entière sera entrée dans la
sphère d'action du pouvoir. »
Aquela descentralisacion se deu far a dos nivèls : professional
e geografic. « Les syndicats fédérés formeront une sorte de corpo¬
ration qui élira ses chefs économiques, son conseil spécial, ses
délégués au conseil national du travail ; mais rien n'empêchera
ensuite cette fédération de se décomposer en autant de groupes
qu'il y aura de régions dans une industrie donnée ; et, ici, comme
c'est le plus souvent dans une ville ou autour d'une ville que sont
concentrés les moyens de production, la spontanéité de la vie
économique viendra se confondre avec la spontanéité de la vie
locale, et la commune jouera de nouveau son rôle dans le système
économique du socialisme » (Revue socialiste, Agost 1895).
La solucion socialista es pas lo passatge de la proprietat
privada a la proprietat d'Estât : «que les travailleurs peinent
pour l'Etat, les départements, les communes ou les particuliers,
c'est toujours la même chose : que le patron s'appelle Etat ou
Sa vision del rôtie d'una

regionalista

«

: «

�0 CCITANIE

:

UN PA YS PO UR DEMAIN

61

Schneider, c'est toujours la même dépendance et la même
misère, et si l'organisation socialiste devait être l'extension du
patronat actuel de l'Etat, des services publics de travaux tels
qu'ils fonctionnent aujourd'hui, elle se serait qu'une immense
duperie... » (Revuesocialiste, Junh 1895).
UNA TEORIA DE LA NACION

Quand Jaurès cita Marx o analisa sa pensada, pren léser de
comentar longament, o alara de criticar e de discutir pas a pas.
Es pas lo cas per la famosa frasa del Manifèst : « Los
proletaris an
pas de patria » que Jaurès pren per la galejada. Li cèrca totas las
excusas

possiblas talament la teoria li sembla paura

e

malaisida

a sauvar.

I

a

dins las paginas de L'Armée Nouvelle tota

nacion. La

una

teoria de la

patria se pot pas redusir a de categorias sociò-economicas exclusivas, « elle n'est pas enfermée dans le cadre étroit
d'une propriété de classe. » Per déjès las oposicions de classas i a
un fons comun : l'apartenéncia a la comunautat culturala
qu'es la
nacion. « L'âme individuelle soupçonne à peine tout ce qui entre
en elle de vie sociale, par les oreilles et
par les yeux, par les
habitudes collectives, par la communauté du langage, du travail
et des fêtes, par les tours de pensée et de passion communs à
tous les individus d'un même groupe que les influences multiples
de la nature et de l'histoire, du climat, de la religion et de la
guerre, de l'art, ont longuement façonné. Même pour se railler,
même pour s'outrager, deux individus de classes hostiles, en un
même pays, sont obligés de faire appel à des ressources com¬
munes. » Aquela reconeissença del fach nacional, a
l'opausat del
reduccionisme marxista, l'empacha pas de passar a la denonciacion dels egoïsmes individuals o dels egoïsmes de classa, emmascament perilhós e retorn a la primitivitat de las forças brutas.
«Les hommes peuvent avoir l'illusion qu'ils servent la justice
quand ils se dévouent pour les intérêts, même injustes, d'une
force où ils sont compris, mais qui leur est infiniment supérieure.
De là les entraînements aveugles et les maximes brutales. De là
l'adhésion donnée même par de hauts esprits à la détestable
formule : qu'il ait tort ou raison, c'est mon pays. » A plaça de far
de la nacion un absolut religiós e guerrejaire, la cal subordonar a
de tòcas que pôdon pas queTafortir e l'enriquesir : l'abolicion
dels antagonismes entre classas e gropes nacionals.
Aquela teoria de la nacion s'aplica a França o a Occitània ? Que
siá una teoria generala de la nacion e que valgue per Occitània
tanben, es pas possible de ne dobtar en legiguent l'article de la
Revue de l'enseignement primaire del 15.10.1911, ont Jaurès
parla especificament de la cultura occitana e de la cultura basca...

�AICÍEARA

62

Resistissi pas mai al plaser de la revirada : « La realisacion
l'unitat umana serà fegonda e granda solament se los pòbles e

de
las
ragas... en agrandissent e en complétant la cultura seuna per la
cultura dels autres, m an tenon e avivan dins la vasta Internacionala de l'Umanitat, l'autonomia de lor consciéncia istorica e
l'originalitat de lor èime. » ■

DU

NOUVEAU

DANS

LA

PRESSE OCCITANISTE

Depuis novembre 1978, date de son lancement, AICI E ARA
s'impose comme une des revues occitanistes les plus régulières
et les plus exigeantes. Abordant sans parti-pris
tous les pro¬
blèmes qui nous inquiètent, nous passionnent ou excitent notre
intérêt, elle joue un rôle déterminant dans la vie occitaniste et
sert de plus en plus souvent de référence...
Totalement

indépendante de tous les partis ou mouvements,
d'objectivité et de réalisme.
Elle refuse de séparer arbitrairement les questions « politiques »
des questions « culturelles », et rejette tout hermétisme.
AICÍ E ARA

est d'abord soucieuse

AICÍ E ARA est une revue qui fait parler d'elle : son indépen¬
dance irrite les chapelles, son audace déconcerte les tièdes, son
ton libre scandalise les tartuffes. Rien d'étonnant,
dans ces condi¬
tions, à ce qu'elle soit passionnément commentée à chaque
parution.
AICI E ARA parle tous les dialectes de la langue occitane :
elle est vraiment la revue de tous les Occitans. Diffusée dans tout
le pays,
ont

elle est le lieu d'expression privilégié de tous
quelque chose à dire.
( Abonnement

:

page

ceux

qui

3 de couverture )

�«

L'ART D'AVANT-GARDE D'OCCITANIE

»

Félix CASTAN

La Mòstra est au cœur du
Larzac, sur le Grand Chemin du Roi.
Y découvrir de la peinture moderne en suivant
pas

est

une

expérience. Et

vous pourrez

à

pas

Félix Castan

aussi emporter

une resse

bercer votre bébé à l'ancienne mode. Le
camping est tout près,
à côté de la petite route où monte un Centre
Culturel, juste en travers
pour

de l'accès d'un centre commercial

d'engins à tuer,

destination Tiers-Monde.

Marie-Claire Viguier.
Mòstra.

—

Commençons

par

l'historique de la

Félix Castan.
La Mòstra est le successeur d'une activité
d'Arts Plastiques qui avait lieu à Montauban de 54 à 64. C'est à
cette date-là que nous avons trouvé le bâtiment
qui est ici sur le
Larzac et qui donnait la possibilité d'expositions
plus
—

beaucoup

vastes.

Alors que notre première exposition était de caractère régional
(de Bordeaux à Montpellier), c'est devenu une exposition de
caractère panoccitan de Nice à Bordeaux, de Limoges et Clermont-Ferrand à Perpignan. Nous avons mis cinq ans à organiser
le groupe qui est devenu le moteur de l'entreprise ; nous avons
commencé

en

69 et d'une manière décisive

moment la 11e

en

70. Nous faisons

en

Mòstra, et à l'heure actuelle l'exposition com¬
porte environ 120 exposants dans les murs et autant qui sont des
exposants potentiels, qui ont exposé les années précédentes ou
exposeront les années suivantes.
ce

Félix Castan
Né en 1920,

:

poète et critique littéraire,
fondateur de la Mòstra del Larzac.

�AICÍE ARA

64

L'orientation de cette entreprise a été donnée par quelqu'un
qui n'est plus là : Marcelle Dulaut, qui était peintre, qui a réalisé
la première sélection de peintres, et qui a conçu la structure de
l'exposition, bipartite, avec d'une part un artisanat paysan (van¬
nerie) et d'autre part l'art d'avant-garde d'Occitanie.
M.-C. V.
F.C.

—

—

Les

critères sont choisis les peintres ?
critères sont de plusieurs ordres : ce sont des anti¬
Sur quels

critères, des non-critères.
Nous

pas racistes, nous exposons des gens qui se
Occitanie, qui y travaillent et qui ne sont pas d'ori¬

se sommes

trouvent en

gine occitane : des Allemands, des Américains, des Parisiens
même, qui se trouvent sur place et qui participent à une activité
artistique qui sera l'art occitan de demain.
D'autre part, il n'y a pas de droit d'accrochage idéologique à la
Môstra, c'est-à-dire que nous ne demandons pas aux exposants
d'adhérer à une esthétique, et c'est toutes les esthétiques qui
sont par principe représentées ; nous ne leur demandons pas non
plus d'adhérer à l'idéologie occitaniste.
Tout ceci ne fait pas une sélection. La sélection s'opère au
niveau qualitatif. On tâche de faire en sorte que les plasticiens
représentés soient vraiment représentatifs d'une recherche nova¬
trice qui se réalise dans ce pays, sur l'aire du pays occitan, sur
l'aire de la langue d'oc.
M.-C. V. —Les

peintres viennent à la Môstra ?

invité les peintres, ils ont été inté¬
d'un relais de poste, ayant une
présence tout à fait extraordinaire qui mettait en valeur leurs
œuvres. Peu à peu ils sont venus voir l'exposition. L'orientation
qui était la nôtre s'est manifestée dans les textes que nous écri¬
vions, les préfaces des catalogues, les discours, les lettres, les
invitations : l'idée qu'il existait une possibilité pour un chantier
culturel, un chantier d'Art Plastique en Occitanie est rentrée
d'une manière décisive dans leurs têtes, et c'est maintenant de
manière spontanée qu'ils parlent de la possibilité d'un travail sur
place et qu'ils ont abandonné l'idée exclusive d'aller travailler à
Paris ou d'exposer uniquement à Paris, de faire leur brèche à
F.C.

—

Quand

nous avons

ressés d'exposer sur ces murs

Paris

comme

La Môstra
entre eux

des Rastignac.
a

eu

pour

premier résultat de mettre en relation
peintres et plasticiens qui

de Nice à Bordeaux des

�OCCITANIE

:

UNPA YS POUR DEMAIN

65

s'ignoraient, et quelquefois dans la même ville. Ils
pouvaient travailler ensemble.

ont vu

qu'ils

La première phase de notre travail est
réalisée, un réseau de
relations, d'amitiés souvent, existe entre tous les
peintres de
notre pays. Je crois
pouvoir dire qu'il n'y a pas un peintre en
Occitanie qui ignore l'existence de la
Mòstra, c'est-à-dire d'une
activité d'orientation occitaniste au sein de la
peinture de ce
pays.

M.-C. V.
travers

un

Ce réseau de relations aurait-il
pu être monté à
Musée ?
—

F.C.
C'était absolument impossible ailleurs. Il fallait
d'abord ce bâtiment, qui se trouve au centre
géographique de
l'Occitanie. Et d'autre part nous avons fait
l'expérience de mani¬
festations dans les villes : Montauban, Nérac. Nous avons vu
qu'une activité véritablement indépendante est très difficile dans
—

un

monde

profondément provincialisé. Ce bâtiment

nous

appor¬

tait une liberté d'action que nous ne pouvions
trouver nulle part
ailleurs. Je ne parle pas des Musées
qui sont en règle générale
dans l'impossibilité de concevoir autre chose
conservatoire de valeurs
Il fallait trouver
sanat paysan,

une

qui

qu'une action

déjà acquises.

formule de mise

nous a

restaurer notre bâtiment et

en oeuvre, ça
a été l'arti¬
permis de faire des emprunts pour
pour tenir le coup financièrement.

M.-C. V. —Et l'histoire du bâtiment ?
F.C.

Il est très difficile à dater. Il a été construit au cours des
siècles depuis le Moyen Age jusqu'en 1800. Le dernier
bâtiment,
Yostal nòu, est daté de 1800 sur le linteau de la
porte. Il y a une
voûte très ancienne, construite comme les première voûtes sur
le Larzac, en berceau.
—

C'était

relais de poste, une auberge, un four,

un

bergerie

une

ferme

et

beaucoup de choses rassemblées dans un lieu où
on vivait en autarcie. Le relais de
poste a duré jusqu'à la guerre
de 1870, l'auberge jusqu'à la
guerre 1914, et jusque vers 1933 il y
avait une laiterie qui fournissait Roquefort. Depuis
c'était un
une

bâtiment

ouvert aux

M.-C. V.

quatre vents que nous

avons

restauré.

Au fond, Ariane Mnouchkine, au lieu de faire
la troupe de Molière à travers le rajal del gôrp — où nulle
n 'a
jamais passé — aurait dû tourner près de la Mòstra...

passer
route

:

—

�AICÍE ARA

66

F.C. — Au Moyen Age, la route était légèrement
à l'époque romaine légèrement à droite. C'est la

qui

a

passé

par

à gauche, et

troisième route
ici, c'est la route par où se faisaient les échanges

montagne et la plaine, entre le Rouergue et le
doc. Le lieu où nous sommes qui s'appelle les Infruts,
entre la

Langue¬
était un

l'Abbé de Conques qui en tirait le plus clair de ses
arrêté. Nous avons
dit : les gens s'arrêteront, parce que de tout temps, de mémoire
ancestrale, on s'est toujours arrêté. Et, en effet, les gens s'ar¬

péage tenu par
revenus.

Bref, à cet endroit on s'est toujours

rêtent...
Ce pays a

été dominé pendant tout le Moyen Age par

les

Templiers et les Hospitaliers qui avaient créé là une adminis¬
tration très moderne, et très en avance sur l'administration
féodale environnante. Il en reste des traces dans l'architecture.
Les techniques des maçons du Larzac sont très avancées : les
grandes voûtes des bergeries, de vraies cathédrales qu'on faisait
pour les moutons.
M.-C. V.
mouvement

— Parlons de la signification de la
Mòstra pour
occitan et pour l'idéologie occitaniste.

le

F.C. — La première idée, c'est que nous n'avons aucune défi¬
nition de l'art occitan. Nous ne savons pas a priori ce qu'est l'art
occitan. Ce n'est ni une métaphysique, ni une tradition de

rigide. Ce sera ce que les artistes occitans feront, se
rassemblés. Le projet pour nous, c'est de créer non pas
occitan mais un chantier occitan de l'art. C'est-à-dire que

contenu

trouvant
un

art

les artistes occitans
entrer en

aient

une

possibilité de travail

sur

place et

place, de façon à ce qu'un art occitan puisse
dialogue avec les autres arts comme l'art italien ou l'art

des débats

sur

parisien, l'art espagnol ou l'art américain.
Je ne crois pas possible de définir un art italien sinon par le
fait qu'il y a des artistes en Italie. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y
ait pas un air, une atmosphère que tout le monde perçoit, mais
qui relève de l'indéfinissable.
Au fur et à mesure que le chantier occitan prendra corps,
certaines tendances l'emporteront sur d'autres. Ce qu'on appel¬
lera l'art occitan ce sera alors ce que les artistes occitans auront
fait en fonction de leur valeur et de leurs orientations du moment.
Bref, c'est un projet plus qu'un héritage.
Nous
aura

ne

soi. Elle
transformé la vie artis-

considérons pas la Mòstra comme une fin en

accompli

son

rôle quand elle

aura

�OCCITANIE

tique du

:

UN PA YS PO UR DEMAIN

67

occitan, quand dans toutes les villes occitanes le
aura pris une autre
dimension que celle
qu'il a à l'heure actuelle, et nous soutenons tous les mouvements
à Montpellier, Toulouse, Brive, Montauban ou
ailleurs
qui
cherchent à transformer la vie
artistique de leur pays, de leur
ville, et à changer les perspectives d'une manière radicale, à
transformer un pays provincialisé
jusqu'à la moëlle, un pays
inerte, irresponsable en face du destin de la culture, en un
pays
responsable capable d'affronter les débats de son époque.
pays

mouvement

créateur

—

—

Notre sélection

artistique a aussi un critère : seuls sont vala¬
qui rentrent dans les courants internationaux.
L'art provincial, c'est celui qui ne suit pas son
temps.

bles les artistes

Notre travail se veut en relation
le domaine culturel de ce pays
: la
ma, tous

les secteurs culturels.

M.-C. V.
F.C.

—

—

Nous

Il passe

n

tout ce qui se passe dans
littérature, le théâtre, le ciné¬

avec

'avons pas parlé du public.

beaucoup de monde. Des dizaines

de milliers

de personnes. En général ce
genre d'exposition, même
barre de sélection est moins haut placée, suscite

quand la

beaucoup d'hos¬
tilité d'un public mal préparé, surtout le
public français. Nous
avons constaté avec
surprise que le public non préparé était assez
réceptif. Cela provient de l'environnement, l'architecture qui
crée une atmosphère autour des œuvres. Puis les
gens sont
amenés à traverser une sorte de sas, dans
lequel ils voient des
paniers traditionnels, un travail paysan, et ceci leur lave la
cervelle, leur permet de faire tomber les préventions, les sécu¬
rise, et leur donne le sentiment que ce qu'ils verront ensuite est
sérieux. Au lieu de rire, ils regardent. Pour
peu qu'on parle avec
eux,

il est

assez

facile d'attirer leur attention

qu'ils voient et de les faire pénétrer dans
ailleurs la plupart du temps.

un art

sur

les

œuvres

qu'ils refusent

Ceux qui sont plus au courant posent des
questions : « Je ne
vois pas très bien ce qu'il y a d'occitan dans les œuvres
qui sont
ici. » Et nous disons : tant mieux, c'est ce

que nous souhaitons ;
désirons prouver qu'il y a ici des gens
qui participent à la
création nationale et internationale, et c'est avec eux
que l'art
occitan trouvera sa personnalité, sa dimension, sa densité, une
année après l'autre. Déjà nous voyons
nous

des

pas tout

à fait de la même façon depuis

que

qui ne travaillent
la Mòstra existe.

gens

On entend dans certains milieux occitanistes
que, pour

être

véritablement occitan, l'art doit être figuratif, et s'incarner dans

�AICÍE ARA

68

populaires. C'est le meilleur moyen de tarir la créa¬
de faire en sorte qu'il n'y ait jamais d'art
capable de rivaliser avec les autres centres au niveau

les traditions

tion artistique, et
occitan

national et international.

parler du rôle spécifique des Arts Plastiques dans
renaissance culturelle. Un rôle qu'aucun autre
art ne peut remplir à sa place, et qui vient de sa matérialité. Dans
une exposition comme celle-ci, on peut prendre une vue globale
de l'art qui se fait en Occitanie, on a l'intuition globale qu'il
existe un foyer culturel puissant, contradictoire, extrêmement
diversifié, conflictuel. Les contradictions se développent avec une
violence extraordinaire, les artistes ne s'acceptent pas entre eux,
le débat est toujours présent, c'est une force vivante, comme une
source. On peut rassembler — parce que c'est la matérialité des
choses, parce que ce sont des peintures et des sculptures — dans
un même lieu toute la création d'un pays. On prend une idée
globale de la puissance créatrice de ce pays.
Il faut aussi

un

mouvement de

Les artistes plasticiens ont pour fonction de créer la notion
d'espace. On parle d'espace occitan. Moi je dis : l'espace occitan
n'existe pas tant que les plasticiens ne sont pas intervenus. Ils
créent une sorte de clôture, d'un autre type que la clôture linguis¬
tique. La langue définit un terrain, un territoire; la plastique
définit une aire, un chantier. Le plasticien est celui qui établit la
liaison entre le travail de l'homme et le lieu sur lequel il travaille.
Il est marqué par les couleurs qu'il a dans les yeux.
Moi écrivain, c'est par refus idéologique que je ne publie pas
à Paris. Pour les artistes, c'est autre chose... ■

mes oeuvres

AMIC LEGEIRE !
T'acontentes pas

de

crompar

Aici

e ara

al

numéro...

ABONA-TE !
FAI S'ABONAR LOS COLLEGAS !
ADUJA-NOS PER LA DIFUSION !

(Remesas)

MANDA-NOS D'INFORMACIONS !

�LA TRADITION GRÉCO-LATINE
ET LES ARTS PLASTIQUES
EN OCCITANIE
Eugénie DUBREUÏL

plastique issue de la Grèce antique c'est d'abord
l'artiste à inventer du
nouveau plutôt qu'à se contenter de reproduire des canons
fussent-ils ceux de Polyclète ; c'est un certain humanisme qui
fait poser la question du destin individuel au milieu du devenir
humain ; c'est aussi la faculté de donner à voir matériellement les
concepts les plus abstraits. Par Rome, cette esthétique s'est
répandue dans toute l'Europe, et tantôt refoulée, tantôt renais¬
sante, a connu à plusieurs reprises des développements particu¬
lièrement riches, voire contradictoires. Actuellement nous vivons
dans le domaine des arts plastiques une période de style inter¬
national au sein duquel il n'est pas évident de reconnaître une
quelconque tradition. Du pôle minimaliste abstrait au pôle hyperréaliste photographique, c'est toute l'humanité industrialisée qui
La tradition

un

individualisme créateur qui pousse

semble à la recherche d'elle-même.

L'Occitanie, charnière entre nord et sud dans l'Europe occi¬
dentale, peut-elle formuler une réponse originale à cette recher¬
che ? Son passé est-il encore assez présent pour imprégner cette

réponse d'une spécificité que l'on pourrait appeler latine face à
une dominante anglo-saxonne et américaine ?
Voilà, me semble-t-il, des questions qui donnent une direction
de recherche mais qui ne peuvent en aucun cas recevoir de
réponses définitives. En effet, l'idée même d'une Occitanie est
trop neuve par rapport au récent développement des sciences
Eugénie Dubreuil :
enseignante à Limoges,
peintre.

�70

AICÌEARA

historiques et humaines pour que l'on puisse interroger avec
certitude aussi bien le passé que le présent. Toutefois, il y a
quelque intérêt à le faire et une spécificité occitane apparaît
dans l'histoire des arts à plusieurs reprises avec assez de netteté.
Ainsi à Saint-Trophime d'Arles, à Saint-Gilles du Gard, églises
romanes provençales, observe-t-on maints caractères romains
comme ces frontons en façade que l'on dirait tout droit sortis de
temples antiques. Au portail de Saint-Trophime la longue théorie
des damnés opposée à celle des bienheureux se dispose comme
en une

frise

Il y a

là

d'ordrp corinthien.

clarté dans la soumission de la sculpture à l'archi¬
tecture, du détail à l'ensemble, de l'individuel au collectif qui
une

disparaîtra plus tard, dans les élans mystiques du gothique.
roman étaient diffusées le
long des voies de pèleri¬
nages populaires qui sillonnaient l'Occitanie en direction de
l'Espagne : ainsi voit-on les coupoles sur nef centrale, solution
architecturale rare se répéter le long d'un chemin qui descend de
Solignac vers Périgueux, Souillac et Cahors. Celles du gothique
Les formes du

se

recentrent autour des structures de la

tique. Les évêques
retirent

ce

soin

y

aux

hiérarchie ecclésias¬
sont les initiateurs des grands chantiers et
abbés des monastères disséminés dans les

Les formes du gothique sont citadines et, pourraiton dire, parisiennes, dans la mesure où Paris devient un
pôle
intellectuel majeur dans l'occident chrétien. Elles ne pénétreront
en Occitanie
qu'à la faveur du gothique dit «international » du
XIVe siècle, comme si le Sud n'y consentait qu'à regret, en tout
cas avec retard, et s'empressait
ensuite assez vite de constituer
une réaction. Les cathédrales occitanes de
Limoges, Clermont,
Rodez, Narbonne, Toulouse sans doute construites par le même
architecte, Jean Deschamps, ont en commun une rigueur sévère
bien éloignée du gigantisme imaginatif de Bourges
par exemple.
C'est d'Avignon que partent les prémices de ce qui sera la
campagnes.

Renaissance

France : les « verdures » de la Chambre du
pape
voies profanes bientôt suivies. Ecrasé par une
confrontation inégale avec le divin, l'homme va pouvoir se retrou¬
ouvrent

dans

en

des

espace qu'il connaît, qu'il peut mesurer, qu'il peut
Lorsque les rois de France entreprendront leur œuvre
centralisatrice, Paris devenue la nouvelle Rome sera une sorte de
capitale intellectuelle européenne, plus romaine que la vraie ;
ver

un

construire.

la colonnade de Perrault au Louvre en
témoigne encore ; les
formes de l'antiquité gréco-romaine deviennent un décor baro¬

Dépassée, niée, l'Occitanie, qui a perdu son identité poli¬
tique, ne peut plus que dénoncer la façade académique qui ruine
que.

�0 CCITANIE

:

UN PA YS PO UR DEMAIN

l'humanisme. C'est dans

ce

contexte

71

qu'il faut comprendre le

travail de déconstruction-reconstruction de Cézanne, le « Maître
d'Aix». 11 est visible qu'il ne s'est pas contenté de reproduire
l'esthétique académique, et, chose plus étonnante, la révolte

impressionniste ne lui a pas suffi. C'est un humaniste qui fait
la nature par le cône, le cylindre et la sphère, figures
strictes de la géométrie antique pour donner à voir que la repré¬
sentation de l'espace est une oeuvre de la conscience humaine.
Pour lui « peindre ne signifie pas copier servilement l'objet mais

passer

rendre maître d'une harmonie entre de nombreux rapports ».
Refuser la dissolution dans la nature à la manière de certains
se

impressionnistes inspirés tel son ami Monet, et, au contraire,
s'appliquer à affirmer la nécessité et la force de l'analyse, voilà
le sens du labeur de Cézanne s'attelant comme un paysan à sa
charrue, à rendre humain, donc intelligible, ce qui ne l'est pas
d'abord. Il se rend effectivement maître d'une harmonie qu'il
construit patiemment à travers les innombrables pommes, vues
de l'Estaque et autres Saintes Victoires. Mieux, il montre le
cheminement de sa pensée construisant cet ordre. Ce faisant, il
montre aussi le plan de la toile en ramenant les lointains aux
valeurs des premiers plans exposant ainsi ses outils en même
temps que sa méthode. Oeuvre de rupture, œuvre pédagogique,
apparue au moment de l'éveil des nationalismes, l'œuvre de
Cézanne n'est-elle pas spécifiquement occitane en même temps
qu'elle sert de point de départ à une nouvelle problématique des
arts plastiques? On peut y trouver la recherche obstinée de la
pureté abstraite et donc universelle extraite de l'amour sensuel
de la nature ; l'amour du pays qui n'est pas seulement le terroir
mais aussi tout ce qui en compose l'histoire : objets, maisons
liées au sol, personnages calmes et dignes et enfin la certitude
que le meilleur de sa recherche se fait chez lui après la fécon¬
dation parisienne.
Continuateurs de Cézanne, les cubistes français puis le Bauhaus allemand développent une avant-garde, qui, à la suite des
persécutions nazies va essaimer dans le monde entier. De ces
professeurs, de ces élèves du Bauhaùs vont découler tous les
travaux actuels de déconstruction-reconstruction de l'œuvre
d'art comme le Minimal Art américain ou le mouvement supportsurface des années 70 en France. Dans leur sillage, un nouvel
académisme semble avoir figé les questionnements les plus perti¬
nents et le Paris cultivé est encore empli de vide.
Faut-il attendre

un nouveau

Cézanne ? Déjà Maillol, vers les

�72

AICÍE ARA

années 30, offre une toute autre réponse, non
l'intérieur des formes utilisées par l'académie
femme reste toujours à inventer.

:

académique, à
l'image de la

En effet,

on peut considérer que la Grèce qui a su inventer le
de l'homme à travers l'image réelle de l'athlète a, d'une
certaine manière, achoppé sur celui de la femme : de la coré
archaïque porteuse de l'espérance d'une civilisation naissante on
ne débouche sur aucune
image dont le dynamisme pourrait être
comparé à celui de l'image de l'athlète. Les victoires ailées sont,
certes, pleines d'élan, mais ce sont des figures mythiques et le
corps féminin est assez vite enfermé dans le concept vénusien
dès l'époque de Praxitèle. Donc, pour la femme, pas
d'image
idéale autre que celle, réductrice, de Vénus. Pourrait-on ima¬
giner l'homme en tant que géniteur seulement? Or cette ques¬
tion de la représentation idéale me semble à la fois servir de
témoin de l'imagination créatrice d'un artiste et de modèle ou but
à atteindre pour les spectateurs concernés, ici
spectatrices

corps

frustrées de toute

une

série de possibilités.

Tout l'art de Maillol est, à

avis, d'avoir repris la problé¬
corps féminin à l'en¬
droit où les Grecs l'avaient abandonnée. En ce
sens, Maillol,
témoin de son temps, expose les destins individuels de Flore ou
de l'Harmonie pris dans le devenir collectif de l'autre moitié de
l'humanité. C'est un signe d'espoir sans
égal de voir ces dix-neuf
ambassadrices méditerranéennes érigées en signal dans l'ancien
palais des rois de France à Paris. Merci Malraux d'en avoir saisi
mon

matique de la représentation idéalisée du

l'importance.
L'Ecole de Nice des années 60 et le Nouveau Réalisme ou¬
vraient aussi d'autres voies. Ce me semblent être les voies
d'accès ou de refus de l'Occitanie à la civilisation industrielle

accès, l'emploi des tubes de néon chez Martial Raysse,
synthétiques chez César, des objets produits à la
chaîne chez Arman ; refus, chez les mêmes,
par les actes distanciés ou agressifs dont ces objets portent la trace :
compressés,
empilés, brûlés, détournés, ils sont la revanche de l'artisanat
sauvage ;

des résines

créateur sur l'industrie. Les groupes
comparables américains,
tel le Pop'Art, n'auront pas cette distance et
restent ambigus
quant au contenu. Ils sont des produits de la civilisation indus¬
trielle capitaliste et non des réflexions sur cette civilisation.

Actuellement, dans toutes les villes importantes d'Occitanie,
fonctionnent des groupes, structurés ou non, qui ont une
pratique
originale par rapport à Paris. Les expositions y prennent un

�OCCITANIE

:

UN PA /5 POUR DEMAIN

73

caractère de débat ouvert, facilité
par l'utilisation de toutes
sortes de locaux, culturels ou non
culturels, aussi bien

que du
plein air, héritage d'une civilisation du forum. La production
y est souvent liée au faire artisanal par opposition au faire-faire
de 1 artiste qui n'hésite pas à commander des
œuvres d'art dans
des ateliers de tapisserie, de
fonderie, de taille de pierre, ce qui
ne l'empêche
pas d'y apposer sa signature étant donné qu'il en
est le concepteur. Par leur volonté de
production manuelle
directe, les artistes de la jeune génération veulent rompre avec
l'engrenage de l'industrialisation dépersonnalisante et dérespon¬

sabilisante dans les conditions actuelles. Par ces
moyens, les
arts plastiques produits hors des courants officiels aussi
bien que
des structures marchandes sont « consommables » immédia¬
tement dans la population qui les accueille. Réussiront-ils à déve¬

lopper

un

langage spécifique indispensable à toute prise de
sans quoi il n'est pas d'identité,
pas de

conscience collective
culture possible ? ■

ILS ONT COLLABORÉ

À «AICI E ARA»»

Joan-Maria Ausiàs, Ives Barelli, Heribert
Caries de Bèla-Sèrra, Jòrdi Blanc, Pèir

Barrera, Rogîèr Barta,
de Bohabrac, Cristian
Boneta, Joan-Mlquèu Brisset, Joan-Frederic Brun, Norà Caron,
Marcèl Carrièras, Miquèu Cavalièr, Patrie Chofrut, Pau Colombièr, Léon Cordas, Francés Dubet, Jacques Dofny, Jaume Escarplt, F.L.N.C., Eric Fraj, Jaunie Gautier, Pau Gairaud, Bemat
Gièli, Reinièr Jaquet, Robèrt Lafont, Joan Larzac, Cristian Laus,
Pèire Maclof, Emmanuel Maffre-Baugé, Louis Maheu, Claudi
Molinièr, Francés Montanhôl, Alan Nóvèl, Agustí Pasqual e
Lluvià, Manex Pagolà, Patrie, Cristian Rapin, Silvià Rebièra,
Jôrgi Reboul, Valèri Riquièr, Ives Roqueta, Francés Severac,
Gérard Tautil, Florian Vemet.

�AICÍE ARA

74

AICI

PUBLICAT:

E ARA A

Francés SEVERAC

TEMPSES

-

AIC! E ARA

..

1979

Francés Severac

:

TEMPSES
«La parution d'aqueste pichòt recuèlh de
poèmas.
organisai airtb una perjîècha rigor. me sembla un
eveniment d'una importància analòga a la
qu'agèt.
en 1965, la de
Cançons Mauvolentas. Teni. en tôt cas.
Tempses per lo primièr libre de poësia critica jamai
escrich
ironia e simpatia ensemble — en
lenga
—

d

oc. »

14 F franco.

Ives ROQUETA

�LES VIEUX EN OCCITANIE

Marcel DRULHE

Le regard du voyageur un
peu attentif aux phénomènes de
population et qui ne se promène pas seulement dans les grandes
agglomérations occitanes, sera forcément frappé par le phéno¬
mène bien connu de désertification des
campagnes mais aussi
par le vieillissement des visages rencontrés ou aperçus. Ces
impressions fugitives ne sont pas seulement subjectives : elles
correspondent à des phénomènes démographiques massifs d'une
part, et, d'autre part, au passage progressif et irréversible d'une
gestion familiale de la vieillesse à une gestion sociétale.
1.— Si l'on considère les différents recensements
constate que la population occitane est toujours

depuis 1936,
plus âgée que
la population des autres régions et que cette tendance s'accen¬
tue. En 1936, la classe des 0-19 ans représente
24,7% de la popu¬
on

lation totale

en France et 23,5% en Occitanie
; en 1975, on a res¬
pectivement 22,8% et 20,4%. A l'autre extrémité de l'échelle, la
classe d'âge des 65 ans et plus représentait 9,9% en 1936
pour la
France entière et 11,6% pour les départements de l'Óccitanie.
En 1975, respectivement 14,1% et 17,%.

D'autre part, si l'on considère la répartition de la population
active par secteurs d'activités, on observe que l'agriculture
absorbe 14,1% de la population occitane, l'industrie 21,5%, les
service 33,9%. Et l'on a, respectivement, pour la France entière,

9,5%, 30,1% et 32,2% (nous ne donnons pas les pourcentages
de tous les grands secteurs pour aboutir aux 100% afin d'éviter
un
déluge de chiffres). Une décomposition plus fine de ces
Marcel Drulhe :
Né en 1946 en Rouergue,
technicien de recherche

en

Sciences Sociales à Toulouse.

�AICÌE ARA

76

ferait apparaître que l'Occitanie reste massivement
peuplée de petits et moyens paysans, de petits commerçants et
artisans et de personnels administratifs.
Ces données démographiques ne doivent pas cacher la dimen¬
sion proprement sociologique des problèmes de ce vieillissement.
Dans la paysannerie, jusque dans les années 1960, la solidarité
des générations cohabitant autour du patrimoine a été très large¬
ment la règle dominante, ou bien, dans les sous-espaces occitans
de forte migration, on pouvait observer une solidarité de village,
de hameau ou de quartier. Dès que, sous l'effet de la scolari¬
sation prolongée et de la vulgarisation agricole, les jeunes récla¬
meront plus de pouvoir dans la gestion de l'exploitation, le
rapport entre les générations et la solidarité de voisinage sera
miné par l'enjeu de la succession qui devient un marchandage ou
chantage au départ, à l'abandon : l'I.V.D. est la trace instituée de
ces nouvelles formes de rapport. Dès lors se présentent deux cas
secteurs

de

figures

:

a) L'exploitation sert à restructurer les exploitations voisines
qu'elle n'est pas « rentable » ou parce que le conflit de suc¬
cession s'est soldé par le départ définitif du successeur éventuel.
Le vieux paysan continuera à vivre dans ses bâtiments d'exploi¬
parce

tation

jusqu'à

la mort du conjoint l'oblige à
et s'il est accepté, bien plus
faire héberger dans une institution prévue à cet
ce que

aller vivre chez
souvent à se

un

la maladie

enfant, s'il

ou

en a

usage.

b) L'exploitation change de main mais, même s'il ne cohabite

le vieil agriculteur continuera à travail¬
dans son lit ».
Compte tenu des structures foncières de l'Occitanie, c'est le
premier cas qui a la plus grande probabilité d'apparition même

pas avec ses successeurs,

ler

s'il

jusqu'à

ce

se nuance

qu'il

meure «

de diverses variations.

Dans la couche petite bourgeoise, même s'il est difficile de
mêler la distribution à l'administration, on peut tout de même
observer des tendances à un mode de vieillissement spécifique :
soit parce que les changements structuraux dans la production et
la distribution mettent ces petits artisans et commerçants dans des
situations de survie où la succession ne se pose même pas, soit

chez les «petits administratifs», la stratégie d'édu¬
consisté à « pousser » leur enfant, à lui faire acquérir
un capital culturel qui le sorte de sa classe sociale
entraîne une
rupture entre les générations, les vieillards de ces milieux socioparce que,

cation qui a

�0CC1TAN1E

:

UNPA YS POUR DEMAIN

77

professionnels sont souvent condamnés soit à accepter une assis¬
à distance de leurs enfants (insertion dominée), soit à
partir en maison de retraite ou foyer-logement, selon leur état de

tance

santé et selon leurs moyens.
Vision par trop pessimiste? Sûrement pas, si l'on considère
1966 à 1973, lé nombre d'entrées

que, pour la France entière, de
dans les seuls établissements

publics d'hébergement des per¬
de 43% et le nombre de lits de 23%.
D'autre part, un rapport établi pour les VIIIe assises nationales de
la Fédération hospitalière de France fait état de la croissance
générale du taux d'hébergement collectif pour les personnes de
65 ans et plus : de 31,4% en 1962, ce taux est pássé à 39,2% en
sonnes

âgées, s'est

accru

1974.
2.— L'observation du mouvement de population dans les
régions occitanes fait apparaître un autre phénomène démographiquement inquiétant : la dégradation de cette population par
un vieillissement non
compensé. Soit le solde naturel et le solde
migratoire négatifs conjuguent leurs effets comme dans le cas
extrême du Limousin, soit la positivité de la croissance est due à
l'immigration des travailleurs étrangers et surtout d'inactifs
retraités. Le premier cas nous renvoie aux problèmes déjà évo¬
qués. Le second, s'il n'exclut pas ces problèmes, en pose de
nouveaux quant à la dynamique socio-économique de l'Occitanie
mais aussi quant à son inventivité culturelle et politique... ■

BIBLIOGRAPHIE SUCCINTE
Pour les données et problèmes démographiques, nous renvoyons à l'excellente
synthèse d'Alain Alcouffe et Jean-Claude Lugan, in A. Alcouffe, P. Lagarde,
R. Lafont, « Pour l'Occitanie », Ed. Privât, Toulouse, 1979.

problèmes posés par le vieillissement et la vieillesse font l'objet de beau¬
d'analyses et d'interprétations, surtout depuis quelques années. Nous
signalons ici quelques « classiques '» et quelques analyses plus récentes :
A.-M. Guillemard, « La retraite, une mort sociale ». Mouton, 1972.
I. Rosow, « Social Intégration of the Aged ». The free Press, New York, 1967.
R. Lenoir, «Transformation des rapports entre générations et apparition du
Troisième Age ». Thèse de 3e cycle, Paris, Sorbonne, 1977.
M. Drulhe &amp; J.-P. Gorce, «Maisons d'hébergement des personnes âgées en
Midi-Pyrénées ». Recherche ronéotée, Institut de Sciences Sociales de l'Univer¬
sité de Toulouse
Le Mirail &amp; Centre Régional d'Education pour la Santé,
Les

coup
-

-

-

-

-

Toulouse, 1978.

�78

AICÍEARA

VOUS VOULEZ SAVOIR
CE QUI SE

PENSE,

CE QUI S'ECRIT
CE QUI SE
CE QUI SE

DIT,
FAIT,

EN OCCITANIE?

ALORS LISEZ

Aicí

e

ara

REVISTA TRIMESTRALA INDEPENDENTA

(Abonnement

:

page

3 de couverture)

�VIVRE AU PAYS DU ROQUEFORT
Richard CLAVAUD

Olivier et Charles sont agriculteurs sur le Causse du Larzac,
près du Pas de l'Escalette, ce passage dans la montagne où les
voyageurs qui descendaient vers la plaine de Lodève se faisaient
régulièrement détrousser. Aujourd'hui, les brigands ont disparu
de cette région où l'Hérault, l'Aveyron et le Gard se rencontrent.
Le camp militaire du Larzac s'étend à quelques kilomètres de là ;
les chars et les canons ont remplacé les escopettes (1).
Dans leur exploitation du Mas Audran, Olivier et Charles
cultivent des céréales et «traient pour Roquefort». Une partie
des terres est labourable
des brebis.

;

l'autre, le

«

parcours », est

le domaine

Quelques champs sont encore en friche ou recou¬
verts de pierres qui cachent une terre généreuse qu'il
faut
essayer de remettre en culture. Le dimanche, avec leurs copains
vignerons du Lodévois, ils remplissent des pleines bennes de
cailloux. Après une journée de ce travail, hommes et femmes
repartent chez eux le dos brisé et les mains douloureuses. A la
saison prochaine, le Mas Audran produira quelques quintaux de
blé supplémentaire. Le fermier précédent, un Belge qui s'occu¬
pait de 1.200 hectares, préférait utiliser beaucoup d'engrais et
tirer sur les terres » pour augmenter la production. Tant pis
pour l'épuisement et l'acidification des sols. Mais tout cela n'a
pas très bien marché, et ce brave homme est parti labourer
d'autres terres, en Argentine. Le Mas Audran était libre pour
l'installation d'un jeune, quelqu'un qui redonnerait un peu de
,

«

vie

au

pays.

Les propositions ne manquaient pas : cinq candidats étaient
intéressés par le fermage. C'est Olivier et Charles qui ont été
Richard Clavaud

31

ans,

:

né à Toulouse,

ex-journaliste à L'Autan.

�AICÌE ARA

80

choisis par le propriétaire, un des plus gros notaires du Languedoc-Roussillon. Monsieur le notaire est allé dans le Tarn pour
voir comment les parents d'Olivier travaillaient. Ici, c'est un peu
comme dans ces annonces de journaux où l'on demande un
par parents » ; on aime bien savoir à qui on
affaire. C'est une vieille habitude de l'époque des « ramonets ».
Le ramonet était un régisseur payé par le propriétaire pour
«

apprenti présenté

a

organiser et surveiller le travail des ouvriers agricoles. Sa femme
tenait un livre de comptes personnel pour que le propriétaire
puisse contrôler rigoureusement les dépenses du ménage. Quand
il venait chasser sur ses terres c'est elle qui lui préparait à
manger. Heureuse époque où la bourgeoisie lodévoise et montpelliéraine pouvait profiter de tous les avantages de ses investis¬
sements fonciers. Hélas, depuis quelques années, les ramonets
disparaissent et les jeunes femmes des fermiers d'aujourd'hui
n'ont plus le goût de la restauration.
A défaut de

ce

sens

élémentaire des

convenances,

les

nou¬

arrivants ont des

diplômes. C'est le cas d'Olivier, qui a
obtenu un B.T.S. option élevage à Limoges et de Charles, qui a
passé son B.T.S. option gestion et comptabilité à Toulouse.
Ils ont mis leurs compétences complémentaires en commun pour
former un G.A.E.C. (Groupement Agricole d'Exploitation en
veaux

Commun).
La

bergerie, équipée d'une trayeuse rotative, représente

un

investissement de 60 millions de centimes. Pendant sept mois, du
début janvier à la fin juillet, chacune des 500 brebis laitières de
race Lacaune a droit à son tour de manège quotidien pendant

lequel, dans le bruit de respiration de la machine, le lait remplit
les bidons qui partiront pour la fromagerie de Roquefort. Les
conditions d'hygiène et le contrôle du lait sont parfaitement
draconiens. Toute bête traitée par antibiotique est exclue de la
traite.
Pour

pouvoir s'installer au pays, Olivier et Charles ont fait un
Développement. Ils se sont engagés à produire une cer¬
taine quantité de lait et de céréales pendant six ans. Grâce à ce
contrat, ils profitent d'un crédit à un taux intéressant. Mais leur
exemple est l'exception en matière d'installation de jeunes.
Dans la promotion d'Olivier, sur 25 titulaires du B.T.S., 5 seule¬
ment ont pu y parvenir, et la plupart chez leurs parents. D'autres
sont chômeurs ou se sont orientés vers l'encadrement (conseil¬
lers agricoles ou techniciens dans une coopérative). Jusqu'à une
époque récente, le fait de ne pas travailler la terre était d'ailleurs
Plan de

�0 CCITANIE

considéré

:

UN PA YS PO UR DEMAIN

81

une promotion sociale. Cet état
d'esprit a
disparaître et beaucoup de jeunes veulent aujourd'hui
devenir exploitants. Le problème est de trouver des terres,
comme Olivier et Charles,
qui ont bénéficié d'un avis très favo¬
rable de la chambre d'agriculture. «Ici, il y a des
gens qui se
battent pour que les jeunes restent au pays », commente Olivier.

comme

tendance à

Maintenant, il faut accepter de travailler plusieurs années
rien», en remboursant les emprunts et en payant le

«pour

fermage. Tous ces efforts pour « vivre au pays » s'accompagnent
d'un profond respect pour la terre et pour les bêtes. Le fumier
qui, avant l'arrivée d'Olivier et de Charles, était revendu pour
faire de l'argent » est utilisé pour bonifier les terres. Chaque
mètre carré défriché, chaque pierre ramassée, c'est la possibilité
d'installer un jour d'autres jeunes qui pourront partager le travail
«

mais aussi les soirées au coin du feu et l'ambiance des bals
occitans. Ces paysans de moins de trente ans font tout ce qu'ils

peuvent pour préparer le terrain. Mais il y a d'autres problèmes
à résoudre. Les crédits sont encore trop longs à obtenir, et beau¬
coup de terres sont encore « gelées » par des sociétés étrangères
pour y

organiser des chasses privées. Quant

aux

producteurs de

lait de brebis, ils demandent des garanties des prix à la produc¬
tion que seule une politique dynamique de la Société des Caves
de

Roquefort

pourra

maintenir (2).

faut tenir jusqu'à

l'exploitation produise
quelques années peutplus un pari quotidien
et il pourra alors penser à quelques jours de vacances. Mais cet
été il regardera encore les touristes franchir le Pas de l'Escalette
pour aller se faire bronzer sur les plages du Languedoc. ■
Pour Olivier, il

ce que

suffisamment pour être rentable. Dans
être son installation « au pays » ne sera

(1) La ferme

en

question n'est

pas

concernée

par

l'extension du

camp

militaire.

(2) Une partie du lait collecté par Roquefort, les «excédents», est achetée par
l'Italie qui nous la revend sous forme de fromage. C'est l'Europe du Bleu.

�AICÍE ARA

82

*T3

m

PUBLICACIONS
del Centre Internacional de
Documentacion Occitana

M
oo

&lt;

O

-

-

BP. 4202
34325 BESIERS CEDEX

Bibliografia de las bibliografias del domeni occitan
Catalogue dels libres occitans del Fons Rondèl
(Arsenal, Bibliotèca Nacionala)

-

-

-

-

-

-

-

A. Guibal du

:

:

49.00 F.

51.00 F.

Rivage. Obras literàrias

e

musicalas

:

48.00 F.

Catalogue de la Bibliotèca del CIDO. Tòme 1 : 48.00 F.
Catalogue de la Bibliotèca del CIDO. Tome 2 : 44.00 F.
Catalogue del Fons Ancian de la Bibliotèca de l'Arsenal. Per paréisser.
Bibliografia occitana del Peirigòrd : Los Trobadors. Per paréisser.
Catalogue del Fons Occitan de las bibliotècas publicas de Bordèu. Per paréisser.
Bulletin trimestral del CIDO. Abonament

:

20,00 F.

VENTADORN
Disques Occitans
1 Carrièra de Lorena

34500 BESIERS
Tel. : (67) 28.71.97
MAI DE 30 CANTAIRES E POETAS,
MAI DE 80 DISQUES 33 E 45 TORNS,
DE «NOVELA CANCON OCCITANA»,
DE «TRADICIONAL»,
DE MUSICA

CLASSICA, ETC...

Demandatz lo

catalogue.

�LES JUIFS EN OCCITANIE

Chantai BENAYOUN &amp; Pierre-Jacques ROJTMAN

diaspora unique dans l'histoire, le peuple juif a su
son identité nationale et son patrimoine.
se réinstaller dans leur pays, Israël, mais beaucoup

Victime d'une
maintenir

au cours

Certains ont pu

des siècles

vivent

C'est

Dans

ce

aux

Juifs d'Occitanie que nous

contexte de

encore

ailleurs.

donnons ici la parole.

prise de parole occitane, parler des Juifs

le moins insolite,
de l'opportun, du
légitime voire du nécessaire. A elle seule pourtant, la présence
des Juifs dans l'aire géographique et culturelle occitane pourrait
justifier un tel propos. Mais surtout, l'importance des questions
qui restent posées à ces deux minorités relativement à leurs
destins conjugués mais non confondus, exige une réflexion où,
au-delà des solidarités de fait ou de principe, les spécificités
peut apparaître comme une démarche à tout
une démarche qui ne tombe pas sous le sens

soient

prises

en

compte.
*
*

*

Face à la domination du pouvoir central, au nivellement et à la
réduction opérés par le biais de la francité, se pose, pour les
Juifs et pour les Occitans, un problème de droits, de statut, de

Chantai Benayoun :
28

ans,

chercheur

au

C.N.R.S..

Pierre-Jacques ROJTMAN :
44 ans, enseignant à l'Université de Toulouse -

le - Mirail.

�84

AICÎE ARA

pouvoir. Cependant, la revendication des premiers ne saurait
correspondre à celle des seconds, en raison du carac¬
tère non territorial de la culture juive (1). Quelle que soit
la réponse politique envisagée par les Occitans pour eux-mêmes,
les Juifs, après s'être inquiétés de leur statut par rapport à l'Etat
français au sein duquel ils se trouvent réduits à la simple dimen¬
sion confessionnelle de «Français israélites», peuvent aussi
s'interroger — l'ironie de l'Histoire étant à redouter ! — sur leur
statut et sur leurs rapports avec la minorité occitane, qui est
majorité au sein du territoire occitan.
totalement

Cette tonalité particulière traduit les interrogations que peut
susciter, dans les communautés juives, le mouvement de libé¬
ration des minorités territoriales, alors même que l'hypersensi¬
bilité au problème de l'oppression et de l'ethnocide, que l'His¬
toire

a forgée en eux, prédisposerait les Juifs à la sympathie à
l'égard de cette cause. Il ne s'agit donc pas d'une dissonance
mais bien d'une tonalité supplémentaire à intégrer au tableau

d'ensemble.
*
*

*

La présence juive en Occitanie est très ancienne et
signalée,
semble-t-il, dès le premier siècle av. J.C. Une des plus anciennes
inscriptions hébraïques recensées en France a été découverte
à Auch. Diverses migrations juives ont par ailleurs
marqué
l'histoire du pays, produisant la rencontre des deux popula¬
tions... Dans l'histoire officielle, nulle trace de ces populations,
nulle trace de cette rencontre. L'histoire de France
globalisante,
selon l'impératif idéologique dominant dans le cadre du
dévelop¬
pement de l'Etat-Nation, a procédé par effacement. Parallè¬
lement et de manière spécifique, Occitans et Juifs subissent dans
ce

contexte le même sort à la base

:
exploitation économique,
politique, négation culturelle. L'exploitation par le
pouvoir central se traduit pour les premiers — minorité terri¬
toriale
par des guerres de conquête suivies d'annexions et
prend la forme, pour les seconds — minorité non territoriale
d'une politique d'expulsions et de confiscation de biens, dont ont
fait les frais notamment les Juifs du
Languedoc, en 1306, avec le
décret d'expulsion sous Philippe le Bel ou les Juifs de Provence à
partir du rattachement, en 1481, du Comté au Royaume de
France. La prétendue errance du peuple juif doit
beaucoup à

domination
—

—

�OCCITANIE

:

UN PA YS POUR DEMAIN

cette mobilité forcée et

a

servi,

au

85

plan idéologique, à nier

et à

refouler hors de l'histoire nationale l'existence réelle des
Juifs
en tant que tels. On
remarquera que les seules incidences rela¬
tives à cette existence dans l'histoire officielle se
situent au
moment où, précisément, elle est remise en cause et
où elle fait

l'objet d'une crise

ouverte.
*
*

*

C'est pourquoi, en opposition à

histoire mystificatrice et
une histoire
réelle des minorités considérées dans le double
rapport qu'elles
entretiennent avec la majorité d'une part, entre elles d'autre
part (2). Une telle histoire réhabilite les hommes et leur confère
une

négatrice d'identité, la nécessité s'impose d'écrire

toute leur substance

en les inscrivant dans la trame des
rapports
sociaux et en ne les réduisant pas à de simples formes figurant
les enjeux du pouvoir central. La présence simultanée en un
même lieu des populations juive et occitane, leurs contacts, ne

sont pas sans
conséquence sur les plans du vécu et du perçu des
deux communautés. La prise en compte de ces échanges, de leur
fluctuation au cours de l'histoire, des influences réciproques,
saisis dans leur quotidienneté, doit servir la nécessaire recons¬

truction culturelle des minorités. La démarche identitaire qui
passe par la réappropriation du passé ne peut que s'alimenter à
cette connaissance des rapports réels et s'en trouver, par là

même, renforcée. Il s'agit en outre d'une question de vie pour
l'homme du présent : pour la structuration même de ce présent,
il doit reconstruire un passé sans l'appropriation duquel il est
menacé de mort.
*
*

Aussi

devrait-il pas

*

au Juif qu'à l'Occi¬
Age d'or » pour quali¬
l'expulsion (3); que la
Cabale, mouvement de mystique juive, est née en Languedoc,
terre d'hérésies; que la limite séparant la rue juive, la «car¬
rière », du monde non juif, ne fut pas aussi franche que le mur du
ghetto traditionnel, autorisant ainsi le développement d'une
sociabilité particulière. Savoir aussi que le port de la rouelle,
insigne distinctif, fut exigé des Juifs et qu'il était d'usage chez
ne

être indifférent, tant

tan, de savoir qu'on parle d'un véritable
fier les relations judéo-occitanes avant

«

�AICÍEARA

86
t

les

Chrétiens, dans

ce

globalement favorable, de
Pâques, à Toulouse.
peut ajouter la position d'inter¬

contexte

souffleter publiquement un Juif le jour de
Ces

quëlques faits, auxquels

médiaires commerciaux

et

on

culturels des Juifs entre l'Orient et

l'Occident, l'Antiquité et la culture moderne, sur cette terre
occitane qui apparaît comme terre d'échanges, à la fois zone de
passage et carrefour d'influences, montrent toute la richesse
et la complexité des rapports judéo-occitans, à l'époque médié¬
vale.

Dans

période plus récente, les hasards de l'histoire
présence les deux communautés. Sous l'Occu¬
pation notamment, l'exode ayant joué dans le sens Nord / Sud, le
pays occitan a été amené à avoir un rôle de refuge pour les
Juifs. L'impact de cette période est inscrit dans la mémoire des
uns et des autres. Enfin, est-ce aux traditions
locales, à l'image
mettent

une

encore en

de l'Occitanie

comme terre d'accueil ou à l'attraction d'un soleil
à la fois climatique et humain, que l'on doit l'affluence des Juifs

d'Afrique du Nord venus récemment grossir les communautés
juives du Midi, parmi les plus importantes (Marseille, Toulouse,
etc.)? Cette immigration a aussi produit de nouveaux rapports

La vie

quotidienne des Juifs

en

Occitanie

:

le four à pain de la synagogue de Carpentras.
la population d'accueil, qu'elle soit
juive ou non. Ceci pose
problème, encore renouvelé, d'une minorité au sein d'une
autre minorité, comme en
témoignent les tensions qui ont résulté
avec

le

�0 CCITANIE

:

87

UN PA YS PO UR DEMAIN

du contact entre les

nouveaux immigrés juifs et le noyau
ancien
des communautés. Logique nécessaire de la démarche minori¬
taire qui veut que celle-ci prenne en considération toute minorité

dans

sa

spécificité, jusqu'à l'individu lui-même, fût-il le

des Mohicans

»

«

dernier

!
*
*

*

C'est à Paris qu'on devient Occitan

: le déracinement exacerbe
prise de conscience minoritaire. Or, depuis les temps les plus
reculés, les Juifs ont l'expérience de l'exil, de l'insécurité, des
menaces d'extinction. Par là, ils ont, de tout temps, appris
la
démarche de reconstruction nécessaire à leur perpétuation cultu¬
relle. Leur survie, témoin de ces efforts constants et séculaires,
en fait en quelque sorte le prototype
de la condition et de la
revendication minoritaires. Mais surtout, leur caractère de mino¬
rité non territoriale, qui marque la spécificité de leur mode d'être
et de leur rapport aux autres, n'offre-t-il pas les conditions d'un
dialogue plus large avec d'autres minorités, dans ce qu'on a pu
appeler « un sentiment généralisé des minorités » ? ■

la

dynamique permet aujourd'hui de
(N.D.L.R.).
(2) Ici se dessinent de nombreuses orientations de recherche dont il convient de
signaler qu'une partie est actuellement prise en charge localement par le Centre
Interdisciplinaire de Recherches et d'Etudes Juives, rattaché à l'Université de
(1) L'existence d'un «Etat juif», reconnu et

relativiser

ce

point de

vue

Toulouse le Mirail.

(3) Selon A. Lunel notamment

: «

/uifs du

français du Pape », Ed. Albin Michel.

Languedoc, de la Provence et des Etats

�88

AICÍEARA

Colleccion

«

A TOTS

»

Derniers titres parus

La collection A TOTS.

de l'Institut d'Etudes Occi¬

49 titres, représentant des
pages de prose occitane,
des dizaines d'auteurs de toutes les régions.
(L. = languedocien; G. = gascon; N.O. = nordoccitan; P. = provençal).
tanes, vous propose ses

dizaines

de

milliers

de

N° 31. M1R, Lo lutrin de Ladèrn. (L.)
N° 32. DAU MELHAU, Los dos inocents,
N° 33. DELTELH, Froncés d'Assisi.
(L.)
N° 34. BODON, Contes del meu ostal. (L.)

(N.O.)

N° 35. BODON, Contes dels Balsàs. (L.)
N° 36. BODON, Lo libre dels
grands jorns.
N° 37. BODON. Lo libre de Catòia. (L.)

(L.)

N" 38. BLADÈR, Contes de Gasconha, t.
1,
N° 39. LAFONT, Vida de Joan Larsinhac,
(P.)
N ' 40. LAFONT, Li camins de la saba. (P.)

(G.)

N° 41. LAFONT. Li maires
d'anguilas. (P.)
N° 42. LAFONT. Têtu, tèieu. (P.)
N° 43. LAFONT. L 'icòna dins l'iscla.
(P.)

N° 44. BEC, Lo hiu tibat. (G.)
N° 45. CHERCHAPA1S. Contes dAuvemha

e

de

Vêlai. (N.O.)

N° 46. CAMELAT. Belina. (G.)
N° 47-48. MOLIN, E la barta floriguèt, (L.)
N° 49. FABRE. Joan-V an-pres. (L.)
N° 50. GANHAIRE. Lo libre dau reirelutz. (NiO.)
N° 51. MÈSTRE VERD1ÈR, Ôbras complétas. (G.)
N° 52. MÒRA. Garbalhas burlentas, (G.) N° 53. 1. ROQUETA. La paciéncia. (L.) -

Sector de difusion
de l'I.E.O.

:

Laurens
34480 Magalàs

Sector literari

:

Joan Larzac,
4, carrièra Montels,

34000

Montpelhièr

�MARCHÉS EN ARDÈCHE
Jaumeta

BEAUZÉTIE

Privas. Beaucoup d'animation ce samedi matin, Cours de
l'Esplanade. Jour de marché. Une occasion de descendre à la
ville pour y faire ses courses, toucher sa retraite, se faire couper
les cheveux et aussi se retrouver, se parler de la pluie et du beau
temps, de la pêche et chercher la bonne affaire.
un

«Un
étal

jupons
ne va

petit
en

en

d'œil, Mesdames, allez-y... fouillez...» Sur

coup

bois, des sous-vêtements féminins, combinaisons,

nylon, roses, bleus... « Toutes les tailles à 20 F... Si ça
les reprend la semaine prochaine, on est là tous les

pas, on

samedis... ». Et les clients fouillent, farfouillent... La vendeuse,
50 ans, cheveux roux, grandes boucles d'oreilles a toujours fait
ce métier dans le Gard et dans l'Ardèche... «C'est dur, me ditelle... on vivote... les gens n'achètent pas pour le plaisir et il y a

toujours quelque chose qui
deux mois,

on a un

tir et

ne va pas...

on va

Enfin! l'été, pendant

dans les fêtes votives.

»

déballe ses articles devant
Beaucoup de pantoufles à
25 F pour la « bonne saison » et des bottes en caoutchouc. « Ça
fait 27 ans que je fais les marchés ; je vends surtout des chaus¬
sures de travail, classiques, soit pour la plaine, soit pour la
montagne. Ici*, on suit peu la mode... Les clients regardent
A côté, le marchand de chaussures
camion aménagé spécialement...

son

surtout la solidité...

»

à casquette profite du marché pour solder
à 5 F les invendus de son magasin de confection.
Un commerçant

Plus loin, des motoculteurs sont exposés au soleil. Puis des
pulls, des foulards indiens, de la vannerie, de l'artisanat que proJaumeta Beauzétie

31

:

enseignante à Limoges,
animatrice de la chronique occitane de
ans,

L'Écho du Centre.

�90

AICÎEARA

posent de nouveaux

venus en Ardèche, de la mercerie
disques qui hurle de la musique disco.

de

On achète
de

; on mange

grandes moustaches

des gâteaux qui laissent

en

et le stand

aux «

petits

»

chocolat.

Nous revoici au coin des produits fermiers. Une
paysanne de
60 ans, bien campée dans son grand
mangeau gris, a aligné sur
le bout de trottoir qui lui est réservé son
lapin, sa chicoreia
dit ici (les

pissenlits) à 1 F le kg, ses fromages ronds,
deux douzaines d'oeufs. «Je fais 15 km pour
venir... C'est mon mari qui m'amène. Avant il
y avait le car... Il
fallait bien le faire travailler, aussi je n'ai pas
passé mon per¬
mis... Puis il a été supprimé, alors on a bien été
obligés de se
mettre à la voiture... C'est moins pratique
pour moi... Et main¬
tenant je suis trop vieille pour prendre des leçons
de conduite !
Ça me fait peur
»
comme on
ses

oignons et

ses

A Aubenas, il y a foule au pied du château. On vient de
loin,
même les marchands montent de Valence, Alès,
Avignon. On se
bouscule et on vous lance « Attention les pinous ! »
De

jeunes objecteurs de conscience jouent de l'accordéon sur
près d'un couple de cultivateurs qui
vendent des cèpes séchés (bolets essuchs) à 10 F les 100 g, des
châtaignes sèches et des fruits naturels. «Dans le temps on
les marches de la Mairie

venait

en

camion, maintenant

15

caisses suffisent... Tout

a

changé... Les châtaignes se pourrissent dans les bois : il n'y a
plus personne pour les ramasser et le bois sauvage pousse au
pied des arbres...» Beaucoup de monde à attendre sa brioche
éventrée de praline rouge, de Valence (le Saint-Genis) ou bien la
pogne », pain brioché. Et ça sent bon. Et on plaisante et on rit...
«

A côté des machines à coudre et des bretelles, une ardoise
indique des «Jupes, Chemisiers, Pantalons à 20 F, 15 F, 10 F ».
Un ancien chauffeur routier reconverti depuis
5 ans dans la fripe :
Il n'y a pas de clientèle attitrée... » Dans
n'importe quelle acti¬
vité, il faut travailler dur... » Un peu de détresse au fond de ses
yeux sombres...
«

Et puis le marchand de graines, de laine, de charcuterie
(en habit traditionnel), et l'éternel bonimenteur : « Voyez ce grill,
il a fait des ravages à Paris et à
Lyon... » Et on s'en va, le plant de
romarin à la main, le pain sous le bras, des
images et des bruits
plein la tête, rejoindre le grand silence de la nature ardéchoise.
En attendant le prochain marché, le samedi suivant... ■

(traduit de l'occitan)

�SOMMAIRE

Un

Pays

pour

demain

5

L'Occitanie à la recherche de

son «

èime

»

(Marie-Claire Viguier)
«

La seule véritable Patrie

7
»

(Henri Fabre-Colbert)

15

Le comportement

politique des Occitans
(Michel Grosclaude)

19

1975-1980 : cinq ans de mouvement occitan
dans l'Aude (Jean-Pierre Laval)

29

Occitaniser
«

Pèr

l'École (I.E.O.)

33

Provènça e pèr li Pais d'òc

»

(Bernât Gièli)

Los Occitans parlan als Occitans ( Joan Larzac)

...

....

Jaurès repatriat (Jòrdi Blanc)
«

37
41
53

L'Art d'avant-garde d'Occitanie

»

(Félix Castan)

..

63

La tradition
en

gréco-latine et les Arts plastiques
Occitanie (Eugénie Dubreuil)

Les vieux
Vivre

au

Les Juifs

en

Occitanie (Marcel Drulhe)

pays
en

du Roquefort (Richard Clavaud)

en

75
....

79

...

83

Occitanie

(Chantai Benayoun &amp; Pierre-Jacques Rojtman)
Marchés

69

Ardèche (Jaumeta

Beauzétie)

89

��Aicí

e

ara

REVISTA TRIMESTRALA

INDEPENDENTA

Director

:

Romièg PACH.

Julhet de 1980

Prètz:20F
suplement excepcional al n° 7.
Numéro fòra-tièira.

REDACCION E ADMINISTRACION
B.P.

:

9007, 34041 Montpelhièr-Cedex.

COMITAT DE REDACCION

:

Romièg PACH,
Miquèu GÒSSA,
Joan-Pèire LAVAL,

VIGUIÈR.

Maria-Clara

ABONAMENT PER UN AN

:

Occitania, Estât francés,

55 F
65 F

Païses catalans

Estrangièr

100 F

Abonament de sosten

•

•

Precisar lo

Pagament
virament

•

numéro

a

a

que

l'ordre de Aici e
nòstre C.C.P.

Per

l'estrangièr

Los

numéros

:

•

:

:

ara per

chèc, mandat,

255.59.C, Montpelhièr.

virament postal internacional.

passats son

13 F cadun. Colleccion

tela)

partis l'abonament.

disponibles al prètz de

religada dels n° 1 a 5 (plena

80 F.

L'abonament de sosten dona drech a una reduccion
de 10% sus las autras publicacions de Aici e ara.

Estampariá dels Quatre-Senhors,
29, carr. Maurici Chauvet,
34100 Montpelhièr.
N° Comission paritària : 61092

© Aici e ara, 1980.

�$

g

|
jg
'f
5$

L'Occitanie
existe. Treize millions de citoyens

français ^
\

prennent peu à peu conscience de leur identité, de leur
différence, de leur appartenance à une communauté qu'on
ne saurait qualifier de « régionale », pour la simple raison
qu 'elle dépasse les découpages régionaux imposés par les
technocrates français.
L Occitanie

s

|

|

UN PAYS POUR DEMAIN

par

les

armes,

a

existé politiquement.

Elle

a

été conquise

\»

rebâtit

$

Elle n 'a que faire des ronds-de-cuir de la Pensée française qui prennent le train en marche.

§
\i

On la croyait

sous nos yeux.

Ce numéro spécial de Aicí e

S
s

s'adresse à tous

ceux

qui

Politique, économie, art, littérature, sociologie, éducation :
ils y découvriront l'identité occitane dans toute sa diversité,
dans toute sa profonde unité.
Nous y

•f
'&lt;í

ara

í

veulent mieux connaître notre pays sous tous ses aspects.

pieds,
$
®

^

au XIXe siècle, morceau par morassimilée, digérée, francisée ; elle se

ceau.

À

u

du XIIIe

W

^

\&lt;

■

donnons la parole à ceux qui ont un pays sous les
tâche à accomplir, et quelque chose à dire.

une

que VOccitanie n'est pas un
qui n 'existerait que par référence à un Nord, mais
un pays qui renaît, et prend conscience que l'avenir lui
appartient.

Puisse le lecteur découvrir

«

Midi

»

%$

§À

*

.

AICIEARA.

\ŷ

Couverture

:

Jean Biret-Chaussat.

�</text>
                </elementText>
              </elementTextContainer>
            </element>
          </elementContainer>
        </elementSet>
      </elementSetContainer>
    </file>
  </fileContainer>
  <collection collectionId="129">
    <elementSetContainer>
      <elementSet elementSetId="1">
        <name>Dublin Core</name>
        <description>The Dublin Core metadata element set is common to all Omeka records, including items, files, and collections. For more information see, http://dublincore.org/documents/dces/.</description>
        <elementContainer>
          <element elementId="50">
            <name>Title</name>
            <description>A name given to the resource</description>
            <elementTextContainer>
              <elementText elementTextId="1032355">
                <text>Périodiques toujours sous droit</text>
              </elementText>
            </elementTextContainer>
          </element>
        </elementContainer>
      </elementSet>
    </elementSetContainer>
  </collection>
  <itemType itemTypeId="26">
    <name>Revista</name>
    <description>Item type spécifique au CIRDÒC : à privilégier</description>
    <elementContainer>
      <element elementId="163">
        <name>Type de périodique</name>
        <description/>
        <elementTextContainer>
          <elementText elementTextId="742115">
            <text>Revistas scientificas e sabentas = Revues scientifiques et savantes</text>
          </elementText>
        </elementTextContainer>
      </element>
      <element elementId="127">
        <name>Région Administrative</name>
        <description/>
        <elementTextContainer>
          <elementText elementTextId="742116">
            <text>Languedoc-Roussillon</text>
          </elementText>
        </elementTextContainer>
      </element>
      <element elementId="128">
        <name>Variante Idiomatique</name>
        <description/>
        <elementTextContainer>
          <elementText elementTextId="742124">
            <text>Languedocien</text>
          </elementText>
        </elementTextContainer>
      </element>
      <element elementId="130">
        <name>Graphie</name>
        <description/>
        <elementTextContainer>
          <elementText elementTextId="742125">
            <text>Graphie classique / Grafia classica</text>
          </elementText>
        </elementTextContainer>
      </element>
    </elementContainer>
  </itemType>
  <elementSetContainer>
    <elementSet elementSetId="1">
      <name>Dublin Core</name>
      <description>The Dublin Core metadata element set is common to all Omeka records, including items, files, and collections. For more information see, http://dublincore.org/documents/dces/.</description>
      <elementContainer>
        <element elementId="50">
          <name>Title</name>
          <description>A name given to the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="742098">
              <text>Aicí e ara. - Annada 02, n° hors-série, juillet 1980</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="86">
          <name>Alternative Title</name>
          <description>An alternative name for the resource. The distinction between titles and alternative titles is application-specific.</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="742099">
              <text>Aicí e ara. - Annada 02, n° hors-série, juillet 1980</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="39">
          <name>Creator</name>
          <description>An entity primarily responsible for making the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="742100">
              <text>Pach, Rémi. Directeur de publication</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="45">
          <name>Publisher</name>
          <description>An entity responsible for making the resource available</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="742102">
              <text>Aicí e ara (Montpellier)</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="40">
          <name>Date</name>
          <description>A point or period of time associated with an event in the lifecycle of the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="742103">
              <text>1980</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="94">
          <name>Date Issued</name>
          <description>Date of formal issuance (e.g., publication) of the resource.</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="742104">
              <text>2020-05-05 FB</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="98">
          <name>License</name>
          <description>A legal document giving official permission to do something with the resource.</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="742105">
              <text>Creative commons = BY - NC - ND</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="46">
          <name>Relation</name>
          <description>A related resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="742106">
              <text>Vignette : https://occitanica.eu/files/original/75b9a5acb85d625b476c6ea30f81cf78.jpg</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="742107">
              <text>http://www.sudoc.fr/037607774</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="104">
          <name>Is Part Of</name>
          <description>A related resource in which the described resource is physically or logically included.</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="742108">
              <text>&lt;a href="https://occitanica.eu/items/show/22597" target="_blank" rel="noopener"&gt;&lt;em&gt;Aic&amp;iacute; e ara&lt;/em&gt; (Acc&amp;eacute;der &amp;agrave; l'ensemble des num&amp;eacute;ros de la revue)&lt;/a&gt;</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="42">
          <name>Format</name>
          <description>The file format, physical medium, or dimensions of the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="742109">
              <text>application/pdf</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="742110">
              <text>1 vol. (90 p.) ;  21 cm</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="44">
          <name>Language</name>
          <description>A language of the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="742111">
              <text>oci</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="742367">
              <text>fre</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="51">
          <name>Type</name>
          <description>The nature or genre of the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="742112">
              <text>Text</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="742113">
              <text>publication en série imprimée</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="116">
          <name>Temporal Coverage</name>
          <description>Temporal characteristics of the resource.</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="742114">
              <text>19..</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="43">
          <name>Identifier</name>
          <description>An unambiguous reference to the resource within a given context</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="742117">
              <text>http://occitanica.eu/omeka/items/show/22634</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="742118">
              <text>CIRDOC_B6-1980-07SP</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="49">
          <name>Subject</name>
          <description>The topic of the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="742123">
              <text>Mouvement occitan</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="742127">
              <text>Périodiques occitans</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="37">
          <name>Contributor</name>
          <description>An entity responsible for making contributions to the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="742126">
              <text>Viguièr, Maria Clara</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="742129">
              <text>Fabre-Colbert, Henri</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="742130">
              <text>Grosclaude, Michel (1926-2002)</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="742131">
              <text>Laval, Jean-Pierre</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="742132">
              <text>Giély, Bernat</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="742133">
              <text>Larzac, Jean</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="742359">
              <text>Blanc, Jòrdi</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="742360">
              <text>Castan, Félix-Marcel (1920-2001)</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="742361">
              <text>Dubreuil, Eugénie</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="742362">
              <text>Drulhe, Marcel</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="742363">
              <text>Clavaud, Richard</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="742364">
              <text>Benayoun, Chantal</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="742365">
              <text>Rojtman, Pierre-Jacques</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="742366">
              <text>Beauzétie, Jaumeta</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="47">
          <name>Rights</name>
          <description>Information about rights held in and over the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="742134">
              <text>Conditions spécifiques d’utilisation</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="41">
          <name>Description</name>
          <description>An account of the resource</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="742135">
              <text>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;em&gt;Occitanie : un pays pour demain&lt;/em&gt;, suppl&amp;eacute;ment exceptionnel au N&amp;deg;7, 1980.&lt;/div&gt;</text>
            </elementText>
            <elementText elementTextId="742136">
              <text>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;&lt;em style="background-color: #ffffff; color: #626262;"&gt;Occitanie : un pays pour demain&lt;/em&gt;&lt;span style="color: #626262; background-color: #ffffff;"&gt;, suppl&amp;eacute;ment exceptionnel au N&amp;deg;7, 1980.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="48">
          <name>Source</name>
          <description>A related resource from which the described resource is derived</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="824052">
              <text>Mediatèca occitana, CIRDOC-Béziers, B 6</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
      </elementContainer>
    </elementSet>
    <elementSet elementSetId="8">
      <name>Occitanica</name>
      <description>Jeu de métadonnées internes a Occitanica</description>
      <elementContainer>
        <element elementId="173">
          <name>Portail</name>
          <description>Le portail dans la typologie Occitanica</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="742119">
              <text>Mediatèca</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="174">
          <name>Sous-Menu</name>
          <description>Le sous-menu dans la typologie Occitanica</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="742120">
              <text>Bibliotèca</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="172">
          <name>Type de Document</name>
          <description>Le type dans la typologie Occitanica</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="742121">
              <text>Numéro de revue</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="182">
          <name>Catégorie</name>
          <description>La catégorie dans la typologie Occitanica</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="742122">
              <text>Documents</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
        <element elementId="171">
          <name>Contributeur</name>
          <description>Le contributeur à Occitanica</description>
          <elementTextContainer>
            <elementText elementTextId="742128">
              <text>CIRDOC - Institut occitan de cultura</text>
            </elementText>
          </elementTextContainer>
        </element>
      </elementContainer>
    </elementSet>
  </elementSetContainer>
  <tagContainer>
    <tag tagId="148">
      <name>Cultura occitana = Culture occitane</name>
    </tag>
    <tag tagId="319">
      <name>Occitanisme = occitanisme</name>
    </tag>
  </tagContainer>
</item>
