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                  <text>Countes Biarnés

��CIRDOC

��Coimtes Biarnés

��ALEXIS

PEYRET

Countes Biarnés
DUSIEME

EDICIOU

C.I.D.O.
BÉZ1ERS
BUENOS AYRES
FÉLIX

LAJOUANE,

ÉDITUR

PAU
E.NSO DOUS PRIN'CIPAUS LIBERAYRES

FONS

MiQuàu CAMELAT

�CAB

126 5

JrÀ

�PRÉFACE
DE LA PREMIÈRE ÉDITION

On s'étonnera sans doute de me voir publier des
poésies béarnaises; je m'en étonne moi-même. Le
béarnais n'est plus qu'un patois qui se fractionne
en cent dialectes et qui se perd tous les jours.
Aussi y a-t-il longtemps que je ne songe plus à
versifier dans le mélodieux idiome des bords du
Gave, et même je n'y eusse jamais songé sans une
circonstance que je vais raconter au lecteur.
En l'an de grâce i85o, je me trouvais, après une
longue absence, dans mon pays natal : c'est la ville
de Pau que je veux dire. Je fis la connaissance de
M. Auguste Hatoulet, bibliothécaire de la ville,
homme d'esprit et très versé dans l'étude de la
langue romane. 11 avait traduit, conjointement

�•HÎ

vi

§5-

avec M. Mazure, ex-professeur de philosophie
au collège de la même ville, les Fors de Béarn,
monument remarquable de la législation correspondante à l'époque où cette province avait une
existence souveraine. Il était aussi l'auteur de
plusieurs poésies béarnaises très jolies, dont quelques-unes sont restées inédites. Enfin il préparait,
avec un autre linguiste et poète béarnais, M. Picot, un dictionnaire de notre langue pyrénéenne,
lequel, soit dit par parenthèse, n'a pas vu le jour.
En sortant du collège, et même étant encore
sur les bancs du collège, j'avais également composé des chansons béarnaises (délit poétique que
je partage sans doute avec beaucoup de rhétoriciens,sauf la différence de langue). Me promenant
avec Hatoulet à la Haute Plante ou à la place
Grammont, je ne sais plus où, je fus amené à
lui réciter quelques couplets de ma façon, pour
me conformer à la manie de tous les poètes qui
poursuivent les passants de leurs vers, a dit Horace. Ils plurent à Hatoulet, non par leur valeur
intrinsèque sans doute, mais parce qu'ils témoignaient, comme il me le dit, d'une connaissance
réelle de la langue béarnaise. Il m'engagea à
recommencer a versifier. A son invitation, je com-

�vu

im-

posai les petits poèmes qu'on va lire : la Casse deti
Rey Artus, Angélique, Arcencam de Bournos, et
quelques vers politiques que je n'ai pas conservés. Hatoulet prétendait que le béarnais ne se prêtait pas aux matières politiques. Navarrot, à qui
j'avais dédié le Rey Artus, soutenait le contraire,
et disait qu'il fallait faire tourner au profit des
idées populaires la connaissance de cette langue.
Quant à lui, il n'y faisait faute : il était l'avocat
chantant de la cause démocratique.
Je ne sais quelle voie j'aurais suivie si j'étais
resté en France, et surtout en Béarn; mais des
circonstances indépendantes de ma volonté m'obligèrent à quitter le vieux monde en i852. En
m'embarquant pour l'Amérique, il me fallut forcément congédier la Muse béarnaise et toutes les
Muses possibles. Que diable ces chastes Vierges
seraient-elles venues faire dans le monde réaliste
et archi-positif où j'allais m'engouffrer? Je leur dis
donc adieu sur le môle de Montevideo, etoncques
depuis lors ne songeai à les invoquer. Je me
trompe :1e Mémorial des Pyrénées m'ayant appris
la mort de mon vieil ami Navarrot, je fus saisi
d'une réminiscence poétique, si je puis m'exprimer ainsi; je voulus payer un tribut à sa mémoire.

�4§

VIII

§5-

Je composai des couplets sur sa mort et je les envoyai à Hatoulet, qui vivait encore, avec le petit
poème : les Soubenis de Case.
Depuis lors, Hatoulet est allé rejoindre Navarrot. Picot est mort aussi. Et je crois que la littérature béarnaise est morte avec eux, attendu que
les amateurs qui la cultivaient également de leur
temps, MM. Vignancour, Batalhe, Laborde, s'ils
existent encore, sont arrivés à la dernière période
de leur existence. C'est en vain que M. Lespy en
a codifié les règles dans sa remarquable grammaire
béarnaise, la première qu'on ait faite. Je ne pense
pas que la génération contemporaine veuille mettre
ses leçons à profit.
Que les destins s'accomplissent donc! Nous appartenons désormais à la langue de Voltaire. Ce
n'est pas moi qui m'en plaindrai, quand je vois
qu'elle a porté dans le monde entier la pensée de
ma patrie. Mais qu'il me soit permis d'exprimer un
regret que l'on trouvera peut-être paradoxal. Il est
fâcheux, au point de vue philologique, littéraire,
esthétique, que la victoire du Nord sur le Midi ait
entraîné la disparition violente de la langue d'oc.
La défaite des Albigeois fut une calamité pour
la littérature. La langue française est peu poé-

�ix

SH-

tique ; elle était encore barbare au xm° siècle,
lorsque la langue d'oc était en pleine floraison.
Nos troubadours méridionaux furent les maîtres
des grands poètes italiens Dante et Pétrarque.
Nul doute que, s'il lui eût été donné de vivre, leur
langue n'eût produit une littérature aussi riche,
aussi belle que celle que les siècles suivants ont vue
s'épanouir au delà des monts, au lieu qu'il nous
a fallu attendre des centaines d'années que nos
conquérants eussent mis quelque ordre dans leur
syntaxe et débrouillé le chaos de leur idiome sourd
et monotone pour avoir le droit de chanter dans
une langue appauvrie, peu nombreuse, rebelle au
lyrisme, et d'une mélodie contestable.
Mais c'était écrit sans doute dans le livre des
Destinées, dans les desseins impénétrables de la
Providence; il est trop tard pour protester. Jasmin,
le grand poète Jasmin, y a perdu tout son latin, je
veux dire tout son gascon.
Après tout, la poésie n'est peut-être que le langage des peuples enfants, le premier bégayement
des nations. La rime, à la bien considérer, n'est
qu'une puérilité. Conçoit-on qu'un homme sérieux
perde son temps à chercher des assonnances rebelles ? Si une pensée est belle par elle-même,
i.

�■*§

X

§5-

pourquoi l'enfermer dans ce cadre difficile, dans
ce lit de Procuste qu'on appelle le vers? A quoi
bon cette recherche musicale qui nuit souvent h
la manifestation de l'idée?
Si l'on se place à ce point de vue, si l'on considère ainsi la marche de l'esprit humain, on éprouve
moins de regrets de l'extinction prématurée d'une
langue qui s'annonçait avec tant d'éclat, expression précoce d'une civilisation qui fut brusquement étouffée par l'intolérance catholique aidée
de la barbarie septentrionale. — Et l'on rend toute
son admiration à cette autre langue claire, cor»
recte, précise, analytique, ennemie de l'emphase
et de l'amphibologie, souple comme l'acier, perçante comme l'épée, irrésistible comme la foudre,
qui a rendu de si grands services à la cause du
progrès, et qui semble, dans notre époque moderne, la messagère privilégiée de l'esprit humain,
à la langue de Rabelais, de Montaigne, de Pascal,
de Voltaire, de Montesquieu,de Buffon, de Mirabeau, de Paul-Louis Courier et de tant d'autres
prosateurs incomparables.
Me voilà bien loin de mes petits poèmes. J'ai dit
comment je fus amené à les composer. Mais, m'objectera-t-on, pourquoi ne pas les garder pour

�-í§

xi

§5-

vous? Pourquoi les montrer aux gens, comme le
Fâcheux de Molière ?
C'est une faiblesse, je l'avoue, faiblesse de père
qui s'imagine, comme le hibou de la fable, que
ses enfants sont les plus beaux du monde. Ils plaisaient à Haloulet ; je m'imagine qu'ils plairont aux
lecteurs béarnais, s'il en existe encore.
Que ce soit là mon excuse. Il me reste à demander pardon pour certaines hardiesses de langage
et crudités d'expression que l'on pourra trouver
par trop rabelaisiennes. Ainsi que le latin, dans
les mots, le Béarnais brave l'honnêteté. Ceci est
d'ailleurs de la poésie rustique ; car c'est aux
champs qu'est la vraie poésie, selon moi. Ces contes ont été recueillis dans les veillées du village.
On doit donc supposer que c'est un villageois qui
parle'. Ce n'est pas une chaste lyre, une harpe éo lienne qu'on va entendre ; c'est un galoubet champêtre accompagné du tambourin des montagnes.
Concepcioii del Uruguay (République Argentine), 1870.

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PREFACE
DE LA DEUXIÈME ÉDITION

Voilà donc ce que j'écrivais, il y a une vingtaine
d'années, à trois mille lieues de la patrie béarnaise,
au fond d'une province Argentine agitée par la
guerre civile, au moment même où la ville de
Concepcion del Uruguay venait d'être emportée
d'assaut par les troupes du général Lopez Jordan
en lutte avec le gouvernement national!
N'ayant que de rares communications avec
l'Europe, j'ignorais le mouvement de rénovation
qui était en train de s'y opérer en faveur de la littérature méridionale, et jusqu'aux noms des poètes
qui en avaient pris la brillante initiative, tels que
Mistral, Aubanel, Roumanille et tant d'autres si

�xiv
connus aujourd'hui sous les dénominations de
félibres et de cigaliers.
Depuis lors j'ai pris des informations; j'ai tâché
de me mettre au courant, et j'ai vu que j'avais été
moi-même un peu félibre sans le savoir, comme
M. Jourdain faisait de la prose.
Est-ce à dire que je croie maintenant à la possibilité d'une résurrection, d'une renaissance de la
langue d'oc et de ses divers dialectes? En vérité,
malgré tout le talent déployé par ceux que je n'ose
appeler mes confrères, je suis resté sceptique à cet
égard. L'évolution sociale ne permet guère l'accomplissement de semblables phénomènes : les
fleuves ne reculent pas vers leurs sources, ni les
sociétés vers leurs origines, ni les langues non
plus. Après les langues locales, provinciales, nous
avons eu les langues nationales : celles-ci sont
elles-mêmes en voie de transformation, de fusion,
de combinaison, comme on peut le voir surtout
en Amérique, et nous arriverons forcément un
jour à la constitution de la langue générale, internationale, universelle, qui sera l'expression de la
forme sociale définitive, la confédération humanitaire. Mais cette époque est assez éloignée^ il
faut en convenir.

�-5§

XV

§*•

En attendant, on peut donc s'amuser à versifier
dans les dialectes locaux ; car je vois que l'on trouve
encore des amateurs pour ces compositions poétiques, ce dont je commençais à douter en Amérique. Et c'est pourquoi je publie cette seconde
édition, avec le concours de mon excellent compatriote et ami Félix Lajouane, libraire-éditeur à
Buenos-Ayres, qui tient à faire connaître mes vers^,
béarnais dans les-deux mondes, —et il va sans dire
que je lui en sais un gré infini.
Cela posé, et,quoi qu'il doive arriver des efforts
tentés en ce siècle pour la renaissance littéraire
en question, je prends la liberté de dédier ces essais
de jeunesse aux félibres et aux cigaliers de France
et de Navarre, sans oublier ceux de Catalogne qui
ont eu, eux, l'avantage de conserver leur vieille
langue à peu près intacte en face de la langue conquérante et dominatrice de Castille.
M. Lespy, ex-professeur au lycée de Pau,l'éminent auteur de la Grammaire béarnaise et du Dictionnaire béarnais, ouvrage couronné par l'Institut
(Académie des inscriptions et belles-lettres), a bien
voulu se charger de la correction des épreuves de
ces petits poèmes, et je lui en témoigne ici toute
ma reconnaissance:cela signifie qu'il n'a pas con-

�servé l'orthographe que j'avais cru devoir adopter
dans la première édition, et qu'il a supprimé tous
les gallicismes qu'il a pu faire disparaître sans
altérer la versification.
A propos de la première édition, je dois ajouter
que la Casse deu rey Artus, imprimée pour la
première fois à Bayonne, en 1851, a été reproduite dans les recueils de poésies béarnaises publiés par M. Vignancour et ses successeurs; mais
ces Messieurs avaient supprimé quelques vers qui
se trouvent ici restitués.

Pau, le 22 août 1890.

&gt;-0«&gt;'0'&lt;

�LA CASSE DEU REY ARTUS

.1 Xavier Navarrot.

Lou Rey Artus(i) qu'ey partit ta la casse,
Mes lou Curé que l'ha dit: Praube Rey!
Que podz cassa dab toutz lous caas de rasse,
Pendent mile ans, sens prene arré jamey.
Que t'ès trufat de you, de la paroèsse,
Quoand èri prèst à dise Libéra,
E qu'ès sourtit à galops de la messe,
En entenént lou tou Flambèu

(2)

layra.

Lou Rey Artus qu'ey bèt trop loenh adare ;
N'ha pas jamey aymat nat caperaa ;

�-5§

2

§*■

Soûs coustalatz que cante la fanfare:
Tayaut ! Tayaut ! la lèbe es lhebera ?
Soun chibau blanc qu'esperreme la terre;
Lous cassadous cerquen de "toutz coustatz,
Siulant, cridant, han u brut de tounerre,
E hourucant talhis, sègues, baratz.
Au debant d'edz la mute qu'es tourneye,
Liupant bèt drin ; Tambour que hourateye
Finaut que sen, mes qu'ey bielh; Timbalo
Cagant partout, arré nou hè de bou.
Decap aus platz, ed que trobe la quèste,
Mes sus lou nas quins bètz cops de bastou!
Lou cousine quin lou brosse la bèste !
Nou remudetz, aci qu'ey ! moun Flambèu,
Sens dise arré, que court la carratère,
E, d'u soul crit que puye dinquoù cèu,
Qu'ep hè lheba la lèbe... quin ey bère !
Que diserén la rée d'u betèt !
Decap au bosc quin ha dat l'abourride!
Bee crey, perdiu, que s'estire la pèt ;
De s'at bira la guse qu'ha l'ahide.

Lou Rey Ai tus qu'ey partit à chibau :
Anem, hilhotz, si ditz, courre que eau.
Coum u demoun, en galoupant que tute ;
Au debant d'edz s'en ba toute la mute.
Habetz yamey entenut lou sabat,

�■5S

3

&amp;■

A mieye-noeyt, deus sourciès lou hourbari,
Quoand lou demoun dab sa hemne s'esbat?
Habetz yamey hèyt quauque calhabari ?
Habetz yamey cridat, brounit, siulat ?
Habetz en l'èr embiat nat petarrat?
Tout aquet brut, cregat, per hort qu'estousse,
Auprès deu qui hasèn lous caas d'Artus,
N'ère qu'u chit y sou de flirte dousse...
Ma lèbe, au eu qu'et ban tusta la pus,
Si nou t'y hès! Arpente dounc, ma chère.
Au hoec deya qu'han boutât la padère;
Lous galipautz qu'han sentit toun cibet.
Cent de pregatz toustemps qu'en mien mile;
D'autz, per hasard, que passen à l'endret
Ta-p demanda si soufl'ritz de la bile,
Ou s'habetz plaa droumit suoû coustat dret.
Toutz ta minya que soun prèstz u chiquet.
Anem, anem, Madame Cousinère,
Nou-p fachetz pas; tuatz meylèu dus gatz :
Lèbes e gatz, si crey, qu'es semblen hère,
E que n'y ha prou ta-ns e ha quoate platz.

Tant qui poudè la lèbe qu'arpentabe ;
Pourtant de près Flambèû que la toucabe,
Quoand tout d'u cop nou bed pas mey arré.
Per oun ha dat? Qui diable at saberé?
Aus alentours nou y ha pas nade relhe,

�•S?

4

Tusque tapoc ; nat tros de brucheri
Peu miey deus camps; qu'ey cadude la hoelhe
Despuixs Ioungtemps; en l'èr la bederi,
S'habè boulât, mes oun habè las plumes
Ta*poude ana-s ayassa hens las brumes ?
Au grand yamey, si ditz, tout bouharoc,
Lou Rey Artus, qu'ey dounc ensourcierade
De s'esliupa sens mey pareixe en loc !
Au'Diu bibant, quine barre panade !
Lou Caperaa qu'haberé dounc resou,
E countre you qu'ha hèyt quauque prière !
Cure, moun mic, qu'ey bos ha countre you !
Per lou tou mus, Curé, que risques hère.
Au ser medixs qu'et cinglerey lou eu,
Coum at deu ha lou Curé de Bidère (3).
O Rey Artus ! qu'ès pergut de segu,
Si deus Curés atrapes la coulère.
Praube Senhou, quin podz parla taa lé!
A Lucifer bèn ha meylèu la guerre,
Ou, so qui bail autant, à ta moulhè,
Qu'ey ganheras pelatz e pechics hère,
Sens dise tout, mes bee sabs quin se hè;
N'insultes pas au menhs lou tou Curé;
Car lou Curé, qui yamey nou perdoune,
Qu'et truquera dab u punh benedit.
E que podz ha countre aquere persoune?
Tu n'ès qu'u Rey; ed qu'ha lou Sent-Esprit

�•55

5

Se-

Enta l'ayda toutes sas enterpreses,
E que s'en ey toustemps hère serbit.
B'at sabes bien, e toutu qu'eu mespreses...
Malhur, moun Rey, que p'en aparira !
Labetz Flambèu que se-p met à layra;
Lous autz dab ed coumensen la gnaulère;
Lou Rey Artus decap nou hè qu'u saut :
« Bee sabi plaa Flambèu que la troubère;
T'ad ed jamey nou y aura nat défaut. »
Que credetz bous lhèu qu'ère lou lebraut :
Nani Moussu, qu'ère ue mousque blue,
Qui tourneyabe au nas deus caas troumpatz,
E qui a toutz e dabe la berlue.
Que la seguin à trabès pleixs et pratz,
Talhis espés, caberques, coustalatz;
Tout, en bramant, lous hoûs que trabersaben.
Nou courrèn pas .labetz, mes que boulaben;
Au darrè d'edz lous cassadous qu'anaben,
Lou Rey Artus arnegant e jurant :
« Qu'es pareix qu'hoey que souy lou Juif-Erran;
Au Diu bibant ! aqueste qu'ey nabère ;
Qui sab si lhèu jamey s'arresteran ? »
Quauqu'u labetz digou : o Que bederam. »
Qui ditz aco de sa boutz trufandère?
Arrés n'at sab, qu'ey l'arreboum dilhèu,
L'arriu qui court per débat la heuguère,
Ou quauque guèus dehens la castanhère.

�Auyamis hort que y ha débat lou cèu,
E l'u ou Faut à tout moument debise.
Artus que ditz : « Que deu esta la bise,
Haut en abant, e nou s'estanguem pas ! »
Que soun partitz e que courren encoère.
Mile Nadaus pourtant que soun passatz;
Que s'ey pleat mey d'u clot de marlère;
Que s'ey coupât despuixs mey d'u tarras,
Mey d'u qu'habou mey d'ue haroulère;
Lous qui partin toutu nou tournen pas.
E lous courbaxs, demourant lur biengude,
Nègres labetz, adare que soun gris :
Au bielh castèt la yèyre qu'ey badude;
N'ey soun pas mey qu'aranhes e souris :
Soû pourtalè lou luserp qu'es passeye.
Sens cranhe mey que la bienguen bruca (4),
Hens lous baratz la graulhe qu'es prouseye,
E lous paysaas que la dèxen canta.
Que bieneren aci ha, si tournaben,
Lous qui partin, tout joens, taa loungtemps ha í
Que soun toutz mourtz, toutz lous qui edz aymaben
Qu'eus baiera dounc mielhou de cassa.
Tayaut! tayaut! cassadous, hètz ahute.
Qu'at habetz dit, nou-s eau pas estanga.
Tayaut! Tambour, Flambèu, toute la mute!
Tu, Timbalou, desbroumbe-t de caga!

�Que hasse die ou noeyt ou claa de lue,
Lou Rey Artus qu'ey en casse toustenips;
Que persegueix atau la mousque blue
Sus terre, au cèu, pertout. Quoand entenem,
A YAngélus, lous moustis ha gnaulère
Per lous arrius, hens lous grans cassourras,
Qu'ey Rey Artus qui passe e qu'eus apère...
O praube Rey, loungtemps que tuteras!
Deu houns deus boscs lous bielhs loups qu'eu respounin,
Toutz ahamiatz en sentin soun chibau.
Moutous, oûlhès, esbaryatz que s'escounin;
Lou mey fier ditz : « Diu, goardatz-me de mau ! »
A l'entertant, lou courtètye que passe :
Dus mile caas que hourren toutz amasse;
A coustat d'edz qu'en ban lous loups-garous,
E lous sourciès, las brouxes au peu rôus,
Acabalatz sus grans manyes d'escoube.
Que y ey tabee Arcencam de Bournos (5),
Lou qui deu Diable e pounxa drin lous os,
Quoand au Sabat culhebabe en estros.
Soun toumbaroû, qui hè boula la proube,
Qu'at coupe tout de sautz e birouletz.
Ahoalh deu Diable, hup! quin trii nou hèn edz !
Que diserén qu'ey l'aygue desbourdade,
Arroussegant calhaus e piteraus;
Deu bent d'hibèrn que semble la bouhade,
Quoand en bramant hè crouxi lous couraus,
BielKs de cent ans, ou lou brut d'ue armade,

�•s?

8

§î-

Qui passe au Ioenh dab canous e chibaus.
Mes chic-à-chic qu'es perd lou tintamarre,
Coum u bouhet d'homi qui-s ba mouri,
E l'arreboum, de la grane fanfare
Nou ditz pas mey que bèt drin de refrii.
E la gran noeyt au loenh que tend sas teles;
Sus lous teytz cad lou seré droumilhous;
La lue au cèu que s'abanse tout dous,
E que luseixs au miey de las esteles.
Autaa loungtemps lou mounde durara,
Autaa loungtemps Artus que cassara.

i85o.

S

�ANGÉLIQUE
ou

LOU COUNTE DE LA BARGUÈRE

Las hilhotes de hiu qu'han fenit la barguère;
Prou loungtemps lou malh qu'ha trucat,
E lous uscletz de lii, pourtatz à la hournère,
Hèn bede qu'hoey toutz qu'han plaa tribalhat.
Qu'es couque lou sourelh per delà la ribère,
Coum u hoec de Sent-Yan, quoand lou broc ey bruslat.
« Estrusset-aquet lii, Yan, l'arrous que ba cade :
N'entenes pas lou Hau que soue VAngelus '(
E bous autes dehens, ou n'auratz pas soutade !
Que partiratz après, si bouletz, dus à dus,
2

�■»§

10

§5-

Diables de batadous, pèrques de haroulères,
E nou-p segoutiratz pas tant lou debantau.
Quin temps, moua Diu, quin ètz prouses, mas chères!
Qu'hauratz bounhur, si nou-p arribe mau. »
Atau parlabeu cop Yanete la Gestrese,
Bielhe de sixante ans, si m'en soubieni plaa,
Mes balente toutu, fine coum la paquese,
Beride coum lou die oun s'ana marida.
Que bedèn qu'au sou temps qu'ère estade beroye,
E, si cridabe tant, n'ère que de bielhè;
Lou bielh qu'ey embeyous toustemps permou qu'ey lè.
Qu'ehtrén dehens enta minya la broyé
E mascadure, tant qui-us ne bouloun balha;
Nous ne balhèn pas trop, si you crey la paraule
Qui-m hé lou ser medixs Yane de Minyeplaa;
Mes qu'habèn prou bebut en se lhebant de taule.
Après que s'assegoun toutes en bèt aroû,
Coum u troupèt d'aucats qui mien ta la bile,
Coum flous destournades soû soû
E barreyades à la flle;
E Yanete labetz assegude au larè :
Qu'ep bau ha, si-us digou, l'histoère deu Curé;
Mes dexatz-me prumè drin carga la filouse :
Après aco, beyatz si eau esta trop prouse.
Moussu Casau qu'ère u beroy moussu;
Hilh de paysaa biengut de la mountanhe,
Qu'habè biatyat e bist parsaa mantu.

�■fji

11

§*■

Après habé demourat en Coucanhc,
Houlasseyat pendent mey de dètz ans,
De souns pecatz cargat coum u bourrique,
Qu'at dexa tout, perles, flous e ribans,
Cartes, disnas, amicxs e sacripans,
E qu'es gaha la raube ecclésiastique
Ta coumberti lóus hoûs e lous galans.
A Diu me dau! la Glèyse qu'ey ayside :
Qu'at gahe tout de cabbat à catsus,
Lou mey giusat pendard, lou mey fier gus.
Aus assassis tabee que da l'ahide,
Quoand han sustout amassât hort dinès :
De tout que sab ha diacres e curés.
La Glèyse u cop, bedetz, si-m disè l'aute,
Tout ad arround que glape dens sa gaute,
E qu'at debèrse autaa plaa qu'u guirot.
Ayey! digou labetz la petite Marie,
Bee n'amassatz are lou bèt sarrot !
Que diseratz quoand biengue boste die,
Si-p cargatz l'amne atau
D'u gran pecat mourtau? »
Mousseu Curé que sort deu seminari :
A Sent-Marti que l'han noumat becari.
Tout autalèu que se-p met à prexa
Countre las flous, lous chapèus, las dentèles;
En esbaryant dames e damisèles,

�-í§

12

§4-

Qu'hauren dit tout qu'at anabe coupa.
« Tremblatz, tremblatz, hilhotes malhurouses !
« Bostes pecatz are que soun coumptatz :
« Pecatz, moun Diu, que soun iniquitatz !
« E toutu bey que n'ètz pas bergounhouses !
« Ah ! lous ribans qu'ep ban toustemps beroy!
« Bostes oelhous toustemps que dan oelhades !
« Aus gouyatotz toustemps boste liloy
« Que ditz : Ta bous nous autes qu'èm floucades :
« Quin se troubatz ? Aymadous, èm ayamades ?
&lt;( Atau, bedetz, dab aqueres pensades
« Que hètz ploura sente-Bierge e Boun-Diu.
« O Jesus-Christ ! tas oûlhes entecades
« Que ban au mau, coum ba l'aygue au baniu.
•&lt; Pourtant you soy toun serbidou fidèle,
« E si tu bos encoè, per ta bountat,
« Per tas fabous e ta grâce éternelle,
« Qu'hauras au cèu lou troupèt recattat.
« Maritz, moulhès, hilhes, hètz pénitence
« Sus lou hemé coum lou profète Job.
« Non hetz pas mey so qui lou Diable pense ;
« Hètz coum you hèy, et nou-n heratz pas trop.
« Sabietz, sabietz toutz á la sente taule
« Enta minya lou corps de Jesus-Christ,
« E recebetz lous douns deu Sent-Esprit ! »
Moussu Casau hè brouni sa paraule
Loungtemps atau. — Moun Diu b'ey esmalit,

�H§

3

1

Si-

Si disèn toutz. — En sourtin de la messe,
Mantue pren lou cami deu crampot
Ta-u dise : à vous, Père, je me confesse ;
E lou Curé que s'y hé tant qui pot.
La mey beroye e la mey amistouse
De toutes, qu'ère Angélique Roubau.
Qu'ha'bè bingt ans e negune yalouse
N'abè gausat sus ère dise mau.
E b'at crey plaa : qu'habè l'èr d'ue estele,
Quoand VAngélus la muche hens lou cèu.
Soun oelh lusent mey que nade candele....
Qui la bedè, que l'aymabe autalèu.
Toutz lous gouyatz qu'anaben autour d'ère
Eschalabate autant que parpalhoûs,
E, si ta l'u lusibe sa perpere,
Lous autz labetz que semblaben de hoùs.
Quoand Yanoulet, briuloayre de la bile,
Ta-ns ha dansa sus lou quilhè de Pile,
Disè: Messius, anem ta perrema,
Lous dansadous qu'anaben à la file
Decap ad ère entau balha la maa ;
Ere, arrident, au qui l'habè fiansade
Disè : — Moun mic, aquiu qu'ey lou me bras. —
E biroulant qu'anabe coum la hade,
Quoand à Sent-Yan sauten au miey deus pratz.
Enta couhesse Angélique qu'arribe;
Près deu Curé que se-p met de genous.

�14

Mousseu Curé, que leyè hens soum libe,
Que ditz tout baix: « Diu ! lous beroys oelhous
Mam, aprouxatz, charmante pecadoure,
Mam, s'habetz hèyt encoè de grans pecatz. »
Hens sa guérite autalèu que s'apoure,
E naz à naz qu'es troben abroucatz.
So qui-s digoun, n'at gausari pas dise;
D'aulhous, arrés n'at sab ni n'at ha dit.
Enta couneixe aquere marchandise
Que caleré la lutz deu Sent-Esprit.
50 qui sabem, qu'ère coum la cerise
En se sourtint d'aquere couhessiou :
Sens s'estanga decap a sa maysou
Qu'ana tout dret, e puixs que s'escounou...
Moun Diu ! qu'ha dounc aquere gouyatete ?
51 ditz la yent; arrés at saberé?
Ere, autes cops taa gauyouse e fresquete,
Adare ploure e ditz pas mey arré.
Que l'han dounc hèyt ? Ey quauque sourcière
Qui l'ha hèyt poû la noeyt, sus lou cami,
En s'aplegant, soûle, de la barguère,
Ou soûle au lheyt quoand anabe droumi ?
S'ha desbroumbat l'arrame benadite
A mêle au hoec quoand tounerre hasè ?
Lhèu de Sent-Yan ey la brouxe maudite,
Sens nat fenoulh arribade au catsè ?
Anatz, anatz, hilhes de la ribère,

�■$

15

§5-

Anatz, gouyatz, de la bile de haut,
Anatz counsoula la mey bère
Qui lhèu badou per aci, la qui ère
Ta la beutat, sens nat défaut.
« Sabi dab nous, Anyouline charmante,
Entén brouni la corde deu briulou :
Qu'ey carnabal : seras toustemps mâchante r
Ed bos-tu dounc houni de ta doulou .'
Bernât, doumaa, qu'es pren en maridatye
Yane de Prat, dab u sarrot d'arditz;
Q'han embitat quasi tout lou bilatye;
De Pau medixs qu'ey soun lous esberitz.
Tu qu'en haurès autant, si-ns boulès crede,
Mes nou bos pas : a que penses dounc tu ?
Que t'aymerén arré mey que d'et bede,
E deya que t'ayme mantu. »
Sens lous respoune, Angélique qu'es bire,
E tout d'u cop que se-p boute à ploura,
E que sangloute e que suspire
Sens se poude estanga.
Pègue semblabe e qu'habè l'espière...
Mes lou briulou que hè tintin sus la carrère :
Talèu qu'es bouten à dansa
Tout l'ahoalh de las gouyatetes,
Houletes e limpretes,
Escarrabelhadetes,

�■si

16

§*■

Sounques ère... Angélique, au bosc proche d'aquiu
S'en ba segude á l'estrem deu baniu,
Lous pèes hens l'ayguete bribente,
E lous calhaus truque dab u bastou.
« Qu'aymi, disè labetz sa boutz doulente,
« Qu'aymi, moun Diu, lou me couhessadou.
« Qu'ey gran pecat, oui, mey n'ey pas ma faute...
« Lou malhur qu'ey birat decap a you...
« Si l'aymi pas, ed que n'aymera gnaute.
« E perqué you nou l'aymari dounc pas ?
« Lhèu qu'ha lou coo petit, ou hèyt de glas ?
« Ah! si sabètz, soun halet qu'em bruslabe,
« E sa paraule à moun coo qu'arribabe...
« Ta-m couhessa dab ed que tournerèy,
« E s'ed at boû... eh dounc ! que l'aymerèy.
« Que disera la yent, la yent toustemps mâchante?
« Ah! qu'ey paryè, qu'em trufi de la yent.
« Sus moun amou que debise, que cante,
« You seguirèy toutu moun sentiment. »
Lou ser medixs qu'entrabe au presbytère;
E lou Curé bee s'en arridè plaa.
Qu'anabe ha hens aquere galère?
Oh! per aco, b'at sab mey d'u paysaa.
Lous us qu'han dit que ha.-è la cousine,
Quoand lou Curé habè hort d'embitatz;
Que cousè la soutane e la camise fine,
E que pregabe Diu toustemps de boune mine,

�•*§

i7

&amp;

Ta demanda perdou de souns pecatz.
Ah! moun Diu, b'ère pietadouse,
E, quoand bienè la coumuniou,
L'hauren dat á la malhurouse
Lou Boun-Diu sens couhessiou,
E Diu sab quin lou meritabe!
Pendent loungtemps, atau qu'anabe.
Au cap de l'an qu'arriben chibalès :
U gran hardèu d'emplegatz de justici;
Lou Coumissari de poulici,
U sarrot de papès,
Ligat débat l'eschère.
Au debant d'edz que n'anabe lou Maire
Dab lou counselh municipau
E lou Reyent ta dressa lou berbau.
« Aco, disèn lou mounde, n'ey pas ropi;
Que s'ha passât hens aqueste paropi?
A l'hort, darrè la tusque de laurè,
U maynadet, cercant u nid de pigue,
Que p'ha troubat u tros de camaligue,
E puixs tout près la gouye deu Curé :
Hens u barat qu'ère mourte Anyouline
Au coustat gauch u gran cop de coutèt.
Troubèn tabee u maynadin plaa bèt,
E lou suryent de médecine
Digou qu'hauré biscut,
Si nou l'habèn pas aucigut.

�•S

18

— Moussueu Curé, beyam, bouletz s'aprene
Que s'ha passât per aqueste parsaa?
— You nat sèy pas. — Aco que ba susprene. —
— A noeyt aci, qu'èy entenut u caa,
Mes poudi pas endebina so qui ère.
— Pourtant lou caa qu'ère en boste casau?
Moussueu Curé, entrent au presbitère,
Deus cabinetz balhatz-nous cade clau :
La ley qu'at boû, e que p'y eau susmete.

Aquiu cercan : qu'et troben la cournete :
— De qui ey aco ( Labetz Moussu Casau
Bire lou cap e perd la tramountane.
— Ta-s eduhessa que bien ue paysane;
Que s'ha dexat aci lou capulet
E la cournete aquiu, coum at bedetz.
— De crede aco, Moussu, hère que coste.
Despuixs quoand dounc e couhessatz a boste?
— Eh ! mey aci toustemps qu'èy couhessat
Petitz pecatz ; taus grans bau à la Glisi.
— Moussueu Curé, n'ey pas aco bertat.
— Si, qu'ey bertat, Moussu, puixs que p'at disi :
L'homi de Diu nou menteix pas yamey.
— Alabetz dounc per dabant la justici
Qu'at bederam, e, si-m semble, que bey
Qu'aymaretz bous autant quauqu'arré mey.

�-si

19

&amp;

Lou Curé part, l'oelh lusertt de malici.
Lous chibalès qu'èren aus sous coustatz.
Au darrè d'ed qu'ère lou coumissari.
Hort de paysaas, sus la bie arrestatz,
Disèn : « Qu'ha dounc à leye en soun berbiari {
Moussueu Curé, bee hasètz bètz sermous;
Bee-ns e prexètz toustemps bère mourale,
Mes que credém qu'ep trufabetz de nous. »
Dabant lou jutye arribe lou scandale;
Couhessadou aquiu qu'ey couhessat.
Aquiu ditz tout : qu'ha tuat soum amigue
De poû, de hounte, e tabee lou mayr.at,
Tout fresc badut; mes nou ploure pas brigue!
Adare qu'ey lou tour de l'aboucat.
Lous aboucatz, sabetz, que parlen hère;
Que parlerén dètz ans sens escoupi.
Mes nou sèrb pas arré de s'esmali,
Ni de-s truca lou cap coum u toupi ;
La bertat qu'ey e sera la prumère.
Moussueu Curé qu'eslou dounc coundamnat,
Nou pas à mourt, arré qu'à las galères.
Pendent quinze ans aquiu qu'ha demourat,
Pendent quinze ans hèyt sermous e prières,
E per la fii qu'ey mourt e enterrât.
Souns coumpanhous toustemps que l'escoutaben ;
Moussueu Curé toustemps que l'aperaben.
Qu'han tabee dit que n'habèn hèyt u sent,

�-5§

20

§5-

Qu'habite au cèu dab Sent-Yan e Sent-Pierre,
(Nou-s hè pas tout au cèu coum sus la terre)
E deus sous os que daben en présent
Aus qui s'y ban passeya per lous bede.
Aco toutu n'ètz pas foursatz d'at crede.

Yanete aquiu que s'estanga tout court,
Enta mouca la candele humouse
E tourna-s carga filouse...
E, tristes dinqu'à la mourt,
Las gouyates tout à l'entourn,
Sens dise arré que l'escoutaben.
L'ue pourtant digou :
« Praube Anyelou ! »
Labetz Yanete reprengou :
Quoand l'enterrèn, toutz que plouraben,
Toutz lous gouyatz de la bile de haut,
Toutz lous gouyatz de la ribère.
Anyeline qu'ère
La mey bère
Si disèn toutz, sounqu'u défaut :
Qu'ayma trop lou qui res n'aymabe,
Lou qui de tout es trufabe,
Qu'ayma trop Moussu Casau.
E las gouyates emblanguides,
Doulentes, eschabanides,
Disèn pertout : « Diu, goardatz-la de mau »!

�■S

2 1

§5-

M'han dit, lou ser, quoand la noeyt ey drin clare,
Quoand Rey Artus e soue la fanfare,
Que lous crepautz chisclen per mile endretz,
E que lou guèus piule peus castanhetz,
Sus lou laurè qu'arribabe Angélique,
La praube hilhe aymade deu Curè.
Labetz au loenh qu'entenin la musique:
Flûtes, briulous seguexin au darrè,
Dab u hardèu de brouxes, de sourcières
E de Curés sourtitz de las galères.
Bee n'y ha lou hère, c crey que taus coumpta,
Qu'aymeri mey dise quoant y ha de hoelhes
Au bosc de Pau mourtes despuixs tourra.
De toutes partz qu'es pausen coum abelhes
Tout en brounint. Diu, la triste cansou!
Hilhs de l'ihèrn, amnes damnades,
Que bienen per cent birades,
Coum loubes ahamiades
Au darrè deu praube moutou,
Toutz biratz decap Anyelou.
E toutz qu'insulten la praubine,
E criden : « La beroye mine
Qui t'ha hèyt toun couhessadou ! &gt;«
Puixs autalèu qu'entren en danse.
Lou Diable qu'ha lou tambouri.
Au sou de l'ihernau refrii,
Cornes e coudes en cadanse
3

�•5§

22

§5-

B'en hèn dounc lous beroys pinnetz!
Angélique saute dab edz,
De forse hens la rounde empourtade,
Nou de flous, mey de sèrps floucade,
E cadu deus homis mouretz
Tourn-per-tourn que la birouleye.
Atau que hèn tant qu'han la noeyt per edz
Mes per la fii l'aube blangueye,
E toutz qu'es sauben alabetz
Decap au cèu ou débat terre.
Au loc de la gran brounitère,
Nou s'entén sounque lou hasaa,
Qu'apère deya sa garie,
E l'estournuguet deu paysaa
Qui-s Ihèbe ta bede lou die.

185 i.

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&amp; JF*

�ARCENCAM DE BOURNOS

oV

LOU COUNTE DE LAS BROUXES

Auprès de Pau, delà la plane,
— Aquiu nou y ha ni roument ni milhè,
Mes arrè mey que touye et brane
Tau plasé de l'aulhè, —
Habetz bous quauque cop espiat, delà la lane,
Lous terrés broustassutz oun y ha mantu clouque?
Aquiu qu'ey Saubanhou, pèys de loups e d'oumbratye,
Puixs, à coustat, Serres-Castèt,
Tant renoumat per soun martèt (6)
Qui-p goareix tout. Mes lou bilatye

�24

jjí-

Qui-p bouy parla, n'ey pas aquet,
E pourtant qu'ey famous cabbat toute l'histoère.
Dexem-lou dounc per hoey : bedetz aquet endret,
Qu'ey Bournos qui s'apèrê;
Tiratz-pe lou berret.
Aquiu, que y ha loungtemps, que demourabe
Lou famous Arcencam, famous, si-u counexetz.
You qu'ey troubat mantu qui jamey noû mentabe :
Toutu qu'èren sapientz autant que nat couhet.
Mes atau qu'ey la yent enta rende justici;
Aus us qu'at balhe tout, aus autz nou balhe arré,
Coum las gouyates de caprici,
Qui n'aymen pas jamey qui caléré.
D'Arcencam de Bournos la moulhè qu'ère bère;
Toutu qu'abè crante ans, mes n'at hauren pas dit,
Si n'habén bist sa hilhe qui ère
Auta plaa qu'ère sourcière,
E nou mancabe pas d'esprit.
Oui, mentre qu'Arcencam cade noeyt e droumibe,
Esmoustat de tribalh, de calou, de sudou,
Autourn de mieye noeyt, l'ue e l'aute partibe,
E qu'eu dexabe au lheyt tout souletou,
Praube Arcencam qui dilhèu sauneyabe
Qu'au sou coustat sa hemne qu'es troubabe
Entau balha tout so qui demandabe,
S'habè besounh de quauqu'arré de bou;
es à la fii pourtant que s'en apercebou.

�4Ì

25

gt-

— Aco que nou-ns estoune brigue;
Qu'ère aquet malestruc d'homi ta sa moulhè ?
Qui dounc en bouleré bitare, si bibè?
—■ Qu'habetz rasou, mes caratz-pé, ma migue. :
Quoand han plaa tribalhat, qu'han besounh de rcpaus.
Nou eau pas trop usa la haus,
Si bolin que coupe la touye;
Nou deu pas trop crida la gouye
Qui boû esta drin plaa serbit.
Quoand Arcencam, qui sa hemne cercabe,
A mieytat adroumit,
E trouba qu'eu mancabe,
N'estou pas, coum credetz, countent ;
E mey gran badou soun turment,
En bedent boeyt lou lheyt de la hilhole.
Au Diu bibant! qu'ey aco, si digou,
Qu'èy bèt que segouti l'aprigue e la palhole,
Nou y ha pas ropi. Hoû, Yane ! — Labetz Pigou,
En hourrant respounou.
Pigou, fidèu Pigou qu'argoeyte,
Mes n'èy pas ed qui hè bitare reyte.
Arcencam houruca per toute la maysou ;
Au graè segouti lou roument, la peroque,
E las sebes e la milhoque,
Puixs après dehore sourti.
La noeyt qu'ère esclaride;

�■s§

26

Las esteles au cèu pertout bedèn lusi,
E la lue qu'ère sourtide.
Moun Arcencam qu'habè fine l'audide;
N'entenou pas arré pourtant ni loenh, ni près :
Tout débat lou cèu qu'es carabe;
Tout que droumibe ou qu'arrounglabe,
Sus la plane e sus lous terrés.
Moun Arcencam Iabetz qu'en pensa hère.
Aco, disè tout triste, aco que s'en apère...
Mes la hilhe tabee .. Que hè la hilhe aquiu ?
Ah! quin bestia que las hemnes, moun Diu!
B'hauri dounc mielhou hèyt denou-n pas prene nade!
Que droumiri countent... Mes oun diable ey anade?
Cadue soun galant! qu'ey partide carrade...
Ah ! qu'at disè Paybou, quoand m'aney marida,
A las hemnes nou-s eau hida:
Que cambien aco mey soubent que la lue;
Quoand-t-oun n'ey pense pas, labetz qu'en hèn quauqu'ue.
Arcencam, moun amie, qu'ey rede la sasou,
E qu'has mau causit l'hore
En ta courre tout curt coum u caa per dehore ;
Que pouderés atau gaha quauque doulou,
E sens esta malaut, esta cournart qu'ey prou.
A ta moulhè nou penses, si podz, brigue ■
Que tournara, si platz à Diu,
Tu, bè-t'en débat l'aprigue

�■a

27

Mentre l'auzèt hasse piurpiu.
De coulère Arcencam bouribe.
Que hasè sa moulhè labetz ? Qu'es dibertibe.
Au lheyt pourtant s'en ba tout redoulit,
Parlant soulet, tout esmalit,
Enta demoura sueu qui bibe
E poude bede sa moulhè;
Mes qu'eu gaha toutu lou droumilhè,
Qu'eu cluca batlèu la perpere;
E quoand se desbelha, Perdiu ! qu'ère auprès d'ère.
Que lou diable ey aco ? Si-s pensabe Arcencam.
Anem, anem, carem-se, à noeyt qu'at bederam.
Lou die qu'es passa coum toustemps es passabe.
Per aci, per aquiu, l'ue e l'aut tribalhabe
Dinque que lou lugraa parescou hens lou ceu.
Soupen labetz et ban toutz au lheyt : autalèu,
Coum u barqui Arcencam qu'arrounglabe,
Ou qu'en hasè semblans. Autour de mieye noeyt,
Las hemnes qu'at credèn,que se-p sortin deu lheyt,
Tout dous, sens ha nade prière,
Que lhèben deu larè la gran pèyre moulière.
L'untami qu'ère aquiu débat,
L'untami deus sourciès, l'untami deu sabat.
Dab aquet ban en l'èr coum you bau sus la terre,
Mey biste qu'eslambrec dab lou pet de tounerre,
Mey biste que lou ploumb en sourtin deu mousquet.
Las hemnes s'unten u chiquet
Débat lou bras e las eschères,

�•8$

28

Si-

La coexe e lou moulet;
E si crey, qu'es fretan encoère,
— Nou pensetz mau — en gnaute endret.
Et que partin tout dret
Catsus la chemineye.
Arcencam qu'ey lhebar
E nou pas sens embeye.
Autalèu habilhat.
Autalèu s'ey untat.
Qu'unte après sas baquetes,
Arrouyetes,
Qu'unte tabee soun toumbaroû
E que parteix coum u bèt hoii.
Per la bertut de l'untami magique
Au miey d'u bosc Arcencam arribat,
Qu'enten ue gran musique :
Quine musique ! lou sabat.
Aquiu las brouxes que dansaben.
E lous sourciès que pinnaben,
Lous demouns que culhebetaben,
Coum las troeytes hens u baniu,
Quoand l'ha quasi secat l'estiu.
E mentre qui lous us bramaben,
Lous autes que tutaben,
E d'autes que pintaben,

�E d'autes que houleyaben
Que houleyaben dab lou eu,
Débat lous cassous, à l'escu.
Lou diable qu'ère aquiu, dab sa mey bère pelhe,
Rouye coum u carbou;
Lou plumet de hasaa penent darrè l'aurelhe,
E las cornes suoû cap, coum yamey nou-n habou
Per aci nat cournart; e puixs qu'arroussegabe
De coude, au menhs doutze pams, quoand marchab
Lou peu, la barbe usclatz per lou hoec de l'ihèrn.
Au bede, qui n'hauré counegut Lucifèr?
Diu! quins ugletz, quin calhabari !
Au miey de tout aquet hourbari
Nouste homi qu'ha bist sa moulhè,
Qui dab sa hilhe s'y hasè.
Autalèu per la countredanse,
Dab soun toumbaroû que s'abanse,
E que saute coum u denioun,
Baques e carriot amasse,
E per tout oun ed passe
Qu'at destourne tout ad arround.
Ay ! ay ! qu'èy l'espalle coupade,
Se ditz l'u; l'aute que respoun :
E you qu'ey la tèste esglaxade.
E gnaute : qu'ey lou joulh birat,
3.

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3o

E gnaute : qu'ey lou pèe hourat;
E you, si ditz ue pousouère,
Deu eu qu'em doli hère.
A Diu me dau, quin tounhat !
Arrestat aquet destracat '. !
Arrestat-lou ? — Paraule ayside !
Mam, gahat l'abourride
E que bam bede quin herat.
E mentre qui cridaben,
Arcencam, toumbaroù e baques que pinnaben,
E tout que desrountaben,
E pantalous e coutilhous,
E lous berretz e las cournetes,
E las tortes e las limpretes...
Lou Diable ditz labetz : « Estangatz-pe, briulous !
Nou sèy pas qui lou diable embie
Aqueste cap de hoû ;
You medixs que n'ey poû.
Que eau pourtant feni la nouste cermounie.
Lou Diable qu'ha parlât :
Talèu tout s'ey carat,
Lou mounde e la musique.
Puyat sus ue barrique,
Satan que muche... lou darré ;
Car l'aute mout entau papè
Qu'ey trop cru. Rabelais nou-s dabe tant de pene,
Mes ed tabee quin escribè

�-Í§

3i

a-

Sens jamey se retiene !
Toustemps libre, toustemps coupabe la cadene
Qui lous bastartz de Loyola
Ens e bouleren estaca.
T'ad edz tapoc jamey que nou-m heran escribe;
Qu'em couperi purmé mile cops lou siulet.

Decap a Lucifèr tout lou mounde qu'arribe,
Entau baysa so qui sabet
Marque de gran respèct ! tous lous reys de la terre
De l'ihèrn e deu cèu toustemps que n'han boulut;
Aco qu'ey counegut.
Au gran galop, coum u tounerre,
Arcencam tabee qu'ey biengut,
L'agulhade à la maa, ta touca l'atelatye;
Mes, au loc de-s baxa ta rende soun houmatye,
Qu'eu p'y flanque u cop d'agulhou.
Lou Diable labetz que digou :
— « D'oun ey aquet ? Sa barbe pique hère.
— « Arcencam de Bournos, si-p pod ha drin plasé.
— « Qu'es hasse gnaute cop fresqueya la maxère,
Abantz de biene aci, per lou rasé !

En medixs temps parteix u gran pet de tounerre,
Qui hé chiscla lous èrs e hourade la terre.
Houich! per aquiu lou Diable qu'ey partit,
E tout lou mounde l'ha seguit.

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32

£.

Au miey deu bosc Arcencam b'ey encoère,
Mes tout soul demourat,
Tout soul à lou s'ey aplegat,
Enta y-esta hère cridat.
D'aqueste comité aquiu qu'ey la mouralidat :
Homis, n'anetz pas tau sabat
Sens counsulta purmé bostes espouses :
Qu'en baderén encoère mey jelouses,
E n'habetz pas besounh d'aco,
Si crey, enta-p reha lou coo.
Ou meylèu nou prengatz ta moulhè cap sourcière.
Obio, si-m diseratz,
'
Mes bous-medixs, qu'habetz la paraule tant bère,
Disetz-se quin haratz
Ta las couneixe ? At han escriut sus la frimouse?
Tout lou bielhè que n'ey,
Mes qui pren bielhe per espouse ?
Mes las yoenes tabee qu'en soun encoère mey,
Temoenh aqueste histoère :
La hilhe coum la may b'ère tabee pousouère;
Qui n'ey seré pas atrapat?
— Bebiam labetz u cop, tout aco qu'ey bertat.

Que y ha d'aco crante ans, que pergou sa femèle,
Nouste brabe Arcencam;
Ta la glori eternèle
Ed medixs que parti, qu'em troumpi, ta l'ihèrn.

�•i§

33

§5-

D'ihèrn au paradis nou y ha lhèu differense.
Nou gausi sus aco dise tout so qui-s pense.
Soû pourtalè qu'eu bedou Lucifer :
— Qu'ès aquiu malestruc ! E t'ès rasât encoère ?
Perdiu ! de l'aute cop que m'escos la maxère.
Que l'habès d'u mes plaa segu,
Quoand me baysès lou eu,
Mes nou t'y tournerés adare ?
— L'aut respounou : « Nani, Moussu. »
— Entre dounc alabetz e nou hés malacare;
Que m'has l'èr d'u barboû.
Aci nou-s debeyen pas hère;
Diberti-s e ha boune chère,
Qu'ey nouste bite. Has miat lou toumbaroû ?
Qu'anéram ha lou ser bèt drin de proumenade
Si bos, que coumensam doumaa;
Lou marcat e t'agrade
— Oui Moussu. — Toque dounc de maa.

i852.

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LOUS TRIBULOCIS DE L'AMOU

Auprès de Rebenac, quoand deu rouquè debare,
L'aygue deu Neez qu'ey arridente e clare;
Mes quoand arribe auprès de Gan, de .Turansou,
N'ey pas mey qu'u lagot de plaa lède coulou.
Atau qu'ère autes cops l'amou de ma Brunete,
Amou tout hèyt de sentiment,
. Amou mey nete que l'argent,
E mey que l'estele lusent.
Diu ! la beroye maynadete !
Oelh esberit, bouque resquete,
Pèe fii, leuyè mey que lou cabiroû,
La bede tant pertant que hasè bade hoû.

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35

§i-

E p'en soubient, arbes de moun bilatye,
Cassous taa hautz oun brounibe lou bent,
Aus piteraus deu cèu quoand bramabe l'auratye,
Peu míey deus eslambrecxs quin passabi countent
Que poudè cade la chourroute ;
De plabe que poudè houni ;
L'amou qu'amuxabe la roule
E qu'enlusibe lou camii.
Taus galantz qu'ey la noeyt escure,
Lous caas-hoùs e lous loups-garous,
Las brouxes au peu rous
E toutz lous Diables laganhous ?
Ed tau poste que s'esdebure,
Mey fier que yamey nat sourdat,
Qui dab l'enemic s'espernique;
E, quoand troubaré lou sabat
E de l'ihèrn toute la clique,
Mey lèu que de s'en tourna,
Qu'aneré tout destourna.

Eh ! dounc perdiu ! que s'en balè la pene,
D'arroussega, coum u pèc la cadene,
De ha noeyt e die lou hoû,
Tout eschalabatut coum u yoen parpalhoû,
Qui de cap à la lutz tourneye e qui-s ba prene
Ah ! moun amie, b'ères barboû !

�36

§;-

Quoand à las bitz la crabe saute,
Lou crabot que-y saute tabé.
Après aquet qu'en saute gnaute,
E per ma fee, tant qui n'y hauré,
Tant que n'y sauteré ;
Mes lou darrè qui arribe
Nou brouste pas arré de bou,
Sounque coudroch, duu coum soulibe
E poulit lhèu coum lou cardou.
Atau qu'ey, caars amiczs, l'histoère de l'amou :
Lou putz oun tout lou mounde puse,
L'estrilhe oun cadu se gratuse,
La gourgue oun se bolin banha.
Mes à la ni lou putz qu'es seque;
L'estrilhe qu'esperreque ;
A la gourgue tabee lous porcs qu'es ban bouyra.
Que heratz dounc labetz ? You qu'em herèy en là.
Auprès de Rebenac, quoand deu rouquè debare,
L'aygue deu Neez qu'ey arridente et clare,
Mes quoand arribe auprès de Gan, de Juransou,
N'ey pas mey qu'u lagot de plaa lède coulou.
(Coumpousat en bienent d'Aygues-Bounes, en iS5o.)

�LOU MIRAGLE DE C AN A

C AN SO U

Habctz-bous lcgut l'Ébangile,
Quoand à las nouces de Cana,
Jesu-Christ, au miey de la bile,
Dab las gouyates e dansa?
Qu'anaben plaa lous musicayres,
Qu'at coupaben tout de lur trii,
Cansoayres, tambourinayres...
Mes qu'eus mancabe drin lou bii.
Diu de moun coo,
Bedetz aco :

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38

g.

Jésus, moun mèste,
La praube hèste !
Taa plaa canta,
Taa plaa sauta,
Datz-se bigou
E drin de calou !
Hilhotz, gahatz-pé bugaderes,
E parlitz toutz tau clot de Pis! (7/
Assemaus, boutelhes, cautères,
Aygue ciare e lou saloupis,
Prenetz-p'at tout, e que batz bede
Quin at arranye dab faysou,
E quin ba ha, dab aygue rede,
Bii famous, coum yamey n'y habou.
Diu de moun coo...
Toutz que s'aprèssen de la taule,
Per aquet miragle arpastatz;
Jésus nou ditz qu'ue paraule :
Autalèu de toutz !ous coustatz,
Hens las boutelhes que garlape
Lou bii, coum quoand dehens lou troulh,
Lou paysaa que presteix la grape.
Lou mounde que cadoun soû joulh !...
Diu de moun coo..., etc.

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3

9 §«■

Coum lous Judius n'habem nous autes
Nat Jesu-Christ ta binatè :
Dab aygues redes, aygues cautes,
Nou herem pas que pipautè.
Mes sus lous coustalatz de France
Que y ha mantu binhe-beryè,
E de bii qu'haurem aboundance,
Si lou goubernament boulé (8).
Diu de moun coo,
Bedetz aco :
Jésus moun mèste,
La bère hèste.
Taa plaa canta,
Ta plaa sauta,
Qu'habem bigou
E plaa calou.

1849.

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�A LAS DAMISÈLES***

En u beroy endret soun quoate gouyatetes,
Toutes lusentes e fresquetes :
Que diserén quoate flous d'arrousè :
L'ue,palle bèt drin, qu'ey la rose blanguete,
Coum en l'Eden Diu las hasè,
Au bèt temps d'Ebe, la praubete,
Coulou de la flou de poumè,
Coulou de nèu e d'arrousè.
L'aute qu'ha Poelh de la gasèle,
Segude debaigt lou palmiè.
L'aute qu'ey coum la tourterèle,
Reyne deu cant et de beutat,
E que marche dab majestat,
Coum ue déesse immourtèle
Enluside d'esclat.

�•5§

4&gt;

L'aute qu'ha la yoentut t'ad ère :
Quoand s'esparpalhe aquere flou,
Hères b'en sentiran l'aulou,
Hères coum decap au sou,
B'es bireran decap à sa perpere,
Ta s'arraya de soun amou...
E l'aute que s'em desbroumbabe,
Si l'habètz biste quoand dansabe,
Quoand dansabe e tourneyabe,
Sens batlèu touca lou soulè,
Coum ue sylphide magique,
Au sou gauyous de la musique !
Ere n'ey pas deu medixs pèe.
Au cant de la playe marine,
Qu'ey badude, flou purpurine,
Caressade peu bent de ma,
E trempade hens l'aygue blue,
Coum ère lhèu nou n'y ha pas ue
Hens Anglet... Diu! que l'anabi nouma!
Toutes las cinq deu cèu que soun embiades;
Nou soun gouyates, que soun hades,
En qui la beutat toustemps biu,
De toutz lous homis adourades :
Qui n'haura ue sera Diu.
85Î.

I

�SUS LA MOURT DE NAVARROT

Qu'at èy sabut, au houns de l'Amérique (9),
Que s'ère mourt lou cansoè tant aymat !
Qu'eu counexouy au temps de Republique,
E mey d'u cop toutz dus qu'habem cantat.
Qu'habi pensât encoè de-u tourna bede,
Mes qu'ha dexat aquest mounde trop lèu;
Qu'eu disèn mourt, e n'at bouli pas crede,
E qu'eu parlabi encoère... E qu'ère au cèu!
Que y-ha dètz ans, quoand you parti de France,
Ed qu'em segui dinque soû caminau,
Triste coum you — Mes qu'habèm l'espérance —
E que m'hauré seguit dinques à Pau.
Qu'ens'abrassém au pèe de la mountanhe,
Coumptant sus Diu, coumptant sus l'abeni :
Mey qui cregouy que dure ma campanhe...
Ta l'abrassa gnaut cop me eau mouri!

�■*§

43

Si-

Si pouix yamey houra la terre aymade,
Oun bèt temps ha bedouy la lutz deu cèu,
M'en anerèy tout dret a sa countrade,
M'en anerèy ploura sus soun toumbèu.
Ey permou d'ed qu'aymabi la patrie,
Car ed tout soul m'at hasè tout broumba :
Esprit, talent, amistat, poésie,
Tout so qui l'homi aci baix pot ayma.

E puixs qu'habè la maa tant generouse,
Lou coo taa bou, taat gran taus malhurous!
Qu'hauré dat tout, e soun amne amistouse
Que s'apiessabe à toutes las doulous.
Sens u bou coo nou y ha pas nat poète.
Que soun lous dous de Diu, qu'ey lou talent,
Si nou y ha pas ue bountat segrete,
Si nou y ha pas tabee lou sentiment?

Hilhs d'Aulourou, de Pau e de las serres,
Deus coustalatz e deus Gabes d'aryent
Qui ban pinnant cabbat las arribères,
Nou-ps desbroumbetz deu ha lou mounument.
Que 1-y debetz à sa muse gauyouse,
Qui tant de cops e-bs goari lous chagriis,
E qui toustemps hara boste amne hurouse,
Bou grat, mau grat, au sou de souns refriis.

�Lou hilh d'Accous qu'habè gnaute musete,
Mes Nabarrot qu'ha taa beroy clarii !
Autant que Faute aqueste qu'ey poète;
Nabarrot qu'ey lou fray de Despourrii.
L'u de l'amou que canta las misères,
A Teocrite, à Birgile paryè ;
L'aut que canta plasés, gloris e guèrres,
E deus Biarnés que hou lou Beranyè.
Qu'eu eau ploura lou qui-ns hé tant arride!
Are qu'ey mourt lou rey de la cansou.
D'en bede gnaut, Diu sab si y ha l'ahide
Qui pousque baie au cansoè d'Aulourou?
You n'at crey pas; puixs la lengue biarnese
Que cad toustemps, qu'es ba perde batlèu,
Enta ha plasse à la lengue francese,
Coum hè la lue au sourelh, hens lou cèu.
Prenetz lou doû; hètz brouni las campanes;
Pastous, oûlhès, dexatz bostes troupetz
E bienetz toutz, deus mountz e de las planes,
Deus coustalatz, deus camps, deus arribetz :
Nou-n manque nat, hilhs de la poésie,
Maynatz besiatz deu Gabe e de l'Adour,
Puixs que batlèu sera soun darrè die,
Ent' aurousta lou darrè troubadour (10).
Entre-Rios (République Argentine), i863.

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LOUS SOUBENIS DE CASE
Nessun maggior dolore
Che ricordarsi del' tempo felice,
Nella miseria...
DANTE.

I Porque volveis à la memoria mia.
Tristes recuerdos del placer perdido?

EspaoNCEDA.

A Mous de Hatoulet, à Pau

Hores d'arride, hores leuyères,
De l'amistat e de l'amou,
Deu temps passât aymades messalyères
Perque tournatz auprès de you?
Lou soubeni qu'ey ue malaudie
Qui hè lou coo mey triste que la noeyt,
Hè negreya la bère lutz deu die,
E tout endret, qu'eu hè pareixe boeyt.
4

�-5§

46

§5-

Qu'ey lou beré qui goaste l'aygue nete,
Oun loun sourelh es bienè miralha;
Qu'ey lou bent red qui torre la flourete,
Quoand au printemps s'anabe esparpalha.
Ah! Soubenis de case e deu bilatye,
Que m'arribatz decap, tout u hardèu!
Que bouletz dounc? N'èy pas mey lou boste atye
De courre atau toutz curtz débat lou cèu :
Anatz droumi débat la terre grise,
Dab toutz lous mourtz qui soun partilz d'aquiu.
L'hibèrn que bient dab l'aurey e la bise :
Anatz droumi sus la haute de Diu.
Nou bouletz pas! e que tournatz encoère,
Birouleyant, dansant autourn de you.
Quin bèt ahoalh! O troupe haroulère !
De que parlatz ? De plasès e d'amou.
Toutz, u per u, que desfilen adare,
Coum lous sourdatz hèn autourn deu drapèu.
Demouratz dounc e muchatz-me la care :
Qu'ep bau counta, e sens ploura dilhèu.
Auprès de Pau, a l'estrem de la lane,
Sus lous terrés qui bié banha lou sou,
Quoand lou matii hè brouni la campane,
Entre lous plèixs blangueye ue maysou.

�■ê

47

You qu'ey badouy e qu'ey biscouy maynatye,
Sautant, pinnant, lèste coum u lebraut;
Mey tout d'u cop bouhe lou bent boulatye,
E la maysou qu'ey adare de gnaut.
Deus caas courrentz entenetz la gnaulère?
Diu, quins ugletz cabbat lous coustalatz !
E quin pé ban segouti la heuguère
Tambour, Flambeu e lous autz pigalhatz !
Anem, hilhotz, cintatz-pé la bentourre;
La pèedescausse (a) ha tirât soun camii ;
Mes la praubete à qu'eu serbeixs de courre,
Au raz deu yas si tourne ta mouri ?
Lous cassadous que canten la fanfarre,
E lous canhotz uglen en bèt troupèt.
« Qu'habem courrut, que eau drin bebe adare. »
Lou rey Artus que s'aplegue au castèt.
Bié lou repèixs de la taule gauyouse
Oun lous pudentz nou soun pas counegutz.
Lou bii qu'ey bou e la carn qu'ey sabrouse,
Quand lous amicxs toutz paryès soun segutz.
Lou Yuransou desligue la paraule,
Coum at disè lou cansoè (b) qui-s mouri.
[a) « La déchaussée », nom que les paysans donnent au lièvre
(du genre féminin en béarnais).
(b) Navarrot, dans la chanson de la Bistanjlute.

�4§

48

§4-

Cadu labetz qu'ey lou rey de la taule;
Cadu labetz que cante soun refrii.
Mouns caars amicxs, oun ètz ad aqueste hore ?
Qu'ey arribat u coumbidat nabèt :
La palle mourt, quoand la credèn dehore,
Qu'eus s'ha lhebatz à soun nègre castèt.
Bedetz aquiu, deu coustat de l'Espanhe,
Lou pic tout blu, tout courounat de nèu!
Qu'habi bingt ans quoand puyèy la mountanhe,
Trône deu sou, gran escale deu cèu.
En aquet temps b'en cantaben de bères !
Per aquetz rocs bee hasèm de bètz sautz!
Lou cabirou qui-ey lou rey de las serres,
N'ère pas lhèu mey leste que nous autz.
En u casau plee d'arbes, de flouretes,
Que rencontrey u cop plaa bère flou :
Oelh esberit e fresques maxeretes,
E dous parla qui hè bade l'amou.
Au mé bounhur que l'habi proumetude :
Yamey dus coos nou-s coumbiengoun pas mey...
Mes,.coum u pèc, you nou l'èy pas coelhude,
E moun bounhur qu'ey partit per yamey.
Bous soubenis de la bite passade,
Dabant mouns oelhs que courretz ad arround,
Coum bètz espritz aperatz per la hade,

�Coum aygue clare en salhint de la hount.
Bètz auserous, qu'èy plasé de p'entene,
Mes nou bedetz que batz ha lou me mau ?
Deu bee pergut qu'ey doulou d'es soubiene,
Anatz-p'en dounc, tournatz-p'en ta l'oustau.
Oun ey l'arriu oun se perd la memori ?
Puixs tout aco n'ey pas que soùneya ?
Sounyes d'amou, de bounhur e de glori,
Sounyes dauratz, que eau tout desbroumba.
You per aci tout soulet que demouri,
E bous autz qu'ètz à l'aut part de la ma :
Tout qu'ey fenit, e per arrè que plouri :
Lou temps passât nou pot pas m'ey tourna.

�EMBIADE A MOUS DE HATOULET

Ta bous, Moussu, bous qu'ètz lou pay deus libes,
Ta bous qu'èy hèyt la cansou qui bedetz ;
En la hasent que credi de rebibe,
E près de bous que m'en ibi tout dret.
Qu'eb bey lou die e la noeyt quoand soùneyi ;
Qu'eb bey lou brèspe e qu'eb bey lou matii :
Et per aci toustemps mey qu'em debeyi...
Qu'em ba gaha l'embeye de parti.
Hores d'arride, hores leuyères
De l'amistat e de l'amou,
Deu temps passât aymades messatyères,
Perque tournatz auprès de you ?
i863.

�444444444444444444444444444

NOTES

(i) Le roi Artus, personnage très connu dans les
légendes.
D'après la légende béarnaise, il était à la messe
quand il entendit les chiens courants : il partit immédiatement pour la chasse; mais Dieu l'a puni en le
condamnant à poursuivre une proie qu'il ne peut jamais atteindre. Sa meute se compose de mille six cents
ou deux mille chiens, on ne sait pas au juste. Les
paysans disent que tous les mille ans il attrape une
mouche, qu'il doit partager avec tous ses chiens.
Maigre repas! Il est peu de villageois qui ne prétendent avoir entendu une fois la chasse fantastique du
roi Artus.
Le poète allemand Bûrger, si je ne me trompe, a
composé une ballade sur le même sujet; mais le fantastique germanique est beaucoup plus sombre que
celui de nos contrées. Dans le bas Armagnac, non

�•5§

52

g*

loin du Béarn, il reste ce couplet d'un vieux chant
populaire :
De cent en cent ans
Que gahe ue mousque;
La partatye aus cans,
E autant j'a de cans
Qu'au cèu j'a lugrans.

(2) Flambèu, Timbalou, Finaut, Tambour, noms de
chiens courants, usités en Béarn, à la campagne. On
raconte qu'un curé de village, amateur passionné de
lâchasse, avait un chien excellent nommé Finaut. Or,
un dimanche, pendant qu'il disait la messe, une meute
vint à passer à côté de l'église à la poursuite du lièvre,
et, par ses aboiements, troubla le service divin. M. le
curé allait dire Dominus vobiscum. Après avoir prononcé ces mots, il s'arrêta pour demander à voix basse
au sacristain : — Finaut y est-il ? — Oui, monsieur le
curé. — Aquére qu'ey /..... ichude (celui-là, le lièvre)
est f.....ichu. Et il continua de sa plus belle voix : Et
cum spiritu tuol
(3) Le curé de Bidère, très connu dans tout le Béarn
pour son sermon burlesque. On attribue ce morceau
d'éloquence comique aux protestants,qui auraient voulu
faire de la sorte la parodie des prédications catholiques. Dans ce sermon il est fait une peinture du jugement dernier : le curé dit que, quand le jour terrible
sera venu, il chassera son troupeau devant lui à grands
coups de houlette pour le conduire à la vallée de Josaphat. —Bidère, prononciation béarnaise de Bidercn,
nom de la commune.

�■*

53

g.

(4) Tout le monde sait qu'aux beaux temps féodaux, les manants étaient obligés d'aller battre les
fossés des châteaux pour faire taire les grenouilles qui
empêchaient le seigneur de dormir.
(5) Arcencam de Bournos. Pour l'intelligence de ce
vers et des suivants, lire le conte de ce titre. La maison
d'Arcencam doit exister encore : elle appartenait au
colonel Roussille, un des braves de la grande armée,
qui se plaisait lui-même à raconter cette histoire.
(6) « Serres-Castèt, tan renoumat per soun martèt. »
L'église de ce village possède un marteau qui a appartenu, dit-on, à Saint-Julien, et qui a la vertu miraculeuse de guérir les maladies.
Il y a une quarantaine d'années, l'Église, dont le toit
était en bardeaux, ayant été brûlée par un chasseur
malotru qui prétendit tirer une bergeronnette, la précieuse relique fut transportée à Lescar. Mais il paraît
que ce changement de domicile ne lui plût pas, car, le
lendemain, on la retrouva à la place où on la tenait
d'habitude : elle y était revenue de son propre mouvement.
(7) Lou dot de Pis est un étang formé par la rivière
l'Ousse, à l'est de Pau, et où l'on va se baigner pendant l'été. J'en ai gardé le souvenir, car j'ai failli m'y
noyer, au temps du collège.
(8) Cette chanson fut composée au mois de décembre
1849, au moment où l'Assemblée Législative venait de
rétablir l'impôt des boissons, dont l'abolition avait été
décrétée par l'Assemblée Constituante de 1848. Hélas!
plus de vingt ans se sont écoulés depuis lors, et l'odieux
impôt subsiste encore. Que dirait Probus, qui planta

�la vigne dans les Gaules, que dirait Noé, en présence
de l'aberration économique de nos modernes financiers ?
Je me rappelle que l'illustre Frédéric Bastiat prononça
dans cette circonstance un discours remarquable qui
était tout un programme de rénovation financière,
mais rien n'y valut. Les idées font bien lentement leur
chemin dans l'humanité. Si cette maxime n'est pas
neuve, elle n'est pas non plus consolante.
(9) Navarrot, le poète populaire des Pyrénées, né à
Oloron le 25 février 1799, mort à Lucq de Béarn le
23 décembre 1862. M. Lespy a publié en 1868 un recueil des œuvres choisies du chansonnier, tant béarnaises que françaises; j'ai regretté de ne pas y trouver
la chanson de la Liberté, qui est une des plus belles,
et que j'avais portée moi-même à Béranger. La situation politique de la France en aura sans doute inspiré
la suppression ainsi que celle de plusieurs autres couplets que je me rappelle vaguement. Quoi qu'il en soit,
je remercie pour ma part M. Lespy de s'être chargé
d'un travail que nul ne pouvait faire mieux que
lui.
Quand je quittai la France, en i852, Navarrot m'accompagna à pied, un long bout de chemin, sur la route
de Pau. J'appris sa mort au fond de l'Entre-Rios par
le Mémorial des Pyrénées. Je n'avais jamais oublié
l'ami dévoué, le spirituel improvisateur, le patriote
sincère avec lequel j'avais passé de si agréables moments, mais j'avais cessé de Lui écrire. J'ai voulu réparer ma faute, en quelque sorte, en dédiant ces couplets à sa mémoire.
Le temps viendra sans doute, où il lui sera élevé un

�55

monument plus durable dans l'enceinte de sa ville
natale [a). (Écrit en 1870.)
(10) AUROUSTA. Ce mot est de la vallée d'Aspe. Une
improvisatrice, qui est d'habitude une vieille femme,
suit les convois d'enterrements en débitant des vers de
sa façon sur le défunt et sur toutes les circonstances
de la cérémonie, jusques et y compris les émoluments
du curé.
Navarrot a habité longtemps la vallée d'Aspe, à
Bcdous, et y a composé plusieurs de ses chansons.
Le dialecte aspois est un des plus purs de la langue
béarnaise, peut-être celui qui se rapproche le plus de
sa langue-mère, le latin.
(a) Ce moment est arrivé. Le buste de Navarrot a été inauguré à Oloron, le 16 août 1890, en présence des Cigaliers et
des Fèlibres, qui en avaient fait hommage à la ville. — Mes
couplets Sur la mort de Navarrot ont été reproduits dans une
magnifique plaquette (imprimerie Garet, à Pau) publiée à l'occasion de l'érection du buste de Navarrot dans sa ville natale.

TV

�TABLE
Pages.
PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION

v

PRÉFACE DE LA DEUXIÈME ÉDITION

xm

La Casse deu rey Artus
Angélique ou lou Counte de la Barguère
Arcencam de Bournos ou lou Counte de las Brouxes. .

I
9
23

Lous tribulocis de l'amou

34

Lou Miragle de Cana

37

A las Damisèles ***

40

Sus la mourt de Navarrot.

42

Lous Soubenis de case

45

Embiade a mous de Hatoulet

5o

NOTES

5i

Paris. - Typ. G. Chamerot. — 20391.

����Typ

G Ohnmerot. — 26391.

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              <text>Recueil de contes béarnais mis en vers par Alexis Peyret</text>
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          <name>Catégorie</name>
          <description>La catégorie dans la typologie Occitanica</description>
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              <text>Documents</text>
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          <name>Contributeur</name>
          <description>Le contributeur à Occitanica</description>
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              <text>CIRDOC - Institut occitan de cultura</text>
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