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                  <text>„BOECE" provençal
ETUDE LINGUISTIQUE

Thèse pour le Doctorat d'Université
présentée à la
Faculté des Lettres de Strasbourg
par
VLADIMIR RABOTINB

LIBRAIRIE UNIVERSITAIRE D'AESACE
Í, Place de l'Université, 1
STRASBOURG
1930

��ERRATft
Pages
12,
17,
32,
33,
47,
49,
54,
59,

1. 8
1
n. 2
a palatal
1. 2 d'en bas . . pomnar
1. 19
bis
n. 47 1. 2 . . . calena
n. 56
i. v
n. 80
auven de
n. 109
lim." p. 69 ... .

59, n. 110
70, n. 167 ....
ibid
72, notes, L 6 . . .

75,
89,
102,
110,
121,
125,
133,
134,
156,
167,
192,

Ecrit

1. 4
n. 6, 1. 2 ...
n. 64
n. 11, dern. 1. .
n. 49, 1. 9 . . .
I. 4
n. 110, dern. I. .
n. 118 ....
n. 90
n. 149 ....
1. 9 supprimer à

Lire
L
n palatal
nomnar
(suppr.î
catena

(suppr.î)
auven de
Chabaneau „Gram. lim„
p. 69
Chabaneau „Gram
(suppr.î)
ana
analogiques
n. 173 Cf. Anglade
(suppr.î)
Porsdike 1. c. p. 25 n. 175 „R. d. L r."
XVIII, p. 114. ce fait a
été confirmé une fois
de plus par Porsdike
L c. p. 25.
CS
(nouvelle alinéa1.)
escomptes .... exemples
cred .
credo
sibilaire
sibilare
répartition les textes répartition (les textes
accupar
acupar
Macrabru
Marcabru
p. 36
p. 107
de la
et le
p. 99
p. 97
partir de nThésaurus" Jusqu'à Stengelîîî

��I

Le „BOECE" provençal
ETUDE LINGUISTIQUE

Thèse pour le Doctorat d'Université
présentée à la
Faculté des Lettres de Strasbourg
par
VLADIMIR RABOTINB

LIBRAIRIE UNIVERSITAIRE D'AESACE
1, Place de l'Université/ 1
STRASBOURG
1930

�CAC

91S9

�A Monsieur
Ernest HOEPFFNER/ professeur de philologie romane
à l'Université de Strasbourg,
en témoignage de mon aifection
respectueuse et reconnaissante.

��AVANT* PROPOS.

Grâce à l'aide généreuse qui nous a été accordée par le Gouvernement Français, nous avons eu la possibilité de concevoir et
de réaliser cet ouvrage à l'Université de Strasbourg, où pendant
plus de deux années nous n'avons trouvé que des prévenances et
des attentions de toutes parts.
L'expression de notre gratitude ira tout particulièrement à
Monsieur le Recteur de l'Académie, Christian PFISTER, qui
dès notre arrivée nous réserva le meilleur accueil.
Nous sommes aussi extrêmement obligé à Monsieur Gabriel MAUGAIN, doyen de la Faculté des Lettres, d'avoir bien
voulu nous procurer tous les moyens pour faciliter nos études.
Au cours de notre travail, nous avons été constamment guidé par notre maître Monsieur Ernest HOEPFFNER, à qui nous
ne saurons jamais exprimer assez toute notre reconnaissance
pour la sollicitude qu'il n'a cessé de nous témoigner.
Nous sommes également redevables de bien des indications phonétiques et morphologiques à Monsieur Pierre
FOUCHE, professeur à la Faculté des Lettres, qui nous a toujours aidé de ses précieux conseils et à qui nous sommes heureux
d'adresser à cette occasion nos plus chaleureux remerciements.
Nous devons de même beaucoup de reconnaissance à Monsieur le professeur E. KOHLER, qui nous a initié à l'étude des
langues méridionales, ainsi qu'à Monsieur le lecteur d'italien E.
FERRARI délia TORRE, dont les cours nous ont été de grande utilité.
Nous remercions aussi bien vivement Monsieur le Secrétaire de la Bibliothèque Nationale et Universitaire de Strasbourg
WILL, comme Monsieur le Directeur de la Bibiothèque Muni-

�cipale d'Orléans, qui ont mis à notre disposition le précieux manuscrit d'Orléans.
Il nous est très agréable d'adresser notre hommage reconnaissant à Monsieur le comte Antonio BOSELLI, Directeur de
la Bibliothèque Royale de Palerme, qui a bien voulu nous envoyer l'exemplaire de son édition — la dernière chronologiquement — du poème sur Boèce qui était devenue introuvable.
En couronnant nos longues études par ce modeste travail,
qu'il nous soit permis de présenter, enfin, notre respectueuse
reconnaissance à nos anciens maîtres à l'Université de Belgrade : Monsieur Eugène ANITCHKOFF, notre initiateur dans le
domaine de la philologie romane, Monsieur Miodrag
IBROVAC, notre professeur et guide durant plusieurs années
dans nos études littéraires, et Monsieur Paul MASSET, qui n'a
pas le moins contribué à développer en nous le culte ardent de
la langue française.

�INTRODUCTION

Vu l'état actuel avancé des connaissances philologiques
concernant la Romania, l'absence d'une étude linguistique approfondie du plus ancien texte provençal littéraire, qu?est le
«Boèce», présente, sans conteste, une grande lacune. La nécessité pressante d'un pareil travail avait été signalée récemment
par M. E. HOEPFFNER dans le chapitre II de son Introduction à la «Sainte Foy» ('). En effet, la seule édition critique
avec l'étude de la langue du «Boèce» publiée en 1884 par F.
HONDGEN (2) n'était déjà guère satisfaisante pour son époque (3). Aujourd'hui, étant données les erreurs qu'elle contient
et surtout la méthode arriérée d'après laquelle elle avait été faite, elle peut être considérée comme inexistante.
Nous nous sommes donc proposé ici de combler ce vide
dans la mesure du possible.
Pour réaliser le présent travail, nous nous sommes servi
principalement des chrestomathies de Bartsch, Appel et Crescini, en comparant notre texte et les commentaires qui s'y trouvent avec la reproduction photographique du manuscrit contenu
dans le Recueil de M. E. Monaci.
Aux mois de janvier — mars 1930, nous avons eu la bonne fortune de pouvoir collationner nous-mêmes le précieux mail),

p. 20.

(2) . L'édition d'A. Boselli dans la collection d'E. Monaci, Rome, 1903, actuellement
épuisée, ne donne que le texte suivi de glossaire.
(3) . V. le compte-rendu de Paul Meyer dans la «Romania», XIII, pp. 494. 495, cf.
XX, p. 185.

�—

10

—

nuscrit d'Orléans (4). Nous avons pu nous rendre compte que
la photographie de M. Monaci reproduit fidèlement, mais en
plus petits caractères, le texte de notre manuscrit (5).
En dehors des ouvrages spéciaux, qui sont tout indiqués
pour les travaux de ce genre, nous avons dû consulter de nombreux articles touchant plus ou moins près notre sujet.
Nous nous sommes, en outre, imposé le devoir de faire
la révision complète des principales revues de philologie romane, en y puisant tous les renseignements qui nous paraissaient
intéressants, mais en écartant soigneusement tout ce qui pourrait constituer un fatras inutile (6).
Ayant en vue d'entreprendre prochainement une édition
critique du «Boèce», nous nous bornons ici à une étude purement linguistique comportant deux parties : la phonétique et
la morphologie. Pour faciliter la vérification sur place des faits
que nous signalons, nous ajoutons en fin de notre ouvrage le
texte tel que le donne le manuscrit.

(4) . Aujourd'hui, N° 444 (anc. 374). Pour sa description, nous renvoyons à l'ancienne revision du manuscrit de Paul Meyer dans la «Rom.» I, p. 266 et suiv. Aux
remarques déjà faites, nous ajouterons ici les suivantes: au v. 175, dans la
phrase morz no l'es a doptar, le mot es au bord de la page a complètement disparu, par suite de l'oblitération. Au v. 177 le mot rascóndre (dans toutes les
éditions rascûndre: le mot est indistinct sur la photographie) était écrit primitivement rascûndre, mais son u avait été aussitôt corrigé en o. Nous signalerons aussi qu'une déchirure du parchemin, antérieure encore à l'exécution de
la copie, a occasionné l'intervalle entre les mots aval et arreuso 212, et, au verso, entre el et ma, 256.
(5) . La photo 18 correspond à la p. 269 du manuscrit etc.
(6) . Pour la méthode et le plan général de notre travail, nous devons beaucoup à
l'ouvrage cité de M. L. HOEPFFNER .

�Première Partie : Phonétique.

Chapitre I. VOCALISME.
A. — Voyelles toniques.
Voyelles toniques ouvertes et fermées.
L'analyse la plus minutieuse des assonances du «Boèce»
donne encore moins de renseignements précis sur l'état vocalique de la langue, que ne le fait l'examen de la «Sainte-Foy (').
Ceci tient non seulement à la brièveté relative de notre fragment, mais aussi au fait que le «Boèce» au point de vue de la
variété des rimes-assonances est beaucoup moins riche que la
précieuse chanson d'Agen (qui en plus ne connaît que de véritables rimes). Cependant dans les assonances (ou rimes) du
((Boèce», qui sont toutes masculines, nous avons du moins la
chance d'avoir à faire à toutes les voyelles, sinon à toutes les
nuances et combinaisons possibles, comme nous l'aurions désiré (2). Quoique nous ayons dans beaucoup de cas de simples
assonances (v. L. 22 charceral : pecaz, poestat), nous sommes
néanmoins frappés de trouver dans un poème aussi ancien que
le nôtre une observation aussi stricte de la qualité des voyelles
toniques des mots rimant ou assonant entre eux dans une même
laisse (3). Ainsi dans les laisses 2, 12, 13, 15 ,17, 18, 21, 26,
28, 32 à la fin de chaque vers on ne trouve que des e fermés
toniques; dans les laisses 3, 4, 5, 8, 29, 31 que des o fermés
(1). V. E. HUfc.PH-NER ^Introduction», p. 48, 51.
2.) En effet sur 257 assonances-rimes que nous donne le poème, 86 présentent
le cas de l'a tonique, 88 e tonique, 26 i ton., 56 o ton., et 3 u ton.
(3). Sur ce point nous ne sommes pas du même avis que M. A. PORSHCKE, «Lautund f* ormen-Lehre des Cart. de Limoges, Vergl. mit d. Spr. des Obers. des Joh.
Evangeliums», Breslau 1912, p. 32.

�— 12 —
toniques. Il est vraiment frappant que, sous ce rapport, il n'y
a qu'un seul mot Torquator (v. 40, 1. 6, en -or) qui paraît faire
exception à la règle (4). (Cf. Crescini, cJMan. Prov.» — Introduzione Grammaticale p. 180—181). Ici du moins on pourrait
trouver une certaine excuse à la licence du poète, étant donné
que cette rime est la première dans la nouvelle laisse, de manière qu'elle sert en quelque sorte de transition de la rime en
-or (o fermé, 1 5) à la rime en -or (o ouvert, 1 6) (5). Mais déjà
Bcehrner (6) démontrait que i'o de -or dans Torquator était
ouvert. M. Crescini pourtant ne se laissa pas convaincre. Le
cas, affirme-t-il (p. 181 1. c), est analogue à celui de emperador
où le o ne peut être que fermé. Pourtant il faut bien observer
que ia forme même de ce nom imaginaire avec le t intervocalique n'est point populaire. Or, comme il est bien connu que la
prononciation des voyelles des mots savants était ouverte même
devant les nasales (mots commes Amons, Gions, Jérusalem),
ainsi que de nombreux substantifs en -ori (7), nous pouvons
admettre sans hésitation que l'auteur avait bien pu donner le
caractère ouvert à la voyelle dans un mot qu'il avait forgé luimême en le tirant de Torquatus (prénom de Boèce lui-même :
Manlius, Torquatus, Severinus). Ainsi nous avons tout le droit
de conclure que la distinction des voyelles ouvertes et fermées,
à l'époque de l'auteur de notre poème, était bien nette.

(4) . Pour les cas agues et rangures où il s'agit de véritables licences du poète (v.
178. 179), v. infra sur la fermeture de «e».
(5) . De même que par exemple prô, v. 28 fait le pont entre les assonances en o (f.)
et en -os o fermé) des L. 3 et 4, et jê. v. 125, joue presque le même rôle entre
les laisses 17 et 18 en er et eni.
(6) . «Komanische Studien» 111. p. 133 et suiv.
(7) .

V. «R1MARIUM du Uonatz Provençal», éd. Stengel, p. p. 47, 55. Appel: «Lautl.»
§ 28, p. 32. Anglade : «Grammaire Provençale» p .82. — Cf. aussi le nom
Antiphanor rimant en -or (o ouvert) v. 89, 90; 129, 130; 181, 182 dans la nouvelle de «Papagai» (éd. Paolo Savj-Lopez, Napoli 1901), dont l'auteur était aussi soigneux sous ce rapport. (Distinguer pourtant la «Continuation» du poème
qui n'appartenait pas au même auteur.)

�Dérivation des voyelles provençales toniques.
En ce qui concerne le caractère général de l'état vocalique,
le texte, le plus souvent, nous présente les phénomènes bien
connus de l'ancienne langue provençale. Dans la dérivation des
voyelles, la position des voyelles toniques en syllabe ouverte ou
fermée ne joue aucun rôle (cf. Appel, Ir c. § 27, p. 31).
L'a provençal tonique provient de a long ou a bref latins :
quar (3, 26, 130), pecaz (159, 228), menar (62); fam (5), mal
(7, 21, 50, 90, 109, 198), mala (9, 122, 125), part (55, 105).
E (f.) dérivé

)e]onf

lat. : avér (121), ser (123), pren (13, 119,

j í bret

240) ; fé (125), pel (107), mena (9),
eferms (108), riquéza (83), à côté de
moi savant iustici(a) (86,
248,
257) ; de même sénz (58) du sin germanique (8).
E ouvert provient de e bref (s'il n'est pas suivi de nasale) : mêler.
(36), emperi (37, 84), segre (59) velz (103, 110, 114), vél
(189, vell (235), pélz (116). (Mais malament 9, do/zament 129, £e 14, 105, 127. .. . à l'assonance en e fermé. V. «Influence des nasales»).
Le e ouvert n'apparaît qu'à l'intérieur du vers, jamais à la
rime.
L'e de es &lt; est est fermé (v. 97, 98, 206). (9).
/ &lt; i long latin : fil (186), dis (14), dis (100), fis (40), amig
(45), amie (128, 142), amigs (138, 185), paradis (184), chasffa
(49), de même de i long germanique rix (140), guisa (241), ardida (245).
(8) . L'emploi à la rime en -1S des mots agues (178) et rangures (179) au milieu de
la L. 24 nous permet de supposer que le e se prononçait d'une façon très
fermée (rangures étant entraîné dans cette voie par agues, cf infra Morph. Im(9) .

parfait du Subj.)
cf. Schultz-Gora, p. 21, § 29, «Altprov. Elementarb» : -es er ist — gegeniiber est. erklart sich vielleicht aus hâufiger Satzunbetonheit.», voir plus loin
notre partie de «Morphologie» et Crescini, loc. cit. p. 146.

�—

14

—

,
\ o long
o terme &lt; &gt; . r
) u bref;
peior (as. 21), senor (9 et r. 37, 47), ora (104,
147, 166, 214), nos (I, bis, 3, 4, 5, 7, 32, 99,
106 bis, 153); fos (L. 4 r. 33), so{n) = sunt (L
29r. 210), so^suum (L. 31, r. 238), iove (1,7),
iotfes (112), mo/i (26, 102 etc....), mo/z (99,
106, etc..), sorda (131), zorn (133) à côté de
lucxuria (223), mot savant. De même germ.
blos (31r), &lt; vha. bloz. La forme ultra (61,
172) est due uniquement à la tradition latine,
(cf. Appel, loc; cit. § 29 p. 32).
O ouvert &lt; de o bref latin (s'il n'est pas suivi de nasale).
Cor(s)4\ r., 101, 134, 173), demor (42 r.), vol (166, 181, 185,
251), col (50, 185), óbs (66, 164), pósg (89), nóit (90), etc....
(mais bo &lt; bonu dans les L. L. 8, 31, en o f. 58, 233, 242, V.
((Influencé des nasales».
U de u long latin : pur (6, 192), us ( = unus, 8, 10, 124),
vertut (92), chanut (r. 107), menuz (159), etc. ... .
Les mots amosit, part, pas, de ad + mucere (203) et /oíso
(26) de fusionem s'expliquent d'après une nouvelle théorie de
M. P. Fouché par l'équilibre syllabique : les voyelles longues appartenant aux syllabes initiales des polysyllabes deviennent brèves. C'est ainsi que nous avons en anc. fr. pour la voyelle initiale
atone jostise à côté de justise influencée par juste, frogier -&lt;frucfificare, à côté de fruit&lt;fructu, et la forme actuelle oignon&lt;unione, à côté de un &lt; unu. Il en est de même de la voyelle initiale
des proparoxytons mobile &gt; mueble, musculu &gt; moule, luridu
&gt; lourd etc.... (,0). Dans amosit, nous avons dû, en outre,

(10).

L'exception fait le f long de la syllabe initiale, puique le temps nécessaire à
la prononciation d'un i est plus court que pour les autres voyelles : hibernu &gt;
hiver.

�_

15

-

avoir la contamination avec le type musteus, exigé par le traitement consonantique (")•
Pour le i de nibles 133 &lt; nubilum v. infra ((Phénomènes
particuliers» (l2).
VOYELLES NASALES.
Une question importante se pose à 1* examen des laisses 8 et
29, où les mots en -or assonnent avec d'autres en -o que suivait la
nasale tombée. On pourrait se demander si la langue du poème
ne connaissait pas la nasalisation des voyelles. M. Appel
dans sa «Prov. Lautl.» le nie formellement. ('). Pourtant il faut
bien remarquer que l'alternance de ces deux rimes n'est point
chaotique, mais au contraire chaque fois, les rimes en -or et celles en -o forment un groupe bien distinct. (L. 8 -or: 46-48; -o
49-59; L. 29. rimes en -o : 209-212 en -or 213-215), de sorte
que chaque groupe pourrait bien être considéré comme un groupe à part. Mais on est singulièrement surpris de trouver le mot
isolé peior (v. 21) assonant avec les mots environnants fello et
sermo dans la laisse 3 en -o devenu final après la chute de la
nasale. Il n'en est pas de même des assonances en -e qui est ou
qui était suivi de nasale (L. 2, 13, 15, 21, 26, 32) et les assonances en -e suivi d'autres consonnes. (L. 12, 17). La seule exception, c'est le cas de jé (v. 125) qui d'ailleurs, comme nous l'avons
déjà dit plus haut, sépare la laisse 1 7 en -er de la laisse 18 en ent. Il n'y a rien de pareil pour les rimes en a Ici il n'y a jamais
confusion des rimes ou assonances en -a suivis de nasales solides ou caduques, avec des rimes ou assonances en -a suivis

(11) . Voir infra: c intervocalique. Cf. les anciennes explications de M. Bourciez:
«Précis Historique de Phonétique Française», § 103, 2°, I.
(12) . Pour ce mot v. aussi «Morphologie».
I.)

30 p. 33. — Pourtant à la page 27, § 22 du même ouvrage, il se demande
si les graphies comme tec, tegron, vec, etc
ne devrait-on pas les prendre
pour e nasal etc.... Cf. Retegues v. 95. Pour cette forme voir infra: Consonnantisme : «consonne + w».

�—

16

—

d'autres consonnes (2). Cf. L. 1, rime en -am; L. 10, 16 en -an,
-ant; L. 19 en -a après la chute du -n caduque, et L. 9., 1 1, 23
en -ar; L. 22, 30 en -at, -az; L. 33 en -al.
Pour expliquer ce phénomène on ne peut formuler que
deux hypothèses : ou bien il résulte tout simplement de la faiblesse de la composition, l'art de notre auteur étant loin de sa
perfection — ce qui d'ailleurs ne devrait pas trop nous étonner,
vu l'ancienneté de son époque — ou bien il faut supposer que
nous avons devant nous les traces du processus de la nasalisation
qui s'accomplissait juste au moment de la composition du poème. Cette dernière conjecture est, bien entendu, beaucoup plus
hardie, puisqu'elle se base sur trop peu de preuves, mais elle
n'en est pas moins plus séduisante ; poursuivie jusqu'au bout,
elle nous donne la possibilité de conclure que le changement du
timbre de la voyelle -a sous l'influence de la nasale était déjà
accompli, le même processus étant presque achevé pour le -e
et celui pour le o étant peut-être en train de se produire. Au
point de vue de la succession chronologique, ce fait serait exactement analogue à celui qui se produisit dans le domaine de la
langue d'oïl (3).
INFLUENCE DES NASALES.
Ce qui nous frappe déjà à l'examen des rimes-assonances,
c'est l'influence primordiale qu'exercent les consonnes nasales,
maintnues ou tombées, sur la qualité des voyelles qui les précèdent. Quelle que soit la provenance des voyelles latines, il suf-

2)

3)

Pourtant à la fin du v. 135 nous trouvons le mot fa - iam qui, comme on le
sait, a dû perdre la nasale finale de très bonne heure. Mais ne serait-ce
une fois de plus l'indication de la forte influence latine qu'a subie notre
auteur ?
Cf. Meyer-Liibke, «Gramm. d. Rom. Spr.», 1, p. 308 et suiv. et Bourciez:
«Eléments de Linguistique Romane», 2 éd. comp. 1923, pp. 287, 288, §
2*6.
U est curieux qu'actuellement ni à Nontron, ni dans le haut Limousin, on
ne connaît l'o nasal.
(V. Chabaneau, «Gramm. lim.»
p. 5).

�— 17 —
fit qu'elles soient suivies d'une nasale pour qu'elles aient le timbre nettement fermé. Pour le son e, par exemple, ceci apparaît
d'une façon tout à fait claire dans la laisse 18 où le e est manifestement fermé dans les cas comme fé (&lt; jidem. v. 125), où e &lt; i
bref latin ; prent (132), où e provient de e long latin. Tous les autres cas : te (127), parent (128), dolza ment (]29),atend (131),présentent le e provenant de e bref latin, mais chaque fois suivi
de consonne nasale. Plus précieuses encore nous sont de nombreuses graphies, comme inz (96, 163), lainz (97, 160, 169,
185), ('), tntra (163), in (17), à côté de nombreux e, en, où i
présente le i, bref latin (à côté de menz &lt;*minius (2) ; ainsi nous
avons son (18, 189) (et so? (210); écrit sun mais aussi sunt (21,
218) et partout ailleurs sun (172, 186, 199, 200, 201, etc
écrit aussi aux vers 221—224 S surmonté d'un trait), dunt (43),
à côté de dont (179), etc. . . . où le u bref latin est représentée
par u. Ces exemples prouvent aussi l'action fermante des nasales
sur la voyelle précédente. Les preuves de cette catégorie, nous
ne les trouvons que dans les cas, où une telle graphie est autorisée par la tradition latine (3). Aussi est-il plus difficile de voir
un phénomène du même ordre dans rascundre, où le o de
reabscondere est originairement bref. (v. R. E. W. 41). (4).
Néanmoins il sera très important de signaler sous ce rapport
que M. Porschke (1. c. p. 45, 46),, en constatant la fréquence
du phénomène de la fermeture des voyelles suivies de nasales
dans les textes limousins, donne de nombreux exemples de la
graphie u pour o fermé (5).
Ceci nous autorise à penser que
1)
2)

Cf. Dedins dans le texte limousin 35,6, Collection Brunei de vers 1140. V. aussi
Anglade «Grammaire de l'ancien provençal» p. 60.
V. Appel, 1. c. § 66b. Dans ce cas nous avons probablement un a palatal.

3)

Cf. contra (218,219,etc...), écrit toujours avec o.

4)
5)

Cf. pourtant Appel: «Lautl.» «§ 30» p. 33.
En réalité dans ces textes nous rencontrons non seulement les formes comme
son pour son, mnn (z), plus de trente fois dans l'«Ev. St. Jean,» à côté d'un
seul mon etc
mais aussi nu. m pour non me (II, 15 «Chrest.» Bartsch), nom
(/_nomen), dix fois dans l'«Ev .St. Jean» et une fois dans le «Cartulaire». (V.
Porschke, 1. c, pp. 45, 46.) cf. Chabaneau «Gramm. Lim.», pp. 32, 34.

�—

18

—

dans rascundre nous avons une graphie qui représente sinon un
u ouvert du moins un o très fermé (6).
«UMLAUT».
Dans le «Boèce», comme dans les autres anciens textes
provençaux, les cas de métaphonie sont des plus intéressants. Ils
sont fréquents et, on pourrait dire, réguliers .Ainsi, le f long
lat. final, après avoir exercé son inuflence de fermeture sur le o
tonique, est passé à l'intérieur du mot dans l'exemple classique
tuit (&lt; totti) au nom. pl. m. qui apparaît quatre fois dans notre
texte, (v. v. 76, 80, 91, 233); (cf. les formes tôt à l'ace, du
sing. 17, 31, 37, 50, etc
, le fém. tota (36 ,79, 84, etc
)
trastota (1 18) et tóz m. acc. pl. (82). La diphtongue uf ainsi formée est déjà réduite dans trastút (25). La forme trastuz (144)
à l'ace, pl. ne peut être qu'analogique du nominatif ; elle a sa
raison d'être dans le besoin de différencier les formes du pluriel
et celles du singulier. Le même phénomène se retrouve dans le
cas où le passage de u bref à o est empêché dans cui (3, 6,
29, 76) et la forme analogique lui (25, 48, 51, etc.).
Par contre, cette action préventive de l'inflexion n'a pas
eu lieu dans soi 63, 245) où le o est dû à l'analogie
de la forme parallèle très fréquente du masculin singulier
so (18, 23, etc. .). Peut-on expliquer par une action analogue de i
long lat. final du verbe en -ir ('), le passage de o protonique à u(v.
Partie : «Voyelles Protoniques») dans murem (v. 5) où cependant
nous avons des o ouverts dans les formes accentuées sur le radical? On trouve cependant au vers 117 la forme avec o à l'infinitif (morir), qu'on pourrait du reste prendre pour une graphie
savante (2). En tout cas il nous paraît permis de voir à plus juste
6)

1)
2)

Après un examen attentif de cet endroit dans le manuscrit original, nous
avons pu constater que ce mot étant écrit - primitivement rascúndre, le u était
corrigé sur le coup par la même main en o. Ce fait ne peut que confirmer
notre hypothèse que nous sommes en présence d'une époque où les copistes,
encore inexpérimentés, luttaient cependant déjà contre les aciennnes habitudes
graphiques, en cherchant des voies nouvelles pour noter le timbre fermé des sons.
cf. M. Appel, I. c. §. 36, P. 41.
cf. aussi somsis (182), cobre (133,134), tandis que la «Sainte-Foy » on a cubergro
(48,368).

�—

19

—

titre le même phénomène dans auzil (226, 231 ; cf. auzello 211),
où il ne peut être question de simple faute de copiste (3), car la
même forme revient deux fois. Là s'est effectué bel et bien le
passage de e ouvert à í influencé sans doute par des cas comme il (201) pl. de el (36, etc....), cil (213) pl. de cel (146,
etc
) (4).
M. Appel semble réfuter cette explication : «Zweifelhaft
ist Einwirkung von i auf e in auzil (226, 231), gegenùber vel,
Dell (189, 235); auch auf -e- (geschlossen) zeigen donzellet,
parent, ib. 195, 142, 245 keine Wirkung des langen -f.» (5).
Dans un texte, où les formes savantes tiennent autant de place,
on ne voit aucune raison pour que la métaphonie se soit exercée
dans parent &lt; parentes. Donzellet présente une formation encore plus récente ; tandis que la forme aucellus--i, masc. était
employée encore dans le latin (6). Quand on admet la fermeture,
que nous ne contestons point, de o ouvert à u (marquant le o
fermé) dans rascundre (corrigé en rascondre] sous l'influence, de
la nasale (Appel, 1. c. § 30, cf. supra) l'explication de notre
cas devrait paraître moins hardie (7). Comme nous l'avons vu
tout à l'heure, le f long final empêche le passage attendu dans
3)

4)

Meyer-Lûbke, §. 44 T. II. — «Grammatik der Rom. Sprachen» : «das vielleicht
aïs blosser Schreibfehler zu betrachten ist.» Il est curieux de rapprocher cette
forme de auzil dans le «Rimarium». Ms. D. éd. Stengel. «Die beiden âltesten provenzalischen Grammatiken»
Marburg 1878, p. 108 N° 325, parmi les rimes
en«f/a.
Une analogie de ce genre étant tout de même possible dans les paradigmes des
verbes prov. qfuis /_* Quaesi pour quaesivi sur pris etc. (Anglade, 1. c. p. 66).
cf. Meyer-LUbke «Gramm. d. rom. Spr.» II, § 289, p. 338.

5)
6)

«Prov. Lautlehre». § 31, p. 34.
Cf. Karl Georges : «Lateinisch-Deutsches Handwôrterbuch»,
Leipzig 1879. —
Vllème éd. 11 prend ses exemples au «Gloss. Labb.» p. 19 et à d'autres
(Hildebr. «Gloss», Paris, p. 22 N° 156. W. Freud dans son «Wôrterbuch
der Latein. Sprache», Leipzig, 1843, ne cite que la forme aucella).

7)

cf. aussi E. Hœpffner:
«Introduction à la Sainte-Foy»,
p. 50, n. 2, et
surtout A. Thomas, Le Nominatif pluriel assymétrique en ancien provençal»,
dans «Romania», 34, 1905, p. 353—363. Rapprocher le cas de donzeill dans
la «Sainte-boy», (v. 378), cabil dans la «Ballada chr. d'Appel» et surtout donzil
(2702, 3366,5878) à côté de donzeil (5736) dans le «Girart de Roussillon». cf. aussi Anglade, 1. c. 66.

�— 20 —
il (201) n. pl. de el (36, 65, 96, etc..) et eu (49, 57,155);
et dl (70) n. pl. de cel (146, 157, 253); de même feztst (83)
&lt; fecisti et Volguist (87) &lt; voluisti (8.). La métaphonie est, en

général, plus strictement observée comme règle dans notre poème
que dans la «Sainte-Foy», où à côté de cill (511) on trouve cel
(8), à côté de cist (477) -cesf (460). Ceci est un trait des plus
précieux pour servir à la localisation du poème.
Al'exemple de M. P. Fouché (9), nous nous Hasarderons
à voir se produire un phénomène analogue dans la fermeture de
0 long à u du mot cogitare dans ses formes cuidet (68), cuid (33,
42), cuida (237. Le i bref intérieur, au lieu de pasesr à e fermé,
conserve son timbre sous l'influence de y &lt; g (devant f). Cet
1 exerce sur le o long précédent son action fermante favorisée
par la position protonique fréquente de la première syllabe. Le
résultat est le même que dans les mots comme culvertz de collibertus (avec o et i longs) (,0) où le o de la syllabe initiale passe
à u sous l'influence de l'«Umlaut» interne.
VOYELLES TONIQUES EN HIATUS.
Une action fermante analogue a pu s'exercer de très bonne
heure en position de l'hiatus. C'est bien pour cette raison que
nous avons ssia (164), et non sea &lt; *siat pour sit lat., de même
sien (203,), dies (20), dias (139, 183). C'est pourquoi on peut
très bien voir avec M. Appel ('), dans quandius (1) une formation populaire. Même le e latin peut se fermer en i dans mias
8.)

Comparer les analogues, p. ex. dans l'Ev. Saint-Jean, dans la «Chrest.»
Bartsch: ill (17, 10; 18, 18), aquill (18, 26), aqtiist (17, 29), iramesist (17, H'..
24
) (passim)
9) v. «La diphtongaison en Catalan», extret del Buttleti de Dialectologia Catalana,
XIII, Barcelonna, 1925 p. 19 et «Phonétique Historique du Roussillonais» Toulouse 1924. p. 48, cf. M. G. Millardet dans la «R. d. 1. r.» LXH.
10) P; ex., dans la «Samte-Koy, v. 375 Voir R. II. 529; cf. R. E. W. 2047.
Comparez la fermeture analogue par u long dans «emprumtar» de impromutuare, K. E. W. 4319. C f.S. W. 11. 406; DIez Wb. 182.
1.) Appel, 1. c. 34, § 32. Cf. pourtant l'opinion de Schultz-Gora,, «Altprov. Elementarb. «p. 23 § 34, qui considère la forme comme savante.

�— 21 —
(77) &lt; meas, de même mi' (198). (2). Dans les cas comme vea
(174), doas (209) la fermeture ne s'est pas opérée à cause de
l'influence analogique. De la même façon on explique les cas de
cui (3, 6, 29, 76) et de l'analogique/m (25, 48, 51, etc. ...) (3).
Nous croyons cependant que ce cas doit être expliqué par l'influence de i long lat. final. (V. ci-dessus). De toute façon cette
action n'a pas pu avoir lieu dans soi (63, 245) où le o est dû à
la forme parallèle très fréquente du masculin singulier so (18,
23).
Dans les formes de l'imparfait iazia (96), avia (101, 188,
etc. ...). fenfa (143), etc... . nous avons la même fermeture de
l'e primitif.
DIPHTONGAISON CONDITIONNEE DES VOYELLES
TONIQUES OUVERTES.
((La diphtongaison de o ouvert est en ancien provençal relativement récente», dit M. Anglade à la page 73 de sa ((Gramm.
de l'anc. prov.» — «elle n'apparaît pas dans les plus anciens
monuments de la langue («Boèce», ((Chanson de Sainte-Foy»)».
Cependant notre poème présente au vers 203 le cas de uêl qui
ne peut représenter que ocli latin ('), cas tout à fait unique, il
est vrai, car partout ailleurs nous n'avons que de simples o et e
représentant les sons ouverts dans tous les cas où ils sont suivis
de yod ou de consonnes palatales: col (50, 185), noit (90),
pois (103, 182, 197, 215, 249), poisas (237), fox (164), fog (247\,
252), (2), posg (89), (cf. aussi ailleurs puesc etc), de même e
2)

3.)

1)

2)

La torme mius, a, um se trouve déjà en latin, v. K. E. Georges, I. c. sous
meas.
Anglade, 1. c. p. p. 35, 36. Appel, 1. c. p. 34, 35, § 32; Schultz-Gora, 1.
c. § 34 p. p. 22—23.
Paul Meyer dans la «Romania». T. XIII, p. 494, n'était pas de cet avis
et sans donner d'autre explication motivait son scepticisme par le fait de
l'accent placé sur e (?).
cf. ÏEV. St. Jean»: /oc (13,31); /oc (11,28) et «Préc. Relig» : foc (145, I); «Cart.
de Lim.» : /aoc (34, 16; 54, 13; 55, 5, 17) ; laec (s) (56, 22
60, 10... (passim) —
10 fois), foc (119, 18;. passim); v. Porschke:
I. c. p. 42.

�—

22

—

ouvert dans mêler (36), emperi (37, 84), segre (59), Oelz (103,
110, 114), vêl (189), peZz (116). Ce cas isolé de uél est donc
d'autant plus curieux que la diphtongue se présente dans un
état plus avancé de la transformation (ue pour uo). Cependant
les premiers éditeurs du texte n'en paraissaient guère intrigués.
Diez dans ses «Spr. Dkm.» ne fait au sujet de ce mot que remarquer que parmi les graphies on trouve plus ordinairement
la forme huelh. Hiindgen n'explique pas le cas. Voretzsch dans
son article «Zur Geschichte der Diphtongierung im Altprovenzalischen» (3) attribue la graphie au copiste : «(Die Diphtongierung) ist wohl der Mundart, resp. der Zeit des Copisten zuzurechnen.» Mais déjà M. Meyer-Lubke dans sa dernière étude
sur la diphtongaison en provençal (4) reconnaît qu'il est fort difficile d'établir la date précise du point de départ de la diphtongaison en observant seulement que la diphtongaison par le y
est plus ancienne que celle qui est accomplie par le w (u) et qu'il
faudrait chercher les premières traces de cette ((éruption des diphtongues» dans le Nord du domaine provençal. D'autre part,
M. Millardet (5) a signalé l'ancienneté de la diphtongaison de e
et o ouverts libres sous l'influence d'un élément palatal ou vélaire dans les dialectes landais. ((Notre domaine, dit-il, a été entraîné dans le mouvement général qui s'est manifesté dans la
Gaule.» Mais ce n'est que récemment que M. P. Fouché (6),
en se basant sur les formes gasconnes et diverses formes analogues à la nôtre, qui paraissent sporadiquement dans les textes
provençaux, eut le courage d'affirmer que la diphtongaison provençale, de même qu'en catalan, remonte très haut dans le

3)

Dans «Forschungen zur Rom. Phil.»
575 et suiv.

Festgabe fur H. Suchier, Halle 1900, p.

4)

«Die Diphtonge im Prov.
«— Sitzungsberichte der kônigl. Preuss.
der Wissenschaften. 1916 (2. Mârz — 17 Februar), pp. 349, 368.

5)

«Etude de dialectologie landaise»,

6)

«La Diphtongaison en Catalan». — Extret del Butlleti de Dialectologia Catalana.
XIII. — Barcelone, 1925, p. 24.

Acad.

Toulouse, 1900, pp. 198, 204, 205.

�23

—

temps (7). Il ne sera donc que très naturel de trouver le premier témoignage de cette diphtongaison accomplie dans le monument appartenant aux régions du Nord-Ouest de la Gaule
Méridionale. Dans un autre document limousin, un peu plus
récent que le nôtre, notamment dans l'Ev. Saint-Jean (8) nous
avons de même le cas unique de diphtongaison dans ieu (-ego)
(15, 15), (9), à côté de nombreux eu (9, 36;, 10, 2; 15, 15). Il
est vraiment frappant combien la graphie traditionnelle l'emportait sur l'orthographie phonétique qui n'ayant pour ainsi dire
pas droit de cité est bannie de l'usage et n'apparaît que craintivement par-ci, par-là (,0).
DIPHTONGUES TONIQUES.
Le au latin tonique reste sans changement, comme il est
de règle en provençal : causa (38). aur (210). A ces anciennes
diphtongues viennent s'ajouter celles de la nouvelle formation :
(7).

8)

Cette thèse a été d'ailleurs déjà posée par M. E. Bourciez (v. «Elem. ling.
rom.» (§ 154), mais vu la concision de l'ouvrage cette question a dû être traitée
d'ime façon moins précise et sans citation de preuves.
_ v. M. A. Porschke. L. c. pp. 24—25.

(9)

—«Chrest.» de Bartsch, noté par M. Porschke, ib. p. 33, pour l'«Ev. St. Jean»
Les données chronologiques ne s'opposent guère à cette possibilité. Cf.
ieu qui se trouve aux environs de l'an 1200 dans les «Préc. Relig». Limous.
dans la «K. d. 1. K.», XVIII, p. 144, VI, 4 cf. p. 107.

(10) .

Pour notre mot l'Ev. Saint-Jean donne oi/s (17,4), la «Passion» olz (293), mais
cette même forme ne rime-t-elle pas dans la «Flamenca» (ed. P. Meyer, 1901)
avec orgueilz (289)? (cas signalé par Voretzsch dans 1. c.) — Cf. («Flamenca»)
ioc: luec (1413; 1415) signalé par M. Meyer-Liibke, Sitzungsberichte»,
1916. V. aussi la forme uyl dans le fragment d'Alexandre (2,62) dans la
Chrest. d'Appel. Cf. de même les rimes provençales de K. Oreans dans les
«Kom. Forsch. «IV. p. 437. Nous insisterons sur le fait que même la «Passion»
qui parait ignorer aussi la diphtongaison, a parfois un caractère suspect de graphies: Vols, poz au V. 55. Cf. de même ben (bien?) v. 124. Parmi les graphies uniques en ancien français, M. Hœpffner nous a bien voulu signaler dans
le «prophète Jonas» «Chrest.» de l'ancien Franç de K. Bartsch, Leipzig, 1895),
eedre 7, 6 à côté de edre (6, 28; 7, 5; 6, 63; 7, II). Le mot huelhs est déjà écrit
chez Marcabru (Appel, Chrest. (61, 15) . On sait que Guillaume de Pet
tiers écrivait dans une langue qui connaissait déjà les diphtongues, (constamment attestées). Voir la str. IX, de la poésie XI. de l'édition de M. A. Jeanroy,
à la rime : sueill : orgueill : acaeill etc.

�—

24

—

auça (167) &lt; altiat, claus (184), &lt; claoes, où ce au provient soit
de al, soit de av latin (') :
Le texte ne connaît pas de réduction de au tonique (2).
Les autres diphtongues ne donnent lieu à aucune remarque.
B. _ VOYELLES PROTONIQUES.
ALTERNANCES DES VOYELLES PROTONIQUES E ET
/, O ET í/. E ET A, O ET A.
a. ) — Alternances favorisées par les nasales qui suivent.
Comme nous l'avons déjà dit plus haut en parlant de l'influence des nasales sur la voyelle précédente, nous trouvons de
fréquents cas de i pour e, et de u pour o. Presque tous ces cas
se produisent en position protonique. Ainsi l'unique in (17) pour
en, e; sun (172, 186, 199, etc
) et son (18, 189) et so (210);
dune (129) à coté de donc (41,110) ;dunt (43) à coté de dont (179 ;
cum&lt;cum, avec u bref, (écrit cu),(l 10, 114, 124, 158, 167, 235,
237 = 7 fois), et &lt;quomodo avec o accentué long, (écrit toujours eu) (97, 98, 133 , 145 = 4 fois), malgré l'unique
corn (&lt; cum, 103), (écrit en toutes lettres) (') doivent
leur existence à l'influence nasale, mais aussi à leur emploi protonique (2).
b. — Alternances influencées par les palatales, et par l'action
de i long final.
Ainsi s'explique gitar (71) où le passage de e à i est favorisé
par la palatale précédente, (3) et le seul cas du verbe en -ir :
(1) .
(2) .
(1) .
(2) .
3.)

Pour la vélarisation de l v. : «Consonantisme».
— Cf. infra: au protonique.
Cf. les cas dans les textes limousins cités par Porschke, 1. c. p. 45, 46.
Cf. d'autre part les graphies l'endema (60) l'encent (251), denant (177), de même que conienço (56), nomnar (186), comónda (183).
v. Appel: 1. c. § 37, p. 42, Anglade: p. 102 et 67.
A remarquer les formes avec e accenutées sur le radical :
«Flamenca» :gef

�—

25

-

murem (5) à côté de morir (117, (4), et de somsis (182), formation
du reste récente.
c) Alternances occasionnées par l'hiatus.
L'alternance entre ne et ni, représentants de nec latin, rentre dans la même catégorie de phénomènes. Comme l'a déjà
fait remarquer M. Hœpffner, (5) le «Boèce» ne fait aucune différence entre ne et ni (comme cela arrive même beaucoup plus
tard chez des écrivains français tels que Amyot) (6). Il accorde
cependant une légère préférence à ni employé 8 fois devant consonne (9, 10, 48, 90bis, 128, 180) et 1 fois devant voyelle (128).
Par contre, ne n'est employé que 4 fois devant consonne (89,
115bis, 119) et 1 fois devant voyelle (172:
«ne eps li
omne). Sous ce rapport, le texte du «Boèce» se sépare
de l'usage de la «Sainte Foy» , ainsi que des autres plus
anciens documents languedociens (7) et s'approche d'avantage
de l'emploi des troubadours (8).
Mais comme la «Sainte Foy», le «Boèce» ne connaît que
Si (&lt; Si, ou Sic avec des i longs) et n'emploie se que comme
atone du pronom réfléchi (9).
Nous avons vu plus haut qu'en position tonique la fermeture de la voyelle en hiatus s'était effectuée de très bonne heure.
Ex. iazia (96), avia (38, 101, 188, 205), de même que les cas
comme dia (60, 79, 90, 118), voir supra. Pour la position protonique les exmples nous manquent. Peut-être pourrait-on ex(«Chrest.» d'Appel, 4, 8), Bertrand de Born (lb. 35, 22; 66,17) et accentuées
sur la terminaison.
«Flamenca» -.gitet (ib. 4, 218); Bertrand de Born: gitar
(lb. 66,44). Cf. La «Passion» -.gitad (270), gitez (72) et les formes dans les
«Chartes de C. Brunnel: geta, mais gitar (325,7) ; gitat (38 lim.) 7.
(4) . cf. dans la «Passion»: mûrir (331); morir (335).
(5) . loc. cit., p. 58, note 1.
(6) . v. l'exemple cité par Godefroy dans son «Dictionnaire».
(7) . voir L. Hoeppfner, «Ste. Foy» toujours p. 58 note 1.
(8) . cf. Kaynouard «L. R.» IV p. 306a :
«Les troubadours firent toujours usage
de ni de préférence à ne, quoique ne appartienne au premier temps de la formation de la langue.»
(u). cf. Hoepftner, 1. c, p. 58, note 2: «au vers 225 il faut lire s'i».

�—
-

26

—

»

pliquer ainsi la forme viuri (3) avec i final devant le mot commençant par une voyelle (esperam).
Ailleurs, (,0)

comme le prouve le cas de ne eps (172)

dont nous venons de parler, la règle ne s'est pas encore établie.
On ne pourrait pas voir une telle réduction s'accomplir dans
fiel (45) puisqu'à cette forme correspond dans les autres dialectes
provençaux fizel où, selon toute apparence, nous avons le i
plutôt influencé par le i long de fidare (cf. Appel, 1. c, § 66d. ;
Schultz-Gora, § 50 p. 29) qu'à l'action de / précédent (v. Anglade, V. c, p. 102) ufizeln étant toujours celui à qui on peut se
fier dans tous les cas. Tandis que dans la «bona feeltatn qui
s'oppose à uperiurin (v. 219) la racine fe a pu être renforcée par
l'homonymie du terme féodal feu (")•
Dans cobeetár (1 73), cobeetat (230) les deux e de même que
dans deréer (139) ne forment chaque fois qu'une seule syllabe
et ne peuvent être qu'une graphie pour et (,2). Que la réduction n'ait pas eu lieu dans creessen (24) ceci n'a rien d'étonnant, car le mot rentre dans le système du verbe avec la racine
cre. Il est bien évident que dans creator (46) nous avons affaire
à une forme savante.
La langue du «Boèce» ne connaît que les formes non, lor,
tandis que les formes nun, lur, fréquentes dans la «Sainte Foy»
lui sont complètement étrangères (,3).

10.)

Dans naallor (30) et nuallos (210) le u provient du u long latin. C'est donc
la forme française noaille qu'il faut expliquer.

(11) ,

attesté déjà dans le testament de l'an 961 de Raimond 1, comte de Rouergue,
où on le trouve employé plusieurs fois (R. 111 293), le même /eu se rencontre
aussi dans les poèmes épiques, tels que «Girart de Roussillon (cf. «Sainte Foy»
408, 518). On voit dans Du Cange 111 dans les maintes définitions médiévales
du feudum presque chaque fois employé le mot /ides qui devait lui paraître
apparenté. Cf. Brunei «R«. Glossaire: jedeltat «feauté».

(12) .
(13) .

Les formes provençales ordinaires sont partout cobeitar, cobeitat.
Les textes limousins connaissent pourtant la forme avec u devant nasale cf.
nam pour non me («St. Jean» 11,15) v. supra].

�— 21 —
A Iternances entre e et a protoniques :
Parmi les formes où apparaît l'alternance entre e et a protoniques, surtout près des nasales et des liquides, il n'y a rien
de spécial à signaler.
Almósna (217) de *alemósina p. eleemosyna (l4), forme régulière du provençal est un des anciens cas de ce passage, propre
aussi aux autres langues romanes. La forme marce (76) pour
mer ce (l5) se rencontre aussi dans les documents limousins 31,
14) C6). La tendance à la dissimilation a pu jouer un certain
rôle dans ce dernier cas.
Dans amendament (250) à côté de emendament (12) nous
sommes en présence de la substitution du préfixe favorisrée par
la tendance dissimilatrice (,7) .
Dans antr(e) (209), que notre texte présente à côté de
entre (32), les provençalistes sont enclins à voir l'influence française C8). M. A. Porschke pourtant considère le passage de
e a a devant la nasale comme un phénomène propre à l'ancien
limousin. (I9). Ce fait nous servirait donc aussi comme un argument pour conjecturer le changement de timbre de la voyelle
sous l'influence de la nasale. (V. plus haut : voyelles nasales).
Dans ce cas amendement (250) parlerait en faveur de la même
hypothèse, puisqu'il est fort curieux que nous ne trouvions de
véritables alternances que devant des nasales. Il est cependant
toujours intéressant de juxtaposer les mots ecvos (44, 72) et héc
(14) .

v. K. t. W. 2839, Anglade «Gram. prov.»

p. 99, Appel «Prov.Lautl.»

§

37 p. 42.
(15) . les deux formes alternent dans le «Girart de Roussillon».
(16) . cf. marce à côté de merces, dans les «Préceptes lim., R. d. 1. r., t. XVIII p.
145, VII, 4,5. v. A. Porschke «loc. cit.» p. 33 Cf. aussi Chabaneau «Gram.
lim.» p. 28.
(17) . Raynouard ne cite dans son Lexique que emendament, mais toutefois au tome
I, il donne le texte des «Brev. d'amor», avec la forme amendament (I 53 lb).
(18) . v. p. ex. R. Karch «Die nordfr. Elemente im Altprov.», Darmstadt, 1901,
p. 30.
(19) . p. 34 «loc. cit.» : Les formes an, antre p. en, entre etc... Le cas plan ( = p/enumj
parait exclure toute possibilité d'influence française.
Cf. aussi anamic dans
l'«Oratio de Mati», Bull, de la S. des anc. t. fr., 1881, p. 67.

�— 28 —
(116) aux termes démonstratifs ((longs» (20) acsi (145) aqui (211),
aquel (148, 247, 251, 252); aital (156), aizo (88) — toujours
avec le préfixe a ou ai — jamais ei — qui se rencontre, par
exemple, dans l'«Ev. St. Jean» et qui représente une phase
postérieure de l'évolution de la diphtongue (eizo 10, 32, à
côté de aizó 11, 12; 12, 12; 12, 14, cf. acó 10, 35; eici 13, 16,
ci.aquest 13, 27)., ou e- qu'on trouve dans le fragment d*«Alexandre» (Chrest. Appel 2, 35 echel et 2, 24 echesf) etc.
Il est assez caractéristique que le ((Boèce» ne connaît pas
enrore vas forme fréquente, mais plus récente, en ancien provençal (((Sainte Foy» emploie toujours vas), mais enivers (12)
evers (113, 141, 250), Vert (192) (2I) et même Vel &lt; Ves lo
(10) P).
Altern. entre o et a prot.

Nous ne possédons qu'un seul exemple de passage de o
protonique devant une nasale à a dans damrideu (143) (du vocatif Domine Deus), forme probablement française (23) qui est
cependant familière aux anciens textes limousins. Ce fait semble
être attesté par les «Anciennes poésies religieuses». (H) anc
(92, 95, 178), forme régulière du provençal, qui doit être rapproché de aine français, provient très vraisemblablement du croisement de onc (forme abrégée prov. de unquam lat.) et de
anz (24). Il est à noter que notre poète n'emploie jamais la forme anor(s) pour onor(s) (36, 48, 112, 114, 178, 230).
(20) .

Sur les formes démonstratives longues et courtes, voir le très intéressant ouvrage récemment paru de M. Hilding Kjellman: «Etude sur les Termes démonstratifs en provençal», Gôtehorg, éd. Hogskolas Àrsskrift», XXXIV, 1928:
2. Four l'étymologie des termes avec préfixes en a- et ai- voir la théorie BaistKôhler-Rydberg clairement exposée et discutée dans cet ouvrage pp. 12, 13,
14, V. aussi les opinions de M. Schultz-Gora § 47. p. 27 de sa «Gramm.», Appel
«Fr. Lautl.» § 34, p. 42 et Meyer-Lûbke, «Gramm. d. Rom. Spr.» § 564. V.
aussi la «Morphologie» de notre ouvrage.
(21) . pour cette forme v. infra: Consonantisme — S final et Morphologie verhes.
(22) . comme val dans les «Sermons ed. Armitage» 23, 29 ; 26, 20, «Deux, paix
Aurillac, 389, 25 n. 30. notés dans S. W. VIII 591.»
(23) . v. Koberf Karch
«Die nordfranz. Elemente im Altprov.» Darmstadt 1901 ;
p. 29.
(24) . Explication donnée par M. Hoepffner à son cours d'anc. prov., 1er sem.
année 1928/29 à la Faculté des Lettres de l'Univ. de Strasbourg.

�— 29 —
Réduction des diphtongues protoniques.
p

On n'a pas de peine de constater que la langue du '«Boèce»
manifeste une tendance nettement marquée vers la réduction des
diphtongues protoniques. Le fait que ce phénomène ne se soit
pas produit toujours d'une manière très conséquente nous démontre que la langue du poète était dans sa période critique où
la réduction de ces diphtongues était encore en train de s'effectuer.
La diphtongue ai protonique est réduite toujours dans mas
(26, 38, 112, 121, 176, 187, 210, 213). (25). Au contraire l'adverbe de lieu lai (61, 62, 63) n'apparaît jamais sous la forme
de la. On trouve de même far (51) (sous
estar) et par analogie desfar (191), à
faire (52). Pour la troisième personne
le texte ne donne que fai (10, 12, 102)

l'influence des v. v. dar,
côté de la forme pleine
de ce verbe au présent,
(et de même forfái (249)

jamais fa, forme par contre courante de la «Sainte-Foy)). Les
deux formes du reste appartiennent à la formation analogique (26). Pour notre texte fai trouve son écho dans vai &lt; vadit
(104, 109, 114, 118, 147, 155, 253) et de même dans la for
me analogique estai (110, 148) (27).
Parallèlement ei est réduit à e dans desend 154 pendant
de deissended 303 de la «Sainte-Foy». Dreca (168) est dû à

25. )

En effet la forme mais, régulière dans la «Sainte Foy», qui par contre ignore
complètement mas, n'apparaît jamais dans notre texte. Ce fait ne doit pas
nous étonner trop, vu que la forme mas est familière aux dialectes du provençal du Nord, et même à l'ancien poitevin. Cf. A. Boucherie, «Le Dialecte
Poitevin», Paris, 1873. — Glossaire., p. 337. Cf. p. 336: «mais est moins usité
que mas.»

26. )

Cf. intra : Morphologie-verbe.

27. )

Le cas de razo (50, 234) à côté de raizo (55) ne saurait trouver place dans cette
série d'exemples. La différence de la formation de ces deux mots tient à la
différence du traitement du groupe -ty- (v. Infra : Consonant.) La première forme
est bien provençale; la deuxième est française, (cf. Karch., 1. c. pp. 5, 29).
L'ancien limousin connaît la réduction ai à a même dans la position tonique
à partir du XIIIe siècle: cf. Porschke, «1. c.» pp. 48, 49 («wie in der Vortonsilbe: confraz (59, 29) à côté de contraitz (112, 18; 130, 13) ; frars, cofrars, comars
comars und compars -Xlll et XIV. 1236 etc.

�— 30 —
l'analogie des formes accentées sur la terminaison (28)., comme
drecar, etc. . . . Cette forme a pu déterminer la même réduction
dans dréz (120) à côté de dreiïa (208), où l'accomplissement du
phénomène était favorisé par la dentale affriquée finale. (29). De
même nous possédons l'exemple de preso (59) à côté de la forme normale en provençal preiso (27) où le part, passé près a pu
favoriser la réduction.
Cette même forme se trouve dans notre texte au vers 127
près (30). Il ne se trouve aucun exemple sûr de réduction de
oi:pois, adv. (103, 182, 197, 215, 249) jamais pos comme dans
la «Sainte-Foy», qui d'ailleurs n'emploie cette forme que comme conjonction, tandis que la fonction de l'adverbe y est réservée
à la forme pois. De même nous avons poisas (237), foiso (26) (3I).
En revanche le phénomène analogue pour ui s'est opéré
dans trastut (25) m. n. pl. où le simple tut à dû être primitif,
malgré la graphie ordinaire quoique arriérée ui dans tuit (76, 80,
91, 233). Cuidet (68) a dû se modeler sur les formes accentuées
sur le radical (32), comme cuid (33, 42), cuida (237).
La réduction de au protonique dans les exemples que nous
possédons ne s'accomplit que dans les conditions spéciales (33).
Ordinairement cette diphtongue, primaire ou secondaire, se comporte comme en position tonique en se maintenant telle quelle :

28. )

cf. le doublet dreissar, dressar en anc. prov. v. Appel § 59 p. 88., et plus bas:
Morph. Cf. aussi Phonét. —- Consonant. groupe cty.
29. ) cf. drez dans les «Préc. rel. lim.», R. d. 1. r. XVIII, p. 142, IV, 7 à côté de
30. )

dreitura IV, 21.
La diphtongue ei se réduit en limousin à e même en position tonique, ce que
prouve la graphie las Moleras (38, 4, 9), à côté de las Moleiras (35, 16) dans les
chartes de vers 1140 du Recueil de Brunei.

31. )

Nous croyons cependant que la réd. of &gt; o a eu lieu dans amosit 203. Pour
l'étymologie de ce mot v. infra: c intervoc. et supra u long tonique.

32. )

Cf. Morphologie Verbes. — v. aussi l'explication de ces formes supra: Umlaut.

33. )

Dans les textes limousins plus récents, la réduction au
sait assez souvent même en position tonique, v. les
Porschke, 1. c. p. 49: Pal pour Paul, clayen ( = claudunt),
Jean: chasa(s), trois fois à côté de chausas (trois fois).
droits correspondants dans la «Chrest.» de Bartsch.

donnant a s'accomplisexemples cités par M.
vac p. vauc. Cf. Ev. St.
V; Remarques aux en-

�— 31 —
laudáven {139), auvent (23), auzello (211) et auzil (226, 231),
aurien (25) aucís (181).
Mais le passage de au à a s'est effectué dans ant (77),
an (215, 227, 228, 230, 231) (34) où à cette formation a pu contribuer aussi bien l'emploi proclitique de ce mot que l'analogie
des formes comme estan. Il en est de même de fan (236),
van (197).
Dans acupâr (241 ) de aucupare la réduction est due à la dissimilation très ancienne dans les formes du même verbe accentuées sur le radical comme aucupa &gt; acupa, ou subst. verbal
accupio (35), d'après la formule au-ú &gt; a-ú, de même que dans
agur (36).
La conj. aut., comme partout ailleurs, est représentée par o
(108biset 127bis).
Aphérèses.
«E» prothétique disparaît après une voyelle : «e riqueza
star» (83) «e chaitiveza star» (88), afrebla scala» (146) «ferma
cf. La f. aan (256, 347, 455) à côté de an (411, 563) et ant (412) dans la «Sainte
boy» et aussi dans la formule aun establit de la Charte de Rouergue de v. 1143
(Collect. de Brunei, pièce 41, p. 50).
35. ) Le phénomène est traité dans Mej/er-Lú'bíje «Gram. d. rom. Spr.» I, 29: Agusius, asculio, agurium, acupo, v. Sch. 11 306 et suiv. cf. M. Grammont : «La
dissimilation sonsonant. dans les langues indoeur. et dans les 1. rom.» 1895,
p. 36 comm. à la loi V (u implos. atone dissimilé par le u tonique de la syll.
suiv.)
Dans les «Reichenauer Glossen» II Karlsruhe 86 (Rz.) («Altfr. Obungsbuch»
W. Fœrster und E. Koschwitz, Leipzig 1915 se trouve (38 V) la forme accupio
= (p. 30, 70) (Vulg. aucupio) =accusacio, vel qui avium cantus austat, mot omis,
dans le traité de M. Kart Hetzer «Die Reich. Glossen»-Halle ,1906. (Dans les
Beih. z.
f. Prom. Phil.» VU). Le sens primitif: «faire chasse aux oiseaux».
Le mot est employé dans les sens métaphoriques de bonne heure en latin classique, cf. freund «Wôrt. der lat. Sprache», et le Dictionnaire de Georges, (cf.
« 1 hesaurus linguae latinae» sous aucupio) de sorte qu'au point de vue sémantique, il n'y a pas de difficulté (poursuivre-accuser). Plus tard (voir Du Cange)
dans le même sens est employé le verbe occuper par suite de confusion entre
les deux verbes. -En provençal moderne cependant la forme s'est conservée intacte jusqu'à nos jours (v. Mistral «Lou Trésor dou Felibrige, s. v. acupà). Cf. en
roum. apuca.
cf. explications précédentes p. ex. Bartsch acculpare, Appel Occupare et
surtout l'article de Paul Meyer dans Roman, XIV, 126 et suiv. où le mot
français achopper est considéré comme sa forme parallèle.
36. ) cf. Appel «Pr. Lautl.» g 61a, p. 92; Angladè «Gr. de 1 'anc. pr» p. 95
34. )

�—

32

—

schalan (149), « la schalan (216), la schápla (207). Au vers 156 :
«oos cristians qui a'ital eschala.s fe» il semble y avoir une syllabe de trop. Faudrait-il en conclure avec M. Appel que le poète
ait pu tolérer la forme apocopée après consonne? (37). Partout
ailleurs cependant, il a été fidèle à la règle (v. par ex. estam 1,
estánt 68, estánt 73/ estánt 76,estai 110, 148, de même Veschalo
209 n.pl.,237 acc. sing. Quant au vers 53 et 205, les mots escriure et escript commencent après la pose le deuxième hémistiche.
Par conséquent pour rendre le v. 1 56 correct nous sommes plutôt
enclins à rattacher le mot qui à la syllabe suivante, (ái-) de façon
à former de ce groupe une seule syllabe. (38).
Dans les mêmes conditions en (&lt; inde) peut être réduit à n
en position d'enclise (11, 12, 13, 16, 31, 94, 95 ,115, 157,250).
Le en (&lt; in) ne présente pas de cas semblables (39). Es
(&lt; est) se comporte tout à fait comme dans la ((Sainte Foy», en
élidant son e, surtout après la voyelle a, lorsqu'il est employé
comme forme enclitique (161, 162, 170, 176, 243, 245, 248 H.
Enfin viennent les aphérèses assez communes aux langues romanes : lor, (55, 57, 77, 173, 174, 189 ,196), lai (61, 62, 63),
lainz (160) cellui (109), cel 146, 157, 253), cil (213), li art.
(226), la (227) efc.
Voyelles contrefinales :
Tout mot en dehors de l'influence savante se comporte conformément à la loi Darmsteter : les voyelles internes prétoniques
autres que a tombent : bontat (218, 254) descaptán (1 14), tremblánt (1 16) semblant (119), blasmava (138), comtava (97), onraz
(140), ciptâz (165), donzella (160, 255), alumnaz (164), doptar
(175), pomnar (186), cosdumna (79), vengament (252). Cette chute s'est accomplie à différentes époques ce qui est attesté par la
37. )
38. )
if.)
40.)

et. Appel «Pr. L.», ë 38, p. 43.
cf. aussi li auzil 226, 231, et le vers 84.
cf. par contre laoSainte Foy» au «Glossaire» (éd. Hœpffner).
cf. au contraire des cas o es 108, 127; e es 117. Dans en terr'es 206 nous avons
le contre-pied de la réduction en question, qui une fois de plus démontre ["incertitude dans l'usage d'une langue encore trop jeune.

�— 33 —
différence de traitement des mots comme descaptan (114) et cosdumna (79). Outre les mots savants tels que sapiencia (30, 39,
78, 93, 234), paradis (184), signifiga (206, 208, 257), visitaz
(160) (4I), il faut naturellement exclure certains mots apparteant aux systèmes des verbes et les formes qui en sont dérivées :
marriment (100), vestiment (204) etc, (42).
Conformément à cette règle un type comme *follitatem
devrait donner joltat ou joutât, comme feeltat (219), bordât (218),
ciptaz (165) dans notre texte (43) ; par conséquent il semble plus
naturel d'admettre au vers 2 : joll'edat en deux mots, leçon proposée par M. Appel dans sa Chrestomatie à moins qu'on ait ici
affaire à une formation savante.
C. VOYELLES POSTTONIQUES.
Enclise.
Le «Boèce» fait un large usage des formes enclitiques et
avec beaucoup de régularité. Tel est l'emploi des pronoms personnels m (&lt; me) (75, 81, 82, 83, 88 et au dat. 87), t, (&lt; te)
(87), s (&lt; se) (8, 121, 131, 132, 136, 146, 149, 156, 166, 171,
179, 181, 185, 251) ; Il (&lt;lo) : (6, 9) et * (&lt;lo) bis (10?, 37, 47,
54, 69, 70, 119bis; 240, 241, 242bis), l (&lt;li dat.) (137, 175,
Z(fém. dat) : 179; et Iz (59). / (article) (36, 155, 170 au nom.,
et à l'ace, masc. : 101, 133, 239 ('). Partout la forme enclitique
est employée après voyelle, jamais après consonne, comme c'est
le cas dans la «Sainte Foy» et la «Sainte Eulalie». La réduction
ne paraît pas obligatoire ou au moins ne se fait pas pour l'adverbe nos: «no nos» (3), aqui nos» (4, 5) (2). Cf. aussi pour

41. )

cf. la forme populaire correspondante dans la «Sainte Foy»: revisdad 150.

42. )

cf. A. Thomas «Ess. de phil. fr.» p. 19 sq. ; P. Fouché «Ph. hist.du Rouss.» p.
78.

43. )

cf. fondât ailleurs.

1. )

cf. v. 17. Ki.l mort et vius où il s'agit d'une formule abrégée courante. Comp.
dans la ch. iimous. 36, 11, (Coll. Brunei v. 1140): de mort e de vius.

2. )

cf. Morphologie «Pronoms personnels».

�—

34

—

l'article à lo pel (107), à la corps (181) à côté de eral mêler (36),
avial cor (101) etc. (3). La même tendance se révèle aussi dans
les graphies de double s : e sso marriment (100), a ssa part lo te
(105) &lt;«).
Voyelles finales :
Le a final reste dans tous les cas sauf à la 3 e pers. du pluriel des verbes où il s'affaiblit en e. Ainsi au présent irepairen,
(80), amen (197), monten (211), esperen (196), derramen (195),
tornen (232) au prés, du subj. sien (203), passen (56), à l'imparfait : tenien (37), apellaven (39), laudaoen (139), solient (70),
anatíen (125). Cette terminaison -en, qui n'est que la forme affaiblie de -an, se substitue par la voie analogique à la terminaison provenant du suffixe latin -tint :foren (20, 21, 187, 245),
mesdren (27), commencen (234), esdeoenen (235) (5) et est un
des traits des plus significatifs de notre poème qui dénote son
origine septentrionale (6). En effet, M. Clovis Brunei dans son
étude morphologique qui précède l'édition des anciennes chartes, signale la généralisation de la terminaison -en pour toute
désinence de la 3. pl. dans les dialectes du Limousin et du Périgord (p. XLI).
3. )
4. )

v. infra Morphologie: Article.
Comme il ressort du traitmeent de -n et d fin. de notre texte, il n'est guère possible d'admettre dans ces exmeples l'assimilation de la consonne finale à 1"» qui
suit (cf. pourtant l'opinion de M. Crescini, 1. c, p. 64, et celle de M. Anglade,
1. c, p. 202). La graphie ss dans ces cas est favorisée par le besoin de distinguer
le s intervocalique sourd du sonore : cf. les graphies ss dans fox i ssia alumnaz,
v. 164 du notre texte et mon o ssaub 1032 dans l'oEv. St. Jean» v. infra s inter-

vocalique.
Comp. les ff. dizon et dizun, corron et corrun de la «Sainte Foy», et Appel
«Lautl.» §42 c. p. 53.
6. ) v. les textes limousins: «St. Jean» : m'en 18, 2; sien 17, 31 ; 18, 13, 16; que veen
18, 28; dizien 15, 35, 39; saben 17, 28; aguen 14, 34; conôguen 15, 2
creeren 15, 18; 23, etc. Déjà dans les plus anciennes chartes limousines d'environ 1140
Clovis Brunei «Les plus anc. chartes en 1. prov.» Paris,
Aug. Picard , 1926, avien, devien, eren, doneren, (pièce 35, p. 40), doneren,
feiren (pièce 36, p. 41) ; eren, doneren, laiseren (pièce 37, p. 42) avien, doneren
(pièce 38, p. 43) cf. le texte contemporain du Rouergue (Brunei, pièce 41, p.
50) : volun, camprun.

5. )

�— 35 —
Toute autre voyelle finale est tombée à moins de former une
diphtongue avec la voyelle tonique, comme dans les cas : mei
(80), cui(29,3), soi (63, 245), eu, deu, breu (52, 65), etc.
Elle reste : 1 ) comme voyelle d'appui : e dans mêler 36), omne (32), altre (42, 127), nostre (46), escrime (53), segre (59), malaptes (127), nibles (133), dans le mot savant mérite (255), toujours après des groupes «muta + liquida» et dans les cas des proparoxytons syncopés ou non. ; 2) comme i dans viuri (3) où il
est peut-être tout simplement le e réduit en hiatus : viuri esperam ;
terrestri (230) probablemet par analogie savante avec d'autres
termes latins où il est bien étymologique: periuri (219, 236)
emperi 84, capitoli 60, iustici 257, cf. le m. adj. savis (85).
Il est à noter aussi le cas de damrideu (143), forme d'ailleurs
assez fréquente (cf. p. ex. «Noël» Chr. Batsch : 20, 13, la
charte Brunei 89, Rouergue v. 1160 (p. 88) : Domrideu.) Far et
desfar sont des formes raccourcies de faire, sous l'infl. de estar.
Les Proparoxytons.
Des deux types auxquels aboutit l'évolution des proparoxytons en ancien provençal, celui qui est en même temps le type
français par excellence l'emporte. A côté de ioVe (1,7) ioves (112),
charcer (71), carcer 101, carcers (96), ome(s) (20), 21, 85, 126,
154) (7), on trouve de nombreux cas comme : omne (8) (1,7) etc.
membra (3), Viuri (3), mètre (22, 59), escrime (53), segre (59),
faire (52), malaptes (127) (9). (Cf. maláves et maláveda dans la
«Sainte Foy»), nibles (133), frebla (142). Il est de même
de anma (180) et arma (155, 182), domna (170, 171, 199, 243,
246, ect.), donz (28), compenre (93), etc. Il faut, bien entendu,
distinguer des mots savants : mérite (255)etc. Dans le «Boèce»
comme ailleurs le suffixe latin -fum dans les mots savants se
réduit en i: «Boeci, periuri, emperi, capitoli, iustici.. . .
7. )
8. )
9. )

Sur la formation de orne et omne voir Consonantisme — grourîe mn.
cf. par contre la «Ste. Foy».
f. habituelle dans les textes limousins v. p. ex.
Préceptes «Fo. 58 v.
VU Sacr. («Revue L. R.» XVIli, p. 141: malaptes 142, 11, 4.... et «R. d. 1.
rom.» XXXV, p. 413 (acte de la Constit. de la confrérie Notre Dame de
1212).

�PHONETIQUE.

Chapitre II : CONSONANTISME.
A. Consonnes initiales.
Le ń étymologique, lat. ou germ. n'a point laissé de traces
dans notre poème. Nous avons p. ex. partout om (33, 92, 102,
107, etc. (&gt;) onor{s) (36, 112,114....); aoer (45, 128)....
ora (147, 166..). De même, dans le mot purement savant umilitat {224) et même dans les mots germaniques aissent (197) et
ardida (245) (2). Mais, en revanche, le texte nous présente les
cas de hanc (92, 178) à coté de anc (67, 95) et fiée (1 16) («St.
Jean» écrit ec 16, 36) à côté de ecoos (44, 72), mais ici nous
avons affaire à la simple mode graphique très répandue à cette
époque (3). Peut-être, en plus, le h servait-il à éviter la confusion avec les abréviations dans le premier cas de «ahno» (etc.)
et, dans le second de (cet caetera». (4). Il convient de remarquer
que chaque fois que le h est employé, le mot commence ou la
strophe {Hanc 92, avec H majuscule) ou le vers {hanc 178) ou
au moins le deuxième hémistiche {héc 116) ; par conséquent cette
graphie ne servait évidemment qu'à séparer nettement les mots
importants. L'aspiration à notre avis n'était possible que pour
l'interjection héc pour la prononciation de laquelle on élevait
naturellement la voix afin d'attirer l'attention des interlocuteurs.
1. )

M. Appel dans sa «Prov. Lautl.» p. 28, §. 24, cite aussi pour «Boèce» la graphie nom, probablement d'après Hùndgen p. 51 «Glossaire,» où cette graphie
est donnée pour le v. 177. En réalité, ni au v. 177 ni nulle part ailleurs, le
manuscrit ne donne de graphie avec h dans le mot om, orne ou omne.
2. ) cf. R. E. W. 4042, hardjan.
i.) Pour ne parler que des textes limousins, cf. p. ex. he «et» de «St. Jean» 9,12.
4.) Cf. Adriano Capelli «Dizionario di Abbreviature Latine ed Italiane», Milan
1899, pp. 14 et 102.

�—

37

—

Ca — initial :
Avec la question de ca — initial nous abordons le problème
peut-être le plus difficile de la partie phonétique de notre étude.
Étant donné que la langue de notre texte appartient par son caractère à l'aire linguistique limousine, on devrait naturellement
s'atendre à trouver ici, de même que dans les autres textes limousins, le passage de ca initial à cha — (pron. tcha-; actuellement dans la plupart des dialectes tsa). (5). Les graphies de chaen effet ne sont pas rares, mais presque pour tous ces mots, nous
trouvons des graphies parallèles avec ca-, fya- et même qua- (6).
Ainsi chastia (49), chastiament (111), mais quastiazo (22) ; chaitiveza (88), mais quaitiu (126); chaden (147), mais quaira (157) et
cadegut (72) ; charcer (71), charceral (158), mais carcers (96), carcer (101 ) ; schala (149, 232) et eschalo (209, 237), mais scala (146,
227). De même d'une part chanut (107 et schápla (207), ucha
(130), d'autre part quandi (201) (&lt; candidus). Partout ailleurs
nous n'avons que des graphies ca- :cánt (77), descaptán (114) et
cap (167) écrit avec simple c, dont la valeur de gutturale vélaire
est d'autant plus probable qu'on trouve des graphies \ap (116),
et aussi cab (143) pour qu'ab, cals (216) et cal 226, 231, pour
et à côté de quai (166) et quais (149) (7) et enfin cerca à côté de
cerqua (238). Les mots castitat (223), caritat (200, 217), capitoli (60), causa (38) ne peuvent pas bien servir d'exemple, vu que
leur graphie peut être due uniquement à la tradition latine, ainsi
que la graphie de c géminé et simple dans peccador (76),
peccaz (228) à côté de pecaz (159) et úcha (130). L'état graphi-

5. )

v. p. ex. Anglade, I. c, p. 162, et les cartes de l'iAtlas linguist. de la France»
220 et ss. ; Appel, §44c, p. 55.

6. )

On sait que les troubadours employaient très souvent J'alternance graphique ca
et cha — ce qui ne fait que compliquer la question.

7.

Cette graphie se trouve aussi dans l'«Ev. St. Jean»: cál 12, 19; calque 12, 11;
car 12, 19, 20.

8. )

Cf. dans «Prière à Notre-Dame des sept douleurs» encore au XVe s. peccar
(v. 212) dans «Kom.» I, p. 414.

�— 38 —
que que nous venons d'exposer, et le fait de trouver la graphie
chi (153) à côté de \i (17) et d'innombrable qui (4, 5, 24), ce
qui parle nettement en faveur de la prononciation gutturale vélaire du groupe ch, ne nous permet pas d'admettre avec assurance la palatalisation de ca- initial dans notre texte (9). Paul Meyer,
dans sa savante étude, attribue à ce ch dans «Boèce» sa valeur
ordinaire, il est vrai avec présomption plutôt que certitude, en
expliquant les différentes graphies par la fantaisie des copistes,
(v. infra, p. 535). Mais en tout cas, même si notre auieur ne connaissait pas cette palatalisation, rien ne peut contester l'origine
limousine de «Boèce». Encore aujourd'hui, la frontière entre
ca et cha (,0) dans les régions qui nous intéressent passe un
peu au-dessus du 45e parallèle en laissant de cette façon la partie la plus méridionale au domaine de ca : En outre, Paul Meyer
dans ses études démontre à maintes reprises l'instabilité de
cette frontière à travers les âges. Pour les parties du centre et
de l'ouest de la limite, il paraît que c'était le domaine de chaqui a empiété sur l'aire de ca- et d'une manière générale dans
le temps le plus ancien l'emploi de ch paraît avoir son origine
dans les pays de langue d'oïl et de là gagner le Midi. ("). Le
fait que le premier document où cette graphie a certainement
la valeur de mi-occlusive palatale est de 1110, tandis que les
premiers textes avec la graphie ch apparaissent au Xu siècle (l2)
et que la date de la composition de notre texte peut être très

9. )

10. )

Ceci d'autant plus que nous n'avons pas dans notre texte de groupe ch d'origine
différente. (Pour le groupe ci lat. voir infra). Remarquez aussi les graphies de
l'«hv. St. Jean» qui écrit chi et même une fois chaschus (16, 37) dont le second
ch ne peut être que guttural vélaire.
v. les études de P. Meyer «C. et C. suivis d'A en provençal», Rom., XXIV
p. 529 ss. et Rom. XXX, p. 393 et ss. et les cartes de l«At!as ling.» 220 et ss.
Dans la charte limousine de vers 1140 (Brunei, pièce 35, p. 40) encore cairois à
côté de chairoi.

11. )

P. Meyer, Rom., XXIV, p. 538, n" I.

12. )

«lest.» d'Adabert II v. de Mende» v. Paul Meyer «1. c » V. aussi «Historia Tutulensis» dans Baluze : Chazllada v. 924, Chambos ib. 987 et Chambos dans une
charte de Gui Vicomte de Limoges entre 997 et 1003, exemples cités par P.
Meyer, I. c, p. 538.

�— 39 —
bien, voire même doit être placée dans cet intervalle de temps,
nous autorise à penser que la palatalisation du ca-initial s'accomplissait dans la région de notre poète de son vivant. On pourrait très bien supposer que notre ch n'est que le \ palatalisé,
en Ky qui ne se confond pas encore avec le t palat. (ty) écrit it,
jamais ch (v. infra. : groupe et).
Ga-lat. init.
Le poème ne donne point d'exemple pour ga- lat. initial.
Qu-et Gu initiaux.
Les graphies nous montrent qu'à l'époque de notre auteur
l'élément bilabial des groupes qu- et gu- a déjà disparu. Ainsi
à côté de quais 149 et quai 166, nous trouvons cals 226 et
cal 231. Malgré la tradition latine, le pronom si usuel qui est
transcrit par £i„(17) et chi (153), à côté de nombreux cas de sa
graphie ordinaire (4, 5..). De même nous avons un seul cas de
c' (143) pour qu' (1, 105.). D'autre part, la réduction de ce
groupe a l'occlusive vélaire simple est attestée par la graphie
fantaisiste qua- des mots commençant en latin par un simple
ca- :quastiazo 22 (cf. chastia 49); quaitiu 126 (cf. chaitiveza 88),
quaira 157 (ci.cadegut 72). Ce fait exclut le domaine gascon
où la bilabiale se maintient (l3).
Il serait tout-à-fait naturel de s'attendre à la disparition analogue de l'élément bilabial dans le groupe gu- qui est représenté dans notre texte dans les mots d'origine germanique commençant par w : guarnit (56) (4]),guarda (132, 239) et reguarda
115, 137, 255) C5), guaris (180) (16), guisa (241) C7). Et, en
13. )

Cf. Anglade «Gramra. de l'anc. prov.» p. 170; Appel, 1. c., § 44e, p. 57, § 4,
p. 6., et sa carte à la fin de l'ouvrage ou «Atl. ling.» c. 1112. Voir aussi Fr.
Fleischer «Studien zur Sprachgeographie der Gascogne», dans «Beih. zur
Zeitschr. f. rom. Ph.», 44, 1913, pp. 98—101 ; Millardet («Etudes de dialectologie landaise» 1910, p. 180 et ss.) y voit, il est vrai, un phénomène secondaire
(v. remarque de M. Hœpffner p. 42, n. 2, 1. c). Cf. pourtant Margot Henschel,
«Zur Sprachgeographie Siidwestgalliens», p. 83.

14. )
15. )
16. )
17. )

tvarnjan cf. R. E. W. 9507.
wardan cf. R. E. W. 9502.
warjan: R. E. W. 9504.
misa: R. E. W. 9555.

�— 40 —
effet, cette réduction nous est bien attestée par gaigre (13) (18).
Cette dernière graphie sans u est familière au plus anciens textes, comme «Alexandre» et «Ev .St. Jean» (,9).
C. dev. voyelles vélaires.
Le c initial devant voyelles vélaires reste régulièrement sans
changement: cor (41, 101, 134), cuid (42).... Goernar vient
du lat. gubernare (cf. Appel 1. c. p. 58 § 44 Lh), il en est
de même pour C après consonne initiale d'une syllabe rascóndre (177). Cependant, le texte nous présente le cas de rangurés (179) de rancurar (20). Si l'on veut voir là un affaiblissement de C comme s'il était en position intervocalique, on devrait rapprocher le cas, des formes anguera, enguera, (qui a
dû probablement être primitivement angora) à côté de ancar-(a),
anquer-(a) (2I), aussi après n, formes qui paraissent être fréquentes dans le Nord du domaine de la langue provençale. C'est
ainsi que l'«Ev. St. Jean» donne enguéra (B. 11,6, 12, 22 ; 15
22); angera de même dans la Prière à la Vierge (B. 22, 16).
Même Guillaume de Poitiers paraît avoir employé enguers (60,
71), forme qu'on trouve dans la «Chrest.» de M. Appel qui la
cite avec un point d'interrogation dans son vocabulaire. Mais ne
pourrait-on pas aussi voir pour ce cas au lieu d'un simple un
double croisement de mots, le croisement primitif étant celui de
rancor, -oris avec angor, angoris (chagrin, tourment) du verbe
ango, -xi, -ère? Le fait que ce dernier verbe était employé fréquemment dans l'expression «cura angit» (Cic. v. Dict. Lat-Fr.
de L. Quicherat et A. Daveluy) a permis de prroduire une deu-

18. )

wajgaro: R. E. W. 9485.

19. )

«Alexandre» écrit agayt (93), regart 59, 79, («Chrest.» d'Appel); «Ev. St. Jean»

20. )

«esgardâven», Bartsch, «Chr.» 10, 20.
Rancura dérive du croisement de rancor et cura cf. Appel «Lautl.», §§ 66b, 66d
pp. 99, 101.

21. )

cf. Appel «Lautl.», S 45, p. 59. Comp. l'ital. paura et l'anc. fr. posture à côté
de l it. pastoia- de pastoria (v. Guarnerio «Fonologia Romanza», p. 227).

�— 41 —
xième contamination ; cf. aussi angoissa, angoissar et autres mots
en ang.
Ce -Ci -init.
Le C du groupe latin Ce- et Ci-initial est prononcé aujourd'hui S aussi bien en limousin que dans tout le domaine de la
Langue d'oc. (22). Ce résultat de transformation phonétique date
probablement déjà dès l'époque des troubadours qui emploient
l'alternance graphique Ce-, Ci- et Se- Si- (23). Notre texte ne
la connaît pas encore. Partout dans ce cas le «Boèce» est fidèle
à la graphie c: cent (211), cel (caelum) 74, 98...., ciptáz
(cioitatem + S) 165. De même C est écrit comme initial d'une
syllabe : marce 76, encent 251, carcer 71, etc. Au contraire son
passage à la dentale affriquée est attestée par l'alternance avec
z dans Zo (ecce hoc) 47, 196, 203. ... et aizo 88, à côté de Cel
(ecce iïlum) 146, 157, 253 et Cil (ecce ill-) 70, 213, enfin, en
syllabe initiale dolza ment (129, 153), la graphie Z étant nécessaire pour éviter la confusion avec le son vélaire de C devant
OOUû(24).

Ge- Gi-init.
Par une évolution parallèle le g dans ce cas est devenu
la mi-occlusive palatale sonore, p. ex. dans gent 23, genzor 38,
gens 48, 131, gés 210 et, comme initial de syllabe, argent 193
(Crescini, p. 29; v. Schultz-Gora, p. 54, largetat 220. Nous sommes autorisés à lui attribuer cette valeur par la graphie de g,
devant voyelle palatale gitar 71 (&lt;*jeciare (25) à côté de i de-

•/
22. )
23. )
24. )

cf. Chabaneau, «Gr. lim.», p. 61, Anglade «Gr. de la 1. prov.» p. 161.
Appel «Prov. Lautl.» § 44c, p. 56.
cf. pourtant l'emploi de C pour la mi-occlusive dentale provenant du groupe
ti- après consonne dans contenco 56 à côté des formes plus savantes redmecio
25, decepcio 52, alcor 213, faca 155, à côté de iaz(a) (faceat) 250 et jaza (faceam)
196. Ceci, bien entendu, nous démontre une fois de plus que nous avons affaire
à une orthographe primitive qui ne s'est pas encore définitivement établie.
25. ) cf. jefet dans «Deux Sermons» (Bartsch «Chrest.» 27, 28) ; iettan dans «Razos
de Irobar» (Appel «Chr.» 123, 59). La «Ste Foy» emploie indifféremment geied
546 et jetar 504.

�vant les autres voyelles iaz (jacet) 158, iazia 96 d'une part, et
iorn 133 (&lt; diurnun) de l'autre (Sch.-Gora p. 56). Ceci démontre du même coup que le f initial a abouti au même résultat que g devant voyelle palatale, c'est-à-dire à la mi-occlusive
palatale sonore. C'est donc ainsi qu'on doit traiter les mots
comme ioVe{s) (1, 7, 112) iooen(t), 7, 102, 109, 195, 233,
ia 19, 157, 164. Tandis que evea 51 (de invidiam) nous prouve que dans i de eveia 27 nous avons la continuation de yod
issu encore à l'époque du latin impérial, (IVs.) (Cf. Anglade «I.c.» p. 179, et Sch.-Gora «l.c.» p. 56), et comme dans
peior 21, (26), cet i doit avoir toujours la même valeur de la
demi-consonne qui se prononçait pour éviter l'hiatus. —
Dans vengament 252 (&lt; vindicamentum) le g a probablement aussi la valeur de l'affriquée palatale, ce qui est prouvé
par la graphie iutiar (61) et iutiamen (17) (de iudicare et iudicamentum) comme aussi dans ((St. Jean» (27). —
Pour en finir avec les graphies des gutturales initiales,
nous n'avons qu'à signaler l'emploi savant de X avec la valeur
de la gutturale occlusive dans xristia{s) 134, 150, à côté de
cristians 156.
Dentales et labiales initiales.

En dehors des graphies savantes des lettres grecques 6 207,
213, et TT 205, employées comme des symboles et traduites
phonétiquement par les consonnes initiales des mots tei 207 et

26. )

cf. maier à côté de maer (et de maor et aussi l'ancien fr. maieur au lieu de
majeur qui est une f. refaite: Bourciez «Ph. fr.» 90, 111) dans «St. Jean» 10, 5;
12, 9 cf. Appel «1. c.» p. 62 § 46c. et p. 61 § 46a avec les exemples: tmaier,
peior, troia («Atlas ling.» c. 1342) v. Anglade p. 176. Schultz-Gora p. 54.
27. ) fuiiamen «St .Jean» 15, 17, 20.
Cf. aussi les graphies veniansa «Joffré» et veniar «Flamenca» dans Appel
«Chr.» 3, 220, et 4, 139. Voir aussi Schultz-Gora «1. c.» p. 48 . Cependant,
Anglade p. 168 ditsingue les cas de oeniar et manjar «où j était prononcé dj
à cause de la nasale précédente» de judicare &gt; jutjar. Nous ne croyons pas
qu'il s'agisse là d'un son différent sans pouvoir toutefois appuyer notre opinion
par des preuves sûres.

�— 43 —
pei 205, notre texte ne nous donne plus rien à signaler pour
les consonnes dentales et labiales initiales. Cependant, l'absence complète de l'alternance de b et de V initiaux (28) exclut notre
poème en tout cas du domaine gascon et béarnais (29) .sinon
aussi de tout le territoire au sud de la limite approximative
qui passerait plus au nord de la ligne établie par P. Meyer (30),
en laissant au sud la plus grande partie du départ.de Cantal et
la plus petite de celui de la Dordogne avec la région la plus
méridionale de la Corrèze, c'est-à-dire l'aire où le phénomène
est signalé actuellement (31).
St. Se. init.
Pour la prothèse qu'exigent les groupes de st et se initiaux,
voir supra, «voyelles protoniques » — aphérèses.
B. — CONSONNES INTERVOCALIQUES.
Labiales intervocaliques.
Dans notre poème comme dans les autres textes provençaux, ce sont les labiales qui subissent le traitement le plus régulier. Ainsi, nous avons l'affaiblissement ordinaire d'un degré
de l'occlusive p dans saber 33, cobeetar (&lt; cupidietare) (32) 173,
cobeetat, 230. Les mots sapiencia 30, 39, 78, 93, 234, capitoli 60, superbia 224, sont nettement des latinismes. Il en est

28. )

29. )

30. )
31. )

32. )

même dans le mot vert ( = vers) 192 dont la forme avec t final ne se trouve ailleurs que dans les textes gascons v. p. ex. beri: acte de 1252, pays de
Soûle dans A. Luchaire «Rec. de t. de l'anc. dial. gasc.» Paris, 1881, p. 48,
et les ex. de berf dans «S .W.» (sous vers, ves etc. ; t. VIII.)
V. P. Meyer, Introd. à l'édition de «Daurel et Béton», p. L. V. Cf. Hcepffner,
Introd. à la «Ste. Foy» pp. 66, 67. La «Sainte Foy» présente quelques cas où
cette alternance pourrait être soupçonnée.
v. note précédente.
Comparez par ex. les cartes 1367 («venez donc») 1376 (vert, verte) etc.. de
1'«Atlas Ling. de la France» et l'introduction de P. Meyer à son édition de
«Daurel et Béton», selon lequel la frontière serait marquée par le Lof. J. Aymeric dans «Z. f. rom. Ph.» 111, p. 346, signale que la labiale v n'a complètement
disparu du dialecte rouergat que vers le milieu du XVII s. pour devenir b.
cf. K. L. W. 2405.

�de même de acupâr 241, quoique ce soit moins évident (v. «Réduct. des dipht. proton.» supra). La nouvelle graphie se conserve
après que la consonne soit devenue finale: ab (&lt; apud) 143,
215 .... aprob 35, et même devant s : óbs (opus) 66, 164. Le
même affaiblissement d'un degré se retrouve dans le traitement
de b intervocalique, d'où afer(s) (habere) 45, 121, 128, 134,
avia (38), davan(de ab ante) 171, et l'aboutissement de
la terminaison de l'imparfait -abat, -abant : comtáva 97,
laudáven 139, 142, anaven 145. La labiale issue de 6
a été absorbée dans gœrnar 81, par la voyelle vélaire précédente, comme ailleurs dans les mots provençaux : proar, coar
(cubare) soen, (subinde) etc.... (33).
La même difficulté que dans de nombreux autres textes provençaux se présente avec le mystérieux savis (85) (34), forme ancienne et commune non seulement à l'ancien français (35), mais
aussi à l'ancien catalan (voir Raynonard, V. 124, 125 et P. Fouché, «Phon. hist. de Rouss.», p. 188). Ce dernier fait ne permet
pas d'admettre une influence française dans la formation de ce
mot (36). La consonne intervocaline postule un prototype *sabius
ou *savius dans le latin vulgaire, forme faite sur sapio, par analogie avec scius de scio (37). Nous croyons devoir supposer

33. )

34. )

35. )
36. )
37. )

V. Appel «Lautl.» p. 63 § 46c.
cf. dans la «Sainte Foy» Soën 140, traûz (£*tributiei) «ltnrod.» de Hœpffner,
p. 69, v. Chabaneau «Gr. lim.», p. 84 et note. Pour l'époque de la disparition
de la cons. labiale, v. E. Bourciez «El. 1. r.», § 56, p. 48, (11° siècle.)
cf. p. ex. «Epître farcie de St. Etienne» 25, 15 dans «Chr.» de Bartsch ; «Sainte
Foy» 178, 399; Guill. de Poitiers II, 27 (App. «Chr.») etc.... v. E. Hœpffner,
p. 69, note 1, «Introd. à la Sainte Foy» et les ouvr. cités par lui : E. Herzog
«Archiv. f. das Studium d. neueren Sprachen», 109, p. 130, et Schuchardt
Zeitschrift f. Roman. Phil.n, 27, p. 110.
cf. Godefroy VII 282 savie «St. Alexis» str. 75, v. 375, saive «Ch. de Roland» 20.
cf. par contre E. Herzog «1. c.» p. 134: «Schuchardt sieht darin eine franzosierende oder norditalienisierende Form».
cf. nesapius de Pétrone (Bourciez, «Phon. fr.» § 17), R. 1. p. 227). v. E. Hœpffner, I. c, 69, n. I.; P. fouché, 1. c. p. 188. M. E. Hœpffner semble même
consentir à recourir à la rigueur pour «Boèce» à la base «sapiu». Mais les faits
manquent pour appuyer cette hypothèse. De sorte que notre poème ne diffère
en rien sous ce rapport de la «Ste.Foy». La forme sapi («Alexandre» 21 et «Lé-

�— 45 —
l'existence encore dans la basse latinité d'un mot d'une autre
racine dont le croisement avec la î.sapiu a pu donner la résolution précoce de la consonne intervocalique en v. (38). Il est intéressant de constater que la forme s'est conservée jusqu'à nos
jours en Limousin (v. Mistral «Lou Trésor dou Felibrige» —
II, p. 826) M. P. Fouché a été bien aimable de vouloir bien se
prononcer sur la difficulté du groupe py de notre cas. D'après
lui, le processus phonétique a pu être régulier : sapiu &gt; sabiu
et de là par anticipation labiale sawbiu, puis après la chute de b,
savûi &gt; savi (39).
Notre texte ne présente qu'un seul cas du traitement de la
constrictive labiale simple qui, étant intervocalique, devant u,
tombe dans l'exemple de arreuso (212, 232), dérivé du verbe
reusar &lt; refusare (cf. ailleurs preon de profundu; voir R. E.
W. 7164), probablement provenant de refutare contaminé par
recusare (v. Crescini, 1. c, p. 61).
Dentales intervocaliques.
Le traitement des dentales intervocaliques est parallèle à celui des . labiales ci-dessus exposé. C'est-à-dire que nous avons
ici le même affaiblissement d'un degré. Ainsi, le t dans cette
position devient régulièrement d : emperador 35, 44, peccador 76, penedenza 13, cuida 237 (&lt; cogitât) etc. ., de même
dans cosdumna 79, de consuetudo (R. E. W. 2176) mais avec
substit. de suffixe — umen comme dans le fr. coutume, enclume
(cf. aussi costuma, p. ex. «Trad. de Bède» dans «Chr.» Bartsch).
gendes XV111, 420 R v. 34, 316; dans S. W., VII est savante. V. les ouvr. cités
de Herzog et Schuchardt.
38. ) v. p. ex. isabes ou Sebes, — «Gloss. Lat.» G. M. Legendum suspicantur
viri docti dans Du Cange «Gloss» VI. Notez cependant qu'on trouve des exemples du passage de b, provenant de p, à v à partir du VIIIe s. (sévis p. saepes
«Korm. And.» 33 cité par E. Bourciez «El ling. rom.» § 172, p. 163,
39. ) v. Schuchard «Kom. Etym.» dans les «Sitzungsberichte des kaiserl. Acad.»
T. CXXXV1H.
«Kev.
d.
1.
rom.»
42,
564
(M.
Grammont)
v.
aussi
«Herrigs
Archiv» 109, p. 130 (Herzog.) — Dans R. E. W .7587 on rattache notre forme
à sapidus.

�—

46

—

Le passage a eu lieu avant la chute de la prétonique interne. Par
contre, dans cobeetár 1 73 et cobeetat 230 qui remontent à *cupidietare et *cupidietate (40), et où le deuxième e a nettement la
valeur d'un yod (41), ce yod a dû se produire de bonne heure
pour que le passage de t à d ne se soit pas opéré, de même que
dans comtáva 97 (computabat). La conservation de t dans petita 166 et tota 36, 79, 84, 147, 169 s'explique par sa provenance de t géminé (42). Les mots savants qui abondent font naturellement exception: satan 18, omnipotent 16, 151.... Claritaz 163, visitaz 160, Vita 206, palerna 151, creator 46, de même que le nom Torquaior 29, 40, 43. Nous voyons également
se produire le même phénomène pour ainsi dire sous nos yeux
dans le cas où t devient intervocalique par suite de la formation
d'un mot composé, dans medesma 190, à côté de metessma 184.
(((St. jean» écrit déjà partout meesme 11, 4, 29; 12, 4, 5, 7,
30). Que la forme crida 130 provienne de la base admise de
quiritare (v.R. E. W. 6967) ou soit de provenance germanique (43)
dans les deux cas le résultat revient au même. Aïssent 197 (ger.
dérivé de hatjan) d'après toute apparence doit son origine à l'influence française (44). La même explication est donnée par M.
Appel pour la forme poestat 161 .(potestatem) (45). Cependant
étant donné que cette forme était extrêmement employée (46),nous
croyons que là nous avons plutôt affaire à la simple dissimila40. )
41. )

42. )
43. )
44. )
45. )
46. )

cf. R. E. W. 2406; Schultz-Gora ; «Altprov. Elementarbuch», pp. 32, 45; Appel, .
«Pr. Lautl.», g40b et §59b, p. 62. p. 89,
gr. ee pour et de même que dans dereer 139 (cf. supra, réduction des voy. en
hiatus, p. voy. protonique). La métrique nous prouve que dans ces cas, nous
avons affaire à une seule syllabe. Cf. ailleurs les graphies habituelles cobeitat,
cobeitar, dereir. La dipht, ei proton, est réduite dans la f. cobetad 152 de la
«Passion de J. Chr.».
pettittus R. E. W. 6451 et totius comme deuxième forme R. E. W. 8815.
v. M. Grammont, «Rev. des langues rom.», XL, 101.
cf. R. E. W. 4075 et Appel, 1. § 12, p. 12, et § 15, p. 18.
M. Anglade attribue cette disparition de i à la labiale qui la précède ,v. p. 150
de sa «Gram».
cf. la même forme dans «St. Jean» 17, 7 et «Oration» dans «Bull, des anc.
textes fr.» 1881 p. 56.
v. p. ex. les emplois différents et multiples de ce mot dans Du Cange.

\

/

�—

47

—

tion consonantique des occlusives dentales. Autrement on ne
pourrait expliquer cette résolution précoce (47) de la dentale
sourde. Il en est tout autrement de la dentale sonore d, en position entre les voyelles. On peut admettre qu'elle est encore prononcée au moins faiblement dans les mots savants comme redemcio 25, redems 153, 228, per cosedenz 243; adornár 85. Par
contre, dans les mots populaires on est en présence de la chute
de d intervocalique comme d'un fait bien certain. En effet, sa
disparition nous est bien attestée par mainte graphie. Elle se
produit non seulement après i, comme dans certains dialectes (48)
dans les cas jiar 82, fiao(a) 75... . fiel 45, mais d'une façon très
générale, dans toutes les positions, et de ce fait notre texte se
sépare nettement de la plupart des monuments provençaux comme la «Ste Foy» (cf. Hœpffner p. 70). Ainsi, à côté de trada 8
nous avons traazo 57, traiciós 236 ; à côté de credét 46 — creessen 24 et cre 150, à côté de veder 122, 165 — vea (videat) 174,
Veut 106, Ve 126, 169, 238 et aussi probablement 124 (49). De
même, je (fidem) 122, 125, 200, 217, evaiment 244 (de *invadimentum), tandis que dans cobeetâr 173 et cobeetat 230, nous
avons déjà vu dans le second e la graphie de y issu encore à
l'époque impériale du groupe dy (IVe s.) (cf. supra), de sorte
que le d dans chaden \47, cadegut 72 ne peut être qu'une
simple tradition graphique. Il en est de même dans laudaven 139,
142, car on ne pourra pas expliquer ce cas par le traitement de d
après le groupe au (50) comme après consonne, la forme normale
du provençal étant lauzar (Appel, au Gloss. de sa «Chrest.», et
«Lautl.» p. 63, § 46c) et en limousin lauvar. —

47. )

On a actuellement dans le Nord de la Dordogne (point 612. Nontron) tsáeno de
calena.

48. )

v. p. ex. «Uaurel et Béton»

49. )

cf. dans «St. Jean» creet 11,24, créez 11,24; crééren 15,18; 17,23; veez 12,24;
veen 18,28; Seénz de aedentes 10,32 et surtout Juéus de ludeos 11,7

50. )

Ce qui explique des cas de aucidre, paupre dans la «Sainte Foy», Hœpffner,
«lntr.», p. 68, note 6, et p. 87.

lntr. de Paul Meyer, p. L1V, fias 302, rien 184

�—

48

—

La dentale intervocalique sonore a pu être maintenue dans
le mot germanique ardida 245 par le masculin ardit (51).
La forme particulièrement intéressante de auvent (23) nous
prouve le même fait avec encore plus d'évidence. Ici, après la
chute de la dentale entre u et e, une labiale transitoire a eu le
temps de se développer ; ce phénomène (52) a été déjà considéré
par Chabaneau comme un des traits de caractère les plus typiques du dialecte limousin aussi bien ancien que moderne. En
effet, si la chute de la dentale sonore intervocalique nous ramène déjà au Nord du domaine occitanien (53), où ce fait est
attesté par un document de la fin du XIe siècle (54), le fait de la
substitution de la dentale tombée par V réduit notre domaine encore davantage à la région limousine et au nord du Périgord.
Aux exemples cités par Chabaneau dans l'«Ev. St. Jean» : auVida 12, 39 (v. aussi 13, 5; 14, 10; 15, 27) esjauvira (16, 11 v.
aussi 16, 3) et dans les «Ane. poésies relig.» : hauvir (audire),
(«Confession» 23, 14) auxquels il faudrait ajouter encore auvit 20,3 et jauvit 20,4 du «Noël» (55), nous sommes heureux
de pouvoir signaler que notre forme se retrouve précisément dans
toutes les chartes écrites dans la région limousine de vers 1140,
publiées par M. C. Brunei, notamment dans les N" N° 35 (auvent 35, 11), 36 {auvent 36, 12 et a l'auvent 36, 3, 6, 9), 37 (a
l'auven 37, 5, 10, 15) et 38, où l'expression à l'auVen Willelme
a son pendant dans la formule latine audiente Guilelmo. La même forme apparaît deux fois dans la charte extrêmement intéressante du Périgord (N° 225, p. 213, Périgord 1185). Par contre,
51. )
52. )
53. )

cf. R., 11, p. 116; S. W. 1., p. 80.
cf. Chabaneau «Gram. limous.», pp. 75, 76.
v. Meyer-Liibke, «Rom. Gramm.», p. 362 § 436: «Die nordliche Zone schliesst
sich dem Kranzôsischen an, lâsst also auch inlautend d fallen.»
54. ) ibidem p. 363: muraor M. R. 40, 9; maisnaa 14. cf. les textes limousins, «St.
55. )

Jean» en particulier.
cf. auzida 25, 17 dans «Epitre farcie de St. Etienne» ; atxzir 28, 17 dans les
«Deux Sermons».. A. Thomas dans Rom., XL1I, p. 87 remonte au com. du
IXe s; cf. aussi, Appel, Introd. aux œuvres de Bernard de Ventadour, 1915, p.
CXXXV,, 18: «Dass d intervokal fallt, ist eine alte limousinische Erscheinung»,
cit. Doc. hist., Il p. 4,

�—

49

—

partout ailleurs, nous avons ou bien la forme où la chute n'a
pas eu lieu (audent 272,3 Rouergue 1 193 ; auden, 181, 5, ib. de
1180,et 270,8,Toulousain v.l 193 ou bien la forme où le d a passé
à z (auzen 1 16, 32 Toulousain v. 1168). Une seule fois cependant
nous avons la f. auvenssa (313, 13) dans un document du Vivarais. Il serait bien difficile de l'expliquer, si le contenu de
cette charte ne nous disait pas qu'il s'agissait de la reconnaissance féodale donnée à Aimar de Poitiers qui était en même
temps comte de Valentinois, région voisine de Vivarais, aussi
bien que seigneur du Limousin. Il est donc naturel que dans la
langue de chancellerie des scribes de ce prince ou de ceux qui
étaient en relations constantes avec lui, l'influence des formules
limousines a pu s'exercer (56).
Cet exposé des faits nous semble donner le droit de ne pas
accepter l'opinion de M. Appel exposée dans son «Prov.
Lautl.» (37) ni celle de M. Crescini (58), mais de croire plutôt que
le manuscrit tel que nous le possédons actuellement avait été
écrit à l'époque où du d intervocalique, il ne restait plus aucune
trace dans la prononciation courante au moins des mots populaires. Il est vrai que nous n'avons qu'un seul cas d'épenthèse (59) qui s'explique pat sa plus grande «nécessité)) après
56.)

Les autres textes ne font que renforcer la même constatation i. v. p. ex. Bull.
de la Soc.des anc. t.fr.1881 p. 66 («Oratio ad Jhésum», v. 25: Dos Jesu qui denhetz auvir pacientement, v. 30: v. 32; cf. aussi p. 67, «Oratio de mati».)
cf. A. Ihomas sur «Out/ine» de M. Grandgent dans Rom., XXXIV, p. 333:
auvir.
V. cantique périgourdin du XIVe s. éd. par C. Chabaneau «R. d. 1. r.» XXVI p.
162 «t't Diti del cel loueei». De même dans la «R. d. 1. r.» 41, p. 572 J. Anglade
sur «Les Archives de la Corrèze» deux chartes limousines dont la moins ancienne de 1374 de Belloc : tauviran».
Comparer dans l'«Acte d'inst. de la confr. N-D. en l'église «St. Sauveur» de
Limoges» 1212: «auvit lo clam» dans la «R. d. 1. r.» XXXV, p. 413 etc.
etc.

57. )

L. c, 62, § 46a, où il attribue au d de notre poème la valeur de d interdental ou d'un «kaum articuliertes dr, et p. 28, § 23 : «So wird man d als
einen postdentalen Reibelaul, eher vielleicht als ein nur ganz schwach artikuliertes alveolares d fur altlimousinisches Veder, cader u. s. w. ansetzen diirfen.» V. pourtant son opinion citée infra p. 50 n. 63.
58. ) «Man. Prov.» lntr. p. 51.
59. ) v. l'exemple cité de auvent (23).

�— 50 —
l'élément labial du groupe au (60), mais il est évident que cette
épenthèse ne se serait point produite sans la formation préalable
d'un véritable hiatus. En plus, comme nous l'avons vu, les données chronologiques qu'on possède ne contredisent en rien notre
supposition. Déjà, M. Meyer-Liibke, dans sa «Gramm. der
Roman. Sprachen» (61), citait les graphies provençales : muraor
(M. R. 40, 9), maisnaa (14) de la fin du XIe siècle.
M. Antoine Thomas dans son article sur la date de la chute du d intervocalique en provençal (62) nous fait connaître quelques formes des noms propres germaniques qui semblent prouver que la chute du d était déjà un fait accompli dans le domaine
de langue d'oc au commencement du IXe siècle.
Ces faits chronologiquement attestés ne font que confirmer
■ notre avis (63).
Constrict. dentales inter.
Les graphies comme arreuso (212, 232), guisa (241), causa
(38), musas (177) qui s'opposent à creessen (24), passio (24),
essemple 32, passen (56), pessar (174) pessa (135), (écr. aussi
pensar 90, pensa 203, ce qui veut dire, que le s est prononcé de
la même façon dans pesât 67, mais non dans le mot plus populaire employé au sens physique apesant 174), démontrent que
notre texte distingue la constrictive dentale sonore qui provient
de Y s intervocalique lat. ou germ. de la sourde correspondante,

60. )

cf. E. Gorra «Dell' epentesi di iato» dans les «Studi di Filologia Romanza»,
VI 565: «Qui il v s'avverte solo dopo au, il che fa credere che esso sia un rinforzamento dell' elemento labiale del dittongo.»
61. ) 1, S 436, pp. 362, 363.
62. ) Rom., 42, 1913, p. 87 : T. 11 de l'éd. Guérard. : Roojredus p. 640 à côté de
Rodofredus, Goomaris p. 640.; Rooara 641, Rooberta 645, Roolindis 645, Roofredus 645, Rooberfas 646. Le texte que M. Thomas attribue au domaine franco63. )

provençal est de 814.
cf. aussi Appel, «Introduction aux œuvres de Bernart de Ventadour», 1915 p.
CXXXV (18) : «Dass d intervokal fallt, ist eine alte limousinische Erscheinung», v. aussi les citations des Docum. hist. (U, p. 4).
Pour l'état actuel v. p. ex., le mot sueur 1715 dans les cartes de l'«Atl. ling.
de la francea.

I

�—

51

—

aussi bien que les autres anciens textes provençaux (M). Ceci est
aussi bien confirmé par les graphies e sso marriment (100)
a ssa part lo te (105), fox i ssia alumnaz (164), où la géminée n'est
pas étymologique, et ne provient non plus de l'assimilation, —
ce qui est surtout démontré par le troisième exemple, — mais
le phonème e sso, assa, issia, étant chaque fois écrit en un seul
mot, à cause de la tendance à l'enclise de notre langue (65), le
copiste avait dû recourir à cette graphie pour exprimer le son
sourd de l's devenu intervocalique (66). Cependant il ne l'a pas
toujours fait, comme l'a bien montré M. Meyer-Lùbke (loc. cit.)
dans les cas pesât (67), asaz (166), auxquels il faudrait ajouter
âesoz (205), où il s'agit aussi d'un mot composé comme dans
asaz (67), et cosedenz (243) (68) (dont la graphie est déjà savante
en ce qui concerne le traitement de la dentale intervocalique).
Il n'y alà rien d'étonnant, vu l'archàisme du texte ; du reste
ces cas d'incertitude graphique pour les constrictives dentales ne
sont guère nombreux (69).
Gutturales interv.
Le C devant a après voyelle s'affaiblit régulièrement en ga
dans sigńifiga 206, 208, 257, où il ne subitpas encore l'attraction
du type chastia 49 de notre texte ou de cas comme lia ailleurs,

64. )

cf. M. Meyer-Liibke, «Die e- und s- Laute im Prov.», dans Z. f. r. Ph. 39,
1918, p. 213 — 215.
65. ) v. Vocalisme: Enclise et l'excellente étude des graphies de M. Hœpffner de
son Introduction à la «Ste. Foy», p. 34, note 2.
66. ) Comme on le sait, plus tard les «Leys d'amors» (I., 40, II. 196, éd. GatienArnoult recommenderont de faire la même distinction, par des graphies s et
z, la dernière de la valeur de l'affriquée étant passé à représenter celle de la
simple fricative.
67. ) écrit aussi asaz et assaz dans la «Ste. Foy».
68. ) cf. Cossezen dans feire d'Alvernhe dans la «Chr.» d'Appel, 80, 78 et S. W.
sous cosezen, 1, pp. 386, 387.
69. )

Pour le traitement de la fricative dentale dans l'enygmatique masant 117 rien
ne s'opposerait donc à l'étymologie, du reste peu probable, de S. W. 7024
(ra)mazan, où le z n'indique pas bien certainement une affriquée. (Cf. infra ce
qui est dit pour amosii (groupe iy etc.) L'origine de notre mot reste cependant
obscure.

�— 52 —
et miga (58, 180, 189, 123, 238= 5 fois) à côté duquel on trouve
cependant aussi la graphie miia (2 x : 11, 14) (70). Cette dernière
forme nous étonne moins ici que par exemple dans la «Sainte
Foy» (71), car dans notre cas, non seulement la fréquence du
mot et la position de l'occlusive vélaire après i peut expliquer
la résolution complète du c, mais aussi bien le fait que notre
poème appartient au dialecte limousin (72). D'ailleurs, il convient
de noter que cette dernière graphie n'apparaît qu'au début du
texte. Or, celui-ci jusqu'au vers 21 est écrit d'une main différente
de celle à qui nous devons le reste de notre fragment (73) .
Est-ce que cela voudrait dire, par hasard, que le premier
copiste provenait lui-même de la région, dont le caractère dialectal se manifeste d'ailleurs dans tout le texte, ou qu'il était
tout simplement plus fidèle à l'original? Nous n'en savons rien.
Il est aussi probable que la copie primitive était écrite de la même
façon et que l'auteur lui-même connaissait les deux graphies,
voire même les deux prononciations du même mot. Quoiqu'il
en soit, comme nous l'avons vu, la formule -ga était bien prédominante et ce fait nous permet d'admettre avec M.
Hœpffner (74) pour le mot menzónga (222) la base «*mentionica»
où la consonne a eu le temps de s'affaiblir avant la production
de la syncope dans ce proparoxyton. Bien que nous n'ayons pas
de preuve décisive, nous croyons plutôt à la valeur gutturale
occlusive du son g dans notre cas. Il en est actuellement de même dans la prononciation des régions du Sud de la Corrèze, de
la Dordogne et de l'ouest du Cantal
70. )

sur la valeur du deuxième i cf. ce qui a été dit sur eveia 27 et evea 51, peior
supra dans ge- gi- initiaux ; cf. ailleurs les gr. comme mia, v. toutefois pour
l'état act. Chabaneau p. 62 et 64 : paya, broya, luyour, en limousin

71. )
72. )
73. )

v. Hœpffner, p. 72.
v. Anglade, p. 164 et Crescini «1. c.» p .32 .Cf. Appel «Prov. Lautl.» p. 61,
§ 46a, Schultz-Gora p. 51, § 82a; cf. aussi la carte 1872 :«il faut payer».
cf. le manuscrit et aussi Appel «Chrest.» 105 n. au vers 21, de même que

74. )
75. )

Crescini au même vers.
V. la «Ste.Koy» n. au v. 397 p. 313 et lntrod. p. 81 n. 2. Cf. R. E. W. 5509.
V. l'«Atl. ling.» carte 836 «Les mensonges» dont le traitement n'est pas iden-

�— 53 —
Le même affaiblissement en g, nous 1 avons aussi devant la
voyelle vélaire : negu{s) (157, 191) de nec unum; la graphie se
conserve lorsque la consonne devient finale : fog 247, 251, 252,
au cas-régime, à côté du cas-sujet fox 164. Le même traitement
comme s'il était en position intervocalique se retrouve dans eu
après n dans rangurés 1 79, ce que nous croyons expliquer par la
tendance dialectale au passage du groupe ne devant voyelle vélaire à ng (76). Acupar de aucuparc 241 est une formation demi-savante. Puisque notre texte est conforme aux règles
de l'ensemble de la langue littéraire provençale, en ce qui concerne l'affaiblissement d'un seul degré du c devant-voyelle vélaire (77), il est bien naturel que arreuso (212, 232) ne peut être
le composé de recusar, mais bien de refusar (V. supra), Après
un autre c, le eu reste et se confond avec qu dans aquel (148. .. .)
de at(que) eccum illum et aqui 21 1 de at(que) eccum hic i78).
En position après les voyelles vélaires on devrait s'attendre
à un traitement pareil de c et, par conséquent, pour ácha 130,
on ne pourrait, bien entendu, pas admettre la base proposée par
Hiindgen (p. 93) : hucat; ici le traitement étant identique à celui
de c initial, nous devons avoir à l'origine une gutturale géminée,
-ce, -ci iniero.
C devant les voyelles palatales aboutit normalement à z, c. à
d. son développement est poussé plus loin qu'en position initiale,
car de dentale affriquée sourde, il devient sonore dans fazia 23,
fezist 83, fazia 96, dozen 155, (&lt; docendo), grezesc 205, 207,
mais non dans les graphies plus savantes Grecia 54, decepeio 52,
et dicent 145. Dans aucîs 181, comme partout ailleurs (79) le c
tique à celui de vengament 252, iutiar (61), iutiamen (17) v .consonantisme,
groupes secondaires, et ge- gi- initiaux.
76. ) Cf. les f.. anguera, enguera, dans d'autres textes de la même région v. supra
c initial dev. voyelle vélaire.
77. ) Cf. Appel «Prov. Lautl.», § 46a, p. 61 : Ko,u, Crescini, 1. c, p. 33.
78. ) v. Crescini, 1. c, p. 33 et l'excellente «Etude sur les termes démonstratifs en
prov.» de M. H. Kjellman-Goteborg, 1928.
79. ) v. p. ex. «Ste. Koy» aucid, 138,
468, aucidan 474, etc...., cf. Schultz-Gora,
1. c, p. 51, § 82a et Angiade p. 165.

�— 54 —
est traité après la diphtongue au comme après consonne (80). Il
n'en est pas de même de auzello, 211, auzil 226, 231, où le c
s'affaiblit avant la chute de la prétonique interne comme dans
donzella 160
et donzellét 195 (8I). Quant au z de dolzament 129, 153, on voit bien que ce n'est qu'une simple graphie
qui s'imposait devant a.
Pour ce qui est de l'occlusive vélaire sonore, son traitement
en position intervocalique est parfaitement normal. Ainsi, il devient y dans reial 256 (82). De même, pour neienz (191) (83) la
base préconisée par M. Gamillscheg negente (84) serait tout à fait
acceptable. Il est en tout cas certain que le í dans ce mot a nettement la valeur du yod,' pareil à celui dans peior 21 (85) ou de
eûeia 27, à côté de evea 51, car «St. Jean» nous donne la forme
neên (13, 28). On pourrait cependant objecter que ce yod avait
pu être aussi bien étymologique que représenter un simple
élément de glissement introduit plus tardivement pour éviter
l'hiatus. Par conséquent l'étymologie opposée de M. MeyerLubke ne inde (86) reste plausible.
Le yod dérivé de g intervocalique se confond avec le i précédent dans quastazo 22, chastia 49, chastiamént 111 (87).
80. )
81. )

On a vu plus haut qu'il était autrement de d dans auvende *audentes.
Aujourd'hui, auzel a la sonore dans les départements de Haute-Vienne
Dordogne, Lot, Corrèze, Creuze, la plus grande partie du Puy de Dôme et
l'extrême Nord-ouest du Cantal. De là, la forme avec la sourde la remplace

dans la direction Est-est-sud ; c. 938.
V. Crescini, p. 35 «loc, cit.» ;Schultz-Gora p. 53, § 84a, Anglade, cf. la
forme rëal dans la «Vida de St. Honorât» de Raimond Feraut («Chr.» d'Appel
8, 183, p. 173); et Appel p. 61, § 46a, (cf. ailleurs preiar).
83. ) Cf. «Confession» neient 22, 27 et surtout neên de l'«Ev. St. Jean» 13, 28, nien
82. )

84. )
85. )
86. )

87. )

dans les «Préceptes» «R. d. 1. r.» XVIII p. 142 IV g.
Cf. E. W. F. 635a.
V. supra «ge- gi-» init. : Guarnerio, § 78, p. 76; cf. Chabanea u«Gram. limous.»
pp. 38 et 118.
R. E. W. 5882. U est à signaler aussi que dans l'intervalle entre nei et enz
du m. neienz le manuscrit avait été gratté, par conséquent la graphie primitive
avait été probablement neiienz. Cf. la prononciation en latin des mots comme
peior etc.
Comp. liad, liament, castied, nielz, dans la «Ste. Foy».
V. Chabaneau. «Gram. limousine» p. 68 .Noter dans notre texte la différ. avec
l'aboutissement du type en ica: signifiga, v. plus haut.

�— 55 —
Tout cela ne présente rien d'irrégulier. Il en est de même
pour les cas nuallos 30, nuallor 210, rua 116, où la chute de g
est tout à fait naturelle après la voyelle u (v. Crescini, loc. cit.,
p. 36; Schultz-Gora, p. 53, § 84; Anglade p. 173; cf. dans
la «Ste. Foy» le traitement analogue de g : neoz 191, nualla 593,
esclaus 463, briu 405). Il n'y a pas d'exemple dans notre texte
de traitement de g devant voyelle vélaire. On sait que dans
eu 43, 75. . . ., de ego, on a eu déjà en latin vulgaire *eo, base
commune des langues romanes (88).
Pour regio (54) voir cons. dev. yod. En position posttonique devant i, g devient yod, dans le mot magis latin, et la
diphtongue ai ainsi formée se réduit dans notre texte à mas (38,
112. . . . (89), à cause de la fréquence du mot et de son emploi
protonique comme conjonction.
Comme nous l'avons déjà vu, nous possédons d'une part
les exemples des mots où l'affaiblissement des consonnes a pu
avoir lieu avant la disparition des contrefinales comme cosdumna 79,cuidet 68, donzella 160, d'autre part où cet affaiblissement ne s'est pas accompli, surtout dans les substantifs de formations analogiques du type en -tat (90) : ciptaz (165), fcontat (218), jeeltat (219) et des verbes comme reptar (64), doptar (175), descaptan (114), comtáva (97) (donc surtout les groupes labiale + dentale).
De même dans les proparoxytons malaptes (127), dont la
formation s'oppose à celle de la «Ste. Foy» malaves, malaveda (9I), et par contre, menzonga (222) &lt; mentionica qui est identique à la forme de la Chanson et dont la formation a été sans

88. )
89. )

V. R. E. W. 2830.
jamais mais; cf «Ste. Foy» qui ne connat que mais aussi bien adverbe que
conjonction. Malheureusement les chartes de M. Brunei ne donne qu'un seul
cas de ce mot comme conjonction dans la forme mas (Ch. de Gévaudan).
90. ) Cf. Hœpffner, 1. c, p. 73 .
91. )

v. les proparoxytons, cf. malaptia, malaptes dans les «Préceptes» limousins,
«R. d. i. r.» XV1I1, 141..
Fo 58 Vo «Rev. XVIII p. 141 et s. etc.

�—

56

—

doute favorisée par la préférence accordée dans notre région au
groupe consonantique ng- (cf. rangures) (92).
Quant aux liquides intervocaliques, nous ne possédons
qu'un cas frappant miri = miria &lt; milia au v. 211 cent miri'auzello où le r en hiatus compte pour une syllabe. Primitivement pourtant dans ce cas nous avons eu l + y (93).
Groupes de deux consonnes.
Consonnes géminées.

Malgré l'ancienneté de notre texte, la réduction des consonnes géminées à la valeur des consonnes simples paraît se présenter à l'état plus avancé que par exemple celui de la ((Sainte
Foy». En effet, tandis que la «Sainte Foy» a d'une part
jetar (504), gefed (546) et d'autre attended (108), notre texte
écrit uniformément gitar (71 ) et atend ( 131 ) et de même mètre (22,
59); la «Sainte Foy» redded (444) — le «Boèce» redra (57). Ce
fait apparaît surtout évident dans les mots composés avec le préfixe ad où l'on devrait s'attendre à l'assimilation du d à la consonne suivante. Le ((Boèce» présente presque toujours les consonnes réduites: apellaven (39) aparer (242) alumnaz (164),
avil (189) aval (212), acorren (240), et même asaz (166), mais
cependant devant r, arreuso (212, 232) (94). De même //. &gt; /. :
afan 72, 108, (cf. affan 380 de la «Sainte Foy»), efant (79),
(cf. «St. Jean» : efán 16, 7; efantat 16, 7) eferm 108; mais
effern 182.
Ce &gt; c, même dans le mot savant pécaz 159, à côté de
peccaz 228, et peccador 76.
Riqueza 83, est un dérivé du germanique rifihi (R.E.W. 7315,cf.
rix 140).
92. )
93. )

v. supra p. 48 (gutturales inverv.) et p. 31 (c dev. voyelles vélaires).
La f. miria se trouve dans le «Cart. de Limoges», cité dans S. W. V. 279; S.
18, Z. 13; S. 22, Z. 3. Le phénomène semble avoir son pendant dans les formes fr. consire /_ consilium, etc. cf. G. Paris, «Mél. ling.» 273, 274.
94. ) Cf. la «Ste. f oy» adobar (505), mais addobar 428. Dans les cas comme assaz
38, 82, 355, asserir 217 ,assidre 396, il s'agit de la graphie de la fricative dentale sourde.

�—

57

—

Tandis que la Chanson distingue soigneusement les n simples des n géminées, notre poème ne le fait guère : anava 78,
anaven 145, à côté de annam (4), annar (69) (95). On pourrait
bien supposer que ce n'est pas le hasard qui fait que justement
les dernières formes présentent les cas de réduction. 11 est bien
naturel que plus notre scribe avance dans son travail — plus il
est sûr de son système, plus l'état phonétique se manifeste dans
ses graphies (96).
Parallèlement le groupe mm se simplifie à m, dans amendament (250) comanda (183). C'est pourquoi le trait sur o dans
comencen (234) est probablement une correction erronée ou une
simple graphie fautive, influencée par le fréquent co — cum. A
la rigueur on pourrait songer à une forme française (97).
Nous avons déjà mentionné en parlant des dentales intervocaliques la simplification de if à í dans petita 166 et tota 36.
Quant aux consonnes l r et s pour lesquelles les «Leys d'Amors» (98) établissent une prononciation spéciale selon qu'elles
sont simples ou géminées, leur usage dans notre poème ne diffère en rien de l'emploi général de ces consonnes dans la langue
des troubadours. Nous l'avons déjà dit pour la constrictive dentale ("). Nos graphies se contredisent encore moins en ce qui
concerne le traitement de II. Quoique cette graphie puisse prêter
aux confusions avec celle du / mouillé ( = 11) : nuallos (30), nuallor (210) (cf. ((Ste. Foy)) nualla (593), Vell (235) ect. .), le groupe
II se conserve régulièrement: apellaven 39, bella 162, 170,

95. )

Cf. le traitement de nn&gt;n à la finale qui dégage pourtant un élément dental
devant la flexion s: senz (58), anz (188) v. Hœpffner p. 75.

96. )

Tenir compte toutefois que annam (4) est encore dû à la première main. Cf.
supra «guttur. interv.»

97. )

Partout ailleurs ans les textes provençaux, nous avons un simple m. V. en
particulier la «Confession», Bartsch, 21, 33.

98. )

bd. Anglade, 11, pp. 44 et 45, éd. Gatien-Arnoult, 1, p. 38—40; cf. P. Lienig
«Die Grammatik der prov. Leys d'Amors», erster Teil : Phonetik, pp. 84 et ss.,
98 et ss., 102 et ss.

99. )

Voir supra «constr. dentales interv.»

�—

58

—

jello 51, 235, auzello 211, donzélla 160, 215, 244. Il en est de
même de // secondaire de Mallio{s) 29, 35, 40, 43, (,0°) Il n'y
a sur ce point aucune différence entre notre poème et la «Sainte
Foy» (,01). Même la curieuse forme de parllam (2) à côté de
parlet (194), semble le confirmer, car la Chanson écrit paraulla (16). (,02). Cette graphie présente à notre avis une sorte
de compromis entre le verbe parlar et sa forme plus savante
paraulare (103). De plus, elle a pu être amenée justement dans
ce vers (2) à cause de l'allitération qui s'impose presque inconsciemment avec jollia et folledat (104).
Le traitement de rr correspond dans le «Boèce» à celui de
Il : acorren (240), marriment (100), derramen (195), arreuso (212,
232) C05), terrestri (230), terra (4, 98), à coté de en
ter es (206) (l06). Il en semble être différent dans la «Ste.
Foy» C07) qui admet les rimes ar :arr, or :orr.
Consonnes + r.
Par son traitement des consonnes + r entre voyelles, notre
poème ne se distingue guère de la plupart des anciens textes
provençaux. Ainsi, pr normalement devient br : sobre 207,
cobre (&lt; cooperit) 133, 134, (cf. «St. Jean» recébre 12, 19). Que

100. )

101. )
102. )
103. )

104. )
105. )
106. )

107. )

Cf. aussi à la finale les gr. qae.ll 6, si.il, 9; pélz 116, nu/z 122
si.ïz 59,
Pour alamnar v. plus haut. Pour cette raison, nous croyons que dans faliren
(70) nous avons affaire à / mouillé, comme c'est général en provençal. V. Appel
«Chrest.» au Gloss.
Cf. Hœpffner, l. c. 75.
V. Hœpffner, p. 75.
V. S. W. VI, pp. 84, 85. A noter que la graphie : parolle i. employée comme
verbe 3e sing. prés. ind. et comme subst.) se trouve assez souvent dans les
anciens textes français. Cf. Godefroy : parolle. V. p. ex. Froissard «Chron.»
p. 200, «Lnéas» éd. Champion 1925 p. 48, v. 1543, et 1561 etc. Rapprocher
le cas de la graphie taallasges dans les «Comptes Montagnac» — Ann. du Midi,
17, 528, p. 58) cité dans «S. W.», VIII, p. 83.
Cf Hundgen p. 222.
V. plus haut
consonnes intervocaliques.
Cette dernière forme n'indique-t-elle pas le commencement du même processus de la réduction de r géminé à r simple? Cf. l'état actuel p. ex. pour terre
carte 1299 «A. L.» et Chabaneau, p. 110, n. 1.
Cf. Hœpffner, pp. 75, 76.

�ce processus ait été extrêmement vivant du temps de notre texte
est prouvé par l'exemple de la graphie qui semble bizarre au premier coup d'œil : la bresa pour la presa 14.
Br, par l'étape de vr et de même que vr primaire, aboutit
à ur : escrime 53, aurien 25, — («St. Jean»: aurás 9, 24;
aurez 17, 1); — limas 193 (libra + s), à côté des formes latinisantes libre(s) (&lt; liber + s) 99, 246, 247; de même vimi &lt; vivere 3.
C R &gt; G R : alegretat 221, segre 59 (&lt; *secre pour sequere), à côté du latinisme sacrament (10) (l08).
Gr intervocalique reste sans changement (109) : degra (216,
225), degras (227), où, il est vrai, ce groupe pourrait être traité
comme en initiale, le mot étant le composé du simple gra, et
même, au moins dans la graphie, dans gaigre 13, dont la forme
archaïsante est un hapax dans la langue provençale. (Selon l'opinion de M. Fouché, le g a été plus tard absorbé par le f précédant, comme ailleurs le b de paubre par u dans paure).
TR et D R aboutissent régulièrement à ir : repairen 80, 91 ;
deréer pour dereir 139 (no); lairo 241 ; Teiric 44, &lt; Theodoricum ('"); quaira (&lt; cadere habet) 157. Dans mètre 22, 59, et
redra 57, on a à l'origine des géminées tt et dd.
Baratro 239, du grec barathron (R. E. W. 943), est évidemment un mot de création savante. Enfin pour quaranta 165 on
a la base quarranta au lieu de quadraginta ("2). Notre texte em-

108. )

Pour faire 52, (à côté des formes réduites far 51 et desfar 191), on le dérive
ordinairement de *fagre, v. Appel «Pr. Lautl», § 47 p. 65, Schultz-Gora, 1. c,
51. Cf. G. Rydberg «Le développement de facere dans les langues romanes»,
Paris, 1873, et Rom., XXII, p. 569, compte-rendu de G. Paris, Ce serait plutôt une forme analogique des verbes comme traire d'après trait . fait v. Morphologie.

109. )
110. )
111. )

Cf. Crescini, Man. pr., p. 37. lim.» p. 69: «Ordinairement gr- reste gr.»
Cf. supra et C. Chabaneau «Gram.
Cf. Supra, cf. l'heori 58, à côté de fredre 58 dans le «St. Léger» avec la forme
française' Thierry et la forme Terric qui présente une sorte de compromis entre
les deux (dans «Gir. de Rousillon», Bartsch «Chr.», 37, 16).
Cf. Appel, 1. c, p. 66, §47.

112. )

�— 60

—

ploie donc toujours ici une graphie plus phonéitque pour le phonème résultant du groupe dentale + r que certains autres anciens
textes provençaux. La ((Sainte Foy» emploie fréquemment la
graphie dr dans les mots où ce nexus est originaire : ridre (236),
considrar (503). etc., ce qui était pris par d'éminents linguistes
pour signe de la conservation du d ("3). Actuellement, grâce à
l'étude de M. Hœpffner, nous savons que nous ne devons cette
apparence qu'à la graphie conservatrice du copiste ("4). Dans
l'«Ev. St. Jean», M. Hœpffner signale des graphies analogues
de dr &lt; tr. En effet, nous avons salvadre (9,5) acosseliádre (12,
42; 14, 36; 15, 14); coutivadre (13, 18), à côté de nombreux
páer (9, 6, 10; .. 12, 1 . .), veiret (15v 34) etc. . (,I5). De même
dans la «Passion» on a ladrun 304, mais paire 514; et dans le
((St. Léger» fredre 58, mais Theoiri 58 etc.
Par conséqunt, une fois de plus, notre texte, malgré son
ancienneté, représente dans ses graphies assez fidèlement l'état
phonétique réel de son temps.
Le groupe s'r n'aboutit pas à ir dans notre texte, mais entre
ces consonnes il se dégage comme en français un d transitoire ;
mesdren 27 (,l6). Pour ce qui est des autres épenthèses, nous n'avons que l'exemple très régulier du b apparaissant ente m et r. :
membra 3. Ni entre / et r, ni entre n et r, la dentale transitoire
n'apparaît: volria 117, onraz 140 ("7). Bien plus encore, elle
disparaît par analogie dans un mot où elle est étymologique :
compenre 93 dérivant de comprehendere ("8).
113. )
114. )
115. )

116. )

117. )

118. )

Crescini, «Man. prov.», p. 52: «cnel poema su S. Fedeper la maggiore tenacità di d, il nesso dr si conserva».
V. 1. c, p. 76—78.
De même dans «Noël», Chrest. de Bartsch : maire 20, 13; dans la «Prière à
la Vierge» 19, 23 et paire 19, 24; «Confes.» : pecaire 21, 30; 22, 33; laironias
23, 11.
Cf. Appel, § 47, p. 65, et «Chrest.», XXIX, les formes du parfait du v.
mètre. Cf. dans la «Passion» promesdrent (85), presdrent (154, 186), et dans
le «St. Léger» presdrent (210 etc.).
Cf. «St. Jean» venrá (14, 36), permanrá (13, 25), repenrá (15, 16); tolra (13,
19), volrét (13, 33) et le traitement identique dans la «Sainte Foy». V. aussi
penre dans les «Préc. rel. lim.», «R. d. 1. r.» XVIII, p. 141, 5.
Pour ce traitement, cf. Crescini, 1. c, pp. 55, 56 et 57.

�—

61

—

A propos de ces derniers cas: onraz 140 et compenre 93,
E. Marchesini ("9), a soulevé une question importante. Comme
il manque une syllabe à chacun de ces vers auxquels ces deux
mots appartiennent, il a supposé que la voyelle qui se trouvait
primitivement entre n et r n'avait pas disparu complètement,
mais qu'au contraire, elle devait être prononcée d'une façon indistincte (,20).
De cette façon, on aurait obtenu le nombre de syllabes voulu par le rythme du vers. On sait, en effet, que les langues romanes ne sont pas complètement étrangères à une intercalation
des voyelles transitoires entre les consonnes d'un groupe qui
présente quelque difficulté d'articulation. Cela arrive surtout en
dehors du domaine gallo-roman (121). En provençal, ceci n'a
lieu qu'à une date récente avec des mots d'emprunt dans certains dialectes (122).
Si l'on trouve en ancien provençal un cas unique comme
embalauzir à côté de emblauzir (,23), il ne peut pas être expliqué
autrement que par des contaminations avec des mots se rapprochant par le sens (,24). Une difficulté d'articuler le groupe nr
spécialement dans la langue de notre texte n'avait pas pu exister, car d'une part, ce groupe dans nos cas est bien résulté d'un
procédé de simplication qui n'aurait jamais tendu à créer un

119. )
120. )

121. )

122. )

«Studi di Filologia Romanza» ,1887, 11, pp. 29, 30.
Probablement E. Marchesini suppose une prononciation analogue des sons
qu'on rencontre aujourd'hui dans les langues slaves. Cf. p. ex. en serbo-croate
Krst, Hrst (r soi-disant «voyelle») et en bulgare ,1a façon dont on prononce le
groupe bl du nom même de cette nationalité etc..
V. p. ex. pour le dialecte d'Abruzzi les exemples cités par M. Guarnerio dans
la «Konologia Romanza» pp. 76, 77, § 78: maleva pour maiva, aletare pour
altare etc..

p. ex. dans le dialecte luchonais parmi les mots empruntés, on a arrebugerit
«rabougri», liberayre «libraire fabarico «fabrique». V. M. Grammont «La métathèse dans le parler de Bagnères-de-Luchon», dans les «Mém. de la Soc.
Ling. de Paris 1905—1906 (tome XIII) p. 74.
123. )
Cf. M. Anglade, «1. c», p. 193 Palanca à côté de planca remonte directement
à la base palanca v. R. E. W. 6455 : grec phalanx.
124. ) Ici du genre de abassourdir, ébahir, etc.. Ce mot, il faut le rattacher aux dérivés du germ. (franc.) blaadjan, v. E. W. F. 331 b.

�—

62

—

groupe imprononçable et, d'autre part, ni notre dialecte, ni
notre texte en particulier ne révèlent nulle part ailleurs la tendance à intercaler les voyelles dans les groupes consonantiques. On
doit donc chercher ailleurs l'explication de la défectuosité des vers
incorrects. Dans le mot onraz 140 on peut, sans aucun inconvénient voir la forme onoraz (,25), que le scribe avait arbitrairement
remplacée par la forme plus populaire onraz, tandis que le vers
93 sera aussi bien correct au point de vue métrique que clair pour
l'idée qu'il exprime si nous ajoutons le mot tan devant compenre. Comme ce terme de renforcement se trouve aussi au vers précédent (ta, 92), il n'était que très naturel que notre copiste par une
sorte d' «Augensprung» l'avait omis involontairement dans la
phrase où il était pourtant nécessaire (,26).

i .

Consonnes +1.
Le texte ne possède pas beaucoup d'exemples de ce traitement. Le curieux schâpla 207, qui provient de scapula latin (127),
est une forme latinisante. Le groupe bl reste dans diables 239,
nibles 133, et frebla 146. Cl &gt;l mouillé: uél 203, veltât 107,
vél 189, Vell 235, Velz 103, 1 14, mais la valeur de l ne se manifeste que dans les dernières graphies (i28).
Entre m et l s'intercale la consonne épenthétique b dans
tremblant 116, et semblant 119. Intéressante est la forme du
nom propre Mallio(s) 29, 35, 40, 43, avec l'assimilation de
n l à II, probablement encore très ancienne (,29).

125. )
126. )

Cf. aussi visitaz 160 dans notre texte.
Nous devons l'explication définitive de ces deux vers à un entretien prolongé

avec M. P. Fouché.
Pour son emploi au moyen âge, v. Du Gange VI sous Scapula 2: scapulas
dare = fugam inire, «tourner les épaules», cf. Scapulare: investis scapulas tantum tegensn. V. aussi les «Gloses de Kassel» (éd. Fœrster-Koschwitz) F. D. col.
5, 6, scapulas-ahsla (39, 13) et humerus-ahsla (E. col. 1, 2; 39, 15), de même
les «Gl. de Reichenau» 49, 15 (7, 228) et 199 (28, 1164).
128. ) 11 est évident que réclama (74) et preclár (170) sont premièrement des formes
savantes et deuxièmement qu'étant des composées, elles subissent le traitemet, comme à l'initiale; cf. Clamam (6), Claritaz (163).
129. ) Cf. aussi Mallevare, ital., MaleOar, prov.
127. )

�—

63

—

Consonnes devant Y :
Le «Boèce» n'abonde pas en exemples de cette catégorie.
La labiale entrait primitivement en contact avec le yod dans le
mot demi-savant savis (&lt;*sapius) (85), que nous avons traité
ailleurs (13°).
Le groupe ty entre voyelles donne régulièrement la mi-occlusive dentale sonore z dans preza 8, 3e s. Pr. Ind, de prezâr, quastiazo 22, traazo 57, à côté de forme plus savante traiciós 236,
razó 50, 234, à côté de forme française raizo 55 (l31). Enfin
genzor 38 devrait aussi provenir de *genitiorem. Cette affriquée
est probablement aussi sonore dans riquéza 83 et chaitiveza 88,
ce qui serait conforme à l'ancienne évolution populaire du suff.
—itia C32). Les formes comme iusticia 86, 248 et 257, avaricia 220; tristicia 221 sont manifestement savantes.
Etant donnée la régularité avec laquelle notre texte distingue les dentales constrictives des mi-occlusives, il est bien
difficile d'accepter pour amosit 203 une base mutius (,33) ou mut-

V. supra, Labiales intervocaliques p. 43 et suiv.
Cf. Rob. Karch, «Die Nordfranz. Elemente in Altprov.», Darmsladt, 1901,
p. 29. Comp. l'infiltration de la forme rezo dans le domaine provençal surtout
par la vallée du Rhône dans la carte du mot raison («Atl. ling.» 1130). L état
actuel nous montre que la forme apparaît aussi par-ci, par-là dans les régions
qui nous intéressent spécialement (Creuze, Hte. Vienne, Dordogne et Corrèze).
132. ) Cf. E. Adam, «Word Form'ation in provençal», New York, 1913 p. 199. Dans
les textes provençaux il y a eu comme en français un flottement entre la
sourde et la sonore du suffixe. V. p. ex. «Breviari d'Amor» («Chrest.» d'Appel) :
riqueza{s) 115, 296, 333, largueza 115, 318, proeza 115, 319 (comme plazer
115, 301, mespreza 115, 333); de même Monge de Montaudon («Chr.» 44) les
rimes en -eza et les graphies ranzona, fazia, et d'autre part riqueczas dans la
«Nobla Leyczon» (108, 146), qui d'ailleurs écrit aussi raczon (24, 108), proeça
dans le «Busstractat» (120, 22) etc., La forme oreezas (22, 31) à côté de oreesa
(22, 29) dans la «Confession» («Chr.» de Bartsch) parlerait en faveur de la
sonore pour notre région. L'«Atlas linguistique» pour l'état actuel ne donne
que pour les régions de l'Est les formes pour les mots sécheresse 1898 et
paresse 1866.
Cf. en anc. français richesse et riçoise (Godefroy) et le «Diction.» de Darmsteter (D. G.) sous paresse ainsi que les §§ 124 et 82bis de son «Traité de la
formation de la langue française».
130. )
131. )

133. )

R. E. W. 5792, Kôrting 6421 — V. Georges, loc, cit., mucus, mucesco .

�_

64

—

tius (av. des u brefs.), (,34), car dans le «Boèce» S n'est jamais
le représentant de ty, tty, ni de cy latin. Mucidus n'est plus possible C33). C'est pourquoi pour notre texte il serait nécessaire
de supposer au moins une contamination avec musteus (,36).
Ainsi on pourrait admettre que notre mot tient le caractère de
fricative et non de l'affriquée de la deuxième base proposée,
tandis qu'à la première il doit peut-être sa sonorité (,37).
Le groupe dy interv., réduit à y simple encore à l'époque
du latin vulgaire (138), se maintient ordinairement dans notre
texte C39). Nons avons donc tout naturellement eVeia 27, mais
aussieUea 51. Nous obtenons le même résultat du groupe dy secondaire dans cobeetár 173 &lt;*cupidietare et cobeetat 230 &lt;*cupidietate, (écrits ailleurs cobeitat, cobeitar; cobetad dans la «Passion» 1 52), ou des deux e formant une seule syllabe, le deuxième
a nettement la valeur d'un simple yod (cf. le cas de deréer &lt;de
rétro 139; v. Appel, § 59b, p. 89; Schultz-Gora, § 75a, p. 45;
R. E. W. 2405). Il est possible que dans aiudar 70, nous ayons
le même traitement (cf. A. Blanc «Passage de g et í à y», dans
«R. d. 1. r.», 42, p. 103 : ayudegon (reg. de quittantces de 1444,
f° 70, t. narbonnais). Actuellement ce yod reste «fluide» à Nontron et, en général dans le Haut-Limousin et le Périgord Li-

134. )

R. E. W. 5792, 5793.

135. )

V. c intervocalique dev. voy. palatales.

136. )

V. dans Georges, loc. cit. V. groupes de trois consonnes: sty.

137. )

Tenir compte cependant de la graphie s représentant la sourde: pesât 67,
asáz 166, desóz 205 et cosedenz 243. Il est regrettable que M. Meyer-Lûbke ne
se soit pas prononcé sur cette forme dans son article déjà cité («Die c- und sLaute im Prov. «Z. f. r. Ph.» 39, 213). Cf. la carte 869 («elles se moisiront»)
qui donne pour aujourd'hui toujours les formes avec une sonore, parfois affriquée.

138. )

Cf. supra v. Meyer-Lubke «Gram, d. r. spr.», I, § 510, p. 429; E. Bourciez,
«El. de ling. rom.», § 175b, p. 167.

139. )

Cf. Anglade, p. 179; Schultz-Gora, § 87, p. 56; Appel, § 59b, p. 89; Chabaneau, «Gr. lim.», pp. 70, 76, rayá /_ radiare, einouya = ennuyer.» Comparez
aussi la tendance du dial. limousin surtout à Nontron à introduire le yod
transitoire entre les voyelles : Mariyo, cipeyo, pureyo etc. V. Chabaneau, G. 1.,
pp. 38, 118.

�—

65

—

mousin, «se condense)) dans le parler de Tulle. (Chabanaeu, Gr.
1», p. 70).
Sy &gt; ys dans foisó 26, de fusionem avec u bref, pour
jusionem avec u long, influencé par fundere (u bref) (l40) et
preiso 27, à côté de forme réduite probablement sous l'influence
du participe passé près, preso 59. Pertusat 168, p. passé de
pertusiare (,41) est dû probablement à pertus (,42).
Enfin pour le traitement correspondant de ssy, qui devrait
donner yss nous ne possédons pas d'exemple, vu que dans passio 24, nous avons une forme latine.
Cy &gt; c (orthographié aussi z), mi-occlus. dentale sourde :
faca 155, 3e s. subj. Prés, de faciat, écrit aussi avec z à cause
de a suivant faz'(a) 250, et à la Ie s. subj. prés, de faciam:
jaza 196, (»«).
Ici pourrait se ranger le mot du reste savant Grecia 54.
11 serait tout à fait naturel de s'attendre pour le groupe gy
au même résultat auquel nous avons vu aboutir le groupe dy (,44).
Phonétiquement gy pouvait avoir différents résultats en provençal 45 Ainsi aujourd'hui, on voit, par les cartes de 1'«Atlas ling.» essayer (483) et courroie (337), que les types gy &gt; y

C ).

aussi bien que gy &gt; dz, z, sont représentés dans les régions du
Limousin et du Périgord. Le cas unique du groupe gy que nous
possédons dans l'exemple de regio 54, (-io ne forme qu'une
syllabe) ne nous permet pas de dire, si nous avons 1 à affaire à

140. )
141. )
142. )

143. )
144. )
145. )

V. Vocalisme «u» long. ; cf. E. Bourciez, «Précis historiques de la phonétique
française», 103, 28, 1. Cf. cependant supra p. 14.
R. E. W. 6436.
Cf. Schultz-Gora, S 54, p. 31. D'ailleurs phonétiquement le passage de ui
protonique à ù *pertuisar est tout à fait possible. Cf. le cas de iuif, 76,
80 etc., donnant fui {lrastut 25). V. «Réduction des dipht. prot.»
Dans les «Préceptes rei.» de Limoges des environs de 1200 (R. d. 1. r., XVIII,
p. 143) on a déjà à plusieurs reprises fassa.
V. Meyer-Lubke «Gram. der rom. Spr.», §510, p. 429 et E. Bourciez «El. d. 1.
rom.» S 175b, p. 167.
Cf. Anglade, 1. c, p. 181 ; Appel, I. c, (pp. 88, 89, § 59b; Schultz-Gora, § 88,
pp. 56, 57.

�-

66

-

une simple graphie savante (,46) ou si, au contraire, l'orthographe correspond à une réalité phonétique (,47).
Le groupe l + y comme partout ailleurs donne l mouillé qui
se manifeste parfois aussi dans les graphies U ou Iz : nuallos 30,
de nugaliosum, nuallor 210, de nugaliorem; Oeil 235 de *veclum
p. cetulum; velz 103, 114, et tiel 189, veltát 107. De même
jilla 161, de filia et mêler 36 de melior (I48), uel 203 = oc'li,
col 50, 185, de colligit. Capitoli 60 est un latinisme (cf. f. popul. ailleurs: cabduelh, caduel dans le «Gir. de Roussillon)),
«Chrest. »d'Appel. cf. «R.» et «S. W.»).
Dans miri' = miria 211, nous avons le r dérivé de l devant
le yod primitif comme souvent en français : concire, eûangîre
etc. (,49).
Par contre, notre texte ne distingue pas dans ses graphies
le n mouillé de n. Tandis que les autres anciens textes littéraires
provençaux, quelles que soient les régions auxquelles ils appartiennent, emploient les signes spéciaux pour noter le n palatalisé C50), le «Boèce» écrit uniformément partout n : senor 9, 37,
47 de seniorem (,51)- Pourtant nous avons le cas de menz 132 de
*minius C52) où le z final révèle le caractère palatal de n. (,53).
146. )
147. )

La formule épique Grecia la regio se trouve aussi dans le fragment d'Alexandre au v. 35 mGretia la région», («Chrest.» d'Appel, 2).
Cf. ailleurs les graphies telles que regio avec la mi-occlus. palatale et, d'autre
part, avec ieu évident qui se maintient dans reyo (Guilh. de la Barra 922, cité
dans «S. W.» Vil, p. 179) ou même disparaît dans reon dans le «Gir. de Roussillon». («Chrest.» d'Appel 1, 659) ; cf. Anglade, p. 181 : «sans doute reio à l'ori-

gine, puis rejo».
Comparez les graphies de la «Ste Koy» meillors, (474), meillara (425), et aussi
celles de «St. Jean«, tóalia (9, 17) à côté de tôala (9, 14) mo//íát (10, 27, 28),
filleth (11, 5) culliran 113, 3:);d'autre part «Prière à la Vierge»: moler (21, 9).
*49.) Cf. dans les «Mél. ling.», «Français r = d» de Gaston Paris, éd. par Mario
Roques, Paris, 1909, p. 273, 274). La forme miria se trouve souvent dans le
«Cart. de Limoges», v. «S. W.» V, 279. (S. 18, Z. 13; S. 22 Z 3.)
150. ) Ainsi la «Sainte Foy» a inn et nn: seinner (65), sennor (245), comjwmnor.
(561); «St. Jean»: in, ni, dans séiner (14, 8) senior (10, 5; 14, 25); permain
(13, 42) ; la «Passion» : sennior (80, 86) ; «St. Léger» : senior, 75.
151. ) Comp. aussi les graphies de n mouillé de ng: jén (131) de fingit; franen (104)
de frangendo, Plan (159) de plangit et probablement aussi depent (209).
152. )—Cf. supra et Appel, 1. c, § 166b, p. 99, pour menhs.
153. ) Cf. l'anc. cat. — rouss. menys ou meyns, Fouché, 1. c. (p. 199.)
148. )

�Cette imperfection graphique ne fait qu'attester l'ancienneté du
texte. (,54). Pour menzonga 222 de mentionica, et non de mentionia (R. E. W. 5509), voir supra.
Le i dans repairen 80, 91 de repatriant a la double origine :
1 " ry &gt; yr, 2" tr &gt; yr, les deux y s'étant fondus en un seul. (cf.
Appel § 59a, p. 87). La forme emperi 84 est évidemment savante.
Consonnes devant W.
Nous avons déjà vu (155) que l'élément labial des groupes
qu et gu primitifs avait disparu de bonne heure sans laisser de
trace. Naturellement, comme partout ailleurs, il n'en est pas de
même pour ce qui est des parfaits en -ui, ainsi que dans le traitement du w des mots germaniques : gaigre 13, guarnit 56, etc.
Dans les deux cas, le w aboutit à l'occlusive vélaire g. Les
consonne labiales et dentales devant la terminaison -ui de ces
parfaits s'assimilent préalablement à la bilabiale, se contractent
avec elle et la suivent dans son développement ultérieur ; ainsi,
nous avons : ag 28 et ac 34, 152 (de *awi &lt; *awwi &lt; habuit),
de même aig 84 de habui (J5b) agues 92 (&lt; habuisset), et pareillement pogues 93 (de *powwisset &lt; potuisset). Au contraire,
les liquides et les nasales précédent le w, conformément à la phonétique provençale, restent intactes : volg 22, 45, 47, 48, 51 de
voluit, volguist 87 =voluisti, veng 40, 62 et oenc 41 ,67 =oenuit, sostenc 24 == sustinuit et retenc 31 = retenuit. Retegues 95
= retenuisset présente le seul cas de dérogation à cette règle et
si l'on se basait uniquement sur notre texte, on serait peut-être

154. )

La notation de la palatalisation
(p. ex. v. l'Epître Farcie de St.
vers le 12e — 13e siècle. V. C.
les «Annales du Midi», 1908 ,p.
155. ) V. supra groupes qu et gu-init.
(Cons.+r.)
15b.)

avec h, : Ih, nh, ne s'emploie que plus tard
Etienne»). Ce temploie ne se généralise que
Brunei «1. c.»., p. XXII et A. Thomas dans
174.
et le mot segre (59) dér. de sequer»

Pour le i de aig ainsi que la f. analogique du part. pas. agut (108) v. Morphologie.

�_ 68 _
tenté d'expliquer cette graphie par le changement du timbre
qu'aurait subi la voyelle précédente sous l'influence de la nasale qui se serait lié intimement avec elle (,57). Cependant, les
nombreux exemples de la «Sainte Foy» (,58) teg (74, 100, 115,
215. .), tegrun (124, 488), cf. p. passé teguz 372 ont donné la
possibilité à M. Hœpffner d'établir une fois pour toutes,
qu'il s'agissait toujours dans ces cas-là des formations analogiques : ainsi les formes dans la «Passion)) (sosteg 8, susieg 16,)
etc., «Girart de Roussillon» et même dans «Donat» (tec = tenuit
parmi les formes avec «e estreit». Par conséquent, nous avons
le droit d'admettre que notre texte pouvait connaître pour ce
verbe sa forme analogique aussi bien que phonétique (,59). Le
cas intéressant de esvanuiï 202 qui a son pendant ailleurs dans
la forme latine genuit du «Fragment d'Alexandre» (,60) présente
une formation populaire curieuse du participe passé sur la forme pure du parfait latin evanuit qui se faisait entendre dans l'église p. ex. à la lecture de l'Evangile de St. Luc XXIV, 31 : «et
\pse evanuit ex oculis eorum».
Consonnes en fin de syllabe .
Pour les labiales implosives dans notre texte, on a beaucoup de cas de conservation, indice certain de l'ancienneté de
la langue. Ainsi p se maintient devant s dans la forme qui ne se
rencontre que dans les plus anciens textes provençaux, à l'excep-

157. )

Sur cette hypothèse de nasalisation incomplète v. plus haut, cf. Appel, «Prov.
Lautl. § 22, p. 27.

158. )

d. c.» p. 147.

159. )

Pour tous les cas d'analogies comme retegues (95) et aussi pour agut (108) et
cadegut (72), v. Morphologie.

160. )

«Uun Alexandre genuit», 45 — «Kragm. d'Alexandre». Genuit avait formé
aussi des participes passés en -uíí. Pour tout cela v. H. Suchier «Z, f. r. Ph.»,
VI, pp. 436—438, et R. t. W. 2924.
Cf. parmi les latinismes verbaux aussi la f. reiurrexit v. H. Suchier
tibid» p. 437.

�—

69

—

tion de la «Sainte Foy» : eps 15, 18, 172; epsament 125, epsamen 15 (écrit epsam), epsa 214 (,61).
De même, nous avons partout corps 28, 104, 180, 181;
115 = corpus, dont la forme habituelle en provençal est cors (,62).
Dans notre texte aussi bien que dans la ((Sainte Foy», ((Fragment d'Alexandre», ((Passion» ou «St. Léger» (,63), cette forme étymologique a été favorisée pour permettre la distinction
avec cors = cor, cordis (p. ex. dans notre texte au v. 173 à l'ac.
pl.) La même conservation, mais après la sonorisation de la
consonne, se présente dans obs 66, 164, =opus (Cf. la forme
identique dans l'«Ev. St. Jean» (16, 33; 10, 35), «Passion»:
obs 264, ob 262 ; «S. Léger» : obs 28, et la charte N° 225 de la
Coll. de M. Brunei du Nontronnais, 1185 : obs 26.)
Mais dans les deux formes du composé de ipse, metessma 184 et medesma 190, nous sommes en présence de l'assimilation et de la simplification des deux consonnes : ps &gt; ss
&gt;s.
La forme même d'escript 205 (cf. ((St. Jean» escriptura 17,
36,) nous révèle son caractère latinisant. Les graphies de chaitiveza 88 et quaitiu 126, formes normales en provençal (caitiu
«Ste. Foy» 410, «Pass.» 65, cf. la f. actuelle cheitivo dans la
((Gr. Lim.» de Chabaneau p. 83) n'apportent rien de nouveau
pour élucider la formation de *captivitia resp. captivum (sous l'influence de coactus?)
161. )

Cf. «Pass. Jésus-Christ» : eps 10, 35, 417, 423,502, epsa 116, 298,313, medeps 184,
255,mais aussi ades 122,«St.Léger» :eps 56,80,mais déjà «St.Jean» à côte de neéps
9, 25 a eissa 11, 37 et aussi meésme 11, 4, 29.., tandis que dans la «Sainte Foy»
on a que toujours: eiss 1, 90.... eissa 564 et neiss 181, 416, 590. M. Hœpffner
est enclin à voir dans cette différence de traitement'une raison d'ordre géographique plutôt que chronologique. «Il est probable, dit-il, d'après notre texte,
que sur ce point, les dialectes du Midi ont évolué plus rapidement que ceux
du Nord.» (1. c, p. 82, n. 3). cf. aussi C. Brunei, p. XXXIV d u«RecueiI des
plus anc. chartes prov.» : «La forme eis est ordinaire ; es (ou eps) est limousin:. Comparez meeps dans la charte de vers 1140 Limousin 35, 9, p. 40. U
est curieux que dans une seule région la forme archaïque se soit conservée
si longtemps.
162. ) Cf. Schultz-Gora, p. 41..
163. )

«Ste. Foy» 76, 307...., «Fragm. d'Alex.» 71, «Passion» 408; «S. Léger» 235.

�B disparaît aussi par assimilation dans desóz 205 = de subtils, rascóndre 177 &lt; re abscondere (,64), mais reste dans une
forme demi-savante sobtil 187, (,65).
En groupe secondaire, toute consonne labiale devant t, devient dans notre texte occlusive sourde, ainsi p't, b't, v't aboutissent à pt :reptar &lt; reputare 64, descaptan &lt;.*discapitando 114 ;
malaptes &lt;*male habitus 127, doptar &lt; dubitare 175; -ciptaz
&lt; civitatem 165 (l66).
L'occlusive dentale sourde se maintient dans le mot com-

C ).

posé totdias 183 67 Le d du préfixe ad tombe, comme nous
l'avons vu, sans laisser de traces, sauf devant r auquel il s'assimile : acorren 240, amendament 250, apella 129, aprob 35, 42,
aparer 242, aval 212 (cf, avala Brunei 35, 2, 5, Limousin v.
1140),mais arreuso 212,232. La même dentale,combinée par suite de syncope avec la palatale originairement intervocalique aboutit à la mi-occlusive palatale transcrite différemment par fi dans
jutiamen 17, iutiar 61, ou bien par g dans vengament 252 (,68).
La dentale constrictive sourde primaire ou secondaire en position
implosive se maintient : mespres 94, vestit 199, quascus 225,

Ct. K. E. W. 41 abscondere.
Cf. subtil dans le «Frag. d'Alexandre» au v. 70.
La dernière forme dont le développement phonétique du groupe v't a été
probablement -i/t-&gt;-/i-&gt;-p&lt; • se trouve souvent dans les dialectes du Nord du
domaine provençal. V. les «Sermons et préceptes religieux du XIIe s. en dial.
limousin édités par C. Chabaneau, dans la «Rev. des 1. rom.» XVIII, p. ex.,
p. 118: cipiat 118, 9; 118, 18.... Dans les Chartes du Recueil de Brunei,
ciptat se trouve une seule fois dans un texte de Clermont-Ferrand de 1195 :
282, 2; la même gr. se trouve dans «Gir. de Rouss. 42, 29, v. »Chr.» de
Bartsch. Cf. la forme poitevine cipté à côté de graphie plus tardive cité (Recueil de Boucherie «Le Dial. Poitevin au XIIIe s.», Paris — Montpellier 1873).
Pour malaptes cf. malaptes et malaptia dans «les Préceptes» 141, 8 (II, 4.)
«Rev. d. I. r.». XVIII, p. 142 et malaptes «Acte de l'Institution de N.-D.
et de lEgl. St. Sauveur de Limoges», Rev. Langue* rom. XXXV p. 413. La
«Passion» à côté de ciutat 15, donne ciptat, (-d) 49, 266 «S. Léger» ciutat 141 ;
«Ste. hoy» ciutaz 35, 351 ; ciutad 65, 157. La «Passion» donne: malabdes Mà
comme dobten 480.
167. ) cf. la f. potden 173 à côté de poden 213, qui s'explique par des raisons ana168. ) V. supra. Cf. jûtge 15, 1 et jutjáz 15, 22, jutjamen 15, 17, 20 dans l'«Ev. St.
Jean» : «Chr.» de Bartsch. V. les graphies veniansa, veniar et venganssa dans
173.) Cf. Anglade,

164. )
165. )
166. )

�sostenc 24, descaptán 114, desfar 191, desmént 144, almósna 217 (,69),mecíesma 190 écrit encore metessma 184 (cf. ailleurs
meime Appel «1. c.» § 56a, p. 77) et de même encore esmes (6)
pour em (cf. en anc. fr. emes, p. ex. dans le «Roman de Pro
theslaus» v. Godefroy III : estre) ; mais s'assimile devant les liquides : derramen 195 (cf. la «Passion» : deramar p. 269) vell
= veslo 10, comme ailleurs sus lo &gt; sul (cf. Appel «1. c.» § 56a,
p. 77 et sa «Chrest.» 13, 2; 125, 32). Tradár 66, traazo 57 sont
les recompositions de trader e fat. : tra + dare (cf. traiciós 236).
A côté de transmitto en latin existait déjà tramitto, d'où tramét 54, trametia 65.
Le groupe SC devant e ou i donne iss, is (s sourd) : aissent 197, pais 5, &lt; pascit. Le i a disparu par suite de réduction
de diphtongue ei en position protonique dans desend 1 54 &lt; descendit C70).
Le groupe et dans le «Boèce» est toujours représenté, sauf
dans le mot savant doctor 39, par la graphie H: fait 105, 217
218, 220...., perfeita ment 150, nóit 90, forfaiz 15, dreita 208 C71). Dans ditan 78, il y a eu évidemment contraction de
la «Chrest.» d'Appel. Cf. les graphies de la «Sainte Foy» paradge 229,
linnadg' 6, judgadors 473. Les «Préceptes» limousins «R. d. 1. r.», XVIII, p.
145 donnent des graphies identiques à celles de notre poème: jutjar, 145, 3;
jutjamen 145, 4, 37, tandis que «Oratio de mati» a jutgament.
169. ) Cf. ailleurs les formes provençales: almorna, almoina «Chrest.» d'Appel; almosna dans l'«Acte de l'inst. de la Confr. N.-D. en l'égl. S. Sauv. de L.» :
«R. d. 1. r.» XXXV, p. 413 et dans un texte de Gévaudau de vers 1109, «Chartes» de Brunei; almorna dans les chartes de Rouergue (195, 13, de 1182; 196,
(8, 12 de 1182): almoina dans
Quercy (119, 2 de 1170), almona dans le Périgord (225, 81) (éd. Brunei).
Actuellement (carte N° 73) la f. sans r: omono se trouve dans la H. Vienne
et la Uordogne — avec r: omorno dans la Corrèze.
170. )

Cf. «Passion» dessend 393 et, par contre, La «Sainte Foy» deissended 303.
V. supra «Voyelles protoniques.»

171. )

Au masculin, nous avons déjà signalé la forme réduite dréz 120. Cf. dans les
«Sermons et Préceptes rel.» de Limoges, éd. par C. Chabaneau «R. d. 1.
rom.» XV11I, p. 142: drez (F° 59 r° -IV), de même dans l'éd. de M. C.
Brunei dret (subst.) : Castre,, 1090 (6, 3) ; Quercy 1120 (23, 2). Dans notre cas,
comme dans les «Sermons», la réduction a pu être occasionnée par la présence
de la mi-occlusive dentale dans laquelle l'élément palatal pouvait se fondre.
Noter pourtant que les troubadours au temps classique employaient toujours
dreitz.

�—

72

—

deux i, tandis que pour gitar 71, on admet généralement une
dissimilation ancienne des éléments palataux (,72).
Si nous comparons cet état de choses dans notre texte avec
la carte VI dressée par Suchier dans le «Grundriss der rom.
Philologie» (I, 2° édit.) et ses divisions des dialectes d'après le
groupe et ibid. p. 758, 759), nous trouvons que le dialecte limousin, de même que le pérogourdin, y est indiqué comme appartenant à la région où le et latin aboutit à ch. • (,73). Ceci nous
est confirmé aussi, par exemple, par «l'Acte de l'institution de
la confrérie Notre-Dame, en église Saint-Sauveur de Limoges»
de 1212 C74) où nous ne rencontrons que des formes avec ch.:
bejach, uuech, dich, nuech. . . . Cependant, si nous remontons
un peu plus haut dans le temps, nous trouverons que cette graphie n'était pas si régulière. En effet, dans les «Préceptes religieux», écrits aussi en limousin et qui, comme l'avait dit Chabaneau, présentent la plus grande ressemblance avec les poésies
religieuses de ms. latin 1 139. .. ., avec le poème de «Boèce» et
avec la traduction des chap. XIII à XVII de «Saint Jean)) (,75),
qui appartientent d'après Chabaneau aux environs de l'an
1200 C76), nous trouvons des graphies très diverses d'une part
faiht (p. 143, V. 3) diht (p. 144, 19) et oiches (p. 143, 29), dreichuras (p. 143, 19), d'autre part, comme dans le «Boèce», fait
(p. 144, 19), dreitura (p. 143, 21). Le même état chaotique de
graphies se rencontre dans le «St. Jean» dans lequel la graphie
eh est déjà introduite: fáchamen 13, 26, fâcha 9, 8; 12, 32;
drechúra 15, 17, 19, sofrachós 10, 36. Mais aussi à côté de ch

172.)

Cf. Appel, 1. c, p. 80, § 56b: «getar, gitar /_ jectare wird durch Dissimilation
auf der Stufe d'et'ar (Zts. 23, 361, Meyer-Liibke, «Franz. Gram.j&gt; § 229, 1)
erklàrt.»

173. )

Cf. aussi Anade, 1. c, p. 166; Crescim, p. 33; Schultz-Gora, p. 51.

174. )

V. textes publ. par C .Chabaneau, R. d. 1. r.,
Porschke, 1. c, p. 25;

176.)

R. d. 1. rom., XV111, p. 107.

XXXV, p. 413, 414, 415.

�nous rencontrons ith : fâith 10, 3, 12, 13; dîith 10, 17; 11, 26;
noïth 10, 38; frúith 13, 19, 20, 24, 28, 36; 14, 13, ('77) et ih:
frúih 13, 20 et finalement comme dans le «Boèce» if : faitamen 11, 42; fait 13, 10, 36; fâita 13, 34. Si l'on continue à
poursuivre dans l'ordre chronologique la même étude dans le
«Recueil des chartes» de M. Brunei on trouvera que, malgré
certaines exceptions pour des textes avec des graphies non constantes C78) ou appartenant aux régions où la gr. ch s'est généralisée de bonne heure (,79), on pourra établir que la graphie de
ch dans les mêmes régions peu à peu supplante presque régulièrement celle de if (l80). Ainsi pour le participe passé fait-a, très
souvent employé comme formule, nous trouvons la gr. if à peu
près exclusivement jusqu'au milieu du XIIe s. ; ainsi elle est attestée en Rouergue en 1120 (15, 32) ; en Gévaudan vers 1137
(29, 2); en Limousin v. 1140 (35, 11), en Limousin encore v.
1140 deux fois (37, 7, 17), en Rouergue 2 x v. 1143 (41,
30, 33), en Rouergue 1146 (43 ,12), en Gévaudan 1147 (44,
11), ihid, 1150 (57, 2); ibid. 1152 (69, 8), en Rouergue 1155
(72, 11). Dans la charte du Rouergue de l'année 11 57 (78) commence la confusion avec la graphie ch (78, 29 à côté de if 78, 3,
21), qui devient de plus en plus fréquente. Pour ne citer que
les chartes du Rouergue, nous nous contenterons de nommer les
textes avec la forme fach : 132, 17, (de 1 171), 178, 13 (v. 1180),
208, 30 (v. 1 183), 248, 2 (v. 1 190) etc., etc., de même en Quercy 228 (228, 7 v. 1 185). .. .

177.)

Cf. aussi les cas de patalisation de t au contact de i final disparu: jilleth 11,
5; veûth 11, 38 /*ueduti etc.

IJB.)

comme l'est p. ex., le t. 13 (dreit 13, 41 ; dreiz 13, 27 et drech 13, 20, 25, 30.
Gévaudan v. 1109, Collection Brunei).

179. )

malafach 44, 18 (Gévaudan 1147); 69, 11 (Gév. 1152).

180. )

On devra aussi noter que la gr. ch = ct lat. vient probablement de la région
appartenant au domaine de ca -init. &gt; ca~, où par conséquent, la confusion de
deux ch n'était pas possible (ex. cités pour drech de la r. de Gévaudan: 13
(v. 1109), 44, (1147) et 69 (1152) — ce qui veut dire que les sons de ch£^c(a)
et ch/_ct n'étaient guère identiques encore à cette époque.

�-

14

De tout cet exposé nous croyons pouvoir tirer la conclusion :
1 °) que la graphie de ch &lt; et latin est postérieure chronologigiquement à celle de if, laquelle avait été primitivement générale dans les dialectes provençaux y compris le limousin
(ch n'y apparaît qu'au milieu duXII" s. : dich en Limousin 36,9 v. 1 140) ce qui correspondrait parfaitement à l'évolution phonétique de ce groupe (181) et
2") que la confusion des graphies apparaît vers le milieu du
XIIe s. et, ce qui est surtout important pour nous, que la
graphie ch pour le phonème issu de et latin, doit être relativement rare, voire même nonexistante au X/° siècle. C'est
pourquoi, nous croyons aussi que le texte de 1'«Evangile de
St. Jean» ne pouvait pas être écrit en tout cas avant le commencement du XIIe siècle

C82).

Ainsi, comme nous l'avons démontré, rien n'empêche sous
ce rapport que notre texte appartienne à la région limousine où
le phonème if &lt; et latin s'est conservé par endroits jusqu'à nos
jours (183), et d'autre part, malgré ce dernier fait, tout porte à
croire, d'après cet exposé, que notre manuscrit n'est pas postérieur au XIe siècle, car si c'était le contraire, l'intégrité graphique de if serait vraiment étonnante, vu surtout que notre texte
avait passé par plusieurs mains (,84).

181. )

Cf. Crescini, 1. c, pp. 33 et 34 et les ouvrages cités par lui: Ascoli, «Una
Lettera glottologica», 1 crino, 1881, p. 41; Schuchardt, «Zeitschr. fur rom.
Ph.», IV, p. 146; Thurneysen «Keltoromanisches». Halle, 1884, p. 14; E.
Windisch «Keltische Sprache» dans le «Grundriss der rom. Phil.» de Grôber
1, 2, édit. p. 308, Meyer-Lûbke «Einfiihrung» pp. 177—78.
182. ) D'après Hofmann, «St. Jean» est de la fin du XIe ou du commencement du
XIIe siècle: Bartsch le publie dans la «Chrest.» comme texte du XIe s. M.
Porschke («I. c», p. 25), — était arrivé à la conclusion qu'il appartenait au
XI1° s., ce qui était déjà prouvé par Paul Meyer (v. «Kom.» 1, p. 383).
183. ) V. pour plus de détails les cartes de l'uAtl. ling. »v. 427 «la main droite»
et surtout N° 524 «trop étroite». Cf. Anglande, p. 166, n. I. Consulter Chabaneau, «Gr. Lim.», pp. 65, 66. Cf. Appel dans son introduction des œuvres de
Bernart de Ventadour, p. CXXX1V, 17: «In der Tat gehôren sowohl fait wie
fach dem Limousinischen an.»
184. ) La graphie it /_ et s'est cependant conservée presque intacte dans la région
nontronnaise, en tout cas jusqu'en 1185, ce que prouve le texte N° 225 du

�—

75

—

Enfin, il est presque certain que le son ty = if &lt; et lat. était
encore fort différent de /çy = cha &lt; ca lat. init. (v. supra
ca — init.) Rien dans le texte ne révèle la valeur exacte de ce son. -Cs (x) &gt; is : îaisa 16, laiset 32, 69, laisar 87, (cf. «Ste. Foy» p. ex. laissaz 252 etc., «St. Jean»
laise 13, 2), feisef 190; dans dis 100 («Ev. St. Jean» diiss 9, 18,
21 à côté de diss 17,5), les deux i se sont contractés. Acsi 145 est
une graphie archaïque pour aissi et qui probablement était déjà
prononcé comme la forme régulière du provençal (,85). En position protonique le groupe eis &lt; ex se réduisit à es : esvanuit 202,
(avec le préf. ex- pour e-), esdecenen 235, essemple 32 (,86).
Déxtra 246 est un pur latinisme,
ria 223 C87).

de même que lucxu-

L'occlusive gutturale est restée sans changement dans ecvos 44, 72, (cf. héc 1 16). Pour les formes cuid 33, 42, cuida 237,
cuidet 68 (dérivés du v. cogitare lat.) en rapport avec ce que nous
avons dit pour expliquer le passage de o à u dans ce mot (,88),
nous croyons que le groupe gd secondaire n'a pas eu le temps
de se former, mais qu'il y a eu tout simplement, au moins pour
notre région, la résolution de g intervocalique en f (l89).
Le texte n'a pas de représentants du groupe lat. gn sauf
signijiga 206, 208, 257 et signification 231 (écrit signijacio avec
«Kec.» de Brunei: fait 100, destreit 92, esp/eii 104, ..mais ochena part 3. La
langue du texte a par ailleurs bien des affinités avec celle du «Boèce». — Cf.
aussi C. Chabaneau, «Gram. Lim.», p. 66.
185. )

Cf. H. Kjellman, «Etude sur les termes démonstratifs en provençal», Gôteborg,
1928, p. 17.
V. «Ste.Foy» aisi 32, aissi 316 etc.. «St. Jean» aissi 13, 37, 40; 18, 17; aisi
14,3 et eissi 11,7. Brunei, «Rec.» : aisi 10, 5, (Prov. vers 1103).

186. )

Cf. «St. Jean» eissémple 10, 1.

187. )

pour la graphie surabondante comparez amicx 149 de la «Passion J.-Christ»

188. )

V. Vocalisme-Umlaut, cf. la forme cogded («Passion» 340) où le processus a
été différent.

189. )

Ln tout cas, il faudrait distinguer la formation provençale septentrionale de
cuidar de celle de cujar qui se trouve cependant même dans le «St. Jean» 10,
33, v. Appel, § 56, p. 82. La «Sainte Foy» connaît les deu xformes : cuid 203,
531 et cuig 21, cujed 105.

�—

76

—

une barre au dessous, beaucoup plus récente, qui sont manifestement des latinismes. La labionasale se maintient tout naturellement devant labiale : sempre 147 (et par conséquent aussi au
vers 15 : sepre) ; emperador 35, 44, emperi 84, temporal 97, (écrit
teporal), compenre 93, comprari' 193. Devant dentale, elle passe
par assimilation à n dans la syllabe protonique : quandius 1, donzella 160, 215, 244; donzellet 195. Dans le cas de comps 140
à côté de cóms 34 &lt; cornes, elle résiste à l'assimilation par l'intercalation de l'occlusive labiale (,90). (Le p, il est vrai, est exponctué dans le ms. Évidemment, ceci doit être pris en considération. Mais à quelle date l'exponctuation a-t-elle été faite?
L'encre semble être la même que dans l'ensemble du texte.).
-Nonqua 14, (écrit noqa) provient du lat. nunquam p. numquam (,91).
Le groupe mn (,92) primaire ne se trouve que dans le mot
omnipotent 16, écr. omipotent et en toutes lettres: 151, 248;
où il reste sans changement, ce qui d'ailleurs ne nous dit rien,
comme c'est un mot ecclésiatique par excellence. Secondaire
mn peut par dissimilation devenir mr dans damrideu 143 (,93).
Il reste sans changement dans alumnaz 164, cosdumna 79,
nomnar 186, (écrit nonar? cf. sepre 14 à côté de sempre 147,
aussi teporal 97), domna 170, 176, 199, 243, 246. {dompna
comme dans le «Noël»-Chrest. de Bartsch 20, 16 ne se trouve
pas, mais v. plus haut le cas de comps 140). De même, dans
190. )

Cf. aussi la même graphie dans la «Vida de la benaurada Sancta Doucelina»
dans la «Chrest.» d'Appel (119, 126) et les graphies dans le «St. Léger»:
compte 55, cantomps 3, devemps 1. De même dans le texte limousin de 1212
«Acte d'Institution de la Conférie N.-D. en l'égl. Saint Sauveur de Limoges»,
dans la R. d. 1. rom., XXXV, p. 412: domps p. doms. Par contre cons
dans le «Gir. de Kous.», Appel, Chr., 1. 70, 84. Comparez le processus analogue en catalan : compte à côté de conde (cf. R. E. W. 2078 et R. II 453)
cf. la f. avec assimilation : en espagnol conde, en italien confe.
191. ) V. Les Dictionnaires de Georges et de Freund. Comparez nonca 383, et nunqua 591 dans la «Sainte Foy».
192. ) Pour ce groupe consulter Meyer-Liibke, «Gram. der rom. 5pr.», I., § 486.
193. ) forme qui se trouve, p. ex., dans le «Noè'ï», «Chrest.» de Bartsch, 20, 11; cf.
aussi «Gir. de Roussillon» : Damredieu, Domridieu, Damlideu, et les chartes
du Rouergue Brunei, 89, (v. 1160) et 178 (v. 1180): domrideu.

�omne(s) 1, 7, 172, 178, 106, 228, 233, à coté de ome(s) 20, 21,
85, 126, 154. Dans cette dernière forme, M. Crëscini voit la dérivation de la première par assimilation progressive comme en
français (1. c. pp. 24 et 63). Par contre, M. Appel croit plutôt
à l'existence dans notre texte des deux formes dérivées par voies
différentes : d'une par omne par syncope de la pénultième atone
du proparoxyton d'autre part, orne, résultat de la chute de voyelle
finale et de disparition de n mobile (§ 41b, p. 49. § 41d, p. 51).
M. Appel appuie son raisonnement sur le fait que, d'après la
loi phonétique provençale, l'assimilation dans ce cas pourrait
être régressive, et non progressive (comme dan &lt; damnum).
Il faut dire, tout de même, que des cas contraires existent en
provençal, tantôt dûs à l'influence française, tantôt à des faits
extérieurs. Ainsi, on pourrait trouver, pour ne citer que les mots
qui nous intéressent, nomar, allumar, costuma (l94). Comme
nous l'avons vu tout-à-1'heure, ce genre d'assimilation ne c'est
produit dans notre texte, pas plus que dans la «Passion» : damnât 456, numnat 466. Par contre, en position protonique, c'est
l'autre assimilation de m à n qui s'est produite devant les dentales (donzëlla 160.., donzellet 195), et de même devant n en
syllabe devenue finale dans : donz 28 on a bien l'assimilation régressive du même groupe, attesté par la graphie de z (195). Le
dernier cas s'explique aussi par l'emploi procilitique du mot.
Les autres anciens textes limousins ne nous fournissent aucun
exemple du passage de mn à mm (196). Ainsi «St. Jean» a bien
194. )

M. Appel les considère comme non provençales (P. 60, § 45). V. Costuma
dans la «Chrest.» d'Appel : 95. Il (Dalfin d'Alvernhe et Perdigo) et dans
la «Chrest.» de Bartsch 373, 21 («Trad. du livre des vices et des vertus».) Pour
alumar, S. W., 1, 53, cite des «poésies religieuses 2622, 2789, 2788 etc. Nomar
se trouve dans la «Vida de St. Honorât» («Chr.», Appel, 8, 68) cf., S. W., V.,
409. cf. p. contre nonar dans «Ludus Sancti Jacobi», XV° s., «Chr.» Bartsch
441, 25; 443, 6. Ces deux derniers mots subissaient probablement l'influence
des subst, lum et nom.
195. ) V. aussi la gr. dom 12, 31, etc.. dans «St. Jean».
196. ) U est à noter que sur 5 cas de ome(s), il ne se trouve aucune trace de géminée.
(cf. pourtant la gr. fautive commencen). Si, malgré l'ancienneté de notre texte,
l'assimilation avait déjà pu se produire, elle aurait dû au moins se manifester
dans les graphies.

�fémna 16, 5 ; le «Noël» domna 19, 25 et dompna 20, 16, la «Prière à la Vierge» jemna 21, 5, 6. Les ((Préceptes relig.» : femna VI (Fo 60 r") p. 144, et 2 VI ,36, p. 145 etc dans la «R. d.
1. r.» XVIII).
La charte limousine de vers 11 40 (l97) nous cite le nom de
Ramnolf (36, 12) (198) et, ce qui est encore plus intéressant, elle
donne comme nom géographique local uLemna» (35, 3) (rivière
en Creuse près de Bourganeuf). Par conséquent, comme il est
évident, ni notre texte, ni le dialecte de la région dans laquelle
il avait été écrit, ne semblent avoir aucune prédisposition pour
l'assimilation progressive du groupe mn ('"). D'autre part, pour
comprendre la formation de orne, il faut avoir présent à l'esprit
que notre langue était encore dans sa plus jeune période de
l'évolution. Le squelette de la langue ne s'était pas encore solidifié. Bien des phénomènes étaient en train de se produire (dégradation des consonnes en position faible : metessma 184, medesma 190, la bresa 14 à côté de lo près 64, palatalisation du
ca-initial, incertitude graphique pour les voyelles d'appui, terrestri, viuri, Damrideu, à côté de altre, malaptes etc. .), enfin,
on ne saurait jamais trop répéter que malgré la tendance de notre
langue à la syncope des pénultièmes atones et des contre-finales,
il existait encore l'autre procédé de traitement des proparoxytons.
Tous ces faits, et surtout le dernier, nous amènent à conclure que pareillement à la formation de ioVe(s) &lt; iuvene( + s) (1,
7, 112), avec le maintien de la pénultième atone et chute de la
finale et de n ((mobile», nous pouvons avoir aussi orne (200) dérivé directement de omene &lt; homine grâce surtout à la présence

197. )

N° 35 de la collection de Brunei.

198. )

de même Ramnulfo — Marche v. 1180 (184. 5).

199. )

Pour l'assimilation régressive dans le dialecte limousin v. Chabaneau, 1. c. p.
100 {jemina &gt; fenno; seminare &gt; sennâ; damnare &gt; dannâ), v. pourtant
les exceptions p. 110. .

200. )

Cf. les cas nombreux dans la «Sainte Foy»: homen 304, 251, 352, 412, 512,
524, homens 136, 399, 455, 469, 474.

�—

79

—

constante de ce type dans la langue de l'église (201), Donc, tantôt omne, tantôt orne, tout comme l'avait supposé M. Appel.
N implosif.
Conformément au traitement du n final (202), le n implosif se comporte dans notre texte avec une bien plus faible persistance que dans la «Sainte Foy» (203). 11 disparaît tout naturellement devant la dentale fricative. Cette chute s'est accomplie
encore à l'époque du latin vulgaire dans : preiso 27, preso 59,
prés 127 ; mas &lt; mansus 163. Puis elle se continue même dans
les termes savants, comme pesât 67, pessa 135, pessar 174 à
côté des graphies latinisantes pensar 90, pensa 203 (204) ; il en
est de même de n du préf. con- dans per cosedenz 243 (205).
Ensuite, le même phénomène se généralisa en provençal :
gés, 210 à coté de gens 48, 131, (&lt; genus, R. E. W. 3738),
ses 19, (206), vés &lt; venis 130.
N est tombé dans le préfixe en devant les fricatives labiodentales : efant 79 (207), eferms 108, efférn 182 (m), evaiment 244, eveia 27, evea 51, evers 113, 141, 250. Il est resté
devant l'affriquée dentale dans encent 251, comme c'est le cas
du reste presque partout ailleurs (cf. cependant essendre chez
Guillaume de Tudela, cité dans R., II, 378. — Pour les groupes ns, nf, no v. surtout Anglade pp. 186 ,187, 188). —

201. )

Cf.

202. )

supra Vocalisme : Proparoxytons et traitement des contrefinales.
V. Infra, pp. 94, 95.

aussi en anc.

fr.

aneme 332..,

imagene 87..

dans le «St.

Alexis».

V.

203. )

V. Hcepffner, pp. 84, 85.

204. )

Dans apesant 73, au sens physique concret, et partant d'un emploi plus populaire, cette chute a dû se produire à l'époque encore plus ancienne, de sorte
que là nous avons à coup sûr s sonore (cf. fr. peser, it. pesare).

205. )
206. )
207. )

qui s'oppose à consider 340, considr' iLb,

Cf. St. Jean efánta

16, 6; eján

Confr. N.-D. de Lim. R. d. 1.
p. 412, 111, 2, etc.
208. )

de la «Ste. Foy».

Cf. d'une part «St. Jean» : ses 13, 28, et «Noël» : ses 19, 6, d'autre part «Ste.
Foy» : sens 345, 381.
16, 7; efantat
r.,

XXXV,

Cf. «Préceptes rel.» R. d. 1. r. XVUl, p.

16,

7; «Acte de l'inst, de la

p. 412: effan de même cofraria

144, VI, 8 et 23: efern. Par contre,

la «Sainte Foy» en/erm 46, enfern 192, 282, 296, 309. Dans la charte du Limousin (Brunei 35) de 1140 on a e/er.

�—

80

—

Il est aussi tombé dans la combinaison enclitique el &lt; en
lo 60, 182, 204, 256, euz &lt; en los 139 (209).
On pourrait cependant dire que le n implosif reste tout de
même en général à l'intérieur du mot : contenco 56, menzónga 222, (comme dans la «Ste. Foy» : menczonga 397, mais ailleurs souvent menzorga et mess—).
Pour retegues 95 à côté de retenc 31 et sostenc 24, v. supra
«Cons. devant w» et uinfra «Morphologie)).
Il devient r devant m dans arma 155, 182, à côté de
anma 180. La forme avec r, régulière en provençal, apparaît
dès les plus anciens textes au moins dans la région du Nord (2,°).
Groupe nd.
Le groupe nd reste intact dans notre texte qui ignore l'assimilation progressive nd &gt; nn : manda 55, mandar 86, cománda 183, emendament 12, mandamen 18, amendament 250,
quandi 201, lendema 60 (2"). Ainsi, notre langue se sépare nettement de celle du domaine gascon où nd &gt; nn (212).
Redra 57, (v. supra et Morphologie) provient directement
de reddere lat.
209. )

Ct. «St. Jean» ell 12, 2; el 12, 6, 11 eu, 12, 12, 25, 44; «Préceptes»; eus; p.
144, VI, 24. La «Ste. Foy» à côté de ell 192, 296, elz 144, donne enl 417, enz
273.

210. )

Cf. «St. Jean» qui donne exclusivement árma 11, 17, 19; 14, 5; les «Préceptes
rel. du Limousin» (env. 1200) arma p. 144, VI, 11, 15; p. 145, VI, 34 («R.
d. 1. r.» XVI11). Dans la région du Rouergue les deux formes sont attestées
au XIIe s. (Brunei, 1. c. 60, p. 64; 58, p. 62 et 196, vers 1182, p. 202). Dans
la région de Toulouse, la f. arma apparaît aussi au XIIe s. (Brunei, 28, v. 1135,
et 65). La «Sainte f"oy» au contraire ne connaît que anma 203 ,393 ,568 v.
Hœpffner, p. 84.

211. )

dans annár 69 etc. cette réduction était accomplie de très bonne heure encore
en lat. vulg., cf. Appel, xiProv. Lautl.», p. 60, § 45, Meyer-Liibke, 1. c, I,
§ 497. (Seul ent /_ inde 162, 165 s'est réduit à en dans la grande majorité des
cas, grâce à son emploi proclitique ; Appel, ibid.)

212. )

V. les rimes de Marcoat (XIIe s.) citées par M. Hœpffner, 1. c, p. 68, n. 2,
Le «Recueil des textes de l'anc. dialecte gasc.» de A. Luchaire, Paris 1881,
nous présente des formes au groupe réduit dans les textes datant de la IIe

�—

81

—

gr. ng lat.
L'ancien groupe ng devant une voyelle palatale donne n
mouillé: plan 159, franén 104, fén 131 (Cf. supra gr. senor 9,
37, 47 &lt; seniorem; («St. Jean» écrit nn : cennét 10, 23, ou reste
fidèle à la graphie latine. Senior 10, 5 etc.) et peut-être aussi,
par analogie avec les formes du présent et de l'infinitif,
depent 209 [Cf., p. ex., le «Brev. d'Amor» de Matfre Ermengau : depenh (Ap. 115, 269). B. de Ventadour pourtant rime
dépens avec lens &lt; lentus (18, 23).]
L implosif.
Notre texte a été plusieurs fois cité à cause de ses cas de
la vélarisation de l implosif qui sont les exemples les plus anciens de ce phénomène en langue provençale (2'3). Ils ne sont
pas nombreux et n'ont lieu que lorsque / ou II se trouve après a
ou e et devant consonne dentale: s'auça (&lt; altiat) 167 à côté
de alçor (&lt; altiorem) 213, euz 139 &lt; in illos (214). Une seule
fois, le / passe à i dans aitre 10 &lt; alterum, à côté de altre 42,
124, 127 ; altra(s) 61, 214 ; cas qui avait été avec raison rapproché par MM. Crescini et Anglade (215) des phénomènes analogues dans le toscan central (aitro, aito, moito), dans le portugais (muito), et l'espagnol (*mujtjo &gt; mucho), de même que dans
moiton également en tocan (mouton). M. Anglade cite l'exemple
du même ordre en provençal: aibre (aybre = albre ou arbre),
dans les «Leys d'Amors (216). Dans les «Préceptes religieux» du
Limousin (217) nous possédons un exemple encore plus précieux
dans coitive (p. 143, IV, 11, (2) cf., dans «St. Jean» coutivámoitié du XIIe s. Cf. le «Glossaire» pour comanair.., demanar, domanar
(Montsournès 1173). Dans la collection de Brunei, nous avons comme exemple
du milieu du XIe s. emennar à Côté de emenda 3, 16, (Narbonnais, vers 1053).
213. ) Cf. Crescini, p. 56; Appel, p. 79, § 56a, Meyer-Lubke, «Grainmatik der rom.
Sprachen», p. 407, § 482: «Schon der Boethius schreibt eu, euz, aucayi.
214. ) Cf. aussi à la finale: eu / ille: 49, 57, 155.
215. ) Crescini, p. 57; Anglade, p. 190.
216. )
217. )

P. Fouché («Phon. hist, du roussillonnais» p. 176) explique pour le catalan
le cas de aibre par dissimilation de Zos arbres &gt;*/os asbres &gt; /as aibres .
«Préc. rel.» dans «Kev. d. 1. rom.», XV111, p. 143.

�— 82

—

dre 13, 18) qui démontre que Chabaneau avait bien raison de
soutenir que l'ancien dialecte limousin devait connaître plusieurs
cas de ce genre de passage de l à i (2I8). Partout ailleurs le l
reste: sale 6, salvar 68, salvament 69, fais 10, felni(a) 62,
218, feeltat 219, mo'/f, 26, 112, 138.... et molz 99, 106, alquant 212, dolzament 129, 153.... polsát 167, almósna 217,
Vitra 65, 172, est bien une forme latinisante. Les exemples de
vélarisation, si peu nombreux qu'ils soient, nous sont précieux,
car ils font de nouveau rapprocher le «Boèce» des autres textes
limousins (2I9) et l'éloigner de la «Sainte Foy», qui ne connaît
point ce phénomène (220). Leur petit nombre ne démontre que
l'ancienneté de notre langue et semble attester le commencement de ce processus qui va plus tard se généraliser presque
dans tout le domaine du provençal (221)Parallèlement avec ng &gt; n (222), IV g &gt; *Zy &gt; l mouillé dans
col (50, 185) &lt; colligit.
Le r implosif est solide dans notre texte comme partout ailleurs. Le seul exemple de sa disparition se présente devant s
dans VeVd) 10 = primitivement ces lo (223). La forme de la pré-

218. )

219. )

220. )
221. )

222. )
223. )

V. p. 96 de la «Gram. lim.» de C. Chabaneau. L'influence des types aital,
ailant dans notre cas nous semble moins probable.
Les recherches scientifiques ont prouvé que cette «palatalisation» de l
pouvait se produire dans tes régions les plus diverses et à des dates les plus
différentes. Cf. Meyer-Liibke, 1. c. ,1, p. 345 et suiv. et Gust. Herbig dans la
«Glotta» V, 1914, p. 253.
«St. Jean» sous ce rapport présente un état beaucoup plus avancé de la vélarisation de l que notre texte: il a non seulement éuz 9, 33; 14, 30; 15, 36,
42.... (/_ illos), mais aussi autre 12, 17, móutas 13, 11, móat 13, 28, 36; (cf.
«Noël» l9,7),coutit;ádre 13, 18, auz 10, 36; 17, 16; Une seule exception dev.
gutturale alcûs 12, 35. cf. aussi les «Préc. rel.» eus p. 142, II, 6; peu* 144, VI,
deus p. 145, 31, (K. d. 1. r. XVIII) et dans un texte limousin de 1208. ceu*
p. 411, 1, 2, («K. d. 1. r.» XXXV, p. 411).
cf. Hœpffner, p. 86.
Pour l'état actuel v. les cartes 259 («chausser») et 685 («en haut»). La vélarisation de / d'après Meyer-Liibke, «Franz, Gramm.», 169, semble être attestée
depuis le VIIe s.; cf. E. Bourciez, «Eléments de linguistique rom.», pp. 186,
187, § 176.
V. supra le groupe l+y.
Cf. dans la «Sainte Foy» /o* /_ /on 371, 574 et ailleurs les cas ne», vas, devet
(carte de Limousin de v. 1140, — Brunei 35), daoa* à côté de oeri, devers..

�—

83

—

position Vert = vers 192 s'explique par des raisons d'ordre analogique. V. Morphologie (cf. la f. gasconne bert dans l'acte de
1252 du pays de Soûle dans le «Rec. de textes de l'anc. Dial.
gasc.» d'A. Luchère, Paris, 1881 ,p. 48; cf. les exemples de
bert dans S. W. VIII , sous Vas). Nous ne pouvons rien ajouter
à l'étude du rôle implosif de l'élément labial de la diphtongue
au faite par M. Hœpffner dans son introduction à la ((Sainte
Foy» (224). Dans le «Boèce», le sort de la consonne après au et
devant voyelle est ordinairement identique à celui d'une consonne intervocalique en général. Ainsi, dans auvent 23, nous
avons la disparition de d et ensuite l'intercalation de v pour éviter l'hiatus produit i225).
Nous avons de même la sonore z dans auzello 21 1 et auzil 226, 231 (226), dérivés de aucellum (v. K. Georges et W.

Freund «Dict.»).
Il nous reste donc acupár 241 (227) &lt; aucupare qui ne peut
provenir que de source savante, comme ailleurs agur&lt;augurium,
et aucis 181, qui se présente dans notre texte comme la «Sainte
Foy» (v. les vers 112, 119, 138, 308, 392, 455, 468, 474, 526,
532) et dans la plupart des anciens textes provençaux dans la
forme avec c qui a la valeur de la mi-occlusive dentale sourde,
ce qui serait facilement expliqué si l'on pouvait admettre une
base *abcidere au lieu de *aucidere (228).
et escas à côté de escar /_ excarpsa,
Cf. Appel, p. 78, § 56a, Anglade p.
195 Crescini p. 59. F/os peut être influencé par le latin //os.
ZI*.)
225.)
22b.)

pp. 87, 88.

V. supra «dentales intervocaliques». Laudaven 139, 142 est un latinisme.
Comme l'avait signalé M. Hœpffner (v. endroit cité), dans les textes provençaux il y avait eu un flottement pour cette forme qui apparaissait tantôt avec
la dentale affriquée sonore, tantôt avec la sourde. La carte 938 de l'«Alt. ling.»
montre que les formes avec la sourde apparaissent aujourd'hui à partir du Cantal
et de l'Aveyron et dans toute une grande aire à l'est. Notre cas, par conséquent, ne présente point de surpise sous ce rapport, car c'est bien à l'ouest
de cette région que le «Boèce» a dû être écrit.
227. ) V. supra «voyelles protoniques: Réduct. des dopht. pro.t»
228. ) M. Meyer-Liibke est enclin à voir une base romane commune dans aucidere
sur an/erre, v .R. L. W. 6030.

�—

84

—

Enfin, la forme parllam (2), à côté de parlét 194, présente
dans notre cas une sorte de compromis entre les formes accentuées sur le radical et celles qui sont accentuées sur la terminaison, la syncope de la prétonique interne étant toute récente dans
les dernières (228a).
Groupe de trois consonnes.
Les groupes de trois consonnes, dont la deuxième est une
occlusive et la troisième une liquide, restent dans notre texte
comme ailleurs (229) sans changement. Cons. -f- pl dans essemple 32; cons. + pr. ou p'r: sempre 15, 147, mespres 94,
comprari' 193 ; cons. + tr. : nostre 46, terrestri 230,senestre 256,
entre 32, antr 209; intra 163, contra 218, 219, 220.... sceptrum 256; cons. + cr = escrime 53, escript 205 (et 207). Certains exemples, il est vrai, sont des mots savants. Une exception est faite par le groupe ndr, où le d intérieur tombe dans
compenre 93 (23°), tout en se conservant dans rascóndre 177
(&lt; re + absondere). L'autre exception à la règle est constituée
par aitre 10 &lt; alterum, où a lieu la vélarisation de l implosif
que nous avons déjà signalée (231).
Dans d'autres groupes, c'est en général l'élément médial
qui disparaît (232) : blasmava 138 (233), comtáva 97 (&lt; computabat), redems, parfait 153 (et part, passé 228) &lt;redempsit parf.
228a.)
il1).)

230. )

V. plus haut / géminé et morphologie.
V. Appel, §57, p. 83.
Ci. le cas onraz 140. Nous avons vu plus haut que notre texte, comme c'est
e ngénéral le cas en provençal, n'éprouve aucune prédilection pour le gr. ndr.,
ni pour Idr. C'est pourquoi l'explication donnée par M. Fouché pour le même
cas en catalan (assimilation de nd à n du groupe ndr dans penre p. 178
«Phonét. hist. du Roussillonnais») ne peut être guère appliqué eici, d'autant
plus que notre texte ignore cett eassimilation dans le groupe simple nd en
position intervocalique, v. supra.

231. )

V. L implosif.

232. )

Cf. bhcultz-Gora, § 62 p. 37.

233. )

R. t.

W.

1155 blasphemare et 2.

blastimare (sur aestimare)

le même mot, de même que esmar /_ aestimare.

Cf.

ailleurs

�—

85

sigmatique pour redemi comme
sub + emo) (234).

—
sumpsi {sumo

composé

du

Contrairement à ce qui s'est passé dans comps &lt; cornes 140 (235), nous avons dans ce cas déjà la simplification du
groupe. Il en est de même dans les mots composés de la date
récente de notre texte (dolza ment est écrit en deux mots toutes
les trois fois 129, 153, 194, comme aussi mala ment 9, bona
ment 110): forment 143 (236), forfái 249 forfaiz 15, forféz 179 (Z37) graphies qui s'opposent à celles de la «Ste. Foy».
Pour les derniers cas, notre Inague, appartenant à une région septentrionale, pouvait être plus fortement influencée par des résidus germaniques (238), tandis que les textes écrits dans le Midi
cherchaient à se rapprocher davantage du latin foris, foras.
Cependant, la «Passion» écrit déjà, comme la «Sainte Foy»,
forsfait 173. ... et de même forsfez, 290. passim.
Par contre,

l'élément médial du groupe rps reste

dans

corps (28, 104, 155, 180, 181) &lt; corpus qui s'oppose à cor(s) &lt;
cor 101, 134, 173. Ici, notre texte ne diffère en rien ni de la
«Sainte Foy)) qui distingue corps 76, 307. ... de cor(s) 79. . . .
183.... ni des manuscrits de Clermont qui écrivent corps : la
«Passion de Jésus-Christ» : 325, 342, 352, 408 et «St. Léger»

234. )

Cf. aussi en
Georges sous
distinguer les
Uiez «Gram.
mais le part,

latin les formes archaïsantes surempsit — sumpserit («Dict.» de
Sumo). Cette «signification» à servi, comme on le sait, pour
f. du parfait de celles du présent encore en latin vulgaire, v.
des t. rom.» 11, pp. 125, 126. Cf. en italien le parfait redensi,
passé redento.

235. )

V. m implosif. Plus tard, le groupe mps était partout réduit. Les «Leys
d'Amors» admettaient les rimes entre temps et essems. V. Crescini, «Man.»,
p. 60. Le p. dans comps 140 est.aussi déjà exponctué dans le ms.

236. )

Cf. ailleurs granmen. — La «Passion» par contre écrit fortment 115, 203, 315.

237. )

Cf. «Ste. Foy» forsfait 345, comme aissi d'ailleurs dans les autres textes du
Midi, v. Hœpffner, p. 90.

238. )

Consultez l'étude de G. Lozinski, «Remarques sur l'origine du préfixe français mes, me, dans «Romania», 1924 ,p. 517 sur le préfixe germanique /ordans forfaire, forbannir etc.. Cf. J. Kluge, «Etym. Wôrterbuch der deutschen
Sprache», Strassburg, 1910, pour le préfixe ver- (mhd. uer), ahd, fir-, far-;
got. fair-, fra-, faur-, engl. for-

�_ 86

—

173, 234, 235. Dans les textes chronologiquement postérieurs
on ne trouve que la graphie avec le groupe réduit cors (239).
Dans le mot rascóndre 177 [re + abscondere (240)], c'est la
première consonne (b) qui est tombée devant s, comme ailleurs,
p. ex., dans assolver à côté de forme plus savante absolver (241).
Nous ne possédons pas d'exemple de simplification de x
devant le groupe de consonnes, étant donné que dans déxtra 246,
nous sommes en présence d'un pur latinisme.
Le groupe formé en fin de mot avec le s flexionnel ne subitpoint de modification dans eferms 108. Il en est de même des
autres cas, où le ts est représenté par z : inz (96), 163, lainz 97,
169, mórz 125, molz 99, 106. . . .
On ne peut rien dire du sort du groupe net, car pour sanctum et sancta latins le copiste emploie les abréviations conventionnelles sem 154 et sca 229 (242).
Les groupes composés de consonne + ty n'offrent rien
d'anormal, ainsi nty dans sapiencia 30, 39, 78, 93, 234 et dans
les graphies plus affranchies des traditions savantes : contenco 56, anz &lt; antius 27, genzor 38, menzónga 222 (243) ; mty
dans redemeio 25 ; pty dans decepeio 52.
Cty &gt; ts (plus tard ss) dans la position protonique du mot
dans dreca 168 (244)).
239. )

V. Crescini, p. 60: «R. P. S. da corps si mantiene solo ne' monamenti pin
vetusti.... «Boezio», «S. Fede».. Altrove sempre cors». Cf. Schultz-Gora, p.
37, S62.»

240. )

R. E. W. 41 abscondere.

241. )
242. )

V. S. W. 1. 9.
La charte du Limousin de 1140 (Brunei, 35, 5) donne la forme pour le masculin saint qui est générale dans la langue provençale, cf. pourtant sanc
et san dans la ch. 37 (37, 9). «St .Jean» donne sain c. obi. 9, 18, (13, 6) et
sáinz, 17, 30, (17, 11); les «Préceptes rel.» saint et sains au nom. masc. (Fo.
58 v") R. d. 1. r. XVIII p. 141), mais au fém. toujours sancta (cf. «Ste.Foy»),
sauf une santa p. 145 (Fo 60 r°).

243. )

Cf. gr. menezonga 397 dans la «Ste. Foy», de même cf. anfz ibid 80, 150,

244. )

179, 182.
Cf. Appel, §59b, p, 88: tdreissar dressar (dreca «Boethius» 168, noch drefsa?»)

�87

—

Sty aboutit normalement à yss écrit is : poisas &lt; postea + i
237 et pois &lt;*postius 103, 182, 197, 215 ,249 («Ste. Foy» :
poiss 432, 539 et pois 59, 240, 443).
Dans preiso 27 et preso 59, nous avons le résultat du groupe sy, le n qui le précédait étant tombé de bonne heure (245).
Un cas qui demande une attention particulière est celui de
fremna 192 &lt; fimbria, par intermédiaire de *frembia (246) où le
n représente, comme souvent dans notre texte, le n mouillé pour
lequel le copiste n'emploie point de graphie spéciale (247). Le
groupe mn est donc issu de mby originaire, comme l'a bien démontré M. Antoine Thomas dans la «Romania» XXVI (248).
Dans son article, nous trouvons une liste de mots où les groupes
mj, mbj sont rendus par mnh surtout en dialecte limousin (249).
En effet, encore aujourd'hui la forme avec n mouillé dans tsauna &lt; cambiare (avec m assimilé à n) se trouve tout au sud du
département de la Haute-Vienne (250). La forme analogue ne se
trouve que dans les Landes et dans les B.-Pyrénées; partout ailleurs, nous avons le représentant de l'autre type chanja. Ce
fait nous ramène de nouveau au domaine limousin.
" 245.)
246. )

247. )
248. )
249. )

250. )

V. supra «Cons, dev. y* et «Réduction des diphtongues protoniques».
Cf. R. E. W. 3308; Appel, §59b, p. 89. Dans ce mot, la métathèse de r
s'était produite vraisemblablement au temps où ce terme était commun à
plusieurs langues romanes. Cf. fr. frange, roum. frînghie «la corde». En provençal, les méthathèses analogues surtout dans les mots commençant par /
étaient fréquentes ; comp. frenesta à c. de fenestra (Anglade, p. 204, cf. en
logud. fronesta- R. E. W. 3242).Cf. les cas de fromatge, frémir à côté de
fermir etc.. (Anglade, p. 203). Elle s'était produite après la chute de la pénultième atone, dans cramba à côté de cambra /_ caméra (Anglade, p. 203).
Cf. aussi le déplacement de Z dans flabel à côté de fablel, fabulellum (SchultzGora, p. 39, § 65).
Cf. senor 9, 37, 47, (v. supra «cons. dev. y»); plan 159, franén 104, fén 131 (v.
n implos, de groupe ng).
«Rom.» 26, p. 282, «Prov. mn/i=lat. mj, mbj.*
V. les ex. cités par M. Thomas : de *blastemium, blastemnhes dans les «Sermons limousins» p. 46 (Armitage) ; de cambiare chamnhadors, «Cart. du Consulat de Limoges», 1, 86 ,et II, 42 (Chabaneau) ; eschampnar, eschamnhar, I,
106, 111, 112, eschampnieira, ibid. I, 31; eschamnhieira, Leroux, Molinier et
Ihomas, «Doc. hist. sur la Marche et le Limousin», 1, p. 178..; de vindemia..
vendempnha «Cart. du Consulat de Limoges» p. 118 (Chabaneau). Cf. aussi
eschamna 225, 36 dans la Ch. de Périgord de 1185 du recueil Brunei.
Pointe 604 et 608, v. la carte 230 A («changer d'habit»).

t

�—

88

—

Quant au procédé phonétique, nous admettons celui qui a
été proposé par M. Appel (251) : frembya &gt;* jrembnya et, par
une simplification analogue à celle que nous avons eue dans
*redemps &gt; redems (252), fremna. Entre le b et le y s'est donc
intercalé un n, tout comme entre m et y d'après l'explication de
M. Thomas (253).

251)
252.)
235.)

4

g 59b, p. 89.
v. supra, même paragraphe.
M. Thomas a rapproché ce phénomène {«Rom.» 26, p. 283) de celui connu
dans les langues slaves qui intercalent tantôt / (russe, serbo-croate), tantôt n
(tchèque) entre m et y (serbocroate : usamljen, primljen ; russe
glumljusj,
utomljen, tomljusj. (Cf. entchèque la prononcaition de mesto). L'analogie pourra être poussée plus loin. La même intercalation dans les langues slaves se fait
entre b etj: serbo-croate part, passé: Ijubljen, russe razrubljen.

�—

89

—

C. —Consonnes finales — a) Finales latines.
En ce qui concerne le traitement de ces consonnes en général, le dialecte de notre texte mérite à juste titre le nom de «lemozi» {'), car dans son ensemble, il ne diffère guère de la langue
employée plus tard par les troubadours.
Malgré le flottement dans les graphies du «Boèce» — indice révélateur de son ancienneté, — on n'a pas de peine à constater combien il est proche de la langue classique.
Il va sans dire que la gutturale finale sourde est tombée
dans si (&lt;sic) 133 (2), 134, et dans la même forme soudée aux
encilitiques, si.l 54, 240, si.lz 59 si.s 245; acsi 145 (3) ;f (&lt;hic)
4
22, 26, 63. ... ; aqui ( ) 21 1 ; pareillement dans li, s'il remonte directement à illic 42, 70, 104
; ne 89, 119 et ni 9, 10....
48 (&lt;nec); o (&lt;hoc) 8, 11, 100 et ses composés pero 67, 94,
zo 47, 196, aizo {aizom) (5) 88.
Les exemples de dérogation à cette règle sont les mêmes
que dans la langue littéraire : passage de c à i à la finale de la
forme monosyllabique, et partant plus fortement articulée, de
lai 61, 62, 63, (illac ) (6), et dans lainz (&lt; illac intus) 96, 97,
où il y a eu fusion des deux i au contact ; conservation de c après
consonne dans donc 41, 1 10, et dune 129 provenant de la forme attestée en latin vulgaire dune (7), qui est tout à fait réguHère (8).
1. )

v. Kaimon Vidal de Bezalù dans les «Razos de trobar», éd. Stengel, p. 70 (ms.
B. : lemosi(n) ; ms. C. limozi et lemozi) et les «Leys d'Amors» éd. Gatien-Arnoult, 11, p. 402.
2. ) si cum corresp. au latin de Cicéron sic-quomodo v. Georges, 1. c. sous sic.
3. ) V. infra «Morphologie» l'étude des pronoms démonstratifs et Kjellman 1. c.
4. ) V. la note précédente.
5. ) V. les notes précédentes.
6. ) Ailleurs, lai et aussi la. v. Appel, 1. c, § 52, p. 70, M. Crescini 1, c, p.
65 et les escomptes dans leurs Chrestomathies. Cf. ailleurs les cas de sai, sa
ecce hac et aussi fai &lt;C /ÛC, à moins que dans la dernière forme nous n'ayons
une formation analogique.
7. ) Cf. K. h. W. 2795.

l_

8. )

La forme prov. don est tardive et rare. V. le «Breviari d'Amor» (Cfir. d'Appel,
115, 19).

�—

90

-

Le s final persiste comme partout ailleurs : nos 1 . . . . 99. .,
eps {&lt;-ipsu) 18, 172, corps 28, ves (&lt; venis) 130, mas (magis) 26, 38 (9).
Conformément à l'exception générale en provençal et contrairement à ce qui s'est produit en français, le s est tombé dans
la 1e p. pl. : estam 1, trobam 99, murem 5 etc. . . ., mais il s'est
conservé dans la forme archaïque esmes &lt;.*esumus (,0) 6 qui
apparaît aussi dans le uNoëh limousin et dans la ((Passion J.
Christ» (").
Après l et n géminés et / (et n?) palatalisé le s final devient
normalement et sans exception z (12) : nulz (&lt; nullus) 122, 171,
177, pelz (&lt;pellis) 116 et aussi dans la combinaison enclitique
si.lz 59 de même qu'après la vélarisation de II: euz (&lt;tn illos) 139; anz (&lt;annos) 188, senz germ. sinn + s et non sensum
lat. (sin dans R. E. W. 7932, cf. F. Kluge, «Etym. Wôrterbuch
der deutschen Sprache», p. 427 sous s'inn, mhd-ahd sin (nn));
velz {&lt;*veclu p. vetulu) 103, 110, 114. Par conséquent, dans
menz 132 nous avons aussi vraisemblablement un cas de la pavert 192 p. vers {/_ versus), forme p. ê gasconne (cf. vas, S. W., VIII, p. 529
ou, en tout cas, commune à cette époque à toute les régions qu iappartenaient
aux comtes de Poitiers et ducs d'Aquitaine, s'explique par des raisons analogiques. Cette préposition a dû subir le sort commun avec le part, passé du verbe
Vertere qui a été probablement encore en latin vulgaire aussi bien versus que
'vertus (cf. les autres partie, en -erf en provençal, p. ex. sufert etc.) sous l'influence du parfait oerti. Tortus, par contre, a pu devenir de bonne heure, grâce
à la même dépendance du partait (torsi) torsus (cf. estors en prov., L. R. I, 157a,
cité par Diez, «Gr. d. 1. rom.» II, p. 200). En italien dans nore cas, c'est au contraire le parfait («passato remoto») qui s'est modelé sur le participe passé: conversi sur converso, comme p. ex. intrusi, corresp.. à intruso (lat. class. trusi,
trusum].
10. ) V. Meyer-Lûbke, «Gr. d. 1. r.», Il, p. 283, § 212; cf. Crescini, p. 147 et notre
partie morphologique.
11. ) *Noëh, 20, 17 («Chr.» de Bartsch), «Passion» 292. Cf. aussi en anc. fr. : «St.
Alexis» 616 etdans Godefroy 111 sous estre les formes etmes et emei. La forme
ordinaire en prov. cm (p. ex. «Ev. St. Jean» 17, 32) n'apparaît pas dans le
«Boèce».
12. ) Le texte ne présente pas de cas de traitement de s final après le groupe cons.
+ n. Après le y il se maintient dans reis 62, 64, 71, leis 61 comme dans les manuscrits de Clermont et le «Fragm. d'Alex.». La «Sainte Foy» écrit reiz (54,
113, 114) à côté de reis (467), mais il est cependant douteux que le i y représente un simple yod. Cf. Hœpffner, 1. c, p. 101.

9.)

�—

91

—

latalisation de n. (&lt;*minius cf. Appel, 1. c, §66b), s'il ne s'agit
là tout simplement, comme le pense M. Hœpffner, d'une graphie analogique de melz &lt; melius (cette forme ne figure pas
dans le «Boèce» ; cf. en a.-cat. — rouss. menys ou meyns;
Fouché, 1. c, p. 199). Il est à noter que le texte maintient avec
la plus grande régularité le s après les consonnes l et n simples :
fais (&lt; falsus) 10, cals (&lt; qualis) 216, sols 81 ; gens (&lt;genus)
131, cristians 156. Ce fait nous confirme une fois de plus que
notre orthographe représente fidèlement l'état phonétique de la
langue de son temps malgré toutes les imperfections et les hésitations graphiques qui se manifestent par ailleurs.
Le t final à la 3 e sing. se comporte déjà comme dans la
langue classique : il est tombé dans tous les temps excepté au
parfait en -et où il s'agit, comme on le sait, de formation analogique ('3) : fo (&lt; fuit) 28, 30, 31 . ... . era 36, 140. ... a 14, 17,
105, avia 38, 101, sosté 4, 103, de même te 1 16 (et ten dev.
voy. 256 et dev. cons. ! 184) et, malgré les assonances avec des
mots en -ent et -en (14, 105, 127, 146, 149, 156, 246, 254),
jamais tent, reclama 74, redra 57, près 64, pais 5, fos 33,
(&lt;fuisset) : nos, s'esper 120, (&lt; speret) : aoer; demor 42, ( : Torquator et cor); mais credét 46, cuidet 68, laiset 32, 69
etc....

Est est réduit comme partout à es

13,

103....

et à la rime 97, en -e fermé à cause de son emploi proclitique
( .près &lt;*presu part, passé (14). A la 3° plur. le -nt est réduit non
seulement dans les formes provenant de -unt lat. (,5), mais aussi
de -ant : esdevenen 235, comencen 234, mesdren 27, faliren 70,
foren 20 (dev. voy.!) 21 (dev. voy.!), 63 (dev. voy.!), 187,
245 et repairen 80, 91, monten 211, fien 229, apellaVen 39,
aurien 25. Dans les formes monosyllabiques, par suite de la
force d'accentuation avec laquelle elles ont été prononcées, on

13. )
14. )

V. infra «Morphologie» et dans la «Phonétique»: «Dentales finales romanes».
Cette réduction date encore de
«Grundriss der rom. Ph.»,

15. )

V. note précédente

l'époque

impériale,

1, p. 473.

«Grundr.» pp. 473, 474.

cf.

Meyer-Liibke dans le

�_ 92

—

trouve encore quelques formes où le t s'est maintenu : non seulement dans sunt 21, 218 [ àcôté d'innombrables sun devant
voyelles aussi bien que devant consonne 172, 186, 199 et son 18,
189], qui pourrait être un pur latinisme, mais aussi dans ant 77
(dev. cons.) à coté de an 215, 227, 228, 230, 231 ; Van 198 et
dev. voy. 197 et fan 236 (,6).
Ici se range encore estánt 76 ( : tant, cant &lt; cantum) à
côté de están 73 (dev. voyelle !), car le e prothétique est encore
«mobile» dans notre texte (17). Une fois même, le t apparaît à
la fin du polysyllabe solient 70 devant voyelle (i8) à côté de
solten 61 devant consonne. Ce cas de survivance ancienne devait
probablement sa raison d'être aux traditions graphiques savantes
qui jouaient un si grand rôle dans notre texte (,9). L'((Evangile
St. Jean» he les connaît déjà plus (20).
Et latin dans la plupart des cas est représenté dans le manuscrit par e, qui est tout de même employé beaucoup plus souvent devant consonne (5, 12, 28, 50, 53. . .
35 x ) que devant
voyelle (34, 117, 130, 142 = 4 x ). Par contre, on remarque
«Sainte Foy» écrit une fois sunt (571) à côté de sun (348).. et son (180..) et
aussi fant (dev. voy.) 52 à côté de fan (298..); ant (412) à côté de an (411) et
aun (256..) cf. Hœptfner, 1. c, p. 92.
17. ) V. supra «voyelles protoniques».
18. ) Cf. le cas de portent dev. voy. dans la «Chanson d'Antioche», «Chr.» d'Appel,
(6, 89).
19. ) La possibilité de voir dans notre cas une influence française est exclue par
le fait qu'on trouve dans beaucoup de textes des plus diverses régions du Midi
de la France encore durant tout le XIIe siècle la terminaison -nf à la 3e p. pl.
des différents temps (v. Brunei «Réc.» ,lntrod. : 3e p. pl. des temps des verbes
et les chartes p. ex. 10, 2, (Provence v. 1103: userantu) ; 12, 11 (Albigeois v.
1105: volriunt); 282, 4, 8, 14, 37), (Clermont-Ferrand, 1195: suni, dononf,
apertenont, 156 (Velay v. 1176 queirant défendant); 227, 4.... iComminges v.
118 5: aviant, déviant); 185 6, (Toulousain v. 1180: avient) ; 254, 4, 18, 20, (GéVaudan 1190: jurerunt, dezamparerunt, dumanderont).
20.) culliran 13, 31, farán 14, 28, 42; 15, 2; (an dev. voy.!) 18, 15; sabent 14, 28.
cuiaven 10, 33, éren 9, 7 ,17, 17 et de même sun 15, 28 (dev. voy.!) et 15, 31
(dev. cons.) cf. 17, 26, 27, 28; 18, 5, 8. «Les textes limousins des environs de
1200 et du XIIIe s. («R. d. 1. r.» XVIII, p. 141 et suiv. et «R. d. I. r.»,
XXXV, p. 411 et suiv.) écrivent son. Il est intéressant de noter que la graphie
■nt apparaît une fois dans le document du Périgord encore dans la 2e moitié
du Xll" s. dans ant 225, 64 (dev. voy.) à côté de an 225, 3, 4, 21 ,cf. deuen
225, 11, 12 etc.. (texte 225 de v. 1185 du recueil Brunei).
16. )

�_

93

—

encore la tendance du copiste à écrire ei (113, 141 et le signe
l'abréviation * 112, 152, 250) devant voyelle. Cette graphie
n'est jamais employée devant consonne. Dans l'«Ev. St. Jean»
on ne la trouve plus (2I).
Aut latin s'est réduit dans notre texte à o. On ne trouve
aucune trace de la dentale, quoique la conjonction soit employée
4 fois devant voyelle (108, 127).
Sans parler du cas de ab (&lt;apud), la dentale finale sonore
a disparu partout dans a (&lt;ad) 21, 64. .. . et dans que 5, 8,
.... 56, ce qui correspond parfaitement au traitement de la dentale intervocalique.
Al, 135, avait probablement déjà en latin vulgaire pour base *ale, p. aliud, faite sur taie. (Cf. Schultz-Gora, § 76, p. 47).
Il va sans dire que de m final, tombé encore en latin vulgaire, il
ne reste aucune trace dans le «Boèce». Ainsi, sa chute dans la
prononciation courante du roman dans le mot nunquam &gt; nonqua 14, dans notre texte, était de bonne heure attestée par les
grammairiens i22).
Il en est de même de ia (iam) (23), 19, 157, 164. De sorte
que l'apparition de ce mot à la rime (135) avec christia et ma
(&lt;mane) semble parler en faveur de la chute complète de n «mobile» dans ces deux mots.Mais il est plus probable que nous avons
là plutôt une simple assonance dans le genre de celles que nous
avons dans le cas de peior (v. 21), assonant avec fello.et quastiazo (Z4).

21. )

V. e dev. voyelle 11, 39; 12, 21, 26; 13, 31; 14, 29. Par contre, le document
nontronais (Brunei 225) de v. 1185 est de nouveau archaïque sur ce point:
à côté de e 225, 40
53, 114 il écrit et 5, 8 et dev. voy. 10.

22. )

«App. Prob.», cité dans Diez, «Gr. d. L r.», 1, 199.

23. )

Diez, I. c, 1, p. 198.

24. )

Cf. aussi les premiers vers des laisses IV (pró v .28 faisant le pont entre
preito de la 1. 111 et Malliox de la L. IV), XVIII (/é 125, servant de trait d'union
entre tener de la laisse précédente et dolent.) ; XXII (charcerai v. 158 séparant
forment de la 1. XXI et pecaz du v. 159).

�94

—

Notre poème aussi bien que la «Sainte Foy» (25) distinguent
la forme ta &lt; tam : 7, 34, 41 ... . de tant 31, 83. . &lt; tantum.
Les deux mots semblent se confondre dans la troisième forme intermédiaire tan (115....) qui représente parfois aussi bien
ta que tant (26). C'est ce qui nous amène au traitement de n final (27). Il n'est pas difficile de se rendre compte qu'il est «mobile)) dans notre texte. Ceci le sépare nettement de la «Sainte
Foy)). Tandis que dans la Chanson le n final est conservé en
général, — il n'y a d'exception que devant les enclitiques (28) —,
notre texte présente un aspect tout différent. Si pour tan nous
ne sommes pas toujours sûrs, s'il alterne vraiment avec ta, puisqu'il pourrait toujours représenter une autre forme de tant (29),
il en est tout autrement du descendant du latin suum qui apparaît sous la forme de so devant consonne, 18, 23, 33, 49....
(13 fois) et à la rime 238 : eschalo et baratro, (mais jamais devant
voyelle) (30) et sous la forme plus complète de son deux fois devant voyelle: 121, 244 et une fois devant consonne 8 (3I). De
même le in latin, à part le latinisme du vers 1 7 (32), devient dans
notre texte régulièrement e devant consonne 1, 27, 33, 44. . . .,
jamais devant voyelle. Le n final a de même disparu dans les
formes qui servent d'appui aux enclitiques : el (= en + lo) 60,
182, 256, et euz 139. Au contraire, le n final reste devant voyelle 68, 72, 182, 214 ,mais aussi parfois devant consonne (18, 23,
204....). La même tendance à écrire la forme complète devant voyelle pour éviter l'hiatus et la forme sans la nasale finale

25.)

Hœpffner, 1. c, p. 93. La «Sainte Foy» écrit toujours tan -pour tam et tant p.

tantum.
2b.) p. ex. au v. 32, 152, tan bo. Cf. d'une part le v. 170 tant preclar, d'autre part
27. )
28. )
29. )
30. )

34 ta gran etc..
On sait que déjà en roman, on avait tan p. tam (Diez, 1. c, I., p. 198.
V. Hœpftner, 1. c, p. 93.
V. infra: -nt final.
11 va sans dire que nous avons la même disparition de n devant s dans «os

31. )
32. )

(/»aus et »uos), 59, 138, 141.
écrit So.
«in iutiamen».

�—

95

—

devant consonne est de rigueur pour la forme provenant de non
latin. Ainsi, nous avons no aux vers 3,5, 11.. 30, 31 (no.n) 33,
42. . et, par contre, non aux vers 8, 13, 26, 89. . (11 fois). Mais
d'autre part, nous avons aussi le cas de non devant consonne
au vers 19 (écrit cependant avec le tilde no) (33) et, ce qui est
beaucoup plus rare dans notre texte, la forme sans n final devant voyelle au vers 164 (ia no es obs). Nous avons aussi le même cas au vers 238, où, grâce à la caducité de n, l'auteur a pu
abréger par enclise le vers d'une syllabe {no.i De.)
Comme en, non peut aussi, après la perte de sa nasale finale, se souder avec des formes enclitiques no.l 47, 69, no.t 87,
no.s 171.
Enfin, nous avons sans distinction re 89 et rén 180 devant
consonne. Ce mot, avec sa forme au nom. sing. tes 1 37, demande une place à part, car dans ce cas il rie s'agit pas de simple
chute de n devant s, mais comme l'a démontré M. Hœpffner,
les anciens textes provençaux ont tous gardé la survivance de
l'ancienne déclinaison latine : res &gt; res; rem &gt; ren, re (34).
Dans son ensemble, la nasale finale se comporte donc dans
le «Boèce» de même que dans la langue classique, avec certaines hésitations graphiques évidemment dues à l'état de la langue qui était encore dans la première période de sa formation,
mais déjà avec une tendance très nette à employer les formes avec
n devant voyelles et les formes raccourcies devant consonne (35).
Le r final se maintient dans tous les cas, aussi bien après
voyelle tonique qu'après atone, cor (&lt; cor) 41, 101, 134 au singulier et par conséquent aussi au pluriel, devant s: cors 173
(forme faite sur le cas suj, sing.), mêler (&lt; melior) 36 et pareille-

33. )

Et peut-être aussi au vers 157 où du reste on peut aussi bien lire no.n (^/non
in de).
34. ) V. Hœpffner, 1. c, p. 95. La «Sainte Foy» qui favorise tout particulièrement
le groupe n» aurait eu 'rens pour res.
35. ) La même caducité de n explique l'absence des cas de passage de n final à
m devant consonne labiale. Tandis que la «Sainte Foy» a par exemple en
preiton 447, le «Boèce», bien entendu, ne peut avoir que e preiso 27, e preto 59.

�—

96

—

ment dans per 2, 3. . . . 25, 27, 37, 47. ..., même devant l'article per Veschalo 237 et per lo talo. 240 (36).
6) Finales romanes.

Malgré l'état archaïque des graphies qui se contredisent
souvent, on n'a pas de peine à conclure, en examinant les consonnes finales romanes dans notre poème, que leur évolution,
sous certains rapports, est déjà achevée, sous d'autres, n'est plus
très éloignée de l'aboutissement normal de ces consonnes dans
la langue des troubadours.
On sait que dans la langue classique toute consonne sonore
qui se maintenait à la finale s'assourdissait (37) et que, si l'on trouvait des sonores à la fin de mot, elles ne représentaient, en réalité,
qu'une simple graphie due soit à la traditoin latine, soit à la fantaisie du scribe (38). Cette règle est une des plus importantes et on
la voit déjà s'établir peu à peu dès les plus anciens textes provençaux, excepté la «Sainte Foy» où, par suite de la différence de
latitude géographique, la sonore finale correspondait encore à
la prononciation réelle du milieu où elle avait été écrite (39). Les
textes septentrionaux du domaine provençal, les manuscrits de
Clermont surtout, ne distinguent déjà plus l'emploi des sonores
et des sourdes à la fin du mot. Ainsi, la «Passion» écrit ag 69,
og 101 et oc 90, /oc 407 ; parad 22, ciptad 49, pod 448 et percuidat 69, ciptat 266, ciutat 15, et à l'assonance 71 donne trobed avec intret; ob 262, obs 264, sab 332, prob 506 et ab 206
à côté de ap 496 et cap 499. De même «St. Léger» (passim)
d'une part ab 8, 190, pod 40, 165 fud 137, susting 10, d'autre
part cap 154, pot 135, 141, amie 117, sustinc 240. «St. Jean» et
Notre texte n'a pas d'exemple d'emploi de per devant une forme enclitique.
Par contre, la «Sainte Foy», tout en conservant le r, a per.ï 174, 208, per.ls 329.
Plus tard, p. ex. dans la «Confession» («Chrest». de Bartsch) nous avons !a
forme réduite pel — per lo 22, 24.
37. ) V. «Leys d'Amors» I, 34, 42, 156. (éd. Catien- Arnoult).
38. ) Cf. p. ex. Crescini «I. c.» p. 65.
39. ) Cf. Hœppfner, pp. 95 et suiv.

36. )

�les autres textes limousins, ainsi que le manuscrit périgourdin
de v. 1185 de la coll. de C. Brunei, donnent déjà dans leurs
graphies partout des sourdes, sauf pour certains cas de labiales
dans ab, sab, obs (40). Notre texte, sous ce rapport .occupe nettement la place entre les monuments de Clermont et les textes
limousins cités, car dans ses graphies parmi les dentales finales,
on ne trouve que des sourdes tout comme dans ces derniers,
mais, en revanche, ses vélaires connaissent presque le même
flottement qui apparaît dans la «Passion» et le «St. Léger».
Ainsi, parmi les gutturales, d'une part, on a la survivance
graphique de l'époque antérieure dans dig (&lt; dico) 43, rimant
avec leiric 44, de même atnig 45, dont l'autre graphie avec la
sourde est donnée parallèlement aussi bien devant consonne 128
(ni amie ni parent) que devant voyelle 142 (e amie e parent).
Au pluriel, la graphie amigs (138, 185) apparaît à l'assonance
avec antix et paradis.
Pareillement on trouve jog devant Voyelle 247, et devant
consonne 251, 252 à côté de la graphie au c.-s. sing. fox 164,
dont Vx représente la fusion de la gutturale et du s flexionnel (4I)
du même genre que dans Teirix 50, qui a la forme Teiric 44,
58 au c.-r., rix 140 et le mot savant Gréx 66. On trouve encore
plus d'exemples de survivances graphiques de l'ancienne langue
dans les mots dont la gutturale n'avait point d'appui dans l'étymologie latine du mot. C'est pourquoi on ne trouve par exemple
que Volg &lt; Voluit (42), soutenu par des formes comme Volguist 87, aussi bien devant voyelle (22, 45) que devant consonne
IS. Jean»: ab 9, 17, sáb 14, 8, sábs 9, 21; 16 32; obs 10, 35; 16, 33, mais
des chap
11, 28; 15, 34; recép 10, 15. «Noël» sab 19, 5 et chab 19, 7.
La prière à la Vierge»: ap 22, 14. La «Confession»: receb 21, 21.
Le manuscrit nontronais de v . 1185 (225, Brunei) : ab 22, 23, obs 26,
mais chap 17, recep 4 et receps, malgré recebre 83. Le texte limousin N° 35
de la coll. Brunei écrit ab 4, mais ups I, oups 2, de même N° 36 ups.l
41. ) Cf. d'une pars fugs 476 et focs 395 comme loc 407 de la «Passion» et de l'autre
loc 11, 27, 28 et fóc 13, 31 de «S. Jean». La «Ste.Foy» écrit, bien entendu
fog et fogs.
40. )

42. )

Cf. plus tard la graphie vole dans le document limousin de v. 1140 (37, 3 de
la collection Brunei).

�—

98

—

sonore (47) ou sourde (48, 51). Mais pour veng 40, 62 on trouve
cependant déjà la graphie venc 41 et 67 (devant voyelle!). De
même, on n'a que retenc 31 (malgré retegues 95 et sostenc 24.
Les mots souvent usités le scribe paraît les écrire avec plus de
discernement; c'est probablement pour cela que nous avons la
sonore devant voyelle deux fois dans aig 84, 86 et peut-être devant consonne sonore du mot bo dans ag 28, tandis que la graphie avec la sourde paraît être réservée pour les cas où le mot
suivant commençait par une consonne sourde : ac ta 34 et ac
tan 152 (43). On voit bien que dans pôsg (44) 89 &lt;*posco, on a
affaire à une simple graphie «renversée», dont la raison d'être
s'explique peut-être par l'influence de la graphie de la Ie p. du
parfait pog.
La sourde se maintient tout naturellement dans dune 129,
donc 41, 110, (&lt; dune R. E. W. 2795), (h)anc 67, 92, 95, 178
et blánc 201 (&lt;*o/anfr germ. blan\ R. E. W. 1152).
Comme nous venons de le dire, le traitement des dentales
est tout à fait caractéristique pour notre texte, car non seulement
les sourdes romanes se maintiennent, comme il est tout naturel,
dans des mots comme molt 26. . . . 142 .... tant 75, 83. .. .
fort 138, 143, met (&lt;mittit) 182 et aussi à la 2° p. du parfait
dans oolguist 87 &lt; voluisti, fezist 83, vist 95, 178, 244 (45), mais
aussi les sonores romanes redeviennent sourdes comme elles
l'avaient été en latin: ainsi nous avons, p. ex., montât 226,
vestit 199, chanut 107, poestat 161, feeltat 219, pot (&lt;*potet) 122, 165, 171 etc.. .. et, à plus forte raison, dans la forme
de la 3e p. s. du parfait faible omet 29, parlét 194 (cf. la «Passion» obred 7). La seule exception que présente la graphie
43. )
44. )
45. )

«S. Jean» et les textes limousins cités ne donnent, comme nous l'avons signalé,
que la graphie avec la sourde finale ac.
La «Passion» 447, «St. Léger» 96, «St. Jean» 11, 17 écrivent pose. Cf. infra
«Morphologie» Présent : Ie sing.
La chute de t à la 2e p. du parfait n'apparaît que plus tard. Au XIIe s, on a
les cas de venguis, fezis («Chrest.» de Crescini 24, 6, 33). «St. Jean» écrit
encore dom'st 17, 21, 26, 34; 18, 21; tramesist 17, 24; 18, 11; amesi 18, 25, 26.

�—

99

—

cuid 33, 42 (car dans aténd 131 et desend 154 il est évident que
nous avons de simples latinismes) .soutenue par les autres formes du même verbe où la dentale occupe la place entre les voyelles : cuidet 68 et cuida 237, ne peut contredire le fait incontestable que l'assourdissement des dentales occlusives finales dans
notre texte est un processus complètement achevé. Il est fort probable qu'il en est de même des fricatives et des affriquées dentales et que l'absence des graphies analogues aux ss et tz employées par la «Sainte Foy» pour distinguer les sourdes des sonores s et z (46) ne présente pas un simple cas de manque d'ingénuosité de nos copistes (47). Il est beaucoup plus plausible d'admettre que l'uniformité des graphies correspondait en effet à
l'identité de la prononciation des fricatives aussi bien que des
affriquées dentales finales, qu'elles que fussent leurs origines,
ou que, tout au moins, la distinction en était provisoire et dépendait principalement des phonèmes suivants (48).
En effet, le texte nous présente aussi bien mes (&lt;missos) 59, /os (&lt; fuisset) 33, aguQs (&lt; habuisset) 92 que ois 170,
171, (&lt; visum), prés 96, 127, (&lt;*presu) et parallèlement il ne
connaît que la graphie de z pour tous les cas de l'affriquée dentale à la fin des mots. Ainsi, aucune différence n'apparaît entre
molz 99, 106, forfaiz 15 et onraz 140, menuz : 159. Tous ces

46. )
47. )

Ct. Hœpttner «1. c.» p. 97 et p. 37 (les graphies).
Kemarquez que la graphie -tz finale demeure longtemps inconnue (p. ex.
«Passion») ou en tout cas peu usitée (une fois dans «St. Léger» pechietz 225
où l'on trouve à côté de nombreux -z aussi -ts dans condemnefs 166) dans les
régions du Nord du domaine occitanien. Elle apparaît pourtant déjà deux fois
dans l'«Ev. S. Jean: clarijiâtz 11, 3 à côté de calrifiáz 11, 2.... et les nombreux
cas de -az, -iz, etc. . Chronologiquement attesté est le cas de pecatz dans le
document de Limousin de 1170 (Coll. Brunei 118). Elle devient fréquente dans
les mêmes régions vers le 1200 (v. «R. d. 1. r.», XVIII, p. 142 = nutz, mortz,
dretz et «ibid», XXXV, p. 411 pretz, crotz etc..
D'après Kr. Diez («Jahrb. f. rom. u. engl. Sprache» Ebert, I, 1859, p. 364)
la graphie -tz chr. attestée n'apparaît que vers 1100.
48. ) Comme p. ex. actuellement en russe: niz, bez, etc. A l'intérieur du mot, comme nous l'avons vu, le scribe se sert ordinairement de la gr. ss pour distinguer
la sourde de la sonore s, mais pour les deux affriquées il emploie uniformément
z v. tupra.

�—

100

—

cas, de même que faz (&lt; jacio) 79, anz (&lt;*antius) 27 et fez
(&lt;fecit) 71, reluz (Oe/ucei) 162, palaz (&lt;palatium) 162 sont
transcrits de la même façon. (49).
Enfin, pour ce qui est du traitement des labiales latines sonores, notre texte partage, grosso modo, le sort de tous les textes
des régions septentrionales du Midi de la France. Sans parler des
cas comme trop (50) 30 et drap (51) 186, où la finale restait sourde pendant toute l'évolution de la langue, nous avons des graphies assez stabilisées, d'une part, de la sourde dans k.ap 1 16 ou
cap 167 (52) et sáp 132 (&lt; sapit) (malgré l'influence éventuelle
des formes, comme saoer 33 (53), — où la restitution de p a été
favorisée par les graphies latines —, d'autre part, la sonore dans
tous les cas de ab (&lt;apud), 49, 193, où nous avons la généralisation de la forme avec la sonore, à cause de l'emploi fréquent
de cette préposition devant les mots commençant par voyelle (54)
et, probablement pour le même motif, dans aprob 35, 42. Il ne
nous reste, par conséquent, qu'une seule graphie archaïque
obs 66, 164,due aussi à son emploi parfois sans s flexionnel
(qui pouvait aussi se présenter devant voyelle) comme c'est le
cas dans la ((Passion», est ob plorer 262 à côté de obs 264 (cf.
Art. béarnais, S. 137 Z 14, (S. W. V sous ops) ob de et dans
notre région, Cart. lim., S. 154, Z 12..) qui, tenace, continue
son existence, dans la même région, longtemps après la compo-

49.)

v. par contre, la «Sainte Foy», L c, pp. 34 et suiv. et pp. 97 et 100. La leçon
de M. Appel: forfaitz au v. 15 pour notre texte (v. «Chrestomathie», ne peut
par conséquent pas être admise.
50. ) Cf. R. E. W. 8938 troppus (germ.) et F. Kluge, «Etym. Wërt. der deutschen
Sprache», sous le mot Dorf : thorp de l'anc. saxon.
51. ) Cf. R. E. W. 2765 drappum.

52. )

Cf. Cab 332.. et cabs 288 de la «Sainte Foy», graphie du reste connue à nos
régions :chab dans le «Afoè'i» 19,7.

53. )

En dehors de la «Sainte Foy» qui écrit uniformément sab, 551, saub 230, le
«St. Jean» donne aussi la finale sonore pour sáb 14, 8, sábs 9, 21.., mais la
sourde pour chap dans des chap 11, 28.... Cf. supra.

54. )

Cf. Crescini, 1. c, p. 66. La «Passion» alterne encore indifféremment entre
ab 260 et ap 496. Cf. encore ap dans «le Noël» 22, 14. Les autres textes limousins ont généralement la forme ordinaire ab.

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101

—

sition de notre poème (55). Il convient de remarquer que la constrictive labiale finale est aussi sonore probablement à cause de
la voyelle qui commence le mot suivant dans le cas salv (&lt;salvi)
esmes (6).
Parmi les occlusives sonores, il n'y a rien de très spécial
à signaler, ce qui s'explique peut-être par le petit nombre
d'exemples que nous possédons. La labiale est tombée, comme
partout ailleurs, dans o (&lt; ubi) 61, 96, 163. La gutturale s'est
changée en yod, probablement encore avant la chute de la syllabe finale, dans rei 35, 74, 151
(&lt; rege) et lei 208, (&lt; lege) (56), la dérivation directe avec le même résultat au cas-sujet
étant pratiquement possible (57) et phonétiquement indiscutable (58) : reis 62, 64, 71 = rex (comme leis &lt; /ex), nous ne pouvons avoir aucun doute sur la valeur de la graphie i dans notre
cas de même que pour les autres textes occitaniens septentrionaux y compris les oeuvres des troubadours connus (59).
Après consonne, la gutturale se maintient normalement,
mais ne porte pas de marque de son assourdissement (60) à cause
de l'influence savante dans les graphies sang 153 (61) et longs
176. Dans fén 131 (&lt; fingit) et plan 159 (&lt; plangit) nous avons,
encore le même n palatal produit par le yod qui s'est dégagé de
g + e suivant, qu'à l'intérieur du mot dans franén (&lt; frangendo) 104 (62). Le dialecte qui laisse tomber le d intervocalique

55. )

56. )
57. )
58. )
59. )
60. )
61. )
62. )

V. obs dans le monument périgourdin de v. 1185 (Coll. Brunei, 225, 26). La
même graphie est employée dans le «St. Jean» etc.... On la retrouve encore
au XIIIe s. (Lanfrancs Cigala 58, 32 de la «Chr.» de Crescini.
Cf. Crescini, 1. c, p. 69; v. aussi Appel, 1. c, p. 73 § 55a.
Cf. le cas de res discuté par M. Hœpffner dans la «Sainte Foy» p. 95 et aussi
dans notre p. «Morph.» : cor, coms.
Cf. Appel, 1. c, p. 70, § 52, et comparez le traitement du gr. es (x) dans
notre texte, v. supra. Cf. : R. V, 66 et S. W., VII, p. 183.
Pour reiz, de la «Sainte Foy» v. plus haut.
v. supra. — Pour ce cas de même que pour longs 176 rapprocher aussi la
prédilection du dialecte pour le groupe ng (v. supra «C initial»)
Cf. sang 386 dans la «Passion J. Christ.»
V. supra n implosif; cf. Appel, 1. c, § 53, p. 71, et §56a, p. 78. La dépalatalisation du n final pouvait plus tard arriver premièrement devant s final et

�—

102

—

doit à plus forte raison perdre après voyelle le d final qui disparaissait dans certaines conditions même dans la «Sainte Foy»,
où le maintien de cette consonne entre les voyelles était un fait
régulier (63). En effet, notre texte est tout à fait conséquent sous
ce rapport, car partout la chute de la dentale sonore est attestée :
je (&lt; fidem) 122, 200, 217, et à l'assonance du v. 125 où il sépare le mot tener de la laisse précédente (17) du mot dolent de
la 1. 18. De même, pró 28 joue le même rôle entre les mots preiso
de la laisse 3 et Mallios de la 1.4, marce (&lt;mercedem) 76, degra
(composé du m. gradum) 225 (Cas-R. sing.) et 216, (Cas-Suj.
pl.) quoiqu'il assonne avec des mots en -at : caritát, umilitat. . . .
et de même à l'accusatif pl. degras 227 malgré son assonance
avec montât et peccaz («Gir. de Rouss.» écrit pourtant degraz, 1,
369, Ap.) et dans les mêmes conditions le mot quandi (= candidi) 201 parmi les assonances en -íf (bastit, esvanuit) (64). Enfin,
nous avons le même traitement dans les formes verbales cre
(&lt; crédit) 150, et Ve (&lt; vidit) 124, 126, 169, 238. Dans l'ensemble, il n'y a, à ce point de vue, aucune différence entre notre
poème et les autres textes limousins (65).
Le fait de la disparition régulière de d final dans notre
texte exige pour la forme de la 3e s. du parfait faible en -et,
comme laiset 32, 69, omet 29, parlét 194, cuidet 68, penét 26,
une base formée sur esfef (&lt; stetit (66), car la formation sur le

ensuite, par extension, dans les autres cas. V. Crescini 1. c, p. 69 ,et Appel,
1. c, p. 72, §53.
La langue de la Chanson présente ordinairement les cas de chute du d final
après l'élément bilabial des diphtongues au et eu et devant s ou autre consonne.
Cf. Hœpffner, 1. c, pp. 97, 98: au (/ audo ou audit) ; 224, 283, clau (/_ claudit)
56, feu 488.... pes (/_ pedes) 386, conres 145. po.n (/_ podne) 247.... cf. le
traitement du d intervocalique dans le même texte (1. c, p. 69 et ss.)
64. ) La «Sainte foy» donne par contre cred (/^cred et crédit) 166, 246, prod 184
(mais pros 310) et de même drud, laid, aucid.
65. ) «St. Jean», p. ex. écrit pés (/_ pedes) 9, 19, 22, 25, 28, 32, 37 ; 10, 1 ; ve 11, 42 ;
12, 19, 23, cre 12, 8 et ères 12, 8 et même le latinisme procé 14, 37.
66. ) Notre supposition coïncide avec l'explication proposée par M. A. Thomas dans
les «bssais de philol. franç.» 1897 —. «L'origine du parfait provençal en -ef»
pp. 91—98. Cf. en italien la formation de *stetuit &gt; stette, vendette v. Crescini,
1. c, p. 151, et aussi Appel p. 69, § 51, qui propose pour base *stettit; elle
n'est pas admissible à cause de la graphie -ed fréquente dans les textes comme la
«Sainte Koy» etc.

63. )

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103

—

modèle de dédit seul, — qui pourrait à la rigueur suffire pour
certains textes, la «Sainte Foy» par exemple, où il n'y a pas
de différence précise entre les aboutissements des deux occlusives
dentales finales (67), — aurait abouti dans notre région normalement à une forme sans dentale finale, analogue aux résultats
que nous avons vus pour les formes du présent cre et ve. Ici
encore, le «Boèce» va de pair avec les autres textes d'origine limousine i68), en s'éloignant d'une part jusqu'à un certain point
de la «Passion» (69), — du reste trop imprégnée des influences
françaises — et, d'autre part, comme nous venons de le dire,
d'une façon beaucoup plus nette, de la langue plus méridionale
de la fameuse Chanson.
Après r le d final s'assourdit conformément à la règle dans
pért (&lt; perdit) 124. Après n, il tombe le plus souvent devant le
mot commençant par une consonne dans gran 2, 34, 52, 83, 92,
100, 117, 161, 218, 230) (70), quan (40, 104, 132, 137, 255)
(&lt; quando). Devant voyelle, nous avons ordinairement la conservation de la dentale du groupe -nd dont ce deuxième élément
perd cependant sa sonorité dans grant (16, 51, 86, 178) (71) et
quant (11, 101, 112), mais pour le dernier mot la forme avec
la dentale sourde apparaît aussi trois fois devant consonne (115,
132, 168). Dunt 43 et dont 179 (&lt; de unde) apparaissent aussi
67. )
68. )

La «Sainte Foy» écrit attended 108, parled, doned etc.. Cf. d'une part salud.
mud, d'autre part cred, prod.

!St. Jean» p. ex. écrit dortét 13, 15, améf 9, 8, respondèt 9, 19 et avec une
autre graphie donéth 9, 11, enquéfh 9, 15 rapprocher de salcet 21, 6, nasquet
21, 5, 7 de la «Prière à la Vierge». Comparer avec la formule des documents
limousins («Kecueil» Brunei): achaptet 35, I; 36 I, 4 etc.. (textes datés de
v. 1140).
69. ) En effet, la «Passion» écrit le plus souvent -ed:obred 7, aproismed 13, enveied
19, introbed 71, manied 101
mais aussi -et-.intret 70, enviet 205.... Presque
le même état chaotique se retrouve dans le fragment d'«Alexandre» où enseyned
88, mais degnet 42, crollet 48, ianget 52. «St. Léger» écrit etwisquét 49, communier 83, ralet 84.
70. ) gran est aussi employé une fois devant voyelle au v. 215: gran amor.
71. ) La même forme grant est employée aussi deux fois à la rime en -ant: 74
{■.apesant, tant) et 112 (Aalant).

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104

—

devant voyelle du mot suivant. Inversement, inde latin (72) qui
s'est réduit comme partout ailleurs en provençal à en (26, 31,
32, 68. . . . ) et qui est même souvent employé comme une forme
enclitique n, dans penedenza.n pren 13, laisa.n Deu 16 etc., se
présente aussi sous sa forme plus complète, ent, très rare en
provençal (73), contrairement à ce qu'on aurait pu attendre, devant consonne 162, 165. Mais il s'agit bien là d'une forme appuyée, prononcée avec un accent d'intensité pour attirer l'attention de l'auditeur sur un objet important qui est de cette façon
mis en relief (74). Dans les formes verbales, en dehors des latinismes aténd 131, desend 154, le d s'assourdit ou tombe complètement dans: renf 255, (à l'assonance avec pren et te), encent 251 (à la rime avec amendement et vengament), prent 132 :
{aténd), mais aussi pren 13 (à l'assonance avec amendament
et fe) et 253 (avec vengament et te), de même devant les mots
commençant par consonne 1 19, 240, 252 et pent 192 (à l'assonance avec argent, neienz).
Pour résumer ce que nous venons d'exposer, il suffit de
dire que notre texte hésite entre les terminasons -ni et -n, provenant de nd final. Cette hésitation s'explique toujours par l'état
archaïque de la langue, En tout cas, il se dégage de l'ensemble
du traitement une tendance assez nette à employer la forme avec
le groupe conservé devant voyelle ou dans les formes prononcées avec plus de force (en fin des vers etc.), et la forme au
groupe réduit devant consonne. Ce traitement est en réalité identique à celui de -ni original ; nous avons en effet, p. ex. aussi
ordinairement tan (&lt; tantum) devant le mot commençant par
72. )
73. )

Cf. R. t. W. 4368 et ent dans Godefroy.
K. 111 129 indique la f. ent dans «Denina», t. I, p. 168, pour le provençal et
dans les «Kabl. et cont. anci, t. IV, p. 67 pour le français où du reste
elle était fréquente, cf. Godefroy.
74. ) Kemarquer l'accent mis sur ént du v. 162, tandis que la forme plus brève
en régulièrement ne porte pas cet accent, 26, 32, 68, 85 etc. etc. Ce fait a
probablement déterminé Bartsch et ensuite M. Appel à lire au v. 11 : msé.n
repent, malgré s'en repen 249 et s'en penét 26 et non s'en repent de P. Meyer,
Hiindgen et de M. Crescini.

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105

—

une consonnee4, 6, 32, 115, 152, 179, 189, 229 (avec l'exception pour le vers 29 : tan amet) et tant devant voyelle 31, 83,
95, 135, 173, 202 (avec l'exception pour le vers 170 tant preclar)
et à la rime 75, ( :grant, estant). Il en est de même de quan dans
tan quan per terra annam 4 et de quant à l'assonance 1 15 («ne
tan ne quant» : descaptán, tremblánt). Daúan 171 apparaît employé devant la consonne du mot suivant so, mais dans le même
emploi, nous trouvons aussi denant 177 (denant so).
Parent a sa place toujours à la fin des vers 8, 128, 142, 245
où il alterne avec d'autres mots en -ent écrits en toutes lettres,
mais aussi avec te (&lt; tenet) (127, 246) etc. . Il est bien entendu
qu'à l'assonance des vers du «Boèce», on ne doit pas s'étonner de trouver le mot comme gránt 112, allant de pair avec talant 113, et pent (&lt; pendit) 192 avec argent 193. Comme il a
été déjà dit (75), la dentale sans distinction de la sonorité, avec
le s flexionnel, est représentée dans les graphies par z d'où on
a aussi bien granz 73, 163, 236, que ardenz 247, cosedenz 243,
inz 163, lainz 97, etc. . . .
Il résulte de cette confusion des mots en -nd et en -nt originaux que la langue de notre texte ne distingue presque plus
l'ancien gérondif de participe présent (76). Le premier a pourtant le plus souvent perdu la dentale finale : ditan 78, legen 99,
franén 104, descaptán 114 (77), tandis que le participe (parfois
employé aussi comme adjectif) l'a gardé: tremblant 116, semblant 1 19, dolent 101, 126, auvent 23 (78).
La constrictive labiale après voyelle aboutit tout régulièrement à u: quaitiu 126 (&lt; captivum); breu 52 (&lt; brevem), de
même devant s: breus 65, vius 17, cláus 184, (&lt; claves). Après

75. )
76. )
77. )
78. )

V. supra «dentales finales».
V. infra «Morphologie».
Mais aussi dicent 145, aissenf 197.
La «Sainte Foy» qui distingue minutieusement nd&gt;n et nt. qui se maintient
(et aussi nd-r-s~^&gt;nz, nt~\-s^&gt;ntz) est aussi conséquente à ce point de vue dans
son traitement des gérondifs et des participes présents. Cf. Hœpffner ,1. c,
pp. 98 et suiv. 137 ,138.

�—

106

—

cononne, elle est encore restée dans salv 6 ( = saloi). Nous
avons déjà dit à propos de ce mot que la sonore est due à la
voyelle commençant le mot suivant (esmes) (79).
Pour ce qui est des constrictives dentales, voir plus haut i80.)
M final secondaire se maintient non seulement après consonne et devant s comme c'est le cas dans eferms 108, mais
aussi après voyelle : aVem 106, et en général à la Ie pl. prés. ;
fam (&lt; famem) 5, om 33, 69. . . . (&lt;homo), nom (&lt; nomen) 38
et à l'assonance 53 avec decepcio 52, regio 54. De même, com
103 et cum 98, écrit aussi eu (u surmonté de tilde 97, 133. . . .)
&lt; quomodo + cum, dont le m avait été supplanté par n déjà
dans la «Sainte Foy» vraisemblablement sous l'influence du préfixe similaire.
La nasale dentale après voyelle (8I), devenue finale, est tombée régulièrement dans tous les mots en -onem :jello 20, 51,
235, sermo 23, 49, passio 24, quastiazo 22, razó 50, 234 et raizó 55 etc. etc. Le n a disparu de même après a dans ma 123 et
à la rime, 133 (&lt; mane) : ma, rema (&lt; manet, remanet) 136,
137 ; ma (&lt; manum) 246, 256; lendema 60. Après e dans sosie 103 (à l'assonance avec iovent, franen), mais elle se maintient
provisoirement dans le monosyllabe ten devant voyelle 256 et
devant consonne 184 (il faut noter cependant que ce vers n'est
pas très sûr) (82) à côté de nombreux fe à l'assonance avec des
mots en -en(t) 14, 105, 127, 146, 149, 156, 246, 254 et te devant consonne au v. 116.
De même, nous avons Ve malgré la voyelle suivante (104)
Ven dev. cons. (239) et devant voyelle (240).
Devant s la chute de n s'accomplit ordinairement : us
(&lt; unus) 8, 10, 124, negus 191, ses (&lt; sine + s) 19, vés K Ve79. )

On sait que plus tard la labiale est tombée probablement d'abord devant s
flexionnel, puis, par extension, dans les autres cas.
80. ) V. supra: «dentales finales».
81. ) Après consonne, elle se maintient comme partout ailleurs iôrn 133, efférn 182.
82. ) Dans le manuscrit on voit distinctement les traces de rature entre éss et ma
et entre ma et ten.

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107

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nis 130, mais se maintient une fois sous l'influence savante dans
crístians 156, à côté de christias 150 (cf. christiâ 134) et deux

fois dans le monosyllabe gens 48, 131, prononcé comme négation
avec une certaine énergie à côté de gés 210.
A la fin des vers, le poète sépare soigneusement les assonances en -a oral (laisses 22, 30, 33 en -at, -az et -al, de même
les rimes en -am (L.l), les asson. en a suivi de n solide (L. 10,
16 -ant) et enfin celles qui étaient suivies de n caduc (L. 19 (83).
Il en est presque de même des mots terminés en o oral (L. L. 5,
en -or (o fermé) ; 6 en -or (o ouv.) et des autres en -o nasal :
L. 3 (84), 4 (en os), 3!. Les laisses 8 et 29 comprennent les deux
groupes de mots (-o oral et -o nasal), qui cependant sont nettement séparés (85).
Les assonances en -e présentent un état plus irrégulier, car
ces assonances en e suivi de n solide (-en(r)) alternent avec celles
en e qui était suivi de n caduc. La preuve en est le mot te (&lt;fenef) qui se trouve dans les laisses 2 (v. 14), 13 (v. 105), 18
(v. 127), 21 (v. 146, 149, 156), 32 (v. 246, 254). En revanche,
le poète semble distinguer le -e oral (L.L. 12, 17, 28) i86) du
-e nasal (Laisses cités pour le mot te et aussi 15 et 26). Nous
sommes enclins à expliquer cet état d echoses par la chronologie
du changement du timbre des voyelles sous l'influence de la
nasale suivante. Pour cela voir plus haut (87).
Au traitement du / implosif (88) correspond celui de l final.
Ici de nouveau il se maintient le plus souvent dans les graphies : mal 7, 21, 50, 90, 109, fais 10, sál 68, vál 102, dois 42,
Vol 185, 251,cél 74, pel 107, aquel 148 etc. . ; mais à côté de
83. )
84. )
85. )
86. )

87. )
88. )

Noter que dans ce dernier groupe (ma, christia) se trouve aussi le mot ta 135
qui a depuis l'époque romane perdu son -m final.
fcxception faite pour le mot peior.
Dans la 1. 8 parmi les assonances en -o on trouve le mot nom (53).
Nous avons déjà signalé à maintes reprises comme exception le cas de /e
(v. 125) (/_ fidem) qui trouve son explication dans son rôle de transition entre
les laisses 17 et 18.
supra Voyelles nasales.
V. supra, p. 81.

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108

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ces exemples nous avons aussi les cas de vélarisation dans eu
(&lt; illum) 49, 57, 155 (quoiqu'on trouve le plus souvent le même mot dans sa forme non-vélarisée ; el 36, 65, (68), 96, 103,
1 14, 140, 203), et même une fois dans euz 139 (&lt;in illos). Le
petit nombre de cas avec la graphie u pour l nous rend plus ou
moins sûrs que nous sommes avec la langue du «Boèce» sinon
à l'époque du processus même de la vélarisation de /, du moins
à celle qui la suit de près. Un peu plus d'un demi-siècle plus
tard, Guillaume de Poitiers emploiera les formes limousines
analogues (89) avec déjà plus de fréquence et même à la rime
(en -au) (90). L'«Ev. St. Jean» à en juger d'après les graphies,
a poussé encore plus loin le même traitement, car on y trouve
les cas de / final vélarisé non seulement après e comme dans
le «Boèce» dans les cas eu (&lt; in illum) 9, 9. .. . à côté de el 9,
7; 18, 11, etc.; àeu 1 1, 25, ceu 13, 27, euz 17, 24, 33; 18, 4,
16.... mais aussi après a: au 9, 6; 13, 7 (9I). H est évident
que dans les cas où / y est conservé, nous ne pouvons avoir que
de simples

survivances

graphiques.

Rien de

pareil dans la

((Sainte Foy» qui conserve son / final dans tous les cas (92) .C'est
donc aussi un des traits les plus précieux pour servir à la localisation de notre poème (93).
Le r final montre partout la plus grande persistance per 2,
3, 4.... 25, 27

H,

far 51, (cf. faire 52), saber 33, mandar 84

etc., etc.
89. )

Qui étaient aussi considérées comme

gasconnes «Leys d'Amors», II, 208, éd.

Gat.-Ar.).
90. ) V. éd. Alfred Jeanroy, IV et VII, les rimes en -au. Comp. notre cas auca
167 à l'intérieur du mot cf. Appel, 1. c, p. 75, §55b. — De nos jours la carte
1213 (se/) de l'«Atl. ling.» montre bien la répartition géograpihque des formes
avec -/ final vélarisé dans les régions qui nous intéressent.
91. ) Cf. ce qui a été dit pour la vélarisation de / implosif, cf. aussi notre cas auca
92. )
93. )

94. )

167, à côté de alcor 213.
Hcepffner, 1. c, pp. 103, 104.
Parmi les documents de notre région chronologiquement datés v. les exemples
que nous avons cités dans notre aperçu consacré à / implosif, dans 35, 4; 36, 2;
ajouter dans la collection de Brunei eu (-i//e) 35, 3 à côté de el 35, 5 Limousin ;
de même 38,7 (Lim. au 38, 4 deu 36, 2.
Jamais pel pour per /o comme dans la «Confession» (22, 24, «Chr. de Bartsch).
Cf. supra pour le r implosif.

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109

—

D. — Phénomènes Particuliers : Dissimilation,

Métathèse et

Différenciation.
Pour compléter notre étude phonétique, il nous reste à mentionner quelques cas particuliers qui présentent de l'intérêt.
Nous avons déjà signalé (') l'évolution ancienne du type
aucupo &gt; acupo pour notre mot acupar 241, comme une dissimilation de 1'«implosive» atone produite par la voyelle tonique (2).
Parmi les exemples de dissimilation consonantique, il faudrait citer premièrement le cas régulier de compenre 93, composé de penre, où conformément à la loi IX de M. Grammont (3)
de même que dans le cas commun au provençal ganre, la combinée non appuyée avait été dissimilée par la combinée appuyée.
Dans arma 155-182 à côté de anma 180(4) tout comme ailleurs dans
mermar &lt; minimare nous avons aussi l'application de la loi XI
de M. Grammont, d'après laquelle de deux consonnes séparées
par la coupe des syllabes, l'explosive dissimule l'implosive.
En vertu du même principe ((du plus fort» l'explosive appuyée a dissimilé l'explosive intervocalique dans poestat 161,
qui devrait, par conséquent, enrichir la série d'exemples illus^
trant la loi VIII de M. Grammont.
Le cas de dissimilation ((renversée» dans frebla 146 (5), où
le second élément d'un groupe combiné tonique avait été dissimilé par le second élément d'un groupe combiné atone (contrairement à la loi II), trouve son explication dans l'influence de

I.)
2).
3. )
4. )
5. )

V. supra Réduction des diphtongues protoniques.
V. Grammont «La dissim. cons. dans les langues indoeurop. et dans les langues
romanes,» 1895, thèse de Paris, p. 36, comment, à la lòi V.
V. l'ouvrage cité.
Cf. supra, Phon. n. implosif.
z z
Cf. Chabaneau, 1. c, p. 94 freiile.

�—

110

—

nombreux adjectifs se terminant par -bla (-ble au masc.) : nobla,
agradabla, terribla, amabla etc. .. . (6).
Le cas de déplacement de la liquide dans jremna 192 &lt;/imbria a dû se produire déjà dans le latin vulgaire vu que même le
roumain avec sa forme frtnghie (7) démontre le traitement analogue (8).
Nigra (9) a voulu voir dans nibles 133 une métathèse vocalique nubilu &gt; nibvlu qui, d'après lui, aurait été postulée par
plusieurs langues romanes. Or, il convient de remarquer que les
formes avec i tonique n'apparaissent que dans les dialectes de
France et de la haute Italie (,0). Comme toutes ces régions appartiennent au domaine de la voyelle ù, il nous semble bien possible d'admettre la différenciation de cette voyelle devant la consonne labiale, qui aurait pu se produire pour notre cas en provençal d'autant plus facilement qu'il existait dans le Sud de la
France, une autre forme niu de nubem, où une pareille différenciation était encore plus nécessaire (")• H faut voir le même
traitement dans livr &lt; ubere dans le patois de Crémine (Suisse
romande v. carte N" 1020 de l'«Atl. ling.» aux points 64 ,74,

6. )

V. Grammont, 1. c, p. 92. Cf. Adam «Word Formation», p. 270 e tsuiv.

7. )

Gt. K. E. W. 3308.

8. )

Notre mot a probablement subi l'influence de jresum ou fressum latin (v. frendo).

9. )

V. Note étimologische e lessicali dans 1 «Archivio Glottologico Italiano», XV,
1901, pp. 502, 503. Cf. aussi R. E. W. 5975: 1) nubilu et 2) nibulu V. Du
Gange IV, niblus nibulatus.

\

10.)

Prov. nivou, nivoul, lim. nible, piem. nivu, can. nioul, ibid. V. aussi R. E. W.
5975: mil. nivola, pav. nivot et froul. niuî ,vénit. niola, Monaco: nioure.

11.)

C'est M. Thomas qui a formulé le premier cette hypothèse pour la forme
limousine (v. «Etymologies
limousines» dans la «Revue des Parlers Populaires»,
t. II, 1903, p. 168 n. t.). Admise par M. Crescini (1. c. ,p. 81, a. 2), elle a été
appliquée par M. Guarnerio (1. c, § 220, p. 275), pour tous les dialectes connaissant le phonème «ii». Il est à regretter que les exemples cités par M. Guarnerio à l'appui de cette théorie ne présentent pas le même intérêt pour nous,
étant donné que sibbi etc. . «subbio» et trifol proviennent de la base avec u
bref, (v. R. E. W. insubulum 4474 et tufer 8966) tandis que zifol (R. E. W.
7890) pourrait remonter aussi à la base avec un I long : sibilaire, sifilare.

�cf. les p. 65, (ivr), 75, 43, 53, 54 (livr) dans l'extrême Est de
la France cf. ivre 957 dans la H. Savoie) et dans le provençal
sfure siura (12) (cf. prov. moderne sieurel), dans le bergamasque
sibra et le lombard tsibreta (,3). Mistral signale la forme nible
comme caractéristique pour le dialecte limousin (,4).

12. )
13. )

Cf. siure, siura dans S. W. VII, pp. 665, 666.

K. t. W. 8357 fait venir ces formes du type hypothétique sober (avec o long).

Pour l'influence de la labiale sur la voyelle contigue v. Meyer-Lubke, 1. c,
I, ë 58, cf. § 60.
14. ) V. sous m'oe, cf. l'Atl. ling.» N° 928 «de nuages», la forme avec i y paraît dans
la Corrèze (609, 707, 710) et au sud-est de cette région.

�Deuxième Partie.
MORPHOLOGIE.
Chapitre III = NOMS et PRONOMS.
A. Substantifs et Adjectifs.
Dans notre texte, l'ancien système de la déclinaison provençale se présente d'une façon très nette et, dans son ensemble,
ne diffère guère de l'état qu'on observe chez la plupart des troubadours. Sous ce rapport, le «Boèce» ne se distingue pas non
plus de la «Sainte Foy)). Bien au contraire, il démontre avec elle
combien rigoureuse était la distinction gallo-romane entre les
cas-sujets et les cas-régimes dans les plus anciens monuments
du Midi de la France (').
Substantifs.
Déclinaison.
En fait de cas particuliers, il n'y a pas grand'chose à signaler. Ainsi, le vocatif se présente conformément à la règle établie
par les grammairiens (2), sous la forme du cas-sujet dans morz
au v. 130 (3). Aux vers 75 et 81, nous avons en plus l'exemple
du vocatif latin dans la formule liturgique deux fais répétés : domine pater (écrite dne pater.)
Il est intéressant de constater l'importance du rôle de l'analogie dans le système de la déclinaison de notre texte, malgré
l'archaïsme de sa langue. Ainsi, nous avons au féminin sing.
déjà dolors 41, onors 114, claritaz 163, sur le type tors, naus.
1. )

V. Les paradigmes de l'ancienne déclinaison provençale dans le «Manualetto
provenzale» de Crescini, pp. 75, 76 pour les noms, p. 92 pour les adjectifs.
Cf. Appel, «Chrestomathie», pp. VII—XII.
2. ) Cf. Crescini, 1. c, p. 79 et Appel, «Chrest», pp. VII, VIII.
3. ) Le deuxième vocatif que nous possédons au v. 77 : las mias musas n'a pas le
même intérêt pour nous, vu que cette forme peut être aussi bien cas-sujet que
cas-régime pluriel.

�—

113

—

De ces exemples, il faut exclure au cas-sujet res 137 qui
est le descendant direct du nominatif latin, tandis que rén 180,
re 89, proviennent de l'accusatif latin, rem (4). Dans la même
catégorie des représentants du nominatif latin rentrent om 33'
69. . . . (&lt; homo), coms 34, (&lt;cómes) et peut-être reis 62, 64, 71
(&lt;rex)

(5).

Le s analogique du cas sujet, ajouté à la forme du cas régime, comme nous venons de le voir dans amors, nibles, nous
l'avons aussi dans libres 247 &lt; liber, devenu depuis le latin vulgaire librus (6). La même analogie s'étend aux infinitifs substantivés : aoérs 134 (7).
Diables 239, comme dans la «Sainte Foy» (97, 279) résiste
à l'analogie du type paire (8) en continuant phonétiquement le
diabolus latin. Par contre, parmi les noms propres de formation
imparisyllabique (9) de souche récente ce sont les formes analogiques qui triomphent. C'est le cas pour Malliós 29, 43, au
cas-sujet formé sur le cas-régime Mallió 35, 40. (Le mot
est provisoirement de deux ou de trois syllabes, mais l'accent est
toujours sur -6, comme dans toutes les dérivations formées à
l'aide du suffixe -ónem latin). Il en est de même dans la formation purement savante, due à la fantaisie de notre auteur (,0), de
Torquatór au cas-sujet (29, 43) sans s flexionnel, mais avec l'accent sur -ór, de sorte que ce nominatif ne se distingue nullement
de son accusatif av. 40.
En dehors de ces particularités, nous avons régulièrement
au cas-sujet Boecis 23 et au cas-régime Boeci 41 ... . avec l'accent toujours sur e ("), de même au nominatif Teirix 50 et au
cas oblique Teiric 44, 58.
4. )
5. )
6. )
7. )
8. )
9. )
10. )
11. )

Cf. Hœpffner, t. c, pp, 106 et 94 et notre partie phonétique supra: «le n final».
V. supra: Phonétique — consonnes finales, p. 181.
Cf. Schultz-Gora, 1. c, § 100, p. 65.
V. Anglade, 1. c, p, 221.
Cf. Appel, «Chrest.», p. IXa, et Crescini, 1. c, pp. 81, 82.
Cf. Crescini, 1. c, pp. 87, 88 et ses références.
V. supra «Phonétique». Cf. Crescini, 1. c, p. 88 n. 1.
Ce qui est attesté par les vers 23, 28, 41, 53, 55, 63, 67, 72, 94, 100, 144, 158,
202 où la voyelle e appartient chaque fois à la quatrième syllabe qui porte
toujours l'accent dans le décassyllabe.

�—

114

—

Au pluriel des substantifs masculins c'est» le modèle c-s :
amie (142) -c.-r. : amigs (138, 185 = amies) qui impose ses lois.
C'est ainsi que nous avons au cas-sujet omne 1, 7 ,172... . et
orne 20, 21 (&lt;^homines), par 63 ( = pares), peccador 76, auzel10 211, felló 235, parent 142, 245 (,2), tandis qu'au cas-régime
nous avons régulièrment la continuation de l'accusatif latin :
omnes 106, ornes 85, 154, libres 99 etc. .
Il est bien entendu que les formes avec le thème en -s, -z,
comme corps 28, 104.... mes (&lt; missos) 59, mas (&lt; mansum) 163, óbs 66, 164, vis 170, 171, somsts 182, paradis 184;
palaz (c.-s. sing) 162, préz (c.-r. sing) 189 — doivent rester
invariables. Ces mots «intégraux)) (13) ne connaissent pas encore
dans notre texte l'allongement en -es au pluriel (14).
Genre.

A peu d'exceptions près, les substantifs dans le ((Boèce»
continuent généralement le genre latin. La plupart des substantifs neutres deviennent, comme toujours, masculins : el capito11 60, u nom 38, lo nom 53, la so degra 225, li degra 216, bo
mérite 255, al cor 41, avia-l cor 101, lo cor 134. Deux exceptions sont formées : 1 ) par le substantif mare qui a dans notre
poème, comme dans la plupart des textes provençaux, le genre
féminin la mar, 65, 172, probablement par analogie avec la terra C5) et 2) le subst. nubilum influencé par nebula, nubes : la
nibles 133 (16).
Les verbes, les adverbes et les adjectifs substantivés ap12. )

Cette formation étant donc purement analogique (cf. Schultz-Gora, 1. c, §100,
p. 65), nous ne pouvons point nous attendre à voir se produire la même action
d'&lt;iUmtaut»

dans

parent,

comme c'est le cas dans auzil 226,

231.

Cf.

supra

«.phonétique» : Umtaut.
13. )

«Leys d'Amors», 11, p. 160 (éd. Gatien-Arnoult).

14. )

M. Brunei (1. c, p. XVI) note pourtant que l'adjonction -es pour le rég. plur.
est très fréquente sans devenir jamais absolue dans les plus anciennes chartes

provençales.
15. ) Cf. Schultz-Gora, § 101, p. 65. Voir pourtant mar au masc. dans les exemples
cités dans R. IV, p. 153 et S. W. V. p. 117.
16. )

Cf. Crescini, p. 81, et notre étude phonétique: «Phénomènes particuliers».
p.

110.

�—

115

—

paraissent, comme ordinairement, au genre masculin : de so saber 33, son avér 121 ; al ma 133 ; u breu 52, los breus 65 ; del
temporal 97 (,7), cobre.l iórn 133.
Le substantif carcer, masculin en latin, est devenu, comme
partout ailleurs, féminin la carcer 101, sa charcer 71, las carcers 96, influencé par son synonyme preiso. En revanche, nous
possédons deux exemples du cas inverse dans or 204, (&lt;*orum
p. oro(18) et dans ioi;en(f) 7, 102, 109, 195, 233 &lt; iuventus; le
genre masculin de ces deux noms étant bien attesté dans les
autres textes provençaux (,9 )il n'y a point de raison pour supposer qu'il en soit autrement dans notre texte qui pourtant ne révèle point le genre de ces deux substantifs dans les cas cités.
Dies de la V. déclinaison latine, devenu en provençal, comme en espagnol, dias, se présente dans notre texte au pluriel,
au masculin : euz dias 139, de longs dias 176. Au singulier, il
apparaît tantôt au masculin, al dia 60, tantôt dans l'expression
désignant la durée du temps, au féminin tota dia 79, trastota
dia 118, vraisemblablement par analogie avec tota noit. Comme
on voit, cet emploi n'est guère différent de celui du latin classique (20).
Le genre n'est pas défini dans ni nóit ni dia 90. Dans en
dies du v. 20, nous avons un simple latinisme.
Tout comme dans la «Sainte Foy», manus latin apparaît
dans notre poème dans les deux genres : au v. 246 é sa ma déxtra
au féminin, et au v. 256 el ma senestre au masculin, chaque fois
au singulier
17.)
1».)

Cf. en italien il temporale et en esp. el temporal.
Cf. K. t. W. 6080.

19. )

V. or dans
IV, pp. 277,
20. ) Cf. Georges,
wenn es das
Cf. aussi en
1529, 5153).

S. W., V, pp. 504, 505 et joaen(t) R. 111, pp. 594, 595; S. W.,
278.
sous dies, («bei Cic. als jem. nur vom Termine u. Zeitraume und
Datum des Briefes, im plur. nur maso)
anc. français íoíe jor., p. ex., chez Chrétien de Troye («Cligés» :

21. )

Cf. la «Sainte Foy» au pluriel ab ambas mans 119, et au singulier del man 49,
per.l destre man 208. L'«Ev. St. Jean» ne donne la forme qu'au pluriel, chaque fois au féminin: 9, II, 26.

�—

116

—

. Particularités.
Nous avons déjà signalé et discuté (22) le cas très frappant
de l'Umlaut exercé par le i long final sur le e ouvert accentué
dans aucelli &gt; auzil. Comme cette forme au nominatif pluriel
apparaît deux fois (aux vers 226 et 231) dans notre texte, toute
possibilité d'expliquer ce cas par une erreur du copiste est absolument exclue. On doit rapprocher notre cas intéressant de donzeill (378) de la «Sainte Foy» et surtout de donzil (2702, 3366,
5878), à côté de donzeil (5736) du «Girart de Roussillon» (éd.
Fcerster d'après le ms. d'Oxford). Il est naturel que la langue de
ce dernier texte, appartenant tout comme celle du «Boèce» aux
régions plus septentrionales, éprouve une action d'Umlaut germanique plus forte qu'ailleurs. Sous ce rapport, on ne saura jamais trop insister sur la régularité avec laquelle notre texte présente les cas où ce phénomène a pu s'exercer (23).
Notre texte possède un doublet intéressant qui ne se trouve
nulle part ailleurs dans ome(s) et omne(s) (&lt; hominem, homines), phénomène que nous avons étudié dans le traitement de
m implosif (24).
D'après toute vraisemblance, les deux formations différentes d'un mot si usité trouvent leur explication dans le fait que
notre dialecte avait dû évoluer dans une région limitrophe, ouverte aux influences des deux langues déjà constitutées .
L'adjectif.
La déclinaison des adjectifs dans notre texte se présente dans
des condititons tout à fait normales. Seul le cas de gran, employé
au cas-sujet singulier devant le nom féminin dolors 41, peut
quelque peu nous embarrasser. Mais comme partout ailleurs les
règles sont observées, ce qui est le cas en particulier pour le
22. )

V. supra «Phon.» p. 19. Consulter A. Thomas ,Le nominatif pluriel assymétritrique en ancen provençal, Romania, 34, 1905, pp , 353—363.

23. )
24. )

V. supra, p. 18 et suiv.
V. supra «Phonét.» : m implosif et les proparoxytons.

\

�—

117

—

même adjectif dans les conditions identiques (granz au nom.
sing. fém. 163, 243); nous pouvons être bien sûrs que le premier cas isolé ne peut être qu'une erreur du copiste.
La formation du féminin ne donne non plus lieu à aucune
observation particulière. La forme granz ou gran(t), que hous
venons de citer, continue à être employée indifféremment pour
les' deux genres, de sorte que nous avons aussi bien de gran follia 2 que lo rei, lo grant 74.
On a de même au féminin les adjectifs charceral 158, corporal 257', terrestri 230, comme le composé adverbial forment 143 (25), de même que les formes employées au masculin
reial 256, fiel 45.
Mais d'autre part, on a aussi déjà des formations analogiques faites sur le type plus fréquent bels, bela (26), trois fois
dans dolza de dolza ment 129, 153, 194, et même déjà une fois
dans frebla 146 (a frebla scala.s té (27), cas qui font pendant
à ceux de paupra 99 et dolcza 479 de la «Sainte Foy» (28).
Les adjectifs avec le thème en -s restent invariables comme
les substantifs cités plus haut (29) : fais 10, nuallos 30, blos 31
et de même les participes passés ; prés 96, 127, représ 204.
On n'a dans le «Boèce» que des comparatifs organiques :
mêler 36, alcor 213, genzor 38, nuallor 210* peror 21, et comme comp. substantivé Senor 9, 37, 47. Il en est de même des
comparatifs adverbiaux: menz 132 et plus 188. Magis latin est
représenté par mas 38, 112, mais cette forme ne s'emploie que
comme conjonction adversative, jamais comme forme comparative de l'adverbe de quantité, ce qui la distigue de l'emploi de
mais dans la «Sainte Foy» (30) et même de mas de l*«Ev. St.
25. )
26. )
27. )

Pour la disparition de t médial v. la Phonét. groupe de trois consonnes.
Cf. Crescini, p. 93.
K. 111, 296 cité la forme au fém. febla dans le Tit. de 1316 Doat, t. L. I, fol.
452, et l'adverbe feblamen dans le «Liv. de Sydrac», fol. 94, 5. W. 111, 426
ajoute febla(s) moneda(s) dans Frères Bonis I, 18, Z. I ; H, 186, Z5.
28. ) V. Hœpffner, 1. c, pp. 106, 107.
29. ) V. supra, p. 114.
30. ) Cf. la «Sainte Foy» mais, au «Glossaire», p. 352, éd. Hceptfner.

�—

118

—

Jean» (3I). Dans preclâr 170, on a la survivance de l'ancien superlatif absolu. Le superlatif relatif apparaît dans era.l mêler de
tota la onor 36. On remarquera que c'est, comme partout ailleurs,
à l'aide de la préposition de que la comparaison est exprimée
dans ce cas. Il en est de même dans la comparaison avec le nombre : anz avta plus de mil», 188.
M. Hcepffner a signalé (32) que le &lt;(Boèce» ignore parmi les
termes de renforcement le mot jort pour lequel la «Sainte Foy»
a une prédilection toute spéciale, et qu'en revanche, contrairement à l'usage de la «Chanson», il emploie dans cette fonction
per (187) et tras,ce dernier seulement en combinaison avec tôt (33) :
dans trastóta 1 18, trastút 25- trastuz 144, et trop (no /o trop nuallos 30). Molt (26, 102, 138, 140), be 255, asâz 166, tôt 17, 50
et de tôt (31, 94, 174, 242) apparaissent par contre dans les deux
textes avec la seule différence que le «Boèce» place molt et be
devant le mot renforcé, ce qui est le contraire ^de l'usage de la
«Sainte Foy». Parmi les adverbes avec les suffixes : -a, as, qui
correspondraient aux formes cuma et nemias de la «Sainte
Foy» (34), le «Boèce» possède primas 197, qui pourrait remonter
directement au latin vulgaire (35) et le régulier poisas 237 &lt; postea + s. On pourrait peut-être voir une formation parallèle dans
bona dans cel bona i Vai 253, mais il serait préférable de considérer cette forme comme analogique des adverbes en -ment quoique privée de ce suffixe. En effet, tout comme l'«Ev. St. Jean))
et les autres textes septentrionaux, le ((Boèce» emploie fréquem-

31. )

Dans le «S. Jean» mas est aussi bien conjonct. adversative (9, 21 ; 12, 20, 23)
que terme de comparaison (9, 28, : «que lau mas los pes»). En cette dernière
fonction «St. Jean» connaît aussi plús.. (!3, 21: port plûis fruith). Pour l'emploi
de mais chez Bernart de Vontadour v. la n .2 au N° 4 de Y éd. Appel, (mais
ne sert pas chez lui à la gradation des adjectifs.)
32. L. c, p. 108.
33. ) v. injra: pronoms indéfinis, p. 137.
34. ) Cuma: 11, 99, 560, 570, nemias: 124, 140 ,464, 576.
35. ) Cf. certas cité comme étym. pour certes fr. dans le «Dict. Gén.» ; v. E. Adams,
«Word formation in provençal», New-York, 1913, p. 378; voir aussi MeyerLiibke, /. c, 11, § 624, p. 641.

�—

119

~

ment les formes adverbiales avec le suffixe -men(f) (36) : mala
ment 9, bona ment 110, dolzament 129, 153, 194, epsament 125
et epsamen 15 etc. ., qui sont absolument étrangères à la «Sainte
Foy». Comme les exemples de cette formation adverbiale remontent très haut (37) et qu'ils ne manque d'ordinaire pas dans
les plus anciens textes du domaine gallo-roman (38), nous sommes enclins plutôt à expliquer l'absence de ce type dans la Chanson par des raisons d'ordre géographique (39).
B. — Noms de nombre .
Les noms de nombre ne donnent non plus lieu à des remarques spéciales. Nous n'avons que peu d'exemples des nombres
cardinaux- — les ordinaux ne paraissent point dans le poème.
Us &lt; unus est employé trois fois en guise de substantif :
une fois sans article : que us non o preza (8), deux fois avec l'article défini : ni Vus uel Vaitre (10) et cum Vus lo pért (124). Au
cas-régime, il apparaît le plus souvent en fonction d'article indéfini 38, 52, 126, 205, 207, 246, 256, mais une fois il remplace
aussi le pronom indéfini (orne) : anc non vist u (95).
36. )

Cf. «S. Jean» -men: solamén 9, 25; veramen 10, 14, 18; 11, 19, 20, pastim,
aubertamên 16, 31. Pour ce suffixe en provençal, v. l'ouvrage cité de E.
Adams, p. 373 et suiv.

Cf. les exemples cités dans E. Bourciez «El. dè ling. rom.», § 123b, p. 111.
Point de départ: mente feront placida (Ov., «Met.», 13, 214) et ensuite le développement «bona mente factum» (Quint. «Inst. or.», 5, 10, 52) «devota mente
taentun (Claud. in Stilic. I, 232), intrêpidamente respondeo» (Hier, in Luc.
hom. 35). Pour la formation en général, v. Meyer-Liibke, «Gr. d. r. Spr.»,
§620, p. 638.
38. ) V. p. ex. la «Passion» etc....
37. )

39. )

11 est difficile cependant de déduire des conclusions certaines d'après la répartition de ce type adverbial dans les plus anciennes chartes provençales. Dans
le Kecueil de Brunei, le type en -ment se trouve un peu partout, très souvent
dans la région du Kouergue (desliurament 165, 16 de v. 1178; eisament 120,
Il de v. 1170; 192, 8 de 1181; 248, 22 de v. 1190; eissamen 181, 47 de v.
1180; eissament 75, 4 de v. 1155; 249, 17 de v. 1190; 213, 10 de v. 1184;
eissement 78, 38 de 1157; 315, 17 de 1198, enteirament 159, 6 de 1177.., mais
aussi dans le Périgord, aissement 225, 85, de v. 1185 leLimousin franchament
36, 8 de v. 1140, le Toulousain eihsamen 270, 5 de 1193; Albigeois: eisament
20, 39 de 1120 et eisement 20, 89, de v. 1120, et en Provence -.cabaniament
(«entièrement»?) 9, 7 de v. 1103.

�—

120

—

Au féminin una n'est employé qu'au cas-régime chaque
fois en fonction d'article indéfini 38, 160, 192.
Duas latin est représenté, comme d'ordinaire en provençal,
par doas 209, qui apparaît au cas régime, de même quarranta
par quaranta 165, centum par cent 21 1 au cas sujet. Le descendant de mille, mil, figure deux fois au cas régime 188, 193. Le
pluriel miri', pour miria par élision de a devant auzello 211, apparaît dans sa forme caractéristique pour le Limousin i40).
B. — Pronoms et Articles.
Pronoms personnels.
1° et 2° personnes du singulier et du pluriel et pronom réfléchi*
Au cas-sujet,notre texte présente les formes normales :eu 43,
75, 78, 82; nos 1, 7, 99, 106; tu 81, 83. On ne trouve point
de graphie ieu pour eu, ce qui d'ailleurs, comme nous avons essayé de le démontrer plus haut (41), n'est pas une preuve que
notre langue n'ait pas connu de forme diphtonguée dans notre
cas (42), car les survivances graphiques qui ne correspondaient
plus à la prononciation réelle du temps où le manuscrit avait été
écrit ne sont pas rares dans notre texte (43). Cependant .spécialement dans les 4 cas de eu, il est fort probable que nous avons
affaire à des formes nondiphtonguées, car chaque fois le pronom eu est conjoint au verbe et partout insuffisamment accentué
pour que la diphtongue puisse se produire.
Au cas-régime, parmi les formes pronominales du singulier,
nous n'avons point de distinction entre formes toniques et formes atones.Tandis que la «Sainte Foy» sépare assez nettement (^)
les formes toniques en -f: mi 325, si 319 (ab si, malgré se de
40. )

41. )
42. )
43. )
44. )

V. plus haut, «Phonétique» : «L+y».
Pour les cas analogues en français, cf. Gaston Paris, «Mélanges li.lg.», pp. 273,
274.
V. «Phonétique»; Diphtongaison.
Cf. toujours la forme ieu dans l'«rLv. St. Jean», 15, 15.
Cf., p. ex., le traitement des consonnes finales, etc..
V. Hœpftner, 1. c, pp. 109 ,110.

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121

—

ant se 227} des formes atones en e : me 231, 259, se 102, 1 18,
189, 195 (45), le «Boèce» ne connaît pour le datif et l'accusatif
que les formes en -e,qu'elles soient toniques ou atones : a mé 130,
et pois me van aissent 197; molt me derramen 195; e
te.m fiav eu tant 75, e le.m soli eu a tóz dias fiar 82 et se reguarda 1 15, 137, 255, se ténia 143, plan se 159, ella se féz 188 etc.
etc. (46). Sous ce rapport, notre poème montre le même traitement que les autres textes provençaux écrits dans les régions septentrionales du domaine de la langue d'oc (47). Le dépouillement des plus anciennes chartes provençales, fait par M .Brunei (48), nous révèle que les formes en -e disjointes du verbe
sont particulièrement caractéristiques pour les textes appartenant
aux dialectes situés dans la partie nord de l'aire provençale (Auvergne, Gévaudan, Rouergue).
Quant à la «Sainte Foy», on sait que la présence des deux
types parlerait en faveur de son origine méridionale (49).
Si dans la «Sainte Foy» l'élision devant voyelle paraît obligatoire, il en est presque de même pour ces formes pronominales dans notre texte: s' (acc.) 26, 68, 120, 132, 167, 212, 249,
45. )

Le mi et si de que mi guidez 202 et de ab cui mi soill 264 grammaticalement
peuvent être aussi considérés comme des formes toniques, cf. Hœpffner, 1. c,
p. 110.

46. )

Il va sans dire qu'au v. 225, il faut lire: «quassus faos óm s'i jai lo so degra»
et non pas admettre la leçon de Hiindgen et de ses prédécesseurs si {ai.
Cf. l'emploi de ces formes dans l'«Ev. St. Jean» ab mé 9, 24, esrtmlrri mé 10,
11, me lavas los pes 9, 19; per té 11, 18, no te pose segre 11, |6.

47. )
48. )
49. )

V. la «Passion», 1 «Lv. St. Jean», 1 «Alexandre». Cf. Hœpffner, 1. c, p. 109.
V. Brunei, 1. c, p. XXV.
V. Hœpffner, 1. c, p. 110, et Wilhelm Bohnhardt, «Das Personalpronomen im
Altprovenzalischen», Ausg. und Abh. N° 74, Marburg, 1888, p. 20.
11 serait peut-être utile pour la localisation de la «Sainte Foy» de prendre en
considération le fait qui résulte de l'étude de M. Brunei (1. c, pp. XXVI,
XXVII,) que les formes atones (conjointes au verbe) en -e s'opposent aux formes
toniques (disjointes du verbe) en -i, dans les textes de Moissac, Ségur, Rayssac,
la Salvetat, la région d'Auriac, soit à la limite ouest du Rouergue, dans l'Albigeois et le 1 oulousain, tandis que dans le Rouergue, le Nimois et la Provence,
région de transition entre ce domaine et l'aurte centre de répartition les textes
de Gévaudan donnent mi, fi, si conjoints et me, te, se disjoints), les deux
usages se sont confondus (Cf. dans la «Sainte Foy» ant se 227 et p. -ê, aussi
les exemples des vers 202 et 264 (que mi guidez, ab cui mi soill).

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122

—

et s' (dat.) 225 (50), 181, 252, et (impers.) 145 (51). Mais il y a
le cas de primas me ámen 197, qui fait ici une exception unique (52).
Parmi les formes enclitiques, nous avons m (acc.) 75, 81,
82, 83, 88 et m (dat.) 87, t (acc.) 87, (53), s (acc.) 121, 131, 136,
et s (dat.) 132 (lo.s prent) (54).
L'enclise est surtout fréquente après les formes souvent
employées comme dans tu.m 83, te.m 75, 82, qui.m 81, no.s
136, aizó.m 88. Ces formes d'appui sont ordinairement oxytoniques, mais l'analogie s'étend, et même assez souvent, aux pa146

roxytons comme dans les cas ella.s 131, 179, (e)sc(h)ala.s 146,
149, 156, ora.s 166, petita.s 166 (55).
Comme dans la «Sainte Foy», l'enclise est provisoire dans
notre texte, comme il résulte des cas ab Damrideu se ténia 143,
be se dreca 168, à l'accusatif, et en epsa l'ora se sun d'altra color 214, ella se féz 188 au datif. Mais ce qui distingue nettement
le «Boèce» de la «Chanson» est le fait que le premier n'emploie
jamais les formes enclitiques après consonne (n) comme c'est
parfois le cas dans la «Sainte Foy» (56). Parmi les formes du
50. )

V. n. 46 p. précédente.

51. )

Dans les graphies nous avons ordinairement
prédominance de l'élision sur l'enclise: ella
sespér 120, mais la combinaison enclitique
qui est dû à la fréquence de la graphie du
tout à fait légitime dans les autres cas.

52. )

Kapprocher de be la âma 254 v. infra, p.

les groupes des mots confirmant la
sauça 167, no sen repen 249, e dett
triomphe dans nos es acsi 145, ce
groupe enclitique nos = no.s qui est
124.

Servir en anc. provençal est bien plus souvent employé avec l'accusatif qu'avec
le datif, v. 5. W. VII, pp. 620, 621 et suiv et R. V., pp. 212 ,213.
54. ) Cette dernière forme enclitique apparaît très souvent dans notre texte dans
un emploi emphatique et reste intraduisible en français : si.s trada son parent 8,
si.s fai fais sacrament 10, quai ora.s Vol 166 etc. Si l'on prend le vers 184 tel quel,
malgré les ratures et la correction ajoutée après coup, il faudra voir la même
forme abrégée de se dans ella.s météssma tén(las) cláus de paradis.

53. )

55. )

Cf. M. Melander, Etude sur l'ancienne abrévation des pron. pers. dans les
«langues rom.» Upsal, 1928, p. 21.
56. ) V. la «Sainte f oy» non.s 40, 53, 496, con.s 108. Voir infra l'«Article». Cf. les
exemples analogues en espagnol cités par M. Gessner (Z. f. rom. Phil. XVII,
9, comme Non.l devinaria, Berceo «Domingo» 8 b et le cas plus sûr nonl faria
otro castigo ,Roiz. 349 b.), etc. que M. Melander considère comme douteux
sans cependant expliquer son scepticisme (1. c, p. 119, n. 1).

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123

—

pluriel notre texte ne présente aucune enclitique, ce qui est en
opposition manifeste avec l'usage de la «Sainte Foy» (57). Ainsi,
nous avons au datif : no nos membre 3 (58), qui nos soste 4, qui
nos pais 5, chi nos redéms 153, tandis que vos n'apparaît que
dans la combinaison logiquement accentuée, avec ec : eevos 44,
72 (59).
Pronoms de la 3° personne.
Au nom. sing. le pronom masc. est le plus souvent représenté par la forme régulière el 36, 65, (68), 96 etc., mais trois
fois apparaît aussi eu 49, 57, 155, forme qui se trouve dans les
plus anciennes chartes appartenant aux régions de Limoges et
de Clermont-Ferrand (60). Le féminin n'offre dans notre texte
que la forme ella (119, 131 etc.), jamais ill ou le, lie, formes
que la ((Sainte Foy» présente à côté du type plus fréquent ella (6I)Les formes toniques du cas-rég. sont : au masculin toujours
lui: 25, per lui, 48, 51, de lui, 111, 136 e lui, 131 a lui (cette
forme est aussi une fois employée arbitrairement pour l'atone
dans qui lui laudáven 139 à côté de molt la laudaven, 142 ; Cf.
St. Jean: qui lúi volien demandár 15, 41); au féminin lei (253
ab lei) et leis (175 e leis), formes qui apparaissent aussi dans la
La chanson donne nz 152, 161.., us 148, 160 etc.. Cf. Hœpffner, 1. c, p. 110.
Cf. «St. Jean» ia no Ui membra de la dolor 16, 7—8.
Cf. la nonréduction des pronoms nos et vos dans la position protonique en français, v. Melander, 1. c, p. 124. Cf. par contre, la différence du traitement de
li en anc. français et dans notre texte v. infra.
60. ) Cf. Brunei, 1. c, p. XXIV. Voir supra: -/ final. Comp. l'«Ev. St. Jean».
61. ) M. Kjellmann (1. c, pp. 51, 52) a déjà constaté que les formes des pronoms
féminins personnels ou démonstratifs en i
aquist etc.. étaient étrangères au
dialecte limousin. Grâce à l'édition de M .Brunei des anciennes chartes provençales ,1 aforme le (lie) comme pronom féminin (cf. Hœpffner, 1. c, p. 111),
n'est plus la forme exclusive de la «Sainte Foy», mais elle est bien attestée par
les chartes écrites au Centre du Rouergue (v. Brunei, p. XXIV et la ch. 262,
26 — Rouergue v. 1191. Cette forme pronominale apparaît donc dans les mêmes régions que le pronom fémin. il (v. ibid: et ch. 248, 20, 27, Rouergue v.
1190 et 288, 17 Rouergue 1195). Cette coïncidence doit nous inéresser tout
particulièrement du fait que la «Sainte Foy» possède les deux types pronominaux. Cf. aussi la répartition géographique des séries me, te, se et mi, ti si
(v. sujora)
57. )
58. )
59. )

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124

—

«Sainte Foy» (pour l'explication de cette forme v. Crescini, pp.
99, 100).
Par contre, notre texte n'emploie jamais dans cette fonction
la forme ella qui est de règle dans la Chanson (62).
Comme formes atones de l'accusatif, le «Boèce» emploie régulièrement lo pour le masculin 27, 49, 64. ... et la pour le féminin 14, 87.... L'usage de ces formes diffère sensiblement
de celui de la «Sainte Foy». Tandis que cette dernière ne connaît
que l'élision de lo et non de la, notre langue élide devant voyelle
aussi bien la forme masculine comme dans l'apellaven 39, l'encent 251 (63), que la forme féminine comme dans dis que l'a presa 14, qui l'a {la schala) 148, à côté de be la âma 254, qui est
en même temps le seul exemple de dérogation à la loi de l'élision
pour les formes de la 3" personne (rappr. de l'exemple déjà cité :
primas me ámen 197; cf. les exemples parallèles chez Guillaume IX, cités dans Melander, 1. c, p. 14, n. 2). A l'accusatif,
seul le masculin possède les formes enclitiques : Il dans que.ll clamam 6, si.ll mena 9 et / dans no.l tiolg 47 et de même aux vers
54, 70, 240 (64). Tous ces cas d'enclise ont eu lieu après les monosyllabes auxquels la forme abrégée du pronom est intimement
liée dans la graphie : quell, quel, sill, sil, nol.
Au vers 37 dans de tôt emperi.l tenien per senor on a déjà
l'enclise, contrairement aux cas précédents, après un paroxyton.
Cette formation, M. J. Melander (65) la considère, et non sans
raison, comme analogique de l'enclise primitive après les oxytons. De même que c'était le cas pour les formes de la 1c et 2*
62. )

Cf. Hœpffner, 1. c, p. 112; v. les vers 172, 291 ; 439 etc.. Lei se trouve au v.
162 et leis acc. 444 et dat. 284.
63. ) Cr. les vers 123, 241, 242,
64. ) Au v. 69 en jugeant d'après la reproduction phot. du ms. le texte paraît être
coupé au bord tout de suite après no. Il semble être de même avec le cas du v.
87 où on a l à la fin de la ligne pour la.m (volgttist laisar).
11 n'en est rien. Comme nous avons pu nous en rendre compte personnellement,
le ms. donne aux endroits indiqués nol et lam (écrit la, avec le tilde sur a).
C'est par conséquent, la page suivante du ms. qui a dû couvrir les dernières
lettres des lignes respectives au moment où l'on prenait la photographie.
65.) V. 1. c, p. 21.

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125

—

personnes, l'enclise n'a lieu qu'après un mot terminé par une
voyelle et n'est jamais de rigueur, comme il ressort des cas : per
eveia lo mesdren e preiso 27 et eu lo chastia 49.
C'est pourquoi dans les exemples de fai l'accupar 241 et fai
l'aparer 242, il faut voir les cas d'élision et non ceux d'enclise,
d'autant plus que la graphie elle-même contribue à confirmer le
même fait i66). M. J. Melander au sujet de ces exemples (67),
semble avoir un moment d'hésitation avant de se prononcer en
faveur de l'une ou de l'autre explication et est même enclin à
donner raison à ceux des éditeurs qui y voient des cas d'enclise H.
«Vu que l'élision, nous dit-il, se produit avec moins de rigueur pour les pronoms postposés au verbe, il paraît bien légitime d'admettre ici l'abréviation» ( = enclise). En ceci, il a tout
à fait raison quant aux exemples tels que tenha.s ab nos (B. de
Born 5, 30, éd. A. Stimming, Halle 1892,) etc. Malheureusement, M. Mélander ne distingue pas les exemples de ce dernier
cas-type tenha.s ab nos du nôtre, type fai l'aparer où il est évident que le pronom, de façon tout à fait logique, fait corps avec
le verbe suivant (aparer) dont il dépend et non de l'auxiliaire {fai)
qui le précède (69).
Comme pour ces cas notre texte connaît aussi l'enclise tant
pour la forme du masculin dans res no.l rema 137 que pour la
forme du féminin dans si.l forféz tan 179, il en doit être de même au v. 1 55 : eu li vai l'arma dozen, où cependant nous avons
66. )

tn effet, dans les deux cas au ms. nous avons fai lacupar, fai laparer, où
M. Melander aurait dû lui-même s'attendre à trouver par suite de l'emploi
fréquent de fai une graphie *fail.
67. ) L. c, p. 19.
68. )

V. «Chr.» d'Appel 105, 241, 242; v. par contre «Chr.» de Bartsch et «Man.
prov.» de Crescini.
69. ) A la page suivante (20) M. Melander finalement se décide à voir dans cette
série d'exemples (qui est en réalité composée des deux types différents, comme
nous venons de le voir) aussi bien que dans une nouvelle du type E.teg s'ab
deu («Sainte Foy» 100) se produire le même phénomène d'élision sans aucune
distinction des cas. Ce serait dépasser les limites de cette étude que d'entrer dans

�—

126

—

la forme pleine ce qui fait ajouter une syllabe de trop. 11 est
vrai qu'ici nous n'avons pas une voyelle devant li mais on sait
qu'après des diphtongues de ce genre l'enclise ne serait pas contraire à la règle en provençal et par conséquent rien ne s'oppose
à la leçon de Hiindgen et de Bartsch-Koschwitz : eu.l vai l'arma
dozen.
L'élision de 1 'i du pronom datif li est tout à fait normale
devant en ; elle a lieu même devant la voyelle des autres mots :
no l'en fai semblant 119, be bo mérite l'en rent 255 ; qui l'estan
a pesant 73 (70), no l'es a doptar 175 (71).
Au pluriel, nous n'avons qu'un seul exemple de nominatif
dans la forme normale du masculin il 201 qui correspond parfaitement au nominatif plur .du démonstratif cil 70 (72). La forme tonique du cas-régime n'est représentée que par le féminin
en combinaison avec le nombre antr'ellas doas 209 (73).
Comme forme atone du masculin, nous possédons aussi un
cas de los 144, tandis qu'au v. 59 dans si.lz nous avons la forme enclitique après voyelle de monosyllabe si (74).
Le datif apparaît dans sa forme normale en provençal dérivée de l'ancien génitif du démonstratif latin : lor 55, 57 (75).
Le poème ignore, de même que la ((Sainte Foy», le neutre
la discussion de ses théroies, mais nous devons reconnaître que l'état linguistique de notre texte ordinairement ne s'y oppose pas.
70. )
71. )

Cf. Crescini, 1. c, p. 162; «che gli stanno pesando», «che gli tornan graoh.
Dans les graphies le ms. rattache la forme élidée du pronom aux mots suivants
aux vers 73 et 255. Au v. 119 no/en fait un seul groupe; le mot es du v. 175 a
complètement disparu au bord du manuscrit, abimé à cet endroit.
Ln français li ne s'élide presque jamais, sauf devant en ; (Cf. Rydberg «Zur
Geschichte des franzôsischene », Upsal, 1896, p. 422); en provençal il s'élide
comme les autres pronoms à finale vocalique (cf. J. Melander 1. c, p. 125).

72. )

V.supra, Phonét. : Umlaut.

73. )

M. Hœpffner a déjà rapproché ce cas du q'ell dui 581 de aa «Sainte Foy». Cependant, il admet pour ce dernier exemple la possibilité d'avoir affaire à une
forme de l'article et non pas de pronom. Cf. 1. c, 113.

, 74.)

La graphie de z s'explique par l'articulation énergique de /. Le cas est à rapprocher de si.// 9.

75.)

Cf. «St. Jean», 9, 31, (13, 12).

�lo. A l'accusatif il est ordinairement remplacé par la forme neutre du pronom démonstratif o : 11.... (76).
Comme les autres textes provençaux, le ((Boèce» emploie
souvent pour remplacer les pronoms gén. et dat. (77) les adverbes
pronominaux en et z (22, 26. . . .). Pour le premier mot, il possède la forme archaïque ent employée deux fois 162, 165, la
première avec un accent, ce qui démontre que ce mot était prononcé avec une force toute particulière pour attirer sur lui l'attention des auditeurs. (78). Cette forme accentuée occupe la place
après le verbe ce qui semble appuyer la théorie de M. Melander
(v. l'ouvrage cité, en particulier p. 100). D'autre part l'enclise
est pour lui très fréquente et a lieu ordinairement après un mot
terminé par une voyelle. Cela arrive même après un polysyllabe
paroxyton comme dans: penedenza.n pren 13, laisa.n 16, mais
surtout après le monosyllabe no : no.n 12, 31, 94, 115.... Une
seule fois, la règle ne paraît pas être observée au v. 32 : tan bo
essemple en laiset entre nos, mais dans ce cas, la césure du vers
tombe justement après le mot essemple, de sorte que le mot en
commence le deuxième hémistiche (79).
Lorsqu'un mot faiblement accentué précède en, c'est l'élision de la voyelle finale de ce premier mot qui a lieu dans notre
texte: s'en 68, 132, 181, 249, 252, l'en 119, 255.
/ est aussi parfois employé comme enclitique. Ainsi, dans :
no.i vé 238, grâce à la caducité de n final dans notre texte (80),
le vers a pu être abrégé d'une syllabe. Cette enclise est comme
toujours facultative ; elle dépend surtout des besoins de la versification, comme on le voit par le cas opposé : non i mes joiso 26.
76. )
77. )
78. )

79. )

Cf. Schultz-Gora, 1. c, p. 73, § 114.
V. Schultz-Gora, 1. c, p. 74 § 116.
V. supra, «Phonétique» : Groupe nd final. ; cf. l'emploi de cette forme en afr.
(v. Godefroy ent 111, p. 245.) V. Melander, pp. 99, 100 ,101 et Schwan-Behrens,
«Gramm. des Altfr.», 10e éd. § 122. 7e éd.).

Cf. Hûndgven, 1. c, p. 147. En effet, dans ce cas en, syntaxiquement parlant,
est protonique par rapport au verbe suivant {taiset).
80. ) Cf. Phonétique -n final.

�—

128

—

De même, nous avons une enclise dans bona.i Vai 253. Les mots
faiblement accentués précédent l'adverbe f se combinent avec
lui, en perdant par élision leur,voyelle finale: 225 s'i fai lo so
degra et, probablement, aussi dans faZ l'i cománda 183.
Pronoms possessifs.
Parmi les formes du pronom possessif en ancien provençal,
seules celles de la 1° et de la 3° personne sont représentées dans
notre texte. Ainsi, pour les formes toniques de la première personne, nous avons au masc. nom. plur. la forme mei 80, 91 ;
au féminin, à l'ace, sing., la forme élidée devant voyelle, mi'
pour mia (devant amor) v. 198, et au nom. plur. ( = vocatif)
mias v. 77.
La 3e personne est représentée par la forme tonique du pluriel soi 63, 245. (81). Au singulier, c'est la forme atone qui est
employée en fonction de la tonique : miga del so 238 (82). Le
«Boèce» ignore les formes toniques de la 3 e personne analogiques de la 1°, seus, seun, familières à la «Sainte Foy» (88. . . .
333). Ce ne sont que les formes du masc. nom. plur. (mei et
soi) qui sont employées sans article ce qui est, comme on le sait,
tout à fait conforme à l'usage de l'ancien provençal (83).
Dans la série atone, nous avons les formes normales sos 141,
180 au masc.nom.sing. et so 18,23,33.. devant consonne,son devant voyelle 121,244 (dans les deux cas écrit so) et une fois devant
81. )

Pour le o de soi
La «Sainte hoy»
2e p. n. plur. iei
Cf. Crescini, pp.

analogique du sing. so, v. Phonétique, Vocalisme: «Utnlaut».
emploie déjà une forme complètement analogique pour la
250 sur mei. Cf. la forme toi de l'«Ev. St. Jean» 17, 17, 26.
108, 109.

82. )

Comparez l'emploi de l'«Ev. St. Jean» lo to fill 17, 5—6, lo tos fillz 17, 6
lo to num 17, 16 et la sôa 6ra 9, 5, la tóa árma 11 ,19.

83. )

Cf. Schultz-Gora, 1. c, p. 76, §119, et Crescini, 1. c, p. 107. Comparez dans
l'«Ev. St. Jean» mei sans article: 11, 12; 13, 36; foi 17, 17, 26 (pourtant l'article
y est une fois employé: li méi amîc 14, 6). De même dans le plus ancien
français, cf. «St. Alexisis» : mi parent 203, mi grant palais 403, iui altre per
412.

�voyelle 8 (écrit so) i84) au masc. acc. sing. Au masc. acc. plur.
nous avons' tout régulièrement sos, 59, 138, 159, 185.
La graphie sso dans e sso marriment (100) s'explique par
la survivance graphique de l'ancienne tendance de notre langue
à l'enclise qui faisait rattacher la forme inaccentuée au mot précédent d'où l'écriture de ss dans sso exprimant la dentale fricative sourde en position intervocalique (85).
De même s'explique la graphie du fém. acc. sing. ssa dans
a ssa part lo te 105, à côté de la graphie normale sa 50, 71,
246. Devant voyelle, nous avons l'élision régulière de a dans
la dernière forme employée au nom. sing., : s'onors 1 14, s'anma 180, ce qui contraste de nouveau avec l'usage de la «Sainte
Foy» où la règle de l'élision est mal observée en général ; dans
notre cas, elle y fait complètement défaut (86).
Si au nom. plur. masc. est la seule forme rare qui se trouve

dans le «Boèce» ; elle est bien la même qui apparaît dans les
textes limousins (87). C'est en même temps la seule forme atone,
du masc. nom. plur. en ancien provençal (88). Elle s'explique
d'après nous par analogie avec les formes de l'article : comme
so correspond à lo, sa- à la (89), de même si correspondrait à li (90).
Parmi les formes de la pluralité nous avons le pronom
poss. de la prem. pers .à l'ace, sing. nostre dans lo nostre Creator 46, et le pronom possess. de la 3e p. plur. à l'accus, sing. et
84. )
85. )
86. )

Pour la caducité de n, v. Phonétique : Consonnes finales.
V. plus haut, Phonétique.
Cf. Hœpffner, 1. c, p. 115 et les vers 106, 507 de la «Sainte Foy». Voir aussi
supra, «Pronoms Personnels». Com. m'árma II, 17, s'arma 14, 5 de l'«Ev. St.
Jean».
87. ) Cf. la charte 37, 4 du «Recueil» de Brunei (Limoges de v. 1140).
88. ) Cf. Brunei, 1. c, p. XXXII.
89. ) Cf. Crescini, 1. c, p. 109.
90. )

M. Crescini (1, c, p. 110) y voit la forme réduite de sei par intermédiaire de
*siei. Comme premièrement, le provençal ne connaît pas de réduction de ici à i
et comme la forme siei (sans parler de sa diphtongue) supposerait déjà une
formation analogique sur mei, qui n'est pas inconnue à la «Sainte Foy», (cf.
fef 250), mais non au «Boèce» où on a que la forme plus archaïque soi 63, 245,
cette explication nous semble tout à fait inadmissible.

�—

130

—

plur. lor 77, 173, 174, 189, 196, 227, 228.11s ne donnent lieu à
aucune remarque (9I).
Pronoms démonstratifs.
Le trait spécial qui paraît caractériser tout particulièrement
notre texte est l'absence complète parmi les pronoms démonstra
tifs des formes qui continuent le iste latin. Ceci le distingue non
seulement de la Chanson méridionale de la «Sainte Foy» (92),
mais aussi des anciens textes limousins tels que p. ex. l'«Ev. St.
Jean)) (93), avec lequel il a cependant tant de traits communs. Il
se peut par conséquent que l'absence de ces formes dans le
«Boèce» soit due au simple hasard.
Parmi les formes à spirantes qui sont surtout fréquentes
dans les anciens textes écrits dans l'idiome limousin (94), le
((Boèce» ne possède, excepté pour le neutre, que les formes
courtes (sans préfixe ai-) : cel (&lt; ecce ille) au m. nom. sing. 146,
11 est intéressant de constater que la forme lur commune à la «Sainte Foy»,
(cf. Hœpffner 1. c, p. 113) se trouve dans les seules régions de l'Est et du
Centre comme l'attestent les chartes du Rec. de M. Brunei. Cf. 1. c, p. XXXII,
cf. aussi seun attesté dans Kouergue (ch. 41, 59 vers 1143).
92. ) Cf. les formes multiples esf 31, 75.... estz 455, esta 63 etc.; cest 460, cisf 477
(comme subst.) ; aqest 62, 85.... aqestz 154; aqist 25, 161, achist 414 (n. s.
fém.) ; aqesta 65. — passim. dans la «Sainte Foy».
93. ) V. dans l'«Ev. St. Jean», les formes aquést 9, 6; 10, 23; aquîst 17, 29
aquéstas 10, 6 etc.. passim; dans les textes limousins de la Coll. Brunei:
aquest 35, II; 37, 7 et dans le texte périgourdin (ibid.), dont le caractère linguistique mérite toute notre attention, aquéstas 225, 78.... Au masculin, ce
dernier monument présente la forme aquet 225, 28, 76, 86 que M. Brunei a fait
rentrer avec raison dans le même groupe des dérivés du latin iste (p. XXXV).
En effet, malgré les doutes qu'on pourrait avoir au prime abord sur l'origine
de cette forme pour la raison que ce document appartient aux archives départementales des Basses Pyrénées, on aurait bien tort d'expliquer ce mot par
l'influence gasconne (aquet = aque/), dialecte dans lequel ce texte avait été
une fois transposé (dans l'édition de P. Raymond, v. Brunei I. c, p. 213, n. 2).
Tout parallèlement à la forme ant-ad illos (par étape auz) qui est caractéris
tique pour le dialecte périgourdin où - fs se réduit à f (v. Brunei, 1. c, p. XXII,
cf. Paul Meyer, lntrod. à l'éd, de «Daurel et Béton», pp. LVI—LX. Comparez dans l"«tv. St. Jean» aut Juéus II, 7, à côté de auz sofrachôs 10, 36, auz
ornes 17, 16. Cf. aussi ibid. «vos creét en Deu e e mé créez II, 24; vos no podét
11, 8 etc.. passim), on a eu premièrement par réduction d'aquests ou aquesz,
aquez (z = ts), d'où aquet.
94. ) Voir la savante étude de M. Kjellmann, p. 42.

91. )

�—

131

—

253 nettement différenciée de la forme pour le nom. plur. masc.
cil (&lt; ecce illi) 213 (95), et la forme, aussi fréquente en limousin,
tout en étant probablement d'origine française, cellui au cas-régime sing. (faite sur lui) (96). Ces formes courtes sont plus anciennes que leurs correspondantes en ai- {aicel etc.) (97). Seule la
forme neutre aizo 88, comme l'a démontré M. Kjellmann (98), a
dû être forgée de très bonne heure comme pendant de la forme
aquo que notre texte cependant ignore, comme c'est du reste
aussi le cas pour les autres écrits de notre dialecte (").
De cette unique forme en ai- il convient pourtant de rapprocher la forme ancienne de l'adverbe de modalité acsi (&lt;atque
eccu sic) 145 (10°), qui était déjà probablement prononcée
aissi. C01).
La forme neutre courte zo au nom. sing. 206, 208, 248,
257 et à l'ace, sing. 203, per zo 47 (et même remplaçant le sujet au pluriel 228, 233) l'emporte pourtant nettement sur aizo
employée une seule fois et aussi sur o qui, comme nous l'avons
déjà vu, (v. sous pronoms personnels de la 3e pers.), ne figure
qu'à l'accus. s"ing.
Enfin, nous avons aussi le représentant pronominal du type
en aq- si fréquent dans la «Sainte Foy)) (l02) : aquel 148, 247 (m.
nom. sing.) et 251, 252 (m. acc. sing.) qui, employé aussi bien
comme substantif (148) que comme adjectif (247, 251, 252), ne
95. )

Ct. Phonét. : Umlaut.

96. )
97. )

Kjellmann, 1. c., p. 55. Comp. dans l'«Ev. St. Jean», 10, 16; 14, 28.
Cf. ibid, p. 126. Pour les théories sur l'origine des pronoms à formes renforcées, v. ibid., pp. 12—17.
Ibid. p. 126.

98. )
99. )

«Dans les documents de Limoges, dit M. Kjellmann à la page 67, je n'ai
pas trouvé un seul exemple de la forme à explosive. Parmi les chartes réunies
dans la grande publication de M. Brunei, aquo se rencontre le premier dans
un document du Kouergue écrit en 1102». — La «Sainte Foy» connaît aussi
bien aiezo 156, 271.... que aqo 96, 133.., mais les deux sont employés plus
rarement que o et czo, cf. Hœpffner, pp. 115, 116.
100. ) Cf. Kjellmann, 1. c, p. 17.

101. )
102. )

Comp. aissi 10, 2
et eissi 11, 7 de l'«Ev. St. Jean».
Cf. Hœpffner, p. 116.

�132

—

se distingue guère pour son usage des formes du masculin en
spirante (,03).
De cette forme, nous rapprochons à cause de leur origine
1
commune, l'adverbe de lieu aqui 211.
En dehors de ces formes de composition romane, qui, du
reste, ne sont pas si nombreuses que dans la «Sainte Foy», nous
possédons aussi quelques représentants directs des démonstratifs latins.
Sans compter lor devenu possessif ou pronom personnel,
(v. supra), nous avons la forme neutre o &lt; hoc 8, 1 1, 99, 100,
106 (cf. per ó 137 et pero 67, 94, 144) et de même ordinairement dans un emploi neutre, le terme de précision ou d'idendité
eps &lt; ipsum, forme limousine (,04), dans eps los forfaiz 15(?),
eps li satan 18, éps li omne 172, à côté de en epsa l'ora 214 et
epsamen 15.
La forme très répandue provenant de la composition du terme de renforcement met avec le superlatif de ipse, apparaît au
féminin singulier avec deux graphies différentes : metéssma 184,
et medesma 190 (&lt; metipsima) (,05).
Article.
Comme article défini, le «Boèce» n'emploie que les formes
dérivées de ille latin : lo, n. (58, 62. . . .) et acc. (16, 35. . ..)
s. masc. ; li, n. p., (18, 199. .. .), los (65, 66, 85) a. pl. masc; ■—
au féminin la sing. (40, 125, 206. .) ; las pl. (77, 96. .) (I06). Parallèlement au traitement des formes atones du pronom personne.)

V. pourtant ICjellmann, 1, c, p. 32 qui distingue déjà une nuance syntaxique
dans leur emploi : «Le «Boèce» en dehors d'un cel demi-déterminatif : Bos cristians qui a ital eschala.s te, cel non quaira ia per negu torment 1156), ne nous
offre qu'aquel comme pronom démonstratif.»

104. )

Cf. Brunei, 1. c, p. XXXIV, et supra «Phon.» : Groupes des consonnes.

105. )

Cf. «Phonét.» : Dentales intervocaliques.

106. )

A propos de l'article pyrénéen (étranger à notre texte) qui figure dans la
«Sainte Foy», v. Hœpffner, p. 118. Cf. Anglade, pp. 213, 214, et les formes
citées par lui dans le «Mystère de Sainte Agnès» et la «Vie de Saint Honorât».

�—

133

—

nel et possessif devant voyelle (107), ici encore l'élision semble
être plutôt de rigueur, quoique les faits se présentent avec moins
de régularité. Si au masc. lo devant un mot commençant par
voyelle perd la sienne dans tous les cas (Vus vel Vaitre 10, cum
Vus lo péri a Váltre vé tener 124, Vom 69, 102, 120
de tôt
Vemperi.l tenien per senor 37, Vemperador 44, Vemperi 84,
en l'or 204, per l'eschalo 237), il n'en est pas de même de la
qui reste sans changement dans le cas du vers : de tota la onor
36 C08), à côté des cas plus nombreux où l'élision a eu lieu :
à Vôra 104, l'arma 155, 182, pur l'una fremna 192, en epsa
l'ora 214 (l09).
Au plur. masc., les deux éventualités sont possibles : d'une
part le cas, de l'élision est attesté par sun l'eschalô 209, (no),
d'autre part, pour le cas contraire, nous avons trois exemples :
neeps li omne 172, cal sun li auzil 226 et cal an li auzil 231.
M. Melander ('"), tout en admettant la nécessité de conserver
la leçon du manuscrit pour le v. 172 pour donner à l'hémistiche
le nombre correct de quatre syllables, propose de corriger le li
en V dans les deux autres cas (226, 231), ce qui n'est pas impossible ,car la correction pourrait s'appuyer sur l'exemule sun l'eschalô 209, mais n'est pas absolument nécessaire, car l'i de li
dans l'hiatus peut ne pas avoir autre valeur que celle de yod et,
107. )

V. plus haut.

108. )

L «tv. St. Jean» a le même traitement, non seulement devant o comme dans
la 6ra 14, 43; ve la ôra 16, 36; la ôbra 17, 12, mais aussi devant a:la amórs
18, 34. ,

109. )

Le ms. tout naturellement rattache toujours l'article au mot suivant: en epsa
lora 214....

110. )

Le cas d'enclise dans notre texte est exclu après un mot terminé par n:bél sun
li drap 199 plan se sos dois 159,
(ce qui pourtant est possible dans la «Sainte
Koy»). D'autre part, comme nous l'avons déjà signalé à propos de réduction
des pronoms personnels et possessifs, dans le «Boèce» d'une manière générale,
l'élision l'emporte sur l'enclise et dans ce cas particulier où l'article doit naturellement se rattacher au substantif qu'il détermine, le doute n'est pas possible. Pour les exemples de l'élision de cette forme, v. Melander, 1. c, p. 15,
comme Macrabru 3, 11, etc

111. )

1. c, p. 15.

�—

134

—

partant, se prononcer d'une seule émission de voix avec la diphtongue au qui suit. (,l2).
L'enclise ne se présente qu'au masculin, jamais au féminin
singulier, comme c'est le cas dans la «Sainte Foy» ("3). Elle
est régulière après les prépositions de (del temporal) 97 etc. .),
a {al rei 161 etc), en (el capitoli 60, el somsi$ 182....). Cette
dernière préposition perd dans ce cas son n final ("4), mais l'enclise après en n'est plus aussi régulière qu'après de et a : en
l'or 204 à côté de el Vestiment (ibid.) Ves (= vers) paraît avoir
assimilé, en vertu de cette tendance^ son s final à / de l'article
suivant : vel laitre (10?) ("5). Après per l'enclise n'a pas lieu :
per lo taló 240 ("6). L'enclise se fait aussi après la voyelle du
monosyllabe que : que.l corps 104, 155. Il en est de même après
la conjonction e dans e.l vis 1 70. L'enclise de lo semble être régulière dans la position postverbale ("7) : era.l mêler 36, avia.l
cor 101, cobre.l iórn 133, guarda.l baratro 239. Pourtant elle n'a
pas eu lieu après le monosyllabe a [=habet) : á lo pel 107, á lo
corps 181. Si nous comparions aussi le cas de lo après le pronom :
fez lo lo reis 71, il nous semble juste de conclure qu'elle est facultative aussi bien pour les formes de l'article que pour celles
des pronoms.
Le seul exemple de réduction par enclise que donne la forme de l'article masculin au pluriel est euz dias antix 139. Là
aussi, nous avons la chute préalable du n caduc de la préposition
en. La graphie de z trahit dans ce seul exemple l'articulation
énergique de // avant la vélarisation (,18). Partout ailleurs, corn112. )
113. )

114. )
115. )
116. )
117. )
118. )

Cf. aussi le vers 156: bos cristans qui a'ital cschala.s te.
Il faut pourtant bien tenir compte
de l'existence dans ce dernier monument
de la forme fém. nom. sing. U, étrangère à notre texte. C'est elle probablement
qui est seule dans la «Sainte Foy» sujette à l'enclise. (L'enclise n'a lieu
qu'au nom. sing.) Cf. Hœpffner, 1. c, p, 117.
Cf. «Phonét.»
Cf. ailleurs le cas analogue de sul
/^sus lo) v. Appel «Chrest.» p. XVI.
Comparez per.l 174, 208, per.h 329 de la «Sainte Foy».
Cf. Melander, 1. c, p. 162 et suiv.
Pour la vélarisation de / v. «Phonét.» p. 36 et suiv.

�—

135

—

me nous l'avons fait voir, les formes de l'article dans le texte ne
se trouvent qu'avec la graphie du / simple.
Pronoms relatifs.
M. C. Brunei, dans l'introduction de son «Recueil» ("9),
signale que la forme du relatif qui au cas-sujet masc. et fém.,
sing. et plur., ne peut se rencontrer que dans les pays voisins
de la région française comme le Limousin (35—37), le Vivarais, le Valentinois et dans le Sud-Ouest du domaine provençal (,zo). Notre texte qui appartient à la région limousine présente
en effet au cas-sujet les deux formes : qui (,21), au masc. sing. 4,
5, 24, 81.... masc. plur. 139, 172, 213; au fém, sing. 147,
192, 206, fém. plur. 73, 77 (,22), et que au masc. sing. 146, 152,
masc. plur. 70 la première, comme on voit, bien plus souvent
que la deuxième.
Qui dans cet emploi peut se rapporter également à une personne (qui a gran poestat 161 ect.) ou à un objet (el vestiment
en l'or qui es représ 204, etc.). De même aux vers 146 : cel non
es bós, que a frebla scala.s té et 1 52 : et en Jhesu que ac tan bo
talent, que se rapporte à une personne (cel, Jhesu), il en est de
même au pluriel 70 : cil li faliren que.l solient aiudar. Si nous
n'avons pas d'exemple pour que nom. se rapportant à un objet,
il va sans dire que cela n'est qu'un simple hasard. Tandis que
dans la «Sainte Foy» le féminin ne paraît que dans la forme qe,
quand le pronom se rapporte à un substantif personnel (,23),

119. )

I. c, pp. XXXVI. XXXVII.

120. )

Jusqu'à Agen, Moissac et même au-delà de Toulouse vers Dourgue, ce qui
est important pour la localisation de la «Sainte Foy», car ce texte au cas-sujet
connaît également le doublet quf-que.

121. )

fccrit aussi ki '7 et chi 153.

122. )
123. )

Qui n'est jamais employé au cas régime, ce qui est d'ailleurs excessivement
rare en anc. prov. Cf. Crescini, p. 119.
Ce qui est peut-être dû au hasard, cf. Hœpffner, 1. c, p, 119.

�—

136

notre texte, par contre, emploie qui dans la même fonction : las
mias musas qui ant per dut lor cánt (77).
11 n'est que tout naturel qu'au cas régime, on ne trouve que
la forme que au masc. (102, 191) et au féminin (86) sing. et au
masc. plur. (199).
Qui est toujours transcrit dans la forme pleine et ne semble
donc pas élider sa voyelle finale. En hiatus, qui compte tantôt
pour une syllabe (qui a gran poestat 161, en l'or qui es re prés 204, qui e la scála ta ben an lor degras 227), tantôt se combine avec la voyelle du mot suivant (qui a ferma schala.s té 149
cf. 156. Que semble connaître aussi ces deux traitements: que
ac tán bo talent 152 et que a frebla scala.s te (124) 146, mais en
plus il peut aussi perdre sa voyelle par élision, comme dans
l'exemple que nous avons à l'accus. sing. masc. : per be qu'a
fait 105.
En dehors de que au cas-régime singulier, nous avons aussi
le pronom cui. Comme ailleurs, il ne se rapporte qu'aux personnes : per cui viuri esperam 3 (cui se rapporte à Deu), per cui salv.
esmes 6 (id.), Donz fo Boecis, corps ag bo e pró, cui tan amet
Torquator Mallios 28—29.
Cui est employé en fonction de génitif avec la valeur d'un
adjectif dans la phrase : e cui marce tuit peccador estant 76.
Le génitif dunt — dont (,25), apparaît deux fois dans notre
texte 43, 179.
Pronoms interrogatifs.
La forme que, quoique plus souvent employée comme relative (126)), peut naturellement représenter aussi l'interrogatif latin quid, ce qui est en effet le cas dans notre texte dans deux
exemples de l'emploi neutre (de que sun li degra 216 et non ái
124. )

Mais ne faudrait-il pas lire ici, malgré la graphie, qu'a?

125. )

Pour la double graphie, v. «Phonét.» : Influence des nasales.

126. )

V. supra.

�—

137

—

que prenga 89) (,27). Le descendant de qualis, -e lat. est plus heureux dans le «Boèce» et y est employé plus souvent. Sa flexion
est régulière : au masc. sing. nom. quais (e quais es Vom 149,
nom. pl. cal {cal sun li auzil 226) ; au fémin. sing. nom. cals
(cals es la schala 216), acc. cal (cal an li auzil significació 231) et
quai (quai ora.s Vol 166).
Pronoms indéfinis.
Les pronoms indéfinis dans leur ensemble se présentent dans
le «Boèce» dans les conditions tout à fait normales.
Pour ce qui est de leur déclinaison, on constate que leur
flexion ne donne lieu à aucune remarque particulière (,28). Ainsi,
la forme du pronom masculin provenant de *tottus (pour totus)
a pour le singulier au nom. tóz 247, à l'accus. tôt 37 et pour le
pluriel au nom. tuit 76, 80, 91, 233 (,29) ; à l'accus. tóz 82. Au
féminin acc. sing., on a régulièrement tota 36, 79, 84, 147, 169.
Le neutre tôt avec la préposition de est employé comme terme
de renforcement pour l'idée négative de tôt no.l troba bo 242,
cf. 31, 94. Par contre, sans préposition il renforce l'idée affirmative : e Teirix col tôt e mal sa razà 50, et evers Deu éra tôt sos
afix 141.
La même forme précédée de tras présente un autre terme de
renforcement dans trasttît 25, masc. n. pl., trastota 118, au fém.
acc. sing. Dans trastuz 144, à l'ace, pl. masc. on a le u analogique de la forme correspondante du nominatif (,3°). Ce composé
est complètement étranger à la «Sainte Foy». 11 n'en est pas de
même des textes appartenant au Nord du domaine provençal où

127. )

Dans le deuxième cas (v. 89) à la rigueur on pourrait voir le simple que
relatii, cf. Crescini, p. 120.
128. ) Pour le cas de mo/z au lieu de rao/i dans l'emploi neutre comme adverbe au
v. 187: mas mo/f per foren, aucun doute n'est possible; il s'agit là bel et bien
d'une simple distraction du copiste.
129. ) Pour cette forme, voir Phonét. : Umlaut.
130. ) V. la note précédente.

�—

138

—

il apparaît assez souvent, surtout dans les monuments écrits dans
une langue mixte, comme c'est le cas pour la «Passion», dans
trestot 96, 284, trestuit 228, et le «St. Léger», dans trestoz 36,
trestuit 212. Cette forme francisée (très-) se retrouve aussi dans
le «Fragment d'Alexandre» : cum trestot teyne ia Vempeyr (2,
81). La forme provençale (tras~) semble donc apparaître pour la
première fois dans notre texte. Avant de se répandre dans tout
le Midi de la France (13'), elle a dû se fixer primitivement en
Limousin. En effet, dans cette même région l'«Ev. St. Jean»
nous présente la même forme, mais une fois seulement (trastôt 14, 43). C'est probablement aussi au fond linguistique du
même dialecte que Marcabru a emprunté la même forme (,32).
Us, tt, comme il a été déjà dit, est employé comme substantif sans (8, 95) et avec l'article (10, 124) (,33). Il en est de même
de om C34) ; l'om p. ex. au v. 165 etc. . et om (107, 193....).
Res, tout comme dans la «Sainte Foy», continue l'ancienne
déclinaison latine : res 137 au nom., rén 180 et re 89 à l'accus.
sing. («35).

131. )

«Flamenca» ne la connaît pas encore (v. éd. Paul Meyer au Glossaire). Dans
les chartes, la forme trastot n'apparaît que dans la deuxième moitié du XIIe s.,
(cf. 187, 3, 15 de 1181; 188, 5 de 1181; 290, 24 de 1195; 313. I de 1197 —
Coll. Brunei).

132. )

V. «Chrest.» Appel 14, 13: frasfof.
On sait que la forme fresiof apparaît en français dès les plus anciens textes,
v. supra les exemples cités pour les manuscrits de Clermont et, en outre, dans
la «Ch. de Roland» : fresfui 2020
trestute 371 ; «St. Alexis» : trestot 182
iresioz 540, trestuit 184, 506, etc..)
La même particule en fonction de l'adverbe n'apparaît
forçant primitivement bien et bon (déjà le «St. Alexis» :
peu à peu supplantant molt, aussi dans les autres cas., v.
de Chrétien de Troyes, éd. crit. de C. De Boer, Paris,
101—103.

que plus tard, rentrès bien 547), puis
dans la «Philomena»
1909, note 211, pp.

133. )

Pour son emploi en fonction de l'article indéfini v. aux numéraux.

134. )

Dont la graphie avec h au v. 177, inexisitante dans le manuscrit, apparaît
dès les premières éditions de notre texte (Diez, P. Meyer) ; elle est continuée
par Hûndgen. (V. v. 177 et au Glossaire). M. Appel cite, la f. hom du «Boèce»
(à la p. 218 S 241, 1. c.,) probablement d'après Hiindgen.

I3§.)

V. Hœpffner, 1. c, p. 121, et le traitement de n final. «Phonét.»

�—

139

—

La forme molz se présente deux fois à l'ace, pl. masc. (99 ,
106), mais elle apparaît aussi comme neutre molt 187 (,36). Nulz
apparît chaque fois au nom. sing. masc. (122, 171, 177). La
graphie de z final révèle l'articulation énergique de / précédent,
égale à celle de la géminée (I37).
Avec le sens de nulz, on trouve negus au nom. sg. (191) et
negu, acc. sg. masc. (157). Ce n'est qu'un composé de us.
Quascus (225) au m., n. sing. en est l'autre dérivé.
Dans son double emploi de substantif (avec ou sans article)
et d'adjectif, nous trouvons le pronom altre : o àltre prés lo
té (127, m. nom. sg.), a l'âltre vé tener (124, m. acc. sg.) et
altre dois (42 m. nom. sg.) d'altra color (214 fém. acc. sing.),
las altras leis (61 f. acc. pl.). A l'ace .sing. masc. nous avons
aussi une fois la forme dialectale aitre 10 C38).
Le cas-régime de la forme tal, employée substantivement
au masc. sing. dans tal Yi cománda 183, a la valeur du datif.
Par analogie avec la forme précédente on a formé de bonne
heure un type *ale (pour aliud lat.) (,39) qui figure dans notre
texte sous sa forme ordinaire provençale (,40) al (neutre acc.
sing.) : ai no jara ia 135.
Nous trouvons en outre un composé de tal dans la forme
adjectivale 'ital pour aital, avec élision de a, occasionnée par la
voyelle a précédente : qui a' ital eschala.s te 156. Le préfixe ai-,
comme le i- dans l'anc. français itel, est ici analogique des autres
formes longues plus anciennes provenant probablement toutes
du point de départ commun (aici en anc. prov., ici en anc.
fr.) (,41).

136. )

V. p. 137, note 128.

137. )

Ct. «Phonét.» p.

138. )

Pour la forme m'fre v. Phonét. : L implosif.

139. )

Cf. Schultz-Gora, § 76, p. 47.

140. )

Cf. el en anc. français.

141. )

V. Kjellmann, L c, 121 et suiv.

�—

140

—

Alquant 212 (m. nom. sing.) continue aliquanti Iat. La forme est employée en fonction de substantif.
A côté des formations de tôt, molt, al, mentionnées plus
haut, se présentent aussi dans l'emploi neutre : que que comme
adverbe de concession dans : que que.l corps faça 155, tant (31,
95, 1 73), fan (115) et quant 115, comme adverbes de quantité.

�—

141

—

Chapitre IV. MORPHOLOGIE , VERBES.
D'une manière générale, toute terminaison infinitive présente fidèlement dans notre texte le développement phonétique
de la désinence originaire latine (')• Nous avons donc des exemples des infinitifs en -ar, constituant la 1 " classe : iutiar 61, plorár 80, en -ir pour la 2°, dont le seul échantillon nous est donné
dans morir 117, enfin en -ér avec e tonique: avec 45, aparer
242.... et en -re : mètre, 22, 59, escrime 53, segre 59, faire 52,
compenre 93, rascóndre 177 composant la 3e classe.
Aucune forme en -er (accentuée sur le radical) ne se trouve
dans le texte, ce qui n'est évidemment qu'un simple hasard (2).
Au lieu de la terminaison -re, on a -ri dans viuri 3, ce qui
s'explique probablement par la fermeture de l'-e final en hiatus
devant la voyelle du mot suivant (3).
Seul, l'infinitif substantivé saber 33 (&lt;*sapére pour sápere)
rentre dans la catégorie des verbes qui ont changé leur conjugaison en latin vulgaire (4).
1. )

Il est bien entendu que tous les verbes déponents ont pris les formes de la
voix active encore en latin vulgaire. Tels morir 117, segre 59.
2. ) Les verbes qui sont représentés dans le «Boèce» par les formes fén 131, plan
159, franén 104, depent 209 avaient à l'infinitif en anc. prov. : fenher (//'ingère),
planher, (l^plangere) ; jranher (/_frangere, depenher (&lt;degingere). Il en est
presque de même de paiser (cf. pais 5) dont cependant l'autre forme plus française paistre est attestée dans le «Girart de Roussillon». (I, 231). Pareillement,
pour être on avait esser et estre. V. Chabaneau «Gr. lim.», pp. 225. Comparer
le traitement des proparoxytons dans notre texte. Il est à noter que même dans
la «Sainte Koy», les descendants en -re du type latin -ère sont plus nombreux
que ceux en -er. (esser 106, dizer MO, 454).
3. ) Cf. supra «Phonét.» voyelles finales et voyelles en hiatus.
4. )

Cf. Crescini, p. 127. Pour les autres verbes qui ont subi un pareil changement,
nous avons des formes cadegut 72, quaira 157 (de cadêre pour câdere, v. MeyerLûbke, 1. c, II, § 126, Crescini, p. 127). Redems 153, 3e sing. parfait (et 228 part,
passé) pouvait avoir l'infinitif redemer ou redebre, cf. Anglade, p. 267. Col 50,
185 avait en provençal à côté de l'infinitif ordinaire colhir aussi coelher (P. D.)
Heluz 162, 3 sg. prés, ind., se rattachait à l'infinitif reluzir (v. P. D. ; R. cite
aussi reluzer sans exemples.) Ceci pour le sort de certains verbes appartenant
à la 111° conjugaison latine. Quant à la IIe, il n'y a que poenitère qui a passé
dans la classe en -ir d'où repentir dont nous avons la 3e sg. prés. ind. repen(t)
11, 249.

�—

142

—

Le cas de recomposition sur dare nous est fourni par tradar 66 (5) qu'il faut rapprocher du substantif traazo 57, à côté de
traiciós 236.
Parmi les nouvelles formations intéressantes, en -ar, dérivées des substantifs, il faudrait citer cobeetâr 173 (&lt; cupidietare, cf. le subst. cobeetat 230 (6) et derramar dont nous possédons la forme de la 3° pl. du prés. ind. : derramen 195 qui a
pour base le substantif ramus (7).
La classe II est enrichie par le verbe amosir dont nous avons
le participe amosit 203 (8). A une composition savante du même
genre, nous devons le participe passé esVanuit 202, formé sur
le parfait latin evanuit (9).
Parmi les formes d'origine germanique, nous signalerons
l'adjectif postverbal au féminin ardida 245 (10).
La fermeture de la voyelle thématique dans les verbes en
-ir ne se présente que dans le cas unique murem 5, (peut-être
due aussi à sa position protonique), à côté de morir 117. Partout
dans les autres verbes de la même classe, la voyelle du radical
s'est maintenue telle quelle: cobre 133, 134, col, 50, 185,
seroii 87 (»).Un cas tout à fait spécial de la modification vocalique du
radical présente le verbe cuidar dans ses formes de la Ie sing.
du prés. ind. cuid 33, 42, de la 3e sing. cuida 237 et de la 3e
sing. du parfait cuidet 68 (,2).
Il a été déjà dit assez au sujet de ce phénomène au chapitre
consacré à la méthaphonie dans notre texte.
5. )
6. )
7. )
8. )
9. )
10. )
11. )
12.)

V. infra pour trada 8, 3° sg. prés. ind.
V. supra Phonét. Voyelles protoniques et consonnes devant «yod».
&gt;
Cf. «St. Alexis» ; Cinces deramedes 144.
Cf. supra «Phonét.» cons. c intervoçalique.
V. supra Consonnes devont w. Pour somsis 182 voir infra Le «participe passé».
K. L. W. 4042: hardjan.
Cf. la «Sainte Foy» qui donne ligez 83, lig 30 et lijum 436 à côté de legir 1,
27; conoinentz 292, impie 351, guirpiron 535, à côté de guerpiron 47.
Cf. supra et injra pour la Ie sing. du prés. p. 143.

�—

143

—

Présent de Vindicatif.
En ce qui concerne le radical du présent en général, il est
à signaler que comme ordinairement en provençal, les formes
accentuées sur le radical se sont généralisées aux dépens des
autres dans le système du verbe aiudar 70 comme le prouve
cette forme même de l'infinitif. Par contre, il est impossible de
dire si la généralisation inverse s'était déjà produite dans le
verbe parlar, les deux formes que nous possédons étant toutes
les deux accentuées sur la terminaison : parlet 194, parf. 3e s.
e
et parllam 2, I pl. prés. Il est fort possible que l'alternance vocalique paraule- parl(l)am ait encore existé à cette époque dans
notre dialecte.
/" personne du singulier.
La forme cuid 33, 42 fréquente (sauf pour la sonorité de la
,3
dentale finale) en ancien provençal ( ) apparaît aussi dans la
«Sainte Foy» 203, 531, à côté de son pendant méridional
4
e
cuig 21 C ). Les formes correspondantes pour la 3 sing. prés,
e
ind. cuida 237 et 3 sg. parfait cuidet 68, nous révèlent la régularité du système de ce verbe dans notre dialecte. Ce sont ces
dernières formes qui ont assuré dans la graphie la conservation
de la sonore dans cuid.
Par contre, dans dig 43 (dico) c'est à la graphie traditionI5
nelle que nous devons la sonore finale ( ). Elle est encore plus
frappante dans pôsg 89. Nous avons ici en effet la forme pose
e
régulière en provençal, avec la graphie analogique de la I sing.
du parfait pog.
Pose apparaît dès les plus anciens monuments tels que la
«Passion)) : 447, et, ce qui est plus significatif pour la localisais.)

Cf. supra, p. 142 et Phonétique.

14. )

V. «Phonét.»

15. )

Cf. supra, «Phonét.», Cons. finales.

�—

144

—

tion de notre texte, dans l'«Ev. St. Jean» 11, 17 (,6). Cette forme
s'oppose à poiss 234 de la ((Sainte Foy» qui remonterait à un
type *possio (,7). Pose (posg) ne peut provenir que de la base
*posco qui a dû, d'après l'opinion de M. P. Fouché, exister en
latin vulgaire. En effet, comme on trouve encore au IIe siècle
après J.-C. des formes comme escit pour erit (,8), ce qui suppose
la Ie sg. esco et comme posse dépendait de esse (cf. aussi possum et sum), on avait pu avoir naturellement *posco parallèlement à *esco.
La forme pose avait pu se maintenir facilement en provençal, grâce à l'existence dans cette langue de nombreuses formes
inchoatives comme conosc, florisc etc. . (I9).
A part ai 89 de *aio, la désinence -io n'a laissé de traces
que dans faz 79, 90 (jacio). Il est bien entendu que la graphie z
représente dans notre cas la dentale affriquée sourde (20).
La 28 personne du singulier. A la deuxième personne, nous
avons tout régulièrement vés 130 &lt; Venis (21). sols 81 &lt; soles.
Seule la forme fâs 88 (22), du reste ordinaire, présente une
certaine difficulté d'explication, car phonétiquement on devrait
s'attendre à */az (23). Le besoin de distinguer cette forme de
celle de la Ie personne a donné libre champ à l'analogie qui a

16. )

La même forme se trouve dans les anciennes poésies relig., cf. Harnisch «Ausg.
u. Abh.», 1886, p. 44. V. aussi Chabaneau «Gr. lim.» p. 265. Cf. aussi Appel
«Chrest.» 7, 53; 75, 5 et la «Chrest.» de Bartsch 135, 16; 174, 9; 191, 28.

17. )

Cf. Hœpttner, pp. 125, 126.

18. )

V. Paul Fest. 77 et «Lois des Xll tables» de Aulu Gelle etc. La même forme
est attestée en grec. Cf. Sommer «Handbuch der Latein. Laut- und Formenlehre», Heidelberg, 1914, p, 551.

19. )

Cf. Crescini p. 145. 11 est à noter que notre texte ne présente de forme inchoactive qu'au gérondif dans le seul exemple de dissent 197 v. infra p. 159.

20. )

Cf. supra Cons. finales. L'«Ev. St. Jean» donne encore fáz 13, 7; 14, 12, 31;
mais les «Anc. poésies relig.» ont déjà /as 9, 100; 10, 137; 12, 172? (cité d'après
Harnisch, 1. c, § 203, p. 107.

21. )

(Jt. supra «Phonét.», n implosif et consonnes finales.

22. )

Cf. l'«Lv. St. Jean» fâs 10, 31, le «Donat proensal» 11, 7, 8 e tdans la «Chrest.»
d'Appel, la «Chanson d'Antioche» 6, 137 et «Des Siinders Reue» 106, 60.

23. )

Cf. Crescini, p. 144, n. 1.

�imposé la terminaison -s de das, estas et des autres verbes en
-ar à notre mot. (24).
La 3° personne sing. Dans tous les cas à la 3e pers. sing.
du prés, le -t final latin est tombé. A ce point de vue, notre
texte ne diffère donc point de la langue classique des troubadours. La Ie classe se présente comme toujours avec la plus
grande régularité: membra 3, mena 9, laisa 16, rua 116, apella 129, fia 136, 175, intra 163 etc. .
Trada 8 dérive du verbe recomposé tradar 66 &lt; tradare sur
dore pour tradere (25).
Dans toutes les autres classes, la voyelle finale (e ou i) est
tombée, sauf dans le cas où elle était nécessaire pour servir
d'appui au groupe de consonnes qui la précédait, comme dans
cobre 133, 134 (co — operit) (26), le seul exemple que nous possédions.
La consonne terminant le radical est de ce fait devenue finale. Nous avons déjà essayé, en étudiant les consonnes finales
romanes (27), de donner le tableau exact de son traitement dans
notre texte. La liquide / reste sans changement ; vál 102, vol 166,
181, 185, 251. Toute occlusive latine sourde devenue sonore
en roman, redevient sourde dans notre texte. Ce principe est
ici, applicable même pour la labiale dans sáp 132, malgré
saber 33 (28). Il en est de même et à plus forte raison pour la
dentale dans : pot 122, 165, 171, 177, 191. La dentale géminée
ne fait naturellement que se simplifier : met 182, et tramét 54 (29).
Tout régulièrement pour notre texte, la dentale sonore originaire
24. )

Cf. aussi la correspondance de far et esfar, fan et estan, fai et estai (en dehors de notre texte aussi fa et esta).

25. )

Il est probable que cette recomposition s'était faite aussitôt que le parfait
tradédit avait supplanté tradidit.

26. )

Cf. «Phonétique» : Proparoxytons — Voyelles finales.

27. )

V. supra «Phon.»

28. )

V. «Phon.» cons. labiale finale. Comparer sáb de l'«Ev. St. Jean» 12, 20; 14, 8,
graphie conforme à sabém 11, 32, sabéz 9, 34, etc..

29. )

V. toujours «Phon.» consonnes finales.

�—

146

—

tombe: cre 150, ve 124, 126, 169, 238 (30). La fricative sourde
se maintient telle quelle pais 5 (pascit). A l'instar de l'occlusive
correspondante, l'affriquée dentale sonore redevient sourde iâz
158, reluz 162.
Le n final, «mobile» en général dans notre texte, l'est aussi
dans notre cas particulier: ten 184, 256, ven 239, 240 -te 14,
105, 127, 146, 149, 156, 246, soste 4, 103, (3I). Dans fen 131,
(&lt;ifingit) plan 159 (&lt; plangit), nous avons, malgré la simple
graphie, le n palatalisé parallèlement à col 50, 185,sa/ 68 où la
même palatalisation a dû affecter la liquide (32). Le groupe
n + dentale demande une attention particulière à cause de l'irrégularité du traitement qu'il présente. Tandis que la dentale sonore d s'assourdit tout en se conservant régulièrement après consonne comme c'est le cas dans pért 124 (perdit), il s'en va tout
autrement pour d après la nasale : il se maintient sans changement, au moins dans la graphie dans les formes savantes :
atend 131, desend 154, ou il se confond dans son traitement
avec celui du groupe n f f primitif.
En effet, nous avons, d'une part, prent 132, et pren 13,
240, 252, 253, rent 255, pent 192, encent 251 et d'autre part,
desmént 144, repent 1 1 et repen 249 (33).
Les formes de la 3e sing. présentent, en outre, quelques
formations analogiques d'un plus grand intérêt. Ainsi dis 14
dans dis que la presa (34), où nous avons, selon toute vraisemblance, comme le contexte l'exige, la 3e p. sing. du présent, forme qui est donc identique à celle de la personne correspondante
30. )

Cf. par contre dans la «Sainte Foy» cred 166, aucid 138, 468. Pour la dentale
sourde originaire, la Chanson présente le même traitement définitif : pod 50.

31. )

Cf. d'une part le traitement identique dans les textes limousins, d'autre part
le maintien régulier de la nasale finale dans la «Sainte Foy». V. supra, «phon».

32. )

V. supra «Phon.» — Sonsonne + yod.

33. )

Cf. supra, «Phon.», pp. 103—105. Cf. la «Sainte Foy» de M. Hcepffner, p. 128,
dans la «Chanson» -nf &gt; -nf et -nd &gt; n.

34. )

Le ms. donne dis que la bresa. Voir Phonét. gr. pr. interv.

�—

147

—

du parfait (35). Étant donné que phonétiquement on devrait avoir
de dicit, la forme ordinaire du provençal diz, (36) on serait peutêtre tenté d'interpréter le s final de notre forme comme résultant
de l'affaiblissement de z. Néanmoins, comme nous avons pu
l'établir dans notre étude phonétique, notre texte sépare encore
très soigneusement les affriquées des fricatives, ce qui est une
des preuves des plus solides de l'ancienneté de sa langue. Par
conséquent, malgré l'aboutissement naturel de -z final à -s en
provençal, un seul exemple ne saurait suffire pour faire supposer ce processus accompli à une date si reculée. 11 ne peut donc
s'agir là que de la formation analogique sur le modèle de nombreuses formes en -is des verbes inchoatifs, comme floris, guaris
etc. . Une forme comme diz, unique dans son genre, avait pu
être d'autant plus facilement entraînée dans cette voie de l'analogie que la position de z devant la gutturale initiale du mot suivant (que) demandait la simplification naturelle du groupe de
trois consonnes qui en résultait.
Nous avons un système d'analogies encore plus compliqué
dans la formation de la 3e sing. des verbes faire [far), annar et
estar. Comme très souvent la 3° sing. de différents verbes en -re
était en même temps le radical de l'infinitif, (telle est la forme
met (182) en face de mètre (22, 59), viu par rapport à viure,
escriu- à escrime), on a pu tirer de l'infinitif une forme nouvelle
pour la 3e sing. du prés, de l'indicatif. C'est ainsi que s'explique
la forme de notre texte, fai 10, 12, 15, 102, 1 19, 166, 225, 241,
242 de faire (de même que son composé farfái 249). (37).
Comme ce verbe était en rapport étroit avec les verbes fréquemment employés comme auxiliaires estar et annar, l'égalisation des
formes correspondantes a pu facilement se produire premièrement, à la 3e pl. du présent (38), puis par analogie, à celle du
35. )
36. )
37. )

V. 104, dis o Boecis.
Cf. diz 20, 159, 220, de la «Sainte Foy».
Cf. Suchier dans le «Grund der rom. Ph.» 1., p. 774, 47 et Schultz-Gora 1, c,
p. 95 § 145.

ib.)

Pour le point de départ: faun, vaun, estaun v. infra: 3e pl.

�—

148

—

singulier, d'où nous avons estai 1 10, 148, et vai 104, 109, 1 14,
118, 147, 155, 253 (39).
Ces formes en -ai se rencontrent précisément dans tous les
textes écrits dans les régions du Nord du domaine provençal (40)
spécialement en Limousin. C'est ainsi que 1'«Evangile St. Jean»
nous donne fai 12, 5, vâi 9, 12, la «Prière à la Vierge» vai 22,8.
Les «Préceptes religieux» (41) fay fai (p. 141, II, 8, 9 ; p. 143, V,
2) et estai (p. 145, VI, 27) de même l'«Acte de l'Institution» (42)
fai (p. 413, 4). Dans le recueil Brunei, nous ne trouvons fai que
dans le texte de Vivarais 313 de 1197 (313, 3, 7, 11) que nous
avons déjà signalé comme ayant dû être écrit par un scribe limousin (43), tandis que vai apparaît dans le document nontronnais de v. 1185 déjà cité à maintes reprises (225, 29). Il est très
curieux de constater que partout ailleurs dans ce recueil on
ne trouve

que

fa,

va

et

esta,

(44)

formes

où

l'analogie

s'est accomplie dans le sens opposé x'est à dire, que la 3e sing.
de faire au lieu d'imposer sa terminaison aux formes correspondantes des verbes annar et estar, s'est, au contraire, modelée sur
elles. La ((Sainte Foy)), qui présente cet autre système des formes,
se détache ici une fois de plus de la langue de notre poème (45).
Cependant, il est évident qu'on pourrait beaucoup plus rarement rencontrer une forme en -ai dans le domaine du type -a
que de trouver une forme en -a dans l'aire de -ai. Comme il a été
dit plus haut (46), la diphtongue -ai protonique avait la tendance

39. )
40. )

Nous avons déjà vu la forme de la 2° sing. fas calquée sur estas.
V. «Passion» et «5t. Léger». Cf. Hœpffner, I. c, p. 128 et la n. 4 à la même
page.

41. )

«K. d. I. r.», XVIli, p. 141 et suiv.

42. )

«K. d. 1. r.», XXXV, p. 413.

43. )

V. supra, «Phon.», d intervocalique. Cf. dans le même texte: chute de d intervocalique : conogua 1, vélarisation de /: autre 10 à côté de altre 11.

44. )

Cf. Brunei t. c, au Glossaire faire, annar et esfar.

45. )

Cf. esta 120. 551, va 134, fa 8, 162, etc.. V. Hœpffner 1. c, p. 128. Dans la
langue littéraire des troubadours les deux types figurent. Cf. Appel «Chrest.»,
pp. XXIV, XXV11 et XL.

46. )

V. «Phonét.», réduction des diphtongues protoniques.

�—

149

—

à se réduire dans notre dialecte à a. Il s'en suit qu'on ne devrait
pas être trop étonné si l'on trouvait sporadiquement dans les
anciens textes de notre dialecte quelques formes réduite. Dans
notre texte même, parmi les autres formes verbales, nous allons
voir se produire une réduction analogue dans l'infinitif far 51,
à côté de faire 52.
Puor ce qui est de notre cas particulier ,nous trouvons aussi
tra au lieu de la forme attendue irai, dans l'expression tra
mal 109, qui, comme formule toute faite et fréquemment usitée, devait naturellement apparaître aux oreilles des auditeurs
comme un seul phonème. Cette même forme atteste la confusion
entre trahere et tradere (47).
Les verbes aVer et esser (48) donnent normalement a et es.
La dernière forme peut naturellement perdre son e après la voyelle du mot précédent : zo's 248, bella's 170, 243, 245. Mais, de
même que dans la «Sainte Foy» (49), cette réduction n'est pas de
rigueur, comme il résulte des exemples qui es 204, no es 164,
o es 108, etc. Il y a mieux : dans le cas de en ter'es 206, c'est
le a final du mot terra qui s'élide devant la voyelle de notre mot
logiquement accentué.
Dans cette laisse (28), aussi bien que dans la laisse 12 aux
vers 97 et 98, es assonne avec les mots en e fermé ce qui prouve
le timbre aestreib) de sa voyelle comme ailleurs en ancien provençal (50).
La première personne du pluriel a déjà perdu partout son
-s final conformément à la règle en ancien provençal : estam 1,

47. )
48. )

Cf. tradan 144 dans la «Sainte Foy».

Le dialecte limousin connaît en réalité deux infinitfs de ce dernier verbe. Cf.
Chabaneau, pp. 227, 228. On a estre, p. ex. dans le «Cartulaire de Limoges»,
S. 43 Z 25 cité dans S. W. 111 ,p. 211 (sous eser), et de même dans l'«Acte de
l'Institution». (R. d. 1. d.», XXXV, p. 413), mais aussi esser dans les «Préc
rel.» — «R. d. 1. r.» XV11I ,p. 143, V, 3 et dans le doc. nontronnais 225, 11, 12,
68 (Recueil Brunei).
49. ) Cf. Hœptfner, p. 129.
50. ) V. Crescini, p. 146.

�trobam 99.... murem 5, avem 106. Une seule exception est
faite par la forme aussi ancienne que rare : esmes 6 &lt;* esmus
due à l'influence naturelle de la 2° pl. esfis &gt; estz, etz (5I).
Elle apparaît même, bien que rarement, en français comme
le prouve «Saint Alexis», qui a esmes 616, à côté de forme ordinaire somes 364, 365, 617, 618 (52)). La «Passion» nous présente esmes une seule fois, au v. 292 sans donner d'autre forme
pour la même personne de ce verbe.
Chabaneau considérait cette forme comme typique pour
l'ancien idiome limousin (53). Elle apparaît en effet non seulement dès 1s plus anciens textes, comme c'est le cas à côté du
«Boèce» dans la poésie intitulée à tort ((Noël» (20, 17), mais elle
est restée propre à ce dialecte en tout cas jusqu'en 1475, époque
à laquelle on la retrouve dans le «Testament d'un gentilhomme
de la basse Marche (54).
Le «Boèce» ne présente aucune forme de la 2° plur. pour
le présent de l'indicatif.
A la 3" plur. du prés. ind. comme des autres temps, le
«Boèce» a confondu toutes les terminaisons latines (-ant, -ent et
-unt) en une seule -en : repairen 80, derramen 195, esperen 196,
ámen 197, monten 211, tornen 212, 232, fien 229, comencen 234; potden 173, poden 213 ; esdevenen 235.
Que cette terminaison s'est généralisée dans le haut Limousin et dans le Périgord limousin, ceci nous a été déjà révélé par
Chabaneau (55). Le même fait avait été confirmé une fois de
51. )

Pour tous les détails sur les hypothèses concernant l'origine de cette forme,
v. Crescini, p. 147. Cf. aussi Harnisch, 1. c L'«Ev. St. Jean» ne donne que
la forme, ordinaire en provençal, em.

52. )

Rapprocher la forme eimes dans Jord. Fantosme «Chron.» 495, ap. Michel,
D. de Norm., 111, 551, cité dans Godefroy, + t. 111 sous esire.

53. )

V. Chabaneau, 1. c, pp. 228, 229.

54. )

V. note précédente. Comparer aussi la terminaison -emes de la 1- sing. du
parfait dans les écrits auvergnats du XIIIe s. Cf. A. Thomas «Essais de phil.

55. )

fr.», Paris 1897, p. 23.
1. c, p. 273.

�—

151

plus par la minutieuse étude de Paul Meyer (56). La dernière
édition des plus ancienes chartes de M. Brunei n'a fait qu'apporter encore plus de certitude et de clarté à ce sujet .M. Brunei dans
sa préface de cette édition (57) nous avertit que toute finale latine
-ent aboutit à -en dans le Limousin, le Nontronnais et le dialecte
de Comminges. Dans ces mêmes régions les finales -en se générasent et apparaissent là où le latin offrait -uni. Mais ce n'est que
dans le Limousin et le Périgord que cette contamination atteint
toutes les finales originellement en -ant I58J. Malheureusement,
pour les formes du présent, la quantité d'exemples est assez restreinte, car ces chartes ne donnent que les formes suivantes :
deoen 225, 11, 12, 25, 43, 44, 50, 52, 68..; volen 225, 18,
tenen 225, 71 (Périgord v. 1185) et achapten (ad + captant) 35,
10 (Limousin v. 1 140) (59).
Ce traitement est identique à celui dans la «Passion» (canten 41, pausen 351, menen 164.., saludent 251, adorent 416,
crident 224, 228, perdonent 223; -beven 461, dizen 89, dicen 430, tenden 280) (60) et, ce qui est plus important dans les
«Préceptes limousins» : empaiten p. 143, V, 1, falcen (ibid),
parlen 143, V, 4, juren 143, IV, 10 (1), aussi bien que s'apertenen 141, I, 2 (61). Pour les formes du présent, l'«Ev. St. Jean»
n'offre que sâben 14, 28, dizen 16, 30, conóschen 17, 10, mais
ces exemples sont renforcés par ceux des autres temps (62).
Rien dé pareil dans la «Sainte Foy». Ici nous avons une
distinction très nette entre les désinences -an d'une part et -on,
-un de l'autre : menan 9, 205 ; menaczan 182, parlan 147. .. .
56. )
57. )

V. (Trois, pers. plur. en prov.» — «Rom.» IX, pp. 209—210, 213—214.
p. XL1.

58. )

Cependant, après i on trouve les formes en -en
virons {ibid).

59. )

Cette pénurie d'exemples est compensée par l'autre série -en
parmi les formes de l'imparfait et parfait.

60. )

La «Passion» cependant donne aussi consentant 222 et même aprestunf 24.

61. )

Cf.

62. )

V. infra, pp. 155, 161 et supra, «Phon.!&gt;, Voyelles finales.

«R. d. 1. r.», XV1I1, pp.

141,

ant à Moissac et dans les en-

143.

/_

-ant et -ant

�et corron 47, corrun 179, dizon 385, dizun 181, sabon 25; -Vedon 381, devon 216, fenun 518, etc. . . . C'est donc une importance de premier ordre que nous accordons à cette différence du
sort de la terminaison en question. C'est bien cette divergence
de son traitement qui met si bien en lumière la différence d'origine de notre poème et de la Chanson, les traits caractéristiques
du premier étant nettement typiques pour les textes de la région
septentrionale du domaine provençal, de celle de Limoges et de
Périgord en particulier, tandis que le caractère de la ((Sainte
Foy» la fait attribuer indubitablement à un poète originaire du
Midi.
La même généralisation de la terminaison -en assûre pour
notre dialecte l'identité du radical avec le radical de l'infinitif
de tous les verbes en -er et -ir (64) ; le texte ne possède cependant
point d'exemples pour illustrer ce fait.
Dans potden 1 73, à côté de poden 213, nous avons une graphie influencée par l'analogie du rapport qui existe entre ven
et venden, pren et prenden; de même à pot devait correspondre
potden.

Les trois types avec le traitement commun *aunt, *faunt et
*Vaunt sont tous représentés dans le «Boèce» an 215, 227, 228,
230, 231, fan 236, et van 197, 198.
Partout, la réduction de au &gt; a s'est donc déjà produite, ce
qui n'est pas le cas dans la «Sainte Foy» où, à côté de fréquents
an 41 1, 563, fan 298, 343, 555, van 521, on trouve aussi trois
fois aun 256, 347, 435. Comme le même texte possède encore
la forme du subst. aunta 538 (germ. haunitha), unique en provençal, qui depuis les plus anciens troubadours comme Guillau-

63. )
64. )

Cf. Hœpffner, p. 131.
11 en est de même de la «Sainte Foy» malgré l'alternance des voyelles palatales
de la terminaison à l'infinitif: er, -ir et des vélaires à la 3e pl.: -on, -un. V.
Hœpffner, 1. c, p. 131: fajun 352, lijun 436; dizon 385, dizun 181, jazon 11,
jazun 465.

�me de Poitiers et Marcabru ne donne que anta (65), il est évident
que, quoique partout on ait dû passer par la même étape, la réduction au &gt; a s'est faite dans le Nord de meilleure heure que
dans le Sud. Pour ce qui concerne spécialement la terminaison
-aun, nous savons, grâce au dépoillement d'anciens textes, exécuté par Paul Meyer (66) que le territoire, où elle domine est
de toutes parts entouré par celui de -an, et que la limite septentrionale passerait par Gourdon, Souillac, Martel, Aurillac (67). C'est
donc l'aire entre cette ligne d'une part et la limite assez imprécise
des domaine de la désinence provençale -an et de la française -ont
(passant approximativement par le sud de la Vienne, le nord de
la Haute-Vienne et de la Creuse (68), de l'autre, qui nous est indiquée ici comme celle d'origine de notre poème.
La même terminaison offre très naturellement están 73.
C'est l'analogie de cette forme avec celles du groupe an, fan,
Van, qui a été le point de départ des autres analogies qui se sont
mutuellement produites entre elles, grâce à leur emploi fréquent
comme ^auxilliaires (69).
A côté de an, nous avons une fois ant 77 et de même estant 76, en face de esfán 73 (70). Non seulement, la «Passion))
mais même la «Sainte Foy» nous fournit des exemples analogues (ant 412, fant 52).
Comme ces désinences ne sont pas déterminées par la nature du son initial du mot suivant, on doit admettre que c'est
par suite de la plus grande force d'accentuation, avec laquelle
On prononçait les monosyllabes, que dans ces cas on a plus
longtemps qu'ailleurs conservé le í final.
65. )
66. )
67. )

Ct. Hœptfner, 1. c, p, 55 et 132.
«Rom.», IX, p. 193—200,
V. ibid. p. 197.

68. )

ibid., pp. 198, 199.

69. )

Cf. supra pour la

70. )

Rapprocher de solient 70, à côté de solien 61. Voir supra, «Phon.», -ni final
latin.

2"

sing. fas et la 3 "fai, Vai, estai.

�—

154

—

Quant à sunf 21, 218, on a déjà signalé la graphie savante
de cette forme, écrite le plus souvent sun 172, 186, 199. ...
(même à la rime en -o &lt; onem 210) (71), mais aussi deux fois
son 18, 189.
Présent du Subjonctif.

Pour le présent du subjonctif, le texte n'offre que les formes de la 1" sing. et de la 3e sing. et pluriel.
Les verbes de la classe en -ar à la 3° sing. laissent naturellement tomber à la finale la voyelle et le -f ; demor 42, (à la
rime en o ouvert), espér 120 (à la rime en e fermé : avér), bris
183, avil 189, fi 121 (&lt; fidet). Dans le dernier exemplè, nous
avons en plus la chute de d final du radical, ce qui est tout à
fait conforme aux lois phonétiques de notre langue, d'après lesquelles tout d final primaire ou secondaire, de même que le d
intervocalique (cf. fiar 82, fia 136, 175) est caduc (72).
La seule forme de la 3e pl.donne la terminaison -en, (73) cette
fois-ci parfaitement étymologique, dans passen 56.
Dans les autres classes, nous possédons les représentants
des deux types : en -am et en -iam. Au premier appartiennent les
formes analogiques prenga 89 (74), à la Ie sing., et vea 174, à la
3e. La première forme est déterminée par l'emploi fréquent du
type tenga - Venga, formé à son tour sur fenga, planga, grâce à
la correspondance antérieure des formes phonétiques tenha, Venha avec fenha, planha, les dernières dues à la généralisation du
radical de l'infinitif (fenher, planher) et du présent. Qu'il y a un
rapport intime occasionné par la parenté sémantique entre les
verbes penre et tener, ceci est prouvé par notre texte même, qui
fait deux fois* assonner pren (13, 253) avec te (14, 254) (75).
71. )

72. )
73. )
74. )
75. )

Il paraît, par conséquent, que n de sun était déjà traité comme «mobile», ce
qui ne nous surprend pas, vu que la «Sainte Foy» elle-même connaît la réduction de son à so devant un mot enclitique: so.ll 46, cf. meiro.ls 7 et po.n
247, v. Hœpffner, p. 133.
Cf. supra, «Phon.», aux endroits respecitfs.
V. supra 3e pl. prés. ind.
Cf. la forme phonétique de la «Sainte Foy»: prenda 130, 261.
Cf. aussi parmi les assonances en -en(t) dans la L. 18: té 127 et prent 132.

�Leurs formes à la 3e sing. ne diffèrent en effet qu'en ce qui
concerne la qualité de n (76). Il en est de même du rapport extérieur entre les formes de 3" sing. penre et Venir: Ven acorren si.l
pren 240 (77).
Le type en -iam est représenté par les formes ordinaires en
provençal du verbe faire: faza 196, à la 1° sing. et faça, faz'(a)
250 à la 3e (78).
Le verbe esser apparaît ici à la 3e sing. dans sa forme régulière ssia 164 (79).
La forme de la 3" pl. du même verbe : sien 203, a la terminaison -en conformément à la loi caractéristique de notre dialecte dont nous avons déjà parlé à l'occasion des formes du présent de l'indicatif (80).
Impératif.
Aucune forme de l'impératif n'apparaît dans le «Boèce».
Infinitif .
A ce que nous avons dit plus haut (8I), il nous reste ici à
ajouter quelques mots sur le doublet faire 52 - far 51, qui se présente dans notre texte. II est indiscutable que far provient de
faire par réduction accomplie à cause de l'emploi fréquent de ce

76.)
/7.]

V. supra, «Phonétique», : n solide et n caduc.
Dans les chartes de la Collection Brunei, la désinence analogique -ga est
très répandue, surtout parmi les verbes qui ant l'imparf. du subj. en -gués:
aga, tienga d'après agues, vengues (cf., 1. c, p. XLHI. La frrme prenga se
trouve dans un document lodevois (221, 9). Dans le «Chrest.» ii'Appel, nous
trouvons prenguas 118, 53 dans la «Venjansa de la mort de notre senhor»,
prenga (3° s.) 7, 454, dans la «Guerre» des Albigeois, prengua 6, 47 «Ch. de
l'Antioche», prenguam 104, 39, l'Epître farcie de St. Etienne». Cf. en anc.
fr. prenget dans le «St. Alexis» 39.
Actuellement, en Limousin, d'après Chabaneau (1. c, p. 254) le subj. prés,
n'a que prenne, prenham, mais, en revanche, le parfait est prengué. Dans la
graphie de notre forme prenga le g ne peut avoir naturellement qu'une valeur
gutturale, le n palatal étant toujours exprimé par un simple n. v. supra, «Ph.»,
cons.+yod.
v. supra «Phon.» : Cons.-i-

78. )

Pour l'équivalence dans ce cas des graphies c et
yod.

79. )

Pour la graphie ss v. supra, «Phon.» : S intervocalique et consonnes géminées.

2

80. ) V. supra p. 150, comparez dans l'«Ev. St. Jean» sien 18, 13, 21, 27.
81.) V. p. 141.

�—

156

—

verbe en position proclitique (82). Quant au rôle analogique du
verbe estar (83), il a dû être secondaire, mais non sans importance, car l'existence de ce verbe a probablement favorisé l'emploi
fréquent de la forme réduite au détriment de la forme pleine.
Ceci explique la forme desfar 191 qui, comme l'a témoginé
Chabaneau (84), se conjuge actuellement comme s'il était simple
et de la 1° conjugaison. Déjà, les anciens textes limousins montrent leur prédilection pour la forme courte, car l'«Ev. St. Jean»
n'offre que la forme far 13, 29. Le même fait est confirmé par
les «Préc. relig.» (85) et par l'«Acte de l'Institution» (86). Il en est
de même du document périgourdin (87).
Cependant, les deux formes faire, -far, ont coexisté dans la
région limousine jusqu'à nos jours (88).
La «Sainte Foy», comme on le sait, nous donne aussi les
deux formes avec la même préférence accordée à far (89) employée
5 fois, tandis que faire n'apparaît qu'une seule fois : 253. Sous
ce rapport donc les anciens dialectes limousin et languedocien
étaient d'accord avec l'usage qu'on faisait de ces formes dans
la langue classique (90),

ce qui n'est pas le cas des manus-

crits de Clermont. Ces derniers, comme l'a déjà remarqué M.
Hœpffner (9I), n'offrent que faire («La Passion» 96, 458 et «Ch.
de S. Léger» 60, 199).
82. )

Cf.

supra

«Réduct.

des

diph.

protoniques»

n. 3. Pour le développement phonétique,

p.

29.

Cf.

son.» : groupes cr, gr. Consulter l'étude de M. Rydberg
les langues romanes», Paris,

Hœpffner,

de la forme faire.

p.

137,

Cf. supra, «Con-

«Le verbe faire dans

1873.

83. )

Cf. Appel, «Prov. Lautl.», § 42b, p. 53.

84. )

deifa, 1. c, p. 253, 254.

85. )

V. «R. d. 1. r.» XV1U ,p .142, II, 1.

86. )
87. )

V. «R. d. 1. r.» XXXV, 413, 4.
Coll. Brunei 225, 23. Comparer aussi chez Guillaume de Poitiers far .car IX,

88. )

40 (éd. Jeanroy.)
Cf. Chabaneau, 1. c, p. 253, l'«Atl. ling.» N° 529 donne pour le Nord de la
Dordogne fa et fe (612),

il en est de même du Sud de la Haute-Vienne fa

608, 606, et fe 607.
89. )
90. )

Cf. Hœpffner, p. 137.
V. note précédente de la Rimarium du
qui ne cite que far. Cf. pourtant

«Donat proensal» (éd.

13, 32, et dans la «Chrest.»

à la rime chez Gaucelm Faidit (28, 38) et Guiraut Riquier (33,
91. )

Stengel 31, 4)
de Appel faire
29).

1. c, p. 137 n. 2. Cf. fayr 79, 87, 90, 92 dans le *Frag. d'Alexandre».

�—

157

—

Participe présent est gérondif.
En étudiant les finales romanes (92), nous avons constaté
dans le «Boèce)) une confusion totale dans le traitement des groupes -nd et -nt primitifs, car tous les deux sont ordinairement représentés dans les graphies par -nt ou -n (93). Cet état devait se
réfléter aussi dans la formation du participe présent et du gérondif.
L'examen de ces formes, dont la distinction était obscurie
dès les plus anciens textes de différentes langues romanes (94),
nous est rendu d'autant plus difficile que nos assonances ne peuvent nous être ici d'aucun secours. Tandis que la «Sainte Foy))
sépare nettement dans ses rimes les participes présents et les
gérondifs qui n'apparaissent pas dans les mêmes laisses (95), le
«Boèce» fait assonner les formes des participes présents avec
celles des gérondifs.
Le participe présent semblant 1 19 assonne avec le gérondif
reclamán 118. Il en est de même de descaptan 1 14 entouré de
talant 1 13 et quant (&lt; quantum) 115, dans la même laisse ( 16)
avec tremblánt 116. Le même fait se présente dans les cas où
les formes de gérondif assonnent avec des mots en -nt primitif :
ditan 78 à l'assonance avec cánt 77, efant 79; legen 99 avec
marriment 100 ,etc..
Néanmoins, M. Appel a déjà fait remarquer deux fois (96)
que le «Boèce» donne le plus souvent les formes du gérondif
sans -t dans anava eu ditan 78, trobam legen 99 (97) vái franén
92. )
93. )
94. )

V. supra, p. 96 et suiv.
Sauf pour les graphies savantes: atend 131, desend 154.
Cf. Diez «Gr. de. 1. r.», III, p. 235 et suiv. et Meyer-Lubke «Gramm der rom.
Sprachen», III, §15., pp. 19—22.

95. )

Cf. les laisses 50 et 51 (en -ent) et 1. 29 (en -entz où on ne trouve que des
participes présents, tandis que les laisses 14 (en -en) et 38 (en -an) ne comprennent que les formes des gérondifs. Pour tout cela et pour la seule exception
la spada flamejan, v. Hœpffner, pp. 137, 138.
Cf. «Mélanges Chabaneau» p, 199 et «Prov. Lautl.» §53, p. 71—7.2
Cf. Uiez, 1. c, 111, 240.

96. )
97. )

�—

158

—

104, vai s'onors descaptán 114, Vai la mórt reclamán 118, vai

chaden 147, vai l'arma dozén 155, van deperdén 198, et à l'intérieur du vers-, Ven acorren 240. Mais à côté de ces exemples,
on trouve dans la construction du gérondif avec le verbe an(n)ar,
si fréquente en provençal (98) les graphies avec -t : anaven dicent
145, van aissent 197. Si dans le dernier cas nous avons affaire
à une forme française ("), le premier ne peut s'expliquer que par
une survivance graphique (,0°). Il en doit être de même, malgré
l'avis contraire de M. Appel, de la forme apesant (l01) dans qui

l'estan apesant 73, car nous ne pouvons y voir que la forme du
gérondif, dont la construction avec le verbe estar, exprimant la
durée de l'action était très employée dans toutes les langues romanes, excepté en français (,02). A ces trois exemples il nous
semble juste d'ajouter encore le quatrième que présente estant
dans sal (él) en estant 68 = in stando quoique M. Appel incline
de nouveau à le prendre pour un participe (l03).
Dans tous les autres exemples, nous avons bien les formes
des participes présents: tremblánt 116, semblant 119, dolent
101 , 126. Au lieu de -nt nous avons la graphie -nz, par suite
de l'adjonction de -s flexionnel dans les formes qui étaient originairement des participes : l'adjectif au cas-sujet sing. ardenz
247 et l'adverbe avec l's adverbial per cosedenz 243 (,04).

98. )

Comparez Meyer-Lûbke, 1. c., III, §312, p. 333; et Diez, 1. c, III, pp. 184, 185.

99. )

Cf. supra «Phon.» : dentales intervocaliques.

100. )

Cf. Appel, «Mél. Chabaneau», 199.

101. )

M. Appel considère cette forme comme participe présent v.

«Chrest.»

Au gloss. p. 288 sous pesar.
102. )

V. Meyer-Lubke 111, §312, p.333 et §314, pp. 334, 335.CÎ. Diez III, pp, 182, 184 et
Crescini, p. 162: qui l'estan apesant «che gli Stanno pesando, che gli tornan
gravi». Cf. par contre Dittes, «Ober den Gebrauch der Participien und des
Gerundiums im Altprov.» Budweis, 1902, qui lit a pesant on y voyant le partic, présent.

103. )

V. la «Chrest.», p. XXIV.

104. )

Cf. neienz 191, v. supra «Phon.»: Constrictive dentale interv., cf. Cossezen
dans Peire l'Alvernhe («Chrest.» d'Appel 80, 78).

�—

159

—

Que le mot auvent dans l'expression absolue auvent la gent
23, présente une forme de participe, c'était déjà l'avis de
Diez C05). Chabaneau partagea son opinion (,06).
En effet, la formule figée auvent (audent, auzent), employée
très souvent dans les plus anciennes chartes provençales de même que son pendant vehent (vedent, vezent) toujours avec un
nom, correspond parfaitement chaque fois à l'ancienne construction de l'ablatif absolu latin. La forme latine apparaît, dans les
mêmes documents, côté à côté avec elle (107).
Parmi les exemples des gérondifs que nous venons de citer
se trouve la forme française aissent 197 (m), qui présente en
même temps la seule forme inchoative dans le «Boèce)) . Qu'une
telle forme puisse apparaître dans un texte appartenant aux régions voisines du domaine français, il n'y a rien d'étonnant. On
sait que les plus anciens monuments français connaissent de
nombreuses formations analogues. Le «Saint Alexis», pour ne
citer que celui-ci nous donne déjà àparissant 275, et, à la 3e pl.
du présent, escharnissent 266, périssent 299, haillissent 521.
Qu'il est de même dans les textes dont la langue présente un
mélange du français et du provençal, nous le savons par la
«Passion)) qui possède les formes escarnissent 187, gurpissen
508, etc. . et le «Girart de Roussillon» qui nous offre des formes
telles que le participe présent burdissent 1, 472. Si certains
textes provençaux comme la «Sainte Foy)) ne donnent pas de
105. )

V. sa «Gr. de 1. r.», 111, p. 245: «Dans le sens absolu le participe présent ne
se présente qu'à une période primitive ; plus tard, il a été remplacé par le gérondif, ou ne s'est conservé que dans certaines formules. En prov. et en français,
les verbes videre et audire sont employés avec la valeur asolue.» Diez à côté
d'autres exemples citait aussi notre cas. Cf. en anc. fr. : oiant toute la geni
«Berte», 127.
t

Hûndgen à la p. 165 de son édition semblait être du même avis, mais à la p.
138, il citait le même cas comme exemple de gérondif !
106. ) Cf. »Gramm. lim.» p. 66. n. 2.
107. )

108. )

V. dans la Collection Brunei pour notre région 38, 4 audiente Gailelmo, cf.
35. 11 : auvent aques etc
Cf. aussi la «Sainte Foy» lor Vedent 545 et la «Passion» lor vedent 469.
Cf. aussi supra, «Phon.»: dentales intervocaliques. V. Diez II, p. 191.

�formes inchoactives, ceci tient sans cloute au vocabulaire des
verbes qu'ils emploient (i09) .
L'état linguistique des plus anciennes chartes provençales
de différentes régions (Rouergue, Albi, Narbonne, Toulouse,
Moissac, Vivarais) où foisonnent les formes inchoactives, nous
autorise à l'affirmer (110). Quant à la forme même de notre cas
particulier, tout ce qui vient d'être dit ne lui ôte pas sa valeur,
car elle prouve que le verbe air avait déjà des formes inchoactives
bien plus tôt qu'on ne semblait l'admettre ('").
Imparfait de Vindicatif.
Notre texte assez riche en formes de l'imparfait, nous offre
des exemples aussi bien pour les verbes en -ar que pour ceux
en -er et en -re ("2). Les premiers sont représentés très régulièrement par les formes en -ava, à la 1e sing. : fiav' (eu) 75,
anava 78 et, à la 3e comtátìa 97, blasmava 138. Au pluriel, à
la 3 e pers., au lieu de la terminaison régulière -avan, nous avons

109. )

110. )

111. )

Ln effet, parmi les verbes en -ir de la Chanson il y en a fort peu qui puissent
produire des formes inchoactives. Tels sont cependant les verbes d'origine
germanique guarnir, guérir, guerpir, mais malheureusement, ils n'apparaissent
pas dans les formes qui pourraient avoir l'infixé. Il en est de même, mutatis
mutandis, de l*«Ev. St. Jean». On sait qu'en lat. class. il y avait déjà les
verbes avec des formes inchoactives : putresco, (in)gemisco, floresco, languesco,
iucisco, qui sont passés à l'époque romane à la conj. en -ire .Les autres verbes
ont dû recevoir l'allongement dans le latin vulgaire. Cf. Chabaneau, 1. c, p.
241. 11 faut cependant tenir compte que cet
allongement n'a pas eu lieu
dans le Sud-Ouest du domaine des langues romanes. Cf. Diez, II, p. 119; Harnisch, 1. c, pp. 138, 139.
V. les chartes de la collection Brunei: comonesca 3, 15 Narbonnais, de v.
1053 et les endroits suivants: 27, 4, 5; 99, 5, 121; 102, 2; 109, 6; 112, 10;
130, 5; 131, 3; 140, 3; 163, 17; 169, 3 (acolis) ; 179, 2; 186, 5; 193, 3, 5;
194, 1, 9; 200, 2 ; 253, 1; 291, 7 (partis); 334, 6. Cf. aussi guerpisc XI, 41
dans la poésie de Guillaume de Poitiers (éd. Jeanroy).
Pour l'ancien catalan v. P. Fouché «Morphologie historique du Roussillonnais»
Toulouse, 1924, pp. 101, 102.
M. Meyer-Lûbke dans sa «Gramm. der rom. Spr.», II, § 201, p, 243 cite
comme la plus ancienne forme inchoactive de ce verbe haissanz 17, 44 dans le
«Psautier d'Oxford» du XII0 siècle.

112. )

Seules les formes des verbes en -ir manquent.

�— 161 —
la terminaison affaiblie -aven, caractéristique pour notre dialecte :
apellaven 39, laudaven 139, 142, anaven 145 (n3).
Le deuxième groupe donne normalement au singulier la
désinence -ia attestée par les formes de la troisième personne :
avia 38, 101, 188, 205, 207, volia 66, renia 143, iazia 96;
jazia 23, trametîa 65. A la première personne dans les deux cas
où elle se présente, nous avons l'élision de la voyelle finale (comparable à celle dans l'exemple que nous venons de citer (fiav'eu
75), dans soli'eu 82, et soli' adornar 85 (,l4). A la 3e plur. nous
avons de nouveau la forme affaiblie -ien pour -ian ("5), tenien
37, solien 61, solient 70 ("6). Il ressort de l'examen des vers
que dans la termnaison -ia, -ien l'accent tombe régulièrement
sur i("7): 23, 37, 61, 82, 96, 101 ,143, 205 ,207 ("«).
Cependant, dans u nom avia genzor 38, Roma volia tradar
66, anz avia plus de mil 188 et quel solient aiudar 70, il y aurait chaque fois une syllabe de trop, si l'accent portait sur i dans
avia, Volia, solient. Dans tous ces cas, l'accent s'est déjà déplacé
sur la voyelle suivante, de sorte que l'f n'y représente qu'un
simple «yod)&gt; ("9). Ces trois derniers cas de synérèse avaient été
déjà notés par Chabaneau (l2°).
V. «St. Jean» cuiaven 10, 33, esgardaven 10, 20, Cf. le ms. périgourdin (225,
24 Brunei) : donaven etc. v. supra, «Phon.»: Voyelles finales et Morphologie
3e pl. du présent.
114. ) Que cette élision n'a pas été obligatoire, nous est prouvé par le vers 78:
anava eu ditan.
115. )» Cf. «St. Jean»: dízíen 15 ,35, 39, voljen 15, 41. Les chartes de Limoges (Brunei 35, 5, 6, 10; 38, 1) ont de même auien, devien; le ms. périg. aoien (225,
114). Cf. les «Préc. rel.» «R. d. 1. r.», XVIII, p. 144, VI, 16 aoien, etc..
116. ) Pour la conservation de -t final assez fréquente dans les anciens textes provençaux, voir supra, «Phon.» : Cons. lat. fin., groupe -nt.
117. ) Cet i est parfois accentué dans la graphie: trametîa 65, solien 61, cf. parmi
les exemples du conditionnel volrîa 117, aurien 23.
118. ) Il est naturel que dans jazia en so sermo 23 et avia á tei. grezesc 207, le a
final de iazia et celui de avia tombent en hiatus.
119. ) Au v. 188, comme on l'a vu, le copiste a tout de même mis par habitude
l'accent sur i de avia. Rapprocher aussi de cette série d'exemples celui de
no comprari'om 193 v. infra Conditionnel I.
120. ) V. «Gramm. lim.», pp. 273, 274. Les exemples de ce genre deviennent fréquents dans les écrits limousins des XIIIe et XIVe siècles. Actuellement, le
113. )

�—

162

—

Il nous reste à ajouter, pour terminer ce chapitre, que le
verbe esser apparaît à la 3e sing. dans sa forme phonétique era
36, 140, 141,247 (,21).
Les formes du Parfait.
Grâce au nombre suffisant de formes du parfait, nous pouvons nous faire une idée assez nette du système de ce temps
dans notre poème.
Parfait faible.
Comme continaution directe du parfait latin, nous avons à
Ie

la
sing. seroii 87, {servivi), forme qui se distingue par sa
graphie de double i final. M. Porschke (l22) tout en indiquant la
tendance commune aux anciens dialectes gascon et limousin, de
doubler dans la graphie les voyelles simples, a lumineusement
démontré que l'habitude d'écrire -H pour -i, surtout à la finale
de la Ie sing. du parfait, était propre aux scribes d'origine limousine (,23). Malheureusement, il n'a pas pu trancher la question si
cette manière d'écrire correspondait à une réalité phonétique ou,
autrement parlé, si les deux i devaient se prononcer séparément C24), ou comme diphtongue décroissante iy ou bien comme un simple i.
On sait qu'actuellement, on n'entend qu'un simple i prolongé dans les formes correspondantes (,25). Il est fort possible

phénomène s'est généralisé dans ce dialecte et l'accent ne repose plus nulle
part sur i.
121)

Comparez encore pour ce verbe la 3e pl. eren dans l'«Ev. St. Jean», 9, 7; 17,
17; chartes limousines 35, 9; 36, 4, et le doc. périg. 225, 6.

122. )

V., 1. c, p. 27, § 27; pp. 39, 40, § 60.

123. )

Cf. les nombreuses termes en -ii, dans l'«Ev. St. Jean» (avec le premier i
ordinairement accentué): dl'ssii 17, 7; 14, 9, 24; 15, 5; diissii 13, 5; disait 13, 9;
auvîi 14, 10; fezii 14, 10; 18, 32 etc.; dans les «Préc. relig.» saabii 145, 36
(«R. d. 1. r.», XV111), tenguii 146, 1 etc.

124. )

Cf. aussi Karl Fr. Th .Meyer «Die prov. Gestaltung der mit dem Perfektstamm
gebildeten Tempora» («Ausg. und Abh.», XII), Fvlarburg, 1884, p, 24.

125. )

Cf. Chabaneau, «R. d. 1. r.», XI, p. 31,

�—

163

—

qu'il en ait déjà été de même à l'époque de notre auteur et de
ce fait la 16 sing. était nettement séparée de la 3e (,26). Cette dernière, à notre grand regret, n'apparaît pas dans le texte, car au
v. 199 li drap que la domn'a Vestit nous avons .selon toute probabilité, dans vestit un participe passé (,27). Pour le même groupe des parfaits, nous n'avons qu'une forme à la 3e pl. faliren 70,
où il n'y a à remarquer que la terminaison caractéristique en
-en (,28).
La 3° sing. des parfaits faibles du type en -dédit est largement représentée (,29). Les formes se présentent ici avec une régularité parfaite : credét 46, teiset 190 et penét 26, omet 29, laiset 32, 69, cuidet 68, parlét 194. Dans les désinences des verbes en -ar aucune trace de a étymologique n'apparaît, ce qui contribue à mettre en relief la différence entre le carcatère de notre
dialecte et celui de l'ancien parler gascon (,30). L'uniformité absolue de la terminaison -et dans tous les cas est un fait des plus
précieux, car il confirme la théorie de M. A. Thomas (,3)) sur
l'influence du type stetit dans la formation de la 3e sing. des
parfaits faibles. En effet, dans un dialecte où le -d final roman
disparaît régulièrement (l32), le type dédit aurait abouti comme
126. )

Cf. Karl Fr. Th. Meyer, 1. c, p. 24: «Bemerkenswerth ist, dass das doppelte
i, welche die A. D. fur die 1 sg. aufwiesen, in der 3. sich in keinem einzigen
Falle tindet.»

127. )

Dans la même laisse (27) tous les mots assonant en -ii, excepté quandi, sont
des participes passés. Cf. Hœpffner, 1. c, p. 141.
Pour la 3e sing. du parfait en -if dans les textes limousins, v. Karl Fr. Th.
Meyer, 1. c, p. 24. Cf. le seul exemple analogue dans le Recueil de Brunei:
mûrit en Périgord.

128. )

V. supra «Phon.», Voyelles finales et «Morphol.» : 3e pl. des présents et des
imparfaits.

&gt;

11 va sans dire que toute la classe en -ar a subi l'attraction de ce type, par
intermédiaire de estar—estet.
130. ) V. A. Thmoas «Essais de philologie franç.», 1898, p. 95, n. 3; Meyer-Lùbke,
«Cramm. d. roman. Sprachen», 11, §274; Bourciez, «Eléments de linguistique
romane» 2e éd., 1923, § 295a. Cf. Brunei, l.c, p. XL1V et les textes gascons
de la deuxième moitié du" XIIe de Bonnefont N° 374 (N°44 de la coll. Luchaire)
et de Montsaunès avec les formes en -à et en -an.
131. ) V. l'ouvrage cité dans la note précédente. Cf. Crescini, 1. c, p. 151.
132. ) V. supra, «Phonét.» : endroit respectif.
129. )

�—

164

—

cre 150 &lt; crédit, Ve 124, 126, 169, 238 &lt; videt, a de, sans -t
final (133).
La théorie de M. Appel d'après laquelle il faudrait remonter à *stettit C34) pourrait être admise à la rigueur pour la langue
de notre poème, mais elle doit être tout de même rejetée vu la
grande quantité d'autres textes, de la «Sainte Foy», en premier
lieu, qui présentent la terminaison -ed (,35). Par conséquent, l'explication de M. A. Thomas reste seule valable pour les plus
anciens textes littéraires écrits en langue d'oc. (,36).
Parfaits forts.
Parmi les verbes avec le parfait latin en -i, nous avons tous
les trois représentants communs aux langues romanes : vidi, fui
et feci. Ils apparaissent dans notre texte sous les formes habituelles au provençal .A la 2" sing. fezist 83 provient normalement de fecisti avec conservation de i bref, due à l'action métaphonique de i long final (,37). Étant donné la chute de d intervocalique dans notre dialecte (l38) le mot latin vidisti devrait phonétiquemnet aboutir à vist, forme que nous avons en effet aux
vers 95, 178, 244. Comme nous savons pourtant que la forme
vist était non pas propre au dialecte limousin, mais qu'elle était

133. )

Ceci a lieu en effet dans certaines chartes écrites dans les environs de Toulouse, dans la Vallée du Rhône, la Provence et le Valentinois ; v. dans la
Coll. Brunei les formes acabte 5, 18 Provence, v. 1080, acesse 98, 33 Valentinois de v. 1160 autrege 330,
3 Toulouse 1200, autreie 306, 2 Agen 1197 etc..
Cf., ibid., p. XL1V.

134. )

V. «Prov. Lautl.» §51, p. 69.

135. )

La «Sainte Koy» donne avec la plus grande régularité
doned 71 ; la «Passion» offre pèle-mêle les terminaisons
adaned 115, leved 117; parlet 402, 424; anet 320, 321 (à
infret 72). L'«Alexandre» présente un seul enseyned 88,
croWef 48 etc.. V. Hœpffner, pp. 139, 140.

136. )

Il est évident que dans certains d'entre eux, comme la «Sainte Foy», les
deux types-bases, aboutissant dans leur développement phonétique au même
résultat, ont dû collaborer dans leurs actions analogiques.

137. )

V. supra, «Phon.» : L'Umlaut.

138. )

V. supra, «Phon.» : à l'endroit respectif.

-ed : parled 3, 520;
-ed et -ef: obred 7,
la rime trobed 71, et
à côté de degnet 42,

�—

165

—

la forme ordinaire des textes provençaux en général, (,39), il faut
bien recourir à l'explication commune pour tous les cas. Il est
évident que c'est l'influence des parfaits faibles en -i à qui nous
devons l'origine du parfait de ce verbe. Serviron(-en) correspondant à viron, servi(-ii) a vi,on a dû avoir de bonne heure la généralisation pour toutes les autres personnes (140). Il est donc complètement inutile pour expliquer cette forme d'admettre, comme l'a
fait Karl Fr. Th. Meyer (,41), un déplacement d'accent de la terminaison sur le radical. A la 3e sing. nous avons les formes régulières en provençal fez 52, 53, 59 (bis), 71, 188 &lt; fecit et de
son composé forféz 179 et fo 28, 30, 31, 34, 43, 58, 63, 92, 94,
160 dérivé phonétiquement de fuit (,42). Le dernier verbe nous
fournit aussi sa forme à la 3e plur. avec l'affaiblissement de la
voyelle finale régulier dans notre dialecte : foren 20, 21, 63, 187,
245.
Les formes des parfaits sigmatiques du ((Boèceo différent
nettement de celles de la ((Sainte Foy» par leur graphie. Tandis
que la Chanson distingue les finales sonores des sourdes, grâce
à la double graphie s et ss : mespris 398, apris 400. . remas 391,
aucis 119, etc.. et diss 54.., destruiss 309, traiss 310, notre
poème ne dispose que de s simple pour tous les cas : près 64,
mes 26, et redems 153, dis 100.
Comme nous avons pu nous en rendre compte dans notre
étude phonétique, cette uniformité de graphie ne doit pas tenir
à l'inexpérience ou manque d'ingénuosité du copiste. Il ressort
du traitement des dentales en général que ces consonnes à la fi-

139.)

Cf. oist dans I" «Enfance de Jésus» — Chrest. d'Appel 9, 100; dans l'EIucidari
de las proprietatz de totas res naturals-Chrest. Bartsch 394, 25 etc.. Çf. les
paradigmes dans la Chrest. de Crescini p. 131, Appel «Chrest.» p. XXV1H etc..

140.) A la 3e p. sing. la «Sainte Foy» donne déjà vi 355. Cf. Hcepffner, p. 142.
141. ) 1. c, p. 9.
142. )

Ni /on, ni la forme plus frlnçaise fud avec généralisation de la voyelle du
radical de la Ie pers. (dans la «Passion», «St. Léger» et l'«Aiexandre») n'apparaissent dans notre texte. Ici encore, nous retrouvons les points de contact avec
la Chanson qui ignore également ces formes. V. Hcepffner, 142.

�—

166

—

nale deviennent régulièrement sourdes, il a dû en être de même
des fricatives que des occlusives.
Aussi, malgré les circonstances particulières dans lesquelles
se présentent les formes mes et près (dont la constrictive finale
pouvait maintenir sa sonorité plus longtemps, grâce à l'influence
possible de mesist et presist où la même consonne était traitée
comme intervocalique), nous croyons que même dans ces cas,
relativement rares, le phénomène de l'assourdissement avait dû
finir par triompher.
Les formes provenant des parfaits en -si ne nous réservent
aucune surprise : à la 3e sing. nous avons les formes habituelles
de l'ancien provençal près 64 &lt;*presit, et, comme la voyelle i
du radical {pris) de la 1° pers. correspondait à e de la troisième (,43), par analogie mes 26 &lt; misit. Dixit avait abouti normalement à dis 100.
La formation redems 153 de redemsi pour redemi (I44), sur
le modèle sumo sumpsi, promo prom(p)si, demo dempsi, remonte, comme on le sait, encore au latin vulgaire (,45).
Cette formation avait été favoirsée en roman par le besoin
de distinguer les formes du parfait de celles du présent (,46).
Enfin, à la 3e pl. nous avons la forme mesdren 27, avec
l'intercalation de d entre s et r (,47), forme régulière en anc. provençal, qui connaissait aussi meiron et meséron (l48). Pour la terminaison -en, il a été déjà dit plus haut.
143. )

Cf. aussi fis elfez, qui et ques et de même Une et fenc, vinc et uenc.

144. )

Cf. aussi notre participe passé redems, 228.

145. )

Cf. rempsin P. Mil. 316, v. Karl Fr. Th. Meyer, 1. c, p. 15 sous rezemer
qui cite aussi pour les «Ane. p. rel.» lim. reems 484, 16 et supra, «Phon.» .•
Groupe de trois consonnes. Comparer la forme de l'anc. fr. raenst, v. MeyerLubke, 1. c, §289, p. 337. Dans la collection Brunei, on ne trouve pour le
parfait que la forme rezemet 336, 9 Rouergue de 1200.

146. )

Cf. aucis 119 de la «Sainte Foy» etc. v. Diez, II, pp. 126 et 194. Cf. en italien
redensi, uccisi....

147. )

Ci. mesdrent 22 et presdrent 39 dans la
«Croisade des Albigeois».

148. JV les paradigmes dans Crescini,
Th. Meyer, 1. c, p. 14.

p.

131 et

«Passion»,aucisdron 493, dans la
«Chre6t.» d'Appel. Cf. Karl Fr.

�Pour le dernier groupe des parfaits forts en -ui, nous n'avons
d'exemples que pour les formes du singulier. Ce qui attire ici
surtout notre attention, c'est la confusion des graphies des gutturales finales sourdes et sonores. En effet, d'une part, nous
avons aig 84, 86, volg 22, 45, 47, 48, veng 40, 62, ag 28, d'autre part, ac 34, 152, venc 41, 67, refenc 31, sostenc 24. Comme les doublets ag - ac; Veng - venc le démontrent, notre texte
est écrit à l'époque où la nouvelle graphie -c résultant de l'assourdissement de la gutturale finale, luttait contre l'ancienne survivance graphique, qui se manifestait dans les mots écrits avec
un -g final. Sous ce rapport, notre texte est encore sur le même
plan que la ((Passion» (,49) ,tandis que les dentales finales du
«Boèce» présentent un état bien plus avancé. Par contre, 1'((Évangile St. Jean» pour ce qui est des graphies des gutturales, démontre nettement un caractère chronologiquement postérieur à
celui du uBoèce (,5°).
Dans les exemples que nous possédons, la consonne finale
du thème est une liquide, une nasale ou la labiale b. Ce n'est
que dans ce dernier cas que nous avons dans notre texte la disparition de la consonne thématique qui s'assimile à la bilabiale
suivante (151) : aig 84, 86 &lt; habui, ag 28, ac 34, 1 52 &lt; habuit;
la nasale et la liquide se conservent naturellement : veng, venc,
retenc 31, (,52), sostenc 24, volg ,volguist 87.
A la 1° sing., le verbe aVer apparaît sous sa forme ordinaire C ), aig 84, 86, où le i dans le radical permettant la distinc53

149. ) ,V. supra, «Phon.». p. 99.
150. )

V. plus haut.

151. )

V. supra. «Phon.»: Consonnes + w. Cf. Fritz Neumann «Die Entwickelung
von Consonant + W» dans la «Miscellanea di Filologia e linguistica Caix —
Canello» Firenze, 1856, pp. ,167—174 et particulièrement p. 171 ; v. aussi
Crescini pp 154, 155.

152. )

Pour refegues 95, où il s'agit de formation analogique v. infra: Imparfait du
Subjonctif p. 168.

153. )

Cf. Karl Fr. Th. Meyer, 1. c, p. 22.

�—

168

—

tion de cette forme de la 3' ag est dû probablement à l'analogie
du rapport entre les formes du présent : ai et a.
A la 2e sing., nous avons la seule forme faible de ce parfait dans volguist 87 qui correspond à la formation fezist dont
il était question plus haut.
Il ne nous reste plus rien à signaler sur les formes de la 3°
p. sing. mentionnées déjà au début de ce paragraphe : ag 28,
ac 34, 152; venc 41, 67, veng 40, 62, retenc 31, sostenc 24,
volg 22, 45, 47, 48.
La formation analogique fréquente en provençal (,54) de
cadeg comme correg, pareg sur deg &lt; debuit, etc. . (I55) est indirectement attestée par le participe passé cadegut 72 (,56).
Imparfait du subjonctif.

Les formes de l'imparfait du subjonctif aux troisièmes personnes du singulier et du pluriel ne présentent rien d'anormal.
Seule la forme retegues 95 demanderait une explication, à cause
de sa graphie sans n, malgré les formes du parfait retenc 31 et
sostenc 24, si l'on ne savait pas que nous avons là une formation analogique ; sur le type des autres verbes en -er, dont la
voyelle du radical est aussi e ; degues, cregues (157), ce qui a été
prouvé d'une façon tout à fait péremptoire, grâce aux formes
teg 74, 100, 1 15, 215, tegrun 124, 488, teguz 372 de la «Sainte
Foy)) qui, d'autre part, écrit régulièrement veng 359, Vengron
512, vengrun 509 158).
Au sing., la terminaison -is dans guaris à l'assonance 180
est tout à fait normale pour le verbe en -ir. Partout ailleurs, nous

154. )
155. )
156. )

Cf. Hcepffner, 1. c, p. 148.
Cf Schultz-Gora, § 150, p. 98.
La «Sainte Foy» donne de même decadegaz 443. Cf. cadegrent 138 de la
«Passion» et la forme escadec dans les anciennes chartes provençales du Kouer
gue: 15, 29 de v. 1120, 124, 4 de v. 1170; 242, 3 de 1190, 245, 9 de 1190 et

escadegro 245, 10 (Recueil Brunei).
Cf Crescini p. 154, n. 1 et G. Hentschke, «Die Verbalflexion in der Oxf. Hs.
des Girart de Roussillon», Halle, 1882, p. 41, n. 1.
158. ) Cf. Hcepffner, pp. 146, 147.

157. )

�—

169

—

avons -es dans les formes qui se présentent chaque fois à l'assonance : il en est ainsi de la seule forme du verbe en -ar, rangures 1 79 et de trois autres formes de verbes en -er ; pogues 93,
retegues 95 et agues 92, 178. Que la valeur de e de la désinence
-es dans ces trois derniers mots est fermée, les assonances de la
laisse 12 nous le prouvent (92, 93, 95 : mespres 94, prés 96, etc..)
Cependant, la forme agues, au vers 178, apparaît aussi à l'assonance en -is (laisse 24), et, ce qui est encore plus curieux, il
en est de même de la forme rangures 1 79 qui devait pourtant
avoir le e de -es ouvert, étant donné que son parfait était en
-et C59). Comme il est évident, il ne peut s'agir là que d'une
licence très hardie que notre poète s'est permise (,60).
Conditionnel II.
Aucune forme de ce temps n'apparaît dans le «Boèce».
Le participe passé.
Parmi les participes passés faibles, nous avons pour les
verbes en -ar les formations régulières: onraz 140 (,6')» oisitaz
160, alumnaz 164, polsat 167, pertusat 168, montât 226. Le
substantif postverbal pesât 67 rentre aussi dans cette catégorie.
Les verbes en -ir donnent aussi normalement leurs participes
en -it : guarnit 56, vestit 199, bastit 200, amosit 203 (162). (Le
verbe morir en fait, bien entendu, exception cf. injra). Le féminin est attesté par la forme de l'adjectif ardida 245. Une forme
purement savante est calquée sur le parfait latin eVanuit : esvanuit 202 C63) en quatre syllabes avec le déplacement de l'accent
qui fait ranger ce verbe dans la classe en -ir (,64).
159. )

Cf. P. Meyer, «L'imparfait du Subjonctif en -es (provençal)» — «Romania,
Vlll, p. 155—162. La qualité fermée de e de pogues, agues et rétegues est
attestée par les rimes en es dans la «Flamenca» 1416, 1733....; 4510, 4655..;
2423, 4459 etc. V. P. Meyer, ibid., p. 159. V. aussi Karl Fr. Th. Meyer, I. c, 31.
160. ) Cf. supra, «Phonét.» : Voyelles toniques ouvertes et fermées.
161. ) Pour ce mot, v. supra, «Phon.»: Conson., Groupe nr.
162. ) V. supra, «Phon.» Cons. : C intervocal.
163. ) V. «Phon.» : Cons. devant w. Remarquer aussi la substitution du préfixe.
164. ) Cf. aussi le déplacement de l'accent dans quandt 201 = cándidi.

�—

170

—

Parmi les reprçsntants des participes passés en -ut, nous
trouvons agút 108, cadegut 72 (l65), formes auxquelles correspondaient normalement les parfaits en -ui : ag, cadeg (,66).
La terminaison comme on voit avait été ajoutée ici déjà
directement sur le thème du parfait (,67). En plus, nous avons
dans la même série d'exemples, la forme limousine veut 106,
plus rare en provençal que vist. Cette forme, ailleurs Vegut, prouve l'existence dans notre dialecte du parfait en -ui du verbe
Veder à côté de son parfait ordinaire en -i (cf. vist 95. .) (,68).
Dans Veut, pourtant, nous avons la désinence ajoutée encore
au radical du présent.
Enfin, le dernier exemple de ce genre des participes offre
la formation normale de perdut 77 (,69). à laquelle correspondait
le parfait faible en -et. Menuz 159 provenant de l'ancien participe passé était employé déjà en latin classique comme adjectif (Pour le sens de ce mot «fréquent» v. Hcepffner, 1. c, note
au vers 182).
Les deux groupes des participes forts en -to, et en -so figurent dans le «Boèce» .Le premier est représenté par les formes
normales fait 11, 105, 217 (,7°) (cf. le substantif postverbal forfaiz 15?), mort 17, (morz 43), depent 209, (&lt; depicti) et la
forme savante escript 205, 207. L'existence d'un type vert à
côté du régulier vers (parallèlement à tort à côté de tors v. P.

165. )
166. )

Pour cette forme v. supra: Parfaits forts. Cf. La «Sainte Foy» decadeguz 443.
Cf. Meyer-Liibke, I, c. II, § 330.

167. )

Pour l'emploi des formes agut et avut chez les troubadours v. Rimarium dans
l'ouvrage de Paul Mann «Das Participium Praeteriti im Altprovenzalischen», —
«Ausg. und Abh.» Marburg, 1886, en ut(z), pp. 106, 109. Chabaneau, dans
sa «Grammaire limousine», ne cite que la forme agut, v. p. 223.

168. )

Cf. aussi dans les «Leys d'Amors»
oigui' II, 386 et dans le «Blandin de Cornouailles» vigra 236, oigras 416. Actuellement, en limousin, on a ou, vudo,
formes provenant de oeuf, veuda.
V. Chabaneau, 1. c, pp. 254, 255. V. aussi dans le Rimarium de P. Mann:
oeguf à la rime de Bertr. de Born 26 etc.., p. 107. ,

169. )

V. P. Mann, 1. c, p. 25. Cf. «Sainte Foy». jserdud" 252, 561, perduz 443.

170. )

Cf. supra, «Phon.» : Conson., Groupe c t.

�—

171

—

Mann p. 15) est attestée indirectement par la présence de la préposition Vert 192 (l7!).
Le deuxième groupe est constitué dans notre texte, par les
formes usuelles mes 111, prés 127, au fém. presa 14, et ses
composés, mespres 94, représ 204, aucîs 181 (172). A ces formes,
qui continuent phonétiquement les anciens prototypes latins,
vient se joindre l'analogique redems 228 (,73) provoqué naturellement par son parfait sigmatique de nouvelle formation (redéms 1 53) C74), grâce à la tendance à égaliser les formes des participes et celles des parfaits d'après le modèle ars- ars, ris- ris,
etc.. C75).
Il est fort probable qu'on doit rattacher le substantif somsis 182 au verbe lat. subsidere, dont il aurait été primitivement
le participe passé (l76), avec le i de -sis influencé par le parfait C77). M. A. Thomas en proposant cette étymologie pour
notre mot qu'il rapproche, à juste titre, de l'anc. fr. soussir,
171. }

V. supra, «Phon.»: Cons. finales. Cf. bert dans les textes gascons et le part.
passé sobrevertz dans Peire Cardenal, «Ch.» d'Appel 77, 16.

172. )

Pour la valeur de -s final, cf. supra, parfaits forts et phonét. : cons. dentales
finales.

173. )

Cf. P. Mann, 1. c, p. 13.

174. )

V. supra, parfaits forts. Cf. en anc. prov .le partie, ers formé sur le parfait
(v. Anglade, p. 330) et aussi la formation analogue, mais accomplie dans
le sens inverse, aucis, parfait, dans la «Sainte Foy» 119, etc.. Meyer-Lùbke
(II, § 338) explique rezems par analogie avec prerr.s, formé, à son tour, par
suite de l'adjonction au radical du présent de s comme dans près.
Cf. les autres formes : la phonétique rezemt (Meyer-Liibke, II, § 339) et la deuxième analogique rezemut {ibid. § 330). Dans la collection de M. Brunei nous
ne trouvons que ce dernier type (redemut) toujours dans la région du Rouergue :
42, 8 de v. 1145; 103, 12 de 1164; 121, 1 de v. 1170 etc..

175. )

Cf. Angiade, pp. 323, 344.

176. )

Cf. A. Thomas «Anc. franç. soussir, soussh dans la «Romania», 37, p. 135 et
Georges, 1. c, subsido, -sedi u. sidi, sessum 3, avec le sens «sich senken,»
«sinken». Pour les anciennes explications, voir Gaston Paris dans la «Romania»,
VI, pp. 148 et 436 et Kòrting sorbeo. La forme n'existe pas dans R. E. W. Pour
les exemples en provençal, v, R. et S. W.

177. )

V. dans les paradigmes de M. Appel «Chrest.», p. XXIX sous assire. Cf.
aussi Schultz-Gora § 151, p. 102 et le «Rimarium» de P. Mann, 1. c., p. 85
(les rimes sous -*isum et -*i»ua). La terminaison de la forme plus tardive
somsiiz s'explique soit par l'influence savante de siius latin, soit par celle de
nombreux participes des verbes en -ir.

�—

172

—

soussi (,78), renonce à expliquer la présence de m dans la forme
provençale. D'après M. Fouché, elle est due à la contamination
avec som&lt;summus (cf. en latin altus avec les deux sens «haut»
et «profond») (,79).
Futur et conditionnel I .
Les formes
aucune surprise.
d provenant de
faire forme son
far : fara 135, et

du futur et du conditionnel I ne nous réservent
A la 3e sing. du futur, la forme redra 57, avec
la géminée, s'oppose à quaira 157. Le verbe
futur comme toujours sur l'infinitif raccourci
de même à la 3e pl. faran 19.

Le conditionnel nous fait voir la conservation régulière de
a dans les verbes en -ar (m) à la 3e sing. : comprari 193 qui
s'oppose naturellement à volria 117 et à aurien 25 (,81). Ce dernier cas de la 3e pl. continue à illustrer l'affaiblissement de la
voyelle finale de cette personne, phénomène si typique pour
notre dialecte (l82). Il est possible que nous ayons dans no comprari' om 193 un déplacement d'accent analogue à celui qui
avait été signalé pour les formes de l'imparfait de l'indicatif (,83).
Cependant, le mot om dans son emploi inaccentué pourrait
aussi paut-être tomber à la césure (184) comme c'est souvent le
cas dans notre poème pour la cinquième sylabe atone : Donz fo
Boecis 28, ectJos e Roma 44, quant e la carcer 101, etc., etc.
178. )
179. )

180. )
181. )
182. )
183. )
184. )

V. n. 176.
En effet, Mistral donne pour le mot provençal soum aussi le sens de «fond,
partie la plus basse». Notre mot apparaît dans le «Rimarium» du «Donat proensal» (52, 43) sous la forme de sumsitz avec le sens «mersus in mare vel aquis».
Encore, de nos jours, sounsi (limousin sunsi) signifie «engloutir, s'enfoncer»
(Mistral). Cf. sancir dans le «D. G.»
Cf. Cari Fr. Wolff «Futur und Condilional II im Altprov.» «Ausg. u. Abh.»,
30, Marburg 1885, pp. 26, 27.
Cf. aussi dans l'«Ev. St. Jean» gardarân 14, 27 et persegrán 14, 27 et de même
dans le docum. périg. estaran 225, 19, gaanaran 20 et venran 225, 25.
Cf. supra, «Phonét.» : Voyelles finales et «Morph.», Endroits respectifs de
différents temps.
V. p. 161.
Cf. Appel «Chrest.» note au v. 193.

�—

173

—

Chapitre V.
Conclusion : La localisation du «fioèce».
a) dans le temps.
M. A. Thomas, dans l'introduction à son édition de la
«Sainte Foy» ('), a dû recourir au suprême moyen — la paléographie pour établir la date de la Chanson. Notre texte, étant
bien plus court que celui de la «Sainte Foy)), se prête naturellement encore moins bien à une argumentation d'ordre linguistique ou historique. La comparaison avec les plus anciens documents datés se rapprochant du nôtre par leur langue ne mène à
rien, vu leur absence presque totale avant le XIIe siècle (2).
C'est pourquoi, il ne nous reste qu'à suivre l'exemple de
M. A. Thomas en nous inclinant devant l'autorité des preuves
paléographiques. Nous admettons ainsi la date proposée déjà
par le grand romaniste qu'était Paul Meyer (3). C'est en effet,
la première moitié du XIe siècle qui nous semble l'époque la
plus probable à laquelle notre texte avait dû être écrit (4). Du
reste, presque tous les érudits semblent être d'accord sur ce sujét: tels Chabaneau (5), Stimming (6), Grôber (7). Même M.
Anglade, après avoir voulu remonter au dixième siècle (8) a fini

1. )
2. )

3. )

4. )

5. )
6. )
7. )
8. )

«La Chanson de Sainte Foi d'Agen, poème provençal du X/e sièc/e», éd.
Champion, Paris 1925.
Cf. C. Brunei «L'emploi du provençal dans les chartes» dans la «Rom», 48, pp.
335— $64 et A. Leroux «L'idiome limousin» dans les chartes, les inscriptions,
les chroniques» dans les «Romanische Forschungen» 23, pp. 437—461.
Dans la «Rom.» 1, pp. 226 et suiv. 383. V., par contre, Bartsch, «Grundriss zur
Geschichte der Prov. Literatur», Elberfeld, 1872, p. 8. Il a été déjà signalé
plus haut que noutre manuscrit est dû à deux copistes. Le premier, probablement
plus âgé, avait un caractère d'écriture plus archaïque que le deuxième.
Cf. aussi A. Runen das lè «Grundriss der rom. Phil.» I, 1904—1906, p. 222.
Nous devons avouer qu'au point de vue chronologique, il nous a été impossible
de séparer Y époque de notre auteur de celle des copistes.
«R. d. 1. r.», XXXV, p. 381.
«Grundr. d. Rom. Phil.» 11, 1897, pp. 44—45.
«Grund. d. Rom. Ph.» I. 1904—1906, p. 556.
Cf. «Histoire sommaire de la littérature méridionale au moyen-âge», Paris, 1921,
p. 13. Cf. les «Troubadours» 1908, p. 5.

�par acquiescer a l'avis général (9). Les données linguistiques ne
s'y opposent nulle part. Bien au contraire, l'état relativement
évolué de notre langue, n'est point favorable à l'attribution de
notre texte à un auteur du Xe siècle. L'existence des diphtongues
dans notre langue, le changement vraisemblable du timbre des
voyelles a et e sous l'influence de la nasale suivante, la chute de
d intervocalique et la vélarisation de / implosif accomplies, le
processus de la réduction des trois consonnes commencé (forment 143 à côté de corps 28 etc. .), — dans la phonétique, sans
parler des formes analogiques telles que si pour soi ou de la généralisation de la terminaison inaccentuée -en, a la 3e pl. dans
la morphologie, nous semblent être des faits peu propices pour
une telle possibilité d'envisager ce problème.
Mais d'autre part, d'autres faits, attestent tout de même
l'ancienneté de notre texte : l'incertitude du traitement du cainitial, le flottement général dans les graphies (medesma 190,
à côté de metessma 1 84, la bresa 14, acsi 145) et dans les formes
(orne 20... . et omne I . . . . ), le traitement de e prothétique et
de -nt final, celui de la conjonction e (et), les graphies des consonnes sonores à côté des sourdes à la finale, mais surtout, la
première étape de l'évolution du groupe et latin et la distinction
rigoureuse entre fricatives et affriquées (z et s), ne permettraient
pas de faire descendre la date plus bas que la fin du XIe siècle.
C'est donc en tout cas au XIe siècle et très vraisemblablement dans sa première moitié, sinon dans son premier tiers, que
notre texte avait été écrit. Il ne peut par conséquent pas être
antérieur à celui de la chanson de la Ste Foy plus d'une vingtaine d'années (,0).
9. )

«Boeci paraît avoir été composé entre l'an 1000 et 1050,» v. iGramm. de l'anc.
prov.» p. 12, n. 1. Seul M. Appel persiste encore à attribuer notre monument
à un auteur du Xe siècle, v. «Prov. Lautl.» § 5, p. 7.

10. )—Cf. fendroit déjà cité de M. Thomas qui propose comme date de la composition de la Chanson le deuxième tiers du XIe siècle. M. Hcepffner (1. c, p. 199)
est de même pour la seconde moitié du XIe siècle «et peut-être même un peu
plus haut».

�—

175

—

b) dans l'espace.

11 est aujourd'hui à peu près convenu de considérer le
«Boèce» comme le plus ancien monument du dialecte limousin.
Néanmoins, on ne trouve cette indication que presque par hasard
dans les ouvrages de détails ou avec certaines réserves ("). Or,
il y a déjà plus de cinquante ans que Chabaneau formula la
première fois l'hypothèse sur l'origine limousine du «Boèce».
I2
Il voulait la prouver dans un ouvrage spécial ( ), qui, malheureusement, n'a jamais paru. Il est revenu tout de même plusieurs
,3
fois à son assertion avec une conviction toujours croissante ( ).
M. Porschke, dont l'ouvrage avait été cité plus haut à maintes
l4
reprises ( ), a établi des points de contact entre la langue du
Cartulaire du Limoges et celle de 1'«Évangile Saint Jean» et du
((Boèce». A notre grand regret, son ouvrage n'a paru que dans
sa toute première partie (voyelles toniques) de sorte que jusqu'à
nos jours, malgré l'existence d'un travail spécial sur le «Boèce»
de Hûndgen (15), on n'est pas plus avancé dans cette question.
A ce point de vue, notre travail apporte les résultats les plus
positifs.

Pour le rapport entre l'âge de notre texte et celui de la Chanson voir Crescini,
p. 51 et surtout Hcepffner, pp. 197, 198. Cette question ayant été ainsi épuisée,
nous ne pouvons que partager l'opinion émise. Là où la Chanson démontre un
état plus archaïque, c'est au caractère plus conservateur du dialecte méridional
qu'elle le doit. Cf. aussi Thomas «Journ. des Sav.» 1, 1903, p. 340.
11. ) Dans le «Grundriss der rom. Philologie» la question dialectale pour notre texte
n'avait été nulle part soulevée.
V. par contre Harnisch «Die Altprov. Praesens- u. lmperfectbildung» («Ausg.
u. Abh.» XL), p. 4, n. 2, Appel «Bernart von Ventadorn», p. CXXXV, (18)
etc.. M. Anglade (dans son «Histoire sommaire de la littérature méridionale»,
p. 14), s'exprime déjà ainsi «Le poème est écrit en un dialecte qui rappelle
les principaux traits du dialecte limousin».
12. )
13. )

V. «K. d. 1. r.», IV, p. 66, n. 2 ou «Gramm. lim.», p. 76, n. 2 .
V. «K. d. I. r.» XVIII, p. 114 et XXXV, p. 381.

14. )

«Laut- und Kormenlehre des Cart. du Limoges, vergl. mit d. Spr. des Obers.
des Joh. bvangeliums», Breslau 1912.

15. )

Dans cet ouvrage l'auteur ne s'est nullement préoccupé de la localisation géographique ni chronologique de notre texte.

�—

176

—

Au cours de toute cette étude phonétique et morphologique
de notre texte, nous nous sommes proposé de faire point par
point des rapprochements avec les documents d'origine sûrement limousine tels que les chartes limousines du «Recueil» de
M. Brunei (l6), de même que les «Préceptes religieux» ('') ou
autres textes isolées (,8). De cette étude comparative, poursuivie
avec conséquence d'un bout à l'autre de notre travail, il ressort
d'une façon tout à fait évidente que notre texte avait été écrit en
dialecte limousin.
Bien que plus d'un siècle sépare le «Boèce» des documents
limousins, sur lequels nous avons dû baser nos conclusions,
ces derniers démontrent nettement les mêmes traits caractéristique de cet idiome.
Telle est en premier lieu, parmi les phénomènes phonétiques, la chute de d intervocalique (comme aussi l'épenthèse de
0 dans auvent 23), tandis que la preuve la plus péremptoire d'or-

dre morphologique nous est fournie par la terminaison -en à la
3° pl. du présent, de l'imparfait et du parfait qui s'est substituée
à toutes les autres. En outre, bien d'autres faits nous ramènent
toujours au dialect limousin ou, en tout cas, à la zone septentrionale du domaine provençal. Que l'on parle de la série verbale
fai, vai, estai, ou de celle des 'formes pronominales me, te, se,
ou bien de l'emploi du pronom rélatif qui ou du posséssif m. pl.
si, on arrive toujours, plus ou moins, au même résultat. Enfin,
la conservation de p dans la graphie de eps, la dentale finale
sourde de la 3e sing. du parfait faible en -et, la vélarisation de
1 implosif et son passage accidentel à i, le traitement du groupe
m b y (fremna), même les formes isolées comme somsis, savis,
nibles, etc., qui se sont tant bien que mal conservées jusqu'à nos
jours dans le parler limousin, — tout ne fait que confirmer le
17. )

Pour le lieu de leur origine v. P. Me}'er dans la «Rom.» IX, p. 198 et Chabaneau
«R. d. t. r.» 18, p. 114. Ces préceptes ont dû être écrits aux environs de l*an
1200. Cf. Chabaneau ibid, p. 107.

18. )
16.)

V. «R. d. I. r.», XXXV, pp. 411—414.
NN° 35, 36, 37, 38 de v. 1140, Limoges et 225 de 1185, Périgord.

�—

177

—

fait que le dialecte dans lequel notre texte avait été composé ne
pouvait être autre que celui de la région du Limoges ou du
Périgord septentrional (19). Les deux scribes (20) auxquels nous
devons notre manuscrit n'ont pas altéré, somme toute, l'aspect
général linguistique de l'original du «Boèce».

/

19.)

U est possible et même probable que le «Boèce» avait été composé au monastère
de St. Martial de Limoges (cf. aussi pour les poésies religieuses — Chabaneau,
«K. d. 1. r.» XV111, p. 114 .)Nous savons par l'histoire que cette abbaye pospédait au moyen-âge une des plus riches bibliothèques de la France et qu'à
un moment donné, par suite de déprédation, elle avait perdu tous ses manuscrits avec des sujets concernant l'antiquité classique. V. A. Leroux compterendu sur l'«Abbaye St. Martial de Limoges» de Ch. de Lasteyrie, dans les «Annales du Midi», 1901, pp. 476, 477. On sait que, plus tard avant de devenir la
propriété de la Bibliothèque d'Orléans, notre manuscrit appartenait longtemps '
à l'Abbaye de St Benoît-sur-Loire.

2.0)

Pour le premier notre dialecte semble être étranger : c'est ainsi que nous
croyons expliquer certains endroits obscurs du début du poème.
,

��APPENDICE L
Texte*
I. Nos iove omne, quandius qu'e nos estam,
de gran follia per folledat parllam;
quar no nos membra per cui viuri esperam,
qui nos soste tan quan per terra an-nam,
5 e qui nos pais que no murem de ïam,
per cui salv esmes per pur tan que.ll clamam.
II. Nos iove omne menam ta mal iovent
que us non o preza, si.s trada son parent,
senor ni par, si.ll mena malament,
10 ni 1* us vel F aitre si.s îai îals sacrament ;
quant o a fait miia no s' en repent,
e ni vers Deu non îai emendament.
pro non es gaigre, si penedenza.n pren:
dis que F a presa, miia nonqua la te,
16 que, eps los îorîaiz, sempre îai epsamen
e laisa.n Deu, lo grant omnipotent,
ki.l mort et vius tôt a in iutiamen;
eps li satan son en so mandamen,
ses Deu licencia ia non îaran torment.
30
III. Enanz, en dies foren ome îello,
mal ome îoren, aora sunt peior.
volg i Boecis mètre quastiazo;
auvent la gent îazia en so sermo,
creessen Deu, qui sostenc passio,
25 per lui aurien trastut redemeio.
mas molt s' en penét, quar non i mes îoiso,
anz per eveia lo mesdren e preiso.
IV. Donz îo Boecis, corps ag bo e prd,
cui tan amet Torquator Mallios.
30 de sapiencia no îo trop nuallos;
tant en refenc que de tôt no.n îo blos.
tan bo essemple en laiset entre nos,
no cuid qu' e Roma om de so saber îos.
Ms. l'a bresa.
Ms. èpslor forfarze.
16 Ms. e manque.
20 Ms. Ezns anzs.
22 Avec ce vers commence une autre main.
28 Ms. Une syllabe manque; lire: e corps.
*) Faute de signes typographiques les accents n'ont pu être rendus que
dans les premières laisses.
u

15

�—

180

—

Y. Cdms îo de Roma, e ac ta gran valor
aprob Mallio, lo rei emperador:
el era.l mêler de tota la onor,
de tôt l'emperi.1 tenien per senor.
mas d'una causa u nom avia genzor :
de sapiencia 1' apellaven doctor.
40
VI. Quan veng la fis Mallio Torquator,
donc venc Boeci ta granz dolors al cor,
no cuid aprob altre dois li demor.
VII. Morz îo Mallios Torquator dunt eu dig.
eevos e Roma 1' emperador Teiric;
45
de îiel Deu no volg aver amig.
VIII. No credét Deu lo nostre creator;
per zo no.l volg Boecis a senor,
ni gens de lui no volg tener s'onor.
eu lo chastia ta bé ab so sermo,
50
e Teirix col tôt e mal sa razd,
per grant evea de lui volg far îello.
fez u breu îaire per grán decepeio
e de Boeci escrkire îez lo nom,
e si.l tramét e Grecia la regio;
65
de part Boeci lor manda tal raizd:
que passen mar guarnit de contençd;
eu lor redra Roma per traazo.
lo sénz Teiric miga no îo de bo:
îez sos mes segre, si.lz îez mètre e preso.
80
IX. El capitoli, l'endema al dia clar,
lai o solien las altras leis iutiar,
lai veng lo reis sa îelnia menár,
lai îo Boecis e îoren i soi par;
lo reis lo près de îelni' a reptar,
65
qu' el trametia los breus ultra la mar,
a dbs los Qréx Roma volia tradár,
pero Boeci anc no venc e pesât.
sál él en estant e cuidet s' en salvar;
1' om no.l laiset a salvament annár,
70
cil li îaliren que.l solient aiudar;
îez lo lo reis e sa charcer gitar.
X. Ecvos Boeci cadegut en aîan,
e granz kadenas, qui 1' están apesant.
reclama Deu de cél lo rei lo grant:
75
,, domine pater, e te.m íiav' eu tant,
85

41
43

68
73

Ms.
Ms.
Une
Ms.

gran.
morz
syllabe de trop; supprimer él.
kdenas. — 75 Ms. dne.

�—

181

—

e cui marce tuit peccador estant;
las mias musas qui ant perdut lor cánt!
de sapiencia anava eu ditan;
plor tota dia, faz cosdumna d'efant;
80 tuit a plorar repairen mei talant.
XI. Domine pater, tu qui.m sols goernar,
et te.m soli' eu a tdz dias îiar;
tu.m íezíst tant e gran riquéza stár,
de tota Roma l'emperi aig a mandar,
85 los savis omes en soli' adornár;
de la iusticia, que grant áig a mandar,
no.t servii bé, no la.m volguist laisar;
per aizó.m íás e chaitiveza star.
non ai que prenga ne no pdsg re donar;
,0 ni ndit ni dia no fáz que mal pensar :
tuit mei talant repairen a plorar."
XII. Hanc no îo dm, ta gran vertut agues,
qui sapiencia compenre pogues.
pero Boecis no.n fd de tôt mespres;
96 anc no.n vist ú, qui tant en retegues.
inz e las carcers o él iazia prés,
lainz comtáva del temporal cum es,
de sdl e luna, cél, terra e már cum es.
XIII. „Nos e molz libres o trobam legen,"
100 dis o Boecis e sso gran marriment,
quant e la carcer avia.l cor dolent,
„molt val lo bés que 1' om îai e iovent,
com el es vélz qui pois lo sosté,
quan ve a l'dra que.l corps li vái franén,
106
per be qu' a fait, Deus a ssa part lo te.
XIV. Nos de molz omnes nos o avem veut,
om per veltát non á lo pel chanut;
o es eferms o á afan agut.
XV. Cellui vai bé qui tra mal e iovént,
110e cum es velz, donc estai bona ment;
Deus a e lui mes so chastiamént.
XVI. Mas quant es ioves, et á ontír molt gránt
et evers Deu no torna so talant,
cum el es velz, vai s'onors descaptán,
115
quant se reguarda, nd.n à ne tan ne quant,
la pélz li rua, héc lo kap te tremblant
morir volria e és e gran masánt;
Ms. dne.
' Ms. riquezá
96 Ms. laihz.
98 Ms. cel e terra, már.
109 Ms. cellui. — 1U. Ms. a més e lui.

81
8

—

115

Ms. mas.

�—

182

—

trastota dia vai la mort reclamán;
ella no.l prén ne no l'en îai semblant.
' XVII. Dréz es e bés que 1' om e Deu s' espér,
mas non es bés que.s fi e son avér;
ta mala fé nulz om no pot veder;
l'om l'a al má, miga no 1' a al ser;
cum 1' us lo pért a 1' áltre vé tener.
' XVIII. E la mórz à epsameht mala îé:
l'om ve u ome quaitiu e dolent,
o és malaptes o altre près lo té;
non a aver ni amie ni parent,
e dune apella la mort ta dolzament,
' crida e ucha : morz, a me quar no ves ?
ella.s îen sorda, gens a lui non atend;
quant menz s'en guarda, no sap mot quan lo.s prent.
XIX. Si cum la nibles cobre.l iorn lo be ma,
si cobre avers lo cor al christia,
qui tant i pessa que al no îara ia ;
e Deu no.s fia ni Deus e lui no ma,
quan se reguarda, pero res no.l rema.
XX. Molt fort blasmava Boecis sos amigs
qui lui laudaven dereer euz dias antix,
"quel era coms molt onraz e rix
et evers Deu era tôt sos afix.
XXI. Molt lo laudaven e amie e parent,
c' ab Damrideu se ténia forment.
pero Boecis trastuz los en desment:
5 no s' es acsi cum anaven dicent,
cel non es bos que a frebla scala.s te,
qui tota ora sempre vai chaden;
aquel qui 1' a non estai fermament.
e quais es l'om qui a ferma schala.s té?
°bos christias, qui cre perîeita/ment
Deu la patetna, lo rei omnipotent,
et en Ihesu que ac tan bo talent,
chi nos redems de so sang dolza/ment,
e Sanctum Spiritum, qui e bos ornes desend,
* que que.l corps îaça, eu.li vai I' arma dozen.
bos cristians qui a 'ital eschala.s te,
cel no.n quaira ia per negu forment.
XXII. Cum iaz Boecis e pena charceral,
plan se sos dois e sos menuz pecaz,
125
136
142

147
150

Ms. e la. — 129 Ms. la manque. — 134 xristia.
Ms. e lui e no ma. — 140 Ms. comps avec le p exponctué.
Ms. molt.
une syllabe manque; lire acec Paul Meyer dechaden.
xristias. — 152 &amp; en ihu. — 134 — sem spm.

�—

183

—

'd'una donzella fo lainz visitaz;
íilla 's al rei qui a gran poestat;
ella 's ta bella, reluz ent lo palaz;
lo mas o intra, inz es granz claritaz;
ia no es obs fox i ssia alumnaz;
5 veder ent pot 1' om per quaranta ciptaz.
quai ora.s vol, petita.s îai asaz.
cum ella s' auça, cel a del cap polsat;
quant be se dreça, lo cel a pertusat,
e ve lainz tota la maiestat.
0 XXIII. Bella 's la domna, e.l vis a tant preclar,
davan so vis nulz om no.s pot celar;
ne eps li omne qui sun ultra la mar
no potden tant e lor cors cobeetar
qu'ella de tôt no vea lor pessar.
5 qui e leis se îia, morz no 1' es a doptar.
XXIV. Bella 's la domna, mas molt es de longs dis,
no.s pot rascondre nulz om denant so vis.
hanc no vist omne, ta grant onor agues,
si.l îorîez tan, dont ella.s rangures,
10 sos corps ni s'anma miga per ren guaris;
quora.s que.s vol, s' en a lo corps aucis,
e pois met 1' arma en eîîern el somsis ;
tal 1 i comanda qui tôt dias la bris.
ella.s metessma ten claus de paradis,
!5 quora.s que.s vol lainz col sos amigs.
XXV. Bel sun si drap, no sai nomnar lo îil,
mas molt per îoren de bon e de sobtil.
ella se îez, anz avia plus de mil.
tan no son vel, miga lor prez avil.
'° XXVI. Ella medesma teiset so vestiment,
que negus om no pot desîar neienz.
pur l'una îremna qui vert la terra pent,
non comprari' om ab mil liuras d'argent.
ella ab Boeci parlet ta dolza/ment:
î5molt me derramen donzellet de iovent,
que zo esperen que îaza a lor talen;
primas me amen, pois me van aissent,
la mi 'amor ta mal van deperden.
XXVII. Bel sun li drap que la domn' a vestit,
00 de caritat e de îe sun bastit;
m
176

184
186
199

Une syllabe de trop; supprimer l'om.
Ms. dias.
Ms. claus avec las ajouté en interligne.
los fils (les deux s exponctués) — 198 Ms. la mia mort.
Ms. Bella avec la syllabe la barrée. La barre ne se voit passur
la photographie.

�—

Í84

—

il sun ta bel, ta blanc e ta quandi.
tant a Boecis lo vis esvanuit,
que el zo pensa, uel sien amosit.
XXVIII. El vestiment, en l'or qui es repres,
5
desoz avia escript u pei.II.grezesc,
zo signifiga la vita qui en ter' es.
sobre la schapla avia u tei.O. grezesc,
zo signifiga de cel la dreita lei.
XXIX. flntr'ellas doas depent sun l'eschalo;
°d'aur no sun ges, mas nuallor no so
per aqui monten cent miri' auzello;
alquant s'en tornen aval arreuso;
mas cil qui poden montar al.0.alçor,
en epsa l'ora se sun d'altra color;
5
ab la donzella pois an molt gran amor.
XXX. Cals es la schala, de que sun li degra?
fait sun d'almosna e fe e caritat;
contra felnia sunt fait de gran bontat,
contra periuri de bona feeltat,
10
contr' avaricia sun fait de largetat,
contra tristicia sun fait d'alegretat,
contra menzonga sun fait de veritat,
contra lucxuria sun fait de castitat,
contra superbia sun fait d'umilitat;
■b quascus bos om s'i îai lo so degra.
cal sun li auzil qui sun al tei montât,
qui e la scala ta ben an lor degras?
zo sun bon omne qui an redems lor peccaz,
qui tan se fien e sancta trinitat,
10
d'onor terrestri non an gran cobeetat.
XXXI. Cal an li auzil signiîicacio,
qui de la schala tornen arreuso?
zo sun tuit omne qui de ioven sun bo,
de sapiencia qui comencen razo,
!5e, cum sun vell, esdevenen îello
e fan periuris e granz traicios.
cum poisas cuida montar per l'eschalo,
cerqua que cerca, noi ve miga del so :
ven lo diables qui guarda.l baratro,
l0
ven acorren, si.l pren per lo talo,
fait 1' acupar a guisa de lairo,
îai l'aparer, de tôt no.l troba bo.
201
210

Ms. e ta blanc.
Ms. à la rime: sun.

229

sca

231
234

Ms. signiiacio, avec une barre relativement récente sous ifa.
Ms. comencen, avec o surmonté d'un trait.
Ms. vell semble être primitivement écrit veil.

235

�XXXII. Bella 's la domna e granz, per cosedenz;
no vist donzella de son evaiment.
345 ella 's ardida, si.s foren soi parent.
e sa ma dextra la domna u libre te,
toz aquel libres era de fog ardenz:
zo 's la iusticia al rei omnipotent.
si l'om forfai e pois no s'en repen
250 et evers Deu no.n îaz' amendament,
quora que.s vol, ab aquel fog l'encent,
ab aquel fog s' en pren so vengament.
cel bona i vai qui amor ab lei pren,
qui be la ama e per bontat la te:
265 quan se reguarda, be bo mérite l'en rent.
XXXIII. El ma senestre ten u sceptrum reial:
zo signifiga iustici corporal
de pec
249

255

Ms. o forîai.
Une syllabe de trop.

�V

�Bibliographie des ouvrages

et articles principaux utilisés

pour le présent travail.

ADAM E.
ANGLADE J.

APPEL C.

PARTSCH K.

BOEHMER. E.
BOHNHARDT W

BOUCHERIE A.
BOURCIEZ E.

BRUNEL C.

«Word Formation in provençal», Newïork, 1913.
«Grammaire de l'ancien provençal»,
Paris 1921.
«Las Leys d'Amors», tt. I — IV, Toulouse, 1919—1920.
«Histoire Sommaire de la littérature
méridionale au moyen âge, Paris 1921.
«Bernart von Ventadorn» Seine Lieder mit Einleitung u. Glossar, Halle
1915.
«Provenzalische Chrestomathie», 3e.
éd., Leipzig, 1907
(«Provenzalische Lautlehre», Leipzig,
1918.
iChrestomathie Provençale» (Xe -XVe
siècles), 6e éd. ent. refondue par
KOSCHWITZ, Marbourg, 1904.
«Zum Boeci» dans les «Romanische
Studien, Heft X (t. III, 1), Londres,
1878.
«Das Personalpronomen im ABtprovenzal'schen», dans les «Ausgaben und
Abhandlungen» dte E. STENGEL,
NQ 74, Marbourg, 1880.
■&lt;Le Dialecte Poitevin», Paris, 1873.
«Eléments de Lingustique Romane»,
2e éd. compl., Paris. 1923
«Pfrécis Historique de Phonétique
Française», 6 éd., Paris, 1926.
«Les Plus Anciennes Chartes en Langue Provençale», éd. A. Picard, Paris,
[926. —
«L'emploi du provençal dans les chartes» dans la «Rom.» 48, pp. 335 - 364.

�—
CHABANEAU C.

CRESCINI V.

DIEZ Fr.

DU GANGE
FLEISCHER Fr.

FOERSTER et
KOSCHWITZ.
FOUCHE P.

FREUND W.
GAMILLSCHEG E.

GATIEN - ARNOULT M.
GEORGES K.
GILLIERON J. et
EDMONT E.

188

—

«Grammaire Limousine», Pans, i876
«Sermons et Préceptes Religieux en
Langue d'Oc du Xlle s.» dans la «Revue des Langues Romanes», XVIII.
«La Langue et la Littérature du Limousin» dans la «Revue des Langues Romanes», XXXV. —
«Manualetto Provenzale per Uso degli
Alunni délie Facoltà di Lettere» — Introduzione Grammaticale, Crestomazia e Glossario, 2e éd., Vérone-Padoue,
1965.
« AHromanische
Sprachdenkmale»,
Bonn, 1846.
«Grammaire des Langues Romanes»
traduit par Auguste BRACHET et
Gaston PARIS, I - III, Paris, 1874 1876.
«Glossarium Mediae et Infimae Latinitatis, I - VII, Paris, 1840 - 1850.
«Studien zur Sprachgeographie der
Gascogne», dans les «Beihefte zur Zeitschrift fur rom. Philologie», 44, 1913.
«Altfranzôsisches Uebungsbuch» (Die
iiltesten Sprachdenkmâler mit einem Anhang), 5e éd. Leipzig, 1915. —
«La Diphtongaison en Catalan», extret del Buttleti de Dialectologia Catalana», XIII, Barcelone, 1925
«Phonétique Historique du Roussillonnais», Toulouse — Paris, 1924.
«Morphologie Historique du Roussillonnais», Toulouse — Paris, 1924.
«Wôrterbuch der Lateinischen Sprache», Leipzig, 1834.
«Etymologisches Wôrterbuch der Franzôsischen Sprache», Heidelberg, 1928,
™ité sous E. W. F.
«Las Leys d'Amors», I — III, Toulouse, 1841 — 1843.
«Lateinischi-Djeiïtsches
Handworterbuch», Leipzig, 7e éd., 1879.
«L'Atlas Linguistique de la France»,
35 fascicules, Paris, 1902 et suiv.

�—
GODEFROY F.
GORRA E.
GRAMMONT M.

GROEBER G.
GUARNERIO P.
HARNISGH A.

HATZFELD A. et
DARMESTETER A
HENSCHEL M.
HOEPFFNER E.
(et ALFARIC P.)
HUENDGEN F.

KARCH R.
KJELLMAN H.
KLUGE F.
KOERTING G.
LEROUX A.
LEVY E.

189

—

«Dictionnaire de l'Ancienne Langue
Française», I — X, Paris, 1880 et suiv.
«Dell' epentesi di iato», dans les «Studi di Filologia Romanza», VI.
•&lt;La Dissimilation Consonantique dans
les Langues Indoeuropéennes et dans
les Langues Romanes», thèse de Paris,
1895.
«Grundriss der Romanischen Philologie», le, Strasbourg, 1904 et suiv.
«Fonologia Romanza», Milan 1918.
«Die altprovenzalische Praesens- und
Imperfectbildung» («Ausg. u. Abh.»
XL), Marbourg, 1886.
«Dictionnaire i Général de la Langue
Française» cité sous «D. G.» —
«Zur
Sprachgeographie Sudwestçalliens«, Btrlin, 1917. —
«La Chanson de Sainte Foy», tome I,
éd. des «Belles Lettres», Paris, 1926.
«Das Altprovenzalische Boethiuslied»
unter Beifûgung -einer Uebersetzung,
eines Glossars, erklárender Anmerkungen sowie grammatischer und
metrischer Untersuchungen», Oppeln,
(Georg Maske), 1884.
«Die Nordfranz. Elemente im Altprov.», Darmstadt, 1901.
«Etude sur les termes démonstratifs
en provençal», Gôteborg, 1928.
«Etymologisches Wôrterbuch der Deutschen Sprache», 7e éd., Strasbourg
1910.
«Lateinisch-Romanisches Wôrterbuch»
3e éd. Paderborn, 1907.
«L'idiome limousin dans les chartes,
les inscriptions, les chroniques» dans
les «Rom. Forsch.», 23.
«Provenzalisches Supplément — Wôrterbuch», I — VII, (fortg. von Cari Appel) ,Leipzig, 1894 — 1924), cité sous
«S. W.» _
«Petit Dictionnaire Provençal-Français», Heidelberg, 1909, cité sous
«P. D.».

�—
LIENIG P.

LOZINSKY

LUCHAIRE A.
MANN P.

MARCHESINI E.

MEYER KARL Fr. Th

MEYER PAUL.

190

—

«Die Grammatik der Provenzalischen
Leys d'Amors verglichen mit der
Stprache der Troubadours», Erster
Teil: Phonetik, Breslau, 1890.
«Remarques sur l'origine du préfixe
français
mes-, me-», dans la «Romania» 50, 1924.
«Recueil de textes de l'ancien dialecte gascon», Paris, 1881.
«Das Participium Praeteriti im Altprovenzalischen» — «Ausg. u. Abh.» Marbourg, 1886.
«Sopra alcuni luoghi del poema provenzale su Boezio» dans les «Studi
di Filologia Romanza» II, 1887.
«Die Provenzalische Gestaltung der
mit dem Perfectstamm gebildeten
Tempora des Lateinischen», — «Aus.
u. Abh.», 12, Marbourg, 1884.
1) «Le poème de Boèce», revu sur le
manuscrit dans la «Romania» I.
2) «Compte-rendu sur le «Grundriss
zur Geschichte der Provenzalischen
Litteratur». «Rom.» 1,
3) «Recueil d'Anciens Textes» le partie Bas-Latin, Provençal, Paris 1874.
4) «L'imparfait du Subjonctif en -es
(provençal)», dans la «Rom.», VIII.
5) «Les Troisièmes Personnes du pluriel en provençal», dans la «Rom.», IX.
6) Compte-rendu sur «Das Altprovenzalische
Boethiuslied» de
Frantz
HUENDGEN dans la «Rom.», XIII.
(«Chronique»).
7) «Provençal Language»
dans la
«Encyclopaedia Britannica» Cambridge, 11 éd., vol. XXII, 1912
8) Le «Roman de Flamenca», Paris,
1901.
9) Introduction à l'édition de «Daurei
et Béton» Paris, 1880.
10) «C et G suivis d'A en provençal»
dans la «Rom.» 24 et 30. —

�MEYER-LUEBKE VV.

«Romanisches Etymologisches Wôrterbuch».
Heidelberg, 1911., cité sous R. E. W.
«Grammatik der Romanischen Sprachen», Leipzig, 1890—99, I — III.

MELANDER J.

«Etude sur l'ancienne abréviation des
pronoms personnels rég. dans les langues romanes», Upsal, 1928.

MILLARDET.

«Etude de la dialectologie landaise».
Toulouse, 1910.

MISTRAL F.

«Lou Trésor dou Felibrige ou Dictionnaire
Provençal-Français», I — II,
Aix en Provence, 1878.

MONAGI E.

«Facsimili di Documenti per la Storia
délie Lingue e délie Letterature Romanze», Rome, 1910.

OREANS K.

«Die O- Laute im Provenzalischen dans
les «Romanische Forschungen» IV.
1891.

PARIS GASTON.

1) «Mélanges Linguistiques», éd. par
Mario Roques, Paris, 1909.
2) La «Vie de Saint-Alexis», Paris, éd.
Champion, 1925. —

PORSCHKE A.

«Laut- und Formenlehre des Cart. du
Limoges verglichen mit d. Spr. des
Uebers. des Joh. Evangeliums», Breslau, 1912.

RAYNOUARD G.

«Lexique Roman», Paris, 1838 — 1844,
I — VI., cité sous «R». —

RYDBERG G.

1) «Le Développement de facere dans
les langues romanes», Paris, Nobht.
1873.
2) «Zur Geschichte des franzôsischen
a», Upsal, 1896.

SCHUCHARDT H.

«Der
Vokalismus des Vulg|àrlateins», I — III, Leipzig, 1866.

�—

192

—

SCHULTZ-GORA O.

«Altprovenzalisches Elementarbuch»,
3e éd., Heidelberg, 1915.

SOMMER.

«Handbuch der Latein. Laut- und
Formenlehre», Heidelberg, 1914.

STENGEL E.

«Die beiden àltesten Provenzalischen
Grammatiken: Lo Donatz Proensaîs
und Las Rasos de Trobar», Marbourg,
1878.

THESAURUS LINGUAE LATINAE», Lipsiae, Volumen II, 1906.
THOMAS A.

1) Le Nominatif pluriel assymétrique
en ancien provençal», dans la «Rom.»
34, 1905.
2) /«Essais de philologie française»,
Paris, 1897.
3) «La Chanson de Sainte Foi d'Agen,
poème provençal du Xle siècle, Paris,
éd. Champion, 1925. —

VORETZSCH C.

«Zur Geschichte der Diphtongierung
im
Altprovenzalischen», dans les
«Forschungen zur Romanischen Philologie», Festgabe fur Hermann Suchier, Halle, 1910.

SOMMER.

Handbuch der Latein. Laut.- und
Formenlehre», Heidelberg, 1914.

STENGEL E.

Die beiden 'àltesten Provenzalischen
Grammatiken; La Donatz Provensals
und Las Rasos de Trobhar Marbourg,
1878.

«THESAURUS LINGUAE
LATINAE».
THOMAS A.

Lipsiae, Volumen II. 1906.
I) Le Nominatif pluriel assymétrique
en ancien provençal» dans la «Rom.»
34, 1905.
2) «Essais de philologie française»,
Paris, 1897.
3) «La Chanson de Sainte Foi d'Agen,
poème provençal du Xle siècle, Paris,
éd. Champion, 1925.

�—
VORETZSCH C.

193

—

«Zur Geschiehte der «Diphtongïerung
im Altprovenzalischen», dans les Forschungen zur Romanischen Philologie», Festgabe fiir Hermann Swchier,
Halle, 1910.

Vu et lu:
Le Doyen de la Faculté des Lettres
— Gabriel M A U G A I N . —
Strasbourg, le 16 Mars 1930.

Vu et permis d'imprimer '
Strasbourg, le 17 Mars 1930
Le Recteur
- Ch. P F I S T E R .

�V

�CURRICULUM SCIENTIFIQUE DE L'AUTEUR.
Après avoir passé huit semestres réglementaires à la Faculté des Lettres de Belgrade (années 1923—1927) et subi les épreuves de l'histoire générale (moyen âge et temps modernes), littérature comparée et langue et littérature françaises, nous avons obtenu
au mois de juin 1927 le grade de licencié ès lettres. Au cours de ces
études, nous avons commencé à nous occuper des questions de la
philologie romane avec l'ancien français et l'ancien provençal comme base. —
En octobre 1927, une bourse du Gouvernement Français nous
a été accordée. C'est à l'Université de Strasbourg que nous avons
continué nos études. Nous y avons passé cinq semestres durant lesquels nous nous sommes présentés avec succès à l'examen pour le
certificat de linguistique romane. —

��Table des matières.
Pages
Avant-propos

•

Introduction

7
9

Première Partie : Phonétique :

11

Chapitre I Vocalisme

11

Chapitre II Consonantisme

36

Deuxième Partie : Morphologie :

112

Chapitre III Noms et pronoms

112

Chapitre IV Verbes

141

Chapitre V Conclusion

173

Appendices : 1 ) Texte

179

2) Bibliographie

187

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    <name>Libre</name>
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        <name>Région Administrative</name>
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            <text>Languedoc-Roussillon</text>
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        <name>Variante Idiomatique</name>
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            <text>Limousin</text>
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        <name>Aire Culturelle</name>
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            <text>Limousin</text>
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              <text>Le « Boèce » provençal : étude linguistique / par Vladimir Rabotine</text>
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              <text>Boèce (0480?-0524) -- Dans la littérature</text>
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              <text>Occitan (langue) -- Avant 1500</text>
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            <elementText elementTextId="65115">
              <text>&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Cette &amp;eacute;tude linguistique du&amp;nbsp;&lt;em&gt;Boeci&lt;/em&gt;, adaptation du&amp;nbsp;&lt;em&gt;De Consolatione Philosophae&lt;/em&gt;&amp;nbsp;du philosophe et homme politique latin Bo&amp;egrave;ce, plus ancienne &amp;oelig;uvre occitane connue (d&amp;eacute;but du XI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&amp;nbsp;si&amp;egrave;cle), est le fruit d'une th&amp;egrave;se pr&amp;eacute;sent&amp;eacute;e en 1930 &amp;agrave; la facult&amp;eacute; de Lettres de Strasbourg par Vladimir Rabotine.&lt;/div&gt;&#13;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Alors que les &amp;eacute;tudes de philologie romane &amp;eacute;taient d&amp;eacute;j&amp;agrave; &amp;agrave; un stade avanc&amp;eacute;, peu d'&amp;eacute;tudes avait &amp;eacute;t&amp;eacute; men&amp;eacute;es sur la langue du&amp;nbsp;&lt;em&gt;Boeci&lt;/em&gt;, permettant notamment de prouver son origine limousine et d'affiner sa datation.&lt;/div&gt;&#13;
&lt;div style="text-align: justify;"&gt;Dans sa th&amp;egrave;se, Vladimir Rabotine se borne donc &amp;agrave; une &amp;eacute;tude purement linguistique : phon&amp;eacute;tique d'abord puis morphologique. &amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a href="http://occitanica.eu/omeka/items/browse?search=&amp;amp;advanced%5B0%5D%5Belement_id%5D=49&amp;amp;advanced%5B0%5D%5Btype%5D=contains&amp;amp;advanced%5B0%5D%5Bterms%5D=Boeci&amp;amp;type=&amp;amp;tags=&amp;amp;submit_search=Recherche" target="_self"&gt;Voir toutes les ressources en lien avec le Boeci publi&amp;eacute;es dans Occitanica&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;</text>
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