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Contributeur : CIRDOC
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Auteur : Sabrina Cepeda
Sujet : Albarel, Paul (1873-1929)
Auteur : Décor, Michel. Personne interrogée
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CIRDOC (157)
Tipe : Òbra / Data : 1972
Paroles de Montsegur, chanson de Claude Marti, emblématique du courant de la Nòva Canço, parue en 1972 sur l'album éponyme édité par Ventadorn :

Daissatz-me contar l’istoria
d’un sang begut per ma terra
daissatz-me contiar l’istoria
d’una volontat de fèrre
d’una joventut passada
d’una libertat volguda
del vielh sòmi desperat
d’una libertat perduda

Cinc cents éretz a Montsegur
sabent çò quel viure vòl dire
Cinc cents éretz a Montsegur
Segur i sètz darrièr l’azur
Segur i sètz darrièr l’azur

Vaqui l’ora de los corbasses
per lo camins de Montferrier
vaqui l’ora de los corbasses
grand flume, negre poiridier
del Papa la grand armada
del Rei de França bandoliers
de Dominique los porcasses
Amen, amen, Dies Irae!

Cinc cents éretz a Montsegur
sabent çò quel viure vòl dire
Cinc cents éretz a Montsegur
Segur i sètz darrièr l’azur
Segur i sètz darrièr l’azur

Vaqui l’ora de la desfacha
L’idea brutla sul lenhier
Aqui l’alba de la victòria
Menam vòstra luta avuèi
Minoritas contra l’Emperi
Indian de totas las colors
Descolonizarem la terra
Montsegur, te dreissas pertot !

Cinc cents éretz a Montsegur
sabent çò quel viure vòl dire
Cinc cents éretz a Montsegur
Segur i sètz darrièr l’azur
Segur i sètz darrièr l’azur
Mise en ligne : 16/01/2020
Tipe : Òbra / Data : 1975
Les textes ci-dessous, écrits par Claude Alranq, sont tirés de la publication de La Pastorale de Fos (Paris : P.J. Oswald, 1975).

L'histoire de La Pastorale de Fos

À Pamparigouste - que la légende méridionale livre comme le pays du monde à l'envers - les personnages les plus caractéristiques de la mémoire populaire proven­çale se sont donnés rendez-vous.
La pastorale y convie ses gardians de Camargue, ses bergers de la Crau et les pêcheurs de la « Venise Pro­vençale » ; le théâtre marseillais y convoque son Chi­chois ; l'histoire régionale y délègue un Nostradamus mythique, la Fête-Dieu d'Aix, ses « La Badache » et « La Besoche »... Mais, cette fois, ce ne sera pas pour la galéjade, car il y est question de vie ou de mort. Le droit de vivre occitan va-t-iI supporter la sauvage et brutale réappari­tion de la Tarasque ? Ce coup-ci le monstre n'est plus de crocs et d'écailles. Il est manipulé par la « Confrérie des Entarasqués », une sorte d'inquisition de triste mé­moire dans l'âme méridionale.
Pamparigouste pollué, exproprié, embétonné, vidé de sa personnalité culturelle voit parallèlement arriver dans son « terraire » un peuple en bleu de travail, sans pays : les boumians de l'âge moderne. Les deux peuples s'épient. La crise sévit. Les entarasqués poussent à l'affrontement.
Mireille, la pamparigoustienne, rencontre « Boumian », « l'estrangier »...
Une pastorale nouvelle pousse dans les bourgeons de l'actualité, faisant éclater les masques de la duperie et retrouvant dans le dépassement de la classique pas­torale religieuse, la promesse de sa continuité et la flamme carnavalesque et païenne de ses origines.

Une présentation  

Cette pièce a été créée après quatre mois d'enquêtes et d'animations sur la région de Fos-Etang de Berre, en col­laboration avec les centres culturels de Martigues et Arles. C'est une peinture de l'industrialisation qui s'empara de cette zone de 1970 à 1973 et ses conséquences actuelles sur la population locale.
Cette région est marquée par de fortes traditions culturelles. La Crau, le pays d'Arles, la Camargue sont le berceau de la culture provençale. Tout autour, des formes de jeu plus carnavalesques, suscitées directement par la fête méridionale ( « Fêtes Dieu » de Aix et de Salon; « Théâtre Marseillais », etc.) imprime à cet héritage un caractère très populaire. Des coutumes antérieures au christianisme et à la romanisation (la tarasque par exem­ple) continuent à réveiller des manifestations folkloriques plus profondes qu'un simple asservissement régional au goût touristique.
C'est également dans cette région que les « mouvements nationalitaires provençaux » - du nationalisme français et provincialiste du Martégal Maurras au fédéralisme d'un Mistral, de « l'escola felibrenca » conservatrice et passéiste au félibrige rouge d'un autre Martégal Hughes - ont vu naître leurs principaux dirigeants.
Dans cette flore culturelle complexe, toujours très imprégnée par l'idéologie régionaliste des « petits et moyens producteurs » locaux s'opère donc une industrialisation et une urbanisation soudaines que les gouvernants présen­taient comme un modèle international de technicité et d'en­vironnement.
De fait allions-nous assister à une assimilation de ces phénomènes, ou à un nouvel exemple d'impérialisme éco­nomique, culturel, voire politique ?
La pièce apporte la réponse livrée par une enquête sur le terrain, en tout lieu et tout milieu. Certes, elle ne prétend pas être exhaustive mais elle est le reflet théâ­tralisé de cette réalité à un moment donné.
Pourtant, sur le plan formel, elle n'est aucunement le décalcage pointilleux et réaliste de l'actualité. Si la pièce s'en tient scrupuleusement aux lois et aux significations du phénomène évoqué, elle laisse néanmoins emporter son propos par une théâtralisation qui puise abondamment dans l'univers baroque des références locales.
Les jeux, les situations, les personnages sont très liés au patrimoine. Ainsi la forme culturelle choisie est l'an­cienne mais très populaire pastorale provençale. Ce genre littéraire cherchait à travers la fable de Marie, de Joseph et de la naissance du Christ à peindre une fresque de la vie provençale. Nous adaptons et revenons aux sources en ramenant la fable liturgique à hauteur d'homme: l'aventure d'une fille du pays avec un ouvrier étranger à la région sert d'alibi pour évoquer la chronique d'un certain aménagement. Ce qui naîtra ne sera pas fils de Dieu mais l'enfant menacé des hommes à un moment crucial de leur émancipation.
Le propos de cette pastorale moderne est donc essen­tiellement profane. Il l'est même jusqu'à la démentielle quotidienneté de sa crèche électronique, transposant le mystère de la nativité dans l'horizon parqué des cités de béton. C'est pourquoi il peut renouveler la classique pas­torale religieuse, car en retrouvant la dimension populaire et ses problèmes sociaux il se retrempe dans les jeux théâ­traux qui ont présidé à ses origines mais que les répressions d'Église et d'État ont expurgés comme suppôts de l'enfer.
1609: le concile de Narbonne défend de représenter dans les églises, la nuit de Noël, les prophéties et les ber­gers, d'y faire voler des pigeons, etc.
1677 : édit de Louis XIV interdisant les compagnies théâtrales des « confrères de la passion »
1725: le concile d'Avignon prohibe définitivement les Noëls pour leurs « vains bavardages et jeux de mots mal­sonnants».
Cette tentative théâtrale est donc à la fois une reconquête du patrimoine occitan et une marche en avant dans l'actua­lité.
Un certain folklore a cristallisé « l'âge d'or » de la pas­torale sous forme de santons. Ces icônes sociaux ne révèlent plus de miracles autres que ceux du commerce et du passé, mais ils font partie de l'imagerie provençale et populaire. C'est une raison suffisante pour leur redonner vie. Nous l'avons fait en les plongeant dans l'idéologie actuelle des couches régionales qui assurent leur continuité historique, et nous avons voulu les faire sursauter « jusqu'au sub­conscient » en les confrontant au retour de la tarasque à visage d'industrie et de béton.
Entre les dents de la Tarasque, préfèreront-ils vendre leur patrimoine pour se trouver une place au soleil dans un pays où ce soleil ne sera plus car ils l'auront eux-mêmes mis à l'encan ?
Entre les dents de la Tarasque préfèreront-ils lutter en brandissant leur droit de vivre jusqu'à la haine de tout ce qui leur est étranger (et peut-être jusqu'à finir sous le même drapeau que ceux qui leur ont volé celui de la Provence) ?
Entre les dents de la Tarasque, choisiront-ils de lutter en brandissant leur droit de vivre avec les Boumians, ces parias méprisés de la pastorale de jadis, ces ouvriers craints de la pastorale d'aujourd'hui ?
Et la Tarasque est-elle mauvaise en soi ?
Ce sont là questions d'avenir et en Provence quelle céré­monie est-elle plus significative de l'engagement sur le futur que la millénaire tradition du « cacha-fuàc » !
Pour le solstice d'hiver (Noël), l'ancien (le vieux jour, celui qui meurt) portait la bûche au feu avec le benjamin (le jour nouveau, celui qui naît et se développe), renouve­lant ainsi clarté et saisons et resserrant dans le mystère du moment les liens de la communauté familiale.
Sous la pression de l'histoire, le « cacha-fuàc » conserve le pouvoir sacré de faire sourdre la lumière d'où jaillira le printemps, mais scellera-t-il dans la sève montante une « communauté de sang » oubliant parjures et concussions de certains de ses enfants ou scellera-t-il une nouvelle communauté, celle de lutte, qui n'oublie pas, juge et frappe ?

La méthode de travail du Teatre de la Carrièra

Poursuivant sa recherche dans le sens d'un théâtre populaire contemporain enraciné dans la réalité occitane, « lo teatre de la Carriera » a créé la pastorale de Fos après deux mois d'enquêtes et deux mois de représentations et d'animations critiques auprès de la population concernée.

L'enquête

Elle a été menée en collaboration avec des habitants de la région de Martigues sur les divers aspects du sujet traité, en tout lieu et tout milieu (les traditions provençales en Camargue, dans la Crau et le pays d'Arles Critique de la vie quotidienne dans la zone du « grand Fos » - Étude de l'implantation du complexe sidérurgique et de ses conséquences - Aménagement, pollution, environne­ment, etc.).
Des journées de synthèse étaient régulièrement tenues et ouvertes à tous et leurs conclusions confrontées à des conférences publiques où des spécialistes étaient invités.
Un bulletin hebdomadaire diffusant le calendrier des enquêtes et le compte rendu des réunions était envoyé à toute personne désireuse de suivre le travail entrepris.
Des animations ponctuelles visant à soulever des « dis­cussions sur le vif » auprès de gens directement impliqués étaient également produites (marché, comités d'entreprise, associations diverses, etc.).

La création 

Après une synthèse finale classant les problèmes ren­contrés et restituant l'horizon culturel vécu, une fable dramatique était présentée et soumise à un débat public (ainsi que la première écriture de la pièce dans une deuxième période). Des lycéens et des jeunes travailleurs s'associaient alors au travail de réalisation et prenaient des rôles importants lors des quatre premières soirées critiques. Cette façon de procéder quadruplait le public martégal et amassait un matériau critique très positif pour s'attaquer (uniquement avec les professionnels de la troupe, cette fois), à une deuxième version de la création, cette fois en Arles.

Assimilation de la critique

Tour à tour baptisé « Calendes Martégales », « Pampa­rigouste » et « Pastorale de Fos », la pièce poursuivait son chemin sur ce schéma d'intervention et d'assimilation de la critique dans diverses localités vivant le « phénomène Fos».

Crédits (lors des premières représentations en 1975) :

Texte : Claude Alranq
Mise en scène : Jean-Pierre Agazar et Claude Alranq
Régie : Jean Hébrard
Distribution :
Jean-Pierre Agazar : Codon
Claude Alranq : Chichois
Catherine Bonafé : Bartomieta
Marie-Hélène Bonafé : Mireille
Anne Clément-Bénichou : Fée Titène / La Badache
Jean-Marie Lamblard : Nostradamus
Mohamed Rabia : Boumian
Charles Robillard : Le préfet

Mise en ligne : 16/01/2020
Tipe : Òbra / Data : 2011

Chanté sur la plupart des territoires d'Occitanie, le "Se Canta" s'affirme comme un hymne fédérateur occitan. Il comprend au moins une quinzaine de variantes, toutes différentes selon les localités où il est chanté ou a été recueilli. C'est cette appropriation, cette adaptation des paroles et de la mélodie mais aussi les thèmes universels qui le traversent qui font de ce chant un véritable hymne populaire sur l'ensemble du territoire occitan.

Les origines du "Se Canta"

La paternité de Gaston Fébus

L'hypothèse la plus répandue concernant l'origine de ce chant nous renvoie vers le XIV° siècle et le Béarn. Ce serait en effet Gaston Fébus (1331-1391), comte de Foix et vicomte de Béarn qui aurait rédigé cette chanson à l'attention de sa femme Agnès de Navarre. Connu pour son érudition, sa connaissance des divers dialectes occitans parlés à l'époque mais aussi pour son amour de la musique, Gaston Fébus aurait été délaissé par Agnès de Navarre, retournée dans le royaume de son père, de l'autre côté des Pyrénées. Il aurait alors rédigé le "Se Canta" -"Aquelas Montanhas" dans sa version originale - fou de chagrin pour implorer son retour. Cette hypothèse est communément admise même si aucune preuve dans les écrits de l'époque ne nous permet de confirmer la paternité de Gaston Fébus sur cette chanson. De même, on ne connaît pas la version d'origine de la chanson, cette dernière s'étant transmise de manière orale au cours des siècles, sûrement adaptée selon les chanteurs et les époques. Ce n'est qu'au XIX° siècle que la forme du "Se Canta" a été fixée par les collecteurs et folkloristes dans les diverses anthologies de chants qu'ils ont pu publier.  

L'hypothèse des bateliers toulousains

Joseph Canteloube, compositeur, musicologue et folkloriste est le premier en 1951, dans son "Anthologie des chants populaires français", à émettre une autre hypothèse quant à l'origine du "Se Canta".

Il y présente en effet une autre version commençant par ces vers : "Sul pont de Nanto ; I'a un auzelou" et analyse de cette manière l'origine de cette version du "Se Canta" : "Chanson très répandue en Roussillon, comté de Foix, Guyenne, Gascogne, Languedoc, Auvergne etc. Elle fut très probablement faite par des matelots toulousains transportant le pastel de Toulouse à Nantes pour le compte d'armateurs nantais. Le pastel était cultivé en Lauragais. Le bleu était obtenu sous forme de coque d'où l'expression pays de Cocagne appliquée à un pays heureux et riche. Ce bleu pastel fit au XVI° siècle la fortune du Midi de la France. Le pont dont parle la chanson est sans doute celui de Pirmil, situé à Nantes et qui portait, construite sur une arche, une hôtellerie pour les mariniers."

Là non plus, aucun élément ne nous permet d'affirmer la véracité de cette hypothèse et comme l'affirme Martine Boudet, universitaire, dans son ouvrage "Les hymnes et chants identitaires du Grand Sud - Essai sur l'emblématique inter-régionale" : "Ce pourrait être tout aussi bien être un matelot nantais qui ayant entendu le "Se Canta", l'aurait arrangé avec des paroles adaptées à Nantes. [...] Les traductions diverses venant sans doute qu'au cours des siècles, le sens originel de ce chant a été perdu et l'on a de ce fait, écrit d'autres paroles."

Les versions locales

D'autres versions locales existent et font notamment référence à la ville de Nîmes ("A la font de Nimes") ou à un pré ("Al fond de la prado"). On ne sait pas à ce jour à quelle époque ces versions ont été créées ni leur origine exacte. Pour de nombreux chercheurs et érudits, l'air de Gaston Fébus serait devenu tellement populaire qu'il aurait été repris et adapté localement, voire même mélangé à d'autres chants populaires locaux.

Dans tous les cas, on trouve dans toutes les versions du "Se Canta" les mêmes thèmes et figures : les hautes montagnes - qui font penser aux Pyrénées, frontière naturelle au sud du territoire occitan - qui apparaissent comme un obstacle à la réalisation amoureuse, le rossignol servant d'intermédiaire entre les deux amants et enfin, la relation amoureuse impossible.

La symbolique du "Se Canta"

Le thème de la séparation physique et morale des amants, la figure de l'oiseau comme intermédiaire rattachent également cette chanson à une tradition plus ancienne, celle de la fin'Amor célébrée par les troubadours au XIII° siècle. 

Pour d'autres, ce chant symbolise également l'alliance unissant de manière éphémère Occitanie, Aragon et Catalogne.

Enfin, Richard Khaïtzine dans son ouvrage "La langue des oiseaux" développe une approche plus symbolique et ésotérique de ce chant : "Cette chanson dans la manière des troubadours est un texte à clef ou codé. La clef en est livrée dès la seconde ligne puisqu'il y a un oiseau dont on nous dit "qu'il chante ce qu'il chante". Il s'agit d'une chanson rédigée en langue des oiseaux, autrement dit dans une langue à double sens. Remarquons que cet oiseau chante mystérieusement et de nuit. [...] Cette chanson nous entretient de la nuit noire de la répression. Le rossignol, autrement dit le troubadour, chante la passion des Cathares persécutés. Il ne chante pas ouvertement, mais d'une manière symbolique de façon à n'être compris que de ceux à qui s'adresse ce texte. Remarquons également qu'il chante pour la dame qui se trouve au loin, l'Eglise cathare en exil. Mais pourquoi  évoquer l'amandier qui fleurit ? Ses fleurs, nous dit-on, sont d'un blanc immaculé. L'art religieux utilisa fréquemment l'image de l'amande mystique, la vulve entourant la Vierge ou le Christ en gloire. L'amande, qui comporte une double écorce, très résistante, est bien adaptée à la représentation de la connaissance ésotérique qui ne s'acquiert qu'en usant de patience et d'efforts. Ceci est d'ailleurs conforme au sens profond de l'amande, laquelle en hébreu se dit luz terme désignant également la lumière. Nous devons donc comprendre ici que l'amandier aux fleurs blanches (alba) désigne le fidèle d'Amour, le fidèle de l'Eglise albigeoise. Si nous doutions de cette interprétation, l'occitan nous la confirmerait. En langue d'oc, amandier se dit amelhié (celui qui n'est pas noir). or de nombreux exégètes considèrent que, dans le poème médiéval Fleur et Blanchefleur, Fleur désigne l'Eglise catholique et Blanchefleur l'Eglise cathare. La suite de la chanson est bâtie sur le même processus. Les montagnes séparant l'amant de la dame représentent les obstacles rendant impossible la libre pratique de la religion cathare. Les derniers Parfaits et faidits se sont réfugiés de l'autre côté des Pyrénées. Pour sa foi, le croyant est prêt "à passer l'eau", à mourir sans crainte de se noyer. [...] Le terme occitan "negar" signifie, à la fois, noyer et renier. Ici, il s'agit donc d'un jeu de mots faisant référence à l'action d'abjurer sa foi. Enfin, si le parfait est prêt à passer l'eau, c'est que les cathares pratiquaient le baptême de Feu ou d'Esprit et non celui d'Eau."

Le "Se Canta" aujourd'hui

Si les versions, les hypothèses concernant sa création et les manières d'interpréter ce chant sont nombreuses, le "Se Canta" apparaît aujourd'hui comme un chant commun à la plupart des territoires d'occitanie, résonnant comme un véritable hymne identitaire adopté par la population des territoires occitans comme en témoignent les exemples suivants.

La généralité du Val d'Aran a adopté le "Se Canta" dans sa version "Montanhes Araneses" comme hymne officiel. Il a également été utilisé comme lors de la Cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Turin en 2006 pour représenter les vallées italiennes occitanes.

Le "Se Canta" est depuis 2010 l'hymne officiel des supporters du Toulouse Football Club, il est chanté avant chaque rencontre.

Enfin, sur Internet de nombreuses références sont faîtes à ce chant et concernent une très grande partie des territoires occitans. On peut par exemple trouver une version aragonaise. Le groupe de musique Los Hardidets a également répertorié 200 versions du Se Canta, pour la plupart directement consultables en ligne.

Si le "Se Canta" s'affirme comme un hymne identitaire occitan, il n'est pas le seul. En Provence, c'est la "Cansoun de la Coupo", rédigée par Frédéric Mistral qui s'est affirmé comme véritable hymne occitan. La chanson "Lo Boièr", datant du Moyen-Age est également depuis les années 1970 devenue un véritable hymne identitaire commun à plusieurs régions d'occitanie.

 

Pour aller plus loin : 

 

 

  • Bibliographie : 
  • Martine Boudet, Les hymnes identitaires du Grand Sud : essai sur l'emblématique inter-régionale, Puylaurens : Institut d'Estudis Occitans, 2009. Cote CIRDOC : 320.5 BOU
  • Richard Khaitzine, La langue des oiseaux : quand ésotérisme et littérature se rencontrent, Paris : Dervy, 1996.
  • Joseph Canteloube, Anthologie des chants populaires français groupés et présentés par pays ou province. Tome I, Provence, Languedoc-Roussillon, Comté de Foix, Béarn, CorseParis : Durand & Cie, 1951. Cote CIRDOC : CAB 3518-1.

 

 

Mise en ligne : 16/01/2020
Tipe : Òbra / Data : 198.

Teatre de la carrièra :
Alranq, Claude 
Clément, Anne
Coulomb, Christian
Pelletier, Manuel
Roquefeuil, Jean-Louis
Tuech, Maurice
Verdié, Patrick
Bonafé, Marie-Hélène


Créée et interprétée par le Teatre de la Carrièra, la pièce Bogre de Carnaval raconte une histoire de vie et de mort, une histoire de la vie quotidienne, celle d'Antoni Testanboi et de Marion, l'histoire de leurs amours, de leur mariage, la naissance et l'éducation de leur enfant, leur mal-mariage, la maladie de l'Antoni et la mort finale de leur couple...



Pour réaliser cette pièce, les membres du Teatre de la Carrièra se sont interrogés sur la tradition carnavalesque comme contribution à la lutte menée par le mouvement occitan dans les années 1970 pour monter un spectacle s'inspirant des forces libératrices et subversives qui traversent Carnaval.


Pour cela, des enquêtes ont été réalisées en Languedoc et en Provence ont permis de recueillir les chants présentés lors du spectacle. Ces chants ont été réinterprétés afin de restituer avec les moyens d'un spectacle l'esprit carnavalesque et de le livrer au spectateur avec toute sa saveur, ses potentialités de contestation et de liberté.


A propos de la création de la pièce :
 
"Dans le début des années 70, j'avais découvert « Les travaux et les jours » de Dario Fo et c'était une révélation d'entendre ces chants populaires chantés par des grandes chanteuses comme Giovana Marini (avec qui nous avons travaillé plus tard sur « Yerma ») et Catarina Bueno. Puis quand je suis  venue jouer au Teatre de la Carrièra, mon premier rôle  était celui d'un homme, le Cinglou le nervi du patron des mines dans Tabò. Et après cette expérience j'ai joué beaucoup de rôles d'hommes avec beaucoup de plaisir : c'était déjà le carnaval. Avec Marie Hélène Bonafé nous avions  réalisé toutes les deux une soirée « d'animation » cévenole avec « La disputa au liech » de Jean Castanha où je jouais le vieux mari et des chants. Cette soirée autour des chansons a créé une envie d'aller plus loin dans cette voie.
Par ailleurs nous découvrions les carnavals : Limoux, Pézenas surtout et cette cérémonie inconnue pour moi protestante des Cévennes. Avec Claude nous avons fait des stages de formation sur le jeu carnavalesque, nous avons aussi suivi un stage « commedia dell'arte » avec Jacques Lecoq à Paris.
Toute ces découvertes nous ont donné envie de faire un spectacle sur le carnaval. Dans mon enfance à Saint Hippolyte on chantait et jouait la chanson « la noce à Aimée », nous sommes donc partis d'une noce avec improvisations, le monde à l'envers hommes en femmes, femmes en hommes. Pour le travail    du chant Catarina Bueno est venue nous aider et Claude Alranq  soutenait le travail. Mais c'était avant tout une création collective : 4 comédiens et 3 musiciens.
Le travail sur les personnages carnavalesques qu'ils soient comédiens ou musiciens était très riche : tout en étant comiques ils devaient aussi par moment inspirer la pitié – le pauvre cocu par exemple – La participation avec le public   était    très importante : au milieu du spectacle nous allions inviter les gens à danser dans la salle. Le spectacle s'est beaucoup joué dans des salles communales.
La mise en scène était très simple comme dans le théâtre de tréteaux l'acteur était le roi mais sans jamais prendre le devant de la scène: c'était une équipe énergique et qui allait de l'avant. Toute cette énergie c'était tout le travail théâtral que fait l'équipe du théâtre de la Carrièra depuis des années et les pistes de jeu proposé par Claude Alranq avec le corps et la voix habités par les personnages populaires de l'Occitanie
Un des plus grands souvenirs est la tournée en Bretagne, jouer dehors en plein hiver...En 2001 j'ai fait une tournée de contes en Bretagne et il y avait des anciens de 78 qui m'ont dit : pour nous « Bogre de Carnaval » a été très important: après on a commencé à ajouter des couplets à nos chansons, une chanson c'est une histoire. J'ai pensé aux « cantastorie » italiens."

Anne Clément



Mise en ligne : 16/01/2020
Tipe : Fons documentari

Présentation du fonds 

Le Pays de Cèze, traversé par la vallée de la Cèze se situe au carrefour de la Lozère, de l'Ardèche et du Gard. Mais au delà des frontières administratives c'est sous une seule et même identité que se réunissent les populations de ce territoire marqué par la mine, le ver à soie et la châtaigne : les Cévennes.

Un territoire aux influences culturelles multiples à la fois inter-régionales et plus lointaines : migrations saisonnières en Bas-Languedoc ou en Provence pour le travail des champs ou la saison des fruits ; déplacements aux foires auvergnates ; polonais, italiens, espagnols, arabes venus travaillés dans les mines...

Autant dire que l'identité sonore et chorégraphique cévenole a fait siennes les farandoles venues de Provence, les bourrées venues d'Auvergne ou encore le violon, instrument amené dans la région par les immigrants polonais.

Entre 1995 et 1997, Valérie Pasturel missionnée par le CMTRA, part micro en main à la rencontre de ceux que l'on nomme « les gavots », de ceux qui ont travaillé à la mine dans la région de Bessèges et de Molières-sur-Cèze, de ceux qui vivaient de la récolte des châtaignes au nord de l'Ardèche, des femmes qui chantaient en cœur des pastourelles au moment du décoconnage et dans les filatures, des musiciens « de routine » et des harmonies ouvrières qui animaient toutes les festivités de la région, des chansonniers populaires, de ceux qui étaient enfants au début du siècle et qui se souviennent des chants et formulettes de grand-mères et des veillées...

A travers paysages sonores, témoignages thématiques, récits de vie, répertoire chanté et joué, en français comme en occitan, ce ne sont pas moins de 22h d'enquêtes qui révèlent le quotidien d'autrefois en Pays de Cèze et l'identité culturelle d'un territoire riche de ses multiples influences.


Une partie de ces enquêtes a déjà donné lieu à une première publication en 1998 : l'Atlas Sonore n°13 "Cévennes, Pays de Cèze" de la collection « Atlas Sonores » du Centre des Musiques Traditionnelles Rhône-Alpes (Disponible au CIRDOC - Cote : 9.4813 CEVE). Cette coproduction du Centre des Musiques Traditionnelles en Rhône-Alpes et du Centre Languedoc-Roussillon des Musqiues et Danses Traditionnelles mêle collectages et réinterprétations (avec la participation des groupes Azalaïs, Aiga Linda et de Pascal Jaussaud).

Désormais, grâce à la numérisation du Fonds Enquêtes en Pays de Cèze, (conservé par le CMTRA) l'intégralité de ces enregistrements sonores est accessible à tous sur Occitanica.

Présentation de Valérie Pasturel

Après un parcours de formation en psychologie clinique et psychologie sociale clinique, Valérie Pasturel participe à ses premières recherches d'ethnographie musicale en 1994 lors de la réalisation d'un Atlas Sonore des Baronnies provençales sous la responsabilité du Centre des Musiques Traditionnelles Rhône-Alpes et de l'Université populaire de la Drôme provençale, enquête réalisée par une équipe de collecteurs pluridisciplinaire réunie par Roger Pasturel, son père, auprès duquel elle a été très tôt sensibilisée aux expressions artistiques s'inspirant des particularismes linguistiques et régionaux, des contacts de culture et des problématiques de territoire.

Valérie Pasturel oriente alors progressivement sa formation vers l'anthropologie parallèlement à la réalisation de nouvelles campagnes de recherches que lui confie le CMTRA (Haute-Tarentaise 1995-96, en partenariat avec la CCAS autour de la retenue de Tignes ; Cévennes – Pays de Cèze 1995-1998 en partenariat avec le Centre Languedoc-Roussillon des Musiques et Danses Traditionnelles), le Conseil Général des Hautes-Alpes et la CCAS (autour de la retenue de Serre-Ponçon).

De 1999 à 2004, Valérie Pasturel est chargée de recherche et de développement culturel pour le CMTRA, et réalise notamment des enquêtes d'Atlas sonores consacrées à l'expression des musiciens issus de l'immigration dans les villes de Rhône-Alpes (Lyon Orientale, 1999-2001 ; Les Pentes de la Croix-Rousse, 1999-2001), elle est aussi chargée de cours d'anthropologie à l'Université Lumière Lyon2 en 2004.

Elle rejoint en 2004-2005 l'Université d'Avignon pour une formation de 3e cycle en sociologie de la culture et travaille en tant que chargée de valorisation de la recherche en 2005 et 2006 au sein du Musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée à Paris (ex-MNATP) sur des projets éditoriaux multimédia dans la collection "Enquêtes de Terrain", pilotée par la Mission de la Recherche et de la Technologie du Ministère de la Culture et de la Communication, ainsi qu'en tant que chargée de recherche pour le musée des instruments à vent de La Couture-Boussey (2007).

A partir de 2008, elle officie en qualité de chargée de mission au sein d'associations départementales pour la mise en œuvre des politiques publiques en faveur du développement des Arts vivants (Lozère, Haute-Loire).

Ayant goûté lors de son parcours professionnel et de recherche à de nombreux champs de la culture (ethnographie, patrimoine oral, spectacle vivant, muséographie, politique publique pour la culture, gestion des entreprises culturelles) et de retour dans la Drôme qui est le berceau de sa sensibilité sonore et poétique, elle aborde aujourd'hui un autre champ de la création, qui n'avait jamais manqué de l'intéresser, en accompagnant des artistes (peintres, auteurs), et des programmateurs dans la réalisation de leurs projets d'inventaire, d'édition, d'exposition, et intervient en qualité de médiatrice culturelle au sein d'un espace d'exposition municipal dédié à l'art en général, aux arts singuliers et à l'art contemporain.

Description du fonds

Dates extrêmes :
1995-1997

Langues représentées dans le fonds :
Occitan, Français

Importance matérielle : 
21 cassettes DAT (22:00:00)

Accroissement :
Fonds clos

Pour le consulter :

Fonds numérisé dans le cadre du programme Patrimoine Oral du Massif Central et consultable en ligne sur Occitanica.

Instruments de recherche disponibles :

Inventaire disponible en ligne

Mise en ligne : 16/01/2020
Tipe : Òbra / Data : 2013

Lo Viatge, parfois appelé Sant Josèp amb Maria (incipit de la chanson) ou La fugida en Egipta, est un chant de noël occitan, (en savoir plus sur la tradition des Nadals occitans) sur l'épisode de la fuite en Egypte.
La chanson est centrée sur un épisode miraculeux très populaire depuis le Moyen Âge, le « miracle de la moisson », souvent représenté en peinture et en sculpture, mais absent des textes sacrés : Joseph, Marie et de l'enfant Jésus poursuivis par les soldats d'Hérode passent au bord d'un champ de blé en train d'être semé. Le blé grandit miraculeusement et les paysans se mettent à le moissonner. Lorsque les soldats arrivent, ils demandent aux paysans à quel moment ils ont vu passer la famille. Ceux-ci leur répondent : quand nous étions en train de semer ce blé. Les soldats crurent ainsi que la famille était passée des mois plus tôt et abandonnèrent la poursuite. 

Il est connu et chanté dans tout le territoire occitan et connaît plusieurs versions. Il a notamment été collecté par Damase Arbaud en Provence sous le titre La fugida en Egipta et a été publié dans le premier tome son ouvrage Chants Populaires de la Provence en 1864.



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À propos de ce Noël, Damase Arbaud donne quelques explications : « Ce joli noël dont il existe une version française, a été fort répandu en Provence, et on le chante parfois encore devant les crèches des églises de village. Il s'est évidemment inspiré de ces recueils de prodiges que le Moyen Âge aimait tant. » 

On en trouve une autre version dans un recueil de chants de noëls anonyme en occitan de la première moitié du XXe siècle (consulter la ressource


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Lo Viatge a été publié et enregistré par le CORDAE-La Talvera dans son ouvrage Nadals d'occitània : Chants de Noël d'Occitanie  (Cordes : CORDAE-La Talvera, 2008)  

Sant Josèp ambe Maria Saint Joseph avec Marie
Totis dos van viatjar. Tous les deux vont voyager
Demandan la retirada, Ils demandent un refuge
Degun los vòls pas lotjar. (bis) Personne ne veut les loger.
   
« Ont anatz tant bèla Dama ? « Où allez-vous belle Dame
E l'enfant que vos portatz ? Avec l'enfant que vous portez ?
- Vòli l'amagar, brave òme, - Je veux le cacher brave homme
Digatz s'aquò se pòt far ? (bis) Dites moi si cela est possible
   
- Aquí dejòs ma capòta, - Là sous mon manteau
Degun li vendrà cercar ! Personne ne viendra le chercher !
- Pren-te lo faucil, brave òme, - Prends ta faux brave homme
Ton blat prèssa de copar ! (bis) Ton blé est prêt à moissonner !
   
Coma se farià, Madama ? - Comment serait-ce possible Madame
Totara l'ai semenat ! Je viens juste de le semer !
- Vai t'en véser sus l'arada - Regarde les labours
Anem ! Vai segar ton blat ! » (bis) Et va moissonner ton blé. »
   
La palha dins un quart d'ora La paille dans un quart d'heure
Avià grandit, espigat, Avait grandi et fait l'épi
E dins un autre quart d'ora, Et dans un autre quart d'heure
L'espic s'èra amadurat. (bis) L'épi avait mûri.
   
La primièra gabelada La première gerbe
Ne fasià un plen braçat, Faisant une bonne brassée,
Mas aquí la bona armada Quand voilà la grande armée
Dels Josieus emmalierats. (bis) Des Juifs courroucés.
   
« Vèni viste, vièlh segaire, « Viens vite vieux moissonneur
Quita de segar lo blat ! Arrête de moissonner le blé !
Ont es passada la maire Où est passée la mère
Que portava un nòvel nat ? (bis) Qui portait son nouveau-né ?
   
- Passèt pel temps de cobrida - Elle est passée au moment des semailles
Quand semenavi mon blat Quand je semais mon blé
- Anem partiguem brigada, - Allez partons brigade
Aquò'z èra l'an passat ! » (bis) C'était l'année dernière ! »









Mise en ligne : 16/01/2020
Tipe : Centre de ressorsa / Data : 2013

Pour contacter l'établissement

Institut Occitan d'Aquitaine Château d’ESTE, BP 326 64141 BILLERE CEDEX 05 59 13 06 40 inoc@in-oc.org www.in-oc.org www.sondaqui.com

Historique et missions

Organisation associative, l'Institut Occitan Aquitània (InÒc-Aquitània) est créé en 1996 pour défendre et promouvoir l’occitan dans sa variante gasconne sur l'initiative conjointe des « Estats Generaus de la lenga », réunion d'acteurs culturels du Béarn, de la Bigorre et du Bas-Adour  œuvrant depuis 1988 au développement de la langue dans ces territoires, et du Conseil général des Pyrénées-Atlantiques.

Ses missions prioritaires relèvent du travail de socialisation de la langue occitane auprès des Aquitains. Afin de soutenir le développement de la langue et de la culture occitanes, l'InÒc propose ses compétences et son expertise (traductions, élaboration de lexiques spécialisés, soutien au montage de projets culturels) à toute institution, association ou particulier lui en faisant la demande.

Dans le cadre de ses diverses missions, citons la sauvegarde et à la valorisation du Patrimoine oral occitan aquitain, via notamment le portail internet Son d'Aqui (sondaqui.com), ainsi que des lettres occitanes. L'Institut assure ainsi la réalisation des préconisations formulées en 2008 par l'ARPEL Aquitaine dans la filière de l'édition d'expression occitane.

L’Institut Occitan d’Aquitaine est labellisé ethnopôle en 2014 par le Ministère de la Culture afin de valoriser notamment ses compétences relatives au patrimoine culturel immatériel et au domaine de l’ethnomusicologie. En 2018, l’INÒC fusionne avec le Centre inter-régional de développement de l’occitan, le CIRDÒC à Béziers, et change ainsi de statut pour devenir un Établissement public de coopération culturelle.

Les fonds occitans de l'In'Òc Aquitània

La plus grande partie du fonds fut achetée entre 1996 et 2000. Par la suite la spécificité gasconne fut privilégiée et constitue donc la majorité du fonds conservé au centre de documentation.  Depuis 2007 deux orientations ont été choisies: linguistique-sociolinguistique et littérature contemporaine d'expression occitane. 

Centre de ressources de l'In'Òc Aquitània
Mise en ligne : 16/01/2020
Tipe : Centre de ressorsa / Data : 2013 (data d'actualizacion de la notícia)
L'équipe LLACS est née de la volonté d'un certain nombre de spécialistes aux compétences voisines de faire converger leurs recherches dans un projet prenant en compte un espace plus large que celui sur lequel ils avaient travaillé jusque là. En l'occurrence, il s'agit des Suds : d'abord ce monde qui va de l'Espagne à la Grèce, entre porteurs de l'héritage hellénique et héritiers de la Romanité. Mais aussi ces parties du Nouveau Monde et de l'Afrique dans lesquelles un processus de colonisation ancien a mené l'Espagnol et le Portugais au contact de diverses langues indigènes. L'histoire de ces territoires offre bien entendu des chronologies différenciées depuis la fin de l'Antiquité pour les vieilles terres d'Europe, à partir du XVIe siècle pour les autres continents. Les langues présentes dans cet espace ont connu des statuts différents au cours de l'histoire, mais sont porteuses chacune de littératures spécifiques qui représentent au total un corpus considérable.


Les chercheurs regroupés ici proviennent pour une bonne part de l'EA 3020 ETOILL (Études occitanes, ibériques, latino-américaines et lusophones) rejointe par les italianistes et les chercheurs du Centre d'Études Néo-helléniques. Ils sont linguistes, spécialistes de littérature (médiévale, moderne et contemporaine), de civilisation, de l'édition de textes, .... Loin d'être un handicap cette multiplicité des approches possibles jointe à la diversité de l'espace concerné constituent un défi, celui d'un travail comparatiste et pluridisciplinaire croisant sur certains points précis et certaines problématiques des regards complémentaires venus de lieux et de disciplines différentes.


L'équipe se structure selon cinq composantes :


-ReDòc (Recherches en Domaine Occitan)


-Études ibériques et latino-américaines


-Études lusophones


-LASI (Littératures, Arts et Sociétés en Italie)


-Centre d'Études Néo-helléniques (JE 2487 « Le Grec et l'Autre »)


Axes qui fédèrent notre projet :


1.- Un programme d'édition de textes qui constitue l'axe « central » de l'équipe


2.- Un axe de civilisation (époques moderne et contemporaine)


3.- Un axe littéraire : Transversalités littéraires, linguistiques et artistiques



Voir les ressources disponibles dans Occitanica.
Mise en ligne : 16/01/2020
Tipe : Fons documentari

Histoire du fonds

Robert Lafont est né à Nîmes en 1923 et publie ses premiers poèmes en 1943. Il participe à la libération de Nîmes et se voit proposer un poste à la préfecture du Gard à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Cependant, il tourne rapidement le dos à cette carrière administrative pour se consacrer à l'enseignement.

Agrégé de littérature, il enseigne au lycée, puis à l'Université des Lettres de Montpellier, future Université Paul-Valéry Montpellier, à partir de 1969. Il y développe, à la suite de Charles Camproux, l’enseignement de l'occitan tout comme de nombreux travaux de sociolinguistique. Tout au long de sa carrière, il ne cesse de s'impliquer à la fois dans la pédagogie, la recherche et l'action militante.

En 1945, Robert Lafont participe à la fondation de l'Institut d'Études Occitanes (IEO), dont il sera président de 1959 à 1962. Il en demeure membre actif jusqu'en 1980, militant pour l'enseignement et la reconnaissance de la langue et de la culture occitanes.

Son travail universitaire et ses actions militantes sont complétés par une production littéraire très importante. Une grande partie de ses milliers d’articles et publications demeurent toujours des références en la matière à ce jour.

En décembre 2011, Robert Lafont cède la propriété de son fonds au CIRDÒC par legs testamentaire.

Modalités d'entrée :

legs testamentaire de Robert Lafont

Accroissement :

fonds clos

Description du fonds

Le fonds Robert Lafont est composé de 15 sous-fonds :

- La cote LAF.A « Oeuvre Littéraire » comprend des notes de travail, originaux ou copies de manuscrits et tapuscrits des ouvrages de Robert Lafont.

- La cote LAF.B « Politique Linguistique » comprend des notes, de la documentation, et des rapports autour des publications, communications, manifestations et associations auxquelles à participé Robert Lafont dans le domaine de la défense et de la diffusion de la langue occitane.

- La cote LAF.C « Dossiers de travail » comprend les dossiers de travail des archives de Robert Lafont : notes et articles rassemblés dans le cadre de la préparation de publications, de cours ou de conférences. Ces documents sont organisés en cinq séries thématiques : Langue et linguistique, Littérature, Moyen-âge, XVIe/XVIIIe siècles et Europe et Régions.

- La cote LAF.D « IEO » regroupe les documents collectés par Robert Lafont au sujet de l'IEO, principalement durant la dernière décennie de son activité au sein de l'Institut.

- La cote LAF.E « Publications » comprend de la documentation sur la publication des oeuvres de Robert Lafont : courriers reçus, revues de presse, tournées littéraires, relations avec les éditeurs.

- La cote LAF.F « Tirés à part » comprend des tirés à part d’articles de Robert Lafont ou envoyés à Robert Lafont.

- La cote LAF.G « Activités et documentation dans le domaine politique et occitaniste » comprend les archives de Robert Lafont sur le domaine politique et occitaniste depuis 1962 et le mouvement Lutte Occitane jusqu’à la création en 2003 du mouvement Gardarem la tèrra.

- La cote LAF.H « Textes envoyés à Robert Lafont » comprend les textes littéraires ou scientifiques envoyés à Robert Lafont et issus de sa correspondance.

- La cote LAF.I « Papiers personnels et professionnels » rassemble les documents officiels sur la généalogie et la biographie de Robert Lafont.

- Les cotes LAF.J, LAF.K, LAF.L, LAF.M, LAF.N « supports divers » regroupent les archives produites ou reçues par Robert Lafont sur différents supports : affiches, cassettes audio et vidéo, disquettes, aquarelles et objets et médailles.

- La cote LAF.O « correspondance » rassemble la correspondance passive de Robert Lafont classée par ordre alphabétique du nom de correspondant.

Dates extrêmes :

1937-2005

Langues représentées dans le fonds :

Occitan (tous dialecte)

Français

Espagnol

Anglais

Breton

Italien

Allemand

Catalan

Arabe

Sanskrit

Chinois

Vietnamien

Louvite

Hittite

Hongrois

Swahili

Turc

Importance matérielle :

22 mètres linéaires

Supports représentés :

Manuscrits/Tapuscrits

Monographies imprimées

Périodiques (presse et revues)

Enregistrements sonores

Documents audiovisuels

Documents iconographiques

Ressources électroniques

Objets

Pour le consulter

Identifiant du fonds :

LAF

Instruments de recherche disponibles :

Inventaire du fonds sur Calames : http://www.calames.abes.fr/Pub/ms/FileId-1376

Inventaire du fonds sur Pleade : http://pleade.locirdoc.fr:8081/ead.html?id=FR-340329801-00001

Conditions d'utilisation

Conditions de consultation :

Consultable au CIRDÒC, en salle de recherche.

Conditions de reproduction :

Toute reproduction en vue d'une édition ou production audiovisuelle de la documentation contemporaine soumise au droit d'auteur ne peut se faire sans l'accord des ayants-droit. La reproduction de documents à des fins de recherche, sans publication des documents, est acceptée sous réserve des impératifs de conservation des documents.

Mise en ligne : 16/01/2020
Tipe : Òbra

Le Dictionnaire languedocien-français de Pierre-Augustin Boissier de Sauvages est l'une des plus importantes œuvres lexicographiques occitanes imprimées et diffusées à l'époque moderne. Il a été un instrument de travail important pour les écrivains de la renaissance d'oc qui y font souvent référence au XIXe siècle.

Son auteur, l'abbé Pierre-Augustin Boissier de Sauvages (1710-1795), né et mort à Alès (Gard), est le frère du médecin et naturaliste François Boissier de Sauvages (1706-1767). Professeur de philosophie au Collège d'Alès, Pierre-Augustin Boissier de Sauvages se consacra aux sciences naturelles et publia plusieurs études relatives à la sériciculture, socle de l'économie cévenole au XVIIIe siècle. Il fait partie des petits contributeurs provinciaux de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert. Malgré des études de théologie dans sa jeunesse à Paris, Pierre-Augustin Boissier de Sauvages embrasse tardivement la prêtrise, en 1771, à l'âge de 61 ans.


1. Autres versions du titre 

Dictionnaire languedocien-français est le titre conventionnel de l'œuvre, qui s'applique à ses trois éditions différentes. Il est utilisé comme autorité titre dans les catalogues et inventaires [voir la notice d'autorité titre dans le catalogue de la BnF].  

Les deux éditions parues du vivant de l'auteur (1756, 1785, voir ci-dessous) sont anonymes. L'identification de l'auteur a beaucoup varié dans les inventaires et les études sur l’œuvre : Abbé de S *** ; Abbé de Sauvages ; Abbé Boissier de Sauvages ; Pierre-Augustin Boissier de la Croix de Sauvages ; Pierre-Augustin Boissier de Sauvages de la Croix (parfois Lacroix).

La forme Pierre-Augustin Boissier de Sauvages est la forme d'autorité internationale dans les catalogues et inventaires [voir la notice d'autorité de nom de personne dans le catalogue de la BnF]. 


2. Exemplaires connus ou conservés 

Le Catalogue collectif de France (ccfr.bnf.fr) signale une vingtaine d'exemplaires pour chacune des éditions anciennes (1756, 1785). L'édition moderne de 1820 paraît plus rare (environ 6 ex. référencés).


3. Éditions anciennes 

(A)

Dictionnaire languedocien-français, édition de 1756 : page de titre

Dictionnaire languedocien-françois, ou choix des mots languedociens les plus difficiles à rendre en françois : contenant un recueil des principales fautes que commettent dans la diction et dans la prononciation françoise, les habitans des provinces méridionales du Royaume, connus à Paris sous le nom de Gascons. Avec un petit traité de prononciation et de prosodie languedocienne. / par M. l'abbé de S*** ; A Nimes : chez Michel Gaude, 1756 ; (A Avignon) : de l'imprimerie de Mérande, 1756 (XXXI-492 p.)

(B)

Dictionnaire languedocien-français : contenant un Recueil des principales fautes... Nouvelle édition, corrigée d'un grand nombre de fautes, augmentée d'environ dix mille articles, et en particulier d'une nombreuse collection de proverbes languedociens et provençaux. / par Mr. L.D.S. ; A Nismes : Gaude, Père, Fils & Compagnie, Libraires, 1785 .- 2 t. (XL - 388 p. ; 395 p.) [les deux tomes sont souvent réunis en un seul vol.]

[Le terme impropre de "Gascons" est abandonné et l'important recueil de proverbes et dictons apparaît pour la première fois dans la 2e édition.]

(C)

[Louis-Augustin d'Hombres-Firmas (éd. Scientifique)] Dictionnaire languedocien-français, : contenant un recueil des principales fautes... suivi d'une collection de proverbes languedociens et provençaux. Nouvelle édition, revue, corrigée, augmentée de beaucoup d'articles ; et précédée d'une notice biographique sur la vie de l'auteur, par son neveu L.A.D.F. / par M. l'abbé de Sauvages ; A Alais, chez J. Martin, imprimeur-libraire, 1820. - 2 t. (XXXVIII – 390 p. ; 399 p.) [reprint : Genève, Slatkine, 1971, 2t. en 1 vol.]

 

4. Note d'étude 

Le Dictionnaire languedocien-français de Boissier de Sauvages fait partie des premiers dictionnaires et lexiques imprimés de la langue occitane, antérieurs aux deux grandes entreprises du XIXe siècle, le Dictionnaire provençal-français de Simon-Jude Honnorat (Digne, 1846-1848) puis Lou Tresor dóu Felibrige de Frédéric Mistral (1878-1886).

Les dictionnaires occitan-français qui se multiplient au XVIIIe siècle sont souvent conçus pour éduquer les élites méridionales à la langue française classique plutôt que pour constituer des instruments linguistiques pour l'usage ou l'étude de la langue occitane. Le modèle du genre est bien sûr le dictionnaire de Desgrouais (1706-1766), professeur au Collège de Toulouse, Les gasconismes corrigés : ouvrage utile à toutes les personnes qui veulent parler & écrire correctement...(Toulouse, 1766), véritable classique maintes fois réédité, où « L'auteur veut seulement rendre les Gascons attentifs à des gasconismes qui ne leur sont que trop familiers, et dont il est important qu'ils se corrigent, s'ils veulent éviter ces petites humiliations, auxquelles les personnes qui parlent mal sont exposées , surtout à Paris, où ces expressions impropres ne manquent pas de donner lieu à des railleries dont il est toujours désagréable d'être l'objet. » (1) ou, comme l'écrit Jean-Claude Bouvier à propos des dictionnaires provençaux antérieur au Tresor dóu Felibrige : « Beaucoup de dictionnaires ou de glossaires de volume et d'intérêt inégal sont réalisés par des érudits locaux qui obéissent à deux sortes de raisons. Très souvent [...] ces ouvrages ont un but pratique : permettre aux 'Français du Nord', de plus en plus nombreux en Provence, de comprendre la langue du pays, mais surtout apprendre le 'bon français' aux Provençaux." (2) 

Le Dictionnaire languedocien-français de Boissier de Sauvages occupe cependant une place singulière dans ce corpus. L'abbé Boissier de Sauvages, professeur au Collège d'Alès est avant tout un scientifique menant nombre d'expériences naturalistes et géologiques – on loua postérieurement les principes newtoniens audacieux de son enseignement (3). Boissier de Sauvages publia d'importantes études sur la culture du ver à soie, rassemblées dans son Mémoire sur l'éducation des vers à soie en 5 tomes, (Nîmes, Gaude, 1763). Arpentant les Cévennes pour ses recherches naturalistes, il côtoyait quotidiennement les habitants du territoire dont la langue principale - et souvent unique - fournit la matière de son dictionnaire. Selon un témoignage oral rapporté par François Raynouard dans Le Journal des sçavans en 1824, « il choisissait toujours ses servantes dans les villages des Cévennes, où la tradition du vieux langage s'était le mieux conservée ».

La première édition du Dictionnaire languedocien-français (1756) constitue déjà une véritable entreprise lexicographique même si elle reste conduite dans l'esprit d'un manuel de « gasconismes corrigés ». En revanche la seconde édition, corrigée et augmentée par Boissier de Sauvages et parue en 1785, représente désormais un véritable dictionnaire de langue occitane réalisé à partir d'un patient travail de collecte de la langue parlée par les occitanophones des Cévennes et appuyé sur un sérieux travail de compilation des ouvrages et matériaux disponibles (glossaire de Godolin, premières éditions des troubadours, etc.). Dans son article consacré aux différentes éditions du Dictionnaire languedocien-français (AIEO, 1987, voir bibliographie), Claire Torreilles a notamment remarqué les relations qui unissaient Boissier de Sauvages avec l'abbé René Séguier qui avait produit un important lexique manuscrit du languedocien parlé dans les Cévennes (4).  

 

5. Critiques et réception de l'œuvre :

 

Le cas du Dictionnaire languedocien-français de Boissier de Sauvages fait débat, tantôt perçu dans la lignée des glossaires « patois », dévalorisant la langue occitane et destiné à corriger la prononciation et le vocabulaire français des « méridionaux », tantôt perçu comme une œuvre lexicographique pratique et non dépourvue de discours valorisant : 

« Ce livre était destiné à enseigner aux Méridionaux le français littéraire. Malgré cela et quoique l'ouvrage ne vise pas à être complet, il contient de précieux renseignements sur le dialecte languedocien au milieu du XVIIIe s." (Walther von Wartburg, à propos de l'édition (A), 1756 ; voir bibliographie). 

En réalité, il y a une évolution dans les buts poursuivis par Boissier de Sauvages entre son édition de 1756 et celle de 1785 au sujet desquels les interprétations divergent : « Il semble qu'il y ait une accélération de la dévalorisation [des langues dites régionales par rapport au Français] dans les années 1750-70. À titre d'exemple probant : le changement des finalités des dictionnaires occitans. Boissier de Sauvages qui, en 1756, avait encore attribué une importance pratique à son dictionnaire languedocien-français, modifie complètement la préface de la seconde édition de 1785 : la seule finalité qu'il admet à ce moment-là est celle d'utilité pour l'auto-correction linguistique des languedociens. » (Brigitte Schlieben-Lange, 1996, voir bibliographie). 

À l'opposé, d'autres auteurs remarquent dans la deuxième édition du Dictionnaire languedocien-français de Boissier de Sauvages la formation d'un discours de défense de la langue d'oc : à propos du terme « patois », « L'abbé de Sauvages, dans son Dictionnaire, y consacre un article remarquable où il fait preuve d'une extrême lucidité quant aux connotations de ce terme. Il en perçoit d'abord l'aspect global puis celui de sous-langue, il écrit "c'est un langage dégénéré d'une langue plus parfaite" et il prend soin en suivant de distinguer le patois de sa langue : "il n'en est pas de même du gascon ou languedocien", et de s'étendre sur les causes sociolinguistiques de la situation de la langue. En citant d'autres auteurs, en l’occurrence M. de Vaissette et M. de Gibelin, il renforce encore son argumentation : "Le nom de patois ne peut convenir à une langue subsistante depuis plus de quinze cents ans" » (Marie-Anne Châteaureynaud, voir bibliographie).

Claire Torreilles a montré les différences fondamentales entre le projet (A) paru en 1756 et le projet (B) de 1785. La deuxième édition profite de dix ans de travail de compilation d'écrits occitans du Moyen Âge et de l'époque moderne. L'édition (B) répond à un véritable travail scientifique qui participe à une meilleure connaissance, de la part de Boissier de Sauvages, de l'ensemble occitanophone "d'Antibes à Bordeaux" et de la parenté directe entre la langue maternelle des Cévenols et la langue littéraire des troubadours et des grands auteurs occitans de l'époque moderne. Parallèlement, dans la période des trente ans qui sépare les deux éditions, la francisation des élites cévenoles s'est accélérée. Boissier de Sauvages inscrit son deuxième dictionnaire dans une perspective « patrimoniale ». Cette dimension patrimoniale sera d'ailleurs critiquée par une des grandes figures de la renaissance occitane en Cévennes, Gustave de La Fare-Alais, auteur de Las Castagnados (Alais, 1844) : « Les définitions y sont, en général, bien déduites, les classifications lumineuses ; les racines des mots, les étymologies, la marche de leur formation, tout cela est ingénieux et clairement exposé. (…) Mais plus on découvre de mérite dans cet auteur, plus on regrette qu'il se soit renfermé dans le rôle de grammairien français, alors qu'en imprimant une autre direction à ce même travail, il pouvait se faire le législateur suprême d'une langue à part, et lui donner une portée bien autrement utile à l'avenir littéraire du pays. » 

6. Postérité 

À l'occasion des projets de monuments à Florian et à Louis Pasteur, Raphélis de Brovès lance une campagne locale pour l'érection à Alès d'un monument à Pierre-Augustin Boissier de Sauvages, quelque peu oublié par les Alésiens à la fin du XIXe siècle.

Le monument à « l'abbé Pierre-Augustin de Sauvages », qui comprenait un buste en bronze sur un socle en pierre, est inauguré le 27 septembre 1896. Le projet est modifié en 1898 (exhaussement afin de dégager le buste de la masse du chapiteau). Le monument à Boissier de Sauvages était situé square Sauvages, rue de la Meunière, puis déplacé au Bosquet. 

Le buste a été enlevé et fondu lors de la Seconde guerre mondiale lors de la réquisition des matériaux non ferreux.

Sur la face latérale gauche du socle, une inscription en occitan (graphie de l'époque) : « l'obro laouzo lou mestre » (en graphie classique : l'òbra lausa lo mèstre = le travail récompense l'ouvrier), expression occitane que Boissier de Sauvages avait collectée et signalée dans son dictionnaire. 

Notes

(1) Louis-Mayeul Chaudon, Bibliothèque d'un homme de goût, ou Avis sur le choix des meilleurs livres écrits en notre langue sur tous les genres de sciences et de littérature, Avec les jugements que les critiques les plus impartiaux ont porté sur les bons ouvrages qui ont paru depuis le renouvellement des lettres jusqu'en 1772 par L.M.D.V. bibliothécaire de Mgr le Duc de **. - A Avignon : chez Antoine Aubanel et se vend chez J.P. Costard, 1772.

(2) Jean-Claude Bouvier, "Dictionnaires ou glossaires antérieurs au Tresor dóu Felibrige" dans : Mistral et la langue d'Oc, Aix-en-Provence, 1979.

(3) René André, voir bibliographie.

(4) « Le Dictionnaire languedocien de l'abbé Séguier », dans : www.occitanica.eu : coll. Estudis ; ressource électronique, 2013 [en ligne

Mise en ligne : 16/01/2020
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