À côté des joutes maritimes, de la bouvine camarguaise, du jeu de tambourin, la tradition languedocienne déploie des animaux-fétiches que certains nomment processionnels ou totémiques. D'origines et de conceptions variées, ils incarnent une cité ou un terroir et déambulent avec danses et musiques à l'occasion de fêtes profanes ou sacrées.
L'ouvrage dresse l'inventaire de ces totems, de leurs légendes, de leur technologie, de leurs raisons officielles ou secrètes d'exister.
À vous qui ne voyez sa majesté carnaval que comme un aimable roi du divertissement d'un jour - un certain mardi gras - au mieux, en une vision sociologique singulièrement réductrice et finalement rassurante, comme maître du grand défouloir et de l'inversion aidant à la digestion de toutes les couleuvres avalées au long de l'an, ce livre n'a pas fini d'ouvrir de grandes et belles perspectives, tant il envahit le calendrier, débordant bien même des jours sombres et froids.
Et si l'auteur parle de religion carnavalesque, ce n'est pas par pure provocation, c'est à bon droit, ces pratiques pagano-chamaniques se passassent-elles de livre sacré, de dogme, de clergé institué en Église... et d'Inquisition, n'en ayant pas moins une parole, plus ancienne que l'écriture, une vision du monde voire de l'autre monde, une spiritualité, une symbolique, des rituels, de curieux prêtres à l'autorité éphémère, des dieux fussent-ils oubliés.