C'est dans le cadre des échanges nécessaires à l'avancement du projet de Forum eurorégional « Patrimoine et création » qu'une partie de l'équipe du CIRDÒC et d'Org&Com-Estivada, deux des quatre partenaires du projet, se sont rendus chez un troisième, Sa Xerxa, organisateur depuis 2003 d'un festival pour jeune public devenu une référence incontournable à Majorque et plus généralement dans les Pays Catalans. Quatre jours en tant qu'observateurs d'une autre manière de travailler le matériau théâtral et d'une autre manière de le présenter, à la découverte de ce qui, culturellement, nous unit sur un territoire d'échelle eurorégionale, dans nos pratiques et nos approches, mais aussi à la pêche aux bonnes idées et aux contacts pour pousser plus loin les réflexions qui seront avancées et développées lors du Forum.
Vilafranca de Bonany n'est très clairement pas la commune la plus connue de l'île de Majorque, et pour cause : située dans les terres et non sur des côtes bien plus touristiques, la petite ville a gardé une certaine typicité et, bien que sillonée régulièrement par des visiteurs de tous horizons, elle demeure encore un lieu de vie et d'habitation des majorquins, tout en étant, comme l'ensemble l'île, un lieu de passage et de brassage international. Une situation qui constitue une force pour son festival, très résolument (et ce fut avancé par l'équipe et les partenaires lors du discours inaugural) dans une ambition culturelle qualitative, doublée d'une ambition de faire vivre un territoire dans sa langue et sa culture propre, mais avec toujours une perception universaliste de ce que la culture de ce territoire peut effectivement produire. Rien d'excluant donc, a fortiori avec ce langage universel que peut être le théâtre, même dès lors qu'il est exprimé dans la langue du lieu. Une autre des forces du festival, qui installe pour un théâtre catalan une position de normalité, en résonance avec des créations plus largement méditerranéennes et mondiales, s'affranchissant régulièrement du langage, pour mieux se concentrer sur le sens. Tous ces choix sont avancés comme des évidences et tout semble couler de source.
Qui dit « teatre infantil i juvenil » dit public ne dépassant généralement pas la dizaine d'années, avec le risque que ce cœur de cible ne devienne la seule cible. Il n'en était rien, et rares étaient les pièces à ne s'adresser qu'aux seules têtes blondes ou éventuellement à leurs parents et, lorsque cela était le cas cela paraissait entièrement justifié. Il se dégage de l'ensemble du festival cette idée que l'enfant est très certainement le meilleur des publics, et qu'avec ce meilleur des publics il convient d'être terriblement exigeant vis à vis de ce qu'on lui donne à voir. Sans oublier les parents, incontournables accompagnateurs initialement passifs que l'on souhaite intégrer, à qui l'on souhaite proposer une offre sur laquelle ils pourront échanger par la suite avec leur bambin, et donc sur laquelle ils doivent avoir les moyens de se concentrer. Abolie la distance entre l'adulte et l'enfant ? Sans nul doute, avec cette enfilade de propositions qui toutes s'adressaient à cet adulte en construction sommeillant dans l'enfant et à cet adulte capable de retomber en enfance pour peu qu'on lui donne un cadre, une opportunité, et que l'on abaisse, temporairement, certaines restrictions sociales. Voilà qui produisait un public extrêmement populaire et familial, sans aucune distinction sociale, un public chaleureux, participatif et volubile, à tel point qu'il n'était pas rare d'assister, juste après une représentation, à une séance de « débriefing » entre adultes et enfants, ou avec les artistes eux-mêmes, tous très accessibles et visiblement flattés d'être approchés par des critiques en herbe. Le discours sur l'art naît parfois de conditions improbables et à des âges plus précoces qu'on ne le croit !
Dans ce théâtre très humain, à taille humaine comme tout le festival, des thèmes très humains étaient développés. Ce seront toujours les mêmes, oui, mais il s'agit des plus importants : la mort, la vie, l'amitié, l'amour, l'absence, la séparation, le rêve, la réalité... Des gravités traitées avec légèreté, subtilité, sensibilité, beaucoup d'humour, de cœur et de passion aussi, sans jamais occulter ou même minimiser le Mal mais à la recherche du Meilleur. Le théâtre de la condition humaine pour les enfants, avec un refus total de l'infantilisme et de l'infantilisation et ce même jusqu'au(x) langage(s) employé(s), le cas échéant.
Il est difficile de voir, avec le recul, dans quelle mesure était pensée l'harmonie de programmation de la FIET, et pourtant il en existait bel et bien une. Des thèmes récurrents, des pièces laissant le champ libre à des réceptions et des interprétations à plusieurs échelles, un degré de professionnalisme général qui rendait beau jusqu'au plus simplissime des bricolages scéniques, des esthétiques toutes personnelles qui tendaient vers un esthétisme général, comme autant de petites planètes faisant part du même univers. Rien ne dépassait jamais de l'espace scénique, qu'il inclue ou non le public en son sein et chaque ornement trouvait à un moment ou un autre une utilité justifiée, selon un schéma de cause-conséquence mûrement rodé. Cela donnait lieu à d'incessants ballets, chorégraphiés au millimètre, sans jamais aucune fausse note ni aucune lourdeur, même dans les pièces les plus humbles, qui figuraient illico des spectacles de haute-voltige scénique. Une filiation semble-t-il assumée de ce théâtre avec la danse, avec les arts du cirque, mais aussi pourquoi pas avec des formes plus traditionnelles, comme le conte, et son schéma de progression tout à la fois simple et élaboré.
Dans cet ensemble orchestré de mains de maîtres, certains spectacles se sont distingués à nos yeux, sans doute porteurs de problématiques plus proches de nous. L'excellent Monstres notamment a fait l'unanimité. Difficile de résumer ce spectacle sans en déflorer le contenu et donc l'intérêt, disons simplement qu'il s'agit là d'une remarquable illustration de thèmes comme la séparation des parents, l'absence comment se crée l'imaginaire enfantin destiné à combler des vides dus à l'absence ou à expliquer les irrationalités de la vie, comment naissent ces monstres qui accompagnent notre enfance et comment ils disparaissent d'eux-mêmes. Des postulats de départ qui auraient été extrêmement glissants s'ils n'avaient été servis par une mise en scène plaçant le public au centre et au contact direct du dispositif et par des acteurs (adultes) jouant tous les âges de la vie avec une passion, une crédibilité et une sincérité à toute épreuve. Monstres est un spectacle qui provoque l'afflux d'émotions diverses et variées et parvient même à faire ressentir la peur du jeune personnage principal, et pas seulement aux enfants du public !
Spraoi ensuite, une création catalano-gaélique, qui nous touche d'autant plus que son propos se centre sur les langues et la communication entre les êtres. Il y est réjouissant d'y voir deux adultes s'ébattre joyeusement comme de jeunes enfants désireux de jouer ensemble mais tenus chacun par sa propre différence culturelle. Le catalan, extraverti, et l'irlandais, plus mesuré, devront surmonter leur condition et appréhender la langue et la culture de l'autre pour bâtir un jeu commun. Un spectacle d'éveil d'une finesse remarquable et d'une drôlerie à toute épreuve (même celle de l'âge) sur l'apprentissage de l'altérité, le respect de la différence, sur le pouvoir des mots et la poésie des langues aussi...
Enfin, une succession de spectacles tous porteurs d'une esthétique personnelle dans le cadre de l'esthétique générale du festival, extrêmement réjouissants comme savent l'être des spectacles initialement destinés aux enfants : citons en particulier En Jan Totlifan, un conte de création illustré par les marionnettes typiques de la compagnie l'Estaquirot, Superhéroe, centrée sur les rêves superhéroïques d'un préado et permettant à l'unique acteur du spectacle d'endosser plusieurs identités et plusieurs rôles simultanément selon une chorégraphie calée à la seconde près, Hannah dels tres paisos, sur la question (actuelle) des migrants, un thème lourd traité avec une légèreté et un cœur très largement ouvert...et bien d'autres.
Nous retiendrons aussi de la FIET des propositions plus tardives, de fait plus adulte, sortant quelque peu du cadre strictement « infantil » pour une portée plus grand public, et liées à la forme théâtrale de manière un peu plus lointaine parfois, sans que jamais cela ne dépareille, signe d'un festival qui soigne ses petits à-côtés autant que son cœur profond, son liant autant que son fonds. Parmi elles, Tubs del Món, spectacle musical et humoristique emmené par un musicien de formation traditionnelle et classique (Xavi Lozano) se questionnant sur ce qui fait la musique et l'instrument, argumentant son point de vue (souple) en soufflant dans ce qui lui tombe sous le bec, d'une roue de vélo à une chaise pliante, en passant par des échelles et toute une panoplie de mobilier urbain et d'objets du quotidien détournés de leur fonction première.
De l'ensemble de la FIET, une réelle et heureuse découverte, il ressort l'impression certaine que le théâtre catalan existe, ce dont on pouvait se douter, mais qu'il n'a vraisemblablement rien à envier du tout à la manière « française » de le concevoir, et ce malgré sans doute quelques idées reçues. Davantage de fraîcheur que de contemporanéité, c'est un fait notable, qui permet de rester éminemment populaire et accessible, sans jamais renier la profondeur, le discours, le sens, voire la spiritualité du théâtre. L'approche du théâtre catalan se fait d'abord par le théâtre comme langage universel, davantage que par le catalan, qui retrouvera le plus souvent la fonction première de toute langue : celle d'outil et de moyen de communication. Ce théâtre en est-il moins « catalan » pour autant ? Certes non, car la langue y vit même dès lors qu'elle n'est pas employée. L'expression parfaite du local qui parle à l'universel sans jamais ressentir la nécessité de se justifier d'exister.
De cette conception spontanée, qui évite parfois le temps perdu d'une tergiversation et d'une réflexion trop envahissantes au détriment de la création, des formats mobiles, souples, malléables, sont mis au jour. Avec une possibilité qui, bien que n'étant pas nouvelle, devient pertinente à une échelle eurorégionale et occitano-catalane : l'adaptation. Autrement dit le simple glissement d'une langue à une autre et d'un territoire à son voisin, en partant du principe que le théâtre restera, lui, universel quoi qu'il arrive. Une manière de favoriser la mobilité artistique, l'échange, la découverte par le public de chaque territoire de spectacles de qualité spécialement réarrangés pour lui. Et bon nombre d'artistes travaillent déjà dans cette optique-là, qui est autant bénéfique à l'artiste ou sa compagnie (qui peut faire découvrir son travail plus largement) qu'à un programmateur en manque de renouvellement, et donc à la culture en général.
De là à entendre de ce côté-ci des Pyrénées cette chaleureuse et enfantine voix annonçant le début des spectacles (et intimant l'ordre « d'apagar els movils ») en mallorquin, il n'y a qu'un pas !
Avec Novembre, arrivent les premiers assauts du froid et l’automne laisse peu à peu place à l’hiver. Les jours raccourcissent, la végétation entre progressivement en sommeil. Cette période particulière fut dès avant l’émergence du christianisme et l’instauration de la Toussaint, l’occasion de fêtes rituelles et païennes, marquant ce passage entre deux époques. Dans le cadre de sa traditionnelle Fête de la Soupe, Puisserguier commémore en 2015 ce passage en proposant un charivari funéraire dans ses rues le samedi 7 novembre à partir de . Retrouvez le Théâtre des Origines, Goulamas'k et l'association Patatr'Oc pour célébrer Martror, la Fèsta dels Mòrts.
Depuis plus de dix ans, le Théâtre des Origines propose au mois de novembre une déambulation artistique de rue, Martror, puisant dans les rites et coutumes traditionnelles entourant la Fête des Morts et la place de celle-ci dans nos sociétés, mis au jour de ces implications et représentations contemporaines. Martror s’inscrit dans un plus large travail de recherche et de création mené par le Théâtre des Origines autour des fêtes saisonnières, Temporada. Feu de la Saint-Jean et Carnaval, autres festivités calendaires relevant du passage symbolique et ritualisé, d’une saison, d’un âge à l’autre, complètent l’éventail des traditions populaires revisitées et ré-interrogées par la troupe au terme d’une important travail de recherche sur le patrimoine culturel immatériel local.
Rendez-vous le 7/11/15 place du Millénaire à Puisserguier dès 19h pour le départ du charivari.
Vous souhaitez participer activement à cet événement collectif ? Les organisateurs vous convient le 6 novembre dès 18h parking du Millenium à Puisserguier pour une grande répétition générale.
Chaque année durant l'automne, le Camèl de Fuòc vous convie à son Grand Balèti.
Pour découvrir la danse et la musique occitanes, rendez-vous le samedi 7 novembre dès 20h00 salle Zinga Zanga à Béziers. Restauration et tombola sont au programme de ce rendez-vous festif ouvert à tous.
Cette cinquème édition accueillera dès 21h les groupes Tripoux et Castanha é Vinovèl.
Gratuit et tout public.
Le 7/11/15 dès 20h.
Salle Zinga Zanga : 781, Traverse de Colombiers , 34500 Béziers
Calandreta [kalɑ̃'dretɔ] est le nom donné par ses fondateurs à la première école associative et immersive occitane qui ouvre à Pau le 5 janvier 1980. Dans le même temps, un projet similaire mené à Béziers, sans concertation avec le premier, aboutit à la création d’une autre école en septembre de la même année. Le terme Calandreta est adopté à Béziers, fédérant les deux établissements : la Calandreta Paulina (« paloise ») et la Calandreta l’Ametlièr (« l’amandier ») sont nées.1
Utilisé sur tout l’espace occitan méditerranéen, des Alpes aux Pyrénées, le terme ”calandra” ou “calandreta” (sous sa forme diminutive) désigne en occitan une espèce particulière d’alouette : les alouettes calandre (Melanocorypha calandra) et calandrelle (Calandrella brachydactyla). Par extension, le terme peut désigner aussi l'alouette de manière générique.
Le mot « calandre », outre le mâle de la « calandra », désigne par ailleurs un apprenti. 2
Comme l’indique l’emploi du suffixe diminitutif “-on” (au féminin “-ona”), que l’on retrouve par exemple dans « pichon », le calandron est un oisillon, le petit de la calandra ; en plus d’un élève de Calandreta, le terme est aussi employé pour désigner un poupon. 3
Le calandrin est, quant à lui, une jeune alouette. C’est aussi le nom donné aux futurs regents lors de leur année de formation à l’établissement d’enseignement supérieur occitan Aprene (“apprendre”).
Dans un tout autre registre, le calandrin est par ailleurs le nom occitan du caladrius ou caladre, créature légendaire décrite dans maints bestiaires médiévaux sous les traits d’un oiseau, souvent blanc, au chant mélodieux et aux pouvoirs guérisseurs et divinatoires. Ainsi apprend-on dans Aiso son las naturas d'alcus auzels e d'alcunas bestias, imitation anonyme du XIIIe siècle, en occitan, du Bestiaire d'amour de Richard de Fournival :
« S’òm pòrta un calandrin davant un òme qu’es malaut et qu’òm lo gete sus son lièch, se lo Calandrin agacha l’òme a la fàcia, aquò’s signe qu’es per garir mas se virala coa, aquò’s s senhal de mòrt. »4
[« Si l’on porte un calandrin devant un homme qui est malade et qu’on le jette sur son lit, si le calandrin regarde l’homme en face, c’est signe qu’il va guérir mais s’il tourne la queue, c’est signal de mort. »]
1. cf. BACCOU, Patrice. L'aventure des Calandretas. In Confederacion occitana de las escòlas laicas Calandretas. Calandreta : 30 ans de creacions pedagogicas. Montpelhièr : La Poesia : Confederacion occitana de las escòlas laïcas Calandretas, 2010. 366p. ISBN : 978-2-914243-14-8. pp.358-362↑
2. MISTRAL, Frédéric, Lou tresor dóu Felibrige, ou Dictionnaire provençal-français embrassant les divers dialectes de la langue d'oc moderne. Aix-en-Provence : J. Remondet-Aubin ; Avignon : Roumanille ; Paris : H. Champion, [1878-1886]. 2 vol. (1196, 1165 p.). ISBN : 2-86673-113-1.↑
3. Ibid.↑
4. Chansonnier dit La Vallière. BnF, ms français 22543. Transcription et traduction française : Yves Rouquette pour l'exposition De la natura de quauquas bèstias illustrée par des œuvres originales de Pierre François (collections CIRDÒC).↑
5. Lou Cèu de Pau, Lous Mandragòts, LABARRÈRE, André. Chants du Béarn. Pau : Lou Cèu de Pau, 1984. 137 p.↑
- Dates extrêmes:
XIXe siècle
- Identiffiant du fonds
- Instruments de recherche disponibles
Répertoire numérique dactylographié, par Martin de Framond, 2009.
- Dates extrêmes:
1911-1933
- Importance matérielle :
3 ml
- Supports représentés :
monographies imprimées, périodiques, manuscrits, documents iconographiques
- Accroissement :
Fonds clos