Paroles de la chanson écrite et interprétée par Pierre-André Delbeau, extraite de l'abum L'autaneir, Disc'Òc, 1970
Arrepic :
Per simbòl centenari
Lo hapchòt legendari !
Pelòta es mòrt to dreit
Com crèban tot los autes
Pas de hami, de hred
A pena de malautia
Plan quilhat suu planèir
Com los pins que picava
Es mort l’arrosinèir
A la darrièra amassa
Eth sabè causas hòrtas
E sabè plan las díser
Hens la lenga de nòste
Eth sabè causas tristas
Sabè lo vent de l’Oèst
Cramponat a la barra
E que per vent de l’Est
Las palomas devaran
Sabè las gents que caden
Los que dèishan la tèrra
E tanben los que cantan
Per desbrombar misèra
Pelòta es mort tot dreit
Com crèban tots los autes
Pas de hami, de hred
E a pena malaud
Quan crèban los mestèirs
E las jòias de viver
Vinhairons, rosinèirs,
Nos cau, per vos, escriver
Las vòstas prasons
Per medisha encadença
E qu’aqueras cançons
Sian nòsta espérança
Le mouvement viticole de 1907 autrement appelé “la révolte des Gueux” se déroula de mars à juin 1907 pendant lesquels eurent lieu de grandes manifestations - à cause de la crise du vin - qui toucha quatre départements du Sud de la France, le “Midi”.
Ce fut un mouvement de masse qui toucha toutes les classes sociales, un mouvement pacifique qui fut réprimé dans le sang, mais aussi un mouvement écologiste avant l’heure qui protesta contre le vin fabriqué chimiquement pour promouvoir au contraire le vin naturel. Ce fut aussi un mouvement qui opposa le Sud producteur de vin et le Nord producteur de betterave. Ce fut la mutinerie d’un régiment qui tint tête à son commandant et surtout la toute première crise de désespoir d’un pays dont la survie dépendait de ce vin qui ne se vendait plus.
En 1900 toute l’économie du Midi reposait sur la vigne, cette vigne qui implorait grâce. “Le Midi se meurt” s’écriait Marcellin Albert à Clémenceau.
Le vin ne se vend plus, il est même moins cher que l’eau. A Narbonne, dans les cafés, il s’achète à l’heure : 10 centimes pour boire tout ce que qui est possible d’engloutir en une heure !
Il faut remonter cinquante années en arrière pour comprendre la cause, le phylloxéra qui ronga le vignoble et fit basculer le marché. Au moment de l’épidémie qui s'abattit sur la production locale, on prit d’autres habitudes : importation en franchise de vin d’Ariège, plantation sur le littoral de vigne dans le sable (car l’eau tuait l’insecte), sucrage ou chaptalisation grâce au sucre de betterave rouge, mouillage des vins fabriqués chimiquement parfois sans grappe de raisin. Les vignes du Languedoc nouvellement plantées furent installées sur des surfaces beaucoup plus belles et avec des cépages plus productifs -carignan et aramon - qui amenèrent à la monoculture.
Tout cela aboutit à l'effondrement des cours du vin et la misère pour les plus pauvres.
Au tout début de 1907, Marcelin Albert, cafetier et vigneron à Argeliers, qui se battait depuis des années, fut enfin entendu. Avec les gens de son village et d’autres ils arrivèrent à 87 à Narbonne pour faire pression sur une commission d’enquête parlementaire qui se tenait pour réfléchir sur la crise du vin. Quelques jours après c’est le premier meeting à Sallèles-d’Aude, devant la Cigal -un homme un peu illuminé- il fut surnommé l’agitateur, avant de devenir plus tard l’Apôtre des gueux et enfin le Rédempteur.
Le mouvement prit de plus en plus d’ampleur : de villages en villages, se constituèrent des comités de défense de la viticulture, de villes en villes, chaque dimanche des rassemblements de plus en plus nombreux se mirent en place atteignant parfois les 100 000 personnes. Entre 70 000 et 80 000 à Montpellier le 9 juin 1907 !
Le député socialiste de Narbonne, rentra dans le mouvement le 5 mai, Ernest Ferroul, excellent orateur haranguant les foules : “Nous ne donnerons jamais ce que nous avons été capables de faire !” et il politisa la contestation reprenant une idée de Marcelin Albert en appelant à une grève de la taxe et à une démission des élus.
La suite fut dramatique. La démission des élus des “départements fédérés du Sud” représentait pour Paris une menace de séparatisme, et permit à Clemenceau le tout puissant président du conseil et ministre de l’intérieur de réagir.
A l’étonnement et l’incompréhension des vignerons, le gouvernement envoya ses troupes, au moment de l’arrestation de Ferroul, pour tirer sur la foule de Narbonne, ils tuèrent 6 personnes et laissèrent sur les pavés de nombreux blessés. Le 17e régiment d’infanterie, composé de soldats originaires du Languedoc, mis à l’écart à Agde à cause des événements, en apprenant le massacre se mutinèrent et marchèrent jusqu’à Béziers où ils furent accueillis chaleureusement par les manifestants. Les responsables du mouvement furent emprisonnés, Marcelin qui avait réussi à s’enfuir et qui donna des conseils à Clémenceau fut vu comme un traître. Le Rédempteur retourna à Argeliers incompris et méprisé par tous.
La sortie de crise fut possible grâce à des mesures qui assurèrent la pérennité du vignoble de table, grâce à la transformation des comités de défense en Confédération Générale, Les Vignerons du Midi (CGV) qui vinrent aider et organiser la production, participer à la création des premières coopératives et lutter contre la fraude ce qui mit fin au vin industriel. La grande guerre finit par s’arranger en sacralisant le vin comme “Vin de la Victoire” et en arrosant les tranchées avec.
Albert et Ferroul évoquèrent tour à tour les barons du Nord devant ceux du Midi, ils présentèrent le mouvement comme celui de la nouvelle résistance cathare, la langue d’oc parlée et comprise par toute la population florit sur de nombreuses pancartes et services pour surprendre les agents de Clémenceau, il serait faux, même si Ferroul avait agit ainsi, de voir le mouvement de 1907 comme une tentative autonomiste comme le fut présenté par ses opposants pour justifier l’emploi de la force.
C’est une bonne vision des choses comme le souligne Remy Pech “une révolte légale et même légaliste” qui voulut faire pression sur le Parlement afin de faire voter les nouvelles lois pour protéger le marché du vin, ce qui permettra finalement de sortir de la crise.
Il n’en reste pas moins que dans l’affect populaire il y a un attachement profond à cette période de l’histoire, une appropriation de ce passé comme fondement des luttes qui suivront.
Créée en 1981, l’Association internationale d’études occitanes (AIEO) rassemble les chercheuses, chercheurs et personnalités actives dans la recherche scientifique en domaine occitan. Couvrant l’ensemble des disciplines des sciences humaines et sociales, l’AIEO structure un réseau d’acteurs scientifiques dispersés dans les universités et organismes de recherche de plus de 25 pays. Elle se donne pour objectif de favoriser et coordonner les recherches en domaine occitan.
La recherche internationale en domaine occitan a déjà une longue histoire quand est créée l’AIEO en 1981 et trouve ses racines dans le développement des études romanes (romanistique ou philologie romane) dès le début du XIXe siècle en Allemagne, puis en France autour des travaux et publications de François Raynouard dans les années 1820-1830, puis à partir des années 1870 avec Gaston Paris et Paul Meyer autour d’une école de philologie romane parisienne et bien sûr, en Occitanie, avec la Société des langues romanes de Montpellier et la Revue des langues romanes. [imatge id=21052]
À la fin du XIXe siècle les études romanes, au sein desquelles la langue et la littérature occitanes du Moyen Âge constituent un passage obligé, sont un domaine d’étude universitaire largement international qui se développe dans tous les pays européens.
[imatge id=21626]Le développement de la philologie romane comme champ de recherche international contribua fortement à la reconnaissance du mouvement de renaissance occitane de la seconde moitié du XIXe et début du XXe siècle, autour du Félibrige notamment, en participant à la reconnaissance de l’occitan comme langue, auréolée d’un prestigieux passé littéraire et en fournissant des connaissances et matériaux linguistiques et culturels utiles pour sa revitalisation contemporaine. Pour autant, le mouvement savant d’un côté et le mouvement littéraire et militant renaissantiste de l’autre, restent relativement étanches.
Dans les années 1950, les chercheuses et chercheurs qui partout dans le monde travaillent sur la matière occitane prennent l’habitude de se réunir tous les trois ans dans une ville de l’espace occitan (Avignon, Aix, Bordeaux, Nice, Montpellier, Montélimar, etc.) dans le cadre de « Congrès de Langue et littérature d’oc et d’études francoprovençales ».
En 1981, ce Congrès se tient en Belgique, à Liège, et il est décidé de créer une association ayant pour objectif la promotion des études occitanes dans l’ensemble des disciplines des sciences sociales et humaines, et réunissant d’une part les universitaires travaillant dans ces disciplines, d’autre part des non-universitaires ayant fait preuve de leur compétence.
L’AIEO va accueillir à sa création une partie importante des intellectuels et chercheurs issus du mouvement occitan, mis en minorité de l’Institut d’estudis occitans, qui rompt ainsi en 1980 (Assemblée générale d’Aurillac) avec son activité de production et diffusion de la recherche pour se consacrer aux enjeux de socialisation par l’action militante.
Signe de la disparition d’un organisme occitan d’échange savant et de diffusion des connaissances, une section française de l’AIEO est jugée nécessaire et créée en 1988. [imatge id=21627]
L’AIEO réunit ainsi au sein d’une seule organisation intégralement dédiée à la recherche scientifique et la diffusion des savoirs universitaires les acteurs de la recherche internationale issue de la romanistique et des sciences humaines et sociales et les acteurs directement impliqués dans les mouvements de pensée et d’action occitanistes, faisant ainsi converger deux branches historiques du mouvement de renaissance occitane initié au XIXe siècle.
[imatge id=21628]1981-1990 : Peter Ricketts (Royaume-Uni)
1990-1993 : Q.I.M. Mok, (Pays-Bas)
1993-2005 : Georg Kremnitz (Autriche)
2005-2014 : Walter Meliga (Italie)
Depuis 2014 l’AIEO est présidée par Rosa Maria Medina Granda (Université d’Oviedo, Espagne).
Fidèle à ses missions originelles l’AIEO organise tous les trois ans un grand congrès international qui permet d’établir un panorama de la recherche et des savoirs actuels en domaine occitan, et en publie les actes. Elle organise également des congrès et colloques intermédiaires sur des thèmes et problématiques ciblés. [imatge id=21629]
En 2011 l’Association déclarait 435 membres répartis dans 22 pays et 5 continents.
L’AIEO permet un échange permanent d'informations sur l’actualité de la recherche et des publications scientifiques en domaine occitan et promeut la « matière occitane » comme champ de recherche scientifique concernant de nombreuses disciplines.
La mise en relation de chercheuses et chercheurs spécialistes, souvent isolés au sein de leurs universités ou groupes de recherche par leur spécialité en domaine occitan, a également permis de faire émerger, en dehors de l’association, de grands projets collaboratifs pour l’étude du domaine occitan, particulièrement dans le domaine de l’informatisation des données et outils de recherche : Concordance de l’occitan médiéval (COM), Grop d'Iniciativa per un Diccionari Informatizat de la Lenga Occitana (GIDILOC), ou encore le projet d’informatisation du Corpus textuel des troubadours.
L’association est aujourd’hui particulièrement engagée pour la promotion de la recherche en domaine occitan auprès de jeunes chercheuses et chercheurs afin d’en renouveler le dynamisme : création des prix de master (Pèire Bèc) et de thèse (Peter Ricketts), soutien à la constitution et aux activités d’une association des Joves Cercaires en Domeni Occitan (JCDO).