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Bernard Lesfargues, fondateur des éditions Fédérop
Assié, Benjamin

Bernard Lesfargues (1924-2018), Abel-Bernard Lesfargues à l’état civil, est né à Bergerac dans le quartier populaire où son père était marchand de bois et de charbon. S’il a passé une grande partie de sa vie à Paris puis à Lyon où il était professeur agrégé d’espagnol, il demeura attaché à la langue et à la culture de son Périgord natal où il revient à la fin de sa vie.
Élève en hypokhâgne-khâgne à Paris au sortir de la guerre, le sentiment d’exil le rapproche des cercles occitanistes présents dans la Capitale (les Amis de la Langue d’Oc où il fait la connaissance de personnalités importantes du mouvement occitan en pleine reconstruction : Pierre-Louis Berthaud, Jean Lesaffre, Jean Mouzat, Henri Espieux, Bernard Manciet), participe à l’aventure de l’Institut d’estudis occitans nouvellement créé à Toulouse et rencontre Robert Lafont qui s’affirme vite, en tant qu’écrivain autant que militant, comme une personnalité centrale de la jeune génération.

Après avoir obtenu l’agrégation d’espagnol il enseigne à Paris puis à Lyon où, dans le sillage de Mai 1968 il ouvre un cours d’occitan.
Dès 1946, il crée une éphémère mais importante revue poétique qui fait la part belle à la poésie et à la critique littéraire, Les Cahiers du Triton bleu, dans lesquels il publie des poèmes en occitan de la jeune génération et surtout une Anthologie de la jeune poésie occitane qu’il codirige avec Robert Lafont (Les Cahiers du Triton bleu, Paris : J. Chaffiotte, 1946). À la fin des années 1970, il anime avec son ami et complice Jean-Marie Auzias, Philippe Gardy, Jean-Paul Creissac ou encore Joël Meffre, la revue de création et de critique littéraires occitanes Jorn, dirigée par l’écrivaine Roseline Roche.

C’est à Lyon qu’il crée en 1975 la maison d’édition Fédérop qui le suivra ensuite en Périgord. Fédérop édite des écrivains du monde entier, et notamment ses compagnons de littérature occitane comme Max Rouquette, Bernard Manciet ou Philippe Gardy.
Il est également reconnu comme un traducteur pionnier en ayant traduit en français les plus grands écrivains castillans ou catalans du XXe siècle.
Comme écrivain occitan il publia plusieurs recueils poétiques à la suite de Cap de l’aiga (coll. « Messatge »,IEO, 1952).

Une partie de ses archives sont conservées à l’Universitat autonoma de Barcelona où une bibliothèque porte son nom.

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Le Comité occitan d'études et d'action (COEA)
Caucat, Domenge
Assié, Benjamin
Le Comité occitan d’étude et d’action (COEA) est un organisme militant créé en 1962 à Narbonne par un collectif de personnalités déjà impliquées dans le mouvement occitan, notamment au sein de l’Institut d’Estudis Occitans, « des écrivains et des militants de l’action dite culturelle, essentiellement linguistique, abordant les problèmes économiques et sociaux. » comme ils se définissent eux-mêmes, dans le Bulletin d’information du COEA (janvier 1970).
Dans les faits il est initié par Robert Lafont engagé depuis le début des années 1950 comme Secrétaire général de l’IEO pour la refondation d’une stratégie, d’une pensée et d’une action occitanes sur l’analyse des réalités économiques et sociales. Il est pendant une décennie le le principal animateur et le Secrétaire général du COEA, qui compte également parmi ses membres Yves Rouquette, Guy Martin, Gaston Bazalgues, Jean Larzac, Claude Marti, Michel Grosclaude, Bernard Lesfargues, Michèle Stenta, entre autres (source : Bulletin d’information du COEA).

Origines

En 1950, Robert Lafont devient Secrétaire général du tout nouvel Institut d’Estudis Occitans, fondé à Toulouse en 1945. Il présente un rapport de rupture avec l’action et l’objectif traditionnel - culturel, savant et linguistique - des organisations occitanes. Tout au long des années 1950 il ne cessa d'argumenter en faveur d’une refondation d’une stratégie occitaniste qu’il souhaite fondée sur une analyse solide des réalités économiques et sociales et proposer ainsi un projet politique pour l’avenir de l’Occitanie.
La position de Lafont convainc une nouvelle génération militante mais fait débat et entraîne un temps de crise avec les tenants d’une position « culturelle » autour de Bernard Manciet et surtout Félix Castan. La crise au sein de l’IEO est soldée en 1964 par l’exclusion de Manciet, Castan et Ismaël Girard.
Entretemps, le mouvement des mineurs de Decazeville avait fait émerger dans l’opinion occitane et dans les médias, une prise de conscience du malaise occitan autour de la notion de « colonialisme intérieur ». Robert Lafont avait analysé en 1954 dans son essai Mistral ou l’illusion (Paris : Plon) le rendez-vous manqué entre le mouvement félibréen et la révolte des viticulteurs languedociens de 1907 qui aurait pu déboucher, selon lui, à une adhésion massive de la société au mouvement de renaissance occitane du moment où il ne se cantonnait plus à l'action littéraire et linguistique, et ainsi déboucher sur un projet politique pour l’Occitanie. C’est donc pour ne pas rater un nouveau rendez-vous avec le mouvement social que le COEA est créé dès 1962, sans attendre la transformation au sein de l’IEO.

L’organisation

Quelques mois après sa création, le Bulletin d’information du COEA (n° 2, 15 mars 1963) fait un premier bilan de la nouvelle organisation : il annonce une cinquantaine de personnes adhérentes, la tenue d’une première assemblée générale en mai 1962 et l’adoption de statuts ouvrant la voie à une existence légale. L’organisme se veut « d’un type entièrement nouveau » et doté d’une doctrine qui « doit être entièrement neuve ». L’établissement de cette doctrine doit se faire dans le cadre de séances de travail et de débats par correspondance mais déjà le premier bulletin, « à un grand nombre d’élus du Pays d’Oc », contient une synthèse sur le concept de colonialisme intérieur à la fois comme grille d’analyse mais également comme vecteur de propositions politiques concrètes.
Sur le plan de l’organisation militante, le COEA affiche l’ambition de créer à partir du Comité central un maillage de « comités occitan d’action » au niveau régional, local, et dans les entreprises. Les fonctions entre le comité central et les comités divers sont définies ainsi : « le comité central analyse la situation, donne des directives et les comités divers sont les organes de l’intervention. » L’ambition est de mettre sur pied une organisation militante et ne pas devenir une organisation « académique », c’est-à-dire purement intellectuelle. Il s’agit également pour le COEA de créer un réel mouvement d’opinion autour de ses analyses et propositions et de favoriser « une prise de conscience occitane ».
Dans les faits, le développement d’une organisation militante massive ne s’est pas réalisé même s’il est fait état au fil des Bulletins d’un Comité auvergnat d’étude et d’action ou d’un COEA Paris.
En 1964 Robert Lafont, Yves Rouquette et d’autres membres actifs du COEA fondent la revue Viure. Si elle n’est pas un organe direct du COEA, elle est un lieu de diffusion et de débat sur les idées portées par l’organisation.
Le COEA publiera quelques livres : Principes d'une action régionale progressiste (Nîmes : COEA, 1966, réed. 1969), Le petit livre de l'Occitanie (Saint-Pons : 4 Vertats, 1971 ; réed. Paris : Maspero, 1972). Mais c’est avec les essais politiques de Robert Lafont autour du problème région et du colonialisme intérieur, publiés à grand tirage chez de grands éditeurs parisiens, que les analyses et propositions du COEA seront véritablement connues et diffusées auprès de l’opinion : La Révolution régionaliste (Paris : Gallimard, 1967), Sur la France (Paris : Gallimard, 1968), Décoloniser en France. Les Régions face à l’Europe (Paris, Gallimard, 1971), Clefs pour l’Occitanie (Paris : Seghers, 1971), Lettre ouverte aux Français d’un Occitan (Paris : Albin Michel, 1973), La Revendication occitane (Paris : Flammarion, 1974) ou encore Autonomie, de la Région à l’autogestion (Paris, Gallimard, 1976).

Le rôle politique

En juin 1964, le contact avec la vie politique est établi : le COEA participe avec des délégués à la Convention des Institutions Républicaines, nouveau parti politique créé par François Mitterrand, qui aboutira sept ans plus tard au fameux congrès d’unification des socialistes d’Épinay-sur-Seine (juin 1971). Le COEA reconnaît s’être constitué en club politique - mais refuse explicitement de devenir un « parti politique » traditionnel - afin d’entrer en contact avec d’autres clubs politiques (comme le Front régionaliste corse).
S’il fait partie des clubs fondateurs de la Convention des Institutions Républicaines qu’il fait adhérer à la problématique de l’autonomie régionale, le COEA prend ses distances avec l’organisation de François Mitterrand dans sa dynamique d’union avec la SFIO et la famille radicale. Non seulement la SFIO et les radicaux n’ont pas exprimé de position favorable aux problématiques régionalistes, mais de nombreux membres du COEA sont adhérents ou sympathisants des deux autres forces de la gauche des années 1960 : le parti communiste et le PSU. En 1967 la séparation avec la Convention des Institutions Républicaines est actée. Dans les faits le PSU de Michel Rocard apparaît de plus en plus comme l’organisation politique la plus proche des problématiques politiques du COEA (dénonciation d’une situation de colonialisme intérieur, défense de l’autonomie régionale, de l’autogestion, etc.) On peut sans doute mettre au compte du COEA le fameux rapport « Décoloniser la province » présenté en 1966 par Michel Rocard lors des Rencontres socialistes de Grenoble.
Le Comité occitan d’étude et d’action disparaît à l’orée des années 1970 et débouche sur la candidature de Robert Lafont, candidat des « minorités nationales » à l’élection présidentielle de 1974. Le COEA rendait possible une telle candidature, non seulement en permettant de mûrir une analyse et des propositions capables de tenir une telle candidature, mais également en établissement les liens entre organisations politiques régionalistes et en diffusant les idées du colonialisme intérieur en dehors des cercles militants. La candidature ayant été invalidée par le Conseil constitutionnel, les comités de soutien vont se transformer en mouvement autonome Volèm viure al país qui sera l’organisation des années 1970.
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Ràdio País : l'aventure des radios libres en occitan
Ràdio País est une station radio d'expression occitane créée en Béarn en 1983 au moment de la naissance des radios libres.
Dès lors que se libère la parole d’oc, dans les années 1960, 1970 et 1980, se pose la question de la diffusion des productions occitanes, chantées bien sûr, mais aussi de débats, entretiens, reportages sur la langue d’oc et son avenir. Assez vite, dans le sillage de ce qui se fait dans d’autres pays du monde pour la diffusion des musiques « subversives » comme le rock, des radios associatives, voire plus ou moins pirates, s’organisent localement et consacrent une partie de leur temps d’antenne à l’occitan. Citons par exemple en Périgord Radio Périgord Noir, Radio Liberté, Radio Kaolin qui diffusaient déjà la parole et l’expression artistique occitanes.
Avec l’apparition des radios libres, suite à la disparition du monopole radiophonique d’état en 1981, peuvent se structurer au grand jour de véritables organes de diffusion radiophonique spécifiquement dédiés à l’occitan. Parmi les radios occitanes pionnières, citons Ràdio Occitània, créée à Toulouse la même année, la Clé des Ondes à Bordeaux, Ràdio Albigés ou Radio Périgueux 103.
En Béarn, émet dès la fin 1981 La Voix du Béarn, radio d’hyperproximité émettant depuis la périphérie paloise, dédiée à la culture béarnaise et à la langue. En 1983, un groupe de dissidents de cette radio (qui émet toujours) s’en va fonder Ràdio País à Lescar, dans la banlieue de Pau. En tout une trentaine de journalistes, techniciens et animateurs fondent la nouvelle association loi 1901. Un an plus tard, un incendie détruit les locaux de la jeune radio associative qui, grâce à un mouvement de solidarité conséquent, se relance et même parvient à s’agrandir et à se développer. L’écrivain béarnais Roger Lapassade, qui faisait partie de l’aventure, raconte cette période fondatrice dans une nouvelle.
En 1996, Ràdio País se structure en une fédération d’associations, Fédération Vivre au Pays Ràdio País, dont les trois antennes (Béarn, Bigorre puis Gers en 2013). N’émettant qu’en Béarn et Bigorre (un seul et même programme), la Ràdio País inaugure en 2013 un décrochage gersois à Auch.
Le projet de Ràdio País est ouvertement occitaniste : 80% environ de ses programmes sont en occitan. La radio émet d’ailleurs non pas seulement en occitan gascon du Béarn, mais dans tous les dialectes d’oc. Elle est également diffusée en streaming sur son site www.radiopais.fr. Animée par des bénévoles, Ràdio País possède cependant des techniciens et des journalistes professionnels, titulaires d’une carte de presse. La radio propose quotidiennement l'émission d'actualité « Lo Gran Descluc » et plusieurs émissions sur l'oralité comme « Oralitat e Umanitat », « Per Sagòrra e Magòrra », des émissions pédagogiques comme « Lo cors deu CFPÒC » ou encore des émissions dédiées à la musique comme « Rose des sons » et « Rock Stage ».
Ràdio País s'est lancée récemment dans la vidéo et diffuse de nombreux reportages réalisés par les professionnels de la station.
Actuellement, l'association Ràdio País Lanas-Baish-Ador travaille à l'ouverture d'une antenne sur son territoire. Ràdio País est également à l’origine de la création de la FIMOC (Federacion Interregionau de Mèdias Occitans), qui regroupe les acteurs audiovisuels de l’occitan.
Fréquences :
Béarn - Pau : 89,8 MHz
Bigorre -Tarbes : 101,5 MHz
Gers - Auch : 90,8 MHz
Gers - Mirande : 98 MHz
Ràdio País
77, avenue des Lilas 64000 PAU
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La praxématique
La praxématique est une discipline linguistique initiée sous l’impulsion de Robert Lafont à la fin des années 70. Son nom est extrait de son unité d’étude de base: le praxème (du grec ancien praxis : l’action et semeion : le sens) 
Elle s’est construite en réponse critique aux approches structuralistes de Ferdinand de Saussure. Contrairement à cette approche qui distingue fond et forme, la praxématique est centrée sur l’analyse de la production du sens en langage.  Ce qui intéresse la praxématique est donc la signifiance. Robert Lafont invente la création de la signifiance en tant que concept, faite pour remplacer celui de signification. 
La praxématique est une linguistique anthropologique, réaliste et dynamique qui s'intéresse aux processus. Son idée fondatrice est que l'homme tire ses représentations linguistiques de sa praxis. Ainsi un des choix méthodologiques est le travail de description et d'analyse de corpus écrits et oraux authentiques pris dans leur contexte de production.
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Pierre Pessemesse, figure atypique de l'occitanisme provençal
Bertrand, Aurélien
Escarpit, David (1980-....)


Pierre Pessemesse (1931-2018), est un auteur provençal de langue occitane, aussi bien engagé de côté de l’Institut d’études occitanes (I.E.O) que de celui du Félibrige.

Issu d’une famille vauclusienne qui pratique l’occitan au quotidien, il ne découvre les mouvements associatifs occitans qu’au début des années 50, faisant ainsi le lien entre son « patois » et la langue d’auteurs prestigieux comme Frédéric Mistral. Peu de temps après, il découvre la revue littéraire Oc tenue par la nouvelle génération des occitanistes liée à l’IEO et menée par Robert Lafont. C’est cette génération qui sait attiser la curiosité et l'intérêt de Pierre Pessemesse, aussi bien engagé dans la création littéraire que la pensée théorique, politique et militante. Ainsi, à l'exception de son premier recueil Li graio negro (Les corneilles noires), qu’il co-écrit avec Serge Bec, une grande partie de son œuvre est rédigée dans la graphie de l’IEO et éditée par l’Institut.
Passionné par les langues, licencié d’allemand, son engagement militant est marqué par une défense permanente de la langue d’oc, aussi bien à titre personnel qu’à celui de maire de sa commune des Buoux (Vaucluse) qu’il dirigera pendant 28 ans. C’est à ce titre qu’il parraine en 1974, la candidature régionaliste de Robert Lafont à l’élection présidentielle française. Il est également un des membres historiques du PEN club de langue d’oc, section occitane du PEN club international, association d'écrivains internationale qui a pour but de « rassembler des écrivains de tous pays attachés aux valeurs de paix, de tolérance et de liberté sans lesquelles la création devient impossible ». Il est également entre 2002 et 2018, le président de la section occitane du Comitat d'afrairement occitano-catalan (Comité de jumelage occitano-catalan ; CAOC), association qui a pour but de développer les relations entre les cultures occitanes et catalanes. C’est à partir de la seconde moitié des années 2000 qu’il amorce un retour au sein du félibrige, couronné en 2012 par le titre de « Mèstre en Gai Saber ». C’est durant cette époque qu’il se rapproche du PNO (Parti de la nation occitane), publie régulièrement dans Lo Lugarn, la revue du parti, sans toutefois jamais adhérer à celui-ci. Il sera enfin un acteur de l’activité de l’Association Internationale d’Études Occitanes (AIEO) jusqu’à sa mort.

Personnalité marquante et iconoclaste, auteur d’une œuvre littéraire originale, très au fait des considérations littéraires de son temps, aussi bien françaises qu’occitanes, Pierre Pessemesse est l’un des écrivains provençaux de langue occitane les plus importants et les plus atypiques de la génération d’après-guerre. Il compte d’ailleurs parmi les premiers prosateurs de sa génération.
Ses prises de positions tranchées et son travail souvent provocateur ont parfois pu lui valoir certaines inimitiés tant du côté des penseurs que des militants de tous bords, politiques comme culturels, félibres comme occitanistes.
Reste son œuvre littéraire, d’une qualité indéniable, totalement inscrite dans le renouveau et le questionnement de son temps. À ce titre on peut relever le roman Nhòcas e bachòcas (1957), qui conte le quotidien d’un jeune homme au sortir de la Seconde guerre mondiale avec en trame de fond la fracture vécue par les jeunes occitans dans une société rurale traditionnelle partiellement occitanophone et une société moderne, plurilingüe et cosmopolite. Enfin, son triptyque De fuòc amb de cendre (1973, 1976, 1978) qui conte le parcours de deux jeunes occitans engagés dans les forces SS par idéalisme, demeure une pierre angulaire de la littérature occitane de la seconde moitié du XXe siècle par toutes les thématiques et problématiques qu’il soulève.

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Ballets occitans de Toulouse
Escarpit, David (1980-....)

Les Ballets occitans de Toulouse sont une compagnie de spectacle vivant créée en 1962 par Françoise Dague. La compagnie a joué un rôle majeur pour le renouveau culturel occitan, en particulier en matière de musiques et danses dites traditionnelles ou populaires et fut à l’origine de la création du Conservatoire occitan de Toulouse. [imatge id=21632] 

Françoise Dague

[imatge id=21633] Originaire du Limousin, Françoise Dague est immergée dans la culture populaire et la langue occitane par l’action de sa mère, Cécile Leygue-Marie (1905-1988), ingénieure-agronome, folkloriste réputée, passionnée de costume traditionnel qui, au contact du monde rural par son métier, va constituer une collection de premier plan aujourd’hui exposée au Musée des Jacobins à Auch.  [imatge id=21635]
La création des Ballets occitans dès le début des années 1960 participe d'une volonté de mettre en valeur la culture occitane au travers d'une troupe de musiciens-danseurs-chanteurs professionnels. Diplômée des Beaux-Arts, connaisseuse experte du costume traditionnel des pays occitans, chanteuse, danseuse, elle est aussi une grande costumière.

La compagnie des Ballets occitans de Toulouse

La troupe fait figure d'ambassadrice et de vitrine d'une culture occitane décomplexée, fière de ses héritages et spécificités culturelles - musique, danse, costume, langue, etc. - qu’elle rend ainsi « digne » du spectacle professionnel. Les ballets jouent en Occitanie et dans le monde entier : tournées en Grèce (1963), Allemagne (1964), Turquie (1965), Suisse (1966), Israël (1967), Hollande (1968), etc. La compagnie enregistre plusieurs disques, dont les deux premiers, en 1967 et 1969, sortent chez Philips. [imatge id=21634]
Le modèle de référence est celui des Ballets russes d'Igor Moïsseïev, c'est-à-dire une compagnie artistique de spectacle contemporain dont l’esthétique est enrichie de la culture folklorique authentique dépouillée de tous oripeaux susceptibles de la caricaturer.
Cette création s’inscrit dans un premier moment du revivalisme culturel avec la création de compagnies qui proposent des prestations scéniques mettant en valeur les danses et les costumes traditionnels : le Ballet national de danses françaises créé en 1961 par Jacques Douai et Thérèse Palau ou encore les Ballets populaires poitevins.

Véritablement pionnière, créée une décennie avant le grand mouvement de renouveau folk, le projet évolue au fil du temps : aux musiciens de type académique, interprétant les œuvres sur des instruments d'orchestre symphonique, se substitue une recherche organologique afin de retrouver et de réutiliser des instruments traditionnels occitans tels que le graile (hautbois du bas-Languedoc), la bodega (cornemuse de la Montagne noire), la boha (cornemuse gasconne), etc. Le chant, la diction sont travaillés, ainsi que les pas de danse afin de se rapprocher d'un rendu aussi proche que possible de la réalité traditionnelle.
En recherche permanente d’authenticité et d’originalité esthétique, la compagnie des Ballets occitans et Françoise Dague sont à l’origine d’importants fonds de collectes ethnographiques et ethnomusicologiques. Elle est à l’origine de la création à Toulouse, en 1971, du Conservatoire occitan chargé dès son origine de conserver et valoriser les fonds d’enquêtes orales, de transmettre les pratiques musicales et dansées mais aussi des cours de langue occitane par des ateliers publics et très vite de conserver les savoir-faire instrumentaux et de fournir aux musiciens de plus en plus nombreux des instruments avec des ateliers de facture instrumentale.

Les ballets occitans accueillent toute une nouvelle jeune génération qui sera ainsi sensibilisée et formée, parmi laquelle débute de nombreuses personnalités du renouveau culturel occitan contemporain : Jean-Pierre Lafitte, Claude Sicre, Rosina de Pèira, Pierre Corbefin, Xavier Vidal, etc.

Les Ballets occitans ont disparu à la fin des années 1980. Les archives de la compagnie (enregistrements et captations de spectacle, photographies, dossiers documentaires, etc.) sont conservés an Conservatoire occitan des musiques et danses traditionnelles (COMDT).

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Robert Lafont
Benjamin Assié
     Robert Lafont a fait le choix de confier ses archives, ses manuscrits et sa bibliothèque au CIRDOC qui se voit ainsi gestionnaire des matériaux d’une oeuvre et d’une action d’envergure historique. Par son importance, ce legs a profondément fait évoluer la vocation de l’institution et son approche de la question patrimoniale.

Disons-le d’emblée pour qui voudrait comprendre l’importance de l’œuvre et de l’action de Robert Lafont pour la modernité occitane et son ampleur européenne : avec Robert Lafont, la pensée, l’action, la création occitanes réunies ont retrouvé le chemin de l’Histoire et de l’actualité. Comme l’a écrit l’historien Philippe Martel, Robert Lafont, c’est celui qui fait sortir l’occitanisme du XXe siècle de son statut de société secrète et qui réussit à en faire un élément important du mouvement social, culturel et politique qui a marqué la seconde partie du siècle.

De 1943, date de la publication de ses premiers textes, à sa disparition en 2009, Robert Lafont a entrepris, à travers une œuvre plurielle et immense - plus d’un millier de publications ! -, indissociable de sa mise en action concrète par l’engagement intellectuel et politique, de rouvrir à peu près tous les chantiers, linguistiques, esthétiques, historiques et méthodologiques, nécessaires au rétablissement d’une parole occitane porteuse d’une compréhension du monde et d’une influence sur les grands problèmes de son temps.

Il est difficile de rendre compte ici de l’ensemble des disciplines scientifiques, des écritures et expériences littéraires, des centres d’intérêts et des aventures intellectuelles et militantes qui forment l’héritage de Robert Lafont, tâche qui n’est d’ailleurs pas à ma portée. Pour en saisir néanmoins la force d’ensemble, il semble que Robert Lafont ait ancré la dynamique de sa création, de sa recherche scientifique, de sa pensée et de son action dans l’analyse permanente des processus historiques, économiques et sociaux qu’il chercha à comprendre autant qu’à transformer : analyse, pensée, création et action forment ainsi le processus d’ensemble de toute une oeuvre, multiforme et cohérente.

Lafont apparaît sur la scène littéraire et militante à l’âge de vingt ans, dans une situation de crise profonde : crise générale de l’Europe au sortir de la guerre, crise particulière d’un occitanisme au plus bas. Dès 1943, son premier texte publié est un appel à la fédération d’une jeunesse occitane et d’une union entre les générations, posant d’ores et déjà les bases d’un parcours entièrement tourné vers la recherche d’une stratégie collective et l’élaboration d’une méthodologie pour une pensée et une action occitanes capables de se joindre au mouvement social général. Il est parmi les fondateurs de l’Institut d’Estudis Occitans en 1945. Dès 1950, il est secrétaire général de l’IEO et propose un rapport de rupture qui fit débat et resta inédit : il fait une analyse historique du mouvement depuis le Félibrige, dénonce l’illusion d’un nationalisme occitan et appelle à fonder l’action non plus sur une “foi” mais sur une réalité sociale, étudiée, connue et analysée. Il poursuit deux ans plus tard avec un article sur “Les conditions et les méthodes d’une étude rationnelle du comportement linguistique des occitans” Dans ces années 1950 où “s’eriam mes a far Occitània”, il réussit à faire adhérer une part active du mouvement à la nécessité de son extension aux questions économiques et politiques tout en l’éloignant de la tentation nationaliste. Au même moment, Il fait paraître son premier essai en français dans une maison d’édition nationale - le premier d’une longue série - intitulé Mistral ou l’Illusion. Ici encore, les analyses de Lafont sont clivantes pour le mouvement occitan mais permettent de faire émerger une dynamique collective consciente des erreurs historiques, libérée des mythologies, armée méthodologiquement pour comprendre et agir sur l’actualité. Ce seront les “20 Glorieuses” de l’occitanisme - l’expression est de Lafont - qui voient les idées - le “colonialisme intérieur” que Lafont analyse et diffuse auprès de l’opinion française dans des essais à grands tirages - et les acteurs du mouvement occitan au coeur de grands mouvements sociaux qui agitent l’Occitanie. Il est à l’origine de plusieurs organisations (Comitat occitan d’estudis e d’accion, mouvement Volèm Viure al pais) et présente sa candidature à l’élection présidentielle. Déjà il pense l’avenir occitan dans le cadre d’un projet européen articulé avec les régions. La contribution à un projet européen régional restructuré sur le dénouement du modèle des Etats-nations anima sa pensée et ses engagements après la crise des années 1980 (crise interne du mouvement occitan dont il est mis à distance, évolution politique française par un début de décentralisation) jusqu’à sa disparition en 2009. Il fut l’un des initiateurs de l’Eurocongrès 2000 des pays occitans et catalans.
Ainsi Robert Lafont c’est la pensée occitane mûre et méthodique, consciente de ses erreurs historiques, qui déconstruit l’idéologie ou l’impensé pour s’ancrer dans la société réelle et agir sur l’avenir : l’occitanisme ne peut être qu’un projet de société par la société, qui actualise son discours et son action à partir des données économiques et sociales de l’Occitanie réelle et non fantasmée, la sortant de son statut de rêve romantique pour devenir un haut niveau de conscience historique et un avenir européen en construction.

De là, une œuvre prolifique et à première vue pluridisciplinaire, en réalité polygraphique. On a pu dire qu’il était une forme contemporaine de l’honnête homme du XVIIe siècle. Mais l’enfermer dans cette image serait à mon avis passer à côté de l’extraordinaire cohérence de l’ensemble pensée-création-action qu’a fort bien mis en lumière le critique Philippe Gardy dans un essai récent qu’on ne peut que recommander à tous ceux qui souhaitent saisir les lignes de force de la démarche de Robert Lafont.
Pour embrasser l’œuvre et l’action lafontiennes dans son ensemble, Philippe Gardy utilise une double image : l’arbre et la spirale. L’arbre c’est l’écriture et l’action qui s’enracinent dans le vécu historique et sociologique de la langue, donnée vécue dès l’enfance chez Lafont, point fixe du développement de l’arbre et de ses multiples ramifications. Le développement des ramifications est mu par le désir de déchiffrer les origines de cette situation historique et sociale, d’en saisir les mécanismes et d’en révéler ce qu’elle peut apprendre sur le fonctionnement des sociétés à partir de ce qui fait la spécificité des hommes, le langage.

« Si l’image de l’arbre correspond bien à la façon dont l’oeuvre croît et se démultiplie au fil des années et pour répondre aux circonstances, celle de la spirale, de son côté, désigne la sorte d’enroulement sur elle-même qui organise l’ensemble. »

L’ancrage d’une oeuvre et d’une action aussi plurielles dans une analyse fine de l’histoire et de l’actualité, c’est ce qui donne à chaque contribution de Lafont aux débats littéraires, universitaires ou politiques une résonance si importante pour ses contemporains. C’est peut-être aussi ce qui fait qu’une fois Robert Lafont disparu, on est pris par une sorte de sensation d’injuste et soudain silence face à son héritage. Force est de constater qu’en dehors des milieux qui l’ont côtoyé, pour qui souvent il fut un enseignant, un formateur, un émancipateur et qui entretiennent avec exigence son héritage littéraire et intellectuel, la figure de Robert Lafont, dix ans après sa disparition, s’est considérablement estompée dans le paysage intellectuel et social occitan comme européen. C’est pourquoi à l’occasion du dixième anniversaire de sa disparition, il est heureux que des organisations comme la Generalitat donnent l’occasion de faire découvrir une pensée et un héritage intellectuel d’une surprenante utilité dans le contexte actuel.

Robert Lafont a fait le choix de léguer par testament sa bibliothèque de travail, ses archives et manuscrits au CIRDOC, choix que l’on peut considérer mûrement réfléchi : d’abord Robert Lafont a fait preuve dans son parcours d’une impressionnante cohérence d’ensemble et d’un sens aigu de l’Histoire ; par ailleurs, il avait déjà donné de son vivant au CIRDOC, et par là à la connaissance et l’accessibilité publique, la totalité de sa correspondance reçue, soit plus de 20’000 lettres provenant de près de 3’500 correspondants.
Le CIRDOC est une institution à part dans le paysage des institutions culturelles françaises. Il est une création directe des « 20 Glorieuses » de l’occitanisme. Pris dans un mouvement de « libération » des cadres historiques du centralisme d’État conjugué aux intérêts des grandes industries du Nord et de l’Est français, l’occitanisme a voulu par le même mouvement définitivement déverrouiller sa frustration culturelle historique : faire prendre conscience à la société occitane voire à la société française et européenne tout entière, non seulement du fait linguistique et culturel occitan dans l’Histoire, en particulier en révélant son apport littéraire, scientifique, intellectuel à la culture européenne, mais aussi d’en affirmer l’actualité et la revendication à exister dans le monde contemporain. C’est ainsi qu’au plus fort du mouvement, en 1975, l’écrivain et activiste occitan Yves Rouquette, ancien élève puis compagnon de route de Robert Lafont dans les années 1960, quoiqu’en conflit idéologique pour ne pas dire en rupture avec son ancien maître à ce moment-là, entreprend à Béziers ce qu’il conçoit comme un « outil structurant de décolonisation » en appelant les écrivains et intellectuels occitans à créer une bibliothèque nationale occitane d’initiative populaire : ce sera le Centre international de documentation occitane (CIDO), devenu depuis une institution publique officielle, le CIRDOC.

Né de la mobilisation citoyenne pour être l’un des outils de reconquête culturelle et linguistique, le CIRDOC n’est assurément pas une institution patrimoniale comme les autres, particulièrement dans le contexte institutionnel français, quand bien même a-t-elle trouvé depuis une forme de normalisation politique par son statut d’organisme public. Le CIRDOC n’a jamais eu l’occasion ni la tentation de devenir un temple culturel où les œuvres et les héritages des écrivain-e-s, des artistes, des chercheur-e-s seraient pieusement conservées et offertes à l’admiration des générations futures pour célébrer une identité collective bâtie dans le culte des gloires passées. Par la pression sociale et politique due à son étrange mission de service public intégralement dédié à la valorisation d’une langue non officielle en France, le CIRDOC fonctionne, quel que soit les orientations de ses directions ou de ses équipes successives, comme un lieu d’extraction et de transformation de la matière linguistique et culturelle occitane prise dans sa richesse et sa diversité historique, afin de permettre à la société actuelle de se l’approprier et de l’exploiter librement dans le cadre d’une création et d’une pensée occitanes vivantes et actuelles.
Le fonds Robert Lafont conservé au CIRDOC permet de saisir les nombreuses ramifications, chantiers littéraires et scientifiques, centres d’intérêts et leur cohérence d’ensemble.

Sa bibliothèque d’abord, avec 4’500 ouvrages reflétant les domaines de recherche-action qui ont été les siens. L’histoire littéraire occitane, dont il a fut au final le premier vrai historien, dans sa totalité historique et générique. Auteur d'inestimables synthèses d’histoire de la littérature occitane, il fut aussi celui qui mit à jour, non sans susciter critiques et débats, des périodes et mouvements jusqu’à lui contestés voire inconnus : la renaissance Baroque du XVIe et XVIIe siècles dès les années 1960 et à la fin de sa vie le remarquable chantier sur l’épique médiévale occitane. Révéler que la langue occitane, déjà difficilement reconnue par les institutions académiques françaises pour son rôle fondateur pourtant indéniable dans la naissance de la poésie européenne, a pu produire une histoire littéraire complète et diverse sur plus de dix siècles, contribuant aux grands mouvements esthétiques et littéraires européens, fut une tâche politique aux effets polémiques, régulièrement attaquée mais pourtant fondamentale dans le projet occitan global de la seconde moitié du XXe siècle.

La linguistique est représentée dans sa bibliothèque pour ce qu’elle fut dans l’oeuvre de Lafont : un intérêt large pour le fait de langage et “les langues” avec une place importante pour la sociolinguistique catalane.

On trouve dans sa bibliothèque bien sûr la création littéraire de son temps qui permet de saisir le critique littéraire qu’il fut, et l’écrivain dans son environnement générationnel, celui de 1945 et de l’Après-Guerre. Dans cette génération, Lafont s’est attelé ici aussi au chantier peut-être le plus vaste : expérimenter l’écriture occitane dans sa plus grande diversité, partir en quête de tous les territoires où la prose, la poésie et même le théâtre peuvent prouver la vastitude des capacités littéraires occitanes.

Aux côtés de sa bibliothèque : ses archives et manuscrits, milliers de dossiers de travail, de manuscrits, de correspondances qui attirent chaque année des dizaines de chercheurs de France et d’Europe tant ils constituent, au-delà de l’ouvroir de l’écrivain, du penseur et de l’homme d’action, un matériau documentant toute la modernité occitane voire, du point de vue occitan, une approche du monde contemporain.

La teneur du fonds tend à montrer que Robert Lafont n’a visiblement pas cherché, avant de rendre public les archives de son travail personnel, à trier ni à sélectionner les matériaux de sa biographie que l’on écrirait après lui. Je crois qu’il est le reflet de son rapport à l’autobiographie, genre sur lequel il a explicitement exprimé ses réticences. Livré dans son intégralité, des premiers écrits de jeunesse aux derniers, les relations épistolaires de toute une vie, les archives et manuscrits d’une œuvre immense, il révèle peut-être plus que la biographie d’un homme particulier, mais le parcours d’une expérience sociolinguistique qui constitue un vécu social et historique commun pour nombre “d’occitan-e-s”, transformé en aventure intellectuelle qui permit une compréhension fine du monde contemporain et d’agir sur son évolution.

Ce fonds est-il aujourd’hui condamné à devenir un objet d’érudition réservé à celles et ceux qui auront les clefs de la compréhension et de l’intérêt d’y revenir puiser une analyse sur les victoires et les échecs passés de la pensée et de l’action occitanes ?

Au regard de la situation actuelle je ne le crois pas. L’œuvre et l’action de Lafont, désormais accessibles comme un tout, seront de plus en plus débarrassés des positions partisanes de son époque pour constituer un matériau méthodologique, critique, de savoirs complets sur l’histoire, la langue et la littérature, que son auteur a voulu mettre à la disposition publique, comme une ultime publication. Il est urgent désormais de s’en saisir pour ce qu’elle a de plus précieux à nous offrir : une exigence, une méthode et un appel à l’aventure intellectuelle qui rend possible la transformation du réel.
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André Benedetto

Né à Marseille, André Benedetto (1934-2009) est un auteur de théâtre, metteur en scène et comédien.
Il crée en 1961 la Nouvelle Compagnie d’Avignon avec le comédien et metteur en scène avignonnais Bertrand Hurault. En 1963, la compagnie s’installe dans une salle jouxtant le cloître des Carmes, qui devient le Théâtre des Carmes, devenue un lieu-référence du théâtre contemporain. C’est ici qu’André Benedetto « invente » le Festival Off en 1966-1967.

L’année 1973 marque l’arrivée d’André Benedetto et de la Nouvelle Compagnie/Théâtre des Carmes d’Avignon dans le mouvement culturel occitan. Depuis le début des années 1960, André Benedetto aborde dans ses pièces les grands thèmes d’actualité et de la société (Le Pilote d’Hiroshima, 1963, Les voyous, 1965, et surtout Napalm en 1967, première pièce française sur le Vietnam). Benedetto et sa compagnie mènent une critique féroce de la politique de décentralisation théâtrale, dont le festival d’Avignon est le symbole. Ils initient le festival Off et publient un manifeste contre la politique culturelle institutionnelle.
Toujours à la recherche de nouveaux thèmes et formes de création, il se tourne en 1973 vers l’Occitanie. Il initie une réflexion sur le théâtre populaire comme théâtre enraciné dans un territoire, un environnement social et culturel.

Du 10 au 24 juillet 1973, en plein XXVIIe Festival d’Avignon, il met à disposition le théâtre des Carmes pour des « Rescontres occitans ». Cette année-là deux pièces de la Nouvelle Compagnie sont programmées officiellement au Festival d’Avignon, La Madone des ordures et Pourquoi et comment on a fait un assassin de Gaston D. qui revient sur l’affaire Dominici.
André Benedetto met le théâtre des Carmes à la disposition du Teatre de la Carrièra qui joue La Guerre du vin, monte une librairie éphémère spécialisée dans la littérature et les problèmes occitans, distribue dans la rue un journal militant, Esclarmonda et organise le soir du 14 juillet un « bal des ethnies » en opposition au bal « national » de la ville. 
Écrivains, acteurs, artistes, metteurs en scène, intellectuels et militants occitans se rassemblent autour de ces Rescontres occitans d’Avignon, qui marquent un moment de convergence des acteurs culturels occitans qui se structureront en 1977 autour de deux collectifs, l’Action Jeune Théâtre (AJT) et l’Accion Culturala Occitana (ACO).

[imatge id=166]André Benedetto entame dès 1974 une collaboration avec Félix Castan, figure idéologique du mouvement occitan de l’Après-Guerre, penseur de la régionalisation de la culture. La collaboration Castan-Benedetto produit notamment Le Siège de Montauban en 1974 dans  le cadre du festival d’Occitanie, pièce historique montée avec les habitants de la ville.
Il est membre de la Linha Imaginòt, le collectif occitan et littéraire créé autour de Félix-Marcel Castan, dont il est proche, ainsi que de Bernard Lubat et de l’écrivain Bernard Manciet. Réfléchissant sur la décentralisation culturelle, André Benedetto travaille avec Serge Pey, avec qui il organise à Toulouse les premières Nuits de la Poésie. Il compose et jour en 1999 la pièce occitane  San Jorgi Roc.

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Bernard Manciet
Lartigot, Fanny

Bernard Manciet est un écrivain originaire des Landes, né à Sabres en 1923 et mort à Mont-de-Marsan en 2005.

Il débute sa scolarité à Sabres avant de partir à Talence et Bordeaux pour passer son baccalauréat. Il fait des études de lettres et de sciences politiques à Paris. Bernard Manciet est mobilisé quelques temps comme sous-officier dans la zone d'occupation française en Allemagne. Il revient à Paris et reprend ses études en sciences politiques. Il sert ensuite dans les services diplomatiques, d’abord en Allemagne puis, en 1953 en Amérique du Sud.  Il revient dans les Landes en 1955, il se fixe à Trensacq où il fonde une famille et gère l'entreprise de sa belle-famille (les établissements Dayon et Manciet) dans le secteur de la scierie. En 1965, il quitte son travail à la scierie familiale pour se consacrer pleinement à l'écriture. 

Il avait commencé à publier dès l’Après-Guerre, notamment dans Reclams, la revue littéraire de Béarn et Gascogne dirigée par Miquèu de Camelat. Son premier poème, « A le nèu », paraît à l’été 1945 (Reclams de Biarn e Gascougne, Annada 49, n° 07-09 - Garba-Seteme 1945) À partir des années 1960 il se réalise dans la poésie, le roman, l'essai ou encore les pièces de théâtre. Le fil conducteur de cette œuvre est l'occitan gascon « negue » (parler noir) des Landes, dont il se disait le « renard ». 

En 1964 paraît le roman Lo gojat de noveme (Toulouse : Institut d'Estudis Occitans), considéré comme l’une des œuvres majeures de la littérature occitane du XXe siècle. Lo gojat de noveme est le nom que donne Bernard, le narrateur, à cet étranger qui vient chaque année au Barrail pour quelques jours puis reprend son chemin vers on ne sait quel destin. Une année, il ne réapparaît pas. Commence alors une longue attente d'une famille écrasée par la misère et l'isolement. 

Il devient dans ces années-là une figure importante du mouvement intellectuel et littéraire occitan. Il participe pour un temps aux débats occitanistes au sein de l’Institut d’estudis occitans aux côtés d’autres grandes personnalités de sa génération. Membre puis secrétaire de l'Institut d'Estudis Occitans, il s’oppose au cours des années 1950, aux côtés de Félix Castan, à la voie nouvelle lancée autour de Robert Lafont qui souhaite un élargissement de la pensée et de l’action de l’IEO aux champs économiques, sociaux et politiques. Il cosigne avec Félix Castan « La Déclaration de Nérac » en 1956, véritable manifeste contre la nouvelle doctrine économiste et politique initiée par Lafont et qui tente de définir le cadre d'une nouvelle approche stratégique et esthétique culturelle. Il rompt avec l’IEO en 1964 : à l’Assemblée générale de Decazeville (6 septembre 1964) les opposants à la pensée et la stratégie économiste et politique (Ismaël Girard, Félix Castan et Bernard Manciet) sont exclus.

Bernard Manciet est actif pour la création et la diffusion de la création littéraire occitane. Il prend la direction de la grande revue de la modernité littéraire occitane OC (fondée en 1923). 

Bernard Manciet n’a cessé de répéter que son modèle était la parole populaire et l’éloquence sacrée, et que le poème écrit n’était qu’une étape vers sa profération. À partir des années 1980 il devient lecteur public de ses propres poèmes. Il prend part à de nombreux évènements, comme le Festival occitan d'Eysines en 1987, où il rencontre le jazzman Bernard Lubat avec lequel il se produit à plusieurs reprises notamment dans le cadre du festival d’Uzeste.  

Il est reconnu dès les années 1960 par le monde de la littérature occitane comme l'un des auteurs majeurs de la modernité. En 1972 René Nelli écrit qu'il est certainement l'un des grands poètes méconnus de l'Europe moderne (René Nelli, La poésie occitane des origines à nos jours, Paris : Seghers, 1972). La publication, en 1989 de son long poème en 16 chants L'Enterrament à Sabres (Garein : Ultrei͏̈a, 1989 ; 2e ed. : Paris : Gallimard, 2010) lui permet d'accéder à une reconnaissance nationale et internationale. Son dernier livre Casaus perduts (Pau : Reclams, 2005) est un recueil de contes où se mêlent douceur et ironie face au temps qui passe.

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Yves Rouquette
Caucat, Domenge
De las rasigas roergassas, Ives Roqueta nasquèt a Seta en 1936 d’un paire caminòt e d’una maire que teniá una espiçariá. Professor de letra, òme de terren e d’accion, menaire infatigable, del vèrb naut, d’una eloquéncia magnifica, foguèt un actor dau renovèl militant de las annadas seissanta e joguèt un ròtle màger dins l’occitanisme contemporanèu mai que mai al dintre de l’IEO. Se los vejaires son partejats sus lo personatge volontièr provocator e sas orientacions militantas, l’unanimitat se fa per saludar una òbra literària d’una qualitat remirabla. « Escriveire public », poèta de la vida e dels pantaises, foguèt contaire, autor e actor de teatre, romancièr, assagista, traductor, amb al còr de sa quista tant politica coma literària una fidelitat a sas originas e a son pòble dins sa simplicitat, son umilitat, lo pòble sempre coma sorsa d’inspiracion.

La lenga d’òc es un afar de familha a cò dels Roquetas, los parents se parlavan en « patés » mas s’adreiçavan totjorn en francés als enfants. Lo paire, emplegat de gara a Seta, sortissiá dau pont de Camarés e la maire de Confoleus, a doas oras de camin d’a pè, mas prenguèt una espiçariá dels Docks Méridionaux, a Seta tanben. Es aval que se tornèron trapar e se maridèron. Lor nasquèron dos enfants, Ives en 1936 e dos ans aprèp son fraire Joan, lo futur Joan Larzac. Quand petèt la guèrra, los enfants foguèron plaçats a cò dels grands, dins lo sud Avairon, dins una societat paisana e completament occitanofòna. Es aquí qu’Ives se trachèt que mestrejava perfièchament lo « patés » que se parlava a son entorn.

Tornat a Seta, a 10 ans, al collègi encontra Robèrt Lafont, « ma segonda maire » çò disiá Ives que « lo va metre al monde de la literatura e de l’occitan ». Li apren que son patés es una lenga, l’occitan, e l’accepta dins sos corses de primièra, terminala. Del còp, dins lo meteis temps que descobrís la literatura francesa, lo pichòt Ives dintra dins la literatura d’òc e se tracha de la capacitat, en mai lo cant e la poesia, qu’a l’occitan per tot dire. Es tanben lo temps que nais son amistat amb Pèire François que vendrà puèi l’illustrator de son òbra. Quand Lafont se’n va, mudat en Arle, Ives Roqueta se carga a 14, 15 ans d’esperlongar los corses d’occitan. Lo mèstre i manda regularament libres en occitan e en 1952 lo convida a una amassada de l’IEO a Montpelhièr. Estonament novèl, la lenga se pòt acarar a d’analisis culturalas o societalas .

Aprèp lo bac que passa amb l’opcion occitan -èra la primièira annada que se podiá far- dintra en hypokhâgne, a Montpelhièr. Max Roqueta que remira ven son correspondent e l’aculhís coma un filh cada dijòus pendent quatre ans. Va vistalhar tanben Leon Còrdas que teniá per l’IEO una bugadariá carrièira de l’agulhariá, escambia amb Carles Camprós, Max Allier, Cristian Anatole. Per fidelitat per los sieus, per « son paure monde », en 1958, Ives Roqueta daissa tombar un temps los estudis per se faire escriveire public en lenga d’òc publicant son primièr recuèlh de poesia.

Mèstre d’internat al licèu de Nimes, son recaptador novèl es a cò dels Lafonts tot demorant marcat a la fac per defugir la mobilizacion en Argèria. S’enseguís una experiéncia religiosa de dos ans a Sant Bonet de Galaura, aqueste còp coma susvelhant-ensenhaire, dins un Fogal de Caritat de Marta Robin. Lafont nos ditz qu’es a aquel moment que « noirit d’una experiéncia crestiana de la dolor del mond e tanben d’un occitanisme a la Bodon que ressentís la mòrt del país d’òc coma una mòrt de l’òme »1 que, còrmacat, Ives escriu Lo Mal de la tèrra. Son engatjament politic contra De Gaulle e son referendum lo buta a quitar aquela vida quasi monacala. Finís per acabar sa licéncia de letras classicas, redigís un estudi sus Pons que lo recep dins son ostal a Illa-de-Riberal (en francés Ille-sur-Tèt), passa e obten lo CAPES.

En 1961, encontra, mercé Camprós, Maria Roanet al cercle occitan e l’esposa sulpic. En 1962, Ives es cap redactor de la revista Òc, guierdonat del Prèmi de las letras occitanas per la Paciéncia e s’amistança amb Josèp Delteil. Es l’annada de la grèva de la Sala : Lafont, Campros e qualques autres vòlon donar a l’accion occitana una dimension politica que pren fòrma amb la creacion en 1965 del COEA, lo Comitat Occitan d’Estudis e d’Accion que met en abans lo concèpte de colonialisme interior presentat per Robèrt Lafont. En 1972-73, dins aquel encastre, Ives torna sus aqueles eveniments de la Sala « per tornar escriure l’Istòria diferentament ». Aquò dona en 1975 a cò de Vent Terral, los Carbonièrs de la Sala, amb de tèxtes de Pradèl, Bodon, Mallet. Lo retrobam tot parièr ligat a las luchas vinhaironas dau temps.

1962 es tanben un pòste a Ancenís, Leir Atlantic e un engatjament sindical mas l’amor de la lenga d’òc los fa tornar al país, a Besièrs, la vila de Maria Roanet, en 1965. Ives, professor al licèu Enric IV, s’assabenta de la vida politica e socio-economica de la vila tocada en plen per una catastròfa economica e influenciat per Aimé Césaire escriu L’òda a Sant Afrodisi, « un daquòs de colonizats ». Es una denóncia del torisme de massa, la revòlta dels colonizats de la tèrra entièira e l’angoissa atomica qu’Ives pòrta al còr dempuèi l’enfança e los imatges dels camps de concentracion. Lança tanben, aquela annada, la revista Viure e un moviment de reflexion Réalité occitane et Christianisme.

1968 es l’encontre amb Claudi Martí e en seguida de Guiu Broglia decidisson de faire cançons. Es la debuta de l’aventura de la Nòva Cançon Occitana amb la creacion del labèl Ventadorn que pòrta la paraula d’òc en public cotria lo teatre de la Carrièira per « un desmontatge dau processús d’alienacion e de colonizacion en contacte amb la realitat d’una societat occitana que se met en moviment ».

Es lo temps : de l’interés per lo catarisme e l’afrairament amb Nelli ; del trabalh d’escritura per sortir del campèstre e installar -en seguida Maria Roanet e Dins de patetas rojas- la literatura occitana en vila amb Made in France ; del raprochament d’Ives Roqueta de Joan Bodon per qual ten una granda admiracion. Una amistat prigonda es a nàisser. Roqueta publica Bodon dins Òc, n’es lo secretari, e dins Viure. Mans de Breish, Marti, se n’emparan per fargar cançons. « Amb Bodon la literatura d’òc agèt son escriveire mas una lenga se sauva pas per de cap d’òbras… ».

La batèsta de menar per que la lenga d’òc foguèsse una lenga del mond contemporanèu passa pel Larzac. Non violéncia, dobèrtura suls autres, necessitat a se descolonizar, Ives se fa escrivan, poèta d’òc al dintre del moviment : « Tota lucha deu èsser pacifista e dobèrta sus lo mond entièr ».

Organiza tanben en 1974 una exposicion Mille ans de littérature occitane a Besièrs e fonda amb Robert Sirc, Jacques Boisgontier, Carles Camproux, lo CIDO que vendrà puèi lo CIRDÒC en 1999. En mai, es la naissença cotria Joan Pèire Laval de Volèm viure al país, un moviment autonomista.

Lo questionament sul nacionalisme occitan per quin Ives a de simpatias, la necessitat per el de vulgarizar tota idèa per anar a l’encontre del pòble, mena a una crisi aguda al dintre de l’IEO que s’estrifa a l’amassada generala d’Orlhac entre doas tendéncias : l’una portada per Roqueta dicha « per un IEO non dependent » qualificada per sos opausants de « populista » ; l’autra « l’Alternativa » o « universitària » que ligada a Robèrt Lafont. Es la rompedura amb Lafont e los universitaris que quitan l’organisacion en 1981. Es un moment amargant, lo desencantament aprèp l’eleccion de Mitterand qu’aviá signat lo manifèsta « l’occitan lenga nacionala » aquò malgrat de succèsses coma las placas de carrièiras a Besièrs, a Montpelhièr o lo primièr maridatge en occitan celebrat per Maria Roanet, conselhièira municipala, e las primièiras calandretas.

En 1982, Ives Roqueta quita la direccion de l’IEO per passar la man tot contunhant son trabalh d’escritura, de creacion d’exposicions, de teatre, de cronicaire, de traduccions. Se fa aparaire de las reviradas : Delteil, Hauréau, Valéry, Giono, Victorini…, « cal saupre manjar quicòm mai que de pan d’ostal », çò disiá. Amb Maria Roanet quitan Besièrs en 1996 per se’n tornar dins L’ordinari del monde, al país dels davancièrs, a La Sèrra, ont Ives Roqueta esperlonga son prètzfach d’escritura cap als sieus. Contunha de publicar fins a sa mòrt en 2015.
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