En aquel mès de junh, lo Collectif Temporadas aprestarà e festajarà la Sant Joan :
la fèsta del equilibri entre las forças contradictòris del fuòc e de l'aiga, del jorn e de la nuèit, del femenin e del masculin…
Se n'ia un signe al solstici d'estiu , es lo del MARIDATGE entre los contraris, fuòc e aiga : un miracle impossible e pasmens real à la dimension del cosmòs e del infinidament pichòt, del local e del universal !
Les ateliers du COMDT et le chœur Tolosa Cantèra sillonneront les places, les rues, les terrasses et les quais de la Garonne pour aller à la rencontre du public et les sensibiliser aux sonorités des pays d’oc. Chants participatifs, bals improvisés seront au rendez-vous.
Piget Prod.
Matthieu Verlhaguet est un jeune gars du pays, vaguement blasé de la vie qu’il mène, partagée entre les filles, les dimanches pastis-grillades chez les parents, et son boulot…mortel. Il a suivi son père, entrepreneur de pompes funèbres, et tout naturellement monté une affaire de films d’enterrements, sans jamais trop y croire lui-même. Tout irait donc platement bien pour Matthieu si un jour ne (re)surgissait dans son existence Thomas Lebouly, un jeune homme beaucoup trop enthousiaste, qui veut lui forcer la main pour monter une série audiovisuelle en occitan. Un drôle de road-trip commence alors à bord de la « Paure Trencavèl », sur les traces de financements publics et de trésors perdus, en compagnie d’un cynique qui pourrait bien s’attendrir et d’un idéaliste pas encore tout à fait irrécupérable. Frais, drôle, rythmé, d’une qualité technique irréprochable qui n’a rien à envier au paysage télévisuel actuel et surtout presque entièrement tourné en occitan (sous-titré), le projet de La Seria est résolument nouveau, tout en portant en lui des questions latentes sur le rapport à sa langue, à sa culture, la possible ou l’impossible conciliation avec la jeunesse, la « normalité », la « société » … Mais La Seria est d’abord une œuvre de fiction divertissante, celle, croisée, d’un écrivain-scénariste (Julien Campredon) et d’un réalisateur (Amic Bedel) qui se jouent de bon nombre de codes et se moquent allègrement de leur propre processus de création. La Seria, une série de deux types (avec des potes) sur deux types (avec des potes) qui veulent réaliser une série et galèrent pour y arriver… de mancar pas !
Max Rouquette reconnaîtra chez le poète andalou ce chant profond, cette fusion d'inspiration populaire et de modernité poétique que lui-même plaçait au cœur de sa recherche.
Éric Fraj chante ici, soit a capella, soit accompagné à la guitare et aux percussions par Morgan Astruc, des poèmes de Lorca dans la traduction de Max Rouquette, tirés du Romancero gitano, du Cante Jondo, du Diván del Támarit, et du Llanto por Ignacio Sánchez Mejías.
La voix d’Eric toute de clartés et d'ombres, les rythmes andalous en résonance discrète, fusionnent pour donner quelque chose de neuf, d'original, et de très émouvant.
Eric Fraj : Chant, guitare
Morgan Astruc : guitare, pandeiro
Quand les cornemuses des frères Espinasse, qu’elles soient gasconnes (les bohas), de la Montagne Noire (la bodega ou craba) ou du Centre (musettes), rencontrent la vielle à roue ou les percussions de Coco Le Meur : percussions à peaux ou Steel Drums qu’il fabrique lui même ; ça balance terriblement, rondèu que balha enveja de dansar ou scottish qui prend des airs exotiques.
Un répertoire exactement à michemin entre la Gascogne, le Centre et ailleurs, dans lequel les Bohas (Cornemuses de Gascogne) trouveront leur place.
Joan-Miquèu Espinasse : Cornemuses, fifre, flûtes à trois trous
Felipe Espinasse : Cornemuses
Coco Le Meur : Percussions, vielle à roue
Artiste créatif et curieux, Cyrille BROTTO fonde son propre style de jeu, très caractéristique, sur une culture approfondie de collectages, (Quercy, Gascogne) des études de musicologie et de nombreuses rencontres. Cyrille est aujourd'hui reconnu comme un des accordéonistes les plus talentueux de la nouvelle génération et son style s'impose comme un des plus riches et des plus novateurs.
Après plusieurs collaborations fructueuses (Le Bal Brotto Lopez, Anne Rivaud, Xavier Vidal...), son "groove de casa" s’exprime dans ce bal en solo énergique, virtuose, musical et raffiné.
Deux voix, deux cultures et une envie de partage, quand l'occitan rencontre le berbère. Chansons et chants à danser pour évoquer la vie des femmes de part et d'autre de la Méditerranée. Le travail vocal d’Amel Duret et Fabienne Vayrette les a conduites, à partir de leurs musiques traditionnelles respectives, à imaginer des polyphonies et des arrangements personnels. Les chants berbères, issus d’une transmission familiale, s’entrelacent avec un répertoire occitan provenant essentiellement de collectages
Suite aux animations scolaires du vendredi 10 Juin, les calandrons formés aux danses traditionnelles des pays d’oc mèneront le bal pour entraîner avec eux, et les 2 musiciens, également maîtres à danser, les autres enfants venus partager ce moment convivial et instructif
Duo jeune et prometteur, les deux amis ont déjà animés de nombreux bals dans le collectif « Les Cousins du Quercy ».
Une formation en musiques traditionnelles pour l’un et plus jazz pour l’autre, Mickaël et Robin allient dans leur musique la tradition et l’improvisation fantaisiste, le tout au service de la danse et des danseurs.
Robin Abela : Violon, chant
Mickaël Vidal : Clarinette, accordéon diatonique, chant
Trio belge né dans l’univers des bals folks, Trio14 allie une musique de danse à des arrangements variés et rebondissant. Le groove est soigné, le jeu puise sa dynamique dans les styles populaires du répertoire traditionnel (France, Belgique et Outre-manche). De ce matériau dansant, Trio14 cherche à proposer une interprétation légère et nuancée, mais aussi festive et humoristique pour que cette musique garde ce qui fait son essence. Cette volonté est doublée d'une recherche constante de diversifier autant que possible les sons et les rythmes de leur trio de cordes.
Thibault Debehogne : guitare
Julien Maréchal : violon
Simon Wolfs : violon
Una serada de balètis tradicionals amb d'iniciators a la dança, concèrt e Fuòc de la San Joan a la bòria de Cinquanta, e lo Balèti del Dimenge a la Sala de fèsta amb las Bombes 2 Bal e lors convidats.
Una serada de balètis tradicionals amb d'iniciators a la dança, concèrt e Fuòc de la San Joan a la bòria de Cinquanta.
18h Contes et initiation aux danses traditionnelles pour les enfants par Francis Benne.
19h Bal traditionnel avec Lumbrets (avec initiation aux danses)
21h Bal traditionnel avec Remenilhe (avec initiation aux danses)
22h30 Spectacle de feu « Shakti » par la Cie Le Goupil
23h embrasement du feu avec rondes de danses autour du feu animées par Remenilhe
Exposition du Cirdoc « Ils soufflent dans les Cabras et grattent les cogordas... Natures et cultures du son en Occitània » présente du 13 au 27 juin.
Lo Balèti del Dimenge a la Sala de fèsta amb las Bombes 2 Bal e lors convidats.
14h-19h Bal par et pour tous
Avec les Bombes 2 Bal et leurs invités, dont notamment la section danses traditionnelles de la MJC de Castanet Tolosan qui fera une initiation à des danses collectives en ronde.
Exposition des élèves du collège Calandreta de Toulouse.
Stands d’associations culturelles occitanes et des langues et cultures du monde.
5 JUIN 2016 / 25 de JUNH de 2016
Foyer Georges Brun à St Privat des Vieux
16h Kermesse pour les enfants – 1€ le jeu
18h Présentation d'un spectacle de l'atelier théâtre occitan de St Privat des Vieux avec les enfants de l’association « Lenga e Cacalàs »
18h30 Spectacle des élèves de la Calandreta : chants, danse et musique autour de la création originale de l'animal totémique imaginaire de Rochebelle.
( projet mené par les enseignants de l'école et les artistes de Pife Canto )
19h Pife'n Bal par Pife Canto
Bal Occitano/brésilien enraciné créatif et disjoncté. http://pifecanto.com/
C’est par l’évocation des fêtes carnavalesques, du bestiaire totémique occitan et du boi brésilien, des animaux de la garrigue et d’Amazonie, des festas juninas et des feux de la St Jean que Pife Canto s’adresse aux plus jeunes, dans le but de leur faire se dépatouiller pieds, jambes et bras ! Les oreilles toujours à l’écoute des rythmes du forró et du balèti.
Venez avec nous frissonner à l’approche de la tarasque, galoper avec le bandit lampiao, serpenter comme l’anaconda, frapper des sabots, ou encore danser un boi bumba effrainé…
20h Concert LO BARRUT
http://collectiu-copsec.com/index.php/lo-barrut
LO BARRUT est un groupe nourri très tôt au chant populaire occitan.
Ce sont 4 hommes et 5 femmes qui s’inscrivent aujourd’hui avec joie et fraîcheur dans le mouvement des nouvelles polyphonies languedociennes à travers un répertoire intégralement constitué de compositions originales. Leur musique se nourrit de la poésie occitane, notamment des œuvres de Léon Cordes et Louisa Paulin. Le poème appelle un rythme et une mélodie ; le chant en devient la continuité, et sublime le texte par la musique. Le chant est au cœur du travail de LO BARRUT : ces 9 musiciens y puisent de quoi raconter le texte, le porter dans leurs corps et l'adresser au public.
Avec Emilie Dreyer-Dufer Erwan Billon, Titouan Billon, Delphine Grellier, Olivier Grolleau, Samuel Grolleau, Audrey Hoyuelos, Jessy Ragey, Maud Séguier.
21h00 Concert PIFE CANTO
http://pifecanto.com/
Depuis sa création en 2011 dans le Gard central, PIFE CANTO s’inscrit dans une démarche indépendante et originale de création mêlant musique traditionnelle et actuelle. Pife Canto est un joyeux quintet composé d’Anne Lauron, Clément et Rachel Baudry, Cyril Solanas et Virginie Bécamel. Leurs créations s’inspirent d’airs de pifanos brésiliens, de chants polyphoniques occitans, de rythmiques méditerranéennes et contemporaines.
22h30 Concert COCANHA
http://cocanha.net/
Trois voix, trois personnalités, des percussions, des chants populaires occitans, et zou ! Avec Toulouse comme point de rencontre et la langue occitane comme terrain de jeu vocal, las filhas de Cocanha font sonner en chœur les répertoires pyrénéens, gascons, languedociens. Le son est brut, généreux, sincère. Un girls band occitan pour un concert à danser ou un bal qui s’écoute tout en élégance, humour et caractère.
Avec Lolita Delmonteil-Ayral, Lila Fraysse, Caroline Dufau : votz, percussions.
21h30 au parc municipal : Bonnefon & Chavaroche : « Y’a pas que le rugby dans la vie »
Contes, humour, chansons et rugby… Ponctués par la Lenga Nostra
De 9h à 13h : Marché animé avec MISS GUINDOULE DE LA POMPETTE (chansons en déambulation)
ATELIER « Cocariá d’Oc » Cuisine occitane à partir de produits du marché, avec Anne-Marie Bonnneville
Stand IEO & signalétique OC des exposants et des produits
Visites bilingues du musée archéologique d’Olonzac
Opération « trottoirs ouverts » aux musiciens amateurs dans le cadre de la fête de la musique
A partir de 19h : Apéro + grillades autour du FEU DE LA St JEAN
Animation musicale avec les chants occitans et français de l’atelier chant du Pech
INTERVENTIONS JEUNE PUBLIC
Atelier d’initiation aux danses traditionnelles occitanes avec Los Romegaires
Itinéraire Occitano-festif-sportif et touristico-culturel sur les communes de
FERRALS LES MONTAGNES, AGEL, LA CAUNETTE, OUPIA, AZILLANET, MINERVE, SIRAN, et FELINES MINERVOIS
Durant 24 heures, le public est invité à se rendre dans divers villages et sites patrimoniaux où les attendent musiques, chants, lectures, balades, dégustations, débats, projections… Mais aussi petites énigmes, devinettes, épreuves d’adresse à partir de jeux et sports traditionnels, etc….
Les participants pourront profiter de tout ou partie de ce RALIT, mais seuls ceux qui auront suivi l’intégralité du programme, des sites et des « épreuves » pourront gagner des prix !!
Jeux traditionnels (calandreta de Bize Minervois) pour les enfants de l’école et tous participants… (mât de cocagne, rodéo-tonneau, quilles….)
Goûter à l’Auberge de Ferrals
Apéro-balèti avec initiation aux danses avec LOS ROMEGAIRES suivi d’un repas et du FEU DE LA ST JEAN
Dégustation de vins et repas poétique avec les Verbeuses
(lectures en Français et Occitan)
Nuit « perchée » dans les arbres : installation de hamacs, musiques et écoute de la nature….
« Lectures perchées » et musique dans les arbres (3 lecteurs + 1 musicien) : textes en Occitan et Français
Petit déjeuner à partir de 08h30, accueil du groupe LO BARRUT
09h30 : départ de la balade chantée avec LO BARRUT
Arrivée de la balade chantée au domaine du PECH D’ANDRE, apéro musical avec LO BARRUT, Pique-nique des marcheurs
Espace de « quizz-débat» tout l’après-midi sur le thème« La culture et la langue Occitane vue par les touristes, visiteurs étrangers, et nouveaux habitants »
Salle du peuple : exposition du CIRDOC
"Lenga de Cultura : 1000 ans de culture occitane" (en place depuis le 19/06)
18h : Restitution publique du Quizz et débat animé
Atelier de sports et jeux traditionnels
Tambourin
Quilles Aveyronnaises
Quilles au maillet
Palet Gascon
Ludothèque traditionnelle de la Calandreta de Bize
Mini-concert du lauréat(e) du concours STAR’OC (Total Festum Sud Menèrbes)
Repas et proclamation des résultats du RALIT
Balèti de clôture avec MOON FOLK
La Baìo est le rite festif le plus emblématique et important des vallées occitanes d'Italie. La commune de Castelmagno a également sa Baìo. De nombreuses informations sur le site castelmagno-oc.com : http://www.castelmagno-oc.com/eventi/baia_storia.htm
Votre question : Quelle est la signification du mot « Paratge » ?
Le terme d'ancien occitan « paratge » est relativement fréquent dans la poésie des troubadours où il revêt tour à tour le sens premier de « noblesse de sang » et le sens plus original de « noblesse de cœur » ou « de mérite ». Il est surtout connu par son emploi dans la Canso de la Crozada (ou « Chanson de la Croisade contre les Albigeois », XIIIe siècle), dont il représente la valeur centrale et qui continue de fasciner de nombreux auteurs contemporains pour son sens « patriotique ». La redécouverte du texte de la Canso au XIXe siècle – dans le contexte de l'éveil des nationalités en Europe et des premiers mouvements renaissantistes occitans – et surtout dans la seconde moitié du XXe siècle, a rendu le terme paratge très courant dans les discours occitanistes et chez les écrivains et artistes d'expression occitane.
Le terme est réputé « intraduisible »1. Il donne lieu à des interprétations qui en ont fait évoluer le sens2. Paratge n'aurait donc pas d'équivalent dans d'autres langues : soit parce que le concept incarne les valeurs spécifiques à la civilisation occitane du Moyen Âge (définition idéologique), soit parce qu'il s'agit d'une invention littéraire liée à une œuvre en particulier (définition historique).
Si le terme échappe à une définition claire – ou du moins unique – c'est qu'il connaît une évolution dans son emploi. En partant des sources littéraires, le terme occitan est, à l'origine, assez proche du français « parage »3 avec lequel il partage l'étymologie latine par- (= pair, égal). Mais son emploi littéraire par les troubadours occitans fait évoluer le paratge occitan de façon originale : de qualité de naissance, le terme évolue dans sa signification pour désigner une vertu morale, celle de « noblesse d'âme » pourrait-on dire.
Enfin, une œuvre particulière – tardive sur le plan de la littérature courtoise occitane et à bien des égards exceptionnelle dans l'histoire de la littérature occitane du Moyen Âge –, la Canso de la Crozada (deuxième partie du texte, dite de l'Anonyme ou du Continuateur) utilise le terme paratge à une fréquence extraordinaire dans le poème. S'il désigne la qualité morale essentiellement attachée au jeune comte de Toulouse, paratge est également utilisé comme allégorie de la ville et de ses habitants, voire en valeur universelle. De façon surprenante, le poème du XIIIe siècle revêt une connotation patriotique pour ses lecteurs du XIXe et XXe siècle. Dans la Canso, le comte de Toulouse, son allié le roi d'Aragon, la chevalerie languedocienne en général, puis la population tout entière semblent se battre pour paratge érigé en valeur suprême et partagée.
Plus qu'un concept moral qu'il serait difficile de définir tant son emploi varie dans le poème, le terme devient davantage une forme « d'étendard ». La redécouverte et les interprétations patriotiques, voire identitaires, du poème de la Canso eurent une grande influence sur l'ensemble des mouvements de renaissance culturelle ou de revendication occitans (Félibrige, occitanisme d'après-guerre ou contemporain). Il est aujourd'hui courant dans le discours des promoteurs de la langue occitane au même titre que convivencia ou larguesa qui connaissent toutefois des origines et des significations distinctes mais font écho aux thèmes de vivre-ensemble, de laïcité, de tolérance.
François-Just-Marie RAYNOUARD, Lexique roman : ou dictionnaire de la langue des troubadours..., à Paris, chez Silvestre, tome quatrième, 1842 :
« PARATGE, s. m., parage, extraction, rang, qualité. »
Paul FABRE, Petit dictionnaire de la littérature occitane du Moyen-Age : auteurs, œuvres, lexique, Montpellier, Centre d'études occitanes, 2006, Lo Gat Ros :
« En ancien occitan, ce mot signifie 'noblesse, haute naissance' ; il désigne aussi l'ensemble des nobles. Dans la langue des troubadours, il a pris également le sens de 'noblesse de cœur' ».
Charles ROSTAING, « Le vocabulaire courtois dans la deuxième partie de la « Chanson de la Croisade des Albigeois », dans Mélanges de linguistique, de philologie et de littérature offerts à Monsieur Albert Henry, Strasbourg, 1970 :
« Le sens de paratge est donc très clair : de l'idée de 'famille noble' on est passé à celle de 'noblesse', d'abord la noblesse de la naissance, puis celle de l'esprit ou de l'âme : c'est dans cette dernière acception que le mot est pris dans la Chanson. »
Linda PATERSON, Le Monde des troubadours : la société médiévale occitane de 1100 à 1300, Montpellier, Les presses du Languedoc, 1999 :
« Paratge constitue évidemment l'éthique dominante du poème, et il y a fort peu d'exemple d'ailleurs que le concept de chevalerie transcende son aspect purement fonctionnel et militaire ; au contraire, ici la chevalerie semble prendre une valeur éthique. La meilleure définition de Paratge est peut-être ici le droit à son propre héritage : un droit qui n'est pas seulement celui d'un lignage noble, mais aussi de toute une société. L'éthique consiste à lutter pour ses droits propres et ceux de ses alliés, une différence notable avec l'éthique du vasselage dans les sources françaises de Flori. »
Robert LAFONT, La geste de Roland, tome 2 : Espaces, textes, pouvoirs, Paris, l'Harmattan, 1991 :
« Étymologiquement paratge est formé sur par 'égal'. Il marque l'entente d'hommes qui se reconnaissent égaux entre eux. Le terme est d'origine aristocratique : il est apparu entre personnes 'de haut parage'. Il désigne la noblesse de sang et par suite d'âme. Mais il n'est pas généralement une qualité morale spécifique qui envahit la société, l'organise, lui donne un sens. Ce qu'il devient dans la seconde partie de la Chanson de la Croisade. »
Robert LAFONT, Prémices de l'Europe, Arles, Sulliver, 2007, Coll. Archéologie de la modernité :
« C'est donc une valeur d'abord aristocratique, mais si elle signifie une égalité de rang en une classe, c'est dans la mesure où l'âme mérite la naissance. On reconnaît là l'idéal de la chevalerie dans sa pureté conquise, accessible à tout homme qui consacre sa vie à le servir. »
Miquèla STENTA, Larguesa : un art du don dans l'Occitanie médiévale, Montpellier, CRDP de l'Académie de Montpellier, 2011.
« Paratge, c'est la noblesse de rang et d'esprit qui, dans ce cas, n'exclut pas la reconnaissance par le mérite, comme pairs, d'hommes d'origine humble. »
Miquèla STENTA, Les valeurs de la société de Cortesia : en pays d'Oc aux XIIe et XIIIe siècles, Meuzac, lo Chamin de Sent-Jaume, 2011. (à propos du concept de paratge dans le poème de la Canso)
« Si paratge est cette noblesse de cœur, il est aussi un sentiment patriotique-national. (…) On se bat pour le défendre ou le rétablir ; il représente toute une civilisation. Il faut sauver paratge comme une patrie. »
Eliza MIRUNA GHIL, L’Âge de Parage : essai sur le poétique et le politique en Occitanie au XIIIe siècle, New York-Bern-Frankfurt am Main-Paris, Peter Lang, 1989.
« Le terme de 'paratge' appartient à l'origine au vocabulaire du droit vassalique et nomme l'institution féodale qui règle l'héritage et le morcellement des fiefs. Il s'emploie, par exemple, pour préciser les obligations du fils aîné dans la famille noble à l'égard de son seigneur et de ses frères cadets. Dans la poésie courtoise le terme prend des connotations plus générales de valeur personnelle – par exemple, lorsqu'il est employé pour décrire la dame aimée dans la canso d'amour, qui est alors 'de gran paratge', 'd'aut paratge' ou lorsqu'il est employé par référence au sujet lyrique, dans le cas d'une trobairitz ('mos paratges', dit la comtesse de Dia). Il peut s'appliquer aussi, dans le sirventes, aux membres de la société courtoise qui partagent les valeurs morales chères aux troubadours et qui reçoivent l'appellation de 'om de paratge'. Cette qualité n'est pourtant pas considérée comme essentielle, car c'est la noblesse de cœur (surtout amoureux) qui fait la valeur de l'individu et non pas celle de naissance. La fin'amor promeut ainsi, aux yeux d'une société différenciée hiérarchiquement, la possibilité morale d'une 'méritocratie'. »
Qu'elles soient réellement fantasmées par les auteurs ou pensées dans l'idée légitime de bâtir une culture occitane contemporaine à partir de son héritage littéraire, les définitions que nous appelons par commodité « idéologiques » - sans jugement de valeur - affirment l'existence du concept de « paratge » au sein d'une partie de la société contemporaine, le terme fonctionnant comme un lieu de mémoire. Le terme est à ce titre fréquent dans la création artistique (littéraire, musicale, etc.). Parmi cette production idéologique, on peut signaler le texte célèbre de la philosophe Simone Weil : « L'agonie d'une civilisation vue à travers un poème épique » publiée en 19434.
Émile NOVIS (pseudonyme de Simone WEIL), « L'agonie d'une civilisation », dans Le Génie d'oc et l'homme méditerranéen : études et poèmes, les Cahiers du Sud, 1943 :
« Le poète de Toulouse [l'auteur anonyme de la deuxième partie de la Canso] sent très vivement la valeur spirituelle de la civilisation attaquée ; il l'évoque continuellement ; mais il semble impuissant à l'exprimer, et emploie toujours les mêmes mots, Prix et Parage, parfois Parage et Merci. Ces mots, sans équivalents aujourd'hui, désignent des valeurs chevaleresques. Et pourtant, c'est une cité, c'est Toulouse qui vit dans le poème, et elle y palpite tout entière, sans aucune distinction de classes. Le comte ne fait rien sans consulter toute la cité, 'li cavalier el borgez e la cuminaltatz', et il ne lui donne pas d'ordres, il lui demande son appui ; cet appui, tous l'accordent, artisans, marchands, chevaliers, avec le même dévouement joyeux et complet. C'est un membre du Capitole qui harangue devant Muret l'armée opposée aux croisés ; et ce que ces artisans, ces marchands, ces citoyens d'une ville – on ne saurait leur appliquer le terme de bourgeois – voulaient sauver au prix de leur vie, c'était Joie et parage, c'était une civilisation chevaleresque. »
Fernand Niel, Albigeois et cathares, Paris, Presses universitaires de France, 1955, Que sais-je ?
« Paratge (signifie) honneur, droiture, égalité, négation du droit du plus fort, respect de la personne humaine pour soi et pour les autres. Le paratge s'applique dans tous les domaines, politique, religieux, sentimental. Il ne s'adresse pas seulement à une nation ou à une catégorie sociale, mais à tous les hommes, quelles que soient leur condition et leurs idées. »
Paul OURLIAC, « Réalité ou imaginaire : la féodalité toulousaine », dans Religion, société et politique : mélanges en l'honneur de Jacques Ethel, Paris, Presses universitaires de France, 1983 :
« L'unité du Languedoc existe par sa langue mais plus encore dans cette communauté d'idéal qu'exprime le « Paratge » : un idéal qui est fait de loyauté, d'équité, de fidélité, de respect du droit, tout ce qui oppose le Midi aux chevaliers croisés. »
Yves DOSSAT, « La croisade vue par les chroniqueurs », dans Paix de Dieu et Guerre sainte en Languedoc au XIIIe siècle, Toulouse, Privat, Cahiers de Fanjeaux, n° 4, 1969.
« L'auteur de la seconde partie de la Chanson est un adversaire résolu de la croisade et pour tout dire un partisan. Bien qu'il ne l'exprime pas ouvertement, il n'est certainement pas loin d'admettre que les croisés sont des suppôts de Satan. Pour traduire sa pensée, le continuateur introduit dans la Chanson des allégories qui représentent les qualités et les vertus des uns, les vices et les tares des autres.
D'un côté se trouvent Paratge, la noblesse d'âme, le sentiment de l'honneur, les vertus d'un cœur généreux, inséparable de Pretz, le mérite personnel, qu'accompagnent le bon droit, Dreitz, la justice de la cause, Dreitura, la loyauté, Lialtatz. De l'autre l'orgueil, Orgolhs, l'esprit de démesure, Desmesura, la fourberie, Engans, la mauvaise foi, Falhimens. »
Philippe MARTEL, Les cathares et l'histoire : le drame cathare devant ses historiens : 1820-1992, Toulouse, Privat, 2002, coll. Catharisme.
« En face [de l'Historia albigensis de Pierre des Vaux-de-Cenay], il y a la Chanson de la croisade, tout aussi engagée, surtout dans sa seconde partie, rédigée en occitan vers 1228 et qui est en fait un appel aux sujets du comte de Toulouse, au moment du dernier grand choc avec les croisés de Louis VIII. Ici encore, il serait vain d'attendre de notre auteur trop de nuances : les croisés sont des imposteurs et des usurpateurs, à l'ambition démesurée. Les seigneurs occitans, et notamment le jeune comte Raimond VII, représentent les valeurs courtoises – l'intraduisible Paratge par exemple – valeurs proposées à toute une population en guide d'idéologie « nationale » : l'état des liens féodo-vassaliques en pays d'oc ne permettant pas au poète-popagandiste de jouer uniquement de cette corde ('Nous suivons le comte parce qu'il est notre seigneur'), il faut compléter : 'Nous le suivons parce qu'il respecte les usages et valeurs du pays, et que ceux d'en face ne les suivent pas.' »
La Concordance de l'Occitan médiéval5 permet d'effectuer des recherches lexicales dans l'ensemble du corpus des textes littéraires en ancien occitan (corpus des Troubadours, corpus des textes narratifs en vers). La COM relève plus de 200 occurrences du terme paratge dans le corpus littéraire en ancien occitan (par comparaison « prètz » a plus de 2'300 occurrences sur le même corpus, larguesa ou dreitura, une centaine). À noter que le terme paratge apparaît 48 fois dans la seule Canso de la Crozada.
Assez fréquent chez le troubadours sans représenter pour autant une valeur centrale, l'expression « de (bon) paratge » désigne la qualité de naissance de la dame noble du poème au même titre que « de bon aire » ou « de bon linhatge ». Il s'applique de même pour qualifier la noblesse d'un chevalier, et par extension, la famille noble, la noblesse. Il prend également chez certains troubadours le sens de noblesse de cœur et de mérite. Il est surtout le concept essentiel de la Canso de la Crozada ou il peut désigner le comte de Toulouse et ses alliés, être une allégorie de la ville de Toulouse, résumer l'ensemble des valeurs morales positives à défendre et « à restaurer » face aux croisés.
Comtesse de Dia
Valer mi deu mos prètz e mos paratges
E ma beutatz, e plus mos fis coratges
« Mon mérite, ma haute naissance, ma beauté et plus encore mon cœur fidèle doivent me faire valoir. »
Girard de Roussillon
N'a baron chevaler de nul parage
N'i aie perdut home de son lignage
« Il n'y a pas de noble chevalier d'aucune famille qui n'ait perdu [dans la bataille] homme de sa parenté »
Guiraut de Bornelh
Mot era dous e plazens
lo temps gay cant fon eslitz
paraties, et establitz ;
que.ls drechuriers conoissens
lials, francx, de ric coraties
plazens, larcx, de bona fe
vertadiers, de gran merce
establi hom de paratie
per cui fo servir trobatz
cortz e domneis e donars
amors et totz benestars
d'onor e gran drechura
« Il était doux et plaisant le temps joyeux où la noblesse fut choisie et créée ; car paratge fut conféré à ceux qui étaient justes et sages, loyaux, francs, au cœur noble, plaisants, généreux, de bonne foi, sincères, compatissants. C'est grâce à de tels hommes qu'on été inventés le service courtois, le domnei, la largesse, l'amour et toutes les coutumes agréables, selon l'honneur et le droit. »
Dans l'Ensenhamen d'Arnaut de Mareuil
Li borzes eissamens
An pretz diversamens ;
Li un son de paratge
E fan faitz d'agradatge
« Les bourgeois, de même, ont du prix diversement, les uns sont de grande famille, et agissent de manière agréable. »
La Vida de Peire Cardenal
Peire Cardinal si fo de Veillac, de la siutat del Puei Nostra Domna ; e fo d'onradas gens de paratge, e fo filz de cavallier e de domna...
« Pierre Cardenal était du Velay, de la cité du Puy-Notre-Dame ; il était d'une honorable famille de la noblesse, fils d'un chevalier et d'une dame... »
Canso de la Crozada : discours par lequel le troubadour Gui de Cavalhon accueille le jeune comte de Toulouse sur le chemin d'Avignon (laisse 154, vv.6-17)
Mons Guis de Cavalhon desobr'un caval ros
A dig al comte jove : « Òimais es la sasos
Que a grands òbs Paratges que siatz mals e bos, Car lo coms de Montfòrt que destrui los baros
E la Glèisa de Roma e la predicacios
Fa estar tot Paratge aunit e vergonhós,
Qu'enaissí es Paratges tornats de sus en jos
Que si per vos no.s lèva per tostemps es rescos.
E si Prèsts e Paratges no.s restaura per vos,
Doncs es lo mòrts Paratges e tots lo mons en vos,
E pòs de tot Paratge ètz vera sospeiços,
O tots Paratges mòria o vos que siats pros ! »
« Messire Gui de Cavalhon, monté sur un cheval roux, / a dit au comte jeune : « Voici le moment / où Paratge a besoin que vous soyez belliqueux et brave, / car le comte de Montfort qui détruit les barons / et l'Eglise de Rome et ses prédicateurs / couvrent Paratge de honte et d'ignominie / au point que Paratge est tellement tombé à la renverse / que s'il ne se redresse pas grâce à vous, il disparaîtra pour toujours. / Et si vous ne restaurez pas Mérite et Paratge / alors, par votre faute, sont morts Paratge et tout l'univers ; / et puisque de tout Paratge vous êtes la véritable espérance, / il faut que tout Paratge meure ou que vous soyez vaillant »
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1. Philippe MARTEL, Les cathares et l'histoire : le drame cathare devant ses historiens : 1820-1992, Toulouse, Privat, 2002, coll. Catharisme. ↑
2. Sur l'évolution de l'interprétation de la Canso de la Crozada au XIXe et au XXe siècle, voir Philippe MARTEL, op. cit. : « Pour Mary-Lafon et Peyrat, les valeurs de la civilisation occitane médiévale existaient d'abord par leur caractère démocratique et progressiste : elles annonçaient celles qui triomphent en France après la Révolution. Chez nos auteurs du XXe, ce caractère démocratique est second. Joi et Paratge définissent une éthique abstraite, pas un comportement social. Et surtout, ces valeurs sont immanentes, ancrées presque biologiquement dans l'homme d'oc, et échappent donc à l'histoire. »↑
3. « Qualité, extraction, haute naissance. » (TLFI) ; la parage est également un concept de droit féodal réglant les partages entre aînés et puînés.↑
4. « La civilisation qui constitue le sujet du poème n'a pas laissé d'autres traces que ce poème même, quelques chants de troubadours, de rares textes concernant les cathares, et quelques merveilleuses églises. Le reste a disparu ; nous pouvons seulement tenter de deviner ce que fut cette civilisation que les armes ont tuées, dont les armes ont détruit les œuvres. Avec si peu de données, on ne peut espérer qu'en retrouver l'esprit ; c'est pourquoi, si le poème en donne un tableau embelli, il n'en est pas par là un moins bon guide ; car c'est l'esprit même d'une civilisation qui s'exprime dans les tableaux qu'en donnent ses poètes. (...) Chaque civilisation, comme chaque homme, a la totalité des notions morales à sa disposition, et choisit. (...) Si l'intolérance l'emporta, c'est seulement parce que les épées de ceux qui avaient choisi l'intolérance furent victorieuses (...) L’Europe n'a plus jamais retrouvé au même degré la liberté spirituelle perdue par l'effet de cette guerre. »↑
5. Peter T. RICKETTS (éd.), Concordance de l'Occitan médiéval : Les troubadours. Les textes narratifs en vers [CD ROM], Brepols.↑
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